Chers Focaliens,

Les beaux jours tournent de l'oeil, mais c'est avec vigueur et radieux comme un astre que je me dirigerais ce samedi après-midi vers les locaux de Radio Campus Lille (106.6FM) pour participer à l'émission LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES.


Si vous voulez écouter le show, le plus simple c'est sur le poste de radio, de 14 heures à 15 heures. Mais on ne fait pas ce qu'on veut, et beaucoup d'entre vous n'ont pas le plaisir d'habiter au pays de Satan Boon. Dans ce cas, le plus simple est encore d'écouter l'émission en direct sur le site de Radio Campus: cliquez ici. D''ailleurs sachez que l'émission est rediffusée le mercredi suivant de 14 à15 heures!


Si vous avez mieux à faire, comme un partie de scrabble sur internet ou nettoyez la litière du chat, je vous comprends mais ce n'est pas gravissime puisque l'émission est téléchargeable en podcast sur le site du Quotidien du Cinéma, dés le dimanche et ce jusqu'au samedi suivant: cliquez ici.


On parlera cette semaine des films suivants: SOUS LES BOMBES de Philippe Aractingi, déjà chroniqué ici il y a deux jours par Mr Mort, mais aussi de ENFANCES, film collectif français qui raconte les aventures de certains cinéastes en culottes courtes et qui mangent du Kiri. Et ce n'est pas fini puisqu'on évoquera CLEANER de Renny Harling et peut-être même TEETH de Mitchell Lichtenstein. Ca va être rock 'n' roll, je le sens.



Et comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, j'en profite pour vous signaler que le samedi 24 mai, soit la semaine prochaine, je mixerais (enfin je passerais des disques) en compagnie de mon confrère Karl Walden dans un bar chic et branché de Lille. Voyez le beau flyer que j'ai mis en guise d'illustration de cet article. Ce sera très éclectique, et de belles choses, dont certaines enfouies, passeront je vous le promets. De quoi, sans aucun doute passer une soirée baignée de poésie et d'humour dans une ambiance décontractée, entre amis autour d'un verre. Karl et moi-même ferons personnellement la bise à tous les focaliens et toutes les focaliennes qui viendront nous faire un petit coucou.



Bon, tout ça, ce n'est pas une raison, et je vous souhaite un excellent week-end quand même!

 


Nonchalamment vôtre,


Dr Devo.




 

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Samedi 17 mai 2008

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Chers Focaliens,
 
 
Je sors de ma tour d’ivoire et de travail pour vous annoncer officiellement l’avant-première du film A BORD DU DARJEELING LIMITED de Wes Anderson au cinéma Majestic de Lille, ce lundi 17 mars à 19h15.
 
Je sui particulièrement heureux de vous convier à cette avant-première puisque, outre le fait que Wes Anderson soit un réalisateur de toute première importance, et même notre chouchou sur ce site, cette opération, qui aura lieu pendant le Printemps du Cinéma (prix unique de la place partout en France : 3,50 euros, de dimanche à mardi !) est organisée conjointement par le cinéma Majestic et Matière Focale. La projection sera précédée d’une courte présentation du film et de son réalisateur (et de l’acteur, ici également co-scénariste Jason Schwartzman, le meilleur acteur du monde !) par moi-même, personnellement. Le Majestic et Matière Focale ont en effet décider de s’unir pour vous présenter régulièrement des avants premières concernant des films que nous avons trouvé particulièrement beaux, aboutis et importants, et pour défendre des artistes (acteurs, réalisateur, etc…) dont nous adorons le travail. Et là, on commence très fort avec ce nouveau Wes Anderson qui est une pure merveille!
 
A cette occasion, le cinéma Majestic et Matière Focale vous offre deux places gratuites, pour ceux qui ont la chance de vivre aux alentours de la métropole lilloise. Pour gagner une de ces places, il suffit tout simplement dé répondre à cette petite question (pour la forme !) :
Dans quel film de collège auquel nous avions consacré deux articles sur ce site (un de moi qui disait que c’était très bien, et un du Marquis qui disait que c’était décevant, si ma mémoire est bonne) retrouve-t-on l’acteur Jason Schwartzman, justement, dans le rôle d’un étudiant marginal qui fait chanter un groupe d’étudiant tricheurs en échange d’un rendez-vous amoureux avec la plus belle fille du campus ? [Schwartzman essaie notamment de la séduire en lui chantant la chanson New-Wave Boy, absolument drôlissime !]
 
Bon, ça à l’air un peu dur comme ça, mais en surfant deux secondes sur internet, on trouve la réponse très facilement !
 
 
Une fois qu tu as la réponse, chère lectrice, envoie-moi un mail contenant ton nom, prénom, et ta ville. Pour m’écrire, cliquez dans la colonne de droite sur INSULTER DR DEVO ou FELICITER DR DEVO. Les deux gagnants seront avertis par mail des procédures de retrait des places ! Il faut par contre répondre avant Lundi midi !
 
Un mot encore pour vous dire que la projection de A BORD DU DARJEELING LIMITED sera précédée du court-métrage HÔTEL CHEVALIER, tourné à Paris par Wes Anderson avec Jason Schwartzman, encore lui, et Nathalie Portman. Les deux films sont absolument merveilleux, et je vous en reparle demain dans un superbe article !
 
Un grand merci à notre partenaire, le cinéma Majestic de Lille et à toute son équipe, sans qui cette opération n’aurait pas été possible.
 
 
Généreusement Vôtre,
 
 

Dr Devo.

 

 

 

 

 
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Samedi 15 mars 2008

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[Photo: "L'Orchidée, le Métal (leaving bitter dregs)" par Mek-Ouyes et Dr Devo]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
La vie est une dure lutte, et pour la première fois de l'histoire de ce site, je suis absolument incapable de pouvoir vous livrer de beaux articles! Et quel dommage car depuis quelques semaines, je vois énormément de belles choses au cinéma, et même pas mal de très grands films!
 
Néanmoins, essayons d'être Devo chez soi! Pour se faire, je suis quand même aller en salle, entre deux sessions de travail. Par conséquent, je serais cet après-midi sur les antennes de Radio Campus, à Lille, pour participer à l'émission LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES.
 
Vous pouvez écouter l'émission sur le 106.6 de la bande FM, pour peu que vous soyez habitant du Nord, voire du Pas De Calais. Elle passe de 14h à 15 heures, ce samedi donc, et elle est rediffusée à la même heure le mercredi suivant!
 
Si tu habites une contrée lointaine, genre Clermont-Ferrand ou Plozévet, ce n'est pas si grave que ça, puisque dans ce cas, tu peux aller sur le site de Radio Campus et écouter sur le net l'émission en direct! Pour se faire, clique ici.
 
Si tu as des occupations passionnantes, des courses à faire, des amis, des enfants ou peut-être même une femme, de la famille, si tu fais du sport, ou si l'émission tombe pilepoil pendant ton cours de guitare électrique, ce n'est pas si grave non plus. Car l'émission sera téléchargeable, dés demain dimanche, et ce jusqu'au samedi suivant sur le site LE QUOTIDIEN DU CINEMA. C'est même précisément ici!
 
Je parlerais ce samedi des films suivants: THERE WILL BE BLOOD de Paul Thomas Anderson, un film tout à fait dégoûtant sur le plan moral puisqu'on y voit des nourrissons qui boivent (sans succès) du whisky de contrebande, puis de LA RONDE DE NUIT de Peter Greennaway, un film excessivement moral et plein d'amour puisque qu'on y voit une femme sublime embrasser du bout de la langue les yeux aveugles d'un brillant jeune homme (ça c'est érotique!), et enfin SOYEZ SYMPA, REMBOBINEZ de Michel Gondry, un film très bizarre puisque Mia Farrow n'y est pas enceinte, et  c'est aussi un film assez beau parce qu'il y a au moins un plan avec un tractopelle (un peu à la dérobée, ceci dit), et aussi un rouleau-compresseur!
 
Lors de la dernière émission à laquelle j'ai participé, il y a 150 ans, et de fait, je ferais là mon grand come-back, j'avais réussi à placer le mot "frangipane", ce qui ne fut pas une mince à affaire, et je ne remercierais jamais assez Todd Haynes et son I'M NOT THERE de m'avoir permis de le faire le plus naturellement du monde, ou presque. Cette fois-ci j'essaierai de caser "brontosaure", ou un sonnet de Shakespeare, ou encore le mot "exogénose".
 
En attendant, ils vous salue et vous dit à très bientôt!
 
