MOUNDIR L'AVENTURIER DE L'AMOUR PART II : Voir Moundir et mourir…

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

worldoflove

[Photo: "Ni matière ni forme seule" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 


Panama, mars 2003. Dans la moiteur tropicale des îles sauvages de l'archipel Bocas del Toro une poignée d'hommes et de femmes luttent sans relâche pour leur survie. Après plusieurs semaines éprouvantes aussi bien sur le plan nutritif qu'affectif, après avoir laissé plusieurs de leur camarades sur le carreau, après avoir fixé intensément le visage livide de la mort dans le détroit de Las Sornas, après les pluies torrentielles et après les coulées de boue, voila qu'a l'aube de la 10éme nuit le campement dévasté par une tornade nocturne est la proie de vives tensions entre les candidats. En effet, alors qu'a la suite d'une nuit d'apocalypse qui a vu les éléments se déchainer comme si la terre elle même voulait éradiquer une présence humaine trop tenace, voila qu'un homme se lève pour semer la zizanie parmi les siens, et que de sa voix puissante il conspue publiquement Moundir : "Je pense que Moundir joue pour l'argent, je crois que tout ce qui l'intéresse c'est de gagner les 100 000 €, voila, il fallait que sa sorte, il fallait que je vous le dise." Silence. La stupeur se lit sur les visages déjà durement éprouvés, la pression est palpable, l'atmosphère électrique de l'après tempête crépite dans les micros cravates. La réaction de l'intéressé ne se fera pas attendre : d'un geste brusque il arrache son t-shirt, la colère gonfle ses veines, il jette ses affaires à terre et se met à hurler à la face de l'impie "QUOI ? QUOI MOI JOUER POUR L'ARGENT ? POURRITURE ! JAMAIS !", sur ces mots il fait volte face et continue à hurler des imprécations que la pudeur m'interdit de reproduire, s'adressant à la jungle enfin apaisée, comme une incantation aux fureurs des cieux, une injonction aux dieux.

Plus tard, Tony, doyen du groupe, fidèle ami de Moundir, révèlera aux membres du groupe que Moundir lui à confié au début de l'aventure jouer pour combler les dettes de sa mère. Cette déclaration sera suivie d'un silence chargé de malaise que viendra briser Denis Brogniart. La suite de l'aventure sera à jamais entachée par ce sinistre évènement. Moundir, lui, aura vécu un avant gout de la solitude de l'homme face à la mise à nu de l'âme du monde.

 


7 ans plus tard, Miami. Que reste-t-il de l'amour dans la capitale épicurienne du XXIeme siècle ?  A une époque ou Dieu et Nietzsche sont tout les deux bel et bien morts, que le poulet biologique élevé au sésame est a la porté de tous, qu'est ce qu'il peut subsister de tenace et de fort entre les hommes ? Entre bordels de luxe et casinos où la coke et le champagne coulent à flot, dans l'Amérique de Breat Easton Ellis et de James Ellroy, Moundir ou l'American Vertigo revu et corrigé à grands coups de pieds dans le cul. Tant mieux, la France en a besoin.

 

 

 

 

V) PASSION

Ce soir c'est casino : les filles sont invitées par Moundir à découvrir les joies des jeux d'argent, et discrètement notre éphèbe profite de l’occasion pour repérer les filles qui auront le plus de chance aux jeux. A l'entrée du palace éblouissant il lance aux femmes nubiles un ultime avertissement : « cachez votre jeu mais pas vos sentiments, les filles ». La partie peut commencer, les femmes s'engouffrent dans le monde de la nuit, Moundir ouvre ivre de bonheur son col en V et se jette sur les cartes. Au sortir de cette nuit des grands ducs Las Vegas sera-t-elle toujours-la même ? La cité des anges semble accueillir triomphalement l'apollon français, et c'est auréolé de ses victoires aux cartes qu'il défie finalement Charlène. Dans l'arène tout le mode retient sa respiration, la confrontation est à la fois sur la table et dans les yeux : sans pitié dans le jeu et volubile dans les regards échangés, l'air électrique attise la sensualité et le jeu de carte laisse bientôt place au jeu plus dangereux encore du désir. En voix off Moundir avouera avoir "chaviré comme un chameau" dans les yeux complices de Charlène, "déchiré comme Hulk" après tant de tensions : encore sous le charme il lui déclarera aux milieux des feux des rampes que "si on devait jouer dans un film de Cléopâtre, tu aurais le premier rôle". La classe, et encore la classe.


