marie korea devo 2
[Photo [de gauche à droite]: "Chienne Fidèle, Asie" par Dr Devo et John Mek-Ouyes]











C'est la veille du jour de l'an : Papa et maman font monter les enfants dans le monospace acheté pour la naissance du troisième, et direction la campagne pour un week-end de réveillon avec un couple d'amis et leurs progéniture. Sur la baquette arrière, je regarde les kilomètres défiler dans un paysage enneigé pendant que les petits hurlent, que Maman hurle et que Papa fait mine de se concentrer sur la route pour ne pas avoir à intervenir. J'ai 16 ans, mes copines sont en train de découvrir le sexe et l'alcool à la soirée nouvel an, et moi je dois me taper un week end en famille à cause de mes vieux débiles qui voient dans mon style émo des tendances suicidaires alors que c'est juste pour faire ressortir mes doutes profonds sur la raison pour laquelle on se doit de prolonger coûte que coûte notre empreinte sur un monde qui n'est pas fait pour nous. Le paysage qui défile doucement évoque en moi la peinture de Turner et les vieilles gravures que ma grand-mère empilait sur le coin de la cheminée. Une douce nostalgie m'envahit alors que pour la dixième fois ma petite sœur se met à entonner le générique de Dora L'Exploratrice accompagnée par mon petit frère autiste au xylophone (CLANG CLONG CLING CLUNG), et je sombre doucement dans un demi sommeil entre deux textos à ma sœur de sang qui aura, elle, la chance de passer la nuit de sa vie avec tout mes potes. Le son de mon ipod arrive à peine à couvrir les CLANG CLONG CLING CLUNG répétés sans que jamais un quelconque rythme ne surgisse de ce chaos sonore. C’est étrange comme un jouet coloré peut être à l'origine d'une mélodie si rude qu'on pourrait la qualifier d'industrielle CLANG CLONG CLING CLUNG. Ah, je vois qu'on arrive...


J'ai jamais pu blairer le nouveau copain de ma mère, un gros con technocrate qui pense que la culture asiatique est la plus à même de traiter les maux du terrien moyen du XXI éme siècle : toujours à se la péter avec ses projets d'entreprise à la con, je n'ai pas l'impression qu'il apporte quoi que ce soit de tendre ou de sincère à maman, leur couple survit parce qu'ils doivent fournir un cadre stable aux enfants, et j'ai l'impression que ca lui suffit, qu'ainsi il n'a pas à trop s'investir dans une relation. De toute façon, il passe tout son temps au travail. Heureusement, j'aime bien Robbie : bon copain de ma mère depuis longtemps, c'est le seul à faire attention à moi, d'autant plus qu'il est loin d'être moche... Enfin bon ,il a quand même la trentaine CLANG CLONG CLING CLUNG ca ne se fait pas. Sa copine en revanche est une vraie pute, elle ne m'a jamais aimée, comme si elle savait que je représente une menace pour son couple : ca m'incite plutôt à allumer gentiment Robbie pour l'emmerder plutôt qu'autre chose, mais après tout je m'en fous de tout ces problèmes de couple, famille, enfants CLANG CLONG CLING CLUNG. Qu'est ce que ca peut me saouler ces adultes qui ont tout arrêté pour se mettre au service de leur progéniture ! Comment ont ils seulement pu tout laisser tomber à ce point ? Je veux dire ils étaient là, jeunes, à trainer dans la rue sans savoir ou dormir le soir, ivre mort à hurler que le monde restait à inventer, à pleurer avec les premiers échecs et à vibrer avec les premières pulsations de leur cœur, et tout d'un coup ils se réveillent dans une maison en banlieue avec les cris d'un bébé et une femme qu'ils ne désirent même plus, à enchainer péniblement un boulot astreignant et taches familiales, à noyer tout ce qui restait de vivant et de vibrant en eux pour juste pouvoir dormir en paix ! Comment en est-on pu en arriver là CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG...


