PIRE EXPRESS N°10 : tous les PIRE EXPRESS du monde transportent des femmes seules à la recherche de l'amour !

Publié le par Norman Bates








[Photo : "A l'abonne heure" par Dr Devo.]








Puisqu'à la rédaction tout le monde est un peu débordé par l'actualité focalienne de premier plan, soit la première séance de BON CHIC MAUVAIS GENRE à Lille qui a d'ailleurs été un succès retentissant, merci à vous d'avoir répondu présents, il nous reste malheureusement que peu de temps pour aborder les sorties récentes, par ailleurs nombreuses et intéressante en cette fin d'année. C'est pourquoi nous vous emmenons dans un voyage rapide et néanmoins spectaculaire à bord de la Ligne PIRE EXPRESS, au milieu de décors fascinants et d'une nature pas toujours si hostile. Attention à l'embarquement, fermeture des portes.

 

 


La compagnie et moi sommes ravis de vous recevoir à bord, notre première étape sera ZOMBIELAND de Ruben Fleischer (USA 2009), 5 minutes d'arrêt, merci de ne pas rire bruyamment pendant les silences pesants.

Cette espèce d'endive de Eisenberg, en bon nerd asocial se retrouve être un des rares survivants d'une épidémie zombiesque, dû au fait qu'il ne sorte jamais de chez lui et qu'il connait tout les films de zombie par cœur, et connais donc les pièges à éviter. A la recherche de ses parents, il rencontre Woody -TUEURS NES- Harrelson et deux ados à franges assez bonasses. Ensemble, ils vont tenter de rallier une zone non infectée et de mettre la main sur des twix avant leur date de péremption.

Ressassant toute la mythologie zombie post=moderne style Zombie Survival Guide, Left 4 Dead, World War Z, L’ARMEE DES MORTS, DEADSET et j'en passe, ZOMBIELAND tente de faire une comédie gore indépendante, donc forcement plus intelligente qu'une comédie normale ou qu'un film de zombie standard. Pas franchement surprenant, assez anonyme dans sa réalisation (mais pas laid non plus) le film lasse par l'utilisation permanente du second degré, des citations-clin d'œil pour geek, et des acteurs peu convaincants (Eisenberg joue le même personnage que dans le très sympathique ADVENTURELAND, mais bon, une fois ça suffit, et en plus dans ADVENTURELAND il donnait la réplique à la bella de TWILIGHT ce qui excuse beaucoup de choses a mes yeux). L'intrigue n'offre pas vraiment de surprise, la traditionnelle histoire d'amour est inconsistante (comment peut on tomber amoureux de cette tête à claque), et le film souffre de problème de rythme. Niveau mise en scène on a l'impression d'être devant une série TV, c'est à dire très fonctionnel et soignée, mais sans vraiment de choses originales. L'impression qui domine c'est le déjà vu, et j'ai eu bien du mal à atteindre la fin du film (qui ne dure qu'1h20). Le plus pénible étant cette recherche permanente de la connivence du geek, à base de citations et de placements de jeux vidéos/marques/musiques/références ciné qui donne au final l'impression qu'un département marketing est responsable du film. Nous vous prions maintenant de bien vouloir regagner vos places, le train va repartir dès que les derniers cadavres auront été enlevés de la voie.



 

On enchaine les kilomètres et nous nous dirigeons droit sur New York, attention ca n'a rien à voir c'est  WAZ de Tom Shankland (USA - UK 2007), nous vous prions de nous excuser pour le retard, les sandwichs sont lâchés dans les compartiments non fumeurs.

New York, dans le bronx, un serial killer laisse des équations mathématiques gravée dans le corps de ses victimes, toutes issues de gangs divers. La jeune Melissa George (vue dans 30 JOURS DE NUIT) fait équipe avec le vieux détective Stellan Skarsgard (un acteur de Von Trier !) et tout deux ne vont pas tarder à démêler le vrai du faux dans un New York croupissant, entre guerre des gangs, flics corrompus et équations métaphysiques comme leitmotiv d'un tueur étrange cherchant à rationaliser l'amour. Dans cette atmosphère glauque se trament des souffrances horribles, et alors que plus rien ne semble faire face à la nuit, un schizophrène découvre que la condition humaine est un problème impossible à résoudre, l'homme n'étant qu'un compromis foireux entre l'espèce et l'individu. En fait si, l'amour peut être la solution, mais ca, c'est à la fin.

