Chers Focaliens,

 

 

Nous recevons en général peu de courrier, et encore moins d'article. Je vous propose néanmoins cette fois-ci d'accueillir un petit nouveau, Nonobstant 2000, qui vient vers nous avec un très beau double-programme...

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

Oui. J'ai en effet proclamé en maintes occasions sur mon propre blog Images Qui Bougent, mais tout autant dans le cadre de mon quotidien, l'importance d'un blog comme Matière Focale autant sur mon vécu de spectateur / créateur en devenir - puisque ce sont des choses qui arrivent - qu'en tant qu'individu, et grâce à l'obstination renouvelée et imputrescible de toute l'équipe, peut-être aurez-vous remarqué que la frontière entre les deux n'est pas tellement si infranchissable..

 

C'est écrit dès le début, sans prendre personne en traître – même pas l'aristocratie de la profession, et pourtant Dieu sait si elle mérite -: "tout le monde peut devenir critique de cinéma et même un digne de ce nom" et encore d'en faire la démonstration avec ça. Aussi je le répète: en tant qu'artiste, mais surtout en tant qu'individu, moi , j'ai VRAIMENT besoin de lire des choses comme ça. J'ai besoin de lire autre chose qu'un charabia vaguement balancé avec un peu d'emphase, toute aussi floue et abstraite par ailleurs, extrait de plusieurs revues de cinéma et collant plus ou moins avec le dossier de presse. Je sais que le génie existe, mais s'il n'est pas encore à ma portée, je reste cependant persuadé que l'on peut faire des choses très bien simplement en suivant quelques règles, en se donnant quelques contraintes (même pour ceux qui seraient dépourvus d'éthique, ce qui semble être le cas au regard de certaines productions; à ceux-là, le Docteur et toute l'équipe, dans leur immense mansuétude, proposent encore quelques trucs et astuces -hi hi- crédibles pour pouvoir au moins faire semblant correctement ) et je ne saurais trop vous encourager à regarder les archives du blog où (maman, papa) j'ai l'honneur d'officier pour cette fois aujourd'hui.

 

Les habitués le savent, du côté de cette belle ville de Lille, se déroulent également grâce aux bons soins de toute l'équipe, ainsi que de quelques acolytes dans la place, les soirées BON CHIC MAUVAIS GENRE qui, à chaque fois, ne manquent jamais de faire saliver n'importe quel cinéphile profane un minimum concerné, et c'est précisément dans cette optique de "rester Devo chez soi" malgré la délocalisation, que nous vous proposons pas plus tard que tout de suite un autre prototype de soirée-cinéma ultime, sous vos chips ébahies...

 

En première partie  tout d'abord, nous suggèrerons ni plus ni moins que l'un des chef-d'oeuvre du maître Mario Bava LE MASQUE DU DEMON, pour ensuite retenir encore un peu davantage la nuit avec RE-ANIMATOR 2 de Brian Yuzna. Peut-être connaissais-tu déjà ces deux joyaux ami spectateur, auquel cas ne te sens pas vexé et poursuis ton chemin le coeur léger. Sinon ami(e) aventureux(se) et profane (profan) accorde-toi cette grâce infinie et hors-de-prix (sur You Tube en effet, mais n'allez pas me faire dire ce que je n'ai pas dit, sans sous-titrages cependant) de te délecter en une fois de ce que l'esprit humaniste allié au savoir faire le plus artisanal et désintéressé a produit de mieux dans le cadre pourtant stakhanoviste de l'industrie telle que nous la connaissons, et ce par deux fois, à trente ans d'intervalle ce qui n'a en effet aucun rapport, mais il en faudra beaucoup plus que ça pour nous éloigner de notre sujet …

 

 

 bat devo

En 1960, Mario Bava n'est pas encore l'inventeur du giallo moderne, mais il a derrière lui un backround (background) assez conséquent puisqu'il a occupé les postes de chef opérateur ainsi que de directeur des effets spéciaux pour Ricardo Fredda, dont il a tendance à terminer les films à sa place. Cette fois officiellement aux commandes, il signe avec LE MASQUE DU DEMON une fable gothique d'une beauté absolue à ranger aux côtés de LA NUIT DU CHASSEUR de Charles Laughton ou des films de Jean Cocteau dans la catégorie "chefs-d'oeuvre du noir et blanc" s'il faut vraiment donner une étiquette. Pour ceux qui sont assez peu familiers, comme moi, de la filmographie du maître, prenez garde, c'est un pan entier du cinéma qui va s'ouvrir sous vos yeux...

