(Et bien pour une fois, voici une photo directement issu du film VITAL !)




 

Encore une fois laissons tomber la blouse blanche et allons nous fourvoyer dans les vastes contrées de l’Est Sauvage. De tout de façon, au vu du temps pourri qui s’annonce, avons-nous réellement quelque chose de mieux à faire ? D’autant plus que nous retrouvons notre ami Shinya Tsukamoto, ami japonais de longue date que nous n’avions pas visité depuis trop longtemps, presque un an en fait et la possibilité heureuse, je m’en souviens de revoir TETSUO 2 en salle, deuxième partie donc du binôme industriel et merveilleux qui valut à notre Japonais adoré de connaître ses (courtes) lettres de noblesse internationale. Comme ses films ne sortent pas en salle, ce qui est proprement – wait for it- scandaleux, nous nous réfugierons sur ce dvd qui semble-t-il est anglais et qui propose justement un sous-titrage dans la langue de Britney Spears et de Shakespeare. Voici donc, mes petits cocos, VITAL…

 

 

 

Notre héros est un jeune japonais qui a malencontreusement été victime d’un accident au volant de sa voiture (l’accident a déjà eu lieu lorsque le film commence…), et qui l’a rendu, goddammit, amnésique. Le voilà donc allongé dans son lit d’hôpital sans avoir la moindre idée de qui sont les gens qui se disent être ses parents, et même incapable de dire quels sont ses goûts ou quelle est sa personnalité ! Il apprend par ses géniteurs qu’il était en troisième année de médecine, études qu’il s’apprêtait à abandonner. Par hasard (il est fasciné par la lézarde sur le placard qui renferme ses anciens livres !), il décide de reprendre ses études pour lesquelles il se montre plus que brillant, puisque le voilà au bout de quelques mois avec un niveau de troisième année et avec beaucoup plus de disposition que dans sa précédente vie. A la fac de médecine, il fait la rencontre avec une jeune fille, également ultra-brillante et réservée qui semble avoir une fascination sans limite pour le mystérieux et mutique jeune homme. Mais, la tentative de flirt ne va pas loin puisque que lui ne dit jamais un mot et semble complètement impénétrable. En tout cas, voici la 4éme année qui commence. Et le premier semestre est consacré à la dissection complète d’un cadavre. Notre héros s’avère ultra-doué. Peu à peu des souvenirs remonte à la surface. Et c’est là que les choses se compliquent : il s’aperçoit que la jeune fille médusée, avec qui il sort désormais et qui fait partie du même groupe pour la dissection du cadavre, est sans doute aussi son ancienne petite amie, morte dans l’accident de voiture qui l’a rendu amnésique. Et la jeune fille est aussi la fille qui hante des souvenirs enfouis qui ont l’air trèèèès incertains pour ne pas dire complètement inventés ! Notre héros apprend alors que le cadavre qu’il dissèque n’est autre que celui de son ancienne petite amie morte dans l’accident de voiture, suivez un peu donc, je viens de le dire. Je résume : la jeune femme est une femme de sa mémoire, sa nouvelle petite amie, son ancienne petite amie décédée, et le cadavre qu’il dissèque ! Ce sont les fans de James Ivory et de Jean Renoir qui vont être content !

 

 

Houlalala, on ne panique pas et on respire un bon coup. Ça commence très très fort avec une même image, totalement indus' (des cheminées d’usine), qui se décale et superpose à elle-même tandis qu’une sublime bande-son mélange plusieurs musiques dans un chaos qui ne l’est pas moins, indus’ ! Bon, ça va se calmer ensuite. Et les premières scènes ressembleraient presque à un film normal. C’est tout de suite très stylisé et moderniste (notamment dans les décors et les choix de cadrages), mais c’est tout de même très beau. Puis au bout de quelques minutes, on s’aperçoit que le montage narratif et opératoire est plus que simplement chic et soigné : ça transitionne à qui mieux-mieux dans une logique abstraite, la lecture d’éléments symboliques reste totalement poétique puisqu’on ne sait pas vraiment à quoi ils font références (ce qui nous laisse seuls avec nos sensations, processus qui sera répété avec des déplacements de symboliques pas si éloignés des méthodes de Julio Medem), et encore plus, on s’aperçoit que le dispositif de champ/contrechamp est complètement disfonctionnel. Pour permettre de déployer un tel dispositif, Tsukamoto fait feu de tout bois en utilisant des éléments signifiants et bougrement fulgurants sur tout le clavier de la mise en scène : formes graphiques abstraites répétées et contradictoires,  jeu construit/déconstruit de couleurs, répétitions de gestes chez les acteurs, apposition de phrases qui se répondent sans faire partie du même dialogue, transitions sonores, couleurs des décors et des objets qui se répondent dans de simples évocations abstraites, décors mutants et changeant parfois d’une scène à l’autre, exploitation des éléments de confusion présents dans le scénario, sons absents, répétitions à la chaîne d’un même plan coupé différemment, etc.... C’est un petit festival, très bien ficelé, qui n’hésite pas, très souvent à faire des choses peu appréciées du publique mais magnifiques comme des retours en arrière, des redondances, des pistes stériles, des débrayages de rythme, voire même inversion de personnages (les deux couples de parents sont complètement interchangeables, magnifique dée). La photographie est souvent belle, quelquefois très vulgaire dans les parties les plus oniriques (grotesques, même discrètement), et joue elle-même un rôle de perturbation énorme. Quand on croit que tel éclairage marque telle époque de la vie du héros on s’aperçoit alors que non, pas du tout. Bleu pour le présent, et rouge pour le passé, finissent par s’inverser, puis s’opposer selon les sentiments et les confusions du héros. Bref, Tsukamoto s’en donne à cœur joie. Pour suivre, il faut se perdre et en même rester à l’affût des logiques sensuelles et de fulgurances qui font qu’un dispositif d’éléments contradictoires et abstraits peuvent devenir un tableau sensible de la perdition et de la douleur des éléments passés ou présents, ou tout simplement du Sentiment.

 

 

Curieusement, le film n’est pas aussi abstrait que cela. La progression narrative est aussi globalement linéaire, et les éléments que je viens de décrire sont plus des éléments de brouillage. On est dans une forme moins « indus’ » que les TETSUO, mais n’empêche… Tsukamoto a peut-être réussi la quadrature du cercle. Il sait que ses films auront peut-être peu de chance de voir le jour, et il adopte une tactique simple : utiliser des sujets attractifs et simples, (presque) vendeurs, pour les déconstruire au possible ou plutôt pour les rendre très proches de ses velléités d’artiste. Le résultant est donc totalement intransigeant mais ouvert. On sent que Tsukamoto attend son heure, et proposerait plus volontiers des sujets moins balisés. Cela dit, aucune honte à avoir, tant le réalisateur japonais enfonce le clou et ne base le développement de son film que sur la mise en scène. Il ne se refuse aucune abstraction, et reste digne quelque soit le combat, plaçant haut les exigences artistiques, et traitant le public, même si ce n’est pas son public, de la manière la plus intelligente et sensible qui soit. VITAL est donc bien sûr un grand film, même si on peut préférer d’autres films du réalisateur, et il se place à mille coudées au-dessus du reste de la production, asiatique ou pas, qu’on peut trouver dans nos salles art et essai… En même temps, on le savait et ce n’est pas un scoop. Mais ça va mieux en le disant.




Bill Yeleuze. 

 

 

 

 
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Dimanche 13 juillet 2008

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[Photo: "No More PLAY, pour le pire et le meilleur..." par Dr Devo, d'après une photo du cinéaste Anthony Minghella]

En fait, ça arrive de temps en temps, quand les astres sont alignés. On regarde un film, et là, c'est le choc: il ne se passe rien. Ce n’est même pas nullissime, ce n’est pas grandiose: ce n'est rien. Et dans ces cas-là, on se dit vraiment que le cinéma est quand même chronophage. Une heure et demi à attendre dans la salle des pas perdus (pour tout le monde!) de la gare en sachant qu'on montera même pas dans le train, parce qu'on n'a pas acheté de ticket et que de toute façon on a laissé son porte-monnaie à la maison, et bien c'est long. En une heure et demi, on en a du temps pour faire des choses finalement!

 

 

OLD JOY, réalisé par Kelly Reichardt qu'on ne confondra pas avec Richard Kelly le jeune réalisateur du sublime DONNIE DARKO, notamment parce qu'elle est une femme, et lui un homme mais vous allez voir, pas seulement pour ça, raconte les retrouvailles un peu par hasard de Daniel London, bientôt père de famille, et Will Oldham (oui, le chanteur-compositeur folk, connu aussi sous le nom Bonnie Prince Billy), un mec un peu marginal, sans doute en galère, et gros fumeur de pétard. Et incroyablement barbu! Les deux anciens copains de high school ne se sont pas vu depuis longtemps, et se rencontrent donc à l'improviste. Oldham propose à London d'aller se ballader  24 heures dans les montagnes avoisinantes pour trouver une source d'eau chaude, but de la randonnée. London prévient sa grosse qui est enceinte, met la canadienne dans le coffre et zou, en avant les histoires...



Bon. Les deux potes ont bien changé. Un a semi-réussi, l'autre pas. Un est tranquilou memez trah pareil le même, "normal" quoi, et l'autre est un semi-clodo. Je passe sur l'immonde émission de radio en son-on puis off, dans la première partie et la fin du voyage, où on entend une libre antenne sur les problèmes économiques américains. Et hop, un petit coup de louche sociale pour amener une poésie justificatrice à l’ensemble du film qui, vous l'avez compris ne parle pas du tout d'économie. Coude, coude, cligne, cligne, tu as vu, hein, hein, en loucedé, cligne, cligne, je dis sans le dire, que si ça se passe comme ça en amitié, c'est qu'il y a des raisons, cligne, cligne, comme si le pays allait mal, cligne. Très discret. OLD JOY est un road movie tranquilou et un peu amer sur le temps qui est assassin et emporte avec lui le rire des enfants. Why not? Bon, au bout de dix minutes de ce film court, on se dit que ces deux mecs là, sont les moins charismatiques, pétillants et rigolos de la Terre. Pourquoi pas après tout, ça change des petits smarts.Retour vers le futur, mais aussi retour à la nature. On se perd, on prend le mauvais chemin, enfin à moitié, car on n’était pas loin quand même. Et on essaie de comprendre ce petit gars marginal et azimuté mollement qui était jadis ton meilleur pote. Pas facile de communiquer avec un gars qui a manqué une marche sociale et sans doute mentale.

