THE TOURIST de Florian Henckel Von Donnersmack (USA-France, 2010): Arrête avec ta caméra !

Publié le par Dr Devo

JohnAngeleDevo

[Photo: "Impuissance et Gloire" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Il en faudra trouver des excuse pour faire une belle introduction qui fasse passer pour héroïque le fait d'aller voir certains films que le bon goût ou le bons sens réfreinent. L'argument le plus noble, et totalement véridique du reste, consiste à dire, comme nous le faisons depuis plus de 6 ans sur ce site: un film est bon tant qu'on ne l'a pas vu… Entrez ici, Max Pecas, Kusturica, et Ariel Zeitoun, et n'ayez crainte, car paradoxalement vous êtes chez vous et vous ne serez jamais aussi bien traité qu'ici, où vos films seront choyés comme ceux des vrais cinéastes.

 

Ca, c'est Paris. Hier, dans le futur, jamais ou dans pas longtemps. C'est formidable, c'est formidable. Elle est là, resplendissante de mille feux comme un chien au volant d'une Ferrari dans son tailleur Chanel mambo No5 (Le chien? La Ferrari? Elle? Non, les trois...). Elle s'assoit sur un banc cinq minutes, mais pas avec toi. Elle se tient toute seule, car elle a assez de classe pour ça, parait-il. Encore plus fort, seule à la terrasse de ce café du 1er arrondissement ou de la place Vendôme, encore plus fort dis-je, elle lit le journal The World. Bien ouéje!

Mais la vie n'est jamais comme on le présupposait et l'endroit grouille de figurants infects jargonnant "la" franzeusich comme je te cuisine une petite caille, façon faisan, poilé au grand marnier, c'est à dire mal, fallacieusement déguisés en flic à mi-chemin entre l'inspecteur Navarro (entre la poire (hahahaha!) et le fromage) et le super-méga James Bond. De Bayonne, en somme, si j'ose…C'est que la Angelina Jolie n'est pas seulement une lectrice de la rubrique nanotechnologie du journal ci-dessus cité, c'est qu'elle est soupçonnée du pire dans des affaires mettant en jeu des milliers de milliards de dollars U.S, ouais ouais. L'homme qu'elle aime étant un loulou du même acabit, elle ne peut pas le revoir ou le rejoindre, car tout Scotland Yard traque l'infortuné. Elle décide de tromper la maréchaussée en prenant un train SNCF, so pure science-fiction, hypstero-(s)caille-faille, t'imagines toi ?, Angelina Jolie dans le TGV, trop l'aventure fictionnelle impossib', lol lol. Dans la voiture 18 (au bar, quoi), ou alors après le passage du chariot à sandwiches tant qu'à faire, elle choisit un quidam semi-plouquosse comme toi et moi, et, de se ballader avec lui en même temps qu'elle le ballade. Poésie. Ainsi la Police croira que c'est lui son keum, trop la classe, mais les Russes débarquent, et ils sont pas content de s'être fait téje du castingue des PROMESSES DE L'OMBRE, et de se faire traiter de "petit penis" dés qu'ils vont aux thermes. Ca suffit. On va voir qui est le Roi de la Pomme de Terre. Ca va saigner. C'est la naissance d'un quiproquo à base de situations réversibles où le mec comme toi et moi, sauf que c'est Johnny Depp (et il y en a des bien!), et où le doute n'en finit pas de s'insinuer dans les flingues et dans les coeurs. D'ailleurs sans prévenir, c'est l'Italie! Tout ça c'est complots, magouilles et compagnie, ou c'est une autre affaire autrement plus semblable que celle-ci? Ca se corse drôlement, mon salaud!

