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schlingensief kon devo

[Photo (de gauche à droite: "Samedi, Mardi, Garmonbozia" par Dr Devo, d'aprés les photos de Christoph Schliengensief et Satoshi Kon.]

 

 

 

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Tu sais (oui, je commence sur une faute...), souvent, je me fais le pourfendeur de l'artisanat en la jouant versus le cochon, tendance architecte. Et du reste, je suis jamais revenu là-dessus. Fidèle quoi (tu commences à me connaître, 5 ans et demi, ce n'est plus du petit flirt...), comme un épagneul breton attend son maître, pourtant noyé, sur la plage...

 

Et si on mettait un peu de musique, et qu'on baissait un peu la lumière? T'aimerais ça? Allez, je te sers un drink, vite fait sur le gaz, je te mets HALO, l'alboume de mes potes de Current 93 (que j'ai toujours appelé « queue-rein-teuh-quatre-vingt-treize »). Corruption! C'est bon.... On s'installe dans le living, tranquilou...

 

Je me suis levé à 7h00, il faisait mauvais. Déjà la nuit, la pluie n'avait eu de cesse que de me flinguer mon temps de récupération et d'apprentissage, comme ils disent. Ca commençait fort. Je me réveillais donc à 7h00, dis-je, il pleuvait encore... Quand tu t'es connecté sur ma plate-forme, il était 16 heures et il n'avait toujours pas cessé de pleuvoir. En faisant tourner-cogner mes glaçons de contre la parois intérieur de mon verre à whisky, je décidais de mettre comme une galette en contre-point dans le lecteur dividi (la vache, j'ai failli mettre "électeur", lapsus, faut que me surveille ou je vais refaire un ulcère), histoire de créer un décalage entre la sinistrose inspiré par Dieu et le climat aoûtsaïde, et la fantaisie type "calbard sur la tête" insaïde... Et be,n ma jolie, tu le croiras pas, ca marchotait pas mal ma petite affaire. Un peu plus et ça avait un petit goût de Pologne...

 

Je commence ma petite affaire avec Marléne J., bon p'tit lot 49 à la criée, même pas trente ans, la môme. Entre parenthèses, t'as remarqué le changement d'attitude chez les débutantes, plus de 40 ans après? Il y a un cadeau avec la lessive quand t'achète la galette, et tu verras des bouts de bandes promos pour la télé de l'époque, notamment un discussion sur canapé entre Marlène et le père Audiard, breakfast of champions: ça taquine, ça observe,et on sent qu'elle cogite bien, la bougresse. Et c'est du direct, simple, du producteur au consommateur. Quant tu vois que maintenant, la moindre cracheuse de texte semble sortir de la place Vendôme ou d'un palace 69 étoiles, et comment ça se sent plus pisser de l'eau de rose dés qu'on a fait un film avec Kad Mérad, franchement, y'a une différence, non? C'est qu'elles veulent être actrice, comme on est chanteuse, vétérinaire ou pompier. Avant, elles voulaient faire des films, et on appelait le patron "Monsieur"!

 

[C'est complétement bête de dire ça. En même temps, à l'époque, on n'avait pas pas Facebook, on ne pouvait pas regarder des vidéos de chats qui se cassent la figure dans la salle de bain, et on en connaissait pas les polyhartistes... A chaque âge, ses plaisirs!]

 

Marlène, donc, un sacré brin vous l'aurez compris, est à la colle avec André Pouce, un sacré gangsta'. Ce dernier monte un sacré coup: le détournement d'une estafette de convoi de fond contenant un bon laoding de lingots d'or.

L'opération se passe à merveille, et tout serait absolument épatant si la Marlène n'avait pas une autre idée en tête. André c'est son homme, mais Bernard Blier, c'est son associé, et la petite sait où elle va. Elle trahit André Pouce, et c'est Blier qui met la main sur les barrettes. A son tour, Narnard La Combine embaume la Jobert en redéfinissant le partage: 100% pour lui, 0% pour elle!

L'arroseuse est trempée, mais n'en reste pas là... Elle décide de rendre visite à sa tantine (Françoise Rosay) dans le Sud. Quand cette dernière commence à avoir une bonne idée du tableau, elle décide de reprendre du service et remonter sur Paris pour faire le ménage. Et dans la capitale, le Landerneau des malfrats se fait tout petit à l'annonce de ce retour... Blier se retrouve seul pour protéger son magot., et décide que la meilleure défense c'est l'attaque. La tantine est sur sa liste...

 

 

Je me souviens dans ma glorieuse jeunesse, où, entre un livre de Pierre Desproges et un épisode du Monty Python's Flying Circus (qui à l'époque passait en anglais sous-titrée, en access et en praïme, belle époque), il y avait une espèce de mode en forme de revival, consistant à faire entrer Audiard au panthéon en se répétant que c'était génial. Avec le recul, je me demande si'il ne faut pas voir là le signe d'une communauté cinéphile qui canonise l'artiste après avoir craché dessus du temps de sa splendeur populaire! Un peu comme Sergio Leone, bien détesté de la communauté cinéphile jusqu'au début des années 80, puis soudain considéré aussi indispensable qu'une serviette bien chaude dans les cabinets, à la japonaise, c'est chic! Mais laissons cela..

Toujours est-il que, lorsque j'étais pignouffe, Audiard, je l'avais plutôt à la bonne, mais que désormais adolescent, ce matraquage médiatique (où tout le monde rivalisait pour citer les répliques de mémoire!) m'a bien éloigné du bonhomme. Ils avaient réussi à le transformer en Oscar Wilde ! Beurk!

 

Évidemment, c'est bien dommage... Et en même temps quel plaisir que de redécouvrir ces films à l'âge adulte! Et quel surprise aussi!

Car autant le dire, FAUT PAS PRENDRE LES ENFANTS DU BON DIEU POUR DES CANARDS SAUVAGES est un total bonheur. Loin de la brioche flatulente... [Bon, là, il y a un jeu de mots tordu, je vous laisse réfléchir...]

 

Loin de la brioche flatulente (inutile de chercher du côté de "pitch", c'est pas ça!), on est surpris de la totale liberté de la chose, peu ou prou. Alors évidement, pour les plus jeunes d'entre-nous (ceusses nés dans les années 80), on peut dire que les légendes urbaines entourant Audiard sont fondées. Les acteurs sont totalement épatants, et tous, ou presque. Non seulement on convoque des gueules, mais ça joue drôlement, des premiers aux seconds rôles. Blier et Rosay, exceptionnelle tantine (et carrière internationale: allez jeter un oeil sur imdb!) sont hallucinants! Quel métier ils ont! Quelle merveilleuse bouteille! C'est précis comme jamais, ça s'écoute,ca ralentit, ca break et ça repart à toute berzingue! Bref, c'est punk et hardcore ! Rien que pour ça, le film est absolument indispensable, et on ne saurait conseiller aux apprentis acteurs d'arrêter de pratiquer les arts de la rue, le cicarsisme et le djembé, d'arrêter d'aller voir des pièces de théâtre faisandées et pleins d'acteurs étant persuadés d'être sortis de la cuisse de Francis Huster, pour voir, à la place, ce film qui en dix minutes leur apprendront bien plus qu'en 6 mois de conservatoire. C'est SU-BLIME !

Juste derrière, Jobert et André Pouce, un grand mec lui aussi, sont merveilleux. Loin de jouer les potiches sexy de luxe, Marlène Jobert est un potiche sexy de luxe, avec un cerveau, et ce qu'il faut de désinvolture et de précision. Elle passe très bien, avec beaucoup de facilité même, en se foutant complétement du ridicule. Dans les scènes avec les trois autres monstressus-cités, elle tient bien son rang et n'a pas à rougir. Avec une troupe comme ça, le défi devient Kinder délice, voire même tout bueno. Quiconque a des fans d'Audiard dans son cercle, si j'ose, le sait très bien: si c'est pas joué dans le suprême et le merveilleux, si on est juste en dessous, c'est ignoble! Je crois d'ailleurs, si vous me permettez une digression documentaire, que je préfère encore danser "A La Queue-Leu-Leu" dans un mariage (ce qui est, pour moi, l'expérience la plus traumatisante de l'existence en temps de paix) que d'entendre des amis réciter des répliques des TONTONS FLINGUEURS ou autres. [En fait non, c'est l'inverse mais de peu, disons...]

 

Les textes d'Audiard sont des tueries, comme disent nos amis les jeunes, mais l'animal ne faisait pas dans le naturel. C'est composé, abstrait même parfois, et en un mot, c'est de la dentelle. Du coup, les acteurs capables de cracher la chose en gardant la franchise et la décontraction nécessaires, ils ne sont pas légion. Mais quand ça marche, comme ici, c'est à devenir chèvre tellement c'est bon. Quel délice! Malgré sa réputation de sniper et de maître du bon mot, ce qu'il est aussi, Audiard est surtout un livreur de cathédrale de mots, un constructeur de gros blocs tartinés, au contraire! Audiard ne fait pas de la guérilla, c'est le débarquement sur les plages normandes avec 12,000 bateaux et 987 bombardiers. La liberté du sujet, l'énormité du processe, alliés à ce travail de dentelière de Calais, les trois ensembles, en plus de la fantaisie générale et absurde du projet, quand les astres s'alignent quoi, c'est absolument merveilleux, c'est presque du Sexe...


 

Et en plus, je ne vous demande même pas de choisir entre le Cadeau et les Echanges ! Car, pendant la première demi-heure, on voit très bien que la chose est innervée par une mise en scène tout à fait capable, voiremême plutôt riche. [J'allais dire plus riche que le cinéma français de nos jours, mais bon, je me retiens... [En fait, ce n'est pas plus riche que de nos jours, ça n'a rien à voir, ce n'est même pas le même sport.] La liberté d'écriture est grande: ca coupe de manière impromptue, les personnages s'adressent aux spectateurs, ça fait des appartés, etc... Les conventions de narration sont drôlement moquées, ce qui est toujours appréciable. Plus étonnant, la mise en scène suit. Un bonheur n'arrivant jamais seul, on se réjouit de voir que la photo est plutôt soignée, le cadre pas trop indigent. Le montage épaule bien le scénario, interrompant volontiers un plan en court, ou bousillant parfois même le contre-champs. Le premier quart-d'heure du film est hallucinant, la première demi-heure vraiment exceptionnelle, et les trois premiers quart d'heure très agréable.

Je ne vais pas mentir, le film n'est pas tout à fait constant. Malgré une durée courte (1h20 peu ou prou), la mise en scène devient plus suiviste, et le film se relâche largement laissant les acteurs et le scénario (un peu hésitant) turbiner pour que la barque reste à flot. Les jeux sur les décors, les objets et les vêtements cessent, le montage est moins chahuté et, au final, on replonge un peu dans une comédie plus "normale", avec l'absurde en plus. Il y a plus d'approximation aussi, et, en un mot, on attend que le vélo dévale la pente jusqu'au générique, sans pédaler. La chose se suit sans déplaisir, mais l'impression de tomber un étage au dessous est assez nette. Il n'en reste pas moins que ces ...CANARDS SAUVAGES constitue une excellente introduction au cinéma d'Audiard... Et si on est en-dessous du niveau d'un CRI DU CORMORAN..., mon chouchou, on est quand même dans un cinéma populaire qui a desserré d'un cran l'élastique du slip. Et on mesure très bien, sans ambiguïté, ô combien la comédie française a perdu de liberté en quelques décennies.

 

Et n'oublions pas, la première partie du film rend complétement indispensable le visionnage. Et ça, c'est un plus en temps de crise...

 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /2010 18:14

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express pire

[Photo: "Tell me, What, I think" par Dr Devo.]

 

 

AMERICAN PSYCHO II de Morgan J Freeman (USA-2002)

Mila Kunis (mais si, vous l'avez vue dans l'affreux SANS SARAH RIEN NE VA et dans LE LIVRE D'ELI plus recommandable, et dans cet article) est une fille cool, première de la classe mais qui en a dans le pantalon, toujours bien coiffée, mignonne mais plutôt du genre à trainer avec les focaliens du fond de la classe avec leurs blousons en cuirs, très déterminée à finir ses études dans le peloton de tête,  prête à tout et disposée au pire. Il faut dire que très jeune sa baby sitter à été assassinée devant ses yeux par Jason Bateman dans AMERICAN PSYCHO, premier du nom. Depuis, même son psy le dit, elle ne fait plus la distinction entre le camembert et le maroilles, entre le bien et le mal, et sème derrière elle plus de cadavres que son prédécesseur sans que cela ne lui fasse quoique ce soit. Elle embrasse logiquement des études pour devenir inspecteur au FBI, bien décidée à finir major de promo à tout prix....

CE FILM A ETE REALISE PAR MORGAN FREEMAN.

Traité sur le mode du teen movie, AMERICAN PSYCHO II se voudrait être une comédie noire bien plus maline que le premier AMERICAN PIE venu : malheureusement le tâcheron à l'origine du film  et la bande de scénaristes scribouillards transforment une idée somme toute alléchante en un long téléfilm jamais drôle ou effrayant. Après tout, choisir un axe totalement différent du premier film permet de s'affranchir de la comparaison tout en prenant des risques: dommage qu'ici le métrage cumule tout les risques qu'il fallait éviter. Mise en scène ignoble (gros plans pendant 1H20 !), décors de sitcom (au moins trois différents pour l'intégralité du film), acteurs en roue libre (il y a William Shatner ! Venu toucher un chèque...), dialogues consternants ("72 ans, quel âge magnifique !", acteurs qui se trompent dans les noms de personnages), scénario non seulement incohérent mais de plus contradictoire, cadavres en plastiques aspergés de peinture rouge en guise de scènes gores, fond pop ignoble jusqu'à provoquer des rires nerveux, accumulation de clichés (je ne veux plus jamais voir de scènes de footing au ralenti dans un parc d'automne), pour tout ca, et pour tout ce que je n'ai pas dit, le film n'a pas grand intérêt.

 

Norman Bates.

 



SOLOMON KANE de Michael J Bassett (USA-2008)

D'apres les livres de Robert E. Howard, fidèle disciple de Lovecraft et auteur des livres Conan, histoire d'un fanatique religieux du XVIéme siecle, obsédé par les plans celestes et les desseins divins, qui chaque jour défie le mal en s'attaquant à ses sbires démoniaques. Le film, assez indigeste, simplifie un peu le trait en proposant un héros torturé devant sauver une jeune fille des griffes de Satan en alignant un maximum de créatures maléfiques entre le début du film et sa fin. Exit la question de l'intégrisme et de la morale, pas d'ambiguïté sur les motivations réelles d'un personnage qui se dit "inspiré par Dieu". Reste un formidable gloubi-boulga d'effets spéciaux numériques cheap dans une purée de scènes d'actions style beat-them-all où rien ne surnage et tout en même temps, où l'on croise difficilement un Max Von Sydow vieillissant et des scènes tirées directement du SEIGNEUR DES ANNEAUX en un peu plus dark. Si l'on ne s'endort pas immédiatement, on pourra noter quelques scènes sympathiques au début, notamment ces monstres du miroir assez effrayants, mais on fermera bien vite les yeux devant une narration pénible et difficilement compréhensible (mêlant rêve et réalité, ou inversement) et des effets spéciaux vraiment laids. La mise en scène peut parfois surprendre quand la caméra reste fixe quelques instants, mais rapidement la machine s'affole sans qu'on ne puisse plus se repérer, faisant subir plus qu'autres choses ces hordes de pixels sans âmes s'abattant sans relâches sur la famille du pére Von Sydow.   

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

EXECUTIVE KOALA de Minoru Kawasaki (Japon, 2005)

 

Aussi bien les Chinois sont de mauvais nageurs (je vous laisse réfléchir...), que les Japonnais, eux, resteront célèbres pour être des gens très bizarres, malgré la petite taille de leur péniNsULE. Et c'est à ce genre de signe qu'on reconnaît que Minoru Kawasaki n'habite pas Le Guilvinec.

 

[Si celle-là me fait pas qualifier d'office au Championnat du Monde d'Intros, je comprends pas...]

 

Toshiro est cadre dans une grosse boîte d'agro-alimentaire japonaise, spécialisée dans le cornichon, et ça c'est bien. Il manage une grosse équipe qu'il fait plancher depuis des mois sur un nouveau produit révolutionnaire en partenariat avec une grosse firme sud-coréenne. Tout bascule lorsque sa petite amie disparaît. Toshiro commence à sérieusement douter de sa santé mentale: tous les indices l'accusent et il ne se souvient de rien! Est-il le séminole-killeuh que tout le monde redoute? La descente aux enfers commencent...

 

Kawasaki est un réalisateur qui... Ooops! Excusez-moi! Trop occupé à préparer un bon jeu de mot sur les motos et les sports automobiles, j'ai complétement omis de vous dire que Toshiro (d'ailleurs le personnage ne s'appelle pas du tout Toshiro, mais ma mémoire flanche...) est un grand koala de 1,80 mètre! Car le style Kawasaki, c'est ça: faire des films avec des animaux géants anthropomorphes. Alors, précisons tout de suite, que notre ami le Koala est le seul animal de la bande (à l'exception d'un second rôle et d'un fugrant intelligent). Pour le reste, du film est bien sûr totalement normal ou presque.

Alors ce qui est sûr, c'est qu'avec un tel modousse opérandaille, EXECUTIVE KOALA devait figurer sur ce site. Mais on aurait aussi tendance à se méfier. On le sait, le nippons embrasse souvent des sujets débilosses ou farfelus, mais voilà qui ne fait pas forcément le chef-d'œuvre, et que celui qui ne s'est jamais précipité pour dégrafer une robe afriolante et ne découvrir que des jambes poilues et peids à mycoses me jette la première serpillère...

 

Et voilà l'étonnant: EXECUTIVE KOALA est exactement ce qu'il est, comme disent les grands journalistes. C'est d'abord une série B de genre. On n'est pas volé sur la marchandise, on n'essaie pas de nous faire passer les V6 pour des chandelles. Un Koala. Des meurtres. C'est réglé. L'autre bonne surprise, donc, qui fera de vous un spectateur heureux, c'est que le principe dinguosse du film est respecté sans que ce soit déceptif. Avec ce genre d'idée, généralement, on hésite à regarder le film, en se disant que oui oui oui, on veut voir ça, mais en sachant très bien que le concept est plus beau que la réalisation nullasse ou potache. Et bien, Kawasaki n'est- pas Jean-Marie Straub, je suis d'accord, mais il n'empêche que son film (au budget modeste) n'est pas non plus, mais alors pas du tout, un machin pas tout à fait viril de semi-étudiant en fac de ciné. C'est du carré, mais ce n'est pas du potache barbouillé en deux secondes entre deux canettes de Kro et un peu de djembé. Kawasaki ne verse pas non plus dans le super-mignon-kawaï. Et c'est pour ça que ça marche: c'est que le film est relativement sérieux, ou du moins fait avec sérieux et baigant dans un (relatif) premier degré. Alors, vous comprenez bien que le bonhomme ne peut que me plaire. Faire les choses désinvoltes avec le plus grand sérieux, et inversement, voilà une devise à partager à  l'heure de l'apéritif entre focaliens. Allez, fais péter le Champomy, je change de paragraphe...

 

Les acteurs sont sympas, plutôt droits. C'est correctement mis en scène. Ce n'est pas beau comme SOLARIS, mais ça n'écorche pas les yeux. C'est fait avec un certain aplomb, et donc ça marche, avec ces moments bizarres où le décalage fonctionne. En fait, votre cerveau fait des allers et des retours entre l'acceptation du principe de fiction (l'acceptation de la licence poétique: un Koala géant) et l'anormalité du même principe. C'est très charmant.

Petite cerise sur le gâteau, la narration, très linéaire, est complétement martyrisée, et là aussi le principe est d'une logique absurde analogue. Il s'agit en effet de faire le film le plus" hollywoodien" possible en quelque sorte. Tout sert, le moindre détail sera signifiant, il y aura du twist, des trahisons, du retournement.. Kawasaki respecte très consciemment le cahier des charges, et devient vite plus royaliste que le roi. Il ose en fait faire ce Hollywood n'ose pas: pousser le système dans ces retranchements, et occuper tout l'espace. De cette manière EXECUTIVE KOALA est exactement le rêve des majors: des dizaines de twists (dont certains assez efficaces), des "OH, ce n'était qu'un rêve" comme s'il en pleuvait, une concentration de coïncidences "poétiques" presque pornographique (Mmmmmm... Ca c'est n'importe quoi comme expression.... Ou alors c'est parfait, je ne sais pas trop!), et des dizaines de genre mêlés car ...KOALA est un film de séminoles-killeuhs, un film sur les salarymen à la Ken Loach (filmé comme Ken Loach, hein? Et non pas un film avec des salariés de l'industrie du cornichon qui ressemblent à Ken Loach, ok?), une comédie, un film de prison, un policier, un slasher, etc... Plus syncrétiste, tu meurs...

 

Pour toutes ces raison, Kawasaki ne fera pas la révolution et ce ne sera pas le Grand Soir, vous êtes prévenus. Par contre, le gars sait très bien ce qu'il fait, et tranquilou mon minou, il aligne avec une malice relative et beaucoup de sérieux et de plaisir, pas mal de perles. Il joue peut-être sur un Bontempi, mais il y a beaucoup de touches, beaucoup d'effets kitshouilles, et le gars sait écrire la petite mélodie calamar-catchy. Kawasaki, avec ses airs de pas y toucher, a pas mal de leviers de narrations à sa disposition. Et la mayonnaise prend étonnement bien. Et ici, à Matiére Focale, on adore la race des seigneurs en ce qui concerne le Cinématographe: les trop rares réalisateurs qui ont vraiment le slip sur la tête. Kawasaki est un mec franc et attachant. C'est de plus en plus rare.

 

Voilà qui nous donne envie de découvrir ses autres films comme CALAMARI WRESTLER (avec un Calamar qui fait du catch) ou cet autre chef-d'œuvre où un enfant recueille un crabe géant qui se découvre un don pour le football. [Quoique le titre de son THE WORLD SINKS EXCEPT JAPAN me tente bien aussi!] En tout cas, on va lui redonner sa chance !

 

Dr Devo.

 

 

 

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Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /2010 12:21

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homard devo

[Photo: "Hommage à Jean-Michel Jarre" par Dr Devo, sur une idée de John Mek-Ouyes.]

 

 

Avant-Propos

Après une lourde journée de travaildans le bâtiment de Matière Focale, on se repose et on fume un cigare en regardant la cheminée qui crépite ou est vide selon le cas... C'est le moment pour les collégues acharnés de se rapprocher un peu et de mettre en perspective plus calmement que dans la courant de la semaine, et ce, sans pression du bouclage... Mais chut, soudainton frappe. Je les entend arriver...

 

 

Norman Bates: Hey !

 

Dr Devo: Salut.

N.Bates: Tu va publier ton Pire Express aujourd'hui ?

Dr. Devo: Il n'est pas fini du tout. Donc non, ce ne sera pas pour aujourd'hui, et sans doute pas demain !

N.Bates: Bon. Ok. Moi, au moins, j'ai un petit truc.

Dr. Devo: Haaaaa! Kool, Daddy! Ca parle de quoi?

N.Bates: AMERICAN PSYCHO 2.

Dr. Devo: Ouch! Jamais vu...

N.Bates: Bah, c'est de la merde !

Dr. Devo: Rires ! J'aimais vraiment bien le premier.

