UNE NUIT A NEW YORK de Peter Solett (USA 2008): Sons d'une nuit d'été

Publié le par Norman Bates






Michael Cera s’est fait larguer et vit prostré dans la chambre qu’il occupe chez ses parents, dans une banlieue minable de New York. Ce soir, ses deux potes homos veulent qu’il reprenne sa place dans le petit groupe de rock pourri qu’ils forment pour faire un concert dans un bar branchouille de New York, ce afin qu’il reprenne goût à la vie et qu’il oublie une bonne fois pour toute son ex-petite amie débile mais canon, à qui il continue d’envoyer régulièrement des superbes cd-audios qu’il a gravé lui-même, compilant et résumant ses découvertes musicales pop rock dégoulinantes et insipides du moment, le tout entrecoupé de messages d’amour pleurnichards à une ex qui en a manifestement rien a foutre, puisqu’elle sort avec le capitaine de l’équipe de base ball et tient justement ils sont là ce soir au concert, quelle coïncidence, New York est si petit ! Après nous avoir infligé quelques minutes de concert live de son groupe de chie, visiblement fatigué par l’exercice et décontenancé par la présence de son ex, ce pauvre Michael Cera qui ne boit pas d’alcool se réfugie dans le coca cola, et c’est à ce moment là que lui tombe dessus une copine de son ex, vous savez la grosse moche qui traine avec des jolies filles en  jalousant secrètement leurs petits amis trop mignooooonnns et qui en l’occurrence écoutait secrètement et avec amour les compils préparés pour l’autre (celle qui est bonne),  donc je disais cette fille moche lui tombe dessus, ses potes homos l’encourage et la coache pour qu’elle finisse la soirée avec lui, en lui conseillant par exemple un nouveau soutien gorge (c’est bien connu les homos sont des spécialistes de la mode) qui lui donnera l’impression, je cite, "d’avoir deux seins" (sic !). A ce moment du métrage, il me parait fort opportun de faire un point sur la mise en scène. Voilà, ce point étant fait, nous pouvons continuer en nous intéressant maintenant à ce qu’il se passe non pas à l’arrière des berlines, mais à l’avant de la voiture de la fille plus si moche depuis que des gays lui ont refait sa garde robe, et qui en plus s’avère être une fille de, héritière d’une famille juive (donc riche) impliquée dans la construction d’un tunnel secret New York-Téhéran et d’un studio de musique produisant la même merde que celle présente  dans les playlist de l’ipod de tout les connards comme Michael Cera, et aussi de la fille en question car, deux ex machina, ils ont la même playlist !! Nous voila donc à la scène de la révélation de l’amour : nous avons la même chose dans nos ipod, nous sommes compatibles musicalement, donc faisons des gosses et marions nous, fusionnons nos ipod et soyons fous synchronisons nos iphone ! C’est tellement rare de trouver deux personnes ayant les mêmes goûts musicaux, alors quand elles sont toutes les deux célibataires, let’s make a deal ! Dis moi ce que tu as dans ton ipod, je te dirais qui tu es (un critique de Télérama à utilisé le mot "émouvant" pour qualifier ce film). Nous voila au cœur de tout les problèmes, de ce qui cristallise les intérêts du monde occidental : trouver un boulot et une femme ayant les mêmes gout, qui sont en fait ceux de tout le monde libre, de toute personne en mesure d’écouter a longueur de temps de la merde préformatée servant dans la foulée à illustrer la pub pour sa future voiture ou son mac de chie, abreuvant nombre de myspace et autres réseaux de partages culturels accessibles par smartphone. Dans un monde où les sentiments doivent naître comme les nouveaux talents de la musique, c'est-à-dire le plus rapidement possible, établis puis oubliés pour laisser place à de la simili-merde coiffée différemment qui plait tout de suite et lasse dix minutes après, comme des postures éphémères qu’il faut consommer tant que c’est chaud, puis bruler ensuite. L’amour par texto ou comment désacraliser le désir et la séduction en conjuguant pauvreté formelle et rapidité d’exécution, entre deux clips vidéos trouver le temps d’un "je