MOUNDIR, L’AVENTURIER DE L’AMOUR : L'hydroglisseur, faut le vivre de l'intérieur !

Publié le par Norman Bates










moundir
[Photo : "All the tears" par Norman Bates.]













La télévision. On en parle peu sur Matière Focale, principalement parce qu’on ne la reçoit pas à la rédac', et puis sincèrement ca ne nous intéresse pas tellement. Après tout, s’assoir devant des points lumineux en balayage constant tout en étant bercé par un ronronnement audio relativement égal, sensé maintenir l’excitation constante d’individu scotché sur la moindre variation d’influx,  n’est pas une activité très valorisante. Alors, si on ajoute à cela que le petit écran conforme plus qu’il informe, qu’il est garant d’un palier normatif plus puissant encore que n’importe quel pouvoir erratique en faisant circuler en boucle des modèles de vie tout prêts qu’on pourra comparer ou jalouser à la pause café, entre deux séances de travail bureautique éreintantes, comme autant de petites entités individuelles qui auraient découverts un terrain de jeu commun à chacun et qui rassurées de se savoir proche perdraient doucement ce qui les isolent jusqu'à devenir une capsule remplie d’une existence commune, mais terriblement impersonnelle et je finis mes phrases quand je veut. Bref, un vrai focalien charismatique se doit de se méfier comme de la peste de ces pièges à âme et d’ériger lui-même une personnalité basé sur la vraie vie et l’expérience, en perfectionnant son esprit critique et en restant original à tout prix. Il arrive toutefois, en période de jeux olympiques, qu’entre deux courses de ski de fond l’on se prenne à zapper sur le bouquet  tnt, alors même que l’on sait qu’on va y trouver ce qu’il se fait de pire sur nos petits écrans. Qu’est ce que vous voulez, il faut bien remettre un peu de piment dans son couple de temps en temps. Aujourd’hui au programme, donc, une émission de télé réalité qui, si l’on y regarde vite, semble bien navrante, mais qui ce révèle être au final une terrible charge contre l’amour consumériste et la libéralisation du sexe (sans blague !). Je précise toutefois (oui, l’intro est super longue, je fais comme je peux) qu’il n’est absolument pas ici question de se moquer ou de tourner en ridicule le personnage central de la série, la télé y arrive très bien toute seule. Il s’agit plutôt de soutenir face à cette gigantesque entreprise de normalisation des mœurs, une voie poétique et sincère. Vous êtes prévenus et sauvés par avance !


I)      L'HOMME

 


Après deux échecs successifs à KOH LANTA, brisé dans son orgueil (un des candidats l’avait accusé de participer uniquement pour l’argent, et il fut viré de son équipe), Moundir se retrouve à 35 ans chez sa mère (dont il dit, je cite, que l"es portes du paradis se trouvent à ses pieds)", vivant un célibat quasi monastique, observant avec zèle une hygiène de vie exemplaire, 3h de muscu par jour, et n’absorbant aucune autre nourriture que celle cuisinée par sa mère. Problème : Moundir n’a jamais vraiment trouvé l’amour, et ses expériences avec les femmes se sont trouvées jusque-là bien décevante. Il faut dire que cet esthète cultivé idéalise la femme à un point tel que chaque confrontation avec le sexe opposé le plonge dans une affliction profonde.  La TV, désireuse de s’emparer du problème et de stigmatiser cet éternel rêveur, recrute 14 jeunes filles chargées de le séduire. Bien évidemment une seule restera, avec l’homme de sa vie ou, choix cruel, 15 000 € en liquide, avec aucune possibilité de revoir le bel éphèbe un jour (Moundir n’est pas au courant de cette éventualité).  Les 14 jeunes filles sont éliminées au rythme de deux par épisodes, désignées uniquement par Moundir. Elles vivent toutes dans la villa des filles, à Miami. Moundir lui est dans un hôtel luxueux muni d’une salle de musculation, il peut quand il le souhaite rencontrer les filles et pratiquer des activités de son choix avec une ou plusieurs d’entre elles. A la fin de chaque épisode une cérémonie solennelle voit les séductrices retenues récompensées et les deux disgraciées humiliées face à l’océan qu’elles retraverseront bientôt en avion. Cruel est l’amour…

 


II)      LES SOUPIRANTES

 


Les 14 jeunes filles sont âgées de 18 à 35 ans, elles sont de physiques et de natures différentes,  allant de la conseillère en communication (comprendre vendeuse en boutique de téléphonie portable) à restauratrice (comprendre serveuse) en passant par étudiante en journalisme (elle à écrit un article, une fois, dans la dernière page du magazine échangiste union). Physiquement elles plaisent toutes à Moundir qui a parfois du mal à se contenir (« une sorte 14 juillet est monté en moi », déclarera t’il hors caméra). Parmi ces 14 candidates, Moundir en connait déjà une : Amal, avec qui il a déjà eu une aventure, rapidement avortée après qu’il ait découvert son métier de strip teaseuse, métier qui selon lui sied mal à une femme de qualité et que sa pauvre mère aurait vu du plus mauvais œil. D’Amal Moundir dira qu’elle est « un téléthon de maux », ce qui n’empêche pas Amal d’être prête à tout pour le reconquérir, quitte à fomenter les plus terribles complots contre ses coéquipières.

