Pire Express No49: CAR IL NE SERA PAS DIT (2éme partie)

Publié le par Nonobstant2000

 

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[Photo: "L'ami du Petit-Déjeuner" par Dr Devo.

 

 

ANGOISSE de Bigas Luna (Espagne-1987)

Alors alors il paraît que parler de l’intrigue du film équivaudrait dans la profession à enfreindre une règle du Fight Club. Non pas que la perspective m’effraie mais ça me gênera pas de garder le secret, comme pour PSYCHOSE ou ERASERHEAD en leur temps, où Hitchcock et Lynch demandaient à ceux qui avaient vus leurs films de ne pas en dévoiler le contenu, le métrage de Bigas Luna (qui lui-même a l’air d’un type très chouette) mérite bien un brin d’auto-dafé-e. 

 

Puisque c’est ça , je vais vous parler des bonus, hein ok ? Une petite interview plutôt mal conduite (sign o’ times), mais très bien reprise par l’auteur, qui livre quelques clés intéressantes, parle très bien de son œuvre ainsi que de l’Art en général. C’est pourquoi au lieu de vous balancer le pitch je vais plutôt revenir à une anecdote de Luna liée à la gestation même du film. Vous le verrez quand vous le verrez mais ANGOISSE, malgré un ton particulier et un univers graphique prononcé est un film émine..EMINAMM..aah merde, ANGOISSE est un film très hitchcockien DONC, citant pas moins de trois films du Maître : VERTIGO, LES OISEAUX et bien sûr (comment je me la raconte) PSYCHOSE, bref quasi aussi référentiel qu’un type comme De Palma a pu l’être. C’est loin d’être anodin, tout sauf fortuit et plutôt  humble et respectueux. Tout serait parti d’une conférence sur FENETRE SUR COUR donnée par un ami philosophe de l’auteur à propos de la dynamique narrative du film, que ce qui était intéressant était l’histoire dans l’histoire et qui possède un effet certain d’immersion pour le spectateur. Car en effet, pour citer Luna et son ami conférencier (c’est trop c’est trop, un jour ou l’autre ça va se voir faut que j’arrête..) il existe deux types de dynamiques narratives au cinéma, l’une où le spectateur se projette littéralement, est emmené, dans ce qui est raconté ; et l’autre où c’est ce qui est raconté qui vient envahir la sphère du spectateur. Et bien ANGOISSE (tant pis) ..c’est l’une des deux.. ou peut-être même les deux en même temps..

 

Ce qui a donné lieu à une très intéressante discussion sur la 3D, car par définition, ANGOISSE est un film qui se prête à ce procédé, plutôt utilisé en grande partie comme gadget de divertissement comme on le sait, et c’est à peu près là que mon dernier neurone a flanché pour tout vous dire - en essayant de considérer la chose ne serait-ce qu’une seconde, car évidement Luna a raison mais en même temps il est tout à fait conscient des dangers que cela représente - d’autant plus que les thèmes principaux d’ANGOISSE relèvent autant de l’importance du pouvoir de suggestion propre au cinéma,  que de l’identification et du mimétisme - et hélas, l’actualité n’est que trop là pour nous le rappeler (les fusillades au cours des projections de THE DARK KNIGHT RISES) .. mais cela demeure une approche à considérer tout à fait. Pensez dans le même genre à tous les classiques littéraires, merde qu’est-ce que je donnerais pour une version 3D de THE COLLECTOR (noir et blanc,  en gardant les points de vue alternés du livre de John Fowles –mais je m’égare..) malheureusement nous vivons dans un monde où  bizarrement l’Expression a ses limites et où toute contestation finit par engendrer ce qu’elle souhaite éviter plutôt que ce qu’elle veut démettre. 

 

 

 

 

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[Photo (de gauche à droite): "Low, Hike, Art, No" par Dr Devo.]

 

LA COURSE A LA MORT DE L'AN 2000 de Paul Bartel (USA-1975) 

LA PLUS TERRIFIANTE DES COURSES AUTOMOBILES (je cite), réalisé par Paul Bartel, que je ne connaissais pas, mais alors attention maintenant, d’après une histoire de Ib Melchior (fallait que je la place, un pari stupide) produit par Roger Corman, avec Sylvester Stallone (ultime) et David Carradine. Le truc que tous mes potes avaient vus en VHS à huit ans ("et-quand- tu -roules-sur-les-petits-vieux- c’est-deux-cent-points..."), typiquement encore une œuvre qui mériterait sa transposition 3D, pour peu que l’on conserve un rien d’éthique dans la surenchère d’effets de synthèse –parce que maintenant on peut, mais c’est pas pour ça qu’il faut- et que l’on s’attache à conserver l’esprit tout à fait contestataire et subversif de l’original. Je crois qu’il y a effectivement eu un remake avec Jason Statham, je sais pas si c’est tout à fait ce qu’ils ont fait. 

