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neal devo

[Photo: "Between Me and the Good Thing" par Dr Devo, d'après une photo de l'actrice Patricia Neal.]

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Il n’y a pas de secret, c’est dans la cave qu'il fait le meilleur pendant l’été. Ces considérations étant faîtes, passons au Cinéma…

 

Leonardo Di Caprio a un drôle de métier puisqu’il consiste à entrer dans le subconscient des gens, à y implanter des rêves où lui, son équipe et la pauvre victime se baladeront sans que l’infortunée ne s’en rende compte. Ainsi, la fine équipe peut récupérer divers secrets bien gardés. Voilà qui pourrait envoyer valdinguer Sigmund Freud et Karen Young (ha bah, voilà !) dans les greniers de l’histoire. Mais plutôt que de soigner des névroses ou chercher ou le séminole-killeuh à planquer sa dernière victime (cf. THE CELL, beau film !), Léo La Pizz’ vend ses services à des multinationales aux intentions moins nobles et souvent à la gâchette facile tant les enjeux sont colossaux. Et tout se complique lorsqu’un richissime PDG japonnais a l’idée d’inverser les règles du jeu,  non pas en volant des secrets industriels dans la tête d’un de ces adversaires, mais au contraire en implantant une idée de son cru. La victime est le sympathique Cillian Murphy jeune héritier d’une holding surpuissante. La mission est la suivante : entrer dans sa tête, construire un rêve, et y déposer une idée étrangère qu’il prendra pour la sienne : défaire la holding familiale en la vendant à droite et à gauche. Mais si voler des idées de la tête des gens est possible, en déposer contre la volonté de la personne visée est impossible en principe… Di Caprio prétend le contraire : il suffit de faire des rêves enchâssés les uns dans les autres… Mais l’opération n’est pas sans danger…

 

 

Alors, voilà, ça y est, après quelques semaines de sortie et de belles polémiques à droite et à gauche (pourquoi ce gros affrontement pro contre anti-Nolan d'ailleurs? Est-on obligé de prendre partie?), je ne peux plus me soustraire à donner au Monde mon splendouillet avis sur la question...

 

Je m'entendrais assez facilement avec mon autre moi-même pour dire que sur le papier, voilà un film qui paraît assez appétissant. Nolan n'est pas un révolutionnaire, c'est entendu. Il n'empêche que INCEPTION commence sous un beau jour. Après une tiny-weenie-mini introduction pour rassurer Madame Michu, on attaque assez vite dans le gras du sujet. Les situations s'encastrent vite, et on déploie la pelote tranquilou, sans hâte mais sans s'ennuyer. Les personnages sont carrés, profilés façon série B (ce qui est tout à fait classique, mais qui a apparemment posé problème à beaucoup, curieusement), un peu comme dans un jeu: le boss, la petite architecte, le doc', l'expert psy, etc... Le jeu est très compréhensible. La voie du film semble tracée et on voit à peu près comment la chose va se déployer, malgré d'ailleurs la longueur assez importante du métrage. D'un point de vue scénaristique, et je crois que c'est là le problème pour le gotha, on assiste à un paradoxe assez intéressant, preuve que Nolan sait plutôt écrire: plus on avance, plus les choses se simplifient (allez ici, faire ça, etc...), plus on sait très bien où nous en sommes dans l'action, et dans le même mouvement, plus les règles du jeu, et donc les règles du rêve se complexifient à l'extrême. C'est un des points qui marchent dans INCEPTION, très certainement. Vous trouverez une vidéo sur le net, très rigolote, qui veut "démontrer" que plus le film avance et moins les personnages savent comment le système marche, jusqu'à ce qu'on subodore qu'eux-même, les spécialistes ne pigent goutte à tout ceci! Je trouve que non seulement c'est juste, mais qu'en plus c'est une bonne idée. La raison pour laquelle les régles evoluent ainsi est assez charmante: c'est qu'on se place dans une espèce d'expérience ludique, comme dans nos jeunes années. On dirait qu'on irait dans les rêves. Oui, mais on ne peut pas mourir. Oui, mais on dirait qu'on peut souffrir. Oui, sauf si on est dans le deuxième rêve encastré... Oui, sauf si tu fais ceci ou cela... C'est bien joué, car au final, la logique du jeu, c'est la logique narrative, la structure même du récit qui se veut bondissante et malicieuse malgré la "gravité" du sujet, et qui ne l'est que partiellement d'ailleurs, bondissante, on y reviendra. Ici et là, dans des petits détails ou dans le jeu d'acteur (ça tourne souvent autour de Ellen Page d'ailleurs, ici plutôt chouette), à mesure que le sujet dérape (car on change de sujet en court de route), les personnages dans une ou deux attitudes plus distantes semblent s'étonner eux-même de voir certains échafaudages ou certains retournements de tons. Bien.

 

 

Ceci dit, il faut bien que j'avoue que INCEPTION me pose largement problème, malgré mon inclination pour un thriller se passant dans le cadre chahuté et contradictoire du rêve. Cette grosse histoire, un peu plus complexe que la moyenne (mais bon, ce n'est pas du Greenaway non plus!), Nolan se fatigue à en expliquer les règles, les personnages et les enjeux. Ca demande de l'huile de coude. Et au bout d'un certain moment, sans le dire, le sol se dérobe un peu, et on sent bien qu'on est en train de faire complétement autre chose, et grosso modo, sans dévoiler le bidule à ceux qui n'ont pas vu le film, on se retrouve en face d'un jeu de bonneteau. Et le sujet n'est pas là où on le pensait. Quand on voit la chose se mettre en place, même si la mise en scène n'est pas super-renversante, et j'y reviendrais, on se dit: "Ohouiohouiohouiohouiiiiiiii, ça va être délicieux, fais moi l'amour, grand fou!"

 

 

Respirons. Bon.

Bah désolé, c'est exactement là, à ce point précis du basculement, là où le sexy devient érotisme étonnant, promesse de plaisir lourd, bon et puissant, c'est à ce moment là, dis-je, que INCEPTION se montre le plus décevant et montre ses limites! Elle est triste ton histoire , docteur. Bah ouais! Préparez vous kleenex!

 

Non pas que le décor s'écroule (toujours dispenser une métaphore critique empruntée au film, ça fait pro!), non pas que INCEPTION, belle de loin, soit loin d'être belle! Rien de tout cela. La chose est plus triviale: plus le sujet est passionnant, plus les maladresses et les coutures malheureuses sont dans la lumière.

 

Tout d'abord, Di Caprio, ou plutôt son personnage. Quoique que je n'ai absolument rien contre le personnage de Marion Cotillard, élément de trouble dont j'aime assez les pertubations les plus fugaces, et c'est une très belle idée de personnage,  je trouve que l'intrigue  "amoureuse" est très mal gérée. Nolan semble avoir craint de présenter une "situation" (je parle en codé) trop simple, trop proche de la nôtre. Je me suis même dit en court de projection que cette histoire, trèèèèèèès lourdosse, faisait aussi partie du jeu qui s'alourdissait, à l'image du paradoxe que je relevais plus haut. Si c'était l'intention, ça fait pschiit, pour des raisons scéanristiques et notamment, la séquence de l'ascenseur vers le lieu du drame qui arrive trop vite. Devant l'explication des relations Cotillard-Di Caprio, on se trouve un peu pantois: la situation est totalement romantique, mélodramatique dans le sens hollywoodien du terme, et au moment du choix, on ne peut pas dire qu'on sente l'amertume ou le courage du choix Di Capriesque. Ca, c'est pour le papier. Dans la praxis, Nolan se montre bizarrement figé quand on vient à parler de ces deux personnages, pourtant au coeur du film: il marche sur des oeufs, il ne veut pas les maltraiter, et on dirait même qu'il a peur de gaffer avec eux. Au final, les deux personnages semblent un peu baignés dans le formol, et ça coince. Leur situation paraît trop métaphorique, trop immaculée. Pour avoir vider le noeud de son film de tout paradoxe, pour une quête plus hollywoodienne d'identification, Nolan scie fatalement l'arbre sur lequel il compte nous assoir, et ça c'est de la métaphore, les Cocos! C'est très curieux d'ailleurs de voir comment il retient Di Caprio (qui n'est pas un acteur chaud bouillant, certes, mais quand même...), comme il semble lui demander de ne rien faire qui ne soit pas balisé. Cotillard, plutôt chouette, est aussi retenue, presqeu en otage aurait dit Oscar Wilde! Fichtre!

 

 

Alors le mélo et le rose bonbon, c'est chouette. Mais ici, ça donne le goût de trop peu. Et pendant tout le film, on assiste alors au lent processus d'alchimie raté. Car les bonnes idées, et il y en a, on les voit aussi! Mais le ver est déjà dans la pomme. Ce qui va manquer au film, c'est la folie!!!

 

 

 

Christopher Nolan, où sont tes années folles? Où as tu mis tout ton rock 'n' roll?

Le scénario n'est pas trop mal avec quelques bonnes idées ça et là. Il nous fait transporter une valise pour finalement nous dire que c'est pas la bonne (comme les enveloppes, tiens!). Il y a certaines idées visuelles (le vide du décor final, la ville comme une jetée, la ville qui s'écroule, le train qui débarque, etc...). Le principe est très rigolo, et... Pas grand chose! Des rêves enchâssés, quelques basculement (et encore pas violents, hein?) de logique au profit de chose plus "poétique", ici et là quelques touches subjectives comme je disais plus haut (et encore pas énormément, les personnages semblent trop peu souvent influencer la tonalité ou l'action, ou alors pas tous les personnages, ce qui est quand même une sacré limitation, voire de l'autocensure). La réalité devrarit non seulement se dérober, mais aussi disparaître, se flouter, s'éloigner, etc... INCEPTION, ça devrait être un film de Philip K. Dick!!! Bon sang de bonsoir! Ca devrait être un film foufou ! Nolan devrait se ballader dans le couloir du palace 5 étoiles tout nu, le caleçon sur la tête en hurlant des grands « yooouhouuuuuhoooooooooo »! Ca ne devrait pas être un sujet à la place de l'autre, ça devrait être une symphonie wagnérienne de manipulations, parfois contradictoires! Il devrait y avoir trois sujets en même temps, ça devrait être quantique! Toutes les hypothèses, même celles qui s'annulent devraient être absolument véridiques! Il devrait y a voir du plaisir et du sang sur le dance-floor quoi!

 

Et on a quoi à la place: un petit "trois-actes" des familles, à peine plus compliqué que d'habitude, quand bien même le film ne soit pas antipathique!

 

Ménager Mr Seguin et le chou-rave,c'est cool, je suppose, mais ça va cinq minutes. Il y a un moment où on veut embrasser, malaxer et faire l'amour dans mille positions d'étonnement et de malice! INCEPTION, c'est du flirt, certes, mais c'est aussi du coïtus interruptus!

 

 

[Tant pis si on ne peut pas plaire à tout le monde, après tout... A moins de s'appeler Yannick Noah, Bernard Miner ou Nicolas Hulot, on ne peut pas être copains avec tout le monde. Alors, pourquoi se priver?]

 

Et puis, il y a la mise en scène, et au fond c'est là la deuxième lame qui empêche tout poil de repousser! Même si on n'est pas dans le cataschtroumpfisme de BATMAN BEGINS, malheureusement, et paradoxalement même, malgré des effets spéciaux très au-dessus de la moyenne et plutôt réussis dans l'ensemble, le film ne décolle jamais sur le plan plastique. Il y a pourtant énormément de bonnes idées. La ville qui s'effondre à la fin du film, c'est une bonne idée. L'intérieur de la ville par contre, c'est beaucoup moins bien et presque laid même, par endroit. L'entrée dans la ville avec Page et Di Caprio, ca ne rend pas trop mal, mais le champ contrechamp sur la plage quand ils débarquent (évidement quand on fait que du plan rapproché, ca fait studio, on n'y croit pas, surtout qu'nsuite on fait pareil, en ne mettant que des très grand plan d'ensemble!), bah ça marche pas. La première balade dans Paris, avec l'histoire du miroir qui nous met en boîte est caractéristique: voilà une très bonne idée, dans un passage très calme en plus, mais la mise en scène est affreuse. Nolan tient pourtant là une idée visuelle amusante. Et je crois savoir pourquoi! Attention, je vais vous dévoiler la chose!

 

Nolan a toujours eu un peu de mal avec son échelle de plan. Grosso modo, comme 97,43% de ses confrères, dés qu'il aère, c'est à dire rarement, c'est déjà beaucoup moins laid! Mais en général, ce n'est vraiment pas le cas et don ce n'est pas beau. C'est terne. Il n'y a pas de malice. Pas d'axe (ou alors des axes affreux, comme dans les 5 premiers plans du film), pas de rupture d'échelle, pas beaucoup de jeu de photographie, pas assez de cassage du champ/contrechamp, pas assez de rupture (malgré la belle idée des vitesses)! Comme d'hab' quoi! Sauf qu'ici, je me suis demandé si Nolan avait changé d'opérateur, car même dans ces petits plans caviardés et sans ampleur, sont trèèèès laids parfois (cf. la scène des miroirs donc, par exemple). Plus que dans ses autres films. Et évidemment, on peut reprocher aussi beaucoup d'autres choses, comme cette poursuite en ski rigolote (tout le monde est en blanc sur fond blanc!) et bien chorégraphiée, mais bousillée par une enfilade de plans américains !

 

Trop timide, pas assez abstrait, avec un coeur scénaristique mal géré (le couple Di Caprio/Cotillard), pas assez de paradoxe, jamais quantique, INCEPTION est aussi caractéristique des défauts de mise en scène habituel chez Nolan et ses confrères, et elle est ici encore un poil de nez minorée par un cadrage parfois plus laid qu'indigent. Et malgré tout, de bonnes idées ici et là, un bon changement de direction en loucedé et en plein milieu, beaucoup de bonnes idées, un système ludique du rêve, des personnages secondaires plutôt sympathiques, etc... Et c'est bien joué, avec un beau casting (il y a même mon petit chouchou, Lukas Haas, qui traîne dans un coin!).

 

Il n'y a finalement qu'un moment où le film fonctionne complétement: l'arrivée de Cillian Murphy, décidément très très bon acteur, très au-dessus du lot, dans la" chambre". Là bizarrement, malgré l'aspect mélodramatique, ça fonctionne, c'est beau, et on découvre un peu d'abstraction (finalement, on ira au bout de la soi-disant intrigue principale (en la retournant d'ailleurs!), en même temps que la "vraie intrigue principale"). Bref, ça vit! [Notons un peu de jeux de son dans la première demi-heure également...] INCEPTION n'est pas antipathique. Certes, on peut enlever 15 bonnes minutes voire plus rien que retouchant les points de montage. Oui, c'est décevant. Oui, cette histoire d'opérateur n'est pas bon signe pour Nolan, tout comme l'affreuse scène finale d'aéroport qui devrait être hallucinante et nous plonger dans l'effroi et qui, en plus de vouloir faire des bisous à tout les spectateurs (Tata Jeannette, le cousin Kevin, Madame Michu et Mathilda, votre petite soeur en Khâgne) est absolument laide. Oui, il y a quelques bonnes choses. Mais oui aussi, malheureusement, Nolan veut faire des films qui ressemblent à des films.

 

Il fait donc du cinéma qui ressemble à du cinéma. On attendait Elvis,on attendait Stockhausen, et on a Johnny! Tu la sens la déception qui monte?

 

Allez, bisous!

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /2010 12:51

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triple-chien

[Photo : "Ci-gît/Mon ennui" par Norman Bates d'après THE HUMAN CENTIPEDE.]

 

 

 

 

 

 

On parle souvent de la faiblesse du corps, de cette chair-vie déroutante qu’on ne comprend jamais bien, des faiblesses qu’elle induit et de l’insuffisance du système digestif. A la TV on nous vend par brouette des yoghourts ou autres boissons censées nous rendre notre pouvoir sur le corps, comme quoi c’est bien un combat de notre époque, ces corps qu’on doit faire bronzer, polir et entretenir pour qu’on puisse enfin les aimer, se sentir bien dedans, comme si on avait le choix ! Nous faire croire qu’on a le choix, c’est bien pour vendre des yoghourts, mais dès qu’on parle de greffer huit bras à un humain ou de faire pousser quatre culs à un singe tout le monde lève les bras en l’air en criant au scandale, comme quoi qu’il n’y aurait pas d’éthique, plus de respect ou je ne sais quoi de bien ronflant. Mais depuis quand le corps est il une propriété ? Je pose la question autrement : qui nous a donné notre corps ? Pourquoi ? Après tout l’homme modifie bien le paysage, alors pourquoi ne pas se modifier lui même ? Avant de faire le ménage chez les autres autant le faire chez nous. Intro.

 


Le Dr Heiter est spécialiste de la question. Ancien chirurgien séparateur de siamois (c’est une vraie spécialité), il vit paisiblement sa retraite dans une villa au milieu de la forêt bavaroise avec laboratoire au sous sol, améliorant gaiement son quotidien à grand coup de bistouri quand quatre pattes à un chien semblent être bien trop peu pour finir sa vie dans la joie. Quand on a passé son existence à séparer des gens, arrivé à un certain point on se dit que l’inverse doit être au moins aussi passionnant, et on s’y essaie, pour braver la mélancolie des jours de pluie. Un peu comme un flic qui passerait hors la loi pour s’amuser un peu. Le film évoque principalement ca, la retraite d’un ex chirurgien qui du feu des projecteurs passe tout d’un coup à la solitude effrayante de la forêt allemande et qui cherche un sens à donner à sa vie pour la finir en beauté.

 


Ca n’a pas l’air très marrant l’Allemagne vu de chez nous : de grandes forêts pluvieuses et des autoroutes de nazis, c’est pas la fiesta à Cancún. J’aime autant vous dire que ce n’est pas le cinéma de Tom Six qui va vous donner envie d’aller chasser le mousseron de l’autre coté du Rhin : THE HUMAN CENTIPEDE n’est absolument pas un hommage à la bande à Basile, des dire même du réalisateur le film est inspirée d'expérience médicales nazies ! Le Dr Heiter a une grande passion, celle de coller des membres en plus à des espèces vivantes pour dans l’optique de créer des milles pattes avec toute sorte d’animaux. C’est ainsi que son triple chien est né, et c’est pourquoi Lindsay et Jenny ne vont sans doute pas sortir en boite comme prévue cette nuit.

 


La première partie du film est très classique : deux jeunes filles américaines venues s’éclater en en Europe se retrouvent piégées par un psychopathe dans un environnement hostile. Certes c’est du classique, mais dès le début la pression va crescendo : grâce à une mise en scène et surtout à un montage somme toute assez lent qui laisse monter doucement l’horreur, ménageant des éléments inquiétants aux limite du hors champs. Dans le mécanisme on pense bien sur aux films HOSTEL, mais c’est un peu plus axé sur le suspens. Un personnage inquiétant va faire son apparition, mêlant une tension sexuelle palpable à l’angoisse sourde indue par les longs plans du début du film. Ca se met doucement en place, et dès le début des éléments étranges se produisent qui vont donner un sentiment de malaise à toute cette première partie.  La mise en scène marque beaucoup de point dès le début, tout est très balisé mais en même temps on ne sait pas trop ou on va déboucher. Dans l’image rien à dire, c’est soigné. Tom Six ne cherches pas forcement à donner dans la grande composition plastique, le dénuement est ici le ton recherché. C’est au milieu de ces décors un peu tristes et de ces intérieurs aseptisés que l’ambiance toute particulière du film trouve sa source : on y reviendra.

 


La seconde partie est très différente. On bascule dans l’horreur la plus complète, les plans se font plus fermés, le montage s’accélère un peu, chaque ellipse vient soulager l’atmosphère très lourde. A cela se rajoute des passages plus amusants, toujours dans le sens du personnage central de ce deuxième acte, le fabuleux Dr Heiter, interprété par un acteur absolument extraordinaire qui peut en un sourire carnassier  vous glacer instantanément le sang. Il porte tout le film sur lui, il est d’une justesse incroyable en passant du comique à l’ignoble constamment, c’est un vrai festival, il est de tout les plans.

 


Pour décrire l’ambiance bien particulière du film, il faudrait vous imaginer un spectacle de chairs suintantes, recousues, des liquides saumâtres dégoulinant sans arrêt, un laboratoire flambant neuf et des scalpels méticuleusement rangés. Il faudrait ne plus réfléchir en termes de morale, de bon gout, il faudrait oublier la cruauté et le vice, tout est ici méticuleusement glauque, malsain mais aussi drôle dans le même temps, salutaire et nihiliste. Que de paradoxes qui forment ici une toile désabusée et grotesque, une sorte de conte d’horreur absurde qui aurait comme principal but de vous faire renier tout espoir dans le projet Humain, de vous enfermer dans une logique circulaire ou tout change toujours sauf l’homme, coincé dans sa chair et condamné à bouffer des excréments devant un dieu imperturbable et cinglé. Nous ne sommes pas faits à l’image de Dieu, nous sommes les images de Dieu, image découpées et recollées comme un patchwork sanglant cloué sur les murs de l’insondable condition humaine. HUMAN CENTIPEDE c’est un serpent de chair suintant tapi dans les bas fonds ignobles d’une mécanique tournant dans le vide, pour des desseins sans lien avec la conception humaine du cosmos. Vision douloureuse car visant la plupart du temps juste, ne se prenant jamais au sérieux mais en l’étant au plus haut point, c’est d’abord un bon film de genre avant d’être une vision désabusée de la nature. Mais c’est marrant !

 

 

Le film est très beau dans son dépouillement, son rythme prenant montant crescendo dans l’horreur et le nihilisme, déployant doucement un implacable étau autour de la chair du pauvre spectateur. Vu l’engouement suscité par le film dans le monde on parle déjà d’une suite, avec un mille patte encore plus grand ! Il sera sans doute intéressant de savoir ce qu’une chaine d’humain encore plus grande va nous apprendre sur la possibilité de partager un seul tube digestif ou des chorégraphies possibles la bouche collée à l’anus de son semblable, mais il faudrait tout de même faire attention de ne pas tomber la course à la plus grosse. Le film se suffit à lui-même et sa fin impitoyable est suffisamment ravageuse pour qu’on s’en souvienne dans longtemps. C’est tout le mal que je souhaite à l’humanité !

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 8 août 2010 7 08 /08 /2010 22:16

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brody devo

[Photo: "Mon Espoir S'appelle Intégrité" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

 

 

 

Décidément c’est l’été des films de monstres ! (meilleure phrase d’intro de tout les temps : actualité, culture, sentiment général en enfin opinion comme estoquade finale, jeunes journalistes prenez en de la graine) Après l’excellent SPLICE, revoilà les Yannick Noah de l’espace qui s’offrent un retour en fanfare  puisque le film est signé Nimrod Antal, auteur de films plutôt intéressants jusque là (KONTROLL et MOTEL), et produit par Robert ”mariachi” Rodriguez qu’on ne présente plus. Le film PREDATOR c’était quand même quelque chose à l’époque, grosse machinerie bourrinasse comme en fait plus dans nos années 2000, avec des vrais hommes qui sentent sous les bras et des vannes bien senties entre camarades du même sexe partageant les mêmes opinions sur la morale et sur le monde. Une belle bande de penseur en somme, menée par un Schwarzy au top de sa forme physique et dans son poids optimal, des muscles a en faire peter le scope d’un McTiernan ne tapinant pas encore habillé en femme à la sortie des studios universal. Ambiance club de gym pour homme : parfait pour dératiser la jungle entre potes au son des mitrailleuses lourdes, le cigare à la bouche. Deuxième point commun avec SPLICE, c’est encore Brody qui s’y colle, et dans le rôle du yakayo de service en plus, tête brûlée commando parachuté dans un endroit inconnu avec une bande de militaires supra entraînés balancés eux aussi en pleine jungle sans savoir pourquoi.

