SLICE de Kongkiat Khomsiri (THAILANDE 2010) : conte en orbite, tournez !

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

transvestite devo

[Photo:"Les Soeurs Frankfürt" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

 

 

 

Un brandy devant moi, le reste du monde dans l'écran, je matte insatiable ce qui fait le buzz. Il y a dans l'air ce fumet mystérieux, celui des avenirs gracieux à l'écran. Dérangé pendant une synapse, je pense. Je reçois un mail me demande d'écrire un paragraphe sur la mort. Je m’exécute.

 

 

Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort.

 

 

 

C'est tout ce que j'ai à dire à ce sujet. On n’est pas un blog sérieux après tout. Même si on cherche sérieusement à définir un moyen comme vision du monde, nous ne sommes que les esclaves, une interface entre une chaise et un clavier, entre le sol et les étoiles. Je n’écris pas sur le cinéma comme on pourrait s'y attendre, j'écris ce que j'attends encore du cinéma comme je pourrais écrire ce que j'attends encore des comiques, de la musique, de mes artères, du reste du monde ou de l’amour. La mauvaise musique est ce qui ressemble le plus à la vie disait Proust. Le cinéma également, c'est pourquoi je parle de la mort (dans l'âme).

 

 

 

 

Avant de dire que cet article est morbide, resservez-vous, asseyez-vous prêt de l'âtre, de grâce, et kiffez cette non-musique qui illustre mes propos. C'est dramatique, mais hier un homme est mort, un homme qui aimait les enfants, certains le lui reprocheront. De sa mort et des conséquences qui s'en suivront ; sexes coupées, valises de cadavres éparpillés, fils de premiers ministres émasculés, il ne sera pas question. Ce dont il est question c'est du changement de sexe (et merde j'ai encore raconté la fin), de l’opposition urbanisme/ruralité, de la conséquence des pulsions sur le corps et au final de l'amitié comme rempart à la solitude mortelle. La Thaïlande : le décor est beau, les filles sont jeunes, la peau sur le corps, les flics se baladent en chemises hawaïennes (et cette coupe de cheveux!!) au milieu de scènes de crimes au fond de boites à partouzes sordides, tout est crade partout, dehors il fait nuit mais même de nuit il fait trop chaud, la couleur rouge suinte sur les bleus comme le sang en gerbe chez un disciple d'Argento, les oppositions sont plus que chromatiques elles sont endémiques, c'est la ligne à suivre entre la proie et son gibier, gigue de pantomimes qu'on aurait sortis de prison pour aider la conscience à prendre du terrain dans un pays que le club Med à rendu moins beau. Même si je n’ai pas très bien compris le coup de la prison.

 

 

 

 

Rythme conscient du malaise, techno binaire comme illustration de fin du règne de la morale, les corps vicieux sont exposés dans la douleur du décorum. Vous qui venez ici, perdez toute moralité (ça commence comme mort) et regardez les âmes damnées se mouvoir dans la nuit tropicale, comme trop d'esprit, de fantômes chinois évadés d'un tsunami de direct to vidéo quand les producteurs n'ont plus les couilles de sortir des comédies en dehors du Nord-Pas De Calais (ils ont un accent marrant et ils sont au chômage, lolilolons ensemble pendant qu'on a encore une famille, un boulot, un chien, un désert, un ami) donc aujourd'hui je n'ai pas peur de le dire, la Thaïlande c'est le Nord-Pas De Calais du sexe, c'est pour ceux qui se trémoussent à 50 balais devant des corps de fillettes qui ne portent même plus le désespoir comme cache sexe. SLICE n'est pas pour autant un film qu'il faudrait habiller de messages thaïlandais, c'est une série B comme une autre, comme quelque chose qui se situe à mi chemin entre le fantasme et sa punition ; c'est pour nous dire qu'on est ici chez nous, et pas chez Disney, que le pécuniaire achète bien les chevaux, et que la violence se fait au nom d'un idéal, jamais porteur d'une réflexion. Quand tout le monde à baissé son froc, les survivants coupent les couilles, la pédophilie c'est comme du régionalisme, c'est vieux comme le temps.

 

 

 

 

Bas fonds crados, musiques vulgaire, chants des marcassins sur fond de Chopin, pas labyrinthique mais presque, touffu à l’extrême, SLICE est comme une fantaisie baroque, un conte naïf, ou un restaurant sans carte : tout est comestible, rien n'est vraiment recommandable, au bout d'un moment ça fait mal au ventre, mais en sortant on se sent vivant. C'est pas macdo ou quick, c'est plus consistant qu'un kebab, c'est épicé quand il faudrait pas, mais c'est infiniment plus recommandable que tout ce qu'on a vu dans les grosses vitrines. Surprenant et ça suffit, SLICE est un giallo orchestré par des mongoliens sous acides, et dieu sait que c'est mieux qu'une chorale de boy scouts. Galerie de personnages déviants, malades, psychopathes, personne n'est vraiment dans ses souliers, toujours à la recherche d'une partie de soi, d'une parcelle d'enfance et d'amour. Alors oui il y a des grands passages émotions, ou deux frères font du vélo au milieu des roseaux avec un cerf volant dans le dos et le soleil dans les yeux sur de la symphonie à l'emporte pièce, cadrage panoramique. Et ben justement, c'est ce premier degré permanent qui est rafraîchissant, on n’est pas comme chez Miike dans une espèce de délire régressif fait pour plaire à l'occident, SLICE est dans l'hyperbole certes, mais de bon aloi, absolument sincère. On va dire que ça fait partie du charme, comme ces paysages radieux qui composent l'enfance alors que le présent est toujours bleu noir et rouge, toujours des bas fonds sordides de nuit, à l'opposition de l'innocence associée à la Nature. Et c'est super bien cadré, putain.

 

 

 

 

Alors oui il y a du rejet, beaucoup de maladresses, des passages clippeux, une mise en scène qui enchaine les fautes de gout et les chorégraphies moisies mais l’étalage de violence gratuite, de sexes coupés, d’atmosphère poisseuse et de cadrages atypiques alliés à un certain sens esthétique font de SLICE un ovni intéressant, quelque part entre FEED et Ozu (absolument pas) dont le symbolisme outrancier rappelle le conte pour enfant, d’enfants enfermés au fond d’une cave avec du scotch sur la bouche certes, sorte de petit chaperon rouge qui aurait violé Mère-Grand déguisée en loup, au milieu d’une Thaïlande ravagée par le libéralisme sexuel et l’économie de marché. Au final, ce faux thriller parle bien plus de l’enfance et de ses sévices que d’un sérial-killer de plus, l’enquête assez incohérente et foutraque, n’étant pas vraiment le point fort du film (il y a même un twist absolument débile qui ferait passer Chien-Malade pour un scènariste doué).

 

 

 

Amateurs de faisandé, vous voila exaucés.

 

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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