VANYA 42éme RUE de Louis Malle (France/USA-1994) et en cadeau bonux: une petite notule sur NON MA FILLE, TU N'IRAS PAS DANSER de Christophe Honoré (France-2009)

Publié le par L'Ultim Saut Quantique








[Photo: "Mes calembours sont plus belles que vos jours" par Dr Devo.]






Allons-y gaiement…Un petit tour du côté de la french touche bibite, cela faisait longtemps que nous ne nous y étions pas attardés mentalement. Il y a peu j’ai eu la malchance d’aller voir le dernier film (et le premier pour moi) de Christophe Honoré dont LJ Ghost nous avait déjà parlé : NON MA FILLE TU N’IRAS PAS DANSEROuèch, pour être honnête avec vous, chers lecteurs, j’y allais à reculons, car je savais un peu à l’avance à quelle sauce j’allais être mangé, soit un film "post-nouvelle vague Truffaldienne" ce qui n’est franchement pas ma tasse de thé. Evidement, il n’est jamais bon de partir avec de tels à priori, néanmoins comme ce visionnage n’était pas prémédité, j’y allais avec une certaine paix, bien décidé à prendre le film pour ce qu’il serait et à me laisser surprendre s’il y avait lieu de l’être.

 

Hélas, mille fois Hélas, après cinq minutes de projection je me rendais compte que les cent prochaines seraient aussi merdiques, dénuées de saveur, d’intérêt et de cinéma. Encore une fois, on se retrouve en pleinJardiland (et encore, sans l’arc en ciel !) avec une réalisation sans parti-pris autre que de coller à son scénario d’auteur à 2 cent d’euros, des acteurs plus tête à claques les uns que les autres (avec en tête Julien Honoré, plus que detestab), certes pas aidé par des dialogues pas bon, mais alors pas bon du tout…, le tout rendant les thèmes abordés (à priori pas sans intérêt comme l’incapacité de Chiara Mastrïani à s’intéresser à la vie alors que rien ne l’y en empêche à priori) imbouffable et puant de petit-bourgeoisisme. Pour qualifier la chose je citerai feu le meilleur animateur de débat radiophonique, soit Gérard de Suresnes : "C’est vraiment de la m…e". Et j’ai franchement pas envie d’en dire plus tellement je trouve ça honteux et tellement c’est la dernière fois que je me laisserai prendre.

 

Donc non vous n’irez pas voir NMFTNIPD, en revanche vous pourrez tranquillement rester chez vous et ainsi économiser vos euros et votre santé en appréciant la galette DVD de VANYA 42EM RUE de Louis Malle disponib à moindre frais sur l’Interned.

 

Mon oncle Vanya est une pièce d’Anton Tchekhov et pour tout vous dire c’est un peu "Amour, Déchéance et Laideur" au pays de la Vodka. La pièce prend place dans la campagne Russe. Le professeur Serebriakov accompagné de sa jeune épouse, Elena, viennent s’installer dans la vaste demeure de sa défunte première femme. Ils y sont accueillis par Sonia, la fille du professeur issu de son premier mariage ainsi que par l’oncle Vanya (le frère de la morte). Cette arrivée n’est pas sans créer quelques menues remue-ménages de part les différents conflits qui règnent entre les protagonistes et puisque Vanya va s’en amouracher d’Elena qui sera également convoitée par Astrov, le medecin de famille, ce même médecin dont Sonia est éperdument amoureuse sans qu’il y ait, malheureusement pour elle, réciprocité Pfffiou. Du coup comprenez bien que ça sera un peu la merde. Mais passons sur la pièce, qui malgré ces atours plutôt Feux de l’Amouresque reste tout à fait digérable, et concentrons sur ce qui fait la singularité du film !