 

 

 

Ça commence de très jolie manière, par une longue chute se terminant par un atterrissage brutal en pleine jungle. C’est tout. Pas d’autres explications quand aux raisons de ces parachutages : il y a 8 gars, une forêt et une femme ninja, tous sont militaires sauf la forêt et le médecin, personne ne sait pourquoi ils sont là. Les militaires viennent tous d’un pays différent, à l’oeuvre dans des conflits différents. Très vite ils s'aperçoivent qu’ils sont l’objet d’une chasse à l’homme...

 



Loin d’être un remake du premier film (je dis ça mais j’en sais rien, je me souviens plus du premier) PREDATORS ressemble d’avantage aux CHASSES DU COMTE ZAROFF : une course dans la jungle, des humains traqués par des prédateurs dont ils ignorent tout, derechef sur une planète inconnue et qui devront faire avec leurs semblables inconnus pour espérer s’en sortir. Entre deux fusillades dans les bois, les militaires traqués peuvent ainsi découvrir leurs histoires respectives et parler littérature pendant les bivouacs (Hemingway semble être très apprécié). Oui ça fait un peu club de rando, mais très vite les premiers morts vont venir clairsemer les rangs de nos amateurs de belles lettres, et c’est au prix du sang des leurs qu’ils apprendront avec effroi ce qu’il se trame vraiment sur cette planète (et qu’Hemingway n’avait pas totalement tort !).  Aventure humaine, conte philosophique et introspection métaphysique au coeur de la bestiale condition humaine ? Pas vraiment en fait, même si les protagonistes du film se font beaucoup de soucis à propos de l’affaire bête en cours...

 

 

Comme je l’ai dit plus haut, le début du film est très bien, très direct, on est mis tout de suite au parfum. Le montage est plutôt surprenant et la mise en scène y va franc du collier. Pas d’artifices épileptiques comme tout les petits malins qui comblent leurs absence de talent par des images rapides et des flash trépidants, c’est du carré à hauteur d’homme. Pourtant en avançant dans le film quelque chose se met très vite à clocher : le cadre est quasi fermé, il y a énormément de gros plans pas vraiment jolis (visage sur la gauche ou la droite laissant une grande place à un arrière plan flouté), la caméra ne s'élève jamais, ne prend que très rarement du recul et les perspectives de fuites dans la composition des plans sont inexistantes. En fait c’est très simple : le film doit se dérouler dans 3 décors différents pendant presque deux heures ! On bouffe de la jungle tout le temps, ça devient très vite oppressant. Pareil dans les scènes en intérieur, les décors sont tout le temps similaires. Il faut pas être claustrophobe quoi ! Et bizarrement, ça marche plutôt bien : le film est quasiment un huis clos, presque théâtral (beaucoup de dialogue mine de rien, unité de temps et de lieu, trois actes) dont le spectateur connaît dès le début tout les protagonistes (sauf un, mais on s’en fout) ce qui donne au final un étrange sentiment d’absurdité à tout ça. Qu’est que se passe vraiment ? Quel est le vrai enjeux du film ? Qui est chassé ? Le rapport chasseur/chassé change tout le temps pendant le film, chacun se cherche à tour de rôle, comme un jeu. Et la fin enfonce le clou : c’est peut être un jeu, le seul, le plus grand des jeux. Et là on touche à un truc plutôt beau, très nihiliste, très noir. Je met un paragraphe tout neuf pour l’occasion.

 


“Celui qui se fait bête se débarrasse de la douleur d'être homme.” à dit un jour Hunter S Thompson, sûrement après une descente de coke. Ben oui, c’est ca : Brody, même si il fait la gueule un peu au début est super content d’être là, c’est sûrement le plus grand truc de sa vie de devoir endosser la responsabilité de représenter l'espèce humaine dans ce jeu, et il y prend beaucoup de plaisir. En un sens, si on s’attache à la toute fin, on pourrait presque comprendre que tuer fait la grandeur de l’homme. L’homme n’est jamais plus intelligent et doué que pour détruire ou tuer. Il ne s’agit plus de survie : la plupart des personnages préfèrent se suicider ou se sacrifier plutôt que d’échouer. Le japonais par exemple, dans une scène un peu ridicule, mais aussi le russe, la fille, etc... C’est l’honneur qui est en cause, c’est tout a fait différent de la survie. La survie c’est un peu triste, c’est pas ce à quoi on aspire. Une fois que Brody à battu le monstre, il n’y a plus d’amour (la aussi c’est un peu kitsch), l’orgasme était presque pendant le corps à corps avec l’ennemi. Cette planète, c’est ni l’enfer, ni le purgatoire : c’est la vie. On se retrouve parachuté dans un monde qu’on ne comprends pas, et où on doit trouver nous même nos alliés pour subsister. Et là toute cette mise en scène fermée prend un sens : le monde nous étouffe. On se raccroche à des visages familiers pour se rassurer oublier qu’on est de la viande, et que le monstre, l’ennemi, c’est la même viande que nous. La mise en scène se rapproche de ces hommes, parce que c’est la seule chose qui leur soit possible de faire : se rapprocher pour lutter face à un danger immense. La société est une nécessité face à l’adversité. PREDATORS c’est une emission de KOH LANTAH où les perdants sont exécutés, ce qui ne change pas l’enjeu final : faire sortir la bête humaine pour donner un aperçu du coté résolument atavique de l’Homme.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 27 juillet 2010 2 27 /07 /2010 21:56

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centurion devo 2

[Photo: "Laids Thés" par Dr Devo.]

 

 

C'est l'été, un peu, et c'est la torpeur du platane, qui virtuellement nous écrase, qui caractérise notre état d'esprit cinéphile. On boirait des Ricards en mode tranquilou plutôt que de pratiquer autre chose. La salle de cinéma se révèle espace de frais, sûrement déserté suppose-t-on dans un haussement de sourcil un peu improbable ou surjoué, et donc un espace de détente. Mais dans le même mouvement, nous évaluons l'effort et le programme, et là, d'un coup c'est le découragement mou mais certain, comme le cancer du pancréas ravage l'innocent qui n'a rien demandé. D'où la métaphore du platane, protecteur mais lourd, rafraichissement fugace et moteur de notre anéantissement, fossoyeur de notre volonté, tue-l'amour feignasse, rayez les mentions inutiles et changez-moi ce paragraphe...

 

 

Merci. Il fait 30 degrés, et ce petit athlete's foot (qui n'empêche pas l'amour physique, notons-le) qui défigure votre plante et vos orteils, empêche tout replis sur une plage ombragée et publique. Pour se venger, on va voir le premier film qui se passe en hiver et au pays où il ne fait jamais soleil: l'Angleterre !

 

Le romain, fort et nombreux, a déjà laissé derrière lui les charmes de sa région natale. Il aurait pu siroter du chianti en regardant des reproductions de PdF (Piero Della Francesca), et ça aurait duré un million d'année sans automne ni hiver, comme disait le poète. Mais le Ciccolino est ambitieux, c'est connu, et quelques décades plus tard, il t'a envahi l'Europe avant la fin du compte à rebours, et a passé  la tondeuse sur les tignasses blondes et longues du barbare. Un homme, véritable et civilisé, ça a le cheveux ras et soigneusement coupé. Marcello va-t-il pouvoir siroter tranquilou un picon-bière sur la terrasse de l'hôtel de ville de Tourcoing, en se remémorant le chianti passé? Non. Car il n'est pas tranquille, le Dario. Plus loin encore, en Youké, l'ingliche résiste et refuse l'occupation. Et ça, Bernardo, ça lui gâche la journée, ça sape son moral. Rome réagit: cette fois-ci, on envoie des légionnaires, on les balaye et on revient à la maison. Mais le Saxon, avec ses cheveux long, ses maquillages ridicules et sa grosse guitare, il a compris, ô métaphore ouverte sur la fenêtre de notre monde contemporain, que l'avenir ce n'était pas les mouvements armés avec 10,000 soldats en CGI, mais la bonne vieille guérilla ! Les romains en prennent plein la chetron, et au final, se retrouvent (après une arnaque au Petit Juju quand même!) perdus en plein pays énemis à trois ou quatre, sans argent ni nourriture. En plus, il fait froid, il neige et une espèce de Princesse Mononoké, en moins sympa set à leur trousse, folle de vengeance... Préparez le sapin!

 

 

 

On pourra me reprocher le fait de ne pas avoir précisé que ce film se passé en 300 avant Jean-Claude, mais l'essentiel est là, CENTURION est un film en costumes du genre péploumesque, mais attention pour les hommes, les vrais, pas ceux qui roucoulent de bonheur en buvant du Schweppes Zéro... Je fais 20 bornes pour voir le bouzin, je vais même jusqu'à partir en terre étrangère propulsant mon art critique en mode totalement gonzo. Vie du cinéma et Cinéma de la vie ne font plus qu'un. C'est beau comme du Louis Jouvet. Ca me rappelle presque du Huster. L'intro, le film, le critique dans son plus simple appareil, son storytelling aussi, t'as remarqué mon p'tit gars, tout ça c'est le même sujet, ça parle de la même chose, exactly the same, "lo mismo" comme on le dit rarement dans la langue de Tite Live et pour cause... Allez, monte dans la Testa, on va continuer de rouler...

 

Sans rire, car ce n'est pas le genre de la maison, ça démarre plutôt rigolo, enfin disons que ça se mange tranquilou. Sur un rythme de jogging sympa mais soutenu, on avance sans traîner, et les événements s'enchaînent de manière assez vivace. On n'est pas là pour faire annôner des annuaires de dialogues ampoulés. Les scènes sont assez courtes, ça avance. Voilà qui donne un ton franco au film et aussi à son propos: personnages très marqués, des mecs des vrais, du viril, du militaire.

 

Côté mise en scène, on peut bien dire que c'est pas du Ronsard, c'est gras. Neil Marshall nous avait fait mouiller le boxer avec THE DESCENT, mais ici on est nettement en présence de son double astral maléfique, celui qui a réalisé DOOMSDAY dont je parlais il y a peu ici même. Adieu léchouillage, photographie agissante, petit montage de cocotte familiale mais de bon terroir, efficace et au travail... Comme dans DOOMSDAY, même si le montage perdu un ou deux "bpm" si on l'observe au microscope atomique, c'est un peu le grand n'importe quoi. Si certaines situations ou idées auraient été tout à fait rigolotes en imposant simplement à Marshall de ne pas faire des plans plus serrés que l'Americain, le cadre empêche simplement l'expressivité ou la moindre originalité. Le montage bouillabaisse le reste dans les scènes d'actions, et déroule le bitume en ligne droite, triste comme une route du sud un jour de canicule, pendant les moments de dialogues, heureusement courts dans cette partie. On  sent bien que le Marshall, sans se prendre pour le nouveau Messie, il voudrait revisiter les genres qui lui plaisent et pondre des petits machins nerveux, et tout le monde rentre chez soi en restant bons amis. Mais on est loin du soin qu'on retrouve chez d'autres, et là je pense au premier RESIDENT EVIL par exemple, très chouette, ou même le 3éme déjà plus improbable mais très regardable. C'est ça qu'il veut, le Shérif. Oui, je sais, THE DESCENT visait plus haut mais bon..

 

On résume sur l'aire de cette station Shell: la narration ne perd pas de temps, c'est agréable. On est en dessous de l'intention, et ce n'est pas beau du tout, car la mise en scène est loin, mais alors très loin, d'être rigoureuse ou même rigolarde. Comme ça ne dure qu'un heure et demi, nous nous disions, complices dans le noir, ça va faire un chouette film du dimanche.

 

Et puis patatras, adieu Cythère... Foin de l'exercice viril entre hommes qui aiment le sport dans les plaines de landes pleines de korrigans, quand le crachin fouette la figure comme un brumisateur hardcore !

C'est comme hier soir, souvenez-vous. On arrive sur le dance-floor bien décidé à danser, sans se prendre le chou, et peut-être que le hasard vous invitera à ne pas passer la nuit sur le matelas gonflable, seul ! Mais on dansera quoiqu'il arrive, car la nuit est belle et qu'il fait bon. La passion de la danse, quoi!!! Et puis, sans qu'on puisse vraiment dire pourquoi, en s'apercevant de la chose alors qu'elle est déjà là, dans le fauteuil du salon sirotant à votre place, le bon whiskey hors d'âge que vous ne vous autorisez à sortir qu'à de très rares occasion, sans prévenir dis-je, on s'aperçoit que cette musique n'est pas un SISTER OF MERCY endiablé, mais un vieux slow pourri du Herbert Léonard tardif. Aurait-on trop bu? Avons-nous eu un black-out? Et si c'était ça, les effets de la drogue du viol? Ou ai-je simplement mal digéré ce saucissson de sanglier, tout à l'heure à l'apéritif... Dur à dire. Mais en tout cas, tout a changé. Et tout d'un coup, fini la LOCO ou le QUEEN'S, c'est la bache déguelasse du camping de Plouescat: tu parles d'un dance-floor.

 

La panse de brebis a soudain un goût amer.

La relative sécheresse, cette volonté de foncer et d'enfiler les événements sur un rythme péchu, s'est effacé et CENTURION devient un film normal, à costumes, d'époque et d'action: autant dire, un film de Ridley Scott! Comme le train roule à 5 à l'heure et qu'on ne ressent aucune secousse, on a plus le temps de voir le paysage, et c'est pas joli joli. Dans la tristesse de ce cabinet pharmaceutique qu'est devenu le film, on se dit soudain que la photo n'est pas seulement sans intérêt, mais très laide. Le scénario abandonne son côté carré-poilu pour une mélodramatisation convenue et surtout maladroite avec ce traitre sur commande qui se retourne comme un gant (et là, une ambiguïté aurait été fort bien venue), une histoire d'amour (oui, oui,  de l'amour chez les barbares, et encore, même la note d'adieu sera stupidement contredite par la conclusion du film qui annule le ressort scénaristique du film entier, à savoir le fait "d'être loin de tout") et un écriture trois actes pénibeules. L'action se fait plus rare, les dialogues sont interminables, et le petit film nerveux de 1h30min devient une épreuve d'endurance scandaleuse.... Le p'tit Boud' sexy et drôle se transforme en diva conventionnelle et rêvant de duplexe en Seine Saint-Denis. Triste! Marshall essaie de rattraper le déjà médiocre Scott, avec ces scandaleux effets d'obturation gladiatoriesque que 99, 47% des réalisateurs de films d'actions ont déjà copié sans fin. Les plans en hélicoptères qui firent la gloire des colères souvent justes de notre ami Bertrand, dans le plus fidèle look jacksonnien, sur nos héros parcourant la lande, se succédent sans aucune conséquence. On n'avait pas grand chose, mais on avait envie de boire une bière avec elle, et là, pif paf, on n'a qu'une envie: rentrer chez soi, appelez des amis, boire un Pernod, retrouver l'ombre du platane. Et là, à l'heure tranquille où les li-ons vont boire, comme disait le poète, on se dit qu'on a perdu le Marshall, que c'est cuit et que c'est un peu triste parce qui si un devait surnager, ça aurait pu être lui... Comme si, pour ainsi dire, ce petit surfeur, surpris avec la main dans la jarre à cookies, piquait des euros dans son propre porte-monnaie.

 

En tout cas, nous, on jouillait pas.

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /2010 20:08

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Psycho 9

[Photo : "En direct de Moscou" par Norman Bates et Alfred Hitchcock.]

 

 

 

 

 

 


Nouvelle avant-première, nouveau combat: cette fois ci un distributeur nous invite, lui, au moins. Ravi par la nouvelle, coup de fil en PCV du Dr Devo, "j’ai une mission à te confier, prend Carxla Brunegeld avec toi et filez tout deux au bout de Paris pour la projection de DOUBLE TAKE, ca commence dans 1h". Aussitôt le téléphone raccroché, on se rue vers les taxis et nous voila en pleine guerre froide, année 1962/80 pour être précis, Hitchcock cherche son double pour le tuer, la piste est encore chaude…

 

 

L’Histoire du monde est un polar dont il difficile de s’extirper : chaque action entraine des multitudes de réactions les plus diverses influant sur les destinées de millions d’hommes  inconnus et redoutables. Ballotés dans l’Histoire, l’individu ne doit sa subsistance que par l’illusion de la compréhension : heureusement il y a la TV qui nous dit quoi acheter, où en est  la guerre et quand il va pleuvoir. La TV c’est l’information partout en 1962, c’est les fusées qui explosent dans des salons cosy aux couleurs marron jaunes (le film est en noir et blanc) et des Nixon pas encore sous verre (gloire au crapaud hypno !). Mais c’est aussi Hitchcok qui à la TV annonce que le cinéma sera mort quand les vessies rétréciront, que les pubs viendront s’immiscer au milieu des films et que les petits écrans seront les cartes postales d’adieu des écrans immenses voués tel des dinosaures à mourir sous leur écrasante faiblesse. Hitchcock se bat contre son double pour le cinéma. Dehors l’Amérique se bat contre l’URSS pour pouvoir faire du cinéma.  Au milieu, des millions de spectateurs applaudissent le premier chien de l’espace à passer à la TV. Il y avait peut être de l’espace avant la télévision, personne n’en est sur, mais dorénavant l’espace s’incarne dans le living-room, entre les 33 tours et les pulls angoras. De même que la lutte contre l’ennemi communiste prend forme et mouvement dans les premières émissions diffusées dans un réseau national : toute l’Amérique est connectée à la même source, l’information de masse peut commencer. Les russes ont perdus la guerre car ils ont préférés l’espace à la TV, oubliant au contraire des américains que l’espace EST à la TV. La guerre froide c’est la première guerre de l’image, et c’est ce que DOUBLE TAKE tend à montrer.

 

 

 Rassurez vous, c’est quand même du cinéma, donc un vrai documentaire, enfin. Le sujet est traité de l’intérieur, c'est-à-dire en racontant tout autre chose, et avec n’importe quoi d’autre. Utilisation d’images d’archives, on est dans le film de montage (russe) essentiellement au service d’un thriller médiatique qui utilise Hitchcock comme prétexte à la justification de l’art face à la guerre médiatique. Quand les hommes sont broyés dans la marche des siècles, heureusement que les mécaniques anonymes gigantesques engendrent des œuvres sensibles qui rappellent l’importance de l’esprit. Au moins le cinéma réchauffe le corps et l’esprit, et si on ne survit pas avec le cinéma mais il nous sauve quand même. Tuer le double : c’est le thème de l’essai de Borges et le fil conducteur du film. Il ne doit rester qu’un seul Hitchcock, qu’un seul bloc, qu’un seul café, même si ce sont les mêmes : il n’y a pas de place pour deux choses similaires dans le monde, vouées qu’elles sont à se haïr. On ne hait jamais mieux les autres que soi-même, comme deux aimants se repoussants l’un l’autre. Il n’y a que la différence qui survit, et cette différence induit la forme, le mouvement et l’art.  Même images, musique différentes. Mêmes images d’époques, messages différents. Vous voyez où on veut en venir ? Le processus de destruction/création est une vue de l’égo, jamais fondamentale.

 

Et par conséquent le message progresse : image + son + mouvement = média, mais pas comme un mensonge. La guerre est décidée au journal télévisé, jamais avant. La télé de masse engendre le double à des quantités commerciales, vouant la spécificité individuelles aux bancs d’une nouvelle façon d’être le monde en le regardant vivre en direct.  C’est le prisme dans lequel  esprits aiguisés et critiques font émerger d’une création un sens unique qui est le seul compréhensible (au sens premier), c'est-à-dire qu’un grille-pain est différent alors d’une télévision ou d’un cinéma. La fonction n’est plus la spécificité du média, c’est Laika dans son Spoutnik en orbite autour  de la terre : un esprit primitif enfermé dans un cercueil en alu qui tourne autour du monde, jusqu'à l’infini, condamné comme dans le film de Kubrick à regarder l’humanité dans une vitre teintée. Enfant des étoiles, star de la TV bientôt enfant de la guerre et demain chef d’état, le XXème siècle en pente douce vers le monde d’aujourd’hui, ses pubs et ses écrans, ses conflits journalistiques et l’ouverture du champ médiatique à n’importe qui. Si aujourd’hui tout le monde participe à un réseau globalisant, c’est parce qu’hier les gagnants et les assassins ont écrit l’histoire et dévoilés les images. Tout le monde veut rentrer dans la danse, car l’existence passe par les médias. Peut-on dire j’existe et je suis différent sans le proclamer sur son blog, à la TV ou dans un journal ? La question du soi et de sa reconnaissance est la conséquence de la dilution des égos dans la représentation du monde  depuis que le monde est devenu un ensemble d’image. La conscience de soi nait dans les yeux des autres, donc sur les écrans des autres. Je suis Hitchcock, je suis connu pour mon physique reconnaissable et mes films, mais aussi parce que j’ai écrit des livres, présenté une émission de TV et donné naissance au cinéma du futur dans un Hollywood aussi violent et subversif qu’un film de Victor Fleming.

 

Prenez chaque écran, chaque émission, chaque spot de pub, chaque film d’Hitchcock diffusé pendant la guerre froide : chacune de ses images est une carte postale d’un événement, chaque carte postale est mélangée est donne lieu à un énorme jeu de pistes en 4 dimensions (historique, sensible, sociologique et fantasmagorique (chaque vision du passé est un fantasme ! pensez y en vous rasant !)) : voila à quoi ressemble le film. Vous êtes un explorateur du futur, vous avez votre fouet et votre chapeau bien en main, et vous vous lancez à la poursuite d’Hitchcock au milieu de fusées en train de décoller, des chefs d’états se serrant la main, de cafés insolubles et de sosies ventripotents cachant bien des secrets inavouables. L’enquête devient ce que vous en faites, le film se crée selon ce que vous voyez et comment vous le ressentez, et bientôt les images toutes mélangées sont à l’origine d’un message limpide : il n’y a pas d’Histoire sans spectateur.

 

 

Tout ca avec de l’humour, mais un peu trop d’Histoire, de belles choses souvent dans le son et dans les images granuleuses qui sorties des temps forment de nouveaux motifs encore jamais vus, de beaux montages d’images de films d’Hitchcock, mais qui malgré tout ne peut s’empêcher de laisser sur la fin un petit gout aigre qu’on dirait sorti d’un autre réalisateur bedonnant et bien vivant celui-ci, a savoir Michael Moore et ses images de chefs d’états marionnettes. C’est un peu le bas qui blesse de ce projet intéressant, à mi-chemin entre la sociologie et l’art plastique, sauvé par le charisme du bedonnant réalisateur. Au fond même si on parle de sujets graves et importants, la forme sait rester volubile et jubilatoire : que faut-il demander d’autre au cinéma ?

