Pire-Express #52 : FESTIVAL DE GERARDMER 2013, épisode 2.

Publié le par Pete Pendulum

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[Photo : "Fantasme" par Dr Devo.]

 

 

Le festival est aussi un lieu de frustration, et pour cause : sur les 26 films sélectionnés hors compétition, impossible de tout voir, surtout lorsque l’on se concentre sur les films en compétition, mais le reste de la sélection offre souvent de belles surprises. THE PACT, manqué pour cause de panne d’oreiller reste un grand regret, tout comme DAGMAR, évincé à cause d’une affiche trop moche, ou GRABBERS, passé totalement inaperçu aux yeux de votre serviteur, mais on comptera quelques surprises inattendues. Ce ne sont pas les chocs de l’année dernière tels MOTHER’S DAY, THE INCIDENT ou THE WOMAN (qui n’ont eu droit qu’à une honteuse sortie en direct-to-video sans tambour ni trompette), certes, mais je ne vais pas vous faire le coup de "Gérardmer c’était mieux avant, même l’année dernière…". On ne boude pas son plaisir, quand refoulé à l’Espace Lac pour un THE BAY complet (on aurait peut-être dû rester sur l’échec et ne pas insister pour le voir le lendemain), on s’achemine la mine sombre vers le Casino, se rabattant sur CITADEL qui ne nous évoque rien et qu’au sortir de la salle, on se réjouit de ce coup du sort, chérissant le feu vacillant de la terreur retrouvée…

 

 

 

THE THOMPSONS de Mitchell Altieri et Phil Flores (USA/UK, 2012): Que sont-ils devenus ?

 

THE HAMILTONS, superbe film indépendant, n’avait pas vraiment besoin d’une suite, mais les Butcher Brothers (Mitchell Altieri et Phil Flores), ont quand même réussi à faire revenir la famille glauque et touchante qui leur a valu leur premier succès. Autant le dire tout de suite, THE THOMPSONS n’a pas les mêmes qualités que son ainé et s’enlise dans une intrigue qui évoque plus un sous TRUE BLOOD que le conte initiatique du précédent opus. Nanti d’un budget que l’on devine nettement supérieur, les réalisateurs ont privilégié un récit beaucoup plus classique (la révélation finale de THE HAMILONS étant acquise, tout ce qui faisait son originalité n’est plus qu’une toile de fond pour ce second film) et rien ne rappelle vraiment le sordide et la beauté naïve du précédent. Ce dont souffre le plus THE THOMPSONS au final, c’est de la comparaison avec le film auquel il est censé faire suite. Les séquences gores sont très bien orchestrées et le suspens fonctionne décemment, mais la complexification résultante de l’inclusion d’une autre famille de vampire (rivale et tout aussi perverse, enfin plus puisqu’ils sont censé être les méchants) fait sombrer le récit dans une banalité répétitive qui ne laisse plus de place à l’émotion véritable. Ajoutons que le discours de conclusion, qui n’est qu’un copié-collé de celui de THE HAMILTONS est tout à fait dispensable et passerait, pour un peu, pour du foutage de g***le.

 

 

 

THE FOREST de Darren Lynn Bousman (USA-Canada, 2012): Le diable est dans les détails.

Darren Lynn Bousman avait frappé très fort l’année précédente avec son remake de MOTHER’S DAY qui voyait Rebecca De Mornay prête à tout pour protéger sa progéniture psychotique. Avec THE FOREST (THE BARRENS, autrement dit ; encore un titre dont la traduction française est en anglais), Bousman joue de manière intelligente avec les nerfs du spectateur, et propose de bons moments de trouille. Soutenu par un beau casting, Shauwn Ashmore et Mia Kirshner en tête, le récit est celui d’une petite retraite en forêt pour une famille recomposée. Cette excursion est très importante pour le père, Dale (Ashmore) pour qui il s’agit d’un pèlerinage en mémoire de son père avec qui il a campé toute son enfance, mais il garde aussi des souvenirs plus inquiétants de ces vacances en camping, les souvenirs d’une forme sombre le traquant dans les bois… Une forme qui pourrait bien être le "Jersey Devil" dont on raconte la légende autour du feu. Coupant peu à peu sa famille de toute civilisation, et s’enfonçant de plus en plus dans la forêt, Dale commence à errer la nuit, et à agir de façon bien étrange.

Bousman gère très bien l’angoisse et utilise de façon magistrale le décor forestier. Il impose même le respect en matérialisant les supposées hallucinations de Dale via une créature en latex qui fleur le bon vieux temps. Mais ces hallucinations, justement, très brèves, et insérées de manière aléatoire et presque agaçante au montage, si elles ne sont qu’un détail, perturbent l’état d’anxiété dans lequel le spectateur devrait se trouver plongé en continu, et rendent le twist final, pourtant efficace par son côté abrupte, prévisible et donc moins percutant.

