PIRE EXPRESS No48 : Plus qu’un an avant la fin du monde!

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

devotion

[Photo: "How do you blue is animal blue is animal" par Norman Bates d'après la série "Sarah Palin's Alaska".]

 

 

 

 

 




Dans l’épisode précédent ; une voiture lancée à travers la nuit que des chauffeurs inventent, les hurlements glutturaux de camés comme du Chopin pour les chiens, des étranges lumières que le Dr Devo poursuit au nord du Svalbard, une valise égarée dans un motel de Vegas, la recherche vaine d’Oscar Zeta Acosta dans toute l’amérique du sud, l’errance, l’isolement, la mort finalement. En 2011, une révolte mène un bloggeur à devenir ministre, en 2012 qui sait à quelle poste on finira, vu la street cred’ du Docteur ça sera au moins à la Défense, au pire porte parole de la déliquescence culturelle. L’Histoire n’est certes pas écrite, mais à force d’écrire on deviendra peut être historique. Quel est le rapport tu te demandes ? L’idée c’était d’être devant ton écran, relax, une pause entre deux scrollements porno/facebook, pour faire une différence entre les deux, pour rester dans le coup, pour être au courant. C’est en 2011 que les réseaux sociaux sont devenus une source fiable pour comprendre les pays en guerre.


Encore plus proche de la fin.




BLACK SWAN de Darren Aronofsky (USA 2010)


Je sais pas qui c’est ce gars, je m’en fous, sans doute que ses premiers films étaient plutôt inspirés et atypiques, personnellement j’aime pas (ou alors peut être) et puis ce n’est plus le sujet. Dans BLACK SWAN parce que y’a Padmé Amidala (et là je réalise que Laurent Gbagbo aurait été parfait dans un STAR WARS) ,on suit les aventures d’une danseuse qui veut être la meilleure danseuse à la place de la meilleure danseuse, les choses se font, elle devient la reine des cygnes, mais c’est hard-core de se donner corps et âme à l’art donc elle souffre, et puis elle crève sur la scène comme Moliere (le correcteur orthographique me propose molaire). Elle crève oui (j’ai peut être spoilé un truc comme on dit sur les forums) mais au sommet de son art et le public était debout dans la salle, vous savez comme dans le dvd de Bigard au stade de france, c’est sans doute ça le sommet de l’art quand tout le monde applaudit stand-up, c’est l’instant comme culture, c’est nous !


Évidemment vous l’aurez compris, c’est de l'histoire dans l’histoire. Le personnage qui joue le canard dans la pièce est tellement inspiré par le rôle qu’il devient ce même canard dans la vraie vie. Genre je parle mal à ma reum parce que je suis un BLACK SWAN, en gros une ado gothique qui fait chier quand elle découvre qu’elle sera toute sa vie dans le bad parce que la vie c’est ripou, bref de quoi faire passer du Dolto pour de la psychologie. Donc, le film parle de la souffrance de Padmé, avec auto-mutilation, drogue, sexe, alcool et toute la panoplie, sauf qu’ici c’est forcement plus profond parce que c’est de l’opéra et que, instead of Kurt Cobain, on se tape Tchaikovsky. A part ça, le film est un véritable téléfilm sans inspiration, on retrouve même plus le formalisme "touche la nouille" qui était quand même, à un certain moment, la marque de fabrique de Aronofsky, on se tape tout le long du ballet filmé style Frederic Mitterand, entrecoupé de passages mélos avec Padmé et Vincent Cassel qui font péter l'échelle de Richter du mélodramatique poignant à grand renfort de chialements pour l’une (tu la vois presque courir après l’oscar), à grand renfort de hurlement pour l’autre, n’en jetez plus, et ce n’est pas les scènes de cul ultra-vulgosse ou les gros clins d’oeil bien appuyés à Cronenberg qui changeront la donne. Au final, c’est plus proche de la mare au canard que du lac des cygnes, mais je dois sûrement être de mauvaise foi puisque la mostra de Venise (t’a vu !) et les golden globes ont toujours raisons.