t’aime", ou entre deux jambes le plaisir d’une ou deux minutes, non surtaxées. Michael Cera est bien évidemment le petit con de service, celui que l’on déteste dès la première minute avec ses gimmicks de premier de la classe tout le temps à se plaindre, alors même qu’il a la chance et la possibilité de mettre en action des mécanismes à même de l’extirper du marasme ambiant dans lequel il évolue (une des personnage du film est définie par le fait qu’elle vomit toujours au même endroit lorsqu’elle est bourrée, parcourant s’il le faut des kilomètres a pieds, comme un oiseau migrateur, style oie sauvage : honnêtement je crois que c’est le personnage le moins prévisible du film) mais dont il ne s’extirpe jamais, il tombe dans les bras de l’autre fausse moche sur maquillée et riche, et sans doute qu’une fois grands ils auront  JUNO comme fille, une sorte d’incrémentation de leurs échecs à envisager la vie sur le long terme si des paramètres restent indéfinis. J’extrapole un peu : le film se déroule juste sur une nuit, une nuit à écouter du rock merdique dans des bars branchés, une nuit pour découvrir qui l’ont est, une nuit à errer à la recherche d’amis ivres dispersés dans la ville électrique, où la pub ne s’arrête jamais, ou l’ennui est un statut facebook vite mis à jour car vive le temps réel, vive les fêtes où l’on s’habille bien mais où personne ne remarque qui l’on est vraiment, vive  Michael Cera et sa playlist composée avec amour. Au petit matin, les gays comme les hétéros sont amoureux, tristes et fatigués, les filles se sont retrouvées, Michael Cera à enfin tourné la page, il a trouvé une fille bien, enfin une fille qui l’admire pour ce qu’il écoute et non pas parce que c’est un futur ingénieur ou un futur médecin. Au matin donc, tout ces jeunes gens ont l’impression d’être libre, d’avoir le monde devant eux et toutes ces conneries, alors que bon ils écoutent ce que d’autres veulent qu’ils écoutent, ils aiment ce que d’autres veulent qu’ils aiment, et ils font ce que d’autres veulent qu’ils fassent : la fête dans des bars pour jeunes, avec de la musique de jeune et des boissons pour jeunes, et ainsi ils s’agitent et ils s’animent dans un milieu qui adopte une stratégie à leur place, passant à coté des plus belles choses, les choses puissantes et en devenir, et qui peu à peu oublient que ce qui est beau en l’homme c’est lorsqu’il ne se contente plus d’être (un ipod, une musique, des vêtements, des films, des amis, des téléphones, un nom, une origine, une sexualité, une paire de chaussure, un sac à main, un ordinateur, etc…), mais qu’il devient quelque chose qu’il a choisi lui-même en tout indépendance, si tant est que cela soit encore possible, et qu’il faut réinventer chaque jour.  Si on mesure la sagesse d’un homme au poids de ses pensées Cera est un gros con, mais en même temps il n’est que le fruit de son format, agonisant au milieu de ses aspirations. Le film est à l’image tout ca, une sorte de produit décongelé contenant son lot de scènes d’amour toutes faites, de musique de supermarché, d’acteurs mièvres et désincarnés, que des choses ressassées 1000 fois qui, loin de stigmatiser une certaine tendance à baisser les bras, conforte le consommateur de bons sentiments et de pop musique insipide dans sa petite existence monotone, sans jamais prendre le risque ni par la mise en scène ni par les sujets abordés de sortir du lot.

 

 

 

carla

[Photo tirée du Tampographe Sardon.]

 

 




Norman Bates.

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Sentinelle 27/01/2010 18:19


ouch! je ne savais plus à quel film cette critique faisait référence et au fur et à mesure de ma lecture, je me suis souvenue de l'affiche. (je n'ai pas vu le film)
Ce qui veut dire que vous en parlez bien pour que je rapproche l'atmosphère de l'affiche qui transpire la playlist Nova à votre critique, qu'il y a clairement un trou générationnel entre ce film et
vous.(ou un point de vue critique)
Et que l'effet d'écart est drôle.


Bertrand 17/01/2010 20:58


Michael Cera.... petit masochiste va ! sinon bravo !