N.Bates:Oui, le premier était bien. Là, c'est un téléfilm minable. C'est un espèce de teen-movie.

Dr. Devo: Ha oui, AMERICAN PYSCHO pour la télé! J'imagine d'ici le carnage! Un teen movie? Y a la maman de Stifler au moins ?

N.Bates: Non, mais il y a William Shatner en chasseur de serial-killer !

Dr. Devo: Alors, ça va!! Rires. Il est marrant au moins?

N.Bates: En fait ,c'est une fille d'une des victimes de Bateman (le "héros" du premier AMERICAN PSYCHO) qui fait des études à la fac et qui tue ses petits camarades. C'est affligeant.

Dr. Devo (avec la voix de Homer Simpson): Oooh pinaize! Une zessguon qui se venge ! Même plus de gratuité ! Finie la vocation !J'imagine déjà la morale finale...

N.Bates: Oui oui, en plus, la fille, c'est Mila Kunis !

Dr. Devo: Mmmm... C'est qui ca? J'ai bien connu une Lingus Kunis...

N.Bates: Rires.

Dr. Devo: Oui, je sais. C'est la meilleure blague que je ferais ce soir.

N.Bates: C'est une sorte de Megan Fox croisée avec Angelina Jolie.

Dr. Devo: Oui, c'est une playmate, quoi!

N.Bates: c'est la fille qui joue dans le LIVRE D'ELI.

Dr. Devo: Pas vu! Mais en fait, on sent qu'elle a la rage contre la société qui la forcée à commettre tous ces meurtres plus pervers les uns que les autres. On sent qu'elle est drôlement tourmentée.

N.Bates: Non, même pas ! Elle tue juste des gens parce qu'elle a vue sa baby-sitter se faire tuer et elle a aimé ça. Mais elle refoule le tout, en faisant des études de FBI-girl.

Dr. Devo: Oh! Elle est à mi-chemin entre l'Enfer et la Rédemption, tu veux dire?

N.Bates: Il y a de ça ! Elle arrive quand même à tuer son petit copain avec un préservatif usagé ! La grande classe.

Dr. Devo: Ha oui, quand même. Ca, c'est le coup du preservatrou!! Trééééés dangereux!! Rires.

N.Bates: …

Dr. Devo: C'est un trucs des Nuls!

N.Bates: Je n'avais pas fait le rapprochement ! Mais, maintenant que tu le dis...

Dr. Devo: Mais revenons à notre psychoteuse américaine. Elle lui inocule une cochonnerie en faisant des trous dans le préservatif?

N.Bates: Non, elle l'étrangle avec !

Dr. Devo: C'est plus sage, mais moins pervers. [Cette conversation devrait figurer dans ton article.]

N.Bates: Rires. On pourrait faire un recueil d'entretiens. Comme le Dalai-Lama !

Dr. Devo: Mais oui! Tu Ferais le Dalaï-Lama. Je ferais Jean-Claude Carrière. :-)

N.Bates: Ouiiiiiii !

Dr. Devo: Avec mon stylo magique, je ferais entrer ton fils à la FEMIS! [Silence.] Bon, ben moi, je dis "banco !". Ce concept, ça peut faire une nouvelle rubrique focalienne !

N.Bates: Jusqu'où iront-ils? Rires.

JC. Carrière: En plus, on n'a parlé que de cinéma jusque là... Mais tu ne m'as pas dit si la psychoteuse 2 avait une copine gentille (une gauchiste, une intello, une goth ou les 3 à la fois) qui découvre l'horrible violence de la vérité derrière le paravent des apparences?

D. Lama: Non. Pas vraiment. Mais, elle a un psy.

JC. Carrière:: C'est pas mal aussi. Lacanien ou Jungiste?

D. Lama: Il ne respecte pas du tout la déontologie du métier.

JC. Carrière:: Le petit salopard! Il a très envie de se faire croquer le monsieur par elle?

D. Lama: Bah... C'est assez ambigu. C'est plus un courant de pensée... [Silence] Un courant de pensée à rapprocher de Francois Bayrou. 

JC. Carrière:: Rires. Ils donnent des baffes aux enfants?

 

D. Lama: Non. Il n'est juste pas vraiment contre, pas vraiment pour, bien au contraire.

JC. Carrière:: Oui, je vois. [Soupir] Et c'est réalisé par qui, la chose?

D. Lama: Par Morgan Freeman !

JC. Carrière: Nooooooooooooon?

D. Lama: Si ! http://www.imdb.com/title/tt0283877/

JC. Carrière: Rires!! Bah, ça alors... Là on tient un scoop, Coco! Ou alors une bonne blague pour les soirées en ville!

D. Lama: Ouais! A donf! Il n'empêche, je suis allé voir les commentaires sur Allociné. Tout le monde croit que c'est vraiment lui !

JC. Carrière: Ha bah ça, oui, j'imagine bien. En tout cas, quel professionnalisme de ta part, dis donc!

D. Lama: "Un bon acteur, mais il ferait mieux de ne pas faire de film." Rires !

JC. Carrière: Rires! Les enfants sont délicieux! Ils sont parfois si cocasses! Ceci dit, je connais un focalien qui lit, pendant des heures durant, les commentaires des films récents sur Allociné! Et il trouve ça transcendantal. Ca le fait rêver comme un débat de Gérard.

D. Lama: Vraiment ? Moi aussi, c'est mon cas. Je m'en cachais un peu à vrai dire. C'est ma principale source d'inspiration.

JC. Carrière: Rires. Allonge-toi sur le divan, je sors mon costume de François Bayrou.

D. Lama: Rires. Il y a vraiment des commentaires merveilleux.

JC. Carrière: Je n'en doute pas une seule seconde. Ca aussi, ça pourrait être le sujet d'un artik'.

D. Lama: Je sais que tu es gourmand, alors je t'en met un au hasard ! « Ce film est nul. Que des femmes à poil et du sexe à gogo. Je trouve que c'est n'importe quoi. Ce film ne m'a pas amusée, on rit à peine. Heuresement que j'étais avec mes amies ! »

JC. Carrière: C'est à propos de Russ Meyer? [Silence.] ENTER THE VOID?

D. Lama: Non ! Il s'agir de FATAL de Mickael Youn.

JC. Carrière: OUCH!!! Ptdr, comme disent les jeunes. Lol lol mdr smiley smiley ;-)

D. Lama: Rires.

JC. Carrière: Tu as déjà vu LES MOIGNONS DU FIEL?

N.Bates: (…) Non. Je n'ai pas eu cet honneur.

JC. Carrière: C'est de Terence Phallique. Il le passe en numérique par ici. Je suis allé le voir. C'est pas mal du tout. Mais bon passons, si tu ne las pas vu...

D. Lama: Mais FATAL, il parait que c'est pas si mal...

JC. Carrière: Ooooooh, soupira-t-il, tu sais... Là je dis, que ce n'est sûrement qu'un malheur parmi des millions de malheurs possibles. Mais, vas-y d'abord. Si tu dis que ça vaut le coup, alors j'irais.

D. Lama: Je n'irais pas jusque là !

JC. Carrière: Rires. D'après Allociné, cest moins bien que LES PIGNONS DU MIEL de Terence Gaelique, mais c'est mieux que LES MI-DOUES PASSENT L'AUBRAC.

D. Lama: Dans ce cas... Et LES MIGNONS DU CIEL, tu l'a vu ?

JC. Carrière: Bah oui, je te lai dit! LES FIGNONS DE LA BIELLE ! Je sais pas, mon cher Dalaï, si nous avons fait avancer la cause bouddhiste ce soir, mais on a bien ri, en tout cas...

D. Lama: Que Serge Lama nous pardonne !

JC. Carrière: Et feu DALaIDA aussi! Dal(a)ida ! Jeu de mot !

D. Lama: Oui oui ! je dirai même plus, c'est du dalaidadaïsme !

JC. Carrière: Oh là, oui! Je sentais que tu cherchais. Rires. Coup de maître en fin de partie ! C'est l'estoquade. On pourrait appeler ces petits chats "Conversation au Coin du Feu", avec JC CARRIERE et Le D. ALAILAMA. Dominique Alailama et Jean-Cécile Carriere !

D. Lama: Rires.

JC. Carrière: J'aime les prénoms composés qui mélangent les genres (ça vient des débats de Gégé, ça aussi). "Pour ça on accueille Jeanne-Marcel !"

D. Lama: Oui. Ou Omar Sharif ! Enfin, bref...

JC. Carrière: Ha oui! Ce cher homard... Bon, cher Lama, il va falloir que je Spartes. il est déjà Tartares...

D. Lama: Mais, c'est le Carole bouquet final !

JC. Carrière: Merci d'avoir remarqué!!

D. Lama: Bonne soirée quand même !

JC. Carrière: Moi, je crois que tout cela fera un excellent artik...

D. Lama: On risque d'avoir un problème avec le Tibet !

JC. Carrière: Bah... Après ce qu'on a fait à la Pologne, on peut!

D. Lama: Sauf si le Tibet rit !

JC. Carrière: Ooooh!! Je me desopile à fond les manettes. Bon, allez, il faut que je file. Mayo Amora !

D. Lama: Bonne soirée !

 

 

L'after-reading 

Un épisode plein de révélations qui vous enjoint à en faire de même la semaine prochaine. Et voici les résultats de notre grand jeu. Il fallait trouver ceci:

homard-telephone.jpg

Un grand bravo à Madame Gonzalez à Aurillac qui a reconnu "le genre documentaire". Une bonne réponse qui lui vaut un cadeau.

 

 

 

 

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Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /2010 13:38

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Shoe devo
[Photo: " We Like/ Explosions!" par Dr Devo.]






Oui, moi aussi, je peux le faire, me dis-je, e me levant à poltron minet. Un petit squash, un petit café, un gros cigare, et c'est parti!


L'Italie, c'est bien. Les gens roulent comme des fous, on pourchasse les minorités dans de grandes courses dans les quartiers, et surtout on mange de la pizza 4 fromages matin, midi et soir. Ceci dit, les Etats-Unis, ce n'est pas mal non plus, et osons le mot, c'est mieux: tout le monde a sa chance, le policier aide la vieille dame à traverser, et c'est quand même eux qui ont inventé internet. Je vous propose donc de joindre vos deux passions dans un même voyage !

Les USA, années 80. Tandis que le soleil se lève sur les tours jumelles,  les autorités portuaires s'affolent. Car voilà qu'un cargo fonce à toute berzingue dans la baie, sans répondre au téléphone ni rien. On dépêche sur place l'inspecteur Marino Masé (vu dans TENEBRES et dans UN GENDARME A NEW-YORK), beau gosse plein d'humour, mais qui va vite perdre un peu de son sourire lorsqu'il explore l'intérieur du cargo fantôme: les couloirs sont vides, enfin si on fait abstraction des cadavres des membres d'équipages ignoblement déchiquetés. Mais le pire est à venir car dans la partie "container" du cargo, Masé découvre des pleines boîtes de café! Et c'est pas du grand-mère ! Les paquets contiennent en fait de gros œufs verts ("on dirait une sorte de grosse courgette!") sensibles à la chaleur et qui, lorsqu'ils explosent, projettent un affreux liquide qui fait exploser les humains!

Masé se voit alors flanqué de Louise Marleau (vue dans un supermarché Match), une femme à qui on ne l'a fait pas puisqu'elle est travaille pour le gouvernement quand il s'agit de sécurité nationale! Bewaaaaare!

S'en suit une folle enquête où il sera question d'arabica, de whiskey, et surtout de voyage dans l'espace!

 

 

Les italiens, ce qui est bien avec eux, c'est qu'ils n'ont aucun complexe, et qu'en plus, ils ne le cachent pas. Vétéran bis, Luigi Cozzi (que j'ai rencontré aussi, et ouais, les mecs!) aime le mascarpone et le surf. Et comme il adore le ALIEN de Ridley Scott, film obscur qui eut un certain succès à l'époque, le voilà qu'il réalise entre deux repérages pour Joe D'Amato, sa version du film mais en 'ricain! Pour des raisons de budget, CONTAMINATION ne se passera que très peu dans l'espace, et plutôt à Saint-Domingue, ce qui est toujours plus sympathique. Pas vraiment fauché, mais pas vraiment riche non plus, CONTAMINATION repose sur un trio d'acteurs hétéroclites mais pas trop: un flic rigolo et charmeur, une femme à poigne et un astronaute en quête de rédemption.

Formellement, le film est bien calme. Après une ouverture en hélicoptère, mais sans Jean-Paul Belmondo qui rentabilise à fond le déplacement à New-York, l'exploration du cargo est assez rigolote, entièrement tourné à la bougie et à la lampe-torche. On est vite au parfum: ça monte tranquilou gilou (Cozzi dit qu'il y a une accélération progressive du montage, mais ce n'est pas flagrant), c'est correcte sans plus à quelques plans prés. Bref, le soir après le boulot, voilà qui vous fait un excellent jogging, pas violent du tout, où Marino Masé fait office de petit pastis en terrasse après l'effort, au Bar des Sports.

La suite fait la part belle aux décors high-tech, aux portes qui s'ouvrent toutes seules, aux machines qui font "bing!", dans un ton joliment années 50, je trouve, et cela sera vrai aussi à Saint-Domingue, pays du complot. Pas d'éclat donc, ça se déroule en itinéraire bis. Curieusement, une fois chez les sauvages, c'est Marino qui fait avancer le show, entre enquête et surtout petite intrigue non pas sentimentale mais de charme, l'astronaute et lui-même étant bien attirés par la froidasse Louise Marleau. Là, les choses s'appesantissent un peu, notamment lors de la scène de la douche, au suspens moyen, mais qui dure curieusement plusieurs minutes, dans un jeu de "j'y vais, j'y vais pas" un peu curieux. Les choses s'expliqueront plus loin. Cette baisse de rythme est en fait un rouage qui grince qui permettra d'enclencher les enjeux télépathiques et  bodysnatcheriens de la dernière partie qui revient à la S.F terrienne auparavant promise. On croise toute de même la teutonne Gisela (quel beau prénom!) Hahn (vue dans SEXO CANIBAL chez Fulci, et BANANA JOE avec Bud Spencer), femme diabolique au look tout à fait réjouissant. Dans la scène finale, un éclairage par le bas, à travers une grille en fer, fait office de fantaisie ultime. Ce n'est donc pas complètement la fête au village. Ca se finit rapidosse, une tisane et au lit. Petit bis, mais pas désagréable.

A noter que le dividi publié par Néo Publishing est joliment garni! Une intervention de Cozzi, un petit making-off très artisanal mais d'époque (assez marrant) et en bonus, le film LE TUNNEL SOUS LE MONDE qui est son premier film d'ailleurs. Comme on trouve CONTAMINATION pour 5 euros dans les trocantes, voilà qui ne se refuse pas!

 

 

 

 

 

 Revenons aux USA. Nous sommes dans les années 70. Et comme vous le savez, les pensées les plus sauvages envahissaient alors le monde  à l'époque, pleines de gauchisme et d'amour libre, certes, mais interdites. I DRINK YOUR BLOOD jette un regard inédit sur cette période. Nous sommes dans une région belle et pleine d'arbres des USA. Ici, un petit village qui sera bientôt rasé pour cause de barrage que des ouvriers torses nus préparent avec ardeur. Dans cette petite ville, la vie est paisible. Jusqu'à ce qu'une bande de jeunes pinques ne débarquent! Satanistes, violents, voleurs de poules, ces hippies n'ont rien de l'image rassurante des adorateurs de Jack Kerouac! Mené par un amérindien diabolique (je cite son nom, Baskar Roy Chodhury, ici en indien d'Amérique mais vrai indien d'Inde qui, quelques années plus tard, devait devenir handicapé en chaise roulante!), ces jeunes vont rien qu'à faire que profiter de la bonne volonté des riverains, enfin ceux qui sont pas encore partis suite à la construction du barrage, et  ils vont faire des feux de camps en prenant de la drogue et en priant Belzébuth! Dégueulasse! Heureusement, l'épicerie du coin est tenue par une jeune fille, amoureuse du chef de chantier du barrage, ce qui sera bien pratique par la suite, et cette jeune fille vit avec son petit frère, 10 ans au compteur, pas de poil, aisi que de son grand-père, pas rapide mais courageux! Après qu'une jeune fille de la ville fut semi-violentée par les hippizes satanistes (hors- champ), les choses se gâtent. Le petit Juju, dont je parlais plus haut, douze ans donc, décide d'empoisonner des tourtes au bœuf qu'il offre de bon cœur au hippizes. Aussitôt, ces derniers attrapent la rage et le delirium tremens. Ils vont massacrer tout ce qui bouge, ce qui ne me rassure guère car parmi eux il y a l'actrice Jadine Wong, sous Yoko Ono, déjà bien décatie et d'originne asiato-teutonique!

 

Edité par Mad Movies, sympathique éditeur quoique je ne n'aimât pas la revue, avec la complicité de l'excellent Néo Publishing (Mmmmm! Quelle bonne idée que la jaquette réversible), I DRINK YOUR BLOOD est une gentille bisserie absolument sans conséquence. On est d'abord frappé par le Charles Mason du pauvre qu'est Bhashkar acteur hindi et indien, dont on en peut pas dire qu'il ne mouille pas sa chemise: il joue à fond! Intrigue squelettique qui sent bon le changement de narration  sur la table de montage, on n'est pas  submergé  facialement par un déluge de beauté graphique dégoulinante. C'est du brut de décoffrage. Les acteurs, kitschouilles mais pros comme le prouveront les bonus, poussent la chose  dans l'exubérant et le "réciter-amplifier", méthode américaine bien connue. Bah, je ne serais pas contre mais ces cocos sont bien peu soutenus par la mise en scène largement plan-plan à deux trois trucs prés (l'absurde relevé d'empreinte sanguine sur une vitre  de voiture par exemple). La chose se déguste alors avec plus ou moins de plaisir selon qu'on soit ou non de bonne humeur ou non. Les dialogues, gravement débiles, le petit Juju, entre nunucherie attendue et une relative sécheresse qui ne l'empêchera pas d'être un acteur loupé, le montage narratif incertain et qui croulent sous les bruits des rouages rouillés, peuvent faire passer un moment rigolo et tranquilou, avec bières et cigarettes et jolies pépées sur le canapé, un dimanche soir. On pourra alors ergoter sur le fait que la copine de Géronimo Manson soit très laide par rapport à la pépé de la bande, très jolie, mais qui elle n'aura jamais le droit au moindre dialogue, ni à la moindre phase scénaristique décisive. Tout cela sent l'effort kitschouille. Les bonus nous apprennent en loucedé que le producteur fut contrarié par un réalisateur qui voulait mettre de l'humour dans la chose. Mmmmmm! Voilà un thèse qui me parait loin d'être évidente! En tout cas les bonus sont intéressants. Je n'ai pas osé ecouter le commentaire audio du metteur en scène que j'imagine fiérot comme un pou que son films soit soit total-grindhouse-tarantiné 30 ans après! Curieusement et sans ironie, le reste des bonus sont assez intéressants. Les scènes coupées, même si elles sont sans intérêt (il y a notamment un fin alternative sans conséquence), montre le relatif professionnalisme de la gente interprétariale quelque soit leur talent, chose confirmé par le deuxième bonus, très très intéressant et rigolo (et complètement anodin, même si j'ai envie de faire un film avec!) qui consiste en des chutes, des rushes, des prises! Pendant 4 minutes, une espèce de poésie foutraque m'envahit. Comme un archéologue, qui des années après retrouverait une relique sans aucune importance mais qui le fait rêver d'une expérience hors fiction qui suffit à faire vagabonder son esprit.  A la limite, je conseillerais plus le Luigi Cozzi, moins insignifiant quand même. Mais si vous avez deux dimanche soir à la maison à valider, bah I DRINK YOUR BLOOD peut faire le deuxième, comme moment gentiment débile. C'est mieux qu'un dimanche avec Michel Drucker, mais c'est moins bien que 2001, L'ODYSSEE DE LES PHASMES.

 

 

 

Allez, je vous fais des bisous!

 

 

Dr Devo.




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Jeudi 18 mars 2010 4 18 /03 /2010 20:20

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exterminators devo
[Photo: "Ca Flare !" par Dr Devo, d'après l'affiche du film EXTERMINATORS 2.]




Chers Focaliens,

Et si on faisait une petite ballade tranquilou ? Apportez les Pépitos et la limonade, et moi j’amène les chevaux.

 

On démarre avec DOOMSDAY de Neil Marshall. Je vous ai déjà dit que j’ai croisé son épouse ? Un beau brin de femme, je vous assure. Et quant à Monsieur que je n’ai jamais rencontré par contre, je peux vous dire qu’il est meilleur réalisateur que Garry Marshall (PRETTY WOMAN), mais ça c'est un autre débat.

En tout cas, dans un futur pas si lointain, ça barde au Royaume-Uni. Il y a une vingtaine d’année, un virus à infecté l’île, et c’est pas joli joli à voir. Le pékin moyen se retrouve semi-zombifié en moins de temps qu’il n'en faut pour dire Mao Tsé-Tung, et ça ne fait rire personne, même pas devant un petit jaune, et à ce propos, Barman, remets-en moi un, j'ai la gorge qui dessèche quand je parle. Enfin bon, mon colon, les choses ont tellement dégénéré que le Royaume vit coupé en deux. Au nord, une zone protégée qui a été cloisonnée avant que l’épidémie ne se propage, mais où les gens vivent mal, dirigés par un pseudo gouvernement bien dépassé et un peu louche sur les bords. Au sud, c’est le Pays de la Désole, rempli de morts et de cadavres.

Rhona Mitra est une militaire à qui on ne la fait pas, genre force ultra-spéciale commando. Et quand son patron Bob Hoskins (qui n’a pas un physique de ninja) lui propose la mission suivante, elle dit oui, car la Rhona c’est un fighteuse qui n’en fait qu’à sa tête. Et il s’agira d’aller dans le Sud contaminé retrouver un professeur qui avait fait des recherches sur le virus avant que le Sud ne soit fermé. Les satellites balayant la zone semble indiquer que des êtres humains ont survécu à l’épidémie, et donc le gouvernement voudrait bien savoir si le professeur n’avait pas réussi a trouvé quelque chose… C’est parti pour une folle équipée chez ces ploucs d’anglais, bons à rien sinon à jouer du rock en buvant de la mauvaise bière, avec un bon petit commando de têtes brûlées !

 

C’est pas moi qui ai tué le shérif ni le député, mais je peux vous dire que le Marshall est un bon p’tit gars dont on se souvient avec émotion de DOG SOLDIERS plein de loups-humains (ça change de loup-garou, non ? ça fait plus adulte) qui, si les douze premières minutes foutait la gerbe, comme disent les djeuns (54% du lectorat de Matière Focale est né dans les années 80), était rudement bien ficelé et sympathique. Et puis, ce fut THE DESCENT, complètement réussi lui, et même sacrément bien troussé même, et qui valut à notre ami une bonne série de critiques positives et aussi pas mal de whiskies offert par la maison !

Ici, on reste dans le fantastique, mais on change de ton. Bien que rosbeefo-centré DOOMSDAY n’est pas un film de smicard, c’est moi qui vous le dit, et on dirait que le machin est pété de thunes. Ceci dit, comme la photo est plutôt sophistiquée par endroit, on se dit qu’il s’agit peut-être simplement d’un bon coup de pinceau à malice. En tout cas, ce n’est pas du Ken Loach, ça rutile sa maman. Bien.

