PIRE EXPRESS N°32 : Julianne Moore de tous les cotés et dans toutes les positions !

Publié le par Norman Bates










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[Photo : "Dans l'espagne personne ne vous entendra hurler" par Norman Bates.]








Entre deux épisodes de MOUNDIR, il faut bien regarder quelques films, et dieu sait qu’en ce moment les salles de cinéma sont plutôt à la fête, avec pleins de choses intéressantes qui méritent que l’on s’y arrête. Malheureusement, il est difficile dans les conditions actuelles d’écrire autant qu’on le devrait sur des films importants et beaux, la plupart des membres de la rédaction étant retournés dans leurs paradis fiscaux pour soigner leurs intérêts financiers. Je les comprends tout à fait, par contre je serais un peu plus critique vis-à-vis de notre chef bien aimé, le Dr Devo pour ne pas le citer, qui m’appelle en pleine nuit depuis son île privée pour me demander d’arrêter d’écrire n’importe quoi sur des émissions de téléréalité et de me recadrer sur le lectorat élitiste traditionnel de Matière Focale en parlant de films peu distribués et iconoclastes. Il faut dire que pendant que ce cher docteur brille en société au près de l’intelligentia du 7eme art dans des soirées huppées, c’est votre serviteur qui se tape les trips métaphysiques d’une heure et demi sur fond de techno suédoise programmés dans six salles réparties équitablement dans le quartier latin.  Heureusement que Julianne Moore est là pour rétablir l’équilibre, je vous laisse en sa compagnie dans cette dernière édition du PIRE EXPRESS !

 

 


Et on commence sans plus tarder avec LE GUERRIER SILENCIEUX de Nicolas Winding Refn (UK-2010), qui au contraire du reste de notre sélection ne contient pas de morceaux de Julian Moore ! C’est  très regrettable car Julianne Moore pourrait très bien interpréter un viking, mais nous avons de quoi nous consoler, rassurez-vous…

Le Borgne, redoutable guerrier muet, est retenu prisonnier par un chef viking dans une cage en bois. Il sort épisodiquement pour se donner en spectacle dans des combats dans la boue, combats dont il sort toujours victorieux. Guerrier hors pair, le borgne décide un beau jour de mettre fin à sa captivité et massacre ses geôliers dans une boucherie phénoménale. Il rejoint alors les chrétiens (ne me demandez pas pourquoi) pour un voyage en terre sainte à travers les mers du Nord…