 

 


III)      LA SEDUCTION

 

 

 

Le premier épisode voit les protagonistes s’établir à Miami : les filles découvrent leur maison, Moundir découvre la salle de musculation de son hôtel, puis les filles sont présentées et les deux camps peuvent commencer à se parler et à faire connaissance. L’épisode est monté de telle façon que Moundir et les candidates commentent en voix off et après coup ce qu’il se passe à l’écran. Ce procédé permet ainsi de décoder le jeu subtil de la séduction qui a déjà commencé : tel sourire est porteur d’espoir, tel déhanchement provoque l’allégresse, sème la confusion dans l’esprit de notre héros. Bien sûr ce procédé permet de savourer tout le piquant de la situation, et la prose délicate de Moundir fait souvent mouche : alors qu’abasourdi par toutes ces femmes le courtisant, il n’arrive qu’a bredouiller des "salut", "ça va", "enchanté de faire ta connaissance", avec un air béat, en off il se permet d’éclairés commentaires perçant à jour les plus vils tours de fausses courtisanes attirées par l’argent. En particulier, il dira d’une qu’elle "pleure des larmes de cours Robert" ou qu’une autre a une "conception de la vie qui n’est pas la sienne " Toutefois, à ces rares exceptions près, la sincérité prime, et de très beaux moments naissent malgré la grande médiocrité de la mise en scène (il y a une musique différente toute les minutes, toutes de mauvais goûts bien sûr, et au moins un plan par seconde, le tout commenté par une voix -off débile). A une candidate particulièrement émotive "stressée comme un lutin",il dira qu’elle « fuis dans son sourire », avant de la regarder s’en aller dans les volutes de sa robe rose fluo. Il n’y a, au terme de cette première étape, pas vraiment de profil qui émerge. Seule Amal à surpris Moundir, qui ne s’attendait pas à retrouver une ex dans le lot, mais au final, un peu paternaliste il avouera qu’il est très fier « de ses 14 poulines ».


Deuxième jour. Afin de mieux connaître ses courtisanes, Moundir doit en choisir une qui l’accompagnera dans une croisière en hydroglisseur et une autre pour aller voir des crocodiles. En hydroglisseur, les cheveux aux vents, Moundir se lance dans un discours dont les pointes de lyrismes n’auraient rien à envier à un Malraux et je vous passe la retranscription et l’analyse pour en arriver directement à sa conclusion : « l’hydroglisseur, il faut le vivre de l’intérieur ».  Chez les crocodiles en revanche, Moundir est nettement moins sur de lui : lorsqu’ il est invité à rentrer dans la cage, celui que la voix off acerbe surnomme "mi-macho mi-super héros" à quelques réticences « je transpire du genou, ca m’est jamais arrivé », toutefois devant sa prétendante il ne peut se résoudre à faire preuve de lâcheté, et pénètre dans la cage. Devant les yeux de la belle, les sursauts de courage de Moundir sont décuplés, et c’est sans crainte qu’il s’adresse à l’animal « les crocodiles n’ont pas d’oreilles mais ils comprennent » et lui fait sentir son hostilité à lui et à son espèce « les crocodiles sont des bestioles qui ne devraient pas exister ». Il sort de la cage encore tremblant, la bête reposant quasi morte de l’autre coté du grillage.


Bon je ne vais pas tout vous résumer, mais chaque aventure est propice à de nombreuses révélations, aussi bien sur le passé de Moundir que sur les motivations réelles des concurrentes. A l’une d’elle, dans un moment fort d’empathie il avouera en pleurant que s’il soigne autant son corps, c’est pour pouvoir soutenir sa mère le jour où elle tombera, victime des coups de butoir de la vie. C’est ce qui caractérise Moundir, cette façon de se dévoiler, fugitive et sincère, lorsqu’il n’est pas acculé par les caméras le forçant à réagir sans prendre le temps de réfléchir. On le verra faible, mais aussi fort et brave quand il s’agira de rendre hommage aux hommes de l’Atlantide (plongée sous marine) ou d’écouter simplement une candidate qui refuse de participer au spectacle de pom pom girl donné en son honneur (très grand moment de l’émission !)(la fille sera virée). On le verra, Moundir n’est pas exempt de défauts : la soirée organisée chez les filles en son honneur sera d’un goût un peu douteux : Moundir choisira d’habiller les filles à se façon, ce qui se traduira par costume de lapin sexy pour tout le monde, « on voit toutes mes fesses » dira une candidate un peu prude, ce à quoi lui répondra une autre fort avisée: « c’est sans doute fait exprès ». Pour ce même repas, les filles furent chargées de faire les courses et la cuisine, une manière sans doute de les responsabiliser. En outre, la femme parfaite selon Moundir « doit savoir faire la cuisine ».Cet étalage de machisme est bien sûr aussitôt sanctionné par la voix off, il ne faudrait pas que les associations s’indignent.

