THE WACKNESS de Jonathan Levine (USA 2008) : Larves in situ

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

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[Photo : "Sidney Lumet, un oscar, Jesus-Christ (dans le désordre)" par Norman Bates.

 

 

 

 

J’aurais pu faire une intro sur le printemps, écrire qu’a l’apogée d’un soleil fougueux je redécouvre enfin le corps dévoilé de femmes encore blanchâtre des suites d’un hiver douteux, m'émerveiller devant le retour de températures abordables tout en essayant de caser une tentative d’humour sur les nuages radioactifs, ouais j’aurais pu, mais chez Matière Focale on est pas comme tout ces blogs de winners, on écrit pas des intros sur la météo, non mesdames et messieurs, de toute façon le printemps ne nous intéresse pas. On ne vit que la nuit, éclairés par les lumières tamisées de nos nights clubs sélectifs, au milieu de nos groupies camées, et parfois, à la faveur d’une gueule de bois exceptionnellement clémente, mût par un appétit carnassier on se déplace dans les cinémas pour torcher un article qui parlera plus de nous-mêmes que du film en question. Enfin quand on daigne écrire dessus.

 

Il faut dire que le siècle ne se prête pas vraiment au lyrisme pastoral de ce printemps radioactif, à bien y regarder. Dans les grandes villes du monde, on a gagné en sécurité en enfermant les sans-abris et les drogués, en installant des caméras de surveillance, en instaurant des couvres feux, en fermant les bars la nuit, en augmentant le nombre de chaîne à la télévision ou en élaborant un arsenal législatif toujours plus gargantuesque. Enfin, c’est du moins ce que penses Ben Kingsley à l’aube de sa va vieillesse, lorsqu’il se rend compte que sa femme ne l’aime pas, qu’il n’aime pas son boulot, qu’il a une furieuse envie de baiser et qu’il doit aux antidépresseurs la chance d’être toujours en vie. Alors quand un jeune focalien dealer désabusé débarque dans un nuage de fumée THC et dans sa vie, ses craintes métaphysiques et sa dépression sourde trouvent un écho jeune et séduisant. Il s’appelle Luke, il vient de finir le lycée, il n’a aucun ami, ses parents sont des loosers pathétiques criblés de dettes, il rentre chez lui le soir pour fumer des joints en jouant à la console et vend du shit pour s’acheter des cassettes de rap. Ambiance. Forcement il trouve la vie triste et cruelle, il a tout le temps envie de baiser, mais la seule meuf qu’il ait jamais pénétrée avait 4 grammes et les genoux sur la cuvette des chiottes.

 


THE WACKNESS c’est l’histoire d’un psy qui a la même maladie que ses patients et à la fin tout le monde crève sans avoir trouvé de solution.

 

Selon Levine, le Monde moderne prend place dans un été suffoquant, au cœur de New York. Au milieu des tours la jeunesse/vieillesse n’a rien à faire, elle va de drogue en canapé, de défonce en sex friend, du rap à la techno, bercée par les mêmes flows binaires, par une envie toujours renouvelée de baiser comme des ienchs toute la journée, et si elle n’arrive pas à baiser elle se drogue pour faire retomber la pression ou, pire encore, fait de la musique pour exprimer sa rancune et sa colère face à un monde qui n’offre pour seuls rêves que des chairs faibles potentiellement infestées de MST. Cette vacuité a pourtant un remède simple, l’amour, et quand Luke rencontre Stéphanie, une meuf qui veuille bien lui parler/le suivre/l’embrasser/le sucer la photo reprend des couleurs, y’a des panoramiques sur la plage, de la lumière dans les cheveux et des éclats dans les yeux, c’est un printemps de blogueur pour existences sans intérêts, c’est éthéré et aérien, ca passe et ca passe trop vite, ca nous laisse le cœur brisé et nous rejette encore plus fort dans une existence merdique. Pour Kingsley c’est la même à l’envers, sa belle femme ne veut plus rien de lui, son bel appartement sans âme sert de décor pour des déambulations dépressives donc il fume, boit et baise des gamines bourrées pour oublier.

