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[Photo: "Jean Courage"  par Invisible.]




D'Emmanuel Mouret, je n'avais vu que VENUS ET FLEUR dont je garde un plutôt bon souvenir, la lâcheté de l'ensemble était assez sympathique, en raison notamment du jeu des actrices. Il y avait quelque chose de rafraîchissant dans ce film peu préoccupé par le réalisme et par le cinémaaa, qui partait en freestyle, tenu par les personnalités des filles (il y avait là une sauvagerie estimable), sorte de road-movie en déambulateur jusqu'au bout du jardin, mais en patins.



Mouret a suivi depuis son chemin de slacker à la française (donc avec le Jean D'Ormesson qui dépasse de la poche pour draguer la belette lettrée sur les bancs de Paris 8), et la lâcheté (pas au sens de couardise, mais façon T-Shirt détendu) semble être son créneau. Pourquoi pas, mais au moins dans V&F y allait-il à fond. Ici, dans FAIS-MOI PLAISIR !, quelque chose m'a vraiment dérangé, l'absolue monotonie du cadrage, qui manque là, vraiment, de laisser-aller. Pourquoi faut-il que dans 40% du film, sans exagérer, le personnage qui parle se trouve au milieu du plan, et le haut de sa tête coupé, ou bien non aéré, et ceci quelque soit la taille du plan ?


Faites l'expérience. Lancez la bande-annonce et regardez attentivement en haut, au centre de l'image, puis lisez la phrase suivante. N'y-a-t-il pas d'autres façons de faire un clin d'œil à Tati que de laisser cadrer son oncle?



La musique bouche également l'espace, puisque c'est du stabilotage permanent (en particulier dans tout le segment Bel. C'est plus réussi dans la partie Godrèche). En ôtant le balai du cul de son cadreur, Mouret pourrait au moins prendre parti, mais avec un procédé si systématique, la sauce ne prend jamais, ou alors le temps d'un plan. Dès que ça ouvre, ça pourrait devenir intéressant (même en ouvrant un peu au-dessus des têtes, ça suffirait...) mais là, désolé, ce n'est pas possible. En décadrant un peu, on pourrait encore s'intéresser à un personnage déphasé, mais en les traitant tous au même niveau, en les faisant parler comme un seul, il n'y a pas de décalage... L'air ne passe que par l'interprétation (chose assez rare, les comédiens semblent s'amuser, donc jouent, mais dans le bon sens, s'engouffrant dans les quelques bouffonneries du scénario).



Ce qui sauve le film de l'ennui le plus total, c'est finalement le projet, et là tout se recoupe.



Si on produit de l'art, il faut avoir un projet, ou bien se taire.

Et le projet, est très clair, en sous-texte: il s'agit d'en croquer. D'en être. Ma biche.



Avant d'attaquer le piche, passons par le sous-bois et rendons-nous à la première séquence du film, près de la rivière où coule le moulin qui fait tourner les saucisses. C'est le matin. Un couple est au pieu. Lui a envie, pas elle. Lui, c'est Jean-Jacques, joué par Mouret lui-même. Elle, c'est Ariane, enfin Frédérique Bel (très bien). Mouret porte un pyjama ridicule et joue aussi bien qu'un candidat de QUESTIONS POUR CHAMPION. Frédérique ne porte rien (quel corps, mazette... pas de doute, voilà une comédienne qui incarne) qu'un peu de Chanel n°5. Les deux sont en train d'envoyer leur personnalité dans le perso pour qu'il se passe quelque chose (d'ailleurs, je me demande si, au moment de musicaliser la scène, Mouret n'a pas trop chargé la mule parce qu'il se trouvait faible). Frédérique Bel invente une femme, tandis que Mouret tente de faire le beau pour se la taper, mais il est mièvre. C'est un couple installé. C'est du désir de routine. Et puis voilà, il n'y a qu'à regarder. Le projet, c'est ça. Mouret en pyjama. La fille à oilp' contre lui. "Cinoche".



Passons au piche. Rejeté par sa compagne Ariane, alors qu'il constate un matin que son centre de gravité se situe bien au bas-ventre, Jean-Jacques lui raconte qu'il a pris connaissance la veille de l'existence d'un philtre d'amour imparab' (ça marche même pour les moches .) (. en fait, c'est un poème, mais c'est kif-kif, un élément fantastique), un poème ensorcelant qu'il a voulu tester le matin sur une jolie femme (Godrèche) croisée dans un bar et qui le harcèle depuis au téléphone. Ariane lui propose de la tromper immédiatement avec cette rencontre, afin qu'il ne conserve aucune frustration. Jean-Jacques revoit alors la femme subitement enamourée mais rien ne se passe comme prévu. C'est la fille du président de la République, et elle sort déjà avec un boxeur, Dany Brillant. Finalement, notre homme sans qualités séduira la bonne.



Donc, oui, "Cinoche". Il aura la femme parce qu'il a la voiture. Le poème qui éveille le désir des femmes n'existe pas, chacun le sait, mais avec la carte de cinéasque, sait-on jamais. C'est en tout cas cette fiction que Mouret met en scène, et c'est à ça que les gens qui aiment Mouret (donc, déjà toute la presse et leurs lecteurs) veulent croire. Un monde avec Romy Schneider ou Adjani en une des magazines, pour les siècles des siècles. Un monde où les magazines seraient éternels. Pas étonnant que la presse s'amourache de Mouret !

Et finalement, ce fameux poème (jamais matérialisé bien sûr) pourrait être un film, après tout... voilà le projet de Mouret. S'acheter l'étiquette « auteur » sans matérialiser de films vraiment préhensibles... donc en réalisant des films fuyants, des dialogues qui n'accrochent pas mais ne dérangent pas non plus, en refusant de composer ou de signifier par le montage, en coupant toutes les séquences bien avant qu'elles puissent devenir immortelles, donc devenir artiste sans art, mais en produisant quand même, v'là l'projet.


Et avec ceci ?



A la fin du scénario, l'essence du philtre d'amour est dévoilée par Frédérique Bel, après qu'un inconnu lui ait fait le coup du poème ensorcelant, elle annonce au soupirant que ce texte c'est du mou, de l'interchangeable, du clinquant.


Mais une fois qu'elle a révélé le pot-aux-roses, le sortilège marche quand même.



De même, pour moi, même en ayant écrit noir et blanc tout ce qui n'allait pas, je ne peux m'empêcher de ne pas complètement détester ce film (le segment Godrèche se laisse voir, dans un au-delà du bon goût), peut-être apitoyé par la volonté de Mouret d'en être, et donc par son projet de ne pas faire de cinéma mais d'en avoir les avantages !



Le métier de Mouret dans le film est absurde, il a inventé une encre qui s'efface avec un tissu particulier (les moustaches, une scène assez drôle parce que le vide culmine, si je puis dire), et à nouveau, dans l'inutilité de ce métier, son improductivité, je vois dans cette bouffonnerie l'aveu du projet secret, et aussi un point contemporain, donc une nécessité. Il s'agit de n'être rien, pour réussir, car tous envieront le possesseur de ce rien. Rien ne saurait résister à l'empire de rien. Surtout pas maintenant.


La jolie femme au beau maintien et portant une robe avec léger décolleté, sur laquelle vous allez lorgner dans la rue tout à l'heure, vous plaira car elle est l'avenir normal. Le désir se porte sur rien. Mouret sera donc l'avenir normal, le comique qui ne fait pas rire, et le styliste sans style à la fois.


Je ne suis rien,


Je ne serai jamais rien,


Je ne puis vouloir être rien,


Ceci dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

(Pessoa, in LE TOP DES 150 CITATIONS POUR EMBALLER, Ed.Robert Laffont)



Le cinéma de Mouret c'est l'avenir normal, le gars qui présente bien, l'art d'accomoder les soldes restant dû, donc le philtre d'amour, donc le cinéma tel qu'il est devenu : un objet inoffensif, consommable avec votre avenir normal devenu Bobonne.

Je crois me souvenir avoir lu que dans son premier film, Mouret faisait dire à la mère du personnage qu'il incarnait: "Tu pourrais pas trouver un job normal, style artiste ?". Amusante à l'époque, la réplique était furieusement prophétique. Nous vivons à présent dans un monde où les gens payent pour voir de l'art réalisé par des gens normaux, par des candidats à QUESTIONS POUR UN CHAMPION (cf. aussi l'absence de démesure des peoples lors de la fête à Judith, en réduisant le PDG du groupe Accor à une cravate, ou le sosie de Polnareff et Christophe à une maxi-coupe mulet, Mouret marque des points car il produit un cinéma du réel (au sens où ces gens ne sont eux aussi, rien). Evidemment cela aurait été plus jouissif qu'il ne filme que cette cravate, mais ça l'obligerait à avoir un avis, alors qu'avec des plans moyens, le moyen, donc le rien, est à son apogée. Pour progresser sur l'échelle sociale, il faut être mou, beau - donc sans passé -, ou mieux, beau mou).



Sur ce, je vous laisse, il faut que j'aille aider la bombasse qui partage ma vie à faire la nettoyage, elle a renversé le cendard sur la carte du tendre, c'est dur à ravoir.

Invisible.

 





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Jeudi 2 juillet 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi






[Photo: "La Vie, Une Fois!" par Dr Devo.]



 

Elèves dans un collège breton, Vincent Lacoste et Anthony Sonigo, qui ne sont pas franchement dans les canons de la beauté, n'ont qu'une seule idée en tête. Non, ce ne sont pas les cours de maths, mais bien de se trouver une petite copine pour pouvoir faire plein de bisous mouillés derrière le terrain de sport, et éventuellement aller plus loin. Mais le parcours est semé d'embûches, et il est difficile pour les physiques particuliers de trouver qui que ce soit dans cette jungle inhumaine qu'est le collège...



Un film de collège, encore ! Et au sens propre cette fois, puisque l'action se passe dans un collège ! Les Américains nous ont habitués aux teen-movies racés et plus profonds qu'ils n'y paraissent, offrant une véritable justesse sociale sous le vernis des blagues de potaches et/ou scatologiques. Ici, la tentative est française. Très bien. Et puis pourquoi pas après tout, dans nos collèges, nos lycées, nos universités, il se passe également des choses intéressantes, ou plutôt des choses intéressantes peuvent s'y passer. Il y a tellement peu de films de "college" français qu'on pourrait y faire à peu près n'importe quoi, ce qui est d'ores et déjà prometteur. Riad Sattouf, quant à lui, fait un choix étrange (mais qui, en fait, ne l'est pas vraiment, j'y reviens plus bas) : son film se situe dans une espèce de faille temporelle, disons plutôt dans un mélange générationnel. En gros, pendant un bon moment, on ne sait pas quand le film se déroule. On se pose des questions, on cherche des indices. Il y en a bien, mais ils sont plutôt sources de confusion, tant les éléments quelque peu anachroniques s'enchaînent (enfin, pas tant que ça non plus, mais j'y reviens également plus bas). On pourrait être entre les années 70 et 2009, voire même en 2430. On ne sait pas trop où se placer, on est perdus, et le look général du film n'est pas fait pour baliser cette recherche : le métrage a un espèce de grain, quelque chose d'un peu vintage, marronné, comme si la pelloche avait été gardée pendant trente ou quarante ans et qu'on venait juste de la retrouver (je voudrais dire quelque chose de plus personnel concernant le contexte de la projection : c'était désastreux, l'image scintillait, et ce depuis les pubs et les bandes-annonces ; les sous-titres et les blancs bavaient allègrement, s'étalant sur quelques centimètres autour des lettres. Au départ je pensais que c'était volontaire, pour les bandes-annonces en tout cas. Mais je me suis rapidement rendu à l'évidence, dès que le film a commencé, c'était un souci de projection, qui dura tout le long de la séance. Et s'il y avait ce problème, quelles autres dégradations le film a-t-il pu subir ? Je ne sais pas mais en tout cas, vous verrez peut-être, je l'espère, le film dans de meilleures conditions, donc il y a des chances que je dise des choses qui ne soient pas tout à fait exactes. Veuillez donc m'en excuser). S'ajoutent à cela les looks dantesques des deux personnages principaux. Anthony Sonigo, notamment, avec son joli petit mulet, semble effectivement sortir d'une faille temporelle. Mais ! Il y a un téléphone portable, un ordinateur portable, de bien jolis bus, bref, tout est fait pour tenter de perdre le spectateur. Et ça marche, un moment. Ca marche jusqu'à ce que l'on comprenne ce que M. Sattouf essaie de faire, et qu'il déploie ostensiblement tout au long du film : il veut toucher à l'universalité. Il veut que les jeunes de l'an 1970 jusqu'à 2009 se reconnaissent dans ce portrait, que les uns disent à leurs copains "Oah c tro toa sa !" et que les autres se disent "Ah, oui, on était quand même bien ridicules à l'époque...". Et c'est tout. C'est la seule ambition de Riad Sattouf. Et pour que ce processus d'identification passe, le metteur en scène n'y va pas avec le dos de la cuillère, et convoque absolument TOUS (oui, en majuscules) les clichés de la vie des ados et pré-ados : les boutons, les vêtements pourris, les appareils dentaires, les branlettes dans les chaussettes en feuilletant un catalogue de La Redoute, la maman qui accompagne son fiston à sa première boum, les cours chiants, les professeurs nuls, et j'en passe. Tout est là, catalogué (Tiens, comme dans La Redoute ! Hihi !), dans un amoncellement de saynètes qui n'ont d'autre but que de provoquer soit le souvenir (ou la nostalgie. D'ailleurs, dans le film, la mère de Vincent Lacoste - Noémie Lvovsky, assez précise - dit que la nostalgie est un symptôme de la dépression ! Que faut-il donc en conclure ?), soit l'identification immédiate. Alors, évidemment, ça fonctionne un peu, mais c'est quand même très léger pour rendre le film beau et attachant. C'est trop peu, et il n'y malheureusement rien d'autre à se mettre sous la dent. Il n'y a qu'à voir la façon dont M. Sattouf développe ses personnages : ce sont des caricatures. C'est finalement une galerie de personnages, mais qui ne jouent que sur un mode : les geeks sont des geeks, les brutes sont des brutes, les filles belles et inaccessibles sont belles et inaccessibles (sauf une, certes, mais elle l'est finalement !). Regardez également le professeur de français, qui est lui au-delà la caricature, au-delà des mots mêmes, et c'est le cas de tous les professeurs. Il n'y a aucune véritable recherche sur les personnages, aucune volonté de faire quelque chose de beau et d'original, avec des caractères particuliers et un peu plus fouillés. C'est mieux d'aller dans le générique, pour plaire à tout le monde ! Disons qu'en voulant toucher à l'Universel, il touche la cible, mais pas au milieu. Il manque de précision, et peut-être qu'un point de vue plus subjectif aurait mieux servi ses intentions. Ici, il se contente de recracher toutes les histoires qui lui sont arrivées, ou qu'on lui a racontées, ou qu'il a entendues ici et là ! Vous ne trouverez aucune action révolutionnaire dans le comportement de ces jeunes personnages, aucune chose personnelle, disons. Tout est calibré pour toucher le plus de gens possible, et donc ne va pas dans des idées particulières. LES BEAUX GOSSES peut être vu comme le film générique sur l'adolescence. C'est très bien, peut-être, je ne sais pas, mais ce n'est pas assez ! Ah, c'est sûr, ça fonctionne au box-office, mais ce n'est pas assez marqué pour être marquant, finalement.

 

Mais attention, il y a quelques bonnes idées, dont certaines vues subjectives plutôt amusantes (qui ne sont pas renversantes et qui manquent, elles aussi, de personnalité. Elles sont plutôt utilisées comme un procédé que comme une vraie volonté de mise en scène - je pense à cette caméra subjective pénienne, qui oui, fait sourire, mais sans plus, et n'apporte rien du tout à part montrer que l'action qui se déroule est ridicule, tout en gardant le côté mignon pour que les spectateurs puissent sourire et faire "Ooooh..."). Je crois qu'il est inutile de mentionner que ce film est en réalité un tunnel de plans rapprochés, et les aérations sont rares et plutôt inconséquentes. Oui, il y a un travelling dans la cour de récré, c'est cool les travellings, surtout quand on ne filme pas un personnage qui marche de profil en plan taille. J'ai dit que j'y revenais donc j'y reviens, les éléments anachroniques s'enchaînent, mais pas véritablement : le metteur en scène donne finalement assez peu d'importance aux décors, qui auraient pu être, eux, vecteurs de la perte de repères temporels du spectateur. Au lieu de ça, il filme d'un côté un ordinateur et de l'autre les coupes de cheveux improbables de la bande de héros, ce qui ne suffit pas. La photo me semble paresseuse, elle est le plus souvent diffuse, rarement ponctuelle, et uniquement illustrative (c'est très parlant dans la séquence du jeu de rôle, forcément fantastique et qui a une lumière un poil fantastique - et encore, c'est orange avec de la fumée ; tout ce qu'on attend de ce genre de scènes, donc). Même chose pour le montage, qui se contente de mettre bout à bout le scénario sans autre forme d'étude ou de sensualité.

 

En fait, LES BEAUX GOSSES, c'est une chronique tendre et drôle (parce que oui, le film fait rire, mais encore une fois ça fonctionne sur le mode de la nostalgie et du souvenir) de l'adolescence. "Tendre" est le mot à retenir dans cette phrase, parce que le problème vient de là. En essayant de faire le film le plus gentil possible (il aurait pu être très méchant et malpoli, s'il n'y avait pas cette séquence finale "humaniste", ou encore ces conclusions provisoires aux séquences de l'annonce de la mort ou de l'accident dans la salle de gym, qui elles aussi sont traitées sur le mode du "feel good". Dommage.), en essayant d'être universel, il devient générique et rapidement oublié. Ce n'est encore pas cette fois que l'on aura, en France, le film de college ultime.



LJ Ghost.






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Mardi 23 juin 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi





[Photo: "Le Syndrôme Zatapatik" par Dr Devo, d'après une photo de la comédienne Mary Lynn Rajskub.]




Chères Bonniches, Chers Smicards,

 

Les dividis, c'est bien joli, mais de temps en temps, histoire de garder la main, il faut s'en retourner vers l'Ecran d'Argent et bouger ses petites fesses musclées par le travail, pour se mélanger au public.

 

[Cette introduction vous est offerte par le Syndicat des Critiques Faux-Modestes Condescendants Du Michigan, dont je suis membre honorifique...]

  

Amy Adams, récemment aperçue dans DOUTE, un machin avec Meryl Streep qui n'était pas du tout transcendant, mais assez bien écrit (et qui à quelques secondes près, enfin de trop, nous offrait le meilleur plan de fin de l'année) est femme de ménage. La vie n'est pas marrante-marrante... Elle élève seule un enfant de la race des Petits-Kévinous (au moins, ils sont propres !), doit payer les traites de la maison, et s'occuper de temps en temps de sa sœur, Emily Blunt dont je vous parlais il y a peu à propos du formidable WIND CHILL, qui, elle, vivote en travaillant dans un fast-food ! La petite banlieue ouvrière, quoi ! Au fond du tableau, on trouve Alan Arkin qui a pris un sacré coup de vieux en une paire d'années (et dont on ne voit pas le visage pendant la première demi-heure du film, curieusement) et qui est le papa des deux. D'ailleurs, comme dirait Mr Zatapatik "Où sont les bagages ? Où sont les voyageurs ?", ce à quoi j'ajoute : "Où elle est la maman ?". Suspense, teasing, je passe comme si de rien n'était...

Amy en a ras-la-casquette : le job est dur et ne paie pas d'une part, et la vie semble tourner en rond d'autre part. Pour couronner le tout, Emily, sa sœur, vient de se faire virer de son fast-food ! La poisse. Le seul moment de plaisir d'Amy est quand elle voit son amant, un flic déjà marié. C'est quand même pas grand'chose. Mais c'est ce dernier qui lui met le pied à l'étrier. Plutôt que de nettoyer de grandes maisons bourgeoises, pourquoi ne pas nettoyer des scènes de crime ? Car laver du sang et de la tripaille, bah ça paie sa mère ! Amy et Emily montent leur boîte et, comme dirait la poète, "Et c'est parti !".

 

 

Christine Jeffs, réalisatrice néo-zélandaise apparemment exilée aux US de A est une habituée semble-t-il - car moi je n'en savais rien - au Baille-oh-des-chocaPICS et aux films à costioumz comme on dit par chez eux. Ici, c'est donc un changement de fusil d'épaule assez net, Margaret. Ce à quoi je réponds oui, tout à fait, car il s'agit d'une chronique douce-amère familiale, avec des rires, des sourires, des joies simples, et des peines en forme de slow de l'été. Là, vous vous dîtes...

 

 

SUNDANCE !

 

 

Et je dis oui, mon petit poussin, c'est du Sundance. Grand Prix du Jury même ! En même temps, c'est un peu injuste de reprocher ça à SUNSHINE CLEANING, et je vous dirai pourquoi, mais pas maintenant. D'ailleurs, si je perds du temps en divagations, je ne le finirai jamais, ce bleeding artikeul, et comme la rédaction de Matière Focale est désormais organisée comme un camp militaire, je risque de recevoir de sérieux coups de torchon-savon, et je vous assure, ça fait mal. Alors, plutôt que de faire des plaisanteries à deux balles sur une page qui, de toute manière, ne nous sortira pas de la Crise (Oh, un cerf sur la colline !) et ne redressera pas la France, je dis : "Au travail !".

