Lucarnus Magica

leslie nielsen devo
[Photo: "Désormais, il rira en prison..." par Dr Devo, d'après une photo originale du comédien Leslie Nielsen.]
La première diffusion de la série de Jean-Teddy Filippe, 'Les documents interdits' remonte  au temps où France 2 s'appellait encore Antenne 2... C'est un fait et nous ne pouvons le nier. Ensuite il me semble que LA DEUXIEME DIFFUSION, et d'emblée j'attire également votre attention (là-dessus, tchac je montre du doigt, je frappe le pupitre de ma paume ouverte tandis que la tension se lit progressivement sur mon visage, une expression où se mêlent concentration et affliction tandis que mon sourcil gauche semble doué d'une vie propre, enfin bon plein de trucs comme ça, il est encore temps de quitter la salle-) sur ce deuxième point : 
il n'y aura eu que DEUX retransmissions télévisuelles de cet ensemble de courts-métrages, et cette dernière se déroulât en intégralité, dix ans en plus tard, dans le cadre d'une soirée unique, sur  Arte. 

Pour être tout à fait franc, je ne me souviens pas tout à fait des évènements, pourtant ce n'était pas au détour d'un raccourci que je ne trouvâ (trouvis? trouvût? -pourquoi personne ne m'aide ?) jamais, non, mais bien plutôt, enfin il me semble, pas très  loin chronologiquement du bide retentissant  du blockbuster avec l'extra-terrestre de Roswell après deux semaines seulement dans les...euh, salons, hein c'est bien ça ? Plus sérieusement, je me rappelle - le coeur serré- avoir effectivement raté cette rediffusion, qui avait été très bien promotionnée en son temps et qui avait obtenue, ça je m'en souviens bien, un certain succès. Mais ma question restera surtout un long "POURQUOI ???" droit, tendu vers le ciel, oui pourquoi aussi peu de rediffusions ? Se pourrait-il que l'on nous cache véritablement quelque chose ?
 
Tout au plus en avais-je aperçu quelques bribes -immanquables- je ne sais plus quelle année, au cours de je ne sais plus quelle "Nuit du Zapping" et donc-voilà, toujours pour ne rien vous cacher, je m'étais comme qui dirait fait une raison : voici bien, apparamment, quelquechose que je ne verrais jamais. Je croyais que  c'était un fait immuable, raisons d'Etat, conjoncture politico-sociale, bref l'impasse et ce n'est pas que je ne croye pas au progrès ( je pensais la même chose à propos de L'INSTITUT BENJAMENTA des frères Quay, ou encore des films de Guy Maddin; bon ben tout arrive - nous y reviendrons... ); j'en serais encore d'ailleurs à penser ça si le destin ne m'avait rattrappé, par des voies diffuses, au premier abord indirectes et détournées bien sûr, mais pour qui sait lire entre les lignes/ 
ne se méprend pas quand à la nature de certains signes/ 
même si tout le monde autour de toi/ te montre du doigt/ 
même si tout le monde autour de toi/  
te dit  n'insiste pas/ 
et résigne-toi 
(pardon) 
par l'entremise du Docteur Devo, élu des dieux, qui sût trouver les mots et me donner le courage nécessaire pour affronter mon destin comme il se doit ("salut nonob, je sais bien que t'as raccroché.." "mais enfin docteur, vous savez bien que j'ai raccroché" "oui, mais il n' y a que toi pour accomplir cette mission" – je vais vite, je résume, tout le monde sait que le docteur dit toujours "maintenant tu te tais deux secondes" - : "alors voilà gnagnagna, si vous l'acceptez mais surtout tu sais qu'on trouve l'intégrale en dvd dans le commerce maintenant, hein ça tu sais quand-même ?  Tu feras gaffe à la fin, ça s'auto-détruit") ….paraît qu'il me rattrappait, de toutes façons, - mon destin.

La particularité des DOCUMENTS INTERDITS en effet réside dans le fait qu'ils furent présentés comme des "témoignages" originaux, amateurs pour la plupart, mais récupérés de par le monde par un certain monsieur Jean-Teddy Filippe donc (entre 1986 et 1989 pour être précis) ayant tous pour objet des phénomènes encore inexpliqués à ce jour (paranormaux quoi, comme il s'en produit encore aujourd'hui, je pense à l'exemple encore récent de ce pauvre jeune conducteur) et que "nous nous proposons de partager avec vous, aujourd'hui, ce soir, pour la première fois, chers téléspectateurs" (et là, oui, quand on y pense, bon sang mais c'est bien sûr, c'est même le premier truc que j'ai dis au docteur : "alors ceci serait donc pour le côté "documents"...et ...et ce qui voudrait dire... que cela ne serait autre que le côté "interdits"  - et je me rappelle encore très bien sa réaction : "d'où le nom, mon cher Nonob, d'où le nom...") oui, car vous l'aurez compris vous aussi, après visionnage de tels documents, plus rien ne sera comme avant. 

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[Photo: "-...alors maintenant les gars je veux savoir qui s'est senti obligé de ne pas nettoyer la cafetière avant de rentrer chez lui ?", d'après LES HOMMES DU PRESIDENT de Alan J. Pakula.]

Ce n'est qu'après diffusion du tout dernier "épisode" qu'il était annoncé que tout ce que nous venions de voir était truqué: des "fakes" comme on les appelle parfois, des documenteurs comme on les appelle chez nous et dont nous situons la première oeuvre aux années 60 avec la retransmission en live à la radio d'une barmitzvah martienne par Orson Welles (demi-succès en réalité, les petits commercants comme c'est souvent le cas, se sont sentis lèsés)  et je vous l'accorde c'est un peu lointain, aussi avant de voir Jean-Teddy Filippe officier dans ce registre, l'anglais Peter Watkins aura eu le temps de nous tomber son PUNISHMENT PARK en 71. Nous nous accorderons cependant sur le fait que les influences prépondérantes de Filippe résident davantage du côté de l'école documentaire, non pas que le problème n'aie pas non plus été abordé par les auteurs de fiction, MichelAngelo Antonioni en tête, qui ne cesse de questionner le réel, je pense à BLOW UP et PROFESSION REPORTER, deux indéboulonnables en la matière, mais tout de même (et laissez-moi donc terminer ma phrase) l'iconographie de ce registre n'était pas si bien connue du grand public. Ou plutôt si. Beaucoup trop même, par le biais de la télévision... et oui. Sous-estimée donc. Et si nous en parlons aujourd'hui c'est pour insister sur la portée visionnaire du travail de Jean-Teddy Filippe, car ce n'est vraiment pas peu dire qu'il a été récupéré, même les martiens ont super bien compris la leçon, et d'ailleurs pour ne pas rester sur un echec, ils ont sortis un autre blockbuster quelques années plus tard , avec plus de promo,  un truc vraiment super... (avec des avions, plus roots, plus concret et proche du quotidien de tout un chacun,...super efficace)  et alors là, ou-bli-és littéralement les congénères aproximatifs en caoutchouc à cause du budget maquillage hyper-restreint (paraît qu' ils le savaient au départ mais ils ont voulu tenter quand-même...) non vraiment soigné, et très sympatoche à regarder, avec  plein de rebondissements.
Penchez-vous un peu plus près et  vous trouverez au gré de ces interdits documents effectivement les prototypes de films comme REC ou PARANORMAL ACTIVITY, Jean-Teddy Filippe a même été encore plus visionnaire que ça puisqu'il anticipe également les adaptations futures des oeuvres de Castaneda (car il y en aura, simplement pour le moment il est encore trop "cher"- appellez Fox Mulder quand-même, c'est maintenant qu'il nous faut des réponses) nonobstant (car tel est mon nom) cela, je ne dis pas non plus que Jean-Teddy Filippe a tout inventé, cependant la démarche de ce dernier est bien de nous rappeller que derrière toute image télévisuelle se dissimule peut-être une image de cinéma, c'est-à-dire une mise-en-scène, et là où son travail devient absolument référentiel, c'est qu'il en met à jour plus que les autres les mécanismes, l'image qu'il propose contenant véritablement en elle-même la marque de sa duplicité, là encore pensons également à un film comme NETWORK ou à DES HOMMES D'INFLUENCE.


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[Photo: " -...trois pepperonnis, qu'est-ce qu'il y a de si compliqué à la fin ?"]

Le support amateur génère le principe de fiction, sous couvert de témoignage-vérité, le manque de moyen devenant à la fois figure de véracité et vecteur d'illusion : l'axe tremblant, la prise de vue hâtive (qui tombe juste à tous les coups cependant, voir "Les Fantômes", "Le Naufragé"), toutes les contraintes techniques liées à l'amateurisme finissent par devenir signifiantes presque immanquablement, "par la force des choses" comme disent les terroristes, un contre-jour vient souligner l'ambiance qui bascule dans le mystère, une sur-exposition vient brouiller la lisibilité, ou faire une transition quand elle ne devient pas le phénomène lui-même (sous vos applaudissements) et c'est censé être LE miracle... Le spectateur subit l'image littéralement (pris en otage par le côté "fait réel pris sur le vif", mais qui cinématographiquement n'est autre qu'un "vocabulaire de la bribe", forcément en retard sur les choses, forcément incomplet) où comme sous hypnose, il verrait le pickpocket lui barbotter dans les poches, mais où il refuserait simplement de tenir compte de l'information, il "n'enregistre pas" ...Il faut dire que non seulement la vue est sollicitée, mais également l'ouïe, ainsi que la réflexion qui l'accompagne, car les documents sont courts  et même si le commentaire sonore attire notre attention sur tel ou tel point, il nous reste encore à faire la synthèse de ce que nous voyons. Sur ce point Jean-Teddy Filippe ne nous prend pas complètement en traître et ménage à merveille ces temps adéquats laissés au discernement, ils ne font qu'augmenter le doute, laissant le spectateur composer avec son propre refoulement ou l'acceptation de ce qu'il est en train de voir...

Force est d'admettre toutefois qu'à un moment donné on est mené en bateau quand, une fois préparé et conditionné à  l'attente de l'impensable, on se retrouve face à des images d'une banalité confondante, suffisamment longtemps pour réaliser que c'est le commentaire qui n'a cessé d'habiller ce vide (épisodes "L'Enfant", "Le Fou du Carrefour"), de l'annoncer et de le différer. Plus on y regarde et plus certains dispositifs finissent par nous apparaître, le son prennant généralement la relève de l'image à grands renforts de formules chocs et sensationnalistes ("restez bien attentifs à ce qui va suivre"),  de détails censés faire "vrai" ("les autochtones appellent cet endroit...") ou encore en comblant les distances chronologiques, les sentiments derrière un visage fermé (!) -un vrai régal: à chaques fois ou presque ça tombe à plat-, tandis que l'image, cette dernière est toute entière réservée à l'incroyable, ou donc, à l'absence de celui-ci, et laissant dès lors apparaître...tout le reste (épisode "La Sibérie")... Et c'est proprement vertigineux aussi bien que très sadique, puisque l'esprit va de toutes façons chercher du sens! C'est le fameux effet Koulechov dont parlent toutes les écoles de cinéma: la simple confrontation d'objets étrangers et disparates appelle naturellement  l'interprétation, tout simplement parce que c'est une caractéristique de l'esprit humain que de chercher à relier les choses, et les documenteurs titillent, presque autant que les politiques, l'écart entre ces deux pôles. La même distance qui sépare en poésie le mot et la chose se trouve ici déployée en temps et en espace, je sais pas ce qui fait le plus mal d'ailleurs, le trop ou bien le pas assez.