Côté intentions, le jeune Bill (si j’ai envie de l’appeler Bill, ça dérange quelqu’un ?) la joue George franc-jeu, et celle-là, je l’avais encore jamais faite. Ce sera des tripes à la mode de tons, au pluriel, et un beau syncrétisme boubliboulgesque plutôt inattendu, la chose mélangeant le zombie flick à la mode Thatcher, l’anticipation, le gros "actionner" bourrinosse (que je n’aime pas le mot "actionner" !), la femme qui a des ovaires façon RESIDENT EVIL (sympathique série d’ailleurs), la fantasy, le post-apo (coin coin !), etc. Ca, c’est pour le bon côté des choses.

 

Le gros problème ici, c’est que même si Neil Marshall n’a pas fait que du chef-d’œuvre, DOOMSDAY est, de loin, sa pire mise en scène, et franchement, rien que de le dire, j’en ai les larmes qui me montent aux yeux. Sortez les mouchoirs. Comme je l'ai dit là-haut, la photographie est relativement élaborée dans le style des films fantastiques modernes, avec moult centaines de milliers de kilowatts dans chaque plan. Quelques décors assez malins, mais pas tous, arrivent à rendre plutôt crédibles certaines séquences. Les éclairages rasants ne sont peut-être pas ce que je préfère, mais bon, on sent l'effort, pas de soucis. Le gros problème de DOOMSDAY se situe bien sûr ailleurs.

Montage, mon gros soucis, comme disait le poète. Et là, Marshall, comme dirait Omar Sharif, il a lâché les brides, et si vous me permettez l'expression, son montage (est) ma(ha)l. Alors, ça fait un petit moment que j'ai vu DOG SOLDIERS et ses dix premières minutes hystériques, et donc je ne saurais dire si l'entame de ce film est comparable au désastreux collage de DOOMSDAY. Mais, ce que je peux vous dire c'est qu'on le voit venir, le Neil. C'est qu'il veut faire pêchu, un peu vulgaire, et surtout survitaminé. Ca me rappelle quelque choses, pas vous? Alors, l'animal surcoupe, coupe, balance les plans plus ou moins à la mitraillette. C'est moins mal monté que le dernier James Bond (qui était une vraie horreur de "montage djeunz", à tel point que dans les courses poursuites on ne sait plus du tout dans quel sens roulent les voitures! C'est assez drôle, remarque!z), mais Marshall multiplie les plans comme Jésus les pains, même parfois dans des scènes plus calmes, où on se dit alors qu'un plan de trois secondes, ce n'est pas plus mal que deux plans d'une seconde et demi. Comme vous vous en doutez, je trouve ça très laid. Mais bon, Marshall n'est pas le premier a utilisé la méthode. Par contre, ici, souvent, on cherche vraiment la raison de ces multiplications de plans, tant Marshall tend à perdre l'intention jeuniste! Voilà qui met le spectateur focalien bien à distance.  Et DOOMSDAY, du coup, est une sorte de monstre bicéphale tiraillé entre son envie de spatialiser un peu et ce montage incompréhensible.  Et contrairement à 28 SEMAINES PLUS TARD, où le montage était parasité par un cadrage trop serré et par certains mouvements de caméra tremblotant de manière trop ostentatoire, on ne peut ici quasiment rien lire. On comprend l'action, bien sûr, mais tout bêtement, ces coupes envoie balader tous les autres leviers de mise en scène! Les notions de cadrage, de photographie et le reste deviennent très rapidement des valeurs secondaires, tout justes illustratives.

 

C'est donc là, le principal écueil du film. Il est alors dur de faire le tri avec le reste. Qu'aurait donné le film avec le même scénario et les mêmes acteurs si le montage avait été différent et plus posé? Quelle aurait été la tonalité du film? Plus ironique? Un mélange d'exagération et d'action prenante? C'est dur à dire. Dans l'état, en tout cas, puisqu'on n'est pas happé par le film et son histoire, certaines maladresses apparaissent un peu gênantes, et nous font demander si le côté de guingois du film ne l'aurait pas servi dans d'autres circonstances. Si certains rôles sont bien campés, d'autres me paraissent beaucoup plus patauds, notamment du côté du méchant gouvernement et des jeunes pinques (punks), notamment son chef. Et puis que ce soit dans les situations ou dans les motifs scénaristiques, les syncrétismes fantastique et cinéphile qui se veut la colonne vertébrale du film, paraissent, eux aussi, très maladroits, au bas mot. Le mélange des tonalités, je suis pour vous le savez. Mais ici, par petites touches, Marshall aligne les influences multiples et peine à trouver son propre ton. On voit donc l'intention, et dieu que c'est maladroit, voire un peu énervant. Marshall veut sa pizza du chef, et les ingrédients sont très identifiables: la série 28 JOURS PLUS TARD pour le côté débrouillard et anticipatoire crédible à l'échelle global d'un pays, NEW-YORK 1997, MAD MAX, et bien sûr RESIDENT EVIL auquel il est quasiment impossible de ne pas penser ! Cela donne un ensemble laborieux, souvent maladroit qui gâche la franchise exubérante et prenante du projet dans sons intention.

 

 

DOOMSDAY est donc une sacrée mauvaise surprise. On se demande vraiment quelle mouche à piquer Neil Marshall qui loupe complètement son projet, et ne trouve jamais son indépendance. On est très loin de la personnalité de ces deux autres films. Et si l'idée de faire quelque chose de totalement opposé à THE DESCENT est forcément louable, on s'étonne de constater que le même réalisateur puisse d'un côté établir une mise en scène précise et inventive, souvent au cordeau, et d'autre part se perdre complètement dans une bouillabaisse sans vraiment de queue ni tête. Espérons que Marshall saura rebondir et revenir avec un film plus maîtrisé. 

 

 

Dr Devo.







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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /2010 11:31

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VELAZQQUEZ devo
[Photo: "Secular Healing" par Dr Devo, d'après un tableau de Velasquez.] 




Chers Focaliens,

 

Aussi bien les Portugais sont gais que les Espagnols, c'est une toute autre histoire. Même si c'est l'été, soit la saison des tongs et du chorizo ardent sur la table à tapas, vous allez voir que les espagouins y vont plutôt franco, haha, et ne se laissent pas marcher sur les ballerines, jugez plutôt...

 

Nous suivons un couple de touristes très sympathiques, venus se ressourcer dans le pays de Dali et de Placido Domingo, histoire de se retrouver un peu seuls, loin des enfants et des soucis d'Albion. Monsieur est déjà venu dans cette région qu'il fait découvrir avec joie à Madame, superbe créature rousse d'ailleurs, comme vous le noterez. Mais la ville est bruyante et grouillante, remplie d'autres touristas s'extasiant à qui mieux-mieux, quand ce ne sont pas les indigènes qui célèbrent la Vierge à coups de bandas et de pétards. Monsieur décide alors d'emmener sur une île accessible à quatre heures de bateau de là, et où il passa jadis un moment merveilleux sa compagne loin des imbéciles en bermudas braillant leur city-trip.
Une fois sur place, les choses se gâtent, puisque rien ne se passe ! Voilà qui est bien étrange : tout le village insulaire (oh, la belle périphrase...) est totalement désert, et les rues sont muettes comme des tombes. Moi, je ne serais pas rassuré d'autant plus que ce n'est pas les quelques gamins mutiques et souriants qui traînent ça et là qui relèvent le niveau. Un peu de silence et de ville fantôme, ça va, mais plus, c'est de la gourmandise, et peu à peu nos deux héros maritalement liés vont commencer à prendre peur à juste titre...

 

 

Serrador était déjà connu de nos services pour son beau LA RESIDENCE qui a dû en inspirer plus d'un, dont l'ami Argento (et ses croissants!). Une bien belle galette que vous trouverez dans la mythique collection René Château, sous vos applaudissements. Je vous recommande la vénéneuse chose. LES REVOLTES DE L'AN 2000, voilà en tout cas un titre qui sent bon l'ex-future Germanie, et on reconnaît le talent de notre puissante lignée de distributeurs. En même temps c'est mieux que FAIS CHAUFFER LE MOTEUR, JE METS MES TONGS, ou LOS HURRACHES DE LOS MORTES, ou JE VAIS BIEN, LAISSE MOI DE L'EAU CHAUDE (la suite de DES JETONS POUR LA DOUCHE, MY LOVE de Jeanne Labrune). En même temps, malgré tout, je ne peux pas m'empêcher de reconnaître la supériorité du pays d'Indurain et du titre original qui une fois traduit pourrait donner un plus étrange et plus franco Nero MAIS QUI PEUT BIEN TUER UN ENFANT?

 

Trêve de bavardages, entrons au coeur de la reine. Serrador, alors qu'on s'attend un bon petit film de genre bien tassé aux fulgurances marquées, entame le match sous des auspices plus qu'étranges, car le voilà qui fait débouler un bon cinq minutes d'images d'archives en noir et blanc avec sa petite voix-off et son texte explicatifs, qui égrènent la longue litanie des différents conflits bien meurtriers du XXème siècle. [SIGLO XX: "Sister In The Rain", un bon morceau !] Tout le monde en prend pour son grade: Europe, Inde, Afrique, et devant cette longue litanie d'horreurs, on pourrait se révolter, même en 2010, contre le procédé, un peu démonstratif. Et pourtant déjà, le montage est très bon, les recadrages parfaits et les quelques effets marchent pile-poil. Le systématisme de la chose joue en sa faveur, puisque la longueur destructrice du modousse opérandaille, sa langueur presque, ce refus du film de démarrer, prouve en quelque sorte qu'on n'est pas dans le gagdet ou la grosse racole bien putassière, mais dans autre chose. On attend le début du film et en fait, le temps se suspend. On est alors un peu comme à l'opéra, où un petit introït non-interruptus, permet de se mettre dans l'ambiance et de faire le noir dans la salle et dans nos têtes. On se concentre, on prend la pulsation de la pièce musicale. Déjà un bon point. La séquence marche d'autant mieux à une époque où les actualités ont décidé, au nom de la protection de l'enfance justement, de bannir toutes formes d'images de guerre des écrans de télé, alors que dans le même temps, le cinéma de fiction a plongé les thématiques guerrières et géopolitiques dans des territoires proches du roman Harlequin.

 

La guerre, c'est donc mal.

 

Les scènes qui suivent nous plongent longuement dans les rues agitées d'une petite ville typicos, comme je le disais plus haut. Tout cela reste toujours bien découpé, et mixe avec naturel le jeu des acteurs, excellents du reste, avec un tournage plutôt orienté "commentaire" ou sur le "vif". On suit tout cela, on suit tout cela, on suit tout cela, mais... Et puis, une simple petite scénette pourtant tout à fait artificielle (chez le photographe), met le doigt dessus. On n'est pas là. Et comme cette scène est très écrite contrairement au reste, voilà qui nous met sur les chemins de l'embarras, et surtout d'une peur assez irrationnelle et toute cinématographique. C'est que l'intro fait son travail de sape, et que Serrador a bien chronométré sa petite affaire, en prenant son temps, mais on conservant un rythme alerte : les archives ont laissé une empreinte dont on prend plus (+) conscience quand elle a déjà disparu, en son absence pour ainsi dire. Il ne se passe plus rien, mais on comprend que ça a été là... Et même s'il ne se passe rien dans de terrifiant dans cette longue première partie, l'imprimatur de l'horreur est palpable, jusqu'à ce qu'on prenne le bateau pour l'île.

 

Là, changement de ton en quelque sorte. Il ne se passe rien, l'endroit est vide et du coup, paradoxalement, la fiction semble enfin démarrer. C'est la force du film de Serrador : ça se joue quand il se passe rien ou peu. La découverte du village vidé de ses habitants est simplement angoissante : on aimerait bien s'y ennuyer mais rien n'y fait. Le simple fait que ça ne colle pas, que rien n'arrive, mais qu'en même temps, il faille quand même éteindre des interrupteurs (la rôtissoire), est bougrement désagréable pour ceux qui cherchent ou des choses et des films gentils, ou qui veulent de la terreur balisée. On sent en tout cas, sans pouvoir mettre le doigt dessus, qu'on est dans le territoire horrifique ou fantastique. Et c'est même très net. Le film d'horreur est bien là.

 

Serrador y va plus en retenue qu'en déballage, et l'opération marche car comme je viens de le dire, le film d'horreur peut se deployer sur ce rythme étrange certes, sur ces non-événements mystérieux certes, mais avec une violence ontologique (tout ce qui arrive est forcément de l'agression). Et comme l'espagnol sait exactement placer les éléments les plus démonstratifs au bon moment, comme un implacable joueur d'échecs, la chose prend des proportions vertigineuses. Le couple comprend presque plus vite que nous, chose rare au cinéma, et cette légère anticipation glace le sang du pauvre critique que je suis. Et avant même que cela n'arrive, on sent poindre le fantastique qui approche, l'absurde même (la scène de l'Eglise, très sobre et en même étrangement lyrique). Et implacablement, dans un entre-quatre yeux terrifiants, la chose fantastique arrivera tout en horreur d'autant plus dantesque qu'elle joue sur une image hallucinante : une main tenant simplement un revolver mais quasiment sans corps!!! Tout le film est comme ça : dans un entre-deux qui ne reflète paradoxalement que l'inéluctable et, bien sûr, l'impensable...

 

 

LES REVOLTES DE L'AN 2000 est donc, bizarrement, un film de structure et lobe frontal, tandis que son deuxième hémisphère s'inscrit clairement dans la praxis qu'il manipule avec passion et tact à travers le montage. Film d'impulsions presque anodines ou au contraire, artificielles, la chose travaille une seule et même chose, le rythme, qui ne trouve sa beauté que dans la symbiose avec les autres éléments du film : cadres, scénario (ici pile-poil entre l'intention et le levier de mise en scène donc), et l'utilisation du son, brute mais souvent redoutable. Le produit final est donc un drôle de machin se réappropriant le fantastique et l'horreur, mais avec cette sécheresse apparente du cinéma génial espagnol de l'époque (cf. L'hallucinant L'ESPRIT DE LA RUCHE dont on avait déjà parlé). Sans en avoir l'air, le film reste donc aussi un film d'action, mais laisse cette forte impression de combat mythologique, au coeur même de la tragédie humaine, et quand vient la conclusion, pourtant balisée, on ne pense jamais revoir un motif classique, mais on sait bien que c'est le statut quasi-divin de cette démonstration in extremis, par l'absurde, qui compte. Il y a quelque chose là-dedans d'implacable et d'injustifiable complètement magnifique et très glaçant. PALINDROMES le joli film de Todd Solondz montrait bien que la lâcheté humaine avait notamment ceci de spécial que de mettre la notion de Bien de l'enfant au premier plan pour faire passer les pires manquements au droit et autres injustices infectes. En s'y opposant, et en détruisant ensuite la théorie intellectuelle par l'absurde, LES REVOLTES finit même par s'en affranchir pour ne montrer qu'une violence ontologique, et plonge chaque individu-spectateur dans une solitude assez infernale. Il n'aura fallu qu'une apposition des mains pour démonter le système (notez les passages où les gens se touchent, dans le film). L'Espagne est décidément un pays de gens étranges mais courageux dans leur genre... Et voilà un film important, mais bizzarement attachant...

 

Dr Devo.





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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /2010 22:54

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[Une photo sympa pour la nouvelle année, tirée bien sûr du film LA BAIE SANGLANTE.]




 

 

Ah l’Italie ! Ses petites ruelles fraiches et ombragées où la chaleur écrasante ne pénètre pas, où les effluves de centaines de cuisines remplissent l’air  de parfums méditerranéens, le mezzogiorno et son soleil de plomb s’abattant sur les vestiges de plus de 2000 ans d’excès en tout genre, les bordéliques rues marchandes où s’échangent des épices transportées en bateau des quatres coins de l’orient, les merveilles architecturales où l’amour se niche, la sieste l’après midi et la fiesta le soir, les femmes voluptueuses courant à moitié nues entre boites de nuit et plages ensoleillées, les écrivains conjuguant philosophie et sexualité effrénée, tout ca et bien plus vous seront offert lors de notre nouvelle soirée BON CHIC MAUVAIS GENRE #2 !

Présenté en double feature avec TENEBRES d’Argento, LA BAIE SANGLANTE a en fait de nombreux titres allant de l’absurde à l’improbable : le titre original sous lequel il a été tourné fut "Vous n’aviez qu’a pas être méchant" ou un truc du genre en italien. Il n’est jamais sorti sous ce titre, les producteurs préférant REAZIONE A CATENA (réactions en chaines) voir ECOLOGIA DEL DELITTO, écologie du délit, titre magnifique mais sans aucun rapport avec le film. Puis il est sorti aux USA sous douze titre différents, allant de LEFT HOUSE ON THE LEFT 2 ( !!) à BAY OF BLOOD justement, qui fut repris en français. Le titre le plus fidele serait Réactions En Chaîne, puisque le film met en scène une galerie de personnages qui vont tour à tour passer de victimes à bourreau pour défendre leur intérêts (financiers ou écologiques, en passant par le meurtre gratuit) dans un scénario complètement hallucinant enchainant des épisodes burlesques, érotiques, gores, terrifiants, ironiques ou naturalistes, le tout avec une bonne dose de folie communicative et une volonté d’écraser les codes du genre au rouleau compresseur. Citant tour à tour Borges ou Dante, Mario Bava signe là un de ses meilleurs films, sans doute le plus gore (il parait que Bava en avait marre que les gens lui demandent pourquoi ses films étaient moins violents que ceux d’Argento) et le plus absurde, un déluge à la fois narratif et visuel qui emporte le spectateur dans une sarabande de violence absolument hallucinante et pas toujours bien compréhensible, jeu de massacre déroutant et poétique dont le seul but semble de surenchérir dans l’absurde. Très difficile de résumer le film avec des mots tant la variété des sujets abordés tient plus d’une liste à la Prévert que du giallo classique (il y a quand même quatres scénaristes crédités), mais pour les plus jeunes qui ne connaissent pas le film, c’est quelque part entre VENDREDI 13 (dont beaucoup de scènes ont été reprises d’ailleurs) et BATTLE ROYALE (pas vraiment), à la différence que contrairement aux deux œuvres citées le film est un pur chef d’œuvre qui a d’ailleurs donné naissance au slasher américain et qui continue aujourd’hui encore d’inspirer les nouveaux standards du genre. Il y a même un petit coté soap opéra faisandé de toute beauté…

 

Visuellement, le film est là encore d’une richesse incroyable. Je ne sais pas trop par où commencer devant l’ampleur de la tache, mais du montage à la photo, tout sert le film. C’est un feu d’artifice permanent, des mouvements de caméras incroyables jusqu’aux transitions sublimissimes, des jeux sur la mise au point (rien que la transition absolument sublime où le soleil se transforme en œil vaut la vision du film) ou sur les zooms à foison (bon là c’est un peu too much quand même, mais ca a son charme j’imagine), bref on parfois l’impression d’être dans un trip sous ecstazy qui vire au cauchemar bad trip. Je peux vous assurer qu’on ne s’ennuie pas une seconde, il faut plutôt s’accrocher à son siège pour pouvoir suivre un tant soit peu le rythme pied au plancher instauré par Bava. Ca part dans tous les sens, et en même temps si possible. On retrouvera les traditionnels adolescents décérébrés venu squatter une maison abandonnée pour s’encanailler (magnifique séquence de danse), mais aussi d’autres personnages bien plus improbables comme le couple formé par un naturaliste et une voyante (Laura Betti !!) ou la comtesse acariâtre attachée à ne pas bétonner la baie. Tous ses personnages ont en commun une vision bien spécifique de la baie où ils vivent, et ils vont tous se battre pour faire valoir leur vision, comme des gamins se battant pour un jouet. Au final tout ce joyeux bordel trouve un équilibre dans un film totalement maitrisé techniquement : Bava assure la photo magnifique et le cadrage de toute beauté les doigts dans le nez, en jouant comme Argento sur le contraste des couleurs. Il ne faut pas oublier les effets spéciaux, véritable prouesse technique qui aujourd’hui encore suscitent l’admiration.

 

Avant de vous laisser découvrir le film, il faut quand même dire un petit mot de la fin, sans trop en dire pour garder la surprise, sujette à de nombreuses polémiques même chez les fans les plus hardcore. Pour certains, elle tombe comme un cheveu sur la soupe, mais personnellement je trouve que c’est une idée très belle et courageuse, qui loin de naïvement présenter l’enfance comme une période d’innocence et de bonheur, place plutôt les adultes face à leurs responsabilités, ou plutôt leur renvoient leur responsabilité en pleine face. Toutes ces gesticulations humaines, les conflits d’intérêts, la séduction et le pouvoir sont présentés comme une parade grotesque, une sorte de grand cirque dont les enfants seraient des témoins atterrés. On n’est vraiment pas loin de la comédie humaine.

 

PS : Je précise que j’ai vu une copie italienne originale du film pour rédiger cet article. Il s’agit de la version intégrale du film d’une durée de 95 minutes. Or la version qui sera projetée le 8 janvier à l’occasion de la soirée BON CIC MAUVAIS GENRE #2 est la copie neuve américaine remastérisée il y a peu et sortie en DVD dans la foulée en France, qui est elle plus courte. Il fallait que ce soit dit, et je vous encourage vivement à voir les deux versions si vous le pouvez !





Norman Bates.





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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 19:08

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[Photo: "Comme une Grande" par Dr Devo]






 

 

 

Une jeune femme prend place dans une fusée. Un jeune homme essaie de la retenir, mais rien n'y fait et le compte à rebours est inéluctable, elle décolle, laissant le pauvre garçon seul et désemparé. Et là vous vous dites, mais il est fou, il commence par la fin, le salaud ! Et bien non, ce n'est que le début, parce que justement cette scène science-fictionneuse est la fin d'un film que regarde notre héros, un journaliste de télévision. Lui et son cadreur ont pour mission d'interviewer Chiyoko Fujiwara, l'actrice qui joue dans le film à la fusée (vous suivez ?), qui vit depuis une trentaine d'années recluse, comme une ermite, loin des studios dont elle fut l'égérie dans les années 40, 50 et 60. Elle n'accorde habituellement jamais d'interviews, mais elle a accepté celle-ci car le journaliste a quelque chose de particulier à lui donner. Ce quelque chose, c'est une petite clé en cuivre, ce qui émeut beaucoup Chiyoko : elle pensait l'avoir perdu depuis des années. Mais elle ne sait pas ce qu'elle ouvre, à part un torrent de souvenirs...

 

 

Satoshi Kon est un type formidable. Enfin, je ne le connais pas, mais je le devine, tant les oeuvres dont il nous a gratifiés (dans sa grande mansuétude, serais-je tenté de rajouter, mais n'allons pas trop loin les enfants, il y a des requins) sont d'un intérêt tout à fait estimable. D'abord, il a participé à PATLABOR 2 de Mamoru Oshii (le réalisateur de GHOST IN THE SHELL et de TACHIGUISHI RETSUDEN, dont la filmographie est absolument et entièrement indispensable; onn  avait d'ailleurs parler ici du premier PATLABOR), a réalisé le daté mais beau PERFECT BLUE et le merveilleux PAPRIKA, sans compter sa très belle série PARANOIA AGENT. Bref, le garçon a du talent, et il en a sous le pied, ses films jouant le plus souvent sur une structure scénaristique en chausse-trappe et une virtuosité de mise en scène plutôt rare dans le milieu de l'animation. Beaucoup de "movie dropping" dans ce paragraphe, mais ne vous inquiétez pas, nous parlons du film qui nous intéresse, à savoir MILLENNIUM ACTRESS, dans le paragraphe suivant.