 

 

Il paraît que SUNSHINE CLEANING a été produit par l'équipe de LITTLE MISS SUNSHINE, et ça tombe bien, car cela va me permettre de faire un parallèle qui pourrait me faire embaucher dans une revue de cinéma normale, telle que Télérama ou StudioCinéPositif. Je dirai donc, profitant de cet opportunité que SUNSHINE... a à peu près les mêmes défauts que LITTLE MISS SUSHI, avec lequel j'avais été assez généreux à l'époque, mais que voulez-vous, être critique c'est être spectateur, et c'est être un être (oh, joli, ça !) humain comme les autres, et pour moi aussi, la vie c'est, comme l'a dit ce grand critique de cinéma qui est pour moi quasiment un Dieu, je cite, "des rires, des sourires, des joies simples, et des peines en forme de slow de l'été », fin de citation.

 

Plus sérieusement, SUNSHINE CLEANING démarre tranquilou, avec une intro et un générique un peu convenus, mais se suit gentiment, et ce sera la marque de la première partie du film d'ailleurs. Alors, on reste en éveil. En plus le film est tourné au format Scope (2.35), et Jeffs ne fait pas que des gros plans, c'est toujours ça de gagné. Il y a quelques petits effets de stylisation (des ralentis à la Wes Anderson, mais en plans rapprochés) ici et là, mais rien de renversant. Mais, comme je le disais, on garde l'œil ouvert. Les ricains qui nous ont quand même délivré de l'emprise nazie, sont assez fortiches pour faire des comédies tristes ou un peu noires, ou encore pour les chroniques des gens banals... Un bel exemple de film bien troussé et pertinent : THE GOOD GIRL, par exemple. Et ces histoires, ça se joue à peu quelquefois. Donc, cette première partie, on la suit, on la suit, on la suit, et hop hop hop. Bon, Blunt (qui, paraît-il, est la sœur de l'horrible James Blunt !) ne joue pas trop mal, et même si le rôle est un peu convenu,  elle se débrouille assez bien et offre un jeu relativement sobre, toujours aussi précis que possible. Amy Davis Jr, elle, pousse un peu plus, mais ça reste convenable. John-John Rockfeller dans le rôle de Kevinou est moins crispant que beaucoup d'enfants-acteurs, mais rend la vision du film un tout petit peu plus difficile. Faisons donc comme s'il n'existait pas. Ca continue comme ça, sur un rythme de jogging du dimanche (après mon squash, le même jour, à 6h30, car pour être critique de cinéma, faut être dans une forme physique irréprochable), pendant un bon quarante minutes. Bon, ça tire un peu dans les coins, ça et là, où on trouve de choses plus écrites, plus maladroites, comme Alan Arkin en commis-voyageur à la petite semaine, ces horribles petits inserts d'un flashback que l'on attend de pied ferme. Quelques scènes sont même un poil en-dessous, et sentent un peu l'huile de coude et l'effort, comme celle avec l'ex-copine de lycée, et encore moins bien, celle de l'engueulade avec la femme enceinte dans la station service, moins bien découpée que le reste d'ailleurs.

 

 


On devine que tout ça, ça sent le célèbre best-seller "How To Write An Fake-Independant Blockbuster" d'Aristote, et que les trois actes se mettent en place en essayant de marcher sur la pointe des pieds. Bon, moi je m'en fous, c'est mon boulot de voir des films, ça paye bien en plus, et donc contrairement à vous, chers lecteurs, qui devez payer votre place neuf euros, je suis plutôt à la bonne place. En plus, je suis d'excellente humeur... Et puis, assez rapidement, débarque en second rôle, une petite chouchou à moi  Mary Lynn Rajskub, que vous avez pu voir dans des films tels que MYSTERIOUS SKIN où elle était formidable d'ailleurs. Ici, encoooooooore une fois (ne faites pas ça si vous postulez aux Cahiers du Cinéma), elle est tout à fait excellente, et très souvent ses scènes marchent d'autant plus qu'elle se trimballe tout le temps avec Emily Blunt. La scène de la prise de sang est très chouette. La scène de la découverte du poteau rose (si je veux !) est casse-gueule mais reste étonnamment sobre, et même une scène trop évidente comme celle du collier passe, sauvée in extremis par Blunt d'ailleurs. Rajskub, c'est du précis. C'est une bonne actrice. Elle fait partie des gens que je préfère à Hollywood. Elle appartient à cette famille d'actrices que j'adore et dont l'expérience du jeu est remarquable : Jennifer Jason Leigh, Martha Plympton, Clea DuVall, Fairuza Balk, etc. Rajskub, même si elle a connu le succès, en quelque sorte, puisqu'elle fut un des piliers de la série 24 HEURES CHRONO, n'a malheureusement jamais eu un rôle décisif et majeur, et trop souvent, hélaaaaaas, on lui donne du menu fretin pour faire mousser la galerie cinéphile, et moi, je dis : "Ca, c'est bien dommage !".

 

Mais revenons à nos moutons. Ces petites gaucheries d'écriture ici et là, ou ces moments qui sentent un peu fort l'effort de la plume Mont-Blanc sur le papier nervuré sont malheureusement un peu plus que de l'innocence maladroite (N'importe quoi ! Ne faites jamais ça, si vous voulez un jour ouvrir un blog sur le cinéma !). C'est la deuxième partie qui approche, avec la division Panzer qui va avec ! Et c'est là qu'arrive mon analogie avec LITTLE MISS SHOE-SHINE. Et c'est là qu'on voit qu'une critique, ça se construit, et rien que ça demande du savoir-faire. On est exactement dans le même syndrôme : ça part gentiment et relativement soigné, et ça se vautre dans l'écriture mal maîtrisée et même plus, quand il s'agit de faire quelque chose avec le background développé scolairement. Plus on va avancer dans la deuxième partie, plus on va manger des choses ultra-convenues. Et plus les ficelles vont avoir un goût amer, si vous permettez la subtile métaphore. Et là, elle se lâche la kiwi de Los angeles. A fond la randonnée même !

 


D'abord la scène du climax dramatique ; c'est sans doute le pire. La séquence s'enclenche à peine qu'on voit arriver à douze mille kilomètres l'incident. Bon moi, je croyais que Blunt allait se faire écraser par sa propre camionnette, et finalement, ce n'est pas ça qui arrive, mais bon, le principe est là. De toute manière, dès qu'Amy Adams veut aller à sa fête, on sent trèèèès bien ce qui va se passer. On est quand même pas né de la dernière pluie. D'ailleurs, dans cette séquence, la scène de la Fête à Bébé est un des passages les plus désagréables du film. Le casting des seconds rôles est affreux. Ca surjoue, ça n'est pas bien écrit, et le physique des comédiennes est tellement stéréotypé qu'on a l'impression de se retrouver dans la scène du bar du premier STAR WARS. Devant ces grosses dondons, on sent bien la volonté de critiquer une bourgeoisie aisée devenue gaga et puantissime, mais ce que révèle la scène c'est plutôt le bourgeoisisme méprisant de Jeffs ! Elle en dit plus sur elle que sur son film. Dans son échec à écrire et mettre en scène ce passage s'exprime un décalage social bien plus grand. A ce moment-là, elle ne sait pas de quoi elle parle. Jeffs dévoile alors sa propre bourgeoisie aisée qui est d'un autre type, sans doute, que celle des grosses dondons de cette scène. Alors, je n'ai pas vérifié sur Wikipédia les origines sociales de la réalisatrice, et d'ailleurs je m'en contrebalance, mais je parie mon slip que c'est le cas. En tout cas, c'est très mal calculé en plus de ne pas marcher. Ben voui ! Pour faire ce qu'elle veut faire, il fallait au contraire remplir la pièce de mannequins et de filles ultra-jolies ! Héhéhéhé ! Je sais ce que je dis quand même, lisez mes lèvres, JE-SUIS-DOC-TEUR !

 


Alors, comme toute la dernière partie se passe autour de cet incident, ça la fout mal. Et une fois que c'est fait, on lâche complètement la rampe, et on commence à penser à la liste de courses qu'on a oublié sur la table basse du salon. La triste destinée de la maman, au ralenti, avec gros plan sur l'enfant qui pleure. Mouais. Et annoncée comme une métaphore dans le filet, par la petite vieille dont curieusement le mari s'est suicidé en plus ! La scène du train, comme caution esthétique, et dont on sent qu'elle sert aussi à se débarrasser du personnage de Mary Lynn Rajskub (ce qui sera fait plus tard), c'est bof bof aussi. Le rôle sympa de Clifton Collins Jr (qui joue bien d'ailleurs), Jeffs n'en fait rien, mais alors rien du tout. Il est là pour le décor. La scène pré-finale, le passage avec la cibi (quand elle sort les poubelles, je me suis dit : "Non ??? Elle va pas oser quand même ?"). Les jumelles. La réconciliation dans les toilettes. Les dialogues d'Alan Arkin quand il est énervé. C'est bon, la coupe est pleine ! Stop, okay, understood, reçu 6/5, arrête, oki, c'est bon.

 

 

Que cela est laborieux ! Amy Adams elle-même se perd en chemin, et logiquement, mais je ne lui jetterai pas la pierrepalmade : que faire pendant la prise avec des situations pareilles ? Blunt s'en sort mieux (même si elle est trahie par l'affreux maquillage dans la scène de la série télé). Et parlons-en de cette scène de série télé ! Elle est bien emblématique. D'ailleurs, n'en parlons pas, et délivrons tout de suite les conclusions du rapport interuptus. Tout cela sent l'écriture, l'écriture et l'écriture. Comme un musicien qui composerait pendant la moitié de son morceau des petites mélodies qui s'entremêlent, on sent que Jeffs ne vise que les accords finaux. Tout est utra-symbolique, très appuyé, sans aucun gramme de mystère. Les rouages énormes grincent encore plus. Tout est décortiqué, tout s'emboîte de la manière la plus classique qui soit. Et quand on sort de salle, on n'a pas vraiment l'impression d'avoir rencontré une personnalité.

Le paradoxe, c'est qu'on ne se mettra même pas en colère. J'ai peu parlé de mise en scène. Bon, il y a un peu de photo (correcte, avec un petit plus pour la scène du collier, et un gros moins pour celle du train qui est pourtant la caution esthétique de l'ensemble, comme je le disais), les décors sont soignés je suppose, et dans la première partie ça cadre plus aéré... SUNSHINE CLEANING n'est pas le pire film du siècle. Par contre, c'est très médiocre, au sens étymologique du terme. Et ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un film dont l'écriture - car il est évident que Scénario m'a tuer, une fois de plus - est si bureaucratique et visible. C'est du travail de gratte-papier. Et peut-être, s'il n'y avait pas quelques acteurs là-dedans qui ont notre sympathie, bah on aurait été d'une humeur plus massacrante à la sortie. Toujours est-il que le film fonctionne du point de vue du box-office, et c'est ça le plus triste. Pourquoi la banalité paie ? Comment les spectateurs font pour ne pas voir les ficelles ? Et pourquoi ce film les touche plus qu'un autre ? Il y a là un mystère de la Dame Blanche plutôt étrange... En tout cas, je remarque deux choses qui concernent le cinéma art-et-essai ou cross-over (qui peut passer dans les deux circuits). Les gens adorent les films rassurants sur les relations familiales. Si vous enlevez les films de chronique familiale et les films "à thèse", façon Dossiers de l'Ecran, bah 94,28% des films disparaîtraient des salles, et certaines d'entre elles seraient vides. Une bonne distribution bien fichue (ici comme GOOD MORNING ENGLAND) et le film passe comme une lettre à la poste. Les gens sont contents. Ils ont mangé du carton, ils n'ont pas été surpris, et ils ont payé neuf euros. La vie est belle.

 

Pour moins cher, et beaucoup plus marquant, ce qu'on pouvait faire : acheter WIND CHILL avec Emily Blunt (entre trois et quatre euros dans les trocantes), aller à la pêche (gratuit), acheter et manger du saucisson avec des copains (c'est eux qui amènent le jaja !), faire du squash, fumer deux paquets de cigarettes, attendre la Fête du Cinéma pour ne payer ce film que trois euros et quand même acheter un saucisson, dormir deux heures de plus, attendre que ce film passe gratosse à la télé, acheter des fleurs à Madame, payer une bonne bière à Monsieur ou faire un don à l'Association des Bonnes Œuvres du Syndicat de la Critique !

Quant on y pense, dans la vie, il y a plein de trucs à faire...

Dr Devo.





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Vendredi 19 juin 2009

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[Photo: "Les Choses En Ordre" par Bertrand.]





Oui, oui... Alors en fait, pour le Merlot je prendrai plutôt l'année suivante, il vieillira mieux. Et par là-dessus, un petit bœuf à la grecque, façon bourguignon, et hop l'affaire est dans le sac. Bon, je te laisse, les lecteurs sont là...


Chers Focaliens,

Puisqu'il me fut impossible de voir le Raoul Ruiz dont L'Ultime Saut Quantique nous a parlé hier, je devais me résoudre, non sans déplaisir d'ailleurs, à aller voir TERMINATOR RENAISSANCE, plus accessible au niveau des horaires, puisque la MAISON NUCINGEN de l'ami Raoul qui passait la semaine dernière (je vis dans une grande ville et c'était une sortie nationale !) à 14h et 19h, était projeté pour cette deuxième semaine d'exploitation à 11h15 seulement...
...le samedi et le dimanche !

 

Après avoir planté quelques aiguilles dans des poupées vaudous de distributeurs et aussi de spectateurs (c'est sûr, pour aller voir le dernier Almodovar,  la communauté cinéphile est plus réactive !), je mettais ma chemise préférée, une chemisette blanc-beige, mélange coton et polyamide texturé, un peu près du corps, et merveilleusement taillée dans le dos, une vrai affaire car je l'avais payée à l'époque 15,99 euros, ce qui, vu la qualité de la confection, est une affaire incontestable. Avec ce jean un peu slim, mais pas moulant, et en déboutonnant les deux premiers boutons de mon haut chic, le tout relevé par la tenue impeccable de mes deux Doc Marten's, indiscutablement, j'étais paré, j'étais au top quand je m'avançais vers la borne automatique de distribution de tickets.


Malgré la configuration relativement modeste du Pathugmont (14 salles), ledit cinéma diffusait le film dans deux salles. Je dus choisir entre la séance de 16h et celle de 16h30, et c'est sur la deuxième que je jetais mon dévolu, faisant ainsi le pari d'une séance plus calme, moins peuplée, moins popcornée. Ce fut le cas, et quand je rentrais dans la salle No1, nous étions une douzaine dans l'immense espace du lieu.


Je m'assieds sur le fauteuil "club", taille L, revêtement anti-feu de classe 2, de couleur bleu nuit, et immédiatement, je sens le confort monter en moi, tandis que je feuillette le magazine Pathugmont où Pierre Arditi donne sa recette de la potée albanaise, et commente la défaite du Parti Socialiste au dernier scrutin. Je décide de ne pas entrer dans la polémique, et je refuse le whisky-coca que me propose l'hôtesse. D'un geste élégant, je passe la main dans mes cheveux, vers l'arrière de mon crâne, et je pose ma tête sur la partie supérieure du fauteuil, pour mieux visualiser mentalement le conducteur orchestre du Deuxième Mouvement de la Cinquième de Malher, ce qui m'apaise immédiatement.


Je suis prêt.

 

Enfin, le futur. Les machines, comme prévu, ont détruit l'humanité en envoyant des bombes un peu partout, transformant la terre en un très convénient désert apocalyptique de circonstance. Les machines sont maîtresses de l'Univers connu. Mais, ce n'est pas tout. Les humains survivants, très organisés, sont entrés en résistance, menés par John Connor/Christian Bale. Bon.

Sam Worthington a été exécuté par injections létales avant l'Apocalypse et a légué son corps à la Science. Il se réveille alors que les machines ont pris le contrôle et ne comprend rien à ce qui lui arrive.

Pendant ce temps, Christian Bale sait qu'il est sur la liste noire des Machines qui doivent l'exécuter d'ici quatre jours, lui ainsi qu'un civil inconnu qui pourrait être son père...
...son père qui est encore un adolescent (sic) et qui n'est au courant de rien. Dans l'immensité du champs de ruines qu'est devenue la Terre, le teenager fait la connaissance de Sam Worthington, ce qui avouons-le, tombe très bien pour une foultitude de raisons intra et extra-diégétiques. Les carottes sont-elles cuites ?



Bon, si vous n'avez pas suivi la saga TERMINATOR, ou tout du moins, pas vu le très sympathique premier opus, tout cela ne vous dit rien. Si vous n'avez pas vu TERMINATOR 2, ce n'est pas grave, c'est très mauvais et pompier. Passez directement au N°3, plus sec, bien écrit, bien joué et plutôt malin, et tellement plus dans l'esprit de la série B d'origine.


A Desertines, près de Montluçon, les fans sont contents : enfin on va voir ce qu'on va voir, c'est-à-dire le fameux Règne des Machines, qui les faisait fantasmer jadis quand il s'agissait de s'endormir sous le lit une place de la chambrette de notre enfance, au-dessous du poster de Robocop. McG, réalisateur qu'on apprécie à Matière Focale pour l'unique raison qu'il a le nom le plus court de l'histoire du cinéma, ce qui est parfaitement adéquat quand on boucle son article à la limite de la deadline, réalisa déjà les deux CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES, pas fantastiques mais un peu rigolos, surtout le deuxième où Crispin Glover, sans doute le meilleur acteur du Monde, jouait, curieusement son propre rôle. Bon, l'informatif, c'est fait.


Vu en VF, TERMINATOR VS MARIE-ANTOINETTE déçoit nettement et sans traîner. Accrochez vos ceintures, car rien ne va. Parlons tout d'abord de la direction artistique, vraiment médiocre, à base de photo brûlée et de faux gros grains, propres à l'intégration des omniprésents effets spéciaux. Non seulement ce n'est pas très beau, et d'une, mais en plus, au final, le design du film étant ce qu'il est (les personnages, les objets et les décors du film, quasiment tous en synthèse, étant kitschissimes), bah photo brûlée ou pas, ça sent l'artifice à cinquante lieues à la ronde et ça fait tout pourri. Loin de l'atmosphère parano et d'intimité désespérée du N°1 et du N°3 (pourtant déjà gorgé de fric, pour ce dernier), la production cherche ici à lancer du grand spectacle pour les teenagers habitués aux récents blockbusters. On assiste ainsi à un déferlement technoloïde (mot-valise !) avec avions de chasse ultra-modernes, vaisseaux de plusieurs kilomètres de long, et surtout, détail significatif, des robots multifonctions géants. Adieu le bis, bonjour TRANSFORMATOR ! Le montage étant relativement suiviste et foutraque, le découpage n'offrant aucun effet de style ou de construction (si on excepte un champ/contrechamp mais si maladroitement amené, et surtout dont il ne ressort rien), il ne reste pas grand'chose à se mettre sous la dent. Le cadrage est complètement quelconque, et voilà qui conclut la mise en bière. Bref, la mise en scène, c'est poussif et sans aucune fantaisie. Tout est raté ou emprunté à gauche et à droite (MAD MAX 2 et 3, TERMINATOR 2, LA GRANDE EVASION, TRANSFORMERS 58, LA GUERRE DES MONDES, etc...). La palme étant attribuée à ce superbe plan sur la cité des machines directement pompé à, tenez-vous bien, BLADE RUNNER (film déjà pompé cent vingt mille fois), comme de bien entendu ! La classe.


Heureusement il y  le scénario, encore pire, longuissime, et là aussi en contradiction complète avec la logique du premier opus. La concentration des événements sent l'huile de coude, et elle est tellement utilitariste qu'elle coupe tout souffle épique. Sam Machin et Christian Bale mettent 28 ans à se rencontrer. Les bifurcations du scénario grincent comme les potes d'un manoir hanté, à l'image de cette scène stupidissime et soporifiquement classique où la petite zessgon aviatrice (toute droit sortie de Berverly Hills) doit se rapprocher du héros. Bah alors, bah tiens, si on faisait un bivouac. Oh oui, je vais aller chercher du bois. Mon dieu des sauvages ! Ils vont me violer, et hop je te sauve la vie, comment te remercier, viens dans mes bras. Voilà, ça c'est fait, cinq minutes perdues là où un changement d'échelle de plan dans un champ/contrechamp aurait suffit. Mais bon, comme ça, on sait que ces liens d'amour vont être bien utiles dans l'acte suivant. Et hop, c'est le cas, bingo, gagné, la voiture ou le rideau, c'est mon dernier mot Jean-Pierre. Tout est comme ça. Le déroulé narratif se lit bien en amont de l'action.

Les maladresses scénaristiques continuent. Les personnages secondaires sont affreux : le grand black second couteau et lieutenant (qu'il est mauvais en plus, et servi par des dialogues totalement avant-gardes : « Ca, c'est pour mon frère » dit-il en tirant une bastosse sur le méchant robot !), la petite fille de sept ans (mon dieu !), black (bien sûr) et muette (euh... séropositive aussi, non ?), ou encore l'Ordinateur Super-Puissant qui, en plus de contrôler le Monde, fournit des résumés de scénarios sublimes pour les personnages qui ont hiberné à un certain moment et aussi à ceux qui ont été chercher des pop-corns, ou qui sont allés couler un T800 aux toilettes. Le jeu de métaphores pourrissimes données en pâture au spectateur au bout de deux secondes (le baiser, le cœur qui bat, le manteau...) viendra faire le reste.

