Corpus Filmi

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(Photo: "L'Âne et mes Treize Lunes" par Dr Devo.)

 

 

Pour sa deuxième collaboration avec le réalisateur Steve Mc Queen, Michael Fassbinder joue ici le rôle d’un sex-addict dont nos confrères des tabloïds se feront une joie de vous faire le détail de la panoplie. J’ai envie de dire, à chaud, à froid, comme vous voudrez, que c’est non pas la partie la plus faible, mais étrangement la plus implicite. On n’est pas du tout dans la complaisance de l’accro au porno de type compulsif, ou plutôt si, et même en phase terminale -et c’est évoqué quand son boss lui fait l’éventail de ce que l’on a trouvé sur son disque dur de boulot-, mais cette addiction recèle bien d’autres ressorts. Dans les grandes lignes, notre héros est quelqu’un qui a "les moyens" de vivre sa "perversion" : grand consommateur de porno en ligne et de professionnelles, on ne sait pas bien ce qu’il cherche puisqu’il peut se lever quasiment toutes les filles qu’il veut (dans le métro, ou bien la blonde que son boss voulait se faire au bar, ou bien sa charmante collègue) et dans la façon très routinière où cela nous est présenté, on est en fait pas très très loin de AMERICAN PSYCHO mais sans le psycho, ou avec un psycho plutôt modéré, avec juste un peu plus de sexe que le Michel Blanc moyen.

 

Nous expliquerons bientôt pourquoi nous nous attardons tellement sur les considérations psychologiques qui vont suivre, mais au fur et à mesure que l’intrigue d’avance, et grâce à l’introduction du personnage de Carey Mulligan (dont nous apercevons enfin avec bonheur la petite chatte épilée, pour ceux comme moi qui ont étés déçus par DRIVE, enfin, de ce côté-là … –des questions ?) le film prend définitivement les atours d’une thèse de doctorat, et révèle son sujet principal : "l’amour au temps du capitalisme". Et c’est toujours grâce à ce personnage de petite sœur envahissante que se définit un peu plus le motus operandi du personnage de Fassbender, notamment grâce à la scène absolument GIGANTESQUE entre le frère et la sœur de dos sur le canap, révélant littéralement le gouffre existentiel qui sépare les personnages. Notre héros est juste quelqu’un qui s’est assumé en tant qu’adulte, et qui compose tant bien que mal avec les contraintes du monde tel qu’il est. La recherche de la jouissance à tout prix, et ce sont les seuls moments véritablement compulsifs, le submerge bizarrement à chaque fois qu’il est dépassé, c’est à la fois un exutoire et une façon de reprendre le contrôle sur sa vie. Et c’est avec ce point préçis que nous entrons seulement dans le cadre de la perversion.

 

Car le sexe est aussi un espace de pouvoir et de domination. C’est là également où il faut rendre hommage aux qualités d’écriture du film. On dit que l’un des effets pervers de la pornographie en ligne, du fait de la position du spectateur, est de couper les liens avec la réalité, car par définition, cela n’existe que pour "satisfaire une pulsion" et l’on craint evidemment de fait que ce soit la capacité même de l’individu à vivre un échange qui ne soit définitivement amputée, ce qui rappellons-le, est un enjeu crucial du XXIe siècle (la déshumanisation, d’accord soit, mais au profit de quoi si ce n’est la marchandisation de l’individu) d’ailleurs la question du sens de l’union est soulevée, et ce en plein milieu du film, au moment de la scène de dîner entre Fassbinder et sa collègue. Jusqu’ici tout va bien comme dirait l’autre, si ce n’est qu’au moment de passer à l’acte, notre héros se retrouve incapable d’honorer sa compagne puisqu’il se retrouve dans un espace dont il n’a pas l’habitude, celui de l’échange amoureux donc, celui où l’on domine tour à tour, et là voyez-vous ça ne marche pas et il est tout perdu. C’est là que la mise en scène intervient avec brio : quand justement il se tape une professionnelle juste après le départ de sa collègue. On pourrait croire que c’est pour regagner confiance à ses propres yeux, certes mais pas seulement. Car il se la tape, certes mais pas n’importe comment, je dirais même : contre la baie vitrée, comme cette inconnue qu’il avait entre-aperçue un soir de jogging tandis que sa sœur se tapait son boss dans ses propres draps. Et là, tout s’éclaire, le pourquoi des grandes vitres la garconnière, louée originalement en vue de ses ébats avec sa collègue (c’est là où –il me semble- le film rejoint brillamment l’ANTICHRIST de Lars Von Trier, car finalement les personnages sont "existentiellement" tiraillés entre le vital et le superflu, sous sa manifestation la plus ultime, la jouissance) et implicitement l’actualisation d’un fantasme. Et ça, en terme de profondeur de caractérisation, de personnage, c’est sublime. C’est pour ça j’ai comme envie de me moquer un peu, en montrant comme ça du doigt LA DELICATESSE à l’affiche à côté, avec Audrey Tautou.

 

 

Une des critiques les plus immédiates que j’ai pu entendre à propos de SHAME, c’était alors que j’étais encore dans la salle, au moment du générique de fin, comme quoi la narration s’ancrait volontairement, et un peu trop, dans "l’implicite", et c’est à mon avis le gros problème de l’Art Contemporain en général, quelque chose qui pourrait même faire frémir notre bon Docteur, car c’est le "mystère poétique" même qui est en jeu. L’ Art doit-il être/devenir Dogmatique, ne serait-ce que pour faire la preuve "qu'il ne dit pas n’importe quoi' ? Je pense également à un tableau exposé au Musée d’Amsterdam, tout en écriture anamorphique, qui, frontalement ne laisse voir que des motifs abstraits, mais sous un certain angle laisse entrevoir son message : "IL N’Y A RIEN D’AUTRE A VOIR QUE CE QUE VOUS VOYEZ". Bien sûr pour quelques-uns, faire usage du registre contemplatif pour donner une pseudo-profondeur à leur ouvrage relève de l’opportunisme le plus abordable –mais c’est loin d’être le cas du réalisateur Mc Queen. A l’image de l’héroïne incarnée par Sasha Grey dans l’avant-dernier Soderbergh, THE GIRLFRIEND EXPERIENCE, où une prostituée tombée une fois encore dans le piège illusoire du Grand Amour se retrouve conformée dans ses choix de vie, SHAME retranscrit avec brio, par le biais semi-prétexte de l’addiction au porno, la transformation – et ce à son corps défendant (je répète) – d’un séducteur en prédateur, et j’insiste sur ce point, qui est logiquement ce que l’on pouvait attendre d’un tel sujet, si ce n’est, et bien, que ce ne sont pas pour les raisons que l’on croit.

 

Certes il y a l’insatisfaction, qui devient frustration et génère la volonté de pouvoir, aussi dans ses pires moments, notre héros en manque de compensation au regard de sa propre aliénation, finit par marcher comme "un Dieu Sur La Terre", à moins que ce ne soit comme le Diable (la scène du doigt dans la chatte, où vraiment Fassbender laisse entrevoir son gros potentiel luciférien) ou bien comme le Père des Dieux Grecs, habité par une fringale gargantuesque : backroom homo, puis deux nanas en même temps. NB : Dans les deux cas, ne pas perdre de vue la tendance dominatrice du sujet, et en même temps la prise de conscience de la vacuité de sa jouissance, jamais au bon moment, jamais au bon endroit, jamais comme qu’il voudrait, bref, de  son propre cercle vicieux –mais c’est le "fardeau" de l’homme moderne n’est-ce pas, toujours trop loin, ou bien trop près de l’objet de son Désir. Et bizarrement, encore une fois, c’est au moment où il est dans la dispersion (le superflu) la plus totale que le vital se rappelle à lui, par le biais de sa sœur (attention spoiler, oui mais non c’était juste pour refaire à nouveau un parallèle avec ANTICHRIST. J’arrête là, on va croire encore que je fais trop mon malin). Mais par contre, dans ses bons moments, et bien notre Héros est obsédé non pas par le Sexe, mais par l’Amour, le Grand, le Gros, le Fusionnel, mais pour réaliser hélas, et c’est toute la trajectoire du film, que c’est un fantasme "comme un autre", et pour le prouver, le film s’ouvre et se referme sur les deux mêmes personnages : lui, et une inconnue, dans le Métral.

 

L’inconnue, fringuée comme elle est, renvoie à cet idéal doucereux-mode de la Bohème, et notre Héros qui lui est déjà un peu comme dans la chanson GRACE (des questions ?) de Jeff Buckley la désarme quelque peu en lui proposant le Grand Saut (pas celui-là, l’autre. Celui dans le Vide) malheureusement il (spoiler). Quand il la retrouve, ce n’est plus le même idéal, c’est le modèle institutionnalisé (avec plein de baleine morte sur la figure –c’est déstabilisant, je renvoie à ma description du début, on pouvait quand même espérer une Amoureuse De La Nature) y compris avec le Kit sur un doigt, et cette fois toute prête pour La Grande Ballade. Notre héros entre-temps a lui aussi bien changé, et grâce à l’intérêt du réalisateur pour l’éventail des expressions faciales de son comédien tout au long du film, on comprend tout à fait ce qui lui passe par la tête. Comme le dit Umberto Eco dans son livre LES LIMTES DE L'INTERPRETATION, pendant en quelque sorte de son best-seller des Facs L'OEUVRE OUVERTE : "s’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas faire dire à un film, c’est ce qu’il ne dit pas." et nous parlions d’implicite tout à l’heure, le seul passage  vraiment martelé dans le film, où l’on aperçoit donc un peu de porno, c’est quand le héros se débarrasse de ses revues, et c’est filmé comme les prises de drogue dans REQUIEM FOR A DREAM.

 

Etonnant non ?

 

 Nonobstant2000.

 

 

 

 

 

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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 20:22

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russell

[Photo: "Viol en égypte" par Norman Bates.]

 

 

Pour mettre un terme immédiatement aux reproches et réprimandes du style “vous écrivez rien pendant un mois et quand vous vous y remettez c’est pour parler d’un film sans intérêt” auxquels je vais inévitablement avoir droit, je vais vous répondre une chose simple : il faut bien manger et le film est d’un intérêt fulgurant.  Et puis aussi et surtout parce que j’ai fait l’effort d’y aller, j’ai fait la queue avec ton dentiste, ta secrétaire et ta collègue du bureau d’en face un dimanche pluvieux, je me suis tapé 20 minutes de pub et 10 minutes de bandes annonces de remake ou de suite, et des bien atroces s’il vous plaît. Mais il fallait que j’écrive ce que j’ai pensé, devant ce quasi absolue parterre de louange, jamais d’ailleurs pour de bonnes raisons (contexte social, film sur les banlieues, sur les handicapés, contexte de crise, etc...), pas pour taper gratuitement sur un film populaire, mais parce que c’est une situation emblématique de l’état de l’art et de l’importance qu’on lui donne en ces tristes temps.

 

Vous ne devez sûrement pas connaître : dans le monde du travail il y a une sorte de sacro saint rituel qui consiste à se retrouver entre collègue à 10h autour d’une machine à café (par ailleurs dégueulasse) et à échanger des conversations absolument banales à propos de la météo, des vacances au ski, de l’émission d’hier soir et du film qu’il faut aller voir. Et depuis quelques temps ce film c’est INTOUCHABLES donc, et quand même votre cercle familial se met à vous apostropher parce que vous n’avez toujours pas vu INTOUCHABLES en levant les yeux aux ciel style qu’est notre progéniture devenue, vous y allez indéniablement au bout d’un moment, ne serait ce que pour pouvoir dire tout le mal que vous en pensez ou juste pour avoir l’impression d’être bien avec le genre humain. Et devant le cercle médusé de vos relations-famille-connaissance, vous clouer à tout jamais sur le pilori du consensuel érigé comme vérité.

 

Parce qu’il faut les entendre les gens : du grand film humain ! Du film de société bouleversant ! Des acteurs brillants ! Qui traite avec légèreté de sujets gravissimes ! Applaudissements à la fin de chaque séance ! On vous promet tout : du rire, des pleurs, de la réflexion même ! Un débat sociétal allons-y ! Une révolution du style comique Français ! Toute classes sociales confondues, même parfois du bout des lèvres on s’extasie... on vous promet le grand soir ! Tous ces transports forcément ça intrigue. Bien sûr, je savais que je n’aimerais pas, et bien avant de voir le film : je déteste l’intégralité du casting de façon viscérale, le pitch suinte l’humanité à chaque mot et le simple fait même qu’il suscite autant de réactions positives ne peut qu’annoncer un pénible exercice marketeux bourré de compromis et de bons sentiments à la mode.

 

Avec autant d'à priori négatif j’aurais presque pu trouver le film bien ! Parce qu’après tout, tout ce que j’en attendais était bien là. Je retrouvais mon fidèle Noir de Banlieue, mon Bobo de l’île Saint Louis, mon handicapé “touchant de par son humanité” toute téléthon-génique, ma cité parisienne pleine de noirs, d’arabes et de drogues mais qui sont quand même bien sympa quand les gentils blancs qui veulent bien croire en leur qualités (comme faire rire) et en ligne de mire un programme tout à fait révolutionnaire : l’homme blanc riche handicapé comme moyen d’insertion du jeune scélérat de banlieue dans la France de 2011.

 

Ce qui est fort dans le film, c’est qu’il contient sa propre critique : certes on joue avec des clichés, mais l’humour en joue, s’en moque, tout le monde rit, même les jeunes des cités nous assure t’on. Bah oui puisque le film fait la par belle à tout le monde en créant un espèce de Bisounours-land ou tout se résous en riant et en dansant, à l’image de l'interprétation d’Omar Sy (de rien) digne des plus grandes heures de la représentation des noirs sous la colonisation, ce grand bonhomme musclé rigolard qui semble encaisser tout les maux possibles et imaginables derrière un immense sourire éblouissant, tant qu’il peut soigner son mal de vivre en écoutant de la soul music et en dansant pour la bourgeoisie hilare. En 2011 tout le monde semble prendre la chose comme la plus réjouissante de l’année.

 

Encore plus effrayant, si j’ai bien interprété le film, il semblerait qu’un noir de banlieue et qu’un handicapé valent autant l’un que l’autre dans la France de Nakache et Toledano,  c’est à dire pas grand chose, l’un comme l’autre étant incapable de faire quoi que ce soit (de bon pour la France j’entends, parce que sinon ils peuvent fumer des joints, conduire des grosses voitures très vite, échapper à la police, faire de l’art moderne) tout en étant INTOUCHABLES, c’est à dire des assistés juste bon à s’amuser au dépend de l’autorité et de la société. En gros le jeune de banlieue (qui n’a bien sur pas d’éducation, pas de cellule familiale) additionné a l’handicapé riche devient une sorte de combo gagnant du parasitisme dont il serait strictement impossible de se débarrasser : tout ce qu’on reproche à l’un est excusable par l’autre et vice versa. Là ou les riches sont discriminés (la cité, les HLM, les cuisines, pôle emploi), être accompagné par un pauvre est un laisser passer. Inversement là ou les pauvres sont interdits (la culture, l’opéra, les boites de nuits, l’école, les avions, la normandie, l’amour)  la présence d’un handicapé riche avec soi vous assure une bonne place. C’est bien simple, si tous les jeunes de banlieues poussaient les fauteuils des riches handicapés la société serait sauvée ! Les handicapés seraient à nouveau mobile, et les noirs ne voleraient plus de voitures, ils seraient chauffeurs. Ainsi les riches handicapés pourraient lire tranquillement de la prose pendant que les immigrés leurs laveraient le cul. Un film sociétal et révolutionnaire vous a t’on dit !

 

Ça c’est pour le scénario. Déjà on sent le malaise, mais ce n’est pas le pire. Dans une mise en scène atroce, digne des pires téléfilms (gros plans partout, montage inexistant, pas de respiration, pas de subjectivité... les reproches habituels), messieurs les “réalisateurs” expriment leur point de vue sur l’Art !! Rien que ça !! Et permettez moi de dire que ca dépote ! Passons sur les traditionnelles vannes sur l’art moderne, grosso modo tu peut peindre n’importe quoi à l’arrache et le revendre à des banquiers parisiens (ce qui est sans doute vrai, mais ce n’est pas la question), le gros problème c’est que les mecs qui se prennent pour des artistes, qui se prennent aussi pour les sauveurs de la France, pour des défenseurs des noirs et des handicapés, des rousses même (!!), qui alignent mondanités sur mondanités, tissent une histoire d’amour aussi pitoyables que leur confrères Parisiens et en sus, au milieu de tout ça, alors qu’ils ne sont pas fichus de  cadrer correctement François Cluzet faisant ses grimaces de paraplégique (et ils s’y mettent à deux en plus) tournent en ridicule toute forme de culture dans un nivellement par le bas des plus horribles. Il faut voir ce que dit le film : l’opéra, la musique classique, la poésie, les “classiques” sont tous “ringards“, aujourd’hui la reconnaissance vient par l’argent, la grandeur est bénéfique, la culture doit être populaire et dans l’air du temps, et pour bâtir cette France rêvée dans laquelle tout le monde pourra vivre en harmonie, ensemble, dans ce portrait dressé à grands coups de sourires, il faudra écouter le top 50 et regarder des films à 8 millions d’entrée sous peine de créer de l’élite et de la tension sociale. Il est de bon ton de payer une œuvre d’art cher, une voiture chère et tout signe ostentatoire de richesse est mis au même niveau que l’Art, une façon de montrer à tous sa réussite. Et surtout ne jamais réfléchir, ne jamais interpréter, juste danser avant la fin du monde. Notre vie est bien assez dure ! De plans en plans c’est l'effarement permanent : le gentil sauvage, l’apologie de la richesse, la culture dévoyée, apologie de la réussite personnelle et de la jouissance immédiate, INTOUCHABLES est un hymne aux bœufs, à l’inculture, un gigantesque mensonge qui multiplie en son sein les paradoxes et les clichés les plus grossiers, montrant bien l’absence totale de réflexion ou de remise en question de ses auteurs. Mais ça fait rire, ça rassemble les gens, ça les rassure sur leur propre connerie, c’est populaire donc forcément ne se réfléchit pas. Et pas grand monde pour dénoncer cet état de fait, parce qu’il ne faudrait surtout pas se mettre en travers de cette nuée de bœufs. C’est pour cela que l’opinion ne fait pas l’Art.

 

Tristement, INTOUCHABLES où comment l’uniformisation de la culture pour les masses crée un environnement commun qui permettra à tous de partager un point de vue qui nous rassemblera tous. Pensée unique, différences gommées, la France heureuse méritera de réussir ces weeks ends et de se payer un nouveau smartphone tous les mois. Et au comble du bonheur, elle regardera son voisin des cités en one-man show dans les théâtres parisiens. Avec peut être une larme dans le coin des yeux et une vague sensation de gravier.

 

Et pendant ce temps là, Kurt Russell est mort !

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 13:57

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mensonge

[Photo: MENSONGES ! par Norman Bates.]

 

  

 

Une famille américaine modèle, Papa, Maman et Brendan Fletcher dans la cuisine pour le petit déjeuner. Ca va fiston aujourd’hui ? Encore du jus d’orange ? Tu quittes quand la maison ? A ce soir mon chéri. Bonne journée papa-maman, c’est ça, à ce soir, on en reparlera.  Explosions, massacre, dégoût de la race humaine et bienvenue sur Matière Focale.

 

Alors oui Uwe Boll, certes, et un sujet gravissime : la société menacée par son plus parfait représentant, sans qu’on ne puisse rien y faire. Brendan Fletcher, famille moyenne et bien intégré, blanc, vivant encore chez ses parents à 26 ans, victime de l’ennui harassant d’une société fast food monotonique qui se résume à Vis, Consomme et Meurs en regardant Fox News, commande deux flingues sur internet, revêtit une armure cataphractique et solde son enfer quotidien avec un calme méthodique et une froideur glaçante. Certains jouent au Paint Ball, d’autres se déguisent en Zombies, ses potes s’indignent de la crise économique, lui cherche à massacrer le plus grand nombre de gens dans son centre ville un jour de semaine, entre le petit déj et le dîner en famille. Itinéraire d’un jeune normal.

 

Récit complet d’une journée à sécher la vie quotidienne, du lever au coucher. Caméra à l’épaule, filmé nerveusement style Spielberg dans ...LE SOLDAT RYAN les déambulations de Fletcher sont somme toute celle d’un jeune de son âge : se rendre au commissariat en camionnette, faire sauter le commissariat, marcher dans la rue, tuer les piétons, prendre un café, tuer le serveur, se rendre au boulot, tuer son boss, sortir dans la rue, tuer les piétons, aller au salon de coiffure, tuer les clients, etc... Monotonie on vous dit, comme ces vieux qui jouent au loto avec leurs gros feutres fluorescents alors que le monde prend fin devant eux quand s'égrène la litanie sans fin des chiffres tirés au hasard. C’est le thème central du film, ces vieux qui jouent au loto. La mort tout autour, ils notent avidement les chiffres qu’une speakerine déblatère ad nauseam, corps gris dans des vêtements trop larges, épaisse lunettes et les petits enfants le week end pour le barbecue. Au milieu du genre humain, le silence ponctué de numéros aléatoire et des bruissements des cases qui se remplissent. On ne peut pas définir la mort... on ne peut que l’approcher... et ceci définit notre présence humaine.

 

C’est comme dans l’album de Houellebecq, exactement la même chose. Tout disparaît au profit de l’informationnel ; bientôt le dialogue des machines remplira le cadavre vidé de la structure Divine, les gens se déplaceront courbé en silence avant de s’enfuir hors du monde. Une lente érosion de nos systèmes critiques, de nos moyens d’agir. Tous les combats se multiplient, l’humanité n’a jamais autant été célébrée : on organise des festivals pour guérir le sida, des lancers de ballons pour sauver des otages, le festif est devenu un animisme, tout comme la Terre. L’écologie triomphante remplaceras nos cadavres par des plantes, on s’indignera de tout en allant faire la même chose que les autres ! Dans le fatras d’informations émergent quelques data sensibles : des chiffres qui rempliront des grilles. Tout existe, tout à lieu, tout est phénomène. Sortir les flingues c’est une manière rassurante de se constituer une individualité en marge de celle des autres, de s’échapper du courant pour trouver un chemin unique. C’est une démarche existentialiste au même titre que de violer des enfants ou faire le tour du monde en voilier ; explorer des territoires inconnus quand tout est cartographié, que tout l’espace est rempli de médias informatifs, d’informations en direct et de chiffres aléatoires.

