X-MEN: LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn (USA-2011) et CHAW de Jeong-Won Chin (Corée Du Sud-2009): Et si on sortait ? Et si on restait ?

Publié le par Dr Devo

 

lafamille devo

[Photo: "Apocalypse Deamain (On Est Venu Te Chercher)" par Dr Devo.]

 

 


 

Chers Focaliens,

 

Alors que les projets annexes entourant Matière Focale m'ont tenu un peu à l'écart du site (notamment Fragrance Liechtenstein, une émission de radio consacré à la débatologie (prochain show dimanche prochain à 00h00 sur RCV LILLE 99.00 FM ou en direc' en streaming), mais aussi la mise en place d'un régime alimentaire strict, ou encore un abonnement à des jeux massivement multijoueurs), je fais mon retour à l'heure, c'est malin, où la plupart d'entre-vous, s'en vont en vacances dans des pays émergents ! Rien de tel dans ce contetxte qu'un petit test comparatif des familles pour se remettre dans le bain… Un test qui sera d'ailleurs, et en principe c'est interdit par la Loi Focalienne, consacré à un film vu au cinéma et un vu en dividi, et c'est mal de mélanger, je suis si impur, pardonne-moi, Créateur Divin. Voilà qui ne me sera que difficilement pardonné quand je devrais rejoindre le Grand Projecteur Céleste.. En plus de comparer deux films qui n'ont rien à voir, bien sûr ! Et en plus du reste, je suis si impur...

 

 

 

X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn (USA-2011): Des films avec des acteurs dedans…

 

Et souvent en couleurs en plus ! Voilà ce qui fut mon lot ces dernières semaines. Vous allez voir, c'est pas joli-joli. Pas de quoi se vanter, pas de quoi sacrifier un distributeur français pour apaiser les dieux. Comme un tsunami à 2 à l'heure. Comme une catastrophe inca mais trnaquilou.

 

Matthew Vaughn, c'est le genre de gars dont je ne devrais jamais entendre parler et qui pourtant me poursuit. Producteur du banalissime mais cu-culte SNATCH, réalisateur de l'affreux LAYER CAKE (encore un film bien accueilli), et de l'opportuniste KICK-ASS (son "meilleur" à mon avis), le voilà qui re-débarque, comme des règles douloureuses. Pas de quoi se rouler par terre de douleurs en criant le nom de ta mère (oui, parce que je fais ça, parfois…), et encore une phrase qui commence par "pas de quoi ceci-cela", mais disons que la chose est étrange. Je n'ai pas encore réussi à voir TREE OF LIFE, mais par contre, c'est le quatrième film de ce mec que je vois! Traumatisme enfantin? Mauvais transit? Pas assez de sommeil? Je ne sais pas ce qui cloche, mais consacrer 4 séances à un type anonyme comme Vaughn est sans doute quelque chose de pathologique. Passons.

Alors, Vaughn revient (diantre, je l'ai déjà dit ça aussi) avec X-MEN : LE COMMENCEMENT que je vis par je ne sais quel truchement encore plus étrange alors que les WOLVERINE ou le dernier X-MEN (dont j'ai oublié le titre, mais pas du tout la sensation de stupidité!) m'avaient profondément ennuyé. Il s'agit cette fois de suivre le Professeur Xavier et Magneto alors qu'ils sortent à peine de la puberté. Etre un mutant dans les années 60, était-ce bath ? Comment l'académie des 9 X-men a été fondée? Faut-il cultiver sa différence ou jouer le jeu de l'assimilation? Où sont les toilettes? Pruneaux ou figues pour régler les problèmes de constipatio?. Autant de questions cruciales qui seront abordées par le film.

 

Bah… Comment dire...? Allez, on va être gentil, il a deux trois idées graphiques dans la première partie, dont une gestion de champ/contrechamp (oulalalah! Que de bouleversements à Hollywood quand j'ai le dos tourné!), mazel tov, halleluyah, fait déjà remarquable et d'autant plus apprécié qu'il intervient dans une scène traumatique ultra-importante. (Enfin moi, je m'en bats un peu les douilles, mais bon…) On se dit que ça va être un peu rentre-dedans et ramassé, dans un style vivace et frais. Mais la pression retombe doucement et sûrement par la suite. Le bidule, ultra-scénarisé et balisé mais ce n'est pas une surprise, reprend sagement le chemin du blockbuster bien classicosse par la suite.