On s'adresse clairement aux 9/12 ans, certes, encore eux (de la même manière que le cinéma art et essai a été accaparé par les retraités), mais attention, pas à la manière d'un Joe Dante. Grosso modo, on est content d'apprendre que le héros de notre enfance, John Connor a un I-Phone, ou encore d'entendre cette phrase que tout le monde a relevé : « Oh mon Dieu ! Des Motos-Terminator ! » et autres splendouilletteries.

En un mot, c'est très mauvais. McG nous doit neuf euros !


Si vous n'avez pas d'autres questions, vous me permettrez de me retirer dans mes appartements pour me faire un jus de goyave, ou encore aller m'occuper de la pelouse avec ma Terminator-Tondeuse...

Dr Devo.

 

 

 

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Vendredi 12 juin 2009

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[Photo: "OperaPatrie" par Dr Devo.]




Prenons deux spécimens humains. Le premier se nomme Pedro le Bolivar, il est critique professionnel, et donc rémunéré pour son travail dans le domaine du cinéma. A son grand dam, c'est lui qui a été tiré au sort au sein de la rédaction du magazine « Eat my Sh..! » pour aller voir LA MAISON NUCINGEN. Pedro le Bolivar, il aurait franchement préféré aller dégueuler sur le dernier film de Lars Von Trier, ANTIKIST, tellement c'est misogyne, tellement ça pue de la gueule, tellement c'est n'imp', tellement L.V.Trier c'est un escroc. Mais comme Pedro est encore un petit jeunot, c'est à lui de se carrer le sale boulot. Alors vous vous doutez bien que, pas motivé pour un écu, le Pedro ne va pas faire d'effort ni se fouler l'oignon et voilà en gros ce qu'il dira dans son papier sur le dernier opus de Raoul Ruiz: "(...) Le film accumule les erreurs et les fautes de goût avec un mixage sonore exécrable, des faux-raccords en pagaille, des éclairages indigents, un scénario qui tourne rapidement à vide (...) Autant d'éléments fâcheux qui rendent le film scabreux et désagréable". (Toute ressemblance avec la réalité et une vraie critique serait totalement fortuite !). Le deuxième spécimen de notre enquête n'est autre que Raoul Ruiz. Nous sommes le 3 Juin 2009, Raoul fête ses 12 ans dans une favela au Chili où il a grandi et pour son anniversaire il aimerait bien voir LA MAISON NUCIGEN, mais dans son cinéma de quartier on ne passe que TERMINATOR CORNED-BEEF et LOOKING FO KENNY AND BILLY AND SAMMY AND WILLY AND KENNY  et ça, ça le saoûle grave, Raoûl. Heureusement depuis dix ans, il a réuni suffisamment d'argent en vendant des "Push-A-Push-Pop" pour s'offrir un billet aller-retour pour la France dans le but de rencontrer le staff de Matière Focale qu'il admire et qui le lui rendra bien et, tant qu'a faire, aller visionner LA MAISON NUCINGEN en salle. Le problème, c'est que son avion part dans deux semaines et que LA MAISON NUCINGEN n'est sorti que dans quatorze salles en France en première semaine et à des horaires peu recommandab' ! Arrivera-t-il à temps, avant que le film ne soit plus à l'affiche ? Malheureusement, rien n'est moins sûr pour Raoul Ruiz (Rien à voir avec le cinéaste)...

 

Here comes The Pitch...

 

Jean-Marc Barr dîne tranquillos avec une femme (probablement son épouse) au restaurant lorsqu'il s'aperçoit qu'un groupe de personnes installé à une table voisine est en train de parler de lui (note personnelle: Mais qu'est-ce que c'est que cette table de restaurant qui bouge, c'est bizarre quand même, z'oraient pu faire attention les décorateurs, mettre une petite cale, c'est pas très pro tout ça... passons.). Entendant les divers commentaires plus ou moins fondés de ses voisins, Barr se remémore ces évènements tels qu'il les as vécus et qui se sont déroulés bien des années plus tôt à la "Maison Nucingen". Quelques années auparavant donc, on retrouve Barr avec Elza Zylberstein, ils vivent dans un petit appartement miteux de Paris, mais une main chanceuse de Barr au poker vient de leur faire gagner une luxueuse demeure somewhere so far away from L.A. Sans trop tarder nous nous retrouvons avec le couple aux abords de la vaste demeure perdue au milieu d'une végétation pour le moins exotique (nous sommes peut-être en Amérique du Sud). Là, une bonne à l'accent germanophone les accueille, et un écriteau à l'entrée de la maison indique que seul l'usage du français est autorisé dans la maison (la bonne précisant que les langues étrangères peuvent être pratiquées à l'extérieur de la maison ou dans les toilettes !). Dès lors, il est difficile de dire où l'on se trouve géographiquement et à qui nous avons affaire, Ruiz brouille les pistes d'entrée de jeu et nous sommes déjà totalement et délicieusement perdus. Cela tombe plutôt bien car il faudra aimer se perdre dans LA MAISON NUCINGEN. Enfin, une précision de taille avant d'en passer aux choses sérieuses, la "Maison Nucingen" est encore habitée par ses (ex)propriétaires qui sont pour le moins lunatiques... Allez savoir pourquoi.

 

Nous pouvons maintenant revenir sur les déclarations de Pedro le Bolivar et, d'emblée, je peux dire que le loustic a vu tout à fait juste ! Oui, les faux raccords sont légion. Oui, le mixage sonore est étrangement assez aléatoire et certains sons semblent sortir d'un magnétophone. D'autres semblent avoir été pris en direct de façon un peu archaïque et d'autres enregistrés en studio de façon plus professionnelle. La matière sonore est donc pour le moins instable et des différences de "qualité" se font nettement sentir. La photo est elle aussi très instable et parfois très agressive. Le film a été tourné en vidéo numérique et beaucoup de séquences en extérieur (mais pas seulement) sont totalement surexposées ce qui donne des blancs beaucoup trop éclatants et une perte de détails dans l'image. Dans une même séquence, la photo peut varier selon des changements d'axe ou de valeurs de plans. Bref, on zapperait quelques morceaux de séquences deci delà qu'on prendrait ce film de Ruiz pour un complet travail d'amateur et ainsi rejoindre l'avis de Pedro le Bolivaro sans trop de complexes. Sauf que là où Pedro a vu des défauts j'y ai vu des partis-pris de mise en scène réfléchis et quelque chose de très punk... Et de très beau au final. Raoul Ruiz sait très bien ce qu'il fait et cela se sent. Aussi loin d'être des erreurs ou des fautes de goût, tous ces partis pris de mise en scène, parfois choquants, assurément déroutants, ont une logique bien précise et rudement efficace, je m'explique.

 

Sans vous en révéler trop sur l'intrigue, je peux au moins vous dire qu'il se passe dans cette "Maison Nucingen" des évènements tout à fait étranges et que les nouveaux arrivants, à savoir Barr et Zylberstein, ne sont pas forcément les bienvenus. Reste à savoir qui est hostile à leur arrivée: les habitants actuels, proches de se faire bouter hors de la maison, ce qui serait assez logique, ou la Maison elle-même. Il faut dire que dès que l'on pénètre dans la Maison, on peut oublier l'espace et le temps tels qu'on les conçoit habituellement. Dans la Maison Nucingen, le temps s'écoule différemment (toutes les horloges et montres sont arrêtées) et l'espace de la maison est sinueux et paraît infini. La probabilité de se perdre dans cet espace/temps est immense. Bien.

 

Nous sommes habitués à ce que le cinéma épouse un certain nombre de règles très précises et rassurantes pour le spectateur que nous sommes. Ici, Raoul Ruiz fait une fois de plus éclater les règles du "cinéma classique" en adoptant les partis-pris de mises en scène étonnants que je citais plus haut. Ainsi Ruiz va créer un espace/temps alambiqué et non conventionnel propre à la Maison et à ses habitants, pour mieux les perdre, et pour mieux nous perdre aussi. Par ces procédés, nous devenons nous aussi peu à peu habitants de la "Maison Nucingen" et sommes ainsi tributaires de ses caprices, car vous l'aurez compris, je pense que la vraie star du film est bien cette maison (le titre du film nous l'indique on ne peut plus clairement). Par le biais des nombreux panneaux et travellings qui inondent le film, la maison - comme si elle avait des yeux - devient vite une présence vivante, en mouvement, qui scrute et oppresse ses habitants. Mais elle se joue aussi de nous, spectateurs, en nous délivrant certains éléments, signifiants ou pas, quand bon lui semble dans les fins de travelling ou dans les arrières et/ou avant-plans. L'objet délivré par Ruiz est d'autant plus déroutant que les règles instaurées par LA MAISON NUCINGEN sont capricieuses et ne semblent pas fonctionner de la même manière pour tout le monde. C'est comme si cette maison avait une âme espiègle et qu'elle la mettait en œuvre par la mise en scène et ses partis-pris étranges (les faux raccords, les différences de son, etc.) pour mieux perdre ses personnages et nous avec. Tout cela nous plonge dans une ambiance fantastique peu habituelle, tantôt dérangeante, tantôt hypnotique ou surréaliste. En tout cas, tout ce petit manège fonctionne très bien.

 

Enfin, je peux tout à fait concevoir que le film ne reçoive pas une adhésion complète tant l'objet est curieux. Ce que je reprocherai tout de même au troufion Pedro le Bolivar, c'est de ne pas avoir été plus loin que le bout de son petit naseau en n'acceptant pas que ce qu'il envisage comme de graves erreurs et des "fautes de goût" forment en fait des partis-pris réfléchis et une véritable vision de réalisateur ! Le critique Pedro est si engoncé dans sa vision monolithique des choses qu'il refuse les bouleversements draconiens que l'art cinématographique se doit de nous offrir. Et tout cela est fort dommageable car Pedro nous trompe et nous ment ! Je dirai aussi que par ses abords quelque peu froids, le film de Ruiz ne l'est pas tant que ça et il ne faut pas se méprendre, Ruiz est un petit garçon qui veut nous faire jouer. Reste à nous spectateurs de nous laisser aller au jeu.

 

Allez-y tant qu'il est encore temps !

 
L'Ultime Saut Quantique. 

 

 

 

 

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Jeudi 11 juin 2009

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[Photo: "Looking for Mercy" par Dr Devo.]





 

 

Hé bé, hé bé, hé bé... C'est qu'elle est toute mimi la petite Christine Brown interprétée par la toute fraîche actrice Alison Lohman (Que l'on a déjà pu voir dans BIG FISH et LA VERITE NUE entres autres). Mais sous ses beaux atours, la jeune femme a des dents bien longues et est prête à la moindre crasse pour arriver à ses fins, en l'occurrence, devenir directrice adjointe d'une banque. Aussi le jour où débarque Mme Ganush, une affreuse bonne femme il faut bien le dire, la petite Christine, après avoir quelque peu hésité (pour se donner bonne conscience j'en ai peur) décide de ne pas accorder de crédit supplémentaire à la vieille pour sa maison, espérant ainsi s'attirer les bonnes grâces de son patron et atteindre le poste tant convoité. Hummm que c'est bon le nouveau Millenium! Vous me direz: "Les temps sont durs mon petit Saut Quantique, c'est la crise faut bien gagner de quoi payer son petit quignon de pain !" Reste que Mme Ganush, bof heureuse de se retrouver à la rue, est bien décidée à pourrir la life de la petite Christine... Et là, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça va ièch pour son matricule!

 

D'emblée je dois quand même reconnaitre que JUSQU'EN ENFER est selon moi nettement moins écœurant que LE PETIT BONHOMME EN MOUSSE 1, 2 et 3, suivez mon regard, dont le dernier opus était proprement inbouffab'. SPIDERMAN c'était du bon gros film de studios qui ne valait guère plus que SANTA BARBARA (Ti lou ti la) pour ses tunnels de dialogues particulièrement niais et ennuyeux - oui mé tu conpren keud L'ultim sot kantiq, c'est des djeun's, c normal ki parl niais... mutter fucké - Ce sur quoi je vous conseillerai le visionnage, dans un genre certes différent, de n'importe quel film de John Hugues (16 BOUGIES POUR SAM, LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER, BREAKFAST CLUB) en terme de romance adolescente c'était quand même autre chose! Pour ce qui est de la mise en scène de SPIDERMAN, c'était franchement pas bath! (Man). C'était en gros, aussi insipide et impersonnel que n'importe quel gros machin hollywoodien de peu d'intérêt. Alors certes il a joui d'une certaine aura, apprécié du public et des critiques etc. Mais je trouve très honnêtement que nous étions à des années lumière d'un EVIL DEAD 2 par exemple. Beaucoup plus fou dans tous les sens.

 

Avec JUSQU'EN ENFER, c'est un peu back to the primitive. A y regarder de plus près, sans même trop s'approcher d'ailleurs, on voit que la trame scénaristique reprend les grandes lignes d'un EVIL DEAD, seule change la condition du" héros", dans le cas présent "l'héroïne" sans foi ni loi, là ou notre bon Bruce Campbell était plutôt cool, Yeah! (Certes fallait pas le faire ièch non plus, mais il avait bon fond). A ce propos, même si Raimi tente quelque peu de justifier les actes proprement dégueulasses de Christine, il met forcement le spectateur dans une position assez perverse et délicate. On est partagé entre: un peu la plaindre quand même - ou - se dire, "bah c'est quand même bien fait pour ton *** ma ***". C'est un peu déstabilisant. Enfin je vous laisse juge.

 

La question est, avec ce retour aux amours d'antan, est-ce que la mise en scène a elle aussi regagné en personnalité? Et bien je suis heureux de vous dire que oui... et pas tout à fait. Le temps a passé, Raimi a grandi et on ressent quand même un certain académisme dans la chose. C'est assez « classieux » au final, moins franc, moins spontané et moins fou qu'un EVIL DEAD par exemple. Vous me direz, où est le problème, mais comme Raimi fait un peu le même film, on est quand même tenté de comparer. Aussi Sammy est-il aussi moins inventif et se recycle quand même pas mal. Néanmoins on sent qu'il s'amuse à nouveau à l'opposé de sa trilogie SPIDER MAN, ce qui est plutôt réjouissant. Il joue davantage sur les échelles de plans, le montage est plutôt dynamique et laisse s'échapper quelques très belles choses, rarement mais quand même. Aussi la mise en scène est, elle, relativement au service de la peur. Alors on pourra trouver ça assez facile, le réalisateur jouant énormément sur des effets de surprise, genre...bouh ! Le son aura très souvent cette fonction dans une bonne partie du film sans qu'il y est en plus, une apparition horrifique, c'est plutôt bien pensé à ce niveau. Ce qui est assez "amusant" c'est que ce sont quasiment tout le temps les même "effets" et "motifs" de peur, très basiques et simplets en fait, qui interviennent. Il y a une sorte d'écœurement dans ces répétitions mais on ne peut s'empêcher de sursauter à chaque fois. Raimi renoue également avec de petites idées effrayantes et une certaine folie (l'épisode de la mouche, la séquence du repas), ce qui est toujours plaisant.  Un mot sur la durée, mine de rien ça compte aussi! Là où les SPIDER MAN duraient leurs 2 laborieuses heures et demie chacun, ce qui se ressentait terriblement, c'était ennuyeux, Raimi adopte là un format plus standard d'une heure trente, et ça se ressent aussi! Même si la durée d'un film n'est en aucun cas garant de sa qualité, on voit quand même qu'il s'en sort bien mieux comme ça. Le rythme est assez vif  et l'on passe d'une séquence à l'autre sans trop buter sur la marche. A mon sens cet opus représente un bel ouvrage, plutôt efficace dans son genre. Rien de bouleversant au final, mais plutôt appréciable en période de disette.

 

 

 L'Ultime Saut Quantique.





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Jeudi 4 juin 2009

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(Photo: "Des Milliards de Copains" du Dr Devo, d'après une photo de l'artiste Paul Hyu.)







Chers Focaliens,


Il y a les petits chanceux comme LJ Ghost, qui se rincent l'œil sur place, au Festival de Cannes et il nous régale en témoignant de ce qu'il a vu... En attendant ANTICHRIST de Lars Von Trier, le 3 juin, et aussi pour honorer le principe du Palmarès Tanaka (qui m'oblige à regarder tous les films en compétition lorsqu'ils sortent ; les résultats du Palmarès, c'est d'ailleurs pour demain), c'est à quinze minutes de chez moi et avec quelques jours de retard que je découvre VENGEANCE, le nouveau Johnnie To qui s'est payé une jolie conduite très officielle grâce à notre Johnny Hallyday malheureusement très national...



Nous sommes à Macao et Sylvie Testud aussi, car elle vit là-bas entre ses deux enfants et son mari du cru. Un beau soir de pluie, alors qu'elle prépare des nouilles sautées pour sa tribu, voilà que débarque un trio d'hommes mystérieux, et visiblement ils ne veulent pas du menu vapeur à 10,50 euros ou du canard B27, car ils commencent à massacrer tout le monde avec un entrain certain. Toute la maisonnée, y compris les deux pioupious, se  font copieusement génocider jusqu'à ce que mort s'en suive, à l'exception notable de Testud, laissée pour morte mais qui échappe à son triste sort par miracle. Son père, Johnny Presley, restaurateur, débarque immédiatement en Asie, et promet une chose à sa fille : il vengera tout le monde !
Ca tombe bien, il croise, dans le hall de l'hôtel où il est descendu, un trio de tueurs à gages qui vient justement de buter quelques personnes. Ni une ni deux , Mojo Jojo les engage...  Mais quel secret se cache derrière l'hideux des jeunes ? Est-il vraiment le restaurateur qu'il prétend être ? N'y aurait-il pas de la rouille dans le pâté impérial ?




Je n'ai jamais été un fan hardcore de Johnnie To dont je n'ai pas vu le fameux THE MISSION qui lui a valu auprès de toutes les critiques des différentes églises, un respect immédiat. BREAKING NEWS me paraissait sympathique mais en-deçà de son dispositif pourtant gourmand. SPARROW, le dernier sorti en France, m'a donné l'impression de quelque chose d'assez poussif. Par contre, sa participation au film en forme de cadavre exquis, TRIANGLE était assez rigolote, et MAD DETECTIVE me semble encore plus abouti, avec des séquences entières vraiment jolies et un parti-pris très sympathique. Il faut dire que le bonhomme tourne comme il change de chaussettes, c'est-à-dire à la vitesse de la lumière. To est en quelque sorte un artisan prolifique et besogneux. On est en droit d'attendre de lui, une petite série B bien troussée. Le voir sélectionné en compétition officielle me paraît un peu exagéré sur le papier, et on se doute bien que si des capitaux français n'étaient pas engagés, sans parler de Johnny Hallyday, bien sûr, To n'aurait sans doute pas joué dans la Cour des Grands....




Ceci dit, on est toujours plus content de se taper un bon petit polar un peu loufoque que la dernière resucée de pathooooosse de Almodovar, ou l'énième constat doux-amer d'un Loach. Voilà bien, depuis vingt ou trente films vus en salle, que je n'ai ressenti le moindre plaisir, notable du moins, et donc, au vu de la nette médiocrité de la distribution française en 2009, je l'avoue sans détour : To, ça m'aille, et j'y vais avec le sourire.



Ca commence gentiment kitschouille et balisé mais de manière fort sympathique, avec une scène de massacre sans préambule et relativement sèche, non pas au niveau de la mise en scène (gros ralentis, photo pas ultra-réaliste) mais plutôt narrativement. En trois minutes, tout le monde est au tapis, la famille bien massacrée comme il faut et zou, le film peut commencer. Bon, on sait ce que vaut Johnny H. au ciné, c'est plutôt du kitschouille, et le voir débarquer dans un film de To, c'est un peu comme d'imaginer Denise Fabre dans le prochain Jörg Buttgereit, c'est très improbable. Mais vous le savez, l'improbable, je ne suis pas contre, bien au contraire. Dès la deuxième séquence, Jojo débarque hiératique, et spique son ingliche aqueux. C'est splendouillet. Le récit qui va suivre en choquera quelques-uns, à ces heures où le scénario "logique" est la doctrine dominante. L'amateur de genre asiatique, lui, ne sera pas dépaysé, et appréciera sans doute la surpopulation de coïncidences au mètre carré. Jojo rente à l'hôtel et il croise des tueurs qui, justement, connaissent l'armurier qui a vendu une arme aux tueurs de maman, qui eux-mêmes connaissent bien le parrain du trio héroïque, et ainsi de suite jusqu'à plus soif. On est dans le balisage asiatique de base. L'amateur a déjà vu ça plusieurs fois. Rien de choquant...



Malheureusement, hélas, mille fois hélas, fatalitas maledictas, suis-je maudit, VENGEANCE n'est satisfaisant sur quasiment aucun point. Mais d'abord, une anecdote...


Il y a un plus d'un an, je devais voir le film PARANOID PARK en avant-première, quelques semaines avant la sortie, et surtout quelques semaines après sa présentation au Festival de Cannes. La copie était d'une beauté hallucinante !!!!! Je grimpe en cabine pour voir le projectionniste, et là je tombe sur l'évidence : c'était la copie de secours (35mm) du Festival. Le tirage du même film utilisé dans le même cinéma quelques semaines plus tard était tout-à-fait beau, mais rien à voir avec la magnificence de la copie de secours cannoise. Je le dis souvent, et ça m'a valu des railleries de pas mal de gens, mais le tirage des copies en France est un gros problème et bien souvent, trois fois sur quatre, elles sont très mal produites.

