LOVELY BONES de Peter Jackson (USA-2010): Comment je me Suis Enfilé un Saucisson (Ma Vie Textuelle)

Publié le par LJ Ghost






lovely nuns devo
[Photo: "We Can Beat Them, Just for One Day" par Dr Devo.]






Saoirse Ronan est une adolescente comme les autres : elle aime les beaux bruns ténébreux et elle prend des photos d'elle à poil dans sa chambre pour les envoyer à ces mêmes garçons avec son iPhone, ou alors sur Twitter. Ce qui est un anachronisme assez dingue vu que nous sommes dans les suburbs de Pennsylvanie dans les années 70. Mais peu importe, nous n'en sommes plus à un illogisme près, et Ronan est plutôt heureuse dans sa vie super sympa. Sauf que ça ne va pas durer, parce qu'elle va se faire assassiner par un type avec qui elle n'était même pas amie sur Facebook, et tandis que sa mère, Rachel Weisz, part en dépression, "Marky Mark" Walhberg (le mec en slip des New Kids On The Block), le paternel, enquête à la recherche du meurtrier, ZODIAC-style. Mais si Ronan est décédée, elle n'a pas tout à fait disparu : elle se trouve dans un espèce d'entre-deux mondes, genre Pandora mais pas bleu, et elle va tenter de se venger en intimant à son père de retrouver le méchant criminel...

 

 

Après la trilogie avec des types qui marchent pendant douze heures et un très long remake avec un gorille qui hurle "Je ne suis pas animal, je suis un homme" du haut de l'Empire State Building, THE LOVELY BONES annonce le retour du roi du box-office des années 2000 (promis, après j'arrête les jeux de mots foireux. Ou pas...). Peter Jackson revient donc avec un film un peu plus humble (encore que, mais ça, c'est pour plus bas), un peu, sur le papier en tout cas, dans la veine de son magnifique CREATURES CELESTES, ce qui augure de bien belles choses.

 

 

Et ça démarre plutôt joliment. De manière très compacte, en quelques minutes, il introduit tous ses personnages (mais pas le tueur), et ça vaut de toute façon le détour rien que pour la vision de Marky Mark en chaussettes blanches remontées et mocassins. Pour être sérieux, ça monte plutôt correctement, sur un tempo soutenu, les informations s'enchaînent bien. La reconstitution des années 70 n'est vraiment pas envahissante, et est même plutôt lucide, tant elle semble nous dire que finalement, les 70s et aujourd'hui, c'est exactement la même chose, et que l'évolution n'a finalement pas été aussi franche que cela (bon, à part pour le Popod, bien sûr). Disons que la différence d'époque n'est pas vraiment visible, et ne sert que d'écran, Jackson s'en foutant apparemment pas mal, ce qui est un plutôt bon calcul. Bref, Jackson bosse gentiment de son côté, ce n'est pas transcendant mais loin d'être indigent. Il fait aussi quelque chose de bien vu, à travers le montage très rapide du début du métrage, avec l'évolution du couple formé par Weisz et Marky Mark. En quelques instants, ils passent de jeunes parents dynamiques qui lisent du Camus avant de faire des galipettes à une famille installée, engoncée dans sa routine, qui feuillette des livres de cuisine avant de prendre sa tisane. En plus de cela, il fait deux choses : d'un côté il parle de l'encrassement de la famille, thème potentiellement intéressant mais sur-usité, et de l'autre il installe tranquillement mais sûrement le tournant que va être le meurtre de la gamine, dans leur vie et dans la société toute entière. Tout d'abord en préparant l'apparition du hasard sordide de la mort violente dans la vie paisible de ces gens, que rien ne laissait deviner auparavant (et qui est, donc, irrémédiable), ensuite dans la multiplication des faits divers traitant d'enlèvements d'enfants, ces fameuses photos au dos des briques de lait, qui ont commencé à apparaître dans ces années 70. A cette époque, et Jackson le montre avec subtilité un peu plus tard dans le film, les enfants pouvaient être laissés seuls dans les centres commerciaux pendant quelques minutes sans avoir peur de l'enlèvement par un quelconque prédateur sexuel. C'est ce basculement de la société que montre Jackson dans ces premiers instants de son film. Pour clarifier, le changement dans les habitudes littéraires et comportementales du couple semble annoncer ce basculement de la société.

 

 

A part ça, Jackson déroule, donc. Ca cadre gentiment, ça monte de manière dynamique et parfois même belle, comme ce sublime raccord de portes entre, si je me souviens bien, celle de la maison de poupée du tueur et celle dans le pavillon de la famille. Il s'amuse aussi avec le son, avec les coups de crayons du meurtrier sur son carnet et les branches de bois sciées, qui s'entremêlent et se confondent et se perdent grâce au mixage, très intelligent. Il y a vraiment de très belles choses dans la première partie du film, jusqu'au meurtre de Ronan, et un tout petit peu après, du moment que l'action reste du côté "réel", Jackson tient la barre de manière plutôt correcte au niveau de la mise en scène. Je suis même prêt à pardonner le méchant vraiment caricatural et pas du tout subtil, et la géniale Susan Saradon dans un rôle écrit à la truelle de grand-mère qui entre dans la maison, majestueuse et ridicule, une clope au bec et une choucroute orange sur la tête en disant "Daaaarling".

