SADIQUE MASTER VIRTUAL FESTIVAL - épisode 1 : Ouverture

Publié le par Nonobstant2000

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[Photo: "...extrait de l'émission L'AILE OU LA CUISSE, présentée par Francis Ponge" par Dr Devo et Nonobstant2000.]

 

 

 

..ça y est, mon heure de gloire est enfin arrivée, grâce à Matière Focale et au Sadique Master Virtual Festival (festival en ligne, rappelons-le), moi aussi je vais pouvoir faire le chroniqueur fou, moi qui ne suis jamais allé à Cannes, et vous raconter comment j'ai failli me faire enlever par des extra-terrestres, épouser Scarlett Johanson, ou bien encore vous fournir l'intégralité dans le menu détail de mes courses du jour au super-marché , tout ça avant de retrouver mon canapé confortable en temps et en heure et partir à l'aventure vers de nouvelles sphères cinématographiques. This is here, this is now ..

 

 

 

ART/CRIME, documentaire de Frédérick Maheux (Canada-2011)

 

En 2009, le maquilleur et créateur d'effets spéciaux québécois Rémy Couture est arrêté à Montréal dans des circonstances tout à fait gestapistes au regard d'une plainte portée contre certaines scènes présentées sur son site INNER DEPRAVITY. Celui-ci, créé en 2003 permet à l'artiste de présenter des démos de son travail et s'avère bien entendu réservé à un public averti : l'artiste mettant en effet en scène des reconstitutions d'autopsies, de suicides et de mises-à-morts, centrées autour d'un personnage récurrent de tueur obsessionnel. Couture aurait attiré l'attention sur lui spécifiquement à cause du fait qu'un mineur faisait partie du casting (le fils d' une modèle) d'un de ses films, et accusé illico de corruption des mœurs.


Avec des invités aussi prestigieux que Robert Morin (j'avais parlé de son sublimissime PETIT POW-POW ! NOEL: cliquez ici) ou encore Nacho Cerdà, auteur du court-métrage culte AFTERMATH -que Rémy Couture définit par ailleurs comme une influence déterminante- le réalisateur Frédérick Maheux questionne donc le statut de la violence graphique aujourd'hui. Le fond tout d'abord, et on voit tout de suite l'importance de la question du contexte narratif, avec des parallèles vers des films tels que FRONTIERES ou HOSTEL pour aider à situer le pourtour de ce qui est toléré ou ne l'est pas. La forme elle, restera l'éternel malentendu puisque l'on lui reproche justement de manquer de fond. Certes, le travail de Rémy Couture peut certainement mettre mal à l'aise, dans son rapport relativement fétichiste avec l' organique. On y trouve une certaine « complaisance » (renvoyant même à un statut de « consommation ») dans le contact avec les fluides, les plaies ouvertes, bref un rapport prononcé avec la matière (j'avais prévu la bassine, mais ça reste supportable) qui n'est absolument pas pour tous les goûts (mais inhérents au genre depuis les premiers films de H.G Lewis, quand-même) et qui font passer immanquablement à la trappe l'aspect cathartique du registre. Un peu comme les méchants dans les films qui, pendant un temps, furent bien plus intéressants que les héros. Les productions extrêmes, comme toutes fictions (je pense tout particulièrement aux mangas et anime horrifiques) sont conçues pour canaliser certaines pulsions dans une démarche de retour et d'acceptation de la réalité -et comme d'ailleurs le précise Rémy Couture à propos du protagoniste de INNER DEPRAVITY : celui-ci s'avère absolument dans une relation de respect et d'honoration de ses victimes, et c'est absolument visible ! - sauf que ce n'est pas ce que l'on voit en premier, ou disons, ce que l'on ne s'autorise pas à voir en premier. Pourtant dès lors nous sommes dans un registre tout autre, celui de la sublimation.

 

Je reste convaincu que si les puristes du genre prenaient absolument la peine de re-contextualiser un brin la violence qu'ils dépeignent, ils s'éviteraient beaucoup de déboires d'avec les comités de censures  (puisque de toutes façons il y en a, tout en gardant à l'esprit que l'on ne tombe pas sur ce genre d’œuvres par hasard -si on doit considérer l'impact sur l'audience et bien évidemment la responsabilité qui va avec- et qu' il faudrait quand-même voir à pas trop se tromper de coupables non plus). Du point de vue de la reconstitution graphique de la violence urbaine qui sert de point de départ aux fictions de Couture, je crois qu'il y a là de quoi remettre toutes les pendules à l'heure, reconduire tous les malentendus, car ce qui n'en finit pas de choquer , en plus de la jouissance, reste bien évidemment la gratuité de cette violence. Les deux topics les plus insoutenables qui soit aujourd'hui, et c'est peut-être là-dessus qu'il pourrait être intéressant de réfléchir. D'autres intervenants pensent légitimement que ce serait dénaturer leur message, qui est apparemment de ne pas en avoir (avec la censure, c'est toujours des problèmes de formulation finalement) – et dans un sens, très proche des performistes allemands dans les années 80 – de recracher la barbarie contemporaine soigneusement occultée par les médias, de recracher ce qui la fonde et qui la nourrit dans le même mouvement, sans se justifier pour autant, sans forcément faire le tri parce que y-a-juste-à-regarder-ce-qui -flotte-sur-le-dessus et c'est quand-même pas si compliqué. Nous serions ici dans l'ordre de la contestation absolue, celle de la négation de l'illusion de liberté d'expression (– voir encore une fois les polémiques autour de A SERBIAN FILM ; il n'y a guère que LES 120 JOURS DE SODOME de Pasolini qui a pu résister au temps et à l'érosion) avec le risque de ne pas être forcément compris. Pourtant ça se comprend tout à fait et si on y réfléchit bien, cela soulève même des questions proprement effrayantes : « on ne peut même pas exprimer notre dégoût » car c'est un choix politique, artistique, que de refuser le langage pour montrer ce qui n'en mérite pas.

 

Comme j'ai beaucoup de regard sur ce que j'écris, je m'appelle moi-même à l'oreillette pour me dire que je digresse et je reprends deréchef le fil de ce qui nous occupe : Rémy Couture aura mis cinq ans à se dégager des allégations de production snuff, le verdict a été rendu au début de l'année dernière, et vous pouvez visionner l'épilogue au documentaire. Pour se faire: cliquez ici !  

 

 

Nonobstant2000.

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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