 

Nous sommes en 1993 ou 1994 et Louis Malle connaît la pièce et plus particulièrement sa version mise en scène par l’américain André Grégory qu’il a su apprécier aux States où il séjourne alors… Et donc Malle se prend l’envie de réaliser un film à partir de ce matériau sans pour autant en faire une adaptation pour le cinéma. Rassurez vous il ne s’agit pas non plus de théâtre-filmé, la démarche ets bien plus subtile et intéressante que ça. Premièrement Malle prend le parti de filmer non pas une représentation "classique" de la pièce mais un filage (le filage étant une répétition générale de la pièce du début à la fin et sans interruptions, à priori). En fait, l’idée de filmer un filage n’est qu’un prétexte, on se rend bien compte que le film est très monté et que les acteurs n’ont pas joué la pièce d’une seule traite. L’intérêt de la chose réside dans le fait que les acteurs ne sont pas dotés de leurs costumes de scène (ils portent leurs vêtements du quotidien), Exit également le décor de la pièce; le tournage ne s’effectuera pas sur scène mais dans un lieu de répétition qui se trouve être un imposant théâtre en ruine (sur la 42em rue) où André Grégory aime faire répéter ses acteurs. Ainsi Malle décontextualise la pièce d’origine pour lui donner un nouveau ton. L’enjeu est lourd, il n’y a plus vraiment de décor et plus de costumes, il ne reste plus qu’à Malle à jouer sur la mise en scène et de compter sur la performance des acteurs, et c’est exactement ce qu’il va faire.

 

Dans le film, le metteur en scène André Grégory joue son propre rôle et invite au début quelques spectateurs à assister à ce filage particulier. Aussi le film commence tel une sorte de documentaire sur le travail de filage d’une pièce de théâtre… puis sans que nous nous en rendions compte immédiatement, Malle nous fait entrer dans la pièce de Tchekhov et donc dans la fiction qui finit par nous sauter aux yeux grâce à un très beau point de montage (que je ne vous dévoilerai pas pour laisser un peu le plaisir de la découverte). Par ce stratagème Malle nous fait littéralement pénétrer dans la fiction sans que nous puissions en sortir, il y a une réelle attraction qui s’opère (après cinq minutes de film, nous sommes déjà rassuré, on voit que Malle en a sous le pied et qu’il va nous surprendre). Cachottier qu’il est, Malle se payera même le luxe de nous faire ressortir de la fiction dans laquelle il nous avait si bien ancrés par des interventions de Grégory entre les changements d’actes. Ces interventions, qui n’ont pas grand intérêt en soi pour l’information qu’elles dispensent, ont pour effet de relâcher la tension pour nous y replonger encore plus profondément au fur et à mesure que le film avance et cela fonctionne très bien. Encore une fois c’est assez troublant et plutôt jouissif dans l’effet ressenti.

 

Je disais que le décor n’intervenait pas, en effet comme la majeure partie des plans sont assez serrés sur les acteurs on ne voit que rarement le théâtre en ruine,  mais pourtant ce décor joue dans quelques plans, suffisamment en tout cas pour conférer une ambiance particulière un peu miteuse et chaotique à l’ensemble, c’est assez beau. Et puis il n’y pas que le décor qui joue mais aussi le son, là aussi c’est très subtil mais encore une fois assez saisissant. En effet, lors d’une séquence particulièrement mouvementé entre les protagonistes, Malle choisi de l’envelopper d’une ambiance sonore qui n’appartient pas à la pièce de Tchekhov mais au lieu de tournage. On sent bien que la chose est faite exprès car cette ambiance sonore aurait pu être entendue bien avant, mais Malle la place délibérément dans un contexte tendu et  l’effet impressioniste est assez étrange. Il devrait y avoir une sorte de distanciation et pourtant non, je dirai que cela enfonce encore plus les protagonistes dans leur solitudes et leur désarroi et c’est assez touchant.

 

Tous ces éléments de mise en scène auxquelles j’ai fait allusion interviennent de façon assez discrète et je dirai que l’ensemble formel du film est d’une teneur assez classique. Globalement la mise en scène est vraiment au service des acteurs et nous livre un montage sans follesgourmandisesmais nondénué de rythme pour autant. On ne va pas s’en plaindre car les acteurs justement sont tous plutôt bons (avec en tête la belle Julianne Moore et aussi le très bon Wallace Shawn qui interprète Vanya et que l’on a pu voir récemment dans SOUTHLAND TALES dans le rôle du Baron Van Westphalen , un habitué des voix de personnages de dessins animé, il faut dire qu’il a une voix assez "remarquable" et le physique qui va avec…). Malle n’abuse pas des effets donc et je dirai justement que c’est dans la ponctualité de leur utilisation et dans leur force qu’il donne une dimension très particulière au film, assez unique finalement qui mérite bien que l’on s’y arrête.

 

L'Ultime Saut Quantique.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Corpus Analogia

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