VERTIGE d’Abel Ferry (FRA 2008): Balkan des amoureux

Publié le par Norman Bates










[Photo: "Zone d'impact" par Norman Bates d'après une photo du groupe Gogol Bordello.]







A chacun ses vacances : quand d’autres vont entretenir leur cancer de la peau sur les plages de méditerrané, certains choisissent l’aventure et la prise de risque dans les massifs verdoyant de Croatie, au milieu des loups et au dessus du sol de préférence. Evidemment c’est le cas de la bande à Fanny Valette et en plus de ça ils s’aventurent dans une via fermée, en plein après midi et sans équipement. Vous imaginez aisément la suite : sous le soleil croate les jeunes adultes vont découvrir les raffinements infinis dont font preuves les peuplades étrangères à l’égard des européens/américains (c’est les mêmes) venus dépenser l’argent de leur parents chef d’entreprises ou critiques de cinéma.

 


Film d’horreur français, je pense que tout est dit, on peut passer aux desserts et vous reprendrez bien un peu de ce délicieux Dom Pérignon, allez y puisqu’on vous le propose. Non rassurez vous on ne crachera pas dans la soupe, on n’est pas comme ca, on laisse sa chance au produit. Ce serait dommage effectivement car le début laisse présager de bonnes choses pour la suite : plans très soignés en avion dans les montagnes à la SHINING, jolie photo et caractérisation rapide des personnages, il y a même quelques cadres sympas a droite ou a gauche. La balade en Croatie se passe plutôt bien, étudions le comportement de ces jeunes : 5 personnes composées de deux couples plus une pièce rapportée qui a eu en fait une relation avec Fanny Valette il y a longtemps mais il ne peut pas l’oublier, etc. Détrompez-vous tout ca à une importance : devant l’adversité seuls les vrais sentiments transparaissent. C’est un peu ce que tente de nous dire Abel Ferry, de manière hélas trop scolaire, de sorte que les relations entre les personnages paraissent vraiment peu crédibles et les acteurs ont du coup beaucoup de mal à assurer là dessus. Du coup ils patatent comme rarement et ce n’est pas joli a voir, ca parait bien trop artificiel pour être honnête. Rajoutez là-dessus la trame archi classique du survival, ou on attend de voir qui va crever, dans quel ordre et je ramasse les paris. L’écriture ne réserve rien de foufou au premier abord.

 


Pourtant il serait dommage de s’arrêter là. La construction du film si elle parait classique, est en fait un retour à l’essence, au « mythème ». Il n’y a pas une version unique d’un film de survival, toutes les versions sont en fait des manifestations d’un même langage, c’est la relation entre une fonction et un sujet dont il est question. Or le langage ici c’est le cinéma, ce qui logiquement pousse à dire que chaque film au scénario identique est complètement différent, ne serait ce que parce qu’ils ont un postulat identique. Le simple fait de dire la même chose les singularisent et font naitre le langage, qui est le moyen de l’expression. Le mythe est un mensonge qui oppose l’homme et son désir enfoui de briser la société, la nécessité de la famille et la fondation d’une civilisation. A quoi s’opposent nos cinq protagonistes ? A un sérial killer timbré qui vit dans une maison dans la forêt en pourchassant les touristes ? Ou a leur propre envie de se mettre en danger en allant de fait là ou ils prennent le plus de risques ? La réponse n’est pas si évidente, et le but n’est pas d’y répondre, mais de mettre en scène le mensonge, d’où l’origine du cinéma (et de l’art) nous dit Abel Ferry.

 


Ok donc Fanny Valette flippe face à la figure du mal(e) étranger. Mais elle flippe aussi pour son couple et pour l’enfant qui est mort. Son couple qui se casse lorsqu’il est exposé aux pires sévices, alors que dans le même temps un rapprochement dans la souffrance s’opère avec son ex amant. Est-ce la nature qui décide comme tout porte à le croire ? Est-ce que l’amour est une fonction vitale qui cherche la survie, reflexe atavique face à la violence du monde ? Peut être ou peut être pas, mais plus important la réponse semble être dans la question, et en cela l’art qui interroge est en fait une sorte de résolution. Ce qui nous est dit c’est que le mécanisme du langage transforme l’inconciliable en conciliable, qu’il permet d’analyser les faits, leur relations et leurs achèvements mais qu’au final c’est une ILLUSION. La même illusion qui consiste à voir dans une caméra le réel, ou dans une marionnette la réalité. Le couple qui est l’enjeu du film est une structure complexe qui est un miroir de la société. Société = couple = illusion puisque la rupture est possible et même inévitable, comme lorsqu’un pauvre hère célibataire, pauvre et sans famille qui encule des chèvres dans la montagne croate  décide de s’attaquer de manière complètement irréfléchie à cette société. C’est l’opposition binaire entre le hors du monde et le monde, entre les extra terrestres et les hommes, entre les créatures de la nuit et celles du jour, entre le ciment et les étoiles. Cette opposition se retrouve partout : films, livres, peintures, etc… car c’est un langage qui exprime quelque chose qui ne nous est pas familier, et que des concepts gigantesques nous permettent à peine d’approcher.

 


Attention c’est là que ca devient triste : nous n’avons que l’illusion ! Parce que sans illusion Fanny Valette se retrouve avec un bras cassée, toute seule, face à un mec super cheum et costaud qui veut lui faire la peau. Parce que sans illusions on a objectivement beaucoup de chance de crever rapidement, qu’on ne vit que pour gagner du temps et qu’il n’y a sans doute pas d’amour ou d’admiration dans le regard de la caissière du supermarché à notre égard. La dernière corde de la tyrolienne utilisée par Fanny est elle solide ? Peut-elle survivre alors que la société et le couple ont perdus ? Est-ce que le film est bien ?

 


La tyrolienne existe, la société existe, le film existe, la caissière existe, mais honnêtement il y a très peu de chances pour qu’elle soit amoureuse de vous secrètement, que Fanny Survive, qu’un film Français d’horreur soit bon ou que la société disparaisse. Ce qui est sûr en revanche c’est qu’à Matière Focale on vous prépare secrètement un événement cinématographique sans commune mesure ayant pour thème les seins, les hommes effeminés et les nazis, et qu’il sera beaucoup question d’approfondir les relations entre l’art et l’illusion.

 


Spécial dédicace à Levi Strauss !

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 


 

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Publié dans Corpus Filmi

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