Encore un film de monsieur Refn me direz-vous ! Et oui, après BRONSON le monsieur n’a pas chômé, et si son précédent film m’avait laissé un peu de marbre, celui-ci m’a couplé le sifflet comme rarement un film ne l’aura fait. C’est assez délicat voyez vous, il y a une séquence du film qui m’a littéralement retournée, comme presque jamais au cinéma ! Cette séquence est absolument époustouflante dans son idée comme dans son application, et vaut à elle seule la vision du film. Pour autant, ce GUERRIER SILENCIEUX n’est pas un grand film, et ce pour la même raison que BRONSON : il y a une suffisance chez Refn qui m’ennuie au plus haut point. Le mec sait ce qu’il veut, et c’est sans doute un des derniers réalisateurs atypiques du moment, mais putain qu’est ce qu’il se la joue auteur dans ses films ! Certes, c’est super original dans la forme comme dans le fond, c’est bourré de partis pris, complètement extrémiste dans le traitement, mais c’est tellement empreint d’une volonté de faire un truc différent des autres que ça en devient presque du snobisme.  Je sais pas s'il a pris la grosse tête à force d’être comparé à Kubrick par la presse (complètement injustement d’ailleurs, car ça n’a rien à voir) mais là il se la joue carrément : pseudo métaphysique à base de plans hyper long qui n’expriment pas grand chose, film quasi muet,  filtres colorés, vision d’un monde nouveau…  A certains moments tu te dis mais qu’est ce que c’est que cette merde, mais la seconde d’après t’es complètement happé par des instants sublimes, d’une lucidité hallucinante et d’une maitrise technique  totale. Le film est presque muet, mais rempli de son : très très important dans le film la place du champ sonore, entre les longues suppliques embrumées et les roulis des bateaux, entre le vent dans les arbres et les bruits d’os qui se cassent, entre la musique hypnotique et binaire qui n’est pas sans rappeler une certaine forme de black métal, chaque scène est balisée par les sons. Très belle scène dans le bateau par exemple, où il ne se passe strictement rien dans le son, ni dans la progression du voyage, mais où seule l’image progresse. C’est purement hallucinant, il y a de la brume partout, une mer sans vent, tout le monde meurt à feu doux dans le bateau dans une sorte de glaçante paralysie mortifère, même ce qui se passe à l’image (un cadavre est jeté à l’eau) n’a pas d’incidence ni dans la bande son (on n’entend que les roulis en boucle) ni dans le scénario. C’est  une pure idée de mise en scène : un ennui si profond et terrible que même la mort ne vient le troubler.   Et des scènes comme ca, pleine de totale impression de mort dans le froid arctique des pays du nord embrumés, il y en a tout au long du film. La plus terrible et la plus sublime est sans doute la longue séquence de folie pure des vikings débarqués dans un pays inconnu, séquence dont le son devient vite inaudible et qui continue crescendo dans un montage soufflant où on assiste à l’édification d’une sorte de totem en pierre, dont l’équilibre absurde est en fait le seul enjeu de la scène et qui dure bien dix minutes ! Le film atteint là un niveau de mise en scène presque tellurique, hypnotisant en tout cas et d’une cruauté absolue (la mort ne tient qu’a un empilement absurde de facteurs naturels ! L’humain est hors de propos) qui laisse pantois. Car ce dont parle au fond Refn, c’est d’un prophète qui se bat hache en main contre les conventions, qui vont de la religion à la société, en passant même par la parole ! La parole dans son incapacité à reproduire toutes les nuances de l’instinct est une forme primaire de normalisation, au même titre que la religion, le clan, ou le pouvoir. Et notre prophète démonte toutes ces conventions à grands coups de hache, comme si dans la plus ultime violence se cachait la forme la plus souveraine de la liberté. Quand je vous disais que le film était extrémiste…  Le GUERRIER SILENCIEUX provoque un peu la même sensation que se jeter nu en plein hiver dans une source d’eau pure se jetant avec fracas dans un lac de montagne : ca fait mal, c’est froid et intense, chaque seconde dure des heures, mais pendant quelques minutes on a l’impression d’être en phase avec tout, avant de s’évanouir…

 

 

Et on continue avec A SINGLE MAN de Tom Ford (USA 2010), avec donc Julianne Moore comme prévu et Colin Firth, prof d’Anglais renommé qui vient de perdre son amour dans un accident de voiture. Le film est le récit d’un homme qui effectue le deuil de l’amour, ou tente de le faire. Voila c’est tout, et c’est pas brillant tout ca ! Certes il y a des moyens, la photo est très belle, la direction artistique léchée, les costumes bien foutus, mais c’est le vide absolu dans la manière de mettre en scène cette histoire tristouille d’un homme fauché en plein amour. Même Julianne Moore est laide dans ce mélodrame falot, où pendant près de deux heures on va assister à des ralentis sur des corps d’hommes torses nus jouant au tennis, admirer des vêtements et contempler des lunettes haut de gamme. Le scénario est suivi à la lettre par un montage docile, l’interprétation est correcte mais sans plus, bref le film se suit gentiment pour les plus fleurs bleus d’entre nous, sinon c’est l’ennui qui domine. Il y a pourtant un jeune acteur que j’aime beaucoup, Nicholas Hoult, qui est ici très bon mais qui est loin de sauver le film de la mer stagnante et infinie d’ennui dans laquelle il navigue. Il ya malgré tout, et il faut le souligner, un magnifique  cadrage sur l’affiche de PSYCHO. Il dure dix-quinze secondes à tout casser.

