TRIBUNE

Publié le par Nonobstant2000

devo-mitchum-1ere-couche.jpg[Photo: "Engagez-Vous Qu'Ils Disaient [In Memoriam Robert Mitchum et Jean Lefebvre]" par Dr Devo et Nonobstant2000. Cliquer pour agrandir.]

 

 

 

France, 2012 .

 

 

Aujourd’hui on va parler de rien, pour paraphraser Peter Handke et son OUTRAGE AU PUBLIC. Le calendrier aztèque nous talonne, c’est pourquoi je me dépêche. Perso je n’ai jamais entrevu la Fin Du Monde comme un pataquès nucléaire ou barbare - ça peut encore venir-, mais non : je le vois plutôt comme un truc lointain et insidieux, le mauvais battement d’ailes de papillon, le fait divers en bas de page écrit en tout petit ("bon voilà, on a épuisé les ressources naturelles de la planète") qui aura ses conséquences des mois et des mois après sa notation –si tant est qu’il en ai jamais une. L’Apocalypse dont j’ai envie de vous parler est un peu de ce genre et n’aura été qu’un feu de paille de plus sur la Toile. Désolé si j’ai l’air solennel ou bien meurtri dans ma chair, c’est pas ça du tout. Voilà, une banale histoire de financement par une grande chaîne avec un père et sa fille au jury qui choisissent le script de la petite dernière. La goutte de plus.

[NduDrD: Nonobstant2000 fait ici allusion à la récente "affaire Bohringer" où Roman et Richard B., pére et fille donc, ont été invité à selectionner un court-métrage dans lequel ils devaient ensuite jouer, dans le cadre d'une collection sur Canal +. Les deux B. ont choisi le meilleur scénario selon eux, à savoir celui de Lou B., repectivement fille et soeur des deux jurés, créant ainsi une grosse polémique parmi les candidats à ce concours de scénari, tandis que les deux premiers B, juraient avoir choisi le scénario le meilleur !]

 

Ma question demeure de fait somme toute assez simple, dans de telles conditions: "Sommes-Nous Encore Obligés De Tenir Le Rôle Du Public ?"

 

Pour ce que j’en vois, on se passe déjà très bien de nous.

 

On nous bassine tellement avec ces pionniers du 7e Art, critiques gourmands et gourganduins, passionnés et militants - c’est pour dire, regrettant de ne pas avoir vécu les Années Soixante j’ai cru longtemps qu’il me suffirait cependant de devenir alcoolique pour pouvoir me taper Jane Birkin (sous vos applaudissements ; envoyez vos dons) influençable comme je suis – mais non, rien à faire, notre Génération à nous ne décolle pas. Il n'y a pas à tortiller, c’est Zemmour qui a raison. Les gens ont besoin que "l’on pense pour eux", aussi deux-trois troublions (ou bien Ex- Miss Météo, mais oui, mais oui, ..) arrivés-là à l’usure feront tout à fait l’affaire. Je ne dis pas qu’il n’y a pas quelques spécialistes- je me demande juste qui est assez Orphelin pour espérer faire son trou en restant dans la Périphérie de la Grande Cour ? Car Orphelins du Cinéma nous le sommes tous. Quand on sait qu’il faut avoir accès au câble pour bénéficier de réel cinéma, on se dit que la Culture est devenue ce qu’elle n’aurait jamais dû être, et surtout que les chaînes nationales ont bel et bien baissés leurs frocs. A moins d’avoir des velléités aristocratiques plutôt douteuses, je ne vois pas quelles sont les raisons pour engraisser davantage les rangs de l’establishment ? Aujourd’hui plus que jamais se repose la question de récupérer notre Espace Culturel, au risque de demeurer encore longtemps à la Merci de la Sacro-Sainte Sélection Naturelle, celle qui construit des centrales nucléaires sur des failles sismiques, celle qui fait que ce sont ceux qui ont ravagés la Planète qui se débrouilleront encore pour nous vendre de l’Air Pur.. Avons-nous vraiment besoin de tous ces arrivistes de la Culture –qui ont su se faire suffisamment discrets au moment où il fallait ouvrir sa gueule justement - pour nous dire comment lever le petit doigt en buvant notre tasse ? On savait qu’il y avait pourtant un problème quand on a remis la Légion d’Honneur non pas à Olivier Py mais à Daniella Lombroso et Christophe Maé.

 

 

Parce que le Cinéma est aussi le lieu de prédilection des Utopies. Et les Gouvernements et leurs Investisseurs seraient bien embarrassés si naissaient de là des systèmes qui permettraient de se passer d’eux dans les Grandes Largeurs, tandis qu’on a encore à cette heure du mal à leur faire épeler le mot « restructuration ». Quelle est notre excuse dès lors, alors que nous avons eu pourtant tous les outils nécessaires entre les mains ? Pardon de prêcher à nouveau pour "ma" paroisse, mais le Mouvement Dogme initié par un certain Danois énervé avait fait plus que nous montrer le chemin : à Nous le Cinéma des Cordonniers Anonymes, à nous les Pamphlets de la Congrégation des Mangeurs de Brie, …

 

Que s’est-il donc passé ?

 

A l’image des Casseurs commandités par on-ne-sait-qui pendant les manifs, de cette Liberté qui nous avait été offerte, nous avons fait un Généreux Tas De Merde, ouvert au trollisme le plus bétifiant. Est-ce là tout ce dont nous sommes capables ?

 

Y-a-t-il des Dramaturges dans la Salle ? Histoire de leur montrer qu’il y a d’autres façons de faire des Films, d’autres messages à faire passer, histoire de ré-écrire l’Histoire...

 

 

 

Nonobstant2000.

Publié dans Ethicus Universalis

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Nonobstant2000 18/01/2013 12:32


..l'idée c'est de maintenir le concept même d'alternative

Baron_Samedi_Soir 09/01/2013 00:43


Tout à fait, cependant, c'est à ce niveau que se situe le mal: il n'y a plus d'éducation de la critique, on ne nous apprend plus à prendre de la distance. Il suffirait pour
remédier à cette lacune d'accepter l'existence des opinions. La France est un pays qui use et abuse d'une politique et d'une éducation e de la honte: nous n'avons pas le droit d'avoir une opinion
à moins qu'on ait prouvé une quelconque valeur (et qu'elle est telle?). Plus personne n'ose porter ses idées et se déclare pourtant parent de personnes illustres. Je ne suis pas dans le cinéma,
mais aux beaux-arts, sanctuaire encore plus fermé, il existe le même malaise.

Nonobstant2000 05/01/2013 10:11


..à l'écart oui, mais pas "inactif", surtout si Cinéma et Critique sont des savoir-faire qui se "perdent"

Baron Samedi Soir 04/01/2013 12:00


Guy Debord a dit "nous nous amusons dans la ville". Je ne sais pas pourquoi en lisant votre tribune j'ai pensé à lui. Toujours est-il que je suis entièrement d'accord. Nous sommes cernés par
la bêtise crasse des gens qui pensent que la culture se bornent à citer trois noms dans le vent. Le paradoxe étant qu'à force de constater que la "culture" est une matière aussi rigide et débile,
ceux qui sont animés par d'autres noms que les cons sanguins du 7ème art deviennent peut-être des outsiders, des hommes de l'ombre qui chérissent un art comme on le faisait il y a un certain
nombre d'années, et je n'étais pas né à ce moment-là, alors il est une bonne chose que de rester à l'écart, non?