 

 

 

Et puis... Et puis, c'est tout! Pour le reste, il n'y a rien. Le cadrage n’est vraiment pas beau, et le montage sans aucune espèce d'intérêt, les deux se reposant uniquement sur la musique du groupe YO LA TENGO dont on se dit que c'était quand même mieux quand il composait pour Hal Hartley dans les années 90. Les plans se succèdent sans logique( sinon scnéaristique): caméra subjective sur les paysage dans la nature, sur la route, sur la cime des arbres, sur le "diner" où on va manger une tranche de bacon avec des flageolets. Comme le film raconte à peu près autant de chose qu'un court-métrage français de festival, bah.... On s'ennuie, bon sang. Qu'est-ce qu'on s'ennuie! Les deux plats de nouilles qui jouent dans le truc sont abominables de neutralité. Alors, il y aura toujours quelqu'un pour me dire que oui, tout ça, c'est dans la sous-jace que ça se glose. Ha ça oui, ce n’est pas au premier plan que ça se joue, sinon ça remuerait un peu plus. A force de vouloir cacher et de ne pas nommer les choses, la Reichardt qui n'est pas très forte question esthétique et grammaire cinématographique, finit par ne plus rien cacher du tout... puisque son film se vide de toute substance à mesure qu'il avance. La pauvreté esthétique de la chose y est pour beaucoup. Si encore il y avait un peu de cadrage, un peu de montage... Misère.... Rarement donc on avait eu, la sensation que le film était ce qu'il y avait de plus proche de la neutralité et de la transparence. Même pas drôle ou arrogant comme 10.000... Rien.

 


Evidement, la grosse nous réserve quand même un "climax", la fameuse scène à la source, encore plus mal cadrée et plus morne que les autres mais pendant laquelle on soulève une demie-paupière engourdie pour voir ce qui se passe. Et là, on comprend. Tout ça pour ça... Je vous laisse découvrir ça, mais disons que la sous-tension gay du film, qui arrive un peu comme un éléphant mettant les patins pour faire mine qu'on ne l'a pas vu, est tellement... Comment dire? C’est extrêmement maladroit, très splendouillet, et presque caricatural, et allez, on peut le dire, tellement nunuche que ça en deviendrait drôle de maladresse. Mais en même temps, comme la fille n'a rien foutu pendant une heure, on se dit qu tout cela est bien opportuniste: évidement que, de loin, ça ait l'air de fonctionner, cette espèce d'allusion tractopellique, évidement, puisque que pendant 60 minutes, et croyez-moi c'est long, il ne se passe rien! Donc, on chaussant les gros sabots, Reichardt donne l'impression qu'un subtil parfum est dans l'air, qu'il y a une drôle d'odeur dans la cuisine. Mouais. Un petit coup de social par là-dessus et hop, générique. Il ne s'est rien passé. Rien. Là aussi, j'ai envie de disparaître dans le cosmos.

 

 

Pour la petite histoire, OLD JOY, ce film anonymissime, a excellente réputation, est passé dans 12,000 festivals, et c'est produit par Todd Haynes! Rires. A moins que vous ne soyez boulimique, ou que vous tentiez de voir le plus de films possibles en un an, je déconseille fortement cette vaste supercherie. Regardez fixement la tapisserie de votre salon en mettant un disque de votre choix sur la platine vinyle, et vous aurez sans doute moins l'impression de vous ennuyer et plus l'impression de regarder un film qu'en regardant OLD JOY. Allez hop, dehors les clowns. Au suivant!

 

 

 

 


 

Et maintenant, quelque chose de complètement différent. Figurez-vous, Madame Boulic, que j'ai une amie assez cinéphile qui refuse obstinément, même dans la simple idée, de voir un film de collège! C'est très fâcheux, et à vrai dire je ne comprends pas cette méfiance. Volonté de ne voir que des chefs-d'oeuvre galactiques? Assimilation du genre à AMERICAN PIE, pas très finaud mais pas infamant non plus du reste? Je ne sais. En tout cas, c'est bien dommage, car le genre, comme l'a bien dit le docteur Devo, "est sans doute le seul qui parle d'amour, de flirt, de sexe, de désir et de couple de manière un peu adulte, dans le champ des films populaires".

 

Le docteur veut qu'on parle de temps en temps de films de collège et donc, j'en choisis un au hasard dans le bac d'une trocante, et pour 1.99 euros je tombe sur BOYS AND GIRLS de Robert Iscove dont le nom me disait quelque chose. Et pour cause, c'était le réalisateur de ELLE EST TROP BIEN, film de collège également (sur une base classique: un fille moche sort avec le plus beau gars du lycée à la suite d'un pari et devient super jolie!) qui est souvent sujet de plaisanterie avec le Marquis, car ça n'était pas sensationnel, ce film. [Bien qu'on y joue à LaCrosse ce qui lui vaut une place au paradis, direk', comme disait feu mon ami Gérard... Tout les films avec des scènes de LaCrosse sont bons! Voilà, c'est dit.]

 

A l'âge de douze ans, Freddie Prinze Jr (acteur très improbable qui jouait déjà dans ELLE EST TROP BIEN, mais je ne vois comment il peut-être l'acteur fétiche de quelqu'un, c'est bizarre, et j'y reviens), rencontre dans un avion une fille de son age, Claire Forlani. Ils papotent. Au bout de 20 secondes, Forlani avoue que c'est le jour de ses premières règles!!!! [Bon dieu, que c'était drôle cette scène! Les américains sont vraiment forts... et assez délicats en plus!] Puis les deux s'engagent dans une conversation sur la nécessité d'aller de l'avant et de refaire sa vie, opposé à la fidélité du pacte moral qu'est le mariage! Punaise, me suis-je dit, ça commence fort! C'est drôle, c'est bien joué, et en plus le sujet de cette conversation de départ est vraiment passionnant, entre John Hugues et LA PRINCESSE DE CLEVES ce que je dis sans rire, ben sûr. Au fil des ans, et malgré les changements de lycées ou de facs, les deux vont se retrouver tout le temps dans le même établissement scolaire. Ils finissent par devenir très bons amis, malgré leurs grandes différences, et même des confidents. Prinze est très attaché à la morale (de manière pas idiote d'ailleurs), est très prévoyant, et essaie d'avoir le maximum de contrôles sur les événements, même si c'est quelqu'un d'assez drôle. Claire Forlani, elle, est plus bohême, gère ses amours et sa vie au jour le jour, un peu en dérapage contrôlé, accepte els accidents et les improvisations de dernières minutes. Lui, c'est un minet plutôt beau gosse et un peu old school. Elle, c'est une jeune fille décontractée, drôle, sexy, et même sexuellement active. Les deux devraient sans doute sortir ensemble! Mais non! Et évidemment, la question va finir par se poser. Et le sexe va mettre la zizanie dans tout ça, non pas en inversant complètement les rôles, mais en mettant les deux personnalités sous un autre jour.

 

 

A l'image de la première scène dans l'avion, BOYS AND GIRLS tire sa force de son écriture. Si la structure suit les canons du genre collège, les thèmes abordés par nos tourtereaux potentiels, et surtout le développement assez subtils des dialogues entraînent le film sur des thématiques plus entremêlées et qui, une fois combinées, mettent le doigt sur quelques belles choses, assez justes et malicieuses. Un paquet de sous-thèmes vraiment intéressant sont abordés de manière frontale: l'identité affective (suis-je moi quand je séduis), l'identité tout court, l'engagement, la liberté du corps, la difficulté insurmontable de trouver un kindred spirit sympa et amusant, etc... Il y a de belles choses dans ses thèmes abordés de biais. Je pense notamment à certaines conversations très bien jouées d'ailleurs, entre Prinze et Jason Biggs (le héros d'AMERICAN PIE justement, ici en loufoque de service, pas mauvais du tout comme d'habitude). Ce thème de l'identité et des principes est très anglo-saxon, et on se retrouve dans une écriture entre la tradition sitcomienne et la structure de la littérature anglaise. Identité, fausse identité, promesse du serment... Shakespeare quoi! Même sans plaisanter, les dialogues sont en général très bien écrits et subtils, assez largement au-dessus de la moyenne des films de collège, et très au dessus de la moyenne tout court. Bien.

 


Signalons une superbe idée de scénario et de dialogues, dans la scène du restaurant où Claire Forlani à une grosse tirade, sur le thème drôle et désespérant suivant: "A quoi bon aller au charbon de l'Amour, quand on n'est pas sûr, une seule seconde, que l'histoire mène quelque part, sinon à l'échec?", le tout dit devant une assemblée d'étudiants en pleines "dates"! La scène se retourne bien, comme une crêpe: en ne réagissant pas, les clients du restaurant révèlent la solitude intrinsèque de Forlani, aussi belle et up-to-date soit-elle. C'est la peur d'être un pot sans couvercle, comme dirait notre ami Bernard RAPP, la peur de n'être (trop) bien pour personne. Subtil, j'aime bien, même si la dite scène est un peu minorée par le jeu trop ouvert de Forlani, actrice très sûre d'elle, qui en rajoute un peu beaucoup dans le minauderie par endroit. [Ça reste très supportable.]

 


La réalisation est très soignée. L'échelle de plan est plutôt aérée. Quelques mouvements d'appareils sont même réalisés avec goût. Ca cadre, et la photo ne fait jamais pitié. Ce n’est pas du Ronsard, mais c'est du bel ouvrage, avec de temps en temps un petit plan vraiment pas mal du tout. [Je pense à ce plan où Forlani grimpe des escaliers à la fac pour rejoindre Prinze sur une esplanade. très beau mouvement de caméra en plongée.] Bref, même ici, dans la série la plus balisée, la réalisation est très supérieure à 96,54% des films que nous voyons, pourcentage dans lequel j'inclue bien sûr, les films européens, notamment art et essai.