Nous allons voir maintenant à quel point la question de la récupération s'avère cruciale car en questionnant à ce point la notion de réalisme et de réalité, on se retrouve dans la position du serpent qui se mord la queue puisque l'idée étant de sensibiliser le spectateur aux pièges que recèle l'image, où donc tout ce qui possèderait tous les attributs du vrai serait en réalité faux... dès lors que  croire ? Doit-on donner autant de crédits à la version officielle ? Qu'avons-nous vraiment à lui opposer ? Qui peut dire réellement ce qui se passe ? Au moment de la Guerre du Golfe, c'était les Américains qui étaient diabolisés aux yeux des habitants du Koweit à grands renforts de dés-information...(non, je vous assure, on est dans une situation où on peut se permettre de faire de l'humour, tellement on est au-dessus de tout, on peut se filmer en train de se faire peur dans les bois avec des potes: ouiiiiii, moi aussi, moi aussi). Guy Debord dans LA SOCIETE DU SPECTACLE disait, lui, que dans une société aux valeurs inversées  c'était "le Vrai qui n'est qu'un moment du Faux", tout comme, en parlant du théâtre, Louis Aragon disait que c'était "l'art du mentir vrai", ainsi les trucages de Jean-Teddy Filippe se veulent plutôt la manifestation de tout un courant de pensée, l'esprit indépendant, l'esprit artisan qui cherche à dire les choses différemment de l'hégémonie coûteuse des grands studios, car c'est grâce à des moyens soit-disants amateuristes, mais également avec ce "vocabulaire de la bribe" qui est véritablement la composante absolue du "réalisme" que Jean-Teddy Filippe renoue véritablement avec les sources mêmes du cinéma: l'utilisation à plein tonneau de tout ce qui constitue son langage propre, et on se rend compte qu' avec ceci on peut lui faire dire pas mal de choses. Chaque facteur de distanciation (apparition progressive du temps réel, décadrage...) apparaît dés lors comme le claquement des doigts du thérapeute, extrayant le spectateur plus ou moins à son corps défendant de la torpeur du rêve... Pour ma part j'ai ainsi une préférence assez marquée pour l'episode du "Naufragé" car pour moi, le phénomène extra-ordinaire ne vient pas d'où on aurait pu croire. Une simple saute d'image, tout à fait légitimée dans le récit: un poids en moins dans la barque, la caméra tombe et nous basculons dans la poésie la plus totale, pour renouer avec la magie de l'image justement, le ciel devient la mer et vice-versa et indépendamment un personnage continue de patauger dedans... De quoi a-t-on besoin de plus ? 

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[Photo: "- maintenant quand je vois comment tu écris 'oecuménique', je me demande comment tu as eu le job..."]


Difficile de ne pas penser à l'autre Grande Déclaration au Cinéma, celle de Tim Burton avec son grandiose ED WOOD, où la volonté de dire surmonte, vient absolument à bout, de n'importe quel obstacle. Qui peut aujourd'hui se targuer d'un tel statut ? Faites le test avec n'importe quel artiste maudit à côté de chez vous: que n'invoquera-t-il pas les contraintes matérielles pour mieux rentrer dans le rang. Mais on pense avec tout autant d'émotion à la Nouvelle-Vague avec laquelle on continue encore de se gargariser, espérant toutefois susciter encore quelques vocations. Et surtout on ne peut finir véritablement que par se mordre les doigts en pensant à la révolution manquée initiée par le mouvement (appelé paradoxalement - et ironiquement aussi, mais bon , dans les 90's, c'était déjà assez risqué) DOGME initié par  Lars Von Trier. Puisqu'il y a toujours des motivés pour rompre avec la tradition (formule un peu passe-partout employée par la partie fonctionnaire de la critique spécialisée, car son application est quand-même plutôt réservée à des révoltés genre PZK) alors pourquoi ne pas le faire VRAIMENT ? Et avec quelle tradition est-il encore surtout important de vraiment rompre...? Très sincèrement j'aimerais qu'on me dise combien de temps on va s'obstiner à applaudir le ciel aux Césars ("oh la belle bleue !") sachant qu'on ne peut pas regarder en bas puisque c'est le Tiers-Monde, en partie à cause de nous...Qu'est-ce que nos régiments french-touch attendent pour s'approprier les trois bouts de ficelle nécessaire au média -comme nos glorieux prédecesseurs nous l'ont démontré avec leur sang- et tout déboulonner ? Ou bien nos élites ne sont tous que des petits PONEY-PONEY-RUN-RUN tout juste bon à faire des coucou-la-voilà à ta soeur ? 

A l'heure où je vous parle, je ne comprends toujours pas que pas un cinéaste ne se soit employé à un remake de A MORT L'ARBITRE  (pour rompre avec la tradition des remake qui servent à rien autant qu'avec celle de sortir bourré en bagnole, à moins que cette version de la selection naturelle ne vous convienne vraiment, il est plus que temps...) en mode caméra-portée-façon-blair-witch-et-rec-et-cloverfield donc, où l'on suivrait sur le mode documentaire tous les tenants et les aboutissants, implicites et explicites d'une émeute de supporters, et par là toutes les tranches de la société que les manifestations sportives -industrie respectable s'il en est- sont censées SAINEMENT fédérer. Permettez-moi de m'attarder quelque peu sur le sujet, sans mauvaise intention, juste pour remonter un peu le moral des troupes et laissez-moi "payer mon pitch" comme on dit dans la profession: 
on montrerait l'ambiance vestiaire, les problèmes de gros sous en parallèle de l'esprit famillial et bon enfant de tout club qui se respecte, on montrerait aussi bien les supporters qui se rassemblent autour d'une trentaine de bouteilles de Pastis pour pouvoir se rassembler autour d'une équipe, ça donnerait lieu à plein d'histoires à l'intérieur de l'histoire : celle du gars sorti du village pour faire des études et qui essaie de (re) communiquer avec ses potes, le petit nouveau de la bande qui fait tout pour s'intégrer dans cette bande de joyeux rigolards, celle qui joue la grande à cause de son nouveau boulot dans une boutique de fringues, celle qui tire des pipes (dont le gars parti faire des études est secrètement amoureux), celle à qui il faut plutôt deux bites, celle à qui il en faut trois; on montrerait également encore d'autres supporters, qui viennent juste casser du flic, les dealers du coin qu'en ont rien à caler mais qui restent quand-même à la périphérie, histoire de faire marcher un peu le biz (et qui, dans une scène d'anthologie, tenderait un paquet de capotes au type parti faire des études, pensant lui offrir un chewing-gum) ainsi que les futurs meneurs de la traque dans leur quotidien : un tel, vaguement alcolo, viré de chez lui par ses mômes, un autre fonctionnaire municipal mes-estimé, etc...
Environ à la moitié du film, après le pénalty accordé à l'adversaire qui sonnera l'heure de la défaite de l'équipe locale, on montrerait les visages des supporters d'abord suspendus, puis stupéfaits, déçus, meurtris dans leur chair, se tournant vers le ciel, tandis que d'autres au contraire resteraient figés sur place, le visage se décomposant lentement avant de céder la place aux larmes (un truc cool, régressif mais sympa genre "il a coulé mon porte-avion", pour la chouette distanciation) et ensuite on enchaînerait  directement avec le déferlement collectif de tous les gradins, rendus fous par l'appel du sang, tandis que les micro-histoires entamées dans la première partie se verraient toutes piétinées littéralement à ce moment préçis, pour ne plus laisser la place qu'à une traque dont la ville toute entière serait le théâtre.
L'arbitre finirait tant bien que mal par retrouver sa copine, venue dans ce bled pourri exprès pour partir en week-end après ce match de merde et un temps perdue dans l'emeute, et finirait par trouver de l'aide auprès d'un jeune agent de police chargé de contenir, avec ses collègues, un peu tardivement l'émeute qui leur proposera de les cacher directement au comissariat. Une fois à l'intérieur, coup de théâtre, le jeune policier enlève son uniforme et révèle un maillot aux couleurs de l'equipe locale et le couple se retrouve livré en patûre aux meneurs, aidés de la bande de rigolards du début, qui auront entre-temps été endoctrinés (ou bien, selon les points de vue, qui seront "devenus ce qu'ils sont")...tandis que le couple est mollesté -et plus si affinités- séparément, l'arbitre dans un sursaut de conscience, ayant compris qu'ils étaient véritablement condamnés, mordrait un de ses assaillants avant de finir de se faire lyncher, sous les yeux de sa copine, qui finirait par faire de même, dans les conditions qui sont les siennes. On se retrouverait à l'extérieur du comissariat, d'où résonnerait un hurlement masculin suivi de bruits de coups étouffés. Générique.
Non ? 
Ça  branche personne ? 
Mr Dahan ? Non ? Mad Movies -les gars vous avez bien deux trois potes, quand on voit qui vous promotionnez...trop de festoches ? Envoyez vos réponses au standart: producteurs de tous horizons, vous êtes attendus, il y a quelqu'un ici qui ne demande qu'à vous faire gagner de l'argent...

Ami focalien, amie focalienne,
regarde les faux documentaires de Jean-Filipe Teddy, c'est quand-même vachement marrant...
Nonobstant2000.
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Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 17:44

Publié dans : Lucarnus Magica

 

 

 

 

 

 

worldoflove

[Photo: "Ni matière ni forme seule" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 


Panama, mars 2003. Dans la moiteur tropicale des îles sauvages de l'archipel Bocas del Toro une poignée d'hommes et de femmes luttent sans relâche pour leur survie. Après plusieurs semaines éprouvantes aussi bien sur le plan nutritif qu'affectif, après avoir laissé plusieurs de leur camarades sur le carreau, après avoir fixé intensément le visage livide de la mort dans le détroit de Las Sornas, après les pluies torrentielles et après les coulées de boue, voila qu'a l'aube de la 10éme nuit le campement dévasté par une tornade nocturne est la proie de vives tensions entre les candidats. En effet, alors qu'a la suite d'une nuit d'apocalypse qui a vu les éléments se déchainer comme si la terre elle même voulait éradiquer une présence humaine trop tenace, voila qu'un homme se lève pour semer la zizanie parmi les siens, et que de sa voix puissante il conspue publiquement Moundir : "Je pense que Moundir joue pour l'argent, je crois que tout ce qui l'intéresse c'est de gagner les 100 000 €, voila, il fallait que sa sorte, il fallait que je vous le dise." Silence. La stupeur se lit sur les visages déjà durement éprouvés, la pression est palpable, l'atmosphère électrique de l'après tempête crépite dans les micros cravates. La réaction de l'intéressé ne se fera pas attendre : d'un geste brusque il arrache son t-shirt, la colère gonfle ses veines, il jette ses affaires à terre et se met à hurler à la face de l'impie "QUOI ? QUOI MOI JOUER POUR L'ARGENT ? POURRITURE ! JAMAIS !", sur ces mots il fait volte face et continue à hurler des imprécations que la pudeur m'interdit de reproduire, s'adressant à la jungle enfin apaisée, comme une incantation aux fureurs des cieux, une injonction aux dieux.

