SADIQUE MASTER VIRTUAL FESTIVAL – épisode 3 : Lève-Toi et Tue !

Publié le par Nonobstant2000

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[Photo: "Blame It On the Boogie" par Dr Devo et Nonobstant2000

 

 

 

… nous cumulons ici deux soirées de projections pour atteindre notre pic ascendant de milieu de ce Festival.

Le meilleur est encore à venir mais pour le moment, on est loin d'être déçus.

 

 

LONG PIGS de Nathan Hynes et Chris Power (2007-Canada)

 

Au travers des confessions d'un cannibale d'aujourd'hui, le film nous offre une petite réflexion rigolote sur des sujets aussi variés que l'évolution réelle de nos sociétes contemporaines ou bien encore celle de la nature humaine. Réalisé sur le mode documentaire qui, forcément, en vient immanquablement à rappeler C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS, le film achève cependant de trouver tout à fait ses marques personnelles aussi bien par quelques inserts de spécialistes compétents que grâce à une bifurquation à 90° de sa trame en confrontant notre "héros" à la réalité de ses actes.Je reste persuadé, d'ailleurs tenez je le redis : j'ai l'intime conviction que l'un des piliers du futur du genre horrifique réside absolument dans les états d'âmes relatés de nos amis cannibaux. Ce sont définitivement les plus à-mêmes de parler le mieux du monde d'aujourd'hui et ce qui est intéressant ici, c'est de voir comment le film en termine allègrement avec les clichés psychanalytiques de bazar pour ne conserver que l'angle le plus absurde qui soit (la satisfaction personnelle, la bêtise, la barbarie) et ils ont tôt fait de recontextualiser les délires un peu faciles d' esthètes. Il est établi que nous sommes tous le "porc" de quelqu'un d'autre, mais comme disait Dostoiévsky, "le plus effroyable c'est que chacun a ses propres raisons". Aussi LONG PIGS encourage à réfléchir encore davantage sur le terme et ça, c'est très bien. Sa narration en caméra portée demeure tout à fait lisible, le film n'est absolument pas graphique à l'excès et s'avère au final, tant sur le fond que sur la forme, d'une facture tout à fait honorable.

 

 

 

HATE CRIME (2013- USA) de James Cullen Bressach

Scénario cauchemardesque quasi-archétypal du home-invasion : il se trouve qu'on est une famille juive, on vient d'arriver dans le voisinage, on filme tranquillou l'anniversaire du petit quand des individus armés, cagoulés, avec des croix gammées sur les bras déboulent. Ils sont venus pour rigoler. A leur façon.

Lever de chapeau tout d'abord pour la mise-en-scène, car la caméra familliale sera notre seul témoin, et comme l'ont signalés les autres spectateurs virtuels (que je salue au passage), peu de raccords apparents malgré un rythme effrené. Le film s'accomode parfaitement à la fois des contraintes du support ainsi que de celles de l'unité de lieu, et malgré des mouvements virevoltants, le cadre reste suffisamment soigné pour que l'on glâne ici et là quelques indices qui laissent entrevoir les trucages employés (la culotte de la mère de famille violée, l'obstruction du champ le temps d'enchaîner avec le maquillage, ..) qui viennent apporter une distanciation assez salvatrice au regard de la violence infligée aux personnages. Parce que ça embraye sévère dès le départ.

Quelques scènes étirées un peu en longueur toutefois, où l'on a l'impression que les comédiens cherchent un peu leur texte et meublent comme ils peuvent, comme dans le dernier Ferrara. Mais on s'aperçoit que les agresseurs sont censés être blindés à la meth et on comprend mieux pourquoi ils s'éternisent sur certaines tirades ("rhââh..je suis un nazi..c'est cool d'être un nazi... rhââ-ââa-âââh...") et on finit par être amusé, oui amusé, de les voir devenir régressifs face à un tant soit peu d'adversité. On en vient presque à soupçonner un twist final très "pieds dans le tapis" (un des membres de la famille qui arriverait à glisser entre deux mollestations "..ah mais on est pas juifs nous, c'est les voisins d'à côté..." "- ah zut..pardon monsieur, pardon madame") . Je me suis même surpris à spéculer sur une suite éventuelle, inversée, genre des enfants de rescapés des camps qui viendraient s'en prendre à une famille comprenant d'anciens collabos, et qui après leur méfait s'enfuiraient eux aussi dans l'impunité la plus totale youkaidi youkaida. Mais le final a eu vite fait de me ramener à la réalité nauséabonde du postulat de départ : ceci est bel et bien une histoire vraie, et c'est grâce à la cassette vidéo égarée par mégarde sur un parking que les autorités ont pu coincer les malfaiteurs. Dès lors, le film apparaît comme une sonnette d'alarme supplémentaire à propos du versant d'une réalité, dont nous savons malheureusement trop bien qu'elle existe, en dépit pourtant des efforts insensés de nos institutions dévouées.