 

LA COURSE A LA MORT DE L'AN 2000 c’est la série B absolue. Il y a bien sûr aujourd’hui un plaisir suranné qui vous envahit à la vision de ces jouets-bolides sur des routes désertes, le générique c’est un dessin au crayon de papier (l’ouverture du menu DVD avec la voiture de Carradine détourée sur fond d’incendie de synthèse,  c’est plutôt comme ça que je prendrais mon remake si on me demande) mais c’est ça qui est sublime. Le film est magnifiquement écrit avec ses personnages archétypes comme des héros de comics et caricaturaux à souhaits: une nazi, un mafieux –Stallone, et Carradine en produit maudit de la Science. Je ne vous parle pas du staff des Médias, ni du Président, même la Résistance est drôle à voir, et  c’est encore nous les Français qui avons le mauvais rôle, à titre honorifique, d’ennemis factices et tout désignés de la Nation. Il y a de vrais moments de bravoure au niveau de la dénonciation  de la manipulation des foules. En fait toutes les trente secondes puisque c’est toute l’idée – du pain et du cirque – mais vraiment, ne serait-ce que la première apparition du Prez, ça vaut déjà son pesant.

 

Je disais oui, c’est cheap, mais en même temps, il n'y a rien à rajouter tant l’efficacité du montage prend le dessus sur tout, vraiment malin  (avec des petits indices ici et là bien placés comme ce plan rapide dès le début sur le visage de Carradine au moment des palabres officielles, qui ouvre ni vu ni connu le gros de l’intrigue) voire franchement iconoclaste  : "Oh mon Dieu Annie est morte !" et tandis que la personne en question gît inanimée dans la voiture conduite par Carradine au milieu d’explosions multiples, retour sur la mamie épleurée qui assiste à la scène tenant dans ses mains une photo de l’Annie en question en k-way... et c'est là où on atteint la quintesscence du sublime, où l'on frôle le vif-argent over the rainbow... Je me suis interrogé de longues heures sur la signification intrinsèque de ce plan, pourquoi cette nostalgie, ici, maintenant (quelle innocence dans cette photo aussi), je me suis dit peut-être le plan a-t-il été pensé pour le spectateur en retard, celui qui vient d'arriver à la bourre, tac d'un coup d'un seul il peut englober les enjeux de la scène - tu vois celle qu'à l'air morte avec le casque ? Ben c'est la même en k-way sur la photo; c'est vertigineux en terme de sémantique (je sais pas ce que ça veut dire) et d'enjeux, une mise-en-scène emphatique qui tait son nom,enfin bref, etc.

Magnifiquement découpé donc, avec sont lot de cadrages bien envoyés,  ses traquenards dignes du dessin-animé avec Satanas et Diabolo (nonon je déconne toujours pas : tu le vois le faux mur en carton érigé au milieu de rien, mais qui sert quand même à cacher le ravin ?) et de tueries bien foutraques avec de la grosse peinture.

 

Attention spoiler, vous avez encore quelques minutes pour changer de paragraphe: 

 

Avec tout ça, le film de Paul Bartel mérite amplement l’appellation de pierre angulaire du genre. Il y a juste une réplique qui m’a fait tiquer, pas dix mille non plus mais une seule, où on ne sait pas si c’est le dialoguiste qui s’est emmêlé les pinceaux, ou bien le réal, ou la comédienne qui est partie en impro, ou bien si c’est une intention scénaristique réelle, car malgré que tout se finisse au mieux dans le meilleur des mondes, que tout le monde a fait part de ses belles résolutions, en pleine euphorie boum: "..oui et nous allons instaurer une nouvelle société du bonheur et ceux que le bonheur rend malheureux pourront aller vivre ailleurs…"

 

Gargl. 

 

Belle perspective.  

 

Le contraire de tout ce que l’on s’est échiné à nous dire depuis le début surtout.

 

On ne sait pas si on vient de tomber de Charybde en Scylla, le fait d’expédier le dernier baltringue du casting (le présentateur tête-à-claques) ainsi que la voix-off de fin par-dessus le générique n’y changent rien, on ne sait pas si finalement toute la production se cherchait un message et qu’ils l’ont oubliés en route, ou bien si c’est une façon de prolonger le récit, sous-entendant que l’Histoire ne s’arrête pas là. A l’heure où j’écris ces lignes , submergé par l’odeur de mes propres chaussettes, le mystère demeure toujours entier.

 

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[Photo: "Dans La Cuisine" par Dr Devo.]

 

 

THE EVOLVED – PART ONE de Andrew Senior (UK-2006)

Notre cadeau-bonus-surprise annoncé dans la première partie, enfin …

 

Découvert au LUFF (le Lausanne Underground Film Festival) la même année qu’une rétrospective somptueuse était consacrée à Damon Packard, THE EVOLVED (PART 1) en plus d'être un total plaisir coupable assumé fut aussi longtemps une pépite mystère. 

