PIRE EXPRESS No33: Ouvrez la bouche et dîtes "Docteur !"

Publié le par Norman Bates et Dr Devo

 

 

 

 

 

express pire

[Photo: "Tell me, What, I think" par Dr Devo.]

 

 

AMERICAN PSYCHO II de Morgan J Freeman (USA-2002)

Mila Kunis (mais si, vous l'avez vue dans l'affreux SANS SARAH RIEN NE VA et dans LE LIVRE D'ELI plus recommandable, et dans cet article) est une fille cool, première de la classe mais qui en a dans le pantalon, toujours bien coiffée, mignonne mais plutôt du genre à trainer avec les focaliens du fond de la classe avec leurs blousons en cuirs, très déterminée à finir ses études dans le peloton de tête,  prête à tout et disposée au pire. Il faut dire que très jeune sa baby sitter à été assassinée devant ses yeux par Jason Bateman dans AMERICAN PSYCHO, premier du nom. Depuis, même son psy le dit, elle ne fait plus la distinction entre le camembert et le maroilles, entre le bien et le mal, et sème derrière elle plus de cadavres que son prédécesseur sans que cela ne lui fasse quoique ce soit. Elle embrasse logiquement des études pour devenir inspecteur au FBI, bien décidée à finir major de promo à tout prix....

CE FILM A ETE REALISE PAR MORGAN FREEMAN.

Traité sur le mode du teen movie, AMERICAN PSYCHO II se voudrait être une comédie noire bien plus maline que le premier AMERICAN PIE venu : malheureusement le tâcheron à l'origine du film  et la bande de scénaristes scribouillards transforment une idée somme toute alléchante en un long téléfilm jamais drôle ou effrayant. Après tout, choisir un axe totalement différent du premier film permet de s'affranchir de la comparaison tout en prenant des risques: dommage qu'ici le métrage cumule tout les risques qu'il fallait éviter. Mise en scène ignoble (gros plans pendant 1H20 !), décors de sitcom (au moins trois différents pour l'intégralité du film), acteurs en roue libre (il y a William Shatner ! Venu toucher un chèque...), dialogues consternants ("72 ans, quel âge magnifique !", acteurs qui se trompent dans les noms de personnages), scénario non seulement incohérent mais de plus contradictoire, cadavres en plastiques aspergés de peinture rouge en guise de scènes gores, fond pop ignoble jusqu'à provoquer des rires nerveux, accumulation de clichés (je ne veux plus jamais voir de scènes de footing au ralenti dans un parc d'automne), pour tout ca, et pour tout ce que je n'ai pas dit, le film n'a pas grand intérêt.

 

Norman Bates.

 



SOLOMON KANE de Michael J Bassett (USA-2008)

D'apres les livres de Robert E. Howard, fidèle disciple de Lovecraft et auteur des livres Conan, histoire d'un fanatique religieux du XVIéme siecle, obsédé par les plans celestes et les desseins divins, qui chaque jour défie le mal en s'attaquant à ses sbires démoniaques. Le film, assez indigeste, simplifie un peu le trait en proposant un héros torturé devant sauver une jeune fille des griffes de Satan en alignant un maximum de créatures maléfiques entre le début du film et sa fin. Exit la question de l'intégrisme et de la morale, pas d'ambiguïté sur les motivations réelles d'un personnage qui se dit "inspiré par Dieu". Reste un formidable gloubi-boulga d'effets spéciaux numériques cheap dans une purée de scènes d'actions style beat-them-all où rien ne surnage et tout en même temps, où l'on croise difficilement un Max Von Sydow vieillissant et des scènes tirées directement du SEIGNEUR DES ANNEAUX en un peu plus dark. Si l'on ne s'endort pas immédiatement, on pourra noter quelques scènes sympathiques au début, notamment ces monstres du miroir assez effrayants, mais on fermera bien vite les yeux devant une narration pénible et difficilement compréhensible (mêlant rêve et réalité, ou inversement) et des effets spéciaux vraiment laids. La mise en scène peut parfois surprendre quand la caméra reste fixe quelques instants, mais rapidement la machine s'affole sans qu'on ne puisse plus se repérer, faisant subir plus qu'autres choses ces hordes de pixels sans âmes s'abattant sans relâches sur la famille du pére Von Sydow.   