Plus tard, Tony, doyen du groupe, fidèle ami de Moundir, révèlera aux membres du groupe que Moundir lui à confié au début de l'aventure jouer pour combler les dettes de sa mère. Cette déclaration sera suivie d'un silence chargé de malaise que viendra briser Denis Brogniart. La suite de l'aventure sera à jamais entachée par ce sinistre évènement. Moundir, lui, aura vécu un avant gout de la solitude de l'homme face à la mise à nu de l'âme du monde.

 


7 ans plus tard, Miami. Que reste-t-il de l'amour dans la capitale épicurienne du XXIeme siècle ?  A une époque ou Dieu et Nietzsche sont tout les deux bel et bien morts, que le poulet biologique élevé au sésame est a la porté de tous, qu'est ce qu'il peut subsister de tenace et de fort entre les hommes ? Entre bordels de luxe et casinos où la coke et le champagne coulent à flot, dans l'Amérique de Breat Easton Ellis et de James Ellroy, Moundir ou l'American Vertigo revu et corrigé à grands coups de pieds dans le cul. Tant mieux, la France en a besoin.

 

 

 

 

V) PASSION

Ce soir c'est casino : les filles sont invitées par Moundir à découvrir les joies des jeux d'argent, et discrètement notre éphèbe profite de l’occasion pour repérer les filles qui auront le plus de chance aux jeux. A l'entrée du palace éblouissant il lance aux femmes nubiles un ultime avertissement : « cachez votre jeu mais pas vos sentiments, les filles ». La partie peut commencer, les femmes s'engouffrent dans le monde de la nuit, Moundir ouvre ivre de bonheur son col en V et se jette sur les cartes. Au sortir de cette nuit des grands ducs Las Vegas sera-t-elle toujours-la même ? La cité des anges semble accueillir triomphalement l'apollon français, et c'est auréolé de ses victoires aux cartes qu'il défie finalement Charlène. Dans l'arène tout le mode retient sa respiration, la confrontation est à la fois sur la table et dans les yeux : sans pitié dans le jeu et volubile dans les regards échangés, l'air électrique attise la sensualité et le jeu de carte laisse bientôt place au jeu plus dangereux encore du désir. En voix off Moundir avouera avoir "chaviré comme un chameau" dans les yeux complices de Charlène, "déchiré comme Hulk" après tant de tensions : encore sous le charme il lui déclarera aux milieux des feux des rampes que "si on devait jouer dans un film de Cléopâtre, tu aurais le premier rôle". La classe, et encore la classe.


Pourtant il est des orages que la passion n'évite pas : quand au sortir du casino les jeunes éperdus se retrouvent confrontés soudainement à l'horreur la plus glaçante, le sang de Moundir ne fait qu'un tour. Les autres candidates ont profitées de l'absence du beau ténébreux pour se jeter dans les bras d'une bande de chippendales engagés par la production : à bord d'un bus à étage pour touristes les filles sont trop occupées par la plastique travaillée de leurs tentateurs pour remarquer que dans la rue, Moundir voit rouge. Voilà qu'il commence à s'en prendre physiquement au bus qui refuse de s'ouvrir : le chauffeur sous le choc finira par laisser rentrer l'apollon enragé qui monte quatre à quatre les marches qui le mènent vers le funeste spectacle. Les pauvres sbires de la production envoyés pour corrompre le cœur purs des prétendantes auront bien du mal à esquiver la menace que représente un homme outragé par tant de vice : c'est tout juste si personne n'est blessé, les filles se feront sévèrement réprimander, tout le monde se sépare dans la confusion, dehors le chaos règne, plus rien ne s'oppose à la nuit, chacun regagne son logis dans une errance solitaire. Les regards sont vagues, les esprits meurtris et les corps fatigués. Chez les filles la tension éclate, certaines pleurent, d'autre se jettent au sol frappées de mutisme. Il est temps d'aller se coucher, la nuit porte conseil.


Le lendemain, c'est un Moundir fatigué et un peu honteux de son geste qui s'invite chez les filles pour se faire pardonner. De ses excuses sincères et des larmes qui s'en suivirent, la production ne retiendra que les regards houleux et désespérés des prétendantes éconduites, le cœur brisé. La déception et la frustration laissent bientôt place à un jour nouveau, promesses de nouvelles aventures sous le soleil de la Californie...


Je ne vais pas m'étendre des heures et des heures sur les différentes aventures de Moundir pendant presque 10h d'émission. Je me rappellerai juste de différents moments sublimes, comme l'arrivée surprise de Tony, laissé il y a 7 ans à Bocas Del Toro : Moundir s'écroulera en larmes devant lui, se rappelant les images qui le hantent depuis tant d'année. Ah comme notre héros regrette l'époque où le droit de pouvoir continuer chaque journée se gagnait à la sueur de son front, où la liberté était une jeune femme sexy et sincère en lieu et place d’une anorexique syphilitique  dont les multiples reflets éclatés dans les paillettes d’une soirée déguisée rappellent à chaque instant la profonde vacuité d’une existence vouée à la danse et à la séduction. Moundir le dit, il veut une femme qui fasse du sport, l’idéal serait la muscu. Heureusement, Tony sera de grand conseil pour le choix final de Moundir : il le conseillera comme un vieux sage habitué à l’esprit retord de ces dames, en lui recommandant notamment de faire preuve de circonspection avec le beau sexe : "dans les femmes il y a la vitrine, et puis ce qu'il y a quand tu ouvre les deux portes. Une belle vitrine peut révéler un désordre, un chaos insondable. Le mieux c'est d'avoir l'ordre et la belle vitrine". C'est ce coté cartésien et rassurant qui plait tant à Moundir, un frère ordonné et appliqué pour juguler ses débordements créatifs et son instabilité sentimentale. Entre les deux hommes la complicité renait, comme au bon vieux temps de Bocas Del Toro, et Moundir propose à son vieil ami d'espionner les filles afin d'évaluer la pureté de leurs sentiments. Tony sera les yeux de Moundir, et c'est grimé en cowboy et armé de jumelles qu'il déambulera discrètement entre les parasols, les yeux à l’affut, le torse vaillant tel un John Wayne dans un jeu de quille.

 

 

 




VI) LE DOMAINE DE L'INEXPLICABLE


Les premières heures d'émission laissaient craindre un enfermement dans le stéréotype du beauf entouré de filles sexy courant après le matérialisme le plus pragmatique. Il n'en sera heureusement rien, et l'émission, il faut bien le reconnaitre, saura dévoiler des facettes de la personnalité peu mises en valeur à la télévision de nos jours. Je veux parler de culture et d'art, bien sur, et il faudra suivre discrètement Moundir et Sinda au musée pour plonger dans un autre monde. On ne savait pas Moundir empreint d'art moderne, et nous vivions alors dans les ténèbres, privés de l'esprit éclairé d'un homme capable de tomber littéralement en transe (voir en catatonie lorsqu’il est question d’automobile) devant une œuvre d'art. Devant un tableau immense il s'interrogera très pertinemment sur la taille du peintre, alors que devant une œuvre en noir et blanc il s'exclamera "le mec il se prend pas la tête avec les couleurs" commentaire d'une lucidité rare. Mieux encore, il s'étendra dans un long discours sur les relations entre expressionisme et dimension physique, concluant avec brio son homélie par une conclusion qui rendrait bouche bée le plus grand des conservateurs "plus un tableau est grand, plus il est expressif". Malgré tout, l'art moderne à des limites pour Moundir, "je suis sensible à l'art dans la mesure ou je peux le comprendre", et c'est avec humour qu'il envisagera un gigantesque tableau bicolore "ca m'évoque Marseille contre Nantes", ou une œuvre monochrome rouge "il y a une ambiance ketchup". Devant une espèce de sarabande vaudou de 15 mètres sur 38 il supputera avec clairvoyance sur l'appartenance de l'artiste à un mouvement satanique. Las et comblé, la visite se termine : Sinda à aimé l'art satanique, Moundir en conclura qu'il est plutôt poivre et qu'elle est plutôt sucre. L'art, ou comment révéler une femme.

 

 

 

 

 

 

VII) LES HOMMES, L'UNIVERS ET LE RESTE


Moundir à trouvé. Le bout du tunnel, l’aboutissement de la quête, la lumière en pleine nuit et le sexe l'après midi, les repas à deux et les têtes à têtes sous les étoiles, la peur avec le soutien, les yeux dans lesquels on se projette, et la mer bleue scintillant dans le soir de Miami, les lumières dans les ténèbres et les respirations sur la peau, toutes ces sensations conjuguées au pluriel  et les mains dans les mains. Moundir ne regrette rien de ces 30 années à chercher, solitaire la nuit et téméraire le jour, les combats dans la jungle et les salles de muscu, tout était réfléchi pour avancer dans une seule direction, toutes les sensations convergeaient vers un seul point, une vie. Elle est coach sportive, des yeux pétillants et elle aime l'art et la vaisselle, Venus de l'immobilier Ikéa, reine dans sa demeure, femme forte et fidèle, compagne passionnée des matins assoupis comme des réveils coquins, pouvoir dire "tu es la" enfin.  La mère hier et maintenant la femme : passer d'une femme à une autre et transmettre le flambeau, être le premier à éclairer la nuit comme 2000 ans avant lui les premiers hommes qui au fond d’une grotte se sont blottis ensemble, retour à la nuit primordiale et à l'odyssée de l'espace, Moundir flotte dématérialisé comme dernier enfant des étoiles, loin du corps, près du cœur. L'art moderne et les voitures brillent dans l'Histoire comme le premier astronaute ou le singe sur deux pattes, les tribus séculaires se réunissent devant les nouveaux buissons ardents dont Moundir est le nouveau prophète, prêchant l'effort et le râle, la virilité et l'art, la possession et le désir, et fait s'élever dans les boites de nuits du monde entier le chant des hommes à la recherche de l'amour.



 

EPILOGUE

 

Le soleil se couche sur Miami, faisant éclater sur la mer des milliers de flammes orangées. J’ai fini ma mission, l’émission est terminée, j’en ai fait un compte rendu fidele pour les derniers qui n’auraient pas suivi l’histoire de Moundir et de l’amour. Les pieds dans le sable je me prépare à reprendre l’avion pour Paris, j’essaye de me vider l’esprit avant de reprendre ma vie de disciple, de propager encore et toujours la parole de Moundir, jusqu'à mon dernier souffle évangéliser les masses laborieuses. A vrai dire j’étais presque prêt, et alors que je donnais congé à une ou deux jeunes créatures rencontrées dans un night club pendant mon séjour, j’appris la terrible nouvelle. Quelques heures plutôt un journaliste d’investigation réputé (Morandini) avait découvert à force de recherche sur un site fiable d’information (Facebook) que Sinda et Moundir se seraient séparés au bout de deux semaines. Le soleil avait presque entièrement disparu, et alors que les filles se rhabillaient je me sentais à nouveau seul, complètement seul, seul comme rarement dans ma vie. Je songeai comme Schopenhauer et Nicolas Sirkis avant moi que l’amour détruit tout, que la douleur est l’état naturel de l’homme, et que l’amour est une manifestation d’une faiblesse qu’il faut surmonter pour vivre en paix….

