THE HUMAN CENTIPEDE de Tom Six (NL 2009) : Le docteur abuse.

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

 

triple-chien

[Photo : "Ci-gît/Mon ennui" par Norman Bates d'après THE HUMAN CENTIPEDE.]

 

 

 

 

 

 

On parle souvent de la faiblesse du corps, de cette chair-vie déroutante qu’on ne comprend jamais bien, des faiblesses qu’elle induit et de l’insuffisance du système digestif. A la TV on nous vend par brouette des yoghourts ou autres boissons censées nous rendre notre pouvoir sur le corps, comme quoi c’est bien un combat de notre époque, ces corps qu’on doit faire bronzer, polir et entretenir pour qu’on puisse enfin les aimer, se sentir bien dedans, comme si on avait le choix ! Nous faire croire qu’on a le choix, c’est bien pour vendre des yoghourts, mais dès qu’on parle de greffer huit bras à un humain ou de faire pousser quatre culs à un singe tout le monde lève les bras en l’air en criant au scandale, comme quoi qu’il n’y aurait pas d’éthique, plus de respect ou je ne sais quoi de bien ronflant. Mais depuis quand le corps est il une propriété ? Je pose la question autrement : qui nous a donné notre corps ? Pourquoi ? Après tout l’homme modifie bien le paysage, alors pourquoi ne pas se modifier lui même ? Avant de faire le ménage chez les autres autant le faire chez nous. Intro.

 


Le Dr Heiter est spécialiste de la question. Ancien chirurgien séparateur de siamois (c’est une vraie spécialité), il vit paisiblement sa retraite dans une villa au milieu de la forêt bavaroise avec laboratoire au sous sol, améliorant gaiement son quotidien à grand coup de bistouri quand quatre pattes à un chien semblent être bien trop peu pour finir sa vie dans la joie. Quand on a passé son existence à séparer des gens, arrivé à un certain point on se dit que l’inverse doit être au moins aussi passionnant, et on s’y essaie, pour braver la mélancolie des jours de pluie. Un peu comme un flic qui passerait hors la loi pour s’amuser un peu. Le film évoque principalement ca, la retraite d’un ex chirurgien qui du feu des projecteurs passe tout d’un coup à la solitude effrayante de la forêt allemande et qui cherche un sens à donner à sa vie pour la finir en beauté.

 


Ca n’a pas l’air très marrant l’Allemagne vu de chez nous : de grandes forêts pluvieuses et des autoroutes de nazis, c’est pas la fiesta à Cancún. J’aime autant vous dire que ce n’est pas le cinéma de Tom Six qui va vous donner envie d’aller chasser le mousseron de l’autre coté du Rhin : THE HUMAN CENTIPEDE n’est absolument pas un hommage à la bande à Basile, des dire même du réalisateur le film est inspirée d'expérience médicales nazies ! Le Dr Heiter a une grande passion, celle de coller des membres en plus à des espèces vivantes pour dans l’optique de créer des milles pattes avec toute sorte d’animaux. C’est ainsi que son triple chien est né, et c’est pourquoi Lindsay et Jenny ne vont sans doute pas sortir en boite comme prévue cette nuit.

 


La première partie du film est très classique : deux jeunes filles américaines venues s’éclater en en Europe se retrouvent piégées par un psychopathe dans un environnement hostile. Certes c’est du classique, mais dès le début la pression va crescendo : grâce à une mise en scène et surtout à un montage somme toute assez lent qui laisse monter doucement l’horreur, ménageant des éléments inquiétants aux limite du hors champs. Dans le mécanisme on pense bien sur aux films HOSTEL, mais c’est un peu plus axé sur le suspens. Un personnage inquiétant va faire son apparition, mêlant une tension sexuelle palpable à l’angoisse sourde indue par les longs plans du début du film. Ca se met doucement en place, et dès le début des éléments étranges se produisent qui vont donner un sentiment de malaise à toute cette première partie.  La mise en scène marque beaucoup de point dès le début, tout est très balisé mais en même temps on ne sait pas trop ou on va déboucher. Dans l’image rien à dire, c’est soigné. Tom Six ne cherches pas forcement à donner dans la grande composition plastique, le dénuement est ici le ton recherché. C’est au milieu de ces décors un peu tristes et de ces intérieurs aseptisés que l’ambiance toute particulière du film trouve sa source : on y reviendra.

 


La seconde partie est très différente. On bascule dans l’horreur la plus complète, les plans se font plus fermés, le montage s’accélère un peu, chaque ellipse vient soulager l’atmosphère très lourde. A cela se rajoute des passages plus amusants, toujours dans le sens du personnage central de ce deuxième acte, le fabuleux Dr Heiter, interprété par un acteur absolument extraordinaire qui peut en un sourire carnassier  vous glacer instantanément le sang. Il porte tout le film sur lui, il est d’une justesse incroyable en passant du comique à l’ignoble constamment, c’est un vrai festival, il est de tout les plans.