Si les deux acteurs principaux sont gentiment tartempions et sans charisme particulier, on frise ici et là la stupide perfection grâce à quelques beaux spécimen issus des plus belles écoles de cosméto-marketing de Beverly Hills. Cette grosse troupe de petits ringards satifaits est menée par Jennifer Lauwrence que j'avais déjà aperçue et pas appréciée dans l'affreux LOIN DE A TERRE BRÛLEE, film indépendant 'ricain sans aucune espèce d'intérêt, mais aussi dans le récent WINTER'S BONE (où je me suis endormi au bout de dix minutes!) ou encore dans des films tels que PROUTS ET SATIN ou MANGE SANS MOI, JE RENTRERAIS TARD, la suite de LES HARICOTS SONT DANS LE TUPPERWARE, le célèbre succés du dernier festival de Sundance. Ou le prochain…

Bref, voilà une belle brochette de ouineurses et de gueules d'ange souvent improbables, totalement twilightisés qui souvent vous font rire par leur regard niaiseux, mais qui aussi dé-crédibilise totalement le film.

Tout cela reste bien poli, et dégage un ennui du même métal. Le scénario devient vite répétitif, voire lourdingue, en rabâchant constamment sa dialectique de la différence quasiment à chaque phrase. Les filles font des bouches de canards outrés, les gars froncent des sourcils et de la mâchoire. X-MEN, X-FACTOR, MOUNDIR l'AVENTURIER DE L'AMOUR, tout ça, ça serait pareil?

En tout cas, malgré la jolie Rose Byrne et l'indémontable Oliver Platt, ou encore Michael Ironside, ici figurant de luxe dans une dizaine de plan, rien ne se passe. Vaughn remplit progressivement les plans d'effets de plus en plus michaelbayiens, très classiques. Et quand le film se termine, et bien, il continue encore. Alors qu'on est déjà rincé par ce régime pas très sobre, le film redémarre de plus belle pour un final de 25 minutes qui achève les plus endurants. Et là, c'est toute votre vie qui défile (au ralenti) devant vous: la liste des courses oubliée sur la table de la cuisine, le linge qui pend dans la salle de bain, les poubelles à descendre, passer son gnome-mage au niveau 12, etc…

Les fans de comics ont décidément plus que jamais le pouvoir.

 

 

 

CHAW de Jeong-Won Shin (Corée Du Sud – 2010)

 

Tiens, ça faisait longtemps que ça ne nous été pas arrivé ! Un distributeur nous envoie un dividi! C'est toujours sympa ! Merci Opening ! Opening, c'est bien ! (Enfin, des fois!)

 

Ha, la Corée du Sud ! Kim, un officier de police, apprend par inadvertance qu'il est muté en province dans un petit village des montagnes. S'il quitte la violence et la stupidité de la capitale Séoul, voilà qui n'est pas forcément un partie de plaisir. Car, en effet il doit emmener avec lui sa femme enceinte mais aussi sa mère qui n'a plus toute sa tête. Pire encore, le village où il a pris ses fonctions est célèbre pour son absence totale de crime ou de délinquance ! Pour Kim, policier rigoureux et motivé, même s'il est en bas de l'échelle, voilà donc une bien triste nouvelle, et ce d'autant plus que le maire et le chef de la police ont l'air assez abrutis. Mais les cartes vont être rapidement redistribuées. En effet, une jeune fille disparue est retrouvé morte et même atrocement mutilée. L'enquête commence et s'oriente assez vite vers la piste animale…

 

Comme disait le poéte: "Gratte ! Gratte! Gratte! / Le temps s'évapore doucement / Bon anniversaire, Papy!". Autrement dit, les années se succèdent à un ryhtme effrayant. Cette sortie en direct-to-dividi, bien sûr, of course, cqfd, rappelle à mon bon souvenir un des films cultes des petits cinéphiles en culottes courtes des années 80, le fameux RAZORBACK de Russel Mulcahy, son tout premier film d'ailleurs, que je vis deux trois ans après sa sortie mais dont j'ai peu de souvenirs. Que voulez-vous, ça fait 25 ans les cocos ! Depuis j'ai appris à prendre en grippe le Mulcahy qui a quand même réalisé plein de choses assez débiles, comme les HIGHLANDER par exemple, ou l'ineffable RESURECTION, une sorte de sous-SEVEN splendouillet avec notre Christophe Lambert internationnal (et que je salue!) et David Cronenberg ! (C'est vache de dire ça, car ces dernières années Mulcahy a réalisé une poignée de films tout à fait sympathiques dont le troisième RESIDENT EVIL).

