EASY MONEY de Daniel Espinosa (Suéde-2010): Mare Vostrum ! (Manifeste pour une Politique de Distribution Cohérente)

Publié le par Dr Devo

kiss devo

[Photo: "You May Find Yourself" par Dr Devo.]

 

Un bon lumbago qui ruine votre début de vacances et vous prive de pic-nic entre amis dans les plus beau parc de la ville, et vous voilà à vous trainer comme un pauvre petit martyr dans les rues, sans but, aussi gai qu'un Karl Marx perdu à Las Vegas... Au bout de quelques heures d'errance, on envoie tout balader, on grogne à la face du monde, on jure de ne faire que le contraire. Comme aller dans la salle de cinéma alors que le soleil brille à fond et que les jeunes filles, enfin, commence à montrer plus de chair...

 

Pour plus de froid, taper 3 et dîtes Suède. L'autre pays autre.

 

Dans la grande ville, c'est le train-train de ceux qui bosse. Hans, un grand blond à méche (les prénoms ont été changé pour garantir l'anonymat de chacun) ne fait que bosser: taxi clando et systéme D pour payer ses études de commerce. C'est un malin, au point de se faire passer pour aussi richard que ces copains de classe dont la moitié de l'hélice d'ADN est côté au CAC 40. Pedro lui a eu moins de chance: espagnole égaré là, c'est déjà pas marrant. Mais en plus, le pauvre vient de s'évader de prison. Les deux ne devraient jamais se rencontrer, mais le hasard et l'appât du gain les réunit dans une drôle d'histoire de trafic de poudreuses teutonnes... Achtung, car il y a tout à perdre: famille patrie, honneur, discipline, vêtements bien repassés et la petite blonde très bonasse...

 

Sommes-nous spéciaux, derrière nos petits visages et notre gros coeur en marshmallow? Que recherchons-nous derrière nos ray-ban? La gloire? La reconnaissance de notre Dieu romain et apostolique? Ou celle du blondin avec marteau?

 

Qu'importe au fond.. EASY MONEY, petit polar, découverte en label de chez Pathugmont, aimerait sans doute atteindre de telles cimes et pourquoi pas amener quelques réponses à la foule de Nous. Malheureusement, de manière prosaïque, le petit thriller local, qu'il soit suédois ou argentin, n'est jamais qu'un petit thriller. Passé le vague moment d'exotiximus, dû au double pédalage de l'intrigue qui parallélise un destin local (suédois, donc) et un autre complétement espagnol, on repense vite à ce velux qu'on a oublié de fermer quelque part, alors même qu'on pouvait croire à un orage de chaleur en fin d'après-midi, ou encore on se met à rêver à des choses sublimes, telle la liste des courses qu'on ne manquera pas de faire après le film. Bon, le patron nous sert sa limonade avec un mini-parasol et même une tranchette de citron vert: bien qu'ayant recours à ce montage parallèle, un poil improbable d'abord puis très annonciateur et guide-ligne ensuite, le direktör nous le fait dans le chiquosse, décalant parfois le son qui s'avance un peu plus vite que l'image, les deux bandes sons et images se resynchronisant quelques secondes plus tard, of course, faut pas pousser Björn dans les orties non plus, hein?

 

