MANIAC de Franck Khalfoun (FR/USA-2012), LOTUS COMMUNITY WORKSHOP de Harmony Korine (USA-2012) et MEURTRES EN VHS de Jeff Lieberman (USA-1988) : Etrange Festival, jour 8...

Publié le par Norman Bates

 

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[Photo tirée de MEURTRES EN VHS]

 

Je n’attendais rien du remake de MANIAC. J’y suis allé car le premier film de Khalfoun m’avait laissé un bon souvenir et que le pitch de départ du remake est une bonne idée : plonger le tueur de MANIAC dans le Los Angeles de 2012.

Et bien au final ce fut une bonne surprise ! Khalfoun ne cherche jamais à reproduire le film de Lustig, prend un parti pris de mise en scène plutôt courageux (le film est entièrement filmé en vue subjective)  et utilise internet, les téléphones portables et toutes les avancées technologiques du XXIème siècle de manière assez drôle. Oubliez le sentiment de malaise permanent du film de Lustig, la mise en scène n’a rien à voir. De même que le tueur n’a rien à voir non plus avec l'acteur Joe Spinell puisque c’est Elijah Wood qui endosse le rôle, et ça a un vrai impact sur le scénario puisque il est plutôt mignon et attire naturellement le sexe opposé. Oubliez les prostituées crasseuses, le MANIAC fait maintenant la sortie des boites de nuit, les sites internet de rencontre ou tout simplement la drague dans la rue. Tout l’enjeu du film a changé, et si les puristes crient au scandale, le film en lui-même fonctionne très bien. D’une part parce que la mise en scène "subjective" est utilisée à bon escient (on est dans la peau du tueur) et permet de jolies idées de cadrage (bien que la caméra soit toujours en mouvement) et d’autre part car Khalfoun ne se refuse rien quand à la violence graphique, quitte à faire dans le gore et à pousser la perversité assez loin. De plus, le fait d’utiliser un point de vue subjectif évite que l’on soit trop gêné par un tueur qui sort tout droit du SEIGNEUR DES ANNEAUX, rôle qui colle à la peau d’Elijah Wood (par ailleurs assez convaincant dans le rôle). Oubliez donc le New York crade du film de Lustig (même si on a droit à des clins d’œil à l’original bien trouvés), ici nous sommes dans la série B plutôt soignée au parti pris  de mise en scène déroutant qui, sur la durée, est parfois éprouvant (les scènes d’actions en vue subjective sont assez incompréhensibles) mais qui remet le propos initial dans un contexte très actuel, avec ce tueur qui se fait littéralement bouffer par les femmes dans une société qui place le corps de la femme comme objet de désir absolu (publicité, sites de rencontre, pornographie). De même que la fascination du tueur pour les cheveux des femmes trouve ici un amusant écho dans la fascination des jeunes femmes pour leurs propres cheveux et apparence physique.  Du coup, la folie du personnage principal se retrouve exacerbée par tous ces stimuli extérieurs, le tueur étant plutôt à la recherche de la relation platonique (avec la mère qu’il na jamais eu) alors que toutes les femmes sont plutôt encline au sexe facilement. Les rôles sont donc inversés, et ce parti pris fonctionne très bien et donne aux scènes de sexe un coté malsain qui n’est pas forcément à imputer au maniac.  A condition de faire abstraction du film original (ce qui devrait être le cas pour n’importe quel remake d’ailleurs), ce MANIAC nouveau genre est une agréable alternative aux films d’horreur des années 2000 de par son point de vue original et sa violence exacerbée. Le film sort pour Noël en France, espérons que ce soit plus qu’une sortie technique (le film est resté assez longtemps dans les cartons apparemment).

 

Le projet FOURTH DIMENSION consiste à laisser carte blanche à trois cinéastes qui ont pour consigne de donner leur vision de la quatrième dimension. Enfin pas vraiment carte blanche puisqu’ils doivent incorporer à leur film des éléments imposés ; comme le nom d’un personnage ou d’un lieu par exemple. Harmony Korine à choisi de mettre en scène Val Kilmer dans son propre rôle, celui d’un prêcheur de supermarché qui se propose de régler les problèmes des gens grâce à la quatrième dimension et à la barbe à papa. Le rôle de Val Kilmer va comme un gant à Val Kilmer, qui dans la peau du prêcheur hystérique livre une interprétation détonante et à rebrousse poil du reste de sa filmographie. Le film se passe dans deux endroits de l’espace temps, simultanément : le prêche dans un supermarché d’une banlieue américaine défavorisée et la maison de Kilmer ou il fait du BMX et joue à des jeux vidéos. En effet le film se base sur la théorie d’Einstein sur le continuum espace-temps, à savoir que si l’espace temps est une sphère, la quatrième dimension est un trou dans la sphère qui fait cohabiter au même endroit deux espaces différents. Dans la mise en scène cela se traduit par une idée géniale: la mutuelle contamination du présent par son double via des bruitages sublimes de jeu vidéo qui parasitent le prêche (au début on ne comprend pas, ce qui est d’autant plus réussi car totalement gratosse). Ou alors l’inverse. Enfin, la barbe à papa coule à flot,  les foules en transes oublient  un instant le présent pour se plonger dans cette dimension où ils ne sont pas au chômage et où l’obèse à une petite amie. La quatrième dimension comme solution aux problèmes sociaux en somme. C'est sans doute le meilleur film de Kilmer, hilarant de bout en bout, et la mise en scène est sublime. A voir absolument pour comprendre la physique et ses répercussions sur le quotidien. Je n’ai pas vu les autres films du projet, mais si c’est du même acabit, ca promet.

