TRUE GRIT de Joel et Ethan Coen (USA 2011) : Borgne to be alive

Publié le par Norman Bates

 

 

 

trou greed

[Photo : "Etrillé" par Dr Devo.]

 

 

 

On aura peut être enfin réussi. Réussi à faire briller les vieux poncifs pour en faire quelque chose de neuf, comme une nouvelle mise en page sur un blog de mille ans ; c’est de ma faute, j’ai menacé la direction d'écrire encore du bien publiquement d’un film de Kitano en racontant ma life via une vieille histoire d’amour ripoue fleurant bon le quartier Latin du XXI éme siècle et ses proto-hipster déambulant de cafés en terrasses dans un mouvement d’une perpétuelle vacuité, s’indignant dans le même mouvement des prix du café et des catastrophes naturelles, devant le même parterre sans cesse indigné des turpitudes d’une existence hasardeuse et bien cruelle, donc oui maintenant on passe en noir et blanc, fini la moquette on passe au marbre et au satin, dress code de croque mort pour parler culture au pays des luminaires.



Cette longue intro si je veux, et cette longue intro pour dire que les Coen en gros c’est pareil, ils ont ressortis Jeff Bridges des tréfonds de leur filmographie, lui ont collé du maquillage sur la gueule et l’ont envoyé en plein far west garder la petite tout en affrontant un monde décidément hasardeux et cruel. Le tout bien sur agrémenté de dialogues humoristiques, de personnages haut en couleurs et d’un ton auteurisant décalé, bref de tout ce qui a fait les succès populaires des Coen de THE BIG LEBOWSKI à OLD COUNTRY FOR GOLDMAN. Mêmes acteurs, mêmes fondus au noir sur une existence qui s'étend le long de l’horizon du désert au firmament, mêmes coups de feu dans la nuit, mêmes loosers amoureux, mêmes débiles pommés anesthésiés par la peur, tout y est comme au train fantôme...



S'il est toujours plaisant de voyager avec les frangins, de retrouver ce sens tout particulier du rythme et cette photo superbe, on finit par trouver le temps un petit peu long à écouter poliment se dérouler une intrigue toujours bien écrite, aux dialogues toujours bien tourné, mais où tout est tellement poli et bien agencé que ça devient semblable à observer un mécanisme d’horlogerie un peu précieux, très vite chiant. Nous, on veut de la folie et du rock’n’roll, pas de la musique gonflante qui anesthésie tout mouvement poétique/comique au profit d’un mélo pas très finaud. Car oui, qu’est ce que la musique est putain de chiante, qu’est ce que la gamine nazie qui sert de personnage principal est horripilante. Et qu’est ce que vient foutre Matt Damon dans ce bordel? Pourquoi s’excuser de quelques accès de violence quand c’est la nature qui engloutit tout ?



Et c’est bien dommage que les bro’ se soient laissés aller à tant d'académisme vu la richesse de la thématique sous-jacente, curieusement gothique, à base de formes organiques vaginales qui enferment la jeune fille. Y’a l’évidence de la grotte remplie de serpent (très belle scène d’ailleurs avec ses gros serpents en images de synthèses bien crades) mais aussi, plus discrètemen,t une très belle forêt touffue d’arbres morts dont l’arc contient en son centre un pendu à l’oeil crevé, référence ou pas à Poe et à la maternité terrifiante. De même on peut souligner qu’à plusieurs reprises l’eau bouillonante vient rapprocher la jeune fille des deux figures paternelles antagonistes (Brolin et Bridges) dans des scène-clés plutôt bien amenées. C’était plutôt étrange et malsain d’amener ça dans le western de Papa. Malheureusement les effets glauques ou inquiétant ne fonctionnent jamais à cause de cette putain de musique à la con et d’une mise en scène un peu planplan qui se laisse aller doucement à épouser le rythme doucereux de l’ouest aride et de ses dangers. Les Coen ne se foulent pas trop, ils sont la où on les attends, et c’est le gros reproche vis à vis film. Ailleurs, dans ce que le film déroule d’original, comme cette chevauchée dans la nuit qui est par ailleurs une idée superbe, on voit certes les étoiles, mais comme le fou on regarde le doigt, le gros doigt boudiné de Steven Spielberg sans doute, qui montre au final bien peu de choses qu’on aurait pas déjà vu en lices pour des palmarès ici ou là...





Reste quelques bons acteurs, quelques idées qui volent au gré d’un montage pas vraiment inspiré, qui peine à trouver un rythme qui tienne la route, qui s'essouffle comme Jeff Bridges au terme d’une course à la mort aussi éreintante pour le spectateur que pour l’acteur...  Et cette fin dispensable et tire-larme on l’aurait volontiers troquée, comme ils avaient si bien su le faire, avec A SERIOUS MAN.


Dommage...


Norman Bates



 

 

Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

 

Retrouvez Matière Focale sur Facebook .

 

Publié dans Corpus Filmi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Nonobstant2000 15/03/2011 13:27



Effectivement cher collègue on a frôlé la catastrophe, mais c'est très bien comme ça noir et blanc...enfin à moi ça me plaît beaucoup.