MOON de Duncan Jones (GB 2009) : Ground control to majordome

Publié le par Norman Bates








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[Photo: "Solitude" par Norman Bates d'après le film MOON.]












Attention ! Le prochain paragraphe révèle des éléments importants du film et peut vous gâcher la surprise ! Si vous n’avez pas vu le film, rendez vous au paragraphe suivant.



Sam Rockwell est seul sur la lune depuis 3 ans, dans trois semaines il retourne sur Terre. Sa femme l’a quittée, et la solitude sur la lune devient un labyrinthe peuplé de figures familières. 

Sam Rockwell extrait de l’hélium 3 disponible à profusion sur la lune afin de l’envoyer sur la Terre, sans énergie depuis le choc pétrolier.

Sam Rockwell est mort dans un accident il y a trois ans sur la Lune, et depuis il cherche à savoir ce qui est arrivé à l’autre Sam Rockwell. Il découvre une femme, une fille, et érige un temple solitaire vouée à une vie qu’il a abandonné.

Gerty est le seul compagnon des Sam Rockwell qui peuplent la Lune, c’est un robot intelligent qui est capable de ressentir et d’exprimer des émotions via des smileys. Gerty à la voix de Kevin Spacey, et Gerty est loin d’être honnête avec les Sam Rockwell qui errent sur la Lune.

Sam Rockwell erre dans une base spatiale aseptisée, entre télévision terrestre et jardins secrets, cultivant l’amour pour sa fille, sa femme et diverses autres plantes. Seul avec un putain de robot qui égrène les taches tout les jours, sans arrêt et qui veille sur tous les Sam Rockwell.

 


Duncan Jones, de son vrai nom Duncan Zowie Haywood Jones, fils de David et Angela Bowie, filme la Lune comme un astre mort, cercueil des échecs de la vie d’un homme, condamné à effectuer des taches ad eternam dans une nuit permanente. Entre projections mentales abyssales et jeux géométriques sur l’infini, la mise en scène aligne des perspectives trompeuses qui enferment l’homme dans une cage dont les parois s’éloigneraient sans arrêt, comme si sur Lune on était condamné à s’enfermer et se replier sur une existence entièrement vécue par écrans interposés, une fois nos sanctuaires intimes violés. A l’intérieur d’un cercle nous sommes condamnés à tourner, comme une Lune autour d’une Terre, comme le fait la Terre autour du Soleil afin de prolonger la vie. Nous sommes assujettis à des formes elliptiques infinies qui se répètent sans fin. Nous propageons la vie et avec elle les mêmes échecs, les mêmes incapacités mais aussi les mêmes bonheurs et les mêmes amours, même de loin. Des mosquées de Cordoue aux villages Lunaires, les mêmes motifs répétés, enchainement de forme toutes reliées entre elles, dont les débuts sont aussi des fins. Même un clone né sur la Lune n’ayant pas connu la terre est attachée à son espèce et à son devenir comme à son passé. La solitude c’est les machines, même sensibles.

 

 


Et sa voix lui revient : des échos de disputes, des routes arpentées à deux, des corps qu’il a l’habitude de sentir et des combats menés de front. Et vivre avec seulement des souvenirs, avec les ombres dans la caverne, c’est quand même pas rien ! Car la Lune contrairement à la Terre ne tourne pas, car le soleil ne l’éclaire pas, ne la réchauffe pas. Car sur la Lune on ne peut que contempler la Terre inaccessible : des grandes étendues bleues, des paysages lumineux et des vents changeants, des lumières pendant la nuit et des bruits incessants, un horizon toujours fuyants. Mais plus que des équations scientifiques, des milieux favorables, c’est les perspectives qui encouragent la vie. Courir après un horizon toujours fuyant, toujours changeant, chaque fois renouvelé est promesse de changements. On peut trouver une autre femme, d’autres amis, d’autres lieux ou trainer, on peut changer de vie, il ne tient qu’a nous de tout refaire et de réparer ses erreurs. Pas sur la Lune, pas devant des écrans à rester passifs, pas devant des ordinateurs qui s’assurent de notre état de santé. Notre liberté, c’est d’arpenter des lignes dans n’importe quel sens, d’imaginer des perspectives qui n’existent pas.

 

 


MOON est le récit d’un retour à la Terre, l’histoire d’un homme qui arrive à se reconnecter au monde, à faire abstraction des choses qu’il a ratées. C’est un long combat pour échapper à la noyade, aussi bien physique que psychologique. Car s’il fallait définir une figure géométrie qui tend à représenter un être humain, ce serait une croix bien difficile à porter. MOON est un film sobre dépouillé, triste, mais porteur d’un espoir formidable, rempli d’instances d’un seul homme qui cherchent à se reconnecter, à se synchroniser pour rétablir les liens. Parce qu’on a toute la vie pour être seul, il faut chercher à l’être le moins possible.

 


Il faut rétablir le lien avec la Terre.

 

 

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Foxart 08/02/2010 11:51


Et j'adore ton papier aussi !
J'aurais bien aimé parler de ce film avec autant de talent !!!


Foxart 08/02/2010 11:48


J'adore ce film !


Bertrand 10/01/2010 16:08


Et exposer ton ressenti, plutôt qu'une froide critique convenue, c'est tout ce qu'on te demande et qu'on aime, cher Norman.
 De plus, le ""twist"" arrive à vingt minutes du film, ce n'est vraiment pas un méga facteur de surprise, ni le sujet principal, en effet.


Norman Bates 10/01/2010 13:50


J'avoue bien volontiers tomber dans les travers des films que j'aime, et pour celui ci c'est flagrant, ma fascination pour la procrastination et mes obsessions géométriques ont sans doute pris le
pas sur ce que je voulais dire du film.
Je pense plutot avoir écrit un compte rendu des sensations éprouvées pendant la vision du film plutot qu'une critique en bonne et due forme, pour la simple et bonne raison que j'en suis incapable !
Il me faudrait me détacher du film, prendre du recul et analyser ce que j'ai vu, mais c'est comme dans une histoire d'amour : proprement impossible ! Tout ce qui s'est passé entre le film et moi en
a changé à jamais son aspect. Partie de là il m'était impossible de ne pas tomber dans des travers didactiques, et j'en suis le premier désolé.

J'ai bien peur que ce soit le cas pour beaucoup d'articles, désolé.


Epikt 09/01/2010 10:49


Pas d'accord. Je n'ai pas trouvé ce film ennuyant, bien au contraire. Comme Norman, un peu moins que lui peu être, j'ai trouvé ça bien chouette.
Cela dit, à l'époque (je l'ai vu en automne à l'étrange festival) j'ai voulu écrire dessus mais sans succès. Si je m'étais jeté à l'eau, je serais sans doute tombé dans les travers que je repproche
à Norman. J'avais trouvé ça très beau (un peu trop peut-être ^^) et étais complétement tombé dedans, mais comment dire, il m'a échappé. Il me faudrait une seconde vision, plus attentive, pour
pouvoir écrire quelque chose de pas trop bête.
Qu'un film ne se laisse pas de prise ne veut pas dire qu'il soit en mousse !