Ici, la copie était immonde. Il me sera dur de faire la part entre problème de tirage et photo originale. Mais en l'état la photographie m'a paru sans aucune espèce d'intérêt la plupart du temps : teintes verdâtres ou légèrement glacées presque omniprésentes, virage rougeâtre sur certaines scènes (la plage par exemple), absence de grain, contours hésitants, c'est un sans faute. A tel point que certaines scènes m'ont paru carrément médiocres, comme la fusillade au clair de lune, illisible. Déjà la scène, tout-à-fait caractéristique du film, n'est pas un exemple du genre. Le cadrage est assez laid, et le découpage très brouillon. Les jeux d'axes et d'échelle ne vont nulle part ou sont illisibles. La bonne idée, c'était que la lune se dévoile et aveugle notre Jojo. L'effet n'est pas assez poussé, déjà, et To ne joue qu'une fois avec ça, là même où il avait sans doute la pierre d'achoppement nécessaire à construire la scène avec un point de vue, et de toute façon la photo, dans cette copie - encore une fois - est si laide que l'idée tombe à plat. Triste époque.   




Ce que je peux dire avec certitude, par contre, c'est que rarement un film de Johnnie To ne m'avait autant ennuyé et paru confus. Comme je le disais plus haut, le scénario ne nous prend pas en traître et est largement balisé. Il tirerait vers une certaine sécheresse, une épure toute propre au genre polar. Les acteurs asiatiques formant le trio exécutant est plutôt sympathique et précis, même s'ils n'ont rien de révolutionnaire à faire. Et malgré tout, c'est une impression de confusion et encore plus d'absence de rythme qui frappe. Alors, c'est sûr, To a voulu se la jouer langoureuse, on comprend bien le projet. Il n'empêche, le cocktail épure d'une part (je réduis les éléments narratifs à la stricte ossature du genre, donc à ses éléments les plus balisés)  et de retenue dans le jeu d'acteurs ou de mise en scène (qui cherche à suggérer sans le dialogue l'intensité des rapports humains, tout dans le non-dit en quelque sorte), ce cocktail, dis-je, ne fonctionne jamais, et ce pour une bonne raison : la mise en scène est beaucoup trop simplette et/ou brouillonne pour que cette ambiance en demi-teinte prenne véritablement vie, et s'incarne au-delà de la note d'intention. Bon, soyons honnête, To n'est pas le nouveau Greenaway, et sa cadence de tournage est tellement élevée qu'on ressent bien dans tous ses films qu'il tourne plutôt dans l'urgence. Mais, dans MAD DETECTIVE par exemple, il y avait quand même de belles petites gourmandises, des idées plutôt rigolotes ici et là, et globalement, la mise en scène en dehors de ces moments de bravoure, sans être fulgurante, était tout à fait honnête. Ici, ce n'est pas le cas. Dans les parties dialoguées ou mettant en avant les comédiens, c'est du bête champ-contrechamp, ni beau ni laid. On est dans le simple narratif. Outre la sur-stylisation de la photo, assez classique dans le genre asiatique et donc un peu décevante quand même, c'est dans les scènes plus scénographiées que l'on voit que la réalisation est trop faiblarde. L'échelle de plan, sans être complètement claustrophobe à l'européenne, est assez réduite. Les découpages se ressemblent bien souvent d'une scène à l'autre. Les jeux d'axe m'ont semblé trèèèès brouillons (la fusillade dans les bois, la tuerie finale sur la place, l'attaque des ballots). Dans ce dernier exemple, on a même un contrechamp très laid sur Simon Yam qui fonctionne comme un insert interrompant le programme en plan rapproché ! Mais, globalement, aucune géographie de l'action ne se dégage. Je pense que c'est dû à tous ces facteurs et pas à un en particulier. Dans la fusillade/échappée à travers les escaliers d'un immeuble et sous la pluie, par exemple, To élargit un peu le cadre et arrive à placer quelques plans généraux plutôt agréables. Je pense qu'il les a tournés ainsi pour profiter des mouvements, assez rigolos, des cascadeurs. Il n'empêche, ces quelques plans (noyés dans une série de plans beaucoup plus rapprochés et un montage confus du reste de la séquence) aèrent tout de suite le film. On le voit dans cet exemple : un seul poste est plus maîtrisé, ou plus original, et on respire un peu. Car To ne nous gâte pas des masses, et outre ces cadres, ces échelles et ce découpage pas très lisibles, comme au coup par coup, le montage n'offre pas de solution de secours. Bref, tout cela est illustratif, bien souvent, mal fagoté et assez peu original.



Le montage n'offre rien, disais-je, et surtout pas de quoi nourrir notre gourmandise. Et là, je vais embrayer sur les personnages et les acteurs. Si To relâche la pression sur la mise en scène, c'est que pour lui, VENGEANCE est un film d'ambiance. Pour faire ce film, il se repose plus sur les attitudes des comédiens, et la "charactérisation" des personnages, un peu comme le ferait un western anonyme. Et le modèle de To, c'est sans doute le polar à la française des années 70. Allez, je crache le morceau, To voudrait faire ce film avec Delon. Ca se ressent dans la direction : dialogues réduits, regards fixes et intenses, froideur extérieure contre bouillonnements intérieurs, saga de justice froide et absurde. Je dis : pourquoi pas ? Mais pour arriver à cette épure et à ces non-dits intenses, bah, faut drôlement construire. Ici, par les faiblesses évoquées plus haut, la Delon's touch désirée n'est jamais atteinte. Le spectateur reste avec une série d'intentions mais qui ne s'incarne à l'écran que de manière rachitique. Johnny H. (toujours splendouillet, j'y reviens) et ses collègues asiatiques se figent en attitude, se regardent en plissant les yeux, adoptent des poses de cow-boys. Certes. Mais c'est tout. Comme la mise en scène est trop imprécise ou faible pour soutenir cette volonté de schématisation, VENGEANCE devient un parcours éprouvant. Le film n'a aucun rythme, flotte dans une sorte d'éther temporel, et s'étire en langueur. Les plans se succèdent sans conséquence ni vraiment de logique. Comme les comédiens jouent l'attitude, c'est fort gênant !!!! On a l'impression de regarder un bocal avec des poissons morts ! Pour être honnête, on a même le sentiment que ça dure des heures et des heures. On observe les merlans qui s'observent. On voit le projet  mais on ne participe jamais. On ne peut pas se reposer sur l'intrigue, très simple. On soupire à la vue de situations poético-symboliques que l'on croit déjà avoir aperçues cent fois dans le cinéma asiatique (la plage aux enfants), on soupire quand un plan plus expressif arrive mais n'est pas bien amené (la lune et ses revenants). Et dans l'ensemble, en plus de l'absence de rythme très pénible, on a l'impression, face à ce squelette de film, de voir une histoire bien simplette. C'est une épreuve.



Hallyday a toujours le même niveau. Ca me rappelle TERMINUS, film kitschouille des années 80 (vu en salle les amis !). Plus sérieusement, Jojo aurait pu fonctionner dans le film. Ce côté hiératique et décalé fonctionnait dans le DETECTIVE de Godard. Mais le temps a passé. Certes, ici, le film est globalement très faiblard, mais de plus Johnny a vieilli et a changé. C'est au final un drôle de choix. Au-delà de la splendouilleterie qui se dégage de la star française, son visage et son physique actuels sont tellement éteints et tellement vides que rien ne peut se passer. Le visage de cet homme n'exprime plus rien, n'est presque plus humain. C'est un masque. Le thriller asiatique aime jouer avec le charisme froid et stylé de ses personnages. Dans l'état actuel des choses, Hallyday, complètement ailleurs, dans une galaxie très très lointaine, ne semble pas alors un bon choix, et plus encore apparaît comme une faute, une espèce de non-sens. "Miscasting" comme dirait Alain Delon ! Hallyday est donc le dernier clou sur le cercueil de ce film, et le rend encore un peu plus éprouvant. On est donc, globalement, très en dessous du niveau habituel de Johnnie To, et le film déjà épouvantablement long et sans rythme, donne une impression de tristesse et de désolation. VENGEANCE semble être une sorte de film mort-né.




Dr Devo.



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Mardi 26 mai 2009

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(Photo: Les Copains d'Abord" par Lj Ghost, d'après une photo du cinéaste Jacques Audiard.)




Pour lire la précédent chronique cannoise et focalienne de LJ Ghost consacrée à INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino: cliquez ici.




Nathaniel Brown et sa soeur Paz De La Huerta, deux orphelins qui se sont promis d'être ensemble pour toujours, vivent à Tokyo. Elle est stripteaseuse, il vit de menus deals de drogue ; il meurt à l'occasion d'une descente de police. Tandis qu'il agonise, sa conscience vogue et revit son passé, le présent et le futur.


Ce film ne ressemble à rien. Ce film n'est même pas un film. Il ne se rapproche d'aucune sorte du cinéma (ou alors l'est complètement et entièrement). C'est un voyage hypnotique et transcendantal en forme de mille-feuille. Mais c'est aussi une pastèque, une chaise, ou un ranch. SOUDAIN LE VIDE est tout à la fois, et même plus, et même rien du tout. Gaspar Noé, ici, dans un geste infiniment personnel, parle finalement à l'univers tout entier, dans un maelstrom de sensations qui touchent à un point sensible de l'être. Cette histoire de frère mort qui surveille sa soeur au-delà de la mort et du temps, idée naïve et plutôt casse-gueule au départ, s'avère finalement secondaire ; Noé se fout de son scénario, ou plutôt l'utilise à une autre fin : la sensualité. Tout son dispositif technique, le déroulement même de son scénario (quasiment du linéaire d'ailleurs ! On fait parfois des sauts temporels, mais nous sommes fort loin du récit à l'envers d'IRREVERSIBLE) ne cherchent qu'à évoquer quelque chose d'enfoui chez le spectateur. Et ce n'est pas une nouveauté, mais Noé est complètement jusqu'au-boutiste ; tout son film se déroule en point de vue subjectif, c'est à dire que nous sommes soit les yeux de Nathaniel Brown, soit sa conscience, soit nous sommes derrière lui. Ce parti-pris de mise en scène peut sembler ridicule mais est ici complètement payant : en voyant exactement la même chose que le personnage principal (c'est à dire en étant non seulement ses yeux mais en épousant également son point de vue totalement subjectif des choses), nous vivons sa vie intérieure de manière aussi réaliste que nous vivons la notre dans notre vie de tous les jours, et ce malgré la proposition complètement fantastique et mystique de l'oeuvre. Ce (oserais-je ?) modus operandi s'avère au final d'une richesse démesurée, parce que Noé ne s'arrête pas à cette idée de petit malin, mais l'enveloppe dans un écrin hallucinatoire qui finit de nous éblouir et de nous hypnotiser.




Encore une fois, c'est un film de ressenti, d'émotion ; pas de sens caché, pas d'explications à tiroirs, et même s'il justifie son "trip" au début du film en lui donnant une explication religieuse, non seulement on devine la fin au bout de quinze minutes, mais en plus ça n'a strictement aucun intérêt. L'intérêt, c'est le voyage (et il n'est même pas initiatique, c'est un voyage, posé là, sans raison, sans but, il ne sert finalement à rien, c'est peut-être ce qui est le plus beau). Notre oeil vole au-dessus des immeubles, au-dessus des avions, passe à travers les murs et les corps, virevolte et hallucine, voit des formes géométriques étranges, prend de la drogue, meurt, vit, voyage dans le temps, se souvient et regrette, baise, espionne, compatit, et regarde le monde avec précision et subjectivité. Le sentiment d'immersion est total, et la réussite de cette entreprise passe par les effets spéciaux et le montage. Ce dernier est complètement en adéquation avec le principe de mise en scène, et c'est très visible dès le départ (je n'en dis pas trop, mais je suis resté bouche bée une bonne minute devant la poésie et l'efficacité de cette idée de montage, qui vous sautera aux yeux dès le début) ; ensuite, une fois que Nathaniel Brown meurt, le montage se fait de manière plus heurtée, mais pas seulement : il privilégie énormément la répétition, dans un geste un peu à la Greenaway (j'exagère complètement, mais c'est pour vous donner une idée) avec, pendant une assez longue période, les mêmes coupes, les mêmes enchaînements, les mêmes mouvements. C'est assez beau, parce qu'encore une fois, le principe d'hypnose fonctionne, c'est comme un immense cercle qui se répète, qui se répète, qui se répète, tout en continuant de donner des informations, dans un mouvement de vague étrangement relaxant (malgré la dureté et la noirceur de ce qui est raconté ! On n'est jamais vraiment choqué, parce que tout se passe en douce, nous sommes presqu'endormis, mais pas vraiment ; presque morts, même !). Les effets spéciaux sont d'une importance capitale, et ici, toujours au service de la mise en scène et du modus operandi du film de Noé ; ce sont des hallucinations dues à la drogue, des voyages dans la lumière qui permettent de faire des bonds dans le temps et l'espace ; ils interviennent à chaque fois qu'un espèce de point de non-retour est atteint, disons plutôt à un moment où Nathaniel Brown apprend quelque chose de nouveau. Encore une fois, ici c'est la volonté d'hypnose qui prime, et avec ces formes, ces éclats de lumière, Noé parvient complètement à son but (attention tout de même aux épileptiques, parce que le metteur en scène n'y va pas de main morte !).


Gaspar Noé a parfaitement su s'entourer pour que tout dans son film puisse concourir à ce principe d'immersion ; visez un peu le casting : Benoît Debie à la lumière, Marc Caro aux décors, Thomas Bangalter aux effets sonores. La communion de ces quatre personnalités est évidente ; on dirait que Debie a fait louer la ville entière de Tokyo, tellement toutes ces lumières, tous ces néons sont source d'une sensualité extrême. C'est peu dire que la photographie change toutes les cinq secondes, et c'est assez beau pour les scènes en extérieur : comme ce sont particulièrement des enseignes de magasins, elles s'allument puis s'éteignent, pas toutes en même temps, mais on les reconnaît facilement ; le voilà, là aussi, l'immense cercle qui se répète ! Les décors de Caro sont hallucinants, en particulier celui de l'appartement de l'ami de Nathaniel Brown, avec son Tokyo miniature et complètement fantasmé, reconstitué ! Un dernier mot de technique : le son va vous faire pleurer toutes les larmes de votre corps. Le mixage est absolument parfait (notamment quand nous sommes dans la tête de Brown), et les sonorités industrielles qui parsèment le film entier sont un vecteur d'émotion assez hallucinant.


S'il fallait vous donner une idée cinématographique de ce qu'est SOUDAIN LE VIDE, il faudrait que je parle du MIROIR d'Andreï Tarkovski (cité à plusieurs reprises, notamment à travers le choix de la musique classique - 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE est également cité, mais c'est plus évident connaissant Noé), parce que ces deux films ne ressemblent à rien de connu sur Terre. Bien que les deux oeuvres soient aux antipodes, c'est pratiquement le même geste qui les réunit. SOUDAIN LE VIDE n'est pas beau, n'est pas sublime, n'est pas une arnaque, n'est même pas une protubérance prétentieuse. Il vous fera revivre des choses que vous vouliez garder enfouies. Cette oeuvre n'a pas de nom.

LJ Ghost.



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Lundi 25 mai 2009

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[Photo: "La Critique emportant au loin le cadavre du Cinéma, tombé sous Ses balles." par LJ Ghost.]






Pour lire la précédente chronique focalienne et cannoise de LJ Ghost, consacrée à ANTICHRIST de Lars Von Trier, cliquez  ci-après: Jour 7.



Nous sommes en 1941, la France est occupée par les armées nazies. Christoph Waltz est un colonel de la SS particulièrement efficace, on l'appelle d'ailleurs le "Chasseur de juifs". Il se rend dans la maison d'un paysan, soupçonné d'abriter une famille de fermiers juifs. Une jeune fille s'échappera, Mélanie Laurent, qui, en 1944, tiendra un cinéma de quartier dans lequel se déroulera une projection d'un film de propagande nazie, avec la présence du Führer et d'autres hauts gradés de l'armée allemande. Parallèlement, une unité d'élite américaine (qui ont la particularité d'être tous d'anciens condamnés à mort, et d'être juifs), les Inglorious Basterds, commandée par Brad Pitt, est chargée de casser du nazi de toutes les manières que ce soit, en les scalpant ou en leur défonçant le crâne avec une batte de baseball. Hitler craint les Basterds, les Basterds veulent la peau d'Hitler, quelle autre occasion que cette projection pour arrêter la guerre ?



A partir de ce postulat, Tarantino avait un choix évident à faire : le bon gros délire bis à base de "saccageage" (si je veux) de nazis, de l'humour, des dialogues à côté de la plaque, des références Z à n'en plus pouvoir, bref, exactement ce que l'on attendait de lui. Par bonheur, ce n'est absolument pas ce qui se passe, et Tarantino déroule son film totalement à contre-courant des attentes (et de la bande-annonce) : il ne se passe rien, l'humour est très peu présent, les dialogues sont secs et rapides et les références font partie de l'histoire du cinéma classique ! C'est absolument délicieux et complètement déroutant de prime abord, et on se demande régulièrement ce qu'il essaie de faire.



Mais sinon, tout est là. Tarantino s'amuse visiblement en triturant et en parasitant les principes de mise en scène de ses confrères, qui ne l'intéressent de toute façon pas. Il se débarrasse régulièrement du banal champ / contre-champ en le remplaçant par un élégant et amusant panoramique (notamment lors de la séquence d'interrogatoire par les Basterds). Encore une fois, et comme dans quasiment tous ses films, il a une attention particulière pour le second plan ; il semblerait parfois, comme c'était déjà le cas pour BOULEVARD DE LA MORT, que s'il pose sa caméra à cet endroit et s'il décide de cette scène-là, ce n'est que pour pouvoir filmer le second plan (comment résister à l'humour complètement nucléaire et dévastateur des séquences dans le bureau d'Hitler, où dans l'arrière plan, il y a... mais je n'en dis pas plus)



Il semble tout de même qu'avec INGLORIOUS BASTERDS, Tarantino essaie plus ou moins de s'affranchir de ses films précédents, ou en tout cas de nettement différencier celui-ci. Ne serait-ce qu'au niveau du découpage : ici, il est complètement linéaire (même si encore découpé en chapitres, ils se suivent dans l'ordre chronologique) et la perte du spectateur, du point de vue sensoriel, ne se fait jamais sur ce plan-là. Ni sur le plan du dialogue, ce qui est probablement la plus grosse surprise de ce film ; ils sont devenus quasiment entièrement à caractère informatif, ils ne sont plus vecteurs de la perte du spectateur et bien que le film soit relativement bavard, ce n'est jamais à contre-courant, on ne recule jamais, on avance toujours, et beaucoup de choses sont expliqués à travers les dialogues. Non, la perte se fait ailleurs : au niveau du rythme. Il est ici sublimement maîtrisé, c'est du travail d'horloger, d'orfèvre ; il fait durer ses scènes trop longtemps, beaucoup trop longtemps, pour leur donner une conclusion provisoire, mais bien trop rapide par rapport à la mise en place de la séquence ! C'est très parlant dans l'introduction, magnifique, qui dure extrêmement longtemps sans que jamais ce ne soit rébarbatif, à la tension palpable mais où il est absolument impossible de savoir comment elle va se terminer. C'est le cas de toutes les séquences du film, qui sont exactement sur le même mode de fonctionnement. Au final, il y a très très peu de séquences (le film se résume à cinq ou six lieux, à peine plus, et fait deux heures trente !), nous sommes quasiment dans un huis clos où Tarantino s'amuse à faire monter la sauce, pour ne relâcher la pression que dans les trente dernières secondes de ses scènes. A cause de cela, j'ai un peu peur de vous parler du film, pour ne pas vous gâcher tout le plaisir de la découvertes de ces mini-conclusions. En tout cas, le montage est parfaitement maîtrisé, complètement en "slowburn", donne toute sa teneur au film, et est la raison même de son existence.




Il y a bien quelques gourmandises au niveau technique, mais elles sont relativement discrètes. Notons tout de même un joli changement de lumière sur Mélanie Laurent dans la salle de projection, ou la formation du visage sur la fumée (je code, bien sûr). Tout cela est plutôt bien vu et très beau, mais finalement ce n'est pas le point central du métrage ; tout le dispositif technique, le scénario, les acteurs sont entièrement dévoués à ce faux rythme qui nervure tout le film, c'est assez beau à voir. La violence est elle aussi réduite à la portion congrue ; elle est parfois complètement intégrée au film, traitée comme quelque chose de normal et d'autres fois (une en particulier, je ne vous dit pas où) qui est très mise en avant, surdécoupée et où les sensations sont décuplées. Cela n'intervient vraiment qu'une fois, et c'est très suffoquant et surprenant. Mentionnons également la superbe dernière séquence, où la tension est à son maximum et où on ne voit jamais rien venir, où tout n'est que surprise (en écrivant, je me rend compte que le film entier est une vaste surprise, dans laquelle on ne sait jamais où on va ni où on nous entraîne, et je dois avouer que c'est déroutant mais vraiment très agréable ; Tarantino semble avoir tout compris au cinéma, finalement), uchronie en forme d'explosion nucléaire ; il s'affranchit de tout et acquiert ici une véritable liberté, peut-être la plus grande liberté de sa carrière. C'est assez splendide.