A part cela donc, nul révolution au pays du Krispe-Rolls: un petit scope bien sage, et une lumière un peu moins téléfilmesque que chez nous autre (en même temps, ça change, un tout petit peu, on arrive souvent à ce genre de lumière polie), mais sans expression particulière et généralement jouant sur le froid-chaud tout bébétte. On sent donc la petite leçon fitzgeraldienne vaguement digérée ou fantasmée, énième variation sur l'impossible troisième acte, ce mythe un peu zarbi. A mesure, les destins se rejoignant à l'évidence, on reste un peu comme deux ronds de flanc sur le bord du dance-floor, à se dire qu'on serait bien rester chez soi à regarder Drucker. Les acteurs, héros blondin en tête ne bouleverse rien du tout mais alors rien et révèle au mal-voyants les coutures mal cousues et trop scolaires ici et là. Ca sent un peu le festoche, ça sent la compétition un peu molle en mode gentil, à petites foulées, car faudrait pas non plus se choper une claquage. On note avant de conclure que le scope n'a aucune utilité, le gros plan étant assez légion, la morale gentiment bêtasse, et que tout cela aurait pu se régler en 80 minutes sinon en 15/20... Un costume chiquosse, un récit coral (poudre non-spéciale), trois destins différents aux mêmes aspirations (comme de bien entendu), voilà qui fait bien peu. Chaque pays produisant encore un peu de cinéma, sort des polars de la sorte en plusieurs exemplaires chaque année: on est dans le banalissime, légèrement vendu art et essai. Hier l'Argentine (Ahahaa! Je ris encore de ces journalistes nous ayant vendu "la nouvelle vague du polar argentin"!), aujourd'hui l'Europe du Nord ou les USA (côté Sundance), le "polar tranquilou" est ce nouveau genre de policier genre La Bourboule, comme on se rase.

 

 

Dr Devo.

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Nonobstant2000 18/04/2011 10:12



je ne peux que cautionner le parti-pris de mr Scoubi, mais un tel film serait presque impossible aujourd'hui, à part si une grosse pointe aurait soudainement envie de se dévergonder. Ceci dit
j'ai entendu beaucoup de bien à propos de SUBMARINO.



Dr Devo 17/04/2011 11:26



Cher Fantôme de Mr Melville,


 


Je trouve vos intentions louables et je vous en remercie. Promis, avant de virer qui que ce soit, ma première action en arrivant à la tête des cahiers sera de rebaptisé le magazine (OOOOOooooooh,
pardon, je voulais dire Revue!). Vive le CACA (AYé!) DU CINEMA...


 


Par la suite je prévois de réduire la rédaction à trois ou quatre personnes payés au SMIC le temps que la revue redevienne rentable ce qui me semble la moindre des choses. Il est évident qu'il
faudra dissoudre la rédaction actuelle... Et bien sûr imprimer sur papier recylcé, bien moins onéreux et glaçable aussi. Et pour faire bonne figure, reduire la pub à une page maximum par numéro,
et refuser tout privilége avec les distributeurs et surtout ne pas les fréquenter. Et bien sûr, il faudra passer à un vrai ryhtme de travail: je propose un numéro tous les 15 jours. 


 


Pour mieux vendre, pas seulement au public historique du mag', je propose de mettre des jeux de mots pourris en couv'!


 


Moins épais, mais plus riche,plus souvent LES CACS DU CINEMA sera une belle revue!


Dr Devo.


 



jean pierre melville (ghost) 17/04/2011 00:05



Bonsoir Scoubi,


 


je suis le fantome de Jean pierre Melville, vos idées de films sont intéréssantes, je vais vous donner 10 millions de dollars pour commencer a tourner dés ce soir.


Si sur cette avance il vous reste un peu d'éxédent faite un virement au Dr Devo pour qu'il puisse racheter sans délai les cahiers du cinéma pour pouvoir y faire un peu de ménage.



scoubi 16/04/2011 23:56



Trés bon commentaire. J'ai également trouvé (ca semble une tendance en ce moment puisque c'est la méme chose dans plusieurs films actuels) que le coté "caricature" sociale du film est trop
prononcé pour étre crédible et intéréssant.


Ainsi, si le mec deale,  c'est pas parce que c'est un méchant avide de fric, mais parce qu'il aime une princesse riche et qu'il n'a pas le choix... si le gentil banquier accepte de l'argent
plus sale que sale c'est parce qu'il n'a pas le choix...quand a l'Espagnol il voudrait étre un bon pére de famille, dommage que ca rate a chaque fois ...


A quand des réalisateurs qui vont oser dépeindre un sujet dur sans pour autant immédiatement donner des excuses aux personnages ! Le film aurait été à mon sens plus fort avec des vrais salauds ne
possédants qu'une seule excuse potentielle : l'ivresse nietzschéenne.