 

 

Si vous vous rappelez du petit résumé qui compose le premier paragraphe, je sais que vous l'avez oublié, c'est cela, allez rejeter un oeil dessus, bande de petits voyous, bref, après relecture du résumé, merci, on va enfin pouvoir commencer, vous vous dites ah non, pas encore une histoire en flashbacks où le cinéma se mêle à la réalité, où la fiction rejoint la vie et la vie rejoint la fiction et vice-versa, pour au final dire que la vie c'est comme le cinéma, et aussi que c'est comme une boîte de chocolats. Et bien vous avez raison. Mais en fait pas du tout. Vous voilà plus avancés. Je vous sens remplis de confusion. Tout va bien se passer. Sautons une ligne pour plus de clarté.

 

 

Donc, comme je l'écrivais un peu plus haut, le film se déploie en flashbacks successifs, retraçant la vie et la carrière de Chiyoko, mais de manière bien plus malicieuse, ludique et émouvante que ce qu'un metteur en scène lambda aurait pu nous proposer. En fait, Kon déploie des indices dès le départ pour amorcer sa grande idée, qui de toute façon arrive très rapidement dans le métrage (qui est très court, à peine plus d'une heure vingt) : par exemple, il est intéressant de constater qu'au début de l'interview, le cadreur ne pose pas sa caméra sur un trépied, mais la garde à l'épaule, ce qui est tout de même étrange pour une entrevue en plan normalement fixe, surtout d'une grande star de cinéma, qui voit forcément que quelque chose ne va pas là-dedans ! En fait, le cadreur ne pose pas de trépied parce qu'il va se retrouver, avec son collègue journaliste, à l'intérieur même des souvenirs de Chiyoko, et ce au fur et à mesure qu'elle les raconte ! Jusque là, rien de très original, "been there, done that", mais les choses se compliquent au fur et à mesure dans un crescendo ahurissant : petit à petit, les deux personnages (le spectateur, donc) prennent de plus en plus d'importance dans les souvenirs de Chiyoko, en même temps que leur rôle se floute de plus en plus, si je puis dire. Dans certaines séquences ils ne sont que témoins de la scène (avec le cadreur qui filme le souvenir dans le souvenir, lui-même filmé par la caméra du film ! C'est beau et amusant !), dans d'autres ils interagissent clairement avec les protagonistes du film, en leur parlant en tant que journaliste et cadreur à l'intérieur même du souvenir, dans d'autres encore ils font partie intégrante du souvenir, en y jouant un rôle normalement alloué à une vraie personne si vous voulez, pour revenir à d'autres moments à un rôle de simples spectateurs, bref, ça n'arrête jamais et leur statut est constamment chamboulé d'une séquence à une autre, ayant parfois deux fonctions dans un même souvenir ! C'est donc un véritable mille-feuille, une branche de mimosa, pourquoi pas un ficus, en tout cas c'est peu vous dire que l'émotion est d'une puissance phénoménale, d'abord parce que ça n'arrête jamais mais qu'en plus ce changement de statut des personnages implique un changement constant chez le spectateur, qui est donc tour à tour spectateur et acteur de la scène. J'imagine qu'il est inutile de vous préciser que le montage est une merveille, trépident et malin, offrant des coupes complètement dingues et des "jump cuts temporels" beaux et surprenants. Ah, il faut quand même préciser que dans MILLENIUM ACTRESS, les scènes de transition n'existent pas (ou peu), et que nous sommes trimbalés dans ces failles temporelles l'une à la suite de l'autre, sans forcément de chronologie, mais on passe directement d'une époque à une autre sans toujours repasser par l'interview, ce qui annihile complètement l'idée de compilation ou de liste, mais fait progresser la narration dans les sables mouvants, toujours vivante et très aérée, pleine de saillies.

 

 

Mais Satoshi Kon ne s'arrête pas là. En plus de la narration et du montage, il fait quelque chose de magnifique à l'intérieur même de ses séquences. Chiyoko poursuit une quête (qui a un rapport avec la mystérieuse clé du résumé (allez relire le résumé !)) tout au long de sa vie qui conditionne son entrée dans le monde du cinématographe, donc sa recherche a un écho avec sa carrière, comme vous pouvez vous en douter. Mais ce n'est, encore une fois, pas si simple que ça. Kon a bien compris que le cinéma, ce n'est qu'une vision fantasmée du réel, ce n'est pas la réalité, c'est la vision d'un artiste de cette réalité. Le déroulement du film, donc, et le récit de Chiyoko que l'on suit est constamment parasitée par cette subjectivité de la narratrice. Alors qu'elle raconte sa carrière filmique, elle y incorpore des événements de sa vie réelle pour les faire coïncider avec ce qu'elle vivait dans sa vie de femme. En clair, elle refait les films de ses films ! Ce qui est magnifique, puisque non seulement c'est ici que se niche la déclaration d'amour de Kon au cinéma (et pas dans la dédication de Chiyoko au métier, qui est on l'apprendra rapidement un geste complètement opportuniste et égoïste), mais en plus c'est d'une puissance sensuelle et émotionnelle inouïe.

 

 

MILLENNIUM ACTRESS est un film tout à fait important, qui non content de contenir tout ce dont j'ai parlé, se dote en plus d'une musique très réussie et d'un jeu sur l'échelle de plans encore une fois assez rare dans le monde de l'animation. Un jalon.




LJ Ghost.







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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 22:40

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[Photo: "The Doubt, The Fire" par Dr Devo d'après une photo du film ANGST.]







C’est le Colonel Moutarde, encore lui, qui me prête dans le moment de délicieuses ou dégoûtantes galettes qui me permettent d’explorer un peu tous les recoins de la galaxie cinéma, et qui m'a donné cette copie de ANGST. Puisque, comme nous le rappelait hier Norman Bates, l’Ultime Saut Quantique a un peu défriché le sujet, je vais moi aussi me plonger aujourd’hui dans la jungle du cinéma de langue allemande. Mais, de manière à ne pas marcher sur les plates-bandes des collègues, vous me permettrez de décaler légèrement mon angle de tir, et de viser ce beau pays majestueux qu’est l’Autriche. Allez, hop, on enfile tous nos culottes de cuir, on prend les piolets et une grosse chope de bière, et c’est parti…

 

 

Erwin Leder est autrichien et en prison (une phrase, un zeugma, je dis bravo !). Condamné pour tentative d’homicide (sur sa mère me semble), il sort aujourd’hui se confronter à l’air du dehors et à la liberté. Et ça va être très, mais alors très très compliqué. Son premier geste sera de s’arrêter dans le premier café venu pour en boire un (hihi !) et pour manger une bonne saucisse-moutarde comme l’Autriche en a le secret. Et déjà, là, ça se gâte ! Le voilà donc avec sa saucisse dans une station-service à deux pas de la prison, et il mate sévèrement deux jeunes filles coquettes accoudées au bar. Et dans sa tête, le petit vélo pédale vite, vite, vite. Elwin est excité et il veut tuer, là, tout de suite, sur-le-champ. Il doit néanmoins reporter son projet. Il prend alors un taxi, tente d’assassiner la chauffeuse (si je veux), et finit par s’échapper. Perdu dans un quartier qu’il ne connaît pas, il débarque dans une luxueuse et vaste propriété au look résolument moderne. Il pénètre par effraction dans la maison, et se fait vite surprendre par ses occupants : un jeune homme en chaise roulante et visiblement attardé mental, sa sœur (joli brin de fille), la mère dans la soixantaine, et un teckel. Dès qu’il est découvert, Erwin attache tout ce beau monde, non sans mal, et il commence à travailler, dans tous les sens du terme. Le sang, bien sûr, ne tarde pas à couler, et la mort envahit instantanément l’Autriche…

 

C’est sympa comme pays, non ? On est vachement bien : il y a de la montagne, de la forêt, c’est bien propre, bien entretenu. C’est calme. Et puis les gens sont tellement avenants : Michael Hanecke, Ulrich Seidl… Que des films sympas en perspective…

Et ici, ANGST ne déroge pas au cliché : le film est dur et plonge son spectateur dans un univers largement glauque. Et c’est rien de le dire…

 

Suivre un tueur compulsif en goguette n’est sans doute jamais une partie de plaisir,  mais il y a ici quelques dimensions supplémentaires qui font que le film est plus qu’un bidule pour choquer le bourgeois.

Commençons par décrire l’objet. ANGST est tourné dans un scope très ample, très aéré, et surtout, il utilise la voix-off de manière assez simple mais qui ici fait mouche. Il s’agit bien sûr du tueur qui nous parle. On prendrait d’abord cette voix comme étant le fil de sa pensée mais très vite, les choses se compliquent puisqu’aux réflexions in vivo se mêle une part de récit plus explicatif, et que finalement les deux couches de narration vont se télescoper, faisant la part belle aux choses dont le tueur ne parle pas et qui manifestement le travaillent énormément. La scène-clé pour ce dispositif de voix-off, c’est la scène de la chauffeuse de taxi, où les deux types de dialogues off finissent par se confondre et lancent, d’ailleurs, comme par hasard (en bas de votre écran, un indice s'affiche!), la geste meurtrière du bonhomme. Un scène très rythmée et superbement montée d’ailleurs puisque malgré sa durée (pas énorme mais assez éprouvante car on comprend vite où il veut en venir), il nous est impossible de pleinement réaliser, c’est-à-dire d’avoir totalement conscience de ce qui est en train d’arriver, chose entretenue aussi par la voix-off dont je parlais qui dépasse largement de cadre de l’action, mais qui est n’en est pas moins décisive. Ca fait beaucoup de choses pour une scène apparemment anodine, et une certaine ivresse, pas du tout aimable d’ailleurs, nous prend.`

 

Il faut dire que dès les premières images, le film nous prend à la gorge (les scènes en prison) malgré la tranquillité relative de ces scènes d’introduction. Le cadre est magnifiquement travaillé et met en valeur les textures hétérogènes des différents décors. L’échelle de plan est aérée, et même dans les plans rapprochés, nombreux et j’y reviens, on a beaucoup à voir dans le cadre pourtant dirigiste, et c’est rien de le dire, et ça j’y reviendrai aussi. Un échelle variée pour ce décor de petite ville de province qui peut prendre des allures peut-être pas majestueuses mais assez immenses. Il faut dire que Kargl varie l’échelle en virtuose, et que très vite un sentiment s’impose : c’est cadré de manière inouïe et ça, ça mérite un second paragraphe…

 

 

A la ligne. Echelle ample, cadre sublissime, des textures, un acteur saisissant nous le verrons, des jeux d’appareils hallucinants, c’est bien simple : au bout de trente ou quarante secondes pour les plus rétifs, il faut se rendre à l’évidence : il y a ici un choc qui rappellera à certains la découverte des Gaspar Noé ou de Herzog (je ne compare pas, j’analogise bien sûr). ANGST semble être un choc esthétique de première importance. Il faut dire qu’il pousse l’ami Gerald, et malgré la relative sécheresse du sujet, âpre et épuré dans son genre. On est ici en pleine symphonie baroque, ce qui est un paradoxe, car le sujet est microcosmique, et que les propos énoncés tendraient plus au moins qu’au plus, si je veux et en quelque sorte.
Je parlais du cadre. La caméra est quasiment tout le temps en mouvement. Ca bouge beaucoup de manière absolument non-hystérique très souvent, et le premier choc ce sera l’utilisation des volumes présents dans ce cadre et des lignes qui le recomposent qui est d’une subjuguante beauté. Les scènes où notre psychopathe traverse la chaussée en début de film sont à tomber. Et ça, ça ne s’arrêtera pas. Là aussi, il y a un sentiment d’ivresse, d’ivresse au ralenti allais-je ajouter. Mais un virevoltage de caméra n’en vaut pas un autre. Dès que Kargl change un paramètre (échelle, plongée ou pas, rythme du mouvement, axe…), on a l’impression de redécouvrir complètement le système. Comme le montage favorise la coupe, et privilégie de manière presque musicale le rythme, c’est, je vous assure, la fête au village, et cela même dans les scènes à l’intérieur de la maison où pourtant l’environnement est plus sec et se devine plus monotone (il n’en sera rien, bien sûr).

 

Les plans sont sublimes : énormément de plongées, certaines à vingt mètres de haut, d’autres juste au-dessus de la tête des protagonistes et qui parfois, même dans les situations les plus extrêmes, sont en mouvement. Car le film travellingue sa mère à qui mieux-mieux, dans une symphonie de sensations hallucinante, presque soûlante. On se demande même parfois comment un réalisateur dont on devine le peu de moyens aux encornures (c’est à dire jamais) à trouver la force de faire des choses aussi compliquées du point de vue de la mise en place. En tout cas, le résultat est là : budget modeste mais rendu à la 2001 L’ODSSEE DE L’ESPACE (n’importe quoi, aucun rapport) car c’est une impression de luxe qui nous submerge. Les plans en forêt, les deux circuits autour de la maison lorsqu’on découvre ce décor (avec ce passage d’angle de mur, coupé avec maestria la première fois et contredit complètement la fois suivante à la faveur d’un plan séquence et donc  d’une absence de coupe, le petit gourmand !), et plein d’autres choses riches et variées (variées mais avec toujours les mêmes outils en quelque sorte) font de ce film un régal, et même bien plus, car la mise en scène nous parle aussi, autant que l’action, autant que la voix, et qu’elle nous plonge dans un tourbillon de sensations et de pensées où s’affrontent celles du tueur et les nôtres. Curieusement, devant cette bête humaine de psychopathe, un étrange sentiment d’empathie s’empare de nous. Merdre, on est là dedans, on est dans ce truc qui sert de corps, on en fait quoi maintenant ? Mais là, je m’égare…

 

[NB : Un des outils magnifiques du film, ce sont ces plans rapprochés de la mort-qui-tue, en courte focale, et par conséquent avec beaucoup de champ autour du personnage et énormément de profondeur itou, et où, en plus, la caméra est fixée sur l’acteur. Un effet toujours payant (l’acteur semble fixe et c’est le décor qui se déplace autour de lui). Le procédé est beau certes, mais donne la clé du film, et aussi sa folie triste et déchirante. On comprend grâce à ce plan très souvent utilisé que, ce que cherche à faire Kargl, c’est un film au plus près du mouvement, et c’est le mouvement le sujet du film. Certes. Mais, il veut aussi créer une sorte de caméra subjective perverse. Ici, et voilà qui fait que ce personnage est inadapté pour quoi que ce soir, à la Société, au Spectacle, ici, dis-je, la caméra subjective est complètement pervertie en effet. Elle est, elle aussi, déficiente et inadaptée. Car dans ces plans où la caméra est attachée à l’acteur, on comprend que c’est une caméra subjective, mais redoutablement perverse (encore!!!!) car le sujet se regarde en quelque sorte ! Une horreur sémantique et cinématographique qui glace le sang, et qui nous trouble aussi. Si l’œil du tueur se regarde de l’extérieur, on est qui, nous, spectateurs, on a quel statut ? Et va-t-on sortir de là, de cette tête, de ce regard ?)]

 

(NB2 : Toujours à propos de la caméra attachée à l’acteur. C’est déjà beau sauf que… Il y a ce plan terrifiant (à l’origine de ma tirade précédente sur la caméra subjective perverse et absurde) où le tueur commence à marcher dans la maison, la caméra attachée sur lui, et où, PAAAAF, BOOOOOMMM, déflagration nucléaire, la caméra se met à pivoter autour de l’acteur (elle est attachée ou non ? Sortez moi d’ici, je ne veux pas mourir là !) contredisant la sensation d’attachement pour renverser l’axe. Les deux axes se valent, ce sont les mêmes ; Blanc égale Noir. Champ égale Contrechamp. Vrai égale Faux. C’est sublime et d’une extravagance visuelle totale. Et ça pose, et ce n’est pas le seul plan pour lequel c’est le cas, la question suivante : il fait ça comment ????)

 

 

 

Alors, vous vous dites, c’est de la maestria hardcoresque, ça fait son Argento autrichien avec tous ces mouvements, bref c’est du gâteau à la crème chantilly pendant tout le repas. Euh … Non. Pas vraiment, car le film est très âpre aussi.

Car, la première partie, dont on pensait qu’elle durerait largement le temps du métrage, et même si elle occupe un bonne moitié du temps du film, finit par s’achever (joli !) et laisse la place peut-être au morceau le plus rude du film, "l’après" en quelque sorte. Les sensations provoquées par le film ont alors tendance à se déplacer. Ce qu’on voit à l’écran semble être alors la pesanteur, l’attraction terrestre d’un corps, celui du tueur, sans cesse en mouvement, dans une agitation extatique mais triste. Le film montre alors une forme de travail, long, pénible, impossible à faire d’une manière neutre, où il faut se déplacer vite, soulever des charges lourdes, où l’organisation implique des mouvements imprescriptibles, où la logique demande des déplacements incessants et des kilomètres parcourus dans une aire pourtant restreinte. Cette suite de mouvements, c’est le corps au travail. De la même manière que le champ et le contrechamp sont la même entité, ici ce travail de levage, de traînage et d’organisation concrète est confondu avec l’existence même du tueur. Et là, bien sûr, on (soit nous, le spectateur) a le temps de comprendre ce qui se joue : on le sent d’abord, on le formule ensuite, et on en mesure finalement l’horreur. Ce qui se passe ici, c’est : le Présent ! Tout bête, mais redoutable et effrayant. Fini le storytelling. [Dieu merci, la qualité fantastique de la mise en scène évite que le film ne sombre dans l’aspect documentaire. Notamment grâce à la photographie, toujours belle et assez subtile, et aussi grâce à un travail de maquillage complètement exceptionnel.]. Je disais donc, voilà le Présent. Ce type vit un Présent, et rien d’autre. C’est l’horreur absolue. Une fois la chose comprise, pour la première fois peut-être nous nous éloignons un peu du personnage, on fait juste un petit pas de côté, on se dissocie et observe. La conclusion, la boucle, le discours réducteur de la réalité juridique, tous les éléments de la fin ne nous surprennent pas vraiment. On avait déjà compris par le Présent. C’est dans cette dernière ligne droite que jaillit alors l’absolue solitude, l’absolue tristesse d’un personnage hors-norme, inadapté. Dans le processus du film, c’est autre chose qui se jouait : la réalité n’existait pas. Sans lien avec l’extérieur, les autres et le temps, on sait alors qu’on a vécu l’autisme fondamental (imprescriptible) de notre être propre, de notre propre existence. Entre lui et le monde, il y a une galaxie. Et entre nous et le Monde, sans doute un gouffre également. Le film nous laisse alors sans solution, avec l’impossibilité même de mesurer ou d’estimer ce gouffre. Entre deux, on a été, puis on a approché un autre homme. Pendant une heure et vingt minutes. Sur toute une existence. Tristesse.

 

 

La question est : comment est-il possible que je n’aie jamais, mais alors jamais entendu parler de ce film ? Et accessoirement, par quelle malédiction Kargl n’a fait qu’un seul film ?

 

 

 

Dr Devo.







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Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /2009 14:50

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[Photo: "Mes calembours sont plus belles que vos jours" par Dr Devo.]






Allons-y gaiement…Un petit tour du côté de la french touche bibite, cela faisait longtemps que nous ne nous y étions pas attardés mentalement. Il y a peu j’ai eu la malchance d’aller voir le dernier film (et le premier pour moi) de Christophe Honoré dont LJ Ghost nous avait déjà parlé : NON MA FILLE TU N’IRAS PAS DANSEROuèch, pour être honnête avec vous, chers lecteurs, j’y allais à reculons, car je savais un peu à l’avance à quelle sauce j’allais être mangé, soit un film "post-nouvelle vague Truffaldienne" ce qui n’est franchement pas ma tasse de thé. Evidement, il n’est jamais bon de partir avec de tels à priori, néanmoins comme ce visionnage n’était pas prémédité, j’y allais avec une certaine paix, bien décidé à prendre le film pour ce qu’il serait et à me laisser surprendre s’il y avait lieu de l’être.

 

Hélas, mille fois Hélas, après cinq minutes de projection je me rendais compte que les cent prochaines seraient aussi merdiques, dénuées de saveur, d’intérêt et de cinéma. Encore une fois, on se retrouve en pleinJardiland (et encore, sans l’arc en ciel !) avec une réalisation sans parti-pris autre que de coller à son scénario d’auteur à 2 cent d’euros, des acteurs plus tête à claques les uns que les autres (avec en tête Julien Honoré, plus que detestab), certes pas aidé par des dialogues pas bon, mais alors pas bon du tout…, le tout rendant les thèmes abordés (à priori pas sans intérêt comme l’incapacité de Chiara Mastrïani à s’intéresser à la vie alors que rien ne l’y en empêche à priori) imbouffable et puant de petit-bourgeoisisme. Pour qualifier la chose je citerai feu le meilleur animateur de débat radiophonique, soit Gérard de Suresnes : "C’est vraiment de la m…e". Et j’ai franchement pas envie d’en dire plus tellement je trouve ça honteux et tellement c’est la dernière fois que je me laisserai prendre.

 

Donc non vous n’irez pas voir NMFTNIPD, en revanche vous pourrez tranquillement rester chez vous et ainsi économiser vos euros et votre santé en appréciant la galette DVD de VANYA 42EM RUE de Louis Malle disponib à moindre frais sur l’Interned.

 

Mon oncle Vanya est une pièce d’Anton Tchekhov et pour tout vous dire c’est un peu "Amour, Déchéance et Laideur" au pays de la Vodka. La pièce prend place dans la campagne Russe. Le professeur Serebriakov accompagné de sa jeune épouse, Elena, viennent s’installer dans la vaste demeure de sa défunte première femme. Ils y sont accueillis par Sonia, la fille du professeur issu de son premier mariage ainsi que par l’oncle Vanya (le frère de la morte). Cette arrivée n’est pas sans créer quelques menues remue-ménages de part les différents conflits qui règnent entre les protagonistes et puisque Vanya va s’en amouracher d’Elena qui sera également convoitée par Astrov, le medecin de famille, ce même médecin dont Sonia est éperdument amoureuse sans qu’il y ait, malheureusement pour elle, réciprocité Pfffiou. Du coup comprenez bien que ça sera un peu la merde. Mais passons sur la pièce, qui malgré ces atours plutôt Feux de l’Amouresque reste tout à fait digérable, et concentrons sur ce qui fait la singularité du film !

 

Nous sommes en 1993 ou 1994 et Louis Malle connaît la pièce et plus particulièrement sa version mise en scène par l’américain André Grégory qu’il a su apprécier aux States où il séjourne alors… Et donc Malle se prend l’envie de réaliser un film à partir de ce matériau sans pour autant en faire une adaptation pour le cinéma. Rassurez vous il ne s’agit pas non plus de théâtre-filmé, la démarche ets bien plus subtile et intéressante que ça. Premièrement Malle prend le parti de filmer non pas une représentation "classique" de la pièce mais un filage (le filage étant une répétition générale de la pièce du début à la fin et sans interruptions, à priori). En fait, l’idée de filmer un filage n’est qu’un prétexte, on se rend bien compte que le film est très monté et que les acteurs n’ont pas joué la pièce d’une seule traite. L’intérêt de la chose réside dans le fait que les acteurs ne sont pas dotés de leurs costumes de scène (ils portent leurs vêtements du quotidien), Exit également le décor de la pièce; le tournage ne s’effectuera pas sur scène mais dans un lieu de répétition qui se trouve être un imposant théâtre en ruine (sur la 42em rue) où André Grégory aime faire répéter ses acteurs. Ainsi Malle décontextualise la pièce d’origine pour lui donner un nouveau ton. L’enjeu est lourd, il n’y a plus vraiment de décor et plus de costumes, il ne reste plus qu’à Malle à jouer sur la mise en scène et de compter sur la performance des acteurs, et c’est exactement ce qu’il va faire.