Un petit mot sur l'acteur principal du film : Christoph Waltz, en colonel SS, vole la vedette à absolument tout le monde ; il est d'une précision magnifique, c'est la star du film et la révélation d'un immense talent.



Note du festival : quatre sur cinq, parce que c'est Tarantino, et qu'il jouit d'une réputation quasi-parfaite, même si tout le monde a été déçu par INGLORIOUS BASTERDS (en même temps, tout le monde a détesté ANTICHRIST aussi, alors bon).




LJ Ghost.




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Vendredi 22 mai 2009

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[Photo: "Kritik étranglant le Spectateur" par Dr Devo.]



 

Profitant d'un séjour dans notre chère capitale, j'en profitais pour assister à la projection d'un film qui n'est manifestement pas destiné à nous autres provinciaux, c'est sans doute ce que pense le distributeur de MUTANTS, vingt-six copies le jour de sa sortie, merci merci. Il y a une logique que je ne comprends pas dans le fait de sortir un film comme HUMAINS dans toute la France, seul film à entrer sur Nanarland dès sa première semaine de diffusion (!), comme dans le fait de sortir un film potentiellement plus intéressant tel que MUTANTS sur seulement vingt-six salles. Bref, c'est Cannes, c'est la fête du cinéma, petit doigt en l'air-champagne !

 


Quelque part dans les Alpes. Partout en France, le monde est contaminé. Sauf Hélène de Fougerolles, son ambulance, son mec, et son garde-champêtre. Ils essaient de rallier Noé, un groupuscule para-militaire de survivants au virus. Des trois passagers de l'ambulance, peu vont voir la seconde bobine. Reste Hélène, déterminée coûte que coûte à s'en sortir dans un monde dévasté et avec un mari que le virus à rendu plutôt vindicatif. Histoire très classique, au moins on est sûr qu'ils ne briguaient pas la Palme du Meilleur Scénario.

 


Situons le contexte. J'ai vu MUTANTS dans des conditions étranges, dans une petite salle souterraine juste au-dessus du métro, chaque quart d'heure la salle tremblait plus qu'au Futuroscope. L'écran étant ridiculement petit, heureusement que l'image était correcte, et le son potable. Bref, c'était vraiment une projection splendide, entre les bas-fonds grondants et la Ville des Lumières, dans une strate oubliée, prise en sandwich entre les secousses souterraines et les feux de la rampe, ambiance prohibition post-apocalyptique avec du coca light. Voilà, il me semble important que le monde sache cela, pour comprendre ce qu'il s'est passé pendant l'Expérience et pourquoi je me suis rasé la moustache.

 


C'est toujours important le début d'un film, souvent plus marquant que la fin. C'est quand même la seule partie du film que 100 % de la salle suit, le moment décisif, l'accroche. Dans le cas qui nous intéresse, l'entrée en matière se fait par un générique old-school sur fond abstrait, suivi de quelques mots introduisant le scénario. Tout le monde est infecté, seuls quelques survivants, etc. Du vu et revu. Par contre, ce qui est d'emblée une idée forte, c'est de commencer par un plan entièrement flou sur des cadavres, suggérant tout de suite la violence de la situation et piquant l'intérêt du spectateur. Des corps en vie, morts, ou en instance de l'être. De cette introduction, on passe violemment à Hélène de Fougerolles et ses gyrophares, dans une sorte d'étreinte charnelle atomisée, une rencontre vie/mort à 70 km/h. Concis, c'est bien. D'autant plus que la direction artistique marque, elle aussi, beaucoup de points très rapidement. La photo se révèle bien plus belle que la traditionnelle teinte gris métal crainte dans les premiers instants. On ne s'ennuie pas, vite happé par le film. Malheureusement, on en sort aussi rapidement. En fait, dès que les acteurs l'ouvrent, le charme disparaît. C'est très mal joué, seul De Fougerolles - curieusement - est un peu crédible. Comme quoi, dès qu'elle ferme son Klapisch, ça va mieux. Autour d'elle, le casting fait vraiment pitié, sans doute de jeunes acteurs amateurs qui ont du chemin à faire.

 


En fait, très vite, un des défauts majeur du film se fait sentir. C'est beaucoup trop fermé ! On a l'impression de voir un film de fin d'études à la FEMIS, gros travail de story-board, tu sens que chaque plan à été minutieusement préparé pendant des heures, chaque réplique écrite à l'avance, chaque cadre dessiné. Il ne reste aucune marge de manœuvre, aucune folie, aucun terrain de jeux pour les acteurs comme pour le montage, il n'y a à aucun moment une impression indécise, un interstice sublime, un accident poétique. Tu m'étonnes que les acteurs aient du mal.



Deuxième défaut majeur, et pas des moindres, les scènes d'action (au demeurant pas si nombreuses) semblent sorties de 28 SEMAINES PLUS TARD : musique éléctro super forte, flot d'images accélérées, basses THX qui vibrent jusqu'au fond des couilles, gigotisme de la caméra quand il se passe quelque chose à l'écran. On sent vraiment l'influence de Fresnadillo.

 

Pourtant, il y a vraiment un travail à soutenir là-dedans. Déjà parce qu'il y a un ou deux plans sublimes, une idée par-ci par-là, de très beau effets spéciaux, et surtout un magnifique travail sur la lumière. Gros coup de chapeau à l'équipe technique ! Certains plans rappellent un peu le SOMBRE de Gandrieux, dans cette obscurité trouée par de rares lumières comme lorsque Fougerolles soigne son mari, éclairée par la torche d'un fusil, ou les extérieurs crépusculaires de la grande bâtisse. La scène finale, avec le mari-mutant, est très intéressante, très Cronenbergienne dans l'idée. Dommage que le thème de la mutation soit traité par-dessus la jambe dans le reste du film (en parallèle du survival classique, il y a une histoire genre LA MOUCHE, avec le mari qui se transforme, mais c'est plus anecdotique qu'autre chose...).  Autre idée intéressante, il y a une gestion du suspens assez belle. En fait, et c'est très beau, Morley gère ses climax comme le fait Dario Argento (en moins beau quand même) dans son dernier film (MOTHER OF TEARS, à voir !), c'est-à-dire qu'ils n'aboutissent jamais ! Je ne vais pas trop en dire à ce sujet, mais la scène de la porte trouée en est un exemple très réussi. La pression monte au maximum, mais en fait il ne se passe rien ! Ce faux rythme est très beau, et instille une méfiance de tous les instants.

 

Pour ces qualités techniques, pour l'écriture concise, pour la beauté de certaines scènes, le film vaut bien mieux que la majorité des films français estampillés horreur/fantastique. Pour ces mêmes raisons, la frustration est encore plus grande à cause des énormes défauts qui minent le film. Il sera intéressant de voir vers quoi va évoluer David Morlet. J'espère qu'il prendra de l'assurance, lâchera un peu plus la bride de ses futurs films, et surtout trouvera un style personnel en arrêtant de lorgner du côté de 28 SEMAINES PLUS TARD. Et puis, des acteurs, ça ne serait pas de trop.

 



Norman Bates.



 

 

 

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Jeudi 21 mai 2009

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[Photo: « "Enfin, du concret !", crient en choeur les focaliens." par Lj Ghost, d'après une photo de Patrice Chéreau.]





Pour lire la précédente chronique cannoise et focalienne de LJ Ghost: cliquez ci-près: jour 6.







Enfin, enfin, enfin, après des heures d'attente dans la chaleur cannoise, j'ai pu voir le film polémique de ce Festival. Ce film est un scandale, c'est sûr, mais pas forcément dans le sens où tout le monde l'entend...




Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe baisent. Ca tombe bien, ils sont ensemble, ils ont même un enfant. Malheureusement, celui-ci meurt dans un accident. Inconsolable, le couple décide de partir dans un chalet nommé Eden, perdu dans un no man's land de forêt luxuriante, pour faire face à leurs peurs et ainsi, peut-être, apaiser leur chagrin. Mais la nature semble possédée, et des évènements tout à fait étranges commencent à se produire...



ANTICHRIST se déploie sur un mode assez étrange, bien que complètement en phase avec ce que le réalisateur a fait jusque là. Passé le générique où von Trier, tel qu'on le connaît, cherche un peu à choquer le bourgeois (je vous laisse la surprise de l'insert, plutôt amusant cela dit), il enchaîne très rapidement avec un espèce de "réalisme poétique" (mais rien à voir avec Jean Vigo - encore que...) qui écarte toute idée de fantastique. Au final, le drame qui se joue sous nos yeux a plus à voir avec une réalité sociale qu'avec un vrai film de genre ! Mais n'ayez pas peur, tout est sous contrôle, von Trier sait exactement ce qu'il fait : dans un rythme assez soutenu, il sonde au plus profond de la nature humaine, et va chercher le chagrin là où il est : dans les entrailles. Ca donne au final un film très proche de ses personnages (des émotions de ses personnages plutôt, il ne filme pas des acteurs, il filme des sentiments), et qui traite, notamment, de la façon dont l'Homme (il s'agit surtout de femme, ici) réagit face au deuil. Tous les éléments fantastiques ajoutés (parce qu'il y en a, beaucoup) semblent là comme une justification, comme si von Trier était allé trop loin, trop profondément, avait prophétisé, finalement, qu'il s'en était rendu compte et a eu peur ; il a alors essayé de cacher ce qu'il avait trouvé au tréfond de l'âme humaine, mais c'était trop tard, et la déchirante vérité explose aux yeux et au coeur. C'est vraiment bouleversant, et on ressort de la salle mal à l'aise, tant von Trier, ici, tape juste, comme s'il avait fouillé dans nos émotions les plus intimes et les plus cachées.



L'extrême violence de certaines scènes (et encore, bon, ça va quoi, on a vu bien pire) trouve alors tout son sens, et est tout sauf gratuite : elle est la résultante de ce torrent d'émotion qui submerge les deux personnages, et il ne pouvait pas en être autrement, il ne pouvait pas ne pas les mettre dans son film. La façon dont il filme la nature est aussi intéressante, et l'hommage à STALKER d'Andreï Tarkovski est évident mais subtil, jamais appuyé, et ne se voit pas immédiatement.



Dans toutes les notes que j'ai pu faire à propos des films du Festival, je me plaignais que les réalisateurs n'utilisaient que trop peu la mise en scène comme moyen d'expression principal, laissant cette fonction au scénario, soit par paresse, soit par incapacité. Lars von Trier, avec cet ANTICHRIST, rattrape tous les autres. Ce n'est même pas que c'est un festival, c'est que ça n'arrête jamais, il y a une, deux, trois, quatorze idées de mise en scène par plan. C'est très étonnant et déroutant de premier abord, habitués que l'on est à voir des films mous et fades (au mieux) tout au long de l'année ; ici tout n'est que ruptures, brisures, aspérités, tâtonnements, recherches, découvertes, dans une montagne russe d'effets visuels. Un exemple : Willem Dafoe erre dans la forêt puis rentre dans le chalet, seul, il cherche Charlotte Gainsbourg. Il ne la trouve pas à l'intérieur, va vers la caisse à outil, se tourne vers la caméra (ce n'est pas évident, le plan est assez large), referme la caisse à outil. Coupe au son, et on se retrouve avec Willem Dafoe qui erre dans la forêt, rentre dans le chalet, et trouve Charlotte Gainsbourg allongée sur le canapé ! C'est sublime, époustouflant ! Et ce n'est qu'un exemple ! von Trier utilise tout ce qu'il a sous la main : surimpression, image ralentie à l'extrême, passage du noir et blanc à la couleur... Et ce n'est pas fini ! Plus le film se déroule, plus on a l'impression que finalement, le danois se moque un peu de ce qu'il filme, et se concentre sur deux choses en particulier : le montage et la mise au point, qui sont une source d'émotion sans précédent ; il jump-cut dans tous les sens, renverse les axes au milieu d'une phrase et change en même temps de valeur de plan, donnant ainsi du rythme et une vie propre au champ / contre-champ, multiplie les inserts, utilise une caméra portée et zoome en caméra fixe dans la même séquence, et j'oublie encore un bon millier de petites gourmandises, qui évidemment ne sont pas là pour faire joli, mais servent parfaitement le propos et l'état psychologique de ses personnages ; tout est à l'unisson, en osmose. Il cherche constamment sa mise au point, et les flous sont légion ; là non plus ce n'est pas gratuit, et il pousse le procédé jusqu'à avoir, parfois, une image complètement floue, vaporeuse, ondulée même, qui procure une explosion sensorielle inégalable. Je n'ose même pas parler du son, qu'il mixe de façon à rendre le vent tel que le souffle du Diable ; ou de la musique, où il permute entre musique classique et industrielle. Je n'ai pas tout dit et ça me frustre, mais le pavé est déjà bien assez long, et il faudrait, tout de même, chers lecteurs, vous laisser la surprise de l'émotion épidermique et complètement sensuelle que vous ressentirez quand vous verrez ce film.



Un petit mot sur les acteurs, Charlotte Gainsbourg va avoir le Prix d'Interprétation Féminine, c'est une évidence, mais dans ce cas-là il faut donner le Masculin à Willem Dafoe ; les deux sont d'une dévotion et d'une précision magnifique, ils sont complètement soumis à la mise en scène et jouent sur un nombre de nuances effarant.

ANTICHRIST a, paraît-il, fait scandale au moment de sa projection, où Lars von Trier est sorti de la salle sous les huées du public. Ca se comprend, remarquez, ils ne sont pas habitués à voir du cinéma, du vrai, dans toute sa splendeur. Ils ne sont pas habitués à voir la beauté. Le même jour se déroulait, dans une autre salle, une "Leçon de cinéma" des frères Dardennes. Je vous laisse juges.

Note du festival : une étoile sur cinq, pour la prestation de Charlotte Gainsbourg. Sinon, comme j'ai entendu à la sortie de la séance, entre les "Il est allé trop loin, c'est répugnant", "Il devrait avoir la Palme. Mais ils n'auront jamais les couilles de la lui donner".



LJ Ghost.






Pour lire la chronique focalienne et cannoise suivante de LJ  Ghost, consacrée à INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino: cliquez-ici.


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Mercredi 20 mai 2009

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[Photo: "Je leur avais bien dit pourtant, que le ciel était bleu comme un volcan, que l'herbe était verte comme un cygne s'envolant, et que ne comptaient que les tremblements de terre au fond de l'océan..." par LJ Ghost d'après une photo du cinéaste Derek Jarman.]




Vous trouverez ci-aprés la précédente chronique cannoise et focalienne de LJ Gjost: Jour 5.]





Après m'être fait refouler pour le Lars von Trier, je me fait accepter pour le Ken Loach. Si ça c'est pas un coup du karma...





Steve Evets est postier en Angleterre, fan de football et en particulier du club de Manchester United. Il a connu une femme trente ans plus tôt (Stephanie Bishop), avec qui il a eu un enfant (qui a son tour a eu un enfant) et qu'il a quitté du jour au lendemain. Il s'est ensuite remarié avec une femme et les deux enfants de celle-ci ; seulement, elle est partie (je vous laisse découvrir la raison) et maintenant Steve se retrouve seul à élever ses deux beaux-fils, de grands gaillards en pleine crise d'adolescence, les deux magouillant dans des petites combines. Un jour, Steve a un accident de voiture mineur et se rend alors compte que sa vie dépérit petit à petit, en partie parce qu'il regrette d'avoir quitté Stephanie Bishop. Ne trouvant pas de réconfort auprès de ses amis postiers, il se tourne vers son imagination, incarnée par son idole, Eric Cantona (qu'il considère comme un Dieu), qui va le coacher pour ramasser et recoller les parcelles éparses de sa vie, et principalement reprendre contact avec sa première femme.



Curieux objet cinématographique que ce LOOKING FOR ERIC. Si on a connu Loach, toutes ces années, pour être le parangon du cinéma social, du cinéma du réel, qui lui a permis de gagner sa première Palme d'Or en 2006 pour LE VENT SE LEVE, il se trouve ici en antinomie avec ce qu'il a fait jusqu'ici. Enfin, en antinomie, c'est exagéré. Je m'explique. Si l'observation sociale est toujours présente, elle l'est en filigrane (enfin, pas complètement, disons qu'elle n'est pas le coeur même du film - même si elle est très remarquable). Nous nous retrouvons donc avec une espèce de comédie romantique à l'américaine (le coach qui aide le loser à avoir la fille), teintée de fantastique (de fantasmagorie, plutôt - le coach en question est une vision de l'esprit, une projection de l'image que Steve Evets se fait de son idole), tentant l'humour (la séquence de psychanalyse de groupe est plutôt réussie sur ce mode-là), mais sans véritablement de conséquences sociales à la fin. Disons qu'il est intéressant de voir Loach s'essayer à ce genre d'exercice, mais que le résultat n'est pas particulièrement transcendant.



Puis, le film observe un changement de cap, et bifurque ensuite vers un espèce de drame, en tout cas un événement à résonance dramatique, tout aussi américanisant, que rien ne laissait vraiment deviner. Cette métamorphose du film est plutôt inconséquente, et on se dit finalement que s'il a fait ça, s'il a choisi cette voie, c'est pour gagner trente minutes et le coeur des spectateurs, en un espèce de morceau de bravoure qui justifie assez maladroitement le parti-pris du film. En clair, j'ai l'impression que s'il avait retiré ce passage, le film aurait non seulement gagné en concision, mais aussi que ça n'aurait pas vraiment eu de répercussions sur la fin. Il (le passage) semble donc artificiel et simplement là pour servir une morale fraternelle assez téléphonée et pas vraiment bouleversante (ni dans l'originalité, ni dans l'émotion conférée au spectateur).



Il me paraît également important de dire que malgré la teinte américanisante du film, il se fait plutôt en lo-fi, morne, à la façon Loach, finalement. Il reste visuellement fidèle à lui-même tout en semblant ingérer et régurgiter quelque chose qui, entre des mains américaines, aurait donné un film faste et rempli de belles gueules ; ici, l'anglais n'utilise pratiquement que des gens "moches", "normaux" plutôt, là où de l'autre côté de l'Atlantique on aurait eu Will Smith et Julia Roberts. L'impression du film s'en trouve finalement assez étrange.



Si on regarde dans le moteur, le film finit de nous décevoir ; il y a bien un joli grain dès le début du film, mais il est complètement gâché par la propension de Loach à ne filmer qu'en plan rapprochés (c'est très agaçant, depuis le début de ce Festival, j'ai l'impression d'à chaque fois me répéter, comme si j'avais toujours vu le même film) pour être toujours plus près des personnages (ce qui est, bien sûr, une idiotie). Les cadres sont donc laids et quelconques, la photo est grisâtre (que voulez-vous, on est en Angleterre - ah, mais allez plutôt voir un bon petit Derek Jarman, vous verrez que de l'autre côté de la Manche, tout n'est pas gris !), le montage et le son n'existent que pour servir le scénario. Je n'ai pas réussi à bien identifier la technique de filmage, si c'était de la caméra épaule, du panoramique tremblé ou de la steadicam qu'on trimbalait dans tous les sens, mais c'était très agaçant. La palme (ahah !) revient aux séquences de voiture, d'une innommable laideur. Bref, de ce côté-là, il ne fait aucun effort, c'est quasiment du foutage de gueule pur et simple.




Note du Festival : quatorze étoiles sur cinq possibles (il n'y a qu'à voir la réaction du public, très en forme et de très bonne composition, qui a applaudit me semble-t-il trois fois durant la projection ; petite remarque avant de vous quitter : j'ai remarqué que durant le Festival, le public était très joueur et réagissait bruyamment à chacun des films que j'ai vu - ça et l'extraordinaire qualité des copies, mais ça devrait être la moindre des choses tout le temps).



LJ Ghost.






Retrouvez la chronique focalienne et cannoise suivante de LJ Ghost: ici.








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Mardi 19 mai 2009

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[Photo: "J'ai reçu Bazin en héritage... Et j'ai crié Aline." par LJ Ghost]



Pour lire la chronique cannoise et focale précédente de LJ Ghost, cliquez sur le lien suivant: Jour 3.




Après une journée de repos bien méritée, me revoici, frais comme un gardon, à arpenter les allées du Palais des Festivals, dans le but de croiser le chemin du Cinéma, qu'il est difficile d'approcher, les films se mettant parfois en travers du chemin. Entrons dans la machine infernale.



LE TSAR de Pavel Lounguine (Russie, 2009)

Piotr Mamonov, alias Ivan Le Terrible, au sommet de sa folie sanglante, vient de perdre une nouvelle bataille contre la Pologne. Devenant complètement paranoïaque, il s'octroie une garde personnelle, "Les Chiens du Tsar", qui font régner la terreur dans tout le pays. Effrayé, le métropolite (un genre de pape russe) s'enfuit ; il est alors remplacé par Oleg Yankovskiy, un ami d'enfance du régent, qui essaie tant bien que mal de contenir les crises du tyran...


