SEX FRIENDS de Ivan Reitman (USA 2011): Extension du domaine de la pute

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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[Photo : Nathalie Portman en train de jouir, d'après le film SEX FRIENDS.]

 

 

 

 

 

 

 

Il y a 15 ans, colonie de vacances à Plougastel, découverte du corps des femmes de mon âge, premières échauffourées amoureuses, l’innocence à l’époque avait un nom. La nuit les étoiles l’été avaient encore un potentiel romantique quand les grillons sous les étoiles me crissaient de lui parler, sous la lune et sous une tente, blottis dans un cocon qui me hante encore dix ans plus tard.


Il y a 10 ans, téléphone portable, arrivée d’internet, découverte du corps de femmes défoncées par des centaines de bites, du cul partout, tout le monde à envie de baiser, je regarde pour la première fois un film qui prophétise qu’après le moyen âge, la renaissance et les lumières on rentre dans le siècle du cul à grands coups de frustration étalées sur les murs, les arrêts de bus, les salles de gym et les boites de nuits. Découverte d’un monde ou il est devenu tellement simple et cool d'accéder au cul que plus personne n’y arrive.


Il y a 5 ans, difficile de parler à une meuf, tout le monde triche, naissance de facebook et de sa pousseocratie, devenir ami, supprimer ami, poker un ami, le vide est peuplé de gens qui se définissent en langage SMS, de conversations instantanées, d’apéros géants, de démesure dans les faits quotidiens, d’abandon du couple au profit du relationnel direct, ma génération arrête de se battre pour le romantique, il faut du concret, les relations s'enchaînent, les moyens de niquer se multiplient, omniprésence du réseau dans la relation au charnel. La frustration sexuelle semble toucher tout le monde, créer un engouement, le seul défi sera de baiser, il semble que cela suffise au bonheur.


Il y a 5 ans, il y a 6 mois, aujourd’hui, Nathalie Portman préfère sa carrière à une vie de couple, elle n’est pas douée pour les sentiments, ne faisons que du sexe, encadré par des règles, protégés par du latex. On se textote, RDV dans une demi heure derrière le boulot, dans la voiture, dans le parking, sur la plage, au cinéma, on le fait et on retourne bosser. Le sexe comme anti stress, et le soir avec les potes, ici le gentil homosexuel moche, le geek introverti, l'infirmière un peu grosse éternelle célibataire, la blonde insipide pour qui les mecs sont tous des salauds, et partout, facebook, twitter, iphone, meetic entre les gens. On se rappelle avec nostalgie d’une tente et d’un jardin pour jouer. Aujourd’hui on tente de jouir dans son jardin secret.


Il y a 5 ans, il y a 6 mois, aujourd’hui, Asthon Kutcher, l’amoureux victime de la femme dynamique et carriériste du XXI eme siècle se demande où sont passés les défis, les baisers, les mots doux et les alliances contre les méchants, que sont devenus les sentiments à quatre pattes entre deux portes, le partage des chocapics le matin, la vie sans fard et sans maquillage, les nuits peau contre peau. L’incertitude et la versatilité de l’amour ont rendus Nathalie Portman peureuse, terrorisée, rivé à des trucs quantifiables et prédictibles, comme le sexe sans attache, la carrière, les fêtes et le maquillage. Derrière mille masques elle rode aux périphéries de l’humanité, presque stérile, guettant le plaisir sans risques. Ashton Kutcher travaille pour une série TV, tente tout, a un cœur d’or, et les femmes le brisent. Il vit toujours dans la tente d’il y a 10 ans.