 

Le vent à séché mes larmes et je suis parti. Seul.

 




 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 20:38

Publié dans : Lucarnus Magica









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[Photo : "All the tears" par Norman Bates.]













La télévision. On en parle peu sur Matière Focale, principalement parce qu’on ne la reçoit pas à la rédac', et puis sincèrement ca ne nous intéresse pas tellement. Après tout, s’assoir devant des points lumineux en balayage constant tout en étant bercé par un ronronnement audio relativement égal, sensé maintenir l’excitation constante d’individu scotché sur la moindre variation d’influx,  n’est pas une activité très valorisante. Alors, si on ajoute à cela que le petit écran conforme plus qu’il informe, qu’il est garant d’un palier normatif plus puissant encore que n’importe quel pouvoir erratique en faisant circuler en boucle des modèles de vie tout prêts qu’on pourra comparer ou jalouser à la pause café, entre deux séances de travail bureautique éreintantes, comme autant de petites entités individuelles qui auraient découverts un terrain de jeu commun à chacun et qui rassurées de se savoir proche perdraient doucement ce qui les isolent jusqu'à devenir une capsule remplie d’une existence commune, mais terriblement impersonnelle et je finis mes phrases quand je veut. Bref, un vrai focalien charismatique se doit de se méfier comme de la peste de ces pièges à âme et d’ériger lui-même une personnalité basé sur la vraie vie et l’expérience, en perfectionnant son esprit critique et en restant original à tout prix. Il arrive toutefois, en période de jeux olympiques, qu’entre deux courses de ski de fond l’on se prenne à zapper sur le bouquet  tnt, alors même que l’on sait qu’on va y trouver ce qu’il se fait de pire sur nos petits écrans. Qu’est ce que vous voulez, il faut bien remettre un peu de piment dans son couple de temps en temps. Aujourd’hui au programme, donc, une émission de télé réalité qui, si l’on y regarde vite, semble bien navrante, mais qui ce révèle être au final une terrible charge contre l’amour consumériste et la libéralisation du sexe (sans blague !). Je précise toutefois (oui, l’intro est super longue, je fais comme je peux) qu’il n’est absolument pas ici question de se moquer ou de tourner en ridicule le personnage central de la série, la télé y arrive très bien toute seule. Il s’agit plutôt de soutenir face à cette gigantesque entreprise de normalisation des mœurs, une voie poétique et sincère. Vous êtes prévenus et sauvés par avance !


I)      L'HOMME

 


Après deux échecs successifs à KOH LANTA, brisé dans son orgueil (un des candidats l’avait accusé de participer uniquement pour l’argent, et il fut viré de son équipe), Moundir se retrouve à 35 ans chez sa mère (dont il dit, je cite, que l"es portes du paradis se trouvent à ses pieds)", vivant un célibat quasi monastique, observant avec zèle une hygiène de vie exemplaire, 3h de muscu par jour, et n’absorbant aucune autre nourriture que celle cuisinée par sa mère. Problème : Moundir n’a jamais vraiment trouvé l’amour, et ses expériences avec les femmes se sont trouvées jusque-là bien décevante. Il faut dire que cet esthète cultivé idéalise la femme à un point tel que chaque confrontation avec le sexe opposé le plonge dans une affliction profonde.  La TV, désireuse de s’emparer du problème et de stigmatiser cet éternel rêveur, recrute 14 jeunes filles chargées de le séduire. Bien évidemment une seule restera, avec l’homme de sa vie ou, choix cruel, 15 000 € en liquide, avec aucune possibilité de revoir le bel éphèbe un jour (Moundir n’est pas au courant de cette éventualité).  Les 14 jeunes filles sont éliminées au rythme de deux par épisodes, désignées uniquement par Moundir. Elles vivent toutes dans la villa des filles, à Miami. Moundir lui est dans un hôtel luxueux muni d’une salle de musculation, il peut quand il le souhaite rencontrer les filles et pratiquer des activités de son choix avec une ou plusieurs d’entre elles. A la fin de chaque épisode une cérémonie solennelle voit les séductrices retenues récompensées et les deux disgraciées humiliées face à l’océan qu’elles retraverseront bientôt en avion. Cruel est l’amour…

 


II)      LES SOUPIRANTES

 


Les 14 jeunes filles sont âgées de 18 à 35 ans, elles sont de physiques et de natures différentes,  allant de la conseillère en communication (comprendre vendeuse en boutique de téléphonie portable) à restauratrice (comprendre serveuse) en passant par étudiante en journalisme (elle à écrit un article, une fois, dans la dernière page du magazine échangiste union). Physiquement elles plaisent toutes à Moundir qui a parfois du mal à se contenir (« une sorte 14 juillet est monté en moi », déclarera t’il hors caméra). Parmi ces 14 candidates, Moundir en connait déjà une : Amal, avec qui il a déjà eu une aventure, rapidement avortée après qu’il ait découvert son métier de strip teaseuse, métier qui selon lui sied mal à une femme de qualité et que sa pauvre mère aurait vu du plus mauvais œil. D’Amal Moundir dira qu’elle est « un téléthon de maux », ce qui n’empêche pas Amal d’être prête à tout pour le reconquérir, quitte à fomenter les plus terribles complots contre ses coéquipières.

 

 


III)      LA SEDUCTION

 

 

 

Le premier épisode voit les protagonistes s’établir à Miami : les filles découvrent leur maison, Moundir découvre la salle de musculation de son hôtel, puis les filles sont présentées et les deux camps peuvent commencer à se parler et à faire connaissance. L’épisode est monté de telle façon que Moundir et les candidates commentent en voix off et après coup ce qu’il se passe à l’écran. Ce procédé permet ainsi de décoder le jeu subtil de la séduction qui a déjà commencé : tel sourire est porteur d’espoir, tel déhanchement provoque l’allégresse, sème la confusion dans l’esprit de notre héros. Bien sûr ce procédé permet de savourer tout le piquant de la situation, et la prose délicate de Moundir fait souvent mouche : alors qu’abasourdi par toutes ces femmes le courtisant, il n’arrive qu’a bredouiller des "salut", "ça va", "enchanté de faire ta connaissance", avec un air béat, en off il se permet d’éclairés commentaires perçant à jour les plus vils tours de fausses courtisanes attirées par l’argent. En particulier, il dira d’une qu’elle "pleure des larmes de cours Robert" ou qu’une autre a une "conception de la vie qui n’est pas la sienne " Toutefois, à ces rares exceptions près, la sincérité prime, et de très beaux moments naissent malgré la grande médiocrité de la mise en scène (il y a une musique différente toute les minutes, toutes de mauvais goûts bien sûr, et au moins un plan par seconde, le tout commenté par une voix -off débile). A une candidate particulièrement émotive "stressée comme un lutin",il dira qu’elle « fuis dans son sourire », avant de la regarder s’en aller dans les volutes de sa robe rose fluo. Il n’y a, au terme de cette première étape, pas vraiment de profil qui émerge. Seule Amal à surpris Moundir, qui ne s’attendait pas à retrouver une ex dans le lot, mais au final, un peu paternaliste il avouera qu’il est très fier « de ses 14 poulines ».


Deuxième jour. Afin de mieux connaître ses courtisanes, Moundir doit en choisir une qui l’accompagnera dans une croisière en hydroglisseur et une autre pour aller voir des crocodiles. En hydroglisseur, les cheveux aux vents, Moundir se lance dans un discours dont les pointes de lyrismes n’auraient rien à envier à un Malraux et je vous passe la retranscription et l’analyse pour en arriver directement à sa conclusion : « l’hydroglisseur, il faut le vivre de l’intérieur ».  Chez les crocodiles en revanche, Moundir est nettement moins sur de lui : lorsqu’ il est invité à rentrer dans la cage, celui que la voix off acerbe surnomme "mi-macho mi-super héros" à quelques réticences « je transpire du genou, ca m’est jamais arrivé », toutefois devant sa prétendante il ne peut se résoudre à faire preuve de lâcheté, et pénètre dans la cage. Devant les yeux de la belle, les sursauts de courage de Moundir sont décuplés, et c’est sans crainte qu’il s’adresse à l’animal « les crocodiles n’ont pas d’oreilles mais ils comprennent » et lui fait sentir son hostilité à lui et à son espèce « les crocodiles sont des bestioles qui ne devraient pas exister ». Il sort de la cage encore tremblant, la bête reposant quasi morte de l’autre coté du grillage.


Bon je ne vais pas tout vous résumer, mais chaque aventure est propice à de nombreuses révélations, aussi bien sur le passé de Moundir que sur les motivations réelles des concurrentes. A l’une d’elle, dans un moment fort d’empathie il avouera en pleurant que s’il soigne autant son corps, c’est pour pouvoir soutenir sa mère le jour où elle tombera, victime des coups de butoir de la vie. C’est ce qui caractérise Moundir, cette façon de se dévoiler, fugitive et sincère, lorsqu’il n’est pas acculé par les caméras le forçant à réagir sans prendre le temps de réfléchir. On le verra faible, mais aussi fort et brave quand il s’agira de rendre hommage aux hommes de l’Atlantide (plongée sous marine) ou d’écouter simplement une candidate qui refuse de participer au spectacle de pom pom girl donné en son honneur (très grand moment de l’émission !)(la fille sera virée). On le verra, Moundir n’est pas exempt de défauts : la soirée organisée chez les filles en son honneur sera d’un goût un peu douteux : Moundir choisira d’habiller les filles à se façon, ce qui se traduira par costume de lapin sexy pour tout le monde, « on voit toutes mes fesses » dira une candidate un peu prude, ce à quoi lui répondra une autre fort avisée: « c’est sans doute fait exprès ». Pour ce même repas, les filles furent chargées de faire les courses et la cuisine, une manière sans doute de les responsabiliser. En outre, la femme parfaite selon Moundir « doit savoir faire la cuisine ».Cet étalage de machisme est bien sûr aussitôt sanctionné par la voix off, il ne faudrait pas que les associations s’indignent.

