SCOTT PILGRIM de Edgar Wright (USA-2010): Moins que Coca Zéro.

Publié le par Norman Bates

 

 

halbermenschdevo

[Photo : "Je n'en reste pas moins..." par Dr Devo.]

 

Scott Pilgrim sort avec une fille du lycée, joue de la basse dans un groupe de rock indépendant, rencontre une fille aux cheveux bleus, joue dans un tournoi de musique, suit la fille aux cheveux bleus, la fille à des cheveux rouges, sa copine n’est pas vraiment sa copine, les mots bleus ne rendent plus amoureux, Scott Pilgrim est amoureux de la fille aux cheveux rouges, Scott Pilgrim se fait attaquer par un indien, l’indien est un "ex" de la fille aux cheveux mauves, Scott Pilgrim joue à un jeux vidéo, Scott Pilgrim rêve, le colocataire de Scott Pilgrim est gay, Scott Pilgrim à trois colocataires, Scott Pilgrim se réveille, Scott Pilgrim à encore six ex (durs les ex) à battre, la fille asiatique à maintenant les cheveux bleus, bleus les cheveux sa copine asiatique a, Scott Pilgrim est sorti avec la batteuse de son groupe (qui a des cheveux roux) au lycée, Scott Pilgrim pense que la différence d'âge n’est pas un obstacle, Scott Pilgrim danse, la fille aux cheveux verts est dans les rêves de Scott Pilgrim, Scott Pilgrim réussit à se sortir d’un rendez-vous raté par une porte de sortie, un des ex de la nouvelle amoureuse de Scott Pilgrim (celle aux cheveux violets) est Jason Schwartzman, Jason Schwartzman est le producteur de l’ancien groupe de l’ex de Scott Pilgrim, l’ex de Scott Pilgrim veut se venger de Scott Pilgrim, Scott Pilgrim est insignifiant (il joue de la basse), Scott Pilgrim ne boit que du Coca Zero, Scott toujours, Jason Schwartzman est à la tête de la Ligue ou de la Guilde (il ne sait plus), Jason Schwartzman veut reconquérir la fille aux cheveux verts, le groupe de Scott Pilgrim gagne la finale, Scott Pilgrim gagne 7000 points et meurt, il reste une vie à Scott Pilgrim, il reste la confiance en soi à Scott Pilgrim, il reste l’amour à Scott Pilgrim, il reste du monde aux portes de l’amour, mort Schwartzman reste aux portes du mondes, game over, le colocataire de Scott Pilgrim est gay, la fille asiatique renonce à l’Amour, le rock indépendant triomphe, Scott Pilgrim pense que le factuel n’est pas inhérent à l’amour et que seuls les sentiments triomphent, Scott Pilgrim déclare que son score est Zéro.

 

 

Moi j’aime bien le début, la première demi heure qui part un peu dans tout les sens (aide : cette phrase ne veut rien dire), avec ce montage un peu foufou qui passe sans arrêt du coq à l'âne, de manière certes ultr- iconoclaste (ça fait un peu pupub quoi) mais avec des points de montages assez précis et des axes qui se répondent plutôt agréablement (y’a des raccords formels imppecab’). On se dit que bon, l’humour absurde et cette mise en scène qu’on pouvait déjà retrouver dans la série du gars Wright (SPACED) c’est plutôt des bonnes choses, des choses qu’on aime. Pourtant on sent bien que le rythme effréné du film ne va tarder à devenir franchement pénible, les plans de deux secondes se succédant sans interruptions au service d’une narration trépidante et fourmillante qui malheureusement souffre de fait d’un gros problèmes de rythme (puisqu’il n’y en a pas). Et au bout d’une heure, c’est foutu, le film est devenu un maelström de références geeks, voire nerds, assez effrayantes, le film devenant une sorte de compilation de jeux vidéos des années 80 esthétiquement ultra kitsch baignant dans une mare d’images de synthèses-comics frelatée. Le geek nostalgique de l’époque pourra s’écrier à chaque plan “tiens, j’ai joué a ça petit”, car les références au jeu vidéo sont omniprésente dans l’image comme dans le son, si bien qu’un mec qui n’a pas passé les vingt cinq dernières années de sa vie devant une console risque d’être bien vite perdu. Alors oui, on pourrait penser que c’est une sorte de pop art faisandé un peu comme dans SPEED RACER, sauf que contrairement à ce dernier, le propos est lui aussi infesté de culture vidéoludique, sans jamais être exploité autrement que pour le “fun”: pour sortir avec une meuf, le héros doit se fighter ses ex un par un dans une arène différente. Ouais c’est du jeu vidéo appliqué à la vraie vie, sauf qu’à la fin il gagne et se tape la meuf (SPOIL !) : tout ca pour ca ? Le film aurait pu être un jeu vidéo, donc par définition ne peut pas être du cinéma. Il n’y a pas de pont entre les deux médias, ce qui rend le film vain et assez débile si on prend le temps d’y réfléchir. La mise en scène qui pourtant partait d’une excellente base en voulant confronter l’interactif à un format linéaire (la pellicule) se retrouve dans l’illustration pure et simple. Donc pas de recul, pas de distance, et donc pas de poésie ni de cassure. Le truc se déroule jusqu’a la fin sans conséquence. Ce n’est pas un film, c’est un produit dérivé ou un goodies pour fan de jeux vidéo. Et puis il y a cette palette estampillée film indépendant qui devient franchement insupportable dans le ciné américain, Michael Cera, et aussi Jason Schwartzman au casting, mais aussi le rock gentillet de mecs en pull over, les actrices enlaidies pour faire plus vraies, le brossage du spectateur dans le sens du poil, tout ça sent le truc aseptisé qui plaira au spectateur trentenaire de Sundance.

