Corpus Analogia

 

 


Oui, si Serge Gainsbourg gratifiait en son temps Francis Bacon de ce qualificatif élogieux, nous pouvons affirmer sans crainte que celui-ci s’applique également à l’intention du réalisateur tchèque Jan Svankmajer, considéré comme le Pape de l’animation image par image, et dont nombre de nos artistes les plus éminents revendiquent d’une façon ou d’une autre l’influence, de Tim Burton à Terry Gilliam, de Dave Mc Kean aux frères Quay. Vous avez tous certainement déjà vu au moins une fois  ces courts-métrages étranges où s’entremêlent sauvagement des fragments morcelés de figure corporelles en pâte à modeler avec toutes sortes de matériaux bruts les plus divers ? Et bien oui, c’est de ce monsieur-là dont il sera question, car il réalise également des longs-métrages.  Et  nous lui devons notamment de superbes adaptations de l’Alice au pays des Merveilles de Lewis Caroll  ainsi que du mythe faustien, mais aussi quelques  pépites surréalistes et déjantées telles que LES CONSPIRATEURS DU PLAISIR (1996) ou encore OTESANEK L’ENFANT ARBRE (2000 –tiens, comme moi). Tandis que je me demande encore  si je n’aurais pas quelque peu raté la sortie de son SURVIVING LIFE  datant de l’année dernière, je vous propose de nous intéresser ce soir à l’un des petits brulôts dont il a le secret, DEMENCE, datant de 2005 , une adaptation de deux nouvelles d’Edgar Poe, mâtinées de quelques concepts empruntés, du propre aveu de l’auteur, au Marquis de Sade.

Jean Berlot de son état, rencontre dans un hôtel de passage un curieux personnage, que tout le monde ne semble désigner que par son titre, je vous laisse deviner, et qui se propose fort aimablement de payer pour les dégâts que notre ami Berlot a occasionné à sa chambre la nuit précédente, tout psychotique  et halluciné qu’il est parfois. Mais il semble que le nouvel ami de notre ami dispose en plus de quelques théories pour le moins étranges sur le sujet, et qu’il escompte bien les partager avec celui-ci, qui chemin faisant, et non sans avoir essuyé quelques plaisanteries discutables, se retrouve invité dans son château.

Non content d’être un Dieu Vivant de l’animation, Svankmajer est aussi un excellent directeur de comédiens et un metteur en scène tout autant inspiré, DEMENCE reste l’un de ses films les plus dialogués et des moins chorégraphiques, comprenant  un récit tout à fait linéaire et classique - tandis que LES CONSPIRATEURS DU PLAISIR par exemple (son précédent) même s’il est  également interprété par de vrais comédiens, conserve justement une narration qui rappelle encore fortement celle de l’animation par son côté burlesque. N’allez cependant pas croire que cet aspect soit absent dans DEMENCE, pour tout vous dire la façon dont l’animation intervient de films en films dans les récits de Svankmajer, c’est toujours un peu la chaussette sous le sapin, on frémit et on se régale à l’avance. Ici, elle semble davantage chapitrer le récit, le ponctuer plutôt que le renforcer, mais à bien y réfléchir on peut aussi y voir les incursions d’une réalité cruelle, barbare, venant à bout de tout, y compris des illusions de notre pauvre héros, et sans vraiment s’annoncer, comme, en quelque sorte, la gradation progressive de la folie de celui-ci. Car tous ses idéaux sont plutôt mis à  rude épreuve par le Marquis et la découverte de son univers... Pensez-donc, des morceaux de barbaques qui peu à peu s’immiscent partout (je ne sais  d’ailleurs plus si c’est  Svankmajer lui-même qui réalisa une courte  version, mais très connue, de UBU ROI juste avec des steaks) –pour peu qu’il y aie un orifice, et oui, cela comprend aussi les théâtres, les musées et  les carcasses d’animaux mort ; qui a dit que la chair était triste ? Certainement pas le type avec la perruque, c’est moi qui vous le dit.

A ce propos , Vidéodrome, l’auteur annonce d’entrée la couleur avant le générique. C’est dit façon un peu old-school, avec un rien de professorat –mais il se trouve que le monsieur est également professeur –que ce que nous verrons, ce n’est pas de l’Art, et en ce sens DEMENCE demeure surtout un fulgurant coup de poing sur la table, à travers son analyse de la folie avec et sans protocole, d’une tension perceptible dans l’introduction  même de Svankmajer, quand il partage avec nous le triste constat que l’Imagination ne sera jamais, jamais plus au pouvoir.




Nota Bene :

(le 16 /04 /11 -Extrait du Journal de Nonobstant2000 : )

…c’est drôle… à cause du nom du héros de DEMENCE, du Marquis, j’ai cru que le film se déroulait en France.. !  Et les quelques images que l’on aperçoit de la campagne depuis le carrosse m’ont tout simplement bluffées elles aussi, je me suis cru littéralement dans un roman de Flaubert ou de Giono, alors que les films généralement consacrés à ces auteurs ressemblent tous à des pubs pour une marque de yaourt…Je m’étais fait la même réflexion suite au (re-)visionnage du FRANTIC de Roman Polanski : il faudrait en envoyer une copie à tous les jeunes réals du pays, ainsi qu’aux studios, et aux distributeurs..pour les aider à filmer correctement la France..Ils ont du mal..Et quand j’y pense …..mais je préfère m’arrêter ici  Cher Journal, car tu dois encore me trouver bizarre..

 

 

 



svan green devo

[Photo: "Le Millieu de L'Article" par Dr Devo.]

 

 

 



Oui, si Serge Gainsbourg gratifiait en son temps Francis Bacon de ce qualificatif élogieux, nous pouvons affirmer sans crainte que celui-ci s’applique également à l’intention du réalisateur anglais Peter Greenaway. Mais alors là c’est hallucinant comme tout le monde s’en rabat la moelle. A propos de son avant-dernier projet  THE TULSE LUPSTER SUITCASES, certains sont allés jusqu’à dire que quelqu’un lui avait "offert un Mac sans lui indiquer où se trouvait l’icône poubelle". (NduDrD: cette phrase est la critique complète de Liébration à lépoque !) Fin de citation, y en a qui doutent de rien : pour avoir vu un v-jaying de cette trilogie -par le Maître lui-même-, la seule conclusion qui vient à l’esprit c’est que non seulement il maîtrise tout ce qui a déjà été fait, non seulement il est à la hauteur des meilleurs de ses contemporains mais en plus il est capable de dépasser tout le monde rien qu’en se grattant), quand à son tout dernier projet consacré aux Maîtres de la Peinture Flamande, initié par LA RONDE DE NUIT (à propos de l’œuvre de Rembrandt), il a été perçu purement et simplement comme une pédanterie supplémentaire de la part d’un excentrique (genre "mais-on-le-savait-déjà") alors qu’en fait Greenaway ne fait juste que tirer encore une fois très poliment la sonnette d’alarme en ce qui concerne le devenir de  nos sociétés modernes : La Ronde De Nuit étant justement la mise à jour par Rembrandt d’un complot politique, le film s’avère un rappel à l’ordre d’une des principales fonctions de l’Art, de celle qui est le plus en rapport avec nos droits fondamentaux, de celle  qui relève quasiment du DEVOIR. A part Francis Bacon que je me suis déjà permis de citer pour d’autres raisons, je ne connais pas beaucoup d’artistes contemporains qui se frottent à ce petit jeu en peinture, et Nicolas Bedos (mon héros, Notre Sauveur) quand à lui explique très bien pourquoi il n’insulte pas n’importe qui. Mais en ces temps difficiles, il ne fait pas bon être trop critique, c’est à peine si le film a été distribué. Greenaway compte bien cependant remettre le couvert avec  le second volet, consacré à un imprimeur de livres érotiques interprété par John Malkovich, et  où il n’est pas impossible que le problème de la censure soit abordé;  certaines personnes devraient vraiment y réfléchir à deux fois avant de traiter les gens de retraités.

J’aurais pu vous parler du formidable PROSPERO’ BOOKS, film ultime et adaptation de La Tempête de William Shakespeare, mais non ce ne sera pas le cas. A la place nous nous intéresserons à un autre chef-d’oeuvre, écrit comme un pamphlet, à nouveau porteur des scénographies les plus abouties, et interprété par une catégorie de comédiens qui n’existe plus : THE BABY OF MACON. Alors pour être tout à fait limpide, voici exactement un film aux antipodes du cinéma bon marché que j’ai l’habitude de promouvoir (Svankmajer en tête notamment, qui  a encore moins peur que les autres d’employer des matériaux dits moins nobles, regardez ses films, c’est à la limite de l’arte povera -mais en action !- ça regorge de pailles et de poutres) mais qui avait  justement assis la singularité de Greenaway dès son MEURTRE DANS UN JARDIN ANGLAIS : l’opulence mon frère. Mais aussi l’érudition. Et je me demande encore lequel des deux énerve le plus les gens… Contrairement à tout un tas d’autres réalisations, y' a pas besoin de chercher où est passé le pognon, il est là sous nos yeux,  par des décors et des costumes somptueux à profusion,  n’importe quelle vaisselle à l’image possède l’allure d’une Nature Morte d’époque, et reste narrative à peu près tout autant à cause de l’exigence désormais célèbre de l’auteur en ce qui concerne la composition  en général. Greenaway est aussi peintre, tout comme Svankmajer d’ailleurs, aussi chacun de ses films est toujours une sorte d’aboutissement de tous les métiers et de tous les domaines qui composent les éléments  propres au langage-cinéma et, encore une fois, toujours sous leur forme la plus aboutie. Vaste débat cependant que le coût du cinéma et je vous fais gré bien volontiers de mes considérations, disons que tout a commencé lorsqu’un type a posé un urinoir dans un musée pour (dixit Philippe Djian) illustrer la propension de l’homme à chier dans de la porcelaine, et tiens, transition : c’est préçisément ce que Greenaway se charge de nous montrer, quitte à reconstruire le musée. Ouais j’ai pu paraître enflammé il y a deux minutes  mais Peter (qui est un ami), lui, il est pas du tout comme ça, pas de débordements. Non, avec lui  ça passe par le boulot, la mise en scène, en faisant enlever les chaussures pour mettre les patins à l’entrée et paf, il met le nez dans la boue à tout le monde, désignant d’une main la faste moquette tandis que de l’autre il cartonne tout et tout le monde, littéralement à coups de batte. Ici l’Eglise en fait, pour ne pas la nommer, à travers  l’histoire (représentée elle-même sous la forme d’une pièce de théâtre) d’un saint enfant, né au cours d’une période dramatique de famine au point que tout le monde en est devenu stérile, dont le miracle de la naissance sera tout d’abord récupéré,  pour ensuite être récupéré à nouveau... Ca peut paraître un peu crypté au premier abord, mais c’est pour vous laisser quand-même quelques surprises.

Par contre ce que je peux  bien vous dire c’est que le cinéma de Peter Greenaway ne vous épargnera rien, étant aussi extrême que ce qu’il dépeint. Le plus souvent il s’agit  de comportements obsessionnels accompagnés de la dérive jusqu’au-boutiste  et  auto-déstructrice qui va de paire, paraphrasant un peu Goya et son célèbre Sommeil de la Raison… (de l’anti-héros et stéréotype de l’artiste-démiurge de MEURTRE … aux deux frères chercheurs obsédés par la mort depuis l’accident qui a coûté la vie de leurs épouses de Z.O.O  -A Zed and Two Noughts- , en passant par LE VENTRE DE L’ARCHITECTE … et que dire du rapport à l’adultère du Voleur dans LE CUISINIER, LE VOLEUR, SA FEMME ET SON AMANT…) mais dans le cas présent, cette approche est un peu plus diffuse, à cause d’une multitude d’autres enjeux et de personnages, moins autarcique que les quêtes impossibles ou les démarches insensées (façon de parler) qu’il met en scène ordinairement, l’axe principal étant davantage ici les rapports que l’Homme entretient avec le Sacré.  Alors forcément, il y a bien  le sexe et la mort dans le tas (THE BABY OF MACON contient à ce jour la plus longue scène de viol de l’Histoire du Cinéma, et une des meilleures si vous voulez mon avis, car elle est de celles qui ont l’aval de la hiérarchie, comme on dit chez France-Télécom), mais la raison du cinéaste, elle, n’est pas endormie : il surveille méticuleusement le processus de dégradation des valeurs  avec son regard de savant humaniste, pour ensuite dépeindre le tout juste ce qu’il faut, sans la moindre complaisance, contrairement à ce que la dernière parenthèse pourrait laisser entendre, ni omission d’aucune sorte, et surtout surtout (surtout 2X) beaucoup moins détaché que ne le laisserait entendre le port du microscope, comme on s’en rend vite compte, une fois que tout a été dit.





Nonobstant2000.

 

 

 

 

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Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 14:27

Publié dans : Corpus Analogia

 

lafamille devo

[Photo: "Apocalypse Deamain (On Est Venu Te Chercher)" par Dr Devo.]

 

 


 

Chers Focaliens,

 

Alors que les projets annexes entourant Matière Focale m'ont tenu un peu à l'écart du site (notamment Fragrance Liechtenstein, une émission de radio consacré à la débatologie (prochain show dimanche prochain à 00h00 sur RCV LILLE 99.00 FM ou en direc' en streaming), mais aussi la mise en place d'un régime alimentaire strict, ou encore un abonnement à des jeux massivement multijoueurs), je fais mon retour à l'heure, c'est malin, où la plupart d'entre-vous, s'en vont en vacances dans des pays émergents ! Rien de tel dans ce contetxte qu'un petit test comparatif des familles pour se remettre dans le bain… Un test qui sera d'ailleurs, et en principe c'est interdit par la Loi Focalienne, consacré à un film vu au cinéma et un vu en dividi, et c'est mal de mélanger, je suis si impur, pardonne-moi, Créateur Divin. Voilà qui ne me sera que difficilement pardonné quand je devrais rejoindre le Grand Projecteur Céleste.. En plus de comparer deux films qui n'ont rien à voir, bien sûr ! Et en plus du reste, je suis si impur...

 

 

 

X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn (USA-2011): Des films avec des acteurs dedans…

 

Et souvent en couleurs en plus ! Voilà ce qui fut mon lot ces dernières semaines. Vous allez voir, c'est pas joli-joli. Pas de quoi se vanter, pas de quoi sacrifier un distributeur français pour apaiser les dieux. Comme un tsunami à 2 à l'heure. Comme une catastrophe inca mais trnaquilou.

 

Matthew Vaughn, c'est le genre de gars dont je ne devrais jamais entendre parler et qui pourtant me poursuit. Producteur du banalissime mais cu-culte SNATCH, réalisateur de l'affreux LAYER CAKE (encore un film bien accueilli), et de l'opportuniste KICK-ASS (son "meilleur" à mon avis), le voilà qui re-débarque, comme des règles douloureuses. Pas de quoi se rouler par terre de douleurs en criant le nom de ta mère (oui, parce que je fais ça, parfois…), et encore une phrase qui commence par "pas de quoi ceci-cela", mais disons que la chose est étrange. Je n'ai pas encore réussi à voir TREE OF LIFE, mais par contre, c'est le quatrième film de ce mec que je vois! Traumatisme enfantin? Mauvais transit? Pas assez de sommeil? Je ne sais pas ce qui cloche, mais consacrer 4 séances à un type anonyme comme Vaughn est sans doute quelque chose de pathologique. Passons.

Alors, Vaughn revient (diantre, je l'ai déjà dit ça aussi) avec X-MEN : LE COMMENCEMENT que je vis par je ne sais quel truchement encore plus étrange alors que les WOLVERINE ou le dernier X-MEN (dont j'ai oublié le titre, mais pas du tout la sensation de stupidité!) m'avaient profondément ennuyé. Il s'agit cette fois de suivre le Professeur Xavier et Magneto alors qu'ils sortent à peine de la puberté. Etre un mutant dans les années 60, était-ce bath ? Comment l'académie des 9 X-men a été fondée? Faut-il cultiver sa différence ou jouer le jeu de l'assimilation? Où sont les toilettes? Pruneaux ou figues pour régler les problèmes de constipatio?. Autant de questions cruciales qui seront abordées par le film.

 

Bah… Comment dire...? Allez, on va être gentil, il a deux trois idées graphiques dans la première partie, dont une gestion de champ/contrechamp (oulalalah! Que de bouleversements à Hollywood quand j'ai le dos tourné!), mazel tov, halleluyah, fait déjà remarquable et d'autant plus apprécié qu'il intervient dans une scène traumatique ultra-importante. (Enfin moi, je m'en bats un peu les douilles, mais bon…) On se dit que ça va être un peu rentre-dedans et ramassé, dans un style vivace et frais. Mais la pression retombe doucement et sûrement par la suite. Le bidule, ultra-scénarisé et balisé mais ce n'est pas une surprise, reprend sagement le chemin du blockbuster bien classicosse par la suite.

Si les deux acteurs principaux sont gentiment tartempions et sans charisme particulier, on frise ici et là la stupide perfection grâce à quelques beaux spécimen issus des plus belles écoles de cosméto-marketing de Beverly Hills. Cette grosse troupe de petits ringards satifaits est menée par Jennifer Lauwrence que j'avais déjà aperçue et pas appréciée dans l'affreux LOIN DE A TERRE BRÛLEE, film indépendant 'ricain sans aucune espèce d'intérêt, mais aussi dans le récent WINTER'S BONE (où je me suis endormi au bout de dix minutes!) ou encore dans des films tels que PROUTS ET SATIN ou MANGE SANS MOI, JE RENTRERAIS TARD, la suite de LES HARICOTS SONT DANS LE TUPPERWARE, le célèbre succés du dernier festival de Sundance. Ou le prochain…

Bref, voilà une belle brochette de ouineurses et de gueules d'ange souvent improbables, totalement twilightisés qui souvent vous font rire par leur regard niaiseux, mais qui aussi dé-crédibilise totalement le film.

Tout cela reste bien poli, et dégage un ennui du même métal. Le scénario devient vite répétitif, voire lourdingue, en rabâchant constamment sa dialectique de la différence quasiment à chaque phrase. Les filles font des bouches de canards outrés, les gars froncent des sourcils et de la mâchoire. X-MEN, X-FACTOR, MOUNDIR l'AVENTURIER DE L'AMOUR, tout ça, ça serait pareil?

En tout cas, malgré la jolie Rose Byrne et l'indémontable Oliver Platt, ou encore Michael Ironside, ici figurant de luxe dans une dizaine de plan, rien ne se passe. Vaughn remplit progressivement les plans d'effets de plus en plus michaelbayiens, très classiques. Et quand le film se termine, et bien, il continue encore. Alors qu'on est déjà rincé par ce régime pas très sobre, le film redémarre de plus belle pour un final de 25 minutes qui achève les plus endurants. Et là, c'est toute votre vie qui défile (au ralenti) devant vous: la liste des courses oubliée sur la table de la cuisine, le linge qui pend dans la salle de bain, les poubelles à descendre, passer son gnome-mage au niveau 12, etc…

Les fans de comics ont décidément plus que jamais le pouvoir.

 

 

 

CHAW de Jeong-Won Shin (Corée Du Sud – 2010)

 

Tiens, ça faisait longtemps que ça ne nous été pas arrivé ! Un distributeur nous envoie un dividi! C'est toujours sympa ! Merci Opening ! Opening, c'est bien ! (Enfin, des fois!)

 

Ha, la Corée du Sud ! Kim, un officier de police, apprend par inadvertance qu'il est muté en province dans un petit village des montagnes. S'il quitte la violence et la stupidité de la capitale Séoul, voilà qui n'est pas forcément un partie de plaisir. Car, en effet il doit emmener avec lui sa femme enceinte mais aussi sa mère qui n'a plus toute sa tête. Pire encore, le village où il a pris ses fonctions est célèbre pour son absence totale de crime ou de délinquance ! Pour Kim, policier rigoureux et motivé, même s'il est en bas de l'échelle, voilà donc une bien triste nouvelle, et ce d'autant plus que le maire et le chef de la police ont l'air assez abrutis. Mais les cartes vont être rapidement redistribuées. En effet, une jeune fille disparue est retrouvé morte et même atrocement mutilée. L'enquête commence et s'oriente assez vite vers la piste animale…

 

Comme disait le poéte: "Gratte ! Gratte! Gratte! / Le temps s'évapore doucement / Bon anniversaire, Papy!". Autrement dit, les années se succèdent à un ryhtme effrayant. Cette sortie en direct-to-dividi, bien sûr, of course, cqfd, rappelle à mon bon souvenir un des films cultes des petits cinéphiles en culottes courtes des années 80, le fameux RAZORBACK de Russel Mulcahy, son tout premier film d'ailleurs, que je vis deux trois ans après sa sortie mais dont j'ai peu de souvenirs. Que voulez-vous, ça fait 25 ans les cocos ! Depuis j'ai appris à prendre en grippe le Mulcahy qui a quand même réalisé plein de choses assez débiles, comme les HIGHLANDER par exemple, ou l'ineffable RESURECTION, une sorte de sous-SEVEN splendouillet avec notre Christophe Lambert internationnal (et que je salue!) et David Cronenberg ! (C'est vache de dire ça, car ces dernières années Mulcahy a réalisé une poignée de films tout à fait sympathiques dont le troisième RESIDENT EVIL).

Quel rapport avec la choucroute, pardon, avec le rouleau de printemps coréen? Bah pas grand chose, sauf qu'on va parler de sanglier meurtrier. Et comme je me suis tapé un an de CHASSE ET PÊCHE, laissez-moi préférer le terme de "cochon meurtrier" car un bon chasseur dit cochon, et pas sanglier, pour souligner sa proximité avec la bête… Comme Opening va sûrement venir lire cet article et que je ne leur ai pas encore demandé de m'envoyer un t-shirt siglé, je propose d'arrêter les clichés sur la Corée et les divagations incessantes pour rentrer dans le vif du sujet…

Comme souvent, la sagesse ancestrale de l'autre pays du soleil levant pousse le jeune réalisateur à s'essayer au film de genre. Entre deux parties de ping-pong, le coréen aime effectivement manger avec des baguettes et se réapproprier les grandes trames ou genres du cinéma populaire. Ici, donc, du cochon maousse, oui, mais à la sauce aigre-douce locale. On constate tout d'abord la petite touche de coréanité qui va bien dans le traitement. Dés l'introduction séoulienne (si je veux!), les choses sont claires. L'intrigue sera bien policière, certes, mais sur un mode assez drôlatique (conseil: préférez toujours dans une critique institutionnelle, le mot équivalent avec le plus de syllabes, et ici drôlatique à drôle qui pourtant convenait mieux), voire même burlesquo-potache. Étonnamment, ce qui ne fonctionne jamais dans nos contrées aux civilisations plus avancées, telle que notre beau pays, la France chrétienne et libérale, marche parfaitement chez nos amis les coréens qui aiment à mêler les gags balourdement slapstick au sourire un peu plus jaune (désolé!), point sur lequel je reviendrais très vite. Donc, dés que c'est possible, un commissaire de police s'emmêle les pieds et tombe en descendant un petit coteau pour aller sur la scène du crime, par exemple, en faisant moult roulades qui ne manqueront pas, hahaha, de faire tomber à leurs tours des agents de police déjà présents. L'aspect frontal, assumé et pour ne pas dire bon enfant de la chose marche tout à fait bien, et pas seulement parce que les comédiens, très efficaces en général, assurent sans problème, mais aussi parce que CHAW utilise aussi les ressorts classiques de l'intrigue policière, sans se cacher. C'est comme ça qu'on l'aime le coréen: ouvert et sans bombe nucléaire !

Mine de rien, en trois temps trois mouvements, et même avec une certaine efficacité, le début du film installe un modousse opérandaille vraiment solide. Le mélange sera bi-goût comme un bon malabar, entre burlesque et intrigue policière, certes, mais teintée, "et pas qu'un peu" comme disait ma voisine Madame Michu qui n'a pas sa langue dans sa poche, par un portrait de la société coréenne très sympathique et étonnant, qui, accessoirement ne surprendra guère l'amateur de cinéma séouliste que vous êtes probablement.

Et ce portrait léché est assez marquant. Même quand il est (rarement) gentil, le coréen serait aussi très peu fréquentable. En moins de 20 minutes, on a le droit à une galerie de personnages plutôt effrayante. Le coréen est menteur, corrompu, avide de gains, magouilleur lorsqu'il est au pouvoir car il se vautre alors dans la mare boueuse des trafics d'influence les plus juteux et éhontés. Il est aussi colérique, autoritaire, individualiste, couard, et volontiers manipulateur avec ses proches. Il niera les preuves les plus élémentaires de sa lâcheté et de sa corruption, même et peut-être d'autant plus, s'il est pris la main dans le sac. Je ne vous en dis pas plus, mais c'est un festival, et donc, disais-je, de ce point de vue, l'intro séoulaire ou encore la mise en place de l'intrigue dans le village qui utilise d'ailleurs les rouages narratifs classiques du film de "monstre" dans le genre (façon DENTS DE LA MER, par exemple), sont vraiment très efficaces et délicieuses. Il n'y a guère que le héros qui soit vertueux, et encore il est souvent soumis, trompé, voire transformé en idiot.

Dans ce contexte, l'aspect bête et méchant du film rend la chose tout à fait sympathique. Soyons clair, du côté de la mise en scène, on est dans le direct, dans le franc du collier. Ce n'est pas du Ronsard, on est pas là pour faire du sentiment. Si on exclue quelques petites touches de mauvais goûts ou la ré-explotation de choses déjà vues et revues (l'affreuse caméra subjective du cochon), l'ensemble est gentiment soigné. La photo est très correcte, par exemple, et même si les effets spéciaux ne sont pas développés par trois cent spécialistes des images créées par ordinateur (quelques-uns sont bien artificiels quand même!), la sauce prend gentiment bien.