 


Comme dit le Marquis, ça se gâte, hélas, dans le dernier segment, la dernière demi-heure même, comme c'est souvent le cas dans les films de collège ou assimilés. Alors que le film tend clairement vers la question du sexe dans l'amitié, une fois l'épreuve passée et la chose consommée, Iscove et ses scénaristes ont bien du mal à embrayer. Plutôt que de creuser plus loin les jolis paradoxes qu'ils avaient semés, ils préfèrent se reposer sur le genre et sa structure, avec une simple résolution de malentendu! Il fallait faire le contraire, et là c'est rageant car on a l'impression que Iscove avait fait le plus dur. Toujours est-il qu'il se refuse d'inventer une forme qui sied à son propos. Le dialogue devient pâteux, plus lourd. Le film s'enlise et de sentimental devient presque romantique, grave erreur, surtout de la part d'un film qui avait jusque là été bien subtil. Bref, on passe du bon film de collège très bien écrit, au simple juliarobertsime pour adulescents feignasses. Les enjeux sont alors énormément balisés, vidés de tout suspens et surtout de toute passion ou paradoxe: les personnages n'ont plus le choix (alors que c'est quand même un des sujets du film!), n'inventent plus la vie qui leur sied pour courrir dare-dare dans le schéma petit-bourgeois du couple. Ca sent la Safrane, comme dirait Mek-Ouyes! Bref, Iscove est bien traître et faux-derche avec ses personnages qu'ils abandonnent cyniquement dans les clichés les plus attendus. Ils se transforment évidement en marionnettes. Le film se déroule sans pédaler. Bref, on s'ennuie et on redescend non pas d'un étage, mais d'une bonne demi-douzaine. Les acteurs, du coup non plus rien à faire, et s'ennuient. Même si c'est un classique défaut du collège movie, la chose ici parait presque retourner d'un remontage ou d’un refilmage a posteriori. Etrange... En tout cas, quelle déception, même s'il reste une très chouette première partie, et même une bonne heure. C'est sinon plutôt bien joué. Freddie Prinze Jr est presque attachant, bien moins mollusque que dans ELLE EST TROP BIEN. Je ne sais pas si j'aurais choisi Claire Forlani qui semble un peu en-dessous de ce qu'elle peut faire, pas assez timide peut-être. Mais ceci dit, elle a de bons moments. Jason Biggs est très bien. Et on croise même Alyson Hannigan, formidable actrice découverte dans AMERICAN PIE et qui fait un très bon travail en ce moment sur la subtile sitcom HOW I MET YOUR MOTHER. Amanda Detmer est pas mal. et puis, en pas oublier cette splendouillette scène de danse qui a du prendre des jours à mettre en place, et qui est complètement débilosse et réjouissante, et qui se finit dans le "liquide"! Si les gens dansaient comme ça dans la vraie vie, alors oui, ça vaudrait le coup de s'y remettre.

 

 



Bon, ben voilà, j'ai fini de bosser moi. Je vais aller me balader. Fumer une clope. Boire un petit jus de pamplemousse. Un petit apéro à 19 heures. Peut-être un petit film...

 

 




Mr Mort.






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Mardi 25 mars 2008

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[Photo : "Black Sheeps Ate the Sky" par Dr Devo, d'après une photographie de George Bjorgen]
 

 

Chers Focaliens,
 
Avant de retourner dans les terres marquisiennes et vous parler des beaux animaux sauvages que nous y avons croisés, arrêtons-nous un instant sur un classique moderne du cinéma fantastique. Vous avez remarqué ? Ça faisait une paille qu'on avait pas parlé de cinéma fantastique, et là, depuis le début de l'année, ça n'arrête pas, au gré des visionnage en DVD ! Que ceux qui n'aiment pas trop le genre restent quand même parmi nous, car vous allez le voir, ce dont nous allons parler ne rentre, au final, dans aucune catégorie, et peut se révéler intéressant pour quiconque !
 
Tiens et puisqu'on y est : bon anniversaire à Angela Bettis !
 
(Si je veux !)
 
Californie, fin des années 80. Billy Warlock est un jeune homme de presque 18 ans qui a pas mal de problèmes typiquement adolescents. S'il est très bien intégré socialement, il est en proie au doute. Il vit avec ses parents et  sa sœur dans une splendide villa de Beverly Hills. Car, en effet, Billy est né avec une cuillère en or dans la bouche, et nous sommes dans la haute-bourgeoisie américaine. Billy a beau être populaire, avoir une petite amie qui l'est sans doute aussi, avoir son propre 4x4, de l'argent et pouvoir faire tout ce qu'il a envie, rien n'y fait : il doute. Il suit d'ailleurs une psychanalyse, car il est persuadé en son for intérieur, même s'il a conscience que la chose est stupide, que ses parents lui cachent des choses, qu'ils ne l'apprécient pas, et qu'il a été adopté ! En plus, il se sent attiré par sa grande sœur ! Bref, la psychose adolescente classique ! C'est vrai que ses parents semblent plus prendre soin de sa sœur, absolument vénérée elle, que de lui, mais tout cela est quand même excessif, et Billy lorsqu'il se met à rêver ou à faire divaguer ses pensées, voit des choses bizarres partout, au propre comme au figuré.
Alors qu'il se présente pour la Présidence de l'association des Étudiants de Beverly Hills, élection pendant laquelle tous les coups sont permis, Billy reçoit une cassette édifiante enregistrée de manière illégale par un ex-petit ami de sa sœur. Ce que révèle la bande est horriblissime : sa sœur et ses parents participeraient à des orgies entre gens de la bonne société ! Et sa sœur justement va bientôt faire ses débuts à la soirée des Débutantes où tout le gratin de Beverly Hills sera présent, dans quelques jours, soirée organisée par la Société, organisation étrange à laquelle tous les notables huppés du coin contribuent et participent... Mais que cache la société, euh pardon, la Société ?
 
Brian Yuzna est une personnalité attachante. Réalisateur de nombreux films (LE DENTISTE, ou encore son beau sketch, absolument merveilleux même, pour le film collectif NECRONOMICON), producteur très actif, et scénariste (le rare FROM BEYOND, réalisé par Stuart Gordon, film passionnant là encore), il a acquis sa réputation dans les années 80 en s'associant avec Stuart Gordon justement, aussi réalisateur de RE-ANIMATOR, autre très bon film. Récemment, je vous ai beaucoup parlé de lui, alors qu'il s'est exilé plusieurs années en Espagne où il a initié et produit de très beaux films, fuyant son pays où la production de ses projets devenait de plus en plus problématique. On lui doit dans cet exil européen de très belles choses, dont notamment DAGON d'après Lovecraft, ou l'impressionnant DARKNESS. Bref, voilà un type pas con du tout, et qui a toujours ça et là lancé des projets intéressants et originaux, quelquefois inattendus, dans le monde très codifié du cinéma fantastique et d'horreur.

SOCIETY est sans doute un de ses films les plus impressionnants, et sans doute un des plus beaux exemples de ce que le cinéma de genre pouvait produire de magnifique dans les années 80, et même ici, dans les dernières années où les artistes qui œuvraient dans le domaine avaient encore la chance de voir leurs films sortir au cinéma et rencontrer leur public. Cet âge plus doré que l'époque actuelle leur permettait justement, à Yuzna et ses confrères, de proposer des œuvres ambitieuses et bougrement originales. Et SOCIETY à cet égard est un ovni absolu, et ne ressemble à rien !
On est d'abord assez surpris par l'étrange rythme de SOCIETY, qui en fin de compte est plutôt bavard, et où les éléments fantastiques ne font qu'effleurer la narration et ne se déploient vraiment que tard dans le film. Mélange improbable de "film de college" (c'est exagéré mais c'est vrai qu'on évolue uniquement chez les adolescents assez longtemps), de comédie exagérée et de thriller presque, SOCIETY est assez dur à définir pour qui ne l'a pas vu. Le budget est sans doute modeste mais le décorum est soigné, les acteurs nombreux. Le ton du film oscille entre l'angoisse existentielle du héros et la grasse comédie (les scènes de plage, la maman obèse et psychotique). Néanmoins, on sent que pointe très clairement le vitriol sous la farce annoncée. Yuzna dépeint une société policée (d'où je pense l'excellent choix des acteurs qui jouent les parents), correcte à tous égards, où n'émerge aucun conflit direct, mais où le réalisateur malin arrive à faire jaillir ça et là l'incroyable violence : tout est déjà organisé, les rivalités sont extrêmes(en façade, comme un semblant de démocratie), et on sent bien que tout cela marche comme sur des roulettes. Billy, adolescent décalé, se sent emprisonné dans une cage dorée, lui qui a le sentiment d'être membre de cette communauté et en même temps d'en être tenu à l'écart. Cette tentation paranoïaque est dure à vivre dans un monde où justement l'esprit de groupe est la règle. Bref, on est plongé dans un monde parfait, à l'opulence décomplexée, qui ne se pose aucune question car justement, tout ce petit monde sait très bien que ce sont eux qui détiennent le pouvoir et la puissance qui font que les USA est un pays stable et omnipotent. Billy, avec ses doutes et ses hallucinations, pose des questions dans un milieu où justement tout est parfaitement huilé, et aucune n'est à poser car si cette communauté est violente ou cruelle, elle gère tout ça en interne, et même fissa ! De notre côté, nous spectateurs, nous régalons de ce portrait acide de la société d'en haut qui ressemble tellement au reste d'ailleurs. Yuzna enfile les perles dans des scènes absolument atroces socialement, comme celle des élections étudiantes où le Peuple (nous) est manipulable à l'extrême et souhaite cette manipulation du moment que ce soit divertissant (beau découpage en de très simples champs/contrechamps), opposition violente de façade entre les différents clans de la société huppée, dictature de la beauté et de l'ultra-norme physique chez les jeunes, et bien sûr corrélation totale des sphères du sexe et du pouvoir. Bref, une société qui gagne toujours plus d'argent, régente le pays entier, et ne s'intéresse qu'aux salles de musculation et aux arcanes du pouvoir ! Billy est en bien mauvaise position par le simple fait d'avoir des doutes existentiels dans un monde où la chose n'est même pas envisageable.