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /2010 21:35

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liquiddivadevo

[Photo: "Liquid Days" par Dr Devo et Norman Bates.]

 

 

 

 

Invité par la production à voir le film en avant-première avec mes collègues blogueurs pour une séance spéciale sur les Champs-Elysée avec cocktails-petits fours, j’ai débarqué vaguement habillé, au milieu d’un parterre de jeunes branchés trop classes pianotant sans relâches sur leurs téléphones 3G en attendant que le film commence. C’est la nouvelle tendance : le "community management", comme ils disent. En fait ils ont compris que grâce à internet la parole était libre et ouverte, donc comme chaque espace de liberté découvert par les hommes depuis 2000 ans, il ne reste plus qu’à le coloniser : il vaut mieux inviter 300 blogueurs complètement inexpérimentés et candides, leur payer le champagne et le ciné pour qu’ensuite ils se dépêchent d’écrire une vague note " tro bi1 le nouvo film ya dé alien é dé sénes 2 Q lol" qui vont donner envie à 300 multiplié par l’audience moyenne d’un blog postant tout les jours une note de 10 lignes parlant de trucs branchés, soit 2000 personnes par jour au moins, d’aller voir le film avec leur chérie. Bah oui, eux contrairement à la presse spécialisée ce ne sont pas des vendus, ils ont leur libre arbitre, ils ne sont pas élitistes, c’est des gens comme nous, ils doivent penser comme nous. Banco !

 

Bien sûr tout cela est faux : on ne nous invite pas à de telles soirées (sauf le Dr Devo), en tout cas pas encore, et je suis rentré grâce à un habile stratagème (en me faisant passer pour quelqu’un d’autre), j’ai picolé tout ce qui passait devant moi au cocktail et je me suis écroulé au milieu du tapis rouge en pleurant sur les femmes infidèles, avant de vomir dans le costume chanel d’une blogueuse mode qui affirmait que le mulet serait la coupe de l’été si l’Italie gagnait la coupe du monde. True Story.

 

Passons. Le principal c’est que je suis assis là, au milieu de tout ces gens et que le film commence. La lumière s’étiole et s’éteint, jusque là tout va bien, puis le film commence et la soirée prend un tour tout autre. On dira tout ce qu’on veut sur les séances privées aux champs Elysées, mais bon dieu ces gens savent recevoir ! Les champagnes hors de prix n’ont jamais été mon fort, mais les projections numériques next gen sur écran hyper géant c’est quelque chose ! Jamais vu un film dans des conditions pareilles, c’est comme un Blu Ray qui ferait la taille d’un court de tennis, la netteté en prime. Bluffant, cependant il en faudra d’autre pour m’acheter : je ne suis pas du genre à être ébloui par les feux. Non je déconne, le film est merveilleux.

 

 

Pour ceux qui n’ont pas voué leur vie à la génétique nazie comme moi, SPLICE c’est le petit nom anglophone d’une fusion ADN, une sorte d’accouplement génétique entre deux cellules, ici carrément entre deux créatures, puis plus tard entre une créature et l’homme. Sarah Polley et Adrian Brody forment un couple de gros nerds à la solde d’une grosse corporation pharmaceutique vendant des vaccins contre le sida, le cancer, le diabète, la schizophrénie et des médicaments divers pour enlargir bien des choses. Quasiment toutes les molécules sublimes produites par ces riches philanthropes ont été patiemment élaborée par Polley & Brody, ce qui leur offre une confortable position dans la boite et leur permet des libertés assez conséquentes dans leurs expériences. Ils ont même donné naissances à des créatures phalloïdes en combinant des ADN divers, créatures à mêmes de se reproduire et allant jusqu'à développer une certaine intelligence. Vous vous dites que c’est trop cool, et pourtant Sarah Polley n’arrive pas à se contenter de ces pénis sur pattes et grille les étapes en injectant de l’ADN humain dans leur nouvelle création. Ils donnent alors naissance secrètement à un mélange entre Kate Moss, un kangourou et un pokémon glabre à quatre culs, qu’ils vont s’empresser d’adopter comme un enfant… Je vous laisse imaginer ce que peut donner une crise d’adolescence quand on parle d’un prédateur hybride possédant des gènes humains, animaux, une queue rétractable venimeuse, des branchies et quatre paires de fesses, le tout dirigé par une intelligence incompréhensible et ne pouvant parler le langage humain. Dans ce contexte la découverte de la sexualité et de l’amour est un peu plus délicate que l’ado du même âge qui découvre que youtube peut s’écrire autrement. Le film parle de ca, et puis des problèmes de couples de monsieur et madame, des souvenirs d’enfance et de la difficulté de résister à la tentation d’un siècle qui l’a érigée comme modèle économique.

 

 

Avant d’expliquer pourquoi SPLICE est le plus grand film de cette année, je voudrais tirer un grand coup de chapeau à la pianiste mais surtout au distributeur qui va sortir ça en salles. D’habitude, quand un film fantastique/de genre ne peut pas être résumé avec un pitch de moins de 50 mots il est immédiatement sorti en direct to DVD entre le dernier Seagal et la suite de l’avant dernier Dolph Lungren. Hors là, Natali nous balance un film hybride et ultra glauque, sorte de mixtion entre LE MONSTRE EST VIVANT, LA MOUCHE et X FILES réalisé par Atom Egoyan, dont un des (nombreux) morceaux de bravoure est de faire la scène de sexe la plus flippante du XXIème siècle (au XXème siècle c’était celle de THE ROOM). Cette scène à laissé tout le public des Champs-Elysée pantois, certains se cachaient même le visage, d’autres étaient frappés de mutisme et certains se tournaient enfin vers Dieu, comme moi, quand ils ont enfin compris les revendications du mouvement pro-anorexie. Je fais le guignol là, mais c’est super difficile de parler de SPLICE quand on s’aventure au-delà de la première demi heure : vous vous retrouvez dans un no man’s land terrifiant, sans que vous puissiez avoir la moindre idée de ce qui va vous tomber sur le coin de la figure. Le film est tantôt effrayant (mais vraiment, hein), gore, romantique, monstrueux, déviant et plein de grâce, toujours juste et incroyablement bien fait à tout les niveaux. Apparemment le film est sorti grâce au ventripotent Guillermo Del Toro, qui a tout fait pour que le film puisse se faire dans des conditions décentes de lit, et on peut dire que c’est réussi. Il y a un confortable budget, des images de synthèses, mais rassurez vous, rien de comparable aux galeries de produits dérivés affables que nous sort le grassouillet mexicain depuis quelques années. On retrouve même aux effets spéciaux ces bons vieux Howard et Berger, les papes des effets old school qui ont enchantés les productions fantastiques à partir des années 80, et ils amènent avec eux de stupéfiants maquillages et effets en tout genres.

 

Les 10 premières minutes du film (génétique compris) se déroulent dans un vagin. La sortie est assez scabreuse mais ensuite c’est merveilleux. La photo ! La lumière ! Le cadre ! Quelle claque ! Bon la projection était très belle, à la hauteur de la photo monstrueuse de Tetsuo Nagata, mais même sans ça le travail dans le cadre est prodigieux. Certains plans rappellent même le dernier Gaspar Noé (je dis pas ca parce qu’on voit des immeubles de nuit en vue de haut…), c’est un festival de composition, de jeu sur les oppositions chromatiques (observez comment la photo traduit l’émoi émotionnel de Dren : passage des teintes bleutées (comme la robe au début puis à la fin (la fille puis la mère) ) au teintes rouges (hormis le sang, le sexe par exemple), la décomposition quadri chromiques qui évoque la mitose (quatre couleurs primaires, quatre branches d’ADN, l’univers) et merde j’étais dans une parenthèse, je sors) et tout dans l’image, à n’importe quel instant parle et vibre comme un acteur à part entière. Il y a un petit clin d’œil au SUSPIRIA de Dario Argento à un moment donné, dans la forêt (la lumière de cette forêt !) quand le sang éclate dans une neige bleue que la lumière révèle (là encore quatre couleurs : bleu (nuit), rouge (sang), blanc (neige) et jaune (lumière), la messe est dite). A coté, la forêt Disneyland des connards d’aborigènes écolos d’AVATAR, c’est un décor du Jacky Show. Et je vous parle des couleurs, mais on pourrait s’attarder des années sur le jeu fascinant entre les échelles ou les motifs qui se répètent au long du film, par exemple ces prototypes humanoïdes cachés dans les arrières plans. Le vrai sujet du film, il est là ! Ce n’est pas la science, c’est la naissance. Il s’agit de devenir parent, de vivre toute sa vie avec l’acte non décidé d’une nuit. La nuit qui a  changé nos vies, l’instant où le mélange a eu lieu, le splice, l’ultime jonction, la fusion biologique. C’est le vieux coup du conte juif avec le golem, on prend notre chair pour créer une autre vie, qui risque de se retourner contre nous. Là ou le film est complètement rock’n’roll, c’est dans sa manière d’aborder le thème : avec du suspense, de la peur et de l’émotion, dans une mise en scène sensuelle jusqu'à l’extrême. Ainsi, on vit cette naissance horrible plus qu’on ne l’observe, et à aucun moment le film ne prend parti. Au contraire même il perpétue la souffrance, inlassablement, dans cette figure figée de la mère éternelle. Le fils a beau être un monstre, la naissance à beau être un anti-orgasme (scène géniale là encore), l’humanité est toujours là. Dans tout ce bordel, dans ces sentiments antagonistes entremêlés si soigneusement qu’ils nous rendent fous, nous sommes incapables de réagir à l’extérieur du corps.

 

Nous sommes en prison !

 

Il y aurait encore tellement à dire sur le film, mais j’en ai déjà trop dit. Je pense qu’il ne sortira pas dans beaucoup de salles, et sans doute pas longtemps, donc courrez y vite.

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /2010 09:13

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atom-nana

[Photo : Résurrection post-téléthon [géniaaaal !] par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1932 Céline écrivait que l’amour c’est "l’infini mis à la portée des caniches". En 2009, CANINE est projeté à Cannes et fait scandale en représentant la structure la plus sacrée de l’humanité comme une introduction au fascisme dans un style proche du SALO de Pasolini ou de LA GRANDE BOUFFE de Ferreri : du crade, de l’ignoble dans une grosse caricature noire très appuyée des travers de chien de notre espèce. 

 

Dans CANINE une carabine est un bel oiseau blanc ; une foufoune, une grande lampe. Coude-coude.

 

Dans CANINE le père est roi d’une famille élevée dans la croyance d’être des chiens, vivant tous dans une maison hermétiquement fermée au monde extérieur et seul périmètre du film. Les enfants sont éduqués uniquement par leurs parents, sans aucun contact avec le monde. Le père surtout est responsable de leur éducation, et c’est lui qui très tôt à inculqué à sa progéniture la haine des chats. La mère suit aveuglement le père, sans trop l’ouvrir non plus. Le jour ou les chiens/enfants perdront leurs canines, ils seront libres de sortir à l’air libre, et de découvrir le monde. Avant ils doivent parfaire leur éducation, forcément biaisée car il n’y a d’éducation sans remise en cause, aveuglément  assenée par le père sans scrupules. Les enfants ont pour modèle le père, unique référentiel  en contact avec l’extérieur.

 

Enfin pas exactement, puisqu’une vigile de supermarché (sic) (coude-coude) est payée par le père pour assouvir les besoin sexuel du fils. C’est de là que viendra la contamination : en faisant entrer dans la maison des éléments de plus en plus déstabilisants (produits de l’extérieur, cassettes vidéo, perversions sexuelles) toute la mécanique du père se retrouve grippée, et petit à petit, tout l’édifice se fissure, laissant des brèches dans lesquelles l’horreur va surgir, de plus en plus grandes, de plus en plus béantes, jusqu'à tout foutre en l’air, tout détruire dans un gigantesque maelstrom dégeulasse., jusqu'à que le père perde.

 

Le sexe fout la merde. A partir du moment ou le sexe est offert aux enfants, chaque caresse est une souffrance désirée, la frustration nait du désir ou de la contrainte souvent associée dans le même élan.

 

Car (ca n’a rien à voir) dans CANINE rien ne nous sera épargné : massacre de chat à la cisaille, scènes pornographiques, inceste, zoophilie, caresses diverses et variées, maillots de bains une pièce, jeux régressifs et obscènes,  le jeune réalisateur grec charge la mule petit à petit jusqu'à l’overdose dans une construction somme toute assez lente, ou doucement s’accumule un catalogue des pires horreurs de l’humanité, dans une sorte de constance pour le coup bien animalière. Dans les documentaires animaliers, on nous rabâche sans arrêt les mêmes scènes d’animaux effectuant les mêmes besognes ataviques qui semblent devoir constituer leur seule occupation : bouffer, boire, naitre, se reproduire et mourir, pour quelques espèces plus médiatiques  faire sauter quelques ballons dans une piscine, mais à part ca toute cette joyeuse ménagerie s’empresse de faire tout le temps la même chose sous les regards ébahis d’adulateurs du « règne animal » fascinés par la constance qu’a la nature à ne faire constamment qu’une seule chose dans des variations infinies. Et bien ici c’est pareil : des spécimens humanoïdes évoluent dans un dispositif proche de la téléréalité, et on observe des gens ne rien faire constamment jusqu’a pousser de haut cris en geignant de ce que l’humanité à de pire quand on enlève les paréos et qu’on arrête de faire tourner les serviettes, chorégraphie cacochyme de connards surnuméraires se retrouvant soudains tout nus et devant porter le fardeau d’une vie qui n’a jamais eu aucune justification. Si on enlève les scènes chocs destinés sans doute à faire aboyer le bourgeois (j’imagine bien les réactions outrée à Cannes entre deux coupes de champagne) et somme toute bien inoffensives, le film m’a procuré la même fascination que l’observation prolongée d’un aquarium sous xanax.


Dommage parce qu’il y avait quand même un certain potentiel. Formellement  déjà, il y a un parti pris, pas de mon gout mais qui donne quand même une certaine patte au film, à défaut des dents affutées tant espérées : le cadrage et les compostions assez épurées des plans tiennent à la fois d’un catalogue de meuble et de la dernière FIAC, façon petit génies style Martin Parr qui jouent sur les codes des sociétés riches modernes pour composer une espèce de dérivé light du pop art à base de cynisme et de satire très convenue de la société de consommation. Mouais. Tout ce cirque qui se voudrait choquant et subversif donne quand même de violents coups de coudes dans les côtes du rebelle bien pensant du quartier St Germain, qui ira sans doute s’extasier sur la façon super bath de représenter  la nature humaine dans ce qu’elle a de pire. Personnellement, je trouve que c’est plutôt un gros cache misère racoleur essayant de cacher un film d’étudiant rempli d’intentions jamais développée en termes de mise en scène. Pas de son, montage vigneron et formalisme de rigueur, le long déroulement du film manque d’accident et d’aspérités.  A peu de chose près, CANINE était un grand film malade et autiste. Tel quel, CANINE est un petit film cadre dans les assurances qui vous montre des accidents horribles pour vous en vendre une.

 

Plutôt molaire que canine !

 

Hop,

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /2010 21:49

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gégé devo

[Photo: "5 Coton-Tiges sur le gâteau de la Mort [Pour ça, on acceuille Injustice Mystère]" par Dr Devo, Mr Mort et John Mek-Ouyes.]

 

 

 

 Chers Focaliens,

Si il est établi que les WC sont fermés de l'intérieur, on peut se poser la question de savoir s'il y  aurait un film, pas douze, pas mille qui soit beau dans la compétition officielle de ce festival de Cannes 2010. LJ Ghost, notre reporter sur place témoigne et c'est émouvant...

Dr Devo.

 

 

 

COPIE CONFORME de Abbas Kiarostami (France-Italie-Iran, 2010)

 

 

Juliette Binoche s'occupe d'une galerie d'art à Florence. La ville reçoit un écrivain anglais dont le livre est un triomphe, William Shimell, qui vient donner une conférence. Elle a lu son bouquin avec attention, en a même acheté plusieurs, mais elle n'est pas d'accord avec tout ce que dit l'auteur : pourquoi une copie ne pourrait-elle pas être considérée comme une oeuvre d'art ? Les deux se rencontrent, partent boire un café et, suite à un petit jeu innocent, en viennent à se déchirer...

 

 

Vainqueur d'une Palme d'or au festival de Cannes en 1997 pour LE GOÛT DE LA CERISE et deux ans à peine après SHIRIN, où une suite de plusieurs femmes (dont Binoche, déjà) regardaient et réagissaient par rapport à un film invisible qui était projeté devant elle, le son étant off, Kiarostami revient avec une histoire d'amour qui cherche à subsister au temps.

 

 

Et c'est la vie qui se joue devant nos yeux. Encore une fois et après le film de Godard, la réalité vient nous frapper de plein fouet pour tout emporter sur son passage. Avec douceur, délicatesse, mais aussi avec violence et larmes, Kiarostami dépeint de manière incroyable la rancoeur qui peut prédominer dans un couple, toutes ces petites douleurs banales et quotidiennes qui empoisonnent une vie à un point inimaginable. Dit comme ça, ça peut faire un peu peur, mais Kiarostami a plusieurs atouts dans ses mains, et n'hésite pas une seconde à s'en servir. C'est au sein même de la narration que cela se joue. D'une linéarité exemplaire, c'est comme s'il tirait un fil qui, au bout du compte, se brise totalement, et la cassure provoque une explosion nucléaire qui va à jamais changer la vie de ses personnages, et cela, en à peine quelques coupes, et surtout en quelques mots échangés. En fait, au départ, le couple ne se connaît pas, puis se rencontre une première fois, et vont dans un café. Là, l'homme s'éclipse, et Binoche discute avec la tenancière des lieux, et ment, affirmant qu'elle et l'homme sont mariés depuis quinze ans, comme un jeu enfantin auquel elle se livrerait. Et c'est ici que tout explose. C'est ici que le jeu s'arrête, et que la réalité prend le dessus. D'un seul coup, l'espèce d'innocence du jeu disparaît, et tout devient vrai. Les quinze ans de vie commune s'incarnent en un regard, et les épreuves qui vont avec. Quinze ans qui pèsent sur de frêles épaules. Les problèmes de la vie quotidienne d'un couple sont alors magnifiés, avec une grâce incomparable, d'un côté par la mise en scène du réalisateur iranien, et de l'autre côté par la performance des acteurs.

 

 

Parce que Kiarostami ne s'arrête jamais. Il cadre comme un fou furieux (devant l'église, à côté de la moto, dans la chambre d'hôtel) tranquille et contemplatif, même dans les plans rapprochés faciaux, qui sont légion, il arrive encore à composer, sans en avoir l'air, des plans d'une signifiance hallucinante (celui sur Binoche dans la salle de bain). Très belle photographie, contrastée et délicate, qui gère plutôt bien les extérieurs. En fait, le plus impressionnant, ce sont les scènes prises dans leur caractère unique, comme celle dans le restaurant où elle porte ses boucles d'oreille, et surtout la dernière séquence, dans la chambre d'hôtel, d'une poésie et d'une puissance rares. Il faut dire qu'il est bien servi par un duo d'acteurs épatant. Autant Shimell est très bon, autant Binoche écrase toute la concurrence, et de loin. D'un naturel déconcertant, magnifiquement dirigée et servie par des dialogues taillés dans le diamant, elle devient, en l'espace de quelques minutes, la femme, toutes les femmes en une, et ce d'un unique regard, d'un expression du visage aux mille nuances. Elle hésite, bégaie, cherche ses mots, se répète, hurle et rit en même temps, c'est comme si tout son corps était donné, offert à cette histoire d'amour qui menace de se terminer, et qu'elle essayait de la sauver seulement armée de son âme. Immense prestation.

 

 

Je pense que je n'ai pas suffisamment rendu justice à ce film, merveilleux, mais il a quelque chose de l'intime qui le rend difficile à l'expression d'une critique. Non, ce n'est pas un film parfait. Mais oui, c'est un film réussi, mis en scène avec grâce et inventivité, très bien écrit et magnifiquement interprété. Alors on se tait, on écourte cet article, et on va voir ce très beau film.

 

 

 

 

POETRY de Lee Chang-Dong (Corée du Sud, 2010)

 

 

Une grand-mère élève son collégien de fils. Elle est plutôt excentrique, s'habillant chiquement avec des robes à fleurs, et sort de l'hôpital où elle vient se examiner pour un picotement dans le bras droit. Elle en sort, et tombe par hasard sur une affiche, qui propose des cours pour écrire de la poésie. Ni une ni d'eux, elle s'y rend, et on lui explique qu'elle va devoir trouver la beauté du monde, dans le moindre petit objet, afin de pouvoir écrire son premier poème. L'inspiration tarde à venir, tandis qu'une mauvaise nouvelle touche son petit-fils, qui aurait fait quelque chose de mal, et qu'elle se débat avec sa propre santé...

 

 

Lee Chang-dong, réalisateur coréen, bonjour monsieur, a déjà eu les faveurs du festival de Venise en 2002 pour son film OASIS (qui paraît-il est très réussi), où il a notamment gagné un prix de réalisation, et du festival de Cannes en 2007 pour SECRET SUNSHINE, que je découvre en même temps que vous.

 

 

Je vous avoue que je ne sais pas trop quoi en dire. La narration se déroule de manière tout à fait classique, cela dit plutôt en à-plat, la progression dramatique est lente et le film, long, cent quarante minutes, de suivre cette grand-mère à la trace, dans son errance solitaire à la recherche de la beauté et du salut de son petit-fils. Ou plutôt pas vraiment. Disons qu'il y a des failles dans ce personnage, qui le rendent plutôt intéressant : ce que son petit-fils a commis est absolument atroce et elle est la seule femme à pouvoir s'en occuper. Je ne veux pas trop en dire pour ne pas dévoiler tous les tenants et aboutissants, mais ce que je viens de dire fait sens si vous voyez le film. Bref, elle se trouve dans une position inconfortable où elle a une position de juge et de victime, en quelque sorte (pas exactement, mais disons que son sexe a beaucoup à voir dans sa réaction face aux évènements concernant son petit-fils). Sa réaction sera étonnante, et le film retrace le processus qui fera qu'elle changera diamétralement, s'humanisant quelque part, et s'ouvrira au monde de manière totale et intime. Bien sûr, la poésie l'aidera, et c'est là où est, pour moi, le principal problème du film. Disons que la vision et l'utilisation de la poésie est un peu, comment dire, enfantin, pour être poli, très simple et attendue, alors que le processus de création aurait pu être un peu plus « douloureux ». Il lui faudra une immense douleur et une déchirure irréparable pour écrire, mais pour en arriver là, le chemin était un peu trop gentillet. Certaines situations sont très réussies, comme celle où la grand-mère rencontre la femme dans les champs, ou celle avec le vieil handicapé qu'elle soigne, et qui apporte une vraie profondeur et un vrai intérêt au personnage. A part ça, je dois avouer n'avoir été surpris par rien, hormis le final, très beau, et avoir trouvé le temps long, le montage, trop vaporeux, n'étant pas forcément le point fort du film.