 

 

Et pour finir, comme je vois que vous en demandez encore, sous vos applaudissements nourris voici qu’entre en scène CHLOE d’Atom Egoyan (USA 2010) !

Liam Neeson est sur le point de fêter son 50e anniversaire quand il accepte d’aller boire un verre avec une de ses étudiantes, alors qu’au même moment sa femme (Julianne Moore) avait organisé une surprise party en son honneur dans leur maison commune. C’est pas vraiment la joie quand il rentre à la maison, Liam racontant qu’il a raté l’avion alors que Julianne a trouvé sur son iphone une photo de lui avec son étudiante. Elle décide d’engager Chloé, une prostituée, afin de mettre à l’épreuve la fidélité de son mari. Par un truchement de rencontres Chloé séduit le père comme prévu, mais aussi, tenez-vous bien, la mère et le fils ! Et sans tarif de groupe ! Julianne ne sait plus quoi faire, elle est à l’origine d’une situation qu’elle ne contrôle plus du tout, et toute sa famille menace de s’écrouler sous ses pieds…

Très bien écrit, bien interprété et avec des vraies idées de mise en scène à l’intérieur, qu’est ce qu’il vous faut de plus ? Une branlette au jardin des plantes avec Liam Neeson ? Je vous la mets. Un doigt dans la chatte de Julianne Moore ? Pas de problème. Et avec ca vous prendrez bien un martini dry, allumez votre cigare et accrochez vous, on est d’humeur perverse ce soir. Sorte de faux thriller érotique (rien à voir avec BASIC INSTINCT, rassurez vous) mais vrai film sur le désir, Atom Egoyan interroge la notion de fidélité à l’époque d’internet et du viagra, et le moins que l’on puisse dire c’est que ca décape. Ca décape tellement qu’au milieu des villes immenses, des gens en sont venus à confondre désir et amour, perdus dans ce qu’ils ont de plus stable, à savoir la famille. Entre relations croisées et jambes décroisées, que faut-il aimer pour garder son pré carré, où faut il se placer sur l’échiquier de la séduction pour garder l’être aimé au bout d’un an, de trois ans et de quarante ans ? Et le matin quand vous vous levez dans votre loft ikéa, avec quelqu’un que vous ne connaissez pas dans votre lit et dans le lit de votre fils, fils qui ne vous parle même pas ? La photocopieuse est elle encore le lieu privilégié des étreintes au bureau ? Autant de questions qui interpellent alors même que des prophètes visionnaires  parisien ou vaudou proposent des solutions clé en main pour concilier virilité et vie de famille, le tout sans ordonnance. Beaucoup de questions, et à l’arrivée la mort ! Les questionnements interrogent la morale, la morale n’a que faire de l’amour ou de la mort, y a-t-il seulement une différence ? Quand on baise on pourrait mourir mille fois, mille fois ressusciter dans d’autres draps, avec d’autres femmes, d’autres hommes. Tout est interchangeable, le plaisir est dans le changement, le changement est source de conflit,  le plaisir ne suffit pas, l’amour ne dure pas, la bite ne reste jamais dure longtemps, trop de choix, trop de questions, une seule réponse : CHLOE. 

Ne cherchez pas à comprendre quels éléments de l’enquête permettent de dire avec certitude qui a couché avec qui, le but recherché n’est pas celui là. Il est ici question de désir et de sensualité, d’une présence inexplicable de perversion dans les rapports entre êtres humains, toujours source d’étincelles. Ce sont ces étincelles qui allument les brasiers de la vie de couple et non les ordinateurs les villes ou les satellites. Le XXIe siècle sera sensuel et épidermique, quitte à en crever, nous voila rassurés ! On dirait bien que notre désir reste à inventer en fin de compte…

 

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 


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Publié dans Corpus Filmi

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