On l'aura compris, en plus d'être drôle, extrêmement drôle, et absolument angoissant, SOCIETY est un grand film politique et social, un peu à la manière d'un autre grand film de l'époque, STREET TRASH de Jim Muro, qu'on avait déjà évoqué sur Matière Focale. Rien pour cette belle écriture sans concession, c'est un très bon film.
Là où Yuzna marque des points, c'est sur la malice globale de la mise en scène et de la préparation du film. Tout d'abord, il a choisi décors et objets avec soin et jamais la modestie du budget ne se fait sentir, même si Yuzna reprend souvent les façons de faire la série B indépendante de l'époque, dans le cadrage notamment, qu'il sait détourner d'ailleurs avec une belle habileté. La photographie est à mon sens d'ailleurs très réussie et assez expressive. Yuzna sait placer des lumières plus expressionnistes dans des moments importants qui sont du coup très jolis. Je pense à la séquence finale, hénaurmissime bien sûr (la lumière qui vire au rouge dans le même plan lorsque l'orgie commence) ou encore à la scène où Billy découvre la voiture accidentée en pleine nuit. Tout cela est fait avec goût et la direction artistique en général, je pense aux décors notamment, retrace parfaitement le mauvais goût et le factice de la société chic de l'époque. La narration, comme le scénario, avance dans un faux rythme assez angoissant et très prenant. C'est très bien écrit, et le montage fonctionnel avant d'être bougrement lyrique dans la séquence finale est assez aiguisé, tout en faisant presque mine de ne pas y toucher.

Là où Yuzna marque également des points c'est dans le casting. Tous les acteurs ou presque sont issus du monde du soap opera et des sous SANTA BARBARA ou des séries à rallonge. Yuzna a eu le génie de les utiliser en leur demandant de jouer comme ils le font d'habitude, c'est-à-dire en patatant avec sérieux, et donc en exigeant un jeu trop ouvert, et même en poussant certains des personnages les plus burlesques (Ferguson, chef du clan adverse, ou encore la petite amie de Billy, véritable bimbo grotesque) vers la caricature comique. On remarque que les personnages plus caricaturaux sont des jeunes, et que les acteurs les plus "sobres" et efficaces (le psychanalyste, Petrie) sont tous des gens qui sont des rouages importants de la Société. Entre les deux nuances, on trouve la famille de Billy qui semble à la fois sincère et perverse ! Billy Warlock garde son jeu codifié par la télévision ce que Yuzna met très bien en valeur en se gardant bien de se moquer de lui. Au contraire, c'est peut-être le personnage qui paradoxalement est le plus sérieux du film.

La petite histoire dit que Yuzna, très embêté pour trouver des comédiens pour jouer dans un film aussi extrême, aurait donné aux acteurs des scripts dans lesquels ne figurait pas la séquence finale. Il voulait des acteurs de soap et de télé. Personne n'aurait accepté de jouer là dedans sinon. Il parait que le tollé a été énorme quand les comédiens ont reçu le vrai scénario en fin de tournage !
Car, en fait, il est assez dur de faire un article sur SOCIETY sans rien dévoiler. Ceux parmi vous qui ont déjà vu le film doivent se dirent : "mais qu'est-ce qu'il fait, le docteur ? Il ne parle pas de l'essentiel ! La fin bon sang !!" Je comprends cela. En même temps, comment ne pas souhaiter que vous découvriez SOCIETY, vous qui n'avez pas vu le film, en étant vierges de toute supposition quant au contenu de la chose. Si j'avais un conseil à donner, ça serait le suivant. Vu que le film se trouve à deux ou trois euros dans tous les bacs et les solderies de France (en V.O. en plus), achetez le film. Vous ne perdrez pas d'argent même si vous le détestez. Et surtout, surtout, ne regardez pas la quatrième de couverture où les photos sont trop explicites. Laissez-vous guider !
Ceci étant dit, le film de Yuzna est hallucinant par l'énergie qu'il déploie et qui n'est uniquement tendue que vers la séquence finale. Sans la dévoiler, encore une fois, on peut dire que c'est une des bobines les plus hallucinantes  de l'histoire du cinéma. C'est simple : on n'en croit pas ses yeux ! Quelle magnifique prise de risque ! Le film, dans cette séquence où les effets spéciaux sont omniprésents, développe alors une puissance monstrueuse qui s'exprime dans une nuance absolument dantesque dans laquelle se mêlent humour fabuleux et horreur absolue ! Toute la violence larvée du film nous rejaillit à la figure et nous piège alors comme notre héros (attaché comme un chien ou un esclave par une entrave qu'on utilise dans les fourrières !). La violence de l'humour, l'incroyable horreur sociale et politique qui jaillit alors (même si on savait tout) nous cloue à notre siège. C’est la descente d'un grand huit pendant 15 minutes ! On a envie de crier, pleurer... et rire ! Et le plus gros choc est évidemment esthétique dans cette séquence. Les effets spéciaux de Screaming Mad George (grand maquilleur et maître en effets spéciaux de l'époque, très doué et iconoclaste ; ah oui, c'est aussi un travesti !) sont sublimissimes et osent ouvertement utiliser l'influence surréaliste, notamment celle de Dali. À eux seuls, ces effets résument parfaitement et le ton grotesque et terrifiant du film. Je m'arrête là pour ceux qui n'ont pas vu le film.
 
SOCIETY est donc un film très important à mes yeux, et qui n'a rien perdu de sa modernité. Mélange improbable et calculé de tons et de nuances paradoxales, c'est à la fois un film de genre bizarre et réussi, mais surtout un grand film tout court qui met le doigt avec force sur les craintes adolescentes (ici, pour notre plus grand plaisir et notre plus grande souffrance, toutes justifiées !) qui révèlent un monde ignoble, et une société politiquement plus que cruelle : violentissime ! L'écrasement de l'individu est total. La Haute Société baise littéralement le Peuple sans doute enfermé dans son ignorance complète et, à quelques plans près, mis à l'écart des cloisons étanches du film et du champ. Précis, drôle et pertinent d'un simple point de vue affectif ou humain, SOCIETY est une charge hallucinante et sans complexe de la société occidentale riche, une espèce de brûlot mais construit avec une précision étonnante. Pas étonnant que Yuzna ait choisi des acteurs de soap. Il détourne ainsi les codes du divertissement pour les masses, c'est-à-dire de ces fictions nous racontant, aux ploucs que nous sommes, les vies supposées de Ceux D'en Haut. La vie est sans doute proche de ces soap-operas, et toute la puissance et le génie de Yuzna est d'avoir fait éclater avec violence mais aussi avec humour (avec une intelligence toute sensuelle en somme) le constat que notre société s'est organisée comme un spectacle et une orgie que beaucoup rêvent de rejoindre alors même qu'ils n'ont aucune chance d'y participer. Même vu de notre point de vue (nous, les ploucs d'en bas, répétai-je), SOCIETY trace en filigrane le portrait exact, en tout cas, de la société de consommation. Nous rêvons de faire partie de ce club, ce qui ne sera jamais le cas, nous sommes tenus à l'écart du film, et nous avons l'impression pourtant d'avoir le choix.  Effrayant, n'est-il pas ? La force de Yuzna est d'avoir osé ne pas se poser la question du bon goût tout en travaillant un projet précis, bien dirigé, très soigné, et esthétiquement renversant. Ce qui fait de SOCIETY un des rares films dont on peut se targuer qu'il incarne ce qu'on essaye d'appeler le cinéma du Réel. Bien plus qu'un Truffaut finalement. SOCIETY est tout simplement un grand film. Et beau en plus !
 
Fraternellement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 9 janvier 2008

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[Photo : "Multi-Talented Person" par Dr Devo, d'après une photo de l'actrice Kira Klavell dans le film HOUSE OF THE DEAD]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Allez, on continue la belle descente que nous avons commencée ces derniers jours dans la dévédéthéque du Marquis. Au sortir de RIVER KING, nous étions plusieurs à vouloir regarder un film et nous piochâmes au hasard pour voir un truc que personne n'avait vu, y compris le Marquis lui-même.
Et c'est comme ça que nous nous sommes retrouvés là devant...
 
Le Canada ou pas loin, de nos jours. C'est l'été. Un groupe d'amis (trois filles et deux garçons) attendent le bateau qui les mènera à la super rave de l'année, organisée sur une île tranquille au large. Puisqu'ils sont arrivés en retard à ce lieu de rendez-vous, ils demandent  au capitaine d'un bateau de pêche, Jürgen Prochnow étonnement, de les y conduire, ce qu'il refuse dans un premier temps, car l'île où a lieu la fête est surnommée par les anciens Isla De la Muerte ! Brrr... Quelques billets de banques plus tard, Prochnow est d'accord au final, pour conduire nos jeunes cadres dynamiques sur l’île aux raves. Et quand nos héros arrivent là-bas, c'est très étrange, il n'y a plus personne, et le matériel de l'immense fête (c'est une rave de boîte de nuit de Los Angeles, pas une soundsystem dans une fourgonnette avec des punks à chien autour !) est laissé à l'abandon. Mais où donc sont passé les gens ? Où sont les passagers ? Où sont les bagages, Mr Zatapatik ?
Dans la forêt recouvrant l'île, d’étranges créatures se déplacent et semblent épier nos héros... Ils retrouvent deux autres personnes qui ont filmé les événements, et découvrent qu'en fait, la rave a été attaquée par des... ZOMBIES !!!!! Mon dieu ! Qu'est-ce qu'on va devenir ?
 