 

On finit la journée avec MEURTRES EN VHS de Lieberman, dans une copie très rare mais néanmoins neuve, d’une qualité remarquable. On est en 88, pendant l’affaire des VHS tueuses : Cosmo, un employé de vidéo club (le frère de Matt Dillon !) suit une cliente chez elle et assiste à son assassinat par son petit ami. Bien vite il découvre que le film REMOTE CONTROL permet aux asiatiques de prendre le contrôle des personnes présente dans la pièce où est projetée la VHS (un film de SF des années 50 splendouillet d’ailleurs) et provoque des crimes atroces dans toute la ville…  De Lieberman, le sublime réalisateur du sublimissime LA NUIT DES VERS GEANTS, avec à la musique Peter Bernstein, le fils de son père (compositeur de GHOST BUSTER, LES 7 MERCENAIRES, A TOMBEAU OUVERT ou LES NERFS A VIF !!), on peut dire que le film ne laisse pas indifférent. Nous sommes en plein dans l’esthétique splendouillette des années 80, dans les habits, les coupes de cheveux ou la musique. Et la très grande légèreté du propos font du film une comédie pas piquée des hannetons  sur les rapports americano-asiatiques avec en toile de fond la fascination de l’époque pour l’espace et la traditionnelle romance adolescente. Le tout à un petit air de teen movie qui pourrait rappeler quelque fois Hughes, sans le propos subversif bien sûr, tout étant réduit à la farce avec cette histoire de chinois à la solde des extra-terrestre. La mise en scène est très agréable (tout est très soigné, bien cadré) et intelligente, si ce n’était ce goût pour le bariolé cher aux années 80 on pourrait dire que c’est beau. Là je dois dire qu’il est difficile de ne pas avoir le sourire aux lèvres pendant l’intégralité du film tellement le film donne dans le kitchosse et la surenchère vestimentaire (le cours d’aérobic !!). Le casting surprenant est aux petits oignons (y’a d’ailleurs l’autre sœur Tilly, la magnifique Jennifer) et le rythme est plutôt soutenu. Du coup on ne s’ennuie jamais. Le film est introuvable aujourd’hui, ni en DVD ni en VHS, la copie 35 est superbe, j’espère qu’elle circulera un peu,  car le film largement vaut le coup d’œil.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Nonobstant2000 17/01/2013 09:23


..ah mais effectivement le film est complètement de son temps, cad politiquement correct. Tiède. Un peu crasse, mais sans plus, mais pas trop. A la limite j'ai envie de dire que PI d' Aronfsky se
situe davantage dans la pulsion -pourtant ce n'est pas du tout le même sujet.Et désolé, la poursuite de la contortionniste dans une station de Métro DESERTE, c'était vraiment pour rattacher le
début et la fin

Norman B 17/01/2013 08:55


Je ne suis pas d'accord du tout, l'original n'a rien de comparable à ce remake. On est ici en pleine génération internet post-giscardienne, dans la representation totale et le désir immédiat. Si
tout parait plus fade c'est parce que justement seule la mort bien horrible s'incarne dans les images, le reste n'est que tentatives de se raccorder à un monde d'images.

Nonobstant2000 15/01/2013 18:23


..malgré des qualités de mise-en-scène absolument indéniables, j'ai trouvé ce remake plutôt bien tiède. L'idée de réalisation en vue subjective est intéressante (si ce n'est qu'on en abuse un
rien, Wood se débrouille pour apparaître dans tous les mirroirs possibles, c'est un peu pénible) mais globalement ce n' est jamais si immersif. Les escapades pulsionnelles du héros sont plutôt
sages -ou totalement anecdotiques (la contorsionniste, et je me retiens de spolier, mais c'est presque nanardesque) en fait ils se sont reposés sur la légende de l'original et sans cela, je me
demande si le public aurait été si indulgen²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²²

David Law 21/11/2012 19:20


Excellent film que j’ai vu au Festival de Cannes, avec l’équipe
justement, invité pour avoir participé au visuel du film, dans l’utilisation des photos de mannequins que je réalise (http://davidlaw.fr). La réalisation soignée nous plonge dans l’univers vu par les yeux du tueur, les mannequins sont omniprésents, les visuels étouffants. C’est efficace
et beau,c’est ce qui m’a frappé, une esthétique de l’image hors norme, dans les reflets et les miroirs… J’adhère et j’adore. David Law