 


Pour le contexte social et politique, on ne s'embarrassera pas trop, on sent bien que Levine s’en préoccupe au moins autant que moi. Ce qui l'intéresse, comme dans son premier film ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE, c’est de plaquer derrière un film de genre  des angoisses métaphysiques sur le sens de la vie et la recherche du bonheur, le tout avec une mise en scène tout de suite identifiable, soit une photo ultra léchée, des cadrages recherchés, des mouvements de caméras dans tout les sens et un montage qui introduit le malaise. Il y a un truc fascinant, qui tient dans une seule scène, la seule scène de baise du film. Elle dure bien 10 minutes, elle est d’une violence terrifiante, glauque comme un coucher de soleil sur la manche, très bien construite et magnifiquement mise en scène. Je veux pas trop vous raconter mais il y a d’abord le scénario : en gros, on a trois phases, chacune commençant mieux que la précédente, mais finissant deux fois plus mal ! Plus on avance vers l’acte sexuel réussi, plus la désillusion est profonde ! Le sexe ce n’est que ÇA. On part d’une situation de séduction optimale : ambiance plage la nuit éclairée par la lune avec une fille qui te fait fantasmer depuis des lustres, doux clapotis des vagues, bruit du sable glissant doucement sur la cime de vaguelettes venant lécher tièdement les pieds de la douce naïade et puis là, au milieu de cette quiétude paisible chargée de désir, ça se transforme en porno gonzo ambiance grosse chatte mal épilée ramonée par un stade de rugby peuplé d'humanoïdes bodybuildés style troisième reich, équipés de pénis monstrueux mal épilés filmés en gros plans. Tu te rends compte que, dans toute cette débâcle d’épilation, la fille recherche juste la performance quand toi tu voulais l’amour de tes dessins animés d’enfant sensible couvé par maman... Il y a même une biche qui passe et qui s’en va !! Si Levine avait eu les couilles d’aller jusqu’au bout de son propos il aurait rajouté un chasseur avec une moustache et on avait la cène de notre siècle, le panthéon d’une société où les gens veulent des plans culs réguliers et des sex friends pour pouvoir assurer leur carrière de merde à l’aise. Et là je parle que de l’écriture de la scène. Il faut voir la photo qui passe du chaud au grisâtre, la lune qui passe de l’argent au métallique, l’arrivée du soleil qui finit par éclairer une scène digne d’une pub pour un gel douche alors que le mec déclare sa flamme à la femme de sa vie, de la manière la plus naïve du monde, et où toute cette naïveté se retrouve jetée aux loups parce que la meuf n'a plus aucune sensibilité à force de baiser à tire-larigot depuis qu’elle a treize ans, le tout cadré comme dans Ushuaïa Nature. Je ne sais pas vous mais moi j’en chiale. Putain.

 


Et je prends juste cette scène comme exemple parce qu’elle est sublime, mais je pourrais écrire des paragraphes entiers sur la scène de masturbation style Alerte à Malibu ou la vue subjective sur un doigt tendu à la salope incarnée. Et même si on peut reprocher à Levine d’en faire trop, de flatter quelque fois le public Sundance un peu lubriquement, d’avoir une propension certaine pour le clippesque, de faire de l'esthétique pour l'esthétique ou de balancer des messages gauchistes en loucedé, on peut pas lui enlever cette malice de l’abîme, ce faux air cool pour parler des choses les plus graves du monde, déjà un peu présent dans ...MANDY LANE. Car si précisément la mise en scène est si ostentatoire et tape à l’œil, c’est sans doute aussi pour coller à cette envie de Beau désirée par les personnages, de Beau rapide et accessible, consommable bien sur, mais de Beau devant du vide, comme la femme de Kingsley, fantomatique, semblant hanter un vestige d’appartement qui aurait abrité l’Amour. Et oui, la fin est naïve, mais dans une époque aussi cynique, ca fait parfois du bien.

 


Norman Bates. 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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Bertrand 14/04/2011 19:50



Norman aura bien compris, lui, qu'il s'agissait d'un "connard" affectueux.



Dr Devo 13/04/2011 21:21



Bertrand,


 


La prochaien fois je modére ton commentaire. Si on a quelque chose à dire, comme d'hab' et comme tu le sais, on met les patins, et on traite celui d'en face en gentleman.


 


Dr Devo.



Nonobstant2000 13/04/2011 17:16



Cher collègue, serait-ce possible ? Un film qui viendrait enfin à bout de la thématique chère à Antonioni, " l'incommunicabilité entre les êtres"...


Pour tous ceux que ça intéresse, et vous aussi j'espère, je recommanderais dès lors instamment le LEFT EAR de Andrew Wholley.



Bertrand 13/04/2011 12:35



" glauque comme un coucher de soleil sur la manche"


 


connard, commence déjà par en voir, et pas faire ta caricature de parisien bitchy cynique