 

 

Parce que du côté de la mise en scène, ça pèche un petit peu. Passer plus de deux heures en caméra portée, je veux bien, mais il vaut mieux s'appeler Lars von Trier. Ce que je veux dire, c'est qu'ici elle semble utilisée un peu à la va-vite, comme dans une volonté de saisir l'instant, bien sûr, mais sans véritable travail ni justification derrière ce procédé. Il y a un vrai laisser-aller au niveau du cadrage, par exemple, et cela est dû par la volonté d'immédiateté de la prise de vue. C'est comme si Lee s'était dit bon, je ne vais pas m'embêter, alors on fait de la caméra épaule tout le long du film, ce qui, bien sûr, ne suffit pas. Je ne suis potentiellement pas contre, mais ici ça me semble une facilité. La photo est plutôt classique, sans vraiment de jeu, même chose pour le son. Au final, POETRY est un film acceptable, on a vu bien pire que cela, mais n'est pas renversant. Niveau cinéma coréen récent, préférez MOTHER de Boon Joon-oh, avec qui il a des similitudes, mais qui lui est bien supérieur.

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

 

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Samedi 22 mai 2010 6 22 /05 /2010 01:47

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xavier quentin devo

[Photo: "Rapport avec la Choucroute" par Dr Devo.]

Chers Focaliens,

 

LJ Ghost, l'envoyé spécial de Matière Focale à Cannes persiste et signe! La compétiton officielle 2010 est ignôôôôble et remplie de putasserie (voir ci-dessous),e t dans les sections paralléles, voire au Marché du Film, on voit des choses belles et courageuse.  Voici son sixième article sur ce festival qui a délibérément décidé de laisser le cinéma de côté...

Dr Devo.

 

 

 

RUBBER de Quentin Dupieux (France, 2010)

Un type à lunettes est debout. Des chaises en bois trônent dans le désert des Etats-Unis. Soudain, une voiture de police arrive, renverse une à une les chaises, s'arrête. Un flic sort du coffre et monologue, face caméra, sur le fait que certaines choses au cinéma sont là, juste là, sans raison, comme le fait que l'extra-terrestre dans E.T. soit marron. Un groupe de gens arrive, prend des jumelles à l'homme à lunettes, et regarde au loin un pneu s'éveiller à la vie. Ce pneu, doué d'une conscience, devient alors un serial killer psychopathe et tombe amoureux de Roxane Mesquida (que vous avez pu voir dans A MA SOEUR de Catherine Breillat, ou dans l'affreux SHEITAN de Kim Chapiron), qu'il va poursuivre.

 

 

Peut-être la plus belle brioche de l'année, RUBBER est un film tout à fait alléchant, surtout que son réalisateur, qui est ici également scénariste, chef opérateur, monteur et auteur de la musique, Quentin Dupieux, est déjà le responsable du très beau STEAK. La question principale, c'est arrivera-t-il à être à la hauteur des espérances placées dans cette histoire abracadabrantesque.

 

 

Disons que Dupieux a ici un peu le postérieur entre deux chaises, et il va me falloir avoir des doigts d'or pour ne pas vous révéler toutes les surprises qui parsèment le film. Dès le départ, le réalisateur introduit le spectateur à l'intérieur même du métrage, personnifié par le groupe de gens dont je parlais un peu plus haut. Le groupe regarde le film qui est en train de se faire (l'histoire du pneu) en même temps que nous, au loin, à travers des jumelles, et commente tout ce qu'il se passe comme le feraient des spectateurs malpolis dans une salle de cinéma, et dès qu'ils s'endorment (parce que le "film" dure plusieurs jours), le métrage et le pneu s'arrêtent, pour reprendre lorsqu'ils se réveillent. Idée belle et intéressante, sauf qu'elle est véritablement sur-utilisée : en plus du film, du film dans le film, il y en a un troisième dont les héros sont ce groupe de spectateurs, à qui des choses vont arriver. Là, Dupieux charge un peu la mule et étale en longueur cette idée tout en, grâce à cela, proposant une vision drôle et acerbe du cinéma d'aujourd'hui : les producteurs qui dépouillent l'argent du public en leur refourguant un spectacle aliénant et sans aucun intérêt, jusqu'à saturation ultime. Malheureusement, cela ne vole pas très haut, et l'intérêt se disperse assez rapidement de ce côté-là surtout que, encore une fois, Dupieux s'attarde vraiment sur cet aspect-là de son oeuvre, histoire d'en remettre des couches et des couches.

 

 

Du côté du pneu, c'est une épure un peu plus humble qui prédomine : beau son, très belle musique, pas une parole échangée, bien sûr, juste un pneu qui roule et qui tue tout ce qui se trouve sur son chemin. Quand je parle d'épure, c'est au niveau de la narration de cette partie-là de l'histoire, et de la vision générale de la chose, parce qu'en coulisses, ça bosse dur : effets à la Méliès pour les meurtres, cadrage signifiant et précis, photographie riche et dense, même si on est le plus souvent en extérieur (mais pas seulement). Je ne sais pas comment ils ont fait pour faire ainsi rouler et s'arrêter le pneu en caméra portée, ou comment ils lui ont fait monter des marches, mais c'est excellemment bien foutu et réaliste comme jamais. Malheureusement, ici aussi c'est vraiment répétitif, les meurtres se ressemblent tous et s'il y a une nette progression dramatique de ce côté-là, au bout d'un moment on comprend où il veut en venir car il nous l'a déjà montré cinq fois avant.

 

 

Les surprises finissent alors de pleuvoir et c'est avec un peu de complaisance que Dupieux filme son brillant concept. L'air de dire, oui, l'idée est étrange, bizarre, vous en vouliez du bizarre, vous allez en avoir, je ne justifie rien, c'est comme cela et pas autrement, je vais vous en donner, de l'aliénant, du répétitif, vous allez en avoir pour votre argent. Véritable film sur le cinéma, un peu superficiel malgré de très belles idées de scénario (le flic qui demande aux autres acteurs d'arrêter de jouer quand les spectateurs ne regardent plus le film) ou de mise en scène (l'iris "cinéma muet" du pneu qui se relève), RUBBER est un meilleur film que ce que je pense avoir laissé paraître. Pas dénué de défauts, très loin de là, notamment le montage, pas très bien géré (les plans finaux sur le tricycles sont interminables et sans intérêt – sauf les plus signifiants, bien sûr, disons que Dupieux filme la même chose sur dix plans et qu'il les met tous les uns après les autres, allongeant artificiellement la durée de la séquence, qui s'en retrouve épuisante au lieu d'être puissante), il n'empêche qu'il fourmille de qualités, de trouvailles, de gourmandises qui satisferont le spectateur en mal d'étrangeté.

 

 

 

 

DES HOMMES ET DES DIEUX de Xavier Beauvois (France, 2010)

 

Lambert Wilson est moine dans un vieux monastère d'un petit village d'Algérie. Cela fait des générations que le lieu de culte chrétien est implanté dans cette région profondément musulmane, mais les deux religions ont su apprendre à vivre ensemble, et à se respecter. Jusqu'à ce que des rebelles, terroristes, commencent à zigouiller à peu près tout le monde aux alentours. Ils se rapprochent dangereusement du monastère, au point que les moines se demandent s'ils doivent rester au péril de leur vie pour protéger les habitants du village et poursuivre leur engagement à Dieu, ou s'ils doivent partir, rentrer en France, saufs, et laisser les pauvres autochtones à leur funeste sort.

 

 

Troisième film français en compétition au festival de Cannes, l'oeuvre de Xavier Beauvois, réalisateur du PETIT LIEUTENANT, a reçu un accueil tonitruant de la part du public et d'une certaine partie de la critique. Ca sent donc un peu le graillon, non ?

 

 

Ca sent même un peu autre chose, pour tout vous dire. Il y a dans ce film une forte tentation, et même plus que cela puisque c'est vers ça que l'on tend pendant toute sa durée, de documentaire, dans le sens où tous les évènements sont relatés d'une manière qui se veut à tout prix réaliste, voire même jusqu'à aller vers le naturalisme le plus total. J'en veux pour preuve cette avalanche de scènes de chants religieux, qui prennent, à vue de nez, un tiers du métrage (j'exagère à peine), que Beauvois laisse EN ENTIER, et pas qu'une fois. Tous les chants grégoriens y passent, et leurs paroles tristes et soumises ne donnent franchement pas envie de rentrer dans les ordres, malgré le fait que l'on ait régulièrement l'impression que l'on nous force le christianisme jusqu'au fond de la gorge, tel une oie à Noël. Disons que Beauvois montre deux face de la religion qui se rejoignent en un même delta : celle, donc cherchant la repentance, et l'autre qui représente une certaine grandeur d'âme, une générosité, un héroïsme sans fard, pour au final être absous et sauvé par Dieu, pour aller vers le paradis. C'est là que pêche Beauvois dans sa volonté clairement documentaire, en rajoutant du manichéisme (pas de contradiction ni d'aspérité, non, vous pensez) à ces hommes, qui eux sont super gentils, et les autres tueurs sont méchants, mais c'est pas parce qu'ils sont musulmans qu'ils sont méchants, attention, il ne faudrait fâcher personne, et le réalisateur prend bien soin de marteler à plusieurs reprises le fait que ce sont des extrémistes qui s'adonnent à ces exactions, des gens qui ont mal ou n'ont même jamais lu le Coran (ce qui, certes, est vrai, mais pourquoi le répéter à tout bout de champ dans le film ? Une fois, c'est bien, aussi). Au final, il n'y a aucun enjeu. C'est immensément mal écrit, que ce soit au niveau du propos manichéen et neuneu (sacrifice chrétien, tout ça) ou des personnages, qui ne sont pas développés le moins du monde et qui pensent quelque chose pendant une heure trente, mais trente minutes avant la fin, pile pendant le climax, et sans raison apparente, ils changent d'avis. Comme ça. No reason, comme la couleur de E.T. Quand en plus, ils sont incarnés par des acteurs d'une nullité qui confine au cosmique (Wilson est vraiment un des plus mauvais du moment, alors que Michael Lonsdale fait comme il peut, mais il vit, lui, et offre un souffle drôle et humain à ce film enfermé de l'intérieur), le tout devient absolument ridicule.

 

 

Et ce n'est pas tout, parce que sinon ce ne serait même pas drôle. Le scénario indigent, lénifiant, manichéen, je veux bien. Les acteurs nuls, d'accord. Les chants grégoriens, allez, si vous voulez. Mais alors, l'absence de mise en scène, là ça ne passe pas. Cadres hideux, jamais composés, montage lent qui se veut psychologique et contemplatif mais qui ressemble plutôt à du va-comme-j'te-pousse informe et mortifère, photo grisouille, neutre et sans textures, déluge de plans rapprochés, je dis non, stop, ça suffit. Mais le massacre n'est pas encore terminé. Vous avez entendu parler du jeu sur l'échelle de plans ? Et bien, en voici la définition par Xavier Beauvois, dans la scène dite du « Lac des cygnes », si je me souviens bien : plan rapproché épaule x6, puis gros plan x6, puis très gros plan des yeux x6. Voilà. Vous n'imaginez pas à quel point c'est hideux.

 

 

Quand y'en a plus, y'en a encore ! DES HOMMES ET DES DIEUX est une prise d'otage émotionnelle, tire-larmes comme le pire des mélos hollywoodiens, mais avec, ici, une caution art et essai qui ne fait pas écran longtemps. A l'instar de l'INTO THE WILD de Sean Penn, le film de Xavier Beauvois est une histoire vraie. Et si on n'a pas lu le dossier de presse, j'imagine, impossible de le deviner, vu que ce n'est jamais dit nulle part, avant la fin, bien sûr, quand Margot est déjà sensée avoir les yeux embués, on lui balance ça pour le Niagara se déverse. Répugnant.

 

DES HOMMES ET DES DIEUX est un film puant.

 

 

 

 

KABOOM de Gregg Araki (USA-France, 2010)

 

 

Smith est étudiant à l'université. Il vit en colocation avec Thor, surfeur blond complètement stupide, par lequel il est attiré. Malgré cela, il couche quand même avec une jeune blondinette délurée, quand il ne traîne pas avec sa meilleure amie lesbienne. Bref, ça couche dans tous les sens et ça fantasme encore plus. Mais Smith a des visions étranges, et quand, après une soirée de défonce, une jeune femme rousse se fait agresser sous ses yeux par trois hommes portant des masques d'animaux, sa vie tranche quelque peu.

 

 

Gregg Araki, auteur du beau MYSTERIOUS SKIN, débarque à Cannes hors compétition. Quand on voit le film, on peut comprendre pourquoi. Ou pas.

 

 

Parce que la chose est complètement étrange. Prenant comme point de départ le film de collège, souvent un très beau genre par ailleurs, mais en le triturant pour finalement proposer un produit complètement faisandé, sorte de parodie des films de Richard Kelly (l'auteur de DONNIE DARKO, SOUTHLAND TALES et THE BOX, trois oeuvres merveilleuses), mais tellement plus que cela. Multipliant les scènes ridiculissimes mais dans lesquelles il se passe toujours quelque chose, Araki semble marcher avec des rangers sur le fil fin et ténu qui sépare le ridicule du génie. Il s'en fout, et va jusqu'au bout de ses idées, aussi farfelues soient-elles. Ainsi, "César" cohabite avec une explication du parfait cunnilingus, la magie se dispute avec les errements d'un fils abandonné, le meurtre vit avec le grotesque le plus singulier. Film paranoïaque avec secte qui contrôle le monde, étude de la sexualité adolescente et dépiction de la vie d'un enfant seul, KABOOM bouffe partout, en équilibriste. Il y a un certain jusqu'au-boutisme salutaire, dans le sens où Araki n'évite rien, et fonce dans le tas à la vitesse de la lumière, offrant des twists improbables à une cadence infernale, faisant exploser l'idée même de twists, en les faisandant ostensiblement.

 

 

Là où KABOOM est le plus beau, c'est dans la mise en scène, totalement à l'unisson de son propos. Casting complètement stéréotypé des films de collège, utilisation ringarde et belle de la vidéo, très visible et jouante, photo vulgaire et kitschissime, souvent riche et superbe, qui faisande encore plus le tout, transitions comme dans un film amateur... Bref, KABOOM ressemble à une espèce de série TV de luxe, ne cherchant jamais le" bon goût" mais plutôt quelque chose de l'entre deux. J'ai malheureusement vu le film dans une salle remplie aux trois quarts d'acheteurs, ce qui est une horreur parce qu'autant au départ ils riaient avec le film (parce qu'il est très drôle), puis rapidement, riaient contre lui, n'ayant aucun recul par rapport aux scènes ridicules et indispensables.

 

 

Film mi-raté mi-réussi, complètement punk et suicidaire, KABOOM mérite malgré tout le coup d'oeil.

 

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /2010 18:24

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japon suis devo

 [Photo: "Amitié Entre mes Peuples" par Dr Devo.]

 

 

 

 

OUTRAGE de Takeshi Kitano (Japon-2010)

Kitano est une petite main des yakuzas, qui envoie des hommes et fait lui-même parfois le sale boulot que ce genre d'activités demande. Plusieurs chefs de familles veulent les faveurs du grand patron, et feront à peu près tout ce qu'ils peuvent pour y arriver, quitte à se trahir et se descendre les uns les autres.

 

Plutôt beau parcours pour Kitano, déjà à Cannes en 1999 pour L'ETE DE KIKUJIRO, l'auteur de HANA-BI, DOLLS, SONATINE n'est pas le premier venu et fait régulièrement de très beaux films, entre deux émissions de télévision complètement vulgaires et insupportables, comme quoi, ça ne veut rien dire. Imaginez que Benjamin Castaldi puisse faire PERSONA. C'est à peu près, en exagérant, ce qu'est Kitano, et il est souvent tout à fait plaisant de le retrouver.

 

Et ça commence plutôt bien. Quelques plans de présentation des personnages, rapides, puis un travelling droite/gauche avec un très beau jeu de mise au point où l'on passe de l'avant à l'arrière plan avec aisance, Kitano n'hésitant pas à flouter tout l'avant-plan pour chopper un petit détail au fond de l'image. Ce n'est pas transcendant mais ça reste assez sympathique, prouvant que le garçon bosse sa mise en scène dès le départ. Très court générique, et plan à la grue vraiment magnifique, où Kitano, qui monte le film lui-même, gèle l'image au moment où la voiture prend tout le champ, en plan douche, pour repartir un peu plus loin en recadrant légèrement et en prenant de la hauteur. C'est vraiment très beau et laisse augurer monts et merveilles. Sauf que les choses se gâtent rapidement. Disons que le scénario est déjà, à la base, très mal écrit, complètement survolé et sans aucun intérêt, les actions étant toutes plus inconséquentes les unes que les autres. Ca n'aide déjà pas. Quand en plus, la mise en scène est d'une platitude telle, on ne s'en sort plus. Il y a bien quelques scènes un peu "choc" et plutôt éprouvantes (Kitano montre beaucoup de choses, ce qui n'est pas si mal finalement, mais va le conduire à sa perte, mais j'y reviens), comme celles de tortures ou de meurtres, qui font parfois vraiment mal (chez le dentiste, notamment), le réalisateur ayant également la bonne idée d'ajouter de l'humour à ce malaise pour le rendre encore plus effectif. Mais dans sa volonté de tout nous montrer, il fait des erreurs véritablement dommageables, et qui auraient pu être évitées s'il avait laissé le montage à quelqu'un d'autre. En fait, là où Kitano pêche, c'est dans sa gestion du contre-champ. Si vous voulez, à certains moments, il n'a vraiment pas besoin de bousculer son axe, parce que la suggestion fonctionnerait bien mieux, d'un point de vue émotionnel et d'un point de vue de la qualité des plans et des scènes en général, qui s'en trouvent dûrement affectées. Par exemple, à un moment, Kitano doit tuer des gens dans un sauna. Plan sur les futures victimes, plan sur lui, qui les vise, et tire. Quel besoin de revoir les victimes, en sang, l'une d'elle semblant encore respirer ? Autre scène, une grenade est lancée dans un restaurant, afin d'éliminer quelques gêneurs. Les personnages que l'on suit à ce moment-là sont dans une autre pièce, proche de la salle principale du restaurant, la grenade explose en hors-champ, les personnages vont voir ce qu'il se passe et constater les dégâts, et on lit sur leur visage, et on sait grâce au son ce que cela donne. Quel besoin de faire le contre-champ, vraiment raté d'un point de vue esthétique (décor, cadrage, lumière), quand on devine facilement ce qui a pu se passer ?

 

 

Ce genre de choses se répète plusieurs fois pendant tout le film, et c'est vraiment dommage. Cependant, il y a dans même des qualités dans OUTRAGE, comme le son, mixé de manière délicate et veloutée, si j'ose dire, avec beaucoup de nuances et plein de petites gourmandises (notamment la musique, qui semble parfois sortie des années 90, et qui fonctionne bien). Le super patron des yakuzas ressemble comme deux gouttes d'eau, il a obligatoirement fait exprès, à Kim Jong-Il, le dictateur nord-coréen : même tête, même vêtements, mêmes lunettes, c'est son sosie parfait, ça ne peut pas être fortuit et apporte un petit décalage rigolo au personnage pas franchement sympathique. A part ça, pas grand chose, Kitano n'a pas seulement raté son film, mais a fait un film pour rien. OUTRAGE n'apporte rien.

 

 

 

 

 

FILM SOCIALISME de Jean-Luc Godard (Suisse-France)

L'Europe, l'humanité, le monde, l'amour, le cinéma.

 

Un film complètement politique, qui ne parle que de politique mais sans jamais ô grand jamais parler de politique.

 Jean-Luc Godard a décliné l'invitation du festival de Cannes pour y présenter son film. Il a envoyé ce mail à Thierry Frémaux, grand pape de la programmation dudit festival : "Suite à des problèmes de type grec, je ne pourrai être votre obligé à Cannes. Avec le festival, j'irai jusqu'à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus. Amicalement. Jean-Luc Godard." avec, en pièce jointe, une photo du réalisateur japonais Yasujiro Ozu.

 

 

"Le cinéma est mort", a-t-il aussi dit. Il a absolument raison, et nous le prouve avec une force et une douceur démesurées. Les lunettes de la réalité augmentée, comme disait le poète, sont bel et bien, et définitivement, brisées. Nous ne sommes plus dupes. Le cinéma, ce ne sont que des gens qui font semblant, de manger, de pleurer, de mourir, d'aimer, de ressentir, de vivre. Plus personne n'y croit à présent, tout le monde sait que ce sont des acteurs, et qu'il y a une caméra, et que les décors sont en carton. Ca ne peut plus marcher. Jamais. Godard l'a compris, et va poser sa caméra dans un restaurant. Comme ça, en plein milieu de la salle, sur un pied. Et la dame qui transporte son plateau-repas vers la table devient la plus grande actrice de l'histoire du cinéma, tant le naturel dont elle fait preuve touche au coeur et à l'âme le plus directement qui soit. Vous n'avez jamais vu quelqu'un d'aussi vrai. Il entraîne aussi sa caméra à Odessa, en Russie, sur les fameuses marches du CUIRASSE POTEMKINE d'Eisenstein. Et là, la terre s'écroule. Le temps d'un plan, court, fugace, une respiration, la dernière, Godard remake le film russe. Le gouffre qui apparaît devant nous est sans fin, et nous sommes éjectés dedans, tombant à la vitesse de la lumière jusqu'à un fond qui n'arrivera jamais. Malin, il prépare doucement la chose, en montrant des images du film, dont le fameux travelling qui suit la descente des marches, coupe, et fait la même chose avec sa petite caméra numérique, le long des escaliers nus, sans aucun artifice, la réalité dans sa dimension la plus universelle. Le cinéma a disparu, et n'a paradoxalement jamais été aussi fort que grâce à ce point de montage.

 

 

Film de montage pur, donc oeuvre de cinéma total, FILM SOCIALISME utilise un nombre de sources d'images et de formats de prise de vue vertigineux. Entre les extraits de films, les stock-shots, les moments volés aux passants, des scènes jouées par des acteurs, dirigés de façon quasi-bressonienne, des plans visiblement filmés grâce à un téléphone portable, du diaporama et l'amoncellement de texte parsemé dans tous les recoins du film (des sous-titres, beaux et malins, aux cartons), dont la poésie abstraite, profondément drôle et philosophique m'a fait penser au magnifique SILENCIO de F.J. Ossang, Godard utilise tout ce qu'il a sous la main et le lie, le lit, le relie, le relit, le dit, le contredit, pour au final donner une oeuvre profondément émouvante et sensorielle, sensuelle, pour nous parler de choses fondamentales. "Visions d'apocalypse". C'est ce qui était dans ma tête tout le long du film, tant c'est ce que semble montrer Godard dans chaque plan, dans chaque coupe, dans chaque raccord (ou non-raccord, d'ailleurs). Des enfants dansent sur ce qui semble être un carré lumineux, comme une mini boîte de nuit, ils dansent tous de manière uniforme et visiblement chorégraphiée, sur une musique à peu près insupportable. Plan suivant, il filme au téléphone portable à l'intérieur d'une boîte de nuit, où de jeunes adultes dansent. Les plans dans cette espèce de croisière, complètement démoralisante. Les enfants qui demandent des comptes à leurs parents concernant la Liberté. L'impossibilité de l'expression cohérente et suivie, juste des bouts de phrases primordiales qui sortent des bouches, ou des enceintes de la salle, les bouches répondant même parfois aux enceintes, dans une envolée d'humour nucléaire dévastatrice. HELL AS. Tout passe à la moulinette de l'homme au cigare, notre société, notre politique, notre télévision, notre vision de nous-mêmes et des autres, notre amour, notre haine et notre liberté, notre engagement et notre foi.