 

Dans le film, le metteur en scène André Grégory joue son propre rôle et invite au début quelques spectateurs à assister à ce filage particulier. Aussi le film commence tel une sorte de documentaire sur le travail de filage d’une pièce de théâtre… puis sans que nous nous en rendions compte immédiatement, Malle nous fait entrer dans la pièce de Tchekhov et donc dans la fiction qui finit par nous sauter aux yeux grâce à un très beau point de montage (que je ne vous dévoilerai pas pour laisser un peu le plaisir de la découverte). Par ce stratagème Malle nous fait littéralement pénétrer dans la fiction sans que nous puissions en sortir, il y a une réelle attraction qui s’opère (après cinq minutes de film, nous sommes déjà rassuré, on voit que Malle en a sous le pied et qu’il va nous surprendre). Cachottier qu’il est, Malle se payera même le luxe de nous faire ressortir de la fiction dans laquelle il nous avait si bien ancrés par des interventions de Grégory entre les changements d’actes. Ces interventions, qui n’ont pas grand intérêt en soi pour l’information qu’elles dispensent, ont pour effet de relâcher la tension pour nous y replonger encore plus profondément au fur et à mesure que le film avance et cela fonctionne très bien. Encore une fois c’est assez troublant et plutôt jouissif dans l’effet ressenti.

 

Je disais que le décor n’intervenait pas, en effet comme la majeure partie des plans sont assez serrés sur les acteurs on ne voit que rarement le théâtre en ruine,  mais pourtant ce décor joue dans quelques plans, suffisamment en tout cas pour conférer une ambiance particulière un peu miteuse et chaotique à l’ensemble, c’est assez beau. Et puis il n’y pas que le décor qui joue mais aussi le son, là aussi c’est très subtil mais encore une fois assez saisissant. En effet, lors d’une séquence particulièrement mouvementé entre les protagonistes, Malle choisi de l’envelopper d’une ambiance sonore qui n’appartient pas à la pièce de Tchekhov mais au lieu de tournage. On sent bien que la chose est faite exprès car cette ambiance sonore aurait pu être entendue bien avant, mais Malle la place délibérément dans un contexte tendu et  l’effet impressioniste est assez étrange. Il devrait y avoir une sorte de distanciation et pourtant non, je dirai que cela enfonce encore plus les protagonistes dans leur solitudes et leur désarroi et c’est assez touchant.

 

Tous ces éléments de mise en scène auxquelles j’ai fait allusion interviennent de façon assez discrète et je dirai que l’ensemble formel du film est d’une teneur assez classique. Globalement la mise en scène est vraiment au service des acteurs et nous livre un montage sans follesgourmandisesmais nondénué de rythme pour autant. On ne va pas s’en plaindre car les acteurs justement sont tous plutôt bons (avec en tête la belle Julianne Moore et aussi le très bon Wallace Shawn qui interprète Vanya et que l’on a pu voir récemment dans SOUTHLAND TALES dans le rôle du Baron Van Westphalen , un habitué des voix de personnages de dessins animé, il faut dire qu’il a une voix assez "remarquable" et le physique qui va avec…). Malle n’abuse pas des effets donc et je dirai justement que c’est dans la ponctualité de leur utilisation et dans leur force qu’il donne une dimension très particulière au film, assez unique finalement qui mérite bien que l’on s’y arrête.

 

L'Ultime Saut Quantique.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /2009 22:09

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[Photo: "...But the Light Deceived Me (I Tried to reach you...) par Dr Devo et John Mek-Ouyes.]





Bonjour les Focaliens,

On continue de se balader dans les six ou sept dividis achetés la semaine dernière, et pour une fois, la galette est plutôt récente, approchons-nous…

 

Oh dis donc, une adaptation de Stephen King. Je discutais hier avec mon ami le Colonel Moutarde, et nous nous disions qu’il y avait peu d’adaptations réussies de Stephen King, tels deux supporters commentant la dernière journée de championnat. Cinq minutes plus tard, nous étions d’accord pour dire, au contraire, qu’il commençait à en avoir un paquet, de bonnes adaptations ! Pour finir, je me couchais en me disant qu’il y a beaucoup d’adaptations réussies, même parmi les petites productions (THE MANGLER ou NIGHTFLYERS, par exemple), pour la simple et bonne raison qu’on adapte le King à la pelle depuis trente ans ! Rires ! Encore une anecdote désopilante du Docteur Devo !

 

 

Thomas Jane a peut-être un nom ridicule et un faux air de Christophe Lambert, il n’empêche qu’il a une grosse maison à Castle Rock dans le Maine, et qu’il gagne plus que tous les abonnés à Matière Focale réunis, car il bosse pour Hollywood pour laquelle il conçoit des affiches de films. Ce soir-là, le petit Juju est couché, Madame lit le Figaro Madame dans son lit quand Thomas décide d’aller se coucher. Dehors, la tempête grogne.

Le lendemain matin, c’est la panique ! Les arbres du parc se sont effondrés, le studio de travail de Thomas est kaput, l’abri à bateaux n’est que débris ! Toute la région découvre les dégâts de cette nuit de tempête. Bien qu’il soit en mauvais terme avec son voisin, un gars pas sympathique du tout (un grand black, magistrat), Thomas accepte d’emmener celui-ci en ville, histoire d’aller faire quelques courses dans la grosse supérette du coin. Il emmène également son jeune fils, le petit Juju.

Evidemment, toute la petite ville de Castle Rock a eu la même idée, c'est-à-dire de faire des provisions, et la supérette est bondée. A peine dix minutes plus tard, un épais brouillard s’abat sur la ville. Voilà qui est bien étrange, d’autant plus que, durant toute la matinée, on n’a pas arrêter de voir de camions de la base militaire voisine faire des allers et venues ! Ca fout un peu les chocottes, mais bon.

Et puis, tout à coup, voilà que ce bon vieux Earl, un retraité, arrive ensanglanté dans le magasin et demande à ce qu’on ferme les portes au plus vite. Ce qui est fait. Et Earl raconte une histoire hallucinante : son pote Jimmy a été emporté par un "truc" ! Voilà qui nous fait une belle jambe. Il n’empêche, quand un jeune employé de la supérette s’avance dans le brouillard pour réparer un machin sur le toit, il se fait atrocement mutiler par des tentacules géantes ! Employés et clients du supermarché sont obligés de se barricader dans l’établissement. Et d'attendre. Mais attendre quoi ? Et surtout, c’est quoi ce truc dehors… Les manifestations étranges vont se multiplier mais bien plus, l’ambiance dans le supermarché va vite devenir insoutenable. Il y a des trucs monstrueux dehors, certes, mais qu’y a-t-il dedans ?

 

 

Alors, voilà un film dont je ne savais rien, même pas les grandes lignes du sujet, si ce n’est que je me souvenais de l’accueil qu’il reçut, il y a un an et demi, lors de sa sortie en salle. Gros four aux statesses, réputation épouvantable partout dans le monde. Amis mécontents, critiques déplorables, gens en colère, cinéphiles qui brûlent les vitrines des magasins. J’ai entendu des commentaires souvent assez violents, et surtout contradictoires parfois ! En tout cas, une chose était sûr : le film foutait les gens en rogne. Je me souviens, cette semaine-là, être allé à la radio pour discuter de cinéma à l’antenne, et je fus surpris à l’époque de voir comment le film pouvait déchaîner une telle énergie négative. Même raté, s’énerver à ce point… Je reviendrai plus tard sur ces événements !

 

 

La polémique est passée. Le dividi est sorti. Et maintenant, on le trouve à sept euros dans les trocantes.

Ca commence tranquilou, la chose, mais plutôt bien. Un parti-pris rigolo en forme de clin d’œil (les affiches de cinéma dans le studio de Thomas Jane, citent THE THING plutôt que FOG…), un joli décor, bien éclairé, et un chouette effet. Il sait soigner, Pépère. On se dit qu’on verra ça en France dans vingt ans.

Une fois cette introduction courte et soignée passée, on est dans le récit kinguien traditionnel. Présentation des personnages très simple, gentiment marqués, et une ambiance très terre-à-terre. Il n’empêche, on ne perd pas de temps, c’est relativement nerveux, il se passe quelques trucs intéressants (le voisin), et le plus dur sera de passer sur l’abominable jeu du petit Juju dans la première scène. [Le gamin n’est, certes, pas une flèche, mais il est quand même moins mauvais après, même si ce n’est pas un très bon acteur, ce qui n'a pas d’importance d’ailleurs, et voilà, c'est malin, ma parenthèse est plus longue que ma phrase). En trois coups de cuillère à pot, une sacrée tripotée de personnages importants sont présentés, lors d’un assez jolie scène d’ailleurs, très banale : les gens font la queue à la caisse, se disent bonjour, se regardent de loin, et en même temps scrutent attentivement les militaires qui vont et viennent de tous côtés. On est méfiant, mais c’est rigolo. [Deux actions en une : ce sera aussi le modus opérandaille de la scène centrale, celle de l’attaque à l’intérieur du supermarché, le chaos en plus !]. Premier beau moment, il suffit de rien, mais alors rien du tout pour que la pression monte : un soldat de la police militaire qui dit trois phrases toutes bêtes. La balance bouge de manière infinitésimale, et hop, elle bascule d’un demi-gramme vers le dangereux plutôt que la chronique de voisinage à Ploucville. Ca, les amis, c’est dû à deux choses : les axes sont corrects, ça joue à la fois sur le dialogue et sur l’image, et ça monte plutôt consciencieusement. 

 

Une scène plus tard, et c’est le chaos. Si la première apparition monstrueuse (la tentacule) se base sur des enjeux très marqués (qui seront ceux du film, mais qui seront affinés au fur et à mesure) et sur une scénarisation classique de film d’horreur, c’est après que les choses démarrent. Et ça va assez vite. Les enjeux de la  scène de la tentacule vont se déplacer, grandir et se complexifier. Les personnages sont très très marqués. Mais tous les développements sont pertinents. Les enjeux sur la crédulité notamment, permettent d'affiner les sentiments, de tracer des lignes mouvantes dans les intéractions. La vieille mamie, la mère célibataire, la petite jeunette mignonne comme un cœur, le vieux redneck, le contremaître avec la tête sur les épaules, le gros black, et surtout Marcia Gay Harden, la croyante fondamentaliste, fan de Dieu... Comme vous le voyez, c’est marqué. Ca ressemblerait à un panel IFOP mais…
Dès la discussion avec le voisin black, Darabont donne le signal : un thème, c’est bien, le développer c’est cool, mais le faire muer… ça, c’est beaucoup mieux. Et on se dit que le coco, il est en train de faire quelque chose de plus complexe qu'il n'y paraît : il ballade ses quelques thématiques sur différents personnages, les teste dans des situations hétérogènes, les confronte à des enjeux différents, et très vite, ce mélange nous donne une solution assez subtile qui permet de faire du précis et du pas con avec des personnages très marqués au départ. Vous l’avez compris, les ambiguïtés vont affleurer rapidement. De ce point de vue, Darabont a bien compris avec quoi jouait Stephen King. Tout cela se passe très bien. Marcia Gay Harden a de l’avance sur les autres personnages et ça fait bizarre, mais au fur et à mesure qu’elle gagnera de l’importance, son jeu va s’affiner, son propos va devenir de moins en moins intéressant (paradoxe), mais son corps va drôlement parler pour elle. Voilà un bel exemple d’affinage par le jeu corporel (et le montage), et dont les conséquences seront impressionnantes.

 

Il est dur de vous parler de ce film sans rien vous dévoiler du tout. Néanmoins…

On comprend très vite que l’enjeu de THE MIST est de développer deux sources. La première consiste à tracer des variations sur les thèmes qu’on retrouve dans un film de zombies, tout bêtement : des personnages ploucs comme nous, une situation relativement réaliste une fois le postulat de départ accepté, des enjeux humains universels tournant autour de la Morale et de la Politique du Groupe, et bien sûr la thématique qui tue, à savoir : Société Vs Individu. Yummmy ! On va se régaler, me dis-je.

 

Ha oui… Ma première pensée consciente a été de me dire qu’on voit ça avec intérêt, mais curieusement avec un œil froid. Il a de jolis spécimens de gens bien cons, trèèèèèès cons même, dans ce supermarché, mais on regarde un peu ça de biais, et tant mieux : ça fait moins de pathos et de discours moralistes. Par contre, paradoooooooxe, nous voilààààààà, comme on disait en 1940, le film va au fur et à mesure devenir très impliquant. Et drôlement plus que prévu. Mais par sur le sentiment convenu de la révolte.


Et là, les amis, je ne m’attendais à tout sauf à ça ! THE MIST est une grosse claque ! Au fur et à mesure de son avancée, le désespoir va monter en flèche comme rarement. On pourra dire tout ce qu’on veut sur Darabont, en tout cas, ce n’est pas un idiot. Et il tente un pari très osé. Le film est long (120 minutes). On ne traîne pas dans la première bobine, et on est assez vite dans le vif du sujet. Voilà qui est déjà satisfaisant. Ce qui est renversant, c’est non seulement l’écriture du film, très maligne, mais encore plus ce sentiment, et je pèse mes mots, complètement atroce que la situation est toujours paroxystique, avant qu’on ne découvre la suivante qui est bien pire. Le premier tour de force de THE MIST, c’est la construction rythmique, pas linéaire pourtant (il y a  notamment quelques scènes de dialogues intermédiaires plus maladroites mais toujours très très courtes, et d’ailleurs la dernière avec le petit Juju passe curieusement bien, malgré son thème, "la promesse") puisqu’il propose des cadences assez différentes dont des scènes d’action classiquement placées mais qui interrompent bien le tempo, globalement lent, de l’ensemble. [Beaucoup de ces passages ont des résultats désespérants d’ailleurs ; comme si les personnages essayaient des solutions diverses mais aboutissaient à différentes variations des mêmes résultats, comme s'ils se cognaient la tête contre le mur.] On a donc un sentiment sensuel et psychologique de gradation qui mène vers une logique toujours pire. Plus le film avance, plus on étouffe. Plus les personnages se mangent le mur, plus la situation humaine se dégrade de palier atroce en palier atroce. THE MIST, c’est ça : une heure et demie (j’enlève le premier et le dernier quart d’heure) de déconvenues et de lente descente vers l’ignoble. Tenir deux heures sur ce motif, je trouve cela complètement bluffant.

 

Côté mise en scène, Darabont est discret mais assez efficace. Les effets spéciaux sont relativement malins, mélangeant les effets de maquillage ou d’animation en direct avec la synthèse plus en vogue, ce qui devient de plus en plus rare, notons-le au passage. La lumière est souvent jolie, le cadre pas mal, et les axes sont chouettes. Le montage est très bon, et quelquefois joue très bien avec le cadre, justement. Une des plus belles idées du film est la gestion des figurants, dont on a l’impression qu’ils changent tout le temps (on ne les reconnaît jamais) et que Darabont semble arbitrairement mettre ou pas dans le champs, à la manière d'une "caméra subjective", réduisant la foule souvent à des silhouettes emblématiques, mais mutantes. On les voit, ils sont là, et en même temps, ils sont flous, mouvants. Les scènes d’action ne sont pas hystériques du tout, ce qui est très rare pour un film grand public, avec des plans quelquefois longs et un montage qui sait prendre son temps. Les bêbêtes ne me passionnent pas en général, mais ici sont très bien amenées, quoique classiques, avec une gradation très lovecraftienne. Si Darabont joue souvent sur la suggestion (hors-champs nombreux, par exemple, ou encore un seul monstre volant pendant la grande attaque du supermarché, et non pas trois cents !), il arrive à donner de l’énergie dans les moments où il lâche les chiens. Bon, c’est dû aussi à la belle écriture, au rythme global, aux déplacements de thématiques qui mutent selon le personnage sur lequel elles se placent, bien sûr, mais il n’empêche. Je note que la dernière apparition monstrueuse est très très belle, et que globalement, l’horreur des personnages se déplace au fur et à mesure vers quelque chose de plus viscéralement indicible, ce qui me fait dire que l’aspect lovecraftien du film n’est pas usurpé.


On se dit qu’on le voit venir avec son petit gamin, avec la blonde et avec la folle de Dieu en mode hystérique. Il n’empêche, l’implication progressive et rythmique marche du tonnerre, aussi grâce à un joli son, et une musique très marquée (Lisa Gérard quand même !) mais plutôt discrète, et des passages entiers, très longs, où elle n’apparaît pas du tout. Les bonnes idées s’enchaînent (le personnage qui décide de revenir au supermarché, la mort sans aucun pathos de certains personnages importants, quelquefois même hors-champ !). C’est très soigné !

 

Et puis, il faut quand même dire que Darabont sait mettre en scène ses morceaux de bravoure. Et je vous jure que les cinquante dernières minutes sont absolument éprouvantes, et même épouvantables. C’est vraiment finement joué de la part de Darabont. L’idée de la longue séquence finale (précédée de la très belle scène du parking), c’est la cerise atomique sur le gâteau de cyanure, c’est le comble de l’horreur. Après un chapelet de scènes très fortes qui nous a déjà miné, Darabont fait un truc très gonflé (dans la voiture). Chacun est renvoyé à son désespoir, et à sa solitude. C’est ignoble… D’une noirceur terrifiante. [Là encore, quel tact ! Très beau jeu d’axes et de hors-cadres, bon rythme de montage, très bonne intervention du monstre. On est loin du pathos hollywoodien.]

 

Et puis, il y a les toutes dernières minutes qui, je pense, sont le cœur du mécontentement de beaucoup de personnes, voire de la violence faite au film. On me dit dans l’oreillette que le premier montage de Darabont fut violement rejeté par la production, et qu’on lui a donné un cahier des charges strict. Possible, et même probable. [Pendant les quarante dernières minutes du film, j’imaginais la colère du cinéphile lambda, en salle, devant un film aussi noir !] En tout cas, même si on ne doit pas mélanger la valeur d’un auteur avec son œuvre, je dois dire que j’ai immédiatement pensé que ce Darabont devait être un mec assez remarquable. La conclusion du film est, en effet, d’une intelligence sublime, et d’une générosité totale. En réalisant ce que le studio lui a sûrement demandé, il a fait preuve d’un tact et d’un courage immense. Oui, oui, oui, c'est un paradoxe ! Car il a exaucé complètement les vœux du gros studio. Ils l’ont, leur happy-end ! Mais en même temps, dans le même mouvement, il a non seulement vidé ce happy-end de toute substance, il l’a miné si vous voulez, mais il l’a aussi complètement retourné au profit de son histoire, et en hommage à ses personnages. Car, quoiqu’il arrive, le mal est fait ! Les personnages ont reçu  violemment toute la souffrance humainement possible, ils ont enduré l’innommable, ils ont été détruits, et encore mieux, au cœur du génocide le plus abject, ils ont entériné leur statut d’homme, et même d’homme libre. Ca, déjà, c’est magnifique. Quand Mary Poppins débarque, ça, c’est déjà fait. La messe est déjà dite. Le dernier geste du personnage, à genoux (vite écarté par le montage qui préfère l’anti-pathos et l’innommable lovecraftien, ici appliqué à l’Humain et non pas aux monstres) est absolument bouleversant. Peu importe les éléments du dernier plan, peu importe Mary Poppins. Et même au contraire, ce dernier plan, très artificiel, même s’il n’est pas illogique, rend complètement service aux thèmes du film. Ces dernières minutes font de THE MIST non seulement un film pertinent, mais aussi une œuvre d’un humanisme absolu, pour une fois (contrairement à un film à l’eau de rose art et essai sur la guerre au Liban ou d'ailleurs ! Hihi !). Dans le dernier mètre, THE MIST confirme sa thématique, la pousse le plus loin possible, et en plus, prend le spectateur pour le type le plus intelligent de la Terre. Au lieu de lui mettre à la figure une fin artificielle, il fait, au contraire, le pari de son absolu pertinence. Et c’est sur ce point que la troisième lame du rasoir agit : dans ce geste Darabont fait preuve d’un courage absolu, encore plus qu’un geste stratégique à la Midas (ce qu’il est !), car il sait qu’en restant fidèle à son film, à ses personnages, à son art, et à l’intelligence des spectateurs, il va se couper d’une majorité d’entre eux. Il sait que ce geste va être inacceptable pour la plupart, mais c’est le geste juste. Et n’allez pas croire que ces derniers plans sont une espèce de commentaire sur le film, comme la réflexion en voix off du réalisateur, hors du temps du film. C’est au contraire l’intégration même du film, sa validité. C’est du concret qui se passe dans la mise en scène, pas dans le second degré ou l’extradiégèse.  On en serait presque à dire que la pression des producteurs, pour une fois, a profité au film ! Quoiqu’il en soit, dans l’univers sclérosé des productions grand public et/ou à gros budget, j’ai rarement vu un tel courage, une telle droiture.

 

 

Et une telle noirceur ! THE MIST, film soigné, bien mis en scène, et superbement écrit et rythmé, s’inscrit comme un des  rares blockbusters à avoir pris le risque de faire un film totalement intègre, personnel et adulte. Si des charges sombres comme celle-ci arrivent de temps en temps dans le cinéma de la marge et de genre, on est abasourdi de trouver ici, dans le contexte d'une production riche, cette même puissance. Car THE MIST est un morceau dur à avaler, un film dur, un film adulte. C’est un des rares exemples récents de film complètement libre, iconoclaste et violent dans le monde des productions grand public. Je suis absolument retourné ! Le temps va rattraper l’injustice critique et spectatoriale (si je veux !) faite à ce film. Sur le coup, les deux camps s’empressent d’aller voir et de commenter avec le même empressement les SPIDERMAN et consorts, et de les hisser au rang d’œuvres. Cela aussi, ça passera. En tout cas, sans dire que Darabont est le nouveau Carpenter ou le nouveau Romero, le fait qu’il ait réussi à mener à son terme ce film, à le faire aboutir en l’état, est un geste hallucinant. Darabont est là un artiste sans compromis, ce qui est plus que rare. Et THE MIST, pour le coup, et même si on peut légitimement le trouver mois bon que les exemples cités, n’a pas à rougir de sa parenté avec des THE THING ou LE JOUR DES MORTS-VIVANTS.


Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 18:46

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[Photo: "Il n'y a pas mieux pour tout désinfecter (Cahiers vs Positif)" par Dr Devo, d'après une photo du catcheur The Undertaker.]







Note : Je vais tenter de m’adresser aux responsables et aux destinataires de ce  film, sans doute les mêmes, en usant de la novlangue que ces demeurés analphabètes nous infligent pendant une heure et demi. Si j’arrive à en toucher un, je peux leur parler à tous.