 

La mort même est partie intégrante du processus. Un mec armé peut faire descendre le chaos sur Terre dans ton centre ville, avec internet et une solide condition physique, un plan bien préparé s’il sort de nulle part assure un succès immédiat. Il faut juste choisir en se rasant le matin si on va travailler ou tuer 100 personnes. Le ciel est dégagé, les conditions météo agréables pour un automne bien que le ciel soit grisâtre, le taux d’humidité stagne dans les 60%, tous les gens veulent rentrer chez eux ce soir, en famille. C’est une affaire de chance et de hasard, et surtout être bien méthodique. Il ne s’agit pas d’un jeu ou d’être célèbre, c’est une occupation. Il n’y a pas de motivation particulière (les jeux vidéos, la politique, la télé ou la musique), non juste combler du vide. Il n’y a aucune revendication, aucun message. C’est pas une angoisse... c’est pas métaphysique... c’est la fin de l’Homme... il y a un alignement, un axe qui va de l’arme à la cible en passant par l’idée.. c’est horrible ce qu’il se passe non ?

 

Conçu comme un one-shot brut de décoffrage, RAMPAGE est le film le plus épuré de Boll ; pas d’effets débiles ostentatoires, pas un scénario qui part dans tout les sens, juste une idée et une caméra, et plein de choses à tuer. Bon c’est pas très bien foutu, les acteurs vont du convenable à l’épouvantable, mais le film est cohérent, et d’un seul bloc il exprime toute la frustration d’un gamin. La narration est même plutôt surprenante car l’intégralité du film est dévoilée dans les 3 premières minutes : tout le métrage ne sera qu’une redite constante, l’infernale répétition d’un plan parfait fruit d’un calcul méthodique assené avec calme et froideur. En fait on à l’impression que toute la mise en scène, tout le dispositif peut s’écrouler à tout moment, comme l'entreprise de Fletcher. C’est ça l'intérêt du film, ce qui fait qu’on ne sait jamais ou on va. Cette fragilité comblée par de la haine, qui conduit à choquer à tout prix, certes, mais à faire du cinéma quand même, au mépris de tout bon sens. Le film met en danger le spectateur, c’est pour ça qu’on est là. Pas de psychologie, pas d’explications, pas de morale, c’est une volonté versus un mur inébranlable et le spectacle de l’agonie d’une société mortifère. La créativité est morte quand on l’a proclamée, et loin de s’avouer vaincu Boll balance tout ce qu’il a dans une entreprise insensée et de mauvais goût, mais une entreprise qui suinte le désespoir et la sincérité. Un film malade, chaotique, qui a l’extrême horreur de ne se révéler n’être rien de plus qu’un film. C’est pas du Wim Wenders, c’est Luchini à l’île de Ré. On vous vend pas les grands espaces ou l’aventure, on vous met le nez dans votre banlieue bourgeoise ou il ne se passe jamais rien, et on vous tire dessus aléatoirement ! Gratosse ! Zéro espoir mon pote ! Le bon numéro, c’est tout... La grosse déglingue en somme.

 

 

 

Un film prémonitoire.

 

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 16:23

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[Photo, de gauche à droite : "Mes salutations, bonjour princesse, le retour de Diane Airbus" par Norman Bates.]

 

 

 

 

SUPER de James Gunn (USA 2011)



Pardon, docteur, pardon. Oui j’ai insisté pour qu’on aille voir SUPER, oui j’ai argué que James Gunn ne nous avait jusqu'à présent jamais déçu, chez la Troma ou ailleurs, et que malgré l’affiche et le buzz hipster autour du film qui te faisait peur (à raison je le reconnaît maintenant) je t’ai poussé à ce qu’on y aille.... Et dès le début j’ai regretté de t’avoir infligé ce calvaire, ce cadre tressautant et cette photo branchouille, cette mise en scène sans âme et ce manque total de couilles qui transforme SUPER en un calvaire indé’ de plus, dans la lignée d’un JUNO pour les rebelles, oui tu sais tout ces rebelles qu’on a vu dans la salles qui twittaient en direct de la projection sur leurs iphones avec des t-shirts Rob Zombie et des anneaux dans le nez.

 

Aujourd’hui sache que je regrette, au plus profond de moi même, de t’avoir infligé ce triste spectacle, toi qui te réveillait, à peine remis de ta nuit au Silencio où je dû venir te ramasser à la demande insistante d’un videur t’ayant surpris entre les seins d’une strip teaseuse camée qui t’admirait tellement... Qui pourrait résister ? Entre tes promesses d’un monde sans Nanni Moretti et ton plan marshall pour sortir de la crise en travaillant moins, tes mots cette nuit semblaient alors investis d’un sens sacré, d’une réalité primordiale, loin de la souffrance et des turpitudes du pavé Parisien. Après cette nuit semblable à nulle autre, j’imagine à quel point ce SUPER t’a paru creux et dénué d'intérêt, comme un pédophile castré au milieu d’un jardin d’enfant tu regardais les images défiler les yeux mi clos, luttant contre le sommeil, en attente du moindre signe qui irait rallumer cette étincelle dans le fond de ton regard livide, ce regard qui hier illuminait le ciel pluvieux d’un Paris moribond alors que tu battait le pavé d’un pas fougueux et déterminé pour rejoindre une quelconque personnalité en vue. Oui les incrustations à la JUNO ou la BO insipide à base de rock-pop indé différente à chaque séquence on du rendre ta gueule de bois plus douloureuse que jamais... A la fin de la séance, appuyé sur mon épaule, murmurant dans ton haleine fétide de vagues sentences plus ou moins cruelles, j’ai bien vu dans ton regard les reproches muets sanctionnant mes efforts pour te pousser à venir, “à 15h du matin” assister à ce pénible remake de KICK-ASS... Déjà tu n’aimais pas ce dernier car il tentait de dresser un portrait qui se voulait dérangeant du super héros, à grand coup de violence dénoncant la justice auto-proclamée, alors qu’en réalité le manque de courage pour assumer ce propos servait au final la soupe aux geeks fan de super héros et de divertissements fun et décomplexés... Et quand devant nous les mêmes défauts se sont reproduis j’ai bien compris que je t’avait perdu... Malgré tout, a coté de toi, j’essayais de rire avec la foule, parfois de bon coeur même, à quelques gags débiles qui ont toujours eu le don de me faire rire... mais j’ai ri aussi par gêne, devant l'interprétation sans finesse de Rainn Wilson ou devant la toujours consternante Ellen Page... Et que dire de cette fin detestable qui te fit t’effondrer de ton fauteil, comme terrassé par le poids du monde, comme si Nanni Moretti en personne s’était matérialisé devant toi, ce hoquet d’horreur quand tout ce qui aurait pu être sauvé se mit à basculer dans une indéfinissable mélasse tiedasse et racoleuse, qui se voudrait triste mais qui n’assume rien, manifeste d’un cinéma qui recherche à tout prix le “cool” pour plaire à un public de veaux qui mangent de la péloche comme des cochons à qui on donne les restes d’un festin, pour qu’ils chient ensuite sur allociné les meilleures répliques à grands coups de LOL...

 

Pardon Doc. Pardon. Aujourd’hui j’entrevois à peine les abîmes dans lesquelles tu errais. Mais pour te consoler, lis les paragraphes suivants, vois ce qui t’a été épargné, ce par quoi je suis passé, tout ce que j’ai traversé sans toi, comme un chemin de croix sur la colline de ma repentance... Vois, et si un jour tu oublies ce que l’on a traversé, ces écrits resteront à jamais comme témoignage de ces heures données au Cinéma, comme une offrande scellant un pacte passé depuis longtemps déjà dans une cathédrale obscure où les yeux humide tu assistais pour la première fois à la plus belle des Projections...

 

 




DON’T BE AFRAID OF THE DARK de Troy Nixey (USA 2010)

 

La nouvelle production Del Toro, avec Katie Holmes et Guy Pearce, réalisé par un auteur de comics. C’est dire si ça fait peur rien que sur le papier, et que tu te doutes que la salle sera remplie de nerds ventripotents. Tellement prévisible, et je serre les dents d’avance, seulement voila, les dieux en ont décidés autrement, ils s’acharnent sur moi les bougres puisque c’est la cérémonie de clôture et que je dois me taper les deux courts métrages lauréats de la compétition Canal+, Bolloré, Thalés, Areva, Dassault et Danone en sus. Ceux qui m’ont suivis en terres gauloises il y a quelques années pour le festival de court de Clermont Ferrand connaissent mon aversion pour les courts métrages : 90% de la production mondiale de court métrage est inintéressante au possible, et c’est tout le temps celle là que l’on montre. L'étrange Festival ne déroge pas à la règle malheureusement, et je prends mon mal en patience quand Madame Canal + annonce que le premier prix va à une oeuvre vagument anti-malbouffe (“vous ne mangerez plus jamais de hamburger après ça, hihihi”) et le second je m’en souviens plus.

Deux court métrage plus tard je retrouve une Katie Holmes toujours aussi mauvaise et un Guy Pearce en demi teinte et c’est dommage parce que Guy est un grand acteur. Ils emménagent dans un grand manoir loin de tout ET MEGA SURPRISE il y a des monstres dedans. Vu que c’est du Del Toro les monstres finiront en figurines dans la chambre de votre petits cousin, et le personnage principal est une petite fille incomprise qui s’évade dans l’imaginaire devant cette société occidentale futile et consumériste, et qui se retrouve parachuté dans un monde gothique peuplé de monstres. L’histoire ressemble à n’importe quelle autre production Del Toro, les décors aussi, et les effets spéciaux aussi.  Tout le monde joue mal, la fillette est insupportable, l’histoire est prédicitible de A à Z, le son est monté au maximum dans les basses pour faire sursauter le spectateur et les images de synthèses arrivent trop vite dans le champ pour que votre petit cousin se mette à flipper une demi seconde. Rajoutez à cela une photo trop sombre, un cadre pas très original (plutôt soigné en fait mais c’est très typé gothique enfantin facon Tim Burton ou Del Toro on a l’impression d’avoir vu ça 1000 fois) et vous aurez un sous LABYRINTHE DE PAN à éviter d’aller voir à Noël.

Pourtant, faire un film pour enfant “gore” était une bonne idée, il y a d’ailleurs ce décalage qui marche quelquefois et qui donne des choses plutôt belle dans la confrontation entre l’univers de l’enfance et une violence surnaturelle incontrôlable qui semble omnisciente, mais rien que l’insupportable jeu de la gamine fait sortir du film très rapidement, si bien que les intentions restent à l’état d’esquisses assez ratées. De même que l’explication mythologique à la con au milieu du film est une très mauvaise idée, car on avait déjà deviné le fin mot de l’histoire depuis la séquence d’introduction. Bref, beaucoup de maldresse, de redite ou de facilités et pas vraiment de surprise, pour un film qui mise sur les effets de surgissement c’est plutôt mauvais signe...

 




THE DIVIDE de Xavier Gens (USA 2011)

 

Le film d’ouverture du festival, en présence de Xavier Gens, réalisateur français dont les films ne m’ont jusqu'à présent pas vraiment marqué (HITMAN, FRONTIERE(S)) a une histoire plutôt hors du commun, puisqu'à la veille du tournage l’ensemble de la production s’est volatilisée, laissant une équipe sans argent au milieu des quatre décors du film. C’est les parents d’un stagiaire du réalisateur qui vont dans la précipitation sauver le film en acceptant de le financer. Paris risqué puisque THE DIVIDE est un film ambitieux, au moins sur le papier,  un huis clos ultra violent tourné dans un lieu unique, un abri souterrain, où vont devoir cohabiter huit personnes venues s’abriter suite à un bombardement. THE DIVIDE s'intéresse à la lente déliquescence de huit hommes (et femme) affamés devant survivre sans contact avec le monde extérieur. Le film va assez loin dans l’hystérie et la folie, et si on pouvait craindre au vu du passif du réalisateur que la réalisation s’embourbe et asphyxie le spectateur dans ces décors fermés, il est plutôt agréable de constater que la réalisation est moins pire que prévue, avec quelques mouvements de caméras et surtout une photo assez jolie. Le tout début du film marche plutôt bien, avec cette intro qui place rapidement le contexte, en 2-3 plans tout est dit. Bien. Malheureusement très vite la réalisation s’enferme a cause de caméras portée, de scènes d’actions au montage frénétique et de gros plan dans des dialogues en champ/contrechamp qui sont les véritables plaies du cinéma d’aujourd’hui et qui nuisent cruellement à l’ambiance. Il y a même un moment vers la fin où il se met à faire du Fincher, sans que l’on sache vraiment trop pourquoi : quel intérêt de faire un gros clin d’oeil alors que tout le reste du film est assez cohérent dans sa mise en scène ? mystère...

Si la réalisation pourrait encore (à la la limite) passer, le jeu des acteurs, lui, est désastreux. Tout le monde prend beaucoup trop son jeu au sérieux et patate dans les brancards à tout bout de champ. Il y a juste Laure Holden (en sosie de ma Milla Jovovitch) qui sauve un peu les meubles... Mais ce n’est pas Michael Biehn en sosie de Dr House rescapé du 11 septembre ou l'espèce de rockeur gay mais pas trop qui l’aident à s’en sortir. Même Arquette fait peine à voir, la faute sûrement à l’écriture désastreuse des personnages. Alors certes on ne tombe pas dans la psychologisation à outrance, mais c’est tout l’inverse : ici les personnages changent de comportement en un claquement de doigt, sans que l’on sache ni pourquoi ni comment. C’est plutot fâcheux quand la seule proposition du film est de les observer pendant 2h... Malgré tout, si il faut bien reconnaître un intérêt au film, c’est celui de ne jamais expliquer les tenants et aboutissants de la catastrophe. A la manière d’un Romero, on ne connaîtra jamais les causes ni les conséquences de la catastrophe, ni même l’identité des gens de l’extérieur.... et j’ai bien peur que ce soit la seule qualité du scénario, par ailleurs catastrophique, enchaînant les citations et les situations les plus prévisibles. Certes la dernière demi-heure parvient à instaurer un sentiment d’hystérie mais c’est tellement appuyé (à grand renfort de musique et de hurlements) que ça en devient éprouvant.  Alors oui ca va loin dans la violence, mais ca n’a pas l’impact escompté, la faute à tout ces défauts qui mis ensembles rendent THE DIVIDE bien anecdotique....

 

 

 

Norman Bates

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 15:57

Publié dans : Corpus Filmi

genion devo

[Photo: "La Droite du Christ Notre Sauveur" par Dr Devo, d'après une photo du délicieux Philipe Genion à travers lequel nous saluerons le peuple belge.]

 

C'est marrant, la vie, et c'est même "chouette" (en français dans le texte), comme disait la poète. Souvent, on se ballade la truffe au vent, en marchant à un bon rythme et en inspirant l'air de cet été indien qui n'en finit plus. Le sang coule bien dans les veines, le temps est devant nous. Une stagiaire bougrement exotique vient alors, sans qu'on ait encore ouvert la bouche, vous servir un verre de zizi-coincoin bien frais comme il faut, en calant vos coussins sur le grand canapé de cuir tanné (de l'école de Stradford, s'il vous plait!) sur lequel vous assoirez votre auguste fessier dans quelques minutes, afin de regarder un film dont vous tirerez une merveilleuse critique. Ce sentiment d'œuvrer au bien de l'Humanité tout en appartenant à l'Elite Divine est bougrement épatant, voire grisant.

 

Tout est possible, vous savez.

 

Et puis, presque par négligence, vos yeux se posent sur le dernier "film" français du moment. Une histoire de bébé et de scanner. "Cinéma exigeant et populaire", "ode pudique jamais voyeuriste", "cinéma plein d'humanité". Là d'un coup, il y a comme un frémissement dans l'air, une onde. Les oiseaux se taisent, les fauves se cachent mais sont prêts à bondir. Un discret renvoi gastrique vient vous léchouiller les amygdales. Une pulsation s'installe aux commissures.

 

Le geste est élégant car on reste gentleman, et dans un grand mouvement ample, notre trench-coat virevolte, harmonieux comme un lied de Wagner. En moins de deux secondes, je plante une cigarette, délicatement, entre mes lèvres et l'allume en faisant pivoter la tête du zippo avec deux doigts seulement, tandis que de l'autre main, un geste précis mais généreux me permet de dégainer le lance-napalm qui déformait à peine ma poche-revolver, et j'appuie, j'actionne, je pulvérise la gâchette (réglée la veille en position 3,5 aussi appelé "réglage mi-dur") qui cède précisément, répercutant ainsi la virtuosité de ma Justice sur le pauvre monde souillé. La réalisante n'a pas le temps de dire "Pitié" que déjà elle voit sa peau cloquer comme une vulgaire brûlure d'acide sur le bras d'un nourrisson sain. Le plaisir des choses simples me pousse ensuite à ne pas l'achever, mais à la laisser déambuler comme un pantin grotesque sur le parvis de la cathédrale, où son spectacle simple, juste et vulgaire édifie la plèbe. La seconde impulsion, plus large, en choral "bachien" en quelque sorte, condamne de la même manière comédiens et production, enfin réunis dans cette grande orgie des corps, ce peau-pourri de fleurs brûlées qui auraient pu, s'ils ne souffraient pas autant, leur rappeler la proximité de leur corps lors de la partouze de fin de tournage du dernier Christophe R. Une odeur de steak bien grillé sauce saignante, emplie les naseaux d'une foule qui fait "Oh" autant par surprise que par respect. Parmi eux, ceux qui ont vu le film se précipite sur les gendarmes pour emprunter leur arme de service (ou sur la boite à couteaux des restaurateurs alentours), et se suicident direc', d'une balle ou d'une lame dans l'œil, le canon ou le couteau suivant un angle d'un 40 degré expert qui n'épargnerait aucun cerveau qui voudrait résister au châtiment.

 

Les enfants pleurent de joie et applaudissent en frottant leurs deux paumes potelés  dans un geste hystérique. Pour eux, c'est la double-ration de dessert. Ils portent tous un t-shirt "Not In My Name". Enfin, bouquet final, ma deuxième entité, patriarcale celle-là, fait pleuvoir une fine pluie de merdre sur les suppliciés qui avant que leur cerveau ne s'éteignent visualise les mots "je pue". Ceux qui auraient voulu demander pardon ne le peuvent plus. Tout le monde est mort. Applaudissements.

 

 

Pendant ce temps-là, L'Etrange Festival propose des films, et pas seulement des récents puisque nous voilà, Norman et moi coincés, devant ALONE IN THE DARK, le film de Jack Sholder (et non pas l'homonyme création de Uwe Boll), présenté ici en copie 35mm, la classe, ce qui nous fera dire qu'on a fait déjà le bon choix. Les couleurs ne vont pas tarder à tourner, et qui pourra dire ce que sera cette copie dans un an ou deux. Sera-t-elle encore projetable? De fait, sans doute est-elle américaine ou anglaise comme le suggère l'absence de sous-titre.

 

Dwight Schultz (le Looping de L'AGENCE TOUT RISQUE, la série) est un jeune docteur qui s'installe en ville afin de travailler avec le Docteur-Psychiatre Donald Pleasance qui, comme son jeu l'indique dans une belle métaphore "à la ville/ à l'écran", utilise des méthodes peu orthodoxes pour soigner les malades mentaux dont il a la charge, dans sa clinique. Dans cette maison de fous qui rejette la médicamentation à outrance et compte sur le libre-arbitre des patients qu'on ne considère jamais comme inférieur (méthode un peu hippie, quoi!), rien ne se passe comme ailleurs. Seule concession faîte à l'académie de médecine par le Dr Pleasance, les patients potentiellement dangereux sont logés au dernier étage, et celui-ci est "bouclé" électriquement pendant la nuit pour éviter les bavures. Parmi ces patients, on trouve Martin Landau, une espèce de prêcheur, et Jack Palance ancien militaire, très tourmenté. Ces deux derniers sont persuadés que Dwight Schultz a tué le psychiatre qui officiait là avant lui. Schultz les rassure, mais nos joyeux malades ont déjà décidé d'agir et de se venger. Et ça tombe bien car ce soir, il y a de l'orage, les plombs sautent, et avec eux la sécurité électrique ! Le bain de sang peut commencer…

 

Présenté sous le nom DEMENT (c'est le titre français sur IMDB également), ALONE IN THE DARK est un petit classique des années 80 réalisé par le futur metteur en scène du sympathique (dans mon souvenir car je ne l'ai jamais revu) de THE HIDDEN.

Du slasher (enfin, du meurtre) bien tordu, des fous en libertés, un casting hallucinant et inattendu (enfin pour Palance et Landau au moins), tout cela fleure bon le film de série B des années 80. ça peut être rigolo.

Le film commence en effet sur une très belle scène onirique, très bien découpée et joliment cadrée et éclairée. En trente secondes et un plan, on sent le décalage: un ton relativement sobre, une jolie mise en scène disais-je, contrebalancés par un Donald Pleasance très extraverti (ou "qui n'y vas par le dos de la grosse cuillère" si vous préférez). Voilà qui marche à fond, me dis-je. Puis le film démarre et curieusement c'est encore une autre tonalité qui se déploie. La mise en scène est plus brut de décoffrage en quelque sorte. C'est direct, sans fioriture, ça ne cherche pas à faire du beau. Là aussi, c'est du rentre-dedans eighties. Moins léchouillé que l'intro si vous voulez. On découvre alors l'asile. L'association Schultz/Pleasance fonctionne très bien, le bon docteur Donald étant à peine plus sobre que dans la séquence de rêve face à un Schultz très premier degré, en contraste donc! La présentation des personnages est très didactique mais a le mérite d'être drôle et de mettre à jour les monstres sacrés Landau et Palance sous un angle différent de ce qu'ils font habituellement. Bien joué.

 

Du côté du ton, c'est assez étonnant. L'asile est montré de manière un peu loufoque, mais sur un ton un peu pince-sans-rire. Souvent Pleasance ou quelques autres (l'incroyable surveillant noir!) poussent un peu leur jeu sur le devant de la scène alors que dans l'arrière-plan, Sholder n'hystérise pas le contexte, plutôt normal si on veut. Il en ressort un joli effet de contraste, d'autant plus que la folie est présentée sans avoir l'air d'y toucher, mais sur le mode "entonnoir sur la tête". Elle est assez absurde, plus proche d'un décalage à la Lewis Carrol ou à la Monty Python (bon façon de parler, hein ! A l'anglaise disons. On verrait bien Eric Idle débarquer là-dedans) que les grands numéros cinoques à l'américaine. De ce fait, il se passe souvent des trucs sympas chez les figurants, à l'image de cette classique partie de criquet "inversé" ou de la répartie non-sensique de la fausse secrétaire (que Pleasance nourrit, la réaprtie, suivez un peu, dans une belle explication!). En bref, les personnages principaux peuvent parler psychiatrie au premier plan quand derrière un malade marche à reculons et se prend un lampadaire dans la chetron, c'est rigolo.

 

Voilà ce que j'appelle un bon petit savoir-faire. Avec peu de moyens, Sholder arrive à faire décoller sa petite entreprise sans soucis, grâce à une écriture maline, des comédiens qui n'ont pas l'air de s'ennuyer et une mise en scène relativement carré. C'est évidement le bon calcul. Le ton de guingois fait le reste.

