MURDER LOVES KILLERS TOO de Drew Barnhardt (USA-2008) et POSSESSED de Charles Band (USA-?): Petites Joies et Grosses Déceptions de l'Exploration Cinéphilique !

Publié le par Dr Devo






[Klaus Kinski dans le film FOU A TUER de David Schmoeller.]




Chers Focaliens,

"On poursuit notre incursion dans la Série Bis ou Z", vous diriez-vous, avant que je n’ajoute "Oui… Euh… Non… Pas vraiment.". C’est en allant farfouiller dans les bacs à soldes que je trouvais quelques galettes rigolotes. Et comme vous voulez savoir, je vous le dis, c’était une bonne pioche. Je laissais tomber, tout d’abord, la mort dans l’âme deux films de la Hammer un peu surfacturés. Idem en ce qui concerne QU’EST-IL ARRIVE A BABY JANE ?, pour la bonne raison qu’il passe bientôt dans le cinéma art-et-essai tout proche. Je jugerai donc celui-là sur pièce et en salle.

 

 

Au final, j’acquis THE MIST de Frank Darabont, le récent THE LOST (Deux films parfaits pour moi qui ai vu THE UGLY récemment et qui aime les titres courts !), JULIETTE DES ESPRITS de Fellini, PSYCHOSE PHASE 3 de Richard Marquand (classique des vidéoclubs d’antan, que je prenais ici pour des raisons "professionnelles" car… Ha non, c’est vrai, je ne peux pas encore révéler le prochain grand projet focalien !), et aussi POSSESSED, une étrange production Charles Band dont un des trois sketchs est réalisé par Jack Reed (ça me dit quelque chose, mais je ne replace pas… Un pseudo peut-être…). Le deuxième sketch est réalisé par Neal Marshall, et j’espérais que ce fut un faute d’orthographe et qu’il faille lire Neil Marshall, réalisateur du beau THE DESCENT ! Enfin le dernier sketch est de David Schmoeller, réalisateur trop rare qui n’a jamais réussi à vraiment percer et dont je recommande vivement le FOU A TUER, une production Full Moon (donc produite par Charles Band), film atypique et poignant avec un grand Klaus Kinski, et de TOURIST TRAP, dont je vous ai déjà parlé et qui a d’ailleurs été, enfin, édité en France en dvd. Très beau film, là aussi. Je suis donc très très heureux d’avoir des nouvelles de Schmoeller, comme vous vous en doutez…

 

 

 

Dans le tas, je trouve donc également MURDER LOVES KILLER TOO, au titre vraiment débilissime, mais dont l’affiche très eighties m’attirait un tout petit peu, je le confesse…

 

Comme disait le poète, c’est la même chanson ! De nos jours aux USA, un petit groupe de djeunz prend la voiture et son week-end (zeugma !), histoire de passer deux jours en pleine montagne et en pleine forêt… Ils ont loué un chalet. Et évidemment, comme nous l’annonce une voix-off assez rigolote, ils vont se faire massacrer par un psychopathe local, un par un, dans la pure tradition américaine.

 

Quoi ? T’es pas content ? T’as déjà vu ça ? Bah ouais. Tourné par un jeune réalisateur dont c’est le premier long, en vidéo HD et avec une équipe réduite, MURDER LOVES KILLER TOO, Dieu que ce titre est absurde, commence de manière assez marrante, et même, balance, après le générique simple et joli, son meilleur plan tout de suite, en détournant la convention de la scène introductive se passant "Quinze ans auparavant". Une bien belle idée, incisive et simple, me dis-je, et suivie d’un commentaire over-british de la mort, annonçant pour les mal-comprenants ou pour ceux qui n’ont jamais vu un slasher de leur vie, le principe du film dans le détail, avec simplicité et humour. Ce premier plan est long, très long, il y a deux bonnes idées dedans, voilà qui augure d’une suite sympathique, se dit-on…

 

La suite sera très classique, en effet. Les gamins arrivent dans le chalet, se saoulent un peu, mettent de la musique hard-rock à fond et semblent surtout ne pas remarquer que la maison est déjà occupée, et zou, c’est parti, la première mort arrive rapidement… Les autres ne remarquent rien et, bien vite, s’investissent dans des activités qui auront pour avantage de bien disloquer le groupe, ce qui est toujours utile quand un psychopathe rôde dans le coin… CLA-SSI-QUE !

Malgré tout, on note quelques inventions qui ne mangent pas de pain. Tout d’abord, contrairement aux conventions du genre, les personnages sont "charactérisés" de manière basique, voir rustre, c’est-à-dire à peine. Ces petits jeunes sont tout à fait interchangeables. Il n’y a pas de sous-intrigues qui innervent leurs relations. C’est bien, on perd moins de temps. En plus, ils n’ont pas l’air particulièrement smarts ou intelligents. Ils ne sont pas bien attachants. Ils ont l’air assez bête, ils sont ternes et plutôt arrogants… Bon, je m’arrête là, sinon vous allez croire que c’est du Ken Loach !