 


IV)      L'AMOUR

 


Venons en au problème : Moundir est un avatar de l’homme viril et chevaleresque, courageux et grande gueule, très premier degré. L’émission est réalisée de telle façon à tourner en ridicule ce personnage présenté comme un peu simplet, une sorte de Van Damme si vous voulez, en jouant sur les leviers de la télé réalité classique : environnement de rêve (Miami), candidates sexy (comprendre siliconées) et très typées, mise en scène basé sur des plans courts mis en musique avec les tubes du moment, recours systématique à une voix off ironique et moments forts orchestrés à chaque fin d’épisode pour garder l’audience. Heureusement, Moundir de par sa sincérité déconcertante et son sens du propos arrive à insuffler un peu d’intérêt dans ce pénible pugilat de la naïveté amoureuse. Car ce qui est terrible, c’est la vision du couple qui ressort de tout ca : la femme est choisie par l’homme sur des critères pratiques, la beauté évaluée comme à un concours agricole, et le sexe dénaturé (on essaye une femme (ou un homme d’ailleurs) avant de l’acheter, comme un sex toy). Bref ce n’est pas joli joli, et franchement futile même vu sous cet angle. Pourtant Moundir cherche dans tout cela quelque chose de pur, un lien aussi intense que profond, il cherche à construire un "à deux" comme on construit son identité, c'est-à-dire patiemment et en acceptant de commettre des erreurs. Les épreuves qu’il impose à ses prétendantes sont de l’ordre de la vertu et du courage sentimental, un parcours délicat qui révélera la mesure du sacrifice à envisager pour partager une vie , soit l’essentiel et la quintessence de l’existence : le partage et la mise en commun d’une souffrance intime comme rempart à l’hostilité d’une vie où il est de plus en plus tentant de masquer ses faiblesses derrière la facilité de la consommation (physique, sexuelle et matérielle). Ici on ne parle plus de critère (l’horreur) comme sur Meetic, mais bien de temps passé ensemble et d’échanges poignants, quand, en résonance, deux êtres trouvent le chemin absolu du bonheur.  Voila pourquoi l’hydroglisseur, les déguisements de putes et le football américain : c’est le chemin de croix de l’amour sacralisé et sanctifié du siècle de la déception amoureuse. Moundir est juste un homme faible qui cherche quelque chose de vrai, sincère et fort, et visiblement ca dérange assez la télévision pour en faire un martyr de l’innocence.  Parce que ca ne s’achète pas ?



 

Je vous vois sourire, vous ne devriez pas.

 

 

 


 

Norman Bates.











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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /Mars /2010 20:03

Publié dans : Lucarnus Magica








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[Photo : "Bored to death" par Norman Bates d'après une photo de William Burroughs.]











De nos jours. De gigantesques monolithes plantés dans le sol contemplent le soleil. Entre eux de petits êtres bipèdes se déplacent rapidement, semblables à des organismes micro cellulaires affairés à établir une communication entre ces tours de verre. Rapprochons nous encore : un de ces bipèdes est arrêté et regarde quelqu’un partir, un peu triste. Ce bipède c’est Jason Schwartzman, et sa copine vient de le quitter. Nous sommes à New York.



 

Déclinés en huit petits épisodes d’une petite demi-heure, BORED TO DEATH narre les tribulations de Schwartzmann après sa séparation. Comment il va décider de devenir détective privé freelance en plus de l’écriture de son nouveau roman, quelles enquêtes il va devoir résoudre pour retrouver l’amour. A chaque épisode son enquête, plus ou moins palpitante, ici à la recherche d’un skate board volé, là filant un mari infidèle. Personnage lunaire et looser, Schwartzman arrive toujours à se dépêtrer des situations les plus improbables, aidé par ses deux comparses George (Ted Danson, acteur formidable) et Ray, âgés de respectivement 60 et 40 ans. Hilarante et touchante, cette mini série ne trouve pas toujours tout à fait sa voie, mais ce semi-échec permanent est presque fascinant, le cocasse se retrouvent parfois vecteur d’émotions contradictoires, comme des combats ordinaires montés en épingle jusqu'à avoir l’air d’épopées dantesques, comme quand on était enfant. Il y a chez le personnage de Jason Schwartzmann une dimension infantile maladroite et émouvante, un émerveillement permanent pour des petits riens et des choses oubliées. Aucun personnage n’a moins de 25 ans, pourtant ils sont tous puérils et attachés aux choses les moins importantes de l’existence, comme les lunettes à vision nocturne.



 

Evidemment, je vois ce qui vous gène : le film se passe à New York, chez des petits bourgeois branchouilles, dans une ambiance style Woody Allen plutôt que HOW I MET YOUR MOTHER. Certes, Jim Jarmusch fait une apparition (très drôle au demeurant), et les histoires tournent autour de sujets aussi vitaux que le végétalisme,  le don de sperme ou les supers marchés bio, mais il serait dommage de s’arrêter à ces considérations sommes toutes "décoratives", puisque le vrai thème, la véritable moelle épinière de la série c’est l’absence de sentiments au XXIème siècle dans une mégalopole occidentale. Et pan ! Une grosse thématique dans vos petites gueules.




 

En fait Schwartzman fait ce que tout homme censé doit faire en priorité : chercher une femme pour l’accouplement, assurer sa descendance et fonder un cheptel dans lequel il figurera comme un modèle adulé, comblant ainsi le besoin de reconnaissance, de sécurité et de survivance à l’oubli dans le même temps. Or, ces besoins essentiels pour vivre une vie à peu près heureuse n’ont pas changé depuis la nuit des temps, et de fait en 2010 (bonne année !) les progrès techniques et artistiques se sont éloignés des aspirations ataviques, du coup les gens cherchent en priorité une belle femme ou un bel homme pour coller à un environnement qui ne favorise plus que l’esthétique en dépit de l’intelligence ou du charme, ou de tout plaisir qui n’apporte pas un contentement immédiat et quantifiable. En gros l’amitié se compte en nombre de contacts sur Myspace ou Facebook, l’amour en termes de performances sexuelles, et la réussite en termes de pognon. Au cœur de tout cela, au cœur du monde civilisé et pacifié par Apple, viagra et prozac, il y a New York et ses monolithes dédiés au commerce et à la consommation (tu le vois l’écart avec le monolithe de 2001 et ses singes gesticulant autour ?) et au milieu de la big Apple justement il y a trois vers dans le fruit, Schwartzmann et ses deux potes, qui s’ennuient à mort. Ils s’ennuient parce qu’ils veulent des sentiments et que ça n’existe presque plus, parce qu’ils veulent de l’aventure et que ça n’existe presque plus, parce qu’ils veulent de la passion et qu’il n’y a plus que des passions ! Un pyjama rayé, et hop dans le métro ! A la recherche de la pantoufle de verre, de la femme sensible honnête et charmante, de celles qui se découvrent et s’apprivoisent lentement, comme un grand vin… La persévérance des sentiments, implacablement bousculée par les ravages de la soudaineté, la suite délicate de moments qui constituent un bon moment, cette odeur qui plane, discrète puis étouffante de vérités qui s’établissent. L’amitié comme l’amour sont plus que jamais un combat qui nécessite de prendre les gants, et comme il y a 50 ans défendre l’honneur par les poings : messieurs la sensibilité se développe et s’acquiert comme un vrai samouraï.




 

Voilà ce que représente BORED TO DEATH, avec les meilleurs acteurs du monde, avec une mise en scène très soignée et inspirée, avec de la pop musique (composée par Schwartzmann aussi), avec des histoires d’enfants, des jolies filles intelligentes, des loosers géniaux, avec des mecs qui passent pas leurs vie devant un PC, avec des réalisateurs fous, des psychiatres idiots, des magasins de sécurités, de la drogue et du sexe, de l’alcool et du tabac, des princesses et des putes, des lesbiennes et du sperme...




 

A New York, la résistance s’organise, les vers sont dans la pomme, ils la rongent au plus profond, ils sont dessinateurs, écrivains réalisateurs ou journalistes, ce sont des rêveurs car l’amour est un rêve ! L’ennui n’est peut être plus une fatalité…






 

 

Norman Bates. 

 

 

 

 

 

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Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /Jan /2010 22:54

Publié dans : Lucarnus Magica







[Photo: "La Chaîne de l'Effroi" par John Mek-Ouyes.]





Continuons notre ballade dans la série MASTERS OF HORROR, deuxième saison...



J’aime bien ce Schmidt, parce que j’ai vu sur les conseils de mes amis Bernard RAPP et du Marquis
son premier long-métrage WRONG TURN, qu’on connaît en France sous l’appellation kitsch de DETOUR MORTEL, et c’était un film ambitieux, bien troussé et qui avait su prendre des risques. Quelques espions ici et là m’ont soufflé à l’oreille que ses autres films n’étaient pas aussi réussis, mais en attendant de juger moi-même sur pièce, je suis très content de retrouver le bonhomme.

 

 

Martin Donovan, et ouais y’a Martin Donovan, grand grand acteur, le fétiche de Hal Hartley même - que je voyais récemment dan le beau WIND CHILL - revient d’un dîner avec sa femme, une brune assez plantureuse. Le couple n’a pas l’air d’être au top de sa forme, et lors de ce voyage en voiture, la tension est vive. Madame a l’air très énervée, et la conversation semble pouvoir tomber dans quelque chose d’agressif à tout moment. Et elle n’a pas l’air d’être ultra amoureuse mais plutôt déçue. C’est en voulant éviter une grosse branche tombée sur la route que Martin Donovan provoque l’accident. La voiture fait plusieurs tonneaux et valdingue en contrebas. Le choc est d’une violence inouïe. Dès qu’il reprend conscience et s’extirpe du cadavre de la voiture, Donovan aperçoit sa femme qui a été éjectée mais reste consciente. Il appelle les secours, et c’est à ce moment là que la voiture prend feu, et Madame aussi d’ailleurs, toute imbibée d’essence qu’elle est.

Quand il reprend connaissance, Donovan apprend que sa femme n’est pas morte, et il découvre l’étendue des dégâts : elle est méconnaissable. Toute sa peau est brûlée et elle n’est que chairs à vif ! Comme elle est inconsciente, proche de la mort, et qu’au mieux elle ne sera qu’un légume, Donovan est face à un dilemme. Faut-il la débrancher ? Fou de chagrin, il décide d’effectivement la débrancher, afin de respecter les vœux de son épouse avec qui il avait déjà parlé de ce genre d’éventualité. Il contacte alors son ami et avocat Corbin Bernsen (LE DENTISTE). Pendant que la demande de fin de vie passe devant le juge, les soucis de Martin commencent car le voilà au milieu d’une bataille médiatique sur l’euthanasie. Pire encore, l’esprit de sa femme, ou son fantôme, ou je-ne-sais-quoi, commence à le harceler de manière très étrange…

 

 

 

Et bien, et bien ! Quel drôle de film. Si la trame se veut ouvertement fantastique, Schmidt essaie ici de mélanger les tonalités et les thématiques de manière plus inattendue. L’aspect fantomatique de la vendetta pour le moins originale de l’épouse n’a pas vraiment de statut défini au départ. Fantôme classique ? Personnification du chagrin ? Ou quelque chose de plus horrifique et de plus vicelard ? Le plus étrange est que c’est Donovan lui-même qui nous donne la bonne piste, et oriente ensuite le récit vers un système compliqué et ambigu de machinerie fantastique.

 

La mise en scène est globalement élégante : les décors sont jolis et bien choisis, et les scènes de chagrin, dans la maison du couple, sont vraiment soignées. Même si ça et là, Schmidt semble moins à l’aise et un peu à l’étroit dans la cadre modeste de la série (la scène des aimants, par exemple), il n’en déploie pas moins une tactique assez payante. Le sujet, sans sombrer complètement dans le grotesque, s’imprègne d’une horreur de plus en plus graphique, c’est-à-dire plus évidente, toujours dans le champ, là où on attendait au contraire un univers plus psychologique et subjectif. En avançant ainsi sur les terres d'une série B plus identifiable, le sujet s’enrichit et mute vers une thématique déjà plus surprenante, puisque prenant place dans la description d’une société assez antipathique, aux avis tranchés et d’où ressort une confusion presque totale. Donovan affronte alors deux dangers : les apparitions meurtrières de sa femme-légume, et la surmédiatisation entourant cette histoire d’euthanasie. Son chagrin palpable est alors bien chahuté par les affaires de droit mais aussi par une série d’intérêts contradictoires (financiers bien sûr) dont on voit mal comment Donovan pourrait les résoudre. Tout le monde est intéressé, et tout le monde, même certains personnages hors champs (la scène du répondeur) ont quelque chose à reprocher à notre malheureux héros.