 

ALONE IN THE DARK ne peut pas vraiment être comparé au beau LA NUIT DES VERTS GEANTS (oui, je sais, ça fait mal! Vive le distributisme français!) de Jeff Lieberman qui était une espèce d'épure très sèche du film d'horreur classique, avec quasiment plus rien (presque pas de dialogue par exemple) de superflu et de la mise en scène, de la mise en scène, de la mise en scène. Ici, la réalisation est plus terre à terre, et on ne peut pas dire que ALONE... soit sobre et épuré! Mais il y a en quelque sorte la même volonté de ne pas être du tout là où on l'attendrait, et, sans le renier, ce souhait de retourner le cadre du genre et faire les chose à l'inverse de la concurrence.

 

Ici, malgré la trame qui porte à sourire, et même le provoque (la situation est assez improbablissime) et l'humour incisif et décontracté, il finit par se dégager quelque chose d'assez glaçant et donc de plutôt indéfinissable que je subodore être rendu possible par un grand sentiment de liberté justement, ou plutôt même d'inattendu. Ce sont des choix discrets de mise en scène qui permettent la chose et qui rend le film assez indéfinissable pour un slasher qu'on attendait de base en plus d'être sympatoche. Ainsi (bonanga), Sholder perd par moment volontairement ses vedettes et pendant une bobine nous sommes sans nouvelles de ce porc de Pleasance (c'est juste pour le jeu de mot!), Landau et Palance (ce qui est assez croquignolet par endroit puisque cela permet de donner de la place à des personnages tout à fait anecdotiques et drôles comme la baby-sitter, la femme de Schulltz, et l'improbable voisin (tous joués de manière rigolote et dynamique, mais attention quelquefois au tractopelle). On s'attarde donc sur ces gens sans trop savoir pourquoi. C'est d'ailleurs dans ce type de séquence qu'on a les scènes les plus zarbies qui lui donne une drôle de petite trogne, au slasher. Le meurtre de la baby-sitter notamment vaut son petit pesant de cacahouètes: un couteau qui frappe au hasard en perçant le sommier d'un lit, façon dents de l'amer, et la jeune fille criant à qui mieux-mieux mais restant sur la surface ainsi définie par le jeu (le lit) alors même qu'elle pourrait gambader et fuir! Il y a aussi peu de musique, chose bizarre qui rend très bien. Et enfin, on peut également signaler l'absence de discours organisateur et moralisateur. ALONE IN THE DARK renvoie gentiment dos à dos les personnages de sa petite société. Les personnages sont souvent très sympathiques même dans leur pire accès de bêtise, et Sholder joue à fond la carte du détournement de convention, sans s'en vanter d'ailleurs (exemple: les meurtres drôles et stupidissimes des deux personnages noirs du film). C'est aussi un point commun avec le Lieberman de AU SERVICE DE SATAN (Toi aussi, tu es dans la région et tu cherches un titre débile et des filles sexy? Envoie "titre con" au 6-10-10 et des distributeurs de films professionnels s'occuperont de toi) dont on préférera le titre original SATAN'S LITTLE HELPER, à savoir le regard amusé sur une société qui s'atomise malgré les meilleures volontés du monde, et une ambiance bonne enfant qui n'empêche en rien d'ailleurs la délivrance au spectateur d'une bonne dose de suspens et d'angoisse. [Ce qui me fait penser qu'il faut que je vous parle de ZOMBIE OF MASS DESTRUCTION un de ces 4, un petit machin très social et assez rigolo qui vient de sortir en dividi.] Voilà qui donne au passage envie de revoir LA REVANCHE DE FREDDY, secondes aventures de Freddy Kruger, également réalisé par Jack Sholder et considéré injustement comme un des pires de la série.

 

Bref, ALONE IN THE DARK que je loupais lamentablement à l'époque des vidéoclubs et des boitiers thermoformés fut un très bon moment de cinéma populaire et bien fichu. Sa programmation dans la section "pépites de l'Etrange Festival" était une très bonne idée, et je me réjouis encore d'avoir pu profiter de ce qui est peut-être son dernier passage en 35mm sur le sol français. Il est très net que si je trouvais cette copie sous le sabot de Bourriquet, je programmerais tout de suite la chose dans une soirée BCMG dont j'ai le secret ! Car, ALONE... est un film comme on les aime: pas du tout cynique (comme les films de djeunz et d'horreur à la PIRANHA 3D), bien mis en scène sans fioriture, un vrai suspens, un réel sens de l'absurde et une authtentique sensation de liberté qui sent bon la tartiflette. Il ne faut pas non plus surévaluer la chose, mais ALONE... est un film qui bosse, sans donner de leçon ou rouler des mécaniques. C'est généreux. Ça nous change un peu, surtout quand on vit 30 ans après, et de l'autre côté de l'Atlantique. Cf. plus haut. On ne doit pas, mes concitoyens professionnels du cinéma et moi, avoir la même conception de l'humilité et de la pudeur. Et du cinéma bien entendu. En tout cas, une chose est sûr: il y a ceusse qui causent de cinéma et clament sur tous les fronts comment on doit le faire, et comment il le font super-bien (modestes en plus!), et il y a ceusse qui en font! Comme disait le général, "choisis ton camp, Camarade!"

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 17:31

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 


Même heure, même lieu, même visages, les jours se ressemblent à l'extérieur des murs souterrains du Forum des Images, rue du cinéma (s’il vous plaît). A l'extérieur le quotidien souterrain blafard du parisien pressé type, à l'intérieur l’effervescence de geeks courant chronomètre en main de séance en séances pour essayer de voir le maximum de film et ainsi remplir leurs blogs respectifs de critiques des toutes dernières productions underground évaluées en fonction du “fun” afin de voire si c’est vraiment du “délire” ou bien si c’est complètement “hallucinant”. Au milieu de cette fourmilière il y a deux individus singuliers qui se démarquent, un couple qui dénote à la fois du hipster moyen qui attend sa séance en sirotant un jus de fruit bio devant son Mac au bar du festival et du traditionnel barbu chevelu de festival arborant des t shirts de groupes de métal, de film obscurs ou de jeu vidéo. Ce couple dis-je, qui n’est malheureusement pas le Dr Devo et votre serviteur, n’est autre que la trop rare Lucile Hadzihalilovic et Gaspar Noé qui attendent devant moi de rentrer dans la salle qui projette PISCINE SANS EAU.


Alors évidemment toute cette intro pour placer des infos people vous devez sûrement vous indigner derrière votre écran en vous exclamant que vous ne reconnaissez plus votre blog préféré. Que sont devenus les valeurs que nous défendions vaillement hier, aucun honneur, aucune dignité, représentativité bafouée, etc, etc... Vous vous indignez, et vous avez raison, c’est devenu à la mode, s’indigner pour tout et n’importe quoi. Seulement le but est tout autre, puisque c’est cette même Lucile Hadzihalilovic qui va nous présenter le film en termes fortements élogieux, nous préparant à encaisser un des plus gros chocs de ce festival. Bah oui, PISCINE SANS EAU est un chef d’oeuvre, je ne vous ferait pas attendre plus longtemps, arrêtez tout et allez acheter le DVD (et ne lisez pas la suite). Cerise sur le gâteau, le film est projeté dans une très belle copie (peut être bientôt dans un BCMG).


Il est assez difficile de décrire le film. C’est l’histoire d’un poinçonneur qui va transcender son existence de petit salarié misérable en violant des femmes endormies, mais dire ça c’est passer à coté du film. C’est plutôt une histoire d’amour profonde et intime entre deux personnes que la société sépare complètement, ou encore l’histoire d’un artiste qui se construit en se marginalisant. Des thèmes assez classiques somme toute, mais c’est le traitement incisif et insolent de Wakamatsu qui donne tout son piquant à l’oeuvre. Même si c’est un de ses films les plus grands publics, c’est la grande qualité d’une mise en scène sensuelle (ce qui est délicat vu le sujet) et totalement irrespectueuse qui donne une force considérable au film. La scène de fin est sidérante et hante longtemps après la projection... En fait, ce qui intéresse Wakamatsu c’est de montrer comment la société au sens large (les règles de la communauté, y compris religieuse) est un compromis dérisoire inadapté à un épanouissement que l’on pourrait qualifier d’existentialiste. En gros il veut prouver en bon anar qu’une PISCINE SANS EAU n’est pas une piscine vide, et pour cela il prend un individu lambda qui ne devient pas fou, qui ne devient pas psychopathe, qui devient humain au sens existentialiste ; c’est à dire dans une indépendance totale de pensée et d’acte. Et cela à l’instar d’une société bien pensante qui est au fond malade : pour cela il oppose l’individualisme à l’existentialisme via cette histoire d’amour improbable entre le violeur et sa victime, victime individualiste car  totalement passive, vivant seule dans une grande maison, au mépris de ses aspirations profondes ce qui du coup donne au viol l’aspect d’une libération douloureuse. Dans les faits ce sentiment violent n’est pas traduit par de l’érotisme outrancier ou  de la violence graphique (PISCINE SANS EAU n’est pas une boucherie) mais au contraire par la plus extrême douceur : Wakamatsu prend le spectateur à contrepied et le confronte à un choix fondamental : continuer à subir un système écrasant (le travail, le couple, la famille) ou se libérer en perdant tout, en adoptant la marge, en risquant sa vie et en choquant la “bonne conscience”. Sans eau, nager quand même.


Pour cela le réalisateur utilise avec humour et sensualité les codes du film érotique, en en jouant pour mieux surprendre le spectateur. Par exemple il enlève le son sur une scène érotique et brutalement le malaise se fait sentir ; au contraire il balance du synthé et des éclairages artificiels pendant un viol et joue sur une symbolique phallique vulgosse (la seringue, la grenouille, la petite fille, autant d’indices graveleux de la mutation) pour désamorcer un propos ultra glauque. Une scène d’inceste qui passe tranquillou, un truc impossible à faire à l’époque des indignés style chienne de garde. Il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas de la provoc’, rien n’est gratuit. Le cheminement du personnage est douloureux, mais en rapport avec la société japonaise telle qu’elle est montrée c’est un chemin de croix courageux et délicat. Il ne s’agit pas de trouver le bonheur, ce combat futile des milieux bourgeois, il s’agit juste de respirer. Sans eau c’est quand même plus pratique.


Et le montage tout en finesse, l'interprétation impeccable de l’acteur principal (une rock star japonaise, comme quoi), les jeunes asiatiques à poil (et poilues de la chatte), cette propension de faire de toute relation humaine une confrontation sexuelle qui va du vulgaire au sublime et où l’amour est un fantasme de rébellion, qui grandit dans l’absence, caché par un masque, anonyme parmi les anonymes, pour toute ces raisons et pour des centaines d’autres, PISCINE SANS EAU vaut que l’on s’y plonge de toute urgence.


 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 17:25

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

Le message est en demi-teinte, l’information s’est répandue, le mot est passé : l’équipe de Matière Focale parcourt avidement les marches du palais souterrain du sacro-saint des festivals. Des yeux partout, des oreilles dans tous les coins, la truffe humide, on cherche la pépite, de séance en séance, de salle en salle, au gré des rencontres et des célébrités underground. Souterrains mais lumineux, nos égarements nous mènent aux confins les plus reculés du cinéma, là ou les programmateurs de l’étrange sont allés dénicher LE film qu’il faut voir en ce début d’année, à l’autre bout du monde aussi bien qu’en Belgique, au péril de leurs vie et même quand la société s’y oppose. On poursuit nos égarements et depuis MEAT il s’est passé des choses, dans l’ombre, sur d’autres réseaux avec d’autres acteurs. On laisse un instant le Dr Devo avec ses groupies hystériques pour se pencher sur ni plus ni moins que la résurrection de la HAMMER et la Fin Absolue du Bon Goût.


 

WAKE WOOD, le réveil dans les bois, ou comment passer de l’horreur gothique à l’ancienne à un cinéma prenant place dans l’Angleterre (Irlande) de Cameron en plein exode rural, sur fond de HAMMER nouvelle qui tente de ressortir de la forêt avec du bois vert. Nouvelle ambiance mais même volonté d’en découdre avec le classique de l’horreur, ici les mythes druidiques  celtiques d’un village rural bien comme il faut, avec gentil maire protectionniste et gentille mère protectrice. Quand la petite fille meurt, c’est vers des coutumes millénaires et des rites païens que le jeune couple se tourne pour faire revenir l’être aimé.

Si on pense évidemment à THE WICKER MAN ou à SIMETIERRE dont il n’emprunte pas que la thématique, le film se démarque légèrement des ces références pour nous la jouer nouvelle donne : Alice porte un ciré jaune et elle n’est pas contente, les rites ancestraux se font à la bouse et la résurrection de la HAMMER ne se passe pas comme escompté. Classique dans son scénario, se voulant moderne dans son approche, le film n’arrive guère qu’à faire frissonner à de très rares occasions, principalement au milieu du métrage quand Alice ne sort pas de répliques ratées du style "Viens faire un câlin à Maman" à la lisère d’une forêt mal éclairée. Passons sur l’introduction désastreuse à tous points de vue où l’on sait dès la première image ce qu’il va se passer et où l’on nous le montre, avec force musique et montage alterné vu approximativement dix mille fois, une scène se concluant sur un accident atrocement hystérique, sans doute pour pallier au manque de moyens. Par la suite, le cadrage se fera plus intéressant avant de sombrer totalement vers la fin, le réalisateur étant manifestement perdu et ne sachant pas vraiment  sur quel pied danser. Le film aurait gagné en étant moins long, en commençant directement sur l’accident et en conservant le mutisme mystérieux d’une petite fille diabolique… On sort vite de la salle, et pendant que je laisse le Dr Devo aux mains sulfureuses de Boyd Rice, je m’envole pour le Japon.


 

J’atterris devant MILOCRORZE, ovni qui me conduit très loin dans le mauvais goût japonais puisqu’il me sera infligé pendant une longue heure et demie les déambulations fluorescentes et atemporelles d’un héros kitchissime tour-à-tour conseiller en drague, samouraï en Fuji-pyjama et grand enfant au cœur brisé. Le film ressemble à un épisode des Télétubbies ou à une émission de télé-achat, je ne sais pas vraiment. J’essaye de suivre une  narration plutôt intéressante faisant fi de tout repères temporels à grands coups de flash backs en escalier (des flashs backs dans d’autres flash backs si bien qu’on ne sait jamais quand on se situe) et de raccourcis absurdes (on suit une action qui en croise une autre qu’on suit alors avant de revenir au bout d’une heure à l’action initiale), bref mes yeux saignent un peu mais je suis maintenu en hypnose par des scènes de danses entrecoupées de film, l’EXPERIENCE se passe, tantôt conte pour enfant, tantôt nanard assumé pour fana d’anim' japonais, c’est pas vraiment désagréable au début, plutôt original, mais rapidement l’expérience devient insupportable…

Insupportable car toutes les bonnes idées sont abandonnées manu militari au bout de 40 minutes pour faire un film de sabre façon KILL BILL pour mongolos, assaisonné à grands coups d’effets After Effects et d’incrustations infographiques laidissimes. C'est insupportable car la narration et l’absurde laissent place à un récit linéaire et ultra-cliché du pauvre héros énamouré qui cherche sa fiancée tout en devenant plus sombre et adroit, le tout sur une insupportable musique pop japonaise. Bref je sors de là avec le cerveau en bouillie, la vague sensation d’avoir mangé trop de barbe à papa et d’en être écœuré pour la vie.


 

Le monde souterrain paraît bien fade après avoir subi une heure et demie de cauchemar épileptique, et alors que les allées du festival se vident et redonnent au silence la place nécessaire à l’intériorisation et à la paix intérieure, j’émerge peu a peu du cauchemar au milieu des derniers nazis et me dirige dans les venelles obscures à la recherche du Dr Devo….




 

A suivre.

 

 



Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 14:55

Publié dans : Corpus Filmi

BannièreEF2011 matierefocale

 

 

 

C’est à peine sorti de l’avion et sans avoir de pitié pour aucun jetlag que je dois repartir dare-dare à l’autre bout de la capitale dans les locaux de Matière Focale pour une conférence de rédaction improvisée dans la vieille biblitothèque. Enfin, assis dans le fauteuil en cuir de vachette tannée style néo-elisabeth, épaulé par mon vieux Mc Callan dans un verre étrangement large, la causerie commence et je comprends vite de quoi il en retourne. C’est l’Etrange Festival depuis le week-end dernier à Paris, et grosso modo, au lieu de claquer Emile et des cents sur une plage privée du Pacifique aux frais de la boîte, il serait déjà plus opportun, voire "coolosse" comme dit le jeune stagiaire geek, qui en plus de toiser le supérieur n’a pas dû beaucoup jouer au Vocabulon, il serait bath, donc disais-je, voire limite épatant que je me prenne une douche fissa et saute dans le premier taxi venu. Et puis voir des films, accessoirement...

 

 

Voilà qui me met moyennement d’humeur, mais il faut montrer qui est le patron. Je change de Smalto, m’ablutionne soigneusement, puis me "trime" rapidement le nose. Un fragrance italienne sur le poitrail, et le tour est joué.

On n'arrive pas à "l’Etrange", comme on dit dans les introduits au jargon, habillé comme une semi-cloche. On se sape au contraire, si possible épuré mais précis. Sans chichis ni adverbe en quelque sorte. C’est tout moi.

 

J’ai la dent dure. Je suis connu pour ça. On dit même qu’au fond, je suis mauvais, un espèce de cancer. J’opine de là où vous voulez. Plus que les stupidités de l’année à venir qui sera riche en conneries diverses, et qui plus est, en année cinématographique encore une fois médiocre, l’Etrange F. a bizarrement le goût du divin sur lui.

Je hais les festivals, on est d’accord. C’est horrible. Toujours les mêmes films. Quelques machins qui ne seront, hélas parfois, jamais distribués et les fameuses "bêtes de foire", ces films qui sont sélectionnés partout, et parfois raflent des prix par centaines. Ca prouve la médiocrité des festivals. J’ai toujours l’espoir, à chaque remaniement, qu’un Ministre de la Culture ait le courage de les interdire une fois pour toute. Au moins, en France, ça serait un début, ça montrerait un exemple décent. (Les festivals musicaux pour d’autres raisons aussi ! Mais c’est un autre débat, je passe.) Ce que prouvent la programmation des festivals et leur liste de prix est trèèèès simple : c’est toujours les même bouzes sélectionnées, et les prix vont au médiocre presque à coup sûr. Voilà pourquoi un petit plan quinquennal bien destructeur dans le domaine donnerait de l’air à tout le monde.

 

Heureusement, l’Etrange, c’est l’exception sublime... C’est l’accident. Tiens, une année on a vu le western magnifique de Andy Warhol (une copie dans le monde !). Une autre fois, il y avait une rétrospective sur un Allemand inconnu : Schlingensief qui a eu le mauvais goût de nous quitter il y a peu... On se pointait aux projections, les mains dans les poches et les films sublimes du teuton nous tombaient sous les doigts comme une évidence ! Une semaine de grâce ! La classe totale. Et c’était une bonne idée d’être là : les films de Schlingensief, jamais distribués, ni en salle ni en dividi, ne sont jamais repassés. Même sur Arte qui a soutenu le bonhomme à une époque, ils ont rediffusé une émission télé sur lui, mais aucun de ses films ! Tu vois le genre, chère lectrice ? Le gros courage ! L’éthique !

 

Pour ces raisons très précises, l’Etrange est sans doute le seul festival français digne de ce nom. Et c’est le seul à avoir une programmation, attention, tenez-vous bien, une programmation, dis-je, faite de choix !

 

A bande d’entendeur ! Comprend qui veut ! Fin de l’acte 1. Nouveau paragraphe.

 

 

On commence par MEAT, film hollandais dis donc, coréalisé par Victor Nieuwenhuijs et Maartje Seyferth, déjà responsables, paraît-il, d’une adaptation de VENUS IN FURS.

Ici, ça sera du pareil à l’hymen, c’est-à-dire à poil laineux. Dans une belle boucherie épurée, où on vend d’ailleurs du mouton, d’où ma remarque, le temps est rythmé par les remarques salaces du boucher et ses mains qui ont envie de ballade. Un grand et gros gars, assez mastoc, qui débite la côtelette et les quatrains érotico-déplacés. Poèmes pleins d’humidité généralement destinés à la jeune et blonde stagiaire, mutique et mystérieuse mais qui se refuse à toute approche. Pas grave, le boucher se rattrape sur la secrétaire-comptable-je-ne-sais-quoi, femme mûre dont il travaille le berlingot tranquilou dans la la chambre froide entre deux clientes. Enfin, il y a le gérant, jeune gars qui se frotte aussi à la secrétaire ce qui rend trèèès malheureux le boucher... Mais au détour d’une soirée les choses vont changer brusquement : des verrous vont céder et du sang va couler...

 

L’avantage de passer d’une plage paradisiaque dans une hémisphère autre à l’Etrange Festival en seulement quelques heures, c’est qu’on arrive devant le film absolument vierge de toute pré-impression, la tête non-polluée par la rumeur ou un film-annonce ou que sais-je. On en sait même pas de quoi ça va parler, et c’est bath.

 

Récit de boucherie, MEAT est aussi, ce que mon résumé ne montre pas une seule seconde, une construction décalée et étrange. Des décors assez épurés mais très construits (surtout la boucherie évidement), et une espèce de double-intrigue puisque l’action et les errances des personnages en boucherie est interrompu, en montage quasiment alterné (et assez longtemps d’ailleurs, même quand tout pourrait fusionner) avec des séquences nous montrant la vie et le travail d’un homme aussi gros et âgé que le boucher, apparemment aussi dépressif que lui. Un inspecteur de police, un gratte-papier, double, autre chose encore ? Au début, c’est assez indéfini. Bref. On observe cet étrange défilé de scénettes, épurées certes, lentes, et qui essaient de provoquer une gène et une émotion. Le parti-pris est de regarder les choses de manière absolument pas naturaliste, en faisant un pas de côté pour ainsi dire. On sent qu’aux odeurs des fluides corporels vont se mêler des effluves de Mort ! La chair attire et déçoit dans MEAT. On essaie de se rejoindre dans le coït, mais tout cela a dès les prémices un goût de faux. Joyeux programme ! C’est pas le festival du film de couple de Cabourg.

 

Absurde, narration chahutée (enfin très tranquillement quand même, malgré les...), paradoxes temporels et autres, effets de miroir, MEAT propose de se laisser dériver dans ces contradictions, dans ces possibilités narratives parfois juste effleurées, bref d’organiser le récit sous une forme affective et étrange. Il s’agirait de noter les points obscurs, les prendre en compte, laisser infuser leur venin. Il faut du temps et surtout des méandres pour accéder à la source de la pulsion d’amour et de mort !

 

Montage assez lent, des petits panos régulièrement, jeux de support [essentiellement des passages en vidéo soit en vue subjective (l’héroïne a un camescope, tu le sens l’Atom Egoyan qui monte ?) soit en mode Rashomon (séquence de la boîte)], interprétation incarnée mais froidasse, et le minimum de dialogues, voilà pour le modousse opérandaille.

 

On note aussi une photo plutôt léchouillée mais très propre, et un cadrage qui cherche aussi le décalage et la précision. c’est dans ces deux champs que le film marquera quelques points. C’est le cas de la première séquence d’interrogatoire par exemple (un plan suivant l’inspecteur de dos, ce dernier une fois immobile révélant un autre personnage jusque là caché) ou encore le plan du verre d’eau à la fin (d’abord surexposé puis équilibré par la venue d’un personnage dans le champ).

 

Mais assez bizarrement, la sauce ne prend jamais vraiment malgré le soin évident du côté du plastique. La narration d’abord, plus que d’imposer un montage où les séquences se pénètrent (oh oui oh oui !) les unes les autres et s’éclairent ainsi, donne l’impression d’un défilé linéaire de séquencettes alternées. Le film coule tranquilou entre les doigts font dans la bouche et dans la main, sans accident ou presque. Je notais d’ailleurs in peto en moi-même que les rares séquences qui achoppent et s’extraient du tempo global, sont souvent aussi des points faibles, comme la séquence de la "séquence expérimentale" (belle idée mais mal amenée, pas très jolie ; une belle "idée-papier" comme je dis souvent) ou celle de la boîte de nuit (enfin la séquence avec les deux jeunes mecs) qui doit plus son effet de rupture à l’affreux montage musical et image qu’à autre chose. Et c’est bien là que le film ne fonctionne pas. Dans le gros lard du film, si les jeux plastiques sont là (lumière et cadrage), du point narratif, rien ne bouleverse, rien ne vient contredire une atmosphère qui se veut pourtant paradoxale. Ca coule tranquilou. Premier point.

Ensuite, sur le plan narratif ou scénaristique pas mal de choses sont flottantes là aussi : des idées de scènes parfois rigolotes visuellement mais qui pourrait être enlevées du montage sans que ça choque (la scène du saut de l’ange, par exemple), des choses inutiles ou redondantes (la maman en fauteuil).

 

On est assez loin du chaos en slowburn sans doute voulu par les deux réalisateurs. Entrer progressivement aux sources de l’Amour, de la Mort et du Fantasme, montrer leur lutte avec le charnel... Les scènes se succèdent presque sans conséquence. Le film semble déjà joué à l’écriture, curieusement. Le montage n’impose quasiment rien. Pire, certains éléments paraissent plus opportunistes et poseurs. On se retrouve devant une espèce de gros "court-métrage", une espèce de démonstration plastique, au léger goût du carton de la carte de visite. Ca ne respire jamais en quelque sorte. Il y a peu de fautes de goûts (en vrac : l’affreux acteur qui joue le jeune inspecteur qui patate comme un sagouin, la chanson, la scène d’amour avec le petit copain, très ratée et juste là pour donner de la "cohérence" au scénario, et enfin l’ignoble arrivée du générique qui fait très télévisuelle, un vrai tue-l’amour). Mais dans l’ensemble, MEAT ne respire pas, ne provoque aucun paradoxe, et manque trop d’audace au montage par exemple, pour provoquer quelque paradoxe que ce soit. Le film laisse un goût de Monsieur Propre, de policé. L’intention et le soin ne remplace pas la poésie et la fulgurance. Il manque à MEAT la fougue de son projet. Et peut-être un point de vue ! En l’état, on a plus l’impression de participer à un vernissage avec ces merveilleux petits-fours que de plonger les mains dans le sang et la viande.

 

Ach ! C’est toujours comme ça ! Le premier film à l’Etrange, c’est jamais le bon ! Mais ne désespérons pas. Dés la séance suivante, je devais voir quelque chose de très beau... Un petit classique qui m'avait échappé et dont je vous parlerai demain...

 

 

A suivre...

 

 

Dr Devo.

 

  

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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 11:32

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

 

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[Photo : "La peur à changé de camp", d'après le merveilleux site http://meracontepastaviedanslejhm.tumblr.com]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cauchemar d’un critique. Devoir écrire un article sur un film dont on a pas grand chose à dire, parce que votre rédacteur en chef vous oblige à le faire vu que c’est le distributeur qui nous a envoyé le DVD.


Regarder le film, consciencieusement, faire attention aux détails, se forcer. Arriver à la fin du film, pas forcement déçu, ni complètement emballé,  la sensation d’avoir passé un moment un peu douloureux, comme un cauchemar qui vous condamne à revivre les mêmes scènes indéfiniment. Regarder avec soulagement partir le générique, comme enfin sorti de l’enfer.


Cet enfer, pourtant, à un petit goût de paradis. Histoire de jeunes gens partis faire du bateau en une magnifique journée ensoleillée dans un paysage paradisiaque qui se retrouvent aux prises avec une tempête mystérieuse, chavirent et se voient secourus par un cargo fantôme rempli de Melissa George.


Le cauchemar d’un critique. Devoir écrire un article sur un film dont on a pas grand chose à dire, et recommencer plusieurs fois, sans jamais réussir à trouver comment parler de ce putain de film, parce que votre rédacteur en chef vous oblige à le faire vu que c’est le distributeur qui nous a envoyé le DVD. Merci pour nous monsieur le distributeur, maintenant je veux bien recevoir le DVD du nouveau Carpenter, merci.


Regarder encore le film, consciencieusement, faire attention aux détails, se forcer. Arriver à la fin du film, toujours pas bien dans ses pompes,  la sensation d’avoir passé un moment encore un peu plus douloureux, comme un cauchemar qui vous condamne à revivre les mêmes scènes indéfiniment. Regarder a nouveau avec soulagement partir le générique, comme enfin sorti de l’enfer. Un enfer semblable mais différent dans le sens ou on a essayé d'insuffler un nouveau mouvement, abordé d’un autre axe le film pour s’en sortir.


Melissa George regarde Melissa George monter dans son cargo de culpabilité, hanté par un acte décisif. Le même enchaînement se reproduit tout le temps, avec les mêmes personnages. Elle, cherche une faille qui lui permettrait d’esquiver. Est ce qu’on peut esquiver la culpabilité ? Est ce qu’on peut se décharger du poids de la conscience ? Aurait-elle du prendre le taxi plutôt que le bateau ?


Prendre une décision.


Le cauchemar d’un critique. Le film se déroule sans toi, mais tu DOIS écrire un truc. Choisir un axe. Prendre un fusil. Tuer ou empêcher de mourir ? Le réalisateur et le critique. Deux chemins qui se croisent un moment, un accident qui arrive. Alors tu remets le film, pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé.


Regarder encore le film, consciencieusement, faire attention aux détails, se forcer. Il y a une lumière saturée, des plans géométriques, un montage en A+B+A’+B’+A”+B” à n’en plus finir, des perspectives déprimantes, un labyrinthe dans la tête, à vous rendre fou. Les mêmes plan reviennent, les mêmes têtes, les mêmes acteurs qui font toujours la même chose. La musique un espèce de bruit, de bourdonnement continuel, des cris hystériques. Faut le vouloir, faut l’endurer TRIANGLE. C’est pas facile. C’est un cauchemar de critique, toujours le même film, qui ne s'arrête pas, dans les limbes, piégé, comme un Sisyphe vu que le bateau s’appelle Eole.



Regarder a nouveau avec soulagement défiler le générique, comme enfin sorti de l’enfer. Le choix à été fait, la dynamique débloquée. Enfin. On respire. On voit d’autres horizons, un autre paysage, un enfant qui joue.


Jusqu’au prochain accident.


Le cauchemar. Recommencer son article. Il n’y a aucune solution. L’horreur la plus terrible c’est l’impression de liberté. On croit fermement que l’on peut s’en sortir, qu’on peut changer le destin, tout refaire sur une île. L’horreur parce que c’est impossible. On est en enfer. Tous les choix sont annihilé, toutes les perspectives sont fausses. Comme dans ces gravures d’Escher, vous savez celles avec les escaliers qui n’ont ni début ni fin. Il n’y a plus de fin ni de début dans la souffrance. La souffrance c’est une dimension de douleur. Chaque acte vous fait regretter d’être en vie. Pourtant vous ne pouvez pas mourir. Chaque décision est un point qui est relié à un autre point qui est relié à vous. Comme un Triangle, comme une Trinité religieuse mais aussi comme un équilibre infernal. Un équilibre qui renvoie à la plus grande solitude : il y a des jugements qui sont irréversibles, quoique l’on puisse en penser, quoique que l’on puisse faire pour se rassurer.


Le temps c’est une ligne, pas un triangle. Triangle est un film infini. C’est pas passionnant l’infini, c’est oppressant et étouffant. Chiant aussi.


Dans tous les cas, effrayant.








Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 27 juillet 2011 3 27 /07 /Juil /2011 10:34

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

devo-souhaits

[Photo: "So few words" par Norman Bates]

 

 

 

 

 

Une fois n’est pas coutume, la presse cinématographique française est passée complètement à coté des enjeux réels du dernier film de la franchise FAST AND FURIOUS. Préférant rire grassement en résumant le film à des muscles, du cul et des bagnoles, voire en le snobant carrément, peu de mes confrères ont eu la culture et l’intelligence de s'intéresser au coté éminemment symbolique et religieux de la mise en scène de Justin Lin. C’est ce que je me propose de faire modestement ici.


Pour commencer, le plus évident, c’est le cadre. L’action se déroule à Rio de Janeiro, ville surplombée par un Jésus gigantesque les bras grands ouverts, toute la misère du monde dans la face d’une foi millénaire. Utilisé à de multiples reprise, le plan hélicoptère autour de la statue n’est pas là pour rappeler au spectateur lambda que le film se passe au pays du carnaval et de la cucaracha mais plutôt pour rappeler avec humilité que la destinée des personnages, aussi musclés et doués en mécaniques soient ils, réside toute entière entre l’alpha-roméo et la montre oméga d’un fils de Dieu magnanime. Et tout l’enjeu du film est contenus dans ces plans assénés comme un chemin de croix : se faire colleter le clinquant des sociétés consuméristes actuelles avec la métaphysique de Saint Augustin, rien de moins. FAST AND FURIOUS 5, ou comment de simples braqueurs mordus de tuning automobile vont faire l’expérience de la Vertu et du Divin dans le siècle du désenchantement du Monde...


Ensuite il y a le grand héros de la série F&F, celui autour duquel toute la saga tourne, l’épicentre de la fureur : Vin Diesel, revenu de la perte de son amour, son seul amour, bien décidé à défendre ce qui lui reste, sa “familia” comme il dit. Quitte à tout perdre autant en prendre le plus possible, de stéroïdes, de bagnoles, de pognon, parce que tout ça va ensemble, tout ça c’est la vie diesel, sa revanche face au sort. Romantique déraciné au coeur brisé, c’est à Rio de Janeiro que Jésus lui ouvre grand les bras (5 fois), mais un Jésus gigantesque, un Jésus à l’image de son pelvis, un Jésus qui accueille la misère comme la richesse, les voyous comme les bouffons. Dans des favelas en full HD numérique, Vin et sa famille sautillent de toits en toits, poursuivis par des flics et ou des truands, sautillent de caisse en caisse, de vol de voiture en vol de voiture. Ils sautillent le jour, ils sautillent la nuit, ils sont insaisissables depuis qu’ils ont peint des voitures de flics en noir, depuis qu’il font des courses dans le centre ville poursuivis par toutes les polices du monde, parce qu’au coeur de la tourmente tout ce qui importe c’est la famille et la liberté. C’est sa vie. Mais quoi qu’on lui reproche, Vin Diesel est l’incarnation exemplaire du chrétien militant de Saint Augustin, c’est un homme qui ne se réfère qu’a Dieu et à sa puissance, qui respecte les siens, ne trahit jamais, ne trompe pas. Les lois des hommes versus la justice immanente, comment faire confiance à une police corrompue quand seul Dieu est omniscient ? Qui garde les gardiens en somme, thématique bien plus élaborée que l’apologie de la vitesse et du plaisir consumériste que la presse paresseuse reproche au métrage. Bien au contraire, FAST AND FURIOUS 5 est l’apologie de la Foie véritable, celle qui lie les hommes et les empêches de devenir des bêtes. Pourquoi les seuls gentils du film sont des tueurs de flics, des voleurs et des parias ? Parce que que leur foi est placée dans l’invisible, dans l’indicible. Ils croient donc ils sont unis et solidaires, parce que les bagnoles sont interchangeables, l’argent passe et disparaît : l'intérêt du braquage est métaphorique, c’est la famille, l’amour, l'adrénaline et l’entraide qui sont mis en valeur. Mais la famille de Vin c’est l’Amour sacré contre tout et tout le temps, à en pardonner le pire et à en accepter les pires tourments. A une époque où l’amour est devenu un marché, FF plaide pour la fidélité et la longévité, quitte à en assumer les pires tourments. L’âme est unique, l’homme n’est pas interchangeable, et on peut crever de ne jamais trouver l’amour. Vin Diesel est beau, viril, musclé, fort et intelligent, les filles sont après lui, mais son seul amour est mort et il n’aimera plus personne. Parce que la Vertu est à ce prix. Pour citer exactement Saint Augustin “croire qu’on n’est pas aimé parce qu’on ne voit pas l’amour, ne pas rendre affection pour affection parce qu’on s’en croit dispensé, ce n’est pas là un acte de sagesse, mais une réserve odieuse ; et si nous ne croyons pas à ce que nous ne voyons pas, si nous nions les volontés des hommes, parce qu’elles échappent à nos yeux, il en résultera un tel trouble dans la société que tout sera renversé de fond en comble.”

Cette famille est bien sur classiquement composée d’un panel de personnages tous différents, chacun ayant des spécificités propres et une confiance absolue les uns dans les autres. L’asiatique beaucoup, le noir rigole, le blanc dirige, le latino est beau parleur, la femme est séduisante et manipulatrice, plus que jamais. Tous ensembles, ils forment un crew, chez les flics comme du coté de la “familia”, sauf que chez les flics c’est une fausse famille, une famille de métier, une famille corporatiste et aveugle, une famille corrompue et dissolue. La “familia” c’est autre chose, la familia c’est du respect, de l’amour, de l’entraide et du partage. On ne trahit pas. Les problèmes se règlent entre hommes/femmes, au volant d’une cylindrée explosive, le bitume comme nouveau Dieu. La justice comme une performance. Patriarche implacable de cette écurie de têtes brûlées, Vin Diesel incarne tour à tour le caïd insaisissable et le gentil père de famille, celui à qui on ne la fait pas et qui le soir venu, une bière à la main, tapote affectueusement  le ventre grossissant de sa soeur bien aimée. Et là, loin des clichés écolos modernes niaiseux, FAST AND FURIOUS 5 confronte les hommes au Tout-Puissant, en pointant du doigt l’écologie comme un animisme idolâtre, blasphème érigé par crainte par des hommes qui détournés de Dieu se sont tournés vers un culte qui les rassure, ou les coupables soient humains et identifiables et surtout qui tape allégrement dans le fond de culpabilisme latent de sous-hommes dépassés par une Nature fantasmée. L’essence du salut divin c’est du Diesel ou du sans plomb en somme.


Dernier point, Vin Diesel et Dwayne “THE ROCK” Johnson comme figures du Pére, il faut vraiment être le dernier des incultes pour ne pas saisir l’allusion au jardin d’Eden et son règlement dicté par Yahvé. Le domaine du Père EST le souverain Bien, emplie de vie et de joie car le mensonge y est honni. Hors du jardin on s’expose au Mal. On a même droit au frère maudit de Vin Diesel, allusion évidente à Caïn et Abel...  Mais Vin Diesel n’est pas le père de famille moyen, c’est LE PÈRE universel veillant sur le couronnement de SA création, SON sang, appelé à la conquête de son devenir. On s’en fout que le scénario ne soit pas très cohérent, que les flics changent de bord tout les cinq minutes ou que toutes les polices du monde n’arrivent pas à localiser cinq taureaux body buildés faisant des courses la nuit nuit en plein centre ville de Rio avec des voitures de polices volées les mains dans les poches deux heures avant, il s’agit d’une métaphore universelle, d’une parabole au sens biblique. Une cellule égale l’univers. La Famille égale l'humanité. Une petite Histoire égale l’Histoire. Au Père appartiennent la Loi et l’art de la discipline. Voie du labeur, voie du cynisme, voie de la nature, voie de la violence d’exister, voie des comptes à rendre et des combats à recommencer toujours. A la Femme, la Mère, le pardon et la cuisine, la Grâce et la Charité, bordel ! Elle donne à bouffer à des bandits, c’est la Mère du Monde, Femme Universelle... Et dans FAST AND FURIOUS 5 elle conduit ! Et aussi bien que son mari s’il vous plaît, voire même mieux.



Pour conclure, c’est la mythologie du XXIeme siècle à écrire, FAST AND FURIOUS. C’est l’expérience de la liberté, cette liberté qui est vaine sans amour, et cet amour qui n’existe pas sans liberté. C’est un film militant au premier sens du terme, c’est la réhabilitation de la Foi, avec l’humilité que ça demande pour montrer l’homme face au Tout Puissant. C’est autre chose que de montrer des gamins qui courent dans l’herbe pendant 2H30 avec de la musique de messe en fond. Si la presse avait compris ces enjeux et ce discours symbolique, elle serait peut être moins en train de chialer sur sa liberté et plus en train de gonfler ses muscles atrophiés pour la révolution qui gronde. Rapidement et Furieusement.




Parce qu’on y arrive.





Norman Bates.


 

 

 

 





PS : Spéciale casse-dédi à http://fromageplus.wordpress.com/2011/06/14/le-ciel-vu-de-la-terre/

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 27 juin 2011 1 27 /06 /Juin /2011 15:19

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devocannes

[Photo : "Last night a nazi saved my life" d'après le film ANTICHRIST de Lars Von Trier.]

 

 

 

 

 

 

 

Dans les cieux immanents où trônent ceux qui président au devenir de la production cinématographique de ce pays, il y en a eu, un jour, qui se sont dits que les films de genre ça serait quand même une bonne idée d’en faire chez nous en France, avec du lait cru et du bon pain. Ils se sont dits pourquoi sortir un Carpenter ou un Argento alors qu’on peut le faire nous même avec Zoé Felix et le frère de Gad Elmaleh ? On mettrait en plus un contexte politique, comme la misère dans les Balkans et les mafias qui pullulent là bas, le tout sur un scénario bourré de cliché où des médecins du monde se retrouvent à partager le même chiotte enfermés au fond d’une foret moldave et où la population, quand elle n’est pas occupée à se taper des cochons ou a faire des gueules de trois pieds de longs parce que la misère et la guerre, capture des gentils français pour leur extraire leurs organes. Ils se dirent ça, et ils le firent.


Ils firent l’Homme occidental névrosé et la Femme forte libérée et ils virent leur succès. Ils firent la même chose qu’ailleurs et ils le dénaturèrent ; ils firent les chemins obscurs à travers la foret quand la route principale était bloquée, ils firent le trauma d’enfance et ils le ré-utilisèrent pendant 1h30, ils firent la peur qu’on finit par vaincre, ils firent la petite fille innocente qu’il faut à tout prix sauver, ils firent le gentil looser marrant qui meurt en premier, ils firent l’Autre à coup de griffe et de cris bestiaux, ils firent tout ÇA et ils se sont félicités que ÇA marche. Mad Movies à aimé.


Et ils auraient eu tort de ne pas le faire ! Vu qu’ils avaient eu raison de la concurrence, que les Carpenters, les Romero ou les Argento étaient cantonnés à des sorties DVD dans l'indifférence générale,  que débarrassés dans les salles des quelques poils à gratter qui cherchent à faire des choses nouvelles et originales  ils ont ouvert un boulevard aux DJINNS, MARTYRS, A L’INTERIEUR, CAPTIFS, LA MEUTE, LA HORDE, VERTIGE, MUTANTS, FRONTIERES, SHEITAN, ILS, CALVAIRE, HAUTE TENSION, HUMAINS et j'en passe, tout ces films sortis en salles en au moins 70 copies, financés par le CNC, dans ce qui devrait être une distribution normale pour film de genre lambda. Résultat tout le monde en France est content, on a du film de genre bien de chez nous qu’on peut montrer au marché du film de Cannes, une nouvelle scène, des films qui marchent moyen et que la presse aime moyen mais c’est pas grave, tout le monde rentre dans ses frais. A chaque fois la même recette, la même “french touch”, des films unanimement reconnus comme peu originaux (!) mais qui font bosser l’industrie et remplissent le cours Florent... A la base j’ai rien contre eux, mais qu’ils aient au moins l'honnêteté de se battre à armes égales ! Sortez un Don Coscarelli en face de DJINNS ! Sortez un Stuart Gordon en face de VERTIGE ! Et avec le même nombre de copie ! je vous promet que dans 10 ans on aura plus de VINYAN et moins de SHEITAN.


True story : j’ai pas mal voyagé dans les capitales européennes ces derniers temps, et à Londres je voulais aller au ciné, à Berlin je voulais aller au ciné, à Madrid je voulais aller au ciné, à Bruxelles je voulais aller au ciné, rentré à Paris j’ai loué des DVD. Il n’y a vraiment qu’en France qu’on considère le spectateur moyen suffisamment con pour payer 20 € le DVD d’un film que le reste du monde aura vu sur un vrai écran de ciné. Encore une fois je me bats pas pour une chapelle ou pour faire du name dropping de trucs hype que je serais le seul à avoir vu, j’aimerais juste qu’on donne le choix aux gens (violons).



CAPTIFS c’est dans la droite lignée des films cités plus haut : un scénario débile à souhait, des rebondissements vus mille fois, des acteurs totalement à la ramasse (y’a le fils de Gad “LA RAFLE” Elmaleh ! Comme si un seul ne suffisait pas !) mais le pire dans tout ça c’est qu’il y a des moyens. Suffisamment pour que l’image n’ait pas à rougir de la comparaison avec un film de genre américain moyen, il y a même sans doute de bons techniciens derrière, la direction artistique n’est pas infamante. Seulement le film reste désespérément linéaire et plat, même les mouvements de caméras n’ont aucune signification ; à un moment il y a une caméra qui tourne autour de Zoé Felix couchée, c’est un plan qu’on a déjà vu à peu de chose près chez Argento dans LE SYNDROME DE STENDHAL sauf que dans un cas la caméra ne fait que tourner et ne débouche sur rien alors que dans l’autre elle ouvre un gouffre immense, à la hauteur de la folie du personnage d’Asia Argento et marque une cassure nette dans le métrage. CAPTIFS c’est du copier collé, de la compilation, rien n’est réfléchi dans la durée. A force de se baser sur la REALITE pour effrayer les gens, le réalisateur oublie de faire peur. Ce qui est horrible c’est que la situation est réelle, les trafiquants d’organes existent, les médecins sans frontières aussi, la guerre aussi... tout ces éléments réalistes ajoutés les uns aux autres le spectateur devrait être terrifié, il devrait se dire ça peut m’arriver, ça arrive vraiment : c’est du cinéma du réel t’entends !