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

EXECUTIVE KOALA de Minoru Kawasaki (Japon, 2005)

 

Aussi bien les Chinois sont de mauvais nageurs (je vous laisse réfléchir...), que les Japonnais, eux, resteront célèbres pour être des gens très bizarres, malgré la petite taille de leur péniNsULE. Et c'est à ce genre de signe qu'on reconnaît que Minoru Kawasaki n'habite pas Le Guilvinec.

 

[Si celle-là me fait pas qualifier d'office au Championnat du Monde d'Intros, je comprends pas...]

 

Toshiro est cadre dans une grosse boîte d'agro-alimentaire japonaise, spécialisée dans le cornichon, et ça c'est bien. Il manage une grosse équipe qu'il fait plancher depuis des mois sur un nouveau produit révolutionnaire en partenariat avec une grosse firme sud-coréenne. Tout bascule lorsque sa petite amie disparaît. Toshiro commence à sérieusement douter de sa santé mentale: tous les indices l'accusent et il ne se souvient de rien! Est-il le séminole-killeuh que tout le monde redoute? La descente aux enfers commencent...

 

Kawasaki est un réalisateur qui... Ooops! Excusez-moi! Trop occupé à préparer un bon jeu de mot sur les motos et les sports automobiles, j'ai complétement omis de vous dire que Toshiro (d'ailleurs le personnage ne s'appelle pas du tout Toshiro, mais ma mémoire flanche...) est un grand koala de 1,80 mètre! Car le style Kawasaki, c'est ça: faire des films avec des animaux géants anthropomorphes. Alors, précisons tout de suite, que notre ami le Koala est le seul animal de la bande (à l'exception d'un second rôle et d'un fugrant intelligent). Pour le reste, du film est bien sûr totalement normal ou presque.

Alors ce qui est sûr, c'est qu'avec un tel modousse opérandaille, EXECUTIVE KOALA devait figurer sur ce site. Mais on aurait aussi tendance à se méfier. On le sait, le nippons embrasse souvent des sujets débilosses ou farfelus, mais voilà qui ne fait pas forcément le chef-d'œuvre, et que celui qui ne s'est jamais précipité pour dégrafer une robe afriolante et ne découvrir que des jambes poilues et peids à mycoses me jette la première serpillère...

 

Et voilà l'étonnant: EXECUTIVE KOALA est exactement ce qu'il est, comme disent les grands journalistes. C'est d'abord une série B de genre. On n'est pas volé sur la marchandise, on n'essaie pas de nous faire passer les V6 pour des chandelles. Un Koala. Des meurtres. C'est réglé. L'autre bonne surprise, donc, qui fera de vous un spectateur heureux, c'est que le principe dinguosse du film est respecté sans que ce soit déceptif. Avec ce genre d'idée, généralement, on hésite à regarder le film, en se disant que oui oui oui, on veut voir ça, mais en sachant très bien que le concept est plus beau que la réalisation nullasse ou potache. Et bien, Kawasaki n'est- pas Jean-Marie Straub, je suis d'accord, mais il n'empêche que son film (au budget modeste) n'est pas non plus, mais alors pas du tout, un machin pas tout à fait viril de semi-étudiant en fac de ciné. C'est du carré, mais ce n'est pas du potache barbouillé en deux secondes entre deux canettes de Kro et un peu de djembé. Kawasaki ne verse pas non plus dans le super-mignon-kawaï. Et c'est pour ça que ça marche: c'est que le film est relativement sérieux, ou du moins fait avec sérieux et baigant dans un (relatif) premier degré. Alors, vous comprenez bien que le bonhomme ne peut que me plaire. Faire les choses désinvoltes avec le plus grand sérieux, et inversement, voilà une devise à partager à  l'heure de l'apéritif entre focaliens. Allez, fais péter le Champomy, je change de paragraphe...

