THE AMERICAN d’Anton Corbijn (USA 2010): Après le froid, l’été dans l’ouate !

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

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[Photo: "J'ai mal compris" par Norman Bates d'après une couverture de Télérama.]

 

 

 

 

 

 

Est-ce que vous avez déjà observé le ciel d’Italie ? Tout est dans cette pureté cosmique, ce soleil que seule la nuit peut calmer dans la douceur des montagnes. Loin de la mer et des gens, au dessus d’un massif verdoyant même l’été, dans la campagne profonde où les villages dorment dans le silence sous le soleil tapageur et sous la nuit étoilée, dans ces Abruzzes vestigiales ou tant de beauté réduit les hommes au silence… loin de la méditerranée et plus proche de ce putain de ciel, il y a Georges.

 

 

40 ans et pourtant Georges est toujours sur le qui vive. Cette femme nue, ce bourbon délicat et le feu dans la cheminée ne suffisent pas à l’apaiser. Les ennemis d’hier réapparaissent en plein jour, les femmes tombent dans ses bras mortes et la réalité est une menace constante. Toute une vie à tuer, toutes ces vies derrières lui, et aujourd’hui l’Italie. Pas exactement Rimini l’été, pas de transat à son nom dans les clubs méditerranéens, plutôt la discrétion et les loisirs solitaires. Monter des armes, effectuer une dernière mission avant la retraite, se dissimuler….  Il faut imaginer que le ciel est aussi pur que l’Italie à été dépravée, comme si l’Histoire découlait directement du cosmos sur les hommes. Aujourd’hui au milieu du maquis les curés vieillissent dans leurs paroisses séculaires et les tueurs rodent. Georges est las de ce jeu, de ces armes et de tant de pertes : le whisky glace ne passe plus, les femmes italiennes sont autant de mystères que de morale réprouvée. Quand la beauté humaine s’accorde aux cieux, il n’est plus de salut pour l’homme. Loin de tout, le tueur à gages peut mourir ! Sauf si dans un dernier élan la grâce le retrouve enfin, au bout de toutes ces années, terrassé mais serein, à la terrasse d’un café désert que le soleil embrase. Georges, un café, l’Italie : what else ?

 

 

 

Quand Corbijn revisite Sergio Leone il faut s’imaginer un PMU le soir, les écrans plats sont les nouveaux déserts, les lignes limitées par une perspective tronquée. Le soir venu dans les villages il se joue dans les bars déserts des combats silencieux dont on ne parle pas. Georges est l’homme de ces combats, de ceux des PMU, de ceux des pubs TVs, à quarante ans il n’utilise toujours pas de maquillage pour tourner. C’est le seul. Seul. C’est le concept : ne faire confiance à personne, enchainer les femmes, monter des armes, calculer toujours, ne jamais perdre du vue la cible. Alors quand il rencontre une pute et un curé, ce qui aurait pu être une mauvaise blague se transforme en tout autre chose : chacun dans sa fonction et au jour le jour effectue un travail qui transforme Dieu. Vendre du paradis, tuer des âmes, monnayer les échanges : la religion, la prostitution, la mort. L’équation est simple, et comme chez Leone le Bon s’est retrouvé tour à tour Truand ou Brute.

 

 

L’amour n’est pas loin, dans l’expectative. Comme si en Italie on ne pouvait pas tomber amoureux ? Aussi généreuse que les femmes, la culture abonde et les traditions ont la vie longue. Cultes païens ou dévots, la mort prend place dans la trinité. Oui oui, ca sent le dépliant et la pub, Georges en fait des caisses dans le pathos et son jeu d’espion cache des cafetières pour les ménagères, certes. Oui Corbinj fait de l’image un peu gratuite, un peu publicitaire, et la fin perd toutes les idées intéressantes pour les diluer dans un mélo sirupeux. C’est comme si il commençait à faire dans l’ambitieux, à tresser des liens au sein même de sa mise en scène, en jouant avec les symétries et les oppositions, quand deux scènes au bar utilisent des axes absolument similaires à 30 min d’intervalles. Il y a du lien, du sens, du beau parfois, mais au final il vend du jambon à la sauvette aux ménagères pour qui Georges est l’égérie de l’amant monument, inaccessible figure du rêve mûr, l’homme qui fait l’amour le soir et le café la matin, promesses d’une vie rêvée et trépidante dans les Abruzzes de cartes postales. Toute cette esthétique marche pourtant parfois, on se prend à kiffer à mort certains cadrages splendides ou certains éclairages punk (à la Argento voire Bava pour certains intérieurs), mais sous l’audace on gratte et on se retrouve vite avec du rococo plus si frais, dit ?

 

 

Dernier point : le big bang n’a pas eu lieu. Création du monde, orgasme non stop qui chamboule toutes les dimensions, coïts multiples avec des filles qui sentent le chianti et qui font du vélo en robe à fleur l’été… mais c’est une prostituée, et elle une tueuse. Dans la galaxie Clooney, il y a toujours urgence : toujours un suédois ( !) tapi dans l’ombre prêt à tuer, toujours un prêtre avec un fils caché ou une arme à monter. Perte de confiance, perte de repère, montage ample et caméras en mouvement autour du Monde, le suspense innerve le tout, crée une attente, emmène le spectateur jusqu’au bout. Dommage d’avoir du sacrifier encore au conformisme en rangeant bien sagement ses jouets après avoir joué au petit cow boy. C’est le syndrome du manuel d’éducation sexuel : on te parle de différents moyens d’arriver à l’extase tout en mettant en garde contre le sida à chaque page… THE AMERICAN est un film sur l’engin, celui de Georges comme celui des autres, et de la façon dont on l’utilise. Faire mouche à chaque fois, ne jamais rater sa cible ce n’est pas être un cowboy : c’est dans la perspective qu’on définit un axe, et qu’on le respecte. Pour vivre il aurait fallu tout casser, être amoureux, rater un peu, ne pas utiliser les mêmes armes. Si il faut un mot de la fin, c’est que THE AMERICAN aurait pu être suisse, il ferait des tractions et des pompes torse nu quand même : parce que c’est Georges, et parce qu’il peut vendre du jambon comme du café et à la fin ressentir la tristesse de chaque homme face à la beauté pure. Tu peux pas test.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Antoine Hight 13/11/2010 21:05



"Il y a du lien, du sens, du beau parfois, mais au final il vend du
jambon à la sauvette aux ménagères pour qui Georges est l’égérie de l’amant monument, inaccessible figure du rêve mûr, l’homme qui fait l’amour le soir et le café la matin, promesses d’une vie
rêvée et trépidante dans les Abruzzes de cartes postales" 


Merci pour ce passage trés vrai et impressionant de lucidité. (encore plus impressionant que l'amélioration du niveau d'anglais dans les campagnes Italienne que nous révéle ce film...)