HARRY BROWN de Daniel Barber (UK 2009)


Étrange que HARRY BROWN sorte avec deux ans de retard en France, alors qu’il existe en DVD depuis un an et demi et que tout le monde l’a déja downloadé. Ce serait pourtant dommage de ne pas se déplacer en salle pour voir la version réussie du film de papi Eastwood, loin de la morale relax’  et des petits enfants chinois que l’on peut encore sauver.


Là c’est Michael Caine qui pète un cable dans sa banlieue sordide, un jour que le bigdeal s'arrête d’être diffusé à la TV, que plus rien ne s'oppose à la nuit et que des jeunes avec des bonnets brûlent des voitures devant son appart’ sordide, alors que les flics font rien qu’à mettre des PVs aux honnêtes gens, wesh. Tonight I speak of prophecy ! En fait, Michael est un ex-marine rompu aux choses de la guerre, et même si'l a arrêté de porter le treillis pour se consacrer au scrabble au salon de thé, c’est comme le vélo ça ne s’oublie pas. Et puis le marine a de la peine car sa biatch à passée l’arme à gauche, d’un égarement à l’autre on se retrouve 20 ans... Du coup, dans la rue, c’est la guerre, les vieux s’en prennent aux jeunes...


Je disais plus haut que c’est dommage de ne pas aller en salle parce que HARRY BROWN est vraiment un must-see. Si on l’on fait abstraction du sujet un peu polémique et du discours social en background (que je qualifierai de plutôt soft), on a affaire à quelque chose qui se rapproche d’un vrai film, dans les ambitions comme dans la réalisation. Photo superbe qui nous plonge dans une banlieue transfigurée en antichambre de l’enfer grâce à un cadrage iconoclaste-symbolique qui joue sur les clairs obscurs et les transgressions gores, pour dresser dans la plus profonde crasse des portraits de personnages presque archétypaux, scope crado qui verse dans le gothique flamboyant un décor de journal télévisé facon David Pujadas “on air” de l’enfer, y’a de la volonté faire dans le vigilante pur et dur sans se justifier par trop de humanist bullshit. Le film est d’une violence assez incroyable (ça a même réussi à calmer les gamins des rangs de devant qui ont arrêter de textualiser sur leurs iphones) et d’un profond pessimisme quand à la nature humaine. Ce n'est pas ici que vous verrez une happy-end (je ne dis rien). OK. Malheureusement ,si l’image est particulièrement soignée, le film reste d’un classicisme extrême, soit un montage des plus linéaires qui suit  les actions des personnages (même si on a droit à du flippant grâce à un jeu sur les textures des images) ,accompagné d’une ignoble musique style Hans Zimmer  symphonique Ranou (du jambon, on vous dit) qui appuie des deux pieds ce qu’il se passe on stage. Bref, on espère que ce monsieur fera mieux par la suite. On se contentera pour l’instant de ces quelques images infernales de révolte de jeunes voyous dans les bouges sordides d’une Angleterre fauchée face à une catharactique maréchaussée “pour votre sécurité”.






127  HEURES de Danny Boyle (USA 2010)

Là on est vers la fin, c’est là que les plus réticents sont déjà passés à autre chose, on est un peu entre nous, voire même entre moi(s). Vous vous attendez à du dégeulasse ? Rangez vos mains pleines de vos centimètres indécents, on est dans le pervers éclairé.


Mettons que 127 heures soient une vie, une vie comprimée et étranglée au fond d’une artère granitique, aride et hostile que le soleil éclaire cinq minutes par jour. Mettons que vous deviez raconter cette vie en une heure et demie ?