Un scénario typiquement de genre. Un ambiance bien troussée. Des comédiens très bons voire excellent (l'héroïne thésarde est vraiment délicieuse!). Des effets rentre-dedans. Une portrait ironique de la société à l'humour grinçant. Des gags plus potaches et une volonté de faire un cinéma frontal sans essayer de nous faire passer des vessies pour des lanternes. CHAW est simplement une série B sympatoche, avec du caractère. Voilà qui est une belle leçon pour certains occidentaux de ma connaissance qui ne se gênent pas pour lancer sur le marché des films de genre prétentieux, mal écrit et réalisé en dépit du bon sens, en nous demandant de nous agenouiller devant leur génie ! Pour être clair, pour un bon cinéma de genre qui ne nous fait pas perdre notre temps et notre argent, on se tournera plutôt vers la Corée que vers la France (à ce propos relisons le bel article de Norman Bates dans ces pages). CHAW est une bonne série B. Le contrat est rempli, même si, j'aurais bien resserré la dernière partie ! Voilà qui, dans une société idéale, vertueuse et qui rend les gens heureux, aurait du sortir en salle…

 

Dr Devo.

 

 

 

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Lundi 4 juillet 2011 1 04 /07 /Juil /2011 11:00

Publié dans : Corpus Analogia

22 fisted devo 25

 

 

 

Peut-être est-ce le moment. Ou bien peut-être pas. Après tout, A SERBIAN FILM ne date que de l’année dernière.

 

Le porno est partout nous dit-on, et on se fait une joie d’en parler avec une couv' et des photos bien dans le ton, c’est chouette il nous manquait des raisons. D’abord les séries TV, j’énonce un peu : PIGALLE LA NUIT, MAISON CLOSE, XANADU (..et autres confessions pour ou contre la profession veux-je dire) l’important c’est les néons, la descente dans les abysses de la perdition, un peu de morale avec du rouge à lèvres  parce-que-je-ne-suis-pas-celle-que-vous-croyez, ou une réflexion bien sentie sur le sens de la vie entre deux turlutes ; c’est aussi ça la vie, c’est aussi ça l’impertinence ("Dites-le oui, mais dites-le avec du cul") .. En tirant des conclusions hâtives on se dirait "tiens c’est le bordel  alors ?" sauf qu’on le savait déjà. La putasserie fléau de la société ça c’est certain, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a vraiment bon dos (mmm..attends, tourne-toi plutôt comme ça..)

 

Il y a des films de tout, vous me direz, bien cloisonnés dans leur registres ça aide à s’y retrouver, et voyez qu’on peut tout aborder. En tout cas, des gens se sont battus –et là on s’est rendu compte que c’était L’Arme Absolue- pour que le Sexe en tant que thème ne soit plus un problème ou un taboo. Nous sommes même habitués à ces interludes qui sont devenus des passages obligés dans certains registres. Qu’est-ce que ça change – à part bien sûr  couper les parts de marché du créneau "divertissement le dimanche en famille" - que tout à coup le Sexe devienne un élément narratif à part entière ? Pensons à la péné' bien frontale dans LES IDIOTS de Lars Von Trier (et celle, un brin publicitaire dans ANTICHRIST) sans laquelle la plaisanterie ne serait pas totale, à moins qu’il ne manque quelque chose à la représentation de la Vie elle-même ? J’en vois qui rigolent et pourtant une des fonctions de l’Art n’est-elle pas de montrer (d’essayer) la Réalité sous tous ses aspects, et quand Mallarmé rêve une Œuvre Totale (cubiste va), il ne pense pas  visionnairement à la comédie d’espionnage de Claude Zidi avec Thierry Lhermitte et Miou-Miou. Pensons également aux orgies dans le CALIGULA de Tinto Brass, qui fonctionnent par contraste et font de l’Empereur un exclu à moins qu’il ne s’approprie, et ne génère, lui-même, cette luxure,  qui (entre autre) attise sa soif de pouvoir et l’oblige à se surpasser encore et toujours dans la démesure. D’ailleurs, là où y a une couille, c’est que ça pue du cul comme disait le poète. Sexe et Mort font  bon ménage depuis longtemps, surtout quand la notion de Pouvoir est en jeu, une équation que l’artiste démiurge de MEURTRE DANS UN JARDIN ANGLAIS de Peter Greenaway se prend tellement en pleine figure qu’il en ressemble à une figure de Tragédie Antique, de la même façon que Pasolini emploie à dessein ce dernier registre justement, car ainsi il peut poser la chair et le sang à égalité (ce qui rend le mélange "détonnant", et le sexe si subversif) y compris jusque dans le "pourtant très contemporain" SALO OU LES 120 JOURS DE SODOME ET GOMORRHE, car ne vous y trompez pas, c’est bien ça le pouvoir : s’habiller en toge tous les jours et te désigner d’un geste pour l’Enfer Sur Terre (traduire ici par : "te faire couper la tête, non sans t’avoir pété le fion au préalable" mais comprendra qui pourra, et ce qu’il voudra.. ).

 

La pornographie aurait-elle dès lors le même rôle d’opium (castrateur) du peuple que la 3D en ces temps de crise : de la poudre aux yeux en forme d’étoiles et de paillettes, comme si y avait que ça de vrai  (d’ailleurs comme dit si bien mon pote Brahim "d’abord la 3D ça existe pas, c’est toujours de la 2D-trois-quart") ou bien ne serait-elle pas mine de rien le facteur de renouveau qu’on attend tous, le chaînon manquant qui nous conduira à la Vérité Toute Nue, celle du Théâtre De La Cruauté cher à Artaud, ou à Arrabal, et où dans le mouvement on appelle une pute "une pute", et un fonctionnaire "un fonctionnaire". Et le XXIe siècle, on en parlait, sera-t-il spirituel (nudiste quoi) ou bien juste porno ? Et Porno comment ? Porno-soft ? Ecolo-porno ? Intello-porno ? Humanisto-porno ? Humanitaro-porno ? Démocratico-porno ? Méritocrato-porno ?  Lyrique ? Rococco ? Baroque ? Trash ou bien juste Snuff et Méchant ?

 

Milos est une ancienne gloire chez nous en Serbie de l’industrie porno, en ce moment il a plutôt du mal à joindre les deux bouts. Une ancienne collègue lui propose un dernier projet, quelque chose de jamais vu, qui en plus de clôturer sa carrière en apothéose lui permettrait surtout de mettre sa famille à l’abri du besoin à tout jamais. Ainsi Milos rencontre un certain Vukmir, réalisateur dont personne ne voit jamais le travail, artiste passionné qui croit beaucoup en son propre travail, dont l’approche et la méthode surprennent quelque peu notre héros : jamais on ne lui fournira de scénario, il devra "se contenter d’être lui-même". C’est un..parti-pris. C’est ça, les films de demain.

 

Battage, sur-battage, tolé dans les festivals, censure puis contre-battage, taxé de faux-scandale, etc..Dans un sens tout cela est n’est pas faux, mais que le film soit surfait, oui et non. Un film comme FRONTIERES de Xavier Gens va beaucoup plus loin, jouant la carte de la surenchère (un temps on est tenté de se dire que c’est juste pour montrer ce qu’il sait faire) pour finalement faire éprouver ce qu’il dénonce jusqu’à l’écoeurement, car justement c’est écoeurant. Cela n’efface ni les clichés du genre éprouvés jusqu’à la corde, ni une vacuité de propos dont les quelques saillies maladroites (immanquables de fait) de dialogue constituent REELLEMENT les  éléments horrifiques du film. Mais bon, au final, on se dit que le tout retombe pas si mal sur ses pattes. Pour A SERBIAN FILM on nous refait le coup de la polémique sur l’ ANTICHRIST de Von Trier, en extrayant un élément du tout pour l’agiter bien fort à la face des gens bien comme il faut pour qu’ils s’insurgent. Un peu d’historicité messieurs-dames des élites, ce que fait Srdjan Spasojevic, notre réalisateur, c’est ce que fait Swift dans son texte mythique sur la façon de régler les problèmes démographiques de son pays en proposant de manger les nouveaux-nés, d’une part parce que ça résoudrait tous les problèmes mais-aussi-parce-que-ça-se-cuisine-très-bien. C’est ce que fera aussi  De Quincey en proposant un palmarès des plus beaux meurtres de l’Histoire avec son texte "De l’assassinat considéré comme un des Beaux-Arts". Dans A SERBIAN FILM on baise un nouveau-né ..N’est-ce pas ce que fait la hiérarchie ? Ce passage qui plus est, reste tout à fait hors-champ et si le film est une réflexion sur le spéctacularisme, c’est absolument sans la moindre complaisance, puisque celui-ci nous est toujours montré en partant de bien loin dans les coulisses. Quand aux éléments gore, ils n’arrivent absolument pas à la cheville de Dario Argento ou Takeshi Miike en termes graphiques, ni même en intensité. Par souçi de lecture d’abord, le film se veut distancié, frôlant même le didactisme et le scolaire dans la façon d’exposer ses idées, de façon simplement très graduelle sur l’échelle bien connue de Jacob.

 

Malgré donc d’excellentes références, et au regard d’autres exemples précédemment cités, on se dirait presque que le film enfonce des portes ouvertes, si ce n’était ce fameux regard depuis les coulisses qui axe au contraire toute la thématique sur la responsabilité de l’individu, du point de vue d’un héros bien border-line quand-même. D’abord notre Milos c’est pas une brute. On le voit pourtant y aller franco dans des extraits de ses succès passés, il n’en reste pas moins "professionnel", ne rigolez pas, sa collègue nous apprend même que toutes les actrices qui ont bossé avec lui veulent l’épouser. Il y a pourtant un truc qui cloche chez lui au point qu’il est obligé de se matraquer la gueule à coup de whisky. Les scènes intimistes de sa vie de famille sont très bien dépeintes, avec beaucoup d’emphase (et mention spéciale pour les éclairages en règle générale) mais une femme splendide et un gosse adorable n’y peuvent rien, il y a un truc chez Milos qui ne demande qu’à sortir et il a de plus en plus de mal à le tenir en laisse. Tout l’y ramène, d’une part parce que son ancienne profession occupe une large part dans les discussions de couple d’abord et aussi dans les préoccupations nouvelles qu’elle a générée chez son petit boudchou (toujours avec emphase, rassurez-vous). Il y a aussi que retourner dans le bain ça résoudrait surtout tous les problèmes. Ce qu’il finit par faire, après moults hésitations et contres-temps, et le spectateur réalise que malgré ses problèmes, notre héros n’est pas prêt non plus à faire n’importe quoi.

 

C’est pourtant ce qui va arriver. Le truc chez Milo qui ne demande qu’à sortir c’est la bestialité, et le réalisateur Vukmir va l’y aider. Il va lui fournir le cadre (d’ailleurs il ne collectionne que du Velicovic –NDRL), et non-implicitement les substances, pour que celle-ci puisse s’exprimer dans son bon droit. La responsabilité de Milos est double à ce point : blindé jusqu’aux yeux il ne réfléchit pas à deux fois (il n’est pas lui-même) mais cela n’en reste pas moins une immense parabole sur le système et l’industrie du genre :  à quel moment celle-ci a bien changée, à quel moment ne savait-il pas où il a mis les pieds ? Tout porte à croire que notre héros est finalement trop vieille école dans un superbe passage où il revit à postériori ce qu’il a "commis". Ceci par contre est très bien amené, en deux temps, ce qui me fait déjà dire que Spasojevic est bien meilleur raconteur d’histoire que quelques-uns de ses contemporains, et nombre de nos compatriotes, en jouant habilement du principe de symétrie scénaristique, en deux temps donc. Quand Milos commence à tourner pour Vukmir (et le comédien fait bien tout ce qu’il faut pour incarner une figure satanique contemporaine) c’est toujours de façon très paramétrée, une voiture vient le chercher à son domicile et tandis qu’il est suivi par un caméraman, un second l’attend derrière la première porte, ce qui donne lieu à de très beau champs/contre-champs et autre points de vues différés tout en avançant dans l’action. Le sens du tout lui échappe complètement et il se contente de faire ce qu’il sait faire. Quand les choses ont bien dérapées c’est au tour de Milos de passer derrière la caméra, mais pour se repasser les bandes, où il va trouver les pièces manquantes (grâce à des éléments épars chronologiquement) aux bribes peu ragoûtantes qui lui papillonnent dans la tronche. Procédé de ré-actualisation que l’on trouve autant dans UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL de Mario Bava (où le tueur est obligé de tuer pour comprendre pourquoi il tue) que dans 2001 L’ODYSSEE DE L’ESPACE de Vous-Savez-Qui, avec la scène réflexive à l’intérieur du Monolithe. A ce titre la référence à Kubrick est quasi-constituante : elle est d’abord reprise entièrement d’un point de vue formel dans la scène des premières prises de vues, pour ensuite être véritablement appliquée sur le fond lors de la période des rembobinages, puis des souvenirs qui se ré-actualisent au fur et à mesure que le personnage se rapproche de la vérité, A SERBIAN FILM n’appelle à rien d’autre finalement qu’au regard sur soi, dans un monde où l’offre a rattrapée depuis longtemps la demande. Vaille que vaille, on revient dans les dernières minutes du film vers l’Humain, mais c’est tout de même le Marché qui finira par avoir le dernier mot. En fait, le seul vrai problème du film de Spasojevic, c’est que ça manque de Strauss.

 

 

 

 

 

 

 

Nonobstant2000

 

 

 

 

 

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Samedi 4 juin 2011 6 04 /06 /Juin /2011 15:05

Publié dans : Corpus Analogia

 

 

 

 

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[Photo : "Sidney Lumet, un oscar, Jesus-Christ (dans le désordre)" par Norman Bates.

 

 

 

 

J’aurais pu faire une intro sur le printemps, écrire qu’a l’apogée d’un soleil fougueux je redécouvre enfin le corps dévoilé de femmes encore blanchâtre des suites d’un hiver douteux, m'émerveiller devant le retour de températures abordables tout en essayant de caser une tentative d’humour sur les nuages radioactifs, ouais j’aurais pu, mais chez Matière Focale on est pas comme tout ces blogs de winners, on écrit pas des intros sur la météo, non mesdames et messieurs, de toute façon le printemps ne nous intéresse pas. On ne vit que la nuit, éclairés par les lumières tamisées de nos nights clubs sélectifs, au milieu de nos groupies camées, et parfois, à la faveur d’une gueule de bois exceptionnellement clémente, mût par un appétit carnassier on se déplace dans les cinémas pour torcher un article qui parlera plus de nous-mêmes que du film en question. Enfin quand on daigne écrire dessus.

 

Il faut dire que le siècle ne se prête pas vraiment au lyrisme pastoral de ce printemps radioactif, à bien y regarder. Dans les grandes villes du monde, on a gagné en sécurité en enfermant les sans-abris et les drogués, en installant des caméras de surveillance, en instaurant des couvres feux, en fermant les bars la nuit, en augmentant le nombre de chaîne à la télévision ou en élaborant un arsenal législatif toujours plus gargantuesque. Enfin, c’est du moins ce que penses Ben Kingsley à l’aube de sa va vieillesse, lorsqu’il se rend compte que sa femme ne l’aime pas, qu’il n’aime pas son boulot, qu’il a une furieuse envie de baiser et qu’il doit aux antidépresseurs la chance d’être toujours en vie. Alors quand un jeune focalien dealer désabusé débarque dans un nuage de fumée THC et dans sa vie, ses craintes métaphysiques et sa dépression sourde trouvent un écho jeune et séduisant. Il s’appelle Luke, il vient de finir le lycée, il n’a aucun ami, ses parents sont des loosers pathétiques criblés de dettes, il rentre chez lui le soir pour fumer des joints en jouant à la console et vend du shit pour s’acheter des cassettes de rap. Ambiance. Forcement il trouve la vie triste et cruelle, il a tout le temps envie de baiser, mais la seule meuf qu’il ait jamais pénétrée avait 4 grammes et les genoux sur la cuvette des chiottes.

 


THE WACKNESS c’est l’histoire d’un psy qui a la même maladie que ses patients et à la fin tout le monde crève sans avoir trouvé de solution.

 

Selon Levine, le Monde moderne prend place dans un été suffoquant, au cœur de New York. Au milieu des tours la jeunesse/vieillesse n’a rien à faire, elle va de drogue en canapé, de défonce en sex friend, du rap à la techno, bercée par les mêmes flows binaires, par une envie toujours renouvelée de baiser comme des ienchs toute la journée, et si elle n’arrive pas à baiser elle se drogue pour faire retomber la pression ou, pire encore, fait de la musique pour exprimer sa rancune et sa colère face à un monde qui n’offre pour seuls rêves que des chairs faibles potentiellement infestées de MST. Cette vacuité a pourtant un remède simple, l’amour, et quand Luke rencontre Stéphanie, une meuf qui veuille bien lui parler/le suivre/l’embrasser/le sucer la photo reprend des couleurs, y’a des panoramiques sur la plage, de la lumière dans les cheveux et des éclats dans les yeux, c’est un printemps de blogueur pour existences sans intérêts, c’est éthéré et aérien, ca passe et ca passe trop vite, ca nous laisse le cœur brisé et nous rejette encore plus fort dans une existence merdique. Pour Kingsley c’est la même à l’envers, sa belle femme ne veut plus rien de lui, son bel appartement sans âme sert de décor pour des déambulations dépressives donc il fume, boit et baise des gamines bourrées pour oublier.

 


Pour le contexte social et politique, on ne s'embarrassera pas trop, on sent bien que Levine s’en préoccupe au moins autant que moi. Ce qui l'intéresse, comme dans son premier film ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE, c’est de plaquer derrière un film de genre  des angoisses métaphysiques sur le sens de la vie et la recherche du bonheur, le tout avec une mise en scène tout de suite identifiable, soit une photo ultra léchée, des cadrages recherchés, des mouvements de caméras dans tout les sens et un montage qui introduit le malaise. Il y a un truc fascinant, qui tient dans une seule scène, la seule scène de baise du film. Elle dure bien 10 minutes, elle est d’une violence terrifiante, glauque comme un coucher de soleil sur la manche, très bien construite et magnifiquement mise en scène. Je veux pas trop vous raconter mais il y a d’abord le scénario : en gros, on a trois phases, chacune commençant mieux que la précédente, mais finissant deux fois plus mal ! Plus on avance vers l’acte sexuel réussi, plus la désillusion est profonde ! Le sexe ce n’est que ÇA. On part d’une situation de séduction optimale : ambiance plage la nuit éclairée par la lune avec une fille qui te fait fantasmer depuis des lustres, doux clapotis des vagues, bruit du sable glissant doucement sur la cime de vaguelettes venant lécher tièdement les pieds de la douce naïade et puis là, au milieu de cette quiétude paisible chargée de désir, ça se transforme en porno gonzo ambiance grosse chatte mal épilée ramonée par un stade de rugby peuplé d'humanoïdes bodybuildés style troisième reich, équipés de pénis monstrueux mal épilés filmés en gros plans. Tu te rends compte que, dans toute cette débâcle d’épilation, la fille recherche juste la performance quand toi tu voulais l’amour de tes dessins animés d’enfant sensible couvé par maman... Il y a même une biche qui passe et qui s’en va !! Si Levine avait eu les couilles d’aller jusqu’au bout de son propos il aurait rajouté un chasseur avec une moustache et on avait la cène de notre siècle, le panthéon d’une société où les gens veulent des plans culs réguliers et des sex friends pour pouvoir assurer leur carrière de merde à l’aise. Et là je parle que de l’écriture de la scène. Il faut voir la photo qui passe du chaud au grisâtre, la lune qui passe de l’argent au métallique, l’arrivée du soleil qui finit par éclairer une scène digne d’une pub pour un gel douche alors que le mec déclare sa flamme à la femme de sa vie, de la manière la plus naïve du monde, et où toute cette naïveté se retrouve jetée aux loups parce que la meuf n'a plus aucune sensibilité à force de baiser à tire-larigot depuis qu’elle a treize ans, le tout cadré comme dans Ushuaïa Nature. Je ne sais pas vous mais moi j’en chiale. Putain.

 


Et je prends juste cette scène comme exemple parce qu’elle est sublime, mais je pourrais écrire des paragraphes entiers sur la scène de masturbation style Alerte à Malibu ou la vue subjective sur un doigt tendu à la salope incarnée. Et même si on peut reprocher à Levine d’en faire trop, de flatter quelque fois le public Sundance un peu lubriquement, d’avoir une propension certaine pour le clippesque, de faire de l'esthétique pour l'esthétique ou de balancer des messages gauchistes en loucedé, on peut pas lui enlever cette malice de l’abîme, ce faux air cool pour parler des choses les plus graves du monde, déjà un peu présent dans ...MANDY LANE. Car si précisément la mise en scène est si ostentatoire et tape à l’œil, c’est sans doute aussi pour coller à cette envie de Beau désirée par les personnages, de Beau rapide et accessible, consommable bien sur, mais de Beau devant du vide, comme la femme de Kingsley, fantomatique, semblant hanter un vestige d’appartement qui aurait abrité l’Amour. Et oui, la fin est naïve, mais dans une époque aussi cynique, ca fait parfois du bien.

 


Norman Bates. 

 

 

 

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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 22:12

Publié dans : Corpus Analogia

incoming devo

[Photo: "Redaction" par Dr Devo, d'aprés une photo du film INCOMING FRESHMEN.]

 

 

 

 

 

 

 

Je sais les temps sont durs, nous vivons des heures sombres et il n'est plus possible de se voiler la face. Et pourtant, c'est bien ce que tout le monde fait. Toi aussi, tu as fantasmé à la lecture des articles de la presse spécialisée relatant le chemin de croix de David Lynch dans sa cave, peaufinant ERASERHEARD sans relâche, tu as pleuré de joie en voyant Johnny Depp avec moustache dans le ED WOOD de Tim Burton tandis que celui-ci s'extasiait devant un stock de pellicules non-utilisées par les studios. Et quand Lars Von Trier a initié son mouvement Dogme, tu as vu les portes du nouveau siècle s'ouvrir devant toi, et si tu es toujours là, tu les a vu également se refermer. La liberté d'expression on la connaît. Quand aux possibilités d'expression artistique, n'en parlons que très vite, ce ne sont même plus les producteurs qui font les films, ce sont les distributeurs (allons les enfants soyez sage, il y a quand-même moyen de dire ce que vous voulez dire autrement, pourquoi tous les héros de votre film ne seraient-ils pas des héroines et elles finiraient par se battre nues dans la boue ? -aaargh, je viens de me spolier moi-même, c'était le final de mon script LA MAMAN ET LA PUTAIN 2 , la peste soit de ma distraction...), et autour de toi l'étau se reserre, tout ça tu ne peux pas vraiment en parler: tes potes sont là pour gober des petits fours et tu te surprends à dire que le dernier Fred Cavayé, ou Lou Doillon, ou Sofia Coppola, est ''un film ambitieux'', et puis la seconde d'après tu t'en veux à toi-même pour le restant de la soirée.L'espace d'un instant tu es passé de l'autre côté. Oh bien sûr peut-être personne n'a remarqué, car tu donnes le change, car tu souris comme tout le monde à l'évocation du dernier Beigbeder qui porte tellement bien son titre, et personne ne se rend compte de rien, mais en toi-même tu penses à Julio Cortazar qui citait Simone de Beauvoir :

 

''Ah combien il était difficile en ces temps-là d'être jeune''

 

...maintenant tu sais pour toujours à quelle inhumanité le besoin d'appartenance peut pousser (d'ailleurs tiens puisque c'est ça, à mort l'arbitre).... Mais que celui qui a lu la description d'un tableau d'André Masson par Antonin Artaud ( in. L'OMBILIC DES LIMBES) dans lequel il voyait un film absolu, que celui-là te jette la première pierre. En résumé, tu ne mourras pas lapidé ce soir, re-sers toi donc comme tout le monde pour dire au revoir, car nous, nous te laisserons pas tomber, et tu es attendu ici, pour l'after.

 

 

Damon Packard est né en 1967, chez nous en Amérique, il commence à réaliser ses propres films à l'âge de 11 ans et son idole est Steven Spielberg. Il continuera dans cette voie pendant son adolescence et même après, non sans avoir travaillé chez Georges Lucas en tant qu'ingénieur du son. Je ne pense pas que ses positions vis-à-vis de l'industrie soient dûes uniquement à cette période, mais pour avoir vue cette dernière fonctionner de l'intérieur, Packard en est revenu et n'hesite pas en parler et encore moins à la mettre en scène sans concession, et c'est même peu dire qu'en matière de parodie Packard est devenu en réalité quasi-institutionnel : ''A partir de 1983, l'industrie n'a plus cessée de se cannibaliser elle-même'' (dixit). Recyclage des histoires, des icônes, triple remakes et hommages à profusion, avec essorage tous les dix ans, pour les petits nouveaux, et mode d'emploi pour rentrer dans le rang. En 1988 il fait une entrée fracassante dans le circuit de la communauté alternative avec son DAWN OF AN EVIL MILLENIUM, réalisé avec un budget minimal. En vivant dans des tentes ou dans sa voiture il poursuit vaille que vaille sa vocation et réalise APPLE en 1992 et THE EARLY 70's HORROR TRAILER en 1999, dans lequel vous trouverez, au détour d'une fausse bande-annonce, le pitch vingt ans avant de la série LOST, hop, comme ça, pofpofpof. En 2003, il signe THE UNTITLED STAR WARS MOCKUMENTARY,qui comme son nom, en 2007 il enchaîne avec SPACE DISCO ONE et il achève en 2009 une adaption live de NAUSICAA DE LA VALLEE DES VENTS d'après le manga de Miyazaki. Mais je souhaiterais parler ici plutôt de son REFLECTIONS OF EVIL datant de 2002, pour lequel j'ai un véritable faible particulièrement non-objectif, et ce à beaucoup de niveaux. Suite à un héritage, et vivant toujours dans des conditions précaires, Packard investit tout son argent dans la réalisation de son nouveau projet, dont il fera 23 000 copies DVD qu'il distribuera partout, gratuitement, y compris aux studios et aux célébrités qu'il pourra approcher -et il compilera d'ailleurs l'ensemble de leurs réactions sur son site Internet, le film étant par ailleurs loin de faire l'unanimité, et des personnalités comme Oliver Stone ou James Belushi ne mâcheront pas leurs termes. Oui mais, le film est encore à ce jour considéré comme une référence en matière de production indépendante, Damon Packard est devenu l'archétype de l'artiste underground presque au même titre que Kenneth Anger en son temps, sans être pour autant reconnu du grand public plus que ça toutefois.