Quand on pense au cinéma russe, les noms les plus fameux sonnent aux oreilles et font miroiter monts et merveilles de délices cinématographiques : Eisenstein, Vertov, Tarkovski, Paradjanov, Sokourov... Pavel Lounguine n'est pas de ceux-là. Son TSAR, machin mystique boursouflé, est fort décevant. Sa volonté de dénoncer les abus d'Ivan, tyran fou à lier, rongé par la paranoïa, est certes louable mais a ses limites : ici, ça ne dépasse jamais le cadre de l'anecdote, son Ivan étant bien trop outré pour provoquer une quelconque émotion, l'acteur en fait des tonnes et sue beaucoup, mais malgré tous ses efforts n'incarne jamais vraiment son personnage. Le voir vieux, maigre, seul, renfermé et véhément, vociférer des insultes à la foule de son peuple fait effet, mais pas plus de trois minutes. Le reste du film n'est que scènes de tortures peu ragoûtantes mais on a finalement vu pire (et mieux) ailleurs, et citations bibliques jusqu'à plus soif, ce qui rend le tout assez laborieux.



Lounguine ne s'aide jamais de la mise en scène, dont il n'active efficacement aucun levier : ses seules petites gourmandises de cadrages se résument à de très rares décadrages, la photo est simplette, le montage est mou (le film est découpé en chapitres chronologiques mais rapprochés dans le temps ; jamais d'émotion du côté du découpage, donc).



Au final, LE TSAR est un film lourdingue, pas très intéressant, et la seule chose qui intéresse visiblement Lounguine est la relation qu'avait Ivan avec la religion ; très pieux mais trahissant Dieu à la moindre occasion (à cause de sa paranoïa galopante, il péchait plus que de raison en faisant disparaître ses proches et ses moins proches - ça vous rappelle quelque chose ? Il nous parle bien sûr en filigrane de tous les dictateurs de l'Histoire, de manière bien trop appuyée et aussi subtile qu'un trente-trois tonnes dans le pays des Schtroumpfs), il faisait s'arracher les cheveux à son nouveau métropolite, qui lui, pur comme la neige au soleil, reçoit finalement la grâce de Dieu et fait des miracles ! Cet aspect béni oui-oui sans vraiment d'aspérités nuit un peu au film, qui n'avait certes pas besoin de ça.


Je vais peut-être m'arrêter ici de parler de ce film, dont la proposition artistique est équivalente à celle d'un crumble aux pommes. Voilà. Comme ça c'est dit.





MOTHER de Joon-Ho Bong (Corée du Sud, 2009)

Kim Ye-Ja est la mère de famille la plus possessive du monde. Il faut dire qu'elle est seule à la charge de Won Bin, son fils quasi-trentenaire et un peu "lent" sur les bords, avec qui elle a une relation on ne peut plus proche. Il s'attire toutes sortes de petits ennuis, jusqu'à ce qu'une jeune fille soit retrouvée morte un beau matin. Won Bin est le dernier à l'avoir vu, et il se déclare coupable sans vraiment savoir ce qu'il dit. Kim Ye-Ja, n'écoutant que son instinct maternel, va mener l'enquête, et tout faire pour sortir son fils adoré de prison...


Alors là, les amis, c'est du lourd. Croyez-moi ou non, mais cette espèce de variation du ZODIAC de David Fincher, dont il reprend certaines idées, vaut un coup d'oeil attentif.



Le film se développe de manière inattendue dans l'attendu. Je m'explique. Au final, MOTHER ne parle de rien, et même s'il démarre, il n'arrive finalement jamais nulle part ! Les personnages se heurtent sans arrêt à des murs d'incompréhension et de solitude, barrés qu'ils sont par, d'un côté, le Verbe (incarnés par les difficultés d'expression de Won Bin face aux évènements), et de l'autre la Société et les Autres, opposants tout du long, et finalement tous pourris (il suffit de voir les réactions qu'entraînent les apparitions de la mère). Le film est finalement une boucle, et où qu'on aille, même quand le hasard s'en mêle (les indices de la résolution de l'enquête semblent venir d'un deus ex machina !), on revient toujours au point de départ, et toute velléité de changement s'avère finalement tuée dans l'oeuf ! C'est absolument terrifiant ! Et Joon-Ho Bong, réalisateur de THE HOST, loin de vouloir faciliter ou améliorer la condition de ses personnages, en rajoute avec de rares traits d'humour noir, a recours à l'absurde (voir la première séquence, pathétique, désespérante et amusante en même temps, qui donne exactement le ton du film tout en en donnant certaines clés), et fait passer, de manière de plus en plus appuyée au fur et à mesure que le film se déroule, son thème principal : la culpabilité (le film ne parle finalement que de cela, même en utilisant un scénario en chausse-trappes, presque en collage).



La mise en scène est quelque peu au diapason de cette idée du voyage initiatique (ou à peu près) voué à l'échec, mais c'est également là où le bas blesse un peu. Joon-Ho Bong souffle un peu le chaud et le froid ; son montage est à la fois abrupt, émouvant et mécanique ; ses compositions de cadre sont parfois splendides, d'autres fois complètement anonymes ; sa photo est précise sans être renversante (bien que j'ai beaucoup aimé la lumière que dégage, sur les visages, les téléphones portables : ils sont, eux, source de poésie quelquefois - quand la jeune fille a la tête sur les genoux d'un des garçons (je code), la lumière est vraiment très belle et porteuse de sens). Le film est par contre parfaitement rythmé et les cent vingt et quelques minutes passent comme un charme, tant on est plongés dans la désespérance incarnée par tous ces personnages et tant on vit avec eux leur errance, leurs questionnements, leurs échecs. C'est finalement plutôt beau, et une des réussites de ce Festival. (so far, bien sûr).



LJ Ghost.




Pour lire la chronique cannoise et focalienne suivante de notre espion LJ Ghost, cliquez ici: jour 6.




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Lundi 18 mai 2009

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[Photo: "Quentin Tarantino - Autoportrait" par LJ Ghost.]






Jour 3 du Festival de Cannes, avec comme programme, pour votre serviteur, deux films en compétition et une superbe reprise en séance spéciale, avec des guests de choix ! Commençons !




THIRST (CECI EST MON SANG...) de Park Chan-Wook (Corée du Sud, 2009)

Un jeune prêtre, le sémillant Song Kang-Ho (déjà vu dans le sympathique THE HOST), décide un jour de partir au fin fond de l'Afrique pour se faire inoculer un virus dévastateur afin de tester un vaccin. Il est le seul survivant de l'expérimentation, mais suite à une transfusion de sang, se découvre de curieux pouvoirs : il est devenu vampire. Dans le même temps, il tombe sous le charme de Kim Ok-Vin, la femme d'un de ses amis d'enfance...



Park Chan-Wook est un petit malin, qui semble très bien connaître son métier ; car quand on n'a pas lu le synopsis, ce qui était plus ou moins mon cas (survolé et pratiquement oublié), avant d'entrer dans la salle, la première bobine fait un peu peur : vraiment ? Un film de paroissiens où rien ne se passe, dans un espèce de faux rythme assez dérangeant ? C'est là que notre ami Park bascule son film, et le fait bifurquer vers un vrai film de genre, complètement premier degré, et dans une espèce de descente aux enfers physique et psychologique. Il est en cela complètement aidé par sa mise en scène, qui se métamorphose petit à petit, à l'unisson du personnage principal : sage et plutôt en à-plat au départ (avec un joli jeu sur l'échelle de plans), pour poursuivre de manière un peu baroque en enchaînant les inserts, les filtres, une photographie belle et changeante, et plein de petites idées tout à fait poétiques que je vous laisse découvrir pour ne pas vous gâcher tout le plaisir. Le montage est précis et alerte, il multiplie les axes et n'hésite pas à utiliser un humour noir assez savoureux en contrepoint de la violence sèche mais rare et subtile, qui fonctionne très bien.



Quelques bémols cependant. Le film semble un peu trop long ; le rythme ne me paraît pas très bien géré, il y a quelques longueurs assez embêtantes dans le ventre mou du film. Les acteurs ne sont pas parfaits non plus, Kim Ok-Vin manque un peu de précision, mais rien de rédhibitoire, finalement. Le film est extrêmement physique, et a demandé une belle dévotion de la part des acteurs, dans la déliquescence de la maladie comme dans la chaleur de l'étreinte animale (belles scènes de sexe, par ailleurs, parfois gênantes, avec une évidente mais réussie utilisation du son).



Peut-être pas un chef-d'oeuvre mais un film réussi, assez ambitieux mais qui a parfois du mal à s'affranchir de certains clichés inhérents au genre auquel il appartient (je tiens en exemple la longue séquence finale, genre de jeu mimesque désespéré, inutile et beau, au son particulier ; je n'en dis pas plus).



Un idée m'est venue tout à fait récemment : pour les films en compétition que je verrai, je leur donnerai une note représentant l'appréciation (probable) des membres du jury du Festival et la chance qu'ils aient la suprême récompense. Je ferai ça sous forme d'étoile, de zéro à cinq pour les "chefs-d'oeuvre" cannois. Pour THIRST, je mettrai trois étoiles (parce que bon, voyez-vous madame, un film de genre, ça fait mauvais genre !).








BRIGHT STAR de Jane Campion (Nouvelle-Zelande/UK, 2009)


Nous sommes quelque part en Angleterre, en 1818, et il fait beau. Ben Whishaw est un poète génial mais incompris, trop engoncé qu'il est dans sa veste délavée et sa ténébritude. Abbie Cornish est une jeune fille trop moderne pour son temps, effrontée et créatrice de robes à froufrous qui ont un grand succès dans les bals du dimanche soir. Entre la superficielle et le torturé, les choses sont difficiles au début mais Abbie, touchée par les vers de Ben ("Le ciel est bleu/Les nuages sont blancs/Gêné par le vent/Je vais me chercher une petite laine"), tombe amoureuse du sus-nommé, et réciproquement, rapprochés qu'ils sont par la maladie mortelle du frère de Ben, le pauvre garçon. Les deux tourtereaux vivent une passion secrète à base de balades en calèche la nuit, devant l'incompréhension des familles et amis des amants contrits. Finalement, la maladie de Ben va changer bien des choses dans leur quotidien...



Alors, bon, par où commencer ? Peut-être par le fait qu'il s'agisse d'un film en costumes doublé d'un film de maladie (NdDrD: Oh, mon Dieu!), ce qui, bien évidemment, ne présage au départ rien de bon. Mais n'ayez point peur ! La gangrène va se propager.



Inutile de rechercher la moindre trace de mise en scène, même au microscope vous n'en verrez pas. Tout est d'un académisme désespérant, les cadres ne sont pas composés et elle a complètement oublié l'existence des axes. Ah si, à un moment il y a une petite plongée, quand Abbie apprend la maladie de Benny. C'est tout à fait iconoclaste, vous en conviendrez, mais finalement l'effet fonctionne plutôt bien puisque pendant l'heure quarante-cinq précédente tout n'a été filmé qu'à hauteur d'homme. On lève donc un sourcil et on se dit "Ah !", puis on peut retourner dans les bras de Morphée. Ajoutons tout de même que pour les scènes en extérieur entre les deux rouge-gorges, l'image granule un tout petit peu et il y a du flare, parce que bon, Jane Campion met sa caméra en face du soleil entre les branches des arbres. Le son est quant à lui totalement inutilisé ; sauf pour les dialogues, le plancher qui craque sous les pas en intérieur et les petits oiseaux qui piaillent en extérieur. Les acteurs sont nuls (à part la petite boniche qui m'a paru plutôt intéressante). Côté montage... Quoi ? Pardon ? On se connaît ?



BRIGHT STAR est une espèce d'éloge au romantisme petit-bourgeois avec un balai dans le fondement, qui n'aime rien mieux que de déblatérer de la poésie au lieu d'en faire. Jane Campion a lu Orgueil et Préjugés, a bien aimé, et a décidé de faire la même chose. Ahem.



Ah oui, et c'est une histoire vraie. Rions ensemble, ou pleurons de désespoir.



Note du festival : cinq étoiles.








LES CHAUSSONS ROUGES de Michael Powell et Emeric Pressburger (UK, 1948)

Soirée de gala dans la salle Debussy du Palais des Festivals, Martin Scorsese venait présenter la remasterisation des CHAUSSONS ROUGES qu'il a orchestré (le film l'ayant beaucoup marqué dans sa jeunesse). Il était accompagné de la femme de feu Michael Powell et, dans la salle, quelques guests de choix : Rosanna Arquette, Tilda Swinton (Tildaaa !) , James Gray, Ang Lee, Harvey Weinstein... Du beau linge, donc, pour cette projection du chef-d'oeuvre du duo anglais, et un peu de jeanclaudebrialisme ne fait jamais de mal à personne ! [NduDrD: t'as rencontré Tilda? Et j'étais pas là? La vie est injuste, Dieu n'existe pas...]



Que dire chers amis, que dire ? Que LES CHAUSSONS ROUGES n'ont pas vieilli d'un poil, que la photo de Jack Cardiff est d'une beauté hallucinante et fait à elle seule monter les larmes aux yeux, que les décors en carton-pâte de Hein Heckroth sont à se damner, que la volonté de Powell et Pressburger de placer, au centre de leur film, seize minutes de ballet est une idée brillante et une leçon de cinéma unique : quel besoin de dialogues ? Il ne suffit que de mise en scène, de montage et de direction d'acteurs, un peu de caches, de surimpressions, de jeu de reflets, et on fait un film merveilleux ! Je n'ai plus d'adjectifs assez forts, tout est magnifique, point.



J'ai vu, sans aucun doute, le plus beau film du Festival. Et celui-ci n'a aucune chance de gagner. Mais aurait-il seulement gagné ?



LJ Ghost.



Retrouvez la précédente chronique de LJ Ghost sur le festival de Cannes 2009 ici: Jour 2.

Et retrouvez sa chronique suivante ici: Jour 5.



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Dimanche 17 mai 2009

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[Photo: "The World is Yet to Come" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

La petite famille focalienne s'agrandit, c'est émouvant, mais plus important encore, ne reculant devant aucun sacrifice, (mangeage de biscottes pendant trois mois pour toute l'équipe, familles déshéritées, prostitution occasionnelle des critiques focaliens encore fringuants, vente des slips...), Matière Focale a réussi à envoyer un espion à Cannes. Il s'appelle LJ Ghost, il est discret  comme un saboteur bolchévique, précis comme un missile sol-air, et on lui donnerait le bon dieu sans confession avec ses airs de gendre idéal. Homme bien né et de grande culture, il nous envoie son premier bulletin secret, enfin plutôt son deuxième...

 

Bienvenue à lui...

Dr Devo.

 

 

 





Evitons de parler du contexte, des circonstances, de savoir s'il faisait beau ou s'il y avait du monde pour acheter une glace vanille-fraise. Parlons de cinéma, c'est tellement rare !



Le premier (et seul !) film que j'ai vu ce jour s'intitule KUKI NINGYO (AIR DOLL pour l'international) et est réalisé par un monsieur qui a l'air très gentil, j'ai nommé Kore-Eda Hirokazu (qui, apparemment est responsable de NOBODY KNOWS, c'est une information très intéressante). Le film nous raconte l'histoire d'une poupée gonflable qui, comme ça, un jour, pouf pouf, devient humaine. Certes. Ouvrons les hostilités.



Le sujet est traité par-dessus la jambe, et ce, malgré les deux heures et des poussières que dure le film, il ne décolle vraiment jamais des clichés auxquels on pouvait s'attendre de la part d'une idée comme celle-ci : elle apprend la vie, le travail (nous sommes au Japon), la mort ("C'est quoi la mort ?", au secours !), l'amour, la déception amoureuse, etc. On ne challenge jamais notre intelligence, et c'est très visible à cause d'un principe de mise en scène ici affreusement mal utilisé : la voix-off. Elle explique tout, explicite tout, et évite au spectateurs de réfléchir un tant soit peu aux enjeux proposés et à la complexité de l'apprentissage de la poupée devenue humaine. Nous ne nous poseront finalement jamais de questions quant à ce qu'elle vit, vu qu'elle le dit elle-même dès l'instant que le film devient un tant soit peu obscur ! Quel dommage !




Evidemment, il ne faut pas attendre de l'émotion venant de la mise en scène: elle est impersonnelle au mieux, insipide au pire. Les cadres ne sont pas travaillés (c'est un peu le "highway to hell" du plan rapproché), le montage est fonctionnel, il y a simplement un amusant jeu de mise au point qui donne un peu de vigueur à l'ensemble (je trouve plutôt amusant de penser que c'est une erreur du projectionniste !). Le film est mécaniquement découpé, et monté comme on le ferait d'un film de vacances : jamais de ruptures, jamais d'aspérités, tout coule de source et nous freine désespérément sur le chemin d'une quelconque émotion. La puissance de l'histoire est donc amoindrie : nous ne sommes jamais avec le personnage, et il n'y a même pas une petite gourmandise pour nous maintenir éveillés !



Je dois avouer avoir du mal à me rappeler d'une scène en particulier, tant l'ensemble du film vogue sur un radeau de mollesse absolue où aucun passage obligé ne nous sera épargné (dont la superbement originale scène de "soufflement" (je code) qui remplace la scène de sexe ! Houlala !). Ne parlons même pas des personnages secondaires, écrits par-dessus la jambe, jamais incarnés et caricaturaux au possible (l'enfant, le vieux malade, la vieille folle, la boulimique, bref, un espèce de melting-pot-pourri du monde, quoi, en fait) ; parce que, voyez-vous, nous sommes tous des poupées gonflables, nous n'avons rien à l'intérieur ! Waaah ! C'est étouffant d'originalité, et surtout de discernement. Bref.




Il y a tout de même deux-trois belles choses, mais malheureusement mal traitées : la relation entre la poupée et son propriétaire est trop immédiatement pathétique (à cause de la scène de sexe originelle), alors qu'il aurait finalement été plus intéressant d'en faire tout de suite quelque chose d'acquis et de, disons, normal (ce vers quoi tend le film au fur et à mesure, mais trop tard, et de manière pas assez précise pour que ce soit évident), pour que le malaise soit plus parlant. Ici, comme je l'ai dit précédemment, tout coule de source, et l'apprentissage de la poupée s'avère finalement très balisé, un peu à la Rocky en fait, et jamais rien ne dépasse. L'espèce de final à la Oshima (mais en moins beau) est plutôt bien vu, mais contrebalancé par l'usage frénétique et inexpliqué de fin à tiroirs, dans laquelle on dirait que c'est au spectateur de faire son choix (et les effets spéciaux moches sont une très mauvaise idée) !



Je ne vois pas trop quoi en dire de plus, ce n'est ni infamant ni brillant. AIR DOLL est dans un espèce de ventre mou où le temps semble s'étirer et où le spectateur semble s'étioler, mais rien de bien scandaleux. En fait, pour tout dire, ce film est au cinéma ce que le minéral est à la gastronomie : il n'a aucun goût mais bourre la bouche.



Et, quand même, c'est beau de commence par le jour 2.

 

LJ Ghost.




  

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Samedi 16 mai 2009

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[Photo: "Hymen, Toi Non Plus" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

 

Ce fut quand même émouvant, quelque part, de fouler - pour la première fois de sa carrière - le sol prestigieux du Festival du Film Fantastique de Bruxelles, ces deux derniers dimanches, évènement mythique qui pendant plus de vingt ans fit découvrir des œuvres magnifiques ou intéressantes, et qui permit au cinéma fantastique de ces époques lointaines de briller et d'imposer au fil du temps quelques auteurs sympathiques ou indispensables. Je songeais alors, tandis que moi et mon "posse" nous approchions du hall consacré, à Mad Movies et sa découverte frénétique qui nous fit tellement de bien, pendant ces années qu'il convient de définir maintenant d'âge d'or. Si un emploi du temps moins foutraque ne m'avait pas enchaîné loin du monde de la critique pendant plusieurs jours, nous aurions pu bien plus en profiter, mais que voulez-vous, au final je fis ce que je pus, en me rendant à Bruxelles deux dimanches de suite pour y apercevoir furtivement trois galettes.

 

 

 


Les choses ont bien démarré avec NIGHTMARE DETECTIVE 2 de Shinya Tsukamoto, mémorable auteur que je découvris juste avant qu'il ne devienne un réalisateur underground apprécié en France, grâce à un autre festival, plus sublime encore et qui me manque toujours plus, l'Etrange Festival de Paris. [Il faudrait d'ailleurs sacrifier quelques poulets ou un nombre égal de jeunes vierges afin que le Festival renaisse après ces deux longues, interminables années de suspension... Envoyez vos bêtes à Matière Focale qui sacrifiera.] Ainsi, on a bien suivi le réalisateur de la duologie TETSUO, chefs-d'œuvre industriels, car à l'époque, le Monsieur a vu la plupart de ses films distribués en France et en salles, et tout le monde était content. Et puis, car décidément on connaît la musique, ce fut le désamour léger et tranquille. Les fans mondains de l'époque ont dû se réfugier, j'imagine, sur des valeurs "sûres" mais contradictoires, et la critique a enlevé le tapis rouge  pour accueillir plus mollement, dans un soupir blasé, les nouveaux films du réalisateur qui passa tranquillement et sans un bruit à la trappe. Au final, nous voici dans les années 2000, et même en 2009, sombre période où l'on peut passer des semaines en salle sans voir un bon film, mais où ces auteurs jadis vantés et vendus par toute la branchouillerie cinéphile ne sont même plus distribués. "On joue comme on aime", disait le poète, mais je crois surtout, mes chers amis focaliens, qu'ils jouent comme on déteste. Triste époque.