 

Dans ce contexte bicéphale, personne n’est vraiment aimable et ne semble vertueux. Là où Schmidt marque des points et tire une originalité certaine de son moyen métrage, c’est en axant les enjeux éthiques ou particuliers à la fois sur la trame sociale et sur l’hénaurme trame fantastique. Quand Donovan change d’avis et décide d’épargner sa femme, il est donc contraint à la fois par une intuition (révélée par le fantastique et l’horreur du récit) et aussi par intérêt, tandis que toute la communauté alentours se désagrège et cherche la vengeance ou la bagarre ou l’argent. Donovan, en plus, n’est ni un type sympa ni antipathique. Le tour de force est de montrer que ces choses-là ne sont pas du tout évidentes, et ça Schmidt le fait d’une manière étrange. On a en effet l’impression que les réflexions des uns ou des autres sont des réceptacles sensibles et subjectifs. Autrement dit, mûs par l’intérêt ou par la passion ou par des sentiments forcément tous changeants, la palette d’avis montrée dans le film devient absurde et ne démontre qu’une chose : quand il s’agit de toucher à la fin de vie, il n’y a pas de règle ou de statut logique qui tienne, et la pluralité des sentiments est plus créateur de chaos ou de nœuds insolvables qu’autre chose. Ni pour, ni contre quoi que ce soit, Schmidt, bien plus sagement et surtout, plus justement, fait une tournée de relevés de compteurs dont il ne ressort rien, sinon la douleur. D’un point de vue de film à thèse, si vous me permettez l’expression, drôlatique, dans le contexte d’une telle série télé, Schmidt analyse non seulement le sujet mais affronte assez courageusement l’impossible quadrature du cercle incluse dans la question de départ. C’est tout à son honneur, d’autant plus que sur cette question, que, vous, moi, un tel ou une telle soit pour ou contre, il est déjà plus rare d’affronter cette position forte qui consiste à ne pas pouvoir trancher de manière générale, générique ou législative. Comme le film montre clairement que les sentiments les plus viscéraux sont toujours en jeu dans ce genre d’affaire, le film n’en est que plus honnête. Je dis bravo, je fais clap clap clap !

 

Alors tout ça, c’est de l’analyse  dans le cadre d’une critique, que j’espère également honnête, de cinéma. Mais dans les faits, c'est-à-dire quand nous nous mettons dans le siège du spectateur, qu’il soit critique ou pas, le film utilise un système simple, assez poétique qui consiste, pendant que tout ce que je viens de décrire est en train de se déployer, à utiliser un système de répétition, ou plutôt de mutation de  scènes ou de situations. Ca, c’est une des très belles idées du film. En effet, que ce soit ouvertement ou de manière plus dissimulée, le film entier est un système de reprise, de répétition, et de réexploitation de sens et de symboles. Voilà qui permet une chose de manière sensuelle : replacer les mêmes événements dans des contextes différents. Et là c’est assez bluffant, puisqu’on peut relire en toute bonne foi, le même évènement ou deux évènements analogues de manière contradictoire. Du coup, on se coltine de manière sensuelle (ce qui est toujours délicieux et intelligent pour un spectateur) l’effroi et le chaos devant des questions qui doivent être tranchées mais ne peuvent l’être. On se rend compte, en suivant les pas du héros, pas un type exceptionnel d'ailleurs, mais simplement un type qui nous ressemble, que nous pouvons trancher, certes, mais qu’on a toujours conscience qu’on le fait de manière subjective et affective, ce qui est toujours plus que gênant quand on parle d’éthique ! Là, Schmidt prend la série non seulement dans ses grands fondements mais aussi à revers, à la fois pour la retourner et la nourrir. C’est, en effet, la métaphore fantastique de la femme fantôme qui prend alors tout son sens et incarne de manière poétique l’ambiguïté et la détresse de la situation. Le statut fantastique de la femme est d’ailleurs cruel : elle est punitive, vengeresse. Mais dans les allers-retours entre ses actions, celle de la femme, et les répercussions sur la vie infernale de Donovan, il y a là quelque chose d’assez poignant. In fine, alors que le film  est déjà beau comme ça, et même riche, Schmidt feint d’entamer la figure finale attendue de la queue de poisson ou du demi-twist, en le désamorçant complètement. D’abord parce que cette queue de poisson arrive dans les toutes dernières secondes, mais aussi par son aspect calme, réconfortant et glaçant. L’espèce de twist petit malin attendu a lieu, en quelque sorte, mais son statut, lui, est complètement iconoclaste car il ne renverse pas totalement la situation mais au contraire l’entérine. [Ce n’est donc pas une fantaisie de scénariste faisant le malin.] Et elle dépose délicatement, comme un point d’orgue, et non pas en fanfare hurlante, comme c’est le cas dans ce genre de procédé, une conclusion délicate. Sans faire hurler les sirènes du semi-remorque, mais au contraire dans un murmure presque anodin, Schmidt, qui a déjà relu la situation d’une manière qui rappelle le Friedkin de L’ENFER DU DEVOIR (scène de l’accident), ce qui était déjà beau, renvoie avec moulte délicatesse tout le monde dans la même barque. Déjà bien éprouvé par la résolution impossible d’une question pourtant fondamentale, c’est par  le film et la fiction que Schmidt tend la main vers le spectateur de manière poétique mais rugueuse. Si la femme de Donovan le hantait, c’est lui, Donovan qui agit comme une figure-fantôme quand le film se termine et que nous réintégrons la vraie vie. Le fait d’avoir conclu sur cette idée, et encore plus en douceur (chose absolument impossible dans les films à thèse qui fonctionne en mode tractopelle), au risque de ne pas se faire remarquer par le spectateur est très très belle. Et quand la porte se ferme, une autre, hors-film et en nous, s’ouvre.  Et on voit alors le cosmos lentement se déchirer.

 

 

Un dernier point avant de partir : Martin Donovan, excellent acteur, fait quelque chose ici dont il n’a pas l’habitude : un jeu très ouvert, plus lisible, plus marqué qu’à son habitude, mais qu’il nourrit par un soin et un rythme qui est le sien dans le reste de sa filmographie. Ça aussi, c’est très beau à regarder. En conclusion, Schmidt semble confirmer l’intelligence et la sensibilité de son cinéma. Il semble donc ne pas être un réalisateur de film fantastique de plus, mais affirme une vraie démarche et surtout démontre par ce film qu’il y a chez lui une vraie démarche personnelle, et relativement iconoclaste. A suivre.
Dans le cadre de sa série, en tout cas, RIGHT TO DIE est en tout cas un film qui remplit carrément le cahier des charges et ne trahit jamais la volonté de son réalisateur de faire un film personnel. Clap clap. Je sors mon Ulysse de mon slip Eminence, et je dis chapeau.

Dr Devo.






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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 16:12

Publié dans : Lucarnus Magica






(Photo: "Emile (Autoportrait)" par Dr Devo.)


 



Chères Lectrices,

 

Comme vous l’aviez constaté il y a quelques semaines, non seulement Matière Focale est passé en mode Blitz/Conquête du Monde, mais en plus, nous en profitons pour faire un peu le ménage, passer le balai dans les coins, et même reprendre les dossiers qui étaient en train de mourir dans nos chambres froides. Ainsi, après avoir ressuscité notre série d’articles sur SAN KU KAI, qui avait été laissée en plan pendant plus de deux ans, je me suis permis d’aller refaire un petit tour dans la collection MASTERS OF HORROR, défunte série d'une chaîne privée américaine, mêlant au fil des épisodes de vieux briscards trop rares ou même disparus avec des jeunes gars quelques fois sympathiques. Si tous les épisodes de la Saison 1 ont été objets d’articles, je n’avais pas poussé très loin concernant la Saison 2. J’avais déjà parlé de WE ALL SCREAM FOR ICE SCREAM de Tom Holland et de SOUNDS LIKE de Brad Anderson, deux épisodes assez décevants d’ailleurs (enfin, surtout le premier). Il était temps, donc, d’achever notre parcours dans ces contrées horrifiques…


 

George Wendt (vétéran second couteau de la télé et du ciné US) est un homme d’une cinquantaine d’années très tranquille. Il vit dans un de ces très classiques quartiers résidentiels américain que n’aurait pas renié le producteur Spielberg dans les années 80 à l’époque de POLTERGEIST par exemple. George est un célibataire endurci, plutôt discret et très gros ! Il vit seul dans sa grande maison impeccablement tenue. Tout se passe très bien pour lui, jusqu’à l’emménagement d’un jeune couple quelques maisons plus loin. Il s’agit de Matt Keeslar (déjà aperçu dans le très sympathique PSYCHO BEACH PARTY qui vaut bien deux euros, neuf, en dvd !) et de Meredith Monroe (que les fans de la série DAWSON reconnaîtront, me souffle-t-on). Lui est médecin. Ils sont mignons comme tout, pas bêtes, et ils viennent de Los Angeles à la recherche d’une ville et d'une vie plus calmes. Un soir, peu après leur installation, le couple, qui a un peu bu au restaurant, percute avec son 4x4 la boîte aux lettres de George. Ils laissent un mot pour s’excuser, et le lendemain à la première heure, ils rendent visite à George. Celui-ci a déjà reconstruit la boîte aux lettres et leur offre le café ! Il refuse même que le couple lui rembourse les frais de briques et de mortier. Le courant semble passer entre les deux jeunes et George. Et George semble assez sensible au charme de la belle Meredith ! Mais voilà qui va poser problème…

George n’est pas un vieux garçon comme les autres. Il a un hobby bizarroïde qui consiste à tuer des gens, à dissoudre les chairs des cadavres et ensuite à réassembler les squelettes. George a déjà fait quatre victimes, et comme il est un peu psychopathe sur les bords, il est persuadé que ces squelettes forment une famille ! D’ailleurs, il leur parle ! La "femme" de George, enfin le squelette de sa première victime, lui fait d’ailleurs remarquer qu’elle s'est bien aperçue que la jeune Meredith fait de l’effet à son "mari" !  

 


Oulala ! Ca commence fort. D’abord, on retrouve avec plaisir ce vieux briscard et bon réalisateur qu’est John Landis, ici aux commandes d’une histoire très simple et qui - bizarrement - est bougrement tordue. Il faut dire que le scénario est issu de l’imagination de Brett Hanley, un petit gars très intéressant qui avait déjà pondu celui d'EMPRISE, le très beau film (et absolument étonnant !) de Bill Paxton dont le Marquis avait déjà parlé dans ces pages !