 

 

Les noms n'existent pas. Il n'y a pas de famille, parce que l'on n'aime pas qu'une personne, on aime le monde entier. Dans le collectif, il n'y a que des individus, et chacun agit à sa façon. Se rassembler, être ensemble, voilà ce que nous dit Godard dans ce film important, magnifique. Ne pas oublier notre caractère unique, mais s'ouvrir au monde. Ce film, véritable oeuvre de cinéma, n'est rien de plus qu'un geste d'amour.

[NdDrD: "et évidement le film est hors-compétition!"]

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /2010 01:52

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autan mes vents l'emporte devo

 [Photo: "Autant mes Vents l'Emportent" par Dr Devo.]

 

 

 

UN HOMME QUI CRIE de Mahamat-Saleh Haroun (Tchad-France-Belgique, 2010)


Youssouf Djaoro a une soixantaine d'années, et travaille comme maître-nageur à la piscine d'un hôtel huppé. Dans sa jeunesse, il fut champion de natation, inutile alors de dire que la piscine, c'est toute sa vie, et qu'il écoule des jours heureux au bord de l'eau à surveiller des gamins qui hurlent. Mais l'hôtel a été racheté par des investisseurs chinois, qui menacent de licencier une bonne partie du personnel. En parallèle à cela, le Tchad est en pleine guerre, et le gouvernement demande à ceux qui n'ont pas encore trahi leur pays en rejoignant les factions rebelles, un "effort de guerre", à savoir de l'argent, ou un fils à envoyer au front. Ca tombe plutôt mal, parce que Djaoro a un fils d'une vingtaine d'années, qui travaille avec lui à la piscine, et qui pourrait éventuellement menacer son travail...



Fermez les yeux. Imaginez un instant un jeune homme, il veut devenir scénariste. Il achète un livre qui explique comment écrire un tel document, quels sont les ressorts dramatiques, comment on les utilise, ce genre de choses. Il se dit, tiens, c'est intéressant, et ça va m'aider, alors je vais m'en servir et écrire quelque chose. Ce jeune homme découvre, au détour d'une page interweb, qu'un concours de scénarios se déroule pas très loin de chez lui, et qu'il peut envoyer son épreuve au jury qui décidera si oui ou non, son script est valable. Il se dit pourquoi pas, après tout, je n'ai rien à perdre, et puis j'ai bien travaillé, j'ai fait tout ce que le livre m'a dit de faire, alors pourquoi pas moi. Il l'envoie. Le jury, submergé par ce qu'ils ont reçu, lit tout de même, en diagonale, les projets. Celui du jeune homme retient leur attention. Le juré numéro trois le lit une deuxième fois, avec soin et précision. Pour elle, c'est celui-là. Elle fait passer le mot à ses collègues, qui élisent ce script à l'unanimité. Sa victoire en poche, le jeune homme, encore extatique, reçoit un courrier d'un producteur, qui a lu son travail et veut l'adapter au cinéma. Deux ans plus tard, le film est en compétition officielle au festival de Cannes. Son titre : L'HOMME QUI CRIE.



Si j'ai écrit cette longue fable (post-) moderne, c'est que le film qui nous intéresse à présent pourrait être étudié dans les écoles de cinéma (et le sera sûrement), tant il est didactique et d'un classicisme absolument effrayant. Rien ne dépasse et les ressorts dramatiques, prévisibles plus que de raison au bout d'à peu près six minutes, sont disséminés aux endroits les plus évidents et les plus normaux, pourrais-je dire. Des scènes sont là uniquement à titre illustratif, par exemple pour appuyer une caractérisation de personnages (la séquence de la pastèque), et n'apporte rien d'autre au récit, à la narration, et est encore moins intéressante au niveau de la mise en scène. On peut presque deviner ce qui va se passer avant chaque coupe. Disons qu'il n'y a pas de jeu de ce côté-là, ou d'envie de s'écarter, même un tantinet, de la norme. Je dois avouer que c'est ainsi le cas de beaucoup de films, mais pour celui-ci, cela m'a vraiment marqué, donc il prend pour les autres, et j'en suis désolé. La narration est donc d'une banalité absolue, un parfait exemple de film Dossiers de l'écran, qui dit que la guerre c'est pas bien parce que ça tue, et que virer des gens c'est pas bien parce qu'après ils n'ont plus rien. Mais Haroun, également scénariste, rajoute une chose qui fonctionne plutôt pas mal : la lâcheté du père. Je ne peux pas en dire plus, bien sûr, mais cela apporte un peu de relief à l'ensemble, sans franchement l'élever par ailleurs.



Le rythme du film est plutôt lent et contemplatif, certains plans durent trop longtemps, ce qui provoque un léger malaise et est plutôt dérangeant, malgré un montage pas très beau, les raccords et les coupes sont parfois aberrants (dans la ruelle, de nuit, sur le side-car, il coupe beaucoup trop tôt pour donner une quelconque émotion : la peur de l'écran noir, visiblement). En fait, tous les leviers de mise en scène sont au diapason de l'illustration du scénario, ce qui donne au final quelque chose de pas très intéressant. Il y a de temps en temps un effort de cadrage, mais trop rare pour être vraiment souligné.




 

 

LA PRINCESSE DE MONTPENSIER de Bertrand Tavernier (France, 2010)



Seizième siècle, la France est meurtrie par les guerres de religions. Lambert Wilson n'est pas une princesse, ce qui est assez dommage, parce que ça aurait pu être tout à fait rigolo et intéressant. Bref, il est comte et tue sans le vouloir une femme enceinte. Traumatisé, il déserte et abandonne le combat. Il rencontre Grégoire Leprince-Ringuet, qui a le nom de l'emploi puisqu'il est prince de Montpensier, son ancien élève et ami, qui décide de l'accueillir en tant que garde. Pendant ce temps-là, le père du prince, qui aurait quand même bien envie de s'élever dans la société, décide, avec le marquis de Mézières, de marier Grégoire à la fille de ce dernier, Marie, alias Mélanie Thierry. Sauf que la demoiselle, elle, est promise à et est amoureuse de Gaspard Ulliel, le duc de Guise. Ulliel est fou de rage, et jure à Grégoire qu'il va se venger. Et Lambert Wilson dans tout ça ? Ah, oui...



Tavernier, l'affreux à la grande gueule, déjà précédemment à Cannes pour UN DIMANCHE DE CAMPAGNE pour lequel il a gagné le prix de meilleur réalisateur, la blague, et qui a sorti l'année dernière son film américain, DANS LA BRUME ELECTRIQUE, avec La Bûche, alias Tommy Lee Jones, revient donc triomphant avec son nouveau film en costumes, adapté d'un livre de Madame de La Fayette. Tavernier + film en costumes, ça ne sent déjà pas très bon. J'aurais dû me méfier.



J'avoue ne pas savoir par où commencer. Le film fait précisément cent trente-neuf minutes, et aurait pu facilement en faire quarante-cinq de moins. Je m'explique. Toute la partie avec Lambert Wilson est absolument inutile, et aurait dû être coupée dès l'écriture du scénario. Nous le suivons au début, les premières minutes sont pour lui, on se dit qu'il va avoir malgré tout un rôle important. Que nenni, mon bon. Il disparaît au fur et à mesure du film, ne faisant plus que des apparitions fantomatiques ou inutiles, étant délaissé du rôle promis par le début du film dans le récit. En fait, ensuite, son action se résume principalement à éduquer Mélanie Thierry (poésie, lecture, écriture, ce genre de choses), ce qu'aurait pu faire un tout autre personnage, qui n'aurait pas eu une telle importance dès le début, on aurait même éventuellement pu ne pas voir cet apprentissage, qui est d'une inconséquence presque comique également, puisque si la jeune princesse fait tout un foin pour apprendre à écrire, elle n'écrira pas une ligne de tout le film. Surtout que le personnage de Christophe Lambert Wilson évolue, mais de manière complètement anarchique et artificielle (je ne peux pas en dire plus), en particulier parce qu'à la fin, il a un geste d'un illogisme et d'une stupidité assez déconcertante, se contredisant toutes les trois secondes, pour finir par être complètement flou, perdu, inutile. Le personnage aurait dû disparaître dès le départ. Mais bon, tant qu'à pédaler dans les descentes, allons-y et prenons les pires acteurs du cinéma français, qui jouent comme des bites, pardon, mais là il faut être clair et franc, et déclament comme dans le pire du théâtre de boulevard des dialogues estampillés 16ème siècle, caution historique au dos du dossier de presse. C'est absolument insupportable et cela a provoqué quelques rires dans la salle, d'habitude très respectueux des films en cours de projection. Les scènes d'action sont rares et ridicules, les coups assénés sonnant franchement faux, et on voit même, dans certains angles de la prise de vue en steadicam, que les acteurs plantent leurs épées entre le bras et le corps des cascadeurs. Si l'ambition est de faire un film à grand spectacle, avec force costumes, il faut en avoir les moyens et ne pas laisser une prise où on voit clairement que ça ne fonctionne pas. On peut dire ce que l'on veut du cinéma commercial américains et des blockbusters mais chez eux, en tout cas, quand il y a des scènes d'action on y croit. Ici, on veut faire du grand spectacle intelligent, et c'est raté des deux côtés. Bravo.



Comment retranscrire la douleur qui m'a foudroyé pendant la vision de ce film ? Peut-être en vous disant que bien évidemment et en plus de cela, la mise en scène est purement illustrative (il décadre bien à des moments et fait quelques mouvements de caméra sympathiques, mais c'est une goutte de pus dans un océan d'étrons), sans jeu de lumières, de son (si, la musique est atroce et bien trop présente), de montage. C'est laid à n'en plus pouvoir, et c'est en compétition officielle au festival de Cannes. C'est dégoûtant, parce que ce film est une insulte au spectateur, qui ajoute à l'inanité d'un scénario extrêmement mal écrit une mise en scène même pas digne d'un blockbuster américain. Je suis certain d'oublier de vous parler de pas mal de choses, mais LA PRINCESSE DE MONTPENSIER est tellement mauvais que je n'ai même plus envie d'écrire dessus. Fuyez, pendant qu'il en est encore temps.

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /2010 01:28

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 millionsdecopains devo

 [Photo: "La Chance au Bon Goût (la France a raison)" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

 

 

 LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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ANOTHER YEAR de Mike Leigh (UK-2010)



Jim Broadbent et Ruth Sheen sont un couple de presque retraités qui vivent dans un joli pavillon londonien. Il est ingénieur géologue, elle est psy dans un hôpital, et tout se passe pour le mieux entre eux. Ils cuisinent et jardinent ensemble, et une grande complicité ainsi qu'un amour indéfectible semble les lier. Leurs amis sont un peu moins gâtés par la vie : seuls, consommant une quantité astronomique d'alcool, ils prétendent que tout va bien, mais le vernis craque rapidement et ils se confient au gentil couple de manière naturelle. Sur une année, ils vont être les confidents et les témoins des errements de toutes ces âmes perdues.



Après sa Palme d'or pour SECRETS ET MENSONGES et son prix de meilleur réalisateur pour NAKED (NdDrD: film sublimissime), film sublimissime (NdDr: Ha bah tu l'avais dit!), Mike Leigh revient au festival de Cannes, en compétition, avec une oeuvre un peu moins" flamboyante" et ancrée dans sa réalité à lui, probablement empreinte de ses propres questionnements sur la vieillesse.



Parce qu'évidemment, le sujet du film est le temps qui passe, et qui détruit tous les espoirs, comme le prouve, notamment, le chapitrage en saisons. Que c'est difficile de voir son corps s'enlaidir, devenir ridé, et la décrépitude physique engendre l'effondrement psychologique, pour peu que l'on soit déjà fragile, et sans personne qui nous aime. Finalement, ce n'est pas tant du couple Broadbent/Sheen dont nous parle Leigh, ils ne sont que le catalyseur qui rapproche ces personnages perdus au même endroit, ils sont une sorte de poème pour ces gens, un idéal qui n'existe pratiquement pas. Le couple semble sorti d'une publicité, il est parfait et fait preuve, en particulier, de compassion et de patience à l'égard des perdus à la vie. Il n'y a rien à dire sur le couple, en fin de compte, et Leigh se focalise alors plutôt sur leurs réactions aux évènements que sur leurs actions, au vu de la quasi-absence de dramaturgie possible de leur part, en terme de caractérisation de personnages. Elle sera possible grâce aux amis du couple donc, en particulier Lesley Manville et Peter Wight, qui finalement ne cherchent qu'une épaule pour pleurer, une oreille empathique et un coeur aimant. Et là, petit souci, les deux personnages se ressemblent trop. Trop pour s'assembler dans le film. Hors du film l'effet est plutôt néfaste parce que l'on a finalement l'impression de voir les deux mêmes personnages, qui ont exactement les mêmes problèmes, les mêmes doutes, les mêmes envies, les mêmes rêves, etc. Cela provoque un effet de répétition plutôt mal vu, parce que d'une part l'ennui pointe, et d'autre part voir deux fois décrit le même caractère, la même psychologie, à quelque chose près, ce n'est pas forcément très intéressant. Alors ils ont des différences, bien sûr, parfois assez prononcées et plutôt bien amenées, comme cette façon qu'a Manville de parler, parler, parler toujours, parler pour ne rien dire, juste pour remplir le silence, juste pour éviter d'être aspiré dans le néant de sa propre existance. Le jeu de l'actrice est alors plutôt précis, et je pense que c'était dû à sa performance mais si j'étais mauvaise langue, je dirai que c'est à cause du volume du son trop fort dans la salle, mais à chaque fois qu'elle ouvre la bouche on sursaute, on se crispe, c'est un flot discontinu de voix aigüe et extrêmement agaçante, qui est très efficace. En tout cas il y a une volonté de montrer que la vie (quand on est vieux ? Ou alors c'est valable dans son entièreté ?) n'est qu'une succession de vides que l'on tente de combler par de la parole, ou du jardinage, en tout cas par quelque chose d'inutile, qui devient alors indispensable.



Malheureusement, du côté de la technique, c'est assez catastrophique. Des cadres pas très beaux, toujours très serrés sur les personnages, et des kilotonnes de champ/contre-champ, un son sans jeu, un montage d'un didactisme mortifère (les saisons !), et surtout une photographie vraiment cul-cul la praline, comme si elle était faite par un enfant. Jaune-orangé vif pour l'été, orangé automnal pour l'automne, bleuté pour l'hiver, ça ne va jamais plus loin que ça. Les quelques extérieurs sont grisâtres et sans vraiment d'intérêt. En fait, c'est plutôt une pièce de théâtre qui se joue, au vu du quasi-huis clos et surtout de la volonté de faire pas mal d'entrées et sorties de champ, tout cela, encore une fois, dans un même espace, ce qui trahit la volonté initiale. Je ne suis potentiellement pas contre, mais encore faut-il travailler sa mise en scène. Là, bof. Dommage.




 

 

LES MAINS EN L'AIR de Romain Goupil (France-2010)



2067. Une vieille femme se rappelle de son enfance. Elle avait dix ans, vivait en région parisienne, allait à l'école avec sa petite bande de copains. Elle est tchétchène et n'a pas de papiers. La police expulse un de ses camarades et sa famille, et elle a peur de suivre le même sort. Mais c'est sans compter sur Valéria Bruni-Tedeschi, maman d'un des copains de la petite, qui va la prendre sous son aile afin qu'elle ne soit pas expulsée à son tour. Mais, bien sûr, ce ne sera pas aussi simple.



Ah, les affres des horaires ! Ratant de peu un autre film à cause du Mike Leigh, le choix d'un remplacement ne fut pas chose aisée. C'est un peu au hasard que nous allons au marché du film, voir le nouveau film de l'auteur de MOURIR A 30 ANS, vainqueur de la Caméra d'Or en 1982. Je dois avouer mal connaître les films du garçon. J'ai été servi.



En effet, c'est un festival de choses toutes plus affreuses les unes que les autres. D'abord, ça commence donc en 2067, presque de manière totalement gratuite, dans une grande baraque blanche, et le résultat est tout à fait splendouillet. C'est une drôle d'idée, d'une naïveté déconcertante, mais j'y reviens un peu plus bas. Goupil enchaîne ensuite avec la présentation de la bande de gamins, chose qui donne déjà envie de partir en courant, mais quand en plus on s'aperçoit qu'ils sont totalement United Colors of Bennetton, la peur panique prend à la gorge. Il y a Hippolyte Girardot. Le dispositif technique est léger, c'est de la vidéo, et ça ne me pose aucun problème, sauf quand ce n'est pas bien fait, mais j'y reviens aussi. Le métrage se déploie de la manière la plus prévisible possible, dans la plus pure tradition des dossier de l'écran, exactement tel que vous l'imaginez dans vos pires cauchemars. Mais finalement, quelque chose d'assez étrange se passe, et apporte une cohérence bringuebalante à cette idée de scènes dans le futur, donc de narration en flashback, dont je parlais tout à l'heure. Pour vous expliquer rapidement, pendant que les adultes s'engueulent pour trouver une solution au problème de l'expulsion des sans-papiers, les enfants prennent le problème à bras-le-corps et décident de fuguer ensemble. Le résultat de cette entreprise donne un ton vraiment doux-amer quant au champ des possibles en matière d'avenir : en gros, quoique l'on fasse, on est condamnés. La réaction ou l'inertie, c'est la même chose, les deux se valent parce que finalement, le résultat est le même. Il y a quelque chose du dernier geste inconséquent, beau et vain, qui amène finalement à une impasse, et aux regrets éternels. Avec cette fin non plus vraiment politique, mais nihiliste, Goupil renvoie tout le monde dos à dos et met, le temps de quelque secondes, tout le monde sur un pied d'égalité (ce qui, par ailleurs, contredit les 90 minutes précédentes de manière assez étrange).



Ce qui n'empêche pas le film d'être une abomination, et d'un laisser-aller artistique impardonnable. Il n'y a aucun travail de mise en scène. Rien. Aucun levier n'est mis en jeu. Et les scènes ridiculissimes s'enchaînent, de l'apparition de Girardot à l'interrogatoire d'un gamin de 10 ans insulté et brutalisé par des flics, qui sont dépeints comme une armée de gros cons qui guettent le moindre faux pas, marchant tous au même rythme et incapables de faire leur travail de manière correcte et" humaine". Les scènes de JT, d'interviews, sont littéralement honteuses. A la fin du film, il y a une très longue scène qui se voudrait être filmée par une équipe de télévision. Goupil donne donc à l'image de très gros pixels, une lumière encore plus hideuse que dans le reste du film, et surtout bouge artificiellement sa caméra dans tout les sens, en très longue focale et en plans très rapprochés, ce qui donne une bouillie infâme proche du vomi, sûrement pas digne d'une news de JT, qui tente en général d'être suffisamment claire pour être comprise par le plus grand nombre. Là, on ne voit rien, on ne comprend rien, c'est affreux. Je vais dès à présent l'effacer de ma mémoire sélective et faire comme si je ne l'avais jamais vu.



J'ai également vu une version restaurée de TRISTANA de Luis Bunuel, mais malheureusement la fatigue causée par des horaires indus m'a forcé à piquer de l'oeil durant la projection. Je n'ai vu que 99% du film, je préfère donc, par honnêteté intellectuelle, ne pas vous en parler, ayant pu rater un mouvement de caméra ou un point de montage sublime dont je ne pourrais donc pas vous parler. En tout cas, le pourcentage que j'ai vu est absolument magnifique, et certains devraient en prendre de la graine. Suivez mon regard.

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Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /2010 19:45

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lipton devo

(De gauche à droite, du haut vers le bas: le film, le président du Jury, Matière Focale en septembre 2010. Photo par John Mek-Ouyes et Dr Devo.)

 

 

 

 

Il n'y a pas que la compétition officielle dans la vie cannoise, alors allons un peu voir à côté, là, tout près, les choses qui respirent et qui appellent le cinéphile avide de découvertes. Compétition officielle, Un Certain Regard, Marché du Film. Dans l'ordre. Faites vos jeux.

 

 

THE HOUSEMAID de Im Sang-Soo (2010-Corée du Sud)

 

Jeon Do-Youn est engagée comme servante par un couple de jeunes gens très très riches pour s'occuper de leur petite fille. Alors qu'elle vaque à ses occupations en uniforme, elle est quelque peu troublée par le maître de maison, un jeune homme complètement successful qui joue du Beethoven à ses heures perdues. Il va la prendre comme maîtresse. Et comme tout se sait toujours, ça va faire du grabuge dans le manoir...

 

 

La Corée n'a pas fini d'animer Cannes. Après les beaux THIRST et MOTHER l'année dernière, c'est au tour d'Im Sang-soo (réalisateur d'UNE FEMME COREENNE) d'y aller de son petit film assez étrange, voire même complètement polymorphe. Ca ne commence pas mal du tout, avec une séquence de présentation assez abstraite, très découpée, jouant énormément sur le mouvement (que ce soit au niveau de la caméra ou du placement des figurants) et sur les valeurs de plans, qui sont ici vecteurs d'une sensation de perte et de confusion qui s'entremêlent de manière élégante avec ce qui se joue : on ne sait pas trop ce qui se passe, mais une femme est suspendue à un balcon, à côté de ça des jeunes sont à une fête, des voitures passent, l'héroïne découpe du poisson... On cherche la spatialisation alors que Sang-Soo nous dit très clairement que tout se joue en même temps, exactement au même endroit, qu’il n'y a qu'un lieu et que ce sera celui de la mort. Le ton est donné. Mais en fait, non. On se calme un peu et on suit de manière plus particulière à présent, l'héroïne dans ses premiers pas à l'intérieur du fameux manoir du couple. Découverte de l'enfant à garder, moments heureux d'insouciance pour un personnage qui rappelle l'Idiot de Dostoïevski (c'est dit dans le film mais, chose amusante, n'a été traduit comme tel que dans les sous-titres anglais, les sous-titres français, eux, l'ont juste qualifié de "simplette" si je me souviens bien. Serions-nous moins à même de comprendre la référence culturelle ? Pourquoi les francophones sont-ils ainsi spoliés ? Etrange, tout de même). Puis du sexe, un peu, on ne voit rien, juste de la peau, des corps humides qui se frôlent, des voix qui se parlent crûment. Puis de l'humour, ce qui m'a posé un vrai problème, mais j'y reviendrai. Puis vient la tragédie, moralement éreintante et insoutenable, les actions font très mal. Si j'ai fait cette petite liste, c'est pour illustrer le fait que Sang-soo va se servir un peu dans toutes les crèmeries, dans l'espoir que son dessert soit le plus beau possible.