 


Pour décrire l’ambiance bien particulière du film, il faudrait vous imaginer un spectacle de chairs suintantes, recousues, des liquides saumâtres dégoulinant sans arrêt, un laboratoire flambant neuf et des scalpels méticuleusement rangés. Il faudrait ne plus réfléchir en termes de morale, de bon gout, il faudrait oublier la cruauté et le vice, tout est ici méticuleusement glauque, malsain mais aussi drôle dans le même temps, salutaire et nihiliste. Que de paradoxes qui forment ici une toile désabusée et grotesque, une sorte de conte d’horreur absurde qui aurait comme principal but de vous faire renier tout espoir dans le projet Humain, de vous enfermer dans une logique circulaire ou tout change toujours sauf l’homme, coincé dans sa chair et condamné à bouffer des excréments devant un dieu imperturbable et cinglé. Nous ne sommes pas faits à l’image de Dieu, nous sommes les images de Dieu, image découpées et recollées comme un patchwork sanglant cloué sur les murs de l’insondable condition humaine. HUMAN CENTIPEDE c’est un serpent de chair suintant tapi dans les bas fonds ignobles d’une mécanique tournant dans le vide, pour des desseins sans lien avec la conception humaine du cosmos. Vision douloureuse car visant la plupart du temps juste, ne se prenant jamais au sérieux mais en l’étant au plus haut point, c’est d’abord un bon film de genre avant d’être une vision désabusée de la nature. Mais c’est marrant !

 

 

Le film est très beau dans son dépouillement, son rythme prenant montant crescendo dans l’horreur et le nihilisme, déployant doucement un implacable étau autour de la chair du pauvre spectateur. Vu l’engouement suscité par le film dans le monde on parle déjà d’une suite, avec un mille patte encore plus grand ! Il sera sans doute intéressant de savoir ce qu’une chaine d’humain encore plus grande va nous apprendre sur la possibilité de partager un seul tube digestif ou des chorégraphies possibles la bouche collée à l’anus de son semblable, mais il faudrait tout de même faire attention de ne pas tomber la course à la plus grosse. Le film se suffit à lui-même et sa fin impitoyable est suffisamment ravageuse pour qu’on s’en souvienne dans longtemps. C’est tout le mal que je souhaite à l’humanité !

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Mr Mort 25/08/2010 22:43



Bonjour Kurt !


 


En fait ma remarque s'adressait surtout aux films art-et-essai pétri d'humanisme à la petite semaine qui cahce bien sur un espèce de totalitarisme bien-pensant et "tranquilou" comme disait le
poéte. [Ca s'applique souvent à la programmation dite comemrciale qui , comme disait le poéte, "bien souvent êtes les mêmes!").


 


Ceci dit le tact et le calme de vos remarques, ainsi que vos livres (dont je vous recommande la magnifique adaptation de BREAKFAST OF CHAMPIONS en filmz) opposé à l'élégance de Norman Bates,
auteur de cet articl en qui j'ai confianc me déchire au plus haut point... Vos deux avis m'intéressent! Il est donc urgent que je vois le film!


 


Salutations!


 


Mr Mort.


 


PS: Quand j'étais petit, vos livres, Kurt, innondaient les rayons poches, au même titre que les Silverberg ou les K. DIck ("c'est chic!"). De nos jours opn ne trouve, e encore, chez certains
libraires que trois volumes de vos oeuvres (le chat + petit-déj des champions + abbattoir  5, également un très beau film).


Comment cela se fait-il? Au besoin je peux faire une pétition pour votre réintégration!!


 


 


Mr Mort!



Vonnegut 25/08/2010 16:45



Je suis ravi que vous connaissiez mon oeuvre Mr Mort.Mais plus sérieusement, je suis navré de vous annoncer que vous vous méprenez complètement. Si humanisme et citoyenneté peuvent parfois
encore être mis en avant dans l'art officiel, c'est de moins en moins le cas et de façon tout à fait hypocrite. Les candidats de Secret Story sont ils emprunts d'humanisme et de citoyenneté
? Voyons ce n'est pas sérieux d'affirmer cela, toute l'idéologie de notre société repose sur le cynisme imbécile et pervers montré dans ce film. Nietzsche avait dit "Dieu est mort, tout est
permis", nous avons modifié la formule pour "L'homme est pourri, tout est permis".



Mr Mort 25/08/2010 00:39



Vonnegut, j'aime beaucoup vos livres, mais je crois que vous vous trompez car la recherche statistique montre que les postures les plus "en vogue" en matiére d'art ou de ses commentaires sont
"humanité" (accolé à "pudique" ou "pudeur") et "citoyenneté"...


 


Decidement, il est temps que je vois ce film!


 


Mr Mort.



Vonnegut 24/08/2010 23:21



Ce film est assez convenu et inutilement dégueulasse. Je ne comprends pas pourquoi l'auteur de cette critique a l'air de trouver original, intéressant ou nouveau le fait d'évoquer cette fameuse
humanité "perserve, cruelle, dégueulasse". Cynisme et nihilisme sont les deux postures les plus rebattues de notre époque.



LJ Ghost 11/08/2010 00:22



Bel article Norman, ça me donne très envie de voir le film, sans glaner d'infos sur le net !


En tout cas ce sera toujours mieux qu'INCEPTION (qui n'est pas si mal, sans être renversant).