PIRE EXPRESS No49 : ...Car Il ne Sera Pas Dit (première partie)

Publié le par Nonobstant2000

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[photo: "Licence to Spill" par Dr Devo.]

 

 

 

… tandis que mon cœur saigne encore à l’évocation des perles qui me sont passées sous le nez au cours de l’ ETRANGE FESTIVAL, il ne m’en faut pas beaucoup pour me rappeler qu’il y a tout de même une vie en dehors des "voir ci-dessus", ceci un lendemain d’anniversaire (chaque début de mois) en piochant allègrement dans le catalogue des dvd MAD MOVIES avec la ferme intention de pallier à quelques lacunes, tout jeune focalien que je suis, c-a-d toujours en pleine croissance. Je ne pense pas m’être loupé et vous me voyez tout à fait honoré de pouvoir parler avec vous ici ce soir de quelques classiques aux thématiques fortes, aux mise-en-scènes ambitieuses, qui nous renvoient aux plus belles heures du cinéma de genre. Avec aussi en prime, un petit (petit ?) bonus à la fin.

 

 

DUST DEVIL de Richard Stanley (UK-1993):


Je n’ai découvert le monsieur que très récemment (aujourd’hui, c’est biographie), l’année dernière, au détour d’un lien sur le défunt site LA CAVERNE DES INTROUVABLES, ce qui m’avait permis de me régaler de son tout premier métrage, HARDWARE, plutôt  impressionnant. C’est simple, pensez au premier TERMINATOR mais avec beaucoup moins de moyens (ici un vieux modèle d’arme militaire absolument sans pitié réactivé par erreur – et la comparaison s’arrête là d’ailleurs l’action se passe dans le futur), oubliez de fait les poursuites et les explosions pour réduire le tout à une seule unité de lieu ; tout ce que je peux vous dire c’est que ça fonctionne. Stanley aurait du être également aux commandes de l’ILE DU DOCTEUR MOREAU avec Val Kilmer, David Thewlis et Marlon Brando, mais en raison de divergences avec la production il fût remplacé par John Frankenheimer (à voir, le sublime SECONDS avec Rock Hudson), qui, paix à son âme, ne put hélas conclure sa carrière en apothéose du fait de ce projet maudit - pourtant loin d’être si raté.  Entre les deux, Stanley réalisa le sublime DUST DEVIL, qui remporta le Prix d’Avoriaz en 93 –et certainement d’autres…

 

(pause)

 

Bon là par exemple, j’aurais aimé pouvoir enchaîner avec un truc genre "..qui reste à ce jour son chef-d’œuvre absolu" ou quelque chose comme ça. Oui mais voilà, Richard Stanley c’est le genre de bonhomme qui n’a réalisé que deux longs-métrages et on leur accorde chacun à l’unanimité ce même titre.

 

Tout va bien, j’ai jamais cru que c’était un métier facile de toute façon, et comme je débute, je dirais pour faire court que DUST DEVIL est au fantastique ce que BLADE RUNNER est à la  SF, comme ça, ça y est. Le parallèle avec Ridley Scott est aisé, vous verrez, et pour finir de vous faire saliver, j’ajouterais que Stanley est définitivement à ranger dans la catégories de réalisateurs/auteurs tels que Clive Barker et Philip Ridley: quelqu’un qui possède un univers personnel très fort et surtout une façon de le mettre en images qui n’appartient qu’à lui (dans ce sens, il ne fait absolument aucun doute que DUST DEVIL est en fait la préquelle de HARDWARE, ce qui nous laisse bien sûr fantasmer quand à un troisième opus éventuel de cette réflexion sur le Mal à Travers Les Age - où commencerait-elle ? - puisqu’il semble bien que Stanley aie décidé de l’aborder à rebours)  .

 

L’intrigue, et le traitement avec elle, risquent malheureusement de vous faire penser à quelque chose, et son dénouement aussi mais gardez bien à l’esprit que nous avons affaire ici au moule initial, à la matrice ; la scène onirique avec l’inspecteur ou encore les tours de passe-passe remplis d’ubiquité du mêchant  ayant étés pillées et sur-pillées un peu partout. L’action prend place en Afrique du Sud, le ciel, le sable –ça se ressent beaucoup sur la photographie- et l’inspecteur Ben est progressivement obligé d’admettre qu’il est confronté à des meurtres rituels... Je n’en dis pas plus mais quand vous aurez vu DUST DEVIL, en plus de penser à pléthore d’autres films donc, vous vous direz peut-être que Stanley DOIT absolument réaliser le prochain CONSTANTINE (inspiré du comic-book HELLBLAZER, ce serait pas mieux de garder ce titre-là tant qu’on y est, non ?) s’il doit y en avoir un, ou encore tout simplement PREACHER , toujours chez DC Vertigo, la bd culte de Garth Ennis et Steve Dillon à propos d’un pasteur borderline qui se retrouve investi de la voix de Dieu, ce qui ne l’amuse pas du tout, et qui se met en quête, en compagnie de son ex et d’un pote vampire, de trouver ce dernier et lui péter la gueule - vous avez bien lu.