Pourtant il est des orages que la passion n'évite pas : quand au sortir du casino les jeunes éperdus se retrouvent confrontés soudainement à l'horreur la plus glaçante, le sang de Moundir ne fait qu'un tour. Les autres candidates ont profitées de l'absence du beau ténébreux pour se jeter dans les bras d'une bande de chippendales engagés par la production : à bord d'un bus à étage pour touristes les filles sont trop occupées par la plastique travaillée de leurs tentateurs pour remarquer que dans la rue, Moundir voit rouge. Voilà qu'il commence à s'en prendre physiquement au bus qui refuse de s'ouvrir : le chauffeur sous le choc finira par laisser rentrer l'apollon enragé qui monte quatre à quatre les marches qui le mènent vers le funeste spectacle. Les pauvres sbires de la production envoyés pour corrompre le cœur purs des prétendantes auront bien du mal à esquiver la menace que représente un homme outragé par tant de vice : c'est tout juste si personne n'est blessé, les filles se feront sévèrement réprimander, tout le monde se sépare dans la confusion, dehors le chaos règne, plus rien ne s'oppose à la nuit, chacun regagne son logis dans une errance solitaire. Les regards sont vagues, les esprits meurtris et les corps fatigués. Chez les filles la tension éclate, certaines pleurent, d'autre se jettent au sol frappées de mutisme. Il est temps d'aller se coucher, la nuit porte conseil.


Le lendemain, c'est un Moundir fatigué et un peu honteux de son geste qui s'invite chez les filles pour se faire pardonner. De ses excuses sincères et des larmes qui s'en suivirent, la production ne retiendra que les regards houleux et désespérés des prétendantes éconduites, le cœur brisé. La déception et la frustration laissent bientôt place à un jour nouveau, promesses de nouvelles aventures sous le soleil de la Californie...


Je ne vais pas m'étendre des heures et des heures sur les différentes aventures de Moundir pendant presque 10h d'émission. Je me rappellerai juste de différents moments sublimes, comme l'arrivée surprise de Tony, laissé il y a 7 ans à Bocas Del Toro : Moundir s'écroulera en larmes devant lui, se rappelant les images qui le hantent depuis tant d'année. Ah comme notre héros regrette l'époque où le droit de pouvoir continuer chaque journée se gagnait à la sueur de son front, où la liberté était une jeune femme sexy et sincère en lieu et place d’une anorexique syphilitique  dont les multiples reflets éclatés dans les paillettes d’une soirée déguisée rappellent à chaque instant la profonde vacuité d’une existence vouée à la danse et à la séduction. Moundir le dit, il veut une femme qui fasse du sport, l’idéal serait la muscu. Heureusement, Tony sera de grand conseil pour le choix final de Moundir : il le conseillera comme un vieux sage habitué à l’esprit retord de ces dames, en lui recommandant notamment de faire preuve de circonspection avec le beau sexe : "dans les femmes il y a la vitrine, et puis ce qu'il y a quand tu ouvre les deux portes. Une belle vitrine peut révéler un désordre, un chaos insondable. Le mieux c'est d'avoir l'ordre et la belle vitrine". C'est ce coté cartésien et rassurant qui plait tant à Moundir, un frère ordonné et appliqué pour juguler ses débordements créatifs et son instabilité sentimentale. Entre les deux hommes la complicité renait, comme au bon vieux temps de Bocas Del Toro, et Moundir propose à son vieil ami d'espionner les filles afin d'évaluer la pureté de leurs sentiments. Tony sera les yeux de Moundir, et c'est grimé en cowboy et armé de jumelles qu'il déambulera discrètement entre les parasols, les yeux à l’affut, le torse vaillant tel un John Wayne dans un jeu de quille.

 

 

 




VI) LE DOMAINE DE L'INEXPLICABLE


Les premières heures d'émission laissaient craindre un enfermement dans le stéréotype du beauf entouré de filles sexy courant après le matérialisme le plus pragmatique. Il n'en sera heureusement rien, et l'émission, il faut bien le reconnaitre, saura dévoiler des facettes de la personnalité peu mises en valeur à la télévision de nos jours. Je veux parler de culture et d'art, bien sur, et il faudra suivre discrètement Moundir et Sinda au musée pour plonger dans un autre monde. On ne savait pas Moundir empreint d'art moderne, et nous vivions alors dans les ténèbres, privés de l'esprit éclairé d'un homme capable de tomber littéralement en transe (voir en catatonie lorsqu’il est question d’automobile) devant une œuvre d'art. Devant un tableau immense il s'interrogera très pertinemment sur la taille du peintre, alors que devant une œuvre en noir et blanc il s'exclamera "le mec il se prend pas la tête avec les couleurs" commentaire d'une lucidité rare. Mieux encore, il s'étendra dans un long discours sur les relations entre expressionisme et dimension physique, concluant avec brio son homélie par une conclusion qui rendrait bouche bée le plus grand des conservateurs "plus un tableau est grand, plus il est expressif". Malgré tout, l'art moderne à des limites pour Moundir, "je suis sensible à l'art dans la mesure ou je peux le comprendre", et c'est avec humour qu'il envisagera un gigantesque tableau bicolore "ca m'évoque Marseille contre Nantes", ou une œuvre monochrome rouge "il y a une ambiance ketchup". Devant une espèce de sarabande vaudou de 15 mètres sur 38 il supputera avec clairvoyance sur l'appartenance de l'artiste à un mouvement satanique. Las et comblé, la visite se termine : Sinda à aimé l'art satanique, Moundir en conclura qu'il est plutôt poivre et qu'elle est plutôt sucre. L'art, ou comment révéler une femme.

