incoming devo

[Photo: "Redaction" par Dr Devo, d'aprés une photo du film INCOMING FRESHMEN.]

 

 

 

 

 

 

 

Je sais les temps sont durs, nous vivons des heures sombres et il n'est plus possible de se voiler la face. Et pourtant, c'est bien ce que tout le monde fait. Toi aussi, tu as fantasmé à la lecture des articles de la presse spécialisée relatant le chemin de croix de David Lynch dans sa cave, peaufinant ERASERHEARD sans relâche, tu as pleuré de joie en voyant Johnny Depp avec moustache dans le ED WOOD de Tim Burton tandis que celui-ci s'extasiait devant un stock de pellicules non-utilisées par les studios. Et quand Lars Von Trier a initié son mouvement Dogme, tu as vu les portes du nouveau siècle s'ouvrir devant toi, et si tu es toujours là, tu les a vu également se refermer. La liberté d'expression on la connaît. Quand aux possibilités d'expression artistique, n'en parlons que très vite, ce ne sont même plus les producteurs qui font les films, ce sont les distributeurs (allons les enfants soyez sage, il y a quand-même moyen de dire ce que vous voulez dire autrement, pourquoi tous les héros de votre film ne seraient-ils pas des héroines et elles finiraient par se battre nues dans la boue ? -aaargh, je viens de me spolier moi-même, c'était le final de mon script LA MAMAN ET LA PUTAIN 2 , la peste soit de ma distraction...), et autour de toi l'étau se reserre, tout ça tu ne peux pas vraiment en parler: tes potes sont là pour gober des petits fours et tu te surprends à dire que le dernier Fred Cavayé, ou Lou Doillon, ou Sofia Coppola, est ''un film ambitieux'', et puis la seconde d'après tu t'en veux à toi-même pour le restant de la soirée.L'espace d'un instant tu es passé de l'autre côté. Oh bien sûr peut-être personne n'a remarqué, car tu donnes le change, car tu souris comme tout le monde à l'évocation du dernier Beigbeder qui porte tellement bien son titre, et personne ne se rend compte de rien, mais en toi-même tu penses à Julio Cortazar qui citait Simone de Beauvoir :

 

''Ah combien il était difficile en ces temps-là d'être jeune''

 

...maintenant tu sais pour toujours à quelle inhumanité le besoin d'appartenance peut pousser (d'ailleurs tiens puisque c'est ça, à mort l'arbitre).... Mais que celui qui a lu la description d'un tableau d'André Masson par Antonin Artaud ( in. L'OMBILIC DES LIMBES) dans lequel il voyait un film absolu, que celui-là te jette la première pierre. En résumé, tu ne mourras pas lapidé ce soir, re-sers toi donc comme tout le monde pour dire au revoir, car nous, nous te laisserons pas tomber, et tu es attendu ici, pour l'after.

 

 

Damon Packard est né en 1967, chez nous en Amérique, il commence à réaliser ses propres films à l'âge de 11 ans et son idole est Steven Spielberg. Il continuera dans cette voie pendant son adolescence et même après, non sans avoir travaillé chez Georges Lucas en tant qu'ingénieur du son. Je ne pense pas que ses positions vis-à-vis de l'industrie soient dûes uniquement à cette période, mais pour avoir vue cette dernière fonctionner de l'intérieur, Packard en est revenu et n'hesite pas en parler et encore moins à la mettre en scène sans concession, et c'est même peu dire qu'en matière de parodie Packard est devenu en réalité quasi-institutionnel : ''A partir de 1983, l'industrie n'a plus cessée de se cannibaliser elle-même'' (dixit). Recyclage des histoires, des icônes, triple remakes et hommages à profusion, avec essorage tous les dix ans, pour les petits nouveaux, et mode d'emploi pour rentrer dans le rang. En 1988 il fait une entrée fracassante dans le circuit de la communauté alternative avec son DAWN OF AN EVIL MILLENIUM, réalisé avec un budget minimal. En vivant dans des tentes ou dans sa voiture il poursuit vaille que vaille sa vocation et réalise APPLE en 1992 et THE EARLY 70's HORROR TRAILER en 1999, dans lequel vous trouverez, au détour d'une fausse bande-annonce, le pitch vingt ans avant de la série LOST, hop, comme ça, pofpofpof. En 2003, il signe THE UNTITLED STAR WARS MOCKUMENTARY,qui comme son nom, en 2007 il enchaîne avec SPACE DISCO ONE et il achève en 2009 une adaption live de NAUSICAA DE LA VALLEE DES VENTS d'après le manga de Miyazaki. Mais je souhaiterais parler ici plutôt de son REFLECTIONS OF EVIL datant de 2002, pour lequel j'ai un véritable faible particulièrement non-objectif, et ce à beaucoup de niveaux. Suite à un héritage, et vivant toujours dans des conditions précaires, Packard investit tout son argent dans la réalisation de son nouveau projet, dont il fera 23 000 copies DVD qu'il distribuera partout, gratuitement, y compris aux studios et aux célébrités qu'il pourra approcher -et il compilera d'ailleurs l'ensemble de leurs réactions sur son site Internet, le film étant par ailleurs loin de faire l'unanimité, et des personnalités comme Oliver Stone ou James Belushi ne mâcheront pas leurs termes. Oui mais, le film est encore à ce jour considéré comme une référence en matière de production indépendante, Damon Packard est devenu l'archétype de l'artiste underground presque au même titre que Kenneth Anger en son temps, sans être pour autant reconnu du grand public plus que ça toutefois.