 

 


Le jeune héros de NIGHTMARE DETECTIVE reprend donc du service. Il est bien triste et déboussolé, le pauvre. Sa réputation de "résolveur" de psychoses nocturnes fait qu'il est abordé par une jeune lycéenne qui ne peut plus dormir et pour cause : elle est hantée par une élève de son lycée à laquelle elle a joué un tour bien néfaste. Notre héroïne a voulu se moquer d'elle, avec deux autres camarades puériles, et la victime a eu la peur de sa vie. Traumatisée mais vivante, elle reste cloîtrée chez elle, tandis que l'héroïne ne peut s'empêcher de voir la marginale effrayée revenir en rêve, chaque fois oppressant et dangereux. Ca pue la mort, même si le sang n'a pas encore coulé ! Mais notre ami détective des rêves refuse d'aider la jeune fille insomniaque au motif pas con que, si elle a traumatisé sa camarade de classe, elle n'a qu'à simplement demander pardon, et les cauchemars s'en iront ! Lui-même a d'ailleurs plus urgent à faire : il est poursuivi par un rêve concernant sa propre enfance et le destin effrayant de sa mère !

 

 




Ce qui est bien avec Tsukamoto, c'est que ce n'est pas du tout Tavernier, ni même un réalisateur pour étudiantes en filmo ou candidat à la F®EMIS(sse). Ca croche dedans, ça tord de partout, ça explore le support, et c'est, Dieu sait que c'est une qualité par les temps qui courent, reconnaissable, ça a une gueule. Pour le Japonais fou, faire un film c'est bien, mais faire un film qui ne ressemble pas forcément à un film, c'est mieux, et quand j'entends ça, moi, ça me bouleverse, je sens les synthétiseurs qui montent. Ceux qui n'ont jamais rien vu du bonhomme peuvent acheter le coffret TESTUO 1 et 2  (vu à 9€ dans une grande enseigne cette semaine!) pour se faire une idée de la chose, et je leur dis "Bon voyage !" et "De rien !".

 




Etonnamment, ce NIGHTMARE DETECTIVE 2 démarre non pas mollement ou de laide manière, mais dans une tonalité un peu neutre. Pas de faute de goût, certes, mais pas d'élans sublimes ou d'audaces formelles et/ou scénaristiques. Tsukamoto semble filmer son intro et sa mise en place de manière bien narrative, plutôt calme, en fait, l'air de rien. Bon, soyons honnêtes, à côté des dix derniers films art et essai chroniqués dans ces pages, c'est du Mozart, bien entendu. L'ami "risque-osé" aurait-il ravalé ses audaces, ou attendrait-il de venir au bon moment avec ses plans stressants, hihihi ?

 

 

C'est qu'il refroidit le chaland de manière opportune. On enclenche les vitesses tranquilou, pour appuyer le scénario, plutôt simple (et vous allez voir que ça, c'est une sacrée bonne option) qui joue sur la démission du héros. Mouais. Finalement, ce n'est pas un calcul si mauvais, d'une part parce que ladite introduction n'est pas interminable, et d'autre part parce qu'elle laisse ensuite place à un film plus dense et qui, lui, va se dérouler sous de tous autres auspices ! Et une fois que c'est parti, bah c'est parti, ça ne rigole plus du tout, et c'est déjà beaucoup moins sage. Amis du Cinéma, je vous dis bonjour !

 



NIGHTMARE DETECTIVE 2 déploie ses éléments narratifs et ses zones de sens de manière - à première vue - foutraque, dans un joyeux boxon comme disaient les jeunes en 1987, mais au final, même si certaines idées restent bien floues voire abstraites, le film n'est pas une mécanique si compliquée, et les enjeux, une fois identifiés, sont assez simples, voire proches du cinéma fantastique plus convenu, parfois. C'est quelque chose que Tsukamoto a déjà tenté, et je crois que c'est grâce à cette façon de faire qu'il arrive encore à faire des films. Souvent, les trames elles-mêmes sont assez balisées. Tsukamoto, par contre, contrairement à beaucoup de cinéastes à travers le monde, ne prend pas ces sujets pour pouvoir y mettre deux ou trois de ses grains de sable favoris. Non, lui, une fois qu'on lui a donné le chèque, il s'appuie sur le scénario tranquille pour plonger dans son univers habituel. C'est le scénario qui doit rentrer dans les vues et les obsessions du Monsieur, et non pas le Monsieur qui fait allégeance au genre et place une ou deux de ses figures de style en passant.

 

 



La première séquence onirique, assez calme, plutôt sobre en fait, est aussi assez surprenante par sa frontalité, et son jeu avec le cadre. Avec peu d'éléments, elle semble indiquer une espèce de soin maniaque, simple et gratuit, sans volonté d'en mettre plein la vue au niveau esthétique mais plutôt en se basant sur des idées simples : tremblé final, par exemple, et aussi le jeu avec le placement des actrices (dont la géographie, entre elles, est bien malmenée) qui doivent absolument se retrouver sur des endroits stratégiques des lignes de terrain sur le sol du gymnase ! Ca, moi, en bon fétichiste baroque, amoureux du gratuit, j'aime beaucoup.

 




A partir de la deuxième "mort" (vous me permettrez de ne pas en dire plus), les choses s'accélèrent. Finis le calme et la tranquillosité (yeah !) de l'introduction : Tsukamoto a déjà lâché à ce moment les chiens et sa mise en scène. Je vais expliquer tout de suite en quoi il fait cela, et à quoi ça ressemble, mais une remarque d'abord. On est, je pense, d'un simple point de vue de goût et d'esthétique (remarque personnelle donc !) assez en-dessous des TETSUO dont la tonalité archi-industrielle (au sens visuel, mais sans doute musical aussi) est plus proche de mes propres préoccupations. Fin de la remarque. Si vous voulez, d'un point de vue brut, c'est pour moi moins beau que les deux premiers films du réalisateur. Ceci posé, et là j'entre dans le vif du sujet, Tsukamoto charge suffisamment la barque pour faire quelque chose d'encore une fois étonnant. Ca va passer par plusieurs facteurs de mise en scène, à des niveaux différents d'ailleurs, mais dont la combinaison globale (et vraiment complémentaire) va faire que la mayonnaise du tonton nippon va prendre un tour très déroutant et imposer au film une tonalité et un rythme vraiment curieux.

 




Premier levier, le cadrage. Les plans les moins agités, sans être laids, sont non spectaculaires. Les autres plans, plus nombreux, et même de plus en plus nombreux par la suite (aidés en cela par une radicalisation du montage) privilégient des cadres assez crados, des mouvements assez malpolis et agités qui font bien chavirer la ligne d'eau du bocal. Le montage soutient l'effort privilégiant, mais pas systématiquement, les plans courts ou les plus foutraques. Dans les faits, c'est très simple, on est dans une logique du "tremblé". Un tremblement d'ailleurs bien excessif et constant qui contaminera presque (et seulement presque, car d'autres plans plus léchés, et bien léchés, seront mis en opposition à ces plans tremblés, et donc en exergue) tout le film au fur et à mesure, jusqu'à une forme assez impressionnante de chaos, quand le montage aura repris la suprématie sur le cadrage (dernière partie du film, et les vingt minutes après la deuxième "mort"). Cette logique de tremblé, je vais la comparer à celle de deux autres cinéastes. En fait, ce n'est pas une comparaison mais plutôt une analogie, car les trois cinéastes sont tous très différents, mais cette très grotesque et inattendue analogie vous donnera une idée théorique des sensations et du style du film (chose quasi-impossible à faire dans une critique !). Si les trois styles sont différents, il y a peut-être un effet de cousinage qui relie de manière théorique Cassavetes, Von Trier (dont Shinya est forcément plus contemporain), et Tsukamoto. Cassavetes est sans doute plus modéré dans son modousse opérandaille, plus à cheval sur un filmage classique, mais sa méthode n'en est pas moins iconoclaste. Chez les trois grands, on retrouve cette volonté d'appliquer au cadrage et à la mise en scène une esthétique à contre-courant, consistant à se réapproprier le cadrage et le mouvement et de les placer dans le cadre d'une esthétique non-pure, bousculée, un peu crado en quelque sorte, qui envoie balader (a priori) la composition classique. Le matériau de ces trois-là est un matériau brut, certes, mais qui vise justement un soin assez maniaque. Il y a cela chez les trois, parce qu'ils réorganisent leurs cadrages secoués du tournage, par une réorganisation suprême au montage (qui est chez tous l'étape ultra-décisive). On retrouve donc chez les trois, un filmage rock'n'roll et malpoli cherchant la rocaille plus que la taille du diamant pur. Puis, au montage, on retrouve cette volonté de réorganiser le matériau parfois non-noble (dans lequel on a déjà des choses magnificentes, particulièrement dans la composition chez Cassavetes,  dans le recadrage sauvage et l'utilisation mongoloïde des mouvements chez Trier) et de privilégier le rythme bien sûr, mais aussi, comme disait Rohmer ou Rivette ou un autre, de corriger le scénario ou plutôt de réorganiser la narration en la développant et l'approfondissant par le montage. On colle donc de manière hétéroclite, et on dépasse les éléments écrits au départ. Composition non-pure, montage comme élément suprême réorganisant tout (et même la composition des plans eux-mêmes, puisque la façon dont ils sont collés utilise une manière non ouvertement logique de faire du sens, et je dirai même plus une logique de déstructuration ou de poésie) et réorganisation de la forme (très) écrite de départ au profit d'une réécriture dans le collage qui désigne des façons inédites de faire sens.

 

 



Dans NIGHTMARE DETECTIVE 2, la chose est d'un chaos total, mais touchant, tant Tsukamoto non content de cette esthétique déjà bien rock'n'roll, utilise la répétition de manière systématique. Le film colle trois histoires (ou deux et demie) ensemble, alors même qu'elles sont assez différentes, de manière complètement artificielle. De plus, il répète sans cesse les mêmes cadrages déconstruits, mais aussi une scénographie de l'action assez particulière. Pour dire les choses grossièrement, on a l'impression nette et désespérante que ce sont toujours les mêmes scènes qui sont dupliquées. Il s'agit de la récurrence de la scène du gymnase, bien sûr. Mais finalement que voit-on dans le film ? Une exploitation répétée de façon éhontée  et complètement "absurde" (dans le sens de désespérante) de la même grappe de deux ou trois scènes, à savoir la montée des escaliers, l'ouverture de la porte et enfin le contrechamp qui suit (en général facteur de cassure).





NIGHTMARE DETCTIVE 2, ce n'est que ça : monter le même escalier trois mille fois, et ouvrir une porte. [Le film est rempli de plein d'autres éléments de double ou de répétition que je vous laisse découvrir.] Pendant vingt minutes, à partir de la seconde "mort" puis dans la dernière partie, on assiste alors à quelque chose de très troublant et de sublime : l'impression d'être dans un couloir cubiste de sensations déclinées ad libitum, sans espoir de sortie. Pendant une bonne demi-heure, Tsukamoto nous lessive, nous tourne dans tous les sens, comme s'il voulait appliquer cette technique de "tremblé" au montage lui-même et plus seulement au cadre. Ca marche redoutablement bien. Car, dans le chaos concret de ce long couloir sensoriel, les émotions ne cessent de nous harceler. La sensation de perdition est épouvantablement physique. Le temps (du film, du montage, du visionnnage...) semble vraiment s'étirer et se tordre. C'est sans doute le meilleur moment du film, et rien que pour ça, rien que pour voir et surtout sentir comme Tsukamoto réorganise ces matériaux pour en faire ce cauchemar sans fin, le film vaut le déplacement.

 

 

 

On retrouve cette sensation, je le disais, dans la dernière partie du film qui emboîte souvent le pas sur des éléments plus loufoques, et même une ou deux fois grotesques mais qui ne s'appuient plus seulement sur le côté heurté du montage. Entre les montées d'escalier et les ouvertures de portes (et les descentes !) incessantes, s'intercalent des plans "oniriques" plus travaillés, plus posés aussi, dont il sera quelquefois dur, sous leur apparente simplicité (et sous la simplicité réelle du scénario), de mettre le doigt sur le sens. En tout cas, entre quelques scènes plus classiques (dont la très belle montée en ascenseur qui appartient plus au film de genre, mais où on trouve un superbe plan faussement bâclé ; sauras-tu le retrouver ?), Tsukamoto lâche ses plans plus symboliques. L'histoire continue de progresser. Elle est simple. Il s'agit d'un deuil absurde, d'empathie trop prononcée et de violence sociale. Mais au fur et à mesure, il approche un sentiment plus diffus qu'il va réussir à imposer par ces images léchées qui auraient dû nous apparaître comme très kitsches. Je pense aux scènes de forêt avec ces trucages bien faits mais splendouillets, mais qui, dans le mouvement global du film, dans leur subtil placement narratif et dans le montage (tout cela est amené avec sensibilité et rythme) déploient au final une force énorme. Je n'en dirai pas plus sur ces très belles idées finales, complètement dévolutionnaires. En tout cas, j'ai trouvé bouleversante et vraiment belle (et très originale pour le coup) l'idée du "trou dans la forêt" et sa remontée désespérée et calme (avec un superbe contrechamp d'ailleurs), ou encore l'arrivée répétée du héros sur le toit de la maison (idée sublime), ou les descentes sous-marines où Tsukamoto menace (par la répétition, encore une fois) de mettre le film en forme d'une boucle impossible à arrêter. Du schéma d'enfermement et de répétition stérile et douloureuse de la première partie, Tsukamoto passe à une tentative laborieuse de brisure du cercle pendant laquelle la boucle se mue en une (d)évolution chaotique (les retours en arrière sont nombreux et douloureux), une évolution en colimaçon où l'on n'est jamais sûr que le disque soit rayé comme au début du film, ou si l'on continue d'avancer, idée d'autant plus magnifique qu'elle est relayée par une question bouleversante : comment refuser le scandale de la naissance ?!!?

 

 

 

NIGHTMARE DETECTIVE 2 nous donne l'occasion d'avoir des nouvelles de Tsukamoto, dont on sent cependant qu'il en a largement plus sous le pied, et nous prouve qu'il continue à travailler sa matière et qu'il remet en jeu, largement, son travail. C'est une honnêteté, pleine de risques certes, mais touchante, et c'est aussi une bonne nouvelle. Le cinéaste continue de bosser et sur des formes toujours chahutées, en recherche. Dommage qu'il faille aller dans un festival pour voir ce genre de cinéma, et que systématiquement ces projets plus ambitieux soient absents des salles.

 

 

Dr Devo.

 

 

 

PS : pour ceux qui ne le savent pas, le Concours Tanaka est ouvert ! Allez jeter un œil et amusez-vous avec rigueur !



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Mercredi 29 avril 2009

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[Photo : "Portugal" par Dr Devo.]




Le premier OSS... était quand même une bonne surprise, et malgré des lacunes énervantes, le film laissait transparaître une certaine sincérité et une fraîcheur agréables. Dans le paysage post-apocalyptique du cinéma comique français, OSS... faisait figure d'oasis grâce notamment à une large place laissée à l'absurde et à la mise en scène (ou au moins au visuel). Il faut dire qu'au milieu de l'atmosphère saturée par les comédies franchouillardes insipides basée sur un comique TV surpayé jouant ses meilleurs sketches casés à coups de pieds dans une ébauche de scénario filmé par un transfuge du téléfilm en état de grâce, la moindre idée un peu originale fait l'effet au spectateur zombifié d'une poche d'oxygène pure. Pour ce second épisode, on prend les mêmes et on recommence au Brésil.

 




On se fiche grave du scénario, aussi improbable que celui du premier film, mais ma conscience de critique m'oblige à vous en produire un résumé en bonne et dûe forme, par respect pour le travail remarquable d'adaptation des livres de Jean Bruce. J'imagine, n'ayant jamais lu aucun de ses livres, qu'un génie capable d'inventer un espion répondant au nom de Hubert Bonisseur de la Bath doit déployer un talent stylistique peu commun et sans aucun doute fascinant.

 




C'est douze ans après ses précédentes aventures en Egypte que nous retrouvons Hubert. En prise avec des Chinois dans un chalet suisse lors de ses vacances au ski, il est rappelé d'urgence à Paris pour une mission de la plus haute importance : remettre un gros chèque à un nazi pour obtenir des microfilms contenant une liste de personnalités politiques françaises de premier ordre ayant discrètement raccourci leur moustache en 40.  Très vite, la mission dérape et Hubert doit compter avec le Mossad, les Chinois, les nazis, la CIA, des hippies, des catcheurs mexicains et autres reptiles plus ou moins vivaces. Il réussit, avec le brio français qui le caractérise, à passer au travers de toute ces organisations afin de faire rayonner le prestige de la France du Général De Gaulle jusque dans les plus misérables favelas.

 




Malheureusement, la malédiction du deuxième volet a encore frappé, et ce nouveau OSS 117 pêche méchamment sur de nombreux points. La chose la plus grave, qui saute aux yeux tout de suite, c'est - comme souvent dans les films français - la mise en scène. Le constat est pire que dans le premier épisode. L'échelle de plan comme le cadrage sont, de manière générale, très décevants. Mais ce n'est rien en comparaison des insupportables split screen (sauf peut-être pour la scène du téléphone) répétés ad-nauséam pendant tout le métrage. On a bien compris que c'est de la parodie, merci. Là, le spectateur est vraiment pris pour un idiot. Ces maladresses handicapent sérieusement le film d'un point de vue formel, d'autant plus que les faiblesses de rythme égyptiennes ont fait le voyage dans la soute. Toutefois tout n'est pas à jeter, le film n'est pas dénué de jolies surprises comme "le coup du trapèze" ou la scène sur les bras de Jésus (plutôt bien spatialisée). De manière générale, on est au-dessus de la moyenne des films français, mais à vouloir trop faire dans le référentiel, on tombe dans les travers des films parodiés, et surtout les effets de mise en scène sont les mêmes que dans le premier volet. Si c'était drôle au début, ça suffit, arrête, ça devient relou !





 

D'un point de vue narratif, l'humour est lui aussi touché par cette "malédiction". Les gags  sont moins recherchés, et l'humour utilise souvent les mêmes ficelles un peu éculées à base du décalage entre Hubert le Français misogyne inculte, et le reste du monde. L'absurde si agréable du premier volet est bien trop rare, et le sentiment qui surnage est la beauferie crétine, un brin énervante du personnage de Dujardin (au demeurant assez bon dans son personnage, là n'est pas le problème). Ce brave Hubert est présent dans tous les plans, monopolise le film qui ne semble plus tourner qu'autour des ses vannes. C'est beaucoup trop écrit, l'humour visuel a presque disparu, des gens l'ont vu pleurer. Du film on retient surtout des répliques, et il est difficile de se rappeler d'une scène en particulier, d'un sentiment diffusé en loucedé ou encore d'une association contre nature.

 

Finalement, la recette du premier épisode n'a pas vraiment changé, les gens ne seront pas déçus. Ils retrouveront leurs pantoufles devant la cheminée, le feu les réchauffera, mais jamais ils ne feront l'amour à une sublime inconnue sur une peau de bête fraîchement tuée. La saveur piquante de la nouveauté disparue, l'ennui pointe pour le spectateur à la recherche d'aventure extra-conjugale à huit euros. Comme dirait mon pote John Weng Weng  : de la dinde.




Norman Bates.



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Lundi 20 avril 2009

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[Photo: "Des Fois, Je Suis Surpris" par Dr Devo, d'après une pochette de DVD du groupe Dark Age.]

Chers Focaliens,

 

Il fallait prendre son courage à deux mains pour aller cette semaine au cinéma. Mais nous le fîmes quand même, et faire un choix dans la track-list des cinémas art et essai ou du Pathugmont de la ville ne fut pas une mince affaire, et ce d'autant plus que des contraintes de temps nous obligèrent à réduire la liste des possibles...

 



C'est comme ça qu'on se retrouve devant le nouveau film de Sophie Fillières, UN CHAT UN CHAT, qui raconte les aventures de Chiara Mastroianni, une écrivaine déjà auteuse de deux livres mais qui est un peu coincée dans le moment, puisque l'inspiration lui manque et que le syndrome de la page blanche l'habite. Les choses prennent un étrange tournure lorsqu'Agathe Bonitzer, une jeune femme en Hypokhâgne, se met à la suivre, à l'épier, puis à interférer dans sa vie. Fan de Mastroianni, elle veut l'obliger à écrire son prochain livre sur elle (Agathe Bonitzer, suivez un peu !). Mais la romancière ne l'entend pas de cette oreille...

 

 



Même si on a hésité entre ce film et FAST AND FURIOUS 4 (rires), on peut dire que le film de Sophie Fillières annonce assez clairement la couleur. On est dans un film "à la française", de type art et essai classique, que les mauvaises langues qualifieront bien sûr de "Cinéma FEMIS". [Tiens, deux Focaliens tentent la FEMIS cette année ! Ca va donner !]. Economie de décors, plutôt réalistes, un peu de Paris, beaucoup d'appartements, et surtout des acteurs. La réalisatrice donne le "la" d'entrée de jeu. Si cette comédie semble plutôt terre-à-terre dans son modousse opérandaille, les dialogues et le scénario la placent dans une perspective plus surréaliste, plus loufoque où les jeux de mots et sur les mots sont incessants et teintent énormément un quotidien qui n'a l'air de rien mais qui s'impose assez vite comme totalement décalé, assez loin d'un réalisme qu'on pouvait craindre. Et c'est sûrement là le sujet de la chose : le chaos de la vie banale, son absurdité fondamentale, son opacité sémantique, et bien sûr, moteur de l'ensemble, l'insaisissable langage, impossible à appréhender clairement, plus vecteur de confusion que de compréhension. La situation de départ, la relation entre l'écrivaine et la groupie envahissante, sert de deuxième lame, et à travers elle se déploie une série de thèmes ou de figures assez identifiables : le double, le faux-semblant, l'inversion possible des personnages, le désarroi social, familial ou amoureux...