 

Non content de doter son film d'une photographie incroyable, dont les zones d'ombres et de lumières servent autant à insuffler au récit un cadre inquiétant qu'à servir de transitions graphiques à celui-ci, comme autant de chapitres d'un roman, comme autant de tableaux d'une pièce de théâtre, Mario Bava ne nous épargne aucun trésor de sophistication dont il ne soit capable, et ce, quasiment à chaque seconde.. que ce soit en terme de composition, à base de re-cadrages successifs à l'intérieur de l'image (tous plus inventifs, plus subtils et élégants les uns que les autres) que ce soit grâce aux éléments du décors ou grâce à la lumière, qui vient habiller somptueusement les scénographies les plus dépouillées, ou bien encore par la mise en scène, en déployant à chaque instant l'espace sous nos yeux de façon imparable, à grands renforts de reculs ou de zooms marqués qu'on penserait improbables pour une telle atmosphère, LE MASQUE... est un véritable feu d'artifice de tous les instants, une leçon absolue de cinéma, entièrement dévouée au genre. Et je ne vous parle pas non plus ici, notez bien, de la bande-son, ultra-moderne elle aussi, archi-composée et magnifiquement distillée, venant recouvrir d'une nappe diffuse de densité supplémentaire (oui) l'incroyable cathédrale visuelle que constitue le film de Bava...

 

Inspiré de loin en loin d'une nouvelle de Nicolas Gogol autour d'une malédiction jetée depuis le bûcher par une jeune sorcière en Moldavie, aux heures les plus sombres de l'Inquisition, l'intrigue repose cependant uniquement sur la force vénéneuse de ses ressorts narratifs, et les effets spéciaux, relativement restreints, valurent à BLACK SUNDAY d'être qualifié davantage de film « expressionniste » que gothique. La mise en scène brillante d'intelligence et de raffinement prenant quasiment le dessus sur tout et transcendant le contenu horrifique qu'elle s' est chargée de révéler; non vraiment, ne vous étonnez surtout pas si au sortir d'un tel spectacle, je pourrais donner l'impression d'avoir encore du caviar entre les dents car c''est exactement le cas, seulement voilà, ce n'est absolument le genre de la maison de se bâfrer tout seul comme vous allez le constater pour la suite, mais cette fois, ce n'est plus du caviar, mais directement la choucroute toute entière que vous risquez d'apercevoir car il est possible en effet de rester fasciné devant la maestria et le génie indéfiniment, et c'est même bien là le grand risque (car « à l'ombre des grands arbres rien ne pousse »,comme l'a dit l'un de nos sponsors, un certain Mr Brancusi), mais pour cette deuxième partie de soirée-cinéma ultime, nous vous proposerons dès lors ni plus ni moins un voyage aux sources mêmes de la maitrise et du talent - auriez-vous cru cela encore possible? - de fait voyons plutôt...

 

 reanimator2 devo
Avec le premier RE-ANIMATOR adapté d'une nouvelle de Lovercraft, Stuart Gordon allait faire le bonheur en 1985 de plusieurs générations de vidéo-clubs et de leurs clients déviants en signant de main de maître un joyal sur le mode de la comédie horrifique. Bien peu de suites arrivent généralement à rester à la hautuer de leurs franchises, cependant cette fois-ci c'est le producteur en personne du premier opus, Brian Yuzna (aussi réalisateur de SOCIETY) qui prend les commandes, et repousse encore plus loin les frontières de l'excellence en un hommage époustouflant à...tout: au registre c'est certain -avec la référence au film de James Whale (LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN) - que j'adore citer comme si je l'avais vu- mais à ce stade, on peut parler d'hommage, voire de déclaration, au cinéma tout entier ...