Lol c le pseudo 2 lolita pasKe L é lolante é o6 pasKe c + kour pr 10QT o baU en + lé prof i conprN pa cE kon di mdr. Alor la m9 L é tro taré L fé nawaK avec sé vieu mé en fét il st Cparé il on KC mé en féT il continu de BZer en fét tu voi LA SOLITUDE TUE LES HOMMES alr il st en iench il ce sote dCu com dé lap1 xpdr mé Lol L soufr tro tavu. Kan il zon BZer il se sake plu il se marav com dé poukav mé L’AMOUR NE SUBIT PAS LE TEMPS et o monop il st seul. O baU c la lérga son mec il fé nimp il la fé koQ aveK une darone o camping 2 mimizan 1 truk 2 guedin. Du coup L se geven avec d’otre keum mé L soufre. Sa daronne C tro une ouf L é ds le mem lirdé ke lol L bedav ca rasse mé L renkarde 1 otr keum il é mignon lol mé c 1 keuf o final mé L’AMOUR TRIOMPHE paske lé stup i fum 2 la wide ossi mé ca L savé pa. Pol Enri c le fisse a 1 patron il é tro friké mé il é tro lé mdr il se branl devan sa cam le ouf lotr jour c charlotte L la tricar. Lotr jour en teuf on a pri D médok é on a trippé on a bedav mem Lol L C tapé Ma-L ils on BZer c’été LA PREMIERE FOIS il a pa bandé pff xpdr tro 1 loozer. Ma-L il é bo il fé 2 la zik i chante tro bi1 on la filmé avek mon IPHONE on la téma tte la nui. Mé a la f1 lé bedo la bitur lamour sa tu é ca fé mal.



Si vous êtes arrivés jusqu’ici vous avez du perdre quelques neurones. C’est parfait, on va pouvoir parler du film dans de bonnes conditions. L’intrigue (?) décrite ci-dessus tient place dans un arrondissement chic de Paris, sans doute fantasmé, dans lequel les ados ont le même âge mental que leurs parents et doivent jongler entre leur matérialisme exacerbé, leurs pulsions sexuelles et les limites de la condition humaine. Dans tout ça, la drogue, l’alcool et autres interdits plus ou moins malsains pullulent, et chacun doit faire avec ses démons. L’héroïne, Sophie Marceau, est en terminale et essaye tant bien que mal de se concentrer sur ses cours, mais elle pense surtout à ses copines et a son mec. Sa mère vit seule, divorcée mais fréquente toujours son père en bonne catholique refoulée qui n’a connue qu’un seul homme mais qui veut rester indépendante, pas comme ces femmes au foyer minables de banlieue qui surement n’ont jamais lue De Beauvoir et qui vivent au crochet de leurs maris. Elle est donc libre, mais seule, et du coup fait de sa fille sa copine, et elles se font des "K LINS" le soir. Bien sur elle n’a aucune autorité sur sa fille, puisque c’est sa copine, et ça, son psy ne le comprend pas. Donc, la fille Marceau est complètement instable émotionnellement parce que, dixit sa grand-mère, "il n’y a pas d’hommes à la maison", elle passe son temps sur son portable ou sur MSN à écrire comme une analphabète cinglée à ses copines qui cultivent la sous-culture télévisuelle basée sur l’écoute passive –puisqu’elle n’ont pas d’attention- et recrachent ces monceaux de télé poubelle dans la cour de récréation ou entre deux séances de shopping aux galeries. De toute façon, la finalité c’est de baiser ou de se faire baiser, peu importe comment, tant qu’il a une bonne tête et un statut social sûr. Cette dictature de l’apparence elles n’en ont pas conscience mais elle est dictée par les parents absents ou omniprésents, ça revient au même puisqu’ils sont frigorifiés, qu’ils ont arrêtés de se battre pour une raison ou pour des centaines de raisons, que leurs gosses deviennent une vague annexe de leur dépit, qu’ils les entretiennent sans sourcilier jusqu'à qu’ils sachent jouer du U2 sur Myspace. Tant pis s’ils ne savent pas écrire, ils savent recracher la merde de leur époque, s’en faire une parure et ils peuvent se reproduire, et recommencer le cycle, indéfiniment, jusqu'à l’épuisement total de la terre prophétisé par Nicolas Hulot.



Il est évident que nous avons devant nous le miroir sali, le Déclin et la Chute de l’occident, la tour de babel version XXI eme siècle à grande échelle puisque ce que les enfants de Paris regardent ce n’est que le reflet des enfants des USA qui ont grandis en avance, donc en retard dans l’ordre dévolutionnaire présenté dans LOL. Dans la vision apocalyptique d’un arrondissement décadent il n’y a plus de putes, l’amour règne en maitre tandis que les immeubles haussmanniens sont des théâtres d’ombres. La folie c’est de croire que les sentiments ne se provoquent pas, que le désir vient sur un site porno et que le sexe définit les frontières de la liberté individuelle. Le temps mutile les talons comme il mutile les velléités amoureuses. Au fond, ces hommes et ces femmes voudraient aimer tout le monde et réciproquement mais c’est le langage appauvri qui empêche le contact. MSN n’est pas un moyen de communication mais une ombre sur la paroi de la grotte de Platon. Voila tout ce que nous dit Lisa Azuelos, en substance. Elle est le Néron de Paris qui brûle, le chant dévolutionniste au moment des 200 ans de Darwin, elle nous dit qu’en fumant un joint il nous sera facile d’envoyer chier les compagnies d’électricité, les associations caritatives, les enfants affamés d’Afrique, la pédophilie au Cambodge, qu’on pourra oublier l’amour, insulter les religions, danser sur les cadavres des camps, oublier les hommes hystériques qui chialent et vous abandonnent, qui chialent mais qui vous baisent, vous abandonnent mais vous écrivent la veille de Noël des lettres de cul alors qu’il n’y a plus rien entre vous, qui ne veulent pas que vous les oubliiez, jamais, ni que vous oubliiez les vacances à Capri, les fêtes foraines l’été, les clés de la voiture, la désolation et l’épouvante, l’amertume et l’échec, le mythe et la bite, toute cette accumulation de moments où l’on aura fait que tomber et se relever, jurer à son entourage que tout va bien, prendre des médocs, sourire et pleurer, aller au ciné, se torcher le cul et finir abandonnés.

Elle vous aura prévenus.

LOL

 

Norman Bates.








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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /2009 10:25

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[Klaus Kinski dans le film FOU A TUER de David Schmoeller.]




Chers Focaliens,

"On poursuit notre incursion dans la Série Bis ou Z", vous diriez-vous, avant que je n’ajoute "Oui… Euh… Non… Pas vraiment.". C’est en allant farfouiller dans les bacs à soldes que je trouvais quelques galettes rigolotes. Et comme vous voulez savoir, je vous le dis, c’était une bonne pioche. Je laissais tomber, tout d’abord, la mort dans l’âme deux films de la Hammer un peu surfacturés. Idem en ce qui concerne QU’EST-IL ARRIVE A BABY JANE ?, pour la bonne raison qu’il passe bientôt dans le cinéma art-et-essai tout proche. Je jugerai donc celui-là sur pièce et en salle.

 

 

Au final, j’acquis THE MIST de Frank Darabont, le récent THE LOST (Deux films parfaits pour moi qui ai vu THE UGLY récemment et qui aime les titres courts !), JULIETTE DES ESPRITS de Fellini, PSYCHOSE PHASE 3 de Richard Marquand (classique des vidéoclubs d’antan, que je prenais ici pour des raisons "professionnelles" car… Ha non, c’est vrai, je ne peux pas encore révéler le prochain grand projet focalien !), et aussi POSSESSED, une étrange production Charles Band dont un des trois sketchs est réalisé par Jack Reed (ça me dit quelque chose, mais je ne replace pas… Un pseudo peut-être…). Le deuxième sketch est réalisé par Neal Marshall, et j’espérais que ce fut un faute d’orthographe et qu’il faille lire Neil Marshall, réalisateur du beau THE DESCENT ! Enfin le dernier sketch est de David Schmoeller, réalisateur trop rare qui n’a jamais réussi à vraiment percer et dont je recommande vivement le FOU A TUER, une production Full Moon (donc produite par Charles Band), film atypique et poignant avec un grand Klaus Kinski, et de TOURIST TRAP, dont je vous ai déjà parlé et qui a d’ailleurs été, enfin, édité en France en dvd. Très beau film, là aussi. Je suis donc très très heureux d’avoir des nouvelles de Schmoeller, comme vous vous en doutez…

 

 

 

Dans le tas, je trouve donc également MURDER LOVES KILLER TOO, au titre vraiment débilissime, mais dont l’affiche très eighties m’attirait un tout petit peu, je le confesse…

 

Comme disait le poète, c’est la même chanson ! De nos jours aux USA, un petit groupe de djeunz prend la voiture et son week-end (zeugma !), histoire de passer deux jours en pleine montagne et en pleine forêt… Ils ont loué un chalet. Et évidemment, comme nous l’annonce une voix-off assez rigolote, ils vont se faire massacrer par un psychopathe local, un par un, dans la pure tradition américaine.

 

Quoi ? T’es pas content ? T’as déjà vu ça ? Bah ouais. Tourné par un jeune réalisateur dont c’est le premier long, en vidéo HD et avec une équipe réduite, MURDER LOVES KILLER TOO, Dieu que ce titre est absurde, commence de manière assez marrante, et même, balance, après le générique simple et joli, son meilleur plan tout de suite, en détournant la convention de la scène introductive se passant "Quinze ans auparavant". Une bien belle idée, incisive et simple, me dis-je, et suivie d’un commentaire over-british de la mort, annonçant pour les mal-comprenants ou pour ceux qui n’ont jamais vu un slasher de leur vie, le principe du film dans le détail, avec simplicité et humour. Ce premier plan est long, très long, il y a deux bonnes idées dedans, voilà qui augure d’une suite sympathique, se dit-on…

 

La suite sera très classique, en effet. Les gamins arrivent dans le chalet, se saoulent un peu, mettent de la musique hard-rock à fond et semblent surtout ne pas remarquer que la maison est déjà occupée, et zou, c’est parti, la première mort arrive rapidement… Les autres ne remarquent rien et, bien vite, s’investissent dans des activités qui auront pour avantage de bien disloquer le groupe, ce qui est toujours utile quand un psychopathe rôde dans le coin… CLA-SSI-QUE !

Malgré tout, on note quelques inventions qui ne mangent pas de pain. Tout d’abord, contrairement aux conventions du genre, les personnages sont "charactérisés" de manière basique, voir rustre, c’est-à-dire à peine. Ces petits jeunes sont tout à fait interchangeables. Il n’y a pas de sous-intrigues qui innervent leurs relations. C’est bien, on perd moins de temps. En plus, ils n’ont pas l’air particulièrement smarts ou intelligents. Ils ne sont pas bien attachants. Ils ont l’air assez bête, ils sont ternes et plutôt arrogants… Bon, je m’arrête là, sinon vous allez croire que c’est du Ken Loach !

 

Si le réalisateur étire un peu trop, et sans se fouler, la scène de la découverte du chalet, on est assez surpris de voir que le premier meurtre (hors-champ quasiment) marque très tôt le début des hostilités. Dès que ce coup de sifflet de début de match est donné, bah, le taux de mortalité est vraiment constant, et le processus ainsi lancé est très rapide. Comme il n’y a que six personnages, la formule - si  on compte la scène un peu trop longue et feignasse sur la découverte du lieu comme je viens de le dire - fonctionne assez bien et crée une espèce de tension très cinématographique : si les jeunes sont massacrés à cette vitesse, le film risque de s’arrêter avant son terme, d’une part. Dans l’autre main, on est étonné de voir le film s’éloigner des règles sacro-saintes de ce genre ultra-codifié, notamment celles du timing.

 

Il y a d’autres éléments sympathiques. Le chalet est tout d’abord minuscule, et de plus, le tueur est plutôt "rigolo". Le personnage lui-même n’a pas énormément d’intérêt. Par contre, ses actions peuvent être plus marrantes. Là, le réalisateur marque des points. Ou, au moins, des demi-points. Car, si le cinéma fantastique moderne (JUSQU’EN ENFER de Sam Raimi, récemment, entre autres) se base sur une rhétorique du surgissement brutal ("rhétorique", c’est toujours bien dans une critique !), ici c’est plutôt le contraire. Il y a quelques surgissements surprises, mais dans la majorité des cas, notre ami le psychopathe arrive en général tranquillement dans le plan, sans se presser, sans toujours se cacher des autres personnages en plus, et il se contente le plus souvent de passer derrière eux, presque en sifflotant. Comme une superposition de deux mêmes plans à des moments différents. Et ça, bah, ça fonctionne tranquilou, Doillon ! La promiscuité du lieu a même tendance à jouer en faveur de ce processus. Dès lors, le suspense du film se jouera plutôt sur le hors-champ et le jeu de cache-cache que sur un simple habillage dans la réalisation de péripéties artificielles et toutes scénaristiques. Et d’une… On résume : un premier meurtre rapide, une grande majorité du petit casting qui disparaît en une bobine ou presque, un tueur qui occupe la maison sans se cacher, mais qui utilise aussi les coulisses du décor (idée artificielle du passage dans la sous-pente) et qui arrive sans se presser. Même sans faire du montage frénétique (il y en a un peu, dans la séquence d’introduction, mais c’est tout), le film avance vite, et épuise presque tout de suite toutes ses cartouches.

 

 

Et c’est plutôt bien joué là aussi. Car très vite s’enclenche la partie qui devrait être la scène finale. D’un point de vue scénaristique, elle est tout à fait canonique et très artificielle dans ses justifications, puisque la parole du tueur n’a quasiment aucun intérêt. On est content de savoir tout ça, mais ça n’apporte rien, et le réalisateur semble sans s’en ficher complètement, passe rapidement. C’est dans ce final trop précoce qu’il cite le plus ses sources d’ailleurs, mais ça j’y reviendrai plus tard. Par contre, pour le coup, le film s’étant à l’issue de cette partie presque immobilisé, et donc ayant frôlé l’arrêt définitif au bout de cinquante minutes, pour avoir tout balancer comme un gougnafier, sans faire de prudentes réserves, le réalisateur peut alors déballer une dernière partie, assez longue qui va prendre bien sûr pas mal de gens à revers. Et ça, artificiel ou pas, beau ou, au contraire, sans éclat particulier, ça fonctionne plutôt pas mal.

 

Il va être difficile de vous dire en quoi le film se retourne un peu comme un crêpe, ça serait malhonnête de ma part. Notons que la mise en scène du film dans ses deux tiers n’est pas totalement renversante. C’est parfois un peu brouillon, la photo sans être totalement indigente est un peu space ça et là, sans doute à cause de l’utilisation de la vidéo. Si le cadrage est parfois un peu travaillé, il n’a rien non plus d’extraordinaire et se borne souvent au fonctionnel. Quant au montage, sans se pourlécher d’exquises gourmandises, il arrive sans se fouler à faire vivre les péripéties narratives en s’appuyant sur le cadrage et notamment le hors-champ. Plus curieux, la mise en scène exploite beaucoup le plan-séquence, souvent avec recadrage, et ce avec plus ou moins de bonheur. En tout cas, ça a l’avantage de casser la routine de la convention et celle du champ/contrechamp. Voilà qui dévoile également les influences du réalisateur. Il est clair comme le montre l’affiche et le titre débilosse, que Monsieur est fan du cinéma fantastique des années 70 et 80. Alors, ça y va les citations : Sam Raimi, Argento, DePalma et consorts. Je pense notamment à ce dernier lors d’une scène d’enfermement avec œil dans le trou de serrure, et ralenti (maladroit d’ailleurs) final, scène d’ailleurs très rapidement "déçue" et qui finit en coïtus interruptus avant d’enclencher la dernière partie. Bref, c’est quelque fois maladroit, c’est pas vraiment éblouissant, mais ici comme ailleurs, comme je vous le disais plus haut, par petites touches, quelques idées se baladent avec plus ou moins de bonheur. Assez pour que le film ne ressemble jamais à une production récente de Charles Band, mais ça, j’y reviendrai…

 

 

La dernière partie contraste avec sa génitrice ! Plans fixes, plus (+) de découpage, et changement d’ambiance. Comme je le disais, c’est le contre-pied, et plus que ça même, si cette partie louche aussi vers le cinéma de genre assez codé, elle a le mérite de faire sortir de manière longue et inattendue le film du genre slasher. On se retrouve tout décontenancé, mais surtout, une angoisse plus banale mais aussi plus anxiogène imprègne cette partie moins spectaculaire. C’est que les cinquante minutes précédentes, de manière un peu absurde, orientent notre vision. Quelque part dans notre tête, on n’est pas vraiment tranquille, et on impose à cette dernière partie des liens avec le reste du film, et ce processus distille une certaine angoisse, plutôt inattendue. Comme ça dure presque une bobine, ça fonctionne plutôt bien. Il sera difficile pour moi de vous en dire plus, sans dévoiler trop de choses donc vous me permettrez d’arrêter là !  

 

En conclusion, MURDR LOVES KILLERS TOO se regarde tranquilou si on aime le cinéma de genre, et pour peu qu’on ait un poil d’indulgence. Quelques bonnes idées sont à signaler ici et là, l’esprit est plutôt sympathique, et la structure faisandée de l’ensemble donne quelque chose de plus efficace que prévu. Ce n’est pas, sans doute, du grand travail d'esthète, mais au fur et à mesure  des petites quatre-vingt minutes du film, on réalise qu’il y a un goût assez absurde et plutôt bienvenu qui se dégage de la chose. Comme si Drew Barnhardt voulait exploiter le slasher pour mieux le vider. Et ça, c’est toujours sympathique, puisque, en plus, sa dernière partie le contredit complètement, ce slasher. A signaler également quelques effets de mise en scène rigolos, toujours de bon aloi, comme le meurtre double-pénétratoire de la petite blonde. C’est encore timide, encore peureux sur les bords, mais bon, le film a ce mérite de l’absurde.

 

En parlant d’absurde, pour une fois, il me faut signaler l’incroyable bonus qui figure sur le disque. Je crois que c’est le meilleur bonus que j’ai vu depuis le film du célèbre Hypnotoad, le crapaud cauchemardesque de la série FUTURAMA dont je vous avais déjà parlé. Dans un esprit complètement zattapatesque, Barhnardt nous explique le pourquoi du titre. Et ça dure, ça dure, ça dure… C’est très débile et complètement agaçant. Et puis, au fil du visionnage, la chose reprend de l’absurde, et surtout l’humour jaillit très généreusement. Je dois bien dire que j’ai terminé ce long long bonus en état de poilade complète. On peut ne pas aimer ce film, mais en tout cas, ce petit gars a l’air très très sympathique, et ce bonus doit absolument être regardé dans son intégralité.

 

 

Passons maintenant à POSSESSED, le film à sketches dont je vous parlais plus haut. Eh bien, pour la première fois (Euh non… Pour la deuxième ou troisième fois...), je me refuserai de faire une critique sur ce film… Soyez attentif…

 

N’ACHETEZ PAS POSSESSED ! Même dans un bac à soldes à quatre euros ! Allez acheter une rose à votre maman plutôt !  J’étais très surpris par le premier sketch, non pas pour son style ou son originalité (une goth’ invite ses friends à une cérémonie satanique pour rire qui va dégénérer…), ni par le jeu épouvantable des acteurs. Il y avait dans le film des espèces d’ellipses toutes pourries, inexpliquées et bizarroïdes. Le basculement systématique des plans, façon bateau qui tangue, révélait la marque du célèbre David DeCoteau ! Etrange, me dis-je… Au bout d’une demi-heure de profond ennui, le deuxième sketch s’enclenche. Et là, c’est la stupeur : j’ai déjà vu ce film, une production Full Moon, certes, mais c’état un long métrage, pas mal d’ailleurs, d'une heure trente ! [L’histoire d’une vieille dame qui arrive, au début du siècle, dans une pension où elle va "posséder" un à un tous les locataires. Marquis, si tu passes ici, rappelle-moi le titre !]. Vous avez compris, ce POSSESSED est une arnaque totale. Il s’agit de trois remontages en trente minutes de long-métrages, le tout fait sans aucun respect des films originaux. De plus, en me baladant sur la toile, je n’ai vu nulle part que le dernier sketch était réalisé par mon ami David Schmoeller ! Il va sans dire que j’ai arrêté le visionnage à la fin du premier sketch, donc. Triste Charles Band ! Ces productions récentes n’arrivent pas à sortir du cadre du genre, ont perdu la gourmandise et le soin et l’originalité qui jaillissaient de Full Moon avec des films comme LES POUPEES par exemple, FOU A TUER, bref des perles iconoclastes avec un amour infini du travail poétique et bien fait. Avec POSSESSED, c’est juste de l’arnaque pire et simple, teintée de révisionnisme artistique. Pour le coup, sans exagérer, je mets mon dvd à la poubelle, et me languis une fois de plus de Schmoeller !

 

 

 

Dr Devo.







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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /2009 13:21

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[Photo: "Cosmologie du Nourrin" par John Mek-Ouyes.]





Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich. Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich, Malkovich Malkovich, Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich (Malkovich Malkovich, Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich,  Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich).

 

 

Ahem. Pardon. Reprenons.

 

 

John Cusack est marionnettiste. Il vit à New York avec sa femme, Cameron Diaz, dans un petit appartement rempli d'animaux Malkovich qui se baladent en liberté (elle travaille, vous vous en doutez, dans un magasin d'animaux). Mais les affaires ne sont pas tout à fait florissantes Malkovich Cusack, c'est le moins que l'on puisse dire, puisque malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à percer dans le métier et est obligé d'exercer son art dans la rue, où ses marionnettes suggestives provoquent l'ire des passants. Mais il s'accroche, c'est sa Malkovich, il est né pour est marionnettiste, il ne peut rien faire d'autre... Jusqu'à ce que Diaz lui demande de trouver un autre travail, en attendant. Cusack répond donc à une annonce et se rend dans un entretien d'embauche, au 7ème étage ½ d'un building Malkovich. Le demi est très important puisque dans ces bureaux, les plafonds sont très bas et tout le monde est très étrange. C'est ici que Cusack rencontre Catherine Keener, et va se prendre de passion pour elle, malgré le fait qu'elle le repousse avec une franchise d'une extraordinaire Malkovich. Un soir, alors qu'il fait tomber un dossier derrière un meuble, il découvre une mystérieuse porte, qu'il franchit. Il se retrouve alors, et ça tombe bien, dans la peau de John Malkovich. Il décide d'en parler à Keener, qui va avoir l'idée de proposer à tout un chacun de se retrouver dans la peau de l'acteur moyennant une belle somme de Malkovich ! Ce sera, évidemment, le début de tous les ennuis.

