LA HORDE de Yannick Dahan et Benjamin Rocher (FR 2010) : La guerre Rambo et l’amour Rambouillet

Publié le par Norman Bates








vishnu-lapaix
[Photo : "Réunion de travail à Matiere Focale" par Norman Bates, d'après Stanislaw Szukalski.]









Ok. Je précise directement que je suis partie prenante du film, j’ai participé à la production, très modestement, mais j’ai un intéressement sur le nombre d’entrée que le film fera, et donc en cela je ne suis pas le mieux placé pour en parler "objectivement". En fait je ne parle jamais objectivement d’un film, mais toujours honnêtement (même avec mauvaise foi) et je ne vais pas déroger à la règle pour quelques euros ou parce que l’on m’a invité à l’avant première sur les champs Elysée, accueilli avec des escort girl et offert du champagne et des petits fours. Non messieurs, je suis peut être un connard élitiste mais un vendu, jamais ! Maintenant que j’ai mis les choses au clair, détendons nous, il ne s’agit que de cinéma, et même pas en 3D !

 

Estampillé premier film de zombie Français, ce qui est faux d’ailleurs, LA HORDE adopte une construction similaire à UNE NUIT EN ENFER, soit un film qui commence comme un Revenge movie et qui finit comme un film d’action bourrin avec des zombies. Rassurez vous la comparaison avec le film de Rodriguez s’arrête là, LA HORDE est un film très premier degré, absolument pas parodique ni ironique. Pour les connaisseurs, ce qui pourrait ressembler le plus à LA HORDE c’est la série de jeux vidéos Left 4 Dead qui propose de jouer quatre survivants dont le but est d’aller d’un point A à un point B, avec entre les deux des millions de zombies et tout un tas d’armes différentes. Le jeu est très bien, en film ca se corse un peu.

 

Une famille de flic décide de venger la mort d’un des leurs en descendant les voyous qui l’ont buté. Ils descendent surarmés dans un immeuble de banlieue parisienne avec l’intention d’en finir, mais le plan tourne mal, et flics et voyous se retrouvent pris au piège dans l’immeuble, entourés par des centaines de zombies. Les deux camps vont devoir coopérer pour s’en sortir…

 

En premier lieu, ce qui saute aux yeux, la plus grande réussite du film, c’est d’avoir avec très peu de moyens (et je suis bien placé pour le savoir) réussi à faire un beau film : tourné intégralement en scope, avec une photo très "comics" du plus bel effet qui joue sur les nuances d’ombres, d’aplats et les effusions de sang. Au niveau du rendu on est proche d’un film comme 30 JOURS DE NUITS par exemple : c’est bien simple je n’ai jamais vu la banlieue parisienne comme ca, on est loin du FRONTIERE(S) de Xavier Gens et son esthétique "Luc Besson" genre TAXI. Les effets spéciaux de maquillages sont très réussis, même si je déplore personnellement un recours un peu systématique à des effets numériques assez voyants, notamment dans la grosse scène finale (par ailleurs très joliment filmée) ou l’on voit des éclaboussures de sang en images de synthèses assez laides, ou pour la scène du Paris en flamme, très hollywoodienne et convenue (je suis foutu). Le montage, le découpage et la spatialisation sont plutôt corrects, même si j’aurais aimé plus de fantaisie de ce coté là. Il y a bien une légère surdose de gros plans, comme dans la plupart des films actuels, mais ce n’est pas le plus gênant.  Au final la mise en scène est plutôt agréable  et soignée, même si elle reste très basique, c’est plutôt une bonne surprise. C’est après que les choses se corsent…

 