 

Si le réalisateur étire un peu trop, et sans se fouler, la scène de la découverte du chalet, on est assez surpris de voir que le premier meurtre (hors-champ quasiment) marque très tôt le début des hostilités. Dès que ce coup de sifflet de début de match est donné, bah, le taux de mortalité est vraiment constant, et le processus ainsi lancé est très rapide. Comme il n’y a que six personnages, la formule - si  on compte la scène un peu trop longue et feignasse sur la découverte du lieu comme je viens de le dire - fonctionne assez bien et crée une espèce de tension très cinématographique : si les jeunes sont massacrés à cette vitesse, le film risque de s’arrêter avant son terme, d’une part. Dans l’autre main, on est étonné de voir le film s’éloigner des règles sacro-saintes de ce genre ultra-codifié, notamment celles du timing.

 

Il y a d’autres éléments sympathiques. Le chalet est tout d’abord minuscule, et de plus, le tueur est plutôt "rigolo". Le personnage lui-même n’a pas énormément d’intérêt. Par contre, ses actions peuvent être plus marrantes. Là, le réalisateur marque des points. Ou, au moins, des demi-points. Car, si le cinéma fantastique moderne (JUSQU’EN ENFER de Sam Raimi, récemment, entre autres) se base sur une rhétorique du surgissement brutal ("rhétorique", c’est toujours bien dans une critique !), ici c’est plutôt le contraire. Il y a quelques surgissements surprises, mais dans la majorité des cas, notre ami le psychopathe arrive en général tranquillement dans le plan, sans se presser, sans toujours se cacher des autres personnages en plus, et il se contente le plus souvent de passer derrière eux, presque en sifflotant. Comme une superposition de deux mêmes plans à des moments différents. Et ça, bah, ça fonctionne tranquilou, Doillon ! La promiscuité du lieu a même tendance à jouer en faveur de ce processus. Dès lors, le suspense du film se jouera plutôt sur le hors-champ et le jeu de cache-cache que sur un simple habillage dans la réalisation de péripéties artificielles et toutes scénaristiques. Et d’une… On résume : un premier meurtre rapide, une grande majorité du petit casting qui disparaît en une bobine ou presque, un tueur qui occupe la maison sans se cacher, mais qui utilise aussi les coulisses du décor (idée artificielle du passage dans la sous-pente) et qui arrive sans se presser. Même sans faire du montage frénétique (il y en a un peu, dans la séquence d’introduction, mais c’est tout), le film avance vite, et épuise presque tout de suite toutes ses cartouches.

 

 

Et c’est plutôt bien joué là aussi. Car très vite s’enclenche la partie qui devrait être la scène finale. D’un point de vue scénaristique, elle est tout à fait canonique et très artificielle dans ses justifications, puisque la parole du tueur n’a quasiment aucun intérêt. On est content de savoir tout ça, mais ça n’apporte rien, et le réalisateur semble sans s’en ficher complètement, passe rapidement. C’est dans ce final trop précoce qu’il cite le plus ses sources d’ailleurs, mais ça j’y reviendrai plus tard. Par contre, pour le coup, le film s’étant à l’issue de cette partie presque immobilisé, et donc ayant frôlé l’arrêt définitif au bout de cinquante minutes, pour avoir tout balancer comme un gougnafier, sans faire de prudentes réserves, le réalisateur peut alors déballer une dernière partie, assez longue qui va prendre bien sûr pas mal de gens à revers. Et ça, artificiel ou pas, beau ou, au contraire, sans éclat particulier, ça fonctionne plutôt pas mal.

 

Il va être difficile de vous dire en quoi le film se retourne un peu comme un crêpe, ça serait malhonnête de ma part. Notons que la mise en scène du film dans ses deux tiers n’est pas totalement renversante. C’est parfois un peu brouillon, la photo sans être totalement indigente est un peu space ça et là, sans doute à cause de l’utilisation de la vidéo. Si le cadrage est parfois un peu travaillé, il n’a rien non plus d’extraordinaire et se borne souvent au fonctionnel. Quant au montage, sans se pourlécher d’exquises gourmandises, il arrive sans se fouler à faire vivre les péripéties narratives en s’appuyant sur le cadrage et notamment le hors-champ. Plus curieux, la mise en scène exploite beaucoup le plan-séquence, souvent avec recadrage, et ce avec plus ou moins de bonheur. En tout cas, ça a l’avantage de casser la routine de la convention et celle du champ/contrechamp. Voilà qui dévoile également les influences du réalisateur. Il est clair comme le montre l’affiche et le titre débilosse, que Monsieur est fan du cinéma fantastique des années 70 et 80. Alors, ça y va les citations : Sam Raimi, Argento, DePalma et consorts. Je pense notamment à ce dernier lors d’une scène d’enfermement avec œil dans le trou de serrure, et ralenti (maladroit d’ailleurs) final, scène d’ailleurs très rapidement "déçue" et qui finit en coïtus interruptus avant d’enclencher la dernière partie. Bref, c’est quelque fois maladroit, c’est pas vraiment éblouissant, mais ici comme ailleurs, comme je vous le disais plus haut, par petites touches, quelques idées se baladent avec plus ou moins de bonheur. Assez pour que le film ne ressemble jamais à une production récente de Charles Band, mais ça, j’y reviendrai…

 

 

La dernière partie contraste avec sa génitrice ! Plans fixes, plus (+) de découpage, et changement d’ambiance. Comme je le disais, c’est le contre-pied, et plus que ça même, si cette partie louche aussi vers le cinéma de genre assez codé, elle a le mérite de faire sortir de manière longue et inattendue le film du genre slasher. On se retrouve tout décontenancé, mais surtout, une angoisse plus banale mais aussi plus anxiogène imprègne cette partie moins spectaculaire. C’est que les cinquante minutes précédentes, de manière un peu absurde, orientent notre vision. Quelque part dans notre tête, on n’est pas vraiment tranquille, et on impose à cette dernière partie des liens avec le reste du film, et ce processus distille une certaine angoisse, plutôt inattendue. Comme ça dure presque une bobine, ça fonctionne plutôt bien. Il sera difficile pour moi de vous en dire plus, sans dévoiler trop de choses donc vous me permettrez d’arrêter là !  

 

En conclusion, MURDR LOVES KILLERS TOO se regarde tranquilou si on aime le cinéma de genre, et pour peu qu’on ait un poil d’indulgence. Quelques bonnes idées sont à signaler ici et là, l’esprit est plutôt sympathique, et la structure faisandée de l’ensemble donne quelque chose de plus efficace que prévu. Ce n’est pas, sans doute, du grand travail d'esthète, mais au fur et à mesure  des petites quatre-vingt minutes du film, on réalise qu’il y a un goût assez absurde et plutôt bienvenu qui se dégage de la chose. Comme si Drew Barnhardt voulait exploiter le slasher pour mieux le vider. Et ça, c’est toujours sympathique, puisque, en plus, sa dernière partie le contredit complètement, ce slasher. A signaler également quelques effets de mise en scène rigolos, toujours de bon aloi, comme le meurtre double-pénétratoire de la petite blonde. C’est encore timide, encore peureux sur les bords, mais bon, le film a ce mérite de l’absurde.

 

En parlant d’absurde, pour une fois, il me faut signaler l’incroyable bonus qui figure sur le disque. Je crois que c’est le meilleur bonus que j’ai vu depuis le film du célèbre Hypnotoad, le crapaud cauchemardesque de la série FUTURAMA dont je vous avais déjà parlé. Dans un esprit complètement zattapatesque, Barhnardt nous explique le pourquoi du titre. Et ça dure, ça dure, ça dure… C’est très débile et complètement agaçant. Et puis, au fil du visionnage, la chose reprend de l’absurde, et surtout l’humour jaillit très généreusement. Je dois bien dire que j’ai terminé ce long long bonus en état de poilade complète. On peut ne pas aimer ce film, mais en tout cas, ce petit gars a l’air très très sympathique, et ce bonus doit absolument être regardé dans son intégralité.

 

 

Passons maintenant à POSSESSED, le film à sketches dont je vous parlais plus haut. Eh bien, pour la première fois (Euh non… Pour la deuxième ou troisième fois...), je me refuserai de faire une critique sur ce film… Soyez attentif…

 

N’ACHETEZ PAS POSSESSED ! Même dans un bac à soldes à quatre euros ! Allez acheter une rose à votre maman plutôt !  J’étais très surpris par le premier sketch, non pas pour son style ou son originalité (une goth’ invite ses friends à une cérémonie satanique pour rire qui va dégénérer…), ni par le jeu épouvantable des acteurs. Il y avait dans le film des espèces d’ellipses toutes pourries, inexpliquées et bizarroïdes. Le basculement systématique des plans, façon bateau qui tangue, révélait la marque du célèbre David DeCoteau ! Etrange, me dis-je… Au bout d’une demi-heure de profond ennui, le deuxième sketch s’enclenche. Et là, c’est la stupeur : j’ai déjà vu ce film, une production Full Moon, certes, mais c’état un long métrage, pas mal d’ailleurs, d'une heure trente ! [L’histoire d’une vieille dame qui arrive, au début du siècle, dans une pension où elle va "posséder" un à un tous les locataires. Marquis, si tu passes ici, rappelle-moi le titre !]. Vous avez compris, ce POSSESSED est une arnaque totale. Il s’agit de trois remontages en trente minutes de long-métrages, le tout fait sans aucun respect des films originaux. De plus, en me baladant sur la toile, je n’ai vu nulle part que le dernier sketch était réalisé par mon ami David Schmoeller ! Il va sans dire que j’ai arrêté le visionnage à la fin du premier sketch, donc. Triste Charles Band ! Ces productions récentes n’arrivent pas à sortir du cadre du genre, ont perdu la gourmandise et le soin et l’originalité qui jaillissaient de Full Moon avec des films comme LES POUPEES par exemple, FOU A TUER, bref des perles iconoclastes avec un amour infini du travail poétique et bien fait. Avec POSSESSED, c’est juste de l’arnaque pire et simple, teintée de révisionnisme artistique. Pour le coup, sans exagérer, je mets mon dvd à la poubelle, et me languis une fois de plus de Schmoeller !

 

 

 

Dr Devo.







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Publié dans Corpus Analogia

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