 

 

Qui n'a jamais rêvé d'être dans la peau d'un homme célèbre ? C'est l'idée de base du scénario rédigé par le très en vogue Charlie Kaufman (qui a notamment écrit les deux premiers films de Michel Gondry, dont ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND, de d'opus précédent de Spike Jonze ADAPTATION et qui a réalisé son premier long Malkovich l'année dernière, SYNECDOCHE, NEW YORK), qui loin de traiter le sujet comme une farce ou de privilégier la comédie, signe une oeuvre profonde et en chausse-trappe, qui n'omet pas l'absurde et l'humour mais qui plonge dans les abysses vertigineuses de la psychologie Malkovich. Il y a certes deux-trois petites choses poussées un peu à l'extrême, de petit malin pourrait-on dire, mais qui s'effacent rapidement devant la beauté de l'écriture. Le fait de pouvoir entrer dans la tête de John Malkovich va provoquer une réaction en chaîne qui va se terminer par l'annihilation complète de la raison si on peut dire, et va donner corps aux désirs humains (des Malkovich en tout cas) enfouis au plus profond d'eux-mêmes. Par ce biais, Cusack et Keener vont réaliser le rêve de leur vie, Diaz va se découvrir, mais ce petit jeu n'ira pas sans conséquences catastrophiques, qui vont constamment renvoyer les personnages à leur condition d'humains faibles et un peu Malkovich, à leur condition sociale aussi (lorsque Cusack se rend compte que la seule façon de réaliser son rêve, c'est en étant Malkovich) et surtout à leur identité. Qui suis-je, semble se dirent tous les personnages tout le long du film, suis-je moi ou suis-je John Malkovich ? Si je suis moi dans la tête de Malkovich, suis-je toujours moi, ou suis-je Malkovich ? Et lui, qui est-il, est-ce qu'il est toujours lui ou est-ce qu'il est moi car je suis dans sa tête ? Je peux choisir, Malkovich, je peux être qui je veux être, vraiment, intrinsèquement, je peux me libérer car je ne suis plus moi, plus vraiment, je n'ai plus peur car je suis dans la tête d'un autre. Je peux faire tout ce que j'ai toujours voulu sans même jamais avoir osé le penser, je peux laisser libre court à toutes mes pulsions les plus Malkovich. Qu'est-ce qui nous définit, le corps ou l'esprit ? DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH c'est tout cela, et bien plus encore, puisque le film est aussi une belle oeuvre sur l'amour fou, passionnel et destructeur, qui fait se sentir plus vivant mais qui détruit en même temps.

 

 

Du côté de la mise en scène, c'est fréquemment très beau. Jonze caractérise ses personnages en deux coups de cuillère à Malkovich, il n'a même pas besoin de les faire parler, tout leur vécu, leur psychologie et leur caractère se retrouvent dans leur apparence (Qu'est-ce qui nous définit, le corps ou l'esprit ?). Pour cela, pas besoin de prothèses dont l'installation dure quatre heures tous les matins, il suffit de deux Malkovich, de maquillage et de costumes, et le tour est joué, pas besoin d'en faire plus. La lumière est belle et émouvante, et les extérieurs sont notamment très réussis, et parviennent à dépeindre en quelques secondes un New York sale et délétère, d'où on a vraiment envie de Malkovich au plus vite. C'est aussi très beau en intérieur, notamment dans l'appartement de Diaz et de Cusack. Du côté du montage ce n'est pas mal non plus, c'est assez vif et tendu et les plans joliment composés s'enchaînent sans Malkovich, mais sans de véritable bouleversement non plus. Jonze construit son univers de guingois, banal et intemporel j'ai envie de dire, avec beaucoup de soin, et si c'est légèrement maronné c'est souvent très Malkovich.

 

 

Si c'est globalement très beau, et très drôle (la scène avec tous les Malkovich est à hurler de rire, tout en étant absolument Malkovich), certains point sont plus maladroits, comme la bizarrerie trop prévisible des employés de l'étage 7 ½, bien trop poussée, ou toute cette partie sur la vie éternelle qui semble Malkovich de trop, et qui n'a de raison d'être que pour boucler le scénario d'une manière également assez prévisible. Bref, bon film que ce DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH. Malkovich Malkovich.

LJ Ghost.







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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /2009 20:09

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[Photo: "Au Pays des Merveilles" par Mek-Ouyes.]







 

On a encore jamais parlé de George Pan Cosmatos sur Matière Focale, il est notamment l’auteur du très splendouillet RAMBO II et d’une tripotée de films d’action dans les années 80 dont je ne me souviens plus tellement. En revanche LEVIATHAN m’avait laissé un souvenir intense, l’ayant vu assez jeune j’avais été à l’époque assez terrifié par ces monstres Lovecraftiens tout en tentacules. C’est donc avec un désir mâtiné de nostalgie (n’importe quoi) que je replonge aux coté de Tom Weller et Richard Crenna (quand même) dans les abysses.


Sous l’eau, Peter Weller et son équipe forent des mines d’argent pour le compte d’une grosse compagnie du Dow Jones. C’est bientôt la quille, et tant mieux, tout le monde en a un petit peu marre. En se promenant un peu dans les bas fonds, un membre de l’équipage tombe sur l’épave d’un vaisseau russe : le leviathan. Apres exploration il s’avère que le navire est rempli de cadavres, et les potes de Peter Weller ramènent dans leur sous marin de la vodka en quantité pour fêter la fin du calvaire.  La vodka aura d’étranges effets sur l’équipage…


Rien a voir, l’autre jour je voyais Mathieu Kassovitz et Jan Kounen s’extasier sans retenue sur les 20 minutes d’AVATAR présentées a quelques privilégiés en avant-première dans une grande salle parisienne : ils étaient absolument ébahis par ces 20 minutes tout en images de synthèses et en 3D, ne tarissant pas d’éloges sur la faculté de James Cameron à faire de grand films profondément humanistes (alors que c’est quand même le réalisateur d’ALIENS et de TERMINATOR). Qu’on puisse s’extasier pour 20 minutes d’un film qui fera sans doute 3h est déjà en soi une belle performance (ou alors ils se sont rendus comptes qu’en vingt minutes Cameron avait fait plus de cinéma que dans leurs deux filmographies réunies) mais plus dramatique encore, ils ont déclarés que la technique était le principal moteur d’évolution du cinéma (!), que les réalisateurs qui tournent encore en noir et blanc le font par pur fantaisie et que par conséquent le futur du cinéma serait entièrement numériques, en trois dés et en images de synthèse, parce qu’elle sont vachement réalistes.  Quelle vision d’horreur ! J’imagine pourtant aisément la chose, de la 3D et du THX surround partout pour combler les lacunes des réalisateurs incapables de faire rentrer le spectateur dans un film autrement que par des effets techniques. Tout ca pour dire que nous, et sans doute les autres rédacteurs Focaliens, défendons un cinéma plus subtil, pour quoi la technique est un moyen et non un bas de laine (ou une fin en soie), que 24 images par secondes ne sont pas un frein, mais au contraire une matrice pour un autre cinéma, une projection mentale né d’une effraction causée par des images et des sons, un tremplin pour l’imagination, bref, qu’il faut laisser une partie du film au spectateur, sinon il s’ennuie. Et puis accessoirement la bande annonce d’AVATAR est laidissime, mais ca n’engage que moi.


Bon je digresse, et je tombe sur Pan Cosmatos qui lui dans les années 80 fait un film d’horreur et de SF comme Cameron, c'est-à-dire avec des bonnes vielles poupées en caoutchouc, des grands acteurs, et une direction très stricte et même si le résultat n’est pas grandiose, le film est plutôt efficace. Certaines scènes sont toujours aussi effrayantes que dans mon souvenir, le stress d’une équipe de scientifiques coincés dans les bas fonds, traqués par des hommes poissons (si si) est très contagieux. Passé après les deux premiers ALIEN et sorti la même année qu’ABYSS, c’est vrai que LEVIATHAN a pu avoir du mal à s’imposer à l’époque. Pourtant le film de Cosmatos propose quelque chose de beaucoup plus démonstratif dans sa deuxième partie, avec de nombreux effets gores et de sublimes créatures complètement effrayantes nées de corps humains décomposés, déstructurés, un peu comparable à un SOCIETY (dans les effets spéciaux uniquement). Sur un postulat de série B potentiellement assez ridicule (Tom Weller en géologue réputé, des hommes poissons contaminés par de la vodka frelatée, des espèces de tubes en plastique en guise d’algues) Cosmatos fait vraiment bien les choses et balance même sur les grandes compagnies, certes pas très finement, mais avec une décontraction et une franchise chère aux années 80 (Peter Weller qui met une beigne à sa patronne à la fin comme conclusion, c’est assez truculent). Bon, ok je suis surement très nostalgique, et en plus j’ai une peur naturelle des poissons. Mais je suis sur que le film vaut le coup d’œil, ne serait ce que pour ses dialogues qui tombent complètements à plat, et cette scène incroyable où un plongeur tombe en panne d’oxygène et menace de mourir… devant la porte du sous marin ! Bien sur la porte s’ouvre et le mec peut respirer au bout d’un suspense invraisemblable qui a bien duré 10 minutes. Et puis surtout il y a Crenna en médecin surdoué, des russes très méchants qui jouent avec la nature et une histoire d’amour splendouillette. Même si la photo et le cadrage datent un peu, c’est avec plaisir que j’ai plongé. D’autant plus que la lumière et les décors sont vraiment réussis, et ce mélange de technologie humaine remplie de tuyaux bientôt peuplés de tentacule hostiles donne au film une teinte organique qui est accentuée par les gigantesques algues tubulaires. Tout est mouvant, cylindrique et inquiétant, à tout moment le danger peut survenir. C’est une série B d’excellente facture, bien plus intéressante que la majorité des films de monstres marins que j’ai pu voir.


Maintenant si vous voulez de la troidé partout, des images de synthèses infâmes et du porno sur smartphone, ca ne regarde que vous, mais la plupart du temps les plaisirs les plus immédiats sont les plus vite oubliés. A bon entendeur salut !

Norman Bates.







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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 10:13

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[Photo: "Intense Réflexion au C.N.C" par Mek-Ouyes.]







Avertissement : Article à lire à toute vitesse.

 

 

M: Salut les Kid’s, salut Jùan, nous sommes réunis ce soir pour assister à la projection du film FITZCARRALDO, Fitzcarraldo étant le diminutif de Brian Sweeney Fitzgerald qu’interprète Klaus Kinski dans une mise en scène de Werner Herzog…

 

J: Tout à fait Mikélé, et c’est donc la RFA qui est à l’honneur ce soirrrr’ avec Herzog. Rappelez-vous,  nous avions parlé il y a peu de GRIZZLY MAN dont nous avions dit le plus grand bien et ce soirrrr’ nous nous attaquons à un des films phare du réalisateur, n’est ce pas…

 

M: Et voilà que le film démarre et nous sommes parti pour 150 min de métrage. Ça commence fort et on peut d’ores et déjà affirmer que si les Germains n’étaient pas là…

 

J: Tout à fait Mikélé, Herzog enchaîne les plans avec une rigueur toute teutonne et un certain bon goût. Il fait très vite surgir dans son montage la figure excentrique et déluré de son "héros" interprété par Kinski.

 

M: Impressionnant, Kinski/Fitzcarraldo vient de parcourir, dans un exploit hallucinant, 2000 Km à la rame accompagné d’une Claudia Cardinale quand même moins bonne que dans son jeune temps.

 

J: Comme vous y allez Mikélé, parlez pour vous, je parie que bon nombre de lecteurs la trouverons très bien conservée et à raison… Mais dites-moi Mikélé, ça m’a l’air de patater pas mal.

 

M: En effet ça patate, et rien d’étonnant à cela quand on connait le Kinski. Toujours très intéressant à voir car autant sait-il en faire des caisses, sans que ça soit écœurant par ailleurs, autant sait-il se retenir quand c’est nécessaire… Il est bon et c’est la grande classe germanique en action, Jùan…

 

J: Alors Kinski après ses 2000 km à la rame montre ses mains ensanglantées au videur qui le laisse finalement entrer dans la salle d’opéra pour lequel il a parcouru l’amazone. Et c’est le moment je crois Mikélé d’en dévoiler un peu plus sur ce métrage pour nos chers lecteurs qui n’ont pas de retour vidéo, ni de retour son, n’est-ce pas…

 

M: Alors oui Fitzcarraldo est un fanatique d’opéra et son rêve serai d’en bâtir un au beau milieu de la forêt amazonienne, n’est ce pas… Pari fou et infaisable s’il en est. Mais tout cela bien sûr représente un coût certain que Fitzy ne peut se permettre puisqu’il a récemment fait faillite…

 

J: Je poursuis. Il cherche donc à se faire un max de blé auprès des nababs de l’industrie du caoutchouc en Amérique du Sud et décide finalement d’aller exploiter un terrain inatteignable et hostile puisqu’il regorge de "culs-nus" réducteurs de tête.

 

M: Tout à fait,  des indiens surnommé ainsi par les  "blancs" en effet… Alors ne nous trompons pas sur la marchandise, tout auteur qu’il est ( Herzog réalise et signe le très bon scénario du film) on ne se touche pas le kiki et on ne fait pas de chichis auteurisants. FITZCARRALDO est un pur film d’aventure avec tous les ingrédients que cela comporte…

 

J: Alors donnez nous un peu l’eau à la bouche…

 

M: FITZCARRALDO a ça d’intéressant qu’il est assez imprévisible, à l’image du personnage et prend des directions que l’on n’attend pas forcément, n’est ce pas.

 

 

J: Alors l’opéra est au cœur du film…

 

M: On peut le dire oui, et à défaut d’en bâtir les murs (qui ne verrons, vous le comprendrez très vite, jamais le jour) on pourrait dire néanmoins que Fitzy est en train d’écrire un grand opéra tragique dont il est le héros…

 

J: Alors je ne suis pas un fin connaisseur d’opéra, mais la chose s’apprécie nettement ici et tout particulièrement le fait de télescoper cet univers lyrique et fantaisiste avec la réalité sauvage des indiens d’Amazone…

 

M: En effet, le film repose beaucoup sur cette association entre la civilisation indienne et la passion de Fitzcarraldo, et c’est ce qui donnera lieu aux séquences les plus belles et les plus tendues du film… Notamment lorsque l’enregistrement craquelant de la partition d’opéra répond aux tambours battants des indiens… C’est très beau et fait sans maniérisme !

 

J: Traitement intéressant des indiens aussi qui ne sont ni les bon sauvages ni de poisseux cannibales holocaustiens… Ils sont très longtemps en hors-champs comme une menace grandissante (dans ces moments, le son joue d'ailleurs beaucoup et la tension est grande) et quand ils apparaissent enfin nous sommes dans un entre-deux où tout est possible et où ils se révèlent aussi imprévisible que Fitzcarraldo.

 

M: On peut dire quelques mots de Popol Vuh…

 

J: Et bien oui, le groupe signe je dirai la troisième partition musicale, qu’on qualifiera de New-Age si vous le voulez bien, en décalage avec l’opéra et les percussions des indiens, qui donne au film son ambiance apaisante malgré le fort tôt de stress qui règne dans cette expédition quasiment voué à l’échec depuis le départ. Au final le rythme du film est assez lent mais pas ennuyeux pour autant, là on peut remercier les talents du monteur.

 

M: Le film se termine… Peut-on dire après ces 150 minutes de métrage que le contrat cinématographique est rempli ?

 

J: Et bien Mikélé je pense que Herzog s’en est une nouvelle fois très bien sorti, on ne s’est pas fait chier malgré la durée du film, donc oui le contrat cinématographique est largement rempli et nous pouvons inviter les lecteurs à s’en délecter. A vous les studios.

 

Et bien merci, c’était Jùan et Mikélé en direct de la projection du film Fitzcarraldo de Werner Herzog au Stade de France. Bonsoir. 


L'Ultime Saut Quantique.







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Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /2009 20:21

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[Photo: "Réveillez (le Syndrome du) Cochon qui sommeille en vous !" par Dr Devo.]






Eh bien, je ne connais pas ce Herman Yau, mais il force le respect, le bougre, tant il a d’énergie à tourner : cinquante films en vingt-deux ans de carrière, il réalise entre deux et quatre films par an, et depuis la réalisation de EBOLA SYNDROME, il y a treize ans, il a eu le temps de réaliser trente-trois films ! Le gars n’est donc pas du genre à se plaindre, et plus on le charge, plus il est content ! Un bon exemple pour la jeunesse désoeuvrée qui ne pense qu’à boire de l’alcool et à fumer des pétosses (et jouer aux djembés).

 

 

Anthony Wang Chau-Sang est un acteur qui a un nom épouvantable et profitez bien de le voir écrit car je ne m’abîmerai pas deux fois à écrire un tel patronyme. Il est ici un homme qui, il y a une dizaine d’années, s’est fait surprendre par son patron alors qu’il besognait sérieusement la femme de ce dernier. Evidemment, ça se passe mal, AWCS se fait copieusement tabasser, manque de se faire châtrer sur place à coups de ciseaux et n'en réchappe de justesse qu'au prix d’un triple meurtre quand même, car c’est lui qui tuera sauvagement son boss, le bras droit de celui-ci et la femme dudit boss (donc la maîtresse de Anthony Wang Chau-Sang, sa propre maîtresse donc, suivez un peu !).

On retrouve AWCS des années plus tard en Afrique du Sud où il travaille comme cuisinier et serveur dans un petit resto chinois, où il est payé pas très cher et surtout assez exploité par le directeur de l’établissement. C’est une vie assommante et pauvre : peu de loisirs, pas de femmes (même les prostituées locales se refusent à lui), et des heures de travail à n’en plus finir. Son patron, qui a le chic pour trouver des viandes à moitié avariées mais peu chères - comme on dit à Marseille- lui demande de l’accompagner dans un village zoulou perdu dans la cambrousse. Là, ils achètent un cochon mort et bien puant. Malheureusement AWCS en profite aussi pour semi-violer une femme africaine qui passait par là et qui était justement en train de mourir au bord d'un lac ! A cette occasion, il contracte le virus ébola qui, comme vous le savez, se transmet par les fluides corporels dont le sperme et la morve ! Bon appétit bien sûr !

 

 

Il y a des hasards bienheureux, et voir EBOLA SYNDROME en pleine propagande anxiogène sur la grippe du cochon Hache Cinq Et Nain en fait partie, car c’est exactement le bon moment, et vous n’imaginez pas à quel point, pour voir ce film ! Alors qu’on nous rebat les oreilles et qu’on oblige la population à se sensibiliser à des messages stupides (mouchez-vous dans votre manche, mettez des masques, lavez-vous les mains au whiskey, ne morvez pas sur vos amis…), la tranquille débilité de EBOLA SYNDROME tombe à pic puisqu’il s’agira de contamination, vous l’aurez compris. En plus, le film quoique typiquement hong-kongais est tourné en Afrique du Sud, et fleure donc bon l’exotisme !

 

 

Herman Yau est un type sympa, contrairement à AWCS, car son nom est simple à retenir, d’une part, et qu’il signe là un film complétement zinzin et très malpoli. Alors, évidemment, question mise en scène on fait pas dans le dentelle. Avec une telle cadence de tournage, il s’agit d’être rapide, d'autant plus que le budget est relativement modeste. EBOLA SYNDROME tranche dans le lard, se passe dans des décors simples. Montage et cadrage sont rentre-dedans, c’est-à-dire non pas frénétiques, Dieu merci, mais directs, sans fioritures ou gros efforts d’esthétisation. Dans le rythme et la narration, on est dans un style assez typique des films de série hong-kongais, mais ici, on ne retrouve pas le même effort de stylisation. Voilà qui ne donne pas un grand chef-d’œuvre du cinéma mondial et galactique, mais qui rend relativement service à l’ambiance et au sujet du film, c’est-à-dire une espèce de fantastique à tendance quotidienne (à défaut de dire réaliste, bien sûr !). L’hong-konganéité se déploie de manière très hong-kongusive grâce à AWCS et son jeu un peu outré et surtout patatant dans les nuances fortes, n’essayant jamais de rendre son personnage sympathique. Quelques seconds rôles plus grotesques, tels qu’on sait les trousser là-bas, viennent épauler le garçon à l’instar de l'ignoble couple de restaurateurs, plutôt marrants et totalement "typicosse" comme on dit au Mexique. De l’autre côté de la barrière, on trouve des seconds rôles plus softs, avec un jeu presque normal, et là aussi c’est une habitude locale.

 

 

Là où les choses sont un peu plus marquées, c’est dans le déroulé narratif qui suit à la fois les aventures de l’antihéros AWCS, mais pas seulement, puisque les péripéties de l’enquête et surtout le récit de la propagation du virus le dépassent, et viennent former une deuxième couche dont on se surprend à dire qu’elle est non-négligeable et d’autant plus qu’elle prend une importance croissante  au fur et à mesure, si je veux (jusqu’à ce que les deux trames se touchent, ohouiohouiohoui !), d’une part, et qu’il n’était pas utile d’autre part qu’on la développât autant (effet de gratuité, de liberté). Ca, c’est rigolo et ça fonctionne. Ça donne un rythme assez joyeux à l’ensemble, et ça permet de bien approfondir le sujet.

 

Car, grosso modo, et même si le film est totalement hong-kongais, on a la bizarre et pas si commune impression de voir dans EBOLA SYNDROME une espèce d’hommage curieux, pas seulement thématique d’ailleurs, à la série B ou bis américaine : plus direct, plus limité que les envolées folles du cinéma de genre chinois, plus terre-à-terre, etc. Voilà qui se trouve même dans la musique, aux synthés, qui rappelle les musiques des films fantastiques US des années 80. Enfin, un peu… Et le sujet, bougrement exotique, puisqu’une partie de l’action se passe en Afrique, renforce cette impression. Herman Yau fait un film assez social, très noir qui, même s’il n’a pas la prétention d’aller piétiner les plates-bandes du magnifique SOCIETY de Yuzna ou le chef-d’œuvre galactique qu’est STREET TRASH, dresse un tableau horriblement nihiliste de la société hong-kongaise, certes, mais aussi mondiale, puisque l’intérêt de la chose est aussi de voir un belle brochette d’abrutis de tous les pays qui se donnent la main pour ruiner la planète. C’est là que le film remporte le plus de points : aucun personnage pour rattraper l’autre, une société qui pourrait fonctionner (cf. la progression assez positive des enquêtes) mais qui se ruine elle-même la vie par des comportement uniquement basés sur l’oppression du plus faible d’un point de vue social, un rejet et un mépris total des autres cultures, et enfin une exploitation du corps, ici transformé en une simple marchandise, en un simple bloc de viande. Et le tout sur un mode stupide et brutal. Voilà qui nous donne des scènes particulièrement croustillantes à base de pipi, de castration, viol, sperme, etc. Yau mixe tout ça, et même plus, il mélange tous ces thèmes à celui de la viande, et rend son film bien dégoûtant mais aussi, souvent, très drôle. (Une scène du film rappellera à ceux qui ont vu la chose le film canadien LEOLO… Rires !) Dans ce contexte, le personnage de AWCS paraîtrait presque plus bête que méchant, c’est dire, car c’est quand même une crapule assez lâche. Ceci dit, il tire souvent son épingle du jeu en exploitant la bêtise globale du monde qui fait passer inaperçues la stupidité et la violence de ses propres actes. Breeeef… EBOLA SYNDROME n’est peut-être pas le signe d’un renouveau du cinéma de genre, mais il n’empêche qu’il dégage un petit goût de pourri et de pour rire (ahahaha, je suis si irrésistible...) fort agréable, et d’une. Et de deuzio, même si le style du réalisateur n’est pas à se rouler par terre, le sujet, ses développements, son incroyable malpolitesse et son amour pour la débilité signifiante, sont assez notables. Quand le film fonctionne un peu en sur-régime ça marche même bien, comme dans la scène des prostituées, d’une absolue vulgarité, mais plus signifiante que du Ken Loach. Je ne sais pas si Yau arrive à tenir la pression en tournant autant, mais en tout cas, on se rebaignerait dans cet océan de vulgarité et de joyeux mauvais esprit avec grand plaisir. Herman Yau est en tout cas un pervers pépère, à l’esprit peut-être pas complètement libertaire, mais assez nihiliste pour être sympathique.

