SHUTTER ISLAND de Martin Scorcese (USA-2010): Le désert des barbares...

Publié le par Dr Devo






kohlanta 2010 devo
[Photo: "A boy looks at a girl, and the girl looks like a poney! [Every Night, I'm purified] par Dr Devo]







Moi, j'aime le camembert, surtout lorsque, comme l'amour, il est bien fait. En même temps, j'aime le fromage de chèvre quand il est assez fort. Ces deux passions, ces deux goûts à l'opposé l'un de l'autre forment-ils une contradiction? Je dis, non Madame, on appelle ça un paradoxe.

 

La France, années 60. Sheila n'oubliera jamais, Johnny distille déjà son cancer à infusion lente et à l'amiante! Cut.

Les USA, années 50. Di Caprio est agent fédéral. Il doit mener une nouvelle  enquête avec un nouveau partenaire, Mark Ruffalo, qu'on appellera Bill pour des raisons évidentes. Les deux doivent résoudre une enquête bien étrange. Pour ce faire, ils débarquent sur une île, très inaccessible (à trois heures des côtes, eau glacé, des falaises partout...) qui sert d'hôpital expérimental pour fous dangereux. Il n'y a donc ici que des meurtriers complètement zinzins. Or, il se trouve qu'une de ces patientes ait disparu, comme disait le poète, non pas au coin de la rue, mais dans sa chambre, pourtant furieusement gardée. S'est-elle évaporée? J'en doute, mais en même temps, comment aurait-elle pu sortir de sa chambre, et puis d'abord pour aller où, l'île étant géographiquement sans issue! Là où tout le monde, et surtout à Toulouse, aurait dit "je ne t'ai jamais revue", DiCaprio s'accroche et trouve bien bien bizarre le fonctionnement de cet hôpital-prison antipathique à tous les égards. Bientôt l'affaire, à défaut de se nationaliser, se corse rudement, car l'inspecteur Di Caprio sent bien qu'on le mène en bateau et qu'on le prend pour un imbécile notoire. A mesure que sa force psychique est mis à mal, les indices curieux se multiplient. Comme disait Mireille Mathieu en arrivant au Japon, "c'est pas gagné"!

 

 

 

Scorcese fait parti du club des papys du cinématographe à l'image d'un Woody Allen, d'un Rohmer (ha non, pas Rohmer!) ou d'une Maïwenn. A la question "en soit, est-ce grave?", je réponds non bien sûr. Greenaway a 114 ans, Philip Ridley à 16 ans et ça ne les empêche pas de faire des beaux films. Chez Tintin, c'est plus compliqué. Depuis quelques films, martyrisé par sa femme monteuse, ontologiquement avide d'argent à transmettre à sa progéniture, Martin (à la plage!) enchaîne les projets balourds. GANG OF NEW-YORK était bien indigeste, remonté et sans aucune espèce d'intérêt à une séquence prés, THE AVIATOR est atroce (à une séquence prés), son plus mauvais film avec l'ignoblissime KUNDUN même, et si LES INFILTRES  paraissaient plus intéressant, il n'y avait là pas de quoi fouetter une chatte, très chères lectrices.

 

Résumé biographique focalien, terminé.

Je change de paragraphe.

 

[Je sais, je l'ai déjà faîte, et des milliers de fois en plus, mais c'est comme un concert de Dick Rivers: si je ne chante pas NICE BAIE DES ANGES, ça va gueuler!]

 

S'il est de bon ton de se moquer de Leonardo DiCappelo dans les salons mondains ou à la Boucherie Gambetta en attendant une hypothétique tranche de coppa qui n'arrivera jamais, je dirais que crier avec la meute devrait inciter les index pointés à plus de modestie. Et curieusement, l'entame du film marchotte plutôt bien. Comme on dit dans 98,49% des articles sur Matiere Focale, on est vite mis au parfum au niveau des modousses opérandailles. Aussi bien, le Martin fait plutôt dans le Sergio (jeu de mot!) en entrant direc' dans le lard, c'est-à-dire en annonçant la couleur du jeu d'entrée de jeu, je, je, je et moi dirions que ainsi, virgule, la base est bien posée: on est en terrain "thriller" bien balisé, et là je dis jeu de mot encore (Balise… Phare… J'aurais pu dire qu'il nous mène gentiment en bateau mais j'ai pas osé!). On est dans le tangible de l'habituel, un peu comme un film annonce fidèle. Ca dure à peu prés cinq secondes et huit photogrammes, cette impression de balisage. Ensuite c'est plus compliqué, et Martin (à la piscine) multiplie les faux plis! Un chemin balisé, c'est un fait, mais si le sentier est pierreux et vous fait trébucher à chaque pas parce que trop accidenté, ça change la donne. De la même manière,   comme disait la vieille dame derrière moi, "c'est pas normal". Très ampoulé à la SHINNING de supermarché, alors même que, comme je vous le disais, on est quand même en terrain connu, Scorcese multiplie les emphases appuyés de manière totale Macumba Discothéque par des musique peu aimables kubricko-contradictoires, certes, mais tellement ostentatoires qu'on se prendrait à rêver d'une version abstraite des NERFS A VIFS (cf. le choix de Elias Koteas en clone de DeNiro, oh no!). premier point. Dieuxundo, Pépère, avec ses allures de jouer à la belotte à moitié aviné, pousse  la charrue dans les orties  en appuyant une série de faux-raccords qui se transforment en ellipses tout à fait sympatoches. Là je dis, attention, ça joue! Le fait que ces coûtures, apparentes comme des poutres, nous sautent à la tre-chon (ne jamais sous-estimer le lectorat jeune!), et en plus sur des détails anodins, genre mon petit carnet dans la poche, et après une coupure d'axe, j'ai écrit la Bible dessus, voilà qui place la chose sous le signe d'une certaine malice!