 

 

Sauf qu'il s'éparpille un peu. Je n'ai rien contre la comédie en général, mais j'ai trouvé qu'ici, son incursion au sein du récit était un virage pas très bien négocié. Disons qu'à un moment donné, la belle-mère du maître de maison fait son apparition, et elle est vraiment trop outrée pour totalement convaincre et se fondre dans la proposition du film. C'est au niveau de l'écriture même que ça pêche. Si le film, dans son ensemble, est plutôt correctement mis en scène, donnant une certaine envergure au côté totalement réaliste, dirons-nous, du métrage, l'ajout du personnage de la belle-mère envoie valdinguer à peu près tout ce qui a été fait jusque-là. Pour vous expliquer, elle agit un peu comme un génie du mal, toujours là pour faire une saloperie, mais de manière forcée, deus ex machina malade qui va précipiter la tragédie. On sent l'artifice pour justifier le point de non-retour, et son écriture brute et manichéenne, quelque part, dénote avec la certaine subtilité des autres personnages. On n'y croie pas, ça ne fonctionne pas. Et c'est vraiment très dommage, tant le reste du film a des qualités qui méritent d'être vues.

 

 

Quelques scènes sont très réussies. Celle du club de golf, vrai moment de douleur contenue, de haine ravalée, prête à exploser, lorsque la conscience, l'humanité reprennent le dessus. Le dialogue entre l'héroïne et le maître de maison après la scène du "bain", magie fugace, lumière d'espoir d'une inconséquence et d'une folie tragiques. L'incursion du feu dans l'avant-dernière scène, qui exprime de manière allégorique toute la rage qui habite le personnage en en faisant un élément physique, palpable et dévastateur. Ca bosse tout le temps du côté du cadre, à essayer de trouver des angles bizarres, des compositions abstraites, des symétries, des asymétries, elles sont très évocatrices sans tomber dans le didactisme. Le reste est plutôt classique, soigné, il y a du boulot, mais rien de renversant.

 

 

Au final, un film plutôt pas déplaisant, mais nous sommes encore loin du chef-d'oeuvre.

 

 

 

 

 

L'ETRANGE AFFAIRE ANGELICA de Manoel de Oliveira (Portugal, 2010)

Ricardo Trepa est un jeune photographe appelé d'urgence, une nuit, par une puissante famille locale, pour prendre des clichés de leur fille Angelica, morte peu après son mariage. Il accepte, et à l'intérieur de son viseur, le visage de la jeune femme s'éveille...

 

 

Ca fait toujours plaisir d'avoir des nouvelles du plus jeune grabataire du cinéma ! Presque 102 ans au compteur, et le garçon pète la forme, tourne toujours, voire même plus que jamais, avec bonheur paraît-il puisque qu'apparemment, son précédent, CHRISTOPHE COLOMB, L'ENIGME était magnifique. Mais parlons donc du tout dernier, qui, je dois l'avouer, a une des brioches (terme focalien de "pitch", bien plus beau que l'original, bien sûr) les plus intriguantes et intéressantes de cette quinzaine.

 

 

L'obstacle. Voilà comment le film aurait pu s'appeler, tant tout au long du métrage l'action se heurte à des éléments qui l'empêchent fréquemment, euh non, tout le temps, d'avancer. Et, complètement malicieux, De Oliveira se sert de tout ce qu'il a sous la main pour mettre des bâtons dans les roues de ses personnages. D'abord la musique, qu'il laisse terminer jusqu'au bout de la partition pour couper son plan et passer à autre chose, idée vraiment belle qui laisse une impression de vide abyssal, puis le son, qui vient parasiter tout effort d'expression ou d'intériorisation (magnifique scène de déclamation de poème, avec en fond sonore un vieux transistor qui crisse, qui larsène, qui crache quelques notes de musiques pour se remettre à grésiller, ou des bruits de camion dérangeants et surprenants qui viennent couper une conversation en plein milieu, forçant les personnages à aller à la fenêtre voir ce qu'il se passe avant de revenir à leur action initiale), les éléments de décor, la figuration... Tout est fait pour casser le rythme et installer une espèce d'à-plat haletant et surprenant: étrangement, même au bout de deux ou trois fois d'affilée, on n'imagine pas qu'il va encore saboter l'avancée du récit, prenant encore et toujours le spectateur par surprise. Et ce qui est encore plus beau, c'est que la résolution du film inclut, en son sein même, et disons est la justification finale de tout ce procédé, un obstacle, le dernier, que je ne vous révèlerai pas mais qui est, je vous l'assure, absolument magnifique.

 

 

Du côté de la mise en scène, De Oliveira s'éclate aussi, en cadrant au cordeau, en se permettant de finalement assez peu couper (le montage, lent, est malgré tout assez tendu) et de ne se poser que rarement la question du contre-champ, mais quand il le fait c'est éblouissant parce que généralement accompagné d'un changement de photo, de perspective, d'une espèce de césure au niveau du rythme qui donne une impression d'étrangeté. Il inclut même quelques incrustations vidéo en noir et blanc, très belles, qui participent à une scène de lévitation assez hallucinante où le son joue constamment, jusqu'à, à un moment, s'arrêter presque totalement, comme conférant à ces quelques secondes un souffle de liberté, voire de spiritualité très émouvant.

 

Merci, monsieur De Oliveira, merci de donner aux petits jeunes aux dents longues et aux idées courtes des leçons de cinéma, et un parfait exemple de ce que l'on peut faire quand on joue avec les leviers de la mise en scène. Le fait que vous ne soyez pas en compétition officielle me révolte. Mais c'est vrai que vous avez reçu un prix d'honneur à Cannes, il y a quelques temps, pour eux vous êtes déjà mort. Pour nous, vous êtes le plus vivant.

 

 

 

 

 

 

MR. NICE de Bernard Rose (UK-2010)

La vie de Howard Marks, un ancien d'Oxford devenu, dans les années 60-70, un des plus grands trafiquants de drogue de Grande-Bretagne.

 

 

Quelle ne fut pas ma surprise en voyant le nom de Bernard Rose, l'excellent réalisateur, d'entre autres, CANDYMAN avec Virginia Madsen, film fabuleux s'il fallait le rappeler, dans le programme du Marché du Film (et pas en compétition, voyons, les enfants, soyons sérieux !). L'instinct me pousse à y aller, ne connaissant absolument rien du film.

 

 

Nous suivons donc Marks, incarné par le formidable Rhys Ifans, et d'entrée de jeu c'est de la folie pure. Nous commençons donc par voir le héros du temps où il était au lycée, et là, nous nous apercevons qu'Ifans lui-même joue le rôle de Marks quand celui-ci a 17 ans ! Quelle délicieuse étrangeté de voir l'acteur extatique, sauter dans les bras de ses parents, hurlant sa joie alors qu'il vient de recevoir la lettre d'acceptation à l'université d'Oxford ! C'est absolument sublime et ce sera ainsi pendant tout le film, Ifans jouant Marks à tous les moments de sa vie. Mais Rose ne s'arrête pas là. Il doit recréer l'Angleterre des années 60, ses rues, ses voitures, ses passants ? Trop cher, pas intéressant, alors le réalisateur utilise des stock-shots sales et granuleux de ces années-là, et incruste Ifans déambulant à l'intérieur, et rajoutant les grains sur l'acteur ! Il n'y a des stock-shots d'Oxford en noir et blanc ? Pas grave, on les utilise, et par la même occasion, on incruste Ifans en noir et blanc, et en qualité 8mm ! Il doit se rendre à Kaboul ? Même traitement ! Et ensuite, bien sûr, on va vraiment tourner dans ce qui ressemble à un désert afghan, pour les plans qui suivent. En fait, il utilise le procédé d'incrustation sur stock-shot à chaque fois qu'il doit introduire un lieu, ou à chaque fois qu'il doit avoir de la vie d'époque à l'arrière-plan, pour ensuite revenir dans un décor naturel un peu moins fourni et plus pratique à faire, que ce soit pour des scènes à pied, ou en voiture (la première fois qu'il est en Afghanistan, en jeep, est une des choses les plus drôles et les plus folles que j'ai vu depuis longtemps) ! Bref, ça invente, ça n'arrête pas, ça cherche des solutions pour rendre la chose complètement belle et ludique. Vous n'avez jamais vu une scène de sexe telle que la première montrée dans ce film (ce qui a fait dire à une amie, présente à côté de moi, "c'est la suite d'ENTER THE VOID "»). Quand on ajoute à cela une photo vraiment belle (il la fait lui-même), un sympathique jeu sur le son, des cadrages bien sentis et un casting trois étoiles (Ifans, Chloe Sevigny, David Thewlis), ce premier quart d'heure annonce monts et merveilles.

 

 

Malheureusement, Rose a du mal à tenir la barque. Un peu à l'instar de SHUTTER ISLAND de Scorsese, la mise en scène se délite assez rapidement pour abandonner toute invention au profit de l'avancement du scénario et d'une certaine précision dans la biographie du garçon. Rose lève le pied et se fait un peu bouffer par son récit. S'ensuit un quasi festival de champs/contre-champs, moins de jeu sur les axes, et si la lumière est toujours belle, le montage s'effrite et s'étiole.

 

 

Il est vraiment dommage que le réalisateur n'ait pas réussi à aller au bout de son idée, de ses idées, tant le film aurait pu être absolument beau et iconoclaste. Je dirai même qu'il aurait pu être important. Au lieu de cela, il y a un quart d'heure, vingt minutes de folie, une montagne russe hallucinante d'émotions, puis un récit comme tous les dealers de drogue, avec ascension sociale et chute vertigineuse, en n'oubliant pas femme et enfants qui souffrent. C'est triste. Mais à voir quand même, pour ce début tellement grotesque.

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /2010 19:44

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Jury Cannes 2010 devo

[Photo: "Jury (jusqu'à ce que je m'arrête)" par Dr Devo.

 

 

 

 

La focalie plante de nouveau son drapeau sur la Croisette, dans les suites royales du Martinez et juste devant les starlettes, grâce à un badge pas très beau d'ailleurs, dont je vous raconterai peut-être l'obtention par Matière Focale dans un autre compte-rendu, et l'histoire est croustillante ! Juste pour te faire saliver, lectrice bien-aimée, lecteur adoré. En attendant ce moment tant attendu, entrons dans le vif du sujet avec deux films en compétition officielle.

 

 

 

TOURNEE de Mathieu Amalric (France-2009)

Mathieu Amalric a une moustache. Accessoirement, il est producteur de shows de "new burlesque", où des femmes plutôt rondes s'effeuillent par le biais de petits sketches comico-sensuels, et qui font fureur dans les petits théâtres de quartier avides de provoc et de grotesque. Il les a fait venir des USofA, et les emmène dans une tournée (jackpot !) européenne, en passant bien entendu par la France. Le Havre, La Rochelle, Nantes, Amalric les fait passer par les villes portuaires, contournant allègrement la capitale, dans laquelle il a vécu quelques années auparavant. Et pour cause, puisqu'à Paris, ce sont des ennuis qui l'attendent, et il semble ne pas y avoir laissé un bon souvenir. Après tout, pourquoi avoir amené les performeuses en France ? N'y aurait-il pas un peu, comme disait le poète, Ang Lee sous France Roche ?

 

 

Acteur fétiche des films pas très beaux d'Arnaud Despleschin, que vous avez aussi pu voir chez Spielberg (MUNICH), Resnais (LES HERBES FOLLES) ou Besson (ADELE BLANC-SEC), Amalric semble un peu être la caution intello du cinéma français, ce qui ne lui va pas trop mal et ce dont il semble s'amuser et profiter, grand bien lui fasse. J'avoue même le trouver plutôt bon, ce garçon. Après une poignée de films en temps que réalisateur (notamment LE STADE DE WIMBLEDON), il repasse derrière la caméra (et devant, par la même occasion) pour ce TOURNEE, étrange dépiction du monde du new burlesque. Ou du moins, c'est ce que l'on pourrait croire.

 

 

Parce que finalement, ce que fait Amalric, c'est qu'il se suit lui-même. Fatigué, colérique, courant toujours partout, sorte de Droopy qui aurait bouffé Klaus Kinski (ou l'inverse), il hante le film comme une ombre. De ce fait, il ne s'intéresse pas tant aux performances burlesques, ni à ces femmes en particulier, mais plutôt à ce qu'elles représentent : l'échappatoire définitive de ce personnage. Il se sert d'elles, dans un premier temps, pour voir si sa vie peut changer, pour essayer, juste pour essayer, autre chose que ce qu'il a fait jusque là, ou plutôt pour échapper à tous ces gens qui lui en veulent, à tout le mal qu'il a pu faire dans sa vie d'avant. Il y a un film entier avant le film, mais on n'en saura jamais rien, j'y reviens un peu plus bas. Bref, nous sommes dans le nouveau paradigme de cet homme, dont nous ne savons rien, et que nous regardons s'ébrouer, suer, s'égosiller, tout cela dans le vent. Puis, le film dérive vers (un peu) autre chose, une sorte de chronique familiale, avec Amalric dans le rôle du père et deux ignobles gamins dans le rôle des enfants, qui évidemment sera semée d'embûches, de râtés, de non j'ai jamais été là pour vous mais je vous aime quand même, tout ça. Je ne vais pas vous dévoiler le reste, bien que je pourrais, tant tout cela n'a aucune espèce d'importance, mais j'y viens tout de suite.

 

 

TOURNEE aurait pu être un film réussi. Le problème, enfin, un des problèmes, vient du nombre d'informations donné sur le personnage, sans que jamais ils ne s'incarnent dans la narration. Je m'explique. Tous les évènements ayant eu lieu avant le film, et il y en a beaucoup, ne sont que suggérés et ne se matérialisent pas, ne s'expliquent pas, Amalric ne donne aucune raison aux problèmes que rencontre son personnage, il nous montre simplement le résultat de ses actions passées. Dit comme ça, ça intrigue, ça sent la bonne idée, du mystère" pas si mystérieux parce que l'on arrive tout de même à deviner ce qu'il a fait", et on nous évite les psychodrames de deux heures (en écrivant, je me rends compte que chacun de ces "problèmes" aurait pu servir de sujet à n'importe quel film sociologique français sur les trentenaires bobos parisiens pour qui la vie, elle est trop dure ! Amalric les balaie d'un revers de la main et ne montre que l'après, et c'est pluôt bien vu – sur le papier...). Sauf que finalement, ce trop-plein de non-dits est plus inconsistant qu'autre chose. On se retrouve avec un personnage léger, lisse et filiforme, sans vraiment d'aspérités, qui se contente d'aller voir à droite et à gauche pour trouver les causes de ses traumas, mais sans y faire quoique ce soit, et sans que cela ne solidifie le personnage ou n'apporte la moindre petite contradiction. Le personnage est monocorde, et ressemble à une coquille vide. Amalric reste à la surface de son sujet, de son personnage, et ne creuse jamais plus profondément. Il fait du surplace, et le film avec.

 

 

Du côté de la mise en scène, ce n'est vraiment pas très bon. Les cadres sont à peu près tout le temps hideux, avec acteurs coupés, morceaux inutiles d'éléments de décor, et même s'il fait parfois quelques efforts (l'ascenseur avec le pilote), tout cela est très paresseux. Le mixage sonore est aberrant, la musique et certains sons d'ambiance étant bien trop forts, et s'il semble varier quelques fois en fonction du point de vue (quand Amalric regarde les spectacles, par exemple), il le fait pour deux ou trois plans puis abandonne l'idée quand on revient finalement sur le champ initial. Malgré le montage dirigiste et monotone (sauf dans le Buffalo Grill, où le contre-champ sur la fille qui pleure vient juste un peu trop tard, ce qui casse totalement le rythme et apporte saillie et aspérité, donc émotion), il y a une vraiment belle idée de photographie, pas renversante, mais qui fonctionne totalement : vers la fin du film, Amalric est allongé dans le lit d'un hôtel, seul, dans le noir, mais pas exactement. Le plan commence dans la pénombre puis le rideau de la fenêtre à l'arrière plan bouge, laissant entrer le soleil, qui éclaire le visage d'Amalric, qui est allongé de côté, face caméra. Il y a donc, dans le même plan, le visage du personnage qui est éclairé de face par une lumière qui vient visiblement de son dos, ce qui offre un petit côté fantastique qui n'est pas désagréable et qui élève vraiment la scène et l'enjeu de ce qu'il s'y passe. Une dernière chose, à part Amalric et parfois les filles du new burlesque, les acteurs sont mauvais comme des cochons, ils pédalent dans la semoule, la gelée, la descente, tout ce que vous voulez, mais c'est une horreur.

 

 

Je suis peut-être un peu sévère, mais il y avait du potentiel dans ce projet, la possibilité de faire quelque chose de plus grande envergure artistique, et toucher au coeur. Au lieu de cela, Mathieu Amalric s'arrête à la peau.

 

 

 

 

 

CHONGQING BLUES de Wang Xiaoshuai (Chine-2010)

Un père de famille, marin passant la moitié de l'année dans l'eau, apprend que son fils d'une vingtaine d'année a été tué par la police suite à une prise d'otage. Il décide donc de rentrer dans sa ville d'origine et d'enquêter, afin de découvrir la manière dont s'est passé le drame.

 

 

Premier film de Wang Xiaoshuai que je vois, bonjour monsieur, mais mon oreillette me dit qu'il a gagné un prix du Jury en 2005 pour SHANGHAI DREAMS, bravo monsieur.

 

 

Nous suivons donc le père dans ses errements, marchant tel un fantôme dans cette ville chinoise grise et brumeuse, à la poursuite de celui de son fils. L'idée, c'est que le puzzle est reconstitué d'entrée, les journaux ayant relayé l'affaire en long et en large, le père va essayer de déconstruire les morceaux afin de comprendre les raisons qui ont poussé son fils à agir comme il l'a fait, mais également à apprendre à le connaître, lui qui le connaît à peine. Il part donc à la recherche des témoins, victimes, amis de cet enfant, et ainsi accéder un peu à ce qu'était ce cher inconnu. Le souci, c'est que si l'idée est intéressante, faire le chemin à l'envers, elle n'est pas aidée par la mise en scène, qui se contente d'être une longue succession de caméras portées, collées entre elles sans vraiment de jeu (sauf à certains endroits, mais j'y reviens), ce qui a tendance à être rébarbatif au bout de la centaine de minutes que dure le métrage. Mais le problème vient plutôt de la narration, qui aurait pu être éclatée et empreinte de subjectivité, mais c'est tout l'inverse qui se passe à l'écran. L'enquête du père se déroule dans l'ordre chronologique de la prise d'otages fatale, c'est-à-dire que le père trouve une personne qui lui raconte quelque chose qui la concerne, puis s'arrête, puis il trouve quelqu'un autre, qui reprend exactement où la précédente s'était arrêtée, et ainsi de suite. Ce chapitrage qui ne s'avoue pas clairement est un peu dommage, dans la mesure où il n'y a alors plus d'aspérités ni de contradictions : chacun explique sa partie, et n'est jamais remis en cause par personne. L'article du journal sur l'incident disait vrai, et en gros, il n'y avait rien à ajouter quant au déroulement du crime. Le réalisateur perd donc là, malheureusement, un peu de jeu, et un peu d'intérêt quand on comprend, rapidement, où il veut en venir avec cette enquête. Il y a malgré tout, vers la fin du film, des scènes qui montrent un peu plus en profondeur les liens qui unissent (qui désunissent) le patriarche et sa progéniture, et quand finalement on comprend que c'est cela qui intéresse le metteur en scène, le film se termine déjà. C'est un peu dommage.

 

 

Il y a quand même quelques belles choses dans ce film, comme l'idée de la photo du fils, dont je ne peux pas trop parler pour ne pas tout dévoiler, mais qui s'étiole un peu, l'idée elle-même dure trop longtemps, est trop appuyée pour toujours fonctionner. Il y a également ce très beau contre-champ en ellipse : le père et une jeune fille discutent sur un banc, quelques champ/contre-champ, puis plan sur la fille, contre-champ sur le père dans un tout autre endroit, à un tout autre moment, parlant à une toute autre personne. Autre beau contre-champ en ellipse, à la fin du film, entre le père et le fils. Quelques trucs, cependant, sont un peu gros, comme ces changements "chromatiques" selon les époques : noir et blanc avec une teinte marron pour les flashbacks, légère désaturation pour le présent et saturation des couleurs pour le "futur", ce qui n'est quand même pas très fin, vous l'avouerez, même si au final cela apporte une légère cassure.

 

 

Finalement, cette première journée n'a pas été si mauvaise, simplement un peu morne. Rien de très reluisant. Cela ne peut donc qu'être mieux, allez, il faut y croire !

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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Vendredi 14 mai 2010 5 14 /05 /2010 10:25

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entervoid

[Photo: "Touch my heaven" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 


Si on me demandait ce qu'est une œuvre d'art réussie, je répondrais surement que c'est une montagne de questions sur ce que nous sommes sans ne jamais apporter aucune réponse. C'est en tout cas ce que j'ai dis à ma coiffeuse l'autre jour, alors qu'elle évoquait (en mal) le cinéma de Werner Herzog. En revanche l'autre soir Gaspar Noé me disait lui que le cinéma n'était pas de l'art, le porno non plus, mais que le cinéma pouvait être au mieux comme un bon porno. Ceci dit, tout ca n'a presque aucun rapport avec le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui.




BABY BLOOD tiens à la fois des écrits de Nietzsche et d'Haroun Tazieff : nés des volcans et du chaos primordial, un alien trouve refuge dans divers organismes vivants jusqu'à échouer dans le corps d'une gitane bien roulée, poum tchac, qui va nouer une complicité bestiale avec son bébé du troisième type, jusqu'à tout plaquer pour lui et boire le sang de victimes mâles afin de nourrir la Bête. Au fil d'un périple sauvage et violent, Yanka sera tiraillée entre sauvagerie bestiale version orgie dans le sang et conscience judéo-chrétienne qui la pousse à sacrifier Alain Chabat plutôt que Jean Yves Lafesse ou Jacques Audiard. Le film suit la grossesse de Yanka, l'aliénation progressive de la mère porteuse et les conséquences de celle ci sur une équipe de foot et sur la finitude du monde. Venu du cœur tellurique de la Terre et rendu aux éléments, le cheminent erratique de La Mère dans la France du début des 90's semble mettre dos à dos les écrits Lovecraftiens et les films de papas. Film hybride donc, et osé, sur lequel il me parait intéressant de revenir plus de 20 ans après, le film n'ayant de fait pas tellement vieilli.