 
Vraiment Vôtre,
 
 

Dr Devo.

 

 

 

 

 
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Samedi 8 mars 2008

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[Photo: "Nothing can't come between us [Devo chez Elle]" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Entre deux conseils des Ministres, trois missions à l'étranger et un emploi du temps profesionnel serré, je serais cet après-midi  avec grand plaisir sur l'antenne de Radio Campus Lille pour participer à l'émission Les Aventuriers Des Salles Obscures, sur le 106.6 de la bande FM.

 

Que ceux qui ne sont pas dans la région Nord-Pas de Calais se rassurent, ils peuvent écouter l'émission en direct sur le site de Radio Campus: c'est ici!

Que ceux qui travaillent ou qui ont plannifiés d'acheter du parfum hors de prix à leur belle-mère pour Noël dans des magasins surbondés, que ceux-là se rassurent aussi, car l'émission sera téléchargeable dés demain dimanche, et ce jusqu'au samedi suivant sur le site du Quotidien du Cinéma. Pour télécharger, archiver et remixer l'émission, il suffit de cliquer ici!

Et c'est une grosse semaine! Va sans doute y avoir pas pas mal de catch à Campus, car j'ai vu que du lourd, si j'ose dire, et je parlerais des films suivants: MY BLUEBERRY NIGHT de Wong Kar-Wai, LA NUIT NOUS APPARTIENT de James Gray, I'M NOT THERE de Todd Haynes, L'AUBERGE ROUGE de Gérard Krawczyk (ben quoi?), et COWBOY de Benoit Mariage. Voilà qui promet un session ecclectique et endiablée. Pour vous faire plaisir, j'essaierais de caser le mot "frangipane" à l'antenne.

En attendant, il vous salue bien bas, et vous souhaite un excellent week-end.

 


Rapidement Vôtre,

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Samedi 8 décembre 2007

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[photo : "Mes Inuites Sont Plus Belles que vos Abat-Jours (la solitude est une hygiène)" par Mek-Ouyes]



Chers Focaliens,

Pas d'articles en bonne et due forme aujourd'hui encore, car nous sommes à Arras, au festival du film international L'AUTRE CINEMA, où nous sommes acueillis commes des rois et en toute simplicité, et où nous consacrons le peu de temps que nous avons de disponible à voir des films sublimissimes. On vous en parle très bientôt. Le festival se termine demain dimanche, et nous nous régalons avec notamment les films de Zulawski, réalisateur immense dont nous découvrons ou redécouvrons les perles dans la rétrospective qui lui est consacrée, et en sa présence, s'il vous plaît. Ici, sur la photo, Zulawski lors de la discussion dense et longue (2 heures délicieuses) qu'il a offerte vendredi au public. La dream-tize de Matière Focale est sur place (aujourd'hui Mek-Ouyes, IronLeg et moi-même) et nous vous préparons quelques surprises.

Wish you were there...


Extatiquement Vôtre,


Dr Devo.

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Samedi 17 novembre 2007

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[Photo : "Le casque sans l'enclume" par Mek-Ouyes]

 

 

Chers Focaliens,

 

On a essayé, croyez-moi, et toute la focale team a débarqué (en force. Merci à Mek-Ouyes, IronMan, Denver et Karl Walden de leur disponibilité et leur patience), d'interviewer Dario Argento, un des invités d'honneur du passionnant Festival International du film de Arras (L'AUTRE CINEMA qui se poursuit jusqu'à dimanche avec des raretés notables, notamment dans la rétrospective Zulawski, en compagnie du Maître là aussi ! Argento et Zulawski : chapeau bas les gars !), où le maestro était invité dans le cadre de la ressortie éminente de SUSPIRIA en version restaurée et numérique (numérique en salles, j'entends). C'était d'ailleurs ma première projection numérique, et on en reparlera. Hélas, le maestro n'a assuré que peu d'interviews et nous sommes un peu passés à la trappe. Qu'importe, nous avons assisté à une petite causerie publique où Argento, interrogé par Jean-François Rauger, célèbre critique du Monde,  a été amené à revenir sur sa carrière, et surtout sur ses modus operandi ! C'était très bien, d'autant plus que Rauger a fait quelque chose de plutôt pas mal. Bref, ça valait bien une petite photo que nous vous offrons et qui sort du four !

 

Merci à l'équipe du Festival pour sa disponibilité...

 

Sensiblement Vôtre

 

Dr Devo.

 
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Jeudi 15 novembre 2007

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[Photo : Madame la Ministre de la Culture qui fait le ménage pendant que les locataires ont le dos tourné ? 
Non, il s'agit plutôt de Miharu Shima, actrice du film QUAND L'EMBRYON PART BRACONNER.]

 

Chers Focaliens,
 
Ce n'est pas tous les jours, mais pour une fois, je vais faire ce que font la plupart des blogs ! Je sais, c'est mal, très mal, mais on me pardonnera, car c'est aussi très drôle et très triste, et donc je fais ce que font les "autres" : reporter des infos trouvées dans la presse. Mais ne vous inquiétez pas, je vais y aller de mon petit commentaire, "my two cents" comme disait le poète fictif !
LE CANARD ENCHAÎNÉ est un excellent journal, peut-être le dernier où il est encore possible de trouver des infos, rien que de l'info, c'est-à-dire des choses précises et objectives dont on se demande par quelle malice parfois, ils arrivent à les dénicher. Le plus remarquable est que le Canard..., bien qu'étant de gauche (ce qui, sur ce site, n'a aucune importance), donne l'impression totalement justifiée d'être d'une impartialité à toute épreuve, et de privilégier les faits plus que l'avis ! Certes, ils donnent leur avis, mais c'est d'abord ce processus des faits qui est démonté. Et il faut bien le dire, ils arrivent à rendre limpide des dossiers compliqués (le scandale EADS récemment) dont pourtant ils ne passent sous silence aucun détail. Superbe talent ! Bref, nous voilà avec une information claire, très drôle à lire et pleine d'esprit, et qui généralement, est bien plus détaillée et/ou pertinente que la concurrence. D'une rigueur impitoyable, LE CANARD.... vérifie et croise tout, et on ne les prend pas souvent à défaut ! Ils ont un œil sur tout, parlent de tout, et tirent leur lecteur vers le haut, avec malice en plus. Que demander de plus ? Comme par hasard, le journal politique satirique qui paraît le mercredi est sans pub, et ne vit QUE, oui oui messieurs dames, ne vit que grâce à l'argent des ventes et des abonnements ! Étonnant, non ? Des petits gars bien, en somme ! Fermez l'intro !
 
J'ai quand même un grief à leur faire ! Si la page culturelle est plutôt bien fichue, je trouve que le cinéma est largement le parent pauvre du journal. Remarque, l'exercice est assez rigolo : faire des critiques de films en une phrase ! Au moins, ils disent moins de conneries que leurs confrères, brièveté oblige, mais on reste un peu sur sa faim. Les critiques théâtre et littéraires sont bien mieux loties !
Il n'empêche, dans le numéro du mercredi 10 octobre, on trouve une info, déjà relayée par d'autres journaux, que je me permets de reporter ici (le nouveau CANARD... est sorti depuis, il y a prescription !), car, en effet, aller faire de temps en temps un tour dans les coulisses de la distribution de films est très intéressant, et même toujours instructif ! On se rend bien compte, en général,  que les autorités en la matière ont des vues, comment dire...., surprenantes sur le cinéma. Et si elles font et décident de notre vie de spectateurs, c'est toujours sympathique de voir comment elles se comportent en coulisses, nos "autorités".
Accrochez vos ceintures, c'est surréaliste. Pendant la lecture qui va suivre, gardez à l'esprit que ces gens-là sont en haut de la pyramide, et que ce sont des professionnels, c'est-à-dire des gens payés pour ça.
Francis Ford Coppola a le nez creux. On peut louer le bonhomme aisément à l'aune de ses quelques très bons films, et aussi lui envoyer quelques piques si on juge quelques autres (un volontaire pour défendre JACK ?), mais toujours est-il que le gros Francis a une activité pas connue du grand public, mais à laquelle il excelle en toute discrétion : il adore distribuer des films et inciter, ou inspirer, les autres à distribuer les pépites qu'il remet discrètement sous les sunlights. Et Coppola, je l'ignorais encore il y a quelques années, est un cinéphile pointu qui ne se contente pas comme ses collègues de ne jurer que par les classiques encensés de tous, loin de là. C'est grâce à lui que HITLER, UN FILM D'ALLEMAGNE, un des chef-d'œuvre de l'immense Syberberg, est sorti (modestement) aux USA, notamment. Bref, Coppola, quand il joue au distributeur, c'est pas de la gnognote, et c'est pas pour ressortir des polars années 70 de Sydney Lumet ! Il rachète donc les droits de distribution et incite les autres pays à sortir les films qu'il a pris sous son aile.
Cette fois-ci, Fat Francis ressort des oubliettes un film érotique japonais de Koji Wakamatsu (réalisateur de "pinku eiga", bandes érotiques souvent fauchées et iconoclastes, ancien de l'Armée Rouge et qui  très tôt dénonça  et critiqua violemment le PC ce qui lui valu des ennuis en Chine et en URSS) au titre improbable mais assez beau : QUAND L'EMBRYON PART BRACONNER. Et il se trouve que le film est sorti en France il y a quelques jours, sous l'impulsion de Coppola  et de sa boîte Zootrope donc. Premier point.
Quand un film sort en France, il lui faut un visa, c'est-à-dire un numéro de matricule administratif, fort utile d'ailleurs pour les exploitants de salles notamment. Il est délivré par la Commission de Classification des Films, organe officiel qui est chargé de voir le film, vérifier son contenu, et surtout "classer" le film comme on dit, c'est-à-dire décider impartialement s'il peut être tout public, interdit aux moins de 12 ou de 16 ans. [Anecdote : ce n'est pas toujours si impartial ! je me souviens que IL FAUT TUER LE SOLDAT RYAN de Spielberg, film très violent, assez gore même, n'avait même pas été interdit aux moins de 12, alors que pour le coup cela pouvait se comprendre, mais n'avait écopé que d'un "avertissement" (un texte devant être affiché à la caisse du cinéma) décourageant les plus jeunes d'aller voir le film). Par contre, un petit thriller avec une actrice légèrement dénudée ou avec un sujet un peu sombre, c'est du moins de douze ans direct ! Rires ! Donc, on n'est pas tous à la même enseigne devant la Commission de Classification, et on peut supposer que ça négocie sec en coulisses !]
Que raconte QUAND L'EMBRYON PART BRACONNER ? Le portrait d'une femme japonaise très humiliée par un patron pas bien dans sa tête, sur un ton, nous dit Le Canard, "sombre et intello". Bref, c'est pas du provocateur, la violence, comme souvent à cette époque assez punk du cinéma japonais, est très symbolique, et le film ne contient aucune scène de sexe explicite. Bref, comme disait l'autre, ce n'est pas là-dessus qu'un vieil érotomane ira se défouler ! Deuxième point.
Et maintenant, sortez les clowns ! On va rire.
Bizarrement, le 2 octobre dernier, la ministre de la culture Aldabert dont dépend la commission de classification, rue dans les brancards et déboule toute sirène hurlante pour classer le film de Wakamatsu de l'infâme X, en fait l'interdiction aux moins de dix-huit ans. [Ce qui implique notamment des restrictions d'affichages ou de publicité !!] Et ce n'est pas tous les jours qu'on utilise le classement "moins de 18 ans" !  Or, le film japonais ne justifie pas du tout cette sanction, ne serait-ce que pour sa représentation métaphorique du sexe, ou de la violence. Que s'est-il passé ?
Flashback. Le 27 septembre, la commission de classification des films visionne le film. Et, vous allez le voir, il y avait de l'ambiance et des arguments !!!! Norbert Saada est producteur à la retraite. On lui doit un Jacques Deray (j'en vois qui souffrent d'ici !), l'horrible PARRAIN à la française qu'est LE GRAND PARDON (dont je ne saurais vous recommander l'hilarant mais très nul n°2 avec Christopher Walken ! Un grand moment ! Par Alexandre Arcady, encore un professionnel, l'homme qui, publiquement, sur l'antenne d'Europe 1, a déclaré que pour lui, un film se terminait le dernier jour de tournage, et qu'il laissé le soin à sa monteuse de faire le montage de ses films !!! Classe !). On lui doit aussi l'intéressant ATTENTION LES ENFANTS REGARDENT ou LE PRIX DU DANGER. Bref... Saada voit le film et comme dit le Canard "envoie balader [les] critères" de la commission de classification et justifie  le classement moins de 18 ans avec une pertinence certaine en déclarant : "C'est de la merde !"
Ah ça, on ne le savait pas, on ne nous l'avait pas dit : la commission classe les films en tenant compte de leur valeur artistique ! Et avec quelle prestance ! C’est intéressant ! Et Saada ne s'arrête pas là du reste, et traite de "gestapistes" les défenseurs de l'interdiction plus conventionnelle aux moins de 16 ans !
Jean-Pierre Quignaux, qui représente l'Union Nationale des associations familiales et qui fait aussi partie de la Commission de classification, est lui aussi un esthète et il ne supporte pas les mauvais films si on en croit son jugement justifiant le classement X de QUAND L'EMBRYON... : "les pseudo-références du réalisateur à Sade ou à Bataille ont été mal assimilées par le réalisateur..." C'est mal ! C'est très mal ! Allez, hop, moins de 18 ans ! 

Cher focalien, comme moi, tu es très étonné. Les hautes autorités administratives en matière de cinéma sont  en fait des cinéphiles à la straubienne rigueur, et la commission est noyautée par des esthètes impitoyables ! Bizarrement, LE GRAND PARDON 2 n'a jamais été censuré ! C'était pourtant très très mauvais, et les références à Puzzi et Coppola étaient très mal assimilées !
Quand la commission a vu le film ce jour-là, nous apprend le Canard, la Présidente de la commission, Sylvie Hubac, qui est aussi ministre d'État, n'est pas là. Elle doit sûrement être à la cinémathèque de Berlin pour une rétrospective Werner Schroeter, ou en train d'essayer de mettre la main sur des inédits de Christoph Schliengensief... Elle n'a donc pas vu le film. Mais elle conseille avec force à la Ministre de la Culture de sévir et de classer le film "moins de 18 ans". Ce que fait la ministre dans la précipitation, la veille de la sortie du film ! Sylvie Hubac, elle, ne demandera une copie en DVD du film auprès du distributeur que le lendemain. Et le Canard rapporte un de ses propos assez croquignolesques, (propos tenus avant cette affaire) : "dès l'instant où l'interdiction aux moins de 18 ans existe, il faut pouvoir s'en servir..."

Alors que Matière Focale passe en général pour un méchant repère de brutes assoiffés de forme dont l'intransigeance est sans pitié, on s'aperçoit que c'est bien pire dans les couloirs du Ministère, repère de véritables ayatollahs du point de montage, des ingénieurs en axes et échelle de plans et autres spécialistes élevés à la Straub et à la Duras ! Ils sont durs et ne laissent rien passer. C'est pour ça qu'ils savent ce qui est bon pour nous. Pour mes français, c'est comme pour mes chiens, j'utilise Pal et je ne veux que le meilleur. Si c'est pas du Murnau ou si c'est pas du Greenaway, hop, je classe, interdit aux moins de 18 ans !!! L'administration française (en matière de cinéma) est donc bien plus rigoureuse que ce modeste site dont les auteurs n'hésitent pas, de temps en temps à voir un films des frères Farrelly ou même un film en costumes. Modestement, nous nous inclinons, et nous réjouissons de cette très bonne nouvelle !

[Je signale l'excellent papier  du journaliste Threanor, dont je me suis également servi, publié sur le film par CANARD PC, excellent journal qui paraît tous les 15 jours et qui parle du monde des jeux PC (et aussi de matériel !), vif observatoire du monde informatique. Un journal très bien écrit, d'une vraie drôlerie, écrit avec le cerveau et dont je me permets au passage de saluer l'intégrité dans un monde au moins aussi vérolé par les prises d'intérêts que celui du cinéma ou de la presse en général. Comme son volatile cousin le CANARD ENCHAÎNÉ, CANARD PC est totalement indépendant, n'appartient à aucun groupe et donc est complètement libre de pensée, ce qu'il prouve haut la main, à chaque numéro. Et comme l'autre CANARD..., CANARD PC vit quasiment uniquement de ses ventes et de ses abonnements ! Comme par hasard...
 
Tiens et si vous avez envie de vous amuser, allez faire un tour ici, sur le forum des Cahiers du Cinéma où Matière Focale se prend une bonne baffe et se fait insulter joyeusement, le site étant, je l'apprends avec vous "mussolinien", coupé du monde et algébrique ! Rires ! Cliquez ici, et amusez-vous bien. c'est long, mais c'est très bon, et bien sûr : ça vaut un bon steak !]


Tendrement Vôtre,


Dr Devo.
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Lundi 22 octobre 2007

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[Photo du réalisateur F.J. Ossang]




Avant-Propos :
Chers Focaliens, 
Nous continuons notre virée iconoclaste, dans l'autre cinéma français, avec ce sixième épisode bien trempé et totalement rock'n'roll où nous retrouvons F.J. Ossang, que nous avons interviewé à l'occasion de la réalisation de SILENCIO, son dernier court-métrage dont nous parlions la dernière fois. Cette interview focalienne exclusive a été réalisé par un focalien discret mais pas piqué du hanneton, François Cavalier, que nous accueillons avec plaisir dans ces pages ! C'est court mais ça dépote !
Dr Devo.



François Cavalier: "Comment le projet de votre nouveau film SILENCIO est-il né (scénario, idée et parti pris de départ) ?
F.J. Ossang: Il m'était proposé de tourner un film sur le Silence. J'ai eu l'idée de tourner un "Silent Movie", en n'observant que les états de la nature – sans adjonction de lumière électrique... SILENCIO est un film élémentaire. Et primitif...
En quoi SILENCIO est-il une expérience nouvelle pour vous ?
C'est un retour au point Zéro. Une caméra 16 et le Soleil – punto. Parti avec quelques mots – qui d'ailleurs ne sont pas ceux figurant au final dans les intertitres...
SILENCIO n'est pas une narration classique. Comment avez-vous organisé, articulé les séquences, les images du film ?
C'est le récit des éléments. Partant de mégalithes jusqu'à un pont de fer – selon quatre cycles, et une présence humaine (Elvire). De l'Est à l'Ouest – de la cristallisation à la dissolution – et retour – passages de vent, de lumière, de terre et d'océan... Le film n'est tourné qu'aux premières et dernières heures du jour...
Quel est le rôle de l'intertitre dans vos films ? A-t-il la même fonction dans SILENCIO ?
Partant de son utilisation dans le cinéma muet, j'ai toujours été intrigué par l'effraction des mots et du noir dans la succession fluide des plans. Rupture, anticipation, dispersion ou intuition du sens... Un intertitre est un plan comme un autre, et "je est un autre". Mais avant tout, photographie, titres et musique contribuent à fabriquer un récit par réseaux (au lieu d'obéir à l'habituel récit séquentiel en usage dans la plupart des films).
La comédienne Elvire, déjà présente dans DOCTEUR CHANCE, traverse le film de part en part, comme une sorte de témoin muet ou de guide mystérieux. Comment avez-vous envisagé son rôle ?
SILENCIO est aussi une sorte de documentaire affectif. Si l'on considère qu'il existe deux cinémas premiers : celui du visage et celui du paysage – SILENCIO aborde frontalement ces deux relations au monde. Je n'étais plus revenu au Portugal depuis LE TRÉSOR DES ÎLES CHIENNES (1991), et j'ai filmé (interrogé) ces lieux comme de retour dans une vie antérieure – en y adjoignant l'Inconnue... SILENCIO est sans doute une métaphore...
La musique en général, une sorte d'énergie punk-industrielle en particulier (de Cabaret Voltaire à Throbbing Gristle, et de Nick Cave à La Muerte, en passant par votre groupe MKB) semble être un élément primordial dans vos films. À quel stade intervient-elle (idée du projet, pendant l'écriture, le tournage, au montage) ? 
À chaque degré. Comme les sujets que l'on filme, et qui soudain se révèlent dans l'évidence, la musique voyage comme une présence constante, une intuition que le film révèle. Ici la musique opère comme le Third Mind du film...
Quelles sont vos maîtres, quelle est votre famille, dans le cinéma français et international ?
En France, des "accidents de l'histoire officielle" Vigo, Epstein, Melville, Debord, Bresson... Beaucoup de Silent Movies... Des Soviétiques 20/30 : Eisenstein, Vertov, Poudovkine, Dovjenko – jusqu'à Tarkovski... Les allemands 20/30 : Murnau, Lang. Des nordiques, Sjoström et Dreyer... Le film noir américain 40/60... Rien que classique – et puis n'importe quoi...
Que pensez-vous de la production cinématographique actuelle en France ?
Quoi manque... Qui a disparu ? Les réalisateurs, les producteurs... Les deux ? Mais tout est provisoire, n'est-ce pas...
Que manque-t-il selon vous au cinéma français ?
À quoi bon des cinéastes en un temps de manque...
Est-ce que vous pouvez nous parler de vos projets, entre autres le long-métrage LA SUCCESION STARKOV ?
Après chacun de mes films, un énorme silence s'est abattu... Plus de réponse à aucun nouveau projet, et puis : un sursaut... J'ai fini par devenir une "erreur" du cinéma français... LA SUCCESSION STARKOV sera un film fantastique minimal – "il arrive que tout recommence..." À la Victoire !
Pourquoi avoir choisi le mode de souscription pour financer ce film ?
Pour croiser les "irréguliers"...



Signalons à nos lecteurs les deux sites internet permettant de suivre le réalisateur Ossang :
Signalons enfin le "nouvel" album de M.K.B., FRACTION PROVISOIRE, le groupe mythique du cinéaste F.J. Ossang. Il s'agit de la réédition en CD digipack collector de TERMINAL TOXIQUE, sur le label Seventeen Records (distribution : Overcome).
Propos recueillis par François Cavalier
 
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Mercredi 10 octobre 2007

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["On s'en bat les Cools... (ordonnance contre le mouvement baba)". 
De gauche à droite : Sharon Stone, Elijah Wood, Demi Moore, Emilio Estevez (hors-champ). Photo de Mek-Ouyes, tirée de
son site.]


Chers Focaliens,
 
Une fois n'est pas coutume, ou plutôt ce n'est pas souvent que ça arrive, mais aujourd'hui, je vais faire un peu de pub pour un site voisin et ami d'un personnage discret, lisant fidèlement Matière Focale depuis le début... Cela arrive rarement, mais cette fois, j'ai deux bonnes raisons de le faire.
Ce n'est pas tous les jours, en effet, qu'on parle ici de sites internet. Il y a quelques mois, Mek-Ouyes, webmeistre du site qui porte son nom, me brisait le cœur ainsi que celui de ses peu nombreux lecteurs fidèles, puisque son jeune site semblait avoir fermé les portes de manière définitive. Or, depuis quelques jours, Mek-Ouyes a repris du service. C'est l'occasion pour moi de parler de ce site. La deuxième est que le brave Mek-Ouyes m'a dédié une photo hilarante ! C'est bon pour l'ego et ça vaut un bon steak.
MEK-OUYES (le site !) est un endroit pas comme les autres. Des blogs qui présentent le travail photo de leurs auteurs, il y en a des milliers, en général très peu intéressants. Il faut bien dire que si on enlève les blogs photographiques consacrés aux petits animaux, à la famille de leur concepteur ou à leurs bébés, il y a déjà moins de monde. Mek-Ouyes n'a jamais clairement exposé son concept (il y a très peu de texte et aucune profession de foi, directe et franche du moins). Son site est donc un espace de présentation de ses photos. En principe, il publie une photo par jour, certes, mais avec une cadence parfois chahutée et irrégulière. [Il prépare une photo par jour, mais les publie quelquefois avec quelques heures de retard, ce qui fait que concrètement, il arrive qu'il publie la photo du jour et celle de la veille : mais en tout, ça fait une photo par jour !] La photo est en général titrée, et les titres, croyez moi, valent le déplacement. Souvent, ils sont absurdes ou surréalistes. Sous la photo, point de date, point d'indication géographique (ou alors tronquée, comme certaines photos étant  présentées comme prises en pays étrangers, alors qu'il les a visiblement prises chez lui, sans bouger de sa chaise... Le pire c'est que ça marche !), mais des légendes qui se présentent de deux manières possibles. La première est une "description" de la photo qui présente les éléments qui la composent. Le texte de la légende commence alors par "de gauche à droite", et est suivi par un texte descriptif absurde. Exemple : "de gauche à droite: Le tirage qui rend fou (interdit de publication en 1945 suite aux incidents de Malmö)" pour une photo représentant une tapisserie des années 70, intitulée LA MIRE DU COSMOS et qui se présente comme un autoportrait ! Ou encore : "de gauche à droite : oui, non, ne se prononce pas" pour une photo représentant des bimbos alignées sur un canapé, intitulée THE MILD BUNCH... Deuxième type de légendes sur le site : une petite phrase souvent prise en cours de route, commençant donc par "..." et qui livre un texte au passé simple, souvent très pesante, comme tirée d'un roman classique ampoulé mais étrange. C’est souvent complètement abscons et très beau. Exemple : "...cette sensation de déjà-vu avait un goût de grotesque, qu'aucune tristesse ne pouvait empêcher." sur une photo intitulée LE SYNDROME DAVID et représentant un personnage de dessin animé qu'on croirait tiré d'un épisode de POKEMON... Comme vous pouvez le deviner, logiquement, sur Matière Focale, on se sent un peu en famille chez Mek-Ouyes !
MEK-OUYES n'est donc pas complètement un site de photos mais aussi un lieu de collages étranges entre photos et textes abstraits et/ou drôles. Au fur et à mesure de la lecture, on finit par décoller dans une autre contrée, inexplorée et sauvage, quelquefois un peu inquiétante. On a du mal à suivre le fil de la composition du site, souvent obscure Et pourtant, impossible de ne pas penser que ces photos assez éclectiques forment un sorte de suite logique ! Moi qui suis quotidiennement le site, j'en suis persuadé. Mais Mek-Ouyes refuse de s'expliquer, refuse d'être interviewé ici et préfère l'exploration de son travail à tout autre commentaire, malgré mon insistance. MEK-OUYES, le site, est sans doute un manifeste contre la photographie contemporaine [cf. son hilarante campagne contre Diane Arbus (une photo s'intitule LA JEUNESSE EMMERDE DIANE ARBUS ! Fallait oser !), celle contre le photoshopisme ou encore son féroce combat contre "l'instant décisif" qui selon lui est une vaste supercherie pour contraindre les amateurs à faire des photos médiocres et protéger le marché professionnel !]. Mek-Ouyes semble se battre contre le polissage photographique et se vante de ne faire ses retouches, quand il y en a, qu'avec des logiciels plus que rudimentaires, genre Photofiltre ou Paint, le logiciel fourni d'office par Windows ! Les cadrages et les textures sont souvent dures, malpropres et finissent par déployer, à cause du texte aussi, un univers parfois assez noir ou inquiétant. Mek-Ouyes aime aussi les séries. LA PIN-UP DU MOIS est une série de photos pornographiques récurrentes ménagères où sont représentés des frigos ! [Mek-Ouyes se propose de venir chez vous pour photographier le vôtre !] Et que dire de la série NONOSSE à laquelle je ne comprends absolument rien, mais qui est émaillée de références politiques bizarres (voir une des nouvelles photos, sûrement une photo de vacances, intitulée HOMMAGE A RAYMOND BARRE) ? La seule concession de Mek-Ouyes a été de me déclarer, et je me l'empresse de vous reporter la citation ici : "Je fais une photo pour tous. Mon œuvre entière est faite pour être vue sur des tirages d'expert ou bien par impression, chez soi, sur imprimante jet d'encre d'entrée de gamme."
C'est donc un refus complet de la photographie contemporaine auquel se livre Mek-Ouyes. Il fait des photos dans n'importe quel format, avec des cadres impossibles. Il fait des collages dissymétriques. Il vénère la photo floue. Il refuse le photo-reportage ("une perte de temps, un vol d'argent, et une façon de faire de la photo qui ne peut déboucher que sur du médiocre") bien qu'il s'essaya à l'exercice alors que je l'emmenais sur le tournage du deuxième long-métrage de Jean-Christophe Sanchez [LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE avec Jean-Claude Bourret dans le rôle principal. On peut voir la série sur MEK-OUYES et le film annonce du film de Sanchez ici. Gageons que le film sera distribué !]. Il recycle les images déjà existantes. Il fait des autoportraits où il n'apparaît jamais sous les mêmes traits physiques, ou alors sous forme d'objets ! Il fait rire et il fait peur. Alors, MEK-OUYES est-il un site de photos absurde mais classique ? Est-ce un journal intime ? Une chronique politique et/ou une réflexion sur la société contemporaine ? Est-ce un manifeste trash ?  Est-ce un feuilleton ? Est-ce un jeu dadaïste ? Je vous laisse juges... 
En tout cas, MEK-OUYES n'a pas d'équivalent, et ce zazou de premier ordre arrive à évoquer, avec ces collages photo-texte absurdes, de belles sensations poétiques et souvent drôles qui laissent bizarrement le sentiment de "mettre le doigt dessus" sans qu'on sache vraiment pourquoi, alors même que la base du travail repose sur le collage d'éléments hétérogènes et abscons. Avec les sites de Er-Töshtük ou LE JOUR DES VIDANGES, site canadien et frappadingue, je suis en tout cas très fier d'avoir le site de Mek-Ouyes dans mes liens sur Matière Focale. Ça faisait longtemps que je voulais vous parler du monsieur, et la réouverture officielle de son site me donne l'occasion de le faire, non sans joie. Voilà un retour aux affaires qui me paraît des plus salutaires. J’espère en tout cas que ce modeste article permettra enfin au site de notre ami d'être plus fréquenté que jusqu'ici, car il le mérite... 
Fidèlement Vôtre, 
Dr Devo. 

PS : Cet article ne fait que décrire mes perceptions concernant le site de Mek-Ouyes. Peut-être les vôtres seront totalement différentes ! Si Mek-Ouyes refuse d'expliquer sa démarche, c'est aussi sûrement parce que justement, il refuse de plaquer quelque chose de vraiment définitif sur son travail...
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Mardi 28 août 2007

recommander publié dans : Ethicus Universalis
[Photo : "Daniel Johnston Massacre" par Dr Devo,
d'après une image du film ULTRANOVA de Bouli Lanners]
 
Chers Focaliens,
Nous continuons le débalage sur le cinéma français. Nous avions parlé de AVIDA de Bruno Delépine et Auguste Kervern, et nous avions rencontré le premier à l'occasion de la sortie du film. 
Si vous n'avez pas suivi notre grande saga de l'été sur le cinéma français intitulé CINEMA FRANCAIS: L'EXCEPTION CULTURELLE SORT DU BOIS, voici la liste des épisodes précédents:
 
 
Episode 3, première partie: "je ne monte pas des films, je monte le spectateur": début de l'impressionant interview de Bruno Dumont à l'occasion de son film FLANDRES. Attention, ça décoiffe. 
Episode 3, deuxième partie: "La Californie ou Bailleul", suite de l'entretien avec Bruno Dumont. Toujours aussi rock 'n' roll.
  
 
 
 
Dr Devo: Assez clairement, AALTRA était un film qui se dirigeait vers Kaurismaki, alors qu'AVIDA semble se diriger vers Dali...
 
Benoît Delepine : Un peu, mais c'était pas aussi net au départ. Pour AALTRA, Kaurismaki et arriver jusqu'en Finlande, c'était vraiment le but de notre voyage. Dans ce film, ça s'est passé différemment, dans le sens où l'idée du film est que quelqu'un qu'on prend pour un neuneu s'avère être fasciné par l'art, et il se dirige vers une toile pendant tout le film. On n'avait pas forcément choisi Dali comme but, on le voyait plutôt face à une toile de Jérôme Bosch. Mais il se trouve que si on avait choisi une toile de Jérôme Bosch, cela aurait amené notre héros à tuer énormément de gens ! (Rires !) C'était pas notre but.
AALTRA a été sélectionné au festival de Rotterdam, et on en a profité, alors qu’on avait déjà l’idée générale de notre film, pour visiter le musée Boijmans pour voir des toiles de Jérôme Bosch, et il se trouve qu'il y avait aussi des toiles de Dali qui nous ont vraiment fascinés, dans le sens où elles étaient beaucoup plus petites que ce que l’on pensait, qu’elles étaient beaucoup plus lumineuses. On a eu un vrai flash sur ces œuvres. En plus, ce jour-là, au musée, il y avait aussi une projection d'un film surréaliste de René Clair qui s'appelle ENTR’ACTE, un film absolument génial. Du coup, on est peu à peu parti vers le surréalisme.
Mais notre méthode n'est pas elle-même surréaliste : ce n'est pas un cadavre exquis, et ce n'est pas non plus lié à nos rêves – on n'a pas des rêves forcément intéressants. Mais dans le film, il y a une vraie histoire qui a sa logique interne, et qui pourrait être racontée d’une toute autre façon, avec beaucoup moins d’ellipses et beaucoup plus de dialogues, et beaucoup plus de choses qui nous rapprocheraient d’un cinéma classique. Mais nous, on a préféré raconter l’histoire comme ça, car on a voulu privilégier le mystère, que le spectateur fasse son film à lui… Que ce soit pour chacun un film différent, et à la limite, que l’histoire ne soit comprise en son entier qu’à la fin. Et ça, c’est aussi un peu ce qu’on a fait sur AALTRA, dans le sens où là aussi, au début, quand les deux personnages se retrouvent paralytiques et que l’aventure commence, il suffit qu’il y ait une longue scène, un dialogue où un dit : (air nunuche) « Oh, moi j’ai envie de voir tous les prix de moto-cross d’Europe » et l’autre dit : (air nunuche) « Oh , tu fais ce que tu veux, mais moi, ce que je veux, c’est aller en Finlande pour me faire rembourser », bon ben avec des dialogues comme ça, c’est fini, il n’y a plus de film ! Alors qu’avec notre façon de travailler avec des ellipses, c’est à la fin du film qu’on peut se remémorer les buts ou les motivations de chacun. Mais ce n’était pas une obsession du film. Il n’y avait pas dans le film des pancartes où il est écrit : « Attention, vous en êtes ici de l’histoire, et vous allez arrivez là ». Tous ça, ce sont des tics de scénario. On est tellement content d'avoir trouvé une histoire et des personnages qui tiennent debout qu'on a tendance à les raconter tout de suite, à leur faire dire «  moi, je fais tel métier, je suis comme ça et j'ai envie de faire ça , j’ai envie d’aller là-bas, etc. » C'est un peu pénible. Sur ce film-là, on s'est peu à peu rapproché des surréalistes, et donc on a encore plus dépouillé, « ellipsé » notre histoire, mais l'histoire elle-même, je peux vous la raconter...
 
Ce travail d’ellipses est-il naturel, ou c’est quelque chose de travaillé ? Est-ce que ce travail continue sur le plateau, dans le découpage des plans, ou dans la direction d’acteurs ?
 
On privilégie les gens que l'on montre. Les acteurs, les gens qu'on invite sur le film, sont très importants. On a une trame qui se tient, dont on espère qu’elle dure – au bout du compte – une heure et demie, comme sur AALTRA, où on ne savait pas si on allait faire un court ou un long métrage, d’une certaine façon, et ces personnages-là vont amener tellement de choses qu'il vaut mieux parfois se laisser perturber par ces personnages, qui généralement nous font un cadeau immense plutôt que de faire un dialogue qui amène la situation d'après. Tout en sachant que l'histoire elle-même n'est pas si compliquée. Il y avait beaucoup de choses qu'on avait prévu de dire et qu'on a enlevées : par exemple, cette histoire pourrait se passer aujourd’hui dans une île-paradis fiscal où il y aurait des maisons de milliardaires partout, et une forte présence de la Nature... On pensait à la Réunion ou aux Îles Sandwich. On aurait pu expliquer clairement beaucoup de choses (le paradis fiscal, la montagne juste à côté, etc., mais on a préféré les enlever pour rester sur une atmosphère plutôt que de rester sur une démonstration quasi politique. Ça dépend aussi du déroulement des choses pendant le tournage ; il se trouve que durant le tournage, l'humanité a eu raison de l'intellectualisme, d'une certaine façon. Nous, c’est ce qui nous plaît dans le film. On comprend aussi qu’il y ait des gens qui ne marchent pas dans la deuxième partie du film parce qu’ils sont pas ou moins émus, mais pour nous, c’est le contraire : une sorte de porte de sortie face à la catastrophe actuelle. Si on avait accumulé aussi des gags dans cette partie comme on sait très bien le faire (après tout, on le fait jour après jour), le film n’aurait pas eu cette même portée. Tout ça est venu de certains cadeaux sur le tournage, quelquefois complètement inattendus de la part des gens qui ont participé au film…
 
Faire un film très éloigné de ce pour quoi le grand public vous connaît, c’est une prise de risque , ou au contraire une nécessité ?
 
C’est pas vraiment une prise de risque, dans le sens où on a déjà un métier, Auguste et moi. On n’est pas des fous furieux. On a de quoi vivre, on n’a pas tout vendu et hypothéqué notre maison pour faire ce film. Ce n’est pas une prise de risque énorme non plus, quoi ! On peut se planter. On peut se moquer de nous (rires). On était quand même bien content d’être pris à Cannes, dans le sens où c’était quand même une prise de risque, car AVIDA est vraiment un film spécial. C’est tellement facile de le biffer d’un revers de main en disant : « ça, c’est vraiment nul, allez, au revoir… » On était quand même content de voir qu’il y avait des gens qui avaient accroché. Donc, prise de risque : à la fois non et oui. Mais nécessité… Oui, on a vraiment envie de continuer, avec Gustave, avec tous ces gens qu’on a rencontré pour nos films, en Belgique ou dans le Nord, ou en Finlande, parce ça nous paraît des gens formidables. Mais c’est ça, cette curiosité qui nous pousse. Faire parti de l’histoire du Cinéma, c’est pas du tout notre truc. On sait qu’on va crever, on n’a pas d’illusions… Je vous assure, quelquefois c’est vraiment incroyable. Arrabal, on l’a croisé dans un festival aux USA. On a vu tout de suite que c’était un monsieur d’une gentillesse, d’une fantaisie incroyable au quotidien, et une fois revenus à Paris, on l’a convaincu de jouer dans notre film. Il a tout de suite accroché : il était chez lui et il était content. Mais ensuite, pendant le tournage, il était censé jouer un picador suicidaire. Et avant la scène, on se voyait mal écrire des trucs pour la bouche d’Arrabal. Il a une telle façon, tellement originale, de s’exprimer, un tel vocabulaire, que ça aurait été aberrant de lui dire : « Fernando, tu vas dire ça, ça et ça ». On lui a juste demandé de dire vraiment ce qu’il dirait juste avant de mourir. Et il balance le truc de Topor. On est là comme des cons sous le tunnel du zoo de Maubeuge. Il y en avait pas un qui la ramenait. Et après, on se retrouve à monter le film, cette scène, qui aurait dû être une scène parmi d’autres (des zoophiles, des neuneus, des suicidaires) était tellement forte et représentait tellement l’ensemble du film, le résumait presque, qu’on l’a mise au début. En plus, c’était quand même autour de Topor, donc on s’est dit que si on la mettait au début, ça ferait un sublime hommage, surtout qu’on adore Topor. Bref, une fois de plus, l’humain a pris sur le gag. Car le gag, nous, en tant que scénaristes amateurs de la drôlerie, etc., ce qui nous faisait rire, c’était vraiment un picador qui balance ses deux pics sur un rhinocéros. Grâce à Fernando, c’est allé beaucoup plus loin. Sur chaque scène en fait, on laisse sa chance au destin, qui nous le rend bien et nous amène des choses supplémentaires qu’on n’imaginait même pas.
 
Les gens que vous invitez, qu'ils soient connus ou non, ne semblent pas être un critère pour vous...
 
Non, ce n'est pas un critère du tout. Le seul critère serait une espèce de voisinage d'idées, une famille intellectuelle un peu bizarre... Il y a même des gens dans le film que l'on ne connaissait pas, mais on savait qu'on les aimerait bien, comme Jean-Pierre Galland, qui est le représentant de la fumette en France, ou la chanteuse malienne Rokia Traoré sur qui j'avais flashé aux Musiques Métisses d'Angoulême. Albert Dupontel, on le connaît depuis sept ou huit ans, et il est venu en tant qu'ami, et nous a aussi donné cette scène incroyable. Claude Chabrol...
 
Justement : qu'avez-vous de commun avec Claude Chabrol ?
 
Chabrol est un peu anar sur les bords, il est vraiment pas prétentieux, quand on le pousse, il est vraiment rigolo. Quand il parle de ses films, il est capable de dire que l'avant-dernier est une merde absolue et qu'il s'en rend compte seulement maintenant, ou que le pire film jamais réalisé est l'un des siens, mais qu'il a été battu dernièrement par LE JOUR ET LA NUIT de BHL... (Rires) Et puis, il est vraiment drôle, c'est un vrai bon vivant, il a une malice extraordinaire. Mais c'est vrai que de là à lui proposer un rôle de zoophile... Pour certains universitaires par exemple, pour qui Chabrol, c’est la Nouvelle Vague, ça doit leur paraître bizarre, peut-être. Pour nous, c'est normal, et quand on le lui a proposé, il a trouvé ça normal aussi.
 
Comme pour AALTRA, vous avez opté pour le noir et blanc, mais cette fois, contrairement à votre premier film, vous avez choisi le format 1.37.
 
L'intérêt du noir et blanc, c'est que l'on est tout de suite dans la poésie. Si on fait un film comme ça en couleur, cela demanderait trois fois plus d'argent, d'énergie et de gens. En couleurs, les terrils ne sont que des tas de cendres, alors qu'en noir et blanc, ça devient un paysage lunaire et c'est beaucoup moins situable. C'est ça qui est bien avec le noir et blanc, c'est que c'est « insituable », ni dans le temps, ni dans l’espace. C’est donc poétique. En tout cas, pour ce film-là, ça s'est vraiment imposé tout seul, sachant qu'on ne voulait pas du Cinémascope comme dans AALTRA, qui était un road-movie qui se passait dans le Nord, et où le Cinémascope était comme une route jusqu'en Finlande. AVIDA traite beaucoup de l'enfermement des personnages, des captifs – que ce soit de la drogue, de l'ambition etc. – des gens que l'on voulait montrer comme des animaux dans leurs cages. Le format carré nous paraissait le bon format, comme le format carré d'une cage. Si on avait pris les terrils en cinémascope, c’était impossible, on aurait vu deux terrils, d’abord, et au milieu d’une plaine en plus. Alors que cadré comme dans AVIDA, ça passe, c’est un monde en soi. Alors on a tourné en 1.37 et en noir et blanc, en sachant déjà qu’on allait terminer sur la toile en couleur. Peut-être parce qu’on voulait montrer que la seule porte de sortie de cet esclave, de ce néo-captif, ben c’était l’art, que pour lui, c’était beaucoup plus que la vision d’un tableau, c’était ce à quoi il était confronté toute la journée, et la seule chose qui lui donnait envie de continuer à vivre. Pour le prochain film, s’il y en a un, peut-être qu'on passera à la couleur, mais c'est même pas sûr.
 
Avida, le personnage, est un sacré portrait, assez ambiguë : grande bourgeoise arrivée, et en même sincèrement désespérée ?
 
Oui, c’est vrai, elle est contradictoire. C’est une femme de milliardaire. Elle est là, dans cette grande maison. Elle bouffe toute la journée. Et elle se fait chier aussi ! On voulait montrer ce monde de milliardaires qui s’emmerdent aussi. C’est un mode terrifiant : même ceux qui ont tout l’argent s’emmerdent quand même ! Et puis, même si elle n’en parle pas beaucoup, on peut supposer, par exemple, qu’elle a été lâchée là par son mari, et donc elle en a par-dessus la tête de cette vie-là. Elle s’est mise à développer une passion ou une lubie pour les rites et la civilisation indienne, pour agrémenter son suicide qui, de toute façon, lui paraît inéluctable et écrit. C’est vrai qu’à l’écriture, on voulait la montrer plus antipathique. Et puis, ça s’est passé comme avec les autres personnages du film. Il se trouve qu’on a choisi Velvet pour tenir le rôle, et c’est une femme complètement extraordinaire. Quand elle a passé le casting, elle nous a énormément impressionnés, physiquement déjà, en terme de présence, et lorsqu’elle s’est mise à chanter un opéra dans le bureau alors qu’on lui avait rien demandé… C’était impressionnant. Et elle a une vraie douceur avec les gens. C’est tout ! Ça se ressent ! Quand on l’a filmée, on l’adorait déjà, on la connaissait, alors on pouvait la filmer comme un salaud. On aurait pu être plus dur dans notre façon de la filmer, mais on n’en voyait pas ou plus l’intérêt. Et on s’est rendu compte que Avida avait une humanité ordinaire, malgré son appartenance à cette caste-là… (silence) Effectivement, on a baissé notre garde (timidement).
 
Le montage sonore est très précis, très travaillé. On a même l’impression que c’est la pierre fondatrice, autant que la narration, de cette forme en ellipse et surréaliste…
 
Oui, c’est vrai. En fait, on a travaillé comme sur AALTRA. Dès le début, Gus (Kervern) et moi, on savait que le son c’était ultra-important. Et on rendu compte aussi que tous les copains qui font des films fauchés étaient toujours trahis par des sons pourris ! À la limite, aujourd’hui, avec une caméra DV, on peut tourner et gonfler le film en 35mm, le projeter en salles et donner l’impression que le film a de la tenue… si le son est bon ! Mais si le son n’est pas bon, c’est l’horreur. Nous, on donc voulu soigner le son. On a embauché deux ingénieurs du son à qui on a demandé de travailler sans discontinuer, pendant toute la journée, même quand ils n’ont pas de sons à capter sur la plateau de la scène en train d’être tournée. Ils cherchaient des sons partout. Et nous, pendant le montage, on va pêcher dans toute cette récolte, et sortir des sons pour appuyer ce qu’on veut dire par ailleurs dans les images. Si bien qu’on a un son direct très présent, alors qu’on est, Gustave et moi, de grands amateurs de musique ! En fait, sur les deux films, à chaque fois qu’on mettait de la vraie musique, elle avait l’air plaquée, de manipuler la scène dans telle ou telle direction émotive. Au bout du compte, peut-être l’ensemble des sons du film forme une sorte de musique.
 
Un peu à la manière dont la vraie musique se détruit et se recompose en un ensemble chaotique dans la scène étonnante avec Jean-Claude Carrière…
 
Oui, là, il y a de la musique, mais le lecteur CD merdoie et casse tout… Là aussi, on a eu de la chance. On a trouvé ça dans Nord. On était en train de tourner sur la plage où Avida apparaît nue à la fin. Et on voit débarquer une fille complètement bizarre, avec les couettes en l’air et tout… Et tout d’un coup, elle se met devant nous, elle se met debout sur la jetée et se met à réciter des poèmes. Elle était vraiment marrante. Faussement innocente, mais complètement folle. Très étonnante. On discute, et on lui raconte où on en est du tournage. Elle dit : ah ! Vous cherchez des musiques vraiment spéciales… Mon ami, il fait des musiques, mais c’est quand même très bizarre et très spécial ». Là, on s’est regardé, et je me suis dit : « Oh là ! Attends un peu ! Ça, c’est du gros ! Si elle, elle nous dit que son mari fait des musiques spéciales ! » (rires) Ça devait être quelque chose ! Quelques jours après, on reçoit un DVD home-made, quelque chose de très intéressant dans le style expérimental. Jeff Bellik, il s’appelle. C’est la seule « musique » qu’on ait utilisée dans la scène de la villa de Carrière, quand ça commence à partir en sucette…
 
Lorsque l'on voit AALTRA et AVIDA, et lorsque l'on vous entend en parler, on a l'impression que votre démarche, c'est d'évacuer le plus possible l'intellectualisme au profit du ressenti...
 
Oui, même si la trame elle-même est intellectuelle. Mais c'est vrai que notre volonté est de faire des films qui ont des tripes, et de les faire de manière « tripale ».
  
Le budget de AVIDA a-t-il été plus facile à boucler suite au succès de AALTRA et à son très bon accueil ?
 