 

Et dans le contexte de grippe du Cochon Nain, je vous assure, le film prend une actualité qui dépasse la simple affaire de virus. EBOLA SYNDROME, on est pile-poil en plein dedans !

 

 

Dr Devo.

 

 

 

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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /2009 22:59

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[Photo: "Hypostase en fin de soirée" par Norman Bates, d'après la série Le Prisonnier.]







Au début tout est facile : on s’aime, on rit bêtement entre deux baisers interminables, on retourne sous les couettes et le temps passe trop vite. A la fin qu’est ce qui nous reste, a qui revient le canapé, et ou sont toutes les belles choses qu’on avait ? Et le matin suivant dans quoi l’on se réveille, et ou est passée Mandy Lane ? Plein de questions auxquelles vous trouverez des réponses dans la suite de cet article, alors ne partez pas et reprenez des chips.


Mandy Lane mine de rien c’est l’héroïne du prochain film de Carpenter, si il sort un jour. C’était aussi l’héroïne de THE INFORMERS ou on voyait ses seins et ses ray bans. Aujourd’hui tout les garçons veulent voir ses seins, et lui courent après. Malheureusement pour eux, elle n’est pas facile la Mandy Lane, elle traine avec des loosers et dédaigne même le capitaine de l’équipe de base ball ! Toutes les filles du bahut qui ne lisent pas Matière Focale sont jalouses, elle semble vivre sur une autre planète, elle ne connait même pas la saga Twilight. Et pourtant ses copines ont des faux seins, elles s’épilent le pubis régulièrement et pratiquent la fellation couramment. Pourtant si Mandy Lane semble plus se préoccuper de ses études que de ses conquêtes, elle n’en devient pas moins une femme fatale tout de même, et ce week end tout les jeunes du ranch vont tenter leur chance. C’est sans compter sur la mort qui rode toujours, sur le déclin de la beauté et la fin de l’innocence.


J’ai détesté le film pendant une bonne moitié. Une vulgarité assumée (on voit les seins et le cul de Mandy avant son visage, classe !), des gros plans tout le temps, une mise en scène clipesque, des dialogues d’un vide absolu : je ne voyais pas le bout du tunnel. Et puis d’un coup j’ai compris. J’ai compris pour la viande, j’ai compris pour la course à pieds, j’ai compris les silences et j’ai compris la détresse : toutes les étapes étaient là, de l’abattoir à l’amour, elles étaient devant moi mais je n’ai pas vu. Comment tu fais pour maigrir, pour avoir les seins si ferme, est ce que le sport nous sauvera, et la vieillesse dans tout ca ? J’ai compris que pour se vendre il faut avoir travaillé, que la richesse n’est pas un savoir. Mandy Lane dans tout ca elle est mure, réfléchie et stoïque. Elle voit le monde sombrer, les faux seins se démocratiser, la séduction se rationaliser. Tout le monde court après les valeurs en hausse, comme si elles pouvaient nous rapporter. Quand on a rien compris, il suffit d’être appétissante. Du plaisir immédiat, presque quantifiable, et des individualités qui se rapprochent : du sexe tout de suite, et tout de suite après on se rappelle. A l’abattoir on empile les cadavres, oui mais Mandy Lane n’est pas morte, il se pourrait même qu’elle tue.


Le tueur est un poète et il est laid ! Les autres en ont une grosse, lui il a un fusil. Il n’est plus dans le marché de la viande, il est dans le broyeur, prêt pour la vie steak haché. La lame est son style, ses idées transpercent les yeux du simple mortel. Mandy Lane a trouvé un moyen de jouer avec lui, loin des paradis artificiels. Si tout le monde court, elle doit courir plus vite, question de survie. C’est pour ca qu’on veut tous Mandy Lane, belle et intelligente, dangereuse quand on s’y perd. Elle seule a le charisme, la personnalité pour en finir. Les autres ont des ciseaux pour leurs poils, des parfums pour leurs odeurs, des lunettes pour leurs yeux, des bijoux pour briller. Les autres sont à l’abattoir. Le tueur passe de steak haché à boucher, ultime rébellion soutenue par  une femme qui a du cran.


La deuxième partie du film est plus belle. D’abord parce que tous les éléments sont sciemment détournés (des ados, une maison au milieu de nulle part, de la drogue, des rednecks, un tueur). La mise en scène et la photo trouvent un peu plus de champ (la nuit notamment, très beaux éclairages) des idées apparaissent ca et là. De l’absurde enfin, des accidents, des ruptures dans le montage. Il semble que chaque action entreprise pour arriver à la fin échoue systématiquement et cela presque dès leur commencement, comme une tentative d’éradiquer le suspense. C’est vraiment terrifiant. Il y a même de très belles choses, comme ce climax totalement en surexposition ou l’on ne voit presque plus rien ou cette fausse course poursuite en voiture qui se suspend d’un coup et semble ne plus pouvoir se terminer ! Il y a vraiment une recherche naïve et romantique du retour à l’enfance qui innerve toute la fin du film, qui court-circuite la construction du film de genre. Même avec les tics clipesque de mise en scène (musique omniprésente, caméra portée, cadrage à l’arrache, échelle de plan très peu variée)  et les acteurs assez improbable, All the Boys Love Mandy Lane trouve un chemin qui n’appartient qu’à lui, un peu crade et naïf, mais résolument personnel et original, à défaut d’être vraiment touchant.  Ca vaut le coup de courir après Mandy Lane, ca vaut le coup de se dire pendant 1h30 que l’amour donne la mort, comme quand on avait 15 ans. 15 ans, il n’est question que de ca, que de ces moments flottants, des ces sensations illusoires, de cette recherche de la norme, de ces émotions sans cesses renouvelées et de l’envie de tuer. Toutes ces sensations mises bout à bout, tout ces moments perdus additionnés, tout ce qui fait que l’on est : c’est ce que recueille Mandy Lane, maladroitement certes, mais parfois avec un éclair de grâce ou de naïveté. Ou les deux.

 

Norman Bates.

 

 

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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 22:39

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[Photo: "Mon Personnage Essaie de Vivre dans le Présent Absolu" par Dr Devo.]





Nous sommes dans une campagne au Japon, chez des retraités d'une soixantaine d'années. Aujourd'hui est un grand jour, ils vont prendre le train pour voir leurs enfants qui vivent désormais à Tokyo. L'excitation est à son comble (enfin, presque) lorsqu'ils arrivent chez leur fils métropolitain: ils vont enfin pouvoir voir leurs petits-enfants et rattraper le temps perdu avec leur propre progéniture. Seulement, ils sont grands à présent, ce sont des adultes avec un travail et une vie de famille, et ils n'ont pas forcément de temps ou de place à consacrer à leurs vieux parents, plus proches du cercueil que du landau...

 

 

Nous parlons assez peu de grands classiques de l'histoire du cinéma sur Matière Focale, probablement parce que tout a déjà été dit sur ces films et qu'il arrive parfois qu'ils ne soient pas aussi intéressants que ce que l'on veut nous faire croire. Il est vrai que la découverte d'un film inconnu, beau et iconoclaste, provoque l'envie de hurler son amour sur tous les toits et en particulier dans ces colonnes, dans l'espoir complètement altruiste de faire partager au monde une découverte, un coup de foudre, afin de répandre le bonheur dans ce bAs-monde grippé (pardon...). Mais revenir à LA SOURCE peut être aussi bénéfique, pour voir le chemin parcouru, apprendre peut-être, ressentir parfois. C'est pour cela que lorsque l'occasion s'est présentée de voir VOYAGE A TOKYO, le film d'une des branches du vénéré triumvirat nippon (Mizoguchi, Kurosawa, Ozu pour les deux du fond), je bondis sur l'occasion, gardant dans un coin de ma tête le beau TOKYO SONATA, comparé par beaucoup de critique au cinéaste responsable dudit voyage que je m'apprêtais à effectuer.

 

 

Et des choses se passent dans ce film, sans en avoir l'air, sans vraiment vouloir y toucher, ça patate pas mal à plusieurs degrés. Disons que l'austérité de l'ensemble me semble être un leurre, peut-être une fausse piste, parce qu'il se passe malgré tout beaucoup de choses dans cette accumulation (un peu plus de deux heures) de plans fixes. C'est le postulat de départ de Ozu, qu'il n'enfreindra qu'une seule fois grâce à un court travelling latéral (et donc d'autant plus signifiant, j'en reparle un peu plus loin), qui pose directement les bases de son film. Il peut sembler téléphoné de dire que cela nous évoque l'emprisonnement des personnages, bien que ce soit bien sûr totalement vrai, alors essayons d'aller un peu plus loin que cela. Je ne suis pas sûr que le métrage ne soit qu'une volonté de critiquer le conflit des générations ou l'enfermement des personnages dans leur vie "misérable", il me semble que c'est plus que cela. Le couple de retraités vient voir sa progéniture une dernière fois avant de mourir, quelque part pour avaliser leur éducation, pour jauger, juger leurs enfants, et ainsi voir s'ils ont fait quelque chose de bien de leur vivant. Pas qu'ils soient directement mourants lorsque le film commence (en fait si, nous sommes tous mourants, eux sont peut-être plus proche que nous mais cela revient au même), mais ils pensent ne plus jamais revoir leurs enfants après ça, que c'est leur dernière chance d'observer ce qu'ils ont offert au monde, ce qu'ils ont choisi d'imposer à la terre. Si leur jugement est dur, leur comportement est plein d'humilité face à ce à quoi ils sont exposés. Ils sont clairement vus comme un fardeau par leurs propres enfants, et littéralement jetés dehors pour permettre à leur fille d'organiser une fête avec ses amis ! C'est un peu plus tard, lorsque leur décision de rentrer chez eux est prise, que vient ce travelling dont je vous parlais un peu plus haut, qui sonne comme le glas si j'ose : c'est fini, c'est terminé, c'était leur dernière chance et ils ne reverront plus jamais leurs enfants. La vie passe comme un coup de vent, et même si on croit que c'était hier, nos enfants n'en sont plus depuis longtemps, et n'en ont plus rien à faire de nous. La seule personne à avoir un comportement affectif avec eux est la femme de leur fils mort à la guerre, quelques années plus tôt. Elle est la seule à s'occuper d'eux et à leur témoigner de la gentillesse et de la compassion, probablement parce qu'aucun lien de sang ne les unit. A part cela, il n'y a rien à retirer pour eux de leur expérience tokyoïte, ils ne sont quasiment jamais de chez leur fils parce qu'il avait trop de choses à faire, sauf lorsqu'ils ont fait le tour touristique de Tokyo avec la femme de leur fils mort, en bus, et la seule chose qu'ils ont vu c'est une vieille bâtisse lointaine entourée de pins, autrement dit, rien du tout ! Ce n'était pas leur place, ce n'est plus leur place, ils n'ont plus à être avec leurs enfants. Ils sont condamnés à vivre seuls. Ozu nous montre alors la force et la dignité des personnages âgées qui acceptent cette situation d'abandon, ce sacrifice, pour le bien de leurs enfants.

 

 

Les plans fixes sont généralement beaux, et formidablement composés, ce qui est la moindre des choses quand même. La vie suit son court dans ces cadres asphyxiants, et Ozu sait très bien utiliser la profondeur de champ pour dire plein de petites choses, ce sont presque ses petites gourmandises de mise en scène à lui, si vous voulez. La photographie est par moment jolie, parfois bien contrastée (chez la fille lorsque le père est saoul, notamment), les projecteurs ne sont pas uniquement en face et Ozu n'hésite pas à faire mettre des éléments de l'arrière plan en valeur grâce à un ou deux projecteurs. Le montage est mécanique et assez étrange, parfois il coupe très violemment (dans les innombrables champ / contre-champ) mais il laisse également tourner sa pellicule un peu trop longtemps sur les décors, comme s'il attendait lui-même que quelque chose se passe, comme si quelqu'un allait venir et remettre de l'ordre dans tout cela, comme s'il attendait le salut, quelque part, ce qui donne des plans plus longs et émouvants. Il se permet aussi quelques inserts qui confèrent à une solitude extrême, à certains moments.

 

 

Même s'il ferait passer un film de Robert Bresson pour du Gaspar Noé, VOYAGE A TOKYO est un film émouvant et maîtrisé, il n'y a pas de souffle épique mais peut-être, au fond, un coeur qui bat, et ce n'est pas si mal.


LJ Ghost.








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Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /2009 19:43

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[Photo: "Mais où est Charlie?" par Dr Devo.]






Bientôt, les semi-vacances de Matière Focale seront terminées. Et les articles repartiront à la cadence habituelle. Il n’empêche, ça bouge en coulisses. Pour une raison qu’il est encore trop tôt pour dévoiler, il se trouve, qu’en ce moment, je dois me plonger dans l’univers du cinéma bis, underground, et même franchement Z parfois. Un job que beaucoup trouveront ingrat, mais qui devrait très bientôt profiter à quelques focaliens de manière concrète. Bref, Matière Focale prépare un "gros coup" dont je vous parlerai très bientôt. Et pour préparer ce hold-up affectif en direction des cinéphiles passionnés, donc, me voilà à arpenter les chemins les plus obscurs de la galaxie cinéma. Alors, accrochez-vous, ça va secouer.

 

 

 

Chez nous aux USA, quelque part sur une autoroute à l’Ouest du Pays. Un motard double une voiture décapotable conduite par une jolie fille. Ils se regardent, se dépassent, se redépassent, se font des signes et se rejoignent finalement à la prochaine station service, où la fille propose au biker de venir faire un tour dans l’appartement de sa sœur qui reçoit des amis. Et effectivement, il y a du monde chez la sœur : en gros, beaucoup de babas cools. Ils boivent tranquillement, ils discutent à n’en plus finir, ils rient, et bien sûr ils mangent des cachets rigolos et fument des cigarettes roulées aux effluves orientales. Le biker est plutôt réservé : s’il ne refuse jamais une conversation absurde sur les djembés ou le sens de la vie, il rejette les substances qui circulent, et n’a pas l’air d’être très porté sur l’amour libre ! Qu’importe… Il finit par suivre la sœur de la fille à la décapotable, une fille assez libérée et qui aime bien les produits marocains. Et là, tout s’enchaîne. Le père de la sœur (et qui est donc aussi le père de la fille à la décapotable, suivez un peu) propose au biker un boulot dans son entreprise… d’élevage de dindons. Aussitôt dit, aussitôt fait…

C’est en discutant avec des gars du labo dudit élevage, que le biker accepte - pour gagner plus, d'en manger plus, des dindons - c'est-à-dire d’être cobaye pour en boulotter, de ces animaux... Ben, ils ont reçu des produits chimiques pour les faire mieux grandir. Oui, je sais, vous vous dites, à quoi ça sert de nous raconter tout ça… Nous, on veut de l’action… Si on veut du dindon, on regarde 60 MILLIONS D’AMIS, etc.

Entre deux gorgées de vin, alors que je m’apprêtais à aller aux toilettes, car une demi-heure de film sur le sens de la vie (avec des gens drogués) et d’élevage de dindons, c’est diurétique, à ce moment-là, donc, les évènements prennent un tour horriblement dramatique, et même s’accélèrent dangereusement. Le biker finit par coucher avec la sœur délurée, il mange toujours plus de dindons, ils fument des oinjs gros comme des barreaux de chaises, il remange du dindon, et… LE DRAME !! Il finit par muter sous le triple effet du sexe, des produits chimiques contenus dans le corps des dindons et de l’herbe ! Il se transforme alors en horrible Homme-Dindon assoiffé de sang… Et par n'importe lequel, puisqu'il se nourrit uniquement du sang des drogués !

 

Pour apprécier la performance qui consiste à faire un article sur un tel film, il faut préciser, pour plus d’équité et de justice que je vis la chose en divx, lui-même tiré d’un affreux rip VHS d’époque. Yummy yummy ! Quel beau métier, se disent les fans ! Vous avez mille fois raison, et pour vous dégoûter une fois pour toutes, je vous précise même que cette copie était en VF ! Pour 1,58% du lectorat de Matière Focale (selon un sondage SOUFFRANCE, effectué sur un échantillon représentatif de trois millions de personnes), cette expérience représente exactement ce qui se passe quand vous arrivez au Paradis et que vous posez votre superbe fessier à la droite du Christ Notre Sauveur, au plus près de la Félicité Eternelle promise par la Révélation du Livre Sacré. Pour tous les autres, BLOOD FREAK est sans doute le film que l’on vous passe lors de la longue descente qui vous conduit aux Enfers…

 

 

Ce qui frappe d’abord dans la copie du film que j’ai vue, c’est l’hallucinante photographie : sombre, peu de contraste, artefacts de la bande VHS. Puis, vient le second effet Watch Uncool : le souffle. Ce joli petit souffle, ce souffle omniprésent, incessant comme la respiration insupportable du jeune baba qui souffle dans son didjéridoo dans le parc en face de chez vous le dimanche matin à 4h33 du matin. Dès la séquence d’ouverture, sur l’autoroute, scène qui occurait pourtant une volonté tout à fait appréciable d’entrer dans le vif du sujet tout de suite, chose contredite très vite au profit d’une lenteur narrative d’une maîtrise totale, dès cette séquence d’ouverture donc, on sait que le cadrage va être tout bonnement sensationnel : du tremblé, de l’approximatif, du plat, des panotages incessants pour éviter de faire deux plans, une volonté d’entrer dans les espaces les plus neutres du Cosmos. Un beau talent de cadre qui, allié à l’image ignoble et au son complètement industriel, fait de BLOOD FREAK une expérience hors du commun. Le clou sera la version française qui, elle, pour le coup est complètement formidable. Je la soupçonne d’être assez postérieure, en terme chronologique, au film lui-même. Loin d’être doublée à la truelle par des acteurs désintéressés qui lisent Télé 7 Jours en enregistrant leurs voix pour le film, ou qui comptent mentalement le nombre d’heures qui leur manquent pour avoir le statut d’intermittent, la VF sort des canons du doublage pourtant déjà très marqués dans notre beau pays la France. On n’essaie pas, en effet, d’imiter le style de diction américain et emphatique qui est d’usage, comme dans une série télé tel STARSKY ET HUTCH par exemple. Non, ici, les acteurs ont décidé de prendre la chose au sérieux, enfin tant que possible, et surtout hors de tout préformatage artistique. BLOOD FREAK est donc doublé de manière vraiment originale, et pour une fois, je ne fais pas d’ironie. Voire un film sur un biker prude confronté à la communauté baba-hippie se transformer ensuite en dindon-mutant, voilà qui se suffit largement à lui-même. Mais si vous rajoutez là-dessus que c’est doublé comme si on post-synchronisait un film de Rohmer, vous comprendrez alors que, curieusement, l’expérience catastrophique qu’aurait du être le visionnage de ce film s’est transformée en quelque chose de tout-à-fait inconvenant et assez délicieux.

 

 

Pour appuyer ce dispositif déjà puissant, les deux réalisateurs… Oui, je sais, ils sont deux en plus pour réaliser ça ! Les deux réalisateurs, disais-je, ont mis le paquet. Si la narration est atrocement linéaire et d’une lenteur tout à fait remarquable, nos deux compères ont un sens de la coupe et du montage encore pire, ou supérieur, je ne sais pas. Certaines scènes peuvent durer des plombes, alors que certaines liaisons ou transitions sont d’une brusquerie violentissime. Premier point. Rajoutez par là-dessus des dialogues hallucinants de connerie, et vous imaginez bien que vous avez dans BLOOD FREAK, une perle rare, une espèce de record du monde, un truc de compèt’ !  Il y a bien sûr l’incroyable introduction à la Vincent Price par un des co-réalisateurs (l’autre jouera l’homme-dindon). Il nous explique grosso modo, que le Monde change constamment et qu’à chaque seconde d’autres changements interviennent modifiant l’ordre du Monde qui change en conséquence dans un mouvement mutation qui le rend encore différent et le change en retour et réciproquement. Et nos actions changent le monde ! Et un catholique est une personne qui fait des actions, et vos pouvez rencontrer un catholique ou rencontrer une personne qui connaît un catholique de sa connaissance à lui. Et un catholique c’est quoi ? Un homme qui agit et déclenche des changements ! Et oui, c’est le jeu, ma pauvre Lucette…

Alors, des tirades comme ça, il y en a en pagaille. La sœur apprend qu’elle est enceinte. Alors que le biker qui est le père du potentiel enfant  souffre la mort, avec son nouveau corps de dindon humanoïde, et qu’il est quand même pris d’une incroyable force qui le pousse à tuer tout ce qui bouge, la femme s’inquiète : « Que vont dire les enfants si leur père a une tête pareille ? Et s’ils ont un tête qui ressemble à leur père ? »

Personnellement, mon dialogue préféré est une jolie coupe de montage, où, à la fin d’un repas le papa éleveur avoue au biker : « Oui, tu as raison. J’aime ton regard sur la vie, et j’ai plein de questions à te poser…». Silence. Rien. Encore rien. Silence. Puis : « Si tu cherches du travail, j’ai un élevage de dindons au nord de la ville… »

 

 

Mais ne vous faites pas d’idées : BLOOD FREAK n’est pas qu’un film sur un homme à la tête de dindon qui tue des babas-cools en faisant glou-glou (ha oui, j’ai oublié de vous dire qu’il fait glou-glou), hou la non, loin de là même. C’est aussi une évocation puissante de l’évolution d’un monde en pleine mutation où la morale chrétienne est très malmenée par les abus de la Société en matière de drogues (et de sexe libre). A travers la métaphore animale, le réalisateur arrive de manière sensuelle à recentrer le débat : la rédemption est possible (la preuve : le biker sera sauvé et perdra sa tête de dindon, et c’est tout, générique, bonsoir madame), la rédemption par la nette conviction que la foi en la vie est plus forte que les dealers d’extasy, que le couple permet de passer toutes les épreuves du monde moderne tel que les OGM, les manques de fiabilité de l’industrie agro-alimentaire, les radiations nucléaires, les joueurs de djembé, la drogue. 

 

 

 

Je sais pas ce que vous en pensez, vous… Mais pour ma part, je dirais que ce n’est pas chez Ken Loach ou Clint Eastwood que vous aurez des réflexions pareilles. [Quoique, chez Eastwood…. Mais sans les dindons alors !]

 

 

En tout cas, cette série Z qu’est BLOOD FREAK est comme un patchwork de mauvaises décisions et de goûts artistiques désastreux, le tout saupoudré d’un bon bla-bla christocentré. Ce n’est pas grand'chose, me direz-vous. Certes. Mais plus important, c’est le délicieux équilibre de tous ces éléments débiles qui fait de BLOOD FREAK une espèce de concentré, un film qui fait des actions et enclenche des changements. Un film qui connaît une personne catholique. La belle concentration de ces éléments, leur combinaison dans un melting-pot absurde font, qu’au final, l’expérience est assez mémorable, très très drôle, et de manière presque ininterrompue. Ce n’est pas parce que les choix des deux réalisateurs sont calamiteux que le film est agréable, c’est que la concentration de choses à ne pas faire, leur répartition scientifique à tous les postes créatifs, réussissent à rendre la chose assez remarquable. Mais vous êtes prévenus, c’est du lourd. Et pour certains, ce sera une épreuve sans nom… Quelque part dans le Cosmos et le Temps, sans doute, Jésus vous conseille de voir la chose…

 

 

Dr Devo.






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Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /2009 22:32

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