LA HORDE à en effet de gros problèmes d’écriture, d’interprétation et surtout de rythme ! Voulant aborder plusieurs genres, du thriller badass à la INSPECTEUR HARRY à l’actionner style McTiernan tout en faisant du gore et de la comédie, le film ne trouve jamais son ambiance, ne développe jamais ses idées jusqu’au bout, et on a le sentiment de voir un peu de ca, un peu d’autre chose, mais il n’y a pas vraiment de liant. Le mélange des genres est vraiment une chose très délicate, et pour un premier film l’écriture se révèle trop ambitieuse, trop référentielle pour vraiment marcher. Par exemple les passages humoristiques ou des jeunes de banlieues se retrouvent confrontés à un vieux style Noiret, joué par un acteur de la comédie française en plus, font sortir complètement du trip survie : on a l’impression que le film s’arrête le temps de faire quelques scènes drôles, puis repart frénétiquement par la suite. Il y a de gros problèmes de rythmes à cause de l’écriture, de son découpage. Autre gros problème, les acteurs : si l’on retrouve avec joie quelques grandes gueules comme Jo Prestia (vu dans les Gaspards Noé) ou Jean Pierre Martins, leurs dialogues sont souvent très pauvres et maladroits, si bien qu’ils n’arrivent jamais à trouver une singularité. Claude Perron se débrouille bien, mais c’est à peu près la seule, les autres sont assez clichés (le rappeur qui s’exprime… comme un rappeur, le vieux comme un vieux, etc…), de plus le film insiste lourdement sur la psychologie des personnages et sur les relations entre ces derniers : qui a couché avec qui, qui trompe qui, etc… mais on s’en fout ! En plein milieu d’une scène d’action on apprend que untel a trompé unetelle, mais on ne connait même pas les personnages dont il est question tellement le scénario est trop écrit !  Le film est plombé par ce genre de maladresses scénaristiques. L’ambition du film c’est surement de faire un truc viscéral, que l’on ressente l’oppression de milles personnes sur quatre personnes, or on nous bassine avec des problèmes psychologiques extérieurs à l’action. Dommage !  C’est quelque chose qu’en France un mec comme Siri à réussi à éviter, en faisant du vrai film de genre, en se focalisant sur son propos sans vouloir trop en faire (dans HOSTAGE ou NID DE GUEPE).

 

Au final, LA HORDE s’avère être un pas de plus vers une production française de genre qui pourrait devenir au moins aussi intéressante que de l’autre coté de la manche. Les talents et les moyens sont là, même limités, par contre il faut sortir de l’ancestral modèle du film français populaire : j’ai eu vraiment l’impression que le film n’assumait pas son originalité en collant au milieu de scènes gores réussie du cinéma de papa ou des considérations sur la banlieue… En résumé : allez voir ce film, même s’il est imparfait, payez vos places, invitez vos amis, vos parents, votre famille et faites les payer aussi, demandez le plein tarif, retournez-y plusieurs fois et n’oubliez pas d’acheter le DVD avec les bonus et la boite en carton quand il sortira, et offrez le à tout le monde ! Merci !

 




 

Norman Bates.

 







Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

Retrouvez Matiére Focale sur 
Facebook.

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Bruce Kraft 13/01/2010 02:22


En toute franchise j'attends avec impatience ce film....lancera t-il un harpon dans le coeur des films français gnan gnan? Nous avons sérieusement besoin de ça pour ne plus passer pour des
ringuards aux yeux du monde....


Norman Bates 12/01/2010 15:32


Si, entre autres, le narration enchaine les parties comiques, psychologiques et gore un peu n'importe comment ce qui n'aide pas à l'immersion. 


Conan 12/01/2010 14:49


Question (aucun piège) :
Est-ce que le bordel décrit ne vient pas justement d'un surplus de référence ?


Norman Bates 12/01/2010 10:40


Assaut est une des references parmi d'autres, mais il y en a tellement dans la horde que ca ne choque pas. En tout cas on est malheuresement loin d'une réalisation à la Carpenter.


Conan 11/01/2010 22:45


"Une famille de flic décide de venger la mort d’un des leurs en descendant les voyous qui l’ont buté. Ils descendent surarmés dans un immeuble de banlieue parisienne
avec l’intention d’en finir, mais le plan tourne mal, et flics et voyous se retrouvent pris au piège dans l’immeuble, entourés par des centaines de zombies. Les deux camps vont devoir coopérer pour
s’en sortir…"

Assaut sur le Central 13 donc.
Et dire qu'à une époque pas si lointaine on chiait (certes à juste titre) sur le B13 de BessonCorp pour son inspiration douteuse de NY1997.