 

Wouhouhou, vous dîtes-vous chère lectrice, il lâche les chiens, le gériatrique, et si j'ose dire, enfin si vous osez dire, il bande encore ! Je dirais "oui et non". Oui c'est malicieux, et non ce n'est pas si foufou que ça, enfin si mais à contre-pied, car Martin (à la ferme) prend son temps et préfère la jouer comme Beckham et moderato cantabile que high-speed rock 'n’ roll. En clair et en bon français, c'est lent. Voilà qui est très intéressant.

 

Après ces huit secondes de films, c'est l'évidence. Jouer le jeu de ce film, c'est jouer au poker avec un mongolien sadique. En bon chien jaune (jeu de mot hyper pointu et sans intérêt pour cinéphile autiste), Scorcese la corse. Imaginez-vous un peu jouer au poker avec un type qui au lieu de cacher ses cartes les met en apparence sur la table et fait des effets d'annonce! Ca, c'est SHUTTER ISLAND! Bon dieu qu'il est bizarre de voir le Martin (fait du jardin) ne même pas faire semblant de dire ce qui est en train de se passer. L'intrigue suggère des faux-semblants à la pelle, et Scorcese dit clairement: "ça a l'air de parler de ça, mais c'est ça qui en loucedé se passe!" Comme le sujet tente de se la faire en jeux de miroir, on se dit que le type est idiot: il créé un monde artificiel à la vérité cachée, et en même temps, il nous donne  ouvertement, en pleine lecture, le petit saligaud, les clés du twist à Saint-Tropez qui révèle le pot aux roses. Pour se faire il développe une sous-intrigue fantoche (le meurtre de sa femme) bien moins importante qu'un background nazi bien plus triste. Bref, tout est annoncé, voire contradictoire, et tout donc est simplement à lire, alors que le scénario original voulait faire dans le caché. Scorcese, bien punk, décide le suivre à la lettre et de le faire imploser en disant tout, mis absolument tout, tout de suite et donc bousiller son film. Et là, c'est le bonheur absolu, c'est chouettosse comme tout, ça fonctionne sa maman. SHUTTER ISLAND, c'est ça: un univers kafkaïen débile mais difficilement supportable, une machinerie lourde (tous contre Léonardo, tous, le film compris), des faux raccords sublimes, et des efforts de mixage. Grand film malade, la canne en  moins. On se met à rêver à un grand film quantique, ce que serait L'ANTRE DE LA FOLIE appliqué au thriller, où toutes les solutions sont fausses donc toutes son vraies.

 

Malheureusement, les choses sont plus prosaïques que ça. Il y aura un twist final bien balisé, sans aucune ambiguité et anti-fantastique. Ca, c'est moche. Il y aura pendant la dernière heure des festivals de champ/contrechamp en gros plans, sans intérêt. Donc globalement le film est maladroit. Mais avant ça, pendant une bonne heure dix, ça bosse, c'est triste à mourir, triste à mourir, triste à mourir. C'est qu'il a fait toutes les guerres, Leonardo. Atteint du syndrome Superman, il est superbe, il est bel aujourd'hui. Et ce point précis, allié à la physique quantique du film dans sa première heure, bah, c'est vraiment beau et surprenant. Puis, la deuxième parti, pas infamante, mais moins fantasque, non pas dans le scénario mais dans la mise en scène, marche moins. Certaines scènes fantasmées marchaientt sur trois pattes mais fonctionnait dans la première partie, là où, sous le même modousse opérandaille, elles faillissent dans la deuxième. Et une fois de l'autre côté du coteau, on arrête de pédaler et on se laisse aller dans la descente. C'est dommage. Trop long, il y a une bonne demi-heure en trop sans couper de scènes, juste en faisant du montage, la partie de poker- mongolien n'est pas tout à fait tenue, et les gros plans tuent tout. Certaines faiblesses mineures (une figurante ignoble, une actrice féminine très faible..) font gentiment exploser les coutures, du coup. Il n'empêche, nous sommes perdus comme Léonard Di Vinci, dans les codes. Ca fonctionne donc, même dans l'échec, car le SHUTTER ISLAND se donne comme film malade avec une oreille et une jambe en moins. On reste imprégné des divins sous-mixages (le niveau sonore est calme et velouté), par la tristesse du début toute dévoilée et par le côté syncrétique des catastrophes du monde. Bref, Martin (fait du gâteau) loupe sympathiquement la chose, mais bosse bien pendant une heure, et sur les deux heures trente, il a bien compris de quoi il retournait, et le film couillu affleure sans cesse. L'objet, quasiment raté, presque réussi,  ressemble curieusement à du cinéma. C'est comme le strip-tease révolutionnaire chez Benny Hill (où un homme enlève sa peau pour montrer son squelette): c'est drôle, loufoque, raté, mais l'impression salvatrice de tristesse (cf. la dernière scène très caricaturale, sobre, mais sans le coup d'éclat d'action annoncé, disons le, sombrasse mais acceptante, très très beau donc, surtout in fine huis secondes avant le générique) persiste. Tout cela est bien étrange. Mais ce monde est sauvage et plein de paradoxe!

 

 

Dr Devo.

 

 




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Publié dans Corpus Filmi

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Did 12/05/2010 11:01



Autant j'adore l'humour noir mais là je dois dire que je trouve le style totalement indigeste. Essayez de ne pas trop mal prendre la chose mais honnêtement, je vous trouve lourd.


 



Dr Devo 19/04/2010 23:35



Sympa et classe (et anonyme bien sûr)! Merci beaucoup!


 


Dr Devo.



babi 19/04/2010 12:41



Le film est nul. Point barre.


BTW tu n'as pas de lectrices. Arrête de rêver.