Difficile de comparer BABY BLOOD à quelque chose. Certes, il y a du délire gore d'un EVIL DEAD, mais c'est quand même plus que cela. A la fois érotique et sensuel, il n'est pas interdit de penser à Rollin ou même à Henenlotter. Et encore, ce serait occulter sa marque de fabrique au lait cru, principalement grâce à un décor baguette-béret-cocorico sorti tout droit du cinoche franchouille populaire des années Mitterand. Réalisé avec rien, mais faisant preuve héroïquement d'une originalité formelle salutaire, on se demande encore à plusieurs reprises comment tel ou tel plan à été tourné. On avait alors affaire à une équipe technique n’ayant jamais fait de gore, ni même de fantastique et qui découvrait un tout nouveau terrain de jeu garant d'une liberté jamais acquise alors, propice à des expérimentations hallucinantes. La photographie est sublime, travaillant les textures avec une intensité ébouriffante comme ces derniers plans sur la mer où les nuages grisâtres sont le contrepied exact de la mer. Les séquences dans la maison abandonnée sont d’une beauté quasiment italienne tandis que les intérieurs au néon donnent dans la perspective futuriste.  Jouant avec une caméra tour à tour objective et omnisciente, la diversité des points de vue et des angles d'attaques pourtant focalisés sur le couple Yanka/Baby font émerger une relation baroque et rock'n'roll dont le sang et le foutre sont les clés. Des gerbes de sang aux scènes de cul, la complicité bivalente (sauvagerie/sensualité) de deux être liés intimement donne de l'Homme une vision sans équivoque et bivalente, tout en ressenti et en sensualité. C'est un film totalement quantique ! Tout est exactement pareil et différent dans un même mouvement un peu obscène qui va de haut en bas, comme une masturbation, un poignard ou un serrage de main. Chaque être à une composition chimique, physiologique, atomique exactement similaire et pourtant c'est à chaque fois le quinté Vincennes avec les numéros complémentaires et dans le désordre. Tout le monde parle la même langue et personne n'y comprend rien, tout le monde se bat et tout le monde fait des enfants. Tous ces mouvements telluriques et masturbatoires de secousses à l'origine de la vie forme le chaos originel dont la Femme est la garante unique, comme détentrice de la vie et du pouvoir ultime, comme matrice originelle. Mais bon dans les faits, c'est la soif et la faim qui sont l'objet d'un film qui parle d'abord d'amour platonique, celui d'une mère pour son fils, même si c'est un psychopathe. La liberté qu'avait alors Alain Robak de filmer joyeusement le périple délirant d'un alien à la voix ridicule s'exprimant en voix off dans la tête d'une pulpeuse jeune femme livrée à elle-même après avoir été maltraitée pendant des années par un mari violent dans des décors digne des pires production françaises de l'époque (les Max Pécas ou autres Bernie Bonvoisin en passant par Truffaut) est bluffante et enivrante, on a pu faire ca chez nous au moins une fois, c'est merveilleux. Y'a des effets spéciaux que les américains nous envient dans ce film ! Y'a des monstres effrayants comme chez Barkouille ! Yummy yummy !

 

Se replonger après vingt années dans BABY BLOOD c'est le passé qui vous prend d'abord à la gorge, c'est les plans qui donnent à voir, les textures juxtaposées du sang et du béton qui vous rentre dans le palais, c'est aéré et on suffoque, c'est virtuose et ca ose, ca se veut âpre mais c'est baroque quand même : c'est Moulinsart mais sans les pantoufles. De tout ce chaos l'empathie nait, mais oui, mais c'est bien sur, les BABY BLOOD déferlent sur le monde tout les jours, ils demandent la tête des hautes instances du cinéma, de ceux qui ont érigés les modèles industriels comme nouvelle norme d'un cinéma pop corn qui ne doit jamais rudoyer le spectateur, qui doit l'accompagner doucement jusqu'à la porte des rêves amputés et des réalités apprivoisés. Et les gens, dans un éternel recommencement iront se faire tabasser, car à gommer les aspérités les plus dérangeantes de la vie, on en oublie les plus importantes : vivre c'est toujours se rapprocher du vide.

 

Les gens, c'est pas le Dalaî Lama ou la souffrance du Tibet, c'est pas la planète qui meurt à la télé, c'est pas les grandes arènes médiatiques où l'on vend des emballages, c'est pas du bien fondé ou des assurances, les gens c'est des autistes, la réalité n'existe pas, le monde est un gouffre, il n'y a pas de volcan en Islande, le chaos règne, l'existence est une organisation à but fécondatrice et à partir du moment où c'est vide il nous reste une place. Prenez ca dans les sens que vous voulez.

 

Bienvenue au monde, BABY BLOOD !

 

 

 

 

 

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /2010 22:09

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backdanslesbacs

[Photo: "Zombie" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

 

 

 

“Conquérir c’est détruire” écrivait Shakespeare lorsqu’un qu’un jeune homme voyait dans l’amour accompli les orbites vides d’un crâne débarrassé de toute vie. C’est sans doute l’inspiration première de Dario Argento et Georges Romero quand ils se retrouvent le dimanche après midi à promener leurs gosses dans le square en bas de chez eux : lorsqu'on a crée un genre, qu’on en a tiré les plus grandes œuvres, qu’est ce qu’il reste à inventer ? Quand Romero est obligé par ses producteurs à faire encore et toujours des films de zombie, et alors qu’Argento se voit offrir l’Amérique pour faire du giallo, quand ils se remettent en question pour la énième fois et cherchent à détruire les genres qui les ont fais rois, on ne peut qu’être séduit par la démarche un peu  punk qui les réduit tristement à des bêtes à festivals, ou a des direct to dvds de fonds de bacs. Alors à l’heure où le factuel fait référence et où le regard trop sollicité ne voit plus, alors que les hordes de geek se jettent sur le premier blockbuster formaté à leur destination par un matraquage multimédia permanent qui va du jeu vidéo à la bande dessinée en passant par la littérature ou les comics dans une pluie continuelle de remakes inconsistants ou de suites insipides, ca fait franchement du bien de voir que papy sort de la cave le sourire au lèvre en leur faisant un gros doigt (même pas en 3D !).

 

Dans GIALLO un tueur en série kidnappe des femmes pour les tuer. Dans SURVIVAL OF THE DEAD des chefs de clans écossais se disputent une île dans un monde zombifié, alors que dans le même temps un groupe de militaires se retrouvent parachutés dans le conflit. Des serials killer pour l’un et des militaires sur fond de lutte pour le pouvoir pour l’autre : à première vue, on ne nage pas dans l’originalité, et nombreux sont les films d’Argento ou de Romero qui pourraient être résumés ainsi. Pourtant ces deux films, chacun à leur manière sont extrêmement différents de l’œuvre de leurs auteurs respectifs. En effet, on ne le dira jamais assez, un film est tout sauf un résumé littéraire, un scénario ou une narration. Si ces deux films sont différents c’est parce qu’ils intègrent le cinéma de genre d’aujourd’hui dans leur chair même, pour mieux rappeler à de jeunes réalisateurs pas toujours inspirés qu’il y a une raison à une ellipse, à un montage ou à un cadrage particulier. Et accessoirement pour rappeler qu’il y a un sheriff en ville.

 

Dario Argento n’y va pas par quatre chemins : dans le script même, la séparation avec le genre est consommée en la personne du serial killer qui s’appelle Giallo, une sorte de clone cheap de Stallone  dans RAMBO tirant sur le jaune pisse avec une voix ridicule qui arrive néanmoins et malgré tout (je vous le mets aussi) à piéger un bon paquet de jeunes femmes sans jamais être inquiété. Le GIALLO du titre n’est donc pas un vibrant hommage à un genre désuet, c’est le genre désuet mais toujours vaillant qui charcute allégrement de la grognasse sous couvert d’une justification psychologique douteuse à base de traumatisme familial. Tant qu’on est dans le familial, le personnage campé par Brody est le stéréotype incarné du traqueur de serial killeur dont la mère à été tué devant lui pendant son enfance et qui s’est depuis consacré à la chasse sans relâche de la racaille psychopatique. Si je vous dis en sus qu’il est célibataire et américain vous ne serez sans doute pas étonné non plus. On s’en rend compte très vite, le film est balisé à l’extrême, tout les grands poncifs du genre sont bien là, on peut même en dresser une liste exhaustive. Et c’est là qu’intervient la mise en scène.

 

Le scénario n’a aucun intérêt : l’enquête minable  d’un détective splendouillet (magnifiquement interprété par Brody, jamais convaincant dans son rôle, mais toujours malicieusement à coté de la plaque) dont on voit à l’avance quels vont être les rebondissements et la finalité. On se doute bien que, très vite, il va tomber amoureux de Saigner en surmontant sa peur grâce à l’amour salvateur. Bref, je ne vais pas m’attarder des plombes la dessus, on voit tout le squelette du thriller (scènes d’autopsie, torture, scène de crime) qu’on nous sert depuis 20 ans, à ceci de différent qu’il ne fonctionne pas du tout ici, à dessein. Oui, car les acteurs d’abord sont interprété à la manière de tous les acteurs d’Argento depuis 10 ans, c'est-à-dire de l’aveu même de l’intéressé sans aucune directive, ce qui n’a pas l’aire de l’empêcher de dormir. L’actorat est donc aux antipodes de ce qu’on peut voir dans un thriller des familles américains avec un sbire de Brad Pitt qui joue très sérieusement le jeune flic intelligent et beau gosse à grand coup de posture clicheteuses et de serrage de dent appuyés genre "je vends des dentifrices, du nucléaire et du biologique et en prime je redonne l’envie à votre femme". Chez Argento, même le killer est minable à défaut d’être effrayant. L’horreur vient plutôt de l’orchestration de tout ca, du montage et de la manière de filmer cette carcasse, méta thriller postmoderne photographié et mis en scène comme une série TV (ce n’est pas péjoratif, c’est juste très simpliste dans la composition mais de plutôt belle facture) dans lequel Argento insère d’habiles mouvements de caméras comme d’évidente pistes de sortie du carcan grossier dans lequel les personnages semblent prisonniers. Je prendrais pour exemple le formidable travelling final ou la scène de l’hôpital : les enjeux sont bien définis, mais la scène s’étire presque à l’infini et ne débouche sur rien ! C’est beau comme un camion, plein de tension, petit à petit les éléments se rajoutent : la fille, le garde, le cri, le téléphone puis enfin une idée génial (le sang/huile) et puis générique ! Aucune réponse, la situation est bloquée donc le film s’arrête. C’est une lente frustration qui monte et qui n’aboutit pas. Tout l’enjeu est là, donner au public ce qu’ils ont aimé ailleurs en leur enlevant la possibilité d’en jouir. Comme un bon gros FUCK ! Agitation, confusion, masturbation, vous êtes pris sur le fait ! Comme quoi ce qui attire les gens c’est ce qui brille, personne n’ayant aimé le film.

 

 

SURVIVAL OF THE DEAD c’est un peu plus tendu. Les intentions sont là, mais Romero pagaie joyeusement  dans la mangrove : le scénario est inutilement alambiqué, les rebondissements n’en finissent plus, on s’ennuie très vite car le montage subit de plein fouet la narration Laurène bancale (mais elle n’a même pas peur). En plus ce n’est pas comme si Romero ne nous avait pas fait le coup des militaires à de multiples reprises, on le voyait venir, un peu comme le convoi des Troskystes le premier mai, avec un certain amusement mais tout en sachant qu’on serait quand même sur notre faim, bien où on l’attend. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas réveillé les morts, malgré l’ajout d’un geek dans le casting, une sorte de Michael Cena en version intelligente, un mec qui sait aussi bien se servir de son fusil que de son iphone (ca hante mes nuits !), et qui surfe sur internet pendant le film, trouvant sur Google Map un chemin vers l’inéluctable Fin.  De femmes, des geeks, des irlandais et des écossais, la sauce à quand même du mal à prendre !  Quand au bout d’une heure de film on assiste à la sortie en kilt de John MacO’Hara déclarant à un sosie du capitaine Haddock qu’il n’y aura pas de bœuf séché cet hiver, la sauce tourne vite au faisandé...

 

C’est dommage. Il y a pourtant de belles choses, de beaux plans alors que Romero n'est pas spécialement connu pour être un esthète, des choses assez iconoclastes comme ce combat presque japonais en toute dernière image, une thématique assez sincère et nihiliste sur le pouvoir infini (les chefs qui se relèvent éternellement sans qu’il soit possible pour personne d’y mettre fin), une actrice fort jolie et des tortures sur les chevaux (dieu sait que j’ai horreur des chevaux en plus, moi j’ai pris ca comme une attaque contre Eastwood). Montage maladroit, scénario à boire et mise en scène à manger, plus rien ne tourne vraiment rond, c’est un peu nanardesque, c’est un peu dommage, en même temps on est bien installé alors pourquoi on partirait ? Heureusement il y a encore des scènes gores assez réjouissante, il y a encore un peu de verve chez Romero, sans doute assez blasé de faire encore et toujours se lever les morts. En même temps tu m’étonnes, quelle vie !

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /2010 22:29

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tétons

[Photo: "Sans titre #56" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

Aux abords du Mont Fuji, sur une plage de sable fin ou roulent doucement les vagues dans la quiétude de la forêt de bambou proche, Nishi regarde une dernière fois sa femme sous les yeux de sa fille morte. Il se souvient des fusillades, des moments amoureux, de son meilleur ami avant qu’il devienne handicapé, et du hold-up qu’il vient d’organiser pour rembourser ses dettes. L’air est pur, la mer limpide et dans le silence de la fin d’après mid,i Nishi se remémore des moments de sa vie : les planques, les traques, la police qui sont maintenant loin derrière lui. Aujourd’hui  sa femme va mourir et il n’y a plus de mots…

 

Kitano est à la mode en ce moment : rétrospectives un peu partout, master class et exposition art moderne à Beaubourg, si vous habitez Paris vous êtes forcement au courant. Kitano pourquoi pas, me dis-je in petto, en plus il y aura surement de jeunes étudiantes en plastique dans ce cinéma du quartier latin (spéciale dédicace !) avec qui entamer une discussion sérieuse sur les textures et les sensations de l’été prochain. Je lui disais à ce propos que l’exposition de Kitano était un sublime foutage de gueule comme à peu près chaque "œuvre" exposée au centre Pompidoupidou-pidou , et elle me disait, dans un sourire qu’un rayon de soleil naissant éblouissait, que le dinosaure en plastique était le symbole allégorique du refus de la nature à faire perdurer la puissance, et moi je lui répondais perdu dans ses yeux bleus que c’était aussi le symbole du mouvement pro-créationniste aux états-unis mais il était trop tard, j’étais tombé dans le terrier d’Alice, je voyais des jouets en 3d tournoyer autour de moi, je voyais ses yeux et encore son sourire, son sourire, son sourire, je voyais ses cheveux qu’une petite brise faisait onduler précautionneusement, je disais n’importe quoi et je souriais comme un con, je sentais son shampoing aux amandes et le piège se refermer autour de mon cou…

 

Je reprends mes esprits doucement. Qu’est ce qui m’est arrivé ? Je ne me souviens plus de la chronologie : Kitano devant une scène de crime, Kitano dans ta vie, Kitano dans des draps, Kitano où l’amour danse au fond des draps, je ne sais plus, je suis perdu. Il est en tout cas question d’amour et de feu d’artifice, mais traité avec bien plus de sobriété et de dignité que le premier occidental venu, avec un sens du dépouillement presque monastique. Le montage lance des pistes dans tout les sens, pistes qui sont toutes réalistes et censées, sensées se dérouler à un moment ou a un autre de la vie de Nishi : ces pistes se croisent comme dans les souvenirs, et ce n’est plus la raison qui dirige ce flot apaisé de petites et grandes choses passées, c’est un long fleuve tranquille, un feu d’artifice qui met du temps à décoller et à éclater. Qu’importe la vitesse ? Le feu d’artifice éclatera bien de toute façon, et ses milliers d’étincelles brilleront à jamais dans la mémoire, dans les souvenirs de Nishi seul au bord de cette plage. Les yeux dans le vague, fixant les vaguelettes azur qui s’écrasent sans fin sur le rivage, rivage sur lequel sa fille aimait faire voler son cerf volant, Nishi ne pleure pas, il ne pleure pas car le feu d’artifice représente un instant, et qu’un instant représente toute la vie, une vie à courir pourtant, une vie à tirer et chasser, une vie en traque. Nishi est violent, il a en tout cas été violent à réagir dans l’instant, sans réfléchir à l’avant ou à l’après, tirant comme on baise, sans penser qu’une fois vide il faudra rebaiser. Nishi ne parle pas de sexe, Nishi parle du sang, de l’amour et du temps car on tue comme on aime : dans un instant différent, dans une autre vie. Aimer et tuer, dans un mouvement différent, dans un endroit différent, avec des gens différents. Le commun c’est un sens de la vie, mais un mauvais sens, semble nous dire Kitano qui place des toiles au milieu du film, en figeant des instants dans l’imaginaire comme ultime pouvoir du mental. Ce qu’il y a de différents dans la vie des gens, c’est justement ce plus petit quantum de vie : si on y regarde de loin tous les hommes naissent et meurent, ils vont à l’école enfants et trouvent un boulot adultes. Si on y regarde de près on voit un fourmillement improbable de sentiments mélangés, une explosion de couleurs pas toujours vives, on voit du pointillisme et du fauvisme, on voit de l’art contemporain et du stylo feutre, on voit des animaux à tête de fleurs mais on ne voit plus le tableau global.  Quand on y réfléchit, l’amour à duré un instant, il a disparu aussi fugacement qu’il est apparu dans nos vies de looser, un peu par effraction ou par accident, un hold-up parfait ou personne n’a rien vu. En douceur et en délicatesse, blessant comme un flingue et coloré comme un feu d’artifice, explosif et en puissance, incontrôlé et incontrôlable, fugace et inamovible.

 

Est-ce que vieux on se souviendra encore de tous ces instants à deux ? Est-ce que cette fille rencontrée ce soir ne nous a pas réservée le plus beaux des instants, aussi court soit il ? Vieux, je demanderai à Nishi, au pied du Mont Fuji, si le manque de perspective n’est pas une des clefs du bonheur. Je lui poserai la question, et j’espère qu’en paix avec moi-même, sachant la fin proche, j’aurai  la décence de regarder autour de moi comme quand j’étais enfant, imaginant dans chaque forme du ciel ou de la terre des animaux extraordinaires, me rappelant chaque instant important : alors sans doute je comprendrais que ce qui a été important n’est ni une suite ni une continuité, comme dans tous ces moments accolés qui forment un film, une vie, ou juste un instant hors du temps. Les dinosaures en plastique peuvent bien mourir, la puissance c’est parfois se courber dans le vent.

 

Long, lent et puissant, HANA-BI montre que le mélo ne s’écrit pas forcément avec des larmes : l’humour visuel, le montage chaotique et des beaux mouvements de caméras font montre d’une richesse cinématographique assez rare. Malgré tout, Kitano n’évite pas les grands écueils du cinéma asiatique, et il y a toujours des scènes très longues dont j’ai du mal à saisir l’intérêt. Et puis les peintures de Kitano, personnellement, malgré ce que j’ai dit à cette fille, je n’en pense pas que du bien…

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /2010 21:42

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marie korea devo 2
[Photo [de gauche à droite]: "Chienne Fidèle, Asie" par Dr Devo et John Mek-Ouyes]











C'est la veille du jour de l'an : Papa et maman font monter les enfants dans le monospace acheté pour la naissance du troisième, et direction la campagne pour un week-end de réveillon avec un couple d'amis et leurs progéniture. Sur la baquette arrière, je regarde les kilomètres défiler dans un paysage enneigé pendant que les petits hurlent, que Maman hurle et que Papa fait mine de se concentrer sur la route pour ne pas avoir à intervenir. J'ai 16 ans, mes copines sont en train de découvrir le sexe et l'alcool à la soirée nouvel an, et moi je dois me taper un week end en famille à cause de mes vieux débiles qui voient dans mon style émo des tendances suicidaires alors que c'est juste pour faire ressortir mes doutes profonds sur la raison pour laquelle on se doit de prolonger coûte que coûte notre empreinte sur un monde qui n'est pas fait pour nous. Le paysage qui défile doucement évoque en moi la peinture de Turner et les vieilles gravures que ma grand-mère empilait sur le coin de la cheminée. Une douce nostalgie m'envahit alors que pour la dixième fois ma petite sœur se met à entonner le générique de Dora L'Exploratrice accompagnée par mon petit frère autiste au xylophone (CLANG CLONG CLING CLUNG), et je sombre doucement dans un demi sommeil entre deux textos à ma sœur de sang qui aura, elle, la chance de passer la nuit de sa vie avec tout mes potes. Le son de mon ipod arrive à peine à couvrir les CLANG CLONG CLING CLUNG répétés sans que jamais un quelconque rythme ne surgisse de ce chaos sonore. C’est étrange comme un jouet coloré peut être à l'origine d'une mélodie si rude qu'on pourrait la qualifier d'industrielle CLANG CLONG CLING CLUNG. Ah, je vois qu'on arrive...


J'ai jamais pu blairer le nouveau copain de ma mère, un gros con technocrate qui pense que la culture asiatique est la plus à même de traiter les maux du terrien moyen du XXI éme siècle : toujours à se la péter avec ses projets d'entreprise à la con, je n'ai pas l'impression qu'il apporte quoi que ce soit de tendre ou de sincère à maman, leur couple survit parce qu'ils doivent fournir un cadre stable aux enfants, et j'ai l'impression que ca lui suffit, qu'ainsi il n'a pas à trop s'investir dans une relation. De toute façon, il passe tout son temps au travail. Heureusement, j'aime bien Robbie : bon copain de ma mère depuis longtemps, c'est le seul à faire attention à moi, d'autant plus qu'il est loin d'être moche... Enfin bon ,il a quand même la trentaine CLANG CLONG CLING CLUNG ca ne se fait pas. Sa copine en revanche est une vraie pute, elle ne m'a jamais aimée, comme si elle savait que je représente une menace pour son couple : ca m'incite plutôt à allumer gentiment Robbie pour l'emmerder plutôt qu'autre chose, mais après tout je m'en fous de tout ces problèmes de couple, famille, enfants CLANG CLONG CLING CLUNG. Qu'est ce que ca peut me saouler ces adultes qui ont tout arrêté pour se mettre au service de leur progéniture ! Comment ont ils seulement pu tout laisser tomber à ce point ? Je veux dire ils étaient là, jeunes, à trainer dans la rue sans savoir ou dormir le soir, ivre mort à hurler que le monde restait à inventer, à pleurer avec les premiers échecs et à vibrer avec les premières pulsations de leur cœur, et tout d'un coup ils se réveillent dans une maison en banlieue avec les cris d'un bébé et une femme qu'ils ne désirent même plus, à enchainer péniblement un boulot astreignant et taches familiales, à noyer tout ce qui restait de vivant et de vibrant en eux pour juste pouvoir dormir en paix ! Comment en est-on pu en arriver là CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG...


