THE BOX de Richard Kelly (USA-2009): Des pâtes, des pâtes... Oui, mais des Destiny!

Publié le par Norman Bates










[Photo: "Love is the drug" par Dr Devo.]







La théorie la plus admise concernant la naissance du système solaire, et par conséquent de l’humanité, est à l’heure actuelle celle du Big Bang : en gros avant il n’y avait rien à l’infini, et puis soudain est apparu quelque chose. Comment est ce apparu ? Pourquoi ? La base de cette théorie à été écrite par un prêtre il y a déjà quelques temps, et donc il y aurait au moins "quelque chose" de plus ou moins intentionné qui est la Cause de tout, chose qu’on nomme différemment d’un bout à l’autre du monde et suivant sa confession religieuse, ou son état d’ébriété. Mais cette chose existe, dans les mythes comme dans la science, et elle est, de par sa nature, une interrogation permanente mais inaccessible de la part de nous autres, bactéries savantes. Et comme toute chose inaccessible, l’humanité n’a de cesse de vouloir l’atteindre, car sinon cela voudrait dire que nous vivons en vain, pauvres organismes agités le temps d’une vie et qui s’éteignent dans l’indifférence universelle. Cela voudrait dire que notre vie n’a aucun but, et que nous avons passé notre existence à appuyer sur des boutons qui n’ont pas de conséquences sur la marche du cosmos.



Cameron Diaz, elle, a la chance d’avoir appuyé sur un bouton d’importance, un de ceux qui régissent l’existence de notre monde, même si les mauvaises langues diront qu’elle a surtout appuyé sur le botox, ce qui est un peu vrai aussi. Une responsabilité de cette importance, cela va de soi que c’est difficile à porter dans la vie de tout les jours, celle où l’on appuie sur des boutons qui n’ont pas d’importances et où l’on fait des choix qui s’appliquent sur notre minable existence et éventuellement qui font chier quelques voisins mal placés. Certaines élites des sociétés, ceux qui ont du pouvoir comme à la NASA ou à Matière Focale, on des boutons à leurs dispositions qui sont susceptibles d’emmerder un bon paquet de monde, mais à l’échelle de l’Univers ca reste très anecdotique, heureusement pour eux d’ailleurs. Tout ca c’est bien joli, mais certaines personnes, qu’on appellera des artistes ou des marginaux pour rester poli, sont en complet désaccord avec cette vision des choses, et s’imaginent que les choix qui nous sont imposés sont une manière de nous rapprocher de la grande entité dont je parlais dans le premier paragraphe. Manifestement, Richard Kelly en fait partie, puisque pour lui nous sommes, en quelque sorte, les dindons de la farce cosmique, et que les choix qui nous sont imposés ont tout le temps une influence sur l’univers, puisqu’ "on" se soucie de nous tester, de nous juger en permanence afin de déterminer si nous avons le droit de rester à notre place ou au contraire de nous en trouver une nouvelle : et c’est vraiment con, car ces choix sur lesquels nous sommes testés nous n’en connaissons jamais les tenant ni les aboutissants ! En gros on ne peut pas être jugés équitablement car la portée de nos actes nous échappe totalement, et que par conséquent seule notre volonté à faire une action et les prétextes qui nous y poussent ont une importance, a conditions que nous soyons maître de notre volonté, ce qui est encore un autre problème. Et la j’appuie sur le bouton nouveau paragraphe.