C'est le premier film de Tom Shankland, mais vous allez me dire qui est Tom Shankland, ce a quoi je vous répondrai que c'est le réalisateur du récent mais invisible THE CHILDREN, sorti assez clandestinement dans quelques salles, à guetter en DVD donc. WAZ à les qualités et les défauts de beaucoup de premiers films, soit une certaine maladresse et une propension à chercher l'inspiration un peu partout au risque de donner un film assez bancal. C'est le cas ici, mais on sent quand même que le réalisateur a voulu faire quelque chose d'un peu original, par une photo très belle et des cadrages très chouettes, de nuit notamment. L'écriture aussi est assez intéressante, puisqu'on saura dès la première demi heure qui est le coupable, ce qui donne un ton plutôt giallo au film sans chercher à déployer une mécanique narrative trop bien pensée pour être honnête à base d’enquête compliquée, style les experts. Bon, la trame est archi classique, la jeune flic idéaliste associée au vieux flic alcoolique pourri, mais le traitement assez gore et premier degré est plutôt plaisant. Shankland évite de tomber dans le torture-porn à la SAW, et c'est déjà louab'. Maladresses enfin, parce que la mise en scène est quand même très brouillonne, et les scènes d'actions sont vraiment très mal foutues, avec trop de caméra portée et d'images saccadées. Les acteurs ne sont vraiment pas terribles : hormis les deux personnages principaux le casting pourtant composé d'acteurs connus est vraiment en demi teinte, voire franchement à coté de la plaque. En résumé, puisque les portes se ferment déjà, c'est une série B honnête et parfois très agréable, en plus ça ne coûte que deux ou trois euros dans vos supermarchés...

 



Messages à tous les passagers : en raison d'un mouvement social, nous vous prions de bien vouloir détacher vos ceintures et de vous mettre en position d’accepter votre sort. Pendant l’arrêt temporaire du rêve américain nous vous invitons à vous pencher par la fenêtre et à observer l’étrange activité qui règne (PARANORMAL ACTIVITY d’Oren Peli USA 2009) : un couple américain moyen plutôt aisé se retrouve confronté à des phénomènes étranges survenant surtout chez Madame pendant la nuit. Pour remédier au problème Monsieur filme la vie du couple 24h sur 24, à l’exception des parties de jambes en l’air car Madame est pudique, "et puis on n’est pas chez Dorcel". Devant nous, pendant 1h30, la vacuité totale de la vie minable d’un trader free lance et d’une étudiante ratée comblant leur manque flagrant de culture et d’intérêt dans les choses de l’esprit par un matérialisme exacerbée. Attention le film est terrifiant.

Sur un modus operandi exactement semblable à BLAIR WITCH ou CANNIBAL HOLOCAUST, soit un film totalement premier degré basé sur une reproduction de la réalité avec une grande rigueur, c'est-à-dire de faire des images laides et sans intérêt autre que d’attester que Tata Jeannette a réalisé le film promis-juré, ce PARANORMAL ACTIVITY ressemble à un porno amateur : même volonté de placer le spectateur en voyeur dans une vie de couple simulée, sauf qu’ici le but n’est pas l’excitation mais la peur de voir un élément incontrôlable débouler chez Mr et Mme tout le monde.