Et cette pépite, je ne pouvais malheureusement la partager avec personne tant la galette demeurait introuvable. On me disait même que le réalisateur semblait lui-même avoir disparu de la surface de la planète.. Je ne pouvais guère que montrer le trailer ici et là aux plus curieux, ce que je faisais de moins en moins, ayant bassiné à peu près tout mon entourage, et le cœur toujours un peu plus serré à chaque fois jusqu’à, jusqu’à..., jusqu’à ce que je tombe sur le lien entier sur You Tube, qui date de pas plus tard que cet été, et avec ça la chaîne Tromamovies complète. C’est donc un double-cadeau dans la foulée.

 

Quand au Festival de Lausanne, c’est bientôt la prochaine édition. N’hésitez pas si vous pouvez vous offrir le déplacement, vous y trouverez autre chose que des pets arrivistes qui essaient de faire leurs trous "à la manière de". Croyez-moi, d’ailleurs je sens que je vais digresser, je pense à une ou deux  autres pépites sans thunes en plus de THE EVOLVED qui ont fait définitivement de la contrainte de budget leurs points forts (Damon Packard dans ses premiers travaux poussait déjà l’emploi des found-fountage jusqu’à leur limite).  Mais  je parle ici de trésors  que je n’ai jamais revus nulle part  et que je n’aurais osé concevoir même dans mes fantasmes cinéphiles les plus innommables...  Tout particulièrement à l’ultime PETIT POW-POW NOEL de Robert Morin : entièrement en caméra portée dans une chambre d’hôpital , la quintessence du récit cathartique (l’ultime rencontre  entre un fils délaissé et son vieux père malade) –à deux balles, c’est le cas de le dire, MAIS ALORS TOUT DU LONG (avec l’accent québequois, puisque c’est québequois)  mais quelle leçon MAGISTRALE de mise-en-scène… !!  Et de foutage de gueule ..On vous lynche maintenant pour ce genre d’exercice de style.. Ou encore le sublime LEFT HEAR de Andrew Wholley: l’histoire d’un type amoureux de sa poupée gonflable et qui n’a rien, je dis bien RIEN, à envier au TREE OF LIFE de Terence Malick. Durant la projo, tout le monde a cru à un défaut de la péloche – c’était un dvd en fait– parce qu'à un moment le réalisateur vous pète l’éventail complet (un par un, tranquille) des effets spéciaux d’un logiciel de montage lambda. Certains spectateurs y ont vu un réchauffement de la lampe où je ne sais quoi, mais oui mais oui, pendant ce temps-là le dit-déballage était collé à une banale scène de rue (et parce que aussi le texte en voix-off était plutôt écrit) avec une telle justesse et une telle sensibilité qu’ on se retrouvait avec dans la face une scène d’une intensité telle qu’on était comme qui dirait quelques-uns à sortir de la salle en rampant. Et ce n’est vraiment qu’un moment de bravoure parmi tant d’autres tellement ce film était d’une densité incroyable... Si jamais quelqu’un (un producteur ou un distributeur) devait exhumer ces perles de festival, s’en serait fini de votre hobby préféré, vous ne pourriez même plus aller dans un festoche de films fantastiques –même pour la déconnade. C’est ça l’effet LUFF, un peu comme quand on vous fait bien écouter du Frank Zappa, généralement après on a les oreilles décrassées à vie, ben là c’est du Zappa pour les yeux .

 

Je digresse je digresse et vous n’y tenez plus, moi non plus, alors THE EVOLVED, bien que d’un tout autre registre, c’est pareil ça rentre dans le tas et n’en a rien à foutre. Mais pas seulement. Troma oblige, les comédiens ont beau être complètement en dehors de toutes les limites du politiquement correct ça ne les empêche pas de patater comme les vrais et donc c’est l’extase. L’histoire vous la connaissez pourtant : une ville, la nuit, deux flics border line (en fait ici carrément déviants ; je ne vois pas d’autres mots) enquêtant sur un banal fait divers ("mais où sont passés tous les clébards de Londres ?" ) finissent par déboucher sur un complot dont les ramifications les dépassent et qui en plus de mettre en danger  leurs propres vies (c’est pas grave je suis parti je continue), menace carrément la sécurité du pays (une chaîne de restauration nationale de grande envergure serait impliquée..). MAIS CE N’EST PAS TOUT, non, oui, car une troisième force agissant dans l’ombre sème ravage et désolation, stupeur et tremblements (cerise sur le gâteau, c’est ce qui m’a fait voir le tout comme une adaptation implicite –au énième degré hein – du fantastique roman de James Ellroy, THE BIG NOWHERE, deuxième volet du "Quatuor de L.A" dont vous connaissez déjà le premier – LE DALIAH NOIR- et le troisième – L.A CONFIDENTIAL ) rajoutez par-dessus une poupée ventriloque alcoolo, un fœtus héroïnomane, une petite photo HD pas dégueulasse et vous obtenez THE EVOLVED (Part 1) que vous pouvez voir en cliquant ici. N’attendez plus pour découvrir ce joyau précieux (….you should be naked you know.)

 

 

 

Nonobstant 2000.

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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