 

Ha bah, l'histoire ne dit pas si elle a laissé les mongols à Brad ou à Vanessa, mais on devine sans préjuger de rien, que ce sont ces deux-là les plus chanceux dans l'histoire. Hollywood, c'est comme Pôle Emploi, c'est libéralisé de partout, mais pas là où on voudrait, et voilà que pour toucher les allocs, pas pour le salaire, hein, je dis bien les allocs, au bout de trois refus t'es obligé de prendre le CDD brun à 500 kilomètres de chez toi et payé en nature, en Cartier ou en Smalto. Fallait penser à la carrière avant de faire du tourisme chirurgical au Maroc. Mais Depp et Jolie ont négocié avec le patronnat pour bosser pas trop loin de la Côte d'Azur. Saint-Tropez, Denise, ça se fait en deux heures de jet, le soir je suis rentré pépère et je peux regarder sans stresser FAITES ENTRER L'ACCUSE, en buvant une bonne Corona.

 

Là où c'est plus baroque, c'est dans le cas de la Germanie réalisatrice. Et dire, comme disait le poéte, qu'on a failli parler leur langue et que ce sont les Américains qui nous ont sauvés. Le teuton voulait-il venger les siens? Inverser la conquête? Devenir Maîtres chez Eux? Sans doute pas. Depuis longtemps, les réalisateurs ont cessé de rêver à la conquête du monde ou même  à celle du Liechtenstein, et ce qu'ils veulent c'est te consolider le livret A. A, a, a, Aloah! C'est la retraite de la flamme sacrée. Le placement si cave. En, fait on se dira que l'infortuné voulait plutôt profiter de l'occasion qui lui était donnée de monter sur la scène pour faire allégeance et rendre service en bon voisin. Attends, cherche pas, Coco, je vais te le réaliser ton film, t'inquiéte. De rien. J'aime rendre service.

 

Je dis: "Gag!". C'est ça le marché de l'art décomplexé. Notre ami germain du jour au lendemain, il te pète la timballe, il décroche le jackpot. LA VIE DES AUTRES, le goût du peu, tout le monde applaudit. Bravo! Totale domination du box-office partout en Europe, prince des festifs veaux partout sur la planète. C'est la sensation du moment. Le marché est content. Les artistes applaudissent avec leur maman. Et au club des retraités "Vivre Mieux" de la Bourboule, on reprend le goût de sortir au cinéma. Pour résumer, tout le monde  ils sont contents, et Gunther lui découvre que le Monde s'offre à lui.

Il gagne au loto et qu'est-ce qu'il veut faire maintenant qu'il est arrivé en haut de la montagne? Un film où Angelina trimballe son cartier dans le ti-gi-vi! Et? Et? Et, c'est tout! Signs O' The Times!

 

Le résultat est assez hallucinant. Ha bah oui, je te vois venir avec ton maquillage outrancier. Tu essaies de nous aguicher comme un démarcheur de rue de Greenpeace, en nous vendant un film totalement "populaire, mais de qualité art et essai". C'est qu'on ne fait pas du Will Smith, Môôôsieurs, on fait du Capra… Capra, Navarro, Barilla... A trop vouloir écarteler le machin, on nage en toute inconscience dans la lave: ça sent le faisan grillé.

 

Je me souviens des cris hallucinants poussés par la communauté cinéphile lorsque DePalma fit son FEMME FATALE si magnifique, ou encore comment des spectateurs hilares mais enragés voulaient enfermer Dario Argento aux urgences spectatrices après le visionnement de son magnifique GIALLO… A ceux-là, je recommande l'édifiante séance de ce LE TOURISTE. Une épreuve salutaire, difficile, mais qui remettra les pendules à l'heure et éclairera enfin les cinéphiles qui regarde le doigt des deux autres artistes  quand à l'intentionnel chez eux (les deux réalisateurs) et  la connerie lunaire chez le teuton de Californie.