A mon sens c’est totalement râté puisque je me suis ennuyé comme rarement au cinéma. Les scènes "terrifiantes" à bases de couettes qui se soulèvent n’ont pas eu j’imagine l’effet escompté sur moi, la seule chose assez belle est finalement l’espèce d’improbable médium et son Ouija magique, je vous assure que ca vaut le détour. Les mécanismes de la peur sont ceux du traditionnel film de fantôme chinois, de la télé qui s’allume toute seul aux bruits de pas dans les couloirs (wahou !), passée la puberté vous devriez sans peine supporter "la terreur" promise sur l’affiche du film. C’est incroyablement laid dans la forme, les personnages sont d’une débilité tragique, et il y a une scène complètement pompée sur [REC]. Encore un grand cou d’épée dans l’eau en somme. Par contre chez les jeunes adolescentes le film a son petit effet, il y a presque autant de cris féminins suraigus que lors des plus belles heures d’un récital de Marc Lavoine. L’adolescence chez les femmes restera décidément un des grands mystères de la vie.

 

 


Mesdames et messieurs, nous arrivons en vue du terminus, il s'agit de LA ROUTE de John Hillcoat (USA 2009), nous invitons les personnes qui imitent le chef de l'Etat à remettre en question leur sens de l'humour avant de refaire appel à nos services.

Après le Cataclysme. La terre dévastée abrite encore quelques hordes de survivants luttant pour s'approprier les dernières ressources disponibles, dans les cendres et le froid, dans la solitude et la peur. Viggo et son fils marchent le long d'un chemin qui va de la mort de la Femme jusqu'a l'aube de l'Homme, entre traque sans merci et souvenirs heureux de quand on vivait tous les trois. Sur un air de fin des temps, instants à deux dans la lumière d'un feu de camp ou rencontres sinistres avec les sous-humains, sur fond de questionnements existentiels. Arrêtez de jouer avec la sonnette d’alarme.

Il y a de belles choses dans LA ROUTE, à commencer par une direction artistique vraiment jolie, des décors de toute beauté, sans fioritures inutiles ou effets spéciaux appuyés que les cadrages plutôt inspirés transforment en tableaux clairs obscurs, une photo pas trop grisâtre contrairement à ce que je craignais et quelques jolies fioritures ici ou là. Malheureusement ca ne suffit pas pour tenir la route (ho ho ho !) jusqu'au bout, et de nombreux défauts m'ont empêché de rentrer dans le film. Il y a notamment dans LA ROUTE une propension hollywoodienne à forcer sur le pathos qui m'ennuie profondément, qui passe ici par la musique de Nick Cave complètement mélodramatique, par le scenario et les dialogues franchement pénibles sur fond de piano (le rôle du gamin notamment, complètement insupportable avec ses leçons de morales) mais aussi par les scènes de blabla sur fond de piano cadrées toutes exactement pareilles, soit en plan américain en champ / contre champ sur fond de piano, et les moments de nostalgie avec Charlize Théron sur fond de piano utilisés d'une manière très peu intelligente à mon sens. C'est bien dommage car le sujet se prêtait bien à une adaptation cinématographique et il y a de très belles choses ici ou là, parfois assez poétiques même. On préféra le très beau NO COUNTRY FOR OLD MEN des frères Couennes, basé sur un bouquin du même auteur.


Mesdames et messieurs nous vous remercions d'avoir empruntés nos lignes, attention au retour au sol, laissez vos illusions se répandre sur le sol et faites attention aux journaux gratuits qui vous seront distribués en gare. Le chef du bord vous salue.




 


Norman Bates.





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Publié dans Corpus Filmi

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vinche 08/09/2010 04:20



Un peu déçu par "La Route".Enfin, déçu est un grand mot, car je n'avais pas d'attente particulière, mais ce qui m'a embêté c'est le scénario: l'impression de voir une succession
de scènes sans conséquences les unes sur les aux autres.


Le père et le fils se font attaquer. Le père et le fils secourent un vieillard. Le père et le fils se sont un gueuleton. etc... Pourquoi ces scènes dans cet ordre-là et pas dans un autre, après
tout? Que se passe-t-il si on enlève une scène ou deux? Cette impression d"arbitraire" (j'insiste sur les guillemet) rend le film longuet.


Le film m'a rappelé un peu La Guerre Des Mondes de Spielberg (la fuite du foyer, la survie etc) qui était mieux traité, plus énergique, plus généreux.


Ah oui, et aussi: dans le bunker, ils se font un mega gueuleton après des jours sans manger: mais comment font-ils pour ne pas vomir?