 

 

 

 

HER NAME WAS TORMENT (2014 - USA) de Dustin Mills


Today, une jeune fille admise en soins psychiatriques. Le visage mutilé, elle serait coupable de meurtres et tortures sur 27 personnes. Léger penchant pour la nécrophilie à considérer , état de schizophrénie plutôt avancé. Les médecins tentent de comprendre.

Toutes les couleurs de l'expérimental pour ce moyen-métrage qui a remporté la plupart des suffrages auprès des autres spectateurs : passages noir et blanc/couleurs alternés, distortions de l'image, son abrasif..pour des cadrages fixes, un peu sages lors des séquences-chocs mais il faut peut-être y voir une contrainte scénaristique : notre héroïne aurait "une mission" (d'échantillonage de quelques parties du corps qu'elle prélève à ses victimes, guidée par la voix des "anges") et la séquence post-générique nous dit qu'une ou plusieurs suites seraient à prévoir. Une dernière séance d'interrogatoire à propos d'un corps qui n'aurait pas été retrouvé, la mention d'une sœur qui l'aurait aidée et pour seul indice le mot "Agony" en insert.

 

Plein de bonnes idées donc: un amour transcendental malgré l'horreur des apparences, des scènes d'interrogatoire psychiatriques magnifiquements composées (une pastille qui floute le visage, le compteur qui défile) et un postulat qui pourrait donner un diptyque (peut-être plus) des plus intéressants. Même si je pressens un motus operandi à la RESURRECTION, de Russell Mulcahy (avec Christophe Lambert, absolument – 1999 même), à savoir reconstituer le Corps du Christ (d'où le rapport fiévreux nécrophile avec le squelette, sur lequel on grefferait les prélèvements effectuées sur les différentes victimes en fonction de certains critères encore à définir, mais au travers duquel il faut voir une belle réflexion sur l'Amour Absolu, Idéalisé : redonner corps à celui qui est mort pour nos péchés par amour, comme un prêté pour un rendu). Et bien si le réalisateur pousse ses expérimentations visuelles et affine son propos (peut-être que je me trompe, en tout cas je suis curieux) ça pourrait donner quelque chose de fichtrement solide à la fin du tableau.

 

 

 

THEORIE DE LA RELIGION (2010- Canada) de Frédérick Maheux 

Un homme. Un fer à souder. Un pied de biche. Un hâchoir. Une poupée. Une multitude de possibilités.

 

D'un point de vue formel, nous avons ici tout ce qui manquait (c'est personnel encore une fois) au film précédent: du fait de la caméra portée, la proximité , et avec ça, l'autarcie mentale, la frénésie, la transe. Hasard de la programmation (mais j'en doute) le film, empruntant son titre à Georges Bataille ("Je te retire, victime, du monde où tu étais et ne pouvais qu’être réduite à l’état d’une chose, ayant un sens extérieur à ta nature intime. Je te rappelle à l’intimité du monde divin, de l’immanence profonde de tout ce qui est.") poursuit le propos entamé par HER NAME WAS TORMENT, à savoir la théorie la plus contemporaine et la plus moderne qui soit : redonner son Sens à la Parole, incarner les Archétypes, les absolus auxquelles nous croyons. Ils ne survivront pas tout seuls. Ici, le processus de libération est un processus de destruction , un exorcisme (dans la confrontation avec des images pornographiques) pour ramener le Corps à sa fonction première, le purger de son détournement à des fins masturbatoires, avilisantes, afin de pouvoir renouer avec le sens réel de la Célébration, et avec lui de la Célébration De La Vie.

 

 

Nonobstant2000.

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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