On aurait pourtant bien tort de réduire THE BOX à un scénario digne d’un cours de philo de terminale, vaguement teinté de soupirs existentialistes ne cherchant qu’a donner un aspect intello à un film qui en est pourtant dépourvu dans ses grandes lignes, car messieurs-dames, le cinéma est avant tout un vecteur sensuel plutôt qu’intellectuel, et c’est ce que fait Kelly ici. Tout cet aspect thématique et ou scénaristique n’a pour seul but que de confronter la trajectoire humaine du couple, test de l’année selon le panel Ipsos/Le Monde, à quelque chose qui le dépasse, et à essayer d’atteindre ce dépassement, dans un second temps, par la confrontation entre des images et des sons et un spectateur lambda sortant d’une journée de boulot pénible. En clair, le but n’est pas tellement de savoir ce que vous auriez fait dans une telle situation mais plutôt de s’imaginer dans le lit de Cameron Diaz, pleurant sur les aléas de notre condition précaire et explorant les sentiments induits par la culpabilité. S'il fallait décrire THE BOX, je dirai qu’il s’agit de ce à quoi pourrait ressembler un épisode de X FILES de deux heures, réalisé par Kubrick après sa mort, sous l’influence d’un Lars Von Trier pour le coté misogyne (ce sont les femmes qui appuient sur le bouton). Bon, ok, c’est totalement idiot et incomplet puisqu’on lorgne aussi du coté de Cronenberg dans cette mise en scène au premier abord classique, mais qui utilise de manière très belle le montage, comme par exemple l’alternance entre le parcours de l’homme et de la femme qui s’enchevêtre pour finir dans un lit avec de l’eau, ce qui est une manière de montrer la Conception comme événement fondateur du Choix uniquement par le montage, et c’est ça, c’est classe. Et des exemples comme ca il y en a un certain nombre, le montage étant très utilisé comme vecteur de sens, dans une narration plutôt foisonnante, mais toujours dirigée par ce qu’il se passe à l’écran (établissant des liens de causalités entre les actions de personnages différents, ce qui est magnifique). Je parlais tout à l’heure de Kubrick, car les similitudes sont nombreuses avec EYES WIDE SHUT, notamment dans la dramatisation du sentiment de culpabilité style tragédie grecque, ou des lieux du quotidien se retrouvant utilisés comme des tribunaux ou l’on juge l’Homme. Pour autant les deux films, s'ils sont similaires dans la manière d’aborder le problèmes, sont très différents de par leur rythme et surtout, dans le cas de THE BOX, on est loin du nihilisme pessimiste de Kubrick, puisque ici le fait d’être seul et par conséquent de ne jamais avoir de point du vue omniscient sur une problématique permet de transformer celle-ci en acte d’amour : la mort peut être salvatrice et utilisée comme telle, ce qui est nettement plus enviable que les partouzes de Papi Lubrick qui renvoient l’homme à son sexe et son animalité.



THE BOX est un film effrayant, qui m’a littéralement démoralisé de par son exposition froide des limitations de l’humain et de la vacuité de l’existence terrienne. La mise en scène est assez froide notamment à cause de la photo assez grise alliée à une musique qu’on pourrait presque qualifier de funéraire. Il y a très peu d’humour et le ton du film devient très vite inquiétant, en utilisant très peu d’effets spéciaux, en jouant surtout sur les situations bizarres tout en restant sobre (ce qui est plutôt rare chez Kelly). Le rythme est proprement hallucinant, les intrigues se multipliant à outrance sans trop savoir où elles vont mener jusqu'à la conclusion finale le spectateur ne sait jamais bien ce qui est en train de se passer. Et puis surtout, le scénario n’est pas tellement propice à la déconne. Même avec une bonne meuf et un chouette boulot on peut finir complètement laminé pour un acte minuscule effectué en situation de faiblesse, parce que la vie ne propose pas d’autres alternatives que d’appuyer sans fin sur des boutons dérisoires qui orientent notre existence au gré de nos erreurs. Pire encore, ces erreurs se répètent inlassablement, sont amplifiés sur la surface du globe par 6 milliards d’occurrences du modèle humain, tous identiques et tous prêts à plonger pour un million d’euros. Je retiens de THE BOX un grand drame en forme de carte des aspirations de l’homme inaccessibles, un train fantôme de la culpabilité et de la frustration engendrée par notre impossibilité profonde de nous accepter, même au sein de l’amour. Ca fait tellement mal que je ne sais même pas si je pourrais appuyer sur le bouton publier.

 

Norman Bates.







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Publié dans Corpus Filmi

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Nonobstant2000 23/02/2013 16:26


..peu d'humour , à l'exception du Père Noël en plein milieu de la route tout de même !


Superbe article, si je puis ..

Martin R 16/11/2009 12:37


Cf lien youtube plus haut ;

c'est un film court de la vague expérimentale autrichienne des 90's (Peter Tscherkasky, Martin Arnold, etc....). Ca vaut le coup d'oeil !

The Box aussi vaut largement le détour, d'autant plus que j'ai l'impression que la critique tend à le sous-estimer par rapport à Donny Darko...


Dr Devo 13/11/2009 23:25



Ha tines! Voilà un film que je ne connais pas du tout. C'est quoi ce "piéce touchée"?

Dr Devo.



Martin R 13/11/2009 17:38


Le classicisme du film permet à Richard Kelly de mélanger ses thématiques de "charge du destin de l'humanité sur les épaules d'une personne seule (qui ne deviendra jamais folle pour autant)" et de
fourmillement de signes ; ici le mélange crée quelque chose de beaucoup plus eprsonnel que d'habitude par la relation de couple creusée et le personnage de l'enfant, sans parler du retour aux
influences (SF 60's à la Twilight Zone, Richard Matheson oblige....)

The Box m'a rappellé le "Pièce touchée" de Martin Arnold, l'impression de voir à travers le filtre classique Hollywoodien la pulsion violente et sexuelle de la relation de couple. Le point de vue
d'un enfant drogué sur ses parents fous.

C'est tout à fait boulversant.

http://www.youtube.com/watch?v=F9JJc7TEsZI