Et là on en revient à nos producteurs, on revient à la TV, à YouTube et aux médias dans leur globalité. Avec des images réelles on peut faire croire n’importe quoi, qu’on a tué l’ennemi numéro 1 ou que des hordes armées sont aux portes de nos chaumières. Si on regarde les scénarios des films français cités plus haut, à quelques exceptions près c’est tout le temps des évènements réalistes, souvent reviennent les banlieues et la campagne/l’étranger comme vecteur de peur. Comme si en France (je généralise grossièrement) on avait baissé les bras devant l’imaginaire, qu’on se rattrapait aux branches de ce qui fait vraiment flipper la populace. Les producteurs ne prennent plus de risques avec des symboles ou des évocations, il veulent de la violence-porno, du réel amplifié puisque les gens ont DÉJÀ peur. En France on a pas de Jason, pas de Freddy, pas de tueur masqué, pas de Leatherface, on a des flics dans leur banlieue, on a Marcel dans sa ferme avec son fusil et ses cochons, on a Ygor dans ses balkans qui découpe tes organes...  Et en fin de compte, ces films, de par leur interprétation totalement en décalage avec le réel ne font plus peur à personne ils entretiennent une vague peur commune, ils sont dérisoires, ils désamorcent une réalité. Mettre un acteur français du niveau de ceux qui jouent dans CAPTIFS aux prises avec des moldaves présentés comme quasi bestiaux c’est dans le meilleur des cas une parodie, dans le pire ça donne un espèce de truc insignifiant et inoffensif comme ici... En quelque sorte ces producteurs, ces réalisateurs en tombant dans le piège du réalisme ont perdus contre le réel, et c’est grave parce que l’art doit être le dernier bastion contre la communication, parce que si tout le monde baisse les bras, demain le monde entier croira à toutes ces conneries, les mass medias feront croire n’importe quoi aux gens, feront les élections, les tendances, l’actualité et la météo.


Comment ça c’est déjà le cas ?





Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 15:12

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caca prout devo

[Photo: "Le Langage Oublié" par John Mek-Ouyes et Dr Devo, d'après une photo originale de Carxla Brunegeld.]

 

 

MELANCHOLIA de Lars von Trier (Danemark-Suéde-France-Allemagne, 2011)


Kirsten Dunst et Alexandre Skasgard vont se marier, sauf que leur grande limousine est bloquée sur la petite route de campagne qui doit les mener dans l'immense demeure de Kiefer Sutherland. Marche avant, marche arrière, rien à faire, la voiture ne passe pas. Il en faudra, du temps. Arrivés à la cérémonie, accueillis par la femme de Kiefer (qui est aussi soeur de Kirsten), Charlotte Gainsbourg, les festivités peuvent démarrer. Sauf que Kirsten traîne une étrange tristesse, lancinante, qui contraste avec ce jour qui est censé être le plus beau de sa vie. Il y a une étrange lueur rouge dans le ciel. Une étoile, cela ne peut être qu'une étoile...

 

Deux ans après le beau ANTICHRIST, Lars von Trier revient aux affaires avec un film, je ne vais pas le cacher plus longtemps ni faire durer le suspense, d'une très grande beauté. Allant à contre-courant, ou presque, de son film précédent, MELANCHOLIA ménage les effets de mise en scène et préfère une certaine forme d'épure (pas du tout) qui lui permet d'aller encore plus loin dans l'approfondissement de ce qui le hante depuis le début : ce qui se trouve à l'intérieur de l'âme humaine.

 

Quand je dis qu'il ménage ses effets, c'est qu'il les réserve dans une introduction ahurissante dans un ralenti extrême, une multitude de visions prophétiques fantastiques, ce grotesque symbolique qui inonde ANTICHRIST et qui non seulement permet de justifier une révélation émise par Kirsten Dunst tard dans le film (mais ça, à la limite, on s'en fiche), mais en plus montre d'entrée de jeu la fin du métrage, l'introduction étant finalement une sorte de résumé du film dans sa totalité ! Pied-de-nez total, von Trier dit clairement qu'il se moque du déroulé dramatique mais que c'est autre chose qui l'intéresse, l'intériorité des personnages. Leurs doutes, leurs contradictions, ce qui les guide, ce qui les lâche. Ce à quoi ils se raccrochent, à la fin, lorsque tout le reste est perdu.

 

Epure je disais, narration en deux parties, caméra portée quasiment pendant tout film, MELANCHOLIA pourrait être une oeuvre du dogme, disons s'en rapproche à certains endroits. La première partie du film, la cérémonie du mariage, est un petit FESTEN dans le sens où petit à petit, toutes les conventions sociales (familiales) explosent littéralement sans que rien de majeur ne se passe, finalement, une espèce de violence latente et sourde remplaçant les évènements dramatiques. Dunst s'écroule au fur et à mesure, et l'arrivée de la planète Melancholia ne va rien arranger. Sa descente aux enfers, d'une douceur mortelle, culmine jusqu'à l'apparition de la planète, qui va en quelque sorte la libérer et piéger sa soeur, Charlotte Gainsbourg. La fin du monde semble arriver, elles en sont persuadées. Fuir ? Pourquoi fuir ? Les rituels ne servent à rien, ils ne protègent pas, ils sont passifs, paresseux. Face à la fin du monde, il n'y a que l'imagination. L'art. Le cinéma.

 

Grand film, superbement mis en scène (la lumière est à tomber). Lars von Trier parvient, une nouvelle fois, à mettre des images sur un sentiment tellement profond, tellement lointain, et laisse derrière les yeux un abîme de pensée, un choc sensoriel. Pourquoi attendre la fin du monde pour espérer ?

 

 

 

 

THE DAY HE ARRIVES de Hong Sang-soo (Corée Du Sud)

Un ancien réalisateur qui ne fait plus de films revient à Séoul, où il a longtemps vécu. De retour, il croise une actrice qu'il avait fait jouer, un petit groupe d'étudiants en cinéma, un vieil ami. Après avoir bu quelques verres, il se demande s'il doit aller taper à la porte de son ex-petite amie, avec qui la rupture a été difficile...

 

Hong Sang-soo, réalisateur coréen donc, auteur de NIGHT AND DAY et HAHAHA, dont je découvre l'oeuvre tout en le connaissant de nom, prend un parti-pris esthétique étrange mais qui prend tout son sens au fur et à mesure que le film se déroule. Dès le départ, ce noir et blanc numérique absolument artificiel choque un peu, n'étant pas particulièrement beau et ne semblant pas signifiant. Puis on s'aperçoit que très souvent (pas toujours, le film mute, j'y reviens), il ne fait qu'un plan par scène, avec très peu de mouvements à l'intérieur du plan (de rares panoramiques, le plus souvent un zoom avant absolument vulgaire et beau), puis ellipse pour aller directement à la scène suivante, sans s'attarder plus que ça. La mise en scène est très discrète, les plans un peu de guingois, pas vraiment beau mais pas laid non plus, une espèce d'approximation voulue et millimétrée un peu embarrassante. Le film est surtout conduit par le dialogue, d'une grande banalité (dans ce qu'ils parlent de choses somme toute banales). THE DAY HE ARRIVES me fait penser à un STRANGER THAN PARADISE mâtiné de CLERKS en moins grivois, un espèce d'hommage au cinéma indépendant américain. Mais même si la filiation existe, au final le film transcende tout cela et devient son propre monstre protéiforme.

 

Parce que Hong Sang-soo est un grand gourmant. La rencontre du réalisateur avec l'actrice a lieu une fois, deux fois, trois fois. Les étudiants en cinéma arrivent en arrière-plan à plusieurs reprises. Avec son ami (et une amie de celui-ci), ils font les mêmes choses à chacune de leurs rencontres, vont dans le même bar, font les mêmes trajets. Toutes les actions du film se répètent, en une sorte de tourbillon, et Hong va même jusqu'à parfois reprendre les mêmes lignes de dialogue, dites dans des nuances différentes, le tout avec un cadre identique à la fois précédente, et ce, à 20 minutes d'intervalle ! C'est d'une très grande beauté, mais ce n'est pas tout. Hong applique le même traitement à la vie amoureuse du réalisateur, et dans le même geste fait rentrer le procédé narratif dont je viens de parler à l'intérieur du film. Le réalisateur revoit son ex-petite amie, qu'il aime visiblement toujours, elle l'aime aussi mais ils décident qu'ils ne pourront pas être ensemble, leur relation s'étant mal terminée auparavant. Dans le bar qu'il fréquente avec son ami, il découvre que la tenancière est le portrait craché de son ex-petite amie ! Il va aller en quête de la tenancière, tout en refoulant les avances d'une jeune femme qui n'a rien à voir avec son passé ! L'histoire se répète la aussi, les cadrages diffèrent mais les situations sont également les mêmes, le réalisateur cherche à vivre la même histoire d'amour une deuxième fois avec la même femme, qui s'avère ne ressembler qu'à cette même femme, mais qui en est une autre. Peut-être suis-je un peu confus pour qui n'a pas vu le film, mais derrière une apparence de simplicité, la narration de THE DAY HE ARRIVES est d'une grande intelligence, d'une belle complexité et très, très émouvante.

 

 

 

 

PATER d'Alain Cavalier (France-2011)

 Vincent Lindon et Alain Cavalier sont amis. Ils se rencontrent parfois, au détour d'un repas, et décident de s'amuser un peu : à chacune de leurs entrevues, ils vont jouer à un jeu. Cavalier sera le président de la République, Lindon son premier ministre. Quelles lois adopter ? Quelle cravate mettre pour une future conférence de presse ? On joue quand, on vit quand ?

 

Le précédent film d'Alain Cavalier, IRENE, crève-coeur d'une beauté infinie, est sorti dans à peu près cinq salles et n'est même pas édité en DVD. Celui-là risque de suivre le même chemin. Ne quittant pas son procédé de mise en scène, la caméra qu'il porte au poing, parfois posée sur une table, le son pris de la caméra elle-même, alors qu'elle enregistre, jamais de perchman, Cavalier prouve que l'on peut faire du cinéma avec vraiment trois fois rien.

 

Et son film est abyssal. En documentant sa relation particulière avec Vincent Lindon, ainsi que le jeu qu'ils jouent, Cavalier brouille toutes les pistes au point qu'au bout d'un moment, on ne sait plus ce qui est écrit ou improvisé, réalité et fiction. Sous couvert de scènes apparemment anodines (les repas, la discussion sur les cravates, le coup de gueule de Lindon contre ses proprios), il charge la mule de la documentation, du réalisme, poussant avec ces scènes "vie de tous les jours" le fait que tout son film soit improvisé, alors qu'il est clair qu'à certains moments, des scènes sont écrites et jouées par les acteurs, mais se fondent à l'intérieur de son mode opératoire ! Le tout est fait avec le sérieux le plus absolu, Lindon et Cavalier se montrant tout à fait impliqués dans le jeu et réfléchissent vraiment à la meilleure façon de gouverner le pays, proposent des solutions et angoissent sur la réaction du public. A tel point que, et c'est probablement là que le film prend non seulement tout son sens, mais en plus devient sublime, c'est que ce jeu affecte réellement la vie des deux protagonistes. Ce n'est alors plus un jeu à proprement parler mais leur vie, le cinéma du réel si je puis dire dans le sens où l'art a un véritable pouvoir sur l'existence des gens qui le font. Une courte scène démente, hallucinante, d'une terrible profondeur, montre un Cavalier "changé" physiquement (je code pour laisser la surprise, ça va vous clouer à votre siège) uniquement en conséquence du jeu. La cerise sur le gâteau, et la preuve s'il la fallait du génie (oui, génie) de Cavalier est le casting. S'il a choisi Vincent Lindon, ce n'est pas un hasard : il est célèbre pour ses tics de visage dans la vie de tous les jours, qui disparaissent à l'instant même où il joue. Or, il est fréquent de voir, dans PATER, un Lindon tout en tics qui parle de sa proposition de loi, de son avenir politique, des sondages ! C'est surtout flagrant dans la scène finale, d'une beauté qui fend le coeur, dans laquelle nous voyons Lindon sincèrement fier de ce que Cavalier lui donne.

 

PATER est un film politique important bien sûr, mais avant tout une oeuvre sur le cinéma, sur l'emprise et le pouvoir, cannibale, de la création. Grand, grand film.

 

 

LJ Ghost.

 

 

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Vendredi 27 mai 2011 5 27 /05 /Mai /2011 16:02

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owen-devo.jpg

[Photo: "Honte Sur Vos Scalps" par Dr Devo, d'après une photo de MINUIT A PARIS de Woody Allen.]

 

 

 

 

HORS SATAN de Bruno Dumont (France - 2011)

 

 

Aimer si fort, si fort, que l'on va au-delà du sexe, de la mort, la petite et la grande, le microcosme des Flandres et l'omniprésence du divin. Un cadre apocalyptique pour la région préférée de Bruno Dumont, une terre désolée dans laquelle Dieu n'existe plus, dans laquelle la Nature est bleue, sèche, venteuse, berceau de l'homme et métaphore de l'âme.

 

Un vagabond qui campe. Une fille qui l'aide. Une relation forte, passionnelle, platonique, forcément. Des actes qu'on ne peut pas effacer et qui sauvent, un temps, un temps seulement. L'horreur est toujours dans les ténèbres des buissons.

 

Cinéaste du mystique, de l'homme animal, de la frustration, Bruno Dumont se terre encore et toujours, irrémédiablement, dans les tréfonds volontairement inexplorés de l'âme humaine. Si HADEWIJCH était un peu trop régi par son scénario, le réalisateur français a compris ses leçons et part tout à l'opposé. Une trame scénaristique mince mais importante qui n'est qu'un prétexte pour son film le plus austère, sans aucune concession à rien, Dumont s'enfonce irrémédiablement dans son modus operandi à la recherche de la grâce, de la sidération, de l'élévation.

 

Il connaît THEOREME de Pasolini par coeur. LE SACRIFICE de Tarkovski aussi. HORS SATAN est son film le plus fantastique, la magie suinte, expire, sort des bouches en une longue traînée blanche. Les démons hantent le monde, mais le héros, figure profondément mystique et terre à terre à la fois, pourrait être de l'un ou de l'autre côté. Il pourrait être les deux en même temps. Quelle importance. Il tue et exorcise. Et la fille, boule de sentiments qui "sent l'amour" parce qu'on lui en a trop pris, est son lien humain dans le monde. La mer est loin et on l'entend, les oiseaux sont rares dans le ciel, seuls existent le soleil et le souffle du vent. Et la magie. La magie.

 

Si le scénario semble mince en évènements dramatiques, l'évolution narrative est d'une redoutable intelligence, qui bouleverse profondément. Les actes de violence se déportent au fur et à mesure que va le film ; s'ils démarrent en étant éthiquement excusables, ils deviennent rapidement des résultats de la frustration, de la jalousie, relâchant une douleur trop longtemps contenue dans la nature. Présenté comme un film à sketches, des fermetures au noir indiquant un changement de chapitre implicite, les scènes primordiales, épidermiques se succèdent, dans un rythme tendu comme du cristal. Ce que Dumont fait avec le contre-champ, il doit être le seul à s'en préoccuper. L'émotion ne vient pas de la scène, du plan, le film est bouleversant à chaque point de montage, tous les regards ne faisant sens qu'une fois que l'on voit, ou pas, ce qu'il y a derrière.

 

Nous marchons vers rien, nous tournons en rond. Nous entendons la mer sans la voir, nous voyons les oiseaux sans plus les entendre. La question n'est pas de savoir s'il y a Dieu, c'est la vie qui est importante. Se sentir vivant, et courir, et hurler. Et s'élever, enfin.

 

 

 

 

 

TREE OF LIFE, de Terrence Malick (USA - 2011)

 

Le collier de perles de maman qui quitte lentement son cou lorsqu'elle se penche.

 

Un homme, dans la rue, a une crise d'épilepsie. Papa m'emmène loin. Je ne peux plus voir ce qui se passe.

 

Dans un beau jour d'automne, un mercredi peut-être, l'eau de la bassine que je tiens dans mes mains se reflète sur le mur.

 

Des nuages de gaz. Des petits, des grands. Une explosion, la voie lactée. Des volcans, des vagues, partout. Des méduses, des dinosaures, et je pleure. Je ne suis pas encore là. Une météorite me frappe de plein fouet. Je ne vis pas encore, mais l'impact est là, la douleur au plus profond de mon coeur.

 

Papa me dit qu'il va falloir que je sois fort. Que le monde, ce n'est pas pour les gentils. Qu'il faut en vouloir, tout bouffer. Il m'apprend à me battre.

 

Un de mes amis meurt noyé.

 

J'ai deux frères. Maman est sublime et je l'aime.

 

Les suburbs sont ennuyeux mais le soleil point toujours entre les arbres. Le cosmos... Le cosmos...

 

J'ai grandi. Je suis au Louvre, je suis derrière une caméra. Maman est toujours aussi belle.

 

J'entends les arbres respirer. Ils vibrent sous mes doigts, sous les coups de couteau que je leur assène sûrement. Les cailloux cassent des vitres.

 

Je n'ai pas de scénario et je m'en fous. Je vis. J'essaie de vivre. Je suis grand mais je suis toujours un enfant, à qui on a donné la clé qui ouvre la porte des souvenirs. On m'a laissé faire ce que je voulais. Enfin. Je peux enfin faire ce que je veux.

 

Papa me force à l'appeler Père. Je ne peux pas. Devant lui j'essaie, et je le déteste. Papa.

 

Ce que je filme s'évanouit tout le temps. Mes images se bloquent sur les visages et s'envolent, toujours, parce que mes souvenirs sont abîmés, ils ne sont pas entiers. Subjectifs. Comme la nature qui fait ce qu'elle veut. Je filme le ballet de ma mémoire. Je filme alors que rien n'est à sa place.

 

Un papillon vient se poser sur la main de maman, et elle lévite devant cet arbre immense. C'est le papillon qui lui a donné ses ailes ; elles sont juste recroquevillées et forment ses longues robes qui ne cherchent qu'à s'envoler.

 

Demain plus personne ne sera là, et les maisons seront sous l'eau. Il y aura bientôt des portes dans le désert, et des lunettes sur le nez de papa.

 

Entre la voie de la nature et la voie de la grâce, j'ai choisi les deux. On ne peut pas choisir entre son père et sa mère.

 

Je m'appelle Terry, et j'ai fait le plus beau film de l'histoire du cinéma. Ou pas. Cela n'a pas d'importance. Fermez, ouvrez les yeux, les oreilles. Je serai toujours là.

 

Je suis un enfant à qui on a tout donné. Je suis un enfant qui filme la pureté, la grâce, je filme mon corps et mon cerveau et mon coeur, et j'élève. Mon film est haut, très haut, trop haut. Je suis mon film et je suis un enfant. Je viens de naître avec le cosmos et je ne peux pas mourir.

 

Pas tant qu'il y aura papa, maman et mes frères sur la plage.

 

 

 

 

 

 

LE HAVRE de Aki Kaurismäki (Finlande, France, Allemagne - 2011)

 

Dans un célèbre port normand, André Wilms est cireur de chaussures et marié à Kari Outinen, qui a quelques problèmes de santé. Il fut écrivain, et eut un petit succès critique, mais a préféré retourner côtoyer les vrais gens et s'occupe de leurs souliers. Dans un container, des réfugiés congolais se dirigent vers Londres, mais s'échouent au Havre. Le jeune Blondin Miguel arrive à s'échapper, et Wilms parvient à le recueillir. Sauf que le commissaire Jean-Pierre Darroussin est aux trousses du fugueur.

 

S'il aurait pu très facilement tomber dans le film social de fort mauvais goût, Kaurismäki a plus de bouteille que cela et est particulièrement espiègle. Si la narration n'est pas particulièrement originale elle a le mérite d'être assez simple, linéaire, mais pas exempte de jeu. En donnant la part belle aux petites gens du café du coin, impayables et splendides trognes de comptoirs et de quartiers vieillissants mais ne se rendant pas compte que le monde marche loin devant eux, il évite facilement l'écueil d'un MIC-MACS A TIRE-L'ARIGOT en utilisant un mode opératoire très étonnant et source de toutes les émotions, et elles sont nombreuses, que procure le film.

 

Plusieurs choses frappent à mesure que les leviers de mise en scène sont tirés. D'abord le jeu des acteurs, absolument emprunté à Bresson, dans lequel les "modèles" ont très peu d'intentions et se contentent de déclamer à qui mieux mieux des lignes de dialogue très, trop écrites. Ils sont tous mauvais comme des cochons et d'une grande précision. C'est physique, c'est burlesque, c'est formidable et déporte rapidement les appréhensions que l'on pouvoir avoir après un pitch pareil. Pareille chose amène beaucoup de distance par rapport au scénario mais rapproche considérablement des sentiments en n'étant pas obnubilés par des performances mais pas la mise en scène elle-même. Qui contine d'ailleurs à jouer, par exemple avec cette lumière incroyable, d'une richesse inouïe, qui n'arrête pas de jouer avec les ombres, avec les projecteurs qui s'allument en plein milieu d'une scène. Autre jeu, celui du décor, qui plante définitivement le microcosme, la micro-société hors du monde. Un petit coin de paradis désuet, où les laissés pour compte s'entraident, où les problèmes d'argent ne sont pas des problèmes, où les téléphones sont vieux et même pas portables, où les voitures sont rutilantes, où les flics portent des impers et des borsalinos noirs. Quand en plus le film, très drôle bien sûr, se termine sur un moment de pure Poésie qui n'est possible et accepté comme allant de soi uniquement parce qu'il y a eu toute cette construction en carton-pâte tout autour...

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

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Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 22:32

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

  sadest devo in the world[Photo: "Dans L'Urinoir" par Dr Devo. (cliquez sur l'image pour l'aggrandir.)]

 

 

Bon, je ne vous le cache pas, c’est difficile. Écrire à Paris un article sur un film projeté à Cannes qui parle de Paris en mélangeant les espaces temps, c’est acrobatique. Je me lance.

 

Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris.

C’est le décor, le thème, l’ambiance, la marque de fabrique, la différence avec les autres films de Woody Allen. Paris carte postale comme Paris la nuit, Paris romantique ou Paris artistique, Paris le jour et Paris la pluie, Paris aujourd’hui, Paris demain et Paris hier, Paris fantasmé et Paris mythologique, Paris vide et Paris boite de nuit, Paris restaurant et Paris hôtel, Paris mythomane et Paris littéraire. Et le pari de Woody Allen c’est qu’en sortant vous ne reconnaitrez plus Paris.


En effet, si tout le film ne semble parler que de Paris, suinter Paris par tous les pores, c’est à une véritable destruction orchestrée de la ville Lumière que vous allez assister. Mais avant ca, essayons de reprendre dans l’ordre.