Le réseau, les interconnexions, les marques de voitures, les ordinateurs, les téléphones portables, le shopping, le maquillage, l’épilation, les ventes de disques, les chocolats, le parfum, les préservatifs ; liste non exhaustives des choses qui compteront au XXI ème siècle. Bienvenue dans un monde homogène, qui abolit tout, des désirs aux pulsions, du risque à la souffrance. Le pire c’est que personne ne nie ses désirs, ses pulsions, ses bassesses. Elles sont incorporées dans un processus relationnel qui se concentre sur une seule phase de l’individu : je me tape un bon coup pour baiser, un pote drôle pour rigoler, ma meilleure amie pour aller en boite ou un étudiant en lettres rebelle pour aller manifester. L’individu défini par un moment, non plus par des actes émanant d’une conscience, dans une lutte toujours renouvelée pour une égalité absolue. Tout le monde va au casse pipe en bandant, en jouissant continuellement. Hegel disait qu’un individu qui ne nie plus n’a pas d’avenir : SEX FRIENDS est un film no futur.







Enfin ça c’est la première heure du film. Presque terrifiante de réalisme, film de trentenaire qui cherchent à baiser dans une ville immense, ou on ne voit personne baiser hormis Kutcher/Portman, comme si 10 % des gens seulement avaient accès au sexe. Mégalopole terrifiante, vide relationnel, portraits de salauds et de femmes manipulées, teen movie qui aurait pour thème le désenchantement du monde. Même si la mise en scène est inintéressante et le montage quelconque (uniquement linéaire ou simultané), il y a des moyens et on s’ennuie relativement peu.




Le problème c’est qu’au bout d’une heure, on laisse complètement tomber le sujet pour verser dans la comédie romantique chiante. Bien sur un sujet aussi déprimant n’est pas concevable pour un film de Reitman, on se doute bien qu’on ne verra pas une disparition des valeurs humaines dans une Amérique déshumanisé style Breat Easton Ellis, mais là nos sex friends deviennent carrément un vrai couple après avoir dit pendant une heure que c’était has been, découvrent l’amour et c’est parti violon, que c’est beau une ville la nuit, la musique triste quand on se fâche, la pop mielleuse quand tout va bien, les couchers de soleil, la découverte de l’autre, ses petites manies toutes mimi, et en fin de compte tout le monde arrive finalement à baiser, le geek introverti, le gros homosexuel chauve (il se tape même un beau médecin, comble du lol) , le noir moche, la blonde insipide, le chien et le chat courent ensemble dans un monde qu’internet aura rendu plus social, dans lequel les médecins pourront se marier avec des intermittents du spectacle, les noirs avec des blancs, les moches avec des beaux, puisque tout sera aussi simple qu’une demande d’amitié sur Iphone. Au comble du bonheur, en couple avec nos âmes sœurs, comprenant nos différences, mondialement connectés a des réseaux porteurs de flux de données ininterrompus, on baisera comme des fous entre deux séances de bronzage/muscu/shopping/travail, on manifestera contre la guerre, on légalisera les drogues, on organisera des lancer de ballons pour sauver des otages, on fera tomber les dictateurs en organisant des concerts géants, on éliminera les maladies grâce à des émissions de TV et à l’aube de notre mort on regardera derrière nous 100 ans de statuts facebook.








Tout est bien qui finit bien.












Schizophrenement vôtre,





Norman Bates.

 












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Publié dans Corpus Filmi

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Derek 19/09/2011 17:48



@pscln5


tu es donc experte du sujet



Pscln5@hotmail.com 10/07/2011 05:23


Norman, excellente analyse de sex friends er du monde dans lequel on vit. Et c'est tout de meme dommage de lire Certains commentaires idiots et bourrés de fautes de ces gens bien planqués derrière
leur PC. Auraient-ils proféré ces insultes autour d'une table? Dérives d'anonymat, summum de lacheté. Ceux-là ont surement plusieurs profils Facebook avec de fausses photos. Merci vous faites
avancer le debat!


Dr Devo 12/06/2011 15:05



On va mettre ça sur le compte de l'humour, je pense...


 


Dr Devo.



lememequetaleur 12/06/2011 14:50



tu publie pas mon commentaire connard pouurtant il en dit lonnnnnng sur ta social victimisation



Tramplounaf 12/06/2011 14:48



Masi va te faire donc foutre connard !!!


et la débridé et pettasse koutcher elles la vanne


lobotomité du social va.