 

Un faible non-objectif vous disais-je, car REFLECTIONS OF EVIL constitue ma première incursion dans l'univers de Damon Packard dont les trésors d'inventivité malgré le peu de moyens sont devenus une source d'inspiration continuelle depuis. Ici LES CONTES DE LA FOLIE ORDINAIREde Bukowski se téléscopent avec LE CAUCHEMARD CLIMATISE d'Henry Miller dans un déluge extatique d'adrénaline pure, perpétuellement au bord de l'implosion; assurément tout ce que Robert Aldrich n'a pas pu montrer dans L'EMPEREUR DU NORD -et qu'on est pas prêt de voir non plus dans un film de studio avant longtemps- se retrouve transposé ici dans la vie de tous les jours (et non sans rappeller également le terrain de jeu du STREET TRASH de Jim Muro) à travers les déambulations du personnage incarné par Damon Packard lui-même, véritable Quasimodo ou Caliban des Temps Modernes, décérébré par une société aliénante qui n'offre comme compensation que la consommation à outrance, ne serait-ce que pour pouvoir la supporter, ce qui ne fait qu'aliéner l'individu encore plus. Vous ne le saviez pas en arrivant, mais vous venez de mettre un pied dans l'oeil du cyclone, grâce à une distanciation abrasive des schémas narratifs habituels, Packard multiplie les trucages, les déformations, les sur-impressions, les solarisations, sans compter le travail sur le son, et confronte impitoyablement l'industrie du divertissement à ses propres démons: le spectacularisme de bon ton Spielbergien (période où l'un de ses techniciens se fait décapiter par un hélicoptère, incident qui failli lui coûter sa carrière et que Packard caricature sans ménagement) dont les coulisses ressemblent à l'anti-chambre du Minotaure, dans un trip sur-psychédélique où l'Esméralda de Packard entrevoit son propre futur, et d'où surnage le spectre du Vietnam ainsi que l'illusion hippie. Et c'est bel et bien pour son intransigeance, car on retrouve dans le film une volonté de dire qui vient à bout de tous les obstacles et de toutes les conventions, que REFLECTIONS OF EVIL est l'un des films les plus importants de ce début de siècle. La critique sociale a généralement besoin d'un cadre, et le fantastique s'y prête généralement très bien, mais rarement elle n'aura été aussi frontale. Entre-temps -ou bien depuis, comme le dit si bien Peter Greenaway, the cinema is dead.

 

 

 

I think the point where things went wrong started when we shifted from the 70's into the 80's (a dramatic shift) but I would point to the late 80's as the phase we never really left. The recycling of play it safe idea's just increased as time moved on. A part of me feels like we've reached a brick wall with nowhere left to go other than our own deluded interpretations. The inspiring era of breaking new ground and risk-taking is long gone. People kid themselves that there are always possibilities, new frontiers to reach and boundaries to break. Not so. And even if so, the control structures are in a beyond play it safe mode now before it all crumbles anyway. Our only hope are anomalous random miracles. I can't help to feel we're just killing time before the ship sinks completely.

 

Damon Packard.

 

 

 

 

P.S : son prochain film ''FOXFUR'' est annoncé pour cette année et vous pourrez en savoir un peu plus ici : http://rockethub.com/projects/767-message-from-the-pleiades-aka-foxfur, et pour ceux qui n'ont peur de rien, je recommande instamment cet autre lien: http://www.lederniercri.org.

 

 

 

Nonobstant2000.

 

 

 

 

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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 13:10

Publié dans : Corpus Analogia

maille ltteul aille devo

[Photo: "Bigre Science (Amen)" par Dr Devo.]

 


Nota-Bene

Le marquis avait déjà fait un article, en son temps sur ce film. Pour le lire, cliquez ici !

 

 

Amie focalienne, ami focalien,

 

J'espère que la journée fût bonne, semi-méthodique, semi-épanouissante, peut-être les deux, et si tel ne fût pas le cas, oubliez ça deux secondes, ce soir c'est galette, pantoufles, robe de chambre avec cognac au fond du ballon, vous êtes conviés à la séance de MY LITTLE EYE de Marc Evans (à qui l'on doit également l'excellent RESURECTION MAN), un petit slasher cuvée 2002 qu'on peut regarder même pour ne pas se faire peur.

 

Deux filles, trois garçons, une télé-réalité. Une annonce diffusée sur Internet, qui restera d'ailleurs le seul support de diffusion, six mois dans une baraque pour un million, sauf en cas d'abandon de l'un des concurrents. Tout ce que je viens de vous raconter en quelques lignes prend à peu près autant de place dans le film: puisque la maison est truffée de caméras, c'est direct à coups de split-screens multi-angulaires que nous assistons à l'arrivée des participants, et en fait au gros du séjour avec un montage rapide d'instantannés pris sur le vif, ça donne tout de suite le ton et de ce côté-là on ne sera pas déçus. Nous arrivons au terme des six mois, rien de très croustillant d'un point de vue télé-réalité, c'est presque trop facile, pourtant nos amis sont quand-même un peu exténués, on ne peut pas dire que beaucoup d'affinités se soient construites, à la limite ils ressembleraient plus à une bande de co-locs qui auraient ratés leurs études ensemble, ce qui est déjà un point commun me direz-vous peut-être. Là-dessus c'est la tuyauterie qui pète, et comme on est à Petaouchnok-dans-le-grand-froid ça tombe un peu mal, puis ce sont les collis de ravitaillement qui se révèlent être effectivement de mauvais goût, dans le sens où ils se posent plutôt en tant qu'énigmes un peu bizarres et qui sont en fait dirigés sur chacun des candidats tour à tour, quelquechose que eux seuls sont susceptibles de comprendre et qui daterait comme qui dirait de leurs passé secret le plus enfoui. On se fout de notre gueule et en plus c'est pas drôle, alors où veulent-ils en venir? -se disent-ils. Cherchez pas nous dit le petit malin de la bande, reprennant par là une des expressions favorites de Charles Bukowsky ' ils veulent du show'. Bien. Tout est en place nous pouvons donc commencer.

 

Avouez que pour une thématique sur la télé-réalité, on en attendait évidemment pas moins (du show; le titre ferait référence à un jeu, I SPY, et le concept en gros d'une emission appelée BIG BROTHER), et pourtant il faut aussi rendre hommage au travail d'écriture, car le spectacularisme à deux sous est ici évité avec élégance, il n'est pas sur-appuyé à outrance et sert véritablement de carburant à l'intrigue et à creuser progressivement l'ambiance pour donner lieu également à un très beau travail de caractérisation des personnages, très nuancé. Et c'est un véritable crève-coeur d'ailleurs de ne pas pouvoir s'étendre vraiment sur l'emploi de quelques fausses-pistes. Tant que j'y suis je saluerais également l'interprétation de tous les comédiens, magnifiquement portés par la mise-en-scène d'accord, mais pas seulement. Et pour avoir vu le film d'abord en vo, puis en vf, je ne peux que vous encourager à la première, le doublage étant plutôt un peu mollichon (de quoi ressoulever toutes les polémiques sur le protectionnisme de l'industrie française). Certaines des répliques doublées qui tombent complètement à plat, alors qu'elles sont absolument imparables (...hey..HEY..THIS IS MY ASS …! - I k-now Emma) sans être pour autant aussi drôles que celle que je n'ai pu m'empêcher de vous citer.

 

La mise en scène camarade, c'est bien notre second point, et pour essayer de me faire encore mieux comprendre, parce que moi je n'y connais absolument rien, je me permettrais de vous renvoyer à la superbe chronique de notre estimé Docteur (bien trop rare ces temps-ci pour nos rétines et cortex, mais occupé à défendre nos couleurs dans toutes les ambassades du monde face à des hordes de fonctionnaires toxico-dépendants) du film POPCORN de Mark Harrier -attention, pas un autre truc datant de 2007-, car il y a comme ça des articles qui peuvent changer une vie, et c'est spécialement à cause du film qui nous intéresse ce soir que je reprendrais une formule de notre Très Haut Maître Estimé : voilà bien un film où tout le monde bosse. C'est rien de le dire, mais ça n'arrive pas tous les jours non plus. Je ne connais aucune de nos super ('iniquité-iniquité') productions qui puisse prétendre rivaliser avec la qualité du film de Mark Evans,. et la seule référence qui me viendrait à l'esprit serait le tandem Scott McGee et David Siegel (auteurs de l'incroyable SUTURE et de DEEP END, qui fît l'objet d'une soirée BCMG il n'y a pas si longtemps) ce qui n'est sans doute pas une consolation pour nos estimés collègues de la profession, et croyez-le bien toutes ces citations ne sont malheureusement pas un déballage gratuit de culture générale, mais bien une volonté de situer le débat.

 

Pour vous dire que même un néophyte de la pire espèce comme moi n'a pu s'empêcher de se dire au moins une seconde "là je crois qu'on est vraiment gâté" : il n'y a pas un seul plan qui ne soit une véritable offrande pour le spectateur, j'ai pu évoquer le jeu des comédiens peut-être un chouilla porté par la mise-en-scène mais les deux ne se marchent absolument pas sur les pieds (oui, eventuellement suivez mon regard), le découpage, l'enchaînement des plans -le concept multi-caméra toujours- est une véritable symphonie, on circule incroyablement dans l'espace, quand au cadre (mon dieu le cadre) ainsi que l'échelle de plans... Là, ce sont de vrais moments de solos free- jazz. Je ne parle pas de quelques (pardonnez l'expression) moments de caméra subjective (réputés illisibles et vomitoires, ce n'est pas le cas, récurrents mais pas plus que ça) ni des moments en caméra-infra, la référence au BLAIR WITCH PROJECT bien sûr mais encore une fois, utilisée ici avec parcimonie et pertinence, et donc oui, disons-le aussi comme ça, gros boulot d'éclairage, c'est même le seul film qui pourrait vous faire bondir du fauteuil quand une ampoule s'allumme. Et d'ailleurs on a droit à toute la panoplie de figures imposées que propose la catégorie (comme au skate) y compris les sessions lampe de poche (le MISTER LONELY de Harmony Korine contient lui aussi, entre autre, un très grand moment lampe de poche. Peut-être que je m'égare..à vous de me dire) ou les bons-vieux contre-jours que ne renieraient ni John Cassavetes ni Damon Packard (olé.)

 

Le cadre (j'allais partir) c'est simple, pensez au maître Argento qui quoi qu'on en dise est le Dieu du plan-épaule en caméra portée, mais ce n'est toujours pas tout : il n'y en a pas un seul qui ne soit composé, et même archi-composé. Des surcadrages (un split-screen sans le split) tout simplement somptueux, toujours pertinents, créant et re-créant une géométrie de l'espace suivant les affinités du moment et les temps psychologiques. Quand un personnage va mourir il y a même une croix dessus (mention spéciale pour la fenêtre ouest), et avec ça re-cadrés et encore re-cadrés et re et re, ça ne s'arrête JAMAIS. Quand ce n'est pas non plus la technologie elle-même qui s'en mêle, du fait des organisateurs qu'on ne voit jamais qui, en prenant tout leur temps même vous pètent des petits zooms avec mise au point, et où le résultat renvoit presque au cinéma expérimental, faisant ressortir la texture de l'image à coups de gros grains, en intérieur et en extérieur, comme ça y a pas de jaloux -tenez je recraque à niveau, je pense tout particulièrement à une scène en particulier, de nuit, avec deux personnages sur fond de montagne où l'on pourrait se croire en plein coeur de la techtonique des plaques.

 

Toutes ces gourmandises contribueraient-elles à nous faire oublier le propos, non certainement pas. Mais comme tout le reste il nous est envoyé autant avec modération qu'en concentré. Parfois certains films comptent sur un petit rajout "en profondeur" en essayant de susciter une ambiguité, un quelque chose à déduire. Ici il n'y a rien d'autre à voir que ce que vous voyez, mais je n'ai pas dit que c'était plus rassurant pour autant; nous sommes juste au-delà du bien et du mal parce que nous sommes dans les faits. Et pour revenir une dernière fois sur l'emphase professionnelle de toute l'équipe (véritablement "animée'", j'ai envie de dire, ou "habitée"), qu'il n' y a pas si longtemps un film comme MY LITTLE EYE était carrément considéré comme le minimum syndical dans les écoles. Posé au regard du battage complaisant qui entoure chacun des pets colorés qui caractérise notre production nationnale dans le registre, cela aussi est un fait et comme le reste, il convient pour nous bien sûr de l'accepter. N'oubliez pas de récupérer vos papiers d'identité auprès d'Ingrid et Anouchka, nos ambassadrices, excusez cette précaution de notre part, mais après un film pareil c'est quand même bien pratique pour pouvoir se rappeler qui on est et où on habite, à moins que vous ne souhaitiez profiter du feu de cheminée encore quelques instants.

 

 

Nonobstant2000.

 

 

 

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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 23:14

Publié dans : Corpus Analogia

 

 

Chers Focaliens,

 

 

Nous recevons en général peu de courrier, et encore moins d'article. Je vous propose néanmoins cette fois-ci d'accueillir un petit nouveau, Nonobstant 2000, qui vient vers nous avec un très beau double-programme...

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

Oui. J'ai en effet proclamé en maintes occasions sur mon propre blog Images Qui Bougent, mais tout autant dans le cadre de mon quotidien, l'importance d'un blog comme Matière Focale autant sur mon vécu de spectateur / créateur en devenir - puisque ce sont des choses qui arrivent - qu'en tant qu'individu, et grâce à l'obstination renouvelée et imputrescible de toute l'équipe, peut-être aurez-vous remarqué que la frontière entre les deux n'est pas tellement si infranchissable..

 

C'est écrit dès le début, sans prendre personne en traître – même pas l'aristocratie de la profession, et pourtant Dieu sait si elle mérite -: "tout le monde peut devenir critique de cinéma et même un digne de ce nom" et encore d'en faire la démonstration avec ça. Aussi je le répète: en tant qu'artiste, mais surtout en tant qu'individu, moi , j'ai VRAIMENT besoin de lire des choses comme ça. J'ai besoin de lire autre chose qu'un charabia vaguement balancé avec un peu d'emphase, toute aussi floue et abstraite par ailleurs, extrait de plusieurs revues de cinéma et collant plus ou moins avec le dossier de presse. Je sais que le génie existe, mais s'il n'est pas encore à ma portée, je reste cependant persuadé que l'on peut faire des choses très bien simplement en suivant quelques règles, en se donnant quelques contraintes (même pour ceux qui seraient dépourvus d'éthique, ce qui semble être le cas au regard de certaines productions; à ceux-là, le Docteur et toute l'équipe, dans leur immense mansuétude, proposent encore quelques trucs et astuces -hi hi- crédibles pour pouvoir au moins faire semblant correctement ) et je ne saurais trop vous encourager à regarder les archives du blog où (maman, papa) j'ai l'honneur d'officier pour cette fois aujourd'hui.

 

Les habitués le savent, du côté de cette belle ville de Lille, se déroulent également grâce aux bons soins de toute l'équipe, ainsi que de quelques acolytes dans la place, les soirées BON CHIC MAUVAIS GENRE qui, à chaque fois, ne manquent jamais de faire saliver n'importe quel cinéphile profane un minimum concerné, et c'est précisément dans cette optique de "rester Devo chez soi" malgré la délocalisation, que nous vous proposons pas plus tard que tout de suite un autre prototype de soirée-cinéma ultime, sous vos chips ébahies...

 

En première partie  tout d'abord, nous suggèrerons ni plus ni moins que l'un des chef-d'oeuvre du maître Mario Bava LE MASQUE DU DEMON, pour ensuite retenir encore un peu davantage la nuit avec RE-ANIMATOR 2 de Brian Yuzna. Peut-être connaissais-tu déjà ces deux joyaux ami spectateur, auquel cas ne te sens pas vexé et poursuis ton chemin le coeur léger. Sinon ami(e) aventureux(se) et profane (profan) accorde-toi cette grâce infinie et hors-de-prix (sur You Tube en effet, mais n'allez pas me faire dire ce que je n'ai pas dit, sans sous-titrages cependant) de te délecter en une fois de ce que l'esprit humaniste allié au savoir faire le plus artisanal et désintéressé a produit de mieux dans le cadre pourtant stakhanoviste de l'industrie telle que nous la connaissons, et ce par deux fois, à trente ans d'intervalle ce qui n'a en effet aucun rapport, mais il en faudra beaucoup plus que ça pour nous éloigner de notre sujet …

 

 

 bat devo

En 1960, Mario Bava n'est pas encore l'inventeur du giallo moderne, mais il a derrière lui un backround (background) assez conséquent puisqu'il a occupé les postes de chef opérateur ainsi que de directeur des effets spéciaux pour Ricardo Fredda, dont il a tendance à terminer les films à sa place. Cette fois officiellement aux commandes, il signe avec LE MASQUE DU DEMON une fable gothique d'une beauté absolue à ranger aux côtés de LA NUIT DU CHASSEUR de Charles Laughton ou des films de Jean Cocteau dans la catégorie "chefs-d'oeuvre du noir et blanc" s'il faut vraiment donner une étiquette. Pour ceux qui sont assez peu familiers, comme moi, de la filmographie du maître, prenez garde, c'est un pan entier du cinéma qui va s'ouvrir sous vos yeux...

 

Non content de doter son film d'une photographie incroyable, dont les zones d'ombres et de lumières servent autant à insuffler au récit un cadre inquiétant qu'à servir de transitions graphiques à celui-ci, comme autant de chapitres d'un roman, comme autant de tableaux d'une pièce de théâtre, Mario Bava ne nous épargne aucun trésor de sophistication dont il ne soit capable, et ce, quasiment à chaque seconde.. que ce soit en terme de composition, à base de re-cadrages successifs à l'intérieur de l'image (tous plus inventifs, plus subtils et élégants les uns que les autres) que ce soit grâce aux éléments du décors ou grâce à la lumière, qui vient habiller somptueusement les scénographies les plus dépouillées, ou bien encore par la mise en scène, en déployant à chaque instant l'espace sous nos yeux de façon imparable, à grands renforts de reculs ou de zooms marqués qu'on penserait improbables pour une telle atmosphère, LE MASQUE... est un véritable feu d'artifice de tous les instants, une leçon absolue de cinéma, entièrement dévouée au genre. Et je ne vous parle pas non plus ici, notez bien, de la bande-son, ultra-moderne elle aussi, archi-composée et magnifiquement distillée, venant recouvrir d'une nappe diffuse de densité supplémentaire (oui) l'incroyable cathédrale visuelle que constitue le film de Bava...

 

Inspiré de loin en loin d'une nouvelle de Nicolas Gogol autour d'une malédiction jetée depuis le bûcher par une jeune sorcière en Moldavie, aux heures les plus sombres de l'Inquisition, l'intrigue repose cependant uniquement sur la force vénéneuse de ses ressorts narratifs, et les effets spéciaux, relativement restreints, valurent à BLACK SUNDAY d'être qualifié davantage de film « expressionniste » que gothique. La mise en scène brillante d'intelligence et de raffinement prenant quasiment le dessus sur tout et transcendant le contenu horrifique qu'elle s' est chargée de révéler; non vraiment, ne vous étonnez surtout pas si au sortir d'un tel spectacle, je pourrais donner l'impression d'avoir encore du caviar entre les dents car c''est exactement le cas, seulement voilà, ce n'est absolument le genre de la maison de se bâfrer tout seul comme vous allez le constater pour la suite, mais cette fois, ce n'est plus du caviar, mais directement la choucroute toute entière que vous risquez d'apercevoir car il est possible en effet de rester fasciné devant la maestria et le génie indéfiniment, et c'est même bien là le grand risque (car « à l'ombre des grands arbres rien ne pousse »,comme l'a dit l'un de nos sponsors, un certain Mr Brancusi), mais pour cette deuxième partie de soirée-cinéma ultime, nous vous proposerons dès lors ni plus ni moins un voyage aux sources mêmes de la maitrise et du talent - auriez-vous cru cela encore possible? - de fait voyons plutôt...

 

 reanimator2 devo
Avec le premier RE-ANIMATOR adapté d'une nouvelle de Lovercraft, Stuart Gordon allait faire le bonheur en 1985 de plusieurs générations de vidéo-clubs et de leurs clients déviants en signant de main de maître un joyal sur le mode de la comédie horrifique. Bien peu de suites arrivent généralement à rester à la hautuer de leurs franchises, cependant cette fois-ci c'est le producteur en personne du premier opus, Brian Yuzna (aussi réalisateur de SOCIETY) qui prend les commandes, et repousse encore plus loin les frontières de l'excellence en un hommage époustouflant à...tout: au registre c'est certain -avec la référence au film de James Whale (LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN) - que j'adore citer comme si je l'avais vu- mais à ce stade, on peut parler d'hommage, voire de déclaration, au cinéma tout entier ...

D'entrée la mise en scène de Yuzna affiche une continuité respectueuse du premier opus de Gordon, dans le sens où il poursuit de façon admirable les relations entre les personnages, faisant apparaître de nouveaux enjeux, s'occupant avec la même considération des personnages secondaires - c'est vraiment sur ce point d'ailleurs que la suite se manifeste le plus en tant que redite par rapport à l'original, en en conservant très explicitement la structure - mais ce serait aussi mésestimer le talent de Yuzna, qui mine de rien, fait monter la sauce un cran au-dessus du premier volet, très progressivement au départ pour finir par emmener furieusement tous les paramètres dont il dispose véritablement à leur paroxysme, et dont le dernier tiers du film constitue le moment ultime de consécration, j'entends par là une véritable apocalypse:

 

Jimi Hendrix mettant le feu à sa guitare..

 

Kurt Cobain en train de tout péter...

 

 

Il m'aura rarement été donné de voir dans un film un tel déploiement, une telle charge; quasi-animale et surtout très punk. Mais punk à un point où on aurait jamais cru que c'était permis, c'est le film qui s'auto-détruit , là, sous vos yeux, à l'image, dans une apothéose absolument pas grand-guignolesque, comme on pourrait presque s'y attendre, non, c'est une apothéose épique, pleine de bruit et de fureur ...

 

Et là je vous le dis net, après ça, plus rien ne sera comme avant..

 

Loin les envolées lyriques mais encore baveuses des starlettes du moment dans les talks-shows, loin les grands discours (en tout cas certains) sur la façon de faire du cinéma de la part de petits yes-men du moment, qui par un truchement étonnant de la conjoncture socio-économique, feraient presque figures d'auteurs alors qu'ils nous ont eus à l'usure (vous dire si elle dure/ la conjoncture), bref tout ce dont j'ai pu vous parler en exergue de cet article donc, loin tout ça, loin, loin, loin... On perçoit d'un seul coup les hectolitres d'huile de coude nécessaires à l'aboutissement d'un tel projet dédié véritablement à la consécration du genre, et avec ça peut-être même tout le pathos du monde, parce que, oui, d'un seul coup il vient tout juste de nous exploser à la face... Avec RE-ANIMATOR 2, Brian Yuzna aura marché le doigt bien tendu face à l'histoire et à la pérennité de la profession, en réalisant son film comme si ce devait être le dernier, c'est quasiment palpable surtout au regard des torrents de navets plan-plans et je dirais même FONCTIONNAIRES, qui sévissent actuellement sur nos écrans, « vos gueules les mouettes » (donc) nous dit Brian Yuzna, à déjà maintenant presque quarante ans de distance. Mais commençons plutôt par le début...Toutefois vous pouvez aussi bien en rester là car quelques éléments dans ce qui va suivre pourraient vous gâcher plus qu'une "bonne surprise", un moment unique de cinéma, ce serait vraiment dommage.

 

Dès les premiers échanges entre les deux scientifiques, on sent qu'on est passé à la version adulte du sujet, ne serait-ce que dans l'enchaînement des plans et aussi de par la stature du cadre, sans vouloir dénigrer par là le travail de Stuart Gordon : le fait est qu'il avait à sa charge d'installer tous les tenants de l'univers de RE-ANIMATOR, ainsi que son propre ton, et c'est ce qu'il fît avec succès, mais Brian Yuzna reprend les rennes au sens propre du terme et creuse sensiblement les thématiques, marquant de façon perceptible tous les enjeux : la dialectique trouble entre Herbert West -tout entier, trop, dévoué à sa quête de vouloir re-créer la vie (à moins que ce ne soit surmonter la mort...mmh, voici qui donnerait lieu à une charmante préquelle - envoyez vos dons) - et son acolyte le docteur Can, qui lui ne l'est pas assez : play-boy de série hospitalière, empêtré dans les opportunités du quotidien qu'il n'est décidément pas prêt à sacrifier pour entrer lui aussi "en recherche", constamment révolté qui plus est par les manquements à l'éthique qu'une telle démarche nécessite et qui se manifeste vraiment très très très bien à travers le comportement excentrique de son obsessionnel collègue il faut bien l'avouer (le comédien Jeffrey Combs d'une préçision à toute épreuve donc, et Peter Kent repoussoir de première classe, mais il faut également le dire, dans les deux opus, pas un seul comédien qui calanche, pas un seul rôle qui flageolle, fin-de-la-parenthèse). Présentés ainsi tous deux comme les mêmes pôles d'une seule dualité, raison et sentiment, à moins que ce ne soit deux frères issus d'une même religion (rrrôôh, pardon), chacun cherchant à repousser l'autre sans pouvoir l'ignorer totalement, mais dont les intérêts (le perfectionnisme insatiable de West et l'empathie maladive de Can quant à vouloir éradiquer la souffrance du monde) vont finir pourtant par se rejoindre contre toute attente, avec brio, quand la possibilité de re-création de la vie à partir de rien (enfin de morceaux de corps déjà existant) va réellement se voir proposer au docteur Can, y compris en utilisant le coeur de sa fiancée décédée à la fin du premier opus: le docteur Can va-t-il lui aussi vendre son âme à la science, et reprendre à la Nature ce qu'elle lui a volé - lui qui a toujours été sympa en vrai....L'approche de Yuzna, en terme de continuité se révèle absolument métallissime.

 

Là-dessus c'est toujours les doigts dans le nez qu'il reprend d'autres éléments du film de Gordon, avec d'autres personnages annexes, qui lui permettent d'ancrer toujours plus son récit dans le genre de la comédie noire, autant que de bétonner sa thématique, et c'est là préçisément qu'il commence de mettre le feu aux poudres : les expériences ratées de West nous apparaissent tout à coup dans l'entièreté et la flagrance de leur horreur, lorgnant autant du côté de l'approche critique d'un Romero que de celle archi-méga-allumée du DAWN OF AN EVIL MILLENIUM de Damon Packard -oui, ô frère spectateur tu ne rêves pas, tout ceci est bel et bien pour toi- et c'est là véritablement que commence le début de la fin, les monstres générés par le fameux « sommeil de la raison » cher à Goya (un autre de nos sponsors) vont sortir du placard et leurs créateurs n'auront plus d'autres choix que de ne pas les oublier et de les voir: pour un moment de perfection, de consécration ultime (officielle?), combien d'atrocités perpétrées, mais qui cette fois ont décidés de marcher vers leurs géniteurs, affamés de reconaissance, littéralement.