Quel rapport avec la choucroute, pardon, avec le rouleau de printemps coréen? Bah pas grand chose, sauf qu'on va parler de sanglier meurtrier. Et comme je me suis tapé un an de CHASSE ET PÊCHE, laissez-moi préférer le terme de "cochon meurtrier" car un bon chasseur dit cochon, et pas sanglier, pour souligner sa proximité avec la bête… Comme Opening va sûrement venir lire cet article et que je ne leur ai pas encore demandé de m'envoyer un t-shirt siglé, je propose d'arrêter les clichés sur la Corée et les divagations incessantes pour rentrer dans le vif du sujet…

Comme souvent, la sagesse ancestrale de l'autre pays du soleil levant pousse le jeune réalisateur à s'essayer au film de genre. Entre deux parties de ping-pong, le coréen aime effectivement manger avec des baguettes et se réapproprier les grandes trames ou genres du cinéma populaire. Ici, donc, du cochon maousse, oui, mais à la sauce aigre-douce locale. On constate tout d'abord la petite touche de coréanité qui va bien dans le traitement. Dés l'introduction séoulienne (si je veux!), les choses sont claires. L'intrigue sera bien policière, certes, mais sur un mode assez drôlatique (conseil: préférez toujours dans une critique institutionnelle, le mot équivalent avec le plus de syllabes, et ici drôlatique à drôle qui pourtant convenait mieux), voire même burlesquo-potache. Étonnamment, ce qui ne fonctionne jamais dans nos contrées aux civilisations plus avancées, telle que notre beau pays, la France chrétienne et libérale, marche parfaitement chez nos amis les coréens qui aiment à mêler les gags balourdement slapstick au sourire un peu plus jaune (désolé!), point sur lequel je reviendrais très vite. Donc, dés que c'est possible, un commissaire de police s'emmêle les pieds et tombe en descendant un petit coteau pour aller sur la scène du crime, par exemple, en faisant moult roulades qui ne manqueront pas, hahaha, de faire tomber à leurs tours des agents de police déjà présents. L'aspect frontal, assumé et pour ne pas dire bon enfant de la chose marche tout à fait bien, et pas seulement parce que les comédiens, très efficaces en général, assurent sans problème, mais aussi parce que CHAW utilise aussi les ressorts classiques de l'intrigue policière, sans se cacher. C'est comme ça qu'on l'aime le coréen: ouvert et sans bombe nucléaire !

Mine de rien, en trois temps trois mouvements, et même avec une certaine efficacité, le début du film installe un modousse opérandaille vraiment solide. Le mélange sera bi-goût comme un bon malabar, entre burlesque et intrigue policière, certes, mais teintée, "et pas qu'un peu" comme disait ma voisine Madame Michu qui n'a pas sa langue dans sa poche, par un portrait de la société coréenne très sympathique et étonnant, qui, accessoirement ne surprendra guère l'amateur de cinéma séouliste que vous êtes probablement.

Et ce portrait léché est assez marquant. Même quand il est (rarement) gentil, le coréen serait aussi très peu fréquentable. En moins de 20 minutes, on a le droit à une galerie de personnages plutôt effrayante. Le coréen est menteur, corrompu, avide de gains, magouilleur lorsqu'il est au pouvoir car il se vautre alors dans la mare boueuse des trafics d'influence les plus juteux et éhontés. Il est aussi colérique, autoritaire, individualiste, couard, et volontiers manipulateur avec ses proches. Il niera les preuves les plus élémentaires de sa lâcheté et de sa corruption, même et peut-être d'autant plus, s'il est pris la main dans le sac. Je ne vous en dis pas plus, mais c'est un festival, et donc, disais-je, de ce point de vue, l'intro séoulaire ou encore la mise en place de l'intrigue dans le village qui utilise d'ailleurs les rouages narratifs classiques du film de "monstre" dans le genre (façon DENTS DE LA MER, par exemple), sont vraiment très efficaces et délicieuses. Il n'y a guère que le héros qui soit vertueux, et encore il est souvent soumis, trompé, voire transformé en idiot.

