WAKE WOOD de David Keating (GB 2011) et MILOCRORZE de Yoshimasa Ishibasi (Japon 2011): Etrange Festival 2011 épisode 2

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

 

 

Le message est en demi-teinte, l’information s’est répandue, le mot est passé : l’équipe de Matière Focale parcourt avidement les marches du palais souterrain du sacro-saint des festivals. Des yeux partout, des oreilles dans tous les coins, la truffe humide, on cherche la pépite, de séance en séance, de salle en salle, au gré des rencontres et des célébrités underground. Souterrains mais lumineux, nos égarements nous mènent aux confins les plus reculés du cinéma, là ou les programmateurs de l’étrange sont allés dénicher LE film qu’il faut voir en ce début d’année, à l’autre bout du monde aussi bien qu’en Belgique, au péril de leurs vie et même quand la société s’y oppose. On poursuit nos égarements et depuis MEAT il s’est passé des choses, dans l’ombre, sur d’autres réseaux avec d’autres acteurs. On laisse un instant le Dr Devo avec ses groupies hystériques pour se pencher sur ni plus ni moins que la résurrection de la HAMMER et la Fin Absolue du Bon Goût.


 

WAKE WOOD, le réveil dans les bois, ou comment passer de l’horreur gothique à l’ancienne à un cinéma prenant place dans l’Angleterre (Irlande) de Cameron en plein exode rural, sur fond de HAMMER nouvelle qui tente de ressortir de la forêt avec du bois vert. Nouvelle ambiance mais même volonté d’en découdre avec le classique de l’horreur, ici les mythes druidiques  celtiques d’un village rural bien comme il faut, avec gentil maire protectionniste et gentille mère protectrice. Quand la petite fille meurt, c’est vers des coutumes millénaires et des rites païens que le jeune couple se tourne pour faire revenir l’être aimé.

Si on pense évidemment à THE WICKER MAN ou à SIMETIERRE dont il n’emprunte pas que la thématique, le film se démarque légèrement des ces références pour nous la jouer nouvelle donne : Alice porte un ciré jaune et elle n’est pas contente, les rites ancestraux se font à la bouse et la résurrection de la HAMMER ne se passe pas comme escompté. Classique dans son scénario, se voulant moderne dans son approche, le film n’arrive guère qu’à faire frissonner à de très rares occasions, principalement au milieu du métrage quand Alice ne sort pas de répliques ratées du style "Viens faire un câlin à Maman" à la lisère d’une forêt mal éclairée. Passons sur l’introduction désastreuse à tous points de vue où l’on sait dès la première image ce qu’il va se passer et où l’on nous le montre, avec force musique et montage alterné vu approximativement dix mille fois, une scène se concluant sur un accident atrocement hystérique, sans doute pour pallier au manque de moyens. Par la suite, le cadrage se fera plus intéressant avant de sombrer totalement vers la fin, le réalisateur étant manifestement perdu et ne sachant pas vraiment  sur quel pied danser. Le film aurait gagné en étant moins long, en commençant directement sur l’accident et en conservant le mutisme mystérieux d’une petite fille diabolique… On sort vite de la salle, et pendant que je laisse le Dr Devo aux mains sulfureuses de Boyd Rice, je m’envole pour le Japon.


 

J’atterris devant MILOCRORZE, ovni qui me conduit très loin dans le mauvais goût japonais puisqu’il me sera infligé pendant une longue heure et demie les déambulations fluorescentes et atemporelles d’un héros kitchissime tour-à-tour conseiller en drague, samouraï en Fuji-pyjama et grand enfant au cœur brisé. Le film ressemble à un épisode des Télétubbies ou à une émission de télé-achat, je ne sais pas vraiment. J’essaye de suivre une  narration plutôt intéressante faisant fi de tout repères temporels à grands coups de flash backs en escalier (des flashs backs dans d’autres flash backs si bien qu’on ne sait jamais quand on se situe) et de raccourcis absurdes (on suit une action qui en croise une autre qu’on suit alors avant de revenir au bout d’une heure à l’action initiale), bref mes yeux saignent un peu mais je suis maintenu en hypnose par des scènes de danses entrecoupées de film, l’EXPERIENCE se passe, tantôt conte pour enfant, tantôt nanard assumé pour fana d’anim' japonais, c’est pas vraiment désagréable au début, plutôt original, mais rapidement l’expérience devient insupportable…

Insupportable car toutes les bonnes idées sont abandonnées manu militari au bout de 40 minutes pour faire un film de sabre façon KILL BILL pour mongolos, assaisonné à grands coups d’effets After Effects et d’incrustations infographiques laidissimes. C'est insupportable car la narration et l’absurde laissent place à un récit linéaire et ultra-cliché du pauvre héros énamouré qui cherche sa fiancée tout en devenant plus sombre et adroit, le tout sur une insupportable musique pop japonaise. Bref je sors de là avec le cerveau en bouillie, la vague sensation d’avoir mangé trop de barbe à papa et d’en être écœuré pour la vie.


 

Le monde souterrain paraît bien fade après avoir subi une heure et demie de cauchemar épileptique, et alors que les allées du festival se vident et redonnent au silence la place nécessaire à l’intériorisation et à la paix intérieure, j’émerge peu a peu du cauchemar au milieu des derniers nazis et me dirige dans les venelles obscures à la recherche du Dr Devo….




 

A suivre.

 

 



Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Jeanne 08/09/2011 19:05



Tout cela est très excitant! peut-être nous sommes-nous croisés sans le savoir...


on tient un nouvau concept, pas loin de Tournez Manège