HOUSE OF THE DEAD, filmé par le transfuge allemand Uwe Boll, est une adaptation d'un célèbre jeu vidéo d'arcade où le joueur doit descendre du zombie à la chaîne dans une ambiance bougrement claustrophobe. Je tiens à dire que c'est le deuxième film adapté d'un jeu vidéo que je vois cette année après le gentiment débile DEAD OR ALIVE, qui lui est une adaptation d'un jeu de combat et de beach-volley ! La classe ! [Avec Eric Roberts en plus !!]

L'introduction du film, avec images gelées et voix-off, est un peu confuse, mais elle est suivie par un générique plutôt sympathique où l'on voit des images du jeu vidéo mais rendues méconnaissables par un effet de traitement qui les appauvrit et les déforme. C'est assez joli, mais ça ne dure pas longtemps, et quasi instantanément, pour ceux qui n'auraient pas été alertés par le jeu des acteurs dans la séquence d'introduction (où nos amis se rencontrent et où la voix-off raconte quels sont leurs relations aux uns et aux autres, chose qui sera strictement inutile par la suite d'ailleurs), on est vite mis au parfum. Si le film est assez richement doté (pas mal de lumières, pas mal de figurants, etc..), on constate quand même que l'affaire est loin d'être dans le sac. L'arrivée en bateau sur l'île est interminable (oui, mais avec des plans sur la mer par hélicoptère ! Une bonne douzaine de fois d'ailleurs !), pas loin d'une bobine (20 minutes), entrecoupée de scènes se passant dans la rave party et globalement assez débiles (nénettes à gros seins se trémoussant le bikini, petites pépettes se déhanchant au bras de minets peroxydés, etc.). Évidemment, comme c'est original, il y aura une scène de teasing avant le débarquement de nos héros où une des jeunes pépettes de la rave propose à un blondinet de se rouler des pelles puis d'aller se baigner (dans cet ordre). Là, la belle se déshabille, fait saliver le spectateur, se baigne et hop, petits plans subjectifs sous-marins permettant de dévoiler la plastique de l'interprète en même temps de suggérer qu'il y a quelque chose (un requin ? un sous-marin ? un monstre ?) qui rode sous l'eau. Les deux tourtereaux se font massacrer, mais hors-champ ! Histoire de faire durer le suspense sans doute. Et voilà 35 minutes de passées, nos héros sexy qui arpentent l'île en se demandant ce qui se passe, etc., désamorçant tout effet de suspense, et nous plongeant déjà dans un sommeil lointain. On note les excellents acteurs qui patatent n'importe comment avec une mention pour la petite black du groupe jouée par  Enuka Okuma, et qui elle est un festival de bon goût à elle toute seule : bouche pendante en forme de Ha ! et de Ho !, jaw acting, et roulement des yeux, c'est la totale, et c'est drôlissime. Si jamais vous voyez le film, soyez attentif à sa performance gigantesque. C’est pas une sobre, la petite.

Bref, plusieurs dizaines de minutes plus tard, la caméra ayant beau virevolter dans tous les sens, on n'a pas encore vu un seul zombie ou presque. Ils finissent néanmoins par arriver pour des grandes scènes de shoot, en pleine nuit. Et là, déception ! Ce ne sont que des figurants qui ne font même pas semblant de marcher bizarrement ou de faire des efforts de composition. Ils marchent, courent  et fument des clopes comme vous et moi avec quelques grammes de maquillage sur le visage et des vêtements déchirés, si bien que plus tard dans le film, la mise en scène étant des plus confuses, et comme il fait bien nuit, on a du mal à distinguer qui est un héros dans la troupe, ou qui est un zombie ! Bref, on a rarement vu des zombies aussi peu convaincus de l'être !
La mise en scène tourne vite à la catastrophe. Pas de cadre, et surtout aucun découpage. Il faut plusieurs autres dizaines de minutes pour voir un zombie et un héros dans le même plan. Au contraire, le tout fait penser à un long montage alterné avec des zombies dans le champ et des héros dans le contrechamp, les deux étant parfaitement étanches et forçant l'évidence : le film est tourné dans un hangar. Aucune perspective, et aucune idée de la géographie des lieux ne se dégagent, laissant le spectateur devant une suite de plans enfilés sur un rythme rapide. Mouais.

L'action se décompose principalement en trois grosses scènes d'action interminables, dont l'arrivée dans la fameuse maison (bougrement petite) qui n'en finit plus de se terminer. La mise en scène est d'un bon goût exquis qui nous a quand même laissés échapper de bons fous rires : la mort des héros est mise en scène comme dans le jeu (un travelling en contre-plongée autour du personnage figé avec l'écran qui se colore en rouge !), et la caméra n'arrête pas de tourner autour de nos héros à 360 degré, mais pas à la DePalma, plutôt à la MATRIX avec effet bullet time ! On a le droit aussi à un plan subjectif vu sur le nez d'une balle (hommage à aux VISITEURS je suppose !) et autres effets ostentatoires débilissimes.

Le scénario suit. Il y en a peu. Machin se fait mordre et se sacrifie. Bidule tombe amoureux de machin (c'est bien le moment !), et la queue de poisson finale gentiment empruntée à Fulci (involontairement, car Boll ne connaît sans doute pas ce réalisateur !), mort progressive du casting et boss de fin de niveau. Car on saura le fin mot de l'histoire ! S’il y a des zombies, c'est qu'il y a une raison ! Ce qui nous vaut de splendouillets flash-back en sépia, où on découvre le gros méchant de l'affaire (personnage éculé, joué par une espèce d'éponge humaine) et là on trouve le dialogue-clé du film.
Un figurant : "Mais pourquoi vouliez-vous devenir immortel ?"
Le gros méchant : "Pour pouvoir vivre éternellement !"
Pas con !

Bref, Boll déroule son petit machin avec l'assurance d'avoir fait le plus beau film de la terre, baignant son œuvre d'une musique techno presque aussi drôle que celle du BEOWULF avec Christophe Lambert (film bien plus sympathique et drôle d'ailleurs). Que des bonnes idées donc. La scène finale est stupidissime, mais l'héroïne a de gros seins et donc tout va bien.
Bref, voilà une belle catastrophe, une série Z tournée avec un budget de petite série A, ce qui rend la chose assez antipathique. Ceci dit, on rigole ça et là, découvrant avec effarement l'étendue du désastre qui, dieu merci, est compensé par le jeu tractopellique des acteurs. De la rave, de la techno, des zombies anonymes trouvés sur le marché indonésien (bas de gamme et fabriqués par des enfants sans doute !), des effets de clips, et quelques autres trucs marrants : transitions à la ScoobyDoo où les scènes sont introduites par une image du jeu et aussi un vraiment chouette moment : une espèce de flash-back du film entier avec des plans de ¼ de secondes qui s'enchaînent pendant une bonne minute, seule chose un peu expressive de la mise en scène. Bref, on est en plein dans le fantasme de films de petits "djeunzs" comme les imaginent les producteurs avides de brouzoufs et assez remplis de thunes pour aller s'acheter la franchise sans doute coûteuse. HOUSE OF THE DEAD, très loin du jeu original, à peine gore et qui se déroule dans une atmosphère très décontractée (quand un héros meurt, les personnages survivants crient "OH MON DIEU !!!!" et puis sortent du plan, les mains dans les poches, en sifflotant LA BALLADE DES GENS HEUREUX) n'est donc quasiment rien, s'approche assez facilement du vide cosmique malgré quelques moyens. Beaucoup de mauvaises idées et de mauvais goût sont au rendez-vous de ce divertissement de nantis. Finalement, on préférera une bonne vieille série Z, ou un machin avec Christophe Lambert, personnage éminemment plus sympathique, qui au moins n'essaie pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et assume plus ou moins son statut de comédien d'exploitation. Toujours est-il que le machin a plutôt marché, sans doute, puisqu'un numéro deux a été tourné. Ben ce sera sans moi, les gars !
 
Facilement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Mention spéciale à Kira Clavell, représentante de la minorité asiatique dans le film et qui est drôlement bien habillée dans sa tenue de cuir moulante (et avec pattes d'eph !) aux couleurs du drapeau américain ! Je note également que HOUSE OF THE DEAD, comme de bien entendu, est, lui, sorti en salles en France.
 
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Mardi 8 janvier 2008

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[Photo : "...And Jack !" par Dr Devo.]

 

 

Chers Focaliens,
 
Ah bah bien sûr, ce n’est pas tous les jours comme ça ! Je veux dire, on ne regarde pas toujours les mêmes choses chez le Marquis et c'est heureux. Et maintenant que je suis de retour, je vais vous raconter ceci !
 
Le grand froid d'une petite ville, là-bas, chez nous en Amérique. Et un policier très ordinaire, Edward Burns, qui trouve dans la rivière gelée le cadavre d’un jeune homme au torse étrangement écarlate sous sa pellicule de glace. Il s'agit d'un élève marginal et solitaire qui vit en pension dans une lycée privé ultra-huppé, et à l'anglaise, où les élèves sont classés par Q.I. quasiment, en cours comme dans les sorority houses. La campagne, la neige à perte de vue, la pension, rien de très marrant mais de là à aller au suicide ? Burns ne comprend pas et pense à un meurtre. Il enquête et rencontre notamment une des profs du lycée (et c'est le béguin, mais elle est fiancée !) et Rachelle Lefevre surtout, dont le père n'est ni français ni acteur populaire décédé, mais qui est l'amie intime du jeune défunt et qui, il faut bien le dire, a bien du mal à croire au suicide de son "soul mate". Edward Burns aussi. Malgré tout, ses supérieurs ferment le dossier et classent l'enquête assez vite...
 