Dans ce contexte, l'aspect bête et méchant du film rend la chose tout à fait sympathique. Soyons clair, du côté de la mise en scène, on est dans le direct, dans le franc du collier. Ce n'est pas du Ronsard, on est pas là pour faire du sentiment. Si on exclue quelques petites touches de mauvais goûts ou la ré-explotation de choses déjà vues et revues (l'affreuse caméra subjective du cochon), l'ensemble est gentiment soigné. La photo est très correcte, par exemple, et même si les effets spéciaux ne sont pas développés par trois cent spécialistes des images créées par ordinateur (quelques-uns sont bien artificiels quand même!), la sauce prend gentiment bien.

Un scénario typiquement de genre. Un ambiance bien troussée. Des comédiens très bons voire excellent (l'héroïne thésarde est vraiment délicieuse!). Des effets rentre-dedans. Une portrait ironique de la société à l'humour grinçant. Des gags plus potaches et une volonté de faire un cinéma frontal sans essayer de nous faire passer des vessies pour des lanternes. CHAW est simplement une série B sympatoche, avec du caractère. Voilà qui est une belle leçon pour certains occidentaux de ma connaissance qui ne se gênent pas pour lancer sur le marché des films de genre prétentieux, mal écrit et réalisé en dépit du bon sens, en nous demandant de nous agenouiller devant leur génie ! Pour être clair, pour un bon cinéma de genre qui ne nous fait pas perdre notre temps et notre argent, on se tournera plutôt vers la Corée que vers la France (à ce propos relisons le bel article de Norman Bates dans ces pages). CHAW est une bonne série B. Le contrat est rempli, même si, j'aurais bien resserré la dernière partie ! Voilà qui, dans une société idéale, vertueuse et qui rend les gens heureux, aurait du sortir en salle…

 

Dr Devo.

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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CQFD 05/09/2011 17:57



A OUI, ça faisait un moment que je voulais vous le dire, je me souviens avoir lu les articles précédents de Bates et 2000, attendant avec impatience la suite de vos aventures, vous étiez nous
disait-on aux quatre coins du monde défendant dans le vent et la tourmente les derniers vestiges de l'intégrité cinématographique, en fait non, vous étiez bloqué au niveau 12..Bravo, beau geste
éditorial.


Et maintenant l'aventure cinématographique continue, entre la promo de votre émission de radio qui se situe elle vraiment au-delà de toute critique, et celle de vos soirées payantes, vous trouvez
heureusement le temps de filer des taloches à quelques mioches.


Encore bravo.



BaronSamediSoir 11/07/2011 16:33



Mais votre dernière phrase, cher Devo, on devrait en faire un slogan, une bannière un drapeau! Je n'ai pas trouvé Winter's Bone si mauvais que ça (y'a d'ailleurs un plan qui dure quelques
secondes... je m'en souviens encore!).


Merci pour cet article tellement vrai.



CQFD 07/07/2011 00:38



Très bel article, nuancé, tout ça..


au fait tu lui dis quoi à maman ?



nonobstant2000 04/07/2011 20:17



Ausitôt je me lève pour prendre la défense des lecteurs de comics dont je fais partie, c'est pas sympa, on y est pour rien si les studios nous prennent pour des vaches à lait et piétinent sans
vergogne nos jouets préférés (rater un film sur JONAH HEX comment c'est possible, quand à l'imminent GREEN LANTERN même chez euxils en veulent pas, du coup la Marvel fait presque figure
auteuriste avec THOR qui a bien marché, et CAPTAIN AMERICA qui ne combat que des Nazis -vas-y le Klux Klux Klan c'est super ce que tu fais..), à titre tout personnel le seul super-héros movie qui
mérite l'appelation de film est le HULK de Ang Lee, qui comme vous savez à été jugé trop théorique par un bon nombre de communautés du reste; chaques fois que je le regarde jepeure parce que des
films comme ça plus personne n'en fait parce que plus personne ne les comprend..


A part ça content de vous revoir en forme patron, ça fait bien plaisir..