 

L'apothéose aura lieu dans la scène finale du laboratoire, où les quelques amorces de caméra subjective posées ici et là tout au long du récit auraient du nous mettre la puce à l'oreille, et où un plan serré sur la nouvelle héroïne devant le seul décor d'une bichromie sublime des éclairages, qui n'est pas sans rappeler, dans le genre imbattable, LA PLANETE DES VAMPIRES de Mario Bava (et moi je suis astrologue puisque la boucle est bouclée, l'arroseur arrosé, et le pernaud…) viendra jeter tout le monde sans ménagement en plein délire cheap-kitschouille années 80-trash (presque dans le genre clip MTV, mais sans la musique)... enchaînant les angles les plus incisifs, au plus près de la charge émotionnelle et de la violence de l'action, allant même jusqu'à frôler l'abstraction à chaque fois mais ne faisant que la frôler justement, et sans lâcher la bride à une dramaturgie poignante ( Ken Russell transfiguré ?)  non ami spectateur, cette fois-ci tu ne rêves pas, ici te faire une raison tu dois: cela ne peut pas être le disjoncteur. Pas quinze fois de suite.

 

Pour ma part, puisque depuis tout à l'heure je vous dis tout, je me souviens m'être comme « réveillé », toujours dans mon fauteuil, l'ordinateur toujours allumé sur les genoux, le paquet de chips en train de fumer sa clope (…?), ensuite je crois que j'ai tourné en rond un peu dans la pièce trente secondes, avant de pousser le rideau et d'observer comme ça d'un peu plus près la nuit. Un sac plastique se serait balladé à ce moment-là en essayant de me faire un coup à la « AMERICAN BEAUTY » je vous jure je lui pètais la gueule (à ma façon j'ai peur de rien), peut-être des images de seringue étaient encore trop présentes dans mon esprit, le sentiment que j'éprouvais ressemblant très fort à l'impression d' un médicament qu'on vient de prendre et qui fait son effet...c'est ça, il se trouve que j'avais rien demandé et on m'a filé l'antidote. Alors j'ai repoussé le rideau et j'ai souhaité bonne nuit avec empathie à ma télévision, qui elle, faisait bien, faisait très bien de rester éteinte, là tout de suite. Ce sont sur ces paroles que nous achèvrons notre modeste chronique, en espérant de tout coeur que la soirée ne fait seulement que commencer,

 bien à vous chers tous,

 

 Nonobstant2000.




 

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Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 20:48

Publié dans : Corpus Analogia

 

 

 

 

beart devo

(Photo: "Cidre Vichy" par Dr Devo, d'après une photo de Guy Béart.)

 

 

 

C’est l’histoire d’un instant : vous êtes jeune, beau et dans le vent, vous rencontrez une femme sans trop vous en rendre compte et tout est joué ; 40 ans après vous vous réveillez dans une vie formidable pour vos amis, mais que vous détestez cordialement : brisé par l’écrasante force du quotidien, érodé par l’infini ressac des petites habitudes d’une vie bien agencée, vous êtes arrivé au bout de tout vos efforts, de tout ce que vous pouvez encore faire pour donner le change. Un jour et c’est trop : les gens n’ont rien à se dire, ils essaient de se débarrasser de leurs peines, c’est tout, surtout au moment de l’amour, mais ca ne marche pas. Désespéré comme un humain, emprisonné comme dans une ville, vous sortez, exténué, après avoir tout balancé.

 

Et là vous rencontrez Jean Rochefort.

 

Comme on devient de plus en plus laid en vieillissant, on ne peut plus dissimuler nos peines. Notre visage, notre sale face devant les gens, c’est toute entière qu’on la projette sur les autres quand on erre entre deux hivers. Cette vie qu’on a mis à se confectionner soi-même en être et en devenir, elle se déchire complètement, un jour, et laisse béant. Cet abîme il faut le surmonter, mais alors la grimace qu’on fait dit tout de nous, elle est terrible et suintante, calque morbide d’une existence vidée du sens. Ne parlez pas de baiser, c’est de la tendresse à refourguer. On a trop baisé jeune, c’est ce qu’ils disent Marielle et Rochefort, maintenant il faut vivre. Cette vie à se cacher, à rentrer dans des nid douillets qu’on nomme habitudes, à cacher tout dedans ce qui fait peur dehors pour être bien en couple, modèle avec amis pour les samedis en ville, les vacances en août et le chien qui s’ennuie ne tient pas la route. S’il faut une quête, qu’elle soit entre hommes. S’il faut un but, que ce soit celui de sortir la tête haute.

 

Jean Rochefort, trop  chéri par les femmes recherche le célibat. Il faut s’y appliquer, et c’est dur de le rester, seul.  Partir un jour, loin de Paris, entre le ruisseau qui rigole et le facteur à vélo, les espaces de libertés entre d’autres espaces de libertés, la nature à profusion et le rosé sous les tonnelles. A-t-on besoin de femmes quand on a le flageolet ? Et l’été à la terrasse, a-t-on besoin du vacarme tonitruant d’une femme quand on peut s’endormir au bruit des glaçons ? Des amours d’une vie, seule l’amitié fraternelle survit. A trop vouloir maquiller jour et nuit un visage prêt à consommer on barbouille la misère un peu plus chaque fois. Les salissures sordides s’échappent sous les fonds de teints, mascaras dérisoires face aux assauts toujours renouvelés du temps et des âges, retour  au combat pour tous les sexes. C’est face à face que se régleront les différents entre les Hommes, car ils sont trop lâches pour en discuter avant. Quand les chiens sont lâchés il n’est plus temps de discuter, la parole aux vainqueurs et les remords aux autres, c’est dans des paysages arides et paradisiaques, vierge de toute humanité, que Blier expose au grand jour les petits tourments et grandes différences de nos sexes. Ici procès d’une épouse avide de sexe, là mari trop absent qui se terre dans le maquis pour ne pas affronter la chatte. Des lumières expressionnistes au montage surréaliste, la narration dévoile sans aucun rapport que les pauvres vont s’asseoir ensemble à la fin de la semaine pour savoir ce qu’ils sont devenus. On ne se sait pas amoureux, on découvre qu’on a aimé. C’est l’excès qui en masque un autre, comme trop de bouffe évite trop de sexe.  Tout courre ici bas, tellement que réunis enfin autour de la même table, on découvre que le magicien est cocu, que la femme à barbe n’en a pas, que les lutteurs n’ont pas de biceps, que les carabines tirent à blanc et que les chevaux de bois cassent. Ici, c’est la fête à tromper les gens, en somme.

 

Cadré comme un tableau pastoral, éclairé à l’italienne et orchestré comme une fête foraine qui déconne, CALMOS tresse finement et avec humour les perles de la discorde. Telle ou telle scène rappelle les grands conflits et images de guerres qui s’y rapportent : Vietnam, Laos, Ethiopie, un peu pour rire mais surtout à déplorer qu’on en puisse s’entendre, tout les hommes nés du même vagin, retourneront infiniment et en bandant tous dans la même chatte, origine du monde forcément. A bander jusqu'à en crever, on oubliera peut être qu’a baiser en vain on finira tous par se faire niquer pour de bon. CALMOS c’est MAD MAX, BRAZIL et LA SOUPE AUX CHOUX  réunis, c’est l’alpha et l’oméga du cinéma de papa, partagé entre une envie irrépressible de savourer et la crainte d’en pâtir. Film bancal, toujours inspiré, trop inspiré, jusqu'à se perdre dans des méandres névrotiques ou des saillies obsessionnelles, carte du champ de bataille d’une humanité qui allait se jeter cœur et âme dans un XXI eme siècle perdu d’avance. On a bien rit, mais le rire est devenu affreux, comme une brèche dans le visage révélant deux rangées de dents carnassières et une gigantesque faim cannibale. Comme quand on sera devenu des machines à baiser, bites droguées au fond d’un lit, continuellement en érection artificielle parce qu’on n’aura pas su à quel moment il était encore judicieux de se dresser.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

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Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 20:04

Publié dans : Corpus Analogia

 

 

schlingensief kon devo

[Photo (de gauche à droite: "Samedi, Mardi, Garmonbozia" par Dr Devo, d'aprés les photos de Christoph Schliengensief et Satoshi Kon.]

 

 

 

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Tu sais (oui, je commence sur une faute...), souvent, je me fais le pourfendeur de l'artisanat en la jouant versus le cochon, tendance architecte. Et du reste, je suis jamais revenu là-dessus. Fidèle quoi (tu commences à me connaître, 5 ans et demi, ce n'est plus du petit flirt...), comme un épagneul breton attend son maître, pourtant noyé, sur la plage...

 

Et si on mettait un peu de musique, et qu'on baissait un peu la lumière? T'aimerais ça? Allez, je te sers un drink, vite fait sur le gaz, je te mets HALO, l'alboume de mes potes de Current 93 (que j'ai toujours appelé « queue-rein-teuh-quatre-vingt-treize »). Corruption! C'est bon.... On s'installe dans le living, tranquilou...

 

Je me suis levé à 7h00, il faisait mauvais. Déjà la nuit, la pluie n'avait eu de cesse que de me flinguer mon temps de récupération et d'apprentissage, comme ils disent. Ca commençait fort. Je me réveillais donc à 7h00, dis-je, il pleuvait encore... Quand tu t'es connecté sur ma plate-forme, il était 16 heures et il n'avait toujours pas cessé de pleuvoir. En faisant tourner-cogner mes glaçons de contre la parois intérieur de mon verre à whisky, je décidais de mettre comme une galette en contre-point dans le lecteur dividi (la vache, j'ai failli mettre "électeur", lapsus, faut que me surveille ou je vais refaire un ulcère), histoire de créer un décalage entre la sinistrose inspiré par Dieu et le climat aoûtsaïde, et la fantaisie type "calbard sur la tête" insaïde... Et be,n ma jolie, tu le croiras pas, ca marchotait pas mal ma petite affaire. Un peu plus et ça avait un petit goût de Pologne...

 

Je commence ma petite affaire avec Marléne J., bon p'tit lot 49 à la criée, même pas trente ans, la môme. Entre parenthèses, t'as remarqué le changement d'attitude chez les débutantes, plus de 40 ans après? Il y a un cadeau avec la lessive quand t'achète la galette, et tu verras des bouts de bandes promos pour la télé de l'époque, notamment un discussion sur canapé entre Marlène et le père Audiard, breakfast of champions: ça taquine, ça observe,et on sent qu'elle cogite bien, la bougresse. Et c'est du direct, simple, du producteur au consommateur. Quant tu vois que maintenant, la moindre cracheuse de texte semble sortir de la place Vendôme ou d'un palace 69 étoiles, et comment ça se sent plus pisser de l'eau de rose dés qu'on a fait un film avec Kad Mérad, franchement, y'a une différence, non? C'est qu'elles veulent être actrice, comme on est chanteuse, vétérinaire ou pompier. Avant, elles voulaient faire des films, et on appelait le patron "Monsieur"!

 

[C'est complétement bête de dire ça. En même temps, à l'époque, on n'avait pas pas Facebook, on ne pouvait pas regarder des vidéos de chats qui se cassent la figure dans la salle de bain, et on en connaissait pas les polyhartistes... A chaque âge, ses plaisirs!]

 

Marlène, donc, un sacré brin vous l'aurez compris, est à la colle avec André Pouce, un sacré gangsta'. Ce dernier monte un sacré coup: le détournement d'une estafette de convoi de fond contenant un bon laoding de lingots d'or.

L'opération se passe à merveille, et tout serait absolument épatant si la Marlène n'avait pas une autre idée en tête. André c'est son homme, mais Bernard Blier, c'est son associé, et la petite sait où elle va. Elle trahit André Pouce, et c'est Blier qui met la main sur les barrettes. A son tour, Narnard La Combine embaume la Jobert en redéfinissant le partage: 100% pour lui, 0% pour elle!

L'arroseuse est trempée, mais n'en reste pas là... Elle décide de rendre visite à sa tantine (Françoise Rosay) dans le Sud. Quand cette dernière commence à avoir une bonne idée du tableau, elle décide de reprendre du service et remonter sur Paris pour faire le ménage. Et dans la capitale, le Landerneau des malfrats se fait tout petit à l'annonce de ce retour... Blier se retrouve seul pour protéger son magot., et décide que la meilleure défense c'est l'attaque. La tantine est sur sa liste...

 

 

Je me souviens dans ma glorieuse jeunesse, où, entre un livre de Pierre Desproges et un épisode du Monty Python's Flying Circus (qui à l'époque passait en anglais sous-titrée, en access et en praïme, belle époque), il y avait une espèce de mode en forme de revival, consistant à faire entrer Audiard au panthéon en se répétant que c'était génial. Avec le recul, je me demande si'il ne faut pas voir là le signe d'une communauté cinéphile qui canonise l'artiste après avoir craché dessus du temps de sa splendeur populaire! Un peu comme Sergio Leone, bien détesté de la communauté cinéphile jusqu'au début des années 80, puis soudain considéré aussi indispensable qu'une serviette bien chaude dans les cabinets, à la japonaise, c'est chic! Mais laissons cela..

Toujours est-il que, lorsque j'étais pignouffe, Audiard, je l'avais plutôt à la bonne, mais que désormais adolescent, ce matraquage médiatique (où tout le monde rivalisait pour citer les répliques de mémoire!) m'a bien éloigné du bonhomme. Ils avaient réussi à le transformer en Oscar Wilde ! Beurk!

 

Évidemment, c'est bien dommage... Et en même temps quel plaisir que de redécouvrir ces films à l'âge adulte! Et quel surprise aussi!

Car autant le dire, FAUT PAS PRENDRE LES ENFANTS DU BON DIEU POUR DES CANARDS SAUVAGES est un total bonheur. Loin de la brioche flatulente... [Bon, là, il y a un jeu de mots tordu, je vous laisse réfléchir...]

 

Loin de la brioche flatulente (inutile de chercher du côté de "pitch", c'est pas ça!), on est surpris de la totale liberté de la chose, peu ou prou. Alors évidement, pour les plus jeunes d'entre-nous (ceusses nés dans les années 80), on peut dire que les légendes urbaines entourant Audiard sont fondées. Les acteurs sont totalement épatants, et tous, ou presque. Non seulement on convoque des gueules, mais ça joue drôlement, des premiers aux seconds rôles. Blier et Rosay, exceptionnelle tantine (et carrière internationale: allez jeter un oeil sur imdb!) sont hallucinants! Quel métier ils ont! Quelle merveilleuse bouteille! C'est précis comme jamais, ça s'écoute,ca ralentit, ca break et ça repart à toute berzingue! Bref, c'est punk et hardcore ! Rien que pour ça, le film est absolument indispensable, et on ne saurait conseiller aux apprentis acteurs d'arrêter de pratiquer les arts de la rue, le cicarsisme et le djembé, d'arrêter d'aller voir des pièces de théâtre faisandées et pleins d'acteurs étant persuadés d'être sortis de la cuisse de Francis Huster, pour voir, à la place, ce film qui en dix minutes leur apprendront bien plus qu'en 6 mois de conservatoire. C'est SU-BLIME !

Juste derrière, Jobert et André Pouce, un grand mec lui aussi, sont merveilleux. Loin de jouer les potiches sexy de luxe, Marlène Jobert est un potiche sexy de luxe, avec un cerveau, et ce qu'il faut de désinvolture et de précision. Elle passe très bien, avec beaucoup de facilité même, en se foutant complétement du ridicule. Dans les scènes avec les trois autres monstressus-cités, elle tient bien son rang et n'a pas à rougir. Avec une troupe comme ça, le défi devient Kinder délice, voire même tout bueno. Quiconque a des fans d'Audiard dans son cercle, si j'ose, le sait très bien: si c'est pas joué dans le suprême et le merveilleux, si on est juste en dessous, c'est ignoble! Je crois d'ailleurs, si vous me permettez une digression documentaire, que je préfère encore danser "A La Queue-Leu-Leu" dans un mariage (ce qui est, pour moi, l'expérience la plus traumatisante de l'existence en temps de paix) que d'entendre des amis réciter des répliques des TONTONS FLINGUEURS ou autres. [En fait non, c'est l'inverse mais de peu, disons...]

 

Les textes d'Audiard sont des tueries, comme disent nos amis les jeunes, mais l'animal ne faisait pas dans le naturel. C'est composé, abstrait même parfois, et en un mot, c'est de la dentelle. Du coup, les acteurs capables de cracher la chose en gardant la franchise et la décontraction nécessaires, ils ne sont pas légion. Mais quand ça marche, comme ici, c'est à devenir chèvre tellement c'est bon. Quel délice! Malgré sa réputation de sniper et de maître du bon mot, ce qu'il est aussi, Audiard est surtout un livreur de cathédrale de mots, un constructeur de gros blocs tartinés, au contraire! Audiard ne fait pas de la guérilla, c'est le débarquement sur les plages normandes avec 12,000 bateaux et 987 bombardiers. La liberté du sujet, l'énormité du processe, alliés à ce travail de dentelière de Calais, les trois ensembles, en plus de la fantaisie générale et absurde du projet, quand les astres s'alignent quoi, c'est absolument merveilleux, c'est presque du Sexe...


 

Et en plus, je ne vous demande même pas de choisir entre le Cadeau et les Echanges ! Car, pendant la première demi-heure, on voit très bien que la chose est innervée par une mise en scène tout à fait capable, voiremême plutôt riche. [J'allais dire plus riche que le cinéma français de nos jours, mais bon, je me retiens... [En fait, ce n'est pas plus riche que de nos jours, ça n'a rien à voir, ce n'est même pas le même sport.] La liberté d'écriture est grande: ca coupe de manière impromptue, les personnages s'adressent aux spectateurs, ça fait des appartés, etc... Les conventions de narration sont drôlement moquées, ce qui est toujours appréciable. Plus étonnant, la mise en scène suit. Un bonheur n'arrivant jamais seul, on se réjouit de voir que la photo est plutôt soignée, le cadre pas trop indigent. Le montage épaule bien le scénario, interrompant volontiers un plan en court, ou bousillant parfois même le contre-champs. Le premier quart-d'heure du film est hallucinant, la première demi-heure vraiment exceptionnelle, et les trois premiers quart d'heure très agréable.

Je ne vais pas mentir, le film n'est pas tout à fait constant. Malgré une durée courte (1h20 peu ou prou), la mise en scène devient plus suiviste, et le film se relâche largement laissant les acteurs et le scénario (un peu hésitant) turbiner pour que la barque reste à flot. Les jeux sur les décors, les objets et les vêtements cessent, le montage est moins chahuté et, au final, on replonge un peu dans une comédie plus "normale", avec l'absurde en plus. Il y a plus d'approximation aussi, et, en un mot, on attend que le vélo dévale la pente jusqu'au générique, sans pédaler. La chose se suit sans déplaisir, mais l'impression de tomber un étage au dessous est assez nette. Il n'en reste pas moins que ces ...CANARDS SAUVAGES constitue une excellente introduction au cinéma d'Audiard... Et si on est en-dessous du niveau d'un CRI DU CORMORAN..., mon chouchou, on est quand même dans un cinéma populaire qui a desserré d'un cran l'élastique du slip. Et on mesure très bien, sans ambiguïté, ô combien la comédie française a perdu de liberté en quelques décennies.

 

Et n'oublions pas, la première partie du film rend complétement indispensable le visionnage. Et ça, c'est un plus en temps de crise...

 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 18:14

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express pire

[Photo: "Tell me, What, I think" par Dr Devo.]

 

 

AMERICAN PSYCHO II de Morgan J Freeman (USA-2002)

Mila Kunis (mais si, vous l'avez vue dans l'affreux SANS SARAH RIEN NE VA et dans LE LIVRE D'ELI plus recommandable, et dans cet article) est une fille cool, première de la classe mais qui en a dans le pantalon, toujours bien coiffée, mignonne mais plutôt du genre à trainer avec les focaliens du fond de la classe avec leurs blousons en cuirs, très déterminée à finir ses études dans le peloton de tête,  prête à tout et disposée au pire. Il faut dire que très jeune sa baby sitter à été assassinée devant ses yeux par Jason Bateman dans AMERICAN PSYCHO, premier du nom. Depuis, même son psy le dit, elle ne fait plus la distinction entre le camembert et le maroilles, entre le bien et le mal, et sème derrière elle plus de cadavres que son prédécesseur sans que cela ne lui fasse quoique ce soit. Elle embrasse logiquement des études pour devenir inspecteur au FBI, bien décidée à finir major de promo à tout prix....

CE FILM A ETE REALISE PAR MORGAN FREEMAN.

Traité sur le mode du teen movie, AMERICAN PSYCHO II se voudrait être une comédie noire bien plus maline que le premier AMERICAN PIE venu : malheureusement le tâcheron à l'origine du film  et la bande de scénaristes scribouillards transforment une idée somme toute alléchante en un long téléfilm jamais drôle ou effrayant. Après tout, choisir un axe totalement différent du premier film permet de s'affranchir de la comparaison tout en prenant des risques: dommage qu'ici le métrage cumule tout les risques qu'il fallait éviter. Mise en scène ignoble (gros plans pendant 1H20 !), décors de sitcom (au moins trois différents pour l'intégralité du film), acteurs en roue libre (il y a William Shatner ! Venu toucher un chèque...), dialogues consternants ("72 ans, quel âge magnifique !", acteurs qui se trompent dans les noms de personnages), scénario non seulement incohérent mais de plus contradictoire, cadavres en plastiques aspergés de peinture rouge en guise de scènes gores, fond pop ignoble jusqu'à provoquer des rires nerveux, accumulation de clichés (je ne veux plus jamais voir de scènes de footing au ralenti dans un parc d'automne), pour tout ca, et pour tout ce que je n'ai pas dit, le film n'a pas grand intérêt.

 

Norman Bates.

 



SOLOMON KANE de Michael J Bassett (USA-2008)

D'apres les livres de Robert E. Howard, fidèle disciple de Lovecraft et auteur des livres Conan, histoire d'un fanatique religieux du XVIéme siecle, obsédé par les plans celestes et les desseins divins, qui chaque jour défie le mal en s'attaquant à ses sbires démoniaques. Le film, assez indigeste, simplifie un peu le trait en proposant un héros torturé devant sauver une jeune fille des griffes de Satan en alignant un maximum de créatures maléfiques entre le début du film et sa fin. Exit la question de l'intégrisme et de la morale, pas d'ambiguïté sur les motivations réelles d'un personnage qui se dit "inspiré par Dieu". Reste un formidable gloubi-boulga d'effets spéciaux numériques cheap dans une purée de scènes d'actions style beat-them-all où rien ne surnage et tout en même temps, où l'on croise difficilement un Max Von Sydow vieillissant et des scènes tirées directement du SEIGNEUR DES ANNEAUX en un peu plus dark. Si l'on ne s'endort pas immédiatement, on pourra noter quelques scènes sympathiques au début, notamment ces monstres du miroir assez effrayants, mais on fermera bien vite les yeux devant une narration pénible et difficilement compréhensible (mêlant rêve et réalité, ou inversement) et des effets spéciaux vraiment laids. La mise en scène peut parfois surprendre quand la caméra reste fixe quelques instants, mais rapidement la machine s'affole sans qu'on ne puisse plus se repérer, faisant subir plus qu'autres choses ces hordes de pixels sans âmes s'abattant sans relâches sur la famille du pére Von Sydow.   

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

EXECUTIVE KOALA de Minoru Kawasaki (Japon, 2005)

 

Aussi bien les Chinois sont de mauvais nageurs (je vous laisse réfléchir...), que les Japonnais, eux, resteront célèbres pour être des gens très bizarres, malgré la petite taille de leur péniNsULE. Et c'est à ce genre de signe qu'on reconnaît que Minoru Kawasaki n'habite pas Le Guilvinec.

 

[Si celle-là me fait pas qualifier d'office au Championnat du Monde d'Intros, je comprends pas...]

 

Toshiro est cadre dans une grosse boîte d'agro-alimentaire japonaise, spécialisée dans le cornichon, et ça c'est bien. Il manage une grosse équipe qu'il fait plancher depuis des mois sur un nouveau produit révolutionnaire en partenariat avec une grosse firme sud-coréenne. Tout bascule lorsque sa petite amie disparaît. Toshiro commence à sérieusement douter de sa santé mentale: tous les indices l'accusent et il ne se souvient de rien! Est-il le séminole-killeuh que tout le monde redoute? La descente aux enfers commencent...

 

Kawasaki est un réalisateur qui... Ooops! Excusez-moi! Trop occupé à préparer un bon jeu de mot sur les motos et les sports automobiles, j'ai complétement omis de vous dire que Toshiro (d'ailleurs le personnage ne s'appelle pas du tout Toshiro, mais ma mémoire flanche...) est un grand koala de 1,80 mètre! Car le style Kawasaki, c'est ça: faire des films avec des animaux géants anthropomorphes. Alors, précisons tout de suite, que notre ami le Koala est le seul animal de la bande (à l'exception d'un second rôle et d'un fugrant intelligent). Pour le reste, du film est bien sûr totalement normal ou presque.

Alors ce qui est sûr, c'est qu'avec un tel modousse opérandaille, EXECUTIVE KOALA devait figurer sur ce site. Mais on aurait aussi tendance à se méfier. On le sait, le nippons embrasse souvent des sujets débilosses ou farfelus, mais voilà qui ne fait pas forcément le chef-d'œuvre, et que celui qui ne s'est jamais précipité pour dégrafer une robe afriolante et ne découvrir que des jambes poilues et peids à mycoses me jette la première serpillère...