 

Improbable, certes, mais aussi très laid, LE TOURISTE, Hahhhaaaaa (ça c'est fait), se déroule uniquement dans décors faisandés, avec un maximum de plans studios, en essayant de rendre Venise aussi excitante que Ronchin (Nord, France). La catastrophe est de tout les instants: photographie inégale dans le même plan, reconstituions de décors en studio alors qu'il existe déjà en naturel et tout ça pour faire un gros plan où on ne verra pas le décor (!), raccords douteux, cadrage vide, etc… C'est parfait. J'ai beaucoup ri devant le pauvre Depp courant sur les toits en pyjama, toits dont les contrechamps studios me rappelait férocement l'étonnante reconstitution des rues parisiennes des publicités Rue Gama de mon enfance (en moins bien, bien entendu, même ça ils le ratent!). Maquillages affreux, scénario longuissime, costumes ignobles (le dernier de Depp!!!), etc…

 

Mais le top, ce sont les acteurs. Jolie ne ressemble déjà plus à rien depuis sa naissance. On est habitué, même si ce genre de piqure de rappel est toujours louable. Elle partage avec son partenaire malade (j'y viens), de nous faire douter que les deux parlent anglais. Ca baragouine dans une langue inconnue. Est-ce de l'anglais de Bruxelles?

La bombe atomique du film c'est forcément Johnny Depp: visiblement placé sous la double lame de la chirurgie esthétique et de la maladie, le pauvre vieux n'est plus que l'ombre de lui-même. Il fait 20 ans de plus que son âge. Il est complétement paumé, râte tous ses effets (dont certains sont de très mauvaises idées à l'image de la cigarette), ne comprend rien à ce qui est pourtant une bluette pour enfants de 10 ans. Il dévoile un visage fatigué, douloureux, bouffi qui finira par rendre la séance rigoureusement mortis. On est dans les couloirs du service des soins palliatifs. Ou alors il expérimente des drogues dickiennes. En tout cas, il semble cuit, le vieux vautour. Et on quitte la salle en se disant qu'on a bien là, en effet , une photographie à l'instant T du Cinéma: syncrétisme de séries A/B/Z et cinéma d'auteur, affairisme d'artiste non seulement ne sachant pas gérer une carrière mais prêts à faire n'importe quoi si on leur offre deux ans de vie à Los Angeles, des scénarios brainstorming et frankensteinisés qui ne marchent que sur le papier, des acteurs à la ramasse à qui il faut couper les dialogues (si possible pas plus de deux phrases de suite) sans quoi le métrage s'arrête, etc...

 

Pendant ce temps-là, comme on dit à l'école de Ligne Claire, les intéressés forcément nommés à divers prix, font semblant de s'étonner et finissent par qualifier avec "humour" et "dérision" toute hipsteuse que le film c'est de la merdre (après avoir fait la promotion et inciter leur fan à prendre un ticket bien sûr).

Et pendant ce temps-là, rappelons, il n'y a personne pour nous montrer, ne serait-ce que dans une seule copie en france, les nouveaux films de vieux qui bossent: Dante, Argento, Romero et Carpenter!

 

LE TOURISTE à tout point de vue est une bonne expérience documentaire qui étonnera quelques ignorants ou égarés de façon salubre. Pour les autres, chers amis, on soupirera une nouvelle fois, et peut-être ira-t-on jusqu'à se réjouir de voir la navette éclater, pour une fois, en vol… Mais avec ces margoulins, même un échec de leur part,  nous laisse comme un goût amer... One st jamais sûr que ça les empêche de recommencer...

La prochaine fois je vous parle de Sofia Coppola...

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

Retrouvez Matière Focale sur 
Facebook .
 

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Dr Devo 03/02/2011 23:59



J'ignorais totalement que ce fut un mrekahe avec l'affreux Attal, sans quoi je me serais méfier, effetctivement...


 


Dr Devo



nonobstant2000 03/02/2011 22:30



si ça avait été Jérôme Salle ça aurait eu carrément une autre gueule et on aurait pu s'estimer heureux. Tout ce que j'ai entendu du réal c'est qu'il avouait sans complexes, mais alors vraiment
-peut-être qu'il se prend pour Sodenbergh- : avoir voulu faire un dépliant touristique de luxe..pas plus, mais certainement pas moins.



kevo42 03/02/2011 21:27



Monsieur Devo, votre article est très beau bien sûr, mais je tiens à vous signaler une chose.


A partir du moment où le film était un remake d'une production réunissant Yvan Attal, Sophie Marceau et le réalisateur de Largo Winch, ne pouvait-on pas prévoir, ou ne serait-ce qu'entrevoir, ce
qui vous attendait ?