 

Et pourtant on avait envie de l’aimer cette fille qui n’a pas la moindre trace de cynisme dans les sourires, qui sait rester digne malgré ses faiblesses, conserver sa droiture et son mystère. Il y a du charme dans ces amourettes de lycée qu’on a tous vécus, dans ces instants trop mièvres ou trop naïfs, dans nos cheveux victimes des désirs contrariés et contradictoires, dans la successions d’émotions qui font que l’amour est un danger. Pas un jeu vidéo. Et ce qu’il en est pour l’amour il en va de même pour l’art : la musique, c’est pas Guitar Hero ! A vouloir ériger cette sous-culture vidéoludique en art, Wright oublie que l’essentiel d’un jeu est le mécanisme situé entre le canapé et la manette, le cerveau donc, l’imagination et la sensibilité sont le siège du désir. Avachis sur un canapé devant une pute à gros seins ou avec une guitare en plastique, le plaisir reste masturbatoire. Au lieu de faire un grand film en forme de cyber conscience pour une génération qui voit la vie sur écran plat, Wright leur prête sa main pour les branler. On est en droit d’être déçu.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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raskolnikov36 23/11/2010 09:58



La dernière phrase de l'article est sublime (et totalement vraie!)



sigismund 22/11/2010 16:00



j'entends tout à fait, j'ai lu une interview du réal dans le dernier 'Mad Movies' et il dit qu'il est très content de ce qu'il a fait...ce qui me gêne le plus , et ce n'est pas adressé contre
vous j'espère que nous nous comprenons, c'est qu'il dit- et les journaleux aussi- préçisément avoir abouti ce que vous décrivez comme manquant et raté...


je vais devoir me faire ma propre opinion, et ça n'est pas le problème, le problème ce serait plutôt 'Mad Movies'...



Norman Bates 22/11/2010 14:30


Cher Sigismund, je ne pretends pas parler à la place du réal, ni dire ce qu'il faut penser d'un film. C'est comme ca que j'ai ressenti le film, peut être que vous en aurez une vision différente...
Après concernant le Monde, je ne sais pas si il va plus mal qu'avant, mais ce film me parait assez symptomatique d'une certaine génération qui a supplantée toute culture sur l'autel du loisir, et
qui confond les deux jusqu'a parler d'art a propos d'un jeu, et inversement. Pourtant le sujet est extrement interessant dès lors qu'on prend le "jeu" comme un echappatoire à une norme, au même
titre qu'une oeuvre d'art peu l'être.C'est là qu'il y avait un lien interessant a faire avec le cinéma pour moi...


sigismund 22/11/2010 00:36



c'est étrange votre conclusion, du point de vue du réal, s'il y a bien un piège dans lequel il ne devait pas tomber c 'était bien celui-là....


en fait le monde va très mal.