 

Et voilà l'étonnant: EXECUTIVE KOALA est exactement ce qu'il est, comme disent les grands journalistes. C'est d'abord une série B de genre. On n'est pas volé sur la marchandise, on n'essaie pas de nous faire passer les V6 pour des chandelles. Un Koala. Des meurtres. C'est réglé. L'autre bonne surprise, donc, qui fera de vous un spectateur heureux, c'est que le principe dinguosse du film est respecté sans que ce soit déceptif. Avec ce genre d'idée, généralement, on hésite à regarder le film, en se disant que oui oui oui, on veut voir ça, mais en sachant très bien que le concept est plus beau que la réalisation nullasse ou potache. Et bien, Kawasaki n'est- pas Jean-Marie Straub, je suis d'accord, mais il n'empêche que son film (au budget modeste) n'est pas non plus, mais alors pas du tout, un machin pas tout à fait viril de semi-étudiant en fac de ciné. C'est du carré, mais ce n'est pas du potache barbouillé en deux secondes entre deux canettes de Kro et un peu de djembé. Kawasaki ne verse pas non plus dans le super-mignon-kawaï. Et c'est pour ça que ça marche: c'est que le film est relativement sérieux, ou du moins fait avec sérieux et baigant dans un (relatif) premier degré. Alors, vous comprenez bien que le bonhomme ne peut que me plaire. Faire les choses désinvoltes avec le plus grand sérieux, et inversement, voilà une devise à partager à  l'heure de l'apéritif entre focaliens. Allez, fais péter le Champomy, je change de paragraphe...

 

Les acteurs sont sympas, plutôt droits. C'est correctement mis en scène. Ce n'est pas beau comme SOLARIS, mais ça n'écorche pas les yeux. C'est fait avec un certain aplomb, et donc ça marche, avec ces moments bizarres où le décalage fonctionne. En fait, votre cerveau fait des allers et des retours entre l'acceptation du principe de fiction (l'acceptation de la licence poétique: un Koala géant) et l'anormalité du même principe. C'est très charmant.

Petite cerise sur le gâteau, la narration, très linéaire, est complétement martyrisée, et là aussi le principe est d'une logique absurde analogue. Il s'agit en effet de faire le film le plus" hollywoodien" possible en quelque sorte. Tout sert, le moindre détail sera signifiant, il y aura du twist, des trahisons, du retournement.. Kawasaki respecte très consciemment le cahier des charges, et devient vite plus royaliste que le roi. Il ose en fait faire ce Hollywood n'ose pas: pousser le système dans ces retranchements, et occuper tout l'espace. De cette manière EXECUTIVE KOALA est exactement le rêve des majors: des dizaines de twists (dont certains assez efficaces), des "OH, ce n'était qu'un rêve" comme s'il en pleuvait, une concentration de coïncidences "poétiques" presque pornographique (Mmmmmm... Ca c'est n'importe quoi comme expression.... Ou alors c'est parfait, je ne sais pas trop!), et des dizaines de genre mêlés car ...KOALA est un film de séminoles-killeuhs, un film sur les salarymen à la Ken Loach (filmé comme Ken Loach, hein? Et non pas un film avec des salariés de l'industrie du cornichon qui ressemblent à Ken Loach, ok?), une comédie, un film de prison, un policier, un slasher, etc... Plus syncrétiste, tu meurs...

 

Pour toutes ces raison, Kawasaki ne fera pas la révolution et ce ne sera pas le Grand Soir, vous êtes prévenus. Par contre, le gars sait très bien ce qu'il fait, et tranquilou mon minou, il aligne avec une malice relative et beaucoup de sérieux et de plaisir, pas mal de perles. Il joue peut-être sur un Bontempi, mais il y a beaucoup de touches, beaucoup d'effets kitshouilles, et le gars sait écrire la petite mélodie calamar-catchy. Kawasaki, avec ses airs de pas y toucher, a pas mal de leviers de narrations à sa disposition. Et la mayonnaise prend étonnement bien. Et ici, à Matiére Focale, on adore la race des seigneurs en ce qui concerne le Cinématographe: les trop rares réalisateurs qui ont vraiment le slip sur la tête. Kawasaki est un mec franc et attachant. C'est de plus en plus rare.

 

Voilà qui nous donne envie de découvrir ses autres films comme CALAMARI WRESTLER (avec un Calamar qui fait du catch) ou cet autre chef-d'œuvre où un enfant recueille un crabe géant qui se découvre un don pour le football. [Quoique le titre de son THE WORLD SINKS EXCEPT JAPAN me tente bien aussi!] En tout cas, on va lui redonner sa chance !

 

Dr Devo.

 

 

 

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Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /Juil /2010 12:21

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homard devo

[Photo: "Hommage à Jean-Michel Jarre" par Dr Devo, sur une idée de John Mek-Ouyes.]

 

 

Avant-Propos

Après une lourde journée de travaildans le bâtiment de Matière Focale, on se repose et on fume un cigare en regardant la cheminée qui crépite ou est vide selon le cas... C'est le moment pour les collégues acharnés de se rapprocher un peu et de mettre en perspective plus calmement que dans la courant de la semaine, et ce, sans pression du bouclage... Mais chut, soudainton frappe. Je les entend arriver...

 

 

Norman Bates: Hey !

 

Dr Devo: Salut.

N.Bates: Tu va publier ton Pire Express aujourd'hui ?

Dr. Devo: Il n'est pas fini du tout. Donc non, ce ne sera pas pour aujourd'hui, et sans doute pas demain !

N.Bates: Bon. Ok. Moi, au moins, j'ai un petit truc.

Dr. Devo: Haaaaa! Kool, Daddy! Ca parle de quoi?

N.Bates: AMERICAN PSYCHO 2.

Dr. Devo: Ouch! Jamais vu...

N.Bates: Bah, c'est de la merde !

Dr. Devo: Rires ! J'aimais vraiment bien le premier.

N.Bates:Oui, le premier était bien. Là, c'est un téléfilm minable. C'est un espèce de teen-movie.

Dr. Devo: Ha oui, AMERICAN PYSCHO pour la télé! J'imagine d'ici le carnage! Un teen movie? Y a la maman de Stifler au moins ?

N.Bates: Non, mais il y a William Shatner en chasseur de serial-killer !

Dr. Devo: Alors, ça va!! Rires. Il est marrant au moins?

N.Bates: En fait ,c'est une fille d'une des victimes de Bateman (le "héros" du premier AMERICAN PSYCHO) qui fait des études à la fac et qui tue ses petits camarades. C'est affligeant.

Dr. Devo (avec la voix de Homer Simpson): Oooh pinaize! Une zessguon qui se venge ! Même plus de gratuité ! Finie la vocation !J'imagine déjà la morale finale...

N.Bates: Oui oui, en plus, la fille, c'est Mila Kunis !

Dr. Devo: Mmmm... C'est qui ca? J'ai bien connu une Lingus Kunis...

N.Bates: Rires.

Dr. Devo: Oui, je sais. C'est la meilleure blague que je ferais ce soir.

N.Bates: C'est une sorte de Megan Fox croisée avec Angelina Jolie.

Dr. Devo: Oui, c'est une playmate, quoi!

N.Bates: c'est la fille qui joue dans le LIVRE D'ELI.

Dr. Devo: Pas vu! Mais en fait, on sent qu'elle a la rage contre la société qui la forcée à commettre tous ces meurtres plus pervers les uns que les autres. On sent qu'elle est drôlement tourmentée.

N.Bates: Non, même pas ! Elle tue juste des gens parce qu'elle a vue sa baby-sitter se faire tuer et elle a aimé ça. Mais elle refoule le tout, en faisant des études de FBI-girl.

Dr. Devo: Oh! Elle est à mi-chemin entre l'Enfer et la Rédemption, tu veux dire?

N.Bates: Il y a de ça ! Elle arrive quand même à tuer son petit copain avec un préservatif usagé ! La grande classe.

Dr. Devo: Ha oui, quand même. Ca, c'est le coup du preservatrou!! Trééééés dangereux!! Rires.

N.Bates: …

Dr. Devo: C'est un trucs des Nuls!

N.Bates: Je n'avais pas fait le rapprochement ! Mais, maintenant que tu le dis...

Dr. Devo: Mais revenons à notre psychoteuse américaine. Elle lui inocule une cochonnerie en faisant des trous dans le préservatif?

N.Bates: Non, elle l'étrangle avec !

Dr. Devo: C'est plus sage, mais moins pervers. [Cette conversation devrait figurer dans ton article.]

N.Bates: Rires. On pourrait faire un recueil d'entretiens. Comme le Dalai-Lama !

Dr. Devo: Mais oui! Tu Ferais le Dalaï-Lama. Je ferais Jean-Claude Carrière. :-)

N.Bates: Ouiiiiiii !

Dr. Devo: Avec mon stylo magique, je ferais entrer ton fils à la FEMIS! [Silence.] Bon, ben moi, je dis "banco !". Ce concept, ça peut faire une nouvelle rubrique focalienne !

N.Bates: Jusqu'où iront-ils? Rires.

JC. Carrière: En plus, on n'a parlé que de cinéma jusque là... Mais tu ne m'as pas dit si la psychoteuse 2 avait une copine gentille (une gauchiste, une intello, une goth ou les 3 à la fois) qui découvre l'horrible violence de la vérité derrière le paravent des apparences?

D. Lama: Non. Pas vraiment. Mais, elle a un psy.

JC. Carrière:: C'est pas mal aussi. Lacanien ou Jungiste?

D. Lama: Il ne respecte pas du tout la déontologie du métier.

JC. Carrière:: Le petit salopard! Il a très envie de se faire croquer le monsieur par elle?

D. Lama: Bah... C'est assez ambigu. C'est plus un courant de pensée... [Silence] Un courant de pensée à rapprocher de Francois Bayrou. 

JC. Carrière:: Rires. Ils donnent des baffes aux enfants?

 

D. Lama: Non. Il n'est juste pas vraiment contre, pas vraiment pour, bien au contraire.

JC. Carrière:: Oui, je vois. [Soupir] Et c'est réalisé par qui, la chose?

D. Lama: Par Morgan Freeman !

JC. Carrière: Nooooooooooooon?

D. Lama: Si ! http://www.imdb.com/title/tt0283877/

JC. Carrière: Rires!! Bah, ça alors... Là on tient un scoop, Coco! Ou alors une bonne blague pour les soirées en ville!

D. Lama: Ouais! A donf! Il n'empêche, je suis allé voir les commentaires sur Allociné. Tout le monde croit que c'est vraiment lui !

JC. Carrière: Ha bah ça, oui, j'imagine bien. En tout cas, quel professionnalisme de ta part, dis donc!

D. Lama: "Un bon acteur, mais il ferait mieux de ne pas faire de film." Rires !

JC. Carrière: Rires! Les enfants sont délicieux! Ils sont parfois si cocasses! Ceci dit, je connais un focalien qui lit, pendant des heures durant, les commentaires des films récents sur Allociné! Et il trouve ça transcendantal. Ca le fait rêver comme un débat de Gérard.

D. Lama: Vraiment ? Moi aussi, c'est mon cas. Je m'en cachais un peu à vrai dire. C'est ma principale source d'inspiration.

JC. Carrière: Rires. Allonge-toi sur le divan, je sors mon costume de François Bayrou.

D. Lama: Rires. Il y a vraiment des commentaires merveilleux.

JC. Carrière: Je n'en doute pas une seule seconde. Ca aussi, ça pourrait être le sujet d'un artik'.

D. Lama: Je sais que tu es gourmand, alors je t'en met un au hasard ! « Ce film est nul. Que des femmes à poil et du sexe à gogo. Je trouve que c'est n'importe quoi. Ce film ne m'a pas amusée, on rit à peine. Heuresement que j'étais avec mes amies ! »

JC. Carrière: C'est à propos de Russ Meyer? [Silence.] ENTER THE VOID?

D. Lama: Non ! Il s'agir de FATAL de Mickael Youn.

JC. Carrière: OUCH!!! Ptdr, comme disent les jeunes. Lol lol mdr smiley smiley ;-)

D. Lama: Rires.

JC. Carrière: Tu as déjà vu LES MOIGNONS DU FIEL?

N.Bates: (…) Non. Je n'ai pas eu cet honneur.

JC. Carrière: C'est de Terence Phallique. Il le passe en numérique par ici. Je suis allé le voir. C'est pas mal du tout. Mais bon passons, si tu ne las pas vu...

D. Lama: Mais FATAL, il parait que c'est pas si mal...

JC. Carrière: Ooooooh, soupira-t-il, tu sais... Là je dis, que ce n'est sûrement qu'un malheur parmi des millions de malheurs possibles. Mais, vas-y d'abord. Si tu dis que ça vaut le coup, alors j'irais.

D. Lama: Je n'irais pas jusque là !

JC. Carrière: Rires. D'après Allociné, cest moins bien que LES PIGNONS DU MIEL de Terence Gaelique, mais c'est mieux que LES MI-DOUES PASSENT L'AUBRAC.

D. Lama: Dans ce cas... Et LES MIGNONS DU CIEL, tu l'a vu ?

JC. Carrière: Bah oui, je te lai dit! LES FIGNONS DE LA BIELLE ! Je sais pas, mon cher Dalaï, si nous avons fait avancer la cause bouddhiste ce soir, mais on a bien ri, en tout cas...

D. Lama: Que Serge Lama nous pardonne !

JC. Carrière: Et feu DALaIDA aussi! Dal(a)ida ! Jeu de mot !

D. Lama: Oui oui ! je dirai même plus, c'est du dalaidadaïsme !

JC. Carrière: Oh là, oui! Je sentais que tu cherchais. Rires. Coup de maître en fin de partie ! C'est l'estoquade. On pourrait appeler ces petits chats "Conversation au Coin du Feu", avec JC CARRIERE et Le D. ALAILAMA. Dominique Alailama et Jean-Cécile Carriere !

D. Lama: Rires.

JC. Carrière: J'aime les prénoms composés qui mélangent les genres (ça vient des débats de Gégé, ça aussi). "Pour ça on accueille Jeanne-Marcel !"

D. Lama: Oui. Ou Omar Sharif ! Enfin, bref...

JC. Carrière: Ha oui! Ce cher homard... Bon, cher Lama, il va falloir que je Spartes. il est déjà Tartares...

D. Lama: Mais, c'est le Carole bouquet final !

JC. Carrière: Merci d'avoir remarqué!!

D. Lama: Bonne soirée quand même !

JC. Carrière: Moi, je crois que tout cela fera un excellent artik...

D. Lama: On risque d'avoir un problème avec le Tibet !

JC. Carrière: Bah... Après ce qu'on a fait à la Pologne, on peut!

D. Lama: Sauf si le Tibet rit !

JC. Carrière: Ooooh!! Je me desopile à fond les manettes. Bon, allez, il faut que je file. Mayo Amora !

D. Lama: Bonne soirée !

 

 

L'after-reading 

Un épisode plein de révélations qui vous enjoint à en faire de même la semaine prochaine. Et voici les résultats de notre grand jeu. Il fallait trouver ceci:

homard-telephone.jpg

Un grand bravo à Madame Gonzalez à Aurillac qui a reconnu "le genre documentaire". Une bonne réponse qui lui vaut un cadeau.

 

 

 

 

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Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /Juin /2010 13:38

Publié dans : Corpus Analogia
Shoe devo
[Photo: " We Like/ Explosions!" par Dr Devo.]






Oui, moi aussi, je peux le faire, me dis-je, e me levant à poltron minet. Un petit squash, un petit café, un gros cigare, et c'est parti!


L'Italie, c'est bien. Les gens roulent comme des fous, on pourchasse les minorités dans de grandes courses dans les quartiers, et surtout on mange de la pizza 4 fromages matin, midi et soir. Ceci dit, les Etats-Unis, ce n'est pas mal non plus, et osons le mot, c'est mieux: tout le monde a sa chance, le policier aide la vieille dame à traverser, et c'est quand même eux qui ont inventé internet. Je vous propose donc de joindre vos deux passions dans un même voyage !

Les USA, années 80. Tandis que le soleil se lève sur les tours jumelles,  les autorités portuaires s'affolent. Car voilà qu'un cargo fonce à toute berzingue dans la baie, sans répondre au téléphone ni rien. On dépêche sur place l'inspecteur Marino Masé (vu dans TENEBRES et dans UN GENDARME A NEW-YORK), beau gosse plein d'humour, mais qui va vite perdre un peu de son sourire lorsqu'il explore l'intérieur du cargo fantôme: les couloirs sont vides, enfin si on fait abstraction des cadavres des membres d'équipages ignoblement déchiquetés. Mais le pire est à venir car dans la partie "container" du cargo, Masé découvre des pleines boîtes de café! Et c'est pas du grand-mère ! Les paquets contiennent en fait de gros œufs verts ("on dirait une sorte de grosse courgette!") sensibles à la chaleur et qui, lorsqu'ils explosent, projettent un affreux liquide qui fait exploser les humains!

Masé se voit alors flanqué de Louise Marleau (vue dans un supermarché Match), une femme à qui on ne l'a fait pas puisqu'elle est travaille pour le gouvernement quand il s'agit de sécurité nationale! Bewaaaaare!

S'en suit une folle enquête où il sera question d'arabica, de whiskey, et surtout de voyage dans l'espace!

 

 

Les italiens, ce qui est bien avec eux, c'est qu'ils n'ont aucun complexe, et qu'en plus, ils ne le cachent pas. Vétéran bis, Luigi Cozzi (que j'ai rencontré aussi, et ouais, les mecs!) aime le mascarpone et le surf. Et comme il adore le ALIEN de Ridley Scott, film obscur qui eut un certain succès à l'époque, le voilà qu'il réalise entre deux repérages pour Joe D'Amato, sa version du film mais en 'ricain! Pour des raisons de budget, CONTAMINATION ne se passera que très peu dans l'espace, et plutôt à Saint-Domingue, ce qui est toujours plus sympathique. Pas vraiment fauché, mais pas vraiment riche non plus, CONTAMINATION repose sur un trio d'acteurs hétéroclites mais pas trop: un flic rigolo et charmeur, une femme à poigne et un astronaute en quête de rédemption.

Formellement, le film est bien calme. Après une ouverture en hélicoptère, mais sans Jean-Paul Belmondo qui rentabilise à fond le déplacement à New-York, l'exploration du cargo est assez rigolote, entièrement tourné à la bougie et à la lampe-torche. On est vite au parfum: ça monte tranquilou gilou (Cozzi dit qu'il y a une accélération progressive du montage, mais ce n'est pas flagrant), c'est correcte sans plus à quelques plans prés. Bref, le soir après le boulot, voilà qui vous fait un excellent jogging, pas violent du tout, où Marino Masé fait office de petit pastis en terrasse après l'effort, au Bar des Sports.

La suite fait la part belle aux décors high-tech, aux portes qui s'ouvrent toutes seules, aux machines qui font "bing!", dans un ton joliment années 50, je trouve, et cela sera vrai aussi à Saint-Domingue, pays du complot. Pas d'éclat donc, ça se déroule en itinéraire bis. Curieusement, une fois chez les sauvages, c'est Marino qui fait avancer le show, entre enquête et surtout petite intrigue non pas sentimentale mais de charme, l'astronaute et lui-même étant bien attirés par la froidasse Louise Marleau. Là, les choses s'appesantissent un peu, notamment lors de la scène de la douche, au suspens moyen, mais qui dure curieusement plusieurs minutes, dans un jeu de "j'y vais, j'y vais pas" un peu curieux. Les choses s'expliqueront plus loin. Cette baisse de rythme est en fait un rouage qui grince qui permettra d'enclencher les enjeux télépathiques et  bodysnatcheriens de la dernière partie qui revient à la S.F terrienne auparavant promise. On croise toute de même la teutonne Gisela (quel beau prénom!) Hahn (vue dans SEXO CANIBAL chez Fulci, et BANANA JOE avec Bud Spencer), femme diabolique au look tout à fait réjouissant. Dans la scène finale, un éclairage par le bas, à travers une grille en fer, fait office de fantaisie ultime. Ce n'est donc pas complètement la fête au village. Ca se finit rapidosse, une tisane et au lit. Petit bis, mais pas désagréable.

A noter que le dividi publié par Néo Publishing est joliment garni! Une intervention de Cozzi, un petit making-off très artisanal mais d'époque (assez marrant) et en bonus, le film LE TUNNEL SOUS LE MONDE qui est son premier film d'ailleurs. Comme on trouve CONTAMINATION pour 5 euros dans les trocantes, voilà qui ne se refuse pas!

 

 

 

 

 

 Revenons aux USA. Nous sommes dans les années 70. Et comme vous le savez, les pensées les plus sauvages envahissaient alors le monde  à l'époque, pleines de gauchisme et d'amour libre, certes, mais interdites. I DRINK YOUR BLOOD jette un regard inédit sur cette période. Nous sommes dans une région belle et pleine d'arbres des USA. Ici, un petit village qui sera bientôt rasé pour cause de barrage que des ouvriers torses nus préparent avec ardeur. Dans cette petite ville, la vie est paisible. Jusqu'à ce qu'une bande de jeunes pinques ne débarquent! Satanistes, violents, voleurs de poules, ces hippies n'ont rien de l'image rassurante des adorateurs de Jack Kerouac! Mené par un amérindien diabolique (je cite son nom, Baskar Roy Chodhury, ici en indien d'Amérique mais vrai indien d'Inde qui, quelques années plus tard, devait devenir handicapé en chaise roulante!), ces jeunes vont rien qu'à faire que profiter de la bonne volonté des riverains, enfin ceux qui sont pas encore partis suite à la construction du barrage, et  ils vont faire des feux de camps en prenant de la drogue et en priant Belzébuth! Dégueulasse! Heureusement, l'épicerie du coin est tenue par une jeune fille, amoureuse du chef de chantier du barrage, ce qui sera bien pratique par la suite, et cette jeune fille vit avec son petit frère, 10 ans au compteur, pas de poil, aisi que de son grand-père, pas rapide mais courageux! Après qu'une jeune fille de la ville fut semi-violentée par les hippizes satanistes (hors- champ), les choses se gâtent. Le petit Juju, dont je parlais plus haut, douze ans donc, décide d'empoisonner des tourtes au bœuf qu'il offre de bon cœur au hippizes. Aussitôt, ces derniers attrapent la rage et le delirium tremens. Ils vont massacrer tout ce qui bouge, ce qui ne me rassure guère car parmi eux il y a l'actrice Jadine Wong, sous Yoko Ono, déjà bien décatie et d'originne asiato-teutonique!

 

Edité par Mad Movies, sympathique éditeur quoique je ne n'aimât pas la revue, avec la complicité de l'excellent Néo Publishing (Mmmmm! Quelle bonne idée que la jaquette réversible), I DRINK YOUR BLOOD est une gentille bisserie absolument sans conséquence. On est d'abord frappé par le Charles Mason du pauvre qu'est Bhashkar acteur hindi et indien, dont on en peut pas dire qu'il ne mouille pas sa chemise: il joue à fond! Intrigue squelettique qui sent bon le changement de narration  sur la table de montage, on n'est pas  submergé  facialement par un déluge de beauté graphique dégoulinante. C'est du brut de décoffrage. Les acteurs, kitschouilles mais pros comme le prouveront les bonus, poussent la chose  dans l'exubérant et le "réciter-amplifier", méthode américaine bien connue. Bah, je ne serais pas contre mais ces cocos sont bien peu soutenus par la mise en scène largement plan-plan à deux trois trucs prés (l'absurde relevé d'empreinte sanguine sur une vitre  de voiture par exemple). La chose se déguste alors avec plus ou moins de plaisir selon qu'on soit ou non de bonne humeur ou non. Les dialogues, gravement débiles, le petit Juju, entre nunucherie attendue et une relative sécheresse qui ne l'empêchera pas d'être un acteur loupé, le montage narratif incertain et qui croulent sous les bruits des rouages rouillés, peuvent faire passer un moment rigolo et tranquilou, avec bières et cigarettes et jolies pépées sur le canapé, un dimanche soir. On pourra alors ergoter sur le fait que la copine de Géronimo Manson soit très laide par rapport à la pépé de la bande, très jolie, mais qui elle n'aura jamais le droit au moindre dialogue, ni à la moindre phase scénaristique décisive. Tout cela sent l'effort kitschouille. Les bonus nous apprennent en loucedé que le producteur fut contrarié par un réalisateur qui voulait mettre de l'humour dans la chose. Mmmmmm! Voilà un thèse qui me parait loin d'être évidente! En tout cas les bonus sont intéressants. Je n'ai pas osé ecouter le commentaire audio du metteur en scène que j'imagine fiérot comme un pou que son films soit soit total-grindhouse-tarantiné 30 ans après! Curieusement et sans ironie, le reste des bonus sont assez intéressants. Les scènes coupées, même si elles sont sans intérêt (il y a notamment un fin alternative sans conséquence), montre le relatif professionnalisme de la gente interprétariale quelque soit leur talent, chose confirmé par le deuxième bonus, très très intéressant et rigolo (et complètement anodin, même si j'ai envie de faire un film avec!) qui consiste en des chutes, des rushes, des prises! Pendant 4 minutes, une espèce de poésie foutraque m'envahit. Comme un archéologue, qui des années après retrouverait une relique sans aucune importance mais qui le fait rêver d'une expérience hors fiction qui suffit à faire vagabonder son esprit.  A la limite, je conseillerais plus le Luigi Cozzi, moins insignifiant quand même. Mais si vous avez deux dimanche soir à la maison à valider, bah I DRINK YOUR BLOOD peut faire le deuxième, comme moment gentiment débile. C'est mieux qu'un dimanche avec Michel Drucker, mais c'est moins bien que 2001, L'ODYSSEE DE LES PHASMES.

 

 

 

Allez, je vous fais des bisous!

 

 

Dr Devo.




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Jeudi 18 mars 2010 4 18 /03 /Mars /2010 20:20

Publié dans : Corpus Analogia





exterminators devo
[Photo: "Ca Flare !" par Dr Devo, d'après l'affiche du film EXTERMINATORS 2.]




Chers Focaliens,

Et si on faisait une petite ballade tranquilou ? Apportez les Pépitos et la limonade, et moi j’amène les chevaux.

 

On démarre avec DOOMSDAY de Neil Marshall. Je vous ai déjà dit que j’ai croisé son épouse ? Un beau brin de femme, je vous assure. Et quant à Monsieur que je n’ai jamais rencontré par contre, je peux vous dire qu’il est meilleur réalisateur que Garry Marshall (PRETTY WOMAN), mais ça c'est un autre débat.

