PIRE EXPRESS #49: Retour Vers l'Ecume du Futur des Jours.

Publié le par Nonobstant2000

Il faut croire que la crise-éclair de 2009 aura finalement galvanisé les auteurs de cinéma, en cette fin 2010, force est admettre que le XXIe siècle sera fantastique ou ne sera pas, car pour le plus grand plaisir des spectateurs, c'est le grand retour  de la 4e dimension, en témoigne le nawak insolent, régressif parfois, toujours pertinent cependant de Quentin Dupieux avec son magnifique RUBBER ,le film que des générations de vidéphiles attendaient tous, mais en témoignent également le huit-clos existentiel BURRIED (de Rodriguo Cortès) et l'insidieux PONTYPOOL (réalisé par Bruce McDonald) qui lui, s'est donné pour but de redonner tout son sens à la Parole. Nous nous excusons enfin très platement de ne pouvoir évoquer en cette heure tardive le MONSTERS de Gareth Edwards, qui avait certainement plus que sa place sous la thématique qui nous intéresse ce soir.

A noter également que dans presque la plupart des cas nous avons affaire ici à de premières réalisations, mis à part pour Bruce McDonald, un des réalisateurs avec lesquels il faut plutôt compter au Canada ("HARDCORE LOGO, et dont nous avions parlé sur d'autres pages à cause de la magnifique adaptation comics d'un autre de ses films, DANCE ME OUTSIDE que je vous recommanderais toujours) mais qui, en quelque sorte, fait sa "première" apparition aux yeux du grand public européen (en fait non, juste du grand public français, parce que "HARDCORE LOGO est assez connu dans le reste du monde, où l'alternatif est sans doute pratiqué de façon plus bilingue...) autant que sa première incursion dans le registre fantastique, ceci expliquant peut-être cela;  à l'exception également de Quentin Dupieux, déjà auteur, lui, de l'inénarrable  STEAK avec Eric et Ramzy (qui restera sans nul doute et à jamais le prototype ultime des soaps à succès de demain)  et qui semble prendre maintenant un envol des plus personnels et des plus prometteurs surtout. Non ,en fait, il n’y a que le film de Rodriguo Cortès qui ne soit une première œuvre. Qu’est-ce que je voulais dire alors ? Sûrement un truc avec les mots "budgets modestes" et "motivations radicalement autres", mais je n’arrive plus à me rappeler…

 

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[Photo  : sympa...mais pas que con.]

 
BURRIED de Rodrigo Cortes (USA/Espagne, 2010)

 

Avec un rien de mauvaise foi, on se dirait "tiens encore un film qui repose sur du bizaroïde de circonstance, encore un scénar de petit malin, comme dans les 90 après CUBE ou  USUAL SUSPECTS... » avec un arrière-fond politique pour légitimer le tout: l'histoire d'un camionneur en Irak pris en otage par des terroristes qui l'enterrent vivant six pieds sous terre et lui font opérer par lui-même les démarches de sa libération... Aucune raison d'aimer ce film je vous dis, on entend d'ici les critiques spécialisés se gargariser d'avoir mis le doigt sur le nouveau "buzz", tout le monde y va de son "un huit-clos viscéral", de son "interprétation à cran de Ryan Reynolds", de son "incroyable tour de force en terme de réalisation". Même si le film correspond effectivement à tous les critères recquis du  "parfait petit film indépendant du moment" (alors bon, rappel, hein, donc nous, nous sommes un peu des critiques free-lance ici, pas trop diffusés, et donc "non-subventionnés", alors donc on touche rien nous, j'espère c'est bien compris par tout le monde, on est moins tenu d'être diplomate, et bizarrement on perd aussi en faculté d'emerveillement -c'est un autre débat) force est d'admettre après visionnage qu'il se démarque effectivement du côté gadget-anecdotique qu'on pouvait lui supposer – parce que c'est quand-même un peu ce qui se dissimule souvent derrière les buzzs du moment, si j'en crois ceux qui ont vus "Paranormal- quelquechose- vient- de- tomber -/- sur -les- lames -de- ton- plancher- Activity".