 

 

MEUTRES SOUS CONTRÔLE de Larry Cohen (USA-1977)

On continue avec les plus belles heures du Festival d’Avoriaz pour ce Prix Spécial du Jury par Larry Cohen, pour son cinquième passage à la réalisation et voilà bien un pitch qui aura nourri mon imagination pendant au moins vingt ans avant que je ne puisse enfin mettre la main sur cette galette. 

Une série de meurtres inexpliqués ont lieu de plus en plus fréquemment dans la ville de New-York, à chaque fois perpétrés par des Monsieur-Madame-Tout-Le-Monde comme qui dirait "touchés par la Grâce », quid de se mettre à tirer au fusil à lunette dans les rues aux heures de pointe,  quid de massacrer leurs enfants .. Et toutes ces personnes isolées (oops) revendiquent  toutes leurs actes -plus ou moins dans un état de béatitude avéré (ce qui n’empêche pas certains de mettre fin à leurs jours juste après) – de la même façon, et c’est ici que le titre intervient.

 

Pensez si je me suis demandé longtemps ce qu’un film avec un début pareil pouvait bien raconter..Sont-ce-t-elles victimes d’un coup de téléphone venu d’ U.R.S.S comme dans LA GUERRE DES CERVEAUX toutes ces bonnes gens  ?.. Que nenni, le film ne mange pas de ce pain là, mais pour rester dans le débat, l’enquête échoue à un inspecteur de police tiraillé par la Foi,  qui justement sera rudement mise à l’épreuve – et je vous promets ici une ou deux  sorties de registre dont vous me direz des nouvelles.

 

Le film prend bien soin de cristalliser à son début l’ensemble des phobies américaines sur le terrorisme fanatique (citant par exemple pour démarrer l’affaire JFK et la poussant à l’extrême quelque peu, dans une superbe petite séquence de paranoïa urbaine - l’interview de la maman du tueur) sans être dupe du processus de récupération, qui  lui-même sera allègrement décliné au cours du récit. Toutefois le film bascule sur complètement autre chose –mais alors vraiment, développant autant de caractéristiques insoupçonnées chez le personnage principal que poursuivant la conduite de son intrigue, avant de faire se confronter violemment le tout. Cela donne au final un film particulièrement risqué mais le découpage et l’interprétation globale du casting font de GOD TOLD ME TO (titre original du film) un film quasiment à toute épreuve : avec Tony Lo Bianco (LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL >>>> Voyez-le !!!) dans le rôle de François Truffaut, et surtout la sublime Sandy Dennis, une autre actrice fétiche de John Cassavetes – et dont bizarrement, chaque incartade dans le registre du Fantastique se trouve aux mains de réalisateurs sur lesquels plane  l’ombre du Grand John, je vous donne un indice, tellement énorme que ça ne va même pas vous faire rire - vous allez dire "wa t’exagère Nonobstant": LE MORT VIVANT, de Bob Clark, pour ne pas le citer, ça y est je l’ai dit. On relève clairement une emphase similaire dans les deux films dans la part belle accordée aux séquences intimistes, aux ralentissements de rythme le temps d’observer le décor deux minutes et de percevoir les enjeux d’une scène avant  que les comédiens ne se mettent à parler (je pense notamment à la scène de rupture qui est un moment d’anthologie absolue, qui n’est pourtant pas forcément ce que l’on retient le plus d’un film Fantastique vous en conviendrez ) et qui ajoutent de façon imparable de la densité au propos général,  au sens de l’action même.

 

Le film se pose ainsi gentiment protéiforme, alternant sans forcer aussi bien entre mysticisme et science-fiction (on était parti du polar) qu’entre cinéma d’auteur et bis fortement avéré, sans sourciller parce que c’est toujours très beau - très plastique - à chaque fois, et sinon , au pire, magnifiquement interprété. Le final ne manquera pas de déstabiliser, ballottés que nous fûmes (mais non) entre plusieurs perspectives assez différentes  – qui ne sont  pas sans rappeler non plus les "déroulements intuitifs" de certains films d’ Argento -  et pourrait de fait paraître presque forcé voire indigeste. Ce n’est qu’après avoir encaissé et refait un peu le tri je pense que l’on réalise que le film laisse en suspens (ou peut-être pas) sciemment certaines questions, dont celle cruciale du passage si douloureux pour l’Homme vers le Troisième Millénaire - et sur ce, comme qui dirait, je retourne au Standard.

 

Nonobstant 2000.

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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