Owen Wislon et sa meuf, sont venus chez moi à Paris rendre visite à papa-maman et en profiter pour confronter leur amour à la vie Parisienne. Wilson est scénariste pour le cinéma, sa meuf est héritière d’une grande famille, bref le couple ne manque pas de liquidité et c’est entre hôtels chics et grands restaurants quel le film se déroule. Wilson est très bon, c’est un scénariste qui voudrait devenir écrivain et qui trouve dans Paris le cadre idéal pour créer, loin d’une Californie trop toc et sans âme. Dans Paris il fait la connaissance de Fitzgerald, Hemingway, Dali, Toulouse Lautrec, Picasso pendant que sa femme découvre les boites de nuit, le fitness et le fouquet’s. Elle rêve d’une villa à Malibu, lui rêve d’une chambre de bonne dans le XVe avec un hublot qui donne sur Montmartre et la tour Eiffel. Quand elle prend le taxi, lui se perd dans la ville et dans le temps. Ca pourrait être ca MIDNIGHT IN PARIS. Ca pourrait être l’histoire d’un couple qui se sépare. Ca pourrait….

 

Le Penseur de Rodin. Vous voyez cette statue monumentale d’un mec qui pense pour l’éternité au milieu des jardins d’un Hôtel parisien ? Il domine les jardins, il domine Carla Bruni, Owen Wilson, sa femme et ses parents. Il est nu car il représente la réflexion et la poésie. Il est le pivot, le point de passage entre le temps et les hommes, car quoi qu’il puisse se passer, il pense. Il pense et il domine, à poil, tranquillou. Imperturbable il assiste à la pédanterie, à la drague, à la naissance d’un bouquin comme d’une histoire d’amour. Il est sous la pluie, il est pendant la nuit, au soleil, il est posé là. Ca pourrait être ça MINUIT A PARIS. Ca pourrait être une statue immobile devant laquelle il se passerait pleins de choses importantes dans la vie d’un homme. Ca pourrait, mais ce n’est pas ca non plus.

 

En fait, c’est vraiment très difficile de remonter dans les strates qui composent le film. MINUIT A PARIS c’est quasiment du K Dick. Il y a un temps, un lieu et une histoire unique, mais ce temps, ce lieu et cette histoire sont différentes à un même instant donné. En fait, ce qu’il se passe c’est que la mise en scène et le scénario rament dans deux directions différentes, ce qui fait tourner le film autour du penseur de Rodin, qui représente donc, si vous suivez bien, la poésie et la réflexion. Voila, on s’approche de la vérité. Owen Wilson voyage dans le temps, et sa femme en Taxi. Sa femme passe ses nuits dans les bras d’un autre homme, Wilson passe ses nuits dans les vapeurs d’un Paris mythologique, peuplé d’artistes mais qui ne ressemble plus à Paris, dans une dimension parallèle. On passe d’un Paris bassement géographique à une construction mentale, remplie de névrose, nid de l’art. Ca c’est pour le scénario, on va dire.

 

Niveau mise en scène il se passe tout autre chose. Au début du film Allen balance carte postale sur carte postale, cliché sur cliché, et fait durer beaucoup trop longtemps pour que ce soit honnête. En fait c’est carrément l’inverse, c’est la destruction du cliché qui se passe. En alignant à peu prés tout les lieux communs imaginables et possibles sur Paris, Woody Allen bazarde son film-touristique en 5 minutes. Pourquoi ? Parce qu’il n‘y a strictement rien dans les premières minutes. Rien qui ne constitue un langage, une logique. Il y a tout Paris qui défile pour que Paris n’existe plus une fois que le film commence. Suite à cette longue intro bien vide et très punk, le premier dialogue commence sur un fond noir, blam, exit le décor. Ensuite le film se déroule dans des hôtels, des restaurants, des musées, que dans des décors passe-partout qui pourraient très bien être situés à New York ou à Pékin. Et c’est là qu’un personnage s’exprime “j’adore Paris”.

 

Enfin cette partie concerne la femme d’Owen Wilson, leurs amis et leurs parents, qui se promènent dans Paris comme dans Disneyland, débitant des extraits de guides touristiques devant un Manet avant d’aller diner de cuisses de grenouilles ou je ne sais quels horreur dans le même style. Owen Wilson se déplace dans une autre dimension, donc, qu’on pourrait qualifier d’imaginaire et subconsciente, fantasme d’écrivain qui rencontre ses pairs qui eux même le félicitent pour son livre et avec qui il apprend à devenir encore meilleur, à libérer son potentiel artistique, à trouver le vrai amour et à garder une bonne érection. En fait Paris est une immense coquille vide où il ne se passe rien, où il ne s’est jamais rien passé. Tous les personnages sont constamment en train de se plaindre que c’était mieux avant, jusqu'à remonter à la révolution. Owen entre dans cette dimension via un mécanisme de conte de fée qui le propulse dans un Paris jazzy de la belle époque, peuplé de grands artistes. Et là ,logiquement tu te dis que Wilson est un Grand, il quitte sa meuf superficielle pour s’élever et traîner avec les “true” oui, sauf que la mise ne scène dit exactement l’inverse. Son rêve c’est Disneyland aussi. C’est du conte de fée totalement bidon, les acteurs sont des clowns, des mimes, et le choix de ces acteurs et la manière dont ils jouent est très pertinent. On est habitué à ce que Marion Cotillard le fasse, mais Brody par exemple joue également à merveille Dali, en patatant comme jamais et le reste du casting est au diapason, donnant à cette galerie de personnage un aspect situé entre Madame Tussaud et les reconstitutions historiques d’arte.


Pour résumer : le Paris de Owen Wilson, c’est un Paris en toc, des décors cartons pâtes, une galerie d’acteurs qui jouent à être des grandes personnalités artistiques, une géographie douteuse qui semble changer en fonction des moments. Le Paris de sa meuf c’est des grands musées vides, des grands restaurants sans âmes, du luxe et de la parure, des Taxis qui évoluent sous la Tour Eiffel et des cartes postales. Finalement les deux visions de Paris sont aussi fausse l’une que l’autre. Qu’on se complaise dans le fantasme du Paris des Lumières, ou qu’on admire du Magritte dans une immense salle style Ikéa ca revient au même. C’est un théâtre de la représentation, ce que l’art ne doit pas être. C’est le sens de la scène du Picasso, ou les deux personnages ont chacun une histoire de l’Art qui soit semblable dans la fin mais différente dans le déroulement. Ce qui compte c’est que la femme que Picasso à peinte ne sera JAMAIS Marion Cotillard. Dans aucune dimension, physique ou spirituelle l’art ne sera une représentation. L’art c’est le penseur de Rodin, c’est la porte, le pilier autour duquel est articulée l’existence des hommes. C’est de la poésie plus de la réflexion. C’est à poil. Tout le temps. Il n’y a plus d’art à Paris, il n’y a des guides touristiques qui couchent avec le président. Paris c’est le parc d’attractions des américains et des chinois.

 

Au final qu’en est-il de Paris ? Qu’en est-il de ce film qu’on nous vend comme dépliant touristique ? Il n’en est rien. C’est comme l’amour une ville. C’est une femme qu’il faut inventer en s’y projetant. Tout le reste c’est des cartes postales, des dates et des bouquins. Tout le reste c’est Disneyland. MINUIT A PARIS c’est un film sur le surréalisme comme ode à la liberté, c’est un film sur la limite et comment la dépasser. Wilson c’est le Rhinocéros de Dali, semblable à mille autres Rhinocéros mais aussi unique et puissante qu’une créature vivante. C’est du pointillisme, du cubisme, de préférence hors des musées, loin des clichés, profondément dans la tête. MINUIT A PARIS est un film contre Paris, contre l’idée même qu’il puisse y avoir un cinéma dans une ville où il n’y a plus d’art. Que ce soit du fantasme ou de la réalité, tout est faux. Tout est prétendu, tout est revendiqué. Tout est dans des musées, enfermés à jamais.

Dommage que la fin soit si naïve, en forme de compromis entre fantasme, vanité, réalité et amour retrouvé qui contredit un peu tout le film et arrive comme un cheveu sur la soupe. On retiendra surtout un dispositif de mise en scène qui renoue avec les grands films de Woody Allen, ce qui paraissait bien compromis ces derniers temps. Woody Allen bouge encore !

 

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 19:01

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super devo

[Photo: "Intestinal Disorder" par Dr Devo.]

 

 

 

Certains jours, il vaut mieux resté couché. Dans un désir de mélanger les plaisirs, j'ai voulu aller goûter aux sélections parallèles, pour voir un peu de quoi demain sera fait dans le paysage cinématographique mondial. J'ai vu hier un film issu de la Quinzaine des Réalisateurs, THE OTHER SIDE OF SLEEP de l'irlandaise Rebecca Daly, en présence de l'équipe du film et de Jane Campion (ce factoïd n'a évidemment aucun intérêt mais hé, c'est Cââââânnes), et je préfère ne pas lui consacrer d'article à proprement parler car je n'ai rien à dire sur cette oeuvre. Conçu comme un thriller mélangeant somnambulisme, héroïne mutique et renfermée qui a pris des cours d'expression faciale chez Keanu Reeves, meurtre d'une jeune fille en fleur et attirance charnelle pour un bad boy, le métrage se déploie de manière contemplative, piochant allègrement dans TWIN PEAKS, THE MACHINIST, et dans tous les autres films qui ont les caractéristiques dont je parlais plus haut. En gros, les plans sont longs, silencieux, sombres. Ce n'est pas moche cela dit, la photo est réglo sans être vraiment belle, et si le montage m'a paru un peu lâche ça ne cadre pas mal du tout, et quelques plans de routes entourées d'arbres en contre-jour sont splendides. C'est un objet plutôt joli, mais sans plus.

 

 

 

17 FILLES de Delphine et Muriel Coulin (France - 2011)

 

Après la Quinzaine, la Semaine de la Critique. J'aurais dû me douter, vu l'intitulé de la sélection, que ce n'était pas une bonne idée.

 

Lorient, c'est hyper craignos. C'est tout gris et même s'il y a la mer, les perspectives d'avenir sont bien minces pour les adolescents ; c'est en tout cas ce que leur disent leurs professeurs. Un jour, des coccinelles viennent s'échouer sur la plage. Camille, une jeune fille de 16 ans, tombe enceinte. Des rumeurs parcourent le lycée. Quelques jours plus tard, une autre jeune fille annonce qu'elle attend également un enfant. Les deux décident de garder les foetus, mais font plus que cela : sous l'impulsion de Camille, leader naturelle, quinze autres filles vont volontairement tomber enceintes dans le but de créer, entre elles, une petite communauté basée sur l'entraide, la solidarité, l'amitié. Evidemment, les réactions face à ce phénomène sont grandes, et des dissensions viennent entacher le beau projet de micro-société.

 

Le film est apparemment tiré d'un fait divers ayant eu lieu dans une petite ville des USofA. Bien. La transposition dans une ville comme Lorient est intelligente ; si le contexte et la classe sociale est absente du film, la présence même de ces vieux immeubles gris, de ces places vides, de ces routes sans fin ancrent le film dans quelque chose d'extrêmement réel, et dans le même sens provoque un effet "fantastique" dans le sens où cette histoire aurait pu se dérouler dans à peu près n'importe quel autre patelin de province du monde occidental. Il y a un côté no man's land par ailleurs très précis géographiquement qui brouille quelque peu les cartes et la perception et qui semble quelque peu original. Et ça s'arrête là. Disons que le film pêche à cause de défauts présents dans quasiment tous les films du monde (le quasiment est important), à savoir au niveau de la narration et du montage. En effet, il n'y a aucune espèce de nuance, c'est un extrait de la palette des émotions par scène, et encore ; que ce soit dans le jeu des actrices ou dans la mise en scène. Les réalisatrices semblent avoir envie d'y aller parfois brut de décoffrage, mais font un peu leurs précieuses ; rien ne dépasse véritablement, et ce qui aurait pu être un geste politique d'une grande importance n'était qu'un caprice adolescent. Cet espèce de nihilisme est vraiment bien vu, mais il n'arrive que trop tard, dans les cinq dernières minutes, alors que l'heure vingt précédente a été laborieuse en terme d'intérêt. Beaucoup de maladresses s'enchaînent, comme ces très rares (il y en a deux) scènes entre adultes, professeurs et parents des futures mères : dialogues affreusement mal écrits qui essaient, en de courtes scènes de trois à cinq minutes, d'embrasser un espèce de champ des possibles social et politique des réactions des adultes face à ce phénomène d'insémination naturelle en masse. Ces deux scènes sont littéralement des tours de tables où des choses comme "Est-ce qu'à 16 ans elles peuvent faire des choix ?" "Oui, bien sûr !" "Non mais non, elles sont trop jeunes !", et je paraphrase à peine. Ces interventions plombent un film qui n'en avait pas besoin et nie cette volonté d'évanescence post-VIRGIN SUICIDES. Il leur fallait un discours politique, parce qu'elles sont française, il faut faire réfléchir la populace à ces choses-là, et les réalisatrices semblent vraiment gênées de ce passage obligé.

 

Je parlais de montage, là aussi c'est un laisser-aller mortifère qui prédomine. Elles semblent se regarder filmer (écrire, plutôt). Une scène en particulier, celle du blocaus-boîte de nuit : sous l'impulsion de Camille, quelques filles décident de profiter de la fête pour coucher avec des garçons et tomber enceintes. Nous comprenons rapidement l'intention (c'est verbalisé dans la scène d'avant, mais le comportement des filles à l'arrivée va toujours dans ce sens), et il y a un important petit dialogue entre Camille et un jeune homme. Alors que la scène aurait très bien pu s'arrêter là, quel besoin de rajouter cinq bonnes minutes à cette soirée, montrer un début (tout tout début) d'acte sexuel, et Camille qui raconte une blague pas drôle à une de ses amies, blague qui n'a même pas de portée métaphorique sur ce qui se joue ! Il y a clairement cinq minutes en trop dans cette scène, et un défaut d'usage des ciseaux et du scotch. Elles n'ont pas su couper le gras de leur film, et cela se ressent de-ci delà. Globalement, ce n'est pas très bon. Il y a des bribes de choses à certains endroits, mais l'ensemble du film est bien trop léger au niveau cinématographique pour provoquer la moindre réaction.

 

 

 

 

MICHAEL, de Markus Schleinzer (Autriche - 2011)

 

Retour à la compétition officielle, avec le premier film de l'ancien directeur de casting de Michael Haneke. Ca promet d'être drôle.

 

Michael Fuith est un agent d'assurance autrichien, vous imaginez un peu le gai luron. Il mène une vie propre, aseptisée, et quand il rentre chez lui, il descend dans sa cave. Il est pédophile, et garde prisonnier un enfant qui n'a pas l'air d'être le sien dans une pièce fermé à double tour spécialement aménagée pour lui.

 

Et bien ce n'est pas la franche marrade. Avec son dispositif de mise en scène très simple, Markus que j'appellerai de son prénom dorénavant entre de plein pied dans la famille de son mentor, Haneke. Cadres fixes habilement composés, lumière simple et pourtant riche de petites nuances, derrière la caméra ça turbine pas mal. D'un sujet profondément casse-gueule, Markus cherche l'épure esthétique et narrative, qu'il mène au cordeau avec un montage précis, lent et alerte en même temps, distillant un espèce d'ennui low-fi absolument maîtrisé pour lâcher les chiens à des moments très importants, et parfois sans même en avoir l'air. Je pense à cette scène d' "accident" (je code) qui a fait sursauter 2300 personnes en même temps ; l'effet est facile, mais c'est pour mieux nous prendre en traître avec des petites actions anodines qui, elles, instillent le malaise. Le plus terrible c'est que Michael considère l'enfant comme le sien, ou plutôt cherche à certains moments à avoir avec ce gosse dont il abuse et qu'il séquestre une relation adulte / enfant normale. La complexité psychologique du film et du personnage vient de là, de ces choses de rien qui foutent vraiment le cafard. Par exemple, Michael descend dans la cave avec deux seaux dans les mains, il ouvre la porte verrouillée de la pièce réservée à l'enfant et lui jette le contenu des récipients à la figure ; c'était de la neige. Il cherche à faire une bataille de boules de neige avec ce gosse, lui balance littéralement un monceau de neige à la gueule puis ferme violemment la porte, amusé et joueur, comme pour éviter les représailles, verrouille la porte et remonte les seaux.

 

Il y a un gros travail rythmique dans MICHAEL, et le film s'avère absolument tendu dans cette espèce de banalité vaporeuse, quasi quotidienne disons, dans ce sentiment de flottement qui imprègne tout le métrage. Certaines coupes sont diaboliques, comme lors de la fête organisée par le personnage principal, ou même la dernière coupe du film, monstrueuse, qui refuse obstinément toute velléité de pathos, de mélodrame. Ce qui semble intéresser Markus, plus que l'horreur de la situation, c'est la façon dont cet homme expérience sa vie, un espèce de train-train qui n'avance pas, une lassitude pourtant pas dénuée d'ambitions sociales. Bon film qui n'a pas l'air de pousser, MICHAEL mérite le coup d'oeil. Mais si vous avez 71 FRAGMENTS D'UNE CHRONOLOGIE AU HASARD, préférez l'original.

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

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Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 16:41

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mérou péte devo

[Photo: "Mesdames, Messieurs : Le Plésident du July!" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

Se rendre au marché du film du Festival de Cannes n'est pas chose aisée. Il est de plus en plus rare que l'on laisse assister à une projection un non-acheteur. Werner Herzog et Kevin Smith, entre autres, m'étant passés sous le nez, je suis condamné à errer en sélection officielle. Et ça ne sentait pas forcément très bon.

 

 

POLISSE de Maïwenn (France-2011)

 

Paris, 2010. La brigade de protection des mineurs s'occupe en grande majorité de cas de pédophilie, d'inceste, parfois de menus un peu plus larcins, mais impliquant toujours, bien sûr, des enfants. Joeystarr, Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, entre autres, tentent de protéger ces gosses maltraités, tout en jonglant avec leur vie personnelle pas toujours bisounoursesque. Bientôt, Maïwenn les rejoint, photographe dépêchée par le ministère de l'Intérieur pour documenter le travail des policiers. Bien sûr, sous la pression de leur métier, les relations avec la nouvelle venue sont conflictuels.

 

Cannes, 2011. Un jeune et sémillant quoiqu'approximatif critique se rend à la projection du film POLISSE avec grande circonspection. Il n'a jamais vu un film de Maïwenn, mais les quelques extraits aperçus de-ci delà ne l'avaient pas vraiment enchanté. Bouté de toutes parts par les affreux mercantiles, il rentre dans la salle à la toute dernière minute. Il y est encore, par terre, sonné.

 

Cinéma, 1895-?. Comme disent nos cousins étasuniens, what a mindfuck this movie is. Je dois vous avouer ne pas savoir par où commencer. Le dispositif de tournage, léger, de la vidéo assurément, en caméra portée (mais pas tout le temps, et j'y reviens !) est là pour donner un effet sur le vif, reportage, et ainsi ancrer le film dans un certain réalisme documentaire, qui se voudrait proche du naturalisme (d'après la réalisatrice, les histoires de pédophilie présentées dans le film sont issues de ses "recherches" dans un commissariat similaire) le plus total. Sauf que bien sûr, à l'écran ce n'est pas du tout ce qu'il se joue, et l'intérêt du film se trouve ailleurs. Il y a toujours cette tendance à se raccrocher à un témoignage réel, sincère, vécu, et à prendre cela comptant, n'allant pas plus loin que le verre de ses lunettes. Confondre vrai et "vrai". Cela me rappelle un peu Bruno Dumont, qui réagissait aux critiques de L'HUMANITE en disant que ,malgré un certain aspect réaliste, son film est pure fiction, tout est inventé, et disait à propos de ses acteurs non-professionnels hués lorsque le jury de Cronenberg leur a remis à chacun un prix d'interprétation, que ce n'était pas leur vraie vie, qu'ils jouaient, qu'ils étaient des acteurs, des professionnels finalement, autant que tous les Robert D'on Ira (où tu voudras quand tu voudras) du monde. C'est exactement la même chose en ce qui concerne POLISSE. L'esthétique générale du métrage peut aller, à première vue, dans un sens, mais la mise en scène et la narration vont clairement dans l'autre.

 

Des strates ! Toute la narration est construite en strates qui s'imbriquent, se contredisent, apportant nuances, complexité, souffle, saillies. Les journées de travail s'enchaînent et s'enchaînent, apportant chacune leur lot d'histoires horribles, et le langage cru qu'utilisent les flics, les victimes et les bourreaux renforcent cette couche qui se veut être la plus réaliste (mais ne l'est pas véritablement, j'y reviens). Là-dedans, et de manière subtile et intelligente, tout en progression par petites touches, Maïwenn y inclue des passages ouvertement fictifs, quasiment mélodramatiques : la vie personnelle des policiers. Et elle n'y va pas avec le dos de la cuillère, chargeant la mule, pédalant dans les descentes : on passe de la comédie romantique au drame, à la chronique sociale et au film de moeurs, et elle en rajoute un peu à chaque fois, non pas des clichés, mais des espèces de passages obligés qui, imbriqués dans son récit réaliste de dépiction du travail de la brigade, instaure un étrange malaise. Quelques scènes splendides parsèment, ça et là, la narration et transforme le tout en quelque chose de complètement outré, grotesque, à la limite du vulgaire ; la scène de la boîte de nuit par exemple, moment diaboliquement mis en scène, d'une fausseté totale, qui laisse voir l'architecture du film en pleine lumière : oui, tout est inventé ! Ils dansent une chorégraphie ! Autre scène magnifique, celle du bus avec les petits enfants roumains et cet instant de lyrisme en jump-cut, d'un onirisme absolu, comme une scène hors du film mais qui lui donne cet indispensable moment d'espoir qui respire, respire. Vous en voulez encore ? Maïwenn l'actrice arrive, photographe (camerawoman !), et donc commence à flasher les membres de la brigade. Au bout d'un moment, à bout de nerfs, Joeystarr lui hurle dessus. "J'en ai marre de tes clics-clacs, dès qu'un enfant pleure ou qu'on mange des frites tu prends des photos, mais quand on bosse vraiment tu n'es plus là, et quand il y a du misérabilisme tu es sur notre dos", je paraphrase. Et que fait Maïwenn, la réalisatrice ? Ca, exactement ! Elle ne montre que cela, des enfants qui chialent et qui racontent leurs viols, des fliquettes qui surfent sur Facebook entre deux témoignages et lorsqu'un gros coup de filet se prépare et que l'on a besoin d'eux sur le terrain, soit ils sont en retard soit ils sont là en tant que figurants, cachés dans la foule ! Qu'est-ce qu'elle nous montre, Maïwenn la réalisatrice, elle nous montre que les problèmes viennent principalement des minorités ethniques, et quand de bons français bien de chez nous font des horreurs, ils sont tellement hauts placés dans la hiérarchie politique que l'affaire sera sûrement étouffée. Je crois que ce que Maïwenn la réalisatrice nous montre, c'est le travail fantasmé de la police. Elle nous montre la France fantasmée par les gens, en cela son côté complètement voyeuriste et malsain. Elle nous met le nez dans les pires horreurs humainement possibles (certaines scènes sont vraiment chocs, à côté Gaspar Noé c'est Pimprenelle) parce que c'est ce qui nous fait le plus peur et paradoxalement, c'est ce que l'on veut voir le plus (il n'y a qu'à voir les scores d'audience d'émissions comme Faites entrer l'accusé et autres du même type). Le truc, c'est qu'elle saute à pieds joints dans tous les pièges et va partout où elle est attendue, mais le coup de pied dans la porte est tellement fort qu'elle la dégonde et la remet dans un autre encadrement ! En clair, elle explose les attentes en en faisant quelque chose de punk, en les retournant et les triturant, et en fait des forces. Quelques choses ne fonctionnent pas forcément très bien par contre, comme quand elle parle ouvertement politique (Sarkozy) et cinéma (Godard). A part ça, elle prend les codes, et les emmène jusqu'à la sidération ! Et donc, pour en revenir à mon argument premier, qui dit fantasme dit fiction, POLISSE n'a rien, mais alors rien du reportage !