Je saluerais ostensiblement les qualités de mise-en-scène et d'interprétation, ça c'est certain : on circule tout à fait bien dans cette caisse en sapin, c'est toujours lisible et agréablement renouvellé, et le comédien temporise très bien tous les chapitres du récit. Non, là où je suis resté véritablement bluffé au-delà de toutes mes espérances, ce sont sur les qualités  d'écriture du scénario : ça regorge d'idées à la seconde et c'est juste un régal. Au lieu des sempiternelles block-busters qui vont assèner leurs propos à grands coups de pyrotechnie, on a un type enfermé dans une boîte pour arriver finalement au même résultat (si le but des blockbusters est bien celui de "conscientiser", histoire d'au moins justifier vaguement le bisou de la fin, ou la scène de uc en au milieu...enfin un peu quoi...), avec cette fois moins de moyens, mais de façon autrement plus convaincante (bizarrement c'est en fait par le biais de moyens tout à fait "classiques" : unité de lieu, de temps, etc..), car en effet tout y passe :  la discussion entre l'otage et les ravisseurs surnage au-dessus de tous les discours bien-pensants du moment en pareille situation (qu'on le veuille ou non c'est la loi du talion qui gouverne ce monde, il n'y a que les super-héros qui tendent l'autre joue) et qui culmine absolument quand Reynolds s'evertue à convaincre ses ravisseurs qu'il  "n'y est pour rien dans tout ce qui arrive" ("c'est pas moi, c'est mon gouvernement") -croyant peut-être bien faire... De plus la demande de rançon filmée depuis un portable renvoie autant à la société du spectacle qu'à celle de l’information, qui l'une comme l'autre font que l'on ne sait plus que croire. Et le spectateur de même n’en vient-il pas à être dupé pour autant par la situation ?  Un espion dans la même cas de figure que notre héros ne tiendrait-il pas le même discours ? Cependant, la teneur des démarches téléphoniques qu’il entame ne tardent pas à lever cette ambiguité possible. Dès lors que nous reste-t-il sinon le comportement en conditions extrêmes d'un Monsieur-Tout-Le-Monde dans toute sa splendeur ? Résolument "moderne" et "contemporain" donc peut-être un peu enfoiré, peut-être un peu volage, un consommateur (toujours indépendamment de la politique de son gouvernement donc) avec plein de bonnes raisons de faire ce job  ET SURTOUT, surtout, un employé.

Sans révéler davantage de l'intrigue c'est à ce moment-là que le film bascule selon moi vers le sublime le plus total, par une progression résolument kafkaïenne, pour aboutir sur un final qui renvoie aux plus beaux moments de la littérature existentialiste - un peu téléphoné très certainement, où d'aucuns ne manqueront pas de vous dire que c'est parce qu'il y a un portable dans l'histoire : rassurez-vous ce n'est pas du tout à cela que je pense, et je suis prêt me fendre à l'occasion d'une petite leçon de scénario pour ceux que ça intéresse -à bon entendeur,....

Merci donc à toute l'équipe donc pour ce  merveilleux film "nonobstantesque", puisque grâce à vous "il ne sera pas dit..."

 

 

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[photo: ..mais pourquoi est-il si méchant ?]

 

RUBBER de Quentin Dupieux (France-2010)

 

Actualité toujours, et cette fois encore "Al-Pacino-Merci" car il est proprement impossible de ne pas remercier le ciel pour la démarche courageuse et passionnée de Quentin Dupieux, le réalisateur de RUBBER, quand il déclare aux Cahiers du Cinéma (je cite:) "chaques jour, pendant chaque dérushage, je ne pouvais m'empêcher de me marrer en me disant : je les encule tous (...), tous ces Canet (…) qui ont besoin de six cent mille camions de matos, je... "


...comment ne pas applaudir ? A moins que d'avoir vu un tel faire tirlipanpan deux ou trois fois par-ci par-là suffise à vous faire appeler cela un "parcours d'acteur" ? A moins d'appeller ces partouzes organisées qui permettent à tout ce beau monde  de faire gouzi dans un sens, puis gouzi dans l'autre un an après des  "productions" (regardez ce que cette pauvre Mélanie Thierry a du subir à Cannes pour rester avec sa bande de potes), à moins bien sûr d'être finalement dans la même situation qu'un personnage d'une chanson de Jean-Jacques Goldman qui "de moins pire en banal / finit par trouver ça normal "?