1) Vous prenez la soif d’aventure, l’exaltation de la puissance, la fierté de la survie, vous formez une trinité qui définit l’humain, car plus que ce qu’il a vu, c’est le vécu qui, dans la solitude, prospère : vous êtes au coeur d’un mécanisme global, style Hawking et la théorie de la grande réunification. C’est là que ca devient pervers, et suivez-moi attentivement. On vous montre un mécanisme qui voudrait diviser l’image, ce qui laisse à penser qu’on voudrait élargir le point de vue, à la De Palma, voire tâter de la perspective, logique dans un cerceuil minéral qui abolit tout horizon. 127 HEURES c’est pas ca, c’est BURIED version christique, c’est l’Esprit Sain entouré des apôtres, c’est la kabbale - mathématique de la création - et l’histoire du monde. A l’instant t, d’une situation part toujours trois chemins, dont deux qui mènent dans une situation pire. Dans le désert tu rencontres deux filles, une pour l’amour, deux pour le gang bang, trois elles couchent pas. Tu vois la situation ? Tu comprends l’enjeu ? Les trois ne sont qu’un, comme les trois centres du corps humain (tête, corps, sexe). Le père, le fils et le saint esprit.


2) Faut rajouter une abstraction supplémentaire, cartésienne : nos souvenirs nous mentent. Dans le contexte, tout seul, notre esprit est démesuré, démesuré par la puissance des visions, par l’introspection obligatoire, et de 127 heures dans l’isolat naissent une infinités de chemins. C’est tout ses chemins que Dany Boyle fait mine d’explorer, tranquillou, en faisant dans le clippesque pop-art, dans l’exploration d’une tête d’un jeune du siècle. Là encore, tu te rends compte qu’en douce Boyle cherche toujours sa théorie de l’unification : tout les jeunes du siècle pensent singulierement la même chose ! Mêmes photos sur les blogs, même fuite de la réalité, même envie du festif. On est dans la déconstruction de l’idée comme vecteur de personnalité, seule la dialéctique fait la différence.


3) Et finalement en s’auto -mputant vient la délivrance : transformer consciemment son corps en deux, c’est devenir bancal. De la cassure, on repart sur un rythme linéaire, pour résister au cosmos il faut se faire souffrance car dans toute théologie le divin est atteint après la perte. Le montage est un mensonge, la mise en scène un moyen du divin, toute division au final réunit car l’homme dans sa finalité est limité à sa conscience par son corps. Tout le film on nous a présenté comme triple, et cette trinité on a du la quitter pour muter. Car comme James Franco, sur le chemin qui nous sépare de la mort, trois pôles nous éloignent de la route, nous conduisent dans les failles intersticielles où nos nécroses pullulent. Être vu, reconnu et survivre.  Une fois absorbée, une fois que la réunification a lieu, l'hélicoptère arrive.



Radicale critique du Dalai Lama : c’est pas l’infini qu’on a dans la main, c’est sa bite.



En résumé : un jeune du siècle dans une brèche vaginale, la théologie et le cosmos, le camescope et la Terre entière.






Vous êtes prêts pour la Communion.






Amen.












NoRm@n_02

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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nonobstant2000 21/01/2011 13:54



non absolument pas, je pense que c'est même pire que tout ce qu'on peut imaginer : toute sa famille a été décimée, alors comme c'est un ancien des spéciaux il sort des bombes atomiques de sa
poche toutes les deux minutes. Quelle chance il a.


J'aurais vous dire 'si si c'est bien', car je regretterais toujours l'article dessus que malheureusement vous n'écrirez pas.



Norman Bates 21/01/2011 13:35



Je vous remercie de prendre soin de mes douleurs cher nonobstant. C'est vraiment bien Que justice soit faite ?


 


Sinon le rire de Padmé c'est à l'image de sa prestation dans le film...



Bertrand 21/01/2011 04:10



Ce qu'il faudra juste retenir du Nonofsky, c'est ça : http://www.collegehumor.com/video:1945750



nonobstant2000 20/01/2011 22:42



Cher Norman,


 


il me semble avoir perçu votre douleur, en tout cas une certaine douleur au travers de votre critique sur HARRY BROWN ( notamment ), et il ne sera pas dit que je laisserais un collègue sur le fil



allez voir ' QUE JUSTICE SOIT FAITE ' avec Gérard Butler, ça va vous réconcilier avec la profession, mais aussi avec l'humain très certainement, et surtout rappelez-vous en ces heures sombres les
dernières paroles du colonel Kurz :


' Exterminez les brutes '


 


Bien à vous, etc...