En tout cas, dans un futur pas si lointain, ça barde au Royaume-Uni. Il y a une vingtaine d’année, un virus à infecté l’île, et c’est pas joli joli à voir. Le pékin moyen se retrouve semi-zombifié en moins de temps qu’il n'en faut pour dire Mao Tsé-Tung, et ça ne fait rire personne, même pas devant un petit jaune, et à ce propos, Barman, remets-en moi un, j'ai la gorge qui dessèche quand je parle. Enfin bon, mon colon, les choses ont tellement dégénéré que le Royaume vit coupé en deux. Au nord, une zone protégée qui a été cloisonnée avant que l’épidémie ne se propage, mais où les gens vivent mal, dirigés par un pseudo gouvernement bien dépassé et un peu louche sur les bords. Au sud, c’est le Pays de la Désole, rempli de morts et de cadavres.

Rhona Mitra est une militaire à qui on ne la fait pas, genre force ultra-spéciale commando. Et quand son patron Bob Hoskins (qui n’a pas un physique de ninja) lui propose la mission suivante, elle dit oui, car la Rhona c’est un fighteuse qui n’en fait qu’à sa tête. Et il s’agira d’aller dans le Sud contaminé retrouver un professeur qui avait fait des recherches sur le virus avant que le Sud ne soit fermé. Les satellites balayant la zone semble indiquer que des êtres humains ont survécu à l’épidémie, et donc le gouvernement voudrait bien savoir si le professeur n’avait pas réussi a trouvé quelque chose… C’est parti pour une folle équipée chez ces ploucs d’anglais, bons à rien sinon à jouer du rock en buvant de la mauvaise bière, avec un bon petit commando de têtes brûlées !

 

C’est pas moi qui ai tué le shérif ni le député, mais je peux vous dire que le Marshall est un bon p’tit gars dont on se souvient avec émotion de DOG SOLDIERS plein de loups-humains (ça change de loup-garou, non ? ça fait plus adulte) qui, si les douze premières minutes foutait la gerbe, comme disent les djeuns (54% du lectorat de Matière Focale est né dans les années 80), était rudement bien ficelé et sympathique. Et puis, ce fut THE DESCENT, complètement réussi lui, et même sacrément bien troussé même, et qui valut à notre ami une bonne série de critiques positives et aussi pas mal de whiskies offert par la maison !

Ici, on reste dans le fantastique, mais on change de ton. Bien que rosbeefo-centré DOOMSDAY n’est pas un film de smicard, c’est moi qui vous le dit, et on dirait que le machin est pété de thunes. Ceci dit, comme la photo est plutôt sophistiquée par endroit, on se dit qu’il s’agit peut-être simplement d’un bon coup de pinceau à malice. En tout cas, ce n’est pas du Ken Loach, ça rutile sa maman. Bien.

Côté intentions, le jeune Bill (si j’ai envie de l’appeler Bill, ça dérange quelqu’un ?) la joue George franc-jeu, et celle-là, je l’avais encore jamais faite. Ce sera des tripes à la mode de tons, au pluriel, et un beau syncrétisme boubliboulgesque plutôt inattendu, la chose mélangeant le zombie flick à la mode Thatcher, l’anticipation, le gros "actionner" bourrinosse (que je n’aime pas le mot "actionner" !), la femme qui a des ovaires façon RESIDENT EVIL (sympathique série d’ailleurs), la fantasy, le post-apo (coin coin !), etc. Ca, c’est pour le bon côté des choses.

 

Le gros problème ici, c’est que même si Neil Marshall n’a pas fait que du chef-d’œuvre, DOOMSDAY est, de loin, sa pire mise en scène, et franchement, rien que de le dire, j’en ai les larmes qui me montent aux yeux. Sortez les mouchoirs. Comme je l'ai dit là-haut, la photographie est relativement élaborée dans le style des films fantastiques modernes, avec moult centaines de milliers de kilowatts dans chaque plan. Quelques décors assez malins, mais pas tous, arrivent à rendre plutôt crédibles certaines séquences. Les éclairages rasants ne sont peut-être pas ce que je préfère, mais bon, on sent l'effort, pas de soucis. Le gros problème de DOOMSDAY se situe bien sûr ailleurs.

Montage, mon gros soucis, comme disait le poète. Et là, Marshall, comme dirait Omar Sharif, il a lâché les brides, et si vous me permettez l'expression, son montage (est) ma(ha)l. Alors, ça fait un petit moment que j'ai vu DOG SOLDIERS et ses dix premières minutes hystériques, et donc je ne saurais dire si l'entame de ce film est comparable au désastreux collage de DOOMSDAY. Mais, ce que je peux vous dire c'est qu'on le voit venir, le Neil. C'est qu'il veut faire pêchu, un peu vulgaire, et surtout survitaminé. Ca me rappelle quelque choses, pas vous? Alors, l'animal surcoupe, coupe, balance les plans plus ou moins à la mitraillette. C'est moins mal monté que le dernier James Bond (qui était une vraie horreur de "montage djeunz", à tel point que dans les courses poursuites on ne sait plus du tout dans quel sens roulent les voitures! C'est assez drôle, remarque!z), mais Marshall multiplie les plans comme Jésus les pains, même parfois dans des scènes plus calmes, où on se dit alors qu'un plan de trois secondes, ce n'est pas plus mal que deux plans d'une seconde et demi. Comme vous vous en doutez, je trouve ça très laid. Mais bon, Marshall n'est pas le premier a utilisé la méthode. Par contre, ici, souvent, on cherche vraiment la raison de ces multiplications de plans, tant Marshall tend à perdre l'intention jeuniste! Voilà qui met le spectateur focalien bien à distance.  Et DOOMSDAY, du coup, est une sorte de monstre bicéphale tiraillé entre son envie de spatialiser un peu et ce montage incompréhensible.  Et contrairement à 28 SEMAINES PLUS TARD, où le montage était parasité par un cadrage trop serré et par certains mouvements de caméra tremblotant de manière trop ostentatoire, on ne peut ici quasiment rien lire. On comprend l'action, bien sûr, mais tout bêtement, ces coupes envoie balader tous les autres leviers de mise en scène! Les notions de cadrage, de photographie et le reste deviennent très rapidement des valeurs secondaires, tout justes illustratives.

 

C'est donc là, le principal écueil du film. Il est alors dur de faire le tri avec le reste. Qu'aurait donné le film avec le même scénario et les mêmes acteurs si le montage avait été différent et plus posé? Quelle aurait été la tonalité du film? Plus ironique? Un mélange d'exagération et d'action prenante? C'est dur à dire. Dans l'état, en tout cas, puisqu'on n'est pas happé par le film et son histoire, certaines maladresses apparaissent un peu gênantes, et nous font demander si le côté de guingois du film ne l'aurait pas servi dans d'autres circonstances. Si certains rôles sont bien campés, d'autres me paraissent beaucoup plus patauds, notamment du côté du méchant gouvernement et des jeunes pinques (punks), notamment son chef. Et puis que ce soit dans les situations ou dans les motifs scénaristiques, les syncrétismes fantastique et cinéphile qui se veut la colonne vertébrale du film, paraissent, eux aussi, très maladroits, au bas mot. Le mélange des tonalités, je suis pour vous le savez. Mais ici, par petites touches, Marshall aligne les influences multiples et peine à trouver son propre ton. On voit donc l'intention, et dieu que c'est maladroit, voire un peu énervant. Marshall veut sa pizza du chef, et les ingrédients sont très identifiables: la série 28 JOURS PLUS TARD pour le côté débrouillard et anticipatoire crédible à l'échelle global d'un pays, NEW-YORK 1997, MAD MAX, et bien sûr RESIDENT EVIL auquel il est quasiment impossible de ne pas penser ! Cela donne un ensemble laborieux, souvent maladroit qui gâche la franchise exubérante et prenante du projet dans sons intention.

 

 

DOOMSDAY est donc une sacrée mauvaise surprise. On se demande vraiment quelle mouche à piquer Neil Marshall qui loupe complètement son projet, et ne trouve jamais son indépendance. On est très loin de la personnalité de ces deux autres films. Et si l'idée de faire quelque chose de totalement opposé à THE DESCENT est forcément louable, on s'étonne de constater que le même réalisateur puisse d'un côté établir une mise en scène précise et inventive, souvent au cordeau, et d'autre part se perdre complètement dans une bouillabaisse sans vraiment de queue ni tête. Espérons que Marshall saura rebondir et revenir avec un film plus maîtrisé. 

 

 

Dr Devo.







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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 11:31

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VELAZQQUEZ devo
[Photo: "Secular Healing" par Dr Devo, d'après un tableau de Velasquez.] 




Chers Focaliens,

 

Aussi bien les Portugais sont gais que les Espagnols, c'est une toute autre histoire. Même si c'est l'été, soit la saison des tongs et du chorizo ardent sur la table à tapas, vous allez voir que les espagouins y vont plutôt franco, haha, et ne se laissent pas marcher sur les ballerines, jugez plutôt...

 

Nous suivons un couple de touristes très sympathiques, venus se ressourcer dans le pays de Dali et de Placido Domingo, histoire de se retrouver un peu seuls, loin des enfants et des soucis d'Albion. Monsieur est déjà venu dans cette région qu'il fait découvrir avec joie à Madame, superbe créature rousse d'ailleurs, comme vous le noterez. Mais la ville est bruyante et grouillante, remplie d'autres touristas s'extasiant à qui mieux-mieux, quand ce ne sont pas les indigènes qui célèbrent la Vierge à coups de bandas et de pétards. Monsieur décide alors d'emmener sur une île accessible à quatre heures de bateau de là, et où il passa jadis un moment merveilleux sa compagne loin des imbéciles en bermudas braillant leur city-trip.
Une fois sur place, les choses se gâtent, puisque rien ne se passe ! Voilà qui est bien étrange : tout le village insulaire (oh, la belle périphrase...) est totalement désert, et les rues sont muettes comme des tombes. Moi, je ne serais pas rassuré d'autant plus que ce n'est pas les quelques gamins mutiques et souriants qui traînent ça et là qui relèvent le niveau. Un peu de silence et de ville fantôme, ça va, mais plus, c'est de la gourmandise, et peu à peu nos deux héros maritalement liés vont commencer à prendre peur à juste titre...

 

 

Serrador était déjà connu de nos services pour son beau LA RESIDENCE qui a dû en inspirer plus d'un, dont l'ami Argento (et ses croissants!). Une bien belle galette que vous trouverez dans la mythique collection René Château, sous vos applaudissements. Je vous recommande la vénéneuse chose. LES REVOLTES DE L'AN 2000, voilà en tout cas un titre qui sent bon l'ex-future Germanie, et on reconnaît le talent de notre puissante lignée de distributeurs. En même temps c'est mieux que FAIS CHAUFFER LE MOTEUR, JE METS MES TONGS, ou LOS HURRACHES DE LOS MORTES, ou JE VAIS BIEN, LAISSE MOI DE L'EAU CHAUDE (la suite de DES JETONS POUR LA DOUCHE, MY LOVE de Jeanne Labrune). En même temps, malgré tout, je ne peux pas m'empêcher de reconnaître la supériorité du pays d'Indurain et du titre original qui une fois traduit pourrait donner un plus étrange et plus franco Nero MAIS QUI PEUT BIEN TUER UN ENFANT?

 

Trêve de bavardages, entrons au coeur de la reine. Serrador, alors qu'on s'attend un bon petit film de genre bien tassé aux fulgurances marquées, entame le match sous des auspices plus qu'étranges, car le voilà qui fait débouler un bon cinq minutes d'images d'archives en noir et blanc avec sa petite voix-off et son texte explicatifs, qui égrènent la longue litanie des différents conflits bien meurtriers du XXème siècle. [SIGLO XX: "Sister In The Rain", un bon morceau !] Tout le monde en prend pour son grade: Europe, Inde, Afrique, et devant cette longue litanie d'horreurs, on pourrait se révolter, même en 2010, contre le procédé, un peu démonstratif. Et pourtant déjà, le montage est très bon, les recadrages parfaits et les quelques effets marchent pile-poil. Le systématisme de la chose joue en sa faveur, puisque la longueur destructrice du modousse opérandaille, sa langueur presque, ce refus du film de démarrer, prouve en quelque sorte qu'on n'est pas dans le gagdet ou la grosse racole bien putassière, mais dans autre chose. On attend le début du film et en fait, le temps se suspend. On est alors un peu comme à l'opéra, où un petit introït non-interruptus, permet de se mettre dans l'ambiance et de faire le noir dans la salle et dans nos têtes. On se concentre, on prend la pulsation de la pièce musicale. Déjà un bon point. La séquence marche d'autant mieux à une époque où les actualités ont décidé, au nom de la protection de l'enfance justement, de bannir toutes formes d'images de guerre des écrans de télé, alors que dans le même temps, le cinéma de fiction a plongé les thématiques guerrières et géopolitiques dans des territoires proches du roman Harlequin.

 

La guerre, c'est donc mal.

 

Les scènes qui suivent nous plongent longuement dans les rues agitées d'une petite ville typicos, comme je le disais plus haut. Tout cela reste toujours bien découpé, et mixe avec naturel le jeu des acteurs, excellents du reste, avec un tournage plutôt orienté "commentaire" ou sur le "vif". On suit tout cela, on suit tout cela, on suit tout cela, mais... Et puis, une simple petite scénette pourtant tout à fait artificielle (chez le photographe), met le doigt dessus. On n'est pas là. Et comme cette scène est très écrite contrairement au reste, voilà qui nous met sur les chemins de l'embarras, et surtout d'une peur assez irrationnelle et toute cinématographique. C'est que l'intro fait son travail de sape, et que Serrador a bien chronométré sa petite affaire, en prenant son temps, mais on conservant un rythme alerte : les archives ont laissé une empreinte dont on prend plus (+) conscience quand elle a déjà disparu, en son absence pour ainsi dire. Il ne se passe plus rien, mais on comprend que ça a été là... Et même s'il ne se passe rien dans de terrifiant dans cette longue première partie, l'imprimatur de l'horreur est palpable, jusqu'à ce qu'on prenne le bateau pour l'île.

 

Là, changement de ton en quelque sorte. Il ne se passe rien, l'endroit est vide et du coup, paradoxalement, la fiction semble enfin démarrer. C'est la force du film de Serrador : ça se joue quand il se passe rien ou peu. La découverte du village vidé de ses habitants est simplement angoissante : on aimerait bien s'y ennuyer mais rien n'y fait. Le simple fait que ça ne colle pas, que rien n'arrive, mais qu'en même temps, il faille quand même éteindre des interrupteurs (la rôtissoire), est bougrement désagréable pour ceux qui cherchent ou des choses et des films gentils, ou qui veulent de la terreur balisée. On sent en tout cas, sans pouvoir mettre le doigt dessus, qu'on est dans le territoire horrifique ou fantastique. Et c'est même très net. Le film d'horreur est bien là.

 

Serrador y va plus en retenue qu'en déballage, et l'opération marche car comme je viens de le dire, le film d'horreur peut se deployer sur ce rythme étrange certes, sur ces non-événements mystérieux certes, mais avec une violence ontologique (tout ce qui arrive est forcément de l'agression). Et comme l'espagnol sait exactement placer les éléments les plus démonstratifs au bon moment, comme un implacable joueur d'échecs, la chose prend des proportions vertigineuses. Le couple comprend presque plus vite que nous, chose rare au cinéma, et cette légère anticipation glace le sang du pauvre critique que je suis. Et avant même que cela n'arrive, on sent poindre le fantastique qui approche, l'absurde même (la scène de l'Eglise, très sobre et en même étrangement lyrique). Et implacablement, dans un entre-quatre yeux terrifiants, la chose fantastique arrivera tout en horreur d'autant plus dantesque qu'elle joue sur une image hallucinante : une main tenant simplement un revolver mais quasiment sans corps!!! Tout le film est comme ça : dans un entre-deux qui ne reflète paradoxalement que l'inéluctable et, bien sûr, l'impensable...

 

 

LES REVOLTES DE L'AN 2000 est donc, bizarrement, un film de structure et lobe frontal, tandis que son deuxième hémisphère s'inscrit clairement dans la praxis qu'il manipule avec passion et tact à travers le montage. Film d'impulsions presque anodines ou au contraire, artificielles, la chose travaille une seule et même chose, le rythme, qui ne trouve sa beauté que dans la symbiose avec les autres éléments du film : cadres, scénario (ici pile-poil entre l'intention et le levier de mise en scène donc), et l'utilisation du son, brute mais souvent redoutable. Le produit final est donc un drôle de machin se réappropriant le fantastique et l'horreur, mais avec cette sécheresse apparente du cinéma génial espagnol de l'époque (cf. L'hallucinant L'ESPRIT DE LA RUCHE dont on avait déjà parlé). Sans en avoir l'air, le film reste donc aussi un film d'action, mais laisse cette forte impression de combat mythologique, au coeur même de la tragédie humaine, et quand vient la conclusion, pourtant balisée, on ne pense jamais revoir un motif classique, mais on sait bien que c'est le statut quasi-divin de cette démonstration in extremis, par l'absurde, qui compte. Il y a quelque chose là-dedans d'implacable et d'injustifiable complètement magnifique et très glaçant. PALINDROMES le joli film de Todd Solondz montrait bien que la lâcheté humaine avait notamment ceci de spécial que de mettre la notion de Bien de l'enfant au premier plan pour faire passer les pires manquements au droit et autres injustices infectes. En s'y opposant, et en détruisant ensuite la théorie intellectuelle par l'absurde, LES REVOLTES finit même par s'en affranchir pour ne montrer qu'une violence ontologique, et plonge chaque individu-spectateur dans une solitude assez infernale. Il n'aura fallu qu'une apposition des mains pour démonter le système (notez les passages où les gens se touchent, dans le film). L'Espagne est décidément un pays de gens étranges mais courageux dans leur genre... Et voilà un film important, mais bizzarement attachant...

 

Dr Devo.





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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /Jan /2010 22:54

Publié dans : Corpus Analogia





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[Une photo sympa pour la nouvelle année, tirée bien sûr du film LA BAIE SANGLANTE.]




 

 

Ah l’Italie ! Ses petites ruelles fraiches et ombragées où la chaleur écrasante ne pénètre pas, où les effluves de centaines de cuisines remplissent l’air  de parfums méditerranéens, le mezzogiorno et son soleil de plomb s’abattant sur les vestiges de plus de 2000 ans d’excès en tout genre, les bordéliques rues marchandes où s’échangent des épices transportées en bateau des quatres coins de l’orient, les merveilles architecturales où l’amour se niche, la sieste l’après midi et la fiesta le soir, les femmes voluptueuses courant à moitié nues entre boites de nuit et plages ensoleillées, les écrivains conjuguant philosophie et sexualité effrénée, tout ca et bien plus vous seront offert lors de notre nouvelle soirée BON CHIC MAUVAIS GENRE #2 !

Présenté en double feature avec TENEBRES d’Argento, LA BAIE SANGLANTE a en fait de nombreux titres allant de l’absurde à l’improbable : le titre original sous lequel il a été tourné fut "Vous n’aviez qu’a pas être méchant" ou un truc du genre en italien. Il n’est jamais sorti sous ce titre, les producteurs préférant REAZIONE A CATENA (réactions en chaines) voir ECOLOGIA DEL DELITTO, écologie du délit, titre magnifique mais sans aucun rapport avec le film. Puis il est sorti aux USA sous douze titre différents, allant de LEFT HOUSE ON THE LEFT 2 ( !!) à BAY OF BLOOD justement, qui fut repris en français. Le titre le plus fidele serait Réactions En Chaîne, puisque le film met en scène une galerie de personnages qui vont tour à tour passer de victimes à bourreau pour défendre leur intérêts (financiers ou écologiques, en passant par le meurtre gratuit) dans un scénario complètement hallucinant enchainant des épisodes burlesques, érotiques, gores, terrifiants, ironiques ou naturalistes, le tout avec une bonne dose de folie communicative et une volonté d’écraser les codes du genre au rouleau compresseur. Citant tour à tour Borges ou Dante, Mario Bava signe là un de ses meilleurs films, sans doute le plus gore (il parait que Bava en avait marre que les gens lui demandent pourquoi ses films étaient moins violents que ceux d’Argento) et le plus absurde, un déluge à la fois narratif et visuel qui emporte le spectateur dans une sarabande de violence absolument hallucinante et pas toujours bien compréhensible, jeu de massacre déroutant et poétique dont le seul but semble de surenchérir dans l’absurde. Très difficile de résumer le film avec des mots tant la variété des sujets abordés tient plus d’une liste à la Prévert que du giallo classique (il y a quand même quatres scénaristes crédités), mais pour les plus jeunes qui ne connaissent pas le film, c’est quelque part entre VENDREDI 13 (dont beaucoup de scènes ont été reprises d’ailleurs) et BATTLE ROYALE (pas vraiment), à la différence que contrairement aux deux œuvres citées le film est un pur chef d’œuvre qui a d’ailleurs donné naissance au slasher américain et qui continue aujourd’hui encore d’inspirer les nouveaux standards du genre. Il y a même un petit coté soap opéra faisandé de toute beauté…

 

Visuellement, le film est là encore d’une richesse incroyable. Je ne sais pas trop par où commencer devant l’ampleur de la tache, mais du montage à la photo, tout sert le film. C’est un feu d’artifice permanent, des mouvements de caméras incroyables jusqu’aux transitions sublimissimes, des jeux sur la mise au point (rien que la transition absolument sublime où le soleil se transforme en œil vaut la vision du film) ou sur les zooms à foison (bon là c’est un peu too much quand même, mais ca a son charme j’imagine), bref on parfois l’impression d’être dans un trip sous ecstazy qui vire au cauchemar bad trip. Je peux vous assurer qu’on ne s’ennuie pas une seconde, il faut plutôt s’accrocher à son siège pour pouvoir suivre un tant soit peu le rythme pied au plancher instauré par Bava. Ca part dans tous les sens, et en même temps si possible. On retrouvera les traditionnels adolescents décérébrés venu squatter une maison abandonnée pour s’encanailler (magnifique séquence de danse), mais aussi d’autres personnages bien plus improbables comme le couple formé par un naturaliste et une voyante (Laura Betti !!) ou la comtesse acariâtre attachée à ne pas bétonner la baie. Tous ses personnages ont en commun une vision bien spécifique de la baie où ils vivent, et ils vont tous se battre pour faire valoir leur vision, comme des gamins se battant pour un jouet. Au final tout ce joyeux bordel trouve un équilibre dans un film totalement maitrisé techniquement : Bava assure la photo magnifique et le cadrage de toute beauté les doigts dans le nez, en jouant comme Argento sur le contraste des couleurs. Il ne faut pas oublier les effets spéciaux, véritable prouesse technique qui aujourd’hui encore suscitent l’admiration.

 

Avant de vous laisser découvrir le film, il faut quand même dire un petit mot de la fin, sans trop en dire pour garder la surprise, sujette à de nombreuses polémiques même chez les fans les plus hardcore. Pour certains, elle tombe comme un cheveu sur la soupe, mais personnellement je trouve que c’est une idée très belle et courageuse, qui loin de naïvement présenter l’enfance comme une période d’innocence et de bonheur, place plutôt les adultes face à leurs responsabilités, ou plutôt leur renvoient leur responsabilité en pleine face. Toutes ces gesticulations humaines, les conflits d’intérêts, la séduction et le pouvoir sont présentés comme une parade grotesque, une sorte de grand cirque dont les enfants seraient des témoins atterrés. On n’est vraiment pas loin de la comédie humaine.

 

PS : Je précise que j’ai vu une copie italienne originale du film pour rédiger cet article. Il s’agit de la version intégrale du film d’une durée de 95 minutes. Or la version qui sera projetée le 8 janvier à l’occasion de la soirée BON CIC MAUVAIS GENRE #2 est la copie neuve américaine remastérisée il y a peu et sortie en DVD dans la foulée en France, qui est elle plus courte. Il fallait que ce soit dit, et je vous encourage vivement à voir les deux versions si vous le pouvez !





Norman Bates.





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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 19:08

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[Photo: "Comme une Grande" par Dr Devo]






 

 

 

Une jeune femme prend place dans une fusée. Un jeune homme essaie de la retenir, mais rien n'y fait et le compte à rebours est inéluctable, elle décolle, laissant le pauvre garçon seul et désemparé. Et là vous vous dites, mais il est fou, il commence par la fin, le salaud ! Et bien non, ce n'est que le début, parce que justement cette scène science-fictionneuse est la fin d'un film que regarde notre héros, un journaliste de télévision. Lui et son cadreur ont pour mission d'interviewer Chiyoko Fujiwara, l'actrice qui joue dans le film à la fusée (vous suivez ?), qui vit depuis une trentaine d'années recluse, comme une ermite, loin des studios dont elle fut l'égérie dans les années 40, 50 et 60. Elle n'accorde habituellement jamais d'interviews, mais elle a accepté celle-ci car le journaliste a quelque chose de particulier à lui donner. Ce quelque chose, c'est une petite clé en cuivre, ce qui émeut beaucoup Chiyoko : elle pensait l'avoir perdu depuis des années. Mais elle ne sait pas ce qu'elle ouvre, à part un torrent de souvenirs...

 

 

Satoshi Kon est un type formidable. Enfin, je ne le connais pas, mais je le devine, tant les oeuvres dont il nous a gratifiés (dans sa grande mansuétude, serais-je tenté de rajouter, mais n'allons pas trop loin les enfants, il y a des requins) sont d'un intérêt tout à fait estimable. D'abord, il a participé à PATLABOR 2 de Mamoru Oshii (le réalisateur de GHOST IN THE SHELL et de TACHIGUISHI RETSUDEN, dont la filmographie est absolument et entièrement indispensable; onn  avait d'ailleurs parler ici du premier PATLABOR), a réalisé le daté mais beau PERFECT BLUE et le merveilleux PAPRIKA, sans compter sa très belle série PARANOIA AGENT. Bref, le garçon a du talent, et il en a sous le pied, ses films jouant le plus souvent sur une structure scénaristique en chausse-trappe et une virtuosité de mise en scène plutôt rare dans le milieu de l'animation. Beaucoup de "movie dropping" dans ce paragraphe, mais ne vous inquiétez pas, nous parlons du film qui nous intéresse, à savoir MILLENNIUM ACTRESS, dans le paragraphe suivant.