D'entrée la mise en scène de Yuzna affiche une continuité respectueuse du premier opus de Gordon, dans le sens où il poursuit de façon admirable les relations entre les personnages, faisant apparaître de nouveaux enjeux, s'occupant avec la même considération des personnages secondaires - c'est vraiment sur ce point d'ailleurs que la suite se manifeste le plus en tant que redite par rapport à l'original, en en conservant très explicitement la structure - mais ce serait aussi mésestimer le talent de Yuzna, qui mine de rien, fait monter la sauce un cran au-dessus du premier volet, très progressivement au départ pour finir par emmener furieusement tous les paramètres dont il dispose véritablement à leur paroxysme, et dont le dernier tiers du film constitue le moment ultime de consécration, j'entends par là une véritable apocalypse:

 

Jimi Hendrix mettant le feu à sa guitare..

 

Kurt Cobain en train de tout péter...

 

 

Il m'aura rarement été donné de voir dans un film un tel déploiement, une telle charge; quasi-animale et surtout très punk. Mais punk à un point où on aurait jamais cru que c'était permis, c'est le film qui s'auto-détruit , là, sous vos yeux, à l'image, dans une apothéose absolument pas grand-guignolesque, comme on pourrait presque s'y attendre, non, c'est une apothéose épique, pleine de bruit et de fureur ...

 

Et là je vous le dis net, après ça, plus rien ne sera comme avant..

 

Loin les envolées lyriques mais encore baveuses des starlettes du moment dans les talks-shows, loin les grands discours (en tout cas certains) sur la façon de faire du cinéma de la part de petits yes-men du moment, qui par un truchement étonnant de la conjoncture socio-économique, feraient presque figures d'auteurs alors qu'ils nous ont eus à l'usure (vous dire si elle dure/ la conjoncture), bref tout ce dont j'ai pu vous parler en exergue de cet article donc, loin tout ça, loin, loin, loin... On perçoit d'un seul coup les hectolitres d'huile de coude nécessaires à l'aboutissement d'un tel projet dédié véritablement à la consécration du genre, et avec ça peut-être même tout le pathos du monde, parce que, oui, d'un seul coup il vient tout juste de nous exploser à la face... Avec RE-ANIMATOR 2, Brian Yuzna aura marché le doigt bien tendu face à l'histoire et à la pérennité de la profession, en réalisant son film comme si ce devait être le dernier, c'est quasiment palpable surtout au regard des torrents de navets plan-plans et je dirais même FONCTIONNAIRES, qui sévissent actuellement sur nos écrans, « vos gueules les mouettes » (donc) nous dit Brian Yuzna, à déjà maintenant presque quarante ans de distance. Mais commençons plutôt par le début...Toutefois vous pouvez aussi bien en rester là car quelques éléments dans ce qui va suivre pourraient vous gâcher plus qu'une "bonne surprise", un moment unique de cinéma, ce serait vraiment dommage.

 

Dès les premiers échanges entre les deux scientifiques, on sent qu'on est passé à la version adulte du sujet, ne serait-ce que dans l'enchaînement des plans et aussi de par la stature du cadre, sans vouloir dénigrer par là le travail de Stuart Gordon : le fait est qu'il avait à sa charge d'installer tous les tenants de l'univers de RE-ANIMATOR, ainsi que son propre ton, et c'est ce qu'il fît avec succès, mais Brian Yuzna reprend les rennes au sens propre du terme et creuse sensiblement les thématiques, marquant de façon perceptible tous les enjeux : la dialectique trouble entre Herbert West -tout entier, trop, dévoué à sa quête de vouloir re-créer la vie (à moins que ce ne soit surmonter la mort...mmh, voici qui donnerait lieu à une charmante préquelle - envoyez vos dons) - et son acolyte le docteur Can, qui lui ne l'est pas assez : play-boy de série hospitalière, empêtré dans les opportunités du quotidien qu'il n'est décidément pas prêt à sacrifier pour entrer lui aussi "en recherche", constamment révolté qui plus est par les manquements à l'éthique qu'une telle démarche nécessite et qui se manifeste vraiment très très très bien à travers le comportement excentrique de son obsessionnel collègue il faut bien l'avouer (le comédien Jeffrey Combs d'une préçision à toute épreuve donc, et Peter Kent repoussoir de première classe, mais il faut également le dire, dans les deux opus, pas un seul comédien qui calanche, pas un seul rôle qui flageolle, fin-de-la-parenthèse). Présentés ainsi tous deux comme les mêmes pôles d'une seule dualité, raison et sentiment, à moins que ce ne soit deux frères issus d'une même religion (rrrôôh, pardon), chacun cherchant à repousser l'autre sans pouvoir l'ignorer totalement, mais dont les intérêts (le perfectionnisme insatiable de West et l'empathie maladive de Can quant à vouloir éradiquer la souffrance du monde) vont finir pourtant par se rejoindre contre toute attente, avec brio, quand la possibilité de re-création de la vie à partir de rien (enfin de morceaux de corps déjà existant) va réellement se voir proposer au docteur Can, y compris en utilisant le coeur de sa fiancée décédée à la fin du premier opus: le docteur Can va-t-il lui aussi vendre son âme à la science, et reprendre à la Nature ce qu'elle lui a volé - lui qui a toujours été sympa en vrai....L'approche de Yuzna, en terme de continuité se révèle absolument métallissime.