 

 

 

 

 

 

VII) LES HOMMES, L'UNIVERS ET LE RESTE


Moundir à trouvé. Le bout du tunnel, l’aboutissement de la quête, la lumière en pleine nuit et le sexe l'après midi, les repas à deux et les têtes à têtes sous les étoiles, la peur avec le soutien, les yeux dans lesquels on se projette, et la mer bleue scintillant dans le soir de Miami, les lumières dans les ténèbres et les respirations sur la peau, toutes ces sensations conjuguées au pluriel  et les mains dans les mains. Moundir ne regrette rien de ces 30 années à chercher, solitaire la nuit et téméraire le jour, les combats dans la jungle et les salles de muscu, tout était réfléchi pour avancer dans une seule direction, toutes les sensations convergeaient vers un seul point, une vie. Elle est coach sportive, des yeux pétillants et elle aime l'art et la vaisselle, Venus de l'immobilier Ikéa, reine dans sa demeure, femme forte et fidèle, compagne passionnée des matins assoupis comme des réveils coquins, pouvoir dire "tu es la" enfin.  La mère hier et maintenant la femme : passer d'une femme à une autre et transmettre le flambeau, être le premier à éclairer la nuit comme 2000 ans avant lui les premiers hommes qui au fond d’une grotte se sont blottis ensemble, retour à la nuit primordiale et à l'odyssée de l'espace, Moundir flotte dématérialisé comme dernier enfant des étoiles, loin du corps, près du cœur. L'art moderne et les voitures brillent dans l'Histoire comme le premier astronaute ou le singe sur deux pattes, les tribus séculaires se réunissent devant les nouveaux buissons ardents dont Moundir est le nouveau prophète, prêchant l'effort et le râle, la virilité et l'art, la possession et le désir, et fait s'élever dans les boites de nuits du monde entier le chant des hommes à la recherche de l'amour.



 

EPILOGUE

 

Le soleil se couche sur Miami, faisant éclater sur la mer des milliers de flammes orangées. J’ai fini ma mission, l’émission est terminée, j’en ai fait un compte rendu fidele pour les derniers qui n’auraient pas suivi l’histoire de Moundir et de l’amour. Les pieds dans le sable je me prépare à reprendre l’avion pour Paris, j’essaye de me vider l’esprit avant de reprendre ma vie de disciple, de propager encore et toujours la parole de Moundir, jusqu'à mon dernier souffle évangéliser les masses laborieuses. A vrai dire j’étais presque prêt, et alors que je donnais congé à une ou deux jeunes créatures rencontrées dans un night club pendant mon séjour, j’appris la terrible nouvelle. Quelques heures plutôt un journaliste d’investigation réputé (Morandini) avait découvert à force de recherche sur un site fiable d’information (Facebook) que Sinda et Moundir se seraient séparés au bout de deux semaines. Le soleil avait presque entièrement disparu, et alors que les filles se rhabillaient je me sentais à nouveau seul, complètement seul, seul comme rarement dans ma vie. Je songeai comme Schopenhauer et Nicolas Sirkis avant moi que l’amour détruit tout, que la douleur est l’état naturel de l’homme, et que l’amour est une manifestation d’une faiblesse qu’il faut surmonter pour vivre en paix….

 

Le vent à séché mes larmes et je suis parti. Seul.

 




 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Lucarnus Magica

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kevo42 23/04/2010 17:49



C'est beau, c'est même magnifique, et en même temps c'est infiniment triste.


 


Merci pour ce résumé.



Bertrand 22/04/2010 22:27



Et puis encore faut-il que l'affiche soit un peu excitante...



Dr Devo 22/04/2010 21:48



Salut Harry!


 


Mais non, bien au contraire! O a toujours parlé de manière exceptionnelle de television quad elle était au meileur du meilleur. On a parlé longuement de deux saisons de Koh-Lanta, la célèbre
émission politique, et nous avons déjà publié une quinzaine de très longs articles sur la série SAN KU KAI! C'est assez rare mais ca arrive de temps en temps.


 


Dr Devo



Harry Kromer 22/04/2010 21:32



Tout le monde s'en cale du cinoche maintenant à à matiere focale ?