 

Un faible non-objectif vous disais-je, car REFLECTIONS OF EVIL constitue ma première incursion dans l'univers de Damon Packard dont les trésors d'inventivité malgré le peu de moyens sont devenus une source d'inspiration continuelle depuis. Ici LES CONTES DE LA FOLIE ORDINAIREde Bukowski se téléscopent avec LE CAUCHEMARD CLIMATISE d'Henry Miller dans un déluge extatique d'adrénaline pure, perpétuellement au bord de l'implosion; assurément tout ce que Robert Aldrich n'a pas pu montrer dans L'EMPEREUR DU NORD -et qu'on est pas prêt de voir non plus dans un film de studio avant longtemps- se retrouve transposé ici dans la vie de tous les jours (et non sans rappeller également le terrain de jeu du STREET TRASH de Jim Muro) à travers les déambulations du personnage incarné par Damon Packard lui-même, véritable Quasimodo ou Caliban des Temps Modernes, décérébré par une société aliénante qui n'offre comme compensation que la consommation à outrance, ne serait-ce que pour pouvoir la supporter, ce qui ne fait qu'aliéner l'individu encore plus. Vous ne le saviez pas en arrivant, mais vous venez de mettre un pied dans l'oeil du cyclone, grâce à une distanciation abrasive des schémas narratifs habituels, Packard multiplie les trucages, les déformations, les sur-impressions, les solarisations, sans compter le travail sur le son, et confronte impitoyablement l'industrie du divertissement à ses propres démons: le spectacularisme de bon ton Spielbergien (période où l'un de ses techniciens se fait décapiter par un hélicoptère, incident qui failli lui coûter sa carrière et que Packard caricature sans ménagement) dont les coulisses ressemblent à l'anti-chambre du Minotaure, dans un trip sur-psychédélique où l'Esméralda de Packard entrevoit son propre futur, et d'où surnage le spectre du Vietnam ainsi que l'illusion hippie. Et c'est bel et bien pour son intransigeance, car on retrouve dans le film une volonté de dire qui vient à bout de tous les obstacles et de toutes les conventions, que REFLECTIONS OF EVIL est l'un des films les plus importants de ce début de siècle. La critique sociale a généralement besoin d'un cadre, et le fantastique s'y prête généralement très bien, mais rarement elle n'aura été aussi frontale. Entre-temps -ou bien depuis, comme le dit si bien Peter Greenaway, the cinema is dead.

 

 

 

I think the point where things went wrong started when we shifted from the 70's into the 80's (a dramatic shift) but I would point to the late 80's as the phase we never really left. The recycling of play it safe idea's just increased as time moved on. A part of me feels like we've reached a brick wall with nowhere left to go other than our own deluded interpretations. The inspiring era of breaking new ground and risk-taking is long gone. People kid themselves that there are always possibilities, new frontiers to reach and boundaries to break. Not so. And even if so, the control structures are in a beyond play it safe mode now before it all crumbles anyway. Our only hope are anomalous random miracles. I can't help to feel we're just killing time before the ship sinks completely.

 

Damon Packard.

 

 

 

 

P.S : son prochain film ''FOXFUR'' est annoncé pour cette année et vous pourrez en savoir un peu plus ici : http://rockethub.com/projects/767-message-from-the-pleiades-aka-foxfur, et pour ceux qui n'ont peur de rien, je recommande instamment cet autre lien: http://www.lederniercri.org.

 

 

 

Nonobstant2000.

 

 

 

 

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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 13:10

Publié dans : Corpus Analogia
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