...Paulie, mon petit frère autiste, devient de plus en plus incontrôlables CLANG CLONG CLING CLUNG les autres enfants semblent de plus en plus étranges CLANG CLONG CLING CLUNG maintenant on ne les vois presque plus CLANG CLONG CLING CLUNG ils trainent en groupe, dehors CLANG CLONG CLING CLUNG des choses étranges arrivent CLANG CLONG CLING CLUNG la neige est petit à petit recouverte de sang CLANG CLONG CLING CLUNG il faudra qu'ils comprennent que je n'y suis pour rien CLANG CLONG CLING CLUNG  je suis sur que c'est eux la cause de tout ces accidents CLANG CLONG CLING CLUNG il faut tuer ces putains de gosses CLANG CLONG CLING CLUNG les adultes doivent comprendre CLANG CLONG CLING CLUNG IL FAUT FUIR CLANG CLONG CLING CLUNG LA FORET CLANG CLONG CLING CLUNG IL Y A QUELQUECHOSE DANS CETTE PUTAIN DE FORET CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG...

 



Ce sont les derniers mots qui restent de Casey. Je ne sais pas vous, mais moi je partage un peu cette aversion pour les enfants, et son histoire fait écho à mes plus grandes craintes. Je crois que les enfants m'effraient car ils vivent dans un autre monde, peuplé de choses qu'ils sont les seuls à voir et où ils exercent une emprise et un jugement qui sont dénués de toute pensée altruistes alors même qu'ils sont trop faible pour survivre sans aide. Entre un adulte et un enfant il y a un fossé immense et effrayant peuplé de tabous et d'hypocrisie, tant les adultes ont du mal à communiquer avec ces petits êtres malignes. Le film de Tom Shankland montre à merveille cette tente où les enfants jouent seuls, quitte à y dissimuler les cadavres des adultes qu'ils auront tués pour continuer à exister. Les parents donnent naissance à des enfants qui sont des parties d'eux mêmes qui deviennent indépendantes, qu'ils ne contrôlent plus et qui suivent un chemin différent : dès lors il est difficile de comprendre ce qui est hérité et ce qui est crée de toute pièce. En gros on héberge des inconnus sous notre toit, et l'inconnu fait peur. 


THE CHILDREN commence très fort, la première partie fonctionne à merveille, tout en retenue et avec une formidable ambiance mise en place notamment par le son et le cadrage : sans être trop ostentatoire, on sent bien que chaque plan exprime quelque chose, chaque angle de caméra à un sens (le sublime travelling avant anxiogène sur l'oreiller). Au niveau du son, la musique discrète laisse la part belle à un ensemble de sonorités venues toutes droit de l'enfance et détournées avec brio. La sauce monte tranquillou, et chaque pas de plus dans la narration nous rapproche de quelque chose d'horrible qui grandit hors champ. En fait, le film se place du coté des adultes, on ne sait pas trop ce qu'il se passe de l'autre coté, on tâtonne dans le noir comme les protagonistes. Pendant ce temps on découvre les deux familles, on en profite pour admirer la très belle photo et on retient quelques applaudissements à deux ou trois reprises lors de petites fantaisies du plus bel effet. Malheureusement, la deuxième partie du film me parait un peu plus faible, à cause du montage essentiellement : des plans très rapides lors des scènes violentes ou d'action, et des plans plus longs (trop longs) pour faire monter le suspense un peu artificiellement. C'est d'autant plus dommage qu'il y a des petites choses sublimissimes comme ces très gros plans sur un cadavre, pondérés toutefois par une spatialisation aux abonnés absents qui empêche de ressentir vraiment ce qui est montré. Autre point faible qui gêne un peu l'immersion, c'est le jeu pas toujours bien inspiré des acteurs. Les enfants sont très bons, mais les adultes c'est une autre paire de manche, et malgré la présence d'Eva Birthistle (vue chez Greenaway !) tous en font un poil trop.


Au final c'est quand même plutôt réussi, et ca fait un bien fou de voir la bonne mère de famille toujours prête à se plier en dix pour son gosse, essayer de tuer ce dernier avec ce qu'elle a sous la main, et d'assister à des morts d'enfants face caméra. Après tout, qu'y a t'il de plus agréable que de voir des enfants mourir ?








Norman Bates.

















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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 21:37

Publié dans : Corpus Filmi
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