 

 

Si vous vous rappelez du petit résumé qui compose le premier paragraphe, je sais que vous l'avez oublié, c'est cela, allez rejeter un oeil dessus, bande de petits voyous, bref, après relecture du résumé, merci, on va enfin pouvoir commencer, vous vous dites ah non, pas encore une histoire en flashbacks où le cinéma se mêle à la réalité, où la fiction rejoint la vie et la vie rejoint la fiction et vice-versa, pour au final dire que la vie c'est comme le cinéma, et aussi que c'est comme une boîte de chocolats. Et bien vous avez raison. Mais en fait pas du tout. Vous voilà plus avancés. Je vous sens remplis de confusion. Tout va bien se passer. Sautons une ligne pour plus de clarté.

 

 

Donc, comme je l'écrivais un peu plus haut, le film se déploie en flashbacks successifs, retraçant la vie et la carrière de Chiyoko, mais de manière bien plus malicieuse, ludique et émouvante que ce qu'un metteur en scène lambda aurait pu nous proposer. En fait, Kon déploie des indices dès le départ pour amorcer sa grande idée, qui de toute façon arrive très rapidement dans le métrage (qui est très court, à peine plus d'une heure vingt) : par exemple, il est intéressant de constater qu'au début de l'interview, le cadreur ne pose pas sa caméra sur un trépied, mais la garde à l'épaule, ce qui est tout de même étrange pour une entrevue en plan normalement fixe, surtout d'une grande star de cinéma, qui voit forcément que quelque chose ne va pas là-dedans ! En fait, le cadreur ne pose pas de trépied parce qu'il va se retrouver, avec son collègue journaliste, à l'intérieur même des souvenirs de Chiyoko, et ce au fur et à mesure qu'elle les raconte ! Jusque là, rien de très original, "been there, done that", mais les choses se compliquent au fur et à mesure dans un crescendo ahurissant : petit à petit, les deux personnages (le spectateur, donc) prennent de plus en plus d'importance dans les souvenirs de Chiyoko, en même temps que leur rôle se floute de plus en plus, si je puis dire. Dans certaines séquences ils ne sont que témoins de la scène (avec le cadreur qui filme le souvenir dans le souvenir, lui-même filmé par la caméra du film ! C'est beau et amusant !), dans d'autres ils interagissent clairement avec les protagonistes du film, en leur parlant en tant que journaliste et cadreur à l'intérieur même du souvenir, dans d'autres encore ils font partie intégrante du souvenir, en y jouant un rôle normalement alloué à une vraie personne si vous voulez, pour revenir à d'autres moments à un rôle de simples spectateurs, bref, ça n'arrête jamais et leur statut est constamment chamboulé d'une séquence à une autre, ayant parfois deux fonctions dans un même souvenir ! C'est donc un véritable mille-feuille, une branche de mimosa, pourquoi pas un ficus, en tout cas c'est peu vous dire que l'émotion est d'une puissance phénoménale, d'abord parce que ça n'arrête jamais mais qu'en plus ce changement de statut des personnages implique un changement constant chez le spectateur, qui est donc tour à tour spectateur et acteur de la scène. J'imagine qu'il est inutile de vous préciser que le montage est une merveille, trépident et malin, offrant des coupes complètement dingues et des "jump cuts temporels" beaux et surprenants. Ah, il faut quand même préciser que dans MILLENIUM ACTRESS, les scènes de transition n'existent pas (ou peu), et que nous sommes trimbalés dans ces failles temporelles l'une à la suite de l'autre, sans forcément de chronologie, mais on passe directement d'une époque à une autre sans toujours repasser par l'interview, ce qui annihile complètement l'idée de compilation ou de liste, mais fait progresser la narration dans les sables mouvants, toujours vivante et très aérée, pleine de saillies.

 

 

Mais Satoshi Kon ne s'arrête pas là. En plus de la narration et du montage, il fait quelque chose de magnifique à l'intérieur même de ses séquences. Chiyoko poursuit une quête (qui a un rapport avec la mystérieuse clé du résumé (allez relire le résumé !)) tout au long de sa vie qui conditionne son entrée dans le monde du cinématographe, donc sa recherche a un écho avec sa carrière, comme vous pouvez vous en douter. Mais ce n'est, encore une fois, pas si simple que ça. Kon a bien compris que le cinéma, ce n'est qu'une vision fantasmée du réel, ce n'est pas la réalité, c'est la vision d'un artiste de cette réalité. Le déroulement du film, donc, et le récit de Chiyoko que l'on suit est constamment parasitée par cette subjectivité de la narratrice. Alors qu'elle raconte sa carrière filmique, elle y incorpore des événements de sa vie réelle pour les faire coïncider avec ce qu'elle vivait dans sa vie de femme. En clair, elle refait les films de ses films ! Ce qui est magnifique, puisque non seulement c'est ici que se niche la déclaration d'amour de Kon au cinéma (et pas dans la dédication de Chiyoko au métier, qui est on l'apprendra rapidement un geste complètement opportuniste et égoïste), mais en plus c'est d'une puissance sensuelle et émotionnelle inouïe.

 

 

MILLENNIUM ACTRESS est un film tout à fait important, qui non content de contenir tout ce dont j'ai parlé, se dote en plus d'une musique très réussie et d'un jeu sur l'échelle de plans encore une fois assez rare dans le monde de l'animation. Un jalon.




LJ Ghost.







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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 22:40

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[Photo: "The Doubt, The Fire" par Dr Devo d'après une photo du film ANGST.]







C’est le Colonel Moutarde, encore lui, qui me prête dans le moment de délicieuses ou dégoûtantes galettes qui me permettent d’explorer un peu tous les recoins de la galaxie cinéma, et qui m'a donné cette copie de ANGST. Puisque, comme nous le rappelait hier Norman Bates, l’Ultime Saut Quantique a un peu défriché le sujet, je vais moi aussi me plonger aujourd’hui dans la jungle du cinéma de langue allemande. Mais, de manière à ne pas marcher sur les plates-bandes des collègues, vous me permettrez de décaler légèrement mon angle de tir, et de viser ce beau pays majestueux qu’est l’Autriche. Allez, hop, on enfile tous nos culottes de cuir, on prend les piolets et une grosse chope de bière, et c’est parti…

 

 

Erwin Leder est autrichien et en prison (une phrase, un zeugma, je dis bravo !). Condamné pour tentative d’homicide (sur sa mère me semble), il sort aujourd’hui se confronter à l’air du dehors et à la liberté. Et ça va être très, mais alors très très compliqué. Son premier geste sera de s’arrêter dans le premier café venu pour en boire un (hihi !) et pour manger une bonne saucisse-moutarde comme l’Autriche en a le secret. Et déjà, là, ça se gâte ! Le voilà donc avec sa saucisse dans une station-service à deux pas de la prison, et il mate sévèrement deux jeunes filles coquettes accoudées au bar. Et dans sa tête, le petit vélo pédale vite, vite, vite. Elwin est excité et il veut tuer, là, tout de suite, sur-le-champ. Il doit néanmoins reporter son projet. Il prend alors un taxi, tente d’assassiner la chauffeuse (si je veux), et finit par s’échapper. Perdu dans un quartier qu’il ne connaît pas, il débarque dans une luxueuse et vaste propriété au look résolument moderne. Il pénètre par effraction dans la maison, et se fait vite surprendre par ses occupants : un jeune homme en chaise roulante et visiblement attardé mental, sa sœur (joli brin de fille), la mère dans la soixantaine, et un teckel. Dès qu’il est découvert, Erwin attache tout ce beau monde, non sans mal, et il commence à travailler, dans tous les sens du terme. Le sang, bien sûr, ne tarde pas à couler, et la mort envahit instantanément l’Autriche…

 

C’est sympa comme pays, non ? On est vachement bien : il y a de la montagne, de la forêt, c’est bien propre, bien entretenu. C’est calme. Et puis les gens sont tellement avenants : Michael Hanecke, Ulrich Seidl… Que des films sympas en perspective…

Et ici, ANGST ne déroge pas au cliché : le film est dur et plonge son spectateur dans un univers largement glauque. Et c’est rien de le dire…

 

Suivre un tueur compulsif en goguette n’est sans doute jamais une partie de plaisir,  mais il y a ici quelques dimensions supplémentaires qui font que le film est plus qu’un bidule pour choquer le bourgeois.

Commençons par décrire l’objet. ANGST est tourné dans un scope très ample, très aéré, et surtout, il utilise la voix-off de manière assez simple mais qui ici fait mouche. Il s’agit bien sûr du tueur qui nous parle. On prendrait d’abord cette voix comme étant le fil de sa pensée mais très vite, les choses se compliquent puisqu’aux réflexions in vivo se mêle une part de récit plus explicatif, et que finalement les deux couches de narration vont se télescoper, faisant la part belle aux choses dont le tueur ne parle pas et qui manifestement le travaillent énormément. La scène-clé pour ce dispositif de voix-off, c’est la scène de la chauffeuse de taxi, où les deux types de dialogues off finissent par se confondre et lancent, d’ailleurs, comme par hasard (en bas de votre écran, un indice s'affiche!), la geste meurtrière du bonhomme. Un scène très rythmée et superbement montée d’ailleurs puisque malgré sa durée (pas énorme mais assez éprouvante car on comprend vite où il veut en venir), il nous est impossible de pleinement réaliser, c’est-à-dire d’avoir totalement conscience de ce qui est en train d’arriver, chose entretenue aussi par la voix-off dont je parlais qui dépasse largement de cadre de l’action, mais qui est n’en est pas moins décisive. Ca fait beaucoup de choses pour une scène apparemment anodine, et une certaine ivresse, pas du tout aimable d’ailleurs, nous prend.`

 

Il faut dire que dès les premières images, le film nous prend à la gorge (les scènes en prison) malgré la tranquillité relative de ces scènes d’introduction. Le cadre est magnifiquement travaillé et met en valeur les textures hétérogènes des différents décors. L’échelle de plan est aérée, et même dans les plans rapprochés, nombreux et j’y reviens, on a beaucoup à voir dans le cadre pourtant dirigiste, et c’est rien de le dire, et ça j’y reviendrai aussi. Un échelle variée pour ce décor de petite ville de province qui peut prendre des allures peut-être pas majestueuses mais assez immenses. Il faut dire que Kargl varie l’échelle en virtuose, et que très vite un sentiment s’impose : c’est cadré de manière inouïe et ça, ça mérite un second paragraphe…

 

 

A la ligne. Echelle ample, cadre sublissime, des textures, un acteur saisissant nous le verrons, des jeux d’appareils hallucinants, c’est bien simple : au bout de trente ou quarante secondes pour les plus rétifs, il faut se rendre à l’évidence : il y a ici un choc qui rappellera à certains la découverte des Gaspar Noé ou de Herzog (je ne compare pas, j’analogise bien sûr). ANGST semble être un choc esthétique de première importance. Il faut dire qu’il pousse l’ami Gerald, et malgré la relative sécheresse du sujet, âpre et épuré dans son genre. On est ici en pleine symphonie baroque, ce qui est un paradoxe, car le sujet est microcosmique, et que les propos énoncés tendraient plus au moins qu’au plus, si je veux et en quelque sorte.
Je parlais du cadre. La caméra est quasiment tout le temps en mouvement. Ca bouge beaucoup de manière absolument non-hystérique très souvent, et le premier choc ce sera l’utilisation des volumes présents dans ce cadre et des lignes qui le recomposent qui est d’une subjuguante beauté. Les scènes où notre psychopathe traverse la chaussée en début de film sont à tomber. Et ça, ça ne s’arrêtera pas. Là aussi, il y a un sentiment d’ivresse, d’ivresse au ralenti allais-je ajouter. Mais un virevoltage de caméra n’en vaut pas un autre. Dès que Kargl change un paramètre (échelle, plongée ou pas, rythme du mouvement, axe…), on a l’impression de redécouvrir complètement le système. Comme le montage favorise la coupe, et privilégie de manière presque musicale le rythme, c’est, je vous assure, la fête au village, et cela même dans les scènes à l’intérieur de la maison où pourtant l’environnement est plus sec et se devine plus monotone (il n’en sera rien, bien sûr).

 

Les plans sont sublimes : énormément de plongées, certaines à vingt mètres de haut, d’autres juste au-dessus de la tête des protagonistes et qui parfois, même dans les situations les plus extrêmes, sont en mouvement. Car le film travellingue sa mère à qui mieux-mieux, dans une symphonie de sensations hallucinante, presque soûlante. On se demande même parfois comment un réalisateur dont on devine le peu de moyens aux encornures (c’est à dire jamais) à trouver la force de faire des choses aussi compliquées du point de vue de la mise en place. En tout cas, le résultat est là : budget modeste mais rendu à la 2001 L’ODSSEE DE L’ESPACE (n’importe quoi, aucun rapport) car c’est une impression de luxe qui nous submerge. Les plans en forêt, les deux circuits autour de la maison lorsqu’on découvre ce décor (avec ce passage d’angle de mur, coupé avec maestria la première fois et contredit complètement la fois suivante à la faveur d’un plan séquence et donc  d’une absence de coupe, le petit gourmand !), et plein d’autres choses riches et variées (variées mais avec toujours les mêmes outils en quelque sorte) font de ce film un régal, et même bien plus, car la mise en scène nous parle aussi, autant que l’action, autant que la voix, et qu’elle nous plonge dans un tourbillon de sensations et de pensées où s’affrontent celles du tueur et les nôtres. Curieusement, devant cette bête humaine de psychopathe, un étrange sentiment d’empathie s’empare de nous. Merdre, on est là dedans, on est dans ce truc qui sert de corps, on en fait quoi maintenant ? Mais là, je m’égare…

 

[NB : Un des outils magnifiques du film, ce sont ces plans rapprochés de la mort-qui-tue, en courte focale, et par conséquent avec beaucoup de champ autour du personnage et énormément de profondeur itou, et où, en plus, la caméra est fixée sur l’acteur. Un effet toujours payant (l’acteur semble fixe et c’est le décor qui se déplace autour de lui). Le procédé est beau certes, mais donne la clé du film, et aussi sa folie triste et déchirante. On comprend grâce à ce plan très souvent utilisé que, ce que cherche à faire Kargl, c’est un film au plus près du mouvement, et c’est le mouvement le sujet du film. Certes. Mais, il veut aussi créer une sorte de caméra subjective perverse. Ici, et voilà qui fait que ce personnage est inadapté pour quoi que ce soir, à la Société, au Spectacle, ici, dis-je, la caméra subjective est complètement pervertie en effet. Elle est, elle aussi, déficiente et inadaptée. Car dans ces plans où la caméra est attachée à l’acteur, on comprend que c’est une caméra subjective, mais redoutablement perverse (encore!!!!) car le sujet se regarde en quelque sorte ! Une horreur sémantique et cinématographique qui glace le sang, et qui nous trouble aussi. Si l’œil du tueur se regarde de l’extérieur, on est qui, nous, spectateurs, on a quel statut ? Et va-t-on sortir de là, de cette tête, de ce regard ?)]

 

(NB2 : Toujours à propos de la caméra attachée à l’acteur. C’est déjà beau sauf que… Il y a ce plan terrifiant (à l’origine de ma tirade précédente sur la caméra subjective perverse et absurde) où le tueur commence à marcher dans la maison, la caméra attachée sur lui, et où, PAAAAF, BOOOOOMMM, déflagration nucléaire, la caméra se met à pivoter autour de l’acteur (elle est attachée ou non ? Sortez moi d’ici, je ne veux pas mourir là !) contredisant la sensation d’attachement pour renverser l’axe. Les deux axes se valent, ce sont les mêmes ; Blanc égale Noir. Champ égale Contrechamp. Vrai égale Faux. C’est sublime et d’une extravagance visuelle totale. Et ça pose, et ce n’est pas le seul plan pour lequel c’est le cas, la question suivante : il fait ça comment ????)

 

 

 

Alors, vous vous dites, c’est de la maestria hardcoresque, ça fait son Argento autrichien avec tous ces mouvements, bref c’est du gâteau à la crème chantilly pendant tout le repas. Euh … Non. Pas vraiment, car le film est très âpre aussi.

Car, la première partie, dont on pensait qu’elle durerait largement le temps du métrage, et même si elle occupe un bonne moitié du temps du film, finit par s’achever (joli !) et laisse la place peut-être au morceau le plus rude du film, "l’après" en quelque sorte. Les sensations provoquées par le film ont alors tendance à se déplacer. Ce qu’on voit à l’écran semble être alors la pesanteur, l’attraction terrestre d’un corps, celui du tueur, sans cesse en mouvement, dans une agitation extatique mais triste. Le film montre alors une forme de travail, long, pénible, impossible à faire d’une manière neutre, où il faut se déplacer vite, soulever des charges lourdes, où l’organisation implique des mouvements imprescriptibles, où la logique demande des déplacements incessants et des kilomètres parcourus dans une aire pourtant restreinte. Cette suite de mouvements, c’est le corps au travail. De la même manière que le champ et le contrechamp sont la même entité, ici ce travail de levage, de traînage et d’organisation concrète est confondu avec l’existence même du tueur. Et là, bien sûr, on (soit nous, le spectateur) a le temps de comprendre ce qui se joue : on le sent d’abord, on le formule ensuite, et on en mesure finalement l’horreur. Ce qui se passe ici, c’est : le Présent ! Tout bête, mais redoutable et effrayant. Fini le storytelling. [Dieu merci, la qualité fantastique de la mise en scène évite que le film ne sombre dans l’aspect documentaire. Notamment grâce à la photographie, toujours belle et assez subtile, et aussi grâce à un travail de maquillage complètement exceptionnel.]. Je disais donc, voilà le Présent. Ce type vit un Présent, et rien d’autre. C’est l’horreur absolue. Une fois la chose comprise, pour la première fois peut-être nous nous éloignons un peu du personnage, on fait juste un petit pas de côté, on se dissocie et observe. La conclusion, la boucle, le discours réducteur de la réalité juridique, tous les éléments de la fin ne nous surprennent pas vraiment. On avait déjà compris par le Présent. C’est dans cette dernière ligne droite que jaillit alors l’absolue solitude, l’absolue tristesse d’un personnage hors-norme, inadapté. Dans le processus du film, c’est autre chose qui se jouait : la réalité n’existait pas. Sans lien avec l’extérieur, les autres et le temps, on sait alors qu’on a vécu l’autisme fondamental (imprescriptible) de notre être propre, de notre propre existence. Entre lui et le monde, il y a une galaxie. Et entre nous et le Monde, sans doute un gouffre également. Le film nous laisse alors sans solution, avec l’impossibilité même de mesurer ou d’estimer ce gouffre. Entre deux, on a été, puis on a approché un autre homme. Pendant une heure et vingt minutes. Sur toute une existence. Tristesse.

 

 

La question est : comment est-il possible que je n’aie jamais, mais alors jamais entendu parler de ce film ? Et accessoirement, par quelle malédiction Kargl n’a fait qu’un seul film ?

 

 

 

Dr Devo.







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Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 14:50

Publié dans : Corpus Analogia







[Photo: "Mes calembours sont plus belles que vos jours" par Dr Devo.]






Allons-y gaiement…Un petit tour du côté de la french touche bibite, cela faisait longtemps que nous ne nous y étions pas attardés mentalement. Il y a peu j’ai eu la malchance d’aller voir le dernier film (et le premier pour moi) de Christophe Honoré dont LJ Ghost nous avait déjà parlé : NON MA FILLE TU N’IRAS PAS DANSEROuèch, pour être honnête avec vous, chers lecteurs, j’y allais à reculons, car je savais un peu à l’avance à quelle sauce j’allais être mangé, soit un film "post-nouvelle vague Truffaldienne" ce qui n’est franchement pas ma tasse de thé. Evidement, il n’est jamais bon de partir avec de tels à priori, néanmoins comme ce visionnage n’était pas prémédité, j’y allais avec une certaine paix, bien décidé à prendre le film pour ce qu’il serait et à me laisser surprendre s’il y avait lieu de l’être.

 

Hélas, mille fois Hélas, après cinq minutes de projection je me rendais compte que les cent prochaines seraient aussi merdiques, dénuées de saveur, d’intérêt et de cinéma. Encore une fois, on se retrouve en pleinJardiland (et encore, sans l’arc en ciel !) avec une réalisation sans parti-pris autre que de coller à son scénario d’auteur à 2 cent d’euros, des acteurs plus tête à claques les uns que les autres (avec en tête Julien Honoré, plus que detestab), certes pas aidé par des dialogues pas bon, mais alors pas bon du tout…, le tout rendant les thèmes abordés (à priori pas sans intérêt comme l’incapacité de Chiara Mastrïani à s’intéresser à la vie alors que rien ne l’y en empêche à priori) imbouffable et puant de petit-bourgeoisisme. Pour qualifier la chose je citerai feu le meilleur animateur de débat radiophonique, soit Gérard de Suresnes : "C’est vraiment de la m…e". Et j’ai franchement pas envie d’en dire plus tellement je trouve ça honteux et tellement c’est la dernière fois que je me laisserai prendre.

 

Donc non vous n’irez pas voir NMFTNIPD, en revanche vous pourrez tranquillement rester chez vous et ainsi économiser vos euros et votre santé en appréciant la galette DVD de VANYA 42EM RUE de Louis Malle disponib à moindre frais sur l’Interned.

 

Mon oncle Vanya est une pièce d’Anton Tchekhov et pour tout vous dire c’est un peu "Amour, Déchéance et Laideur" au pays de la Vodka. La pièce prend place dans la campagne Russe. Le professeur Serebriakov accompagné de sa jeune épouse, Elena, viennent s’installer dans la vaste demeure de sa défunte première femme. Ils y sont accueillis par Sonia, la fille du professeur issu de son premier mariage ainsi que par l’oncle Vanya (le frère de la morte). Cette arrivée n’est pas sans créer quelques menues remue-ménages de part les différents conflits qui règnent entre les protagonistes et puisque Vanya va s’en amouracher d’Elena qui sera également convoitée par Astrov, le medecin de famille, ce même médecin dont Sonia est éperdument amoureuse sans qu’il y ait, malheureusement pour elle, réciprocité Pfffiou. Du coup comprenez bien que ça sera un peu la merde. Mais passons sur la pièce, qui malgré ces atours plutôt Feux de l’Amouresque reste tout à fait digérable, et concentrons sur ce qui fait la singularité du film !

 

Nous sommes en 1993 ou 1994 et Louis Malle connaît la pièce et plus particulièrement sa version mise en scène par l’américain André Grégory qu’il a su apprécier aux States où il séjourne alors… Et donc Malle se prend l’envie de réaliser un film à partir de ce matériau sans pour autant en faire une adaptation pour le cinéma. Rassurez vous il ne s’agit pas non plus de théâtre-filmé, la démarche ets bien plus subtile et intéressante que ça. Premièrement Malle prend le parti de filmer non pas une représentation "classique" de la pièce mais un filage (le filage étant une répétition générale de la pièce du début à la fin et sans interruptions, à priori). En fait, l’idée de filmer un filage n’est qu’un prétexte, on se rend bien compte que le film est très monté et que les acteurs n’ont pas joué la pièce d’une seule traite. L’intérêt de la chose réside dans le fait que les acteurs ne sont pas dotés de leurs costumes de scène (ils portent leurs vêtements du quotidien), Exit également le décor de la pièce; le tournage ne s’effectuera pas sur scène mais dans un lieu de répétition qui se trouve être un imposant théâtre en ruine (sur la 42em rue) où André Grégory aime faire répéter ses acteurs. Ainsi Malle décontextualise la pièce d’origine pour lui donner un nouveau ton. L’enjeu est lourd, il n’y a plus vraiment de décor et plus de costumes, il ne reste plus qu’à Malle à jouer sur la mise en scène et de compter sur la performance des acteurs, et c’est exactement ce qu’il va faire.

 

Dans le film, le metteur en scène André Grégory joue son propre rôle et invite au début quelques spectateurs à assister à ce filage particulier. Aussi le film commence tel une sorte de documentaire sur le travail de filage d’une pièce de théâtre… puis sans que nous nous en rendions compte immédiatement, Malle nous fait entrer dans la pièce de Tchekhov et donc dans la fiction qui finit par nous sauter aux yeux grâce à un très beau point de montage (que je ne vous dévoilerai pas pour laisser un peu le plaisir de la découverte). Par ce stratagème Malle nous fait littéralement pénétrer dans la fiction sans que nous puissions en sortir, il y a une réelle attraction qui s’opère (après cinq minutes de film, nous sommes déjà rassuré, on voit que Malle en a sous le pied et qu’il va nous surprendre). Cachottier qu’il est, Malle se payera même le luxe de nous faire ressortir de la fiction dans laquelle il nous avait si bien ancrés par des interventions de Grégory entre les changements d’actes. Ces interventions, qui n’ont pas grand intérêt en soi pour l’information qu’elles dispensent, ont pour effet de relâcher la tension pour nous y replonger encore plus profondément au fur et à mesure que le film avance et cela fonctionne très bien. Encore une fois c’est assez troublant et plutôt jouissif dans l’effet ressenti.

 

Je disais que le décor n’intervenait pas, en effet comme la majeure partie des plans sont assez serrés sur les acteurs on ne voit que rarement le théâtre en ruine,  mais pourtant ce décor joue dans quelques plans, suffisamment en tout cas pour conférer une ambiance particulière un peu miteuse et chaotique à l’ensemble, c’est assez beau. Et puis il n’y pas que le décor qui joue mais aussi le son, là aussi c’est très subtil mais encore une fois assez saisissant. En effet, lors d’une séquence particulièrement mouvementé entre les protagonistes, Malle choisi de l’envelopper d’une ambiance sonore qui n’appartient pas à la pièce de Tchekhov mais au lieu de tournage. On sent bien que la chose est faite exprès car cette ambiance sonore aurait pu être entendue bien avant, mais Malle la place délibérément dans un contexte tendu et  l’effet impressioniste est assez étrange. Il devrait y avoir une sorte de distanciation et pourtant non, je dirai que cela enfonce encore plus les protagonistes dans leur solitudes et leur désarroi et c’est assez touchant.

