WE ARE FOUR LIONS (UK 2010) de Chris Morris et FAITES LE MUR (UK 2010) de Banksy : Il y a un éléphant, mais personne ne l’a vu !

Publié le par Norman Bates

 

 

 

 

gonzo devo

[Photo: "Sydney Briar is alive !" par Dr Devo.] 

 

 

 

 

 

 

Quatre crétins décident de se faire sauter à Londres, en bons musulmans, pour la cause.

Banksy, artiste mystérieux et underground fait un film pour montrer que l’art moderne est fait pour rendre les gens cons et sort un faux documentaire dans lequel il fait croire au spectateur qu’il regarde un film sur lui et le street art alors qu’en fait il s’agit peut être, ou pas, de lui et d’art moderne.

 

 

Attaquant de front la notion d’engagement, qu’il soit politique, artistique ou religieux (au fond c’est pareil), deux films chargés d’explosifs en forme de brulôts mal foutus, adoptant un parti pris formel plutôt multimédia que classiquement cinématographique, dirons-nous. A l’esthétisme béat de créateurs trop enclins à faire du beau, on oppose la forme brute de la contestation un peu fauchée, maline et revendicative. Oui, mais pas en critiquant, en mettant en scène, en interprétant et surtout en ne respectant aucune vérité, aucune règle, et en étant par-dessus tout intrinsèquement malhonnête. Bah oui, aucun des deux ne se revendique d’une réalité historique, on est dans la fiction dans les deux cas. Qui est Banksy ? C’est Banksy qui pose la question dans un film réalisé par Banksy. En réponse, il filme l’histoire d’un artiste réalisant un documentaire sur Banksy. Limpide. Limpide jusqu'à ce qu’on se rende compte que Banksy filme un documentaire sur une fiction à propos d’un artiste qui est peut être une arnaque qui est peut être Banksy, qui est en tout cas bankable. Il y avait un éléphant depuis le début mais personne ne l’avait vu !

 

 

Toutes les formes de la réalité sont revendiquées : Banksy est connu notamment pour avoir installé des poupées gonflables Guantanamo à Disneyland pendant l’anniversaire du 11 septembre ou pour diverses installations illégales style graffitis ou découpage de cabines téléphoniques. Il a également réalisé un faux générique pour LES SIMPSONS qu’il a réussi à vendre à la FOX, interpellant ainsi, non pas le capitalisme comme on aurait pu le croire au visionnage du dit générique, mais en affirmant ainsi la surpuissance du capitalisme dans sa capacité à vendre sa propre critique (la FOX diffuse ainsi sur sa propre chaine un message anti FOX qui lui rapportera beaucoup d’argent grâce à la pub et au buzz sur le net). Touche à tout pluri-forme que personne n’a jamais rencontré en vrai, revendiquant ne gagner aucun argent sur son œuvre exposée dans la rue pour le public uniquement, statut trouble de fouteur de merde acquis en collant des pubs américaine sur le mur de Cisjordanie ou en foutant Mickey sur les dents, Banksy joue de son mystère pour parler de pleins de gens qui semblent être ses amis tout en évitant consciencieusement de parler de lui (en apparence ?), en se mettant en scène comme un Jedi en lutte permanente contre le système (le milieu de l’art contemporain prend cher), pour qui l’art sert surtout à se marrer en interpellant avec humour chaque citoyen sur sa place dans l’histoire du monde. Banksy ne conclue rien dans son film, il renvoie la balle habilement à tous ceux qui voudraient qu’il s’explique. On lui commande une œuvre pour expliquer qui il est et pourquoi il crée ? Il signe un film sur un français cinglé qui a réalisé le plus étrange film de l’univers (je vous jure que FAITES LE MUR vaut d’être vu uniquement pour les extraits du film, 30 secondes qui valent plus qu’un billet de cinéma aussi cher soit il, vous n’avez jamais vu ca ni à la TV ni au cinéma, Gaspard Noé est un artisan éclairagiste à coté) avant de se perdre dans sa folie, sorte de PHANTOM OF THE PARADISE version XXIème siècle, œuvre vitale et prophétique sur la crise de l’engagement qui est l’apanage de notre société, celle qui a vu mourir Dieu et la Politique pour ériger Internet comme summum d’une liberté d’expression que personne ne mérite, quand les idoles fantasmées sont descendues au milieu des hommes en portant des noms d’oiseau, chimères monstrueuses et organiques qui hurlaient dans les foules que chacun est un artiste, que tout le monde peut créer, professant de fausses morales, surfant sur les désirs d’égalité entre tous les hommes, revendiquant le droit à tout pour tous, aux blogueurs les critiques d’arts et aux cuisiniers les grandes chaines de TV. Du foot sur toutes les chaines, quelques infos faméliques entre les deux, le monde endormis par la lassitude et dans les ombres la rancœur qui grandit, portrait de gens qui petent plus haut que leurs culs et qu’aujourd’hui on érige. La forme, je sais ce n’est pas une excuse, hérite du propos une forme underground et terroriste, loin des calibrages, proche du garbage-TV et du DIY, il faut avoir les couilles quand on est plasticien. Au final le film brouille les pistes plus qu’il ne clarifie la situation, on pourrait même envisager que Thierry Guetta et Banksy soient la même personne, hypothèse géniale qui placerait l’artiste en porte à faux de sa propre méta critique, qui absorberait l’entité créatrice pour la restituer au monde dans sa pureté originelle et fondamentale, presque christique, c'est-à-dire pleine de symbole et dénuée de sens. La dynamique de la création comme carburant du premier moteur, sans quoi l’homme est dévolu aux limbes et à rester spectre à vie.