...Paulie, mon petit frère autiste, devient de plus en plus incontrôlables CLANG CLONG CLING CLUNG les autres enfants semblent de plus en plus étranges CLANG CLONG CLING CLUNG maintenant on ne les vois presque plus CLANG CLONG CLING CLUNG ils trainent en groupe, dehors CLANG CLONG CLING CLUNG des choses étranges arrivent CLANG CLONG CLING CLUNG la neige est petit à petit recouverte de sang CLANG CLONG CLING CLUNG il faudra qu'ils comprennent que je n'y suis pour rien CLANG CLONG CLING CLUNG  je suis sur que c'est eux la cause de tout ces accidents CLANG CLONG CLING CLUNG il faut tuer ces putains de gosses CLANG CLONG CLING CLUNG les adultes doivent comprendre CLANG CLONG CLING CLUNG IL FAUT FUIR CLANG CLONG CLING CLUNG LA FORET CLANG CLONG CLING CLUNG IL Y A QUELQUECHOSE DANS CETTE PUTAIN DE FORET CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG...

 



Ce sont les derniers mots qui restent de Casey. Je ne sais pas vous, mais moi je partage un peu cette aversion pour les enfants, et son histoire fait écho à mes plus grandes craintes. Je crois que les enfants m'effraient car ils vivent dans un autre monde, peuplé de choses qu'ils sont les seuls à voir et où ils exercent une emprise et un jugement qui sont dénués de toute pensée altruistes alors même qu'ils sont trop faible pour survivre sans aide. Entre un adulte et un enfant il y a un fossé immense et effrayant peuplé de tabous et d'hypocrisie, tant les adultes ont du mal à communiquer avec ces petits êtres malignes. Le film de Tom Shankland montre à merveille cette tente où les enfants jouent seuls, quitte à y dissimuler les cadavres des adultes qu'ils auront tués pour continuer à exister. Les parents donnent naissance à des enfants qui sont des parties d'eux mêmes qui deviennent indépendantes, qu'ils ne contrôlent plus et qui suivent un chemin différent : dès lors il est difficile de comprendre ce qui est hérité et ce qui est crée de toute pièce. En gros on héberge des inconnus sous notre toit, et l'inconnu fait peur. 


THE CHILDREN commence très fort, la première partie fonctionne à merveille, tout en retenue et avec une formidable ambiance mise en place notamment par le son et le cadrage : sans être trop ostentatoire, on sent bien que chaque plan exprime quelque chose, chaque angle de caméra à un sens (le sublime travelling avant anxiogène sur l'oreiller). Au niveau du son, la musique discrète laisse la part belle à un ensemble de sonorités venues toutes droit de l'enfance et détournées avec brio. La sauce monte tranquillou, et chaque pas de plus dans la narration nous rapproche de quelque chose d'horrible qui grandit hors champ. En fait, le film se place du coté des adultes, on ne sait pas trop ce qu'il se passe de l'autre coté, on tâtonne dans le noir comme les protagonistes. Pendant ce temps on découvre les deux familles, on en profite pour admirer la très belle photo et on retient quelques applaudissements à deux ou trois reprises lors de petites fantaisies du plus bel effet. Malheureusement, la deuxième partie du film me parait un peu plus faible, à cause du montage essentiellement : des plans très rapides lors des scènes violentes ou d'action, et des plans plus longs (trop longs) pour faire monter le suspense un peu artificiellement. C'est d'autant plus dommage qu'il y a des petites choses sublimissimes comme ces très gros plans sur un cadavre, pondérés toutefois par une spatialisation aux abonnés absents qui empêche de ressentir vraiment ce qui est montré. Autre point faible qui gêne un peu l'immersion, c'est le jeu pas toujours bien inspiré des acteurs. Les enfants sont très bons, mais les adultes c'est une autre paire de manche, et malgré la présence d'Eva Birthistle (vue chez Greenaway !) tous en font un poil trop.


Au final c'est quand même plutôt réussi, et ca fait un bien fou de voir la bonne mère de famille toujours prête à se plier en dix pour son gosse, essayer de tuer ce dernier avec ce qu'elle a sous la main, et d'assister à des morts d'enfants face caméra. Après tout, qu'y a t'il de plus agréable que de voir des enfants mourir ?








Norman Bates.

















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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /2010 21:37

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devodevil
[Photo : "Dans l'espagne personne ne vous entendra hurler" par Norman Bates.]








Entre deux épisodes de MOUNDIR, il faut bien regarder quelques films, et dieu sait qu’en ce moment les salles de cinéma sont plutôt à la fête, avec pleins de choses intéressantes qui méritent que l’on s’y arrête. Malheureusement, il est difficile dans les conditions actuelles d’écrire autant qu’on le devrait sur des films importants et beaux, la plupart des membres de la rédaction étant retournés dans leurs paradis fiscaux pour soigner leurs intérêts financiers. Je les comprends tout à fait, par contre je serais un peu plus critique vis-à-vis de notre chef bien aimé, le Dr Devo pour ne pas le citer, qui m’appelle en pleine nuit depuis son île privée pour me demander d’arrêter d’écrire n’importe quoi sur des émissions de téléréalité et de me recadrer sur le lectorat élitiste traditionnel de Matière Focale en parlant de films peu distribués et iconoclastes. Il faut dire que pendant que ce cher docteur brille en société au près de l’intelligentia du 7eme art dans des soirées huppées, c’est votre serviteur qui se tape les trips métaphysiques d’une heure et demi sur fond de techno suédoise programmés dans six salles réparties équitablement dans le quartier latin.  Heureusement que Julianne Moore est là pour rétablir l’équilibre, je vous laisse en sa compagnie dans cette dernière édition du PIRE EXPRESS !

 

 


Et on commence sans plus tarder avec LE GUERRIER SILENCIEUX de Nicolas Winding Refn (UK-2010), qui au contraire du reste de notre sélection ne contient pas de morceaux de Julian Moore ! C’est  très regrettable car Julianne Moore pourrait très bien interpréter un viking, mais nous avons de quoi nous consoler, rassurez-vous…

Le Borgne, redoutable guerrier muet, est retenu prisonnier par un chef viking dans une cage en bois. Il sort épisodiquement pour se donner en spectacle dans des combats dans la boue, combats dont il sort toujours victorieux. Guerrier hors pair, le borgne décide un beau jour de mettre fin à sa captivité et massacre ses geôliers dans une boucherie phénoménale. Il rejoint alors les chrétiens (ne me demandez pas pourquoi) pour un voyage en terre sainte à travers les mers du Nord…

Encore un film de monsieur Refn me direz-vous ! Et oui, après BRONSON le monsieur n’a pas chômé, et si son précédent film m’avait laissé un peu de marbre, celui-ci m’a couplé le sifflet comme rarement un film ne l’aura fait. C’est assez délicat voyez vous, il y a une séquence du film qui m’a littéralement retournée, comme presque jamais au cinéma ! Cette séquence est absolument époustouflante dans son idée comme dans son application, et vaut à elle seule la vision du film. Pour autant, ce GUERRIER SILENCIEUX n’est pas un grand film, et ce pour la même raison que BRONSON : il y a une suffisance chez Refn qui m’ennuie au plus haut point. Le mec sait ce qu’il veut, et c’est sans doute un des derniers réalisateurs atypiques du moment, mais putain qu’est ce qu’il se la joue auteur dans ses films ! Certes, c’est super original dans la forme comme dans le fond, c’est bourré de partis pris, complètement extrémiste dans le traitement, mais c’est tellement empreint d’une volonté de faire un truc différent des autres que ça en devient presque du snobisme.  Je sais pas s'il a pris la grosse tête à force d’être comparé à Kubrick par la presse (complètement injustement d’ailleurs, car ça n’a rien à voir) mais là il se la joue carrément : pseudo métaphysique à base de plans hyper long qui n’expriment pas grand chose, film quasi muet,  filtres colorés, vision d’un monde nouveau…  A certains moments tu te dis mais qu’est ce que c’est que cette merde, mais la seconde d’après t’es complètement happé par des instants sublimes, d’une lucidité hallucinante et d’une maitrise technique  totale. Le film est presque muet, mais rempli de son : très très important dans le film la place du champ sonore, entre les longues suppliques embrumées et les roulis des bateaux, entre le vent dans les arbres et les bruits d’os qui se cassent, entre la musique hypnotique et binaire qui n’est pas sans rappeler une certaine forme de black métal, chaque scène est balisée par les sons. Très belle scène dans le bateau par exemple, où il ne se passe strictement rien dans le son, ni dans la progression du voyage, mais où seule l’image progresse. C’est purement hallucinant, il y a de la brume partout, une mer sans vent, tout le monde meurt à feu doux dans le bateau dans une sorte de glaçante paralysie mortifère, même ce qui se passe à l’image (un cadavre est jeté à l’eau) n’a pas d’incidence ni dans la bande son (on n’entend que les roulis en boucle) ni dans le scénario. C’est  une pure idée de mise en scène : un ennui si profond et terrible que même la mort ne vient le troubler.   Et des scènes comme ca, pleine de totale impression de mort dans le froid arctique des pays du nord embrumés, il y en a tout au long du film. La plus terrible et la plus sublime est sans doute la longue séquence de folie pure des vikings débarqués dans un pays inconnu, séquence dont le son devient vite inaudible et qui continue crescendo dans un montage soufflant où on assiste à l’édification d’une sorte de totem en pierre, dont l’équilibre absurde est en fait le seul enjeu de la scène et qui dure bien dix minutes ! Le film atteint là un niveau de mise en scène presque tellurique, hypnotisant en tout cas et d’une cruauté absolue (la mort ne tient qu’a un empilement absurde de facteurs naturels ! L’humain est hors de propos) qui laisse pantois. Car ce dont parle au fond Refn, c’est d’un prophète qui se bat hache en main contre les conventions, qui vont de la religion à la société, en passant même par la parole ! La parole dans son incapacité à reproduire toutes les nuances de l’instinct est une forme primaire de normalisation, au même titre que la religion, le clan, ou le pouvoir. Et notre prophète démonte toutes ces conventions à grands coups de hache, comme si dans la plus ultime violence se cachait la forme la plus souveraine de la liberté. Quand je vous disais que le film était extrémiste…  Le GUERRIER SILENCIEUX provoque un peu la même sensation que se jeter nu en plein hiver dans une source d’eau pure se jetant avec fracas dans un lac de montagne : ca fait mal, c’est froid et intense, chaque seconde dure des heures, mais pendant quelques minutes on a l’impression d’être en phase avec tout, avant de s’évanouir…

 

 

Et on continue avec A SINGLE MAN de Tom Ford (USA 2010), avec donc Julianne Moore comme prévu et Colin Firth, prof d’Anglais renommé qui vient de perdre son amour dans un accident de voiture. Le film est le récit d’un homme qui effectue le deuil de l’amour, ou tente de le faire. Voila c’est tout, et c’est pas brillant tout ca ! Certes il y a des moyens, la photo est très belle, la direction artistique léchée, les costumes bien foutus, mais c’est le vide absolu dans la manière de mettre en scène cette histoire tristouille d’un homme fauché en plein amour. Même Julianne Moore est laide dans ce mélodrame falot, où pendant près de deux heures on va assister à des ralentis sur des corps d’hommes torses nus jouant au tennis, admirer des vêtements et contempler des lunettes haut de gamme. Le scénario est suivi à la lettre par un montage docile, l’interprétation est correcte mais sans plus, bref le film se suit gentiment pour les plus fleurs bleus d’entre nous, sinon c’est l’ennui qui domine. Il y a pourtant un jeune acteur que j’aime beaucoup, Nicholas Hoult, qui est ici très bon mais qui est loin de sauver le film de la mer stagnante et infinie d’ennui dans laquelle il navigue. Il ya malgré tout, et il faut le souligner, un magnifique  cadrage sur l’affiche de PSYCHO. Il dure dix-quinze secondes à tout casser.

 

 

Et pour finir, comme je vois que vous en demandez encore, sous vos applaudissements nourris voici qu’entre en scène CHLOE d’Atom Egoyan (USA 2010) !

Liam Neeson est sur le point de fêter son 50e anniversaire quand il accepte d’aller boire un verre avec une de ses étudiantes, alors qu’au même moment sa femme (Julianne Moore) avait organisé une surprise party en son honneur dans leur maison commune. C’est pas vraiment la joie quand il rentre à la maison, Liam racontant qu’il a raté l’avion alors que Julianne a trouvé sur son iphone une photo de lui avec son étudiante. Elle décide d’engager Chloé, une prostituée, afin de mettre à l’épreuve la fidélité de son mari. Par un truchement de rencontres Chloé séduit le père comme prévu, mais aussi, tenez-vous bien, la mère et le fils ! Et sans tarif de groupe ! Julianne ne sait plus quoi faire, elle est à l’origine d’une situation qu’elle ne contrôle plus du tout, et toute sa famille menace de s’écrouler sous ses pieds…

Très bien écrit, bien interprété et avec des vraies idées de mise en scène à l’intérieur, qu’est ce qu’il vous faut de plus ? Une branlette au jardin des plantes avec Liam Neeson ? Je vous la mets. Un doigt dans la chatte de Julianne Moore ? Pas de problème. Et avec ca vous prendrez bien un martini dry, allumez votre cigare et accrochez vous, on est d’humeur perverse ce soir. Sorte de faux thriller érotique (rien à voir avec BASIC INSTINCT, rassurez vous) mais vrai film sur le désir, Atom Egoyan interroge la notion de fidélité à l’époque d’internet et du viagra, et le moins que l’on puisse dire c’est que ca décape. Ca décape tellement qu’au milieu des villes immenses, des gens en sont venus à confondre désir et amour, perdus dans ce qu’ils ont de plus stable, à savoir la famille. Entre relations croisées et jambes décroisées, que faut-il aimer pour garder son pré carré, où faut il se placer sur l’échiquier de la séduction pour garder l’être aimé au bout d’un an, de trois ans et de quarante ans ? Et le matin quand vous vous levez dans votre loft ikéa, avec quelqu’un que vous ne connaissez pas dans votre lit et dans le lit de votre fils, fils qui ne vous parle même pas ? La photocopieuse est elle encore le lieu privilégié des étreintes au bureau ? Autant de questions qui interpellent alors même que des prophètes visionnaires  parisien ou vaudou proposent des solutions clé en main pour concilier virilité et vie de famille, le tout sans ordonnance. Beaucoup de questions, et à l’arrivée la mort ! Les questionnements interrogent la morale, la morale n’a que faire de l’amour ou de la mort, y a-t-il seulement une différence ? Quand on baise on pourrait mourir mille fois, mille fois ressusciter dans d’autres draps, avec d’autres femmes, d’autres hommes. Tout est interchangeable, le plaisir est dans le changement, le changement est source de conflit,  le plaisir ne suffit pas, l’amour ne dure pas, la bite ne reste jamais dure longtemps, trop de choix, trop de questions, une seule réponse : CHLOE. 

Ne cherchez pas à comprendre quels éléments de l’enquête permettent de dire avec certitude qui a couché avec qui, le but recherché n’est pas celui là. Il est ici question de désir et de sensualité, d’une présence inexplicable de perversion dans les rapports entre êtres humains, toujours source d’étincelles. Ce sont ces étincelles qui allument les brasiers de la vie de couple et non les ordinateurs les villes ou les satellites. Le XXIe siècle sera sensuel et épidermique, quitte à en crever, nous voila rassurés ! On dirait bien que notre désir reste à inventer en fin de compte…

 

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 


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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 23:49

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[Photo : "Point de non retour" par Norman Bates.]









Le DVD commence plutôt mal : en lieu et place des traditionnelles bandes annonces interminables qu'on ne peut pas zapper situées juste avant d'accéder à un menu animé qui va nous révéler la moitié du film, on a droit à un clip sur Madonna et les enfants d'Afrique-qui-ont-faim-et-qui-ont-le-sida-mais-qu'il-faut-aider-a-tout-prix-en-paradant-chez-eux-avec-des-lunettes-prada-a-12000 €, parce que ca nous rend plus grand et ca nous sauve de les aider. Ce qui pose un grave conflit d'intérêt parce qu’à la limite il faudrait les aider pour eux et non pour nous, ce serait quand même plus fair play. On se consolera en se disant que du coup les petits africains peuvent ainsi découvrir des choses que sans Madonna ou Bono ils n'auraient jamais découverts, comme cette paire de bottine ou cette chemisette en lin qui à eux seuls valent bien le PIB de la moitié des pays d'Afrique noire réunis. Cette bande annonce bien racoleuse qui servira surtout à montrer qu'a son âge la diva peut encore porter trois enfants faméliques en même temps dans ses bras prend fin et l'on peut commencer à parler de choses importantes et essentielles, comme la vertu et l'obscénité. Tout un programme.





Eugène Hutz est un manouche punk qui squatte l'appartement que partagent Vicky McClure et Holly Weston. Il gagne sa vie grâce à ses activités de gigolo SM spécialité uniforme des régimes totalitaires d'URSS, ce qui lui permet de pouvoir se consacrer à l'alcool et la création à plein temps. Vicky McClure est pharmacienne mais elle rêve de quitter son métier pour se consacrer à la famine en Afrique, et puisque vous voulez qu'on aborde le sujet absolument, Holly Weston est une danseuse étoile qui décide de travailler comme stripteaseuse dans une boite de nuit pour arrondir ses fin de mois. Cette petite communauté est donc tiraillée entre la vertu et l'obscénité (putain, on  la voyait pas venir celle là), et sous les apparences les plus vertueux ne sont pas ceux qui semblent l'être au premier abord (comme c'est mystérieux !). Ah oui, et tous trois sont célibataires et il va y avoir des histoires de coucheries extraordinaires. Le film est plus ou moins une évocation de la vie de la madonne, c'est en tout cas le reflet de ses interrogations sur le bien et le mal, interrogations sans doute profondes qu'il fallait qu'elle extériorise absolument, qu'elle accouche de ses doutes en sublimant via l'art ses plus nobles penchants, tout en confessant ses erreurs....





Déjà trois paragraphes ! Et oui le temps passe vite, et le film aussi : il ne dure qu'une heure et quart, ce qui est bien court face aux enjeux que le film soulève, je vous l'accorde (en fait ,je me force pas vraiment, mais en même temps il faut me comprendre, il y a pas grand chose d'intéressant dans les salles en ce moment). La dualité est donc le thème principal du film, et Madonna l'aborde assez frontalement, j'oserais même dire qu'elle s'y jette, allons y carrément. En fait, Eugene est le narrateur de l'histoire, et pour lui c'est déjà couru d'avance, chercher à faire le bien passe par une forme d'obscénité pour que la démarche soit complètement honnête. Et inversement : les gens qui cherchent à faire le mal doivent forcement user de gentillesse à un moment ou a un autre (par exemple le Polansky est raté, il pensait surement faire un truc à la Cronenberg avec une ambiance pesante, le résultat ressemble à du JOSEPHINE ANGE GARDIEN sous éclairé avec une vague intrigue policière à twist). Tout ces jeunes un peu paumés qui font des choses avilissantes pour gagner de l'argent, c'est rock'n'roll non ? En plus il y a des scènes de fesses plutôt sympathique et de la musique punk pour emballer tout ca, ca fait cinéma indépendant, c'est toujours bon à prendre. Le scénario n'a vraiment rien d'extraordinaire, c'est loin d'être le grand film sur la dualité du XXI éme siècle que l'on est en droit d'attendre, pourtant la narration est plutôt intéressante (le Scorsese est pas mal par contre, bien qu'un peu long, et bien qu'il y ait un twist à la fin) car elle est complètement disloquée : Madonna commence à raconter l'histoire et sans que l'on s'en rende compte, hop, elle passe à autre chose (en tout cas si vous n'avez toujours pas vu le Wes Anderson, il faut y aller sur le champ, c'est presque sublime) sans rupture, ce qui est assez sympa pour les spectateurs, on a pas l'impression d'être pris par la main comme les derniers des imbéciles. Sauf à la fin par contre, ou on a vraiment l'impression qu'on se moque de nous : au bout d'une heure dix tout les personnages se mettent à chanter et tous les soucis sont réglés en un claquement de doigt : dix minutes de plus et on guérissait le sida ! Que c'est naïf de la part de Madonna ! C'est même étonnant de la part d'une femme qui connait si bien la détresse des peuples africains, elle devrait quand même savoir que la seule chose que génère l'angélisme en matière d'humanitaire, c'est un ancrage de plus en plus important dans la misère la plus infâme.





Niveau mise en scène, grosse surprise : le film est loin d'être infamant ! Madonna porte vraiment le film dans ses tripes, elle est réalisatrice, productrice exécutive et elle a écrit le scénario (il serait mal vu dans sa position d'avoir recours à un nègre) toute seule. Chaque plan irradie la nécessité fondamentale de l'artiste à s'exprimer au moyen de tous les leviers possibles et imaginables à sa disposition : c'est un vrai festival entre les mouvements de caméras, les ruptures dans l'axe, les changements de formats en pleine séquence, les parties en diaporama, le jeu sur le son, la photo très appliquée et le cadrage sans faute, on est loin de la petite lubie passagère. Le gros problème c'est qu’à trop mettre en scène des inepties ou des scènes qui n'aboutissent sur rien, l'effet est un peu amoindri. Il y a également de grosses carences dans le montage : certes ca coupe vite et à des endroits assez insolites, mais il est très difficile de rentrer dans le bain pendant la première demi heure, et la deuxième demi heure marque la fin du film. Ce qui domine c'est la frustration d'avoir assisté à la mise en place d'un procédé un peu foufou et plutôt intéressant, mais qui se termine bien trop vite, et surtout, plus grave avant d'avoir pu exprimer tout le potentiel qu'on peut sentir à certains moments, derrière un rideau de velours ou percent de grivois murmures. Du coup le film ne décolle pas vraiment de la racine des pissenlits (allez voir le film d'Atom Egoyan !! vite !!), et donne surtout une impression de grande naïveté un peu gênante. C'est vraiment dommage, d'autant plus que dans les commentaires audios on ressent chez Madonna l'envie de se jeter à l'eau complètement, et une grande attention dans la forme à donner à son film (tellement d'ailleurs que 50 % des commentaires évoquent les vêtements des acteurs). A mon avis elle est tellement focalisée sur les malheurs des peuples opprimés qu’à un moment donné elle perd toute raison et finit en larme, chantant un peu ivre que tout s'arrange au bout du compte. J'ai envie de m'adresser aux jeunes et de leur dire que c'est ce qu'il en coute de trop laisser parler son cœur quand on réalise son film avec la bibliographie du Mahatmah Gandhi en tête ! Et puis soudain, on apprend au détour d'un commentaire sur la tunique unisexe des indiens que la principale inspiration de Madonna en matière de cinéma c'est Godard et la nouvelle vague française (remarque elle y associe Guillaume Canet) : malheureusement quand on assiste à un strip tease sur fond de Britney Spears, on se dit qu'elle a quand même dû louper un ou deux trucs en route (certes c'est le remake d'un film français, mais il y a plus de mise en scène que Michel Field n'en a jamais vu de toute sa vie, et en plus on voit les seins de Julianne Moore !).





Reste la sincérité, quelques beaux passages inattendus, une propension à la générosité qui parfois laisse pantois, les courbures de rein d'une femme splendide et l'impression d'avoir partagé l'intimité de trois femmes sensibles... C'est pas le Mexique mais ca y ressemble un peu !




Norman Bates.


PS: Dr Devo avait déjà consacré un article à ce film: c'est là.













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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 20:07

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