liquiddivadevo

[Photo: "Liquid Days" par Dr Devo et Norman Bates.]

 

 

 

 

Invité par la production à voir le film en avant-première avec mes collègues blogueurs pour une séance spéciale sur les Champs-Elysée avec cocktails-petits fours, j’ai débarqué vaguement habillé, au milieu d’un parterre de jeunes branchés trop classes pianotant sans relâches sur leurs téléphones 3G en attendant que le film commence. C’est la nouvelle tendance : le "community management", comme ils disent. En fait ils ont compris que grâce à internet la parole était libre et ouverte, donc comme chaque espace de liberté découvert par les hommes depuis 2000 ans, il ne reste plus qu’à le coloniser : il vaut mieux inviter 300 blogueurs complètement inexpérimentés et candides, leur payer le champagne et le ciné pour qu’ensuite ils se dépêchent d’écrire une vague note " tro bi1 le nouvo film ya dé alien é dé sénes 2 Q lol" qui vont donner envie à 300 multiplié par l’audience moyenne d’un blog postant tout les jours une note de 10 lignes parlant de trucs branchés, soit 2000 personnes par jour au moins, d’aller voir le film avec leur chérie. Bah oui, eux contrairement à la presse spécialisée ce ne sont pas des vendus, ils ont leur libre arbitre, ils ne sont pas élitistes, c’est des gens comme nous, ils doivent penser comme nous. Banco !

 

Bien sûr tout cela est faux : on ne nous invite pas à de telles soirées (sauf le Dr Devo), en tout cas pas encore, et je suis rentré grâce à un habile stratagème (en me faisant passer pour quelqu’un d’autre), j’ai picolé tout ce qui passait devant moi au cocktail et je me suis écroulé au milieu du tapis rouge en pleurant sur les femmes infidèles, avant de vomir dans le costume chanel d’une blogueuse mode qui affirmait que le mulet serait la coupe de l’été si l’Italie gagnait la coupe du monde. True Story.

 

Passons. Le principal c’est que je suis assis là, au milieu de tout ces gens et que le film commence. La lumière s’étiole et s’éteint, jusque là tout va bien, puis le film commence et la soirée prend un tour tout autre. On dira tout ce qu’on veut sur les séances privées aux champs Elysées, mais bon dieu ces gens savent recevoir ! Les champagnes hors de prix n’ont jamais été mon fort, mais les projections numériques next gen sur écran hyper géant c’est quelque chose ! Jamais vu un film dans des conditions pareilles, c’est comme un Blu Ray qui ferait la taille d’un court de tennis, la netteté en prime. Bluffant, cependant il en faudra d’autre pour m’acheter : je ne suis pas du genre à être ébloui par les feux. Non je déconne, le film est merveilleux.

 

 

Pour ceux qui n’ont pas voué leur vie à la génétique nazie comme moi, SPLICE c’est le petit nom anglophone d’une fusion ADN, une sorte d’accouplement génétique entre deux cellules, ici carrément entre deux créatures, puis plus tard entre une créature et l’homme. Sarah Polley et Adrian Brody forment un couple de gros nerds à la solde d’une grosse corporation pharmaceutique vendant des vaccins contre le sida, le cancer, le diabète, la schizophrénie et des médicaments divers pour enlargir bien des choses. Quasiment toutes les molécules sublimes produites par ces riches philanthropes ont été patiemment élaborée par Polley & Brody, ce qui leur offre une confortable position dans la boite et leur permet des libertés assez conséquentes dans leurs expériences. Ils ont même donné naissances à des créatures phalloïdes en combinant des ADN divers, créatures à mêmes de se reproduire et allant jusqu'à développer une certaine intelligence. Vous vous dites que c’est trop cool, et pourtant Sarah Polley n’arrive pas à se contenter de ces pénis sur pattes et grille les étapes en injectant de l’ADN humain dans leur nouvelle création. Ils donnent alors naissance secrètement à un mélange entre Kate Moss, un kangourou et un pokémon glabre à quatre culs, qu’ils vont s’empresser d’adopter comme un enfant… Je vous laisse imaginer ce que peut donner une crise d’adolescence quand on parle d’un prédateur hybride possédant des gènes humains, animaux, une queue rétractable venimeuse, des branchies et quatre paires de fesses, le tout dirigé par une intelligence incompréhensible et ne pouvant parler le langage humain. Dans ce contexte la découverte de la sexualité et de l’amour est un peu plus délicate que l’ado du même âge qui découvre que youtube peut s’écrire autrement. Le film parle de ca, et puis des problèmes de couples de monsieur et madame, des souvenirs d’enfance et de la difficulté de résister à la tentation d’un siècle qui l’a érigée comme modèle économique.