 

 


LA MAISON AU BOUT DE LA RUE de Mark Tonderai (USA-Cananda, 2012): la dernière maison sur la droite. 

Prévu en blu-ray et DVD pour le 20 de ce mois, THE HOUSE AT THE END OF THE STREET (à ne pas confondre avec THE LAST HOUSE ON THE LEFT, ni avec THE LAST HOUSE ON DEAD END STREET, ni avec THE HOUSE AT THE EDGE OF THE PARK, même si dans le film ici présent la maison se situe au fond d’un parc, au bout d’une rue… mais sur la droite, dommage), n’a à offrir que ce que son titre annonce : un pitch tout droit sorti des années 70. Ca n’est aucunement une raison pour le bouder. Il trouvera sa place dans le programme pour une savoureuse séance de minuit (enfin de 1h30 du matin en fait), et le retour à l’appartement à 3h, par les rues enneigées de Gérardmer n’en sera que plus drôle (aaaah, qu’est-ce qu’on rigole quand on se retourne toutes les cinq minutes parce qu’on croit entendre des pas qui se rapprochent, des cris au loin vers les cimes, des coups frappés derrière les portes de tristes bâtisses aux volets clos). L’intérêt du film lui-même réside, non dans une exécution effective mais désincarnée, mais dans son duo d’actrices, Elizabeth Shue et Jennifer Lawrence, mère et fille dont les relations sont ingénieusement croquées à travers d’excellentes répliques.

 

 


 V/H/S  de Matt Bettilenni-Olpin, David Bruckner, Tymer Gillet, Justin Martinez, Glenn McQuaid, Radio Silence; Joe Swanberg, Chad Villella, Ti West et Adam Wingard (USA, 2012) : Regarde ton œil !!!

Le film idéal pour une séance au Paradiso, salle d’un autre temps, aux fauteuils de cuir rouge, au confort rédhibitoire, mais à l’atmosphère extraordinaire de ces petites salles coincées dans une autre époque (une rénovation serait criminelle). La rangée de derrière se marre, tandis que les bouteilles de bière roulent sur le plancher incliné, commente chaque segment du film à sketches comme si chacun avait un voisin mal voyant incapable de saisir la moindre scène. Sur l’écran, l’image tremblotante d’un énième found footage me fait craindre le pire du pire… V/H/S, cumule les handicaps : film à sketches et found footage, une association dangereuse. Pourtant, tout en touchant aux limites de chacune des deux formules, il parvient à contourner les obstacles (contrairement à THE BAY qui s’entête à essayer en vain de développer un récit linéaire en multipliant les sources d’information, insérant même des textos comme s’ils s’agissait de véritables dialogues, touchant au ridicule sans l’assumer) et à pallier un rythme aléatoire en proposant un enchainement simple et rapide des sketches, qui, à part une ou deux exceptions, entrent rapidement dans le vif de leur sujet. La malice de V/H/S se déploie alors que dans un segment particulièrement sanglant où un ado filme sa copine, un couteau dans le crane qui lui ressort par l’œil, et s’écrie, plus excité qu’effrayé "Oh my god, look at your eye !", comme si le rempart du caméscope faisait de lui le spectateur d’une fiction. Ma préférence ira au premier sketch, AMATEUR NIGHT de David Bruckner, qui semble vouloir revisiter, non sans humour, le conte LOVER’S VOW de TALES FROM THE DARKSIDE.

 

 

 

CITADEL de Ciaran Foy (Irlande-UK, 2012): Ressens la peur, et laisse la passer. 

On pensait avoir oublié ce qu’était la peur au cinéma, la jouissance primaire dans le frisson, la fascination pour l’inexplicable. On allait voir des films d’horreur pour le plaisir d’un pitch écrit d’avance, en retrouver les codes, se sentir comme chez soi… Nous serions-nous égarés ? CITADEL de l’irlandais Ciaran Foy, vu par erreur, petit détour qu’on croyait sans conséquence, fruit d’un incident de parcours, nous remet dans le droit chemin, nous rappelle ce que c’est que de ne pouvoir pas même se cacher derrière sa main, de se sentir perdu, vulnérable, les boyaux tordus, les sens aux aguets, affolés, et d’aimer ça.

La plus belle découverte du festival était là, et on a failli la manquer. Faut-il alors que je te gâche cette découverte, petit lecteur avide de terreur ? Que je te parle d’une parenté certaine avec CHROMOSOME 3 de Cronenberg ? Que je te dévoile un pitch qui ne t’évoquera rien de la densité du film ? Fais comme moi, saute dans l’inconnu, mais souviens-toi : they can see your fear.

 

 

Pete Pendulum.

 

 


 

Pour lire le premier épsiode du compte-rendu de ce Gérardmer 2013, cliquez ici !

 

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Publié dans Corpus Filmi

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