 

 

 

Pour mettre en place tout ça, Fillières utilise, chose de plus en plus rare, le format 1.66 que j'adore. Malheureusement, très vite, le compte n'y est pas du tout. Comme vous vous en êtes rendu compte, depuis un an et demie, voire deux ans, j'ai vu pas mal de films art et essai français, plus ou moins confidentiels, et je dois dire, en tant que critique cinéma au magazine QUE CHOISIR (c'est une blague, bien sûr), que les mesures effectuées en laboratoire montrent clairement que le film, sans qu'il ne bouleverse quoi que ce soit, possède deux ou trois micro-machins un peu au-dessus de la moyenne. D'abord une photo qui, sans rien apporter de bouleversant, est plutôt soignée au moins sur les deux ou trois premières bobines, car pour le reste, ça m'a paru plus fadasse (faute au tirage de la copie?). Non pas que la photo soit sublime ou même belle comme un camion Balbo, mais quand même, on est relativement au-dessus de la moyenne grisouille de la production françaaaaiiiiiiise. Côté cadre, je note que la réalisatrice ne fait pas que des gros plans. Bien entendu, françosité du françoisisme oblige, il y a, entendons-nous bien, un bon semi-remorque de gros plans, mais ceci dit, soyons honnêtes et laissons notre "ultrisme" focalien et de bon goût de côté, Fillières aère plus que ses collègues.

 

 

Voilà...

 

 

 

Sinon, tout le reste relève de la cataschtroumpf complète. Et encore Dieu sait qu'il y a ici dans le rôle principal notre amie Chiara Mastroianni, précise comme d'hab' ! UN CHAT UN CHAT est en quelque sorte typique et même si on n'est pas dans le fond du panier, il représente un cinéma tout à fait contemporain, totalement bâti sur les intentions et les idées-papiers. Globalement, premier écueil d'importance, le film n'a quasiment aucun rythme, non pas qu'il soit lent, mais dans le sens où les scènes s'enchaînent sur un rythme d'une grande monotonie qui jamais ne reflète le dixième de billionième des intentions surréalistes que la réalisatrice essaie d'insuffler à ses dialogues, qui pêchent de la même manière : le manque de saillies, d'achoppements et pourquoi pas  de contradictions.  On est bien loin du gourmandisme d'un Ruiz par exemple, mais alors trèèèèès loin. Ici, jeux de mots, jeux sur les mots, tentatives des personnages de se réapproprier le langage porteur de sens (beau sujet) ne constituent qu'un collier de perles égales, dures à s'approprier pour les acteurs, semble-t-il, qui jamais n'osent véritablement franchir un cap plus poétique, moins anecdotique. Peu de paradoxes achoppent par conséquent, et le film coule sans vraiment de conséquences ni ruptures, bien loin des ambivalences recherchées. Ces dialogues, travaillés pourtant, ne sont - il faut le dire - pas soutenus par la mise en scène, calmissime, très classique, qui jamais ne témoigne de la folie du projet de départ, et qui au final contredit complètement le propos. Le montage, parent pauvre pour le coup, semble, c'est bien le comble, complètement narratif et linéaire. Non pas qu'on souhaite ici la complexité et le récit multi-couche d'un FIRE WALK WITH ME de Lynch, bien sûr. Mais là encore, on se souvient de Ruiz. Ici, c'est du narratif, option qui alourdit bien le rythme, désincarne complètement le propos qui de toute façon ne prend jamais chair dans le corps et le cœur du film, c'est-à-dire sa mise en scène. UN CHAT UN CHAT est donc une espèce de lecture de projet, de chose suspendue dans un espace entre l'intention et l'action, et dont au final, malgré les prérogatives de la réalisatrice, pourtant assez marquées, il ne reste qu'un objet lisse, maladroit (j'y viens) et ne dévoilant pas une personnalité énorme (je parle du film ici, pas de la réalisatrice). On est très loin, malgré quelques effets (pluie impromptue, ou la belle poignée de mains hors-cadre de Mastroianni), d'une rencontre percutante. Le fadasse l'emporte, et le film sombre vite dans quelque chose d'anecdotique, sans conséquence, sans sentiment de nécessité.

 



La projection devient même lessivante car la troisième lame qui coupe le poil de l'envie, c'est vraiment les acteurs qui, hormis Mastroianni, sont vraiment difficiles, peu  sûrs, ânonnants, imprécis. Je les ai sincèrement trouvés épouvantables, notamment Agathe Bonitzer, ou encore Malik Zidi dont je ne conçois même pas qu'il se retrouve dans le casting de ce film. C'est du jeu de cours (Florent ou autre), peu aidé il faut le dire, par un choix de prises parfois surprenant, notamment dans la scène de la "colle".

 

C'est ce jeu d'acteurs qui déséquilibre le plus le film et qui a tendance à le faire tanguer du côté du ridicule. Si le film se plante pour des raisons de mise en scène trop faible, soit. Mais que le casting soit si uniforme, si laborieux à imposer la moindre nuance (sans parler de nuances multiples), voilà qui est plus surprenant. Le film étant pauvre ou discret dans sa facture d'autre part, la seule planche de salut, c'étaient eux, les acteurs, et on est là aussi trèèès loin du compte. Quasiment rien ne passe, et la vision du film se révèle tout bonnement laborieuse pendant une bonne heure, et terrible dans les ¾ d'heure suivants. La vraie énigme du film, c'est de savoir comment on peut financer ce film plutôt qu'un autre, et qu'est-ce qui a fait que tant d'options soient défaillantes sans que personne ne s'affole. Et que la presse, globalement positive, trouve la chose ludique et décalée laisse carrément pantois. On préférerait que le cinéma français se coltine d'autres problèmes, comme par exemple la recherche dans le rythme et l'exploration des textures, ou encore qu'il se demande comment imposer une forme plastique à des idées qui, trop souvent et ici on est presque dans la caricature, se bornent à des intentions prononcées, des dialogues explicites sans que jamais la forme, le tempo, la direction artistique ou les autres leviers de mise en scène (le son par exemple !) n'essaient de former un réseau signifiant.

 

 

 

 

Dr Devo.

(Critique en Grève)






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Mercredi 15 avril 2009

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[Photo: "Comptez vos poules!" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

 

Après la trêve focalienne pendant laquelle nous avons envoyé toute l'équipe en stage de méditation thoracique à La Bourboule, nous aurions bien aimé nous précipiter en salle à notre retour. Je serais bien allé voir SYNECDOCHE, NEW-YORK, le premier film de Charlie Kaufman, scénariste de DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH, car le casting était magnificent, et l'histoire superbement bizarre, semble-t-il. Juste avant de partir à La Bourboule, je savais que, dans ma ville, le film sortait. Je reviens la semaine suivante et bien sür, le film était déjà retiré de l'affiche dans le ciné art et essai où j'ai mes habitudes, un six-salles qui passe chaque semaine une grosse dizaine de films (parfois plus de 20 !). Pour vous donner un exemple, GRAN TORINO qui ne fait plus rien en termes d'entrées, garde encore ses cinq séances quotidiennes. UNE FAMILLE BRESILIENNE, sorti il y a trois semaines, film qui ne marchait déjà pas en première semaine, a encore deux séances ! Et SYNECDOCHE..., le film de Kaufman, n'avait que deux séances la semaine de sa sortie ! Le film étant sous-médiatisé, les fans potentiels étant à peine au courant qu'il sortait, et vu qu'il a été ici, et sans doute ailleurs, si bien défendu par les directeurs de salles, bah, il s'est planté, logique. Une semaine de vacances et zou, le seul film excitant du trimestre s'est volatilisé. Alors qu'on ne vienne pas me titiller avec le bouche-à-oreille (qui a quasiment disparu depuis 12 ans et qui ne fonctionne que pour les films sur-médiatisés), avec l'offre et la demande, etc... Philippe Grandrieux, Guy Maddin, Kaufman donc, Harmony Korine, Ulrich Seidl (réalisateur de DOG DAYS dont j'aurais bien vu le film suivant IMPORT EXPORT), autant de films, les seuls que je n'aurais loupés pour rien au monde, ne sont même pas sortis ici, un des plus grandes villes de France où on compte en centre ville 10 écrans art et essai (15/30 films par semaine). LA HONTE ! Par contre, le moindre film kazakh a le droit à une sortie sur tapis rouge, une exploitation de trois semaines et tout le toutim.

 

 

Spécial kass-dédi aux spectateurs qui continuent à aller voir les TULPAN et autres FAMILLE BRESILIENNE, faisant ainsi là où on leur dit de faire, et qui, par la bande, entretiennent le système !

 

 

[Note : en deuxième semaine d'exploitation, SYNECDOCHE, NEW YORK ne passe que dans dix salles, et mis à part le MK2 Beaubourg, dans les autres salles, en province, il n'a qu'une seule séance par jour !]

 

 

 

Alors plutôt que d'aller voir COCO, ou d'aller voir des films "art et essai" sans conséquence (le Benoît Jacquot VILLA AMALIA, ou encore UNE FAMILLE BRESILIENNE qui est tellement inconséquent que je ne vois même pas ce que je pourrais dire dessus dans le cadre d'une critique !), bah, on reste chez soi à regarder des films qui  ne sont pas sortis en salles (SOUTHLAND TALES, MOTHER OF TEARS...) ou les films qu'on a loupés pendant l'année ! Le monde est moche et injuste ? RESTEZ CHEZ VOUS ! Ne sortez que pour aller dans le Cashland le plus proche et acheter une belle dévédéthéque remplie de films sublimes à quelques euros pièce.

 

 

Que dire de UNE FAMILLE BRESILIENNE ? Bah, grosso modo, ce portrait d'une famille brésilienne (c'est bien foutu) qui met en parallèle le destin d'une mère célibataire bien mûre et de ses quatre fils,  se passe au Brésil et respire la brésilanité du brésilanisme. Il y a un petite photo ocre. Un cadre gentiment paresseux quelquefois, et très anodin souvent. Et une succession de scénettes mises bout à bout d'où rien n'émerge particulièrement.  Les deux ou trois endroits où la Métaphore reprend un peu le dessus (l'intro notamment, la fin bien sûr), les parallèles sont si attendus qu'ils endorment ou paraissent un peu vulgaires (le parallèle entre le foot et l'accouchement ! Misère... Le ballon quoi ! Le "miracle religieux", naïvement privé de contrechamp à la fin... Mon dieu. Que c'est terne !). Et bien sûr, la Maman-Courage au milieu de tout ça, et qui a d'ailleurs obtenu le Prix d'Interprétation lors du dernier Cannes, ce qui laisse supposer des négociations serrées au sein du jury, tant la performance de l'actrice est, au mieux, totalement anodine. Ce qui frappe dans ce film, c'est l'accumulation d'anecdotes, l'absence complète de suivi, et l'exploitation ultime du fantasme de l'objectivisme (« ..cinéma de fiction, cinéma de documentaire ! ») qui cache bien souvent l'utilisation de ficelles mélodramatiques ultra-classiques. Un exemple : la scène de la fête où le jeune héros footballeur fait une apparition et dont on sait dès le début de la séquence (dans la voiture) comment elle va finir et comment elle va mal se passer (les chaussures ! Ohhhhhhhhh ! Ils n'ont pas honte ! On le voit arriver à 3000 km !).



Une famille pauvre, une photo locale, la vie amère et douce, des scènes qui s'enchaînent interminablement, sans conséquence, une idée de montage révolutionnaire appelé "montage alterné", UNE FAMILLE BRESILIENNE, film même pas nul, juste complètement banal, n'a finalement aucune personnalité, ne choque rien ni personne, et a fortement le goût de carton. On peut monter les images dans un autre ordre qu'on aurait un film égal, ce qui est quand même le comble. Deux métaphores, des anecdotes de comptoir ennuyeuses à mourir, et un ou deux jeux de mise en scène pauvrissimes qu'on ressert 50 fois dans le film (le montage alterné, l'utilisation de la musique avec le son qui part en sourdine, etc...), et tout le monde au lit. Je laisse la lumière allumée dans le couloir pour que tu n'aies pas peur du noir. Pfff....

 

 

 

 Je rêve de bons films en salle, du genre avec une idée par plan... pas quatre en une heure et demie !

 

 




Dr Devo
(critique en grève...)






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Vendredi 10 avril 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi





[Photo: "La Solitude de l'Ouvrier-Critique" par Dr Devo, d'après une  photo du film CITIZEN DOG de Wisit Sasanatieng (Thaïlande, 2006).]





Ah ! Dragon Ball au cinéma ! Déjà l'objet d'un premier film philippin absolument bouleversant qui fit l'objet d'un texte sublimissime du Dr Devo (dont on attend toujours la suite), voilà donc la version américaine du manga-dessin animé-figurine du même nom. En fait, les Américains ont découvert récemment la série, qui n'avait jamais été diffusée chez eux jusque-là. Et comme personne chez eux n'a rien compris, ils se sont dit, pleins de bonne volonté, qu'ils allaient expliquer au monde ce que doit être Dragon Ball aujourd'hui, dans une société digne de ce nom.

 



En France, Dieu merci, nous avions déjà tout compris il y a bien longtemps, lorsqu'enfants nous suivions les multiples diffusions du fameux dessin animé à l'heure des chocapics. C'est sans doute  pour cela que la critique française s'est mis en tête d'accabler le film, considérant ce dernier unanimement comme un vulgaire nanar destiné aux jeunes gens n'ayant pas connu l'époque bénie du Club Dorothée, allant même jusqu'à refuser d'en parler (!). Cette attitude en dit long sur le travail de nos chers confrères, je relève donc le défi, je vais sans doute être le seul français à soutenir publiquement cette œuvre d'art total. C'est le poing levé que j'entame mon réquisitoire, jurés veuillez vous asseoir.

 




Goku est un jeune garçon mal dans sa peau : au lycée, les autres enfants se moquent de lui et il n'arrive pas à parler aux filles de sa classe autrement que via d'inintelligibles bégaiements. Pourtant, chez son grand'père, il pratique le kung-fu depuis sa naissance et a atteint un niveau honorable, ce qui en toute logique devrait lui attirer les faveurs des adolescentes de sa classe. Oui, mais voilà, Goku à été élevé dans le respect des croyances ancestrales par Papy : il a juré ne jamais se battre sans raison, et ce ne sont pas les crétins de sa classe qui vont le pousser à renier des valeurs pour lesquelles de nombreux héros ont donné leurs vies. Le jour de ses dix-huit ans sa vie va basculer : d'abord parce que Tchi-Tchi est grave bonne, et secundo parce que son grand'père lui a remis une boule de billard lumineuse avec des étoiles à l'intérieur. Invité chez Tchi-Tchi le soir même en remerciement du déblocage de son casier, il découche : c'est malheureusement à ce moment là que Piccolo avait prévu de débarquer chez Papy pour le maraver et détruire sa baraque. Piccolo, c'est une sorte de jedi maléfique qui aurait mangé des huîtres plus que de raison et qui voyage en hélicoptère, avec une garde du corps-secrétaire sexy qui se tape le sale boulot. Sur les ruines de la maison familiale, Goku rencontre une junkie qui cherche des Dragon Balls avec un GPS pour les revendre sur les marchés de Macao comme anti-stress. Ils décident de s'unir et partent à la recherche de Chow Yun Fat qui a sans doute les réponses à leurs questions, comme c'est bien trouvé. Effectivement, entre deux hors-série Biba Topless, il trouve le temps de lire des mangas et connaît bien l'histoire de Dragon Ball. Il fait quand même un peu de kung-fu avec Goku pour la forme et pour lui apprendre les secrets de l'aérokinésie, avant d'emmener tout ce petit monde à la poursuite des Dragon Balls qu'il faut impérativement trouver avant Piccolo et Eric Zemmour pour éviter qu'ils ne plongent le monde dans le chaos et la terreur.

 



Il serait bien illusoire de comparer ce DRAGON BALL EVOLUTION avec DRAGON BALL LE FILM, ou la série animée du même nom. Non, ce nouvel opus est bien au-dessus de tout cela, il transcende la mythologie créée pendant plus de dix ans par Akira Toriyama en 1h15 chrono. Et en dansant. L'action se déroule dans un monde futuriste, Goku n'est plus un enfant-singe et utilise du gel pour avoir les cheveux plats. A travers cette métaphore capillaire se cache tout l'enjeu de DB EVOLUTION : faire disparaître le mythe, faire évoluer les vieilles croyances, reléguer les gloires du passé aux oubliettes. Place à un nouveau champ d'action en gardant le même théâtre des opérations. Il faut comprendre le titre du film comme une évocation des théories Darwinienne : passer du mi-singe à l'humain total du XXIe siècle, celui qui a quitté la meute pour marcher seul au son de son I-Pod, qui a rangé le kimono pour l'attirail blingbling du clubbeur épicurien, bref, qui voit dans les Dragon Balls un brevet technologique rentable à long terme. DBE, c'est l'histoire du progrès fracassant la gueule des monstres sacrés, piétinant le jardin des religions, réduisant les besoins métaphysiques de l'humanité à la recherche de la stabilité sexuelle et financière. Bien sûr, le film est en avance sur son temps, et tous les spectateurs criant au viol de leurs souvenirs d'enfance sont par trop enlisés dans leurs rêves d'un autre âge. Si aujourd'hui le kamehameha est devenu une danse tektonik, c'est avant tout pour montrer l'influence de l'art sur la technique. Un bon combattant n'est plus un simple technicien, c'est un artisan ! Chaque minute de sa vie est tournée vers un but unique de dépassement de soi, d'évolution. Il faut lutter contre la part du loup (très belle scène de transformation), et le vrai combat ne se joue plus contre l'autre, mais contre soi-même.

 

Les enjeux dramatiques ne reposent plus sur la confrontation au Mal, mais sur la quête initiatique du héros. Le passage à l'âge adulte, la mort symbolique du père, la découverte de la sexualité et de son ambivalence à la mort, autant de thèmes graves abordés pour la première fois dans un Dragon Ball. Goku va découvrir, avec ses amis, à ne pas faire confiance à ses sens, à casser la gueule à ses détracteurs, et à utiliser son ki pour draguer. A partir de là, le film se permet le luxe suprême de faire fi des convenances matérielles et géographiques, en passant d'un désert à un volcan, via un coup de perceuse au fond d'une grotte. Il faut voir dans cette astuce narrative un clin d'œil évident à 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE : c'est en effet l'outil qui a transformé le singe en homme capable d'envoyer des représentants de son espèce dans l'espace (et de construire des Kangoo).

 



La fin du film confine au sublime. Elle n'est rien de moins qu'une proposition philosophique de vie pour les générations futures, un programme spirituel et physique vers le Surhomme. En cela, James Wong emprunte beaucoup à Nietzsche : la mort des méchants, quasi-divins, est un pas de plus vers l'abolition de la culpabilité et de la peur métaphysique. Avec les sept Dragon Balls réunies, l'homme se façonne Dieu, commande aux dragons de la destinée, et abolit la mort.

 




Évidemment, le fait que Tortue Géniale ne soit pas un vieux avec une carapace, ou que Bulma n'ait pas les cheveux bleus est bien peu de chose à coté de tout cela, et les hordes de fans criant au désastre pour ces détails narratifs sont passés totalement à coté de la symbolique proposée.

 




La mise en scène, pour finir, est en accord complet avec cette vision Darwino-Nitzschienne (si je veux) de l'Humanité. James Wong réussit un bel enchaînement technique d'images, et, comble du bonheur, sonorise le film tellement bien qu'un non-voyant pourrait suivre l'intrigue. Les effets spéciaux en 3D font appel à une large palette de couleurs variées qui réjouiront les aficionados des couleurs chaudes, comme ceux qui préfèrent Turner à Gaugin. Post-séance, le spectateur voyant est encore sous le charme chromatique du combat final, révélant la supériorité du bleuté sur le verdâtre. Le parti pris formel est étonnant et les traditionnels ralentis boulette-time sont très minimisés, l'ensemble des scènes d'action laissant plutôt libre cours aux pulsions frénétiques des caméramen bien décidés à représenter la violence sous la forme la plus abstraite possible afin, bien évidemment, que des jeunes esprits malléables ne reproduisent pas la pareille dans leur monde social. Que dire de plus ? Le montage, moelle épinière de la narration cinématographique, est très bien agencé : les scènes se suivent, parfois entrecoupées par d'autres scènes. L'introduction des personnages est très bien coordonnée : les premières scènes avec Goku sont sublimissimes et doivent absolument être étudiées dans les écoles de cinéma qui se respectent, notamment pour apprendre aux futurs réalisateurs la notion d'échelle de plan. Premier plan : une goutte. Deuxième plan : la goutte tombe d'un nez. Troisième plan : le nez appartient à un visage. D'une goutte, berceau de la vie, on passe à l'homme : évolution, CQFD.

 



De leur vivant, les artistes visionnaires sont rarement reconnus.

 

 

 


Norman Bates.



 


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Jeudi 9 avril 2009

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