LA MALÉDICTION de Richard Donner (USA-UK 1976) : L’enfant porridge

Publié le par Fantomas

 

 

 

 



 

 

devo bjork canet delon

[Photo: "Tous les Matins de l'Immonde (your pain, my pleasure!)" par Dr Devo.]

 








 

 

Maintenant que le cinéma est mort, il ne reste plus qu’à  le raconter.


Comme Muray, après la bataille,  je réponds aux gens que j'écris sur le cinéma pour les dégoûter de ce que le monde entier nous présente comme désirable.



Les Césars, Oscars, et autres carnavals d’acteurs et actrices représentants en shampoing, tous pareils venus même pas défendre mais défiler, même pas aimer mais prétendre, parler de leurs soucis, qu’est ce qu’on en a foutre de leurs soucis, de leurs films, de leurs combats pour tout ce qui va contre ce qui est beau. Le cinéma comme papier peint.

Contempler humblement le chaos qui sous-tend le cosmos.

Rangez vos vestiaires, vos dressings, vos combats pour les petits nenfants, pour ceux qui ont fait ce que vous êtes parvenus à devenir, sans vraiment jamais incarner. L'égalité absolue est le signe de la fin, le consensus devient nouvelle forme puissante et éternelle des choses qui ne changent jamais.


A juste titre, LA MALÉDICTION.

Donc bon c’est parti : c’est l’histoire de la jeunesse d’un jeune voyou. A la fin, pour s’excuser, on dira que c’est le fils du diable, qu’il a été échangé au berceau et que ce n’est ni la faute du système éducatif, ni de ses parents trop cons de l’avoir élevé dans un cocon surprotégé.  Quinze ans de débats sur l’inné/l’acquis résumé en 1h50. Même pas de Clint Eastwood à la fin pour se sacrifier les bras en croix, devant un ramassis de voyous, on est ici dans le lapidaire sans concessions ; le mal est endémique à l’humanité, voire surnaturel et en tout cas exogène.


De l’autre coté Guillaume Canet, comment il a été échangé avec un autre enfant au berceau, et des conséquences qui s’en suivent sur le cinéma français. Très jeune, il observe des gens en train de pleurer et trouve ça triste, il se lance donc dans le cinéma fort de cette idée, et rend les gens triste en filmant des gens tristes. Comme son génie créatif, du fait de son enfance difficile, est aussi intarissable que les dialogues de ses films, il découvre très vite qu’en rajoutant de la musique triste sur des gens tristes, le film est encore plus triste. Révélation qui le conduira à gagner moult récompenses, dont celles du film le plus triste, le moins gai, le plus générationnel, le plus proche de vraies vacances au camping ou encore, du succès populaire le plus accessible a la France d’en bas. Double hit combo gagnant, pour son tout dernier film il s'élève à un stade artistique encore jamais atteint en rajoutant de la tristesse dans son titre. Devant tant de brio, on est bien obligé de s’incliner, nous avons affaire à un nouveau génie, pendant que notre voyou surnaturel se branlait dans ses petits mouchoirs.

Pour ceux qui ne croient plus dans le mois de mars, LA MALÉDICTION est un grand cinémascope de 1h50 avec des compositions gothiques sur de la musique hurlées par des moines PARCE QUE PUTAIN C’EST LE DIABLE CE GOSSE ! Si quelqu’un n’a toujours pas compris que de la musique sacrée sur un gosse qui fait les gros yeux en faisant des balayettes en scred à ses vieux ça veut dire LE DIABLE LE DIABLE LE DIABLE qu’il se réfère au cinéma de Guilaume Canet.


Du coup, le grand spectacle et la frayeur marchent de manière intermittente, mais marchent quand même dans quelques scènes marquantes, superbement gaulées et fabuleusement découpées, comme la scène du tricycle qui rappelle Argento dans sa construction emphatique et sa conclusion suspendue. Car l’horreur réside dans l’absence de conclusion à une action dramatique. Sauf que ! sauf que non pas vraiment, car on sait depuis le début que l’enfant est le diable et basiquement, on n’attend bien qu’une seule chose du diable, coincé que l’on est dans notre carcan judéo-chrétien européen, c’est qu’il fasse le mal. Oui, c’est puissant comme concept. Bah du coup tu peut bien ciseler tes scènes, mettre des gros chiens dans l’obscurité, des regards inquiets et des grands travellings à la DePalma, on aura toujours affaire à ce gamin autiste avec le regard de Khadafi qui fera que chaque action se concluera de la même manière. Tellement écrit.


Paradoxalement, il serait bien simple de réduire le mal à une conviction scénaristique même bien exprimée. S'il est évident que le mal le plus élémentaire figuré dans l’enfance la plus pure est un ressort suffisamment effrayant pour mettre mal à l’aise la plupart des quidams venus, c’est aussi une façon assez punk de placer une allusion subtile au philosophe le plus badass du milieu, a.k.a Sun Tzu, qui disait en gros que l’ennemi était le seul moyen de rester en vie, à condition que ce soit un opposant ABSOLU dans toute chose et acte. Et là ou c’est intéressant c’est que cette pensée nourrit la mise en scène bien plus que le scénario,  là par exemple où dans une segmentation pigmentaire et symbolique, le mal se retrouve un exutoire de la parentalité. Le père est toujours représenté en tant que figure, toujours dans le plan et souvent grandi. En gros, le désir de papa est stimulé par le comportement destructeur de son fils, plaçant là encore le sexe et la mort comme ressort essentiel de la cohérence familiale. Et dans tout ça, le prétexte religieux n’a pas grand chose à voir, c’est l’instrument du pouvoir, non pas divin, mais pour le coup bien humain, avec une préférence pour les impuissants.


Au final, ce qui différencie l’enfant de l’homme, c’est la perception de l’incertitude. L'enfant en a horreur, l’adulte en rit, la religion dans la transformation de l’incertitude en amour sert de théâtre à la stupéfaction d’être Père.


Dans toute cette mascarade, la peur et le dégoût sont entremêlé dans la vision cafardeuse et déjà déprimante de la mécanique du couple. Tout ce déchaînement de violence au nom de Dieu est dirigée contre l’immuabilité et la fatalité du quotidien, personnifié dans le couple et incarné dans l’enfant : au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit : THE OMEN.




Fantômas.




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Publié dans Corpus Filmi

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