 

 

De l’autre coté, Chris Morris depuis longtemps dans l’humour noir outre atlantique (il faut voir ses séries pour la BBC) passe au cinéma sans en emprunter le format. Des téléphones aux caméscopes, là encore multimédia par défaut, l’image est codifiée pour plus de "réalité". Pas toujours à dessein, mais on appréciera le geste, sorte de mise en abime, d’axe de chute dans le maelstrom de la nouvelle information depuis le 11 septembre (envoyez vos images à BFM TV, vous êtes vous aussi journalistes) qui voudrait placer le lambda au cœur de nos préoccupations et de nos peurs. Vous avez peur, Tata Jeannette à peur, les frères Bogdanov ont peur, Claudia Schiffer à peur, le monde est froid et insensible, restez dans vos couettes, linceul de votre intégrité critique le jour ou la télé est entrée dans la chambre à coucher. En forme de pochade débile et absurde, road movie grinçant qui tape toujours juste, jusque dans la fin qui renvoie tout le monde à sa seule responsabilité, celle qui devrait guider nos existences : confronter sa volonté à ses desseins profonds, ne pas cacher la douleur d’être homme et se présenter devant la Fin debout, droit dans ses échecs, confiant dans ses doutes et gigantesque dans sa chute. Il faut rire avant tout, surtout devant la chose la plus sérieuse du monde sous peine de faire passer sa tristesse comme mètre étalon de notre rapport à l’autre et au monde. Il faut crever de honte pour vivre libre  à nouveau. La grandeur se mesure à l’aune de la finalité espérée pour ses engagements. L’humour est une forme de résistance à la peur et il faut avoir peur de la connerie des hommes sérieux. Dans Babylone quatre lions courent, comme quatre cavaliers d’une apocalypse télévisuelle, implorant STAR WARS ou John Wayne dans des fausses chapelles sacralisés par des gens qui s’ennuient, qui ont peur, qui n’ont plus rien à vivre, qui vivent quand même, jusqu’au jour de l’an, jusqu'à l’anniversaire, jusqu'à l’été, jusqu'à Noël, jusqu’au matin, jusqu'à la nuit prochaine, encore attendre, encore se retrouver seul, ils ne croient plus à l’enfer, plus au paradis, ils croient dans la TV, dans la police, dans les étreintes fugaces, dans le crépitement du feu, dans l’arrière des night clubs, au fond des chiottes sordides d’une boite à partouze, et plus ils attendent plus ils ont peur, plus ils sont bêtes, plus ils sont sauvages et plus ils oublient qu’ils sont tristes. Car le fond du problème pointé par Chris Morris, ce n’est pas la foi ou la religion : c’est que Dieu est accessible sur Internet. Le martyr n’est pas mort pour Dieu, il est mort sur Youtube.  On est passé de la cause métaphysique à la communication de masse avec tout ce que ca implique dans la démesure. Dans milles écrans, de milles sources différentes, avec des qualités de sons et d’images différentes dans tous les pays du monde, en direct ou en différé, on ne crève plus pour des idées, on meurt pour exister. Le paradis est sur Youtube, bitches.

 

 

 

 

"On nous avait dit que l’art était mort, mais aujourd’hui je me rends compte qu’il est partout et à portée de tous"

 


Crevez Tous.

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 18/01/2011 23:14



Exactement, très jère, il n'uy a pas de hasard,et le dieu Gonzo veille à tout et origanise tout dans un dessein supérieur...


 


 


Dr Devo.



Jeanne 18/01/2011 14:37



Norman, je pense que tout est lié. Demandez à Devo s'il me contredit!



Norman Bates 18/01/2011 14:09



Absolument pas chère Jeanne, mais c'est une découverte sans doute significative dans mon existence que je fais grâce à vous. Ainsi sans se connaitre on se rejoint sur l'essentiel, je ne peut
croire qu'il puisse s'agir d'une coïncidence ! Je vais de ce pas étudier le bonhomme en détail.


 


Merci !


 


NB



Jeanne 17/01/2011 17:57



Norman, pourquoi écrivez-vous "Crevez tous"? connaissez-vous Tristan-Edern Vaquette?



Max 04/01/2011 19:32



Monsieur Bates, vous êtes très drôle.