 

Pas même la mise en scène, bien sûr. Ce qui est très intéressant c'est qu'elle a de manière tout à fait consciente le cul entre deux chaises, entre réalité et fiction, et qu'elle joue de cela de manière très habile. Je le disais au début, le film se déroule quasi-entièrement en caméra portée, pas toujours très bien cadré (même s'il y a des bribes de trucs au fond), mais alors quand elle pose sa caméra, c'est un festival et les cadres sont magnifiques, composés jusqu'à l'ivresse. Il y en a peut-être trois ou quatre en tout, mais ils ressortent vraiment (notamment le premier plan large dans le bus). Disons que le film est globalement très moche, un peu comme a pu l'être INLAND EMPIRE, c'est-à-dire sublime. Le son est très propre, sans fioritures. Les acteurs, quant à eux, sont également dans cette dichotomie de mise en scène : tous très bons et très médiocres à la fois. Ils ne sont pas toujours justes, et leur fausseté remet encore une couche sur cette notion de fiction.

 

J'allais oublier quelque chose de très très important : le film est HILARANT. Vraiment. Il y a du drame, partout, mais dans un geste très PULPFICTIONnien, Maïwenn mêle tous les genres, passe sans aucun problème de l'un à l'autre, et on pleure de rire et de tristesse dans la même scène. J'ai l'impression de ne pas lui avoir fait justice avec cet article, mais de toute façon vous n'avez pas à me lire. Allez voir le film quand il sortira. Vraiment. Allez-y. Et comme dirait le vénérable Dr Devo, apportez les kleenex.

 

 

 

 

 

HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti (Italie-France, 2011)

 

Une bonne nouvelle se doit d'arriver seule. Après la claque monumentale du film de Maïwenn était programmé le film d'un des Affreux, à savoir Nanni Moretti. Matière Focale vous avait déjà parlé du CAÏMAN, bande de chançards. Et ben là, c'est le nouveau.

 

Le monde de la religion chrétienne est bien embêté : le pape est mort. Se réunit donc le Concile qui va s'ostraciser du monde et procéder au vote qui permettra d'élire un nouveau pontife. Et c'est le pauvre Michel Piccoli qui hérite de la tâche. Il est d'abord ému, puis embêté, puis carrément paniqué : alors qu'il doit bénir et s'adresser à la foule en délire sous son balcon, il flippe sa race et refuse de sortir. Cela dure plusieurs jours, jusqu'à ce que les cardinaux ne dépêchent Nanni Moretti himself, psychanalyste de renom, qui va essayer de faire recouvrer ses esprits au nouveau Saint Père. Et autant vous dire que c'est mal barré.

 

Rien de neuf sous les tropiques, et je dois avouer ne pas avoir grand-chose à dire sur le film, tant celui-ci est d'une inconséquence qui confine au coma le plus profond. Ce que fait Moretti est relativement simple : d'un côté, le nouveau pape doute et essaie de trouver la force d'endosser le rôle qui lui a été confié, de l'autre les cardinaux qui doivent rester coupés du monde jusqu'à ce que le pontife ne se présente à la foule, dépictés comme une bande de grands gamins espiègles, et la basilique comme une grande colonie de vacances dont Moretti serait l'animateur ! Il parle avec tout le monde, essaie de les éduquer sur les différents types de somnifères et organise des tournois de volleyball ! Ces grands hommes de Dieu, puissants, ne sont finalement que des humains comme les autres. Révélation ! Et si la majeure partie du film est finalement une comédie, le réalisateur est plutôt lourd quand il s'agit de faire passer ses messages humanistes. Un exemple : Moretti, non-croyant et organisateur du tournoi de volley sus-mentionné, a sectionné les équipes en continents, Afrique, Amérique du Sud, Europe A et B, etc. Lors d'un match des africains contre je ne sais plus qui, Moretti a une discussion avec un des cardinaux. Ce dernier met en doute la théorie de l'évolution de Darwin, ce à quoi un Moretti pas dupe répond, les yeux rivés sur le match devant lui, "L'Afrique mène au score !". Oui, c'est mignon.

 

Du côté de la mise en scène, un cadre informe, pas de lumière, un montage absolument horrible dans lequel Moretti fait revenir plusieurs fois un plan évidemment fait sur fond vert pour avoir la foule en délire de dos et la basilique de face en arrière-plan ; c'est d'une laideur assez peu commune, et le réalisateur y revient encore et encore pour couper et essayer de donner de la vie au monologue final de Piccoli, ce qui ne marche pas et est absolument ridicule surtout quand le plan revient juste deux secondes, comme ça, de manière complètement gratuite. Et comble du vulgaire, au moment d'émotion intense, à la toute fin du film, il nous sort un gros Arvo Pärt des familles qui dégouline et dégouline (j'aime bien Arvo Pärt, mais là c'était juste pour faire chialer Margot) et finit de rendre le film antipathique, lui qui avant n'était juste pas intéressant.

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 11:53

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fesses devo

[Photo: "Lick My Carpet " Par Dr Devo.]

 

RESTLESS de Gus Van Sant (USA-2011)

Il y a la chaleur et les gens sont assis. Il y a les flammes du soleil et les étincelles sur les jambes nues des demoiselles. Il y a du bruit, dehors, dedans, partout. Il y a le reflet d'une récompense tant désirée qui trône sur une scène immense, dans une ville du sud de la France. Le Festival de Cannes a rouvert ses portes, et Matière Focale s'y engouffre, bastion de vertu subjective venant tenter de déjouer l'inanité de l'écriture de la critique cinématographique.

 

Il y a Gus van Sant qui ouvre la compétition de la sélection Un Certain Regard avec son film RESTLESS. Van Sant, un vieux de la vieille, toujours là, par intermittence, mais nous le connaissons bien. ELEPHANT, LAST DAYS, le superbe PARANOID PARK

 

Il y a deux facettes à Gus van Sant, deux personnalités qui semblent totalement être aux antipodes, l'une semblant dormir lorsque l'autre est affairée ; le metteur en scène de cinéma talentueux, habile monteur, mixeur sonore d'émotion, et le Mr Hyde, la brûlure de Double-Face, le metteur en images insipide, de WILL HUNTING à l'odieux HARVEY MILK

 

Il y a Henry Hopper, qui vient de perdre ses parents, et Mia Wasikowska qui souffre d'un cancer en phase terminale. Ils vont se rencontrer, s'aimer. Alors, à votre avis, nous avons droit à Gus Yin ou Yang van Sant ?

 

Il y a quelque chose d'étrange dans ce film. Un choix qui cloche. Une dimension, un levier de mise en scène trop explicite, trop poussé dans ses retranchements pour que ce ne soit que le fruit du hasard ou une simple volonté esthétique. D'ailleurs, cela n'existe pas, jamais, et les choix hasardeux ont toujours une résonance profonde avec ce que l'on a envie de dire. Ils sont toujours vecteurs de sens, qu'ils aillent dans la direction du film ou à contre-courant. En marge de l'effarante nullité de la mise en scène, dans laquelle il sera difficile de prendre Van Sant en flagrant délit de cadrage, de montage, de photographie, de son, à côté de cette inconséquence qui confine à la mort clinique au fin fond du cosmos glacial, quelque chose se joue, enfoui, ailleurs, sur une cible un peu à côté, à quelques centimètres. 

 

Il y a Gus van Sant qui essaie un peu de nous faire passer des poils de cul pour des rouflaquettes. Sous couvert de l'inconséquence du scénario, qui obnubilera la quasi-totalité de la critique qui regarde le doigt au lieu de regarder la lune, vantant ses mérites "romantiques" et "à fleur de peau de l'adolescence turbulente où la fougue turgescente emporte l'amour jusqu'au-delà de la mort", et j'ai lu des choses comme ça, là où le focalien sait que la relation hommes / femmes c'est pas Julia Roberts mais AMERICAN PIE, bref. Dans RESTLESS, c'est la direction artistique qui est levier de sentiment. Je m'explique. Nous sommes dans un no man's land, Portland, mais c'est aussi La Roche sur Yon, Quimper, Utrecht. Mia, que j'appellerai par son prénom pour plus de commodité, se rend régulièrement à l'hôpital. Ces incursions médicalisées ancrent sans aucun doute possible le film dans un temps donné : le notre, contemporain, 2011, l'année de la fin définitive du terrorisme mondial et des nouvelles chansons de Lady Gaga. Les instruments de torture des toubibs sont tout ce qu'il y a de plus modernes, malgré la relative "spartiacité" de la chambre de la jeune fille. 2011. A côté de cela, il y a le levier tiré à fond, et tout le reste de la direction artistique, décors, costumes, maquillage (plutôt réussi par endroit par ailleurs - Mia à l'hôpital tiens, avec ce très léger jaune pâle autour des yeux) fait référence aux années 60. Et là ça coince. Ces gamins s'habillent comme il y a cinquante ans. Les baraques dans lesquelles ils habitent, le quartier résidentiel, le suburb le plus banal, c'est total sixties. Plus pervers encore, et cela a été repéré par une camarade, Mia a exactement la même coupe de Jean Seberg dans A BOUT DE SOUFFLE. Le film se termine par une chanson de Nico, ex-Studio 51-Velvet Underground-Philippe Garrel. Cela m'a gêné tout le métrage, tant rien ne semblait véritablement à sa place.

 

Il y a les fantômes, et les gens qui sont déjà morts. Tout le monde dans ce film est déjà mort, sauf le héros, Henry Hopper, qui par ailleurs et c'est assez impressionnant et dérangeant, joue exactement comme James Franco, les mêmes tics, la même voix traînante, les mêmes poses et les mêmes intonations qui semblent constamment sous l'effet de marie-jeanne. Il est flagrant de voir les fantômes s'ébattre donc ; quand Mia apparaît, pour la seconde fois à peine, poursuivant Hopper, elle arrive d'un coup sec, sans aucune justification, comme ça, comme ça, pour rien, presque par hasard, mais un hasard calculé, prémédité, voulu. Le jeune homme converse avec le fantôme d'un kamikaze japonais mort au combat. Sa tante, avec laquelle il vit désormais (Jane Adams, sublime actrice, que l'on a pu voir notamment dans le merveilleux HAPPINESS de Todd Solondz), a tout quitté pour s'installer avec lui et vit une existence ectoplasmique. Hopper est entouré par la mort, impression parfois martelée par notamment cette nuit d'Halloween où Mia se peint le visage en blanc. A un degré un peu autre, nous pourrions dire que la mise en scène est morte, elle aussi.

 

Il y a la mort non pas d'une personne, mais d'un idéal. D'une photographie que l'on a envie de garder trop longtemps, "I've been looking so long at these pictures of you" disait le poète britannique, d'une image que l'on cherche à copier mais qui n'existera plus jamais. Le revival n'est qu'illusion. Ces temps sont morts, Mia est morte, Mia est le revival qui est redead. Le côté complètement hipster du cinéma de van Sant, présent dans quasiment toute sa filmographie, ici renforcée au-delà de la direction artistique par l'utilisation de la musique (Sufjan Stevens, Bon Iver), il a l'air de dire que ce n'est plus la peine, que c'est trop tard, il semble se rendre compte aujourd'hui que tout est perdu. C'est autre chose, maintenant. Cette génération ne peut plus se complaire dans ce qui a été fait avant, elle doit trouver ses codes, ses buts, ses espoirs à elle. Les suburbs ont brûlé. Il faut tout reconstruire. On pleurera, mais on sourira. On sourira.

 

WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN de Lynne Ramsay (USA/UK, 2011)

Il y a Lynne Ramsay, quelques heures plus tard, bonjour madame. Veuillez m'en excuser, mais je n'ai pas vu vos films précédents, RATCATCHER, LE VOYAGE DE MORVERN CALLAR. Vierge de tout à priori, pas vraiment, parce que vous avez casté l'Actrice, la vénérée Tilda Swinton, et le toujours très juste John C. Reilly dans votre film WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN.  

 

Il y a Tilda dans une célébration christique baignant dans du jus de tomates. Elle semble heureuse. Puis elle n'est plus heureuse, elle vit seule dans un appartement miteux, et ne fait pas tous les jours la vaisselle. Puis, avant, on dirait, peut-être, elle rencontre Reilly ; elle semble heureuse. Puis, elle a un enfant. Et cet enfant la déteste. Puis, plus tard, nous apprenons que l'enfant aurait peut-être fait quelque chose de répréhensible. C'est suggéré par le poing que Tilda se prend dans la figure par un second rôle. Que s'est-il passé ?

 

Il y a un angle relativement nouveau, peut-être pas inédit mais qui fait du bien dans le Landernau de la chronique familiale sur 35mm. Ici Ramsay fait quelque chose de très intéressant, et déporte totalement les habitudes d'un public abonné à la cruauté faite aux enfants pour se concentrer quasi-exclusivement sur la cruauté des enfants eux-mêmes. Ce Kevin du titre est un petit connard. Un enfoiré. Un Hitler en couches-culottes, un Staline des bacs à sables, un Pol Pot du bol de céréales multicolore. Et Tilda, mère courage comme d'habitude, rôle qui lui va bien, tout lui va bien (regardez THE DEEP END, c'est très beau), va essayer tant bien que mal d'élever son rejeton. Et ce qui se passe est, tout de même, abyssal. Ce n'est plus une question d'amour. Au bout d'un moment, il n'y a plus ce lien filial incassable, quand l'amour n'est pas réciproque, plus que ça, quand il y a haine, haine pure en face de vous, et que la société vous oblige à ne pas abandonner. Vous ne pouvez pas vous échapper. Vous ne pouvez parler à personne. "Mais il est très mignon, ce garçon !" Ce n'est plus de l'amour, c'est de la fonction. Je suis mère, je récure les fesses de mon môme de cinq ans qui porte encore une couche, pas parce qu'il est traumatisé, mais par pure volonté de nuire. L'espace d'un instant, l'amour maternel a disparu, et il faut faire avec ce ventre sur pattes qui hurle pour un oui ou pour un non. Bien sûr, les choses redeviennent normales à certains moments bien choisis, dans lesquels l'amour de Tilda pour son fils est évident. Trop rares, ces moments. 

 

Il y a une progression de personnage qui ne me semble pas très bien gérée ; le fait que l'enfant soit un véritable psychopathe, jusqu'à en venir au meurtre de masse, est un peu outré pour être honnête ; peut-être la réalisatrice voulait son moment de rédemption, son happy end, quelque part. La chronique familiale est très intéressante (entrecoupée de beaux moments de mise en scène, mais j'y reviens), et l'emmener dans des territoires aussi extrêmes banalise, en quelque sorte, le comportement de Kevin ; après tout, il n'était que psychopathe profond, et elle n'aurait rien pu y changer, son impact a été minime sur le gamin, au final. Tout ce que nous voyons, c'est l'origine du Joker de Batman (l'acteur qui joue Kevin adolescent, Ezra Miller, a les mêmes tics, la même voix, le même sourire carnassier que Heath Ledger), qu'il ait eu une mère aimante ou pas n'influant en rien son parcours. Un peu dommage. 

 

Il y a en revanche un travail de mise en scène plutôt bien fait, jouant avec les niveaux sonores et n'hésitant pas les coupes au son qui ont plus à voir avec du collage que de la continuité scénaristique, un montage en chausses-trappes classiquement parallèle disons, dans lequel la narration est "explosée" au profit de la montée dans la folie de Kevin, de ses premiers méfaits à ses dernières tueries, entrecoupées d'images du présent. Quelques surimpressions très belles, des coupures sur des lumières floues, des pare-brises pluvieux qui oxygènent et anxiogènent la narration, bien aidée par la lumière soignée et riche.

LJ Ghost.

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Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 23:03

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

devo-sextape

[Photo : Nathalie Portman en train de jouir, d'après le film SEX FRIENDS.]

 

 

 

 

 

 

 

Il y a 15 ans, colonie de vacances à Plougastel, découverte du corps des femmes de mon âge, premières échauffourées amoureuses, l’innocence à l’époque avait un nom. La nuit les étoiles l’été avaient encore un potentiel romantique quand les grillons sous les étoiles me crissaient de lui parler, sous la lune et sous une tente, blottis dans un cocon qui me hante encore dix ans plus tard.


Il y a 10 ans, téléphone portable, arrivée d’internet, découverte du corps de femmes défoncées par des centaines de bites, du cul partout, tout le monde à envie de baiser, je regarde pour la première fois un film qui prophétise qu’après le moyen âge, la renaissance et les lumières on rentre dans le siècle du cul à grands coups de frustration étalées sur les murs, les arrêts de bus, les salles de gym et les boites de nuits. Découverte d’un monde ou il est devenu tellement simple et cool d'accéder au cul que plus personne n’y arrive.


Il y a 5 ans, difficile de parler à une meuf, tout le monde triche, naissance de facebook et de sa pousseocratie, devenir ami, supprimer ami, poker un ami, le vide est peuplé de gens qui se définissent en langage SMS, de conversations instantanées, d’apéros géants, de démesure dans les faits quotidiens, d’abandon du couple au profit du relationnel direct, ma génération arrête de se battre pour le romantique, il faut du concret, les relations s'enchaînent, les moyens de niquer se multiplient, omniprésence du réseau dans la relation au charnel. La frustration sexuelle semble toucher tout le monde, créer un engouement, le seul défi sera de baiser, il semble que cela suffise au bonheur.


Il y a 5 ans, il y a 6 mois, aujourd’hui, Nathalie Portman préfère sa carrière à une vie de couple, elle n’est pas douée pour les sentiments, ne faisons que du sexe, encadré par des règles, protégés par du latex. On se textote, RDV dans une demi heure derrière le boulot, dans la voiture, dans le parking, sur la plage, au cinéma, on le fait et on retourne bosser. Le sexe comme anti stress, et le soir avec les potes, ici le gentil homosexuel moche, le geek introverti, l'infirmière un peu grosse éternelle célibataire, la blonde insipide pour qui les mecs sont tous des salauds, et partout, facebook, twitter, iphone, meetic entre les gens. On se rappelle avec nostalgie d’une tente et d’un jardin pour jouer. Aujourd’hui on tente de jouir dans son jardin secret.


Il y a 5 ans, il y a 6 mois, aujourd’hui, Asthon Kutcher, l’amoureux victime de la femme dynamique et carriériste du XXI eme siècle se demande où sont passés les défis, les baisers, les mots doux et les alliances contre les méchants, que sont devenus les sentiments à quatre pattes entre deux portes, le partage des chocapics le matin, la vie sans fard et sans maquillage, les nuits peau contre peau. L’incertitude et la versatilité de l’amour ont rendus Nathalie Portman peureuse, terrorisée, rivé à des trucs quantifiables et prédictibles, comme le sexe sans attache, la carrière, les fêtes et le maquillage. Derrière mille masques elle rode aux périphéries de l’humanité, presque stérile, guettant le plaisir sans risques. Ashton Kutcher travaille pour une série TV, tente tout, a un cœur d’or, et les femmes le brisent. Il vit toujours dans la tente d’il y a 10 ans.


Le réseau, les interconnexions, les marques de voitures, les ordinateurs, les téléphones portables, le shopping, le maquillage, l’épilation, les ventes de disques, les chocolats, le parfum, les préservatifs ; liste non exhaustives des choses qui compteront au XXI ème siècle. Bienvenue dans un monde homogène, qui abolit tout, des désirs aux pulsions, du risque à la souffrance. Le pire c’est que personne ne nie ses désirs, ses pulsions, ses bassesses. Elles sont incorporées dans un processus relationnel qui se concentre sur une seule phase de l’individu : je me tape un bon coup pour baiser, un pote drôle pour rigoler, ma meilleure amie pour aller en boite ou un étudiant en lettres rebelle pour aller manifester. L’individu défini par un moment, non plus par des actes émanant d’une conscience, dans une lutte toujours renouvelée pour une égalité absolue. Tout le monde va au casse pipe en bandant, en jouissant continuellement. Hegel disait qu’un individu qui ne nie plus n’a pas d’avenir : SEX FRIENDS est un film no futur.







Enfin ça c’est la première heure du film. Presque terrifiante de réalisme, film de trentenaire qui cherchent à baiser dans une ville immense, ou on ne voit personne baiser hormis Kutcher/Portman, comme si 10 % des gens seulement avaient accès au sexe. Mégalopole terrifiante, vide relationnel, portraits de salauds et de femmes manipulées, teen movie qui aurait pour thème le désenchantement du monde. Même si la mise en scène est inintéressante et le montage quelconque (uniquement linéaire ou simultané), il y a des moyens et on s’ennuie relativement peu.




Le problème c’est qu’au bout d’une heure, on laisse complètement tomber le sujet pour verser dans la comédie romantique chiante. Bien sur un sujet aussi déprimant n’est pas concevable pour un film de Reitman, on se doute bien qu’on ne verra pas une disparition des valeurs humaines dans une Amérique déshumanisé style Breat Easton Ellis, mais là nos sex friends deviennent carrément un vrai couple après avoir dit pendant une heure que c’était has been, découvrent l’amour et c’est parti violon, que c’est beau une ville la nuit, la musique triste quand on se fâche, la pop mielleuse quand tout va bien, les couchers de soleil, la découverte de l’autre, ses petites manies toutes mimi, et en fin de compte tout le monde arrive finalement à baiser, le geek introverti, le gros homosexuel chauve (il se tape même un beau médecin, comble du lol) , le noir moche, la blonde insipide, le chien et le chat courent ensemble dans un monde qu’internet aura rendu plus social, dans lequel les médecins pourront se marier avec des intermittents du spectacle, les noirs avec des blancs, les moches avec des beaux, puisque tout sera aussi simple qu’une demande d’amitié sur Iphone. Au comble du bonheur, en couple avec nos âmes sœurs, comprenant nos différences, mondialement connectés a des réseaux porteurs de flux de données ininterrompus, on baisera comme des fous entre deux séances de bronzage/muscu/shopping/travail, on manifestera contre la guerre, on légalisera les drogues, on organisera des lancer de ballons pour sauver des otages, on fera tomber les dictateurs en organisant des concerts géants, on éliminera les maladies grâce à des émissions de TV et à l’aube de notre mort on regardera derrière nous 100 ans de statuts facebook.