 

 

Mais alors, ce "Paradis"... Si c'est ça le paradis, foutez-moi en enfer, s'il vous plaît. Nous sommes ici, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, dans la bouillie infographique la plus crasse. Ca vomit littéralement, ça surexpose pour faire angélique, ça ne fonctionne jamais et on aperçoit les fonds verts sans même plisser des yeux. C'est honteux. C'est Oui-Oui en 3D. Mais que ce soit moche, c'est une chose. Le pire, c'est que ces scènes "paradisiaques" sont d'une inconsistance qui confine au foutage de gueule pur et simple. Si vous voulez, prenez toutes ces séquences en numérique, coupez-les au montage, et regardez le film. Il tient parfaitement. Sans aucun problème. Il est même plutôt ramassé, correctement monté, bien cadré, un peu trop de mouvements de grue pour en mettre plein la vue mais bon, ça ne me pose pas plus de problèmes que cela. Mais là, THE LOVELY BONES devient indigent, sans intérêt, et même carrément antipathique. Les scènes dans l'entre-deux mondes n'apportent rien à la narration, n'apportent rien à la mise en scène, n'apportent rien à l'esthétique générale du film à part retranscrire une vision pré-adolescente dégoulinante de mièvrerie gluante, de la confiture de bons sentiments exacerbés que rien ne laissait vraiment présager, étant donné la relative dureté du film. Et Jackson semble bizarrement très embarrassé de ces scènes, s'en délectant d'un côté (pour ne pas bousculer sa routine seigneursdukongesque) et voyant bien qu'elle n'ont aucun intérêt de l'autre, mais il ne fait rien pour s'en débarrasser, malgré le fait qu'elles soient finalement assez rares, l'accent étant plutôt mis sur Marky Mark et le tueur. Bref, ça sent quand même un peu le claquos, et ça parasite négativement tout le film, qui se délite au fur et à mesure, les scènes "réelles" étant contaminées par les "irréelles", le montage se fait moins intéressant, ça cadre moins bien, la photographie décline... Ce qui est rageant après une première partie de métrage plutôt intéressante sans être exceptionnelle du tout.

 

 

THE LOVELY BONES, film pas passionnant, pas infamant non plus, tiède malgré quelques jolies idées de mise en scène qui ne parviennent pas à sauver l'entreprise de la noyade dans la mélasse numérique. Vite oublié.


LJ Ghost.








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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 06/03/2011 09:35



My gode!!!


 


Je n'en puis croire mes yeux!!! The great Marquis is back!!!!!


 


 


Ca fait du bien bien de vous lire ici, Marquis! Espérons que ce soit le signe d'un retour les planches!


 


[Pour les jeunes focaliens, Le Marquis fut mon premier collaborateur sur ces pages où il fût drôlement actif! Vous trouverez sur le site moult articles ecrit par lui!!]


 


Ha bah voiilà une journée qui commence bien!


 


 


Dr Devo.



Le Marquis 05/03/2011 16:59



Difficile de revenir aux sources après les habitudes prises aux commandes de rouleaux-compresseurs en mode auto-pilotage. Il arrive à Jackson ce qui est arrivé à Sam Raimi, et c'est franchement
dommage. Si LOVELY BONES avait été tourné avec le quart de son budget, Peter Jackson aurait peut-être fait l'effort de compenser le coût de CGI baveuses (tout à fait d'accord, on se croirait dans
AU-DELÀ DE NOS RÊVES) par des efforts d'invention et de créativité. Mais hélas, l'au-delà est bel et bien filmé en roue libre, dénué de poésie, à l'exception peut-être de la découverte des corps
des victimes précédentes. J'ai aussi trouvé que les choix musicaux étaient franchement inégaux: bonne idée de confier la BO à Brian Eno... mais pourquoi recycler une fois de plus/trop la jolie
chanson "Song of the Siren", usée jusqu'à la corde pour avoir trop été employée, au cinéma, dans la pub, dans Confessions Intimes et j'en passe.


Ceci dit, le plus gros problème du film reste à mes yeux sa gestion désastreuse des enjeux narratifs. Je déteste bien sûr la mort du tueur, un "accident" qu'un effet digital identifie trop
clairement comme une forme de justice immanente - que c'est naïf. Mais le pire, et à mon sens le film trébuche sur ce point pour ne plus s'en relever : quid de cette jeune fille étrange et
mystérieuse qui voit les fantômes et a bien l'air d'en percevoir extrasensoriellement très long sur la question ? Ce personnage intrigant et déplacé n'est là que pour jouer les utilités, et
permettre un dernier contact entre la morte et son boyfriend via une possession qui renvoie malencontreusement à GHOST... et à une vision mièvre et paranormalisante de l'après-vie. Au final, ce
film, qui comporte des qualités et de belles séquences, en ressort bien fabriqué, pour ne pas dire frelaté.