Donc, voilà un gars qui tue des gens mais qui a un but : constituer une famille avec les squelettes des victimes qu’il positionne de telle ou telle façon selon les différents moments de la vie familiale.

 

Landis ouvre son film avec un faux plan séquence bougrement long, beaucoup trop pour être honnête d’ailleurs, mais très très joli ! Durant ce long plan qui nous présente la maison vide de George, on entend une espèce de négro spiritual vantant le baptême dans les eaux consacrées par notre ami Jésus ! Et ça dure, ça dure, ça dure. On voit toutes les pièces de la maison et on finit à la cave, impeccablement rangée et organisée comme le reste de la bicoque, et où George est en train de dissoudre tranquillement le cadavre d’un vieux monsieur qui deviendra le grand-père de sa famille! C'est toujours classe !

 

Landis, qui nous avait déjà gratifié durant la Saison 1 d’un très beau DEER WOMAN, adopte ici un ton plus décontracté et peut-être plus grand guignol, enfin sur le papier du moins, un peu dans un style à la CREEPSHOW. On est d’emblée mis au courant de la "perversion" de notre anti-héros puisque la première séquence se finit sur un cadavre en train de fondre sous l’acide. Paradoxalement, le ton change ensuite et s’oriente vers une ambiance où flotte un léger malaise, et qui est pour le coup bien social. On sait ce voisin complètement fou, nous spectateurs, et du coup, la moindre remarque ou le moindre incident déclenche vite une tonalité assez angoissante, même si on se doute qu’il ne va sans doute rien se passer. Premier point.

 

Dans un second temps, lui aussi très vite annoncé, on devine la mise en forme graphique, pour ainsi dire, de la perversion de George. Après une exposition de sa "famille", très rigolote, carrée et bien fichue (avec un joli plan sur la télé !), Landis nous montre les squelettes avant d’enclencher un processus logique, certes, mais qu’il utilise de façon inattendue puisqu’on le voit d’abord dialoguer avec les squelettes "qui lui répondent dans sa tête". Ensuite, on voit carrément des acteurs lui donner la réplique à la place des tas d’os. Voilà un élan naïf : Georges parle et vit avec des cadavres, et on les voit s’incarner et réagir avec lui. Il n’empêche, si ces dialogues fantastiques placent en trois coups de cuillère à pot la vision du monde fantasmée par George, ils permettent aussi de révéler le rôle de sa "femme" qui réagit souvent avec instinct et met le doigt sur des paradoxes tout à fait justes et bien vus. C’est un très joli rôle (l’actrice joue très bien en plus) et, superbe idée galactique, ce personnage se permet même de mettre le doigt sur sa propre nature factice. C’est drôle et totalement dans la lignée du fantastique de Landis ou d’un Dante. Ces deux-là sont des vieux durs-à-cuir et leurs scénarios sont toujours délicieux et bien arrangés. George et sa femme, dans leurs engueulades, permettent aussi de bien montrer le fantasme de George, et de le rendre paradoxalement très humain. C’est un homme bon, courtois et ouvert. Enfin, si on omet qu’il dissout les gens dans l’acide. Ce dialogue avec ses autres moi-mêmes (la petite fille aussi) permet de bien définir les limites et les craintes du héros, et aussi les bonheurs modestes auxquels il aspire. On a presque l’impression que sa maison, et sa ville et le monde sont construits autour de ces squelettes qu’il a lui même créés.

 

Landis agit toujours à double-fond, si j’ose dire. Les choses restent simples et pratiques mais le réalisateur sait développer les paradoxes ou encore mieux approfondir ses déjà francs dispositifs de départ, comme par exemple la très belle scène où il cherche une nouvelle "grande sœur" et qui se terminera de manière ironique et très très touchante. Encore une belle façon d'exploiter et de détourner le principe de départ pour aboutir sur un torrent de nuances inattendues.

 

Ceci dit, FAMILY se déroule tranquillement, et sa simplicité apparente (plutôt de l’épure en fait) cache une espèce de faux rythme qui petit à petit nous détache du personnage pour l’observer un peu plus de l’extérieur. A mesure que George observe ses nouveaux voisins, c’est nous qui observons George de manière moins directe. Ce paradoxe de points de vue fonctionne très bien, c’est une belle idée de scénario, mais à mon sens elle s’incarne dans le rythme bizarrement tranquille du moyen métrage. Les choses vont devenir plus stressantes par la suite, lorsque Landis finira de dérouler sa métaphore de famille fantasmée, en montrant enfin frontalement un meurtre (ils étaient hors-champs jusque-là) et qui est d’autant plus troublant, très très belle idée, qu’il n’est pas complètement réel. Une dimension d’échec envahit alors le film, et la dernière séquence pourtant assez banale, devient très stressante. On a l’impression que George joue son va-tout et en même temps on ignore ce qu’il va faire. Enfin, on le redoute. L’histoire se conclut comme elle a commencé, et le fim s’est joliment retourné. Plus qu’un être fanatique, George apparaît comme une espèce d’animal piégé dans la vie réelle. Et le negro spiritual à la gloire de Jésus qui clôt également le film, n’est ironique que lors de cette reprise finale. On pense alors que le premier passage du morceau était sans doute véritablement un chant de foi et une prière et non pas un procédé de mise en scène ironique. Voilà qui est drôle, touchant, très ironique… Landis quoi ! Signalons que la mise en scène est tout à fait correcte, voire très bonne par endroits, et que le montage sans y toucher est alerte et amène beaucoup de nuances ou d’informations sur les personnages (cf. le combat final par exemple, qui met bien la puce à l’oreille). FAMILY est un bougrement bon film.


Dr Devo.




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Samedi 1 août 2009 6 01 /08 /Août /2009 21:06

Publié dans : Lucarnus Magica






[Photo: "Prêtre Focalien Soutenant la Muse du Cinéma, Dévastée par l'Industrie " par Dr Devo,  d'après un tableau de Paul Delaroche.]





A Matière Focale, nous sommes à la pointe de la technologie. Rendez vous compte, en plus d'avoir un nombre faramineux de salles de cinéma privées où de vieux projectionnistes à lunettes triés sur le volet vivent dans leur cabine et où des hôtesses court vêtues distribuent rafraîchissements et cigarettes au critique éreinté, nous avons également une salle de télévision, où nous recevons gratuitement toutes les chaînes de la galaxie. C'est ainsi qu'affalé dans un des canapés de cette même salle, alors que Heidi, jeune suédoise blonde et gironde, me tend mon troisième verre de vin, je tombe sur le network américain Fox. Il diffuse l'épisode pilote d'une probable série à venir, VIRTUALITY. Rapidement, je demande à Heidi de m'apporter un des MacBook qui traînent dans la salle afin de faire quelques recherches sur ce programme. Il s'agirait d'un téléfilm d'une heure trente, avec notamment Clea DuVall, sublime actrice bien trop rare, réalisé par Peter Berg, qui a fait de sombres bouses au cinéma mais a produit une très belle série éponyme à partir de son nullissime FRIDAY NIGHT LIGHTS, et écrit par deux des piliers de la splendide série BATTLESTAR GALACTICA, à savoir Michael Taylor et Ronald D. Moore (il faut aussi savoir que Moore a également participé à STAR TREK et a été un des producteurs exécutifs de la génialissime série CARNIVALE, LA CARAVANE DE L'ETRANGE en vf!). Je referme l'ordinateur et le rend à Heidi tout en lui disant que je serai indisponible pour une durée d'une heure et demie et que l'on ne devra me déranger sous aucun prétexte. A part si c'est pour elle, bien sûr. Elle s'en va en gloussant timidement, en n'oubliant pas de refermer la porte et d'éteindre la lumière. Mais je ne peux plus penser à Heidi, le devoir de critique passe avant tout. Attention, ça commence...

 

 

Nikolaj Coster-Waldau est le capitaine d'une expédition spatiale qui avait pour but originel de découvrir l'existence d'une intelligence extra-terrestre. Seulement, alors qu'ils étaient en chemin, des scientifiques restés sur Terre ont découvert que la planète serait inhabitable d'ici un siècle. Les mers montent, les orages s'accumulent, bref, c'est l'enfer selon Yann Arthus-Bertrand. La mission de l'équipage de Coster-Waldau (composé de 12 personnes en tout) se métamorphose donc en "opération survie de l'humanité" pour chercher une nouvelle planète habitable. Ils se trouvent à deux jours de Neptune, et c'est à partir de là que le capitaine devra faire un choix définitif et ne pourra plus revenir en arrière : rentrer sur Terre ou partir pendant dix ans dans l'espace à la recherche d'un nouveau terrain de jeu pour les hommes. Problème : un membre de l'équipage tombe gravement malade, compromettant la prolongation de la mission.

A cause de la durée du voyage, le psy James D'Arcy a mis en place un programme de réalité virtuelle appelé "module" qui permet à chaque membre de l'équipage de s'éloigner mentalement du tube métallique dans lequel ils sont enfermés pour vivre des choses plus humaines, plus terriennes disons : une randonnée, du surf, une bataille de la guerre de Sécession... Problème : même si le vaisseau est dirigé par un ordinateur (un peu comme HAL de 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE), une interférence survient dans les modules. Un homme étranger à l'équipage débarque dans ces réalités virtuelles et tue et torture virtuellement chaque astronaute, dont les retombées psychologiques sont bien réelles.

Parallèlement à tout cela, cette mission de survie est aussi le cadre d'une émission de télé-réalité qui, et ce n'est pas très étonnant, pulvérise tous les records d'audience. Elle est orchestrée par James D'Arcy, qui en plus d'être psy est le producteur exécutif de l'émission. Dans sa salle privée, des moniteurs partout, et il monte l'émission en même temps que se déroule la mission. Problème : l'équipage n'apprécie pas vraiment d'être constamment épié, ni l'image qui ressort d'eux dans cette émission, et D'Arcy est accusé de faire monter la tension pour gagner de l'audience, donc de l'argent.