 

 

Avant d’expliquer pourquoi SPLICE est le plus grand film de cette année, je voudrais tirer un grand coup de chapeau à la pianiste mais surtout au distributeur qui va sortir ça en salles. D’habitude, quand un film fantastique/de genre ne peut pas être résumé avec un pitch de moins de 50 mots il est immédiatement sorti en direct to DVD entre le dernier Seagal et la suite de l’avant dernier Dolph Lungren. Hors là, Natali nous balance un film hybride et ultra glauque, sorte de mixtion entre LE MONSTRE EST VIVANT, LA MOUCHE et X FILES réalisé par Atom Egoyan, dont un des (nombreux) morceaux de bravoure est de faire la scène de sexe la plus flippante du XXIème siècle (au XXème siècle c’était celle de THE ROOM). Cette scène à laissé tout le public des Champs-Elysée pantois, certains se cachaient même le visage, d’autres étaient frappés de mutisme et certains se tournaient enfin vers Dieu, comme moi, quand ils ont enfin compris les revendications du mouvement pro-anorexie. Je fais le guignol là, mais c’est super difficile de parler de SPLICE quand on s’aventure au-delà de la première demi heure : vous vous retrouvez dans un no man’s land terrifiant, sans que vous puissiez avoir la moindre idée de ce qui va vous tomber sur le coin de la figure. Le film est tantôt effrayant (mais vraiment, hein), gore, romantique, monstrueux, déviant et plein de grâce, toujours juste et incroyablement bien fait à tout les niveaux. Apparemment le film est sorti grâce au ventripotent Guillermo Del Toro, qui a tout fait pour que le film puisse se faire dans des conditions décentes de lit, et on peut dire que c’est réussi. Il y a un confortable budget, des images de synthèses, mais rassurez vous, rien de comparable aux galeries de produits dérivés affables que nous sort le grassouillet mexicain depuis quelques années. On retrouve même aux effets spéciaux ces bons vieux Howard et Berger, les papes des effets old school qui ont enchantés les productions fantastiques à partir des années 80, et ils amènent avec eux de stupéfiants maquillages et effets en tout genres.

 

Les 10 premières minutes du film (génétique compris) se déroulent dans un vagin. La sortie est assez scabreuse mais ensuite c’est merveilleux. La photo ! La lumière ! Le cadre ! Quelle claque ! Bon la projection était très belle, à la hauteur de la photo monstrueuse de Tetsuo Nagata, mais même sans ça le travail dans le cadre est prodigieux. Certains plans rappellent même le dernier Gaspar Noé (je dis pas ca parce qu’on voit des immeubles de nuit en vue de haut…), c’est un festival de composition, de jeu sur les oppositions chromatiques (observez comment la photo traduit l’émoi émotionnel de Dren : passage des teintes bleutées (comme la robe au début puis à la fin (la fille puis la mère) ) au teintes rouges (hormis le sang, le sexe par exemple), la décomposition quadri chromiques qui évoque la mitose (quatre couleurs primaires, quatre branches d’ADN, l’univers) et merde j’étais dans une parenthèse, je sors) et tout dans l’image, à n’importe quel instant parle et vibre comme un acteur à part entière. Il y a un petit clin d’œil au SUSPIRIA de Dario Argento à un moment donné, dans la forêt (la lumière de cette forêt !) quand le sang éclate dans une neige bleue que la lumière révèle (là encore quatre couleurs : bleu (nuit), rouge (sang), blanc (neige) et jaune (lumière), la messe est dite). A coté, la forêt Disneyland des connards d’aborigènes écolos d’AVATAR, c’est un décor du Jacky Show. Et je vous parle des couleurs, mais on pourrait s’attarder des années sur le jeu fascinant entre les échelles ou les motifs qui se répètent au long du film, par exemple ces prototypes humanoïdes cachés dans les arrières plans. Le vrai sujet du film, il est là ! Ce n’est pas la science, c’est la naissance. Il s’agit de devenir parent, de vivre toute sa vie avec l’acte non décidé d’une nuit. La nuit qui a  changé nos vies, l’instant où le mélange a eu lieu, le splice, l’ultime jonction, la fusion biologique. C’est le vieux coup du conte juif avec le golem, on prend notre chair pour créer une autre vie, qui risque de se retourner contre nous. Là ou le film est complètement rock’n’roll, c’est dans sa manière d’aborder le thème : avec du suspense, de la peur et de l’émotion, dans une mise en scène sensuelle jusqu'à l’extrême. Ainsi, on vit cette naissance horrible plus qu’on ne l’observe, et à aucun moment le film ne prend parti. Au contraire même il perpétue la souffrance, inlassablement, dans cette figure figée de la mère éternelle. Le fils a beau être un monstre, la naissance à beau être un anti-orgasme (scène géniale là encore), l’humanité est toujours là. Dans tout ce bordel, dans ces sentiments antagonistes entremêlés si soigneusement qu’ils nous rendent fous, nous sommes incapables de réagir à l’extérieur du corps.

 

Nous sommes en prison !

 

Il y aurait encore tellement à dire sur le film, mais j’en ai déjà trop dit. Je pense qu’il ne sortira pas dans beaucoup de salles, et sans doute pas longtemps, donc courrez y vite.

 

 

Norman Bates.

 

 

 

Le Dr Devo a aussi écrit sur ce film. Pourt lire son article, cliquez ici !

 

Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

Retrouvez Matière Focale sur 
Facebook .  

 

Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 09:13

Publié dans : Corpus Filmi
Retour à l'accueil

Ô Superfocale

BUREAU DES QUESTIONS

clique sur l'image

et pose!

 

Recherche

United + Stats


Fl banniere small





 
 





 

Il y a  8  personne(s) sur ce blog
 
visiteurs depuis le
26Août 2005



eXTReMe Tracker



Notez Matière Focale sur
Blogarama - The Blogs Directory

 


statistique

Matiere Focale TV



W3C

  • Flux RSS des articles

Recommander

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés