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[Photo: "Dr Devo lors de sa fameuse conférence à Copenhague en 2002" par John Mek-Ouyes.]





Chers Focaliens,

J'aurais aimé avoir cette idée il y a quelques heures et vous avertir plus tôt, mais il n'empêche, je vous annonce fièrement que Matière Focale va rentrer ce soir dans le Web 3.0.

Cette année, Matière Focale a vécu de nombreux changements qui l'ont fait passer dans l'ère moderne, après l'artisanat éclairé à la bougie : nouvelle équipe (avec L'Ultime Saut Quantique, Ludo Z-Man, Norman Bates et LJ Ghost), des critiques en vidéo en veux-tu en voilà, etc.

 

Ce soir, comme vous le savez, Isabelle Huppert et son jury rendent leur palmarès pour ce Festival de Cannes 2009. De notre côté, nous avons proposé de voter pour un contre-palmarès intitulé Prix Tanaka (cliquez pour voir de quoi il en retourne).

Je vous propose ce soir une texto-conférence. Il s'agira de commenter, entre focaliens, sympathisants (ou ennemis : tout le monde est bienvenu !), la retransmission en direct du palmarès Huppert !  Ce petit moment drôle et récréatif sera l'occasion de faire connaissance et de parler, dans la bonne humeur, de cinéma.

 

 

Voici comment procéder... Vers 18h57/19h00, je me connecterai sur MSN. Si vous voulez papo-commenter la cérémonie (enfin le Palmarès plutôt) avec nous, ajoutez mon adresse dans vos contacts, à savoir : drdevoatoujoursraison@live.fr, adresse créée pour l'occasion. Nous allons passer un moment délicieux, textuel et drôle.

 

Donc, chers amis, je vous invite au premier pique-nique virtuel focalien. Tout le monde peut venir et intervenir de la façon qu'il veut. Pour ma part, n'ayant pas la télé, je suivrai la cérémonie sur France Inter, lors de l'insupportable émission LE CASQUE ET L'ENCLUME, ce qui vaudra sûrement quelques saillies drôles et inconoclastes. [D'autant plus que je n'ai pas écouté cette émission depuis au moins cinq ans !]. A côté de moi, il y aura un bon verre de rouge, et je vous conseille de faire de même... C'est quasiment un apéro focalien quoi !


Je peux annoncer solennellement que L'Ultime Saut Quantique, critique sur ce site, responsable de MatiereFocaleTV, sera parmi nous. Si d'autres célébrités focaliennes sont présentes, je vous avertirai dans les commentaires de cet article. Pas besoin de webcam ni rien pour participer ! Venez nombreux !

 

Je vous dis donc à tout à l'heure !


Focalement Vôtre,

Dr Devo.








PS : drdevoatoujoursraison@live.fr est une adresse msn loufoque mais tout-à-fait réelle !





Retrouvez Matière Focale sur Facebook.

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Dimanche 24 mai 2009

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis




[Photo: "Je Retourne au Standard" par Dr Devo, d'après une photo tirée du film TRUE STORIES par David Byrne.]



Chers Focaliens,


Ca y est ! Après des mois d'abstinence, je reviens sur les ondes de Radio Campus Lille, pour casquer et emplumer dans le cadre de l'émission de critique cinéma LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES.



Je parlerai de films splendouillets tels que UN ETE ITALIEN de Michael Winterbottom (ah ouais?), RACHEL GETS MARRIED de Jonathan Demme (nooooon?), DANS LA BRUME ELECTRIQUE (sans gorille) de Bertrand Tavernier (Call me Jesus!), et peut-être, si on m'en laisse l'opportunité, de CHERI de Stephen Frears (Film à costumes! Ca va saigner!). Amenez vos tronçonneuses !

Voici le modousse opérandaille d'écoutage...
On peut ouïr l'émission ce samedi de 14 heures à 15 heures sur Radio Campus Lille, 106.6 FM. L'émission est d'ailleurs rediffusée le mercredi suivant à la même heure.

 

Sinon, vous ne vivez pas dans la région Nord-Pas-De-Calais, vous pouvez écouter le radio-show en direct sur le site de Radio Campus. Pour le faire, cliquez ici.

 

 

Enfin, sachez que vous pourrez télécharger l'émission à partir de demain dimanche jusqu'au samedi suivant sur le site du QUOTIDIEN DU CINEMA. Cliquez ici !

 


Un bon week-end pacifique sinon, à vous tous et sous vos applaudissements !


Dr Devo.
(Critique en grève)





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Samedi 18 avril 2009

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

Chers Focaliens,

 

C'est le week-end et vous vous relâchez des pressions accumulées durant le reste de la semaine. Monsieur vous prépare votre tisane préférée. Madame vous sert un verre de vieux whisky. Et pour parfaire le tout, vous vous allongez dans le fauteuil le plus confortable du salon afin d'écouter LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURS, célèbre show radiophonique consacré au cinéma...

 

C'est effectivement la rentrée de l'émission, et je serais là pour y participer et débattre des films sortis cette semaine et la semaine dernière avec mes petits camarades. Et il va y avoir du sport car je parlerais de MARTYRS de Pascal Laugier (apportez vos bâches), de LA POSSIBILITE D'UNE ILE de Michel Houellebecq (pour rester en contact avec les Elohims) et un autre film que je n'ai pas encore vu ni choisi à l'heure où j'écris ces lignes...

 

Pour écouter l'émission, rien de plus simple. On peut l'écouter ce samedi de 14 heures à 15 heures sur Radio Campus Lille, 106.6 FM. L'émission est d'ailleurs rediffusée le mercredi suivant à la même heure.

 

Sinon, vous ne vivez pas dans la région Nord-Pas De Calais, vous pouvez écouter le radio show en direct sur le site de Radio Campus. Pour se faire, cliquez ici.

 

 

Enfin, sachez que vous pourrez télécharger l'émission à partir de demain Dimanche jusqu'au Samedi suivant sur le site du QUOTIDIEN DU CINEMA. Cliquez ici !

 

 

En vous souhaitant un agréable week-end,

 

 

Impérialement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

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Samedi 13 septembre 2008

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Chers Focaliens,

Les beaux jours tournent de l'oeil, mais c'est avec vigueur et radieux comme un astre que je me dirigerais ce samedi après-midi vers les locaux de Radio Campus Lille (106.6FM) pour participer à l'émission LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES.


Si vous voulez écouter le show, le plus simple c'est sur le poste de radio, de 14 heures à 15 heures. Mais on ne fait pas ce qu'on veut, et beaucoup d'entre vous n'ont pas le plaisir d'habiter au pays de Satan Boon. Dans ce cas, le plus simple est encore d'écouter l'émission en direct sur le site de Radio Campus: cliquez ici. D''ailleurs sachez que l'émission est rediffusée le mercredi suivant de 14 à15 heures!


Si vous avez mieux à faire, comme un partie de scrabble sur internet ou nettoyez la litière du chat, je vous comprends mais ce n'est pas gravissime puisque l'émission est téléchargeable en podcast sur le site du Quotidien du Cinéma, dés le dimanche et ce jusqu'au samedi suivant: cliquez ici.


On parlera cette semaine des films suivants: SOUS LES BOMBES de Philippe Aractingi, déjà chroniqué ici il y a deux jours par Mr Mort, mais aussi de ENFANCES, film collectif français qui raconte les aventures de certains cinéastes en culottes courtes et qui mangent du Kiri. Et ce n'est pas fini puisqu'on évoquera CLEANER de Renny Harling et peut-être même TEETH de Mitchell Lichtenstein. Ca va être rock 'n' roll, je le sens.



Et comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, j'en profite pour vous signaler que le samedi 24 mai, soit la semaine prochaine, je mixerais (enfin je passerais des disques) en compagnie de mon confrère Karl Walden dans un bar chic et branché de Lille. Voyez le beau flyer que j'ai mis en guise d'illustration de cet article. Ce sera très éclectique, et de belles choses, dont certaines enfouies, passeront je vous le promets. De quoi, sans aucun doute passer une soirée baignée de poésie et d'humour dans une ambiance décontractée, entre amis autour d'un verre. Karl et moi-même ferons personnellement la bise à tous les focaliens et toutes les focaliennes qui viendront nous faire un petit coucou.



Bon, tout ça, ce n'est pas une raison, et je vous souhaite un excellent week-end quand même!

 


Nonchalamment vôtre,


Dr Devo.




 

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Samedi 17 mai 2008

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Chers Focaliens,
 
 
Je sors de ma tour d’ivoire et de travail pour vous annoncer officiellement l’avant-première du film A BORD DU DARJEELING LIMITED de Wes Anderson au cinéma Majestic de Lille, ce lundi 17 mars à 19h15.
 
Je sui particulièrement heureux de vous convier à cette avant-première puisque, outre le fait que Wes Anderson soit un réalisateur de toute première importance, et même notre chouchou sur ce site, cette opération, qui aura lieu pendant le Printemps du Cinéma (prix unique de la place partout en France : 3,50 euros, de dimanche à mardi !) est organisée conjointement par le cinéma Majestic et Matière Focale. La projection sera précédée d’une courte présentation du film et de son réalisateur (et de l’acteur, ici également co-scénariste Jason Schwartzman, le meilleur acteur du monde !) par moi-même, personnellement. Le Majestic et Matière Focale ont en effet décider de s’unir pour vous présenter régulièrement des avants premières concernant des films que nous avons trouvé particulièrement beaux, aboutis et importants, et pour défendre des artistes (acteurs, réalisateur, etc…) dont nous adorons le travail. Et là, on commence très fort avec ce nouveau Wes Anderson qui est une pure merveille!
 
A cette occasion, le cinéma Majestic et Matière Focale vous offre deux places gratuites, pour ceux qui ont la chance de vivre aux alentours de la métropole lilloise. Pour gagner une de ces places, il suffit tout simplement dé répondre à cette petite question (pour la forme !) :
Dans quel film de collège auquel nous avions consacré deux articles sur ce site (un de moi qui disait que c’était très bien, et un du Marquis qui disait que c’était décevant, si ma mémoire est bonne) retrouve-t-on l’acteur Jason Schwartzman, justement, dans le rôle d’un étudiant marginal qui fait chanter un groupe d’étudiant tricheurs en échange d’un rendez-vous amoureux avec la plus belle fille du campus ? [Schwartzman essaie notamment de la séduire en lui chantant la chanson New-Wave Boy, absolument drôlissime !]
 
Bon, ça à l’air un peu dur comme ça, mais en surfant deux secondes sur internet, on trouve la réponse très facilement !
 
 
Une fois qu tu as la réponse, chère lectrice, envoie-moi un mail contenant ton nom, prénom, et ta ville. Pour m’écrire, cliquez dans la colonne de droite sur INSULTER DR DEVO ou FELICITER DR DEVO. Les deux gagnants seront avertis par mail des procédures de retrait des places ! Il faut par contre répondre avant Lundi midi !
 
Un mot encore pour vous dire que la projection de A BORD DU DARJEELING LIMITED sera précédée du court-métrage HÔTEL CHEVALIER, tourné à Paris par Wes Anderson avec Jason Schwartzman, encore lui, et Nathalie Portman. Les deux films sont absolument merveilleux, et je vous en reparle demain dans un superbe article !
 
Un grand merci à notre partenaire, le cinéma Majestic de Lille et à toute son équipe, sans qui cette opération n’aurait pas été possible.
 
 
Généreusement Vôtre,
 
 

Dr Devo.

 

 

 

 

 
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Samedi 15 mars 2008

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[Photo: "L'Orchidée, le Métal (leaving bitter dregs)" par Mek-Ouyes et Dr Devo]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
La vie est une dure lutte, et pour la première fois de l'histoire de ce site, je suis absolument incapable de pouvoir vous livrer de beaux articles! Et quel dommage car depuis quelques semaines, je vois énormément de belles choses au cinéma, et même pas mal de très grands films!
 
Néanmoins, essayons d'être Devo chez soi! Pour se faire, je suis quand même aller en salle, entre deux sessions de travail. Par conséquent, je serais cet après-midi sur les antennes de Radio Campus, à Lille, pour participer à l'émission LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES.
 
Vous pouvez écouter l'émission sur le 106.6 de la bande FM, pour peu que vous soyez habitant du Nord, voire du Pas De Calais. Elle passe de 14h à 15 heures, ce samedi donc, et elle est rediffusée à la même heure le mercredi suivant!
 
Si tu habites une contrée lointaine, genre Clermont-Ferrand ou Plozévet, ce n'est pas si grave que ça, puisque dans ce cas, tu peux aller sur le site de Radio Campus et écouter sur le net l'émission en direct! Pour se faire, clique ici.
 
Si tu as des occupations passionnantes, des courses à faire, des amis, des enfants ou peut-être même une femme, de la famille, si tu fais du sport, ou si l'émission tombe pilepoil pendant ton cours de guitare électrique, ce n'est pas si grave non plus. Car l'émission sera téléchargeable, dés demain dimanche, et ce jusqu'au samedi suivant sur le site LE QUOTIDIEN DU CINEMA. C'est même précisément ici!
 
Je parlerais ce samedi des films suivants: THERE WILL BE BLOOD de Paul Thomas Anderson, un film tout à fait dégoûtant sur le plan moral puisqu'on y voit des nourrissons qui boivent (sans succès) du whisky de contrebande, puis de LA RONDE DE NUIT de Peter Greennaway, un film excessivement moral et plein d'amour puisque qu'on y voit une femme sublime embrasser du bout de la langue les yeux aveugles d'un brillant jeune homme (ça c'est érotique!), et enfin SOYEZ SYMPA, REMBOBINEZ de Michel Gondry, un film très bizarre puisque Mia Farrow n'y est pas enceinte, et  c'est aussi un film assez beau parce qu'il y a au moins un plan avec un tractopelle (un peu à la dérobée, ceci dit), et aussi un rouleau-compresseur!
 
Lors de la dernière émission à laquelle j'ai participé, il y a 150 ans, et de fait, je ferais là mon grand come-back, j'avais réussi à placer le mot "frangipane", ce qui ne fut pas une mince à affaire, et je ne remercierais jamais assez Todd Haynes et son I'M NOT THERE de m'avoir permis de le faire le plus naturellement du monde, ou presque. Cette fois-ci j'essaierai de caser "brontosaure", ou un sonnet de Shakespeare, ou encore le mot "exogénose".
 
En attendant, ils vous salue et vous dit à très bientôt!
 
 
Vraiment Vôtre,
 
 

Dr Devo.

 

 

 

 

 
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Samedi 8 mars 2008

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[Photo: "Nothing can't come between us [Devo chez Elle]" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Entre deux conseils des Ministres, trois missions à l'étranger et un emploi du temps profesionnel serré, je serais cet après-midi  avec grand plaisir sur l'antenne de Radio Campus Lille pour participer à l'émission Les Aventuriers Des Salles Obscures, sur le 106.6 de la bande FM.

 

Que ceux qui ne sont pas dans la région Nord-Pas de Calais se rassurent, ils peuvent écouter l'émission en direct sur le site de Radio Campus: c'est ici!

Que ceux qui travaillent ou qui ont plannifiés d'acheter du parfum hors de prix à leur belle-mère pour Noël dans des magasins surbondés, que ceux-là se rassurent aussi, car l'émission sera téléchargeable dés demain dimanche, et ce jusqu'au samedi suivant sur le site du Quotidien du Cinéma. Pour télécharger, archiver et remixer l'émission, il suffit de cliquer ici!

Et c'est une grosse semaine! Va sans doute y avoir pas pas mal de catch à Campus, car j'ai vu que du lourd, si j'ose dire, et je parlerais des films suivants: MY BLUEBERRY NIGHT de Wong Kar-Wai, LA NUIT NOUS APPARTIENT de James Gray, I'M NOT THERE de Todd Haynes, L'AUBERGE ROUGE de Gérard Krawczyk (ben quoi?), et COWBOY de Benoit Mariage. Voilà qui promet un session ecclectique et endiablée. Pour vous faire plaisir, j'essaierais de caser le mot "frangipane" à l'antenne.

En attendant, il vous salue bien bas, et vous souhaite un excellent week-end.

 


Rapidement Vôtre,

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Samedi 8 décembre 2007

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[photo : "Mes Inuites Sont Plus Belles que vos Abat-Jours (la solitude est une hygiène)" par Mek-Ouyes]



Chers Focaliens,

Pas d'articles en bonne et due forme aujourd'hui encore, car nous sommes à Arras, au festival du film international L'AUTRE CINEMA, où nous sommes acueillis commes des rois et en toute simplicité, et où nous consacrons le peu de temps que nous avons de disponible à voir des films sublimissimes. On vous en parle très bientôt. Le festival se termine demain dimanche, et nous nous régalons avec notamment les films de Zulawski, réalisateur immense dont nous découvrons ou redécouvrons les perles dans la rétrospective qui lui est consacrée, et en sa présence, s'il vous plaît. Ici, sur la photo, Zulawski lors de la discussion dense et longue (2 heures délicieuses) qu'il a offerte vendredi au public. La dream-tize de Matière Focale est sur place (aujourd'hui Mek-Ouyes, IronLeg et moi-même) et nous vous préparons quelques surprises.

Wish you were there...


Extatiquement Vôtre,


Dr Devo.

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Samedi 17 novembre 2007

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[Photo : "Le casque sans l'enclume" par Mek-Ouyes]

 

 

Chers Focaliens,

 

On a essayé, croyez-moi, et toute la focale team a débarqué (en force. Merci à Mek-Ouyes, IronMan, Denver et Karl Walden de leur disponibilité et leur patience), d'interviewer Dario Argento, un des invités d'honneur du passionnant Festival International du film de Arras (L'AUTRE CINEMA qui se poursuit jusqu'à dimanche avec des raretés notables, notamment dans la rétrospective Zulawski, en compagnie du Maître là aussi ! Argento et Zulawski : chapeau bas les gars !), où le maestro était invité dans le cadre de la ressortie éminente de SUSPIRIA en version restaurée et numérique (numérique en salles, j'entends). C'était d'ailleurs ma première projection numérique, et on en reparlera. Hélas, le maestro n'a assuré que peu d'interviews et nous sommes un peu passés à la trappe. Qu'importe, nous avons assisté à une petite causerie publique où Argento, interrogé par Jean-François Rauger, célèbre critique du Monde,  a été amené à revenir sur sa carrière, et surtout sur ses modus operandi ! C'était très bien, d'autant plus que Rauger a fait quelque chose de plutôt pas mal. Bref, ça valait bien une petite photo que nous vous offrons et qui sort du four !

 

Merci à l'équipe du Festival pour sa disponibilité...

 

Sensiblement Vôtre

 

Dr Devo.

 
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Jeudi 15 novembre 2007

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[Photo : Madame la Ministre de la Culture qui fait le ménage pendant que les locataires ont le dos tourné ? 
Non, il s'agit plutôt de Miharu Shima, actrice du film QUAND L'EMBRYON PART BRACONNER.]

 

Chers Focaliens,
 
Ce n'est pas tous les jours, mais pour une fois, je vais faire ce que font la plupart des blogs ! Je sais, c'est mal, très mal, mais on me pardonnera, car c'est aussi très drôle et très triste, et donc je fais ce que font les "autres" : reporter des infos trouvées dans la presse. Mais ne vous inquiétez pas, je vais y aller de mon petit commentaire, "my two cents" comme disait le poète fictif !
LE CANARD ENCHAÎNÉ est un excellent journal, peut-être le dernier où il est encore possible de trouver des infos, rien que de l'info, c'est-à-dire des choses précises et objectives dont on se demande par quelle malice parfois, ils arrivent à les dénicher. Le plus remarquable est que le Canard..., bien qu'étant de gauche (ce qui, sur ce site, n'a aucune importance), donne l'impression totalement justifiée d'être d'une impartialité à toute épreuve, et de privilégier les faits plus que l'avis ! Certes, ils donnent leur avis, mais c'est d'abord ce processus des faits qui est démonté. Et il faut bien le dire, ils arrivent à rendre limpide des dossiers compliqués (le scandale EADS récemment) dont pourtant ils ne passent sous silence aucun détail. Superbe talent ! Bref, nous voilà avec une information claire, très drôle à lire et pleine d'esprit, et qui généralement, est bien plus détaillée et/ou pertinente que la concurrence. D'une rigueur impitoyable, LE CANARD.... vérifie et croise tout, et on ne les prend pas souvent à défaut ! Ils ont un œil sur tout, parlent de tout, et tirent leur lecteur vers le haut, avec malice en plus. Que demander de plus ? Comme par hasard, le journal politique satirique qui paraît le mercredi est sans pub, et ne vit QUE, oui oui messieurs dames, ne vit que grâce à l'argent des ventes et des abonnements ! Étonnant, non ? Des petits gars bien, en somme ! Fermez l'intro !
 
J'ai quand même un grief à leur faire ! Si la page culturelle est plutôt bien fichue, je trouve que le cinéma est largement le parent pauvre du journal. Remarque, l'exercice est assez rigolo : faire des critiques de films en une phrase ! Au moins, ils disent moins de conneries que leurs confrères, brièveté oblige, mais on reste un peu sur sa faim. Les critiques théâtre et littéraires sont bien mieux loties !
Il n'empêche, dans le numéro du mercredi 10 octobre, on trouve une info, déjà relayée par d'autres journaux, que je me permets de reporter ici (le nouveau CANARD... est sorti depuis, il y a prescription !), car, en effet, aller faire de temps en temps un tour dans les coulisses de la distribution de films est très intéressant, et même toujours instructif ! On se rend bien compte, en général,  que les autorités en la matière ont des vues, comment dire...., surprenantes sur le cinéma. Et si elles font et décident de notre vie de spectateurs, c'est toujours sympathique de voir comment elles se comportent en coulisses, nos "autorités".
Accrochez vos ceintures, c'est surréaliste. Pendant la lecture qui va suivre, gardez à l'esprit que ces gens-là sont en haut de la pyramide, et que ce sont des professionnels, c'est-à-dire des gens payés pour ça.
Francis Ford Coppola a le nez creux. On peut louer le bonhomme aisément à l'aune de ses quelques très bons films, et aussi lui envoyer quelques piques si on juge quelques autres (un volontaire pour défendre JACK ?), mais toujours est-il que le gros Francis a une activité pas connue du grand public, mais à laquelle il excelle en toute discrétion : il adore distribuer des films et inciter, ou inspirer, les autres à distribuer les pépites qu'il remet discrètement sous les sunlights. Et Coppola, je l'ignorais encore il y a quelques années, est un cinéphile pointu qui ne se contente pas comme ses collègues de ne jurer que par les classiques encensés de tous, loin de là. C'est grâce à lui que HITLER, UN FILM D'ALLEMAGNE, un des chef-d'œuvre de l'immense Syberberg, est sorti (modestement) aux USA, notamment. Bref, Coppola, quand il joue au distributeur, c'est pas de la gnognote, et c'est pas pour ressortir des polars années 70 de Sydney Lumet ! Il rachète donc les droits de distribution et incite les autres pays à sortir les films qu'il a pris sous son aile.
Cette fois-ci, Fat Francis ressort des oubliettes un film érotique japonais de Koji Wakamatsu (réalisateur de "pinku eiga", bandes érotiques souvent fauchées et iconoclastes, ancien de l'Armée Rouge et qui  très tôt dénonça  et critiqua violemment le PC ce qui lui valu des ennuis en Chine et en URSS) au titre improbable mais assez beau : QUAND L'EMBRYON PART BRACONNER. Et il se trouve que le film est sorti en France il y a quelques jours, sous l'impulsion de Coppola  et de sa boîte Zootrope donc. Premier point.
Quand un film sort en France, il lui faut un visa, c'est-à-dire un numéro de matricule administratif, fort utile d'ailleurs pour les exploitants de salles notamment. Il est délivré par la Commission de Classification des Films, organe officiel qui est chargé de voir le film, vérifier son contenu, et surtout "classer" le film comme on dit, c'est-à-dire décider impartialement s'il peut être tout public, interdit aux moins de 12 ou de 16 ans. [Anecdote : ce n'est pas toujours si impartial ! je me souviens que IL FAUT TUER LE SOLDAT RYAN de Spielberg, film très violent, assez gore même, n'avait même pas été interdit aux moins de 12, alors que pour le coup cela pouvait se comprendre, mais n'avait écopé que d'un "avertissement" (un texte devant être affiché à la caisse du cinéma) décourageant les plus jeunes d'aller voir le film). Par contre, un petit thriller avec une actrice légèrement dénudée ou avec un sujet un peu sombre, c'est du moins de douze ans direct ! Rires ! Donc, on n'est pas tous à la même enseigne devant la Commission de Classification, et on peut supposer que ça négocie sec en coulisses !]
Que raconte QUAND L'EMBRYON PART BRACONNER ? Le portrait d'une femme japonaise très humiliée par un patron pas bien dans sa tête, sur un ton, nous dit Le Canard, "sombre et intello". Bref, c'est pas du provocateur, la violence, comme souvent à cette époque assez punk du cinéma japonais, est très symbolique, et le film ne contient aucune scène de sexe explicite. Bref, comme disait l'autre, ce n'est pas là-dessus qu'un vieil érotomane ira se défouler ! Deuxième point.
Et maintenant, sortez les clowns ! On va rire.
Bizarrement, le 2 octobre dernier, la ministre de la culture Aldabert dont dépend la commission de classification, rue dans les brancards et déboule toute sirène hurlante pour classer le film de Wakamatsu de l'infâme X, en fait l'interdiction aux moins de dix-huit ans. [Ce qui implique notamment des restrictions d'affichages ou de publicité !!] Et ce n'est pas tous les jours qu'on utilise le classement "moins de 18 ans" !  Or, le film japonais ne justifie pas du tout cette sanction, ne serait-ce que pour sa représentation métaphorique du sexe, ou de la violence. Que s'est-il passé ?
Flashback. Le 27 septembre, la commission de classification des films visionne le film. Et, vous allez le voir, il y avait de l'ambiance et des arguments !!!! Norbert Saada est producteur à la retraite. On lui doit un Jacques Deray (j'en vois qui souffrent d'ici !), l'horrible PARRAIN à la française qu'est LE GRAND PARDON (dont je ne saurais vous recommander l'hilarant mais très nul n°2 avec Christopher Walken ! Un grand moment ! Par Alexandre Arcady, encore un professionnel, l'homme qui, publiquement, sur l'antenne d'Europe 1, a déclaré que pour lui, un film se terminait le dernier jour de tournage, et qu'il laissé le soin à sa monteuse de faire le montage de ses films !!! Classe !). On lui doit aussi l'intéressant ATTENTION LES ENFANTS REGARDENT ou LE PRIX DU DANGER. Bref... Saada voit le film et comme dit le Canard "envoie balader [les] critères" de la commission de classification et justifie  le classement moins de 18 ans avec une pertinence certaine en déclarant : "C'est de la merde !"
Ah ça, on ne le savait pas, on ne nous l'avait pas dit : la commission classe les films en tenant compte de leur valeur artistique ! Et avec quelle prestance ! C’est intéressant ! Et Saada ne s'arrête pas là du reste, et traite de "gestapistes" les défenseurs de l'interdiction plus conventionnelle aux moins de 16 ans !
Jean-Pierre Quignaux, qui représente l'Union Nationale des associations familiales et qui fait aussi partie de la Commission de classification, est lui aussi un esthète et il ne supporte pas les mauvais films si on en croit son jugement justifiant le classement X de QUAND L'EMBRYON... : "les pseudo-références du réalisateur à Sade ou à Bataille ont été mal assimilées par le réalisateur..." C'est mal ! C'est très mal ! Allez, hop, moins de 18 ans ! 

Cher focalien, comme moi, tu es très étonné. Les hautes autorités administratives en matière de cinéma sont  en fait des cinéphiles à la straubienne rigueur, et la commission est noyautée par des esthètes impitoyables ! Bizarrement, LE GRAND PARDON 2 n'a jamais été censuré ! C'était pourtant très très mauvais, et les références à Puzzi et Coppola étaient très mal assimilées !
Quand la commission a vu le film ce jour-là, nous apprend le Canard, la Présidente de la commission, Sylvie Hubac, qui est aussi ministre d'État, n'est pas là. Elle doit sûrement être à la cinémathèque de Berlin pour une rétrospective Werner Schroeter, ou en train d'essayer de mettre la main sur des inédits de Christoph Schliengensief... Elle n'a donc pas vu le film. Mais elle conseille avec force à la Ministre de la Culture de sévir et de classer le film "moins de 18 ans". Ce que fait la ministre dans la précipitation, la veille de la sortie du film ! Sylvie Hubac, elle, ne demandera une copie en DVD du film auprès du distributeur que le lendemain. Et le Canard rapporte un de ses propos assez croquignolesques, (propos tenus avant cette affaire) : "dès l'instant où l'interdiction aux moins de 18 ans existe, il faut pouvoir s'en servir..."

Alors que Matière Focale passe en général pour un méchant repère de brutes assoiffés de forme dont l'intransigeance est sans pitié, on s'aperçoit que c'est bien pire dans les couloirs du Ministère, repère de véritables ayatollahs du point de montage, des ingénieurs en axes et échelle de plans et autres spécialistes élevés à la Straub et à la Duras ! Ils sont durs et ne laissent rien passer. C'est pour ça qu'ils savent ce qui est bon pour nous. Pour mes français, c'est comme pour mes chiens, j'utilise Pal et je ne veux que le meilleur. Si c'est pas du Murnau ou si c'est pas du Greenaway, hop, je classe, interdit aux moins de 18 ans !!! L'administration française (en matière de cinéma) est donc bien plus rigoureuse que ce modeste site dont les auteurs n'hésitent pas, de temps en temps à voir un films des frères Farrelly ou même un film en costumes. Modestement, nous nous inclinons, et nous réjouissons de cette très bonne nouvelle !

[Je signale l'excellent papier  du journaliste Threanor, dont je me suis également servi, publié sur le film par CANARD PC, excellent journal qui paraît tous les 15 jours et qui parle du monde des jeux PC (et aussi de matériel !), vif observatoire du monde informatique. Un journal très bien écrit, d'une vraie drôlerie, écrit avec le cerveau et dont je me permets au passage de saluer l'intégrité dans un monde au moins aussi vérolé par les prises d'intérêts que celui du cinéma ou de la presse en général. Comme son volatile cousin le CANARD ENCHAÎNÉ, CANARD PC est totalement indépendant, n'appartient à aucun groupe et donc est complètement libre de pensée, ce qu'il prouve haut la main, à chaque numéro. Et comme l'autre CANARD..., CANARD PC vit quasiment uniquement de ses ventes et de ses abonnements ! Comme par hasard...
 
Tiens et si vous avez envie de vous amuser, allez faire un tour ici, sur le forum des Cahiers du Cinéma où Matière Focale se prend une bonne baffe et se fait insulter joyeusement, le site étant, je l'apprends avec vous "mussolinien", coupé du monde et algébrique ! Rires ! Cliquez ici, et amusez-vous bien. c'est long, mais c'est très bon, et bien sûr : ça vaut un bon steak !]


Tendrement Vôtre,


Dr Devo.
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Lundi 22 octobre 2007

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ossang.jpg
[Photo du réalisateur F.J. Ossang]




Avant-Propos :
Chers Focaliens, 
Nous continuons notre virée iconoclaste, dans l'autre cinéma français, avec ce sixième épisode bien trempé et totalement rock'n'roll où nous retrouvons F.J. Ossang, que nous avons interviewé à l'occasion de la réalisation de SILENCIO, son dernier court-métrage dont nous parlions la dernière fois. Cette interview focalienne exclusive a été réalisé par un focalien discret mais pas piqué du hanneton, François Cavalier, que nous accueillons avec plaisir dans ces pages ! C'est court mais ça dépote !
Dr Devo.



François Cavalier: "Comment le projet de votre nouveau film SILENCIO est-il né (scénario, idée et parti pris de départ) ?
F.J. Ossang: Il m'était proposé de tourner un film sur le Silence. J'ai eu l'idée de tourner un "Silent Movie", en n'observant que les états de la nature – sans adjonction de lumière électrique... SILENCIO est un film élémentaire. Et primitif...
En quoi SILENCIO est-il une expérience nouvelle pour vous ?
C'est un retour au point Zéro. Une caméra 16 et le Soleil – punto. Parti avec quelques mots – qui d'ailleurs ne sont pas ceux figurant au final dans les intertitres...
SILENCIO n'est pas une narration classique. Comment avez-vous organisé, articulé les séquences, les images du film ?
C'est le récit des éléments. Partant de mégalithes jusqu'à un pont de fer – selon quatre cycles, et une présence humaine (Elvire). De l'Est à l'Ouest – de la cristallisation à la dissolution – et retour – passages de vent, de lumière, de terre et d'océan... Le film n'est tourné qu'aux premières et dernières heures du jour...
Quel est le rôle de l'intertitre dans vos films ? A-t-il la même fonction dans SILENCIO ?
Partant de son utilisation dans le cinéma muet, j'ai toujours été intrigué par l'effraction des mots et du noir dans la succession fluide des plans. Rupture, anticipation, dispersion ou intuition du sens... Un intertitre est un plan comme un autre, et "je est un autre". Mais avant tout, photographie, titres et musique contribuent à fabriquer un récit par réseaux (au lieu d'obéir à l'habituel récit séquentiel en usage dans la plupart des films).
La comédienne Elvire, déjà présente dans DOCTEUR CHANCE, traverse le film de part en part, comme une sorte de témoin muet ou de guide mystérieux. Comment avez-vous envisagé son rôle ?
SILENCIO est aussi une sorte de documentaire affectif. Si l'on considère qu'il existe deux cinémas premiers : celui du visage et celui du paysage – SILENCIO aborde frontalement ces deux relations au monde. Je n'étais plus revenu au Portugal depuis LE TRÉSOR DES ÎLES CHIENNES (1991), et j'ai filmé (interrogé) ces lieux comme de retour dans une vie antérieure – en y adjoignant l'Inconnue... SILENCIO est sans doute une métaphore...
La musique en général, une sorte d'énergie punk-industrielle en particulier (de Cabaret Voltaire à Throbbing Gristle, et de Nick Cave à La Muerte, en passant par votre groupe MKB) semble être un élément primordial dans vos films. À quel stade intervient-elle (idée du projet, pendant l'écriture, le tournage, au montage) ? 
À chaque degré. Comme les sujets que l'on filme, et qui soudain se révèlent dans l'évidence, la musique voyage comme une présence constante, une intuition que le film révèle. Ici la musique opère comme le Third Mind du film...
Quelles sont vos maîtres, quelle est votre famille, dans le cinéma français et international ?
En France, des "accidents de l'histoire officielle" Vigo, Epstein, Melville, Debord, Bresson... Beaucoup de Silent Movies... Des Soviétiques 20/30 : Eisenstein, Vertov, Poudovkine, Dovjenko – jusqu'à Tarkovski... Les allemands 20/30 : Murnau, Lang. Des nordiques, Sjoström et Dreyer... Le film noir américain 40/60... Rien que classique – et puis n'importe quoi...
Que pensez-vous de la production cinématographique actuelle en France ?
Quoi manque... Qui a disparu ? Les réalisateurs, les producteurs... Les deux ? Mais tout est provisoire, n'est-ce pas...
Que manque-t-il selon vous au cinéma français ?
À quoi bon des cinéastes en un temps de manque...
Est-ce que vous pouvez nous parler de vos projets, entre autres le long-métrage LA SUCCESION STARKOV ?
Après chacun de mes films, un énorme silence s'est abattu... Plus de réponse à aucun nouveau projet, et puis : un sursaut... J'ai fini par devenir une "erreur" du cinéma français... LA SUCCESSION STARKOV sera un film fantastique minimal – "il arrive que tout recommence..." À la Victoire !
Pourquoi avoir choisi le mode de souscription pour financer ce film ?
Pour croiser les "irréguliers"...



Signalons à nos lecteurs les deux sites internet permettant de suivre le réalisateur Ossang :
Signalons enfin le "nouvel" album de M.K.B., FRACTION PROVISOIRE, le groupe mythique du cinéaste F.J. Ossang. Il s'agit de la réédition en CD digipack collector de TERMINAL TOXIQUE, sur le label Seventeen Records (distribution : Overcome).
Propos recueillis par François Cavalier
 
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Mercredi 10 octobre 2007

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anti-babas-mekouyes-devo.jpg


["On s'en bat les Cools... (ordonnance contre le mouvement baba)". 
De gauche à droite : Sharon Stone, Elijah Wood, Demi Moore, Emilio Estevez (hors-champ). Photo de Mek-Ouyes, tirée de
son site.]


Chers Focaliens,
 
Une fois n'est pas coutume, ou plutôt ce n'est pas souvent que ça arrive, mais aujourd'hui, je vais faire un peu de pub pour un site voisin et ami d'un personnage discret, lisant fidèlement Matière Focale depuis le début... Cela arrive rarement, mais cette fois, j'ai deux bonnes raisons de le faire.
Ce n'est pas tous les jours, en effet, qu'on parle ici de sites internet. Il y a quelques mois, Mek-Ouyes, webmeistre du site qui porte son nom, me brisait le cœur ainsi que celui de ses peu nombreux lecteurs fidèles, puisque son jeune site semblait avoir fermé les portes de manière définitive. Or, depuis quelques jours, Mek-Ouyes a repris du service. C'est l'occasion pour moi de parler de ce site. La deuxième est que le brave Mek-Ouyes m'a dédié une photo hilarante ! C'est bon pour l'ego et ça vaut un bon steak.
MEK-OUYES (le site !) est un endroit pas comme les autres. Des blogs qui présentent le travail photo de leurs auteurs, il y en a des milliers, en général très peu intéressants. Il faut bien dire que si on enlève les blogs photographiques consacrés aux petits animaux, à la famille de leur concepteur ou à leurs bébés, il y a déjà moins de monde. Mek-Ouyes n'a jamais clairement exposé son concept (il y a très peu de texte et aucune profession de foi, directe et franche du moins). Son site est donc un espace de présentation de ses photos. En principe, il publie une photo par jour, certes, mais avec une cadence parfois chahutée et irrégulière. [Il prépare une photo par jour, mais les publie quelquefois avec quelques heures de retard, ce qui fait que concrètement, il arrive qu'il publie la photo du jour et celle de la veille : mais en tout, ça fait une photo par jour !] La photo est en général titrée, et les titres, croyez moi, valent le déplacement. Souvent, ils sont absurdes ou surréalistes. Sous la photo, point de date, point d'indication géographique (ou alors tronquée, comme certaines photos étant  présentées comme prises en pays étrangers, alors qu'il les a visiblement prises chez lui, sans bouger de sa chaise... Le pire c'est que ça marche !), mais des légendes qui se présentent de deux manières possibles. La première est une "description" de la photo qui présente les éléments qui la composent. Le texte de la légende commence alors par "de gauche à droite", et est suivi par un texte descriptif absurde. Exemple : "de gauche à droite: Le tirage qui rend fou (interdit de publication en 1945 suite aux incidents de Malmö)" pour une photo représentant une tapisserie des années 70, intitulée LA MIRE DU COSMOS et qui se présente comme un autoportrait ! Ou encore : "de gauche à droite : oui, non, ne se prononce pas" pour une photo représentant des bimbos alignées sur un canapé, intitulée THE MILD BUNCH... Deuxième type de légendes sur le site : une petite phrase souvent prise en cours de route, commençant donc par "..." et qui livre un texte au passé simple, souvent très pesante, comme tirée d'un roman classique ampoulé mais étrange. C’est souvent complètement abscons et très beau. Exemple : "...cette sensation de déjà-vu avait un goût de grotesque, qu'aucune tristesse ne pouvait empêcher." sur une photo intitulée LE SYNDROME DAVID et représentant un personnage de dessin animé qu'on croirait tiré d'un épisode de POKEMON... Comme vous pouvez le deviner, logiquement, sur Matière Focale, on se sent un peu en famille chez Mek-Ouyes !
MEK-OUYES n'est donc pas complètement un site de photos mais aussi un lieu de collages étranges entre photos et textes abstraits et/ou drôles. Au fur et à mesure de la lecture, on finit par décoller dans une autre contrée, inexplorée et sauvage, quelquefois un peu inquiétante. On a du mal à suivre le fil de la composition du site, souvent obscure Et pourtant, impossible de ne pas penser que ces photos assez éclectiques forment un sorte de suite logique ! Moi qui suis quotidiennement le site, j'en suis persuadé. Mais Mek-Ouyes refuse de s'expliquer, refuse d'être interviewé ici et préfère l'exploration de son travail à tout autre commentaire, malgré mon insistance. MEK-OUYES, le site, est sans doute un manifeste contre la photographie contemporaine [cf. son hilarante campagne contre Diane Arbus (une photo s'intitule LA JEUNESSE EMMERDE DIANE ARBUS ! Fallait oser !), celle contre le photoshopisme ou encore son féroce combat contre "l'instant décisif" qui selon lui est une vaste supercherie pour contraindre les amateurs à faire des photos médiocres et protéger le marché professionnel !]. Mek-Ouyes semble se battre contre le polissage photographique et se vante de ne faire ses retouches, quand il y en a, qu'avec des logiciels plus que rudimentaires, genre Photofiltre ou Paint, le logiciel fourni d'office par Windows ! Les cadrages et les textures sont souvent dures, malpropres et finissent par déployer, à cause du texte aussi, un univers parfois assez noir ou inquiétant. Mek-Ouyes aime aussi les séries. LA PIN-UP DU MOIS est une série de photos pornographiques récurrentes ménagères où sont représentés des frigos ! [Mek-Ouyes se propose de venir chez vous pour photographier le vôtre !] Et que dire de la série NONOSSE à laquelle je ne comprends absolument rien, mais qui est émaillée de références politiques bizarres (voir une des nouvelles photos, sûrement une photo de vacances, intitulée HOMMAGE A RAYMOND BARRE) ? La seule concession de Mek-Ouyes a été de me déclarer, et je me l'empresse de vous reporter la citation ici : "Je fais une photo pour tous. Mon œuvre entière est faite pour être vue sur des tirages d'expert ou bien par impression, chez soi, sur imprimante jet d'encre d'entrée de gamme."
C'est donc un refus complet de la photographie contemporaine auquel se livre Mek-Ouyes. Il fait des photos dans n'importe quel format, avec des cadres impossibles. Il fait des collages dissymétriques. Il vénère la photo floue. Il refuse le photo-reportage ("une perte de temps, un vol d'argent, et une façon de faire de la photo qui ne peut déboucher que sur du médiocre") bien qu'il s'essaya à l'exercice alors que je l'emmenais sur le tournage du deuxième long-métrage de Jean-Christophe Sanchez [LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE avec Jean-Claude Bourret dans le rôle principal. On peut voir la série sur MEK-OUYES et le film annonce du film de Sanchez ici. Gageons que le film sera distribué !]. Il recycle les images déjà existantes. Il fait des autoportraits où il n'apparaît jamais sous les mêmes traits physiques, ou alors sous forme d'objets ! Il fait rire et il fait peur. Alors, MEK-OUYES est-il un site de photos absurde mais classique ? Est-ce un journal intime ? Une chronique politique et/ou une réflexion sur la société contemporaine ? Est-ce un manifeste trash ?  Est-ce un feuilleton ? Est-ce un jeu dadaïste ? Je vous laisse juges... 
En tout cas, MEK-OUYES n'a pas d'équivalent, et ce zazou de premier ordre arrive à évoquer, avec ces collages photo-texte absurdes, de belles sensations poétiques et souvent drôles qui laissent bizarrement le sentiment de "mettre le doigt dessus" sans qu'on sache vraiment pourquoi, alors même que la base du travail repose sur le collage d'éléments hétérogènes et abscons. Avec les sites de Er-Töshtük ou LE JOUR DES VIDANGES, site canadien et frappadingue, je suis en tout cas très fier d'avoir le site de Mek-Ouyes dans mes liens sur Matière Focale. Ça faisait longtemps que je voulais vous parler du monsieur, et la réouverture officielle de son site me donne l'occasion de le faire, non sans joie. Voilà un retour aux affaires qui me paraît des plus salutaires. J’espère en tout cas que ce modeste article permettra enfin au site de notre ami d'être plus fréquenté que jusqu'ici, car il le mérite... 
Fidèlement Vôtre, 
Dr Devo. 

PS : Cet article ne fait que décrire mes perceptions concernant le site de Mek-Ouyes. Peut-être les vôtres seront totalement différentes ! Si Mek-Ouyes refuse d'expliquer sa démarche, c'est aussi sûrement parce que justement, il refuse de plaquer quelque chose de vraiment définitif sur son travail...
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Mardi 28 août 2007

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[Photo : "Daniel Johnston Massacre" par Dr Devo,
d'après une image du film ULTRANOVA de Bouli Lanners]
 
Chers Focaliens,
Nous continuons le débalage sur le cinéma français. Nous avions parlé de AVIDA de Bruno Delépine et Auguste Kervern, et nous avions rencontré le premier à l'occasion de la sortie du film. 
Si vous n'avez pas suivi notre grande saga de l'été sur le cinéma français intitulé CINEMA FRANCAIS: L'EXCEPTION CULTURELLE SORT DU BOIS, voici la liste des épisodes précédents:
 
 
Episode 3, première partie: "je ne monte pas des films, je monte le spectateur": début de l'impressionant interview de Bruno Dumont à l'occasion de son film FLANDRES. Attention, ça décoiffe. 
Episode 3, deuxième partie: "La Californie ou Bailleul", suite de l'entretien avec Bruno Dumont. Toujours aussi rock 'n' roll.
  
 
 
 
Dr Devo: Assez clairement, AALTRA était un film qui se dirigeait vers Kaurismaki, alors qu'AVIDA semble se diriger vers Dali...
 
Benoît Delepine : Un peu, mais c'était pas aussi net au départ. Pour AALTRA, Kaurismaki et arriver jusqu'en Finlande, c'était vraiment le but de notre voyage. Dans ce film, ça s'est passé différemment, dans le sens où l'idée du film est que quelqu'un qu'on prend pour un neuneu s'avère être fasciné par l'art, et il se dirige vers une toile pendant tout le film. On n'avait pas forcément choisi Dali comme but, on le voyait plutôt face à une toile de Jérôme Bosch. Mais il se trouve que si on avait choisi une toile de Jérôme Bosch, cela aurait amené notre héros à tuer énormément de gens ! (Rires !) C'était pas notre but.
AALTRA a été sélectionné au festival de Rotterdam, et on en a profité, alors qu’on avait déjà l’idée générale de notre film, pour visiter le musée Boijmans pour voir des toiles de Jérôme Bosch, et il se trouve qu'il y avait aussi des toiles de Dali qui nous ont vraiment fascinés, dans le sens où elles étaient beaucoup plus petites que ce que l’on pensait, qu’elles étaient beaucoup plus lumineuses. On a eu un vrai flash sur ces œuvres. En plus, ce jour-là, au musée, il y avait aussi une projection d'un film surréaliste de René Clair qui s'appelle ENTR’ACTE, un film absolument génial. Du coup, on est peu à peu parti vers le surréalisme.
Mais notre méthode n'est pas elle-même surréaliste : ce n'est pas un cadavre exquis, et ce n'est pas non plus lié à nos rêves – on n'a pas des rêves forcément intéressants. Mais dans le film, il y a une vraie histoire qui a sa logique interne, et qui pourrait être racontée d’une toute autre façon, avec beaucoup moins d’ellipses et beaucoup plus de dialogues, et beaucoup plus de choses qui nous rapprocheraient d’un cinéma classique. Mais nous, on a préféré raconter l’histoire comme ça, car on a voulu privilégier le mystère, que le spectateur fasse son film à lui… Que ce soit pour chacun un film différent, et à la limite, que l’histoire ne soit comprise en son entier qu’à la fin. Et ça, c’est aussi un peu ce qu’on a fait sur AALTRA, dans le sens où là aussi, au début, quand les deux personnages se retrouvent paralytiques et que l’aventure commence, il suffit qu’il y ait une longue scène, un dialogue où un dit : (air nunuche) « Oh, moi j’ai envie de voir tous les prix de moto-cross d’Europe » et l’autre dit : (air nunuche) « Oh , tu fais ce que tu veux, mais moi, ce que je veux, c’est aller en Finlande pour me faire rembourser », bon ben avec des dialogues comme ça, c’est fini, il n’y a plus de film ! Alors qu’avec notre façon de travailler avec des ellipses, c’est à la fin du film qu’on peut se remémorer les buts ou les motivations de chacun. Mais ce n’était pas une obsession du film. Il n’y avait pas dans le film des pancartes où il est écrit : « Attention, vous en êtes ici de l’histoire, et vous allez arrivez là ». Tous ça, ce sont des tics de scénario. On est tellement content d'avoir trouvé une histoire et des personnages qui tiennent debout qu'on a tendance à les raconter tout de suite, à leur faire dire «  moi, je fais tel métier, je suis comme ça et j'ai envie de faire ça , j’ai envie d’aller là-bas, etc. » C'est un peu pénible. Sur ce film-là, on s'est peu à peu rapproché des surréalistes, et donc on a encore plus dépouillé, « ellipsé » notre histoire, mais l'histoire elle-même, je peux vous la raconter...
 
Ce travail d’ellipses est-il naturel, ou c’est quelque chose de travaillé ? Est-ce que ce travail continue sur le plateau, dans le découpage des plans, ou dans la direction d’acteurs ?
 
On privilégie les gens que l'on montre. Les acteurs, les gens qu'on invite sur le film, sont très importants. On a une trame qui se tient, dont on espère qu’elle dure – au bout du compte – une heure et demie, comme sur AALTRA, où on ne savait pas si on allait faire un court ou un long métrage, d’une certaine façon, et ces personnages-là vont amener tellement de choses qu'il vaut mieux parfois se laisser perturber par ces personnages, qui généralement nous font un cadeau immense plutôt que de faire un dialogue qui amène la situation d'après. Tout en sachant que l'histoire elle-même n'est pas si compliquée. Il y avait beaucoup de choses qu'on avait prévu de dire et qu'on a enlevées : par exemple, cette histoire pourrait se passer aujourd’hui dans une île-paradis fiscal où il y aurait des maisons de milliardaires partout, et une forte présence de la Nature... On pensait à la Réunion ou aux Îles Sandwich. On aurait pu expliquer clairement beaucoup de choses (le paradis fiscal, la montagne juste à côté, etc., mais on a préféré les enlever pour rester sur une atmosphère plutôt que de rester sur une démonstration quasi politique. Ça dépend aussi du déroulement des choses pendant le tournage ; il se trouve que durant le tournage, l'humanité a eu raison de l'intellectualisme, d'une certaine façon. Nous, c’est ce qui nous plaît dans le film. On comprend aussi qu’il y ait des gens qui ne marchent pas dans la deuxième partie du film parce qu’ils sont pas ou moins émus, mais pour nous, c’est le contraire : une sorte de porte de sortie face à la catastrophe actuelle. Si on avait accumulé aussi des gags dans cette partie comme on sait très bien le faire (après tout, on le fait jour après jour), le film n’aurait pas eu cette même portée. Tout ça est venu de certains cadeaux sur le tournage, quelquefois complètement inattendus de la part des gens qui ont participé au film…
 
Faire un film très éloigné de ce pour quoi le grand public vous connaît, c’est une prise de risque , ou au contraire une nécessité ?
 
C’est pas vraiment une prise de risque, dans le sens où on a déjà un métier, Auguste et moi. On n’est pas des fous furieux. On a de quoi vivre, on n’a pas tout vendu et hypothéqué notre maison pour faire ce film. Ce n’est pas une prise de risque énorme non plus, quoi ! On peut se planter. On peut se moquer de nous (rires). On était quand même bien content d’être pris à Cannes, dans le sens où c’était quand même une prise de risque, car AVIDA est vraiment un film spécial. C’est tellement facile de le biffer d’un revers de main en disant : « ça, c’est vraiment nul, allez, au revoir… » On était quand même content de voir qu’il y avait des gens qui avaient accroché. Donc, prise de risque : à la fois non et oui. Mais nécessité… Oui, on a vraiment envie de continuer, avec Gustave, avec tous ces gens qu’on a rencontré pour nos films, en Belgique ou dans le Nord, ou en Finlande, parce ça nous paraît des gens formidables. Mais c’est ça, cette curiosité qui nous pousse. Faire parti de l’histoire du Cinéma, c’est pas du tout notre truc. On sait qu’on va crever, on n’a pas d’illusions… Je vous assure, quelquefois c’est vraiment incroyable. Arrabal, on l’a croisé dans un festival aux USA. On a vu tout de suite que c’était un monsieur d’une gentillesse, d’une fantaisie incroyable au quotidien, et une fois revenus à Paris, on l’a convaincu de jouer dans notre film. Il a tout de suite accroché : il était chez lui et il était content. Mais ensuite, pendant le tournage, il était censé jouer un picador suicidaire. Et avant la scène, on se voyait mal écrire des trucs pour la bouche d’Arrabal. Il a une telle façon, tellement originale, de s’exprimer, un tel vocabulaire, que ça aurait été aberrant de lui dire : « Fernando, tu vas dire ça, ça et ça ». On lui a juste demandé de dire vraiment ce qu’il dirait juste avant de mourir. Et il balance le truc de Topor. On est là comme des cons sous le tunnel du zoo de Maubeuge. Il y en avait pas un qui la ramenait. Et après, on se retrouve à monter le film, cette scène, qui aurait dû être une scène parmi d’autres (des zoophiles, des neuneus, des suicidaires) était tellement forte et représentait tellement l’ensemble du film, le résumait presque, qu’on l’a mise au début. En plus, c’était quand même autour de Topor, donc on s’est dit que si on la mettait au début, ça ferait un sublime hommage, surtout qu’on adore Topor. Bref, une fois de plus, l’humain a pris sur le gag. Car le gag, nous, en tant que scénaristes amateurs de la drôlerie, etc., ce qui nous faisait rire, c’était vraiment un picador qui balance ses deux pics sur un rhinocéros. Grâce à Fernando, c’est allé beaucoup plus loin. Sur chaque scène en fait, on laisse sa chance au destin, qui nous le rend bien et nous amène des choses supplémentaires qu’on n’imaginait même pas.
 
Les gens que vous invitez, qu'ils soient connus ou non, ne semblent pas être un critère pour vous...
 
Non, ce n'est pas un critère du tout. Le seul critère serait une espèce de voisinage d'idées, une famille intellectuelle un peu bizarre... Il y a même des gens dans le film que l'on ne connaissait pas, mais on savait qu'on les aimerait bien, comme Jean-Pierre Galland, qui est le représentant de la fumette en France, ou la chanteuse malienne Rokia Traoré sur qui j'avais flashé aux Musiques Métisses d'Angoulême. Albert Dupontel, on le connaît depuis sept ou huit ans, et il est venu en tant qu'ami, et nous a aussi donné cette scène incroyable. Claude Chabrol...
 
Justement : qu'avez-vous de commun avec Claude Chabrol ?
 
Chabrol est un peu anar sur les bords, il est vraiment pas prétentieux, quand on le pousse, il est vraiment rigolo. Quand il parle de ses films, il est capable de dire que l'avant-dernier est une merde absolue et qu'il s'en rend compte seulement maintenant, ou que le pire film jamais réalisé est l'un des siens, mais qu'il a été battu dernièrement par LE JOUR ET LA NUIT de BHL... (Rires) Et puis, il est vraiment drôle, c'est un vrai bon vivant, il a une malice extraordinaire. Mais c'est vrai que de là à lui proposer un rôle de zoophile... Pour certains universitaires par exemple, pour qui Chabrol, c’est la Nouvelle Vague, ça doit leur paraître bizarre, peut-être. Pour nous, c'est normal, et quand on le lui a proposé, il a trouvé ça normal aussi.
 
Comme pour AALTRA, vous avez opté pour le noir et blanc, mais cette fois, contrairement à votre premier film, vous avez choisi le format 1.37.
 
L'intérêt du noir et blanc, c'est que l'on est tout de suite dans la poésie. Si on fait un film comme ça en couleur, cela demanderait trois fois plus d'argent, d'énergie et de gens. En couleurs, les terrils ne sont que des tas de cendres, alors qu'en noir et blanc, ça devient un paysage lunaire et c'est beaucoup moins situable. C'est ça qui est bien avec le noir et blanc, c'est que c'est « insituable », ni dans le temps, ni dans l’espace. C’est donc poétique. En tout cas, pour ce film-là, ça s'est vraiment imposé tout seul, sachant qu'on ne voulait pas du Cinémascope comme dans AALTRA, qui était un road-movie qui se passait dans le Nord, et où le Cinémascope était comme une route jusqu'en Finlande. AVIDA traite beaucoup de l'enfermement des personnages, des captifs – que ce soit de la drogue, de l'ambition etc. – des gens que l'on voulait montrer comme des animaux dans leurs cages. Le format carré nous paraissait le bon format, comme le format carré d'une cage. Si on avait pris les terrils en cinémascope, c’était impossible, on aurait vu deux terrils, d’abord, et au milieu d’une plaine en plus. Alors que cadré comme dans AVIDA, ça passe, c’est un monde en soi. Alors on a tourné en 1.37 et en noir et blanc, en sachant déjà qu’on allait terminer sur la toile en couleur. Peut-être parce qu’on voulait montrer que la seule porte de sortie de cet esclave, de ce néo-captif, ben c’était l’art, que pour lui, c’était beaucoup plus que la vision d’un tableau, c’était ce à quoi il était confronté toute la journée, et la seule chose qui lui donnait envie de continuer à vivre. Pour le prochain film, s’il y en a un, peut-être qu'on passera à la couleur, mais c'est même pas sûr.
 
Avida, le personnage, est un sacré portrait, assez ambiguë : grande bourgeoise arrivée, et en même sincèrement désespérée ?
 
Oui, c’est vrai, elle est contradictoire. C’est une femme de milliardaire. Elle est là, dans cette grande maison. Elle bouffe toute la journée. Et elle se fait chier aussi ! On voulait montrer ce monde de milliardaires qui s’emmerdent aussi. C’est un mode terrifiant : même ceux qui ont tout l’argent s’emmerdent quand même ! Et puis, même si elle n’en parle pas beaucoup, on peut supposer, par exemple, qu’elle a été lâchée là par son mari, et donc elle en a par-dessus la tête de cette vie-là. Elle s’est mise à développer une passion ou une lubie pour les rites et la civilisation indienne, pour agrémenter son suicide qui, de toute façon, lui paraît inéluctable et écrit. C’est vrai qu’à l’écriture, on voulait la montrer plus antipathique. Et puis, ça s’est passé comme avec les autres personnages du film. Il se trouve qu’on a choisi Velvet pour tenir le rôle, et c’est une femme complètement extraordinaire. Quand elle a passé le casting, elle nous a énormément impressionnés, physiquement déjà, en terme de présence, et lorsqu’elle s’est mise à chanter un opéra dans le bureau alors qu’on lui avait rien demandé… C’était impressionnant. Et elle a une vraie douceur avec les gens. C’est tout ! Ça se ressent ! Quand on l’a filmée, on l’adorait déjà, on la connaissait, alors on pouvait la filmer comme un salaud. On aurait pu être plus dur dans notre façon de la filmer, mais on n’en voyait pas ou plus l’intérêt. Et on s’est rendu compte que Avida avait une humanité ordinaire, malgré son appartenance à cette caste-là… (silence) Effectivement, on a baissé notre garde (timidement).
 
Le montage sonore est très précis, très travaillé. On a même l’impression que c’est la pierre fondatrice, autant que la narration, de cette forme en ellipse et surréaliste…
 
Oui, c’est vrai. En fait, on a travaillé comme sur AALTRA. Dès le début, Gus (Kervern) et moi, on savait que le son c’était ultra-important. Et on rendu compte aussi que tous les copains qui font des films fauchés étaient toujours trahis par des sons pourris ! À la limite, aujourd’hui, avec une caméra DV, on peut tourner et gonfler le film en 35mm, le projeter en salles et donner l’impression que le film a de la tenue… si le son est bon ! Mais si le son n’est pas bon, c’est l’horreur. Nous, on donc voulu soigner le son. On a embauché deux ingénieurs du son à qui on a demandé de travailler sans discontinuer, pendant toute la journée, même quand ils n’ont pas de sons à capter sur la plateau de la scène en train d’être tournée. Ils cherchaient des sons partout. Et nous, pendant le montage, on va pêcher dans toute cette récolte, et sortir des sons pour appuyer ce qu’on veut dire par ailleurs dans les images. Si bien qu’on a un son direct très présent, alors qu’on est, Gustave et moi, de grands amateurs de musique ! En fait, sur les deux films, à chaque fois qu’on mettait de la vraie musique, elle avait l’air plaquée, de manipuler la scène dans telle ou telle direction émotive. Au bout du compte, peut-être l’ensemble des sons du film forme une sorte de musique.
 
Un peu à la manière dont la vraie musique se détruit et se recompose en un ensemble chaotique dans la scène étonnante avec Jean-Claude Carrière…
 
Oui, là, il y a de la musique, mais le lecteur CD merdoie et casse tout… Là aussi, on a eu de la chance. On a trouvé ça dans Nord. On était en train de tourner sur la plage où Avida apparaît nue à la fin. Et on voit débarquer une fille complètement bizarre, avec les couettes en l’air et tout… Et tout d’un coup, elle se met devant nous, elle se met debout sur la jetée et se met à réciter des poèmes. Elle était vraiment marrante. Faussement innocente, mais complètement folle. Très étonnante. On discute, et on lui raconte où on en est du tournage. Elle dit : ah ! Vous cherchez des musiques vraiment spéciales… Mon ami, il fait des musiques, mais c’est quand même très bizarre et très spécial ». Là, on s’est regardé, et je me suis dit : « Oh là ! Attends un peu ! Ça, c’est du gros ! Si elle, elle nous dit que son mari fait des musiques spéciales ! » (rires) Ça devait être quelque chose ! Quelques jours après, on reçoit un DVD home-made, quelque chose de très intéressant dans le style expérimental. Jeff Bellik, il s’appelle. C’est la seule « musique » qu’on ait utilisée dans la scène de la villa de Carrière, quand ça commence à partir en sucette…
 
Lorsque l'on voit AALTRA et AVIDA, et lorsque l'on vous entend en parler, on a l'impression que votre démarche, c'est d'évacuer le plus possible l'intellectualisme au profit du ressenti...
 
Oui, même si la trame elle-même est intellectuelle. Mais c'est vrai que notre volonté est de faire des films qui ont des tripes, et de les faire de manière « tripale ».
  
Le budget de AVIDA a-t-il été plus facile à boucler suite au succès de AALTRA et à son très bon accueil ?
 
Sur AALTRA, c’était assez radicalement différent. Tous ceux qui ont participé au film étaient payés par participation. Finalement, on a fini par toucher un peu d’argent. Le notaire belge qui nous avait avancé les 150.000 euros de départ devait se rembourser plusieurs fois avant que l’argent ne soit distribué, ce qui était un peu raide (sourire). Ceci dit, ça fait partie du jeu, sinon on n’aurait jamais fait le film. Mais enfin, il y a des retours pour tout le monde sur AALTRA, et tout le monde a été payé. Mais pour AVIDA, on ne pouvait pas repartir pour une participation, surtout que AALTRA avait connu un succès modeste, mais succès quand même. Non pas qu’il ait rapporté énormément d’argent, mais simplement, en termes de retombées, de festivals, etc. On voulait donc fonctionner différemment, sans participation, mais on voulait tourner avec la même équipe. Ça a donc été à Mathieu Kassovitz, notre producteur sur ce film, de trouver plus d’argent. Il a été tout de suite énormément emballé par AALTRA, et pour ce deuxième film, il pensait que l’argent allait se trouver assez facilement. Et pourtant, même pour lui, le financement a été un enfer. D’abord parce que les délais pour la fabrication du film n’étaient pas ceux qu’on utilise habituellement. Pour avoir des financements ou des accords des régions, du CNC ou qui que ce soit, ça prend du temps. Il faut qu’ils étudient le truc, qu’ils le discutent, se réunissent, et nous, on était à trois ou quatre mois du tournage potentiel. Pour la plupart des producteurs ou des institutionnels habituels, ça n’était pas vraiment possible, donc. Et puis surtout, nous, on veut pas faire de scénario comme les autres. Nous, on avait un scénario de 30-40 pages, car une scène de trois minutes, quelquefois, on peut la décrire en deux lignes. Alors que les films dits classiques, ce que demandent les producteurs d’ailleurs, la règle d’or, c’est : 1 page, 1 minute. (soupir) Ça donne des films hyper-dialogués, où les gens parlent tout le temps, et où tout le monde nous casse les couilles ! Et bien, c’est à cause de ça ! Donc, on avait un scénario qui ne correspondait pas à la norme, et un timing qui ne correspondait pas à la norme non plus, du noir et blanc (ce qui représente deux fois moins d’audience pour n’importe quelle chaîne). Bref, c’était une suite de handicaps énormes. On doit donc tout à Kassovitz, qui a mis tout son poids dans la balance. Le film aurait pu coûter deux millions d’euros, mais on avait prévu de trouver les villas de milliardaires du film en banlieue parisienne huppée, les volcans, ils étaient à la Réunion, etc. Kassovitz se prenait des râteaux partout, et on se rendait bien compte que plus on avançait, moins on y arrivait. Il était vraiment obligé de s’énerver avec les gens ! Il leur disait que s’ils ne donnaient pas le peu d’argent qu’il demandait sur AVIDA, il ne ferait pas son prochain film avec eux, etc. Il y a été vraiment à fond. Et à la fin, on est arrivé à une somme d’environ 800.000 euros, et on a eu l’idée de tout faire dans le Nord, petit à petit, et heureusement ! Sinon, il n’y aurait jamais eu de film ! L’un dans l’autre, ça tombe en plein dans la philosophie du film, et c’est bien qu’on l’ait fait comme ça. Le film n’est pas devenu un grosse machine, c’est resté à taille humaine. De toute façon, la Réunion, par exemple, ça ne nous aurait pas vraiment aidé. Déjà, on aurait chopé le chikungunya (rires). On aurait galéré, parce que ça veut dire d’incessants trajets en hélicoptère toute la journée. On n’aurait pas vraiment eu les moyens de faire des repérages. Que des galères… Alors que là, on s’est retrouvé au zoo de Maubeuge avec des grolandais incroyables qui nous ont aidés comme personne nous aurait aidés nulle part. Les quatre maisons qu’on a trouvées dans cette région sont d’une architecture folle, et nous ont été louées à des tarifs complètement raisonnables, alors que les maisons de richards en banlieue parisienne ou dans le sud, ils nous auraient loué ça à des prix astronomiques, parce qu’ils sont habitués aux tournages de pub et tout ça, et qu’ils n’ont plus aucune notion de rien... Tout ça nous a largement servi, en fait. Aucun doute.
 
Que pensez-vous aujourd'hui de votre premier film, MICHAEL KAEL CONTRE LA WORLD NEWS COMPANY ?
 
Sur le fond, je suis toujours d'accord avec le propos, sur l'ambiance post-11 septembre (bien que ça ait été écrit avant) et sur la démonstration du pouvoir... Mais à la limite, c'est bien que je me sois gaufré à ce point-là, parce que je me suis posé plein de questions sur le cinéma. « En quoi je me suis planté ? » Je ne peux même pas accuser mon copain réalisateur (parce que ce n'est pas moi qui l'ai réalisé, c'est Christophe Smith qui a tout fait) ; il a fait une illustration de mon scénario, mais mon scénario était trop didactique. Mais l'histoire elle-même était complexe, alors c'était difficile de ne pas le faire comme ça.

J'ai aussi regretté qu'il y ait autant de moyens, mais j'ai réussi à convaincre un producteur, alors je ne peux pas lui reprocher d'avoir trouvé autant d'argent. D'un côté, on tournait les sujets de Michael Kael avec une caméra DV dans des caves à trente mètres du bureau, et de l'autre, je fais un film sur Michael Kael et je vais vraiment à Madagascar et aux États-Unis... Il y avait quelque chose d'un peu forcené. C'est pourquoi, aujourd'hui, je préfère faire des films avec Gus (Kervern), à petit budget, à l'arrache... Il y a un vrai plaisir et une vraie liberté à faire les choses sans trop de pression... Le film va sortir dans une semaine. Bien sûr qu'on aimerait que ça marche, mais en même temps, c'est pas comme un film énorme où on a le couteau sous la gorge à 9h00 du matin le mercredi de la sortie... Et pourtant, le film va quand même être vu et exister par lui-même, qu'il soit apprécié ou non ; il a déjà été présenté à Cannes, et on est invité dans d'autres festivals... C'est déjà une forme de réussite.

Entretien réalisé par Dr Devo, qui était ce jour-là aussi en trois personnes puisqu'il était accompagné par Rémi Boiteux et Pierre Lucas, qui écrivent notamment au Quotidien du Cinéma.

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Mercredi 1 août 2007

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

[Photo : "Love leads to a Movie on fire !" par Dr Devo]

 

 

AVANT-PROPOS
Chers Focaliens, vous trouverez ici la suite (et fin !) de l'interview passionnante que Bruno Dumont a donné à Matière Focale lors de la sortie de FLANDRES. Préparez vos mouchoirs !
Pour ceux qui n'ont pas lu la première partie de l'entretien : cliquez ici !
 
DR DEVO : On sent très bien dans votre cinéma que c'est au montage... En même temps, dire ça, c'est une telle évidence, ça devrait être la règle quand on va au cinéma...
 
BD : Ben oui ! Bien sûr !
 
DR DEVO : ...que le montage, c'est le moment décisif.
 
BD : Et oui, c'est le nerf de la guerre !
 
DR DEVO : Et j'ai remarqué chez beaucoup d'artiste et de cinéastes que ceux qui faisaient des choses épurées, en plus d'utiliser énormément les accidents ou les incidents, laissaient beaucoup de choses de côté au montage...
 
BD : Ben oui, parce qu'il y a beaucoup de choses ratées. J'ai tourné des scènes qui ne sont pas dans FLANDRES, que je n'ai pas montées. Je ne vais pas les monter en disant : "Ben non, ce sont des scènes importantes, elles sont dans le scénario, ça explique ceci cela, sinon on ne comprend pas..." C'est pour ça que de temps en temps, on peut avoir des sensations d'ellipses. C'est parce qu'il y a un truc qui a été coupé. Prenez les scènes de guerre. J'ai l'impression que les spectateurs ont du mal à se repérer dans les soldats. Mais en fait, j'ai coupé pas mal de trucs, et du coup, l'inconvénient, c'est qu’on a du mal à savoir qui est qui... Mais attendez, c'est comme ça. Tant pis. Je n'allais pas garder ces scènes de préambule ou on le voyait arriver au camp. On voyait le personnage de Leclerc qui se faisait charrier tout le temps. On comprenait mieux les rapports, mais ces scènes, elles n'étaient pas bonnes ! Dans L'HUMANITÉ, c'est pareil, il y avait des trucs qui ne marchaient pas bien, alors je coupe. J'essaie de tout monter, mais évidemment, je n'y arrive pas. Alors dans ce cas-là, hop ! Ça va au panier !
 
DR DEVO : Ça se ressent aussi beaucoup dans la bande sonore en fait. Il y a énormément d'éléments disparates qui donnent presque une impression de tout musical...
 
BD : Oui... Je pense que le cinéma est une expérience de sidération. Il faut sidérer. Et c’est un phénomène hallucinatoire où la bande-son joue un rôle très important. Le problème de la musique, c’est qu’elle est instantanée. Elle va vous donner une émotion immédiate, très belle, mais ce que vous gagnez en immédiateté, vous le perdez en profondeur. Il vaut mieux plonger le spectateur dans un bain pendant une heure et demie. Ce qui compte, c’est quand il sort, finalement. Il aura peut-être moins de bons moments immédiats et musicaux, mais je pense que l’épaisseur du film est proportionnelle à cela. C’est-à-dire que plus les films sont simples, rudes et épais, plus les spectateurs gagnent en profondeur. Quand les films sont sucrés, vous passez un bon moment, c'est bien, c’est comme quand on écoute de la musique, si vous voulez, mais je crois que vous perdez quelque chose. De toute façon, je n’ai pas besoin de musique. Ce que je fais avec le son, c'est de la musique. Finalement, avec les matériaux que j’ai, à l’oreille, je retrouve du rythme, de la mélodie, de l’harmonie, toutes les lois musicales sont là, même si c’est une vache qui meugle, un hélicoptère. Quand un hélicoptère arrive, je n’ai pas besoin d’un orchestre, il est là, il tend, c’est lui qui va tendre. Donc la tension dramatique peut venir d’un chien qui aboie, d’une respiration très forte, du crépitement des braises. Autour du feu, c’est pareil, je peux mettre un coup de guitare si vous voulez, ça fera très joli, mais c’est tout. (Rires) Vous voyez ce que je veux dire ? C’est vrai que le spectateur attend cela, veut cela, mais il faut lutter contre ça. À mon avis. Donc je n’en mets pas.
 
DR DEVO : Y-a-t-il une raison au fait que FLANDRES ne soit pas aussi long que les films précédents ?
 
BD : Oui, il y a une raison. TWENTYNINE PALMS était très abstrait, assez expérimental, le récit en avait pris un bon coup, la psychologie aussi. Donc, j’avais vraiment besoin de revenir à quelque chose de plus académique, dans l’histoire, les personnages, la rivalité amoureuse, des éléments très simples. De ce fait, le film est plus rythmé, il a des apparences de figuration beaucoup plus réelles. Vous savez, dans L’HUMANITÉ, c’est Pharaon qui induit cette lenteur. C’est lui qui me l’a donnée, cette lenteur, parce qu’il est lent. Ce n’est pas moi qui me suis dit : « Tiens, je vais faire un film lent ». À la limite, je ne peux pas le prévoir. Ce sont les acteurs qui me donnent leur rythme. Samuel est plus vif, Adélaïde aussi. Ils ont une manière d’être qui impose un rythme, et je monte en fonction de ce que j’ai devant moi. Cette fois, je n’ai pas prévu de faire un film d’une heure et demie. Quand je commence à monter, je n’en sais rien. Si le film doit durer trois heures, il durera trois heures. En montant, vous créez un temps, et à un moment donné, vous savez si c’est bon. Par exemple, les scènes de guerre étaient trop longues. Comme c’était un peu abstrait, on commençait à se perdre un peu. Mais il fallait que je les monte pour m’en rendre compte. J’avais coupé les chars, j’avais tout enlevé, puis j’y suis revenu. On cherche. Comme il n’y a plus de scénario, il n’y a plus que ce qu’on a tourné. On cherche avec les plans une espèce d’élévation. Et même quand le film est fini, on se dit qu’il n’est pas fini. Ce n’est jamais fini.
 
DR DEVO : C'est un travail que vous faites seul, le montage ? Vous vous fiez aussi à l'avis de votre monteur ?
 
BD : Oui. Si vous voulez, le monteur, c'est votre premier spectateur. Vous lui donnez des indications, des directions. C'est lui qui, concrètement, avec la machine, va chercher le plan et le monte. Ça, on le fait ensemble. Mais de temps en temps, il y a des choses qu'il n'aime pas, mais que je laisse. Il faut écouter les gens. C'est comme avec l'équipe technique : je les écoute, donc ils m'amènent des choses. La costumière va m'amener des choses. C'est comme des acteurs : il faut les diriger, et il faut les écouter. Ce ne sont pas des espèces d'exécutants, et moi je ne suis pas un démiurge sur le plateau. Ils nourrissent le film. En revanche, j’ai déjà viré un chef décorateur parce qu’il me mettait des choses que je ne sentais pas. Je ne prends plus de décorateur, je prends une accessoiriste, qui enlève quelques éléments. Mais sinon, on va chez l’habitant et on tourne dans son intérieur, on ne touche à rien. Je n’aurai jamais l’imagination pour créer un intérieur de ferme, la ferme où on a tourné était comme ça, je n’ai touché à rien. Ce qui est très long, c’est de prendre la décision de vouloir tel élément. Vous pouvez imaginer une petite ferme au toit de chaume, très flamande, avec des petites couleurs. Mais tout est œuvre de l’esprit, dans ce cas. Tandis que là, les sons rentrent en direct dans ce que je tourne, je ne maîtrise pas cela. C’est vrai que je choisis, mais je choisis des choses qui m’arrivent dans la figure, et je fais avec.
 
DR DEVO : C'est assez curieux, et je ne peux que l'expliquer partiellement, mais lorsque je vois vos films, dans la respiration de vos films pour ainsi dire, je ressens quelque chose qui me semble curieusement lié au cinéma de Marguerite Duras !
 
BD : Ah bon ? Duras ?
 
DR DEVO : Vos univers respectifs sont très différents, mais la comparaison vous parait-elle si loufoque que ça ?
 
BD : C'est compliqué, les autres... (Pause) Les autres cinéastes, ce sont des planètes. Pour moi, Duras, elle est plus... Elle est plus proche de la littérature, quand même. Finalement. Ce sont des dialogues, c'est réfléchi.
 
DR DEVO : Il y a aussi quelque chose dans son cinéma de l'ordre de la construction et de la subjectivité complète...
 
BD : Oui. Formellement. Mais on sent autre chose. On sent qu'elle est écrivain. Moi, je ne peux pas dire que j'écrive, ou que je sois écrivain. Vous voyez ce que je veux dire ? Je ne prétends pas ça, et je pense que je ne suis pas un bon écrivain. Duras, ses livres, ils tiennent tout seuls, et son cinéma a toujours été... Je ne veux pas dire marginal par rapport à son travail, mais c'est plutôt de l'ordre de l'étude. Mais si vous voyez un lien, c’est qu'il y en a un sûrement ! (Rires)
 
DR DEVO : Oui, mais je n'arrive pas complètement à mettre le doigt dessus, c'est pourquoi je vous pose la question (Rires). Pour rebondir sur ce que vous disiez, par exemple, pour moi, les livres de Duras me sont assez imperméables. Ils me tomberaient presque des mains. Alors que dans son cinéma, je rentre tout de suite...
 
BD : Ah ouais ?
 
DR DEVO : Il y a quelque chose pour moi dans ces films qui est complètement hors de la littérature justement. Il y a quelque chose de fondamentalement non-littéraire qui se passe. Même si le texte a de l'importance dans ses films...
 
BD : Ah oui, si c'est non-littéraire, son cinéma, c'est forcément bien. Je ne pense pas que ses films soient littéraires. Un film littéraire, c'est chiant.
 
DR DEVO : À la limite, j'ai largement plus l'impression de littérature et de cinéma littéraire dans le cinéma de Godard, par exemple. J'aime assez certains de ses films par ailleurs, mais avec Duras, je n'ai absolument pas ce sentiment...
 
BD : Ah oui... Tout à fait. Même Bresson. Ce qu'il fait, c'est assez cérébral. Mais c'est vrai, on sent bien des cinéastes qui ont des liens. Mais moi, les liens... Quand je vois un film des Straub, je sens bien le rapport qu'il y a, mais en même temps, il est ailleurs. On sent des parentés. Et même plus. Quand je vois un film de Straub, je sens un maître. Je ne me considère pas comme son égal. Pour moi, c'est un maître de cinéma. J'apprends. Je regarde un film de Straub, j'apprends ce qu'est un plan fixe. Pour moi, c'est absolument sidérant.
 
DR DEVO : C'est rigolo que vous parliez des Straub. On sent qu'il y a effectivement parenté. Mais en même temps, d'après ce que j'ai compris en l'écoutant, il a une méthode complètement différente de la vôtre ! Parce que lui, Straub, quand il va au montage, il a pratiquement les plans déjà dans l'ordre, il retire une seconde là, ou une seconde à la fin du plan là... Je suppose que vous l'avez bien vu dans le film de Costa. Ce n’est pas du tout un régime de l'incident, comme chez vous...
 
BD : Oui, oui, c'est vrai. C'est vrai. Vous essayez là de montrer les liens, mais en même temps, il faut chercher la différence. Ce qui est difficile quand on fait des films, c'est de sortir des autres. Il ne faut pas répéter les mêmes choses, et en même temps, il faut bien qu'on apprenne. C'est très artisanal. Moi, j'ai des maîtres. J'ai appris. Mais en même temps, je ne vais pas suivre. En plus, je n'ai fait que quatre films. Ce n'est pas beaucoup, et il faut que les films commencent à grandir. Et que je m'améliore aussi.
 
DR DEVO : Vous avez d'autres maîtres au cinéma ?
 
BD : J'en ai plein : Bergman, Dreyer… Mais vous savez... Il ne faut pas voir des films pour faire un film, sinon vous êtes mal barrés. Il faut voir des films pour voir des films. Je serais incapable de voir un acteur dans un film et de le prendre, c’est quelque chose que je ne peux pas faire. Ce n’est pas qu’il n’est pas doué, ce n’est pas le problème. Je me considère vraiment comme un artisan. Je fais des films qui ne sont pas droits, je sais que c’est un peu tordu, mais je pense que c’est cela, l’artisanat. C’est composer, faire sens avec des éléments qui ne sont pas forcément des droites. C’est ne pas vouloir l’industrie et ne pas façonner droit. Chaque artisan a son style, et il n’y en a pas un qui a raison. Je sais très bien que je n’ai pas raison, mais il y a un petit quelque chose que j’essaie de faire. Quand je vois d’autres grands films, cela relativise beaucoup ce que je fais moi-même.
 
DR DEVO : Un aspect très fort de votre film est la représentation de la guerre, qui heureusement n'est pas datée ni située... Ça en devient presque parabolique, et on a l’impression que ces soldats français sont les seuls à se battre.
 
BD : Je ne voulais pas m’encombrer des discours de l’Histoire. Si je dis que c’est la guerre d’Algérie, le spectateur va se mettre dans une disposition. C’est un peu le problème des gens en Flandres, c’est-à-dire qu’ils vérifient l’exactitude. Or ce n’est jamais exact. Cela les empêche de voir le film. Ils vont se dirent : « Mais attendez, là, l’Algérie, ça ne s’est pas passé comme ça ! » Il faut donc dépasser l’Histoire, puisque ce n’est pas mon intention. Il faut faire une guerre qui soit la guerre de la guerre, suffisamment moderne pour qu’elle soit contemporaine, et qu’on ne puisse pas dire que c’est un truc qui s’est passé à telle époque. Il faut qu’elle soit présente. Au point où elle devient fictive. Et ça, c’est aussi intensifier la guerre qui est regardée. Mais il ne faut pas mettre le spectateur en situation historique, dans une situation où il commente l’exactitude des faits d’armes ou de tel épisode, etc. Quand Tavernier fait un film sur la première guerre mondiale, on ne pose pas de question de mise en scène, on s’en fout. Dans INDIGÈNES par exemple – je peux en parler parce que c’est le même producteur que moi - on ne pose pas de question sur la direction d’acteurs, la mise en scène, etc. Toute la critique et les spectateurs admirent et se disent : « Formidable ! Ce sont eux qui ont libéré la France ». C’est comme Les dossiers de l’écran, c’est un truc qui sert à débattre. Mais le film lui-même…. Bah… Au mieux, il passe au second plan. Pour éviter de faire cela, si on ne veut pas que le spectateur aille sur certaines zones, il faut l’empêcher d’y aller. D’où l’idée de faire une guerre quasiment abstraite. Mais il faut bien qu’elle ait un corps, cette guerre, il faut qu’elle soit vraisemblable. Cela passe par les tenues, les décors, les hélicoptères, qui font que cela a l’air contemporain. Cela vous prend, et le reste suit. Mais vous avez raison, c’est la guerre intérieure, ça se passe à l’intérieur. C’est une guerre totalement fausse.
 
DR DEVO : On a presque l’impression que pour les personnages, qu’ils soient en Flandres ou à la guerre, c’est le même mouvement, qu’il y a presque un mouvement mystique qui relie les deux côtés.
 
BD : Oui. Je ne savais pas en l’écrivant, mais en faisant le film, je me suis dit qu’il n’y avait pas de différence entre l’histoire d’amour et la guerre. La rivalité du désir, excitée par la jalousie, c’est la possession de la femme. Et le rival peut être éliminé. Dans la vie civile, en général, il n’est pas éliminé. Mais si vous mettez la même situation dans la guerre, il va être éliminé. C’est quoi, la guerre ? On se bat pour une terre. C’est le désir qui est là. Les gens se battent par amour, sauf que c’est parce qu’ils désirent la même chose qu’ils se tuent. C’est la rivalité mythique. C’est le désir qui fait l’homme, et l’homme désire des femmes, des terres, des lieux, jusqu’à se battre pour cela. La guerre devient alors une sorte de parabole de l’amour, finalement. Je ne le savais pas en l’écrivant, je l’ai découvert en le faisant. Dans l’écriture, je ne peux pas avoir cette intensité, ou plutôt cette clairvoyance sur ce que je vais faire, puisque que je ne l’ai pas fait ! De temps en temps, ce sont les spectateurs qui me font remarquer des choses, moi je ne vois pas forcément. Je suis trop dans le film. C’est pour cela que je regarde toujours le spectateur en espérant qu’il voit quelque chose. Le film, je l’ai vu 200 fois, je ne vois plus rien. Je bricole à l’intérieur des choses, mais l’histoire, je ne la vois même plus. Parfois, je rencontre le producteur, qui me dit que le son ne va pas, qu’il ne voit pas la différence, alors que j’ai passé trois mois à changer quelque chose. Lui ne l’entend pas, mais moi, je vais me prendre la tête avec ce son mono, par exemple, pour qu’il soit cru et pas rond, que les courbes soient droites et que le mixeur ne m’arrondisse pas les crêtes sonores. Je me bats à l’intérieur de ça, je suis complètement là-dedans. Le spectateur, est-ce qu’il le voit ? C’est comme un cuisinier. Il prend son plat, il goûte. Il ne va pas faire l’analyse de tout ce qui est en jeu dans sa bouche, ce qui fait que ce mets est délicieux. La seule chose qui intéresse le cuisinier, c’est l’analyse, c’est encore de bricoler autre chose, etc. Je me sens en décalage par rapport au spectateur.
 
DR DEVO : Cette position-là vous met en décalage par rapport à vos confrères aussi. En décalage complet avec vos confrères. En général, quand on veut charger un film d’émotions et d’intentions, on le charge de scénario…
 
BD : Absolument ! Mes confrères, comme vous dites, ils parlent surtout de l’histoire, des acteurs, c’est-à-dire de la surface. La mise en scène passe au second plan. De temps en temps, on se demande où elle est. C’est un cinéma où l’histoire domine. On fait des films en allant retirer des faits historiques. Le scénariste s’appelle souvent Victor Hugo. C’est reprendre Victor Hugo pour refaire Les Misérables, je veux bien, mais quel est l’intérêt ? Tous les projets de films, aujourd’hui, c’est ça, c’est refaire Thierry la Fronde, c’est le remake. Le remake, c’est surtout ne pas vouloir affronter le problème de l’histoire, du récit, de la mise en scène. On prend un très bon chef-opérateur, on a une très belle image, on a un très bon décorateur et un très beau décor, de bons acteurs, mais ça ne prend pas, ça ne marche pas comme ça. Plein de films ne fonctionnent pas à cause de cela. Pourtant, le chef-op’ est bon, l’acteur n’est pas mauvais, mais ça ne marche pas. Pourquoi ça ne marche pas ? Il ne faut pas que l’histoire soit trop bonne.
 
DR DEVO : C’est ce que vous disiez. Le montage doit créer des ellipses et de la confusion. Quitte à ne plus savoir qui est qui dans les scènes de guerre. Ça, c’est une démarche que personne n’a plus…
 
BD : Et non ! Parce que maintenant, il faut que ce soit clair, que l’acteur dise exactement ce qu’il va faire, où il va, qu’il y ait une grande clarté. Dans mon film, je sais très bien qu’on ne comprend pas très bien ce que disent certains acteurs, je l’entends moi-même. Le monteur son me dit qu’il faut faire une post-synchro, mais moi, je m’en fous. Quand je vais à Bailleul, il y a des gens que je ne comprends pas, je ne comprends pas ce qu’ils me disent, mais je les vois, ça me suffit. Je ne cherche pas la clarté, la clarté rationnelle. Les films américains sont très bien mixés, avec un très beau son, tout est beau. Mais il faut que ce soit sale. À la limite, il faut que ça pue un peu, un film. C’est vrai, il faut que ça sente un peu, sinon vous n’êtes pas dans le vrai. Des sons qui sortent, qui rentrent, des fautes de raccord, à la limite, ce n’est pas gênant. Si la scène est bonne, mais avec des choses un peu décadrées, je préfère un bon décadrage, avec un son qui gratte un peu, tant pis. Mais si l’énergie est dedans, c’est bon. Les techniciens diront que ça ne va pas, qu’il faut faire du Dolby machin. J’aime bien qu’ils le disent. Le monteur son m’a montré des choses en stéréo, j’ai dit d’accord, mais je n’aime pas, ça ne va pas du tout, c’est prétentieux. Il me fait de la campagne, c'est-à-dire avec les petits oiseaux, il me met une ambiance, très jolie. Quand je dis que le joli ne m’intéresse pas, ce n’est pas que je veux que ce ne soit pas joli. Je veux que ce soit vrai, ce n’est pas pareil. Dans mes films, il y a des scènes qui sont jolies, mais elles sont jolies par matière, elles ne sont pas jolies par leur ornement.
 
DR DEVO : On retrouve dans FLANDRES, comme dans L’HUMANITÉ, le personnage d’un homme qui désire une femme qui en aime un autre, pour schématiser. C’est une structure mythique ou fondatrice pour vous ?
 
BD : Je crois qu’on en est tous là, en fait. Vous lisez Shakespeare, Sophocle, c’est toujours la même histoire. C’est toujours le désir. (Silence) Je pense que j’ai envie de creuser encore. Je prends toujours le même exemple, mais Cézanne a peint cinquante fois La Montagne Sainte-Victoire. Cinquante fois ! Cela montre bien que ce n’est pas le sujet qui compte, ce n’est pas ça qu’on cherche. On cherche l’amour, et tous mes films, finalement, sont des films d’amour. Et c’est difficile, et c’est compliqué. C’est la mise en scène qui m’intéresse C’est pour cela que je travaille par genres : là, je fais un film d’horreur, film de guerre, d’amour et de guerre. Quand j’ai fait L’HUMANITÉ, je faisais un polar, un film policier. On retrouve forcément des obsessions. Je pense que je filme comme je suis, finalement. Pourtant, ce n’est pas du tout autobiographique. Demester et Pharaon, c’est moi, c’est évident. Ils ont tous deux des filles qui ne sont jamais pour eux. Je suis peut-être obsédé par ça, je ne sais pas. (Rires) L’idée de désir porté, violent, romantique, tragique... Ces idées, il faut les prendre, sinon ça marche pas. Les flics dans L’HUMANITÉ, ils cherchent, et ils cherchent, et ils ne trouvent pas. Ils sont nuls ! Pour mes ouvriers, c’est pareil, ils sont nuls. Il n’y a même pas une impuissance de l’autorité en général. Vous voyez ce que je veux dire ? Les forces publiques, tout ça… Quand je fais démarrer le tracteur, c’est pareil, il ne démarre pas non plus, dans LA VIE DE JÉSUS. Je m’aperçois que je le fais. Et pourtant, quand il a démarré, juste avant, il ne pouvait plus démarrer. Mais c’est comme ça, je n’ai pas demandé à ce qu’on la refasse. Je trouve que la difficulté à démarrer une voiture est beaucoup plus pathétique qu’une voiture qui démarre.
 
DR DEVO : Vous seriez tenté, par exemple, par mettre en scène une comédie de boulevard ?
 
BD : J’aimerais beaucoup faire une comédie, mais pour l’instant, je n’ai pas trouvé. Parce que si je fais une comédie, ce n’est pas pour faire une comédie à la Française. Mais ça me plairait. Vraiment.
 
DR DEVO : Vous aviez un projet aux USA…
 
BD : J’ai effectivement un gros projet là-bas, qui est très industriel dans sa façade. De toute façon, les spectateurs, il faut les chercher où ils sont. S’ils ne veulent pas venir, ils ne veulent pas venir, donc il faut aller vers eux. Il y a aussi l’envie d’aller dans les codes et les schémas du cinéma industriel, où l’Amérique est un modèle. Mais je ne sais pas ce qui va se concrétiser. Il y a beaucoup de doutes dans ce que je fais. Je ne sais pas, je cherche. Je ne fais pas un métier en me disant que j’ai trouvé ma voie. J’ai aussi envie de changer, d’aller ailleurs, mais en même temps, j’ai vraiment envie des Flandres. Je pense que je ferai un autre film dans les Flandres, c’est évident. Mon imaginaire, c’est la Californie ou c’est Bailleul. Pour moi, ce sont les deux extrêmes. Comme je fais un cinéma assez extrême, ça me va. Il faut partir pour étirer ses sentiments. J’ai la chance de voyager, et quand je reviens, je vois la France et les Français vraiment, sinon je ne les vois pas. (Rires) C’est quand on part et qu’on revient qu’on voit peut-être mieux.
 
DR DEVO : J’avais une autre question pour vous sur un cinéaste qui utilise aussi l’accident sans cesse, dans tous ses films, mais qui ne fait pas du tout le même cinéma qui vous, et qui est sans doute plus baroque : qu’est-ce que vous pensez de quelqu’un comme Lars Von Trier ?
 
BD : Ah oui, j’aime bien ! J’ai adoré DOGVILLE. C’est une représentation. Moi, dès qu’il y a représentation, dès qu’il y a un acte technique ou cinématographique, même si je n’aime pas trop, je prends ! Ici en l’occurrence, avec Von Trier, j’aime bien. C’est comme avec Godard. Je n’aime pas tellement, mais j’ai un immense respect pour lui. Je n’aime pas tellement parce que je trouve que c’est intellectuel, etc. Mais il y a une vraie forme, une vraie créativité, etc. Moi, je reconnais, si vous voulez, la valeur de cinéastes que je ne peux pas tellement aimer en tant que spectateur, mais dont je reconnais la qualité. Ce que j’ai aimé dans DOGVILLE, c’est cette créativité dans la représentation, de casser les décors par exemple. Et ça marche. Ça marche très bien, et c’est même encore plus fort.
 
DR DEVO : Dans son cas et le vôtre, c’est un cinéma qui repose sur l’accident, ce qui est très rare…
 
BD : Oui, oui ! C’est normal, en quelque sorte. L’’industrie du cinéma actuelle formate et cérébralise énormément. C’est son rôle de prévoir. On prévoit tout pour qu’il n’y ait pas de risque. L’industrie automobile, elle fait une voiture, et ce sont toutes les mêmes. Il n’y a plus de fantaisie. Il n’y a plus de créativité. La sensibilité contemporaine est formatée, il n’y a pas de prise de risque. C’est comme le vin, ils sont tous pareils. Il y a un formatage qui fait énormément de dégâts sur la sensibilité. Il n’y a plus de prise de risque. Quand Renault fait une voiture un peu bizarre et qu’elle ne marche pas, il la reprend et on n’en parle plus. Le cinéma, c’est pareil. Le problème de la mollesse de l’esthétique cinématographique contemporaine, c’est l’économie qui l’a fait. Les gens ne prennent plus de risques, donc il n’y a plus de fertilité. On prend un tâcheron pour faire la mise en scène. C’est comme la télé, il n’y a pas de prise de risques comme ça. Du coup, c’est médiocre. C’est immonde. À la représentation de mon film à Paris, il y avait un ancien patron de France 2. Il commence à me dire : « Formidable, votre film… Extraordinaire ! » Il me cirait les pompes, et bien. Je lui dis : « Écoutez, c’est vous qui me dites ça, et quand je vois toutes les merdes que vous faites, comment vous pouvez prendre plaisir à un film pareil ? » Là, il a commencé à se piquer, il m’a regardé et il a dit : « Je sais que j’ai fait de la merde, et je fais encore de la merde, mais de toute façon, il y a Arte, maintenant, et les gens verront vos films sur Arte. » C’était snob de dire que mon film était formidable et que les spectateurs devraient être là. Je lui ai dit : « Et vous, vous le mettez dans quel état, votre spectateur ? » Je ne pouvais pas lui mentir. Enfin…
 
DR DEVO : À part les cinéastes, vous avez d’autres sphères d’influence ?
 
BD : Oui, bien sûr ! Mais ce ne sont pas non plus vraiment des influences, car je me m’inspire pas de leurs idées. Je ne peux pas faire du cinéma d’idées. Ça serait chiant ! Par exemple, quand j’ai fait L’HUMANITÉ, c’était avec un flic, et un flic, c’est un personnage qui cherche la vérité. Et il vaut mieux un flic qu’un intellectuel ou un alchimiste qui cherche… Ça serait chiant à regarder, quoi ! Je pense que le cinéma a des véhicules narratifs de recherche philosophique derrière un film d’aventure. Chercher, l’île au Trésor, cette quête, elle est philosophique. Je ne peux progresser au cinéma qu’en lisant de la philosophie, mais pas pour en faire ! Pour mieux connaître comment on est fait, etc. Mais il faut que ça se traduise cinématographiquement. Rossellini a un fait film sur Socrate, et c’est vraiment chiant, quoi ! C’est beaucoup trop… Alors que dans LES FIORETTI, c’est extraordinaire, ça sent la terre. Il ne faut pas intellectualiser. Pourtant, je suis un intellectuel, je lis, etc. Mais pas au cinéma ! Quand je vais au cinéma, je fais justement attention à ne pas me prendre la tête avec ces choses-là… Il faut que je filme des choses contraires à ce que je suis.
 
DR DEVO : Bergman, dont on parlait tout à l’heure, est pourtant perclus de philosophie (posé avec malice)…
 
BD : Oui, mais Bergman, c’est surtout l’abîme du couple, ce sont les relations père/mère, père/fils. C’est Sophocle ! Et c’est ça qui est intéressant : sonder les rapports entre les hommes et les femmes, entre les hommes et les enfants… La vie, elle est là, dans les rapports entre pouvoirs, dans les rapports d’hypocrisie, de mensonges. C’est toujours la même chose, et il faut raconter une histoire qui n’ait l’air de rien et qui traite de la traîtrise, de la volupté… Si les thèmes sont les mêmes, les couleurs sont infinies. C’est toujours la nature humaine qu’on retrouve dans la peinture, dans la musique.
 
DR DEVO : J’aimerais qu’on revienne à l’époque de L’HUMANITÉ, quand vos acteurs ont remporté le prix d’interprétation à Cannes (avec le Jury de Cronenberg), et le scandale que ça a provoqué. Vous êtes content de ce prix pour vos acteurs ?
 
BD : Ah oui ! Le fait que mes acteurs aient reçu un prix d’interprétation, ça me fait vraiment plaisir, surtout dans le cirque cannois. C’était contraire au milieu, donc il y a eu une sorte de réaction colossale. Ils voyaient des spectateurs de leurs propres films monter là, sur la scène. Et finalement, ils les haïssent ! Ils ont une haine des gens. C’était fabuleux, car le voile était levé sur leur mépris du public, leur haine des gens. Séverine Caneele et Emmanuel Schotté, ce sont des gens ordinaires, et ils n’aiment pas les gens ordinaires. Mais le jury a reconnu leur vérité. C’est ça, être professionnel, c’est quelqu’un qui sait travailler. Mes acteurs sont professionnels, puisqu’ils sont bons. (Rires) Il y a tellement d’acteurs professionnels qui ne sont pas professionnels, qui sont mauvais. Ou alors, c’est un terme pour les Assedic, je ne sais pas (Rires). Mes acteurs, ils sont très professionnels. Ce sont de grands acteurs. Au grand sens du mot. Les gens disent : « Ouais, mais ils jouaient pas, c’est leur vie ! » Samuel et Adélaïde, ils jouent. Ce n’est pas leur vie du tout. Samuel Boidin, sa vie, ce n’est pas du tout celle du rôle de Demester ! Les gens disent : « Ouais, mais c’est documentaire, tout ça, ils ont rien fait. » La vérité, c’est que ça les emmerde. De Niro était très bon, mais maintenant, c’est fini. Depardieu, c’est fini. Un acteur ne peut pas durer longtemps, il met tellement de lui-même. On ne peut pas faire Christophe Colomb, ceci, cela, puis un curé… Il y a des moments où il faut s’arrêter. L’industrie fait qu’ils continuent, mais c’est aberrant. Un artisan, il travaille un objet une fois, et après, c’est fini. Il ne standardise pas. Là, on leur demande tout le temps la même chose, et ils recommencent, et ils gagnent autant d’argent. C’est un système totalement pernicieux. Mes acteurs ne durent pas, oui, mais c’est logique par rapport à ce que je fais. Et je le leur dis. C’est dans le sens de ma façon de faire. S’ils peuvent retourner, tant mieux ! Mais le cinéma, ce n’est pas une usine…

Entretien réalisé par Dr Devo (en trois personnes !) à Lille en octobre 2006.
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Jeudi 19 juillet 2007

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[Photo : "God in Three Persons" par Bertrand,

webmeister du site Multa Paucis, d'après la série FREAKS AND GEEKS] 

 


AVANT-PROPOS
Chers Focaliens,

Vous trouverez dans l’article qui suit la suite de notre grand dossier sur le cinéma français, écrit il y a un an dans un numéro hors-série de LA REVUE DU CINÉMA, alors distribué en kiosques dans toute la France, et dont la rédaction complète avait été confiée à l’équipe de Matière Focale.
Voici donc le troisième épisode de ce dossier, à savoir l’interview exclusive pour Matière Focale de Bruno Dumont, rencontré à l’occasion de la sortie de FLANDRES. C’est un beau document que je suis heureux de partager avec vous. Il contient un abus cependant. Lors de l’interview, je n’étais pas seul. Nous avons interviewé Dumont à trois personnes. Ce jour-là le Dr devo n’était donc pas vraiment lui-même, mais était une sorte de « Dieu en Trois Personnes », comme disaient les fameux poètes américains . Cet entretien est donc signé Dr Devo, qui ce jour-là était Dr Devo (vous suivez encore ?), Audrey Jeamart, critique (notamment) sur le site Critikat et au Quotidien du Cinéma, ainsi que Fadette Drouard, critique sur le site du Quotidien… également, mais aussi pour le journal Nord-Eclair. Vous connaissez peut-être Fadette et Audrey car elles participent souvent à l’émission de radio LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES sur Radio Campus Lille, émission à laquelle je participe également.
Je tenais à les citer car, si j’étais déçu par le fait que Bruno Dumont n’ait pas le temps (ce qui était complètement normal, ceci dit) de nous recevoir un par un ce jour-là, je fus à la sortie de l’entretien satisfait au possible que les choses se soient passées ainsi. Fadette et Audrey ont posé des questions que je n’aurais jamais posées, en plus d’autres questions que j’aurais aimé poser moi-même. Nos trois approches du film étaient sans doute différentes . Nous n’avions rien préparé ensemble, bien entendu. Mais, ce jour-là, plus qu’un déballage de questions à la queue leu leu, ce fut une vraie conversation, et surtout une réflexion de groupe. Bruno Dumont y a répondu semble-t-il comme un ensemble cohérent, comme une réflexion en cours. Il arrive souvent qu’en tant que critiques nous fassions des interviews croisées comme celle-ci. En général, c’est ignoble comme un dossier de presse ! Mais pas ici. À travers nos trois angles d’attaque, cet entretien est bien plus passionnant que ce qu’aurait été ma simple interview. Dans le milieu, on ne cite jamais ses camarades d’interview croisée, et on reprend toute l’interview à son compte. C’est une convention. Mais là, le travail ayant été véritablement collectif, et l’éclairage de la discussion est si particulier (et c’est tellement long : on a passé une heure ou même un peu plus avec Dumont), qu’il me paraît normal de citer mes deux camarades, et de dire que ce jour-là, Dr Devo était trois ! Et plus que les citer, j’aimerais les remercier, tout simplement. Donc ne soyez pas dupes, chères lectrices, ce n’est pas Dr Devo qui interview Dumont ci-dessous, mais bien nous trois !
Enfin, l'interview étant très longue, nous l’avons coupée en deux articles. Attachez vos ceintures, ça va être rock'n'roll !

Dr Devo (en trois personnes !).
 
Bruno Dumont est impressionnant. Le délicat exercice de l’interview est en général une espèce de corvée à laquelle se mêle le fantasme que quelque chose de sublime et merveilleux va surgir, ce qui bien sûr n’arrive jamais. Les interviews ne devraient pas exister. Un bon film parle pour lui-même, et en général l’interview se réduit à des explications de texte ! De plus, le regard du critique dans son article sur le film devrait également être suffisant. Le critique ne cherche pas à dire la vérité sur le film. La vérité universelle sur un film n’existe pas, pas plus que sa beauté universelle. Et un bon critique ne devrait pas être quelqu’un avec qui on partage « du goût » ou qui nous semble pertinent, mais quelqu’un qui sert de point, d’azimut. On devrait d’ailleurs adorer, si nous étions logiques, les critiques qui sont absolument opposés à nous dans leur vision du cinéma !
En, bref, puisqu’il n’y a pas d’explication universelle à donner ni pour le (bon) goût, ni pour le contenu du film, il est clair que le critique ne sert quasiment à rien ! Et l’interview est la plus stupide des tâches, un lieu de redite et un lieu au mieux de starification (où l’on dévoile le réalisateur ou l’acteur comme quelqu’un de tellement sympa) ou de supériorité de classe (le lecteur, soumis au critique, attrape un peu de poussière d’étoile, car lui ne peut pas rencontrer la star et donc, il admire le critique).

Et puis, il y a l’interview de Bruno Dumont. Celui ne lâche rien, remet sur l’établi la tuyauterie et met en mot ce qui éclatait à la figure dans son film. Et pour une fois, on parle de mise en scène, encore et encore. Dans ces rares cas, on se dit après trois minutes d’interview : « C’est bon, la messe est dite ! ». On pourrait quasiment afficher le texte suivant au fronton des écoles. Les postulants à la FEMIS ou à Louis Lumière devraient l’apprendre par cœur. Tout cela est d’une absolue évidence, bien sûr. Mais la nuance, la précision et la rigueur la plus folle sont toujours bonnes à entendre. Les propos de Dumont lavent, et l’interview peut devenir elle-aussi un pont lancé entre le film et le spectateur, peut devenir ce que Dumont appelle un mouvement de « culture ».

FLANDRES est absolument subjectif de A à Z, rien n’est réaliste au sens strict : du montage au maquillage (cf. le regard de Demester qui disparaît au fur et à mesure du film). Dumont, lui aussi, apparaît comme un cinéaste entier, qui ne lâche rien. Sa vision du cinéma est simple et logique, et aussi follement poétique. Enfin ! Il y a des rencontres qui font du bien. Accrochez vos ceintures.
 
DR DEVO : La première chose qui frappe dans votre film, c'est l'incroyable force des décors et des paysages, qui acquièrent une force quasiment fantastique, bien qu'ils ne paraissent pas vraiment retouchés ou reconstruits. Il est quasiment impossible de dire s'ils sont d'une beauté à couper le souffle ou le contraire. Ils sont juste frappants...
 
BD : Un spectateur à Cambrai m’a dit qu’il trouvait les paysages très laids, très gris, très sombres. Pour d’autres, ce sera l’inverse. C’est le spectateur qui voit. C'est exactement ce que je pense. C'est-à-dire que pour moi, le cinéma n’est qu’une tentative de saisie de l’intériorité. Je ne me sens pas filmer les Flandres. Je sais bien que ce sont les Flandres, mais elles sont cadrées, coupées, montées. C’est donc qu’il y a autre chose. Vous avez raison, c'est simplement une recherche d’expression, il s’agit de trouver dans ces paysages l’évocation des sentiments et des états d’âme des personnages. Tout est organisé, et tout est mis en scène. Filmer un plan subjectif de Demester, c’est aller au sentiment de Demester. Ce n’est plus la campagne, on est à l’intérieur de lui. Il y a des plans où je trouve que Demester est très beau. Il y a des plans où Barbe n’est pas belle. C’est ça, le cinéma. Il faut réussir, par l’action, par la direction, à trouver chez ces deux figures ce qui est beau chez eux, et ce qui est laid. Ce qui est mêlé. Ce qui m’intéresse, c’est le mélange. Je ne veux pas interpréter esthétiquement quoi que ce soit. La nature nous voit parce qu'on est parmi elle, et en même temps, on la sent. Je pense qu’on a un lien quasiment mystique avec la nature. Qui dit mystique dit mystère, donc en même temps, je ne comprends pas forcément ce que je filme. Parce qu'il est difficile de saisir les êtres. J’essaie de faire un plan d’un paysage pour essayer d’aller à l’intérieur d’un personnage. Est-ce que j’y vais vraiment ? Je n’en suis pas convaincu, mais en tout cas, j’essaie.
 
DR DEVO : Est-ce que c'est forcément contradictoire qu'un spectateur interprète un plan ou un paysage comme beau ou alors laid au contraire ?
 
BD : C'est contradictoire ! La contradiction, elle ne me gêne pas. Je pense que le cinéma est un art des contraires, ce sont des plans qu’on raccorde. Quand on fait un film comme le mien qui est ouvert, on prend le risque du spectateur, de celui qui ne voit rien, de celui qui voit tout... J'accepte ça. Je ne filme pas du tout pour convaincre le spectateur. Je filme pour lui faire voir. Après, il voit ou ne voit pas, c'est son langage, son bagage à lui.
 
DR DEVO : On a l'impression que votre mise en scène est extrêmement sensuelle, qu'elle dégage quelque chose de fabuleusement fantastique. D'une subjectivité presque totale. Est-ce pour cette raison que vous tirez la corde sur les dialogues en les réduisant au maximum ?
 
BD : Oui. Il faut transformer. Si vous filmez le réel comme le réel, cela ne vous dira rien, vous allez retrouver ce que vous voyez. Ce réel doit donc être transformé. Il doit être transformé pour être exprimé. On le voit dans la peinture : dès qu’il y a modification, transformation, il y a expression. Si je tourne par exemple la sexualité comme ça, c’est pour justement y trouver une expression, en retirant toutes les couches, pour prendre la couche primitive et l’amener à la face du spectateur qui, lui, a normalement une sexualité à plusieurs couches. Quand vous voyez un film américain avec de la musique, des plans sensuels, c'est pareil, ils en mettent trop aussi. Je recherche plutôt une forme d’épure et d’élimination, alors qu’une scène très romantique peut se faire par ajouts superficiels et totalement abstraits. C’est tout aussi abstrait d’aller mettre des violons dans une scène d’amour que de ne pas en mettre.
 
DR DEVO : C'est d'ailleurs amusant, lorsqu'on entend parler de vos films, comment on décrit la sexualité comme étant très brute très agressive. Ça ne me semble pas être pourtant le cas. Elle est intégrée à la mise en scène de vos films. C'est une de leurs variantes, un morceau de subjectivité de vos personnages...
 
BD : Oui. La sexualité est primitive. Elle est justement dans cette nature, c’est-à-dire qu’elle est élémentaire. La culture se fait à partir de cela. Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'aller au commencement, à la nature, au mythe, à ce genre de représentation, justement pour aller chercher le spectateur dans son fond. Pas pour exalter le fond, mais simplement pour qu’il s’élève. C’est à lui, au spectateur, de s’élever. Le film, lui, n’est pas obligé de s’élever. Ce qui est important, c’est que le film élève. Mais pour élever quelqu’un, il n’est pas obligé d’avoir quelque chose qui monte très haut devant lui, car il risque au contraire de se sentir petit. Alors pour porter le spectateur, on peut aussi... On peut réduire ! Si vous avez un héros qui est mauvais, le spectateur va le sauver. Il va faire le travail. La télévision nous montre des héros parfaits, formidables, moraux, mais cela ne sert à rien. Le spectateur n’a pas besoin de cela, il a besoin de faire une expérience. Il ne faut pas lui asséner une morale en lui disant : « Ça, c’est bien, ça, c’est mal », il faut qu’il expérimente dans son corps. Au cinéma, c’est possible, on peut faire ça. Pendant une heure et demie, on peut traverser les fonds, non pas pour montrer que la vérité est là, parce que la vérité, c’est lui. Je pense que c’est le spectateur qui doit sauver le film. Et pour qu’il sauve le film, il faut l’asticoter, il faut le travailler. Je me dis maintenant que je ne monte pas des images, que c’est le spectateur que je monte. Je rentre à l’intérieur de lui, je prends des câbles que je connecte. En même temps, il y a à la fois la puissance de la haine et la puissance de l’amour cohabitent. Il y a vraiment la puissance de l’amour qui est là. C’est le spectateur que je monte. De ce fait, cela dépend de chacun, de comment le spectateur est monté. Certains arrivent avec leur histoire, etc. Il y a des gens qui ne veulent pas, qui n’acceptent pas d’être montés.
 
DR DEVO : Il faut dire que le cinéma contemporain ne les aide pas vraiment...
 
BD : Oui, c'est l'industrie qui formate... Comment dire ? L’industrie actuelle formate et cérébralise énormément. On prévoit tout pour qu’il n’y ait pas de risque. Il y a aujourd’hui une esthétique sensible qui est très molle et divertissante. On veut avoir le divertissement. C’est très bien, j’aime bien rigoler, ce n’est pas le problème. Mais se divertir de quoi ? Quand on regarde les Grecs, il y avait à la fois des comédies et des tragédies. On a besoin du tragique, ça c’est évident. On a besoin d’affronter nos propres ombres, comme le font Sophocle ou Euripide. Il y a inceste, parricide, meurtre, mais aussi amour, vision divine, tout est là. Je veux travailler absolument avec ce matériel-là et ne pas considérer qu’il faut divertir, divertir, divertir. Je ne pense pas qu'il faille divertir. Mais quand je ferai une comédie, je ferai une comédie. C’est un genre aussi tout à fait majeur. Mais je n’en suis pas encore là, c’est tout.
 
DR DEVO : Les réactions que vous avez lors des projections vont dans ce sens là ? Les spectateurs ont vraiment besoin d'être secoués en dehors des esthétiques hollywoodiennes ?
 
BD : Les gens sont secoués. À la fin du film, ils disent qu’ils ont du mal, du mal à parler, à juger le film. Certains refusent le film, et d’autres sont comme en extase. On sent que c'est de l'ordre du spirituel... Comment dire ? On sent qu’ils ont été touchés intimement, que le travail n’est pas fini, qu’ils viennent de recevoir un choc et qu’ils ne sont pas encore capables de l’exprimer. Je pense que ce choc est bénéfique. Ce qui compte dans un film, c’est le lendemain. Le moment du film, pour moi, n’est pas très important. Ce qui est important, c’est l’impression que vous laissez. Et les impressions du cinéma peuvent durer. J’ai vu récemment LES FIORETTI de Rossellini [FRANCESCO, GIULLARE DI DIO, « Les onze fioretti de Saint François d’Assise », 1950. NdC]. Par rapport à la filmographie de Rossellini, on se dit : "Mouais, c'est pas mal..." Sur le moment, on n’est pas forcément en phase avec cela. Mais après, il y a une mémoire du film absolument extraordinaire. C’est cela qu’il faut faire. Ce n’est pas une distraction, ce n’est pas une attraction. Le cinéma, passer une heure et demi comme ça, ce n’est pas un manège. Je veux que le spectateur soit victorieux. Vraiment. Je veux que ce film, il crée une victoire, même si c’est difficile. Mais d'abord, je pense que ça doit être une victoire. Sinon, ce n’est pas la peine de faire des films.
 
DR DEVO : Mais vous, travaillez-vous en terme d'images clés, en terme d'images marquantes, et pensez-vous que là aussi, la mémoire du film pour tel spectateur va être axée sur telle ou telle image ?
 
BD: Non, chacun choisit ses plans mais, à la limite, il ne faut pas choisir, il faut prendre tout le film. Parce que si on commence à choisir... Si vous dites que c’est un beau plan, c’est une erreur. J’essaie aussi de ne pas faire de trop beaux plans non plus. Il faut que le film, dans sa totalité, soit beau. De temps en temps, je suis capable de prendre une prise un peu moins belle, afin justement de ne pas exalter quelque chose qui est esthétisant. Si vous dites que c’est beau, c’est que vous êtes distrait. Il ne faut pas voir un plan en se disant « Putain, quel plan ! » Il ne faut pas vous le dire.
 
DR DEVO : C'est paradoxal en même temps. Il y a tout de même des images qui restent...
 
BD : Oui. Que des images restent, c’est bien. Mais au moment où elles passent, il faut qu’elles passent. Après, on les garde en mémoire. Chacun garde des images, des images-force. C’est comme un voyage, c'est une fabrique des souvenirs : à la limite, on s’ennuie, on se fait un peu chier sur le coup, mais la mémoire qu’on en a est extraordinaire. On peut vivre des choses d’une façon un peu monotone. C’est pour cela que je n’ai pas peur qu’il y ait des scènes un peu monotones. En tout cas, il y a quelque chose qui doit se fabriquer. Il ne faut pas que le spectateur soit comme ça,, dans cet état, en permanence. Il faut le prendre, il faut le porter, il faut le faire tomber, il faut le ramasser, il faut le frapper. Il faut le secouer, quoi ! Il faut qu'il passe par des étapes successives. Il y a des faits, des choses qui ne sont pas drôles à regarder. Je le sais très bien ! Je me souviens, quand je montais L'HUMANITÉ. Il y a le plan avec la petite fille avec les jambes écartées, le sang, etc. Je voyais les gens qui réagissaient... Je n'avais monté que le début du film, en plus... Je me suis dit que, peut-être, j'allais trop loin. J'ai essayé d'enlever le plan. Mais ça ne passe pas ! Il faut mettre ce plan. Et cette image est horrible, c'est un fait. Il faut passer par l'horrible pour pouvoir progresser jusque... Si vous retirez ce qui est gênant, si vous retirez tout le Mal, le Bien n'apparaîtra pas. Il faut le Mal, il faut les contraires. On ne peut pas échapper à ça. Le beau a besoin du laid, le laid a besoin du beau. J’ai besoin du vacarme de la guerre pour sentir le silence des Flandres, sinon ça ne passe pas. J’ai besoin de la fureur, de pousser parfois les sons pour sentir à la fin, rétrospectivement, le silence. Je pense qu’on est fabriqué comme ça. C'est-à-dire que je progresse de mieux en mieux dans le cinéma en connaissant la chimie des êtres humains, la façon dont nous sommes faits. Et pas tellement en allant au cinéma ! Je pense qu'un très bon cuisinier, c'est quelqu'un qui connaît la nature humaine. Ce n'est pas un virtuose des casseroles, ce n'est pas vrai. Et c'est plutôt dans cette connaissance infinie et inachevée de la nature humaine que je trouverai des idées de mise en scène, et pas en allant au cinéma. Je ne pense pas.
 
DR DEVO : La démarche est complètement légitime, et même mieux, compréhensible. Et ce sont des choses qu'on va vous reprocher forcément, cette violence...
 
BD : Oui, mais elle est partielle !
 
DR DEVO : Vous avez des problèmes à imposer cela auprès de vos partenaires qui travaillent sur vos films ? D'un point de vue économique, je veux dire...
 
BD : Je ne me censure pas, je peux très bien ne pas monter les plans. Je sais que j’ai ma liberté dans une petite économie, parce que l’enjeu industriel n’existe pas. Économiquement, il n’y a pas de risque, le film a coûté entre 1, 5 millions et 2 millions d’euros, on n’est pas obligé de faire 400 000 entrées. De ce fait, il n’y a pas cette contrainte dans le sujet, dans la mise en scène. Je peux être libre sans que le producteur vienne me dire qu’il faut changer ça, qu'il faut que le spectateur reste dans la salle... Je peux travailler en totale liberté parce que je suis dans une économie qui n’a pas un poids qui écrase l’artistique.
 
DR DEVO : Votre photographie est également très contrastée, elle change même, au sein d'une même partie, assez radicalement...
 
BD : Oui, il le faut ! Il faut de la rupture. S'il n'y a pas de rupture, il n'y a pas de mouvement. Et s'il n'y a pas de mouvement, le spectateur ne bouge pas. La guerre est tournée en 16mm... Il y a des éléments concrets, artistiques, qui justement participent à ce contraste. Le fait de contraster, justement, ce n'est pas le fait de faire exploser un pont. C'est plutôt justement de tourner cette guerre avec des moyens rudimentaires, avec une image un peu sale par exemple. C'est pour ça qu'au fond, je dis que ce qui m'intéresse, ce n'est que la mise en scène, c'est-à-dire (Bruno Dumont se met à détacher calmement tout les mots) : COMMENT... FAIRE... POUR ? Et bien, ça marche avec la couleur d'un vêtement, par un choix de costume, par un déplacement d'appareil, c'est la durée du plan... C'est tous ces éléments-là qui font la composition. Moi, si vous voulez, ce qui m'intéresse, c'est la mise en scène. Donc, l'histoire par exemple, elle n'est pas très importante. C'est juste un élément. Ce qui ne me plaît pas dans le cinéma industriel, c’est la proéminence de l’histoire, des acteurs, des dialogues. Ce n'est pas parce qu'on dit "un film, ça doit être bien dialogué" : et alors ? Tout est important, en fait. Donc, comme tout est important, il n’y a pas de dominant. Il ne faut pas non plus que le metteur en scène domine. Ça aussi, c'est mon travail, qui consiste aussi à disparaître dans la mise en scène. Il ne faut pas que le chef op.’ domine, à nous faire une belle image, trop belle ; il ne faut pas que l’acteur domine, ni le dialoguiste. Il ne faut pas que le mouvement d’appareil soit une espèce d’œuvre virtuose. Il faut faire tenir tout cela pour qu’il y ait harmonie.
 
DR DEVO : Justement, vous jouez sur tant de leviers, tous en même temps comme vous venez de le dire, que cela m'amène à me poser des questions sur votre façon d'écrire, en amont du projet. Sur le scénario, s'il faut utiliser le mot, la forme écrite, vous avez déjà une forme très découpée dès le départ, ou au contraire, ce support n'a rien à voir avec le travail cinématographique...
 
BD : Rien à voir avec une forme découpée. Aucunement, même ! Je sais maintenant que... Je ne peux pas tourner mon scénario. Et de toute façon, il ne faut pas le tourner, car le scénario est une vue de l’esprit. Si vous tournez votre scénario, vous restez dans l’esprit, c’est-à-dire que les acteurs vont faire ce que vous leur demandez. Tout va être intellectuel finalement, c'est-à-dire produit par l’esprit. Mais en même temps, au moment de l'écriture, vous n'avez que ça : de l'écriture. Alors, ce que je fais, c’est que je vais au bout de l’écriture, mais d’une façon littéraire, poétique, donc j’écris des choses que je ne pourrai jamais tourner. Mais ça me permet de pénétrer à l'intérieur. Durant le moment de la littérature, ça me permet d'aller au cœur de l'expression de ce moment dans lequel je suis, et qui n'est que totalement écriture. Je peux écrire trois pages sur Demester et faire un plan de cinq secondes. Mais le plan de cinq secondes était préparé par ces trois pages.
 
DR DEVO : Vous pensez donc que le scénario, ou cette forme écrite, n'est qu'un outil, un marche-pied... On pourrait s'en débarrasser ensuite, quasiment.
 
BD : Voilà ! Mais si on fait le rapport entre ce qui a été écrit et ce qui a été tourné, je pense que ce qui est tourné est avant ce qui est écrit. C’est-à-dire que j’essaie, dans le film, de retrouver la matière brute à partir de laquelle on pourrait écrire cela. Mais tourner ce que j’ai écrit, holalala, mais c'est une faute professionnelle ! Parce que le Cinéma est antérieur à l’esprit, c’est-à-dire qu’il retourne dans les corps, dans les sensibilités, dans les paysages. C'est notre matière première. Finalement, il est là, le Fond. Derrière un plan banal, on peut écrire quatre pages. Mais je ne vais pas étaler quatre pages comme ça, dans leur profondeur, ce serait chiant et prétentieux, intellectuel. Je préfère un plan tout à fait « con » apparemment.. Mais derrière cela, moi, quand je filme Demester, par exemple, je sens bien qu’il y a quelque chose. Je n’ai pas besoin qu’il le dise. Je n’ai pas besoin de bouger ma caméra pour dire aux spectateurs : « Regardez, regardez ». J'espère... Je tourne dans l’espoir que le spectateur le verra. Mais vous avez raison,, certains ne le verront pas, mais ça, tant pis. (Sourire)
 
DR DEVO : C'est sans doute ça, ce processus, qui donne toute cette importance et ce poids aux corps que vous filmez, aux visages...
 
BD : C’est ce qu’il y a de plus important, parce que c’est ce qui est humain dans le film. La seule chose à peu près humaine, ce sont justement les acteurs et les visages. Je pense que le visage, c’est la pointe de la matière. Après, vous avez l’esprit. Moi, justement, je m’arrête pour qu’on reste dans cette élévation de la matière la plus évoluée qu’est un visage. Pour moi, l’âme est juste derrière. Je filme les visages fixes et droits pour faire sentir ce qu’il y a derrière, mais je ne peux pas le dire. Je ne veux pas le dire. L’acteur ne va donc pas le dire non plus ! Je fais cela dans l’espoir que le spectateur passe à l’intérieur. Donc, les corps – je ne sais plus qui disait cela, mais je pense que c’est vrai - c’est la cause, c'est la première cause de l’âme. Tout ce que vous pensez, c’est ce que votre corps a ressenti. C’est d’abord le corps qui sent, ensuite on parle, on parle, on parle. Quand on dit : "voilà ce que je voudrais dire", on essaie de parler de son corps, mais en fait, on n’y arrive pas. Tandis qu’au cinéma, vous pouvez filmer des corps. Vous êtes dans quelque chose d’essentiel. Mais le problème, c’est que, comme ce n’est pas verbalisé, l’interprétation est multiple. Vous, vous pouvez y voir ça, un autre y verra autre chose. Alors que si je verbalisais, je prendrais peut-être le spectateur plus droit, et ce serait peut-être plus balisé. Mais je n’en ai pas envie, parce qu’il n’y aurait plus la profondeur. C’est un choix, en fait.
 
DR DEVO : Ça doit être ambigu de savoir, sur le tournage, si une prise, un plan ou tel acteur est bon...
 
BD : Jamais, je ne le sais jamais. C'est difficile de savoir par exemple qu'une prise est bonne. D'abord, comme le scénario est oublié, je cherche à retrouver dans la prise quelque chose. Mais en même temps, il y a quelque chose qui tient à l'acteur lui-même, qui lui appartient et que je dois regarder moi-même. Je crois que c'est lui qui me le dit. C'est du domaine, en même temps, de l'évidence. Ce n'est pas prévisible. On dit "action" et on espère que ça arrive, mais avec cette chose relative : il y a même des choses que je tourne et dont je ne suis pas très content, et qui au montage marchent très bien. Vous voyez ? Il ne faut pas trop... Il faut pas finir au tournage. Parce que si vous finissez au tournage, bah... Pour moi, le tournage, c'est une préparation pour monter. Donc je peux tourner des petits machins, comme ça... Quand on tourne le début du film, par exemple, ça n'est pas impressionnant sur le plateau. Les machinistes sont là, bon, ils ont froid. Ce n'est pas spectaculaire. Mais sur une table de montage, ça devient spectaculaire. Ce qui devient spectaculaire, c'est la magie du montage. Il y a des connections, et un plan + un plan, ça fait un troisième terme qui est totalement imprévisible.
 
DR DEVO : Vous aviez dit d'ailleurs à la présentation du film au Fresnoy à Tourcoing que vous ne dirigiez que très peu l'équipe...
 
BD : Je dis ça parce qu'ils ne sont pas à m'obéir en se disant que ça ne se discute pas. En fait, je suis très rigoureux avec l’équipe technique. Parce que le cadre est là, fait comme ça, c'est précis, c'est fixé. L'acteur, je le dirige, je lui dis : "voilà où tu dois aller". Je lui donne une direction, mais c'est lui qui y va. Et il y va avec une certaine forme de liberté que je dois prendre. C'est-à-dire qu'il n'est pas là comme un exécutant. J'espère qu'il va faire autre chose. Et c'est ça qui est formidable : il fait toujours autre chose. Je vois ce qu’il fait, et je me dis que je vais faire avec cela. La justesse de Demester est à lui, c’est à moi de la trouver aussi. C’est un travail qui se fait vraiment à deux. Ce n’est pas moi qui détermine tout. Il faut à la fois être gentil et méchant avec eux. De temps en temps, il faut bien que je les pousse. Alors je les pousse. De temps en temps, je vais trop loin. Il y a des prises où je vais trop loin, car quand on fait une prise un peu molle, on se dit qu’il faut y aller plus fort. Ce n'est pas simple. Mais parfois, je sens bien que c’est trop. On revient alors à la prise intermédiaire, qui était finalement la plus juste. Mais il faut souvent que j’aille trop loin pour me rendre compte qu’elle était juste. Si la seconde prise est bonne, c’est parce que toutes les autres ne sont pas bonnes, mais il faut que je les fasse, je suis obligé de les faire. Je peux tourner des scènes beaucoup plus violentes pour m’apercevoir que c’est trop. Mais si je ne le fais pas, je ne le sais pas.
 
...suite de l'interview: cliquez ici!
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Mardi 17 juillet 2007

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

[Photo : "She took a pen by the side of the bed (a simple call)"

par Bertrand, webmeistre du site Multa Paucis, d'après une photo du groupe Devo] 

 

AVANT-PROPOS

Voici le deuxième épisode de notre panorama du cinéma contemporain français que j’avais entamé précédemment ici, et qui s’intitule CINÉMA FRANÇAIS : L’EXCEPTION CULTURELLE SORT DU BOIS. Cette série a été entièrement rédigée par l’équipe de Matière Focale, à l’invitation de la REVUE DU CINÉMA, et fut publiée en Octobre 2006. Il s'agit d'un épisode de transition où l'on dit quelques mots sur les films des réalisateurs qui seront interviewés par la suite...

Pour lire l’épisode précédent, cliquez sur son titre :
 
…où comment j’ai tué mes pairs

Autant l'année 2006 filait assez terne, après une saison 2005 bien riche pour le cinéphile qui osait sortir des sentiers balisés, autant cette rentrée 2006 s'est distinguée, et ce (encore plus surprenant !) grâce à 5 films français qui contredisent leurs homologues en tous points tant ils sont originaux, inclassables et subjectifs de A à Z.

Le cinéma commercial ou dit "art-et-essai" européen, souffre énormément. Et on ne trahit pas là un secret d’état : la plupart des films qui nous sont proposés sont incroyablement uniformes, d’une part, dans le sens où bien souvent, au bout de quelques minutes de projection, ce n’est pas le sentiment mais bien la conviction d’avoir vu ce film plusieurs dizaines de fois déjà qui nous envahit. En Europe, la charge est souvent deux fois plus lourde dans le sens où bien souvent (et ce malgré le potentiel technique des techniciens européens), on cherche encore le travail cinématographique. En vain. Comme pour le reste du monde, le cinéma français se refuse de plus en plus à utiliser l’échelle de plans qui se réduit encore et finit par s’exprimer uniquement par les deux faméliques propositions "plan rapproché ou gros plan". Les jeux d’axes se font rares et, en général, se limitent à des tunnels interminables de champs/contrechamps, souvent naïfs en plus (celui qui parle est à l’écran dans 98,57% des cas). La profondeur de champs a disparu. La photo, plus soignée que le reste, il faut l’admettre (pas de beaucoup mais quand même… bien qu’on trouve encore fréquemment des photos grisouilles et lavasses) est souvent bousillée par les immondes tirages de copies. (Sur ce dernier point, comme je l’avais déjà souligné dans des numéros précédents de la Revue du Cinéma, nous sommes en présence d’un énorme problème. En province, une séance sur deux ou deux sur trois sont victimes de copies lamentables : tirages tout grisouilles, ou alors privilégiant les teintes vert de gris/bleues, point aléatoire, contrastes non respectés, changements d’étalonnage incessants, etc. Il semble que seules quelques salles voient leurs copies vérifiées par les directeurs de la photo ou les responsables d’étalonnage (salles des Champs-Elysées, UGC Ciné-Cité, et peut-être une ou deux salles en Province), et que les délais de tirage pour les labos soient douloureusement courts, ce que confirme d’ailleurs le témoignage de certains employés de ces dits labos !
Par exemple, cet été, j’ai assisté au lancement, en cabine de projection, de la séance de deux films distribués par MARS : TAKESHI’S de Takeshi Kitano et BROKEN FLOWERS de Jim Jarmusch. Dans les deux cas, à la place du logo du distributeur (un rectangle blanc sur fond noir bordé de rouge, grosso modo) j’ai vu ceci : un rectangle de gris passé, avec des lettres grises bordées d’un rose terne fané ! Etant donné le prix de la place de cinéma, il y a là un problème. Au contraire, on observe que les films en DVD sont systématiquement retouchés dans leur photo, en privilégiant les rouges pêchus, en enlevant le maximum de grain, et surtout en ripolinant la photo globale avec des peintures satinées ! Là aussi, il y a un problème ! Ceci dit, le vrai scandale est en salle !)
Enfin, l’utilisation du son est en général d’une naïveté insupportable, et d’un manque de travail poétique flagrant. On est là aussi encore dans les plates langueurs monotones du cinéma le plus illustratif, le plus narratif, et osons le mot, le plus littéraire.

Evidemment, les causes de ces maux qui touchent à peu près tout le cinéma tel qu’il est distribué en France sont économiques. Sur toute la chaîne, de l’écriture à la sortie en salles, en passant par le financement et le tournage, tout est fait pour que le produit final soit standardisé. Et il faudrait être bien naïf pour croire que le cinéma art et essai est épargné. La division "commercial/art et essai" ressemble de plus en plus à une division semblable au Grand et Petit marché de la Bourse, ou aux différentes ligues d’un sport collectif ! Une année à ne "manger" que de l’art et essai est absolument aussi désespérante et/ou enthousiasmante qu’une année passée à ingurgiter des films commerciaux : le pourcentage de bons et de mauvais films est ABSOLUMENT le même dans les deux camps. Certaines d’entre vous, chères lectrices les plus dubitatives, vérifieront l’hypothèse en se procurant une carte illimitée dans leur cinéma Pathugmont. Elles en feront ainsi la douloureuse expérience.

Résumons. Nous ne sommes vraiment pas débordés par les films originaux ou à forte personnalité poétique. En général, nous, spectateurs, sommes assez contents quand le niveau technique est tout juste correct, ou s'il y a une ou deux fantaisies (un cassage de champ/contrechamp ou un son-off déposé de manière artificielle dans le paysage sonore !), ou encore un scénario un peu développé. (Ce n’est pas si fréquent.) Le cinéma français a beau jeu de se vanter continuellement de son superbe système d’investissement et de protection de l’industrie, le résultat est absolument le même : le système tout entier, y compris les systèmes d’avance sur recettes ou de la redistribution des taxes perçues par le CNC, favorise l’uniformisation ! Qu’il soit dit art et essai ou commercial, le cinéma français ne fait que produire ses propres clones à la chaîne, et les faits sont là : il s’agit d’un cinéma uniquement industriel dont les codes et les us sont rarement détournés et/ou pervertis et/ou utilisés de manière artistiquement ludique.
[Rappelons, histoire de bien montrer la vacuité du système, que c'est 70% environ des films qui sortent chaque année qui sont classés "art et essai" !]

Alors oui, on me permettra d’insister sur cette excellente rentrée cinématographique où non seulement on peut voir ou on a pu voir cinq films superbes, originaux, et tenez vous bien, et tenez vous-même mieux : français ! En général, voir quatre ou cinq films français comme cela dans l’année est déjà le signe d’un excellent cru (en 2005 par exemple), et ici royalement, en 15 jours, il m’a été permis de voir cinq superbes films en une seule fois quasiment. Autant il faut dire les choses telles qu’elles sont quitte à passer pour un vieux bougon, autant il serait criminel de ne pas sabrer le champagne à l’occasion de cette jolie rentrée.

Le Premier de ces deux de ces films était présenté lors de l’Etrange Festival, quatorzième édition, qui se tenait à Paris du 30 août au 12 septembre dernier. Et il s’agit d’une découverte absolue : THE RALLY 444, moyen métrage de Jean-Christophe Sanchez (nous publierons les jours prochains, dans un autre épisode, une interview exclusive du mystérieux Jean-Christophe Sanchez).
Enfin, cette rentrée a été également pour nous l’occasion de retrouver la trace de F.J. Ossang, précieux réalisateur dont nous étions sans nouvelles depuis quasiment dix ans et que nous retrouvons ici en plein montage de son nouveau court-métrage, promesse de superbes choses à venir, et même superbe réalisation car il s’agit d’ores et déjà d’une merveille. [Depuis la rédaction de cet article, le film de Ossang est fini, a été présenté au dernier festival de Cannes où il a obtenu le Prix Jean Vigo du court-métrage !] Car son court SILENCIO est sûrement une des plus belles choses, et de loin, cette année. Nous avons rencontré Ossang, et l’avons interviewé également.

Et puis, le calendrier des sorties nous permet de voir 3 films français de grande beauté, voire complètement merveilleux.

FLANDRES de Bruno Dumont : Eloge du Langage Oublié
D'abord FLANDRES de Bruno Dumont, chronique fantastique, entièrement fantasmée, et film tourmenté entre la nature la plus sauvage de l'Homme et sa délicatesse bien plus impressionnante encore (Bruno Dumont est vraiment un cinéaste du Mystique et de l'Amour). Demester (Samuel Boidin) est un jeune agriculteur du Nord de la France. Il s’apprête à partir à la guerre. Il passe ses dernières heures au pays à travailler la Terre, voir ses amis dont la jeune Barbe (Adélaïde Leroux), amie d’enfance avec laquelle il entretient une relation charnelle. Cette dernière finit par sortir avec Blondel (Henri Cretel) qui lui aussi va aller au front dans le même contingent que Demester. Les voilà ensemble sur le terrain des opérations, dans un pays arabophone où les opérations de guérilla brèves et sanglantes font rage…
Bien entendu, et c’est loin d’être mauvais signe, FLANDRES n’est pas réductible à ce résumé ou à son "histoire" qui d’ailleurs se situe souvent par-delà le simple déroulé narratif. Comme à son habitude, Bruno Dumont tient tête, fait comme bon lui semble, et tire avec fermeté les cordons de la mise en scène. Narration elliptique, rythme faussement posé tout en tension et soutenu par un jeu de cadrage, d’axe et de lumière absolument impressionniste, ou plutôt d’une grande subjectivité, trait de caractère fondateur du film. Le tout est soutenu par un son mixé mais mono, absolument renversant et beau, qui agit enfin comme un levier fondamental de mise en scène et construit une symphonie de sons expressifs (mais qui savent souvent rester abstraits ou bruts), véritable moteur de narration à lui tout seul, comme si l’excellence du reste ne suffisait pas (ce qui devrait toujours être le cas, d’ailleurs). L’histoire elle-même, les relations entre les personnages, ne parlent et ne sont signifiants et poétiques que dans le cadre de cette mise en scène, véritable laboratoire à incidents, matrice précise mais fougueuse du sentiment, et qui ne s’exprime jamais autrement que dans son entier : pas un moment où son, cadre, échelle de plans, déplacements des acteurs, lumière, axes, points de montage n’interagissent ensemble dans une architecture précise mais complètement soumise à l’Intuition et à la Fulgurance. C’est ça qu’il faut faire, se dit-on en séance, et c’est une parole non pas révolutionnaire (enfin, si, de fait, malheureusement, comme je le disais en introduction de cet article !), mais complètement évidente et juste. Dumont fait du cinéma de la dépouille diront certains : histoire par moments égarée, personnages puissants mais bruts de décoffrage, dialogues ramassés au maximum, aucune explication de contexte, aucune signalisation du sujet, pas de message, pas de symbolique historique, pas de moralité, aucun repère… sinon de mise en scène. La combinaison d’éléments simples, obscurs et arbitraires (arbitraire de la création, évidemment) ne se comprennent que dans leur interaction, que dans le collage du film. Le bla-bla habituel, si utile pour justifier un film (dialogues dans film, moralité du propos, interviews des faisants, dossier de presse, marketing autour du film), et souvent pour masquer le manque d’expression cinématographique ou, au mieux, la simple médiocrité ou tiédeur dans l’utilisation du support, est ici absent. Pas besoin de moralité dans ce contexte, ce n’est pas le propos. Dumont sait que le cinéma est un lieu de la construction (ou de la manipulation, mot malheureusement fort mal connoté, car après tout, la musique ou la peinture sont aussi des arts de la manipulation, ce qui ne choquera personne), une espèce d’arène mystique et bizarre où un film rencontre une paire d’yeux qui le regarde, des tripes et un cerveau et un cœur qui le ressentent. Une passerelle se tend entre le film et le spectateur que Dumont appellera (légitimement) "culture" et que j’appellerais plus prosaïquement cinéma, restons simple ! La salle de cinéma ou la salle de présentation de l’œuvre d’Art enfin rétablie dans sa fonction primale mais divine : un lieu de Sidération ! Qu’on me permette de pousser un "ouf !" de soulagement. FLANDRES est un de ces lieux, une de ces œuvres, un de ces auteurs qui n’ont pas renoncé à la simple mission poétique de l’Art : sidérer !
Mission accomplie, donc, et avec les outils les plus simples, à savoir, entre autres mais principalement, une paire de ciseau et du scotch ! Le cinéma, ce n’est pas compliqué finalement !
Lire l’interview un peu plus loin (qu'on publiera ici tout bientôt) de Bruno Dumont, qui est à elle seule un lieu de catharsis comme il dit, un lieu tourné vers le Haut et surtout qui lave le cinéphile qui a traversé bien des endroits à la végétation maigre ou désertique en deux ou trois mots simples. Un lieu pas forcément aimable (bien que de bonne compagnie, malicieuse même), mais de la plus grande courtoisie.


AVIDA de Auguste Kervern et Benoit Delépine : Pour une Anarchie Rigoriste et Poétique
 
Puis AVIDA deuxième film, encore réussi et encore original de Delepine et Kervern, eux aussi bien au-dessus de la concurrence. N’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas dit cependant. AVIDA est un film riche, certes, mais qu’on ne mettra pas dans le même sac que les deux autres films cités dans cet article. Chacun fera sa petite hiérarchie, mais rendons quand même hommage aux deux acolytes : là aussi, c’est du cinéma.
AALTRA, le premier long-métrage de Kervern et de Delepine était vraiment soufflant : des idées de mise en scène incessantes, un rythme complètement sensuel et maîtrisé, un cadre en scope très beau, une photo très belle, et une jolie rigueur poétique dans la construction du son. On était bien loin de la totale potacherie des gens que la célébrité fait accéder au cinéma. Non pas que AALTRA comme AVIDA soit en complète opposition avec les activités grolandaises de la paire, mais au contraire une espèce d’extension sur un autre terrain de jeu. Deux univers compatibles en tout cas.
Ici, dans AVIDA donc, on prend les mêmes, enfin la même équipe technique et on recommence. Kervern et Delepine persistent, et signent. Comme pour leur premier film, le soin est évident et fait plaisir à voir. Rien à dire donc, et Dieu sait que ça n’arrive pas souvent, notamment dans le cinéma français, sur le plan technique et artistique. Ces deux-là savent pourquoi ils ont fait un film et pas une émission de radio, un album de musique, ou une BD. Ils savent avec quels moyens, quels outils et quels leviers on fait du cinéma digne de ce nom, c'est-à-dire qui ne soit pas qu’une longue captation de séance de tournage du scénario. Bon. On retrouve aussi les bases elliptiques de AALTRA, histoire qui se racontait déjà par ses discontinuités et ses trous. C’est la même chose avec AVIDA, et je dirais même plus, le bouchon est poussé encore plus loin. Cela tient sans doute au sujet qui se passe dans un espèce d’univers (contre) utopique. L’histoire est encore plus morcelée, ou plutôt les tenants et les aboutissants semblent dépasser le cadre même du film, semblent plus abstraits. Les connections sont encore plus absurdes. Même sans le titre (notamment lors de la fabuleuse scène avec Jean-Claude Carrière), on comprend vite la parenté avec le surréalisme d’un Dali cinéaste (notamment les films qu’il n’a pas tournés et dont il parle dans ses merveilleux livres), où le baroque serait inversé dans une espèce de minimalisme chez nos compatriotes, mais qui aurait le même soin maniaque et surtout fétichiste. L’histoire de AVIDA est précise, sans aucun doute, mais absolument plus cubiste encore. Kervern et Delepine prennent le risque : mieux vaut installer un sentiment poétique et absurde (et sensuel, serait-on tenté d’ajouter) que de rendre claire l’histoire, que de la rendre classique (tactique préconisée, mais pour d’autres motifs, par Bruno Dumont ; on le verra dans son interview). AVIDA est donc un film tout en sensation, où on est très loin de la collection de vignettes et de sketches, un labyrinthe d’abstractions simples et de sentiments francs et assez forts. On note également, mais sans que cela devienne un message univoque, un certain poids du social (social, je vous rassure, absent du film mais qui s’y réfléchit par rebond !), un portrait de notre monde en train de croupir assez étonnant. Non pas que le film soit politique ouvertement, loin de là même. Mais on y retrouve une filiation claire et méritée entre Kervern/Delepine et les surréalistes de toutes époques et de tout poil (Dali, Topor, clairement désignés dans le film, mais aussi les gens comme Jodorowski ou José Mojica Marins, toutes proportions gardées, bien entendu). On est définitivement dans cette famille, qui n’a pas tant de descendants que ça, et on n’est pas surpris une seule seconde de retrouver dans le film Fernando Arrabal, ici beau comme un soleil. Delepine et son camarade n’ont pas la prétention d’avoir inventé le fil à couper le beurre cinématographique, comme le montre la pragmatique interview du Monsieur (bientôt sur Matière Focale !). Il est rassurant de voir qu’il semble naturel pour les deux réalisateurs de se contenter de "raconter des histoires" , oui, certes, mais en utilisant le support, notamment en faisant du montage. Cette modestie ne révèle pas un manque d’ambition bien au contraire, car les deux metteurs en scène se sont approprié le médium de façon complètement personnelle. Que ce soit avec Aki Kaurismaki dans AALTRA, ou ici, avec les Dali, Topor et Arrabal, la démarche en dit long. Loin de s’accaparer ces références et les jeter comme des preuves au public de manière arrogante, Delepine et Kervern, très sincèrement, mettent genou à terre et reconnaissent leur famille artistique. Ils méritent assez largement d’être adoubés. Je mettrai un bémol sur la deuxième partie du film qui, sans trahir la première, et avec le même modus operandi est légèrement plus soumise à l’histoire et donc moins percutante dans la mise en scène (échelles, axes et sons, mais c’est là une histoire de goût personnel, on me pardonnera). Il y a là peut-être un peu trop de modestie, car la charge émotionnelle était aussi compatible, même dans cette partie, avec une mise en scène aussi marquée que précédemment. Mais il s’agit là de vagues chipotages. Non seulement Kervern et Delepine flottent largement au-dessus de leurs homologues français, et pas qu’un peu, mais ils signent là, un deuxième film assez original, et dont le ton absurde est quasiment aussi rare dans notre paysage cinématographique que le passage de la comète de Halley. Chapeau bas !


LES ANGES EXTERMINATEURS de Jean-Claude Brisseau : BEAUTE FRONTALE

Le film se présente comme la préparation du casting d'un film policier. Le réalisateur indique avec franchise aux comédiennes postulantes la nature des auditions et des essais qu'elles vont devoir effectuer, à savoir une scène de dialogues, et une scène très ouvertement érotique que le réalisateur filmera, dans les deux cas, en vidéo. Un jeu émouvant de faux-semblants démarre à la source des mystères du Plaisir.
Loin de toute polémique, et avec une intelligence malicieuse, Brisseau continue son gros bonhomme de chemin, sans répondre aux attaques récentes qui lui ont valu un procès surtout dans la presse people (Télérama, Nouvel Obs, entre autres), mais en déplaçant avec classe son travail et sa réflexion vers ce qu'il y a de nettement plus important : le cinéma !
Ben oui ! Parlons de cinéma, donc. La quête du désir féminin, ou plutôt la recherche de la captation du désir féminin, c'est effectivement une enquête policière, qui se déroule sur un rythme chaotique, enquête cruelle parfois, mais toujours complexe. LES ANGES EXTERMINATEURS est une porte sur l’improbable. C'est un film sur la création, la sensualité et le désir mais qui se déploie avec une certaine étrangeté : l'érotisme, la sensualité et le sexe passent par le Verbe avant de s'incarner sans fard, l'onirisme n'est jamais loin, et la réalité se déforme au gré des sentiments.

La première scène onirique est renversante et nous prend immédiatement à contre-pied. Le héros réalisateur se réveille une fois, puis une autre, puis, semble-t-il, sans cesse. Sa femme à ses côtés disparaît ou non au gré des apparitions fantomatiques qui envahissent la pièce puis l’appartement entier, à savoir sa grand-mère et les deux "fantômes" officiels du film, dont on suggérera finalement qu’elles sont la narration même du film, ou alors ses "metteuses en scène" ! Brisseau s’amuse, découpe et fait du beau. Le champ/contrechamp est balayé, ou plutôt explosé pour aboutir à une construction disparate où la logique, malgré les enjeux incarnés du film, se fait de manière presque fantastique. Le modus operandi et le ton sont donnés même si une fois cette introduction passée, on redescendra semble-t-il sur le plancher des vaches. En fait rien n’est moins sûr : cette introduction sera un exergue au film, le motif donnant les tonalités du métrage. Le fantastique réapparaîtra d’ailleurs par la suite, percées bizarres dans un récit mais aussi une narration déjà bien subjective. Ce fantastique patine donc la quête réelle, quotidienne et très incarnée du héros, la déstabilise. Brisseau est un cinéaste subjectif. La quête naïve et sincère de son héros à la recherche de la représentation quasi-mystique du désir (montrée dans un plan final complètement fabriqué, assez compliqué et de toute beauté, et qui ose jouer avec la notion de ridicule, plan montré deux fois, tourné et monté quasiment, ce qui est très malicieux et touchant) est une épopée discrète, jamais légère (très belle scène dans le bar avec l’actrice devenue vendeuse). Cocasse et grave en quelque sorte. Comme tout bon mystique qui se respecte (car Erotisme et Mystique sont toujours liés). Et pour ce faire, malgré un budget modeste, tous les leviers de la mise en scène sont réquisitionnés.
D'un point de vue formel, et strictement cinématographique, c’est très construit : cadrages précis, échelle de plans développée, photographie complexe, et encore plus, une bande-son en ébullition qui achève de rendre le film lyrique, et quelquefois drôle (dans sa 1ère partie du moins). Comme dans FLANDRES, ici tout est subjectif. Comme dans AVIDA, le surréalisme et l'absurde ne sont jamais loin. En mélangeant des sentiments que d'autres n'auraient pas fait cohabiter ensemble, Brisseau signe un film surprenant et original. Le plus beau compliment qu'on puisse faire à un film, disait le cinéaste Jean Rollin, c'est de dire qu'il ne ressemble à rien... sinon à lui-même ! Surtout en ces temps artistiquement un peu uniformes ! C'est le cas des ANGES EXTERMINATEURS. On pense quelquefois à Raul Ruiz pour la malice et la fantaisie globale du projet, ou encore à Zulawski (sans la moindre once d'hystérie par contre) pour la précision du sentiment et la gestion des acteurs. LES ANGES EXTERMINATEURS détonne dans une année art et essai française très sclérosée.

A suivre...

Dr Devo.
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Samedi 2 juin 2007

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[Photo : "Ma Riposte (Mes Bisous Barbus sont  plus Beaux que Nos Jours)" par Dr Devo,

tirée de la série de photos "Goethe Feeling (allegence to the fact that you are wise enough to walk away)"] 

 

AVANT-PROPOS
Chers Focaliens,
En octobre dernier, LA REVUE DU CINÉMA, à laquelle je participe, me proposait de concevoir un hors-série entièrement écrit par l’équipe de Matière Focale et sur lequel nous aurions une totale liberté éditoriale. Si nous n’avons pas pu choisir la couverture et son intitulé (le numéro s’appelant, malheureusement, officiellement en kiosque UN FORMIDABLE RENOUVEAU : VERS UN SECOND SOUFFLE DU CINÉMA TRICOLORE ?, titre très éloigné, voire contradictoire, de ce qui est dit dans ce numéro), il est vrai que nous avons pu, enfin, dire tout ce que l’on pensait de la situation du cinéma français. Je vais reproduire sur Matière Focale l’intégralité de ce hors-série. Je rétablis le titre original CINÉMA FRANÇAIS : L’EXCEPTION CULTURELLE SORT DU BOIS. La couverture que nous avions proposée était un dessin qui représentait dans des traits qui rappellent les eaux-fortes, un daim majestueux qui effectivement bondissait hors de la forêt. La pose le montrait en plein bond, regard majestueux et triste tourné vers le lecteur qu’il regardait droit dans les yeux. Une auréole rayonnait derrière sa tête en toute subtilité. Derrière lui, un énorme véhicule 4x4 qui s’apprête à le tamponner mortellement ! Le dessin a lieu 0.23 secondes avant l’impact ! Imaginez la punkitude absolue et la beauté irrépressible de cette couverture… [Elle fut remplacée par une petite mosaïque d'affiches absolument laidissime !]
Je présente donc maintenant ce dossier "français" en intégralité sur Matière Focale. Comme le menu est copieux, voilà qui se fera sous forme d’épisodes. Pour ceux qui n’ont pas eu le numéro entre les mains, sachez qu’il y aura du beau linge, des interviews exclusives de réalisateurs rien que pour vous (dont une sublimissime de Bruno Dumont), et de multitudes d’autres surprises… Voici donc l'éditorial de ce hors-série, soit l’épisode 1 de la fabuleuse saga du cinéma français contemporain. Enjoy…

Dr Devo.
 
Un des objectifs avoués lors de la conception de ce hors-série de la Revue du Cinéma était aussi délicat à aborder que nécessaire : il s'agissait en effet de tester et de faire le point sur la situation du cinéma français. Et derrière ce phrasé technocratique, il s'agissait plus prosaïquement de se poser la question suivante : le cinéma français marche-t-il bien, en terme de qualité artistique ?
Et oui, quand on se pose la question calmement, seul, le soir dans sa chambrée, une plage de silence infini, peut-être un peu gêné, s'installe, me diriez-vous, chère lectrice. S'il est vrai que la question est souvent posée par les journaux culturels (ou ayant une page culture) ou ( mais pas "et" ?) de cinéma, cela ne veut point dire qu'elle est bien traitée, justement, cette question, ni qu'elle échappe aux sempiternels clichés qui servent généralement de conclusions à ce genre d'enquêtes (ponctuées en plus d'innombrables portraits et listes de jeunes espoirs confirmés, liste en général remplie de lieux communs, de clichés, et sans aucune prise de risque, comme persister à mettre un acteur tel Romain Duris dans ces espoirs, alors que c'est sans doute, pour le meilleur ou pour le pire, l'acteur le plus populaire de France !). Les médias culturels, eux aussi, ont renoncé depuis longtemps à leur rôle d'information, de réflexion et de mises en perspective, le tout sous le double sceau, la double promesse d'honnêteté et d'indépendance, et tout cela est à peu près normal : tous arrivent à la même conclusion, chose déjà douteuse au vu des prérogatives de ces enquêtes, conclusion valable pour les deux divisions de ce sport qu'est le cinéma français (ligue A : cinéma commercial classique, et ligue B : art et essai classique). Cette conclusion est invariablement la suivante : le cinéma français a des difficultés, mais il se battrait, disent-ils, de fort belle manière, ce serait le seul cinéma d'auteurs (d'Europe ?) qui n'ait pas été brisé par les puissances mercantiles à la solde du grand capital (hypothèse A) ou par le cinéma américain "anthropophage", disent-ils (hypothèse B).
Nous vous conseillons bien sûr, dès les premières pages de ce hors-série, de ne plus lire la presse, au moins celle qui parle du cinéma (cf. article "Vade Mecum", in LA REVUE DU CINÉMA N°3).

Avant de suivre notre conseil et de jeter cette revue à la poubelle, peut-être sa vraie place dans le contexte historique qui a vu sa création, je vous propose cette réflexion pertinente : toutes les idées répandues sur le cinéma français, idées admises et avalisées depuis des lustres, sont toutes fausses. Reprenons et clarifions la situation.

1) Le cinéma français va bien financièrement.
2) Les autres cinémas européens, d’auteurs notamment, n'ont pas forcément été brisés, et ceux qui ont eu des difficultés reviennent quelquefois avec force.
3) Le Grand Capital n’a jamais voulu manger le cinéma français. C’est le cinéma français qui a voulu l’intégrer.
4) Le cinéma américain n’a jamais mangé le cinéma français, c’est ce dernier qui s’est offert en offrande au cinéma américain.
5) La division entre cinéma art et essai, et cinéma commercial n’existe pas. C’est une frontière factice et de pure forme.

Au moins, voici quelques doutes dissipés. Le cinéma français, c'est-à-dire les films français, mais aussi le(s) système(s) français de financement du cinéma et les distributeurs français se portent très bien, merci. Le volume de spectateurs est énorme, les bénéfices sont conséquents. Evidemment, la fréquentation des salles, et l’intérêt du public pour le cinéma en général, fonctionnent par cycles, et c’est vrai que ce cycle est ascendant depuis déjà quelques années, ce qui veut dire que le retour de manivelle est sans doute pour bientôt, et nous verrons alors comment les "acteurs du marché" réagissent, ce qui va sûrement être d’une grande drôlerie comme à chaque fois en temps de crise. Passons.

Le cinéma français va donc bien. Il se porte comme un charme. Les gens vont en salles. Le cinéma dit "art et essai" n’a jamais aussi bien marché. De nouveaux comédiens s’installent dans le paysage et gagnent vite en popularité, etc. De son côté la critique estime que les choses bougent également. Que ce soient les revues historiques (Positif, Les Cahiers…) ou les Première et autres, la critique remarque largement le dynamisme de la production hexagonale. Il y a des chouchous dans tous les camps, il y a des réalisateurs "à suivre".

Voilà pourquoi, il nous apparaissait important de consacrer un dossier spécial à notre cinéma. Parce que de notre côté de la barrière, le son de cloche n’est pas vraiment le même si j’ose dire. Le box-office, la télé, les Cahiers du Cinéma, Première, etc., toute la branche, toute la profession ont beau dire ceci ou cela, pour le cinéphile qui arpente les salles désespérément, la situation est tout autre. Il y a la guerre menée par les généraux autour du panneau tactique (avec ses petits magnets aimantés !), et puis, il y a la tranchée, les pieds dans la boue, où malgré l’amour de la patrie, il faut bien le dire, il arrive qu’on n’ait vraiment pas envie de sortir et de donner l’assaut. Il fait froid, ça pue, on est mal nourri et ça fait mal. Le Général donne l’ordre d’attaquer, sort la menace de la Cour Martiale, mais on n’hésite à sortir quand même, le plus souvent.

Sur le terrain, le cinéma français a une autre tête, et ce n’est pas joli à voir.
Les sujets des films sont tous absolument identiques. En ligue A, ce sont surtout des adaptations de franchises (livres, séries télé, remakes, etc.), ou alors des adaptations se basant sur des personnages ou de comédiens comiques issus de la télévision. Hors de ces chemins, il n’y a pas énormément de choses qui émergent. En ligue B, on fait feu de tout bois. On laisse, en général, la comédie à la ligue A (comme par hasard), et on privilégie les sujets suivants :
- le film à thèse, le "film sur", façon dossiers de l’écran.
- le film dramatique lacrymal (film de maladie, par exemple, au moins un tous les deux mois !)
- le fameux film de chambre, drame du couple sur air du temps, sur son lit de sentences, souvent sauce aigre-douce .
- le "film du réel", qui bien souvent "interroge notre regard jeté au monde" avec sujet social et politique, "traité avec pudeur".

En fait, tous les films de ligue B répondent à chacune de ces catégories. On classera ensuite le film selon sa dominante. Bien sûr, le produit le plus recherché est celui qui peut être vendu dans les deux ligues. Et ça, le cinéma français sait faire. Il y a quelques semaines, par exemple, le film JE VAIS BIEN NE T’EN FAIS PAS remplissait remarquablement les deux cahiers des charges. [Chose que les poids lourds de l’art et essai font aussi : Almodovar, Loach, Eastwood, etc. Tout ça est calibrable.]

Et pour sauver le cinéphile Gérard, dans ce contexte, il faut souvent faire beaucoup de contorsions. Les projets un peu différents se plantent quasiment systématiquement. Parmi les films français qui ont la chance de rencontrer leur public, ils sont très peu, ceux qui ne ressemblent pas, soit à un film préexistant, soit qui ne fassent pas partie d’un genre bien identifié. On le verra dans ces pages, notamment en ce qui concerne le film INNOCENCE de Lucille Hadzihalilovic, que l’accueil fait aux productions qui sortent du moule est désastreux, voir scandaleux en ce qui concerne INNOCENCE, sans que cela ne choque absolument personne, hormis le troufion Gérard.
En conclusion, entre la caricature du film de chambre où Dialogue et son sbire Scénario règnent en maîtres, et la grosse bessonnerie (ce qui est injuste envers Luc Besson qui n’est pas le plus grand convoyeur d’imbécillités, contrairement à la légende, même s’il a contribué, bien sûr, au visage moderne du cinéma français), hors de cette dichotomie donc, point de salut. Et le résultat en salles est terrifiant, car après calcul, on s’aperçoit que 97,63% des films français :
- se contentent uniquement de filmer les dialogues et d’illustrer le scénario, la forme la plus audacieuse d’expression filmique étant le champ/contrechamp (celui qui parle est à l’écran, bien entendu !),
- ont une photographie d’une grande laideur ou complètement anonyme (ce qui, une fois sur deux, est le résultat aussi d’un mauvais tirage de la copie, chose dont les critiques ne peuvent s’apercevoir que s’ils vont au cinéma en Province ou tout bêtement s'ils vont voir les films en dehors des projections de presse, en salles avec les autres !),
- n’utilisent jamais le montage de manière signifiante,
- n’utilisent le son que de manière illustrative,
- ont abandonné toute velléité d’utiliser l’échelle de plans (cf. l’interview de Brisseau dans ce numéro, et qui fera l'objet d'un prochain épisode ; on ne fait que du plan rapproché ou du gros plan, et bien sûr, on débute sa séquence par un plan d’ensemble géographique !),
- ne font par voie de conséquence aucun effort de spatialisation,
- sont d’une laideur ou d’un banal effarants en ce qui concerne le cadrage,
- n’expriment en général qu’un sentiment univoque,
- ne contiennent de manière concrète, tangible et visible à l’écran, pas 2,37% des intentions contenues dans le dossier de presse.

Pas de son, pas montage, pas de cadre, le bilan est sans appel : 97,63% des films français ne sont pas des films de cinéma, mais au contraire peuvent être considérés aussi bien comme des téléfilms, des Opéras, de la Bande Dessinée, de l’Architecture, des Plats Cuisinés ou du Théâtre filmé. La quasi-totalité des films français n’utilisent pas le langage cinématographique. En fait, on peut le dire : le cinéma français va mal, très mal, et son mildiou est en phase terminale. Parce qu’il est impossible de voir un film français qui soit un tant soit peu original ou qui utilise, même classiquement, le langage approprié, il était urgent de publier ce dossier.

[Ne pas croire qu’on fait là preuve d’une volonté affirmée de brûler le drapeau. Le cinéma européen en général suit largement cette tendance, mais il semble que ce soit en France que les choses aient pris une allure aussi caricaturale ! Dans le domaine de l’anonymat artistique, là aussi, on est des champions, semble-t-il.]

Résumons. En ligue A, le cinéma français fait tourner la sacoche du facteur en criant HÉLICOPTERE ! "à l'américaine". En ligue B, on n’a jamais été autant en pleine Nouvelle Vague, bien plus que par le passé. Cinéma du réel, caméra stylo, stylo-caméra, caméra dans la rue, rue-caméra, cinéma de l’expérience personnelle et du petit pathos, etc. Le doute n’est plus permis : la Nouvelle Vague n’a jamais eu autant de représentants (une théorie très intéressante à laquelle nous consacrerons un prochain hors-série. Le cinéma français est-il devenu, pas forcément dans le statut social (quoique…), mais surtout dans les mœurs, absolument petit-bourgeois ? Où sont les iconoclastes ? Où sont les inventeurs ? Où sont les ludiques ? Où sont les cinéastes ? Qui fermera la parenthèse ?

C’est simple, les réponses à ces questions, vous les avez entre les mains, grosso modo. Bien sûr, il n’a pas été possible de faire entrer tout le monde dans ce numéro. Il manque par exemple l’excellent Philippe Grandrieux, ou encore Gaspar Noé. Elle n’est pas française complètement, mais elle fait partie de notre univers : Carole Laure, admirable réalisatrice (si, si !) n’est pas non plus dans ce numéro. Qu’ils nous pardonnent et qu’ils sachent, ces trois-là, qu’aucune page de ce numéro n’a été écrite sans qu’on pense à eux. De la même manière, nous avons écarté quelques réalisateurs installés que nous adorons (Blier, les époux Straub, Treilhou, etc.) pour nous intéresser à la jeune garde, si on peut dire, ou bien alors à ceux que le système a fini par ignorer (F.J Ossang, défendu par personne et interdit de cinéma pendant 10 ans). Et comme la rentrée 2006 a été riche, et c’est exceptionnel, en films français absolument atypiques, nous avons invité Bruno Dumont (dont l’interview dans ses pages devrait servir de serment d’Hypocrate à tous les étudiants et tout le corps enseignant de la FEMIS ou de Louis Lumière), Jean-Claude Brisseau et Benoît Delépine à venir se confier ici.
Pour tout dire, il existe un cinéma français qui bosse. Il y a des réalisateurs qui font avancer les choses et proposent des formes nouvelles de cinéma, la plupart absolument populaires potentiellement. Il y a une série de petits Mozart ou de petits Van Gogh qui en général se sont déjà coupés pas mal d’oreilles. Il fallait donc arrêter le massacre et que soient dites au moins une fois certaines choses. Vous allez le voir, non seulement ces jeunes cinéastes dont nous allons parler font des choses absolument merveilleuses, mais leurs propos sur leur Art sont passionnants et mettent justement en question notre vision étriquée du cinéma (et dans leurs films, ils ne se contentent pas "d'interroger le regard", comme on dit dans les dossiers de presse, ils font voir). C’est pourquoi nous avons privilégié également la forme de l’interview. C’est parce qu’il fallait dépasser le scandale du contexte cinématographique français, parce qu’il fallait sortir des ornières de la critique française qui, depuis bien longtemps, a renoncé à entériner les formes nouvelles de cinéma et a consacré l’actuel néo-cinéma de Papa (en cela, la critique française est devenue une véritable farce puisqu'elle n'est plus que morale et ne juge quasiment jamais un film sur sa mise en scène, où sur l'organisation de sa force diégétique dans son expression esthétique), que ce numéro nous a paru indispensable.

Et en toute prétention, nous avons poussé le bouchon encore plus loin. Nous pensons que ce numéro contient les noms de trois grands cinéastes de demain (en même temps, nous n’avons aucun mérite puisqu’il le sont déjà, grands cinéastes !). Nous faisons en effet ce pari de vous donner la liste des trois meilleurs réalisateurs français de 2009. Il s’agit de Antonin Peretjatko, l’homme qui défraya la chronique lors d’un récent festival du court de Clermont-Ferrand, de Benoît Forgeard et de Jean-Christophe Sanchez. Trois noms plus ou moins inconnus mais dont le travail est complètement impressionnant. C’est sans doute grâce à eux que demain, chère lectrice, ce numéro de LA REVUE DU CINÉMA te sera acheté à prix d’or par les collectionneurs. Vous tenez entre les mains la seule revue qui ait, des années à l’avance, déniché ceux qui ont réinventé le cinéma français, et la seule revue qui ait mis fin au scandale et fait, ligne après ligne, une proposition nouvelle de cinéma. C’est peut-être là le plus impressionnant : ce numéro est le premier qui fonde et reconnaisse ce qu’il a bien fallu appeler dans les années suivantes : la POST-NOUVELLE VAGUE !


A suivre...

Dr Devo. 
 
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Dimanche 27 mai 2007

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[Photo: "Mother Culture" par Mek-Ouyes]

 

 

"Alors là, franchement je ne te suis pas. Ce papier est absolument horrible pour la simple et bonne raison qu'il a été écrit avec mépris et que le mépris (sentiment pas essence paresseux) n'est jamais constructif (contrairement à la haine ou le ressentiment). Et quand je lis ce genre de chose dans une critique :

Citation:

 

 

(et jouée par Talia Shire, qui a mis au monde le plus grand acteur de l'histoire de l'Humanité : Jason Schwartzman ! De là à dire que Jason est le fils de Stallone...)

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me dis que le mec a un sérieux problème car, outre le fait que je ne vois pas le rapport avec le film en question, je trouve cette blague d'un goût douteux. Simplement parce qu'il avait envie de dire du mal de Schwartzman (que personnellement j'ai bien aimé dans Rushmore), comme ça, gratuitement, parce que son opinion (que je respect, c'est pas la question) prévaut sur le sujet de l'article.

 

 

Tu dis que c'est une critique argumentée mais finalement il ne fait que décrire le film (plus qu'il ne le décrypte) en disant que c'est artisanal, modeste, nostalgique (effectivement, et c'est pour ça que je l'ai aimé) mais il en déduit sans vraiment le démontrer que c'est à mettre sur le compte d'intentions purements mercantiles (donc sans sincérité), que c'est juste un calcul pour séduir les foules et rapporter du fric. A ce tarif là les films d'Ozu aussi !

 

 

Et quand il commence à aborder l'aspect politique du film on se dit que c'est vraiment sorti de nul part, car ça ne tient que sur l'axiome "croire en ses rêves pour être soit-même est un discour libéral" et je trouve ça un peu léger comme vision (d'autant plus que je ne suis pas tout à fait certain que ce soit le discour du film).

 

 

Globalement cette article sent à plein nez le mec qui n'a pas trop aimé le film (ça c'est son droit le plus absolu) et qui surtout ne supporte pas le nombre de bonnes critiques qu'a le film (ça je peux comprendre aussi, je ressens ça tout le temps) mais qui du coup préfére rédiger par rapport à ça, en voulant assoire son point de vu sur celui des autres, en tombant dans une démarche démonstrative assez pauvre, parce que méprisante (donc) et pas trés honnête."

Extrait d'une réaction à la critique de ROCKY BALBOA sur Matière Focale, trouvée sur le forum du site Film De Culte.

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Mardi 6 mars 2007

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[Photo: "Mek-Ouyodrome (le XXIème siécle sera Mek-ouyiste ou ne sera pas)" par Mek-Ouyes]

 

"Merci pour sept dernière photo, beaucoup d' entre nous ont grandi avec la photographie, et je pense que sept dernière photographie clos aussi une époque, la nouvelle géneration ne comprendra peut être pas le sens de cette oeuvre, mais n'oublions pas qu'a l'origine la photographie est un drame pas un art d' action.
Je sais que pour certain se n'est qu'un art, mais pour d'autres sa montre la réalitée de la vie, même si ont ne fais pas tous de la Création, la vie est comme sa, de la naissance à la mort ont est tous dans le même train ou se n'est pas les Km qui passent mais les années.
N' oublions pas la leçon de respect qui se deroule dans cette photographie.
Slyforever ton commentaire est genial esperont que le message sera passé, et qu'enfin le monde vas se réveillé, aidé les autres même s' ils ne vous ont jamais aidé.
Pour le commentaire de la photographie, quand il parle à son fils, quoi de plus vrai que sa, garder confiance en soi, ne pas être un lache.
Sur se je laisse méditer les autres sur les photopgraphies
"

Texte de Michael M., internaute, re-construit par Mek-Ouyes, sur une idée de Dr Devo.


 

 

 

 

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Dimanche 4 mars 2007

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

[de gauche à droite, de haut en bas: La connaissance, le commercial, l'art et essai (en vert). Photo: "Philadelphie, mon Amour (le syndrome Rocky)" par Mek-Ouyes.]

 

"L'histoire de rocky est incroyable et il nous est permis de le regarder de deux manières. Soit à travers le prisme politique et alors on peux voir l'idéologie américaine se manifesté à travers ce boxeur, ou bien, de voir l'HOMME qu'il est, les valeurs et principes de vie qu'il incarne. Balboa est un homme froncièrement bon, il a l'âme d'un guerrier tel un samouraï, jamais il ne plis, ni ne déchoit pour défendre ceux qu'il aime, et les préserver du besoin. C'est pour cette bonne raison qu'il est le meilleur, car il combat avec son coeur et ses trippes et non avec ses muscles (bien qu'il doive les travailler pour manifester son incroyable force), ce qu'il lui confère une énergie hors du commun. La boxe n'est qu'un moyen pour lui de déployer sa force de vie comme d'autres le feraient dans une autre activité. Rocky, en boxant se sent vivant et à travers tout ses combattants, c'est avant tout lui-meme qu'il défit, ainsi que la vie. Dans une société où chacun de nous ne pense qu'a gagner de l'argent, trouver une sécurité et vivre comme dans nos petits bien-être égoiste. Rocky lui, se défit lui-meme, se met en danger, ne cherche pas la sécurité, va toujours plus loin. A travers la boxe, sa vie n'est qu'une quête pour savoir QUI IL EST, bien au-delà des biens matériels, du confort ( Il s'est fait éblouir les yeux dans la saga n°3, mais a su se ressaissir), il aspire au fond au repos du guerrier, cette petite paix que nous recherchons tous. Rocky, n'est pas cultivé, il a une petite intelligence intellectuelle mais une grande intelligence du coeur, qui le rend à mes yeux plus grand encore. Rocky est philosophe sans le savoir. il sait qu'aujourd'hui on gagne, demain on perd. dans le 3 et le 4 il a la fortune, puis dans le 5, il perd tout. Mais il reste lui-meme, inébranlable, ne deviens pas amer, il sait que la vie est faite d'épreuves, que rien n'est permanent. c'est sa grande sagesse. Il n'oublie pas d'où il vient, jamais. Il reste simple et modeste. Rocky m'a appris l'humilité, le respect de son prochain, la non violence, (car c'est le dernier a vouloir se battre dans la provoc,). Rocky t'es grand, mais pas par tes poings. Tu fait honneur à la vie en la prenant comme une quête de soi. Rocky, à 59 ans est toujours au top. T'as jamais perdu l'oeil du tigre, grace à toi, je ne m'empate pas, je reste fort dans l'adversité et comme toi je veux garder ma jeunesse dans le coeur... dans ce monde de vieux."

Texte trouvé sur le blog AUX DETRACTEURS DE ROCKY BALBOA.

 


Pour lire l'article de Dr Devo sur ROCKY BALBOA: cliquez ici.

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Samedi 3 mars 2007

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