SADIQUE MASTER VIRTUAL FESTIVAL - épisode 2 : Mala Vida

Publié le par Nonobstant2000

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[Photo: "...Once Again With Feelings (d'aprés Emile Cioran)" par Dr Devo et Nonobstant2000.]

 

 

 

 

 

Aujourd'hui j'ai mangé du tiramitsu avec mes pieds, fait pipi dans le lavabo, vomi dans la penderie, déféqué sur la télévision et j'ai crié pour qu'elle revienne...>>>> bienvenue pour cette première séance du Sadique Master Virtual Festival (festival en ligne qui se déroule actuellement) placée sous le signe de la thématique du double, de la filliation, de la fusion avec le Moi Idéalisé jusqu'aux portes de la Folie.

 

 

FOUND de Scott Schrimer (USA-2012)

 

Adapté d'une nouvelle courte de Todd Ringney malheureusement encore indisponible en vf, le film de Scott Schrimer se situerait à un carrefour où le PARENTS de Bob Balaban et le BRUISER de Georges Romero se seraient mutuellement refusés la priorité, pour vous dire l'ampleur des dégâts sur le siège passager. FOUND se situe à l'intersection parfaite des deux références monstrueuses précédemment citées, entre l'asphyxiante pesanteur des non-dits de la violence domestique au sein de la structure familliale du premier, et la nécessité de sortir de soi pour se faire parfois justice soi-même, "l'agressivité nécessaire" à la survie dans notre belle société contemporaine du second, le tout à travers le prisme de l'enfance et de la contre-culture. Un conte iniatique sur le passage à l'âge du headfuck, mais après tout il faut vivre avec son temps.


Le film nous jette dans le bain dès l'ouverture : Marty, 12 ans, a découvert que son grand-frère était un psychopathe sanguinaire en empruntant par erreur son sac de bowling, à l'intérierieur duquel il trouve une tête humaine. Par affection pour celui-ci -qui malgré des conflits constants avec leurs parents et une personnalité plutôt rude au premier abord, ne cesse jamais de rester bienveillant vis-à-vis de lui-, Marty ne trahit pas son secret. Il se surprend même à regarder dans le sac de temps à autre pour se tenir au courant de ses exactions, moitié par découverte et curiosité malsaine entre-mêlées et moitié à la recherche d'un vestige dernier d'humanité dans le modèle auquel il voudrait tant ressembler mais qu'il ne comprend plus. Tout bascule quand ce dernier découvre que Marty est au courant pour son "petit secret". Et tout bascule peut-être encore un peu plus quand les problèmes à l'école de celui-ci finissent par devenir un peu envahissants et qu'il en fait la confidence à son aîné.

 

Tout en posant son contexte, le réalisateur enchaîne littéralement les déclarations d'amour aux films de genre et à la contre-culture : de ces fieffés comic-books qui en plus de générer des occupations créatives et de nous fournir des suppléments de vocabulaire nous permettent d'endurer l'ouverture d'esprit qui sévit dans les cours de récréation, des films grindhouse avec leurs monstres en caoutchouc (les extraits de films dans le film que nous pourront apercevoir sont assez irrésistibles) à l'univers fluo des trains fantômes allègrement repris par Tim Burton et Rob Zombie – sans oublier, last but not least et ça a le mérite d'être signalé, un levé de chapeau en direction du Maestro, Clive Barker. A partir du moment où il découvre un slasher disparu du vidéo-club du coin dans la chambre de son frère, Marty – et nous avec – entre dans un univers radicalement différent que le réalisateur nous assène en pleine poire, et pas seulement à l'aide de son seul contenu.

 

Je l'ai dit, j'aborde le registre en profane, en tant que moi, Nonobstant, un individu comme les autres, avec un petit cœur qui bat et aussi ses propres doutes, ainsi j'ai été tiraillé entre plusieurs interprétations : est-ce que le film extrême ne serait pas en train de se fabriquer son panthéon, ses propres lettres de noblesse, dans une approche de ré-appropriation comme Christophe Gans a pu le dire à propos du cinéma américain et des productions hong-kongaises dans le KILL BILL de Quentin Tarentino, en passant ici par le prétexte du récit initiatique ? Je parlais d'installation deux paragraphes plus haut et on remarque en effet que la mise-en-scène demeure très didactique, alternant habilement, il est vrai, entre plans moyens et plans serrés uniquement. Les seules réelles ouvertures ont lieu dans le cadre de la séquence hardcore, le slasher mystérieux, autre film dans le film, avec des mouvements de caméra portée et quelques vues en plan lointain. Non pas que le début et la fin ne contiennent pas quelques plans en extérieur, mais cette scène centrale qui nous conduit aux limites du soutenable semble être la seule dotée de respirations, avec ses contre-jours et ses mouvements aériens, et c'est plutôt déstabilisant. On s'en rend un peu plus compte quand le film continue par la suite de se refermer sur lui-même pour nous conduire à son final proprement apocalyptique, et qui contribue à faire du FOUND de Schrimer  un peu plus qu'une scène-gore-avec-un-peu-d'histoire-autour.

 

 

WAKEY WAKEY (Australie-2012) de Adrian Goodman

 

..mon outsider tant attendu au vu du trailer, avec son noir-et-blanc et ses deux nymphettes renvoyant aux premiers courts-métrages frappadingues de Richard Kern du temps où il oeuvrait sous influence avec ses acolytes Nick Z et (spasme/craquage de pantalon/spasme) Lydia Lunch, l'histoire de la relation semi-fusionnelle semi-répulsive entre deux demi-soeurs dont une est narcoleptique (elle se ballade tout le temps avec un casque à moto, c'est juste excellent, et bien pratique pour quand on tombe dans l'escalier quoi qu'on en dise), tandis que l'autre n'en finit pas d'abuser de la situation. A nouveau les références se mettent à tourner au plafond (je comprends pas, c'est maman et papa qui ont fait la déco pourtant) entre le MY OWN PRIVATE IDAHO de Gus Van Sant, qui on peut le dire , a un peu brûlé la route en ce qui concerne la narcolepsie -ou disons, le rapport intermittent au monde – et le MEMENTO de Christopher Nolan, où le héros suite à un accident a perdu la faculté de mémoriser les choses sur le long-terme et moultes personnages autour de lui viennent modifier sa perception du passé selon leurs intérêts. C'est également le cas ici .

 

Bon cadre, mise-en-scène inspirée qui se renouvelle intelligemment selon les différentes scènettes, tantôt plus sensorielle, plus immersive, ici stroboscopique, etc.. mais un peu trop sage tout de même. C'est un moyen-métrage, et c'est vraiment regrettable car on en aurait voulu plus, bien plus, d'autant que le réalisateur semble définitivement en avoir sous le pied. Mais on peut également rétorquer que Goodman a su prendre le temps nécessaire au déroulement de son propos, sans lourdeur superflues ni emphases, et c'est aussi ça "raconter une histoire", c'est savoir s'arrêter à temps. Et donc on ne peut pas complètement lui en vouloir.

 

Nonobstant2000.

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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