 

 

VIRTUALITY commence de manière tout à fait étrange, surtout pour une série estampillée "science-fiction": nous sommes dans une scène durant la guerre de Sécession, où un commandant essaie d'attaquer un campement ennemi. L'action se déroule, et déjà quelque chose cloche, on tique et on scrute chaque détail de la séquence. L'évidence saute aux yeux : tout a été tourné sur fond vert, la profondeur de champ est inexistante, ce n'est que du numérique, et c'est d'une laideur insoutenable. Vraiment, c'est ignoble, et on ne voit que ça. La scène suit son cours, et l'envie prend d'éteindre le machin et d'aller retrouver Heidi, quand tout d'un coup le commandant parle au hors-champ, et l'image s'arrête. Nous apprenons alors que le commandant en question est le capitaine du vaisseau, et qu'il est dans un des modules de réalité virtuelle dont je parlais un peu plus haut. Alors oui le numérique est moche, mais c'est complètement volontaire, ou plutôt ils se sont servis de la laideur de ces effets pour la mettre au coeur même du dispositif de mise en scène : d'une, on reconnaît rapidement quelles parties du film sont les modules (mais ce ne sera pas toujours le cas, j'y reviens), de deux, puisque c'est une réalité virtuelle, créée de A à Z par des machines, il est normal qu'elles ne puissent pas retranscrire la beauté de la réalité réelle (si je puis me permettre), de trois, même si l'équipage vit ces situations "factices", il n'est jamais dupe que ce qu'il voit et vit à l'intérieur de ces modules ; le numérique épouserait donc aussi le point de vue subjectif des personnages, qui vivent une réalité en ayant conscience que ce n'en est pas une, et la déforment peut-être pour ne pas se perdre à l'intérieur. Trois minutes de film et déjà une idée remarquable, ou plutôt un beau sauvetage. En tout cas, partir de quelque chose d'aussi laid et en faire une idée non seulement poétique mais qui épouse le propos du film, c'est bien vu. Peter Berg joue beaucoup avec cette idée, en appuyant le côté "toc" lors de certaines séquences (la kitchissime scène de sexe), mais en ne délaissant pas une autre idée : à certains moments, le numérique est quasi-invisible, et on se demande alors si les scènes que l'on voit font partie des modules ou de la réalité antérieure à la mission ! La visite chez le gynéco est en cela très parlante : on ne sait pas où on se trouve, ni à quel moment, et la confusion est partie intégrante du processus du film. Nous sommes constamment balancés entre la réalité et la fiction, et les ponts qui peuvent se faire entre les deux notions. Ainsi, lorsqu'un membre de l'équipage se fait violemment agresser par l'intrus à l'intérieur même de son module, ses émotions prennent également corps dans la réalité, et le traumatisme n'en est pas amoindri parce qu'il s'est produit dans ce monde artificiel. Les blessures sont là, dans notre vie de tous les jours, que l'on ai souffert en rêve ou dans la réalité. Il faut vraiment voir la chose, c'est assez sublime.

 

L'autre excellente idée c'est l'émission de télé-réalité, qui s'insère dans les vies des personnages jusqu'à exacerber les tensions qui existaient de manière plutôt sous-marine, compte tenu de l'enjeu démentiel de la mission. Tout le monde est à cran, et ces caméras braquées sur eux nuit et jour ne les aident pas à garder leur calme. James D'Arcy, le producteur, a même été jusqu'à créer un confessionnal, comme dans n'importe quel LOFT, pour que les membres de l'équipage puissent dévoiler leurs états d'âme sans être entendus par les autres, et face caméra ! L'idée est très belle car elle permet de dévoiler les personnages en profondeur. Ils vont tout raconter face à cette caméra, elle est leur unique occasion de dire ce qu'ils ont sur le coeur, de dévoiler leur caractère, leurs pensées, leurs buts, leurs plans. Le spectateur sait tout, ainsi que le psy/producteur, vu qu'il monte également les images du confessionnal pour la mission (ce qui n'empêche pas l'équipage de se confier au confessionnal). Il a un grand pouvoir sur l'équipage, le tout est de savoir ce qu'il va en faire, surtout qu'il est également poussé par la chaîne qui diffuse l'émission ! Nous n'en saurons pas vraiment plus, même si des indices sont disséminés ça et là, vu que le film est sensé être le point de départ de quelque chose de plus gros. Tout ce dont je parle, ce sont des prémisses de la future série, ce qui n'enlève aucune des bonnes idées de ce métrage.

 

Du côté de la mise en scène, ça se gâte un petit peu. Comme dans toute série américaine, les plans rapprochés priment, donc on ne voit que cela, ce qui gâche un peu le tout. La photo est assez étrange, pas vraiment jolie, disons qu'elle se rapproche de la lumière d'un plateau télé (en même temps, nous sommes dans un lieu confiné et très éclairé, c'est difficile pour créer du contraste), et la lumière des modules est tout à fait artificielle, pas très belle non plus, et certaines séquences sont très saturées, ce qui rend le tout encore plus irréel. En fait, les deux niveaux sont assez semblables, ce qui participe encore une fois à la confusion réel-virtuel. Le récit est très dense, et en même temps, avec la multiplicité des possibilités de prise de vue (grâce à la télé-réalité), le montage est rapide et rythmé, avec parfois de très belles choses, comme ce contre-champ terrifiant qui arrive quasiment une heure après le champ. Il est tout même le plus souvent assez mécanique et "digne" d'une série télé, c'est à dire qu'il met en relief le scénario. La mise en scène est finalement plutôt inexistante, parce que laissée au second plan. Il faut croire que les networks préfèrent éviter les mises en scène belles et étranges au profit de quelque chose de passe-partout, histoire de ne pas trop perdre le spectateur lambda. Dommage.

 

Vous ne verrez probablement jamais la série VIRTUALITY. La Fox a décidé de diffuser ce pilote un vendredi soir, ce qui est la case horaire maudite aux USA, où personne ne regarde la télévision. Personne n'ayant donc vu VIRTUALITY, la Fox ne développera pas l'idée et semble vouloir arrêter la production ici, avec un nombre ahurissant de questions en suspens, et surtout un ensemble de belles et bonnes idées parties dans les limbes. "C'est triste, quand même" me dira plus tard Heidi, en m'offrant un scotch on the rocks avec un petit sourire, alors que j'essaie de retenir un sanglot de déception.


LJ Ghost.





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Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /Juil /2009 14:59

Publié dans : Lucarnus Magica




Chers Focaliens,

 

C'est avec joie, et un peu de honte aussi que je reprends la suite d'articles sur la série SAN KU KAÏ dont vous n'aviez plus de nouvelles depuis le 17 Juillet 2006, soit il y a un an et une semaine ! Rappelons le principe. Devant l'importance de cette série - qui est la première et la seule à destination des enfants qui soit ouvertement expérimentale, et qui, en plus traite du délicat problème du totalitarisme, ce qui est remarquable car, c'est bien connu, tout se joue à cet âge-là chez un individu - nous nous devions de lui consacrer une rétrospective. Nous consacrons donc un article par épisode, long en général. Et nous procédons ainsi : le Marquis s'occupe des épisodes impairs, et moi des pairs. Et aujourd'hui c'est la joie, car j'ai le plaisir de chroniquer un épisode parmi les plus glorieux, à savoir le N°16, intitulé sobrement mais de manière bougrement anxiogène, LE PIEGE. [Ceux qui veulent approfondir le sujet pourront aller voir à la fin de cet article l'index de tous les épisodes déjà chroniqués !]

 


Et comme d'habitude, ça va mal, très mal même, dans le Quinzième Système Solaire, et pas qu'un peu, car sur le vaisseau-mère des Stressos, l'ambiance est particulièrement grave. Komenor, général en chef de l'armée stressos a réuni un cabinet de crise. Il a en effet convoqué la fine fleur de la garde ninjosse (pour une fois bien prononcé par la VF, c'est à dire "ninja", pas ninjaze, ni ninjoze, bravo!). Parce que c'est vrai, y en a marre ! Komenor est formel : la veille, une bonne tripatouillée de soldats stressos a été lâchement assassinée par la Résistance. Or les ninjosses sont les troupes d'élite qui font régner la terreur sur toutes les planètes de l'Univers. Ce curieux paradoxe amène Koménor à appeler un volontaire pour mettre fin aux conneries et aux actions de Guerillaze. Il s'agit d'éliminer, une bonne fois pour toutes, Staros et le Fantôme qui massacrent du Stressos à brûle-pourpoint. Je rappelle, car on a eu le temps d'oublier, que Staros et le Fantôme sont l'identité respective, secrète et super-puissante d'Ayato et Ryu, nos doux héros. Ce que relève Furya, douce furie, avec justessse : si on ne sait pas où sont Staros et Casper, on remarque qu'ils protègent Ryu et Ayato, ce qui veut dire qu'en poursuivant les seconds on trouvera les premiers. Intelligente, en plus!



Le ton est donné, et la mise en scène des plans suivants révèle que nous sommes en présence d'un épisode de tout premier ordre sur le plan cinématographique. Komenor demande un volontaire, et cut, contrechamp sur les ninjosses et Furya. Les ninjosses étant tous masqués, on se dit que c'est la furieusement sexy Furya qui va s'y coller! Et là coup de théâtre: un projecteur s'allume dans le hors champs bas, et au fond du plan s'il vous plait, et vient éclairer, en contre-plongée, c'est assez beau et un peu effrayant, une mystérieuse Invitée Mystère. Elle ne tarde pas à dévoiler son identité et à dévoiler sa fréquence. Pour ça, on acceuille Tarentula de la planète Araignée (où vont-ils chercher tout ça?), méchante de l'épisode donc, et qu'on peut décrire ainsi...

Brushing de cheveux secs assez joli, classique, mais sur le front une grosse araignée jaune en plastique. Maquillage ziggystardustien, vaguement quand même, sur le visage. Et surtout ce regard, ce regard braves gens, qui montre une détermination et des abîmes de ténèbres bien impressionnantes. Brrrr... En tout cas, après le plan-séquence fixe sur Komenor, cet effet de mise en scène, tragique et effrayant, est tout bonnement sublime. Mais ne nous égarons pas, la route est longue jusque Analysse (qui n'est pas, contrairement à la légende, la planète natale de Freud!).

 

 

[Un grand suspens règne, car Komenor annonce à ses soldats, afin de bien les encourager (?), que le volontaire pour la mission suicide, s'il en réchappe (paradoxe), sera executé par les mains de Koménor lui-même!]

 

 

Sur Analysse, c'est la routine. Une petite mijorée, assez croquignolette dans son vêtement syncrétiste mélangeant la chemise style Mao (référence!) au kimono japonais, avec moults fleurs (re-régénérescence) et avec le brushing-casque à l'avenant, a trouvé un mégaphone et fait une manif en pleine rue! En pleine rue! Alors que la planète est sous contrôle stressant! "Nous sommes peu aujourdh'ui mais nous devons résister, car [prenez des notes!] nous sommes les premières gouttes du fleuve qui emportera la dictature stressos!". Un comportement bien imprudent en temps de fascisme que ce petit impromptu manifestatoire. Et hop, contrechamp, on découvre que la petite Anna (lire les articles précédents), 13 ans, belle à mourir pour le Marquis, et complètement boudin et insupportable pour le reste de l'humanité, est dans la foule de 12 personnes, et justement c'est là qu'un quidam essaie de raisonner ses frères du peuple. Il signale, en effet, qu'il est très imprudent de se révolter! En général, la répression est terrible, et passible de mort! Sage parole! Mais la petite Anna, à qui on a rien demandé, intervient, l'effrontée, en donnant raison à l'agitatrice au mégaphone, et rappelant qu'elle a quand même vu sa famille se faire massacrer quasiment devant ses yeux. Chantage à l'émotion de la part des scènaristes ? Peut-être pas... En tout cas, à la faveur d'un petit zoom, Anna annonce qu'elle ira participer à la lutte armée et elle enjoint tout le monde à rejoindre la Résistance. "Ca ne peut pas continuer comme ça", satirise-t-elle. Assez logiquement, un peloton stressos débarque avec un char de combat anti-émeute et disperse la foule avant de les massacrer, comme il se doit, dans une impasse, joli symbole. Anna et Mijorée la révolutionnaire tentent de s'échapper dans les coins les plus reculés des studios Toei. Là, surprise, elles tombent sur un gang de voyous, reconnaissables à leur bandana jaune.

[Pour les plus jeunes, