PETIT TRAITE DE GRANDE CUISINE FOCALIENNE VOLUME DEUX : Tex-mex des eighties !

Publié le par The Cookie Master

 

 

 

 

 

 

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[Photo: "L'importance de la coupe" par The Cookie Master.]

 

 

 

 

 

 

Si au milieu d’une chute de neige aussi improvisée d'improbable, vous vous arrêtez un instant pour repenser à votre vie, là, au milieu de gens au bord de la chute, luttant pour un équilibre précaire dans un monde monochrome où la seule manne providentielle attendue est aux abonnés absents, où des hérauts nouveau genre prônent des doctrines de vieux âges pour mettre fin à des situations absurdes, si dans toute cette chute de la Terre comme du Ciel vous attendez encore désespérément un signe humain, alors ne paniquez plus, non Matière Focale n’est pas mort, non Matière Focale n’hiberne pas, non Matière Focale ne craint ni les intempéries ni les scandales diplomatiques, non la flamme ne s’est pas éteinte au cœur de la nuit hivernale, l’esprit fondateur à juste pris une autre forme de présence, plus diffuse, plus forte et plus discrète, comme masquée par d’autres combats, d’autres lieux ou il a fallu défendre ce qui est et restera, cette envie d’y croire, cette folie d’y rêver, cet espoir de s’y remettre. Non chers lecteurs, ne paniquez pas, John Devo revenu des scandales (Wikileaks n’a pas diffusé son identité) et des mondanités, de là ou il fallait être pour défendre son STEAK, sera plus fort que jamais, Norman Bates que d’aucun disent perdu dans le Wasteland, qu’on aurait vu dans le Mojave, fauché, poussiéreux, au bord de la folie, marmonnant à propos des choses vues dans l’obscurité,  du nouvel E.D.E.N. et de cet Abri qui existerait, si si je vous jure, reviendra aussi, le jour où les cinéma s'enflammeront, le jour où ILS reviendront, qu’IL leur fera ôter leurs lunettes, et qu’a l’œil nu enfin ils verront. Levez vous et regardez, sortez par tout les temps, et colportez leurs mémoires, leurs souvenirs et la Parole reviendra. Des plus terrifiants de nos maux, l’esprit de Noël est un des plus effrayants, phagocyte dégénéré dont les tentacules s'étendent jusqu’au portes des derniers Sanctuaires ©. A des époques comme celles là, il faut des héros comme moi, toujours dans l’ombre d’une soirée réussie ou d’un repas de rêve, à même de redonner le goût aux hommes à des saveurs aussi capiteuses qu’oubliées. Chers serviteurs, sortez les nappes et résonnez vaisselles, l’heure de bouffer est arrivée.




Il en va des conventions sociales comme de la bonne gastronomie : sans excès il est possible de combler tout le monde. Ici jeune célibataire active anorexique, ou là quadragénaire assouvi qui s’est pour toujours résigner à changer de taille de jean. La dictature du physique versus les sirènes du compulsif, n’est ce pas là le combats de nos jours ? Quelques transgressifs rock’n’roll ont choisis pourtant d’ignorer les lignes et de mettre les formes : rameuter des gloires passées, des plats copieux ainsi que des épices bon marché pour achalander le noble bisseux épris de plaisirs solitaires le soir devant son assiette. Que l’on convoque la star des marchés populaires cheap à forte teneur en lolitude (Steven Seagal), ou la bimbo geek élue playmate de l’année (mais qui ne couche pas ! ne pas froisser le public, on prendra au pif Lindsay Lohan ou Jessica Alba) (les deux, ne boudons pas notre plaisir) ou encore la bomba latino issue d’un film ayant déjà cartonné dans un restaurant similaire (et si elle a le même nom de famille que le reste du casting c’est encore mieux), on flotte dans le revival bon marché propre à générer un public de fans pointus et iconoclastes. Ah oui, je vous vois venir. Vous avez besoin d’un peu de sérieux pour maintenir la cohésion de l’ensemble ? Monsieur De Niro veut toucher son chèque (quand on a plus d’honneur, on encaisse tout plus facilement) ? Très bien, lavez vous les mains, continuez sans moi, je passe en cuisine.

 

 


"Sous la toque, il faut des idées". Si Paul Bocuse a prononcé cette phrase avant de faire carrière dans le hamburger de luxe, ce n’est pas un hasard. Autant comme le dernier des artisans-pâtissiers on peut enchaîner des croissant à la chaîne tout les matins, autant il est difficile de révolutionner le petit déj’ au lit, si Madame n’y met pas de l’imagination et du désir. De la cuisine à l’assiette il faut vendre du rêve en permanence, et c’est pas avec de l’immigré à moustache qu’on fera rêver la Cible du Produit : pour l’approcher en douceur on lui dira que c’est du second degré, qu’il faut y prendre à la rigolade, coup de coude, et qu’après tout, ce folklore sert un projet plus sérieux que des cascades faisandées ne saurait apporter. Vous voulez du Tex Mex, certes, vous l’aurez, mais c’est pour la bonne cause, forcément. On attire pas les pigeons avec du chorizo et si beaucoup de piquant peut cacher l'arrière goût de merde des tacos de la mère Rodriguez, alors on ne va pas lésiner sur le piment. Du cul, de la sauce enchilidas et du gore quasi culinaire, soyons sérieux deux minutes, on ne drague pas les douze spectateurs de la séance de minuit. Non, dans les cuisines on est plus malin que ça, on vend vos désirs à la sauce qui passe bien, celle de l’indignation collective  et de la conviction partagée. Du coup le piment passe tout seul, c’est de l’éthicable ou de l’équitable, c’est fait en collaboration avec les pauvres et leurs alliés miséreux. On ne vend plus de l’exploitation, pas pendant une crise ! On vous vend de la cellophane pour vos pulsions, de la barquette de désir qui ne fait pas grossir, et du café pour vous maintenir éveillé ! Et puisque de homard Clooney n’est pas dispo, on vous envoie De Niro en urgences ! Ne nous remerciez pas, la grande cuisine ne se fait pas dans de petits plats.

 

Et de cliché en cliché, votre repas entre amis censé évoquer le bon vieux temps et la jeunesse révolue se transforme en prise de conscience d’un monde globalisé qui parle des us et coutumes et des aléas de la vie, comme une pub pour MacDo. Arrivée au dessert vous avez mal au ventre, bah quoi ? Chez la concurrence c’est du préparé-chié, nous on vous fournit l’occasion d’en rire et d’en pleurer, vous ne ferez pas la fine bouche. Après tout le Mexique est un pays de pauvres, on ne vous fera pas bouffer du caviar à la sauce barbecue. C’est du réel coco ! On vous vend un pays en ruine où vous pourrez vous bourrer la gueule pour pas cher, vous et vos amis friqués mais faut pas demander que ça soit de la qualité non plus.... Vous avez vu comme on vous vend n’importe quoi en vous disant que votre conscience sera sauve ? Vous pouvez bouffer jusqu'à en choper le cancer, le paysan aura son argent et vous n’aurez qu’à faire du sport ensuite c’est pour votre bien. Vous pouvez manger-bouger cinq légumes par jour, pourvu qu’ils soient bio ! Et vos assiettes elles sont belles ? Et tant qu’on est dans votre assiette, vous ne voudriez pas arrêter de mettre du sel ?  Vous ne voyez pas que vous allez en crever ?



Tout le monde veut cuisiner, tout le monde veut être beau dans la glace, tout le monde veut trouver l'âme sœur, personne ne veut avoir le sida. Robert Rodriguez fait de la cuisine-réalité (c’est à la mode), il vous coupe les roustons à la MACHETE pour vous faire rentrer dans le moule du bon éclairé underground branché, celui qui n’a pas honte de manger surgelé alors que les autres font le marché, celui qui regarde du Seagal quand les autres regardent Lambert Wilson déguisé en moine sonner le tocsin d’un cinéma qui a perdu ses couilles depuis longtemps. Seulement, à trop miser sur la couille, on finit vite en se masturbant. Est ce qu’il est encore possible aujourd’hui de faire la cuisine nu sous son tablier, de remplacer la toque par un slip, et d'arrêter une fois pour toute d’envisager le plaisir comme une recette ? J’en doute fortement vu les émissions de cuisines qui cartonnent en ce moment, et de toute cette bonne société qui envisage l’épanouissement personnel à la maison comme une course à la gloire derrière les fourneaux, comme au bon vieux temps ou Madame devait assurer pendant que Monsieur gagnait l’argent du loyer. Soyez de bonnes femmes, de bons époux, regardez des films de genre, oui mais du genre intelligent Monsieur ! Nous on ne fait pas dans le débile pour décérébrés, on parle politique et on dénonce ! Vazy !

 




Cher lecteur, bon appétit.

 

 

 

 

Votre dévoué,


The Cookie Master.

 

 

 

 

 

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Publié dans Ethicus Universalis

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Madame Pervenche 10/12/2010 15:55



C'est tellement sublime, qu'on regrette que Matière focale ne soit pas plus volubile... On aimerait vous lire chaque jour, tant c'est clairvoyant sur le fond ! Quand en plus, le fond porte ses
plus beaux habits comme ici, on en redemande !!!



nonobstant2000 07/12/2010 22:36



ah ça...


au regard de l'actualité, on se demande effectivement si les beaux discours sur le métissage des cultures n'auraient pas juste servi pour le marché noir du show-biz...


 



Dr Devo 06/12/2010 20:43



C'est sublime... je sais pas quoi dire...


 


 


Dr Devo.