Il y a bien d'autres raisons de vénérer absolument l'auteur de cette histoire qui raconte les aventures d'un pneu psychopathe doté de pouvoirs télékinésiques. Certes, Quentin Dupieux est un auteur à référence : on  retrouve à nouveau une citation manifeste au cinéma de David Cronenberg (déjà évoqué dans STEAK) et à son sublime SCANNERS, ainsi qu' à l'humour non-sense des Monty-Python. Deux axes qui semblent définir les pôles de l'univers personnel de Dupieux à l'intérieur duquel il va forger sa dramaturgie et les proppres outils de son langage. Mais n'allez pas croire que ces références ne s'adressent uniquement qu'à des geeks déjà convertis qui n'attendent que de se retrouver en salles pour glousser à la face du monde sur des private-jokes qu'ils sont les seuls à percevoir. D'ailleurs ceux qui gloussaient le plus dans la salle étaient bien plus ceux qui représentaient l'intelligensia branchouille de nos Plus Grandes Ecoles. Mais pourtant, ils se sont arrêtés quand notre héros a eu sa phase lacanienne du miroir (étonnant non ?) ...

Ce qui sépare justement RUBBER de VIDEOGAG c'est bien justement le sérieux de sa démarche, qui pourrait presque effrayer par son jusqu'au-boutisme, dût-il être dans le registre du non-sens (pourtant tout le monde sait que les blagues les plus drôles sont souvent celles racontées avec le plus grand sérieux), non le problème – si on peut vraiment l'appeler comme ça – est que je ne sois pas sûr que Quentin Dupieux aie tellement envie de rire. Ce qui "nous" fait rire ne le fait pas vraiment rire lui, je crois, et dans ce sens RUBBER n'est pas qu'un coup de gueule envers la profession (par des démonstrations de maîtrise technique absolument sublimes et imparables, et  peu onéreuses) mais aussi envers le public à travers ce qu'il fait subir aux spectateurs à l'intérieur de son propre film.  La rasion de leur intégration dans sa narration, etce qu'il leur fait dire et ce qui leur arrive se passe, au final, de toute autre démonstration. En ce sens, et comme le démontre très bien le final, RUBBER est effectivement peut-être l'avenir de l'humanité (celle-là, je serais curieux des réactions au standart…) quand celle-ci aura compris ce qui la sépare vraiment du progrès.

[A noter que LJ Ghost nous avait déjà parlé de RUBBER. L'article est ici...]

 

 

 

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[photo: "...you're talking to me ?"

 

 

PONTYPOOL de Bruce Mc Donald (Canada-2008)


Ah, alors désolé à nouveau, mais je vais me sentir obligé de faire mon geek: pour ceux qui lisent des comics, PONTYPOOL risquerait presque de vous faire figure d’affront. Ceux qui, en effet, sont familliers des auteurs de la Grande Invasion Des Auteurs Britanniques des années 90, et du travail de Grant Morrison en particulier (et sur DOOM PATROL plus préçisément) et de son penchant pour le travail sur le langage  de Williams Burroughs, vous risquez peut-être d’avoir comme une envie de vous faire rembourser la galette. Pas plus tard que la semaine dernière d’ailleurs, je suis encore tombé sur le même genre de twist que celui de PONTYPOOL, à titre anecdotique toutefois, dans les pages du premier tome de IRRECUPERABLE (traduit chez Delcourt) la nouvelle série de super-héros qui marche, scénarisée par le vétéran Mark Waid, comme quoi il y aurait peut-être finalement quelque chose dans euh, l’air du temps. Mais vous l'aurez remarqué : je cite, mais ne me plaint.Je vois ceci comme le retour de l'imagination au pouvoir et c'est très bien, parce que c'est aussi tout ce qu'il nous reste. Le pari était osé, mais par le biais d'un fantastique un peu connoté maintenant, Bruce Mc Donald  prône l’air de rien un retour à la poésie, à la pensée libre face à la désinformation ambiante et la tyrannie des discours de spécialistes, un appel véritablement, au retour du non-sense et de l’absurde, et peut-être pas n’importe lesquels. Un des personnages dit par exemple à un moment le mot "rhinocéros" et moi dans ces cas-là, qu'est-ce que vous voulez, j'entends "Ionesco".

Cette fois encore je pense que nous avons à faire à un petit budget, tout comme dans BURRIED, il s'agit d'un huit-clos, une station radio d'une petite ville en Ontario, tenue par trois animateurs qui se retrouvent confrontés à une émeute locale dont ils ne tardent pas à découvrir qu'elle est le fait d'une épidémie des plus étranges, je ne peux malheureusement vous en dire plus. La mise-en-scène est absolument classieuse, je pense notamment à quelques panoramiques fluides, sobres et somptueux qui maintiennent admirablement la tension du récit, les acteurs sont tous très bien, bref, kakamoulox vaincra, ET SURTOUT BONNE ANNEE.

 

[Un autre avis focalien sur PONTYPOOL? Essayez celui de Norman Bates. Si vous voulez bien me suicre, c'est par ici...]

Nonobstant2000

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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