Voici donc RIVER KING, réalisé par Nick Willing et, youhoooo, encore gagné, film sorti une fois de plus en France directement à la vidéo. C'est bien dommage, surtout que le gars Willing avait réalisé il y a quelques années un très chouette polar fantastique et londonien, HYPNOTIC avec le beau Goran Visjnic (qui décidément choisit bien ses rôles depuis URGENCES la série, puisqu'il a  aussi joué dans le zoublimement formidable BLEU PROFOND de Scott McGehee et David Siegel), avec et la merveilleuse Shirley Henderson. On trouve d'ailleurs HYPNOTIC à pas cher du tout dans certains bacs, c'est bon, mangez-en ! [Nick Willing a surtout réalisé le très beau – et pas sorti en DVD – FOREVER… NdC] Mais revenons à RIVER KING, polar gentiment décalé et hivernal, à l'ambiance triste et tranquille comme un jour d'enterrement. Après une chouette introduction gentiment elliptique mais avec quelques beaux plans, on est plongé dans une ambiance banale et fantomatique où bizarrement, le lien entre les séquences (qui est aussi le moteur de l'enquête) semble être un fantastique franc, à travers l'apparition d'un mystérieux petit garçon et de traces photographiques spectrales. Ce qui n'empêche pas le film d'être sur le plancher des vaches et de distiller son petit venin de tristesse. Tout cela a l'air de rouler sous l'évidence, et c'est sûrement le cas, d'une certaine manière. Et lorsqu'on arrive à la dernière partie du film, on se dit que Willing déploie tranquillement les notes de sa cadence finale, classiquement sur le clavier de son film, oh la jolie métaphore, mais  n'empêche, pas tout à fait. On sent assez tôt que cette étrange histoire de suicide étonnant dans ce milieu si tranquille cache une réalité banale et anonymement violente, violence laissée presque hors champ du reste. Comme si on nous disait : "vous voyez ce que je veux dire et ce dont je parle", sans détailler plus. Peut-on avoir raison contre les autres ? Peut-on être seul dans sa communauté sans souffrir ? Le groupe va-t-il encore une fois écraser l'individu ? Etre libre, est-ce être seul ? Bref, une jolie réflexion, assez sensuelle, pour un film assez classique, mais bougrement soigné, et qui joue notamment de cet aspect tranquille et  connu pour faire courir, juste en dessous de la surface, l'amer ciguë de la solitude. Le personnage de la jeune Rachelle Lefevre est assez joli, d'autant plus qu'elle n'est pas toujours spécialement sympathique ou rassurante, et la description de sa relation avec le défunt, relation platonique d'amitié intense qui ignore sans doute autre chose, amitié d'une vie sans doute, est drôlement touchante. Quand le film démarre, elle est déjà finie, cette relation,  ce qui accentue la tristesse générale de la chose. Je note d'ailleurs que le personnage de Rachelle est aussi en prise avec le Système de manière assez amère d'ailleurs (ses relations avec le groupe). Bref, quand la dernière partie s'enclenche, ce sont les explications qui débarquent, le mystère non-twistique qui arrive, un peu évident se dit-on, mais qui, sous ses allures classiques, voire entendues, passe avec une jolie délicatesse, bien moins gnan-gnan qu'il n'y paraît. C'est peut-être là la force de RIVER KING : avoir placé le drame sous des dehors banals. Hors rien n'est jamais banal dans ces histoires là. La simplicité du vécu des personnages sonne délicatement comme un refus de pathos, une espèce de sobriété dans la mélancolie douloureuse. Rien d'ostensiblement clinquant, pas de démonstration de mise en scène clinquante et gadgétisée, mais un réel sentiment de fêlure et de violence douce. Ce n'est pas forcément un mauvais calcul. La mise en scène est soignée, avec une jolie photo et surtout quelques très beaux cadres. C'est donc un beau film, pas gnangnan, assez direct même qui décrit des situations subtiles et simples avec tact. Sans en avoir l'air, Willing est en train de se faire un joli trousseau de film. RIVER KING est un beau film, ni plus ni moins, avec de vrais morceaux de cœur dedans. Dans le genre indépendant/policier/étude de mœurs, on apprécie ici l'exploitation franche de l'élément fantastique, et on s'étonne, encore une fois, de constater que ce beau film ne soit pas passé en salles, alors qu'un MICHAEL CLAYTON ou qu'un GONE BABY GONE (film pas trop mal d'ailleurs) sont distribués les doigts dans le nez, malgré des mises en scènes et/ou des sujets (pas pour le film de Affleck remarquez) bien moins subtils. Va comprendre, chère lectrice...
 
Tiens c'est marrant cette transition, car on va parler de SESSION 9, de Brad Anderson, et c'est vraiment là aussi un joli "thema" comme on dit sur la chaîne Figaro-7 (comprendre Arte), si on le diffuse avec RIVER KING. Difficile de ne pas se paumer quand on parle de Anderson, car plusieurs milliers de réalisateurs connus portent ce nom ! Il ne s'agit cependant ni de Wes, réalisateur de LA VIE AQUATIQUE (et qui revient bientôt !) ni du réalisateur du sympathique RESIDENT EVIL, mais du réalisateur du très beau THE MACHINIST qu'on avait défendu à l'époque et qui, lui, avait été distribué, le petit chanceux !

Peter Mullan dirige une petite entreprise, minuscule même, de mise en conformité de bâtiments publics. En gros, il nettoie, dépoussière, désamiante et met aux normes les vieux établissements. Un job pénible et précis, voire dangereux et stressant car on y manipule des produits de construction toxiques. Bref, un boulot ouvrier mais très technique. Mullan accepte un chantier qui consiste à nettoyer et remettre à neuf un immense asile désaffecté qui devrait devenir la nouvelle mairie de la ville. Le bâtiment est dans un état lamentable et perclus d'amiante. Il faut trois semaines pour le nettoyer mais Mullan, qui doit décrocher le marché sans quoi il va devoir fermer la boîte, propose de le faire en une semaine seulement. Et il se met au travail, avec notamment à ses côtés David Caruso (de nouveau acteur !!! après ses incursions médiatiques dans l'univers médiocre du feuilleton scientifique !), son ami le plus proche. Les travaux pénibles commencent avec cette deadline serrée et suspendue comme une épée de Damoclès au dessus de la tête de nos ouvriers. L'atmosphère est assez tendue et même inquiétante. Peter Mullan semble terrassé de fatigue et très inquiet à propos de sa femme. Caruso regarde la tension monter dans le groupe en essayant de gérer la chose (il est assez psychologue). Et un des deux autres compagnons de désamiantage trouve dans les archives abandonnées de l'asile de mystérieuses bandes où sont enregistrées des séances d'analyse entre un psychologue et sa patiente schizophrène. Quel mystère cache cet ancien asile ? Nos camarades ouvriers arriveront-ils à respecter la date limite des travaux, ce qui leur permettait de sauver la boîte et de ne pas pointer à l'ANPE lundi matin ? Et parviendront-ils à gérer leur stress qui monte, qui monte, qui monte, sans qu'on ne puisse absolument dire pourquoi ?