 


IV)      L'AMOUR

 


Venons en au problème : Moundir est un avatar de l’homme viril et chevaleresque, courageux et grande gueule, très premier degré. L’émission est réalisée de telle façon à tourner en ridicule ce personnage présenté comme un peu simplet, une sorte de Van Damme si vous voulez, en jouant sur les leviers de la télé réalité classique : environnement de rêve (Miami), candidates sexy (comprendre siliconées) et très typées, mise en scène basé sur des plans courts mis en musique avec les tubes du moment, recours systématique à une voix off ironique et moments forts orchestrés à chaque fin d’épisode pour garder l’audience. Heureusement, Moundir de par sa sincérité déconcertante et son sens du propos arrive à insuffler un peu d’intérêt dans ce pénible pugilat de la naïveté amoureuse. Car ce qui est terrible, c’est la vision du couple qui ressort de tout ca : la femme est choisie par l’homme sur des critères pratiques, la beauté évaluée comme à un concours agricole, et le sexe dénaturé (on essaye une femme (ou un homme d’ailleurs) avant de l’acheter, comme un sex toy). Bref ce n’est pas joli joli, et franchement futile même vu sous cet angle. Pourtant Moundir cherche dans tout cela quelque chose de pur, un lien aussi intense que profond, il cherche à construire un "à deux" comme on construit son identité, c'est-à-dire patiemment et en acceptant de commettre des erreurs. Les épreuves qu’il impose à ses prétendantes sont de l’ordre de la vertu et du courage sentimental, un parcours délicat qui révélera la mesure du sacrifice à envisager pour partager une vie , soit l’essentiel et la quintessence de l’existence : le partage et la mise en commun d’une souffrance intime comme rempart à l’hostilité d’une vie où il est de plus en plus tentant de masquer ses faiblesses derrière la facilité de la consommation (physique, sexuelle et matérielle). Ici on ne parle plus de critère (l’horreur) comme sur Meetic, mais bien de temps passé ensemble et d’échanges poignants, quand, en résonance, deux êtres trouvent le chemin absolu du bonheur.  Voila pourquoi l’hydroglisseur, les déguisements de putes et le football américain : c’est le chemin de croix de l’amour sacralisé et sanctifié du siècle de la déception amoureuse. Moundir est juste un homme faible qui cherche quelque chose de vrai, sincère et fort, et visiblement ca dérange assez la télévision pour en faire un martyr de l’innocence.  Parce que ca ne s’achète pas ?



 

Je vous vois sourire, vous ne devriez pas.

 

 

 


 

Norman Bates.











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Publié dans Lucarnus Magica

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Norman B. 19/03/2010 10:25


Non moi je suis pour, en tant que consommateur reflechi, toujours tester avant d'acheter. Par correspondance vous avez 7 jours avant de renvoyer votre achat, ce qui permet de bien tester le produit
à fond. Après vous avez le droit d'acheter ce que vous voulez sans reflechir, ca vous regarde ! 


Dr Devo 18/03/2010 19:07


Chère Roxanne,

sans vouoir vous lécher les bottines, je trouve ça dégueu aussi!

Dr Devo.


Roxanne 18/03/2010 17:44


"on essaye une femme (ou un homme d’ailleurs) avant de l’acheter, comme un sex toy"
On a le droit d'essayer ses sex toys avant de les acheter ? C'est dégueu...
Oui, non, rien à ajouter...


Dr Devo 03/03/2010 20:32


Salut Max et salut Xavier!

merci pour vos commentaires que me font regretter un peu plus que me naouvelle télé géante ne soit pas relié à la prise antenne! j'espère que vous nous commenterez, en compagnie de Norman, les
prochaisn épsiodes!


Dr Devo.


Xavier 03/03/2010 12:09


Pas d'accord du tout avec cette analyse, mais bon....

Je ne crois pas que la prod' essaie de se moquer de Moundir : les 2 parties sont conscientes de bien bouser.
Franchement, vu la médiocrité des gonzesses proposées, comment Moundir pourrait-il une seule seconde croire qu'il y trouvera la femme de sa vie? Lui qui s'est toujours tapé des pétasses bien
roulées et sportives, comment pourrait-il tomber amoureux d'une pétasse mollassonne? 

Mais Moundir est un pro : on lui a dit, fais-nous de belles métaphores, et il les aligne avec une régularité de coucou suisse.

Enfin bon, je ne suis pas un fidèle de l'émission.