 

Tous ces éléments de mise en scène auxquelles j’ai fait allusion interviennent de façon assez discrète et je dirai que l’ensemble formel du film est d’une teneur assez classique. Globalement la mise en scène est vraiment au service des acteurs et nous livre un montage sans follesgourmandisesmais nondénué de rythme pour autant. On ne va pas s’en plaindre car les acteurs justement sont tous plutôt bons (avec en tête la belle Julianne Moore et aussi le très bon Wallace Shawn qui interprète Vanya et que l’on a pu voir récemment dans SOUTHLAND TALES dans le rôle du Baron Van Westphalen , un habitué des voix de personnages de dessins animé, il faut dire qu’il a une voix assez "remarquable" et le physique qui va avec…). Malle n’abuse pas des effets donc et je dirai justement que c’est dans la ponctualité de leur utilisation et dans leur force qu’il donne une dimension très particulière au film, assez unique finalement qui mérite bien que l’on s’y arrête.

 

L'Ultime Saut Quantique.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 22:09

Publié dans : Corpus Analogia








[Photo: "...But the Light Deceived Me (I Tried to reach you...) par Dr Devo et John Mek-Ouyes.]





Bonjour les Focaliens,

On continue de se balader dans les six ou sept dividis achetés la semaine dernière, et pour une fois, la galette est plutôt récente, approchons-nous…

 

Oh dis donc, une adaptation de Stephen King. Je discutais hier avec mon ami le Colonel Moutarde, et nous nous disions qu’il y avait peu d’adaptations réussies de Stephen King, tels deux supporters commentant la dernière journée de championnat. Cinq minutes plus tard, nous étions d’accord pour dire, au contraire, qu’il commençait à en avoir un paquet, de bonnes adaptations ! Pour finir, je me couchais en me disant qu’il y a beaucoup d’adaptations réussies, même parmi les petites productions (THE MANGLER ou NIGHTFLYERS, par exemple), pour la simple et bonne raison qu’on adapte le King à la pelle depuis trente ans ! Rires ! Encore une anecdote désopilante du Docteur Devo !

 

 

Thomas Jane a peut-être un nom ridicule et un faux air de Christophe Lambert, il n’empêche qu’il a une grosse maison à Castle Rock dans le Maine, et qu’il gagne plus que tous les abonnés à Matière Focale réunis, car il bosse pour Hollywood pour laquelle il conçoit des affiches de films. Ce soir-là, le petit Juju est couché, Madame lit le Figaro Madame dans son lit quand Thomas décide d’aller se coucher. Dehors, la tempête grogne.

Le lendemain matin, c’est la panique ! Les arbres du parc se sont effondrés, le studio de travail de Thomas est kaput, l’abri à bateaux n’est que débris ! Toute la région découvre les dégâts de cette nuit de tempête. Bien qu’il soit en mauvais terme avec son voisin, un gars pas sympathique du tout (un grand black, magistrat), Thomas accepte d’emmener celui-ci en ville, histoire d’aller faire quelques courses dans la grosse supérette du coin. Il emmène également son jeune fils, le petit Juju.

Evidemment, toute la petite ville de Castle Rock a eu la même idée, c'est-à-dire de faire des provisions, et la supérette est bondée. A peine dix minutes plus tard, un épais brouillard s’abat sur la ville. Voilà qui est bien étrange, d’autant plus que, durant toute la matinée, on n’a pas arrêter de voir de camions de la base militaire voisine faire des allers et venues ! Ca fout un peu les chocottes, mais bon.

Et puis, tout à coup, voilà que ce bon vieux Earl, un retraité, arrive ensanglanté dans le magasin et demande à ce qu’on ferme les portes au plus vite. Ce qui est fait. Et Earl raconte une histoire hallucinante : son pote Jimmy a été emporté par un "truc" ! Voilà qui nous fait une belle jambe. Il n’empêche, quand un jeune employé de la supérette s’avance dans le brouillard pour réparer un machin sur le toit, il se fait atrocement mutiler par des tentacules géantes ! Employés et clients du supermarché sont obligés de se barricader dans l’établissement. Et d'attendre. Mais attendre quoi ? Et surtout, c’est quoi ce truc dehors… Les manifestations étranges vont se multiplier mais bien plus, l’ambiance dans le supermarché va vite devenir insoutenable. Il y a des trucs monstrueux dehors, certes, mais qu’y a-t-il dedans ?

 

 

Alors, voilà un film dont je ne savais rien, même pas les grandes lignes du sujet, si ce n’est que je me souvenais de l’accueil qu’il reçut, il y a un an et demi, lors de sa sortie en salle. Gros four aux statesses, réputation épouvantable partout dans le monde. Amis mécontents, critiques déplorables, gens en colère, cinéphiles qui brûlent les vitrines des magasins. J’ai entendu des commentaires souvent assez violents, et surtout contradictoires parfois ! En tout cas, une chose était sûr : le film foutait les gens en rogne. Je me souviens, cette semaine-là, être allé à la radio pour discuter de cinéma à l’antenne, et je fus surpris à l’époque de voir comment le film pouvait déchaîner une telle énergie négative. Même raté, s’énerver à ce point… Je reviendrai plus tard sur ces événements !

 

 

La polémique est passée. Le dividi est sorti. Et maintenant, on le trouve à sept euros dans les trocantes.

Ca commence tranquilou, la chose, mais plutôt bien. Un parti-pris rigolo en forme de clin d’œil (les affiches de cinéma dans le studio de Thomas Jane, citent THE THING plutôt que FOG…), un joli décor, bien éclairé, et un chouette effet. Il sait soigner, Pépère. On se dit qu’on verra ça en France dans vingt ans.

Une fois cette introduction courte et soignée passée, on est dans le récit kinguien traditionnel. Présentation des personnages très simple, gentiment marqués, et une ambiance très terre-à-terre. Il n’empêche, on ne perd pas de temps, c’est relativement nerveux, il se passe quelques trucs intéressants (le voisin), et le plus dur sera de passer sur l’abominable jeu du petit Juju dans la première scène. [Le gamin n’est, certes, pas une flèche, mais il est quand même moins mauvais après, même si ce n’est pas un très bon acteur, ce qui n'a pas d’importance d’ailleurs, et voilà, c'est malin, ma parenthèse est plus longue que ma phrase). En trois coups de cuillère à pot, une sacrée tripotée de personnages importants sont présentés, lors d’un assez jolie scène d’ailleurs, très banale : les gens font la queue à la caisse, se disent bonjour, se regardent de loin, et en même temps scrutent attentivement les militaires qui vont et viennent de tous côtés. On est méfiant, mais c’est rigolo. [Deux actions en une : ce sera aussi le modus opérandaille de la scène centrale, celle de l’attaque à l’intérieur du supermarché, le chaos en plus !]. Premier beau moment, il suffit de rien, mais alors rien du tout pour que la pression monte : un soldat de la police militaire qui dit trois phrases toutes bêtes. La balance bouge de manière infinitésimale, et hop, elle bascule d’un demi-gramme vers le dangereux plutôt que la chronique de voisinage à Ploucville. Ca, les amis, c’est dû à deux choses : les axes sont corrects, ça joue à la fois sur le dialogue et sur l’image, et ça monte plutôt consciencieusement. 

 

Une scène plus tard, et c’est le chaos. Si la première apparition monstrueuse (la tentacule) se base sur des enjeux très marqués (qui seront ceux du film, mais qui seront affinés au fur et à mesure) et sur une scénarisation classique de film d’horreur, c’est après que les choses démarrent. Et ça va assez vite. Les enjeux de la  scène de la tentacule vont se déplacer, grandir et se complexifier. Les personnages sont très très marqués. Mais tous les développements sont pertinents. Les enjeux sur la crédulité notamment, permettent d'affiner les sentiments, de tracer des lignes mouvantes dans les intéractions. La vieille mamie, la mère célibataire, la petite jeunette mignonne comme un cœur, le vieux redneck, le contremaître avec la tête sur les épaules, le gros black, et surtout Marcia Gay Harden, la croyante fondamentaliste, fan de Dieu... Comme vous le voyez, c’est marqué. Ca ressemblerait à un panel IFOP mais…
Dès la discussion avec le voisin black, Darabont donne le signal : un thème, c’est bien, le développer c’est cool, mais le faire muer… ça, c’est beaucoup mieux. Et on se dit que le coco, il est en train de faire quelque chose de plus complexe qu'il n'y paraît : il ballade ses quelques thématiques sur différents personnages, les teste dans des situations hétérogènes, les confronte à des enjeux différents, et très vite, ce mélange nous donne une solution assez subtile qui permet de faire du précis et du pas con avec des personnages très marqués au départ. Vous l’avez compris, les ambiguïtés vont affleurer rapidement. De ce point de vue, Darabont a bien compris avec quoi jouait Stephen King. Tout cela se passe très bien. Marcia Gay Harden a de l’avance sur les autres personnages et ça fait bizarre, mais au fur et à mesure qu’elle gagnera de l’importance, son jeu va s’affiner, son propos va devenir de moins en moins intéressant (paradoxe), mais son corps va drôlement parler pour elle. Voilà un bel exemple d’affinage par le jeu corporel (et le montage), et dont les conséquences seront impressionnantes.

 

Il est dur de vous parler de ce film sans rien vous dévoiler du tout. Néanmoins…

On comprend très vite que l’enjeu de THE MIST est de développer deux sources. La première consiste à tracer des variations sur les thèmes qu’on retrouve dans un film de zombies, tout bêtement : des personnages ploucs comme nous, une situation relativement réaliste une fois le postulat de départ accepté, des enjeux humains universels tournant autour de la Morale et de la Politique du Groupe, et bien sûr la thématique qui tue, à savoir : Société Vs Individu. Yummmy ! On va se régaler, me dis-je.

 

Ha oui… Ma première pensée consciente a été de me dire qu’on voit ça avec intérêt, mais curieusement avec un œil froid. Il a de jolis spécimens de gens bien cons, trèèèèèès cons même, dans ce supermarché, mais on regarde un peu ça de biais, et tant mieux : ça fait moins de pathos et de discours moralistes. Par contre, paradoooooooxe, nous voilààààààà, comme on disait en 1940, le film va au fur et à mesure devenir très impliquant. Et drôlement plus que prévu. Mais par sur le sentiment convenu de la révolte.


Et là, les amis, je ne m’attendais à tout sauf à ça ! THE MIST est une grosse claque ! Au fur et à mesure de son avancée, le désespoir va monter en flèche comme rarement. On pourra dire tout ce qu’on veut sur Darabont, en tout cas, ce n’est pas un idiot. Et il tente un pari très osé. Le film est long (120 minutes). On ne traîne pas dans la première bobine, et on est assez vite dans le vif du sujet. Voilà qui est déjà satisfaisant. Ce qui est renversant, c’est non seulement l’écriture du film, très maligne, mais encore plus ce sentiment, et je pèse mes mots, complètement atroce que la situation est toujours paroxystique, avant qu’on ne découvre la suivante qui est bien pire. Le premier tour de force de THE MIST, c’est la construction rythmique, pas linéaire pourtant (il y a  notamment quelques scènes de dialogues intermédiaires plus maladroites mais toujours très très courtes, et d’ailleurs la dernière avec le petit Juju passe curieusement bien, malgré son thème, "la promesse") puisqu’il propose des cadences assez différentes dont des scènes d’action classiquement placées mais qui interrompent bien le tempo, globalement lent, de l’ensemble. [Beaucoup de ces passages ont des résultats désespérants d’ailleurs ; comme si les personnages essayaient des solutions diverses mais aboutissaient à différentes variations des mêmes résultats, comme s'ils se cognaient la tête contre le mur.] On a donc un sentiment sensuel et psychologique de gradation qui mène vers une logique toujours pire. Plus le film avance, plus on étouffe. Plus les personnages se mangent le mur, plus la situation humaine se dégrade de palier atroce en palier atroce. THE MIST, c’est ça : une heure et demie (j’enlève le premier et le dernier quart d’heure) de déconvenues et de lente descente vers l’ignoble. Tenir deux heures sur ce motif, je trouve cela complètement bluffant.

 

Côté mise en scène, Darabont est discret mais assez efficace. Les effets spéciaux sont relativement malins, mélangeant les effets de maquillage ou d’animation en direct avec la synthèse plus en vogue, ce qui devient de plus en plus rare, notons-le au passage. La lumière est souvent jolie, le cadre pas mal, et les axes sont chouettes. Le montage est très bon, et quelquefois joue très bien avec le cadre, justement. Une des plus belles idées du film est la gestion des figurants, dont on a l’impression qu’ils changent tout le temps (on ne les reconnaît jamais) et que Darabont semble arbitrairement mettre ou pas dans le champs, à la manière d'une "caméra subjective", réduisant la foule souvent à des silhouettes emblématiques, mais mutantes. On les voit, ils sont là, et en même temps, ils sont flous, mouvants. Les scènes d’action ne sont pas hystériques du tout, ce qui est très rare pour un film grand public, avec des plans quelquefois longs et un montage qui sait prendre son temps. Les bêbêtes ne me passionnent pas en général, mais ici sont très bien amenées, quoique classiques, avec une gradation très lovecraftienne. Si Darabont joue souvent sur la suggestion (hors-champs nombreux, par exemple, ou encore un seul monstre volant pendant la grande attaque du supermarché, et non pas trois cents !), il arrive à donner de l’énergie dans les moments où il lâche les chiens. Bon, c’est dû aussi à la belle écriture, au rythme global, aux déplacements de thématiques qui mutent selon le personnage sur lequel elles se placent, bien sûr, mais il n’empêche. Je note que la dernière apparition monstrueuse est très très belle, et que globalement, l’horreur des personnages se déplace au fur et à mesure vers quelque chose de plus viscéralement indicible, ce qui me fait dire que l’aspect lovecraftien du film n’est pas usurpé.


On se dit qu’on le voit venir avec son petit gamin, avec la blonde et avec la folle de Dieu en mode hystérique. Il n’empêche, l’implication progressive et rythmique marche du tonnerre, aussi grâce à un joli son, et une musique très marquée (Lisa Gérard quand même !) mais plutôt discrète, et des passages entiers, très longs, où elle n’apparaît pas du tout. Les bonnes idées s’enchaînent (le personnage qui décide de revenir au supermarché, la mort sans aucun pathos de certains personnages importants, quelquefois même hors-champ !). C’est très soigné !

 

Et puis, il faut quand même dire que Darabont sait mettre en scène ses morceaux de bravoure. Et je vous jure que les cinquante dernières minutes sont absolument éprouvantes, et même épouvantables. C’est vraiment finement joué de la part de Darabont. L’idée de la longue séquence finale (précédée de la très belle scène du parking), c’est la cerise atomique sur le gâteau de cyanure, c’est le comble de l’horreur. Après un chapelet de scènes très fortes qui nous a déjà miné, Darabont fait un truc très gonflé (dans la voiture). Chacun est renvoyé à son désespoir, et à sa solitude. C’est ignoble… D’une noirceur terrifiante. [Là encore, quel tact ! Très beau jeu d’axes et de hors-cadres, bon rythme de montage, très bonne intervention du monstre. On est loin du pathos hollywoodien.]

 

Et puis, il y a les toutes dernières minutes qui, je pense, sont le cœur du mécontentement de beaucoup de personnes, voire de la violence faite au film. On me dit dans l’oreillette que le premier montage de Darabont fut violement rejeté par la production, et qu’on lui a donné un cahier des charges strict. Possible, et même probable. [Pendant les quarante dernières minutes du film, j’imaginais la colère du cinéphile lambda, en salle, devant un film aussi noir !] En tout cas, même si on ne doit pas mélanger la valeur d’un auteur avec son œuvre, je dois dire que j’ai immédiatement pensé que ce Darabont devait être un mec assez remarquable. La conclusion du film est, en effet, d’une intelligence sublime, et d’une générosité totale. En réalisant ce que le studio lui a sûrement demandé, il a fait preuve d’un tact et d’un courage immense. Oui, oui, oui, c'est un paradoxe ! Car il a exaucé complètement les vœux du gros studio. Ils l’ont, leur happy-end ! Mais en même temps, dans le même mouvement, il a non seulement vidé ce happy-end de toute substance, il l’a miné si vous voulez, mais il l’a aussi complètement retourné au profit de son histoire, et en hommage à ses personnages. Car, quoiqu’il arrive, le mal est fait ! Les personnages ont reçu  violemment toute la souffrance humainement possible, ils ont enduré l’innommable, ils ont été détruits, et encore mieux, au cœur du génocide le plus abject, ils ont entériné leur statut d’homme, et même d’homme libre. Ca, déjà, c’est magnifique. Quand Mary Poppins débarque, ça, c’est déjà fait. La messe est déjà dite. Le dernier geste du personnage, à genoux (vite écarté par le montage qui préfère l’anti-pathos et l’innommable lovecraftien, ici appliqué à l’Humain et non pas aux monstres) est absolument bouleversant. Peu importe les éléments du dernier plan, peu importe Mary Poppins. Et même au contraire, ce dernier plan, très artificiel, même s’il n’est pas illogique, rend complètement service aux thèmes du film. Ces dernières minutes font de THE MIST non seulement un film pertinent, mais aussi une œuvre d’un humanisme absolu, pour une fois (contrairement à un film à l’eau de rose art et essai sur la guerre au Liban ou d'ailleurs ! Hihi !). Dans le dernier mètre, THE MIST confirme sa thématique, la pousse le plus loin possible, et en plus, prend le spectateur pour le type le plus intelligent de la Terre. Au lieu de lui mettre à la figure une fin artificielle, il fait, au contraire, le pari de son absolu pertinence. Et c’est sur ce point que la troisième lame du rasoir agit : dans ce geste Darabont fait preuve d’un courage absolu, encore plus qu’un geste stratégique à la Midas (ce qu’il est !), car il sait qu’en restant fidèle à son film, à ses personnages, à son art, et à l’intelligence des spectateurs, il va se couper d’une majorité d’entre eux. Il sait que ce geste va être inacceptable pour la plupart, mais c’est le geste juste. Et n’allez pas croire que ces derniers plans sont une espèce de commentaire sur le film, comme la réflexion en voix off du réalisateur, hors du temps du film. C’est au contraire l’intégration même du film, sa validité. C’est du concret qui se passe dans la mise en scène, pas dans le second degré ou l’extradiégèse.  On en serait presque à dire que la pression des producteurs, pour une fois, a profité au film ! Quoiqu’il en soit, dans l’univers sclérosé des productions grand public et/ou à gros budget, j’ai rarement vu un tel courage, une telle droiture.

 

 

Et une telle noirceur ! THE MIST, film soigné, bien mis en scène, et superbement écrit et rythmé, s’inscrit comme un des  rares blockbusters à avoir pris le risque de faire un film totalement intègre, personnel et adulte. Si des charges sombres comme celle-ci arrivent de temps en temps dans le cinéma de la marge et de genre, on est abasourdi de trouver ici, dans le contexte d'une production riche, cette même puissance. Car THE MIST est un morceau dur à avaler, un film dur, un film adulte. C’est un des rares exemples récents de film complètement libre, iconoclaste et violent dans le monde des productions grand public. Je suis absolument retourné ! Le temps va rattraper l’injustice critique et spectatoriale (si je veux !) faite à ce film. Sur le coup, les deux camps s’empressent d’aller voir et de commenter avec le même empressement les SPIDERMAN et consorts, et de les hisser au rang d’œuvres. Cela aussi, ça passera. En tout cas, sans dire que Darabont est le nouveau Carpenter ou le nouveau Romero, le fait qu’il ait réussi à mener à son terme ce film, à le faire aboutir en l’état, est un geste hallucinant. Darabont est là un artiste sans compromis, ce qui est plus que rare. Et THE MIST, pour le coup, et même si on peut légitimement le trouver mois bon que les exemples cités, n’a pas à rougir de sa parenté avec des THE THING ou LE JOUR DES MORTS-VIVANTS.


Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 18:46

Publié dans : Corpus Analogia







[Photo: "Il n'y a pas mieux pour tout désinfecter (Cahiers vs Positif)" par Dr Devo, d'après une photo du catcheur The Undertaker.]







Note : Je vais tenter de m’adresser aux responsables et aux destinataires de ce  film, sans doute les mêmes, en usant de la novlangue que ces demeurés analphabètes nous infligent pendant une heure et demi. Si j’arrive à en toucher un, je peux leur parler à tous.

Lol c le pseudo 2 lolita pasKe L é lolante é o6 pasKe c + kour pr 10QT o baU en + lé prof i conprN pa cE kon di mdr. Alor la m9 L é tro taré L fé nawaK avec sé vieu mé en fét il st Cparé il on KC mé en féT il continu de BZer en fét tu voi LA SOLITUDE TUE LES HOMMES alr il st en iench il ce sote dCu com dé lap1 xpdr mé Lol L soufr tro tavu. Kan il zon BZer il se sake plu il se marav com dé poukav mé L’AMOUR NE SUBIT PAS LE TEMPS et o monop il st seul. O baU c la lérga son mec il fé nimp il la fé koQ aveK une darone o camping 2 mimizan 1 truk 2 guedin. Du coup L se geven avec d’otre keum mé L soufre. Sa daronne C tro une ouf L é ds le mem lirdé ke lol L bedav ca rasse mé L renkarde 1 otr keum il é mignon lol mé c 1 keuf o final mé L’AMOUR TRIOMPHE paske lé stup i fum 2 la wide ossi mé ca L savé pa. Pol Enri c le fisse a 1 patron il é tro friké mé il é tro lé mdr il se branl devan sa cam le ouf lotr jour c charlotte L la tricar. Lotr jour en teuf on a pri D médok é on a trippé on a bedav mem Lol L C tapé Ma-L ils on BZer c’été LA PREMIERE FOIS il a pa bandé pff xpdr tro 1 loozer. Ma-L il é bo il fé 2 la zik i chante tro bi1 on la filmé avek mon IPHONE on la téma tte la nui. Mé a la f1 lé bedo la bitur lamour sa tu é ca fé mal.



Si vous êtes arrivés jusqu’ici vous avez du perdre quelques neurones. C’est parfait, on va pouvoir parler du film dans de bonnes conditions. L’intrigue (?) décrite ci-dessus tient place dans un arrondissement chic de Paris, sans doute fantasmé, dans lequel les ados ont le même âge mental que leurs parents et doivent jongler entre leur matérialisme exacerbé, leurs pulsions sexuelles et les limites de la condition humaine. Dans tout ça, la drogue, l’alcool et autres interdits plus ou moins malsains pullulent, et chacun doit faire avec ses démons. L’héroïne, Sophie Marceau, est en terminale et essaye tant bien que mal de se concentrer sur ses cours, mais elle pense surtout à ses copines et a son mec. Sa mère vit seule, divorcée mais fréquente toujours son père en bonne catholique refoulée qui n’a connue qu’un seul homme mais qui veut rester indépendante, pas comme ces femmes au foyer minables de banlieue qui surement n’ont jamais lue De Beauvoir et qui vivent au crochet de leurs maris. Elle est donc libre, mais seule, et du coup fait de sa fille sa copine, et elles se font des "K LINS" le soir. Bien sur elle n’a aucune autorité sur sa fille, puisque c’est sa copine, et ça, son psy ne le comprend pas. Donc, la fille Marceau est complètement instable émotionnellement parce que, dixit sa grand-mère, "il n’y a pas d’hommes à la maison", elle passe son temps sur son portable ou sur MSN à écrire comme une analphabète cinglée à ses copines qui cultivent la sous-culture télévisuelle basée sur l’écoute passive –puisqu’elle n’ont pas d’attention- et recrachent ces monceaux de télé poubelle dans la cour de récréation ou entre deux séances de shopping aux galeries. De toute façon, la finalité c’est de baiser ou de se faire baiser, peu importe comment, tant qu’il a une bonne tête et un statut social sûr. Cette dictature de l’apparence elles n’en ont pas conscience mais elle est dictée par les parents absents ou omniprésents, ça revient au même puisqu’ils sont frigorifiés, qu’ils ont arrêtés de se battre pour une raison ou pour des centaines de raisons, que leurs gosses deviennent une vague annexe de leur dépit, qu’ils les entretiennent sans sourcilier jusqu'à qu’ils sachent jouer du U2 sur Myspace. Tant pis s’ils ne savent pas écrire, ils savent recracher la merde de leur époque, s’en faire une parure et ils peuvent se reproduire, et recommencer le cycle, indéfiniment, jusqu'à l’épuisement total de la terre prophétisé par Nicolas Hulot.



Il est évident que nous avons devant nous le miroir sali, le Déclin et la Chute de l’occident, la tour de babel version XXI eme siècle à grande échelle puisque ce que les enfants de Paris regardent ce n’est que le reflet des enfants des USA qui ont grandis en avance, donc en retard dans l’ordre dévolutionnaire présenté dans LOL. Dans la vision apocalyptique d’un arrondissement décadent il n’y a plus de putes, l’amour règne en maitre tandis que les immeubles haussmanniens sont des théâtres d’ombres. La folie c’est de croire que les sentiments ne se provoquent pas, que le désir vient sur un site porno et que le sexe définit les frontières de la liberté individuelle. Le temps mutile les talons comme il mutile les velléités amoureuses. Au fond, ces hommes et ces femmes voudraient aimer tout le monde et réciproquement mais c’est le langage appauvri qui empêche le contact. MSN n’est pas un moyen de communication mais une ombre sur la paroi de la grotte de Platon. Voila tout ce que nous dit Lisa Azuelos, en substance. Elle est le Néron de Paris qui brûle, le chant dévolutionniste au moment des 200 ans de Darwin, elle nous dit qu’en fumant un joint il nous sera facile d’envoyer chier les compagnies d’électricité, les associations caritatives, les enfants affamés d’Afrique, la pédophilie au Cambodge, qu’on pourra oublier l’amour, insulter les religions, danser sur les cadavres des camps, oublier les hommes hystériques qui chialent et vous abandonnent, qui chialent mais qui vous baisent, vous abandonnent mais vous écrivent la veille de Noël des lettres de cul alors qu’il n’y a plus rien entre vous, qui ne veulent pas que vous les oubliiez, jamais, ni que vous oubliiez les vacances à Capri, les fêtes foraines l’été, les clés de la voiture, la désolation et l’épouvante, l’amertume et l’échec, le mythe et la bite, toute cette accumulation de moments où l’on aura fait que tomber et se relever, jurer à son entourage que tout va bien, prendre des médocs, sourire et pleurer, aller au ciné, se torcher le cul et finir abandonnés.

Elle vous aura prévenus.

LOL

 

Norman Bates.








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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 10:25

Publié dans : Corpus Analogia

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et pose!

 

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