Et bien, chers amis, quel film étrange !!! Sous des aspects classiques (film de maison hantée sur fond de huis-clos paranoïaque), SESSION 9 fait à peu près tout le contraire de la concurrence. Et je dois bien l'avouer, je suis resté quand même un peu sur le fessier en découvrant la chose.
Car si la trame et la brioche du film paraissent relativement convenues il ne faudra que quelques minutes pour se mettre dans le bain, et découvrir une narration et une histoire tout bêtement bien plus étranges et bougrement iconoclastes. La mise en scène oscille entre effets ouvertement fantastiques (apparitions, sons étranges hors contexte), et description assez banale du travail effectué par nos ouvriers dans une ambiance très impressionniste. Les acteurs aidant, car le casting est très bien vu, bien que Anderson utilise des personnages bien marqués, on est vite embarqué là aussi dans des développements subtils qui, sans qu’on s’en rende spécialement compte, enfin un peu quand même, font monter la pression sans en avoir l’air. Car, en effet, si SESSION 9 est passionnant dès la première bobine, on se rend vite compte au bout de plusieurs dizaines de minutes qu’il ne se passe quasiment rien ! Drôle non ? Certes, il y a de petits incidents, de petits indices fantastiques, mais rien qui semble former un schéma ouvertement cohérent, ou plutôt significatif. Et c’est là que le film marque des points : on ne sait pas où il nous emmène, toutes les possibilités semblent ouvertes sans qu’on puisse vraiment jurer de ce qui pourrait se passer ensuite. Et pourtant, ô paradoxe, on est loin de sombrer dans la platitude et l’ennui. Ce n’est qu’à partir de petites touches, et d’impressions bien personnelles de la part des personnages qu’on est guidé dans cette histoire bizarre et qu’on est finalement happé par un malaise de plus en plus grandissant.
Il en résulte donc un film à la fois totalement sensuel et complètement abstrait, nouveau paradoxe. Sensuel et abstrait, banal et fantastique. Et cette pression qui monte. Au bout d’une heure, le film est passionnant sans qu’il ne se soit passé rien de tangible ! La classe, non ?
Bizarrement, le film, en plus de sa narration très ouverte et donc absolument libre, se construit comme une espèce de remake absurde de SHINING curieusement, un remake dans un autre contexte et avec un sens très différent. Un remake maniériste en quelque sorte, quasiment aussi abstrait que son modèle ! Pression financière, boulot qu’on ne pourra sans doute pas abattre, lieu tranquille mais ouvert sur la folie, arrivée d’un personnage extérieur pour rien (comme Scatman Grothers  dans le film de Kubrick, assassiné en deux secondes alors qu’il a péniblement mis une heure et demie à venir sur le lieu de l’action),  découpage absurde en chapitre, etc. Autre point fort, les fameuses bandes d’enregistrement du personnage de la schizophrène. C’est le moteur narratif et injustifié, voire injustifiable, de la narration, et pourtant, ces bandes n’ont rien à voir avec le film ! Étonnant, non ? C'est-à-dire que cet élément moteur (les fameuses bandes, donc) qui semble provoquer toutes les situations du film, n’a aucune influence sur le contexte actuel de nos pauvres héros. C’est juste un collage artificiel, même pas une fausse piste. C’est très punk, et même "couillu" comme procédé ! Et voilà qui rajoute une touche abstraite supplémentaire et qui épaissit l’angoisse générale, de manière finalement assez poétique. Direction artistique simple et directe mais soignée, très bonne direction d’acteur, un projet totalement abstrait et en opposition complète avec le fantastique actuel, SESSION 9 est, en plus, très bien mis en scène. La photo est belle et expressive. Le son est  très prenant, notamment grâce à une musique réussie et assez éloignée des canons du genre. Enfin, le décor est très bien utilisé, c'est-à-dire de manière non prévisible, et en adéquation avec le projet global, sans sur-dramatiser son aspect fantastique. On a donc les fesses délicieusement coincées entre deux chaises, et on retrouve totalement le soin de
THE MACHINIST. Le projet ici est encore plus iconoclaste sans doute, et l’ambition est tellement grande qu’on se demande comment Anderson a réussi à monter un projet tellement bizarre, très loin d’un possible retour sur investissement ! Le film ne ressemble à rien, du coup, même pas à du fantastique asiatique par exemple, et la mise en scène est vraiment très riche, très renouvelée, ce qui permet d’avoir la sensation délicieuse de ne pas voir un film "normal", et d’apprécier au contraire une œuvre ouverte sur tous les possibles narratifs et esthétiques. La dernière partie, plus explicative pourtant, passe comme une lettre à la poste car elle est émaillée par des plans tout bonnement sublimes, dont une surimpression magnifique que je vous laisse découvrir. À noter également une séquence de 4 ou 5 minutes qui vaut absolument le déplacement  et qui me semble être le morceau de bravoure du film : le groupe se sépare pour explorer l’asile et la tension monte encore d’un cran par un classique montage alterné, très malin. Bon, soit. Mais au lieu de faire monter la pression par l’image en une minute,  Anderson construit en fait, en loucedé, la séquence sur un temps très long (cinq minutes !!!! C’est interminable, on a l'impression d'être dans une descente de Grand Huit qui n'en finit plus !) et non pas sur les effets sonores mais sur la montée générale du volume du mixage, lente, lente montée qui semble indiquer que le film va s’arrêter ou exploser et qui le plongerait presque dans une ambiance lovecraftienne ! C’est un passage sublime, et pas seulement bien mis en scène, mais très bien écrit car quand elle se termine et que s’enclenche la suite, on ne sait toujours pas qui a fait quoi et qui, parmi les personnages, est encore parmi nous. C’est très beau et très impressionnant.
En tout cas, Anderson se pose sans doute comme le réalisateur à surveiller dans le milieu du cinéma fantastique. Son film est bien plus ambitieux encore et plus abouti surtout (plus beau, plus rigoureux aussi) que le ABANDONÉE de Nacho Cerda par exemple, film déjà intéressant. Et je crois que SESSION 9 est bien plus impressionnant encore que THE MACHINIST, quoique l’on puisse préférer ce dernier. En tout cas, Anderson est très libre, fait non pas un film qui ressemble à un film, mais quelque chose vraiment personnel, sans se soucier du reste. Le résultat est passionnant, et encore une fois (TOUS ENSEMBLE !!!!!!), "le film n’est pas sorti en salles" ! Comme par hasard. Le spectateur de cinéma averti loupe largement les meilleurs films fantastiques (ou les meilleurs films tout court !) s’il se contente ou d’aller en salles, ou de n’acheter que des DVD identifiés et reconnus par la presse spécialisée. Et je n’ose même pas imaginer les belles choses iconoclastes qu’on loupe même en étant curieux…
À noter que SESSION 9 me semble parfaitement offrable aux personnes n’aimant pas spécialement le cinéma fantastique. Et on le trouve à pas cher, surveillez vos bacs ! Notons enfin qu’on trouve dans un petit rôle dans SESSION 9, le réalisateur Larry Fessenden, ce qui tombe très bien car justement je parlerai longuement de lui dans un prochain article, à propos de deux films là encore inédits en salles. Vous allez adorer le personnage, mais chut…. Laissons couler le suspense !
En tout cas, et même si je ne suis pas encore allé en salles ces derniers jours, voilà une année qui commence fort bien, vous ne trouvez pas ?
 
Chaleureusement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Lundi 7 janvier 2008

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[Photo : "L'Incompressible" d'après une photo de la chanteuse américaine Laurie Anderson]

 

Chers Focaliens,
 
Deep in the heart
Of darkest America
Home of the Brave
(I've already paid for this)
On continue de découvrir les perlouzes de monsieur le Marquis en sa demeure, et il en avait à chaque doigt comme disait la poète, et même plus. Alors que nous sortions à peine du beau LE FLÉAU que j'évoquais la dernière fois, nous enchaînâmes encore avec un truc complètement inconnu du bataillon, mais toujours disponible en magasin et en DVD, UNITED STATES OF LELAND, titre étrange mais assez beau qui confirmait une fois de plus le nombre fabuleux de choses curieuses et de découvertes potentielles que l'on peut faire si on décide de s'éloigner une bonne fois pour toute des sentiers battus de la distribution DVD. Et si vous êtes du genre à ne pas arriver les mains vides lorsque vous allez dîner chez des amis ou des gens, offrez-leur ce type de film, pas chers et superbes, et qui feront sûrement qu'ils vous retiendront comme quelqu'un de bien, sinon d’exceptionnel. Et pour séduire la belle sensible, je suis à peu près sûr que ça marche... Passons.
 
Leland (Ryan Gosling) est un petit gars de 17/18 ans tout à fait normal, ou presque. Ce jour-là, alors que le soleil brille sur les États-Unis et sur la ville moyenne dans laquelle il vit, il tue cependant un jeune handicapé mental d'une bonne vingtaine de coups de couteau. C'est la stupeur qui dévaste alors les proches de l'affaire. Dans la famille de la victime, on ne comprend rien du tout à ce coup ignoble du Destin. Ann Magnuson et Martin Campbell (joli couple !) sont effondrés et leurs deux filles (Michelle Williams, aperçue récemment dans le beau I'M NOT THERE et la trop rare Jena Malone qu'on a bien du mal à retrouver sur les écrans depuis DONNIE DARKO) sont stupéfaites. Le papa de Leland, c'est Kevin Spacey, écrivain de grande renommée et esprit désabusé mais perspicace, et il  apprend la nouvelle par hasard en lisant le journal ! Côté tueur, la mère du coupable, Lena Olin, divorcée, est totalement désemparée. Leland ne tarde pas à se faire arrêter et on l'incarcère dans un centre de détention pour grands délinquants juvéniles en attendant son procès. Il fait là la connaissance de Don Cheadle, qui officie dans cet établissement très fermé comme prof. Il repère assez vite Leland, qui le touche immédiatement par son côté lunaire et étrange. Malgré le strict règlement, il offre à l'adolescent un cahier où le jeune meurtrier va tenter de raconter sa vie. Et bien vite, ces deux-là vont se voir carrément tous les jours pour discuter. Cheadle, apprenti écrivain, aimerait faire un livre sur Ryan mais il est très vite surpris par la teneur des conversations. Car très honnêtement, Leland-Ryan est incapable d'expliquer quoi que ce soit de son geste fatal, ne le justifie jamais et démine son histoire personnelle, avec justesse en plus, de tout ce qui pourrait justifier ou rendre compréhensible le meurtre. Et il est incapable de décrire le meurtre lui-même, même s'il ne se cache pas d'en être l'auteur. Cheadle découvre avec stupeur le monde de ce garçon sensible et intelligent, et le gouffre fabuleux qui se dévoile peu à peu à ses pieds...
 
Sans le vouloir, le Marquis et moi-même nous sommes embarqués avec ce ...LELAND et avec LE FLÉAU, vus tous deux la même soirée, dans un "thema" comme ils disent sur la chaîne du Figaro, sur la jeunesse, bon ok, ici américaine mais en fait universelle, et je dirais même plus, sur la jeunesse sensible et meurtrie ! Toute proportion gardée, car ce serait sans doute en défaveur de ...LELAND, on se retrouve un peu ici dans le même cas que LORENZO de George Miller, film immense et très important (et ignoré !) qui rappelons-le se trouve neuf dans les bacs de solderie à 2 ou 3 euros. [On peut donc avoir une dévédéthèque sublimissime à très peu de frais, voire en étant très pauvre !] LORENZO, film de maladie  a priori, arrivait, et c'est bien l'exception qui confirme la règle, à être merveilleux et à détourner tous les traitements des films analogues. La découverte de la maladie du gamin du couple Susan Sarandon-Nick Nolte (encore un couple sublime !), aurait pris 45 minutes ou une heure à n'importe quel réalisateur, même pas trop médiocre. Miller réglait la chose en 5 minutes, faisait sortir le gamin malade du film au bout de dix minutes et signait en fin de compte le seul film de maladie regardable ou presque !
Ici, même si les enjeux n'ont rien à voir, on est un peu surpris de la même manière. Si le sujet brut, la brioche comme ils disent, est assez conventionnel, UNITED STATES OF LELAND est assez surprenant dans son traitement général, et ce en utilisant des thématiques pourtant attendues donc, exploit double. On s'attend à un mélo sobre mais convenu et très vite, mine de rien, et aussi grâce à un casting très très soigné, subtil même, on finit par s'aventurer sur des chemins plutôt inédits. À travers un montage un peu déconstruit, mêlant un peu les époques et surtout passant d'un contexte à l'autre assez gratuitement (la prison, la famille de Leland, la famille de la victime), Matthew Ryan Hoge place par petites touches un décor très touchant, et assez impressionniste. Autour de Leland, ce n'est pas un portrait au vitriol des USA qui se dessine, pas du tout même. On pourrait dire c'est le contraire, justement, de cette marotte du cinéma US d'auteur. Pas de fêlure extraordinaire, pas de drame extravaguant, le contexte reste et demeure normal, ce qui nous plonge dans une situation assez inconfortable. Derrière le drame de Leland et l'insupportable violence gratuite (ou supposée telle) de son geste, ne se cache rien de particulier sur le plan factuel. Petit à petit, sans établir de scoop concernant Leland ou les autres personnages, le réalisateur finit non pas par faire craquer un quelconque vernis mais plutôt à nous plonger dans un endroit très inattendu : le cœur humain, la "maison du Brave" comme disait la poète (voir exergue).  Et là, c'est bouleversant. Sans avoir l'air d'y toucher, Hoge semble mettre constamment le doigt dessus. À travers des constats très simples, rappelant ça et là les interrogations des films de college les plus touchants (la comparaison avec le genre est quand même tirée par les cheveux !), on sombre dans les pensées de Leland, dans sa sensibilité jamais niaise et même très directe, pour finir lessivé par la vie elle-même.