 

Là-dessus c'est toujours les doigts dans le nez qu'il reprend d'autres éléments du film de Gordon, avec d'autres personnages annexes, qui lui permettent d'ancrer toujours plus son récit dans le genre de la comédie noire, autant que de bétonner sa thématique, et c'est là préçisément qu'il commence de mettre le feu aux poudres : les expériences ratées de West nous apparaissent tout à coup dans l'entièreté et la flagrance de leur horreur, lorgnant autant du côté de l'approche critique d'un Romero que de celle archi-méga-allumée du DAWN OF AN EVIL MILLENIUM de Damon Packard -oui, ô frère spectateur tu ne rêves pas, tout ceci est bel et bien pour toi- et c'est là véritablement que commence le début de la fin, les monstres générés par le fameux « sommeil de la raison » cher à Goya (un autre de nos sponsors) vont sortir du placard et leurs créateurs n'auront plus d'autres choix que de ne pas les oublier et de les voir: pour un moment de perfection, de consécration ultime (officielle?), combien d'atrocités perpétrées, mais qui cette fois ont décidés de marcher vers leurs géniteurs, affamés de reconaissance, littéralement.

 

L'apothéose aura lieu dans la scène finale du laboratoire, où les quelques amorces de caméra subjective posées ici et là tout au long du récit auraient du nous mettre la puce à l'oreille, et où un plan serré sur la nouvelle héroïne devant le seul décor d'une bichromie sublime des éclairages, qui n'est pas sans rappeler, dans le genre imbattable, LA PLANETE DES VAMPIRES de Mario Bava (et moi je suis astrologue puisque la boucle est bouclée, l'arroseur arrosé, et le pernaud…) viendra jeter tout le monde sans ménagement en plein délire cheap-kitschouille années 80-trash (presque dans le genre clip MTV, mais sans la musique)... enchaînant les angles les plus incisifs, au plus près de la charge émotionnelle et de la violence de l'action, allant même jusqu'à frôler l'abstraction à chaque fois mais ne faisant que la frôler justement, et sans lâcher la bride à une dramaturgie poignante ( Ken Russell transfiguré ?)  non ami spectateur, cette fois-ci tu ne rêves pas, ici te faire une raison tu dois: cela ne peut pas être le disjoncteur. Pas quinze fois de suite.

 

Pour ma part, puisque depuis tout à l'heure je vous dis tout, je me souviens m'être comme « réveillé », toujours dans mon fauteuil, l'ordinateur toujours allumé sur les genoux, le paquet de chips en train de fumer sa clope (…?), ensuite je crois que j'ai tourné en rond un peu dans la pièce trente secondes, avant de pousser le rideau et d'observer comme ça d'un peu plus près la nuit. Un sac plastique se serait balladé à ce moment-là en essayant de me faire un coup à la « AMERICAN BEAUTY » je vous jure je lui pètais la gueule (à ma façon j'ai peur de rien), peut-être des images de seringue étaient encore trop présentes dans mon esprit, le sentiment que j'éprouvais ressemblant très fort à l'impression d' un médicament qu'on vient de prendre et qui fait son effet...c'est ça, il se trouve que j'avais rien demandé et on m'a filé l'antidote. Alors j'ai repoussé le rideau et j'ai souhaité bonne nuit avec empathie à ma télévision, qui elle, faisait bien, faisait très bien de rester éteinte, là tout de suite. Ce sont sur ces paroles que nous achèvrons notre modeste chronique, en espérant de tout coeur que la soirée ne fait seulement que commencer,

 bien à vous chers tous,

 

 Nonobstant2000.




 

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Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 20:48

Publié dans : Corpus Analogia
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