 

Les acteurs sont sympas, plutôt droits. C'est correctement mis en scène. Ce n'est pas beau comme SOLARIS, mais ça n'écorche pas les yeux. C'est fait avec un certain aplomb, et donc ça marche, avec ces moments bizarres où le décalage fonctionne. En fait, votre cerveau fait des allers et des retours entre l'acceptation du principe de fiction (l'acceptation de la licence poétique: un Koala géant) et l'anormalité du même principe. C'est très charmant.

Petite cerise sur le gâteau, la narration, très linéaire, est complétement martyrisée, et là aussi le principe est d'une logique absurde analogue. Il s'agit en effet de faire le film le plus" hollywoodien" possible en quelque sorte. Tout sert, le moindre détail sera signifiant, il y aura du twist, des trahisons, du retournement.. Kawasaki respecte très consciemment le cahier des charges, et devient vite plus royaliste que le roi. Il ose en fait faire ce Hollywood n'ose pas: pousser le système dans ces retranchements, et occuper tout l'espace. De cette manière EXECUTIVE KOALA est exactement le rêve des majors: des dizaines de twists (dont certains assez efficaces), des "OH, ce n'était qu'un rêve" comme s'il en pleuvait, une concentration de coïncidences "poétiques" presque pornographique (Mmmmmm... Ca c'est n'importe quoi comme expression.... Ou alors c'est parfait, je ne sais pas trop!), et des dizaines de genre mêlés car ...KOALA est un film de séminoles-killeuhs, un film sur les salarymen à la Ken Loach (filmé comme Ken Loach, hein? Et non pas un film avec des salariés de l'industrie du cornichon qui ressemblent à Ken Loach, ok?), une comédie, un film de prison, un policier, un slasher, etc... Plus syncrétiste, tu meurs...

 

Pour toutes ces raison, Kawasaki ne fera pas la révolution et ce ne sera pas le Grand Soir, vous êtes prévenus. Par contre, le gars sait très bien ce qu'il fait, et tranquilou mon minou, il aligne avec une malice relative et beaucoup de sérieux et de plaisir, pas mal de perles. Il joue peut-être sur un Bontempi, mais il y a beaucoup de touches, beaucoup d'effets kitshouilles, et le gars sait écrire la petite mélodie calamar-catchy. Kawasaki, avec ses airs de pas y toucher, a pas mal de leviers de narrations à sa disposition. Et la mayonnaise prend étonnement bien. Et ici, à Matiére Focale, on adore la race des seigneurs en ce qui concerne le Cinématographe: les trop rares réalisateurs qui ont vraiment le slip sur la tête. Kawasaki est un mec franc et attachant. C'est de plus en plus rare.

 

Voilà qui nous donne envie de découvrir ses autres films comme CALAMARI WRESTLER (avec un Calamar qui fait du catch) ou cet autre chef-d'œuvre où un enfant recueille un crabe géant qui se découvre un don pour le football. [Quoique le titre de son THE WORLD SINKS EXCEPT JAPAN me tente bien aussi!] En tout cas, on va lui redonner sa chance !

 

Dr Devo.

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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Kevo42 15/07/2010 22:48



Désolé, non, je n'ai pas encore vu ce koala. J'en avais malgré tout quelque espoir, et votre recension m'incite à retenter ma chance.



Dr Devo 15/07/2010 21:39



Mais j'en prends bonne note... Et le koala, vous aviez testé?


 


Dr Devo.



kevo42 15/07/2010 20:43



Chers messieurs de matière focale,


 


je tiens à vous décourager de regarder Calamari Wrestler, qui est une repompe très mièvre de la saga Rocky. Peut-être que les rebondissements à base de : oh, tu es en fait mon père / mère / soeur
/ frère / poisson rouge vous plairont, mais c'est filmé de manière très molle.


Ca m'avait beaucoup déçu, dirons-nous.