Tout est bien qui finit bien.












Schizophrenement vôtre,





Norman Bates.

 












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Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 13:28

Publié dans : Corpus Filmi

 

my soul devo2 

 [Photo: "It Was No Miracle" d'aprés une photo du film MY SOUL TO TAKE de Wes Craven.]

 

Ce lundi soir, au BIFF, le festival du film fantastique de Bruxelles, sera projeté le nouveau film de Carpenter THE WARD qui, comme vous le savez, ne sortira pas en salle. On vous rabat les oreilles avec ça depuis quelques semaines. Il y a quelques jours, lors du dernier BON CHIC MAUVAIS GENRE, je faisais cette même réflexion. Ce à quoi un jeune habitué, fort sympathique au demeurant répondit : "Bah, il sort en direct-to-dvd quand même". Ite missa est. Alea jacta est. Tu quoque mi filii. Fluctuat nec mergitur.  CQFD, voire sin qua non. 

[Rajoute ici des dictons absurdes latinoïdes de ton choix.]

 

(Trop 2.0, le site, lol mdr;-) )

 

 

Neve Campbell, merde, Neve Campbell. Neve Campbell revient. Chez nous. Chez nous, aux USA, Neve Campbell revient en ville, la vache. Elle ressemble désormais à une femme de notre âge : robe pastel, tendance américano-carré, le revival eighties je suppose, donc up-to-date trop la classe (hum, hum!) mais ne convient pas à la soirée des Oscars que, de toutes façons, elle n'aura jamais la Campbell, donc elle a bien raison. Elle revient, dis-je, et ce n’est pas tel King-King-Kong-Kong. Non pas qu’elle fût fâchée ni rien, même si elle avait des raisons de l'être. Non, Niiiiviii, elle est juste fatiguée, un peu lourde, un peu usée mais puissante. [Lire cette dernière phrase en écoutant du stoner, style BORIS...] Elle revient, parce que business oblige quoi, faut bien vivre. En même temps, me dis-je, on peut pas dire qu’elle avait abusé de sa notoriété, Neve. Elle revient bosser, merde.

 

Tiens, ça me fait penser à qui mieux-mieux. J’ai une excellente amie, d’enfance pourrait-on dire, dont les parents passaient toutes les vacances d’été, sur la côte bretonne, à quelques kilomètres de la demeure familiale -bonjour l’exotisme- dans un camping, au bord de la mer donc. Il se trouve que, chaque année, cette ami avait les mêmes voisins de tentes: des hollandais. Et ces hollandais avaient une fille qui était du même âge que mon amie. Et tenez vous bien, cette fillette, puis jeune fille ensuite, s’appelait FAMKE, wait for it, JANSEN, comme la very good actrice, et célèbre bombe nucléaire de beauté bien connue. En Hollande, Jansen c’est un peu comme Martin ou Dupont en France . Mais c’est trop tard, le doute est plus que permis. Fin de l’anecdote.

 

Neve Campbell arrive en ville, et c’est moyen, voire carrément bof bof... Les temps, ô, c’est qu’ils ont changé. David Arquette a grossi, mais c’est le shérif de la ville désormais, et il est toujours marié à Courtney Cox, en mode vaguement ménagère, frustrée de merdre, mais, on le verra, tout ça, c’est de la poudre odieuse, du cosmetoc. 

Un indice s’affiche d’ailleurs sur votre écran : elle porte d’immonde robes à la mode, pour veille, en plein dans le carré vintage, plus (+) l’agressivité colorimétrique qui va avec. 

La ville a changé. Les anciens bambins sont devenus des teens. Twitter, Facebook, The Pirate Bay, Youporn, Meetic, Amazon, Bittorent, usb 2.0, Ipad, Ipod, Iphone, Steve Jobs, merdre, Steve Jobs, Priceminister, Ebay, Google, Over-blog, Ipod nano, écran lcd de 127 cm (je l’ai d’ailleurs), googlemap, Googleads, Googleearth, Mappy, hulot2012.com, matierefocale.com, fragranceliechtenstein.over-blog.com, RCV sur internet, plus (+) de Youporn, plus (Steve Jobs) de Steve Jobs (+), canardpc.com, plus (+) de Steve Jobs, rétro Kubrick à la Cinémathèque, coffret intégral Kubrick (même pas bloue-raie) sur fnac.com, pub  rétro Kubrick au cinéma Pathugmont (sponsors : cinémathéque.fr + warner.com).

 

 

Bocuse Bernau. Bocuse Bernau, Bernau Bocuse. (in ANEMONENGURT, opus BOCUSE BERNAU).

 

Neve Campbell est de retour. Les teens ont changé. Alors, c’est du franc. Eux, ils sont habillés complétement normalement, comme des teens (friqués) de la rue. On sait désormais qu’on est dans le documentaire. C’est ni bien ni mal. C’est comme ça. Le film dans le film, dans le film, le film dans le film dans le film, le film. Ouf.

Of course, comme de bien entendu, reçu, Rodger, reçu cinq sur cinq (5/5), copie, copie, copie. 

Les meurtres reprennent. Des victimes. Jeunes, bien sûr. On apprend que Neve Cambel, oui, je dis bien, Neve Campbell a une petite cousine éloignée, cligne-cligne, coude-coude, seewhatimean ?, seewhatimean ?, copie, copie, coude-coude, lesbiennne lesbienne, critique de film, salope salope, facebook, twitter, googlemeschiottes, NeveCampbellAPoil.com, googleads, blogranking, matierefocale.com, bocuse-bernau, salope de merdre, salope !

 

Gilles.

 

Neve Campbell est de retour. Les teens ont changé. Moi aussi. Le type du direct-to-dvd, lui, non, n’a pas changé, il est bien trop jeune encore. Il est là.  Facebook, Twitter, Anémone, Bourvil, Michel Blanc, Anémone Gourde.

 

 

Neve Campbell est de retour. Les teens ont changé. Le reigne du film dans le film, les marathons SAW de 1 à 7, la cinéphilie expansée aussi, c’est logique. Plus (+) de connaissances, plus d’accés aux films, à l’information, plus de signal, plus de partage de ces mêmes connaissances. Le rat de cinémathèque (Kubrick, coude-coude, Kubrick, salope, lesbienne, salope) race très dangereuse se transformera, ou alors, il se fondera dans l’encyclopédisme, jusqu’ici réservé aux cycles universitaires ou aux écoles préparatoires. Tout partagé par tous. Le support change, se dédouble même (dividi contre bloue-raie, par exemple). Mais tout peut exister, au moins potentiellement. Tout peut arriver. Tout peut se propager, et, très important, se partager. Ce n’est pas rien.

 

[Quelque par, dans son salon, chez lui, à la dévéthéque nationnale, le Marquis (co-owner de la trademark matierefocale.com), lit cet article, et je le vois très bien, hic et nunc (from King/Straub), son salon, je sens le cuir sur lequel il est assis. On ne pouvait, à l’époque, ne revoir un film que deux ans aprés.]

 

 

 

Neve Campbell est de retour. Les teens ont changé. Le film dans le film dans le film, très bien annoncé comme je le disais plus haut. Nouvelle cinéphilie. 

Ça n’a aucune importance, dit-il, dans Hollywood déserte.

 

Neve Campbell revient. Elle est de retour. Les teens ont changé. Neve Campbell a une petite cousine. Les meurtres reprennent.

 

[ Gilles 2.]

 

Ceci étant résumé, rentre ici, Wes Craven, avec ton cortége de fantôme. Tu es ici chez toi. Tu viens quand tu veux. Sous tes applaudissements ! On léve les petites plaquettes. 10! 10! 10!

 

[Evidement sous les applaudissements. J’y reviens plus bas...]

 

Facebook, twitter, bocuuuuuuse bernow, franciscabrel.com, googleads, salopes ! Lesbiennes ! Distributrices !

 

[In Télérama : Un fascinant exercice d'auto-analyse basé sur un jeu de poupées russes directement inspiré des trames de SCREAM et SCREAM 2, dont ce quatrième opus se veut le pendant adulte. ]

 

 

Neve Cambpell revient. Les teens ont changé. Les meurtres reprennent. Entre ici Wes Craven.

 

Gilles De La Tourettte.

 

[Nous y sommes.]

 

 

 

Un ange passe.

 

Les teens, parlons-en des teens.  Gros seins + Q.Is ensteiniens. + accés aux données + argent + accès aux supports.

Le premier indice, ou le deuxième si on considère le fait que Neve Campbell ait une cousine en soit un, d’indice, vient très vite après la comédie agréable du générique, qui sonne longtemps et bizarre, faisant ressentir la poids certain, quand même, des années (Heather Graham, sublime...). Le méta-langage, le film dans le film dans le film, le cahier des charges, je dis ouais, ouais, puis so what. D’entrée, on massacrera cela dans un rire. Et curieusement, là, après un peu plus d’une bobine (et l’effrayant, le sublime premier plan d’exposition de la ville où tout sonne faux, où rien ne se passe, où Craven à la sagesse de ne faire passer aucun message ni aucune ironie, ce premier plan vide que je remplis d’effroi, seulement illustré -un troisième indice s’affiche- par une musique hurlante et anonyme qui justifie le plan dans sa durée et son mouvement de cam’ stérile, depuis Spielberg/Lucas/Coppola d’ailleurs), là... 

Craven, dis-je, fait ensuite un geste superbe et important : il rhabille Neve Campbell ET Courtney Cox. Jean, blouson en cuir, t-shirt pour elles. Le film commence.

 

 

Pendant 50 minutes encore (temps ressenti), Craven s’occupe de Campbell, Arquette, et Cox, relègue le bunch of teens, trop hipster "bunch of teens" lol lolptdr, trop kanackyballs le métasite lesbiiiieennne,  au second plan et peut faire son film. Le seul salut et le seul étranger dans le jeu de quilles sera la fliquette (très bonne actrice, et très joli rôle) qui aura le droit à une scéne très maniérée et belle, prés de l’escalier, HALLOWEEN Marquis Sa Mére la Pute Salope Distributeur Salope,  et dans la pénombre. L’imbécile (que je suis parfois) regarde le doigt, mais cette mise en scène précautionneuse et ampoulée (et belle!), n’est pas là pour la stigmatiser une coupable éventuelle (ça serait trop tôt, trop simple, trop comme un passage obligé) mais pour la démarquer des autres nouveaux personnages (dont les teens). En quelque sorte, comme chez K. DICK (dont j’apprends avec horreur que le très fatigué Michel Gondry va adapter le UBIK ! Misère!), elle était déjà là, cette fliquette en 1996. Comme quoi la jeunesse (mais elle n’est plus tout à fait teen) n’est pas complétement stupide ou horrible, beau geste anti-cynique de Craven et quatrième indice.

 

 

Et puis, il y a le son... Et puis il y a la poignée à ne tirer qu'en cas d'urgence...

Faire plus (+), plus loin, envoyez les salopes de distributrices de leurs mères dans leurs 22 mètres (merdres?) parce qu'ils trouvent trop coollol ptdr 2.0 kick-ass salope lesbienne JENNFIER'S BODY ou Rob Zombie, faire plus, donc par le son. Puisque personne n'y comprend rien à la mise en scène, parce que la kikoo attitude impose la multiplication des parpaings dans la bande-son, je vais te l'atomiser la bande. Salope Ta Mére dit 10, je dis 100 fois plus (+). Elle se gratte les cheveux la petite cousine, et BLAN ! (trop post-post-cool le site!)  je te balance un gratte-gratte en 9.1 dans ta face. Il va aux chiottes, et j'atomise ton frontal par un ziiiiip d'apocalyspe. Et quand ta Merdre Salope Lesbienne de Mère sera endormie en gros plan, je te foutrais encore du son...

 

Au four Salope Ta mère 20 minutes et tout le monde est cuit. C'est plus de l'acouphène traumatique, c'est le découpage de tes trois oreilles, sale Van Gogue de salope ta mère de madeux de merdre. Moi itou, remarque. Cool du top de la loolitude cachée comme une pudeur virginale, un soir d'hiver, au fond d'une couette, presque pour le jeu-de-mot, là, Craven en utilisant le jeu imposé puis déformé de la hipstérisation post-lui-même et geekisante (ça y est je l'ai dit!), reprend son espace, et on entend plus personne crier, et pour cause: SCREAM FOR est devenu un film complétement muet. Tu la sens la crème au goût de Mont-Blanc, Salope Pathugmont Ta Race Salope?

 

Ca, c'est la première lame. Si Peter Jackson ou Sam Raimi avaient réussi ça, ils se seraient arrêter là sans doute... L'histoire ne le dit pas, et c'est bien ça le pire!

Cracra, là, il sort la deuxième lame: tirage de la poigne d'arrêt d'urgence. Refusant d'avancer, malgré le public de jeunes donzelles de moins de 22 ans qui lui crient de fourrer sa grosse queue velue et luisante dans leur petits vagins bistourisés comme un squelette de Terminator, magnifiquement le Cracra, il refuse. Le premier son depuis longtemps: "Non". Les teens disparaissent et enfin, rhabillés en cuir, la Neve reprend les choses en main. Pendant presque une heure, les teens sont out! Sublime! Le film redevient sonore quelques temps, le coup de ciseau dans les deux bandes se fait plus précis: old shool, tendu, violent, énergique. 

 

Restons là un instant: c'est le contraire des premières scènes de teens d'avant le tirage de la poignée, où le tueur ne tuait jamais devant nous au final, où il n'y avait pas de progression. Quand le plan arrivait sur la victime, le tueur était déjà dans le plan et le couteau déjà planté. Là c'est une autre histoire: ca court, ca coupe, ça spatialise, ca débraye, ça reprend, ça pulse. Fini l'amusement crytpo girly-gory pour vagins hurlants et petits éjaculateurs précoces qui jouissent en disant "bite !", fini la top-sexiness atitude d'un cinéma de genre qui ne sait plus vendre que des mannequins en Tanga. Avec Neve et Courtney, c'est autre chose: le meurtre est long, désespéré, drôle parfois mais jamais fun, et osons le mot, il pue le mythe dans sa façon de transcender Sa Mère La Pute de connivence cynico-gory-teenageuse. D'ailleurs, dans le film, le cinéma n'existe pas: c'est vidéo-proj' au mieux, et dividis partout. Souvenez-vous sur ce que je disais du Marquis au-dessus. Plus effrayant encore, le Film De Cinéma est devenu une réunion de groupe, une célébration collective comme la partouze gonzo ou la Fête de la Musique. Dividis sur une étagère, visionnage sur écran géant, le film comme on boit des canettes sur un parking (en moins sympa!!) ou comme on danse la Macarena. LE CINEMA COMME UN EVENEMENT SUR FACEBOOK.

 

Cracra bloque son film et fait le contraire, réintroduit un ordre aristocratique là-dedans et bosse. Il bosse avec Neve et Courtney, et il donne ce que les gens (les djeun's donc) veulent: il les tue.

 

 

Le film redevient muet et, hop, Cracra reprend son exploration de la réalité  contemporaine. C'est du documentaire. Et là, les mots me manquent... Dans l'introduction, il avait dézingué toutes les actrices des séries geeks en trois secondes ce qui annonçait déjà bien la violence de la charge. Dans la dernière section, la crasse et le communautarisme violent de la société jeune de sa mére la pute actuelle sont enfin mis en exergue. Teens s'assemblant selon le principe de fusion et de ressemblance (multiplier et faire pareil en moins bien, le principe du remake et l'instrumentalisation même dans le sentimental), teens ne sachant même pas faire un champ/contrechamp (très drôle, la webcam!) mais avalisant eux-même ce que peut (et doit) être le Cinéma et son Histoire (Pan dans la gueule de la théorie des Auteurs d'ailleurs!), logorrhée sans fin de leurs théories absurdes de puceaux pornoïsés par l'absence de culture et son remplacement par une demi-molle d'encyclopédisme de forum (le "méchant" final est clairement dépeint comme un forumeur!), mise en abîme personnages/actrices (le casting est parfait: elles rayent le parquet de leurs dents pointues, en toute inconscience; à l'exception magnifique de l'attachée de presse formidable, ironique et maitrisée), le tout sous une progression implacable, libératrice et cruelle lorsque le final se mêle de reconvoquer Argento et d'introduire Hanecke (voyeurisme avec la scène de la chaise devant le garage, et mutilations à suivre).

On ressort épuisé, épuisé par ces teenage girls qui aurait troqué l'uniforme SS (trop post-goldwin le site mdr kikkolol) contre le chandail Zara et qui n'arrête pas de jacasser, et de déverser (comme Télérama plus haut d'ailleurs, qui a réussi à comprendre l'exact opposé de ce que dit le film, double-kikooo-éjac-lol-dans Brigitte) des théories qui détruise le cinéma et le langage. Épuisante violence. Qui n'a qu'un antidote: la malice, la violence, la baston sur le parking.

 

Cracra réintroduit alors l'Ancien Testament dans la vie et le film, massacre toutes ces grosses connes,et comble de classe, dans un rire sublime en plus, comme un orgasme simultané beau et pêchu. On comprend alors aussi que le film sait guérir le cynisme mais pas le desepoir: il parlait non seulement de la communauté cinéphile et productrice (Hollywood-La-Productrice et les cinéphiles des forums de salopes de merdre de Steve Jobs lesbienne ta mère revues spécialisés et/ou les néo-cinéphiles, tout ça c'est les mêmes, c'est les habituels), mais aussi du cinéma lui-même. Ca fait beaucoup de morts sur le dance-floor.

 

Craven s'efface derrière son film, en sachant très bien que ceux qui l'encensent aujourd'hui l'assassineront la prochaine fois, quand le film ne sera pas une franchise, comme pour CURSED ou RED EYE.

 

 

Dr Devo.

 

 

EPILOGUE: j'apprends par hasard, sans que les madeux et les geeks et sans que les CACAS DU CINEMA YEYE et leurs sbires ne s'en plaignent que Craven a fait un film l'année dernière. Et devinez quoi? Il n'est pas sorti en salle en France. Ni même en dividi! CQFD et Mort Aux Vaches...

 

 

 

 

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Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 18:36

Publié dans : Corpus Filmi

kiss devo

[Photo: "You May Find Yourself" par Dr Devo.]

 

Un bon lumbago qui ruine votre début de vacances et vous prive de pic-nic entre amis dans les plus beau parc de la ville, et vous voilà à vous trainer comme un pauvre petit martyr dans les rues, sans but, aussi gai qu'un Karl Marx perdu à Las Vegas... Au bout de quelques heures d'errance, on envoie tout balader, on grogne à la face du monde, on jure de ne faire que le contraire. Comme aller dans la salle de cinéma alors que le soleil brille à fond et que les jeunes filles, enfin, commence à montrer plus de chair...

 

Pour plus de froid, taper 3 et dîtes Suède. L'autre pays autre.

 

Dans la grande ville, c'est le train-train de ceux qui bosse. Hans, un grand blond à méche (les prénoms ont été changé pour garantir l'anonymat de chacun) ne fait que bosser: taxi clando et systéme D pour payer ses études de commerce. C'est un malin, au point de se faire passer pour aussi richard que ces copains de classe dont la moitié de l'hélice d'ADN est côté au CAC 40. Pedro lui a eu moins de chance: espagnole égaré là, c'est déjà pas marrant. Mais en plus, le pauvre vient de s'évader de prison. Les deux ne devraient jamais se rencontrer, mais le hasard et l'appât du gain les réunit dans une drôle d'histoire de trafic de poudreuses teutonnes... Achtung, car il y a tout à perdre: famille patrie, honneur, discipline, vêtements bien repassés et la petite blonde très bonasse...

 

Sommes-nous spéciaux, derrière nos petits visages et notre gros coeur en marshmallow? Que recherchons-nous derrière nos ray-ban? La gloire? La reconnaissance de notre Dieu romain et apostolique? Ou celle du blondin avec marteau?

 

Qu'importe au fond.. EASY MONEY, petit polar, découverte en label de chez Pathugmont, aimerait sans doute atteindre de telles cimes et pourquoi pas amener quelques réponses à la foule de Nous. Malheureusement, de manière prosaïque, le petit thriller local, qu'il soit suédois ou argentin, n'est jamais qu'un petit thriller. Passé le vague moment d'exotiximus, dû au double pédalage de l'intrigue qui parallélise un destin local (suédois, donc) et un autre complétement espagnol, on repense vite à ce velux qu'on a oublié de fermer quelque part, alors même qu'on pouvait croire à un orage de chaleur en fin d'après-midi, ou encore on se met à rêver à des choses sublimes, telle la liste des courses qu'on ne manquera pas de faire après le film. Bon, le patron nous sert sa limonade avec un mini-parasol et même une tranchette de citron vert: bien qu'ayant recours à ce montage parallèle, un poil improbable d'abord puis très annonciateur et guide-ligne ensuite, le direktör nous le fait dans le chiquosse, décalant parfois le son qui s'avance un peu plus vite que l'image, les deux bandes sons et images se resynchronisant quelques secondes plus tard, of course, faut pas pousser Björn dans les orties non plus, hein?

 

A part cela donc, nul révolution au pays du Krispe-Rolls: un petit scope bien sage, et une lumière un peu moins téléfilmesque que chez nous autre (en même temps, ça change, un tout petit peu, on arrive souvent à ce genre de lumière polie), mais sans expression particulière et généralement jouant sur le froid-chaud tout bébétte. On sent donc la petite leçon fitzgeraldienne vaguement digérée ou fantasmée, énième variation sur l'impossible troisième acte, ce mythe un peu zarbi. A mesure, les destins se rejoignant à l'évidence, on reste un peu comme deux ronds de flanc sur le bord du dance-floor, à se dire qu'on serait bien rester chez soi à regarder Drucker. Les acteurs, héros blondin en tête ne bouleverse rien du tout mais alors rien et révèle au mal-voyants les coutures mal cousues et trop scolaires ici et là. Ca sent un peu le festoche, ça sent la compétition un peu molle en mode gentil, à petites foulées, car faudrait pas non plus se choper une claquage. On note avant de conclure que le scope n'a aucune utilité, le gros plan étant assez légion, la morale gentiment bêtasse, et que tout cela aurait pu se régler en 80 minutes sinon en 15/20... Un costume chiquosse, un récit coral (poudre non-spéciale), trois destins différents aux mêmes aspirations (comme de bien entendu), voilà qui fait bien peu. Chaque pays produisant encore un peu de cinéma, sort des polars de la sorte en plusieurs exemplaires chaque année: on est dans le banalissime, légèrement vendu art et essai. Hier l'Argentine (Ahahaa! Je ris encore de ces journalistes nous ayant vendu "la nouvelle vague du polar argentin"!), aujourd'hui l'Europe du Nord ou les USA (côté Sundance), le "polar tranquilou" est ce nouveau genre de policier genre La Bourboule, comme on se rase.

 

 

Dr Devo.

 

 

 

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Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 12:45

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