TRIANGLE de Christopher Smith (USA 2009): Princesse Sysiphe

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

 

 

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[Photo : "La peur à changé de camp", d'après le merveilleux site http://meracontepastaviedanslejhm.tumblr.com]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cauchemar d’un critique. Devoir écrire un article sur un film dont on a pas grand chose à dire, parce que votre rédacteur en chef vous oblige à le faire vu que c’est le distributeur qui nous a envoyé le DVD.


Regarder le film, consciencieusement, faire attention aux détails, se forcer. Arriver à la fin du film, pas forcement déçu, ni complètement emballé,  la sensation d’avoir passé un moment un peu douloureux, comme un cauchemar qui vous condamne à revivre les mêmes scènes indéfiniment. Regarder avec soulagement partir le générique, comme enfin sorti de l’enfer.


Cet enfer, pourtant, à un petit goût de paradis. Histoire de jeunes gens partis faire du bateau en une magnifique journée ensoleillée dans un paysage paradisiaque qui se retrouvent aux prises avec une tempête mystérieuse, chavirent et se voient secourus par un cargo fantôme rempli de Melissa George.


Le cauchemar d’un critique. Devoir écrire un article sur un film dont on a pas grand chose à dire, et recommencer plusieurs fois, sans jamais réussir à trouver comment parler de ce putain de film, parce que votre rédacteur en chef vous oblige à le faire vu que c’est le distributeur qui nous a envoyé le DVD. Merci pour nous monsieur le distributeur, maintenant je veux bien recevoir le DVD du nouveau Carpenter, merci.


Regarder encore le film, consciencieusement, faire attention aux détails, se forcer. Arriver à la fin du film, toujours pas bien dans ses pompes,  la sensation d’avoir passé un moment encore un peu plus douloureux, comme un cauchemar qui vous condamne à revivre les mêmes scènes indéfiniment. Regarder a nouveau avec soulagement partir le générique, comme enfin sorti de l’enfer. Un enfer semblable mais différent dans le sens ou on a essayé d'insuffler un nouveau mouvement, abordé d’un autre axe le film pour s’en sortir.


Melissa George regarde Melissa George monter dans son cargo de culpabilité, hanté par un acte décisif. Le même enchaînement se reproduit tout le temps, avec les mêmes personnages. Elle, cherche une faille qui lui permettrait d’esquiver. Est ce qu’on peut esquiver la culpabilité ? Est ce qu’on peut se décharger du poids de la conscience ? Aurait-elle du prendre le taxi plutôt que le bateau ?


Prendre une décision.


Le cauchemar d’un critique. Le film se déroule sans toi, mais tu DOIS écrire un truc. Choisir un axe. Prendre un fusil. Tuer ou empêcher de mourir ? Le réalisateur et le critique. Deux chemins qui se croisent un moment, un accident qui arrive. Alors tu remets le film, pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé.


Regarder encore le film, consciencieusement, faire attention aux détails, se forcer. Il y a une lumière saturée, des plans géométriques, un montage en A+B+A’+B’+A”+B” à n’en plus finir, des perspectives déprimantes, un labyrinthe dans la tête, à vous rendre fou. Les mêmes plan reviennent, les mêmes têtes, les mêmes acteurs qui font toujours la même chose. La musique un espèce de bruit, de bourdonnement continuel, des cris hystériques. Faut le vouloir, faut l’endurer TRIANGLE. C’est pas facile. C’est un cauchemar de critique, toujours le même film, qui ne s'arrête pas, dans les limbes, piégé, comme un Sisyphe vu que le bateau s’appelle Eole.



Regarder a nouveau avec soulagement défiler le générique, comme enfin sorti de l’enfer. Le choix à été fait, la dynamique débloquée. Enfin. On respire. On voit d’autres horizons, un autre paysage, un enfant qui joue.


Jusqu’au prochain accident.


Le cauchemar. Recommencer son article. Il n’y a aucune solution. L’horreur la plus terrible c’est l’impression de liberté. On croit fermement que l’on peut s’en sortir, qu’on peut changer le destin, tout refaire sur une île. L’horreur parce que c’est impossible. On est en enfer. Tous les choix sont annihilé, toutes les perspectives sont fausses. Comme dans ces gravures d’Escher, vous savez celles avec les escaliers qui n’ont ni début ni fin. Il n’y a plus de fin ni de début dans la souffrance. La souffrance c’est une dimension de douleur. Chaque acte vous fait regretter d’être en vie. Pourtant vous ne pouvez pas mourir. Chaque décision est un point qui est relié à un autre point qui est relié à vous. Comme un Triangle, comme une Trinité religieuse mais aussi comme un équilibre infernal. Un équilibre qui renvoie à la plus grande solitude : il y a des jugements qui sont irréversibles, quoique l’on puisse en penser, quoique que l’on puisse faire pour se rassurer.


Le temps c’est une ligne, pas un triangle. Triangle est un film infini. C’est pas passionnant l’infini, c’est oppressant et étouffant. Chiant aussi.


Dans tous les cas, effrayant.








Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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