Que nous raconte le film ? L'incroyable tristesse, insupportable, cette solitude intrinsèque de l'existence même. Et la douleur d'être humain. C'est dans l'être le plus chétif et le plus sensible du monde, le plus anodin aussi, que se révèle le cri de souffrance, le scandale de la souffrance même, la plus crue et la plus intolérable. Parce que le Monde et l'existence seront toujours corrompus, parce que le temps lessive les êtres même les mieux attentionnés et les plus prévenants, Leland, et l'homme sensible avec lui, ne pourra jamais se résoudre,  à rester de marbre face à cette tristesse de l'Homme,  malédiction réelle et concrète. C'est bien la mort qui nous attend au bout du chemin. Et le réalisateur frôle logiquement tout le temps le thème du suicide, directement ou indirectement.
En plus, il ne nous laisse pas en plan et introduit dans un superbe final (quoique sur un rythme plus attendu en apparence), une remise à niveau de notre vision lelandesque de l'existence notamment grâce à un minuscule second rôle (Sherilyn Fenn en plus, ici sublime une fois de plus) qui viendra remettre un peu d'équilibre et d'humanité dans le processus. C'est une sublime idée de scénario, très bien exécutée et que Hoge se permet même de contredire quelque peu par un effet de mise en scène qu'on voit tout le long du film (la caméra subjective qui recadre le plan lorsque Leland ferme ou pas un œil). Par cette image muette, sans dialogue, qui évacue la violence anecdotique du meurtre, et même là, Hoge a besoin de ce subtil contrepoint. Pas  de conclusion du genre "la vie, c'est triste et des fois c'est beau" si gnangnan et si commune. Même dans la conclusion subtile, il remet  en place ce point noir. Peut-être, enfin, l'humanité d'un point de vue ambigu mais sensible, s'exprime. C'est très étonnant, même si tout cela doit vous paraître bien obscur ! Hihi ! [Je suis obligé de parler un peu en codé, pour ne rien dévoiler !]
Bref, tout cela est drôlement subtil et touchant, sans en avoir l'air. Souvent, tel élément important du scénario est déposé dans le lit du film sans emphase, on pourrait même les louper. Et c'est aussi une de ses forces. Laisser les choses à portée et ne pas insister, prendre le risque qu'untel ou untel passe à côté. Mais c'est aussi un très bon calcul. Loin d'une surexploitation du contenu très touchant, voire pathétique, la réflexion se fait dans le calme et la simplicité. Bon calcul disais-je, loin du déferlement de pathos insupportable du cinéma de consommation courante, et qui permet aux éléments les plus essentiels de se déployer avec une force vraiment remarquable.

Il y aurait énormément de belles choses à dire sur le film. Parler de la parenthèse révélatrice des événements de New York, de ce baiser magnifique, sublime même (le début du baiser surtout ! Bravo Ryan), et ressasser cet épure inattendue. Côté mise en scène c'est très soigné. La photo est vraiment bonne, le cadre correct, et  le montage plutôt pas mal (narratif essentiellement), et même quelquefois gorgé de bonnes idées ici et là (les champ et contrechamps séparés de plusieurs dizaines de minutes, processus toujours payant). Au fur et à mesure, on se retrouve donc face à un étrange visage et un étrange film, loin de la bluette sentimentalo-humaniste prévue, et véritablement adulte. Il y a là une délicatesse qui n'interrompt jamais la démarche jusqu'au-boutiste de son personnage, et qui ne nous épargne jamais la violence du monde. Très au-dessus de la moyenne des bons films qu'on voit en salles dans le circuit art et essai, et très très loin, à des galaxies même, du pauvre cinéma européen et de ses thématiques pauvrissimes de niveau CE2 où les thèses justifient tout, y compris le foutage de gueule intellectuel ("la pluie ça mouille", "la guerre ça tue", "la prison, ça sépare" et ce genre de choses !) et la pauvreté esthétique, UNITED STATES OF LELAND, avec une modestie non-feinte mais beaucoup d'ambition, arrive à mettre le doigt dessus, à nous faire sentir un fragrance subtile et à nous mettre le nez face à nos responsabilités les plus banales. C'est un grand film populaire, d'une intelligence remarquable, et qui une fois de plus n’est jamais sorti en salles après un passage au festival de Cannes, puis celui de Deauville en 2003 !
Scandale ? SCANDALE !!
Nos distributeurs sont des incapables, notre cinéma (européen) est lamentable dans son ensemble, et il ne reste à souhaiter qu'une seule chose : qu'il s'effondre !
 
Tendrement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : En fait le cinéma européen est à l'image du couple aigri décrit par Leland dans le film !
 
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Samedi 5 janvier 2008

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[Photo : "Deception  Means Creative Infant" par Dr Devo, d'après une photo du film LE FLEAU]

 

Chers Focaliens,
 
Avant de s'en souhaiter à tous une très bonne tranche pour amateurs du chiffre 8, et même après d'ailleurs, je profite de ce petit séjour dans les terres ancestrales pour aller regarder quelques perlouzes dans le salon plus que jamais mondain du Marquis. Contrairement à l'habitude, ce n'est pas une immense pile, longue comme un jour sans pain, qui m'attend (tous les films que je n'ai pas vus dans les 4000 volumes de la dévédéthèque marquisienne) mais seulement quelques films triés sur le volet et dont j'ignorais pour certains l'existence même ! Qu'importe, l'amour l'emporte et l'amour s'exporte comme disait le poète, et qu'importe le jeu, du moment qu'il nourrisse. Et voilà  où m'a mené cet étrange modus operandi ! [Ça faisait longtemps !]
 
LE FLÉAU, film direct-to-video de l'inconnu Hal Masonberg, réalisateur d'un inconnu Mrs GREER en 1994, et qui signe donc là son deuxième film, tardivement certes, est à ne pas confondre avec l'adaptation du livre éponyme de Stephen King pour la télévision, bon livre d'ailleurs. Rien à voir ici, même s’il s'agit également d'une adaptation littéraire et horrifique, mais d'après un texte du réalisateur-écrivain (entre autres !) Clive Barker, réalisateur du superbe HELLRAISER...

Les USA, il y a 10 ans. Dans une petite ville anodine, un père de famille, Chad Panting, subit un réveil bien mouvementé. Alors qu'il s'apprête à réveiller son fils de huit ans, il trouve celui-ci dans un état de léthargie inquiétant, les yeux rivés au plafond et la bave aux lèvres. Le brave Papa emmène le rejeton aux urgences où il découvre un spectacle hallucinant : tous les enfants de la ville âgés de moins de neuf ans sont victimes du même syndrome, inconscients et mousse inquiétante aux commissures des lèvres. Quelques minutes plus tard, tous les enfants se mettent à être pris d'incroyables convulsions à la même seconde ! Les parents sont horrifiés à juste titre.
Dix ans plus tard, on n’en sait pas beaucoup plus. Ce jour-là effectivement, tous les enfants de moins de neuf ans sur toute la planète ont vécu les mêmes symptômes. Et dix ans après le tableau n'est pas brillant. Ils ont grandi, certes, mais sont restés à l'état de légumes sans qu'on puisse expliquer pourquoi. Tous les pays ont dû s'organiser pour faire face au phénomène, toujours inexpliqué. Les adolescents, presque adultes maintenant, ont besoin d'assistance car ils sont incapables de se nourrir et de se laver. Et étrangement deux fois par jour, ils ont tous des crises violentes d'épilepsie, toujours aux mêmes heures et toujours tous ensemble, à la seconde près, à travers le monde. L'humanité se prépare à l'extinction. En effet les nouvelles grossesses débouchent sur la naissance de bébés présentant les mêmes symptômes et dans ces conditions les gouvernements ont dû prendre des mesures anti-procréation. Des entreprises se sont spécialisées dans l'accueil médicalisé des teenagers légumisés. Ces gamins seront sans doute les derniers habitants de la planète, car de fait, le renouvellement des générations est impossible.
C'est dans ce contexte désespéré que Chad Panting (très bon acteur, au tarin impressionnant !) voit revenir James Van Der Beek (le fameux héros de DAWSON mais pas seulement...), son jeune frère qui sort de prison. Les retrouvailles sont tendues et Chad n'a visiblement pas accepté les erreurs que James  a commises par le passé. Tout comme la femme de James (Ivana Milicevic) qui, elle, refuse carrément de le voir ou d'entamer tout dialogue !
L'ambiance n'est donc pas très gaie, mais le pire est à venir, car les enfants-légumes ne vont pas le rester longtemps...
Et bien, je ne sais pas du tout qui est ce Hal Masonberg, mais en tout cas, sans le Marquis, il faut bien dire que je serais passé largement à côté du FLÉAU, et cela aurait été une erreur. Re-visitation de thèmes et de traitements relativement classiques du cinéma fantastique, LE FLÉAU étonne par l'efficacité de son traitement d'abord. Certes, les thématiques, assez mélangées, feront penser à plusieurs films. Mais dès le départ, et c'est un paradoxe, on oublie assez vite les références pour s'imprégner de l'atmosphère froide, calme et rêche de ce film, qui trouve sans aucun problème, et même avec une belle facilité, ses marques pour devenir un film complètement personnel. D'abord parce que si les thématiques ont déjà été utilisées ailleurs, leur agencement ici, même dans des scènes aux enjeux plus classiques (la scène du vide-linge), est souvent multiple et bigarré, et surtout arrive à déboucher sur des nuances subtiles, souvent simples e