PREDATORS de Nimrod Antal (USA 2010) : La septième compagnie au clair des lunes

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

brody devo

[Photo: "Mon Espoir S'appelle Intégrité" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

 

 

 

Décidément c’est l’été des films de monstres ! (meilleure phrase d’intro de tout les temps : actualité, culture, sentiment général en enfin opinion comme estoquade finale, jeunes journalistes prenez en de la graine) Après l’excellent SPLICE, revoilà les Yannick Noah de l’espace qui s’offrent un retour en fanfare  puisque le film est signé Nimrod Antal, auteur de films plutôt intéressants jusque là (KONTROLL et MOTEL), et produit par Robert ”mariachi” Rodriguez qu’on ne présente plus. Le film PREDATOR c’était quand même quelque chose à l’époque, grosse machinerie bourrinasse comme en fait plus dans nos années 2000, avec des vrais hommes qui sentent sous les bras et des vannes bien senties entre camarades du même sexe partageant les mêmes opinions sur la morale et sur le monde. Une belle bande de penseur en somme, menée par un Schwarzy au top de sa forme physique et dans son poids optimal, des muscles a en faire peter le scope d’un McTiernan ne tapinant pas encore habillé en femme à la sortie des studios universal. Ambiance club de gym pour homme : parfait pour dératiser la jungle entre potes au son des mitrailleuses lourdes, le cigare à la bouche. Deuxième point commun avec SPLICE, c’est encore Brody qui s’y colle, et dans le rôle du yakayo de service en plus, tête brûlée commando parachuté dans un endroit inconnu avec une bande de militaires supra entraînés balancés eux aussi en pleine jungle sans savoir pourquoi.

 

 

 

Ça commence de très jolie manière, par une longue chute se terminant par un atterrissage brutal en pleine jungle. C’est tout. Pas d’autres explications quand aux raisons de ces parachutages : il y a 8 gars, une forêt et une femme ninja, tous sont militaires sauf la forêt et le médecin, personne ne sait pourquoi ils sont là. Les militaires viennent tous d’un pays différent, à l’oeuvre dans des conflits différents. Très vite ils s'aperçoivent qu’ils sont l’objet d’une chasse à l’homme...

 



Loin d’être un remake du premier film (je dis ça mais j’en sais rien, je me souviens plus du premier) PREDATORS ressemble d’avantage aux CHASSES DU COMTE ZAROFF : une course dans la jungle, des humains traqués par des prédateurs dont ils ignorent tout, derechef sur une planète inconnue et qui devront faire avec leurs semblables inconnus pour espérer s’en sortir. Entre deux fusillades dans les bois, les militaires traqués peuvent ainsi découvrir leurs histoires respectives et parler littérature pendant les bivouacs (Hemingway semble être très apprécié). Oui ça fait un peu club de rando, mais très vite les premiers morts vont venir clairsemer les rangs de nos amateurs de belles lettres, et c’est au prix du sang des leurs qu’ils apprendront avec effroi ce qu’il se trame vraiment sur cette planète (et qu’Hemingway n’avait pas totalement tort !).  Aventure humaine, conte philosophique et introspection métaphysique au coeur de la bestiale condition humaine ? Pas vraiment en fait, même si les protagonistes du film se font beaucoup de soucis à propos de l’affaire bête en cours...

 

 

Comme je l’ai dit plus haut, le début du film est très bien, très direct, on est mis tout de suite au parfum. Le montage est plutôt surprenant et la mise en scène y va franc du collier. Pas d’artifices épileptiques comme tout les petits malins qui comblent leurs absence de talent par des images rapides et des flash trépidants, c’est du carré à hauteur d’homme. Pourtant en avançant dans le film quelque chose se met très vite à clocher : le cadre est quasi fermé, il y a énormément de gros plans pas vraiment jolis (visage sur la gauche ou la droite laissant une grande place à un arrière plan flouté), la caméra ne s'élève jamais, ne prend que très rarement du recul et les perspectives de fuites dans la composition des plans sont inexistantes. En fait c’est très simple : le film doit se dérouler dans 3 décors différents pendant presque deux heures ! On bouffe de la jungle tout le temps, ça devient très vite oppressant. Pareil dans les scènes en intérieur, les décors sont tout le temps similaires. Il faut pas être claustrophobe quoi ! Et bizarrement, ça marche plutôt bien : le film est quasiment un huis clos, presque théâtral (beaucoup de dialogue mine de rien, unité de temps et de lieu, trois actes) dont le spectateur connaît dès le début tout les protagonistes (sauf un, mais on s’en fout) ce qui donne au final un étrange sentiment d’absurdité à tout ça. Qu’est que se passe vraiment ? Quel est le vrai enjeux du film ? Qui est chassé ? Le rapport chasseur/chassé change tout le temps pendant le film, chacun se cherche à tour de rôle, comme un jeu. Et la fin enfonce le clou : c’est peut être un jeu, le seul, le plus grand des jeux. Et là on touche à un truc plutôt beau, très nihiliste, très noir. Je met un paragraphe tout neuf pour l’occasion.

 


“Celui qui se fait bête se débarrasse de la douleur d'être homme.” à dit un jour Hunter S Thompson, sûrement après une descente de coke. Ben oui, c’est ca : Brody, même si il fait la gueule un peu au début est super content d’être là, c’est sûrement le plus grand truc de sa vie de devoir endosser la responsabilité de représenter l'espèce humaine dans ce jeu, et il y prend beaucoup de plaisir. En un sens, si on s’attache à la toute fin, on pourrait presque comprendre que tuer fait la grandeur de l’homme. L’homme n’est jamais plus intelligent et doué que pour détruire ou tuer. Il ne s’agit plus de survie : la plupart des personnages préfèrent se suicider ou se sacrifier plutôt que d’échouer. Le japonais par exemple, dans une scène un peu ridicule, mais aussi le russe, la fille, etc... C’est l’honneur qui est en cause, c’est tout a fait différent de la survie. La survie c’est un peu triste, c’est pas ce à quoi on aspire. Une fois que Brody à battu le monstre, il n’y a plus d’amour (la aussi c’est un peu kitsch), l’orgasme était presque pendant le corps à corps avec l’ennemi. Cette planète, c’est ni l’enfer, ni le purgatoire : c’est la vie. On se retrouve parachuté dans un monde qu’on ne comprends pas, et où on doit trouver nous même nos alliés pour subsister. Et là toute cette mise en scène fermée prend un sens : le monde nous étouffe. On se raccroche à des visages familiers pour se rassurer oublier qu’on est de la viande, et que le monstre, l’ennemi, c’est la même viande que nous. La mise en scène se rapproche de ces hommes, parce que c’est la seule chose qui leur soit possible de faire : se rapprocher pour lutter face à un danger immense. La société est une nécessité face à l’adversité. PREDATORS c’est une emission de KOH LANTAH où les perdants sont exécutés, ce qui ne change pas l’enjeu final : faire sortir la bête humaine pour donner un aperçu du coté résolument atavique de l’Homme.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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