Sur AALTRA, c’était assez radicalement différent. Tous ceux qui ont participé au film étaient payés par participation. Finalement, on a fini par toucher un peu d’argent. Le notaire belge qui nous avait avancé les 150.000 euros de départ devait se rembourser plusieurs fois avant que l’argent ne soit distribué, ce qui était un peu raide (sourire). Ceci dit, ça fait partie du jeu, sinon on n’aurait jamais fait le film. Mais enfin, il y a des retours pour tout le monde sur AALTRA, et tout le monde a été payé. Mais pour AVIDA, on ne pouvait pas repartir pour une participation, surtout que AALTRA avait connu un succès modeste, mais succès quand même. Non pas qu’il ait rapporté énormément d’argent, mais simplement, en termes de retombées, de festivals, etc. On voulait donc fonctionner différemment, sans participation, mais on voulait tourner avec la même équipe. Ça a donc été à Mathieu Kassovitz, notre producteur sur ce film, de trouver plus d’argent. Il a été tout de suite énormément emballé par AALTRA, et pour ce deuxième film, il pensait que l’argent allait se trouver assez facilement. Et pourtant, même pour lui, le financement a été un enfer. D’abord parce que les délais pour la fabrication du film n’étaient pas ceux qu’on utilise habituellement. Pour avoir des financements ou des accords des régions, du CNC ou qui que ce soit, ça prend du temps. Il faut qu’ils étudient le truc, qu’ils le discutent, se réunissent, et nous, on était à trois ou quatre mois du tournage potentiel. Pour la plupart des producteurs ou des institutionnels habituels, ça n’était pas vraiment possible, donc. Et puis surtout, nous, on veut pas faire de scénario comme les autres. Nous, on avait un scénario de 30-40 pages, car une scène de trois minutes, quelquefois, on peut la décrire en deux lignes. Alors que les films dits classiques, ce que demandent les producteurs d’ailleurs, la règle d’or, c’est : 1 page, 1 minute. (soupir) Ça donne des films hyper-dialogués, où les gens parlent tout le temps, et où tout le monde nous casse les couilles ! Et bien, c’est à cause de ça ! Donc, on avait un scénario qui ne correspondait pas à la norme, et un timing qui ne correspondait pas à la norme non plus, du noir et blanc (ce qui représente deux fois moins d’audience pour n’importe quelle chaîne). Bref, c’était une suite de handicaps énormes. On doit donc tout à Kassovitz, qui a mis tout son poids dans la balance. Le film aurait pu coûter deux millions d’euros, mais on avait prévu de trouver les villas de milliardaires du film en banlieue parisienne huppée, les volcans, ils étaient à la Réunion, etc. Kassovitz se prenait des râteaux partout, et on se rendait bien compte que plus on avançait, moins on y arrivait. Il était vraiment obligé de s’énerver avec les gens ! Il leur disait que s’ils ne donnaient pas le peu d’argent qu’il demandait sur AVIDA, il ne ferait pas son prochain film avec eux, etc. Il y a été vraiment à fond. Et à la fin, on est arrivé à une somme d’environ 800.000 euros, et on a eu l’idée de tout faire dans le Nord, petit à petit, et heureusement ! Sinon, il n’y aurait jamais eu de film ! L’un dans l’autre, ça tombe en plein dans la philosophie du film, et c’est bien qu’on l’ait fait comme ça. Le film n’est pas devenu un grosse machine, c’est resté à taille humaine. De toute façon, la Réunion, par exemple, ça ne nous aurait pas vraiment aidé. Déjà, on aurait chopé le chikungunya (rires). On aurait galéré, parce que ça veut dire d’incessants trajets en hélicoptère toute la journée. On n’aurait pas vraiment eu les moyens de faire des repérages. Que des galères… Alors que là, on s’est retrouvé au zoo de Maubeuge avec des grolandais incroyables qui nous ont aidés comme personne nous aurait aidés nulle part. Les quatre maisons qu’on a trouvées dans cette région sont d’une architecture folle, et nous ont été louées à des tarifs complètement raisonnables, alors que les maisons de richards en banlieue parisienne ou dans le sud, ils nous auraient loué ça à des prix astronomiques, parce qu’ils sont habitués aux tournages de pub et tout ça, et qu’ils n’ont plus aucune notion de rien... Tout ça nous a largement servi, en fait. Aucun doute.
 
Que pensez-vous aujourd'hui de votre premier film, MICHAEL KAEL CONTRE LA WORLD NEWS COMPANY ?
 
Sur le fond, je suis toujours d'accord avec le propos, sur l'ambiance post-11 septembre (bien que ça ait été écrit avant) et sur la démonstration du pouvoir... Mais à la limite, c'est bien que je me sois gaufré à ce point-là, parce que je me suis posé plein de questions sur le cinéma. « En quoi je me suis planté ? » Je ne peux même pas accuser mon copain réalisateur (parce que ce n'est pas moi qui l'ai réalisé, c'est Christophe Smith qui a tout fait) ; il a fait une illustration de mon scénario, mais mon scénario était trop didactique. Mais l'histoire elle-même était complexe, alors c'était difficile de ne pas le faire comme ça.

J'ai aussi regretté qu'il y ait autant de moyens, mais j'ai réussi à convaincre un producteur, alors je ne peux pas lui reprocher d'avoir trouvé autant d'argent. D'un côté, on tournait les sujets de Michael Kael avec une caméra DV dans des caves à trente mètres du bureau, et de l'autre, je fais un film sur Michael Kael et je vais vraiment à Madagascar et aux États-Unis... Il y avait quelque chose d'un peu forcené. C'est pourquoi, aujourd'hui, je préfère faire des films avec Gus (Kervern), à petit budget, à l'arrache... Il y a un vrai plaisir et une vraie liberté à faire les choses sans trop de pression... Le film va sortir dans une semaine. Bien sûr qu'on aimerait que ça marche, mais en même temps, c'est pas comme un film énorme où on a le couteau sous la gorge à 9h00 du matin le mercredi de la sortie... Et pourtant, le film va quand même être vu et exister par lui-même, qu'il soit apprécié ou non ; il a déjà été présenté à Cannes, et on est invité dans d'autres festivals... C'est déjà une forme de réussite.

Entretien réalisé par Dr Devo, qui était ce jour-là aussi en trois personnes puisqu'il était accompagné par Rémi Boiteux et Pierre Lucas, qui écrivent notamment au Quotidien du Cinéma.

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Mercredi 1 août 2007

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[Photo : "Love leads to a Movie on fire !" par Dr Devo]

 

 

AVANT-PROPOS
Chers Focaliens, vous trouverez ici la suite (et fin !) de l'interview passionnante que Bruno Dumont a donné à Matière Focale lors de la sortie de FLANDRES. Préparez vos mouchoirs !
Pour ceux qui n'ont pas lu la première partie de l'entretien : cliquez ici !
 
DR DEVO : On sent très bien dans votre cinéma que c'est au montage... En même temps, dire ça, c'est une telle évidence, ça devrait être la règle quand on va au cinéma...
 
BD : Ben oui ! Bien sûr !
 
DR DEVO : ...que le montage, c'est le moment décisif.
 
BD : Et oui, c'est le nerf de la guerre !
 
DR DEVO : Et j'ai remarqué chez beaucoup d'artiste et de cinéastes que ceux qui faisaient des choses épurées, en plus d'utiliser énormément les accidents ou les incidents, laissaient beaucoup de choses de côté au montage...
 
BD : Ben oui, parce qu'il y a beaucoup de choses ratées. J'ai tourné des scènes qui ne sont pas dans FLANDRES, que je n'ai pas montées. Je ne vais pas les monter en disant : "Ben non, ce sont des scènes importantes, elles sont dans le scénario, ça explique ceci cela, sinon on ne comprend pas..." C'est pour ça que de temps en temps, on peut avoir des sensations d'ellipses. C'est parce qu'il y a un truc qui a été coupé. Prenez les scènes de guerre. J'ai l'impression que les spectateurs ont du mal à se repérer dans les soldats. Mais en fait, j'ai coupé pas mal de trucs, et du coup, l'inconvénient, c'est qu’on a du mal à savoir qui est qui... Mais attendez, c'est comme ça. Tant pis. Je n'allais pas garder ces scènes de préambule ou on le voyait arriver au camp. On voyait le personnage de Leclerc qui se faisait charrier tout le temps. On comprenait mieux les rapports, mais ces scènes, elles n'étaient pas bonnes ! Dans L'HUMANITÉ, c'est pareil, il y avait des trucs qui ne marchaient pas bien, alors je coupe. J'essaie de tout monter, mais évidemment, je n'y arrive pas. Alors dans ce cas-là, hop ! Ça va au panier !
 
DR DEVO : Ça se ressent aussi beaucoup dans la bande sonore en fait. Il y a énormément d'éléments disparates qui donnent presque une impression de tout musical...
 
BD : Oui... Je pense que le cinéma est une expérience de sidération. Il faut sidérer. Et c’est un phénomène hallucinatoire où la bande-son joue un rôle très important. Le problème de la musique, c’est qu’elle est instantanée. Elle va vous donner une émotion immédiate, très belle, mais ce que vous gagnez en immédiateté, vous le perdez en profondeur. Il vaut mieux plonger le spectateur dans un bain pendant une heure et demie. Ce qui compte, c’est quand il sort, finalement. Il aura peut-être moins de bons moments immédiats et musicaux, mais je pense que l’épaisseur du film est proportionnelle à cela. C’est-à-dire que plus les films sont simples, rudes et épais, plus les spectateurs gagnent en profondeur. Quand les films sont sucrés, vous passez un bon moment, c'est bien, c’est comme quand on écoute de la musique, si vous voulez, mais je crois que vous perdez quelque chose. De toute façon, je n’ai pas besoin de musique. Ce que je fais avec le son, c'est de la musique. Finalement, avec les matériaux que j’ai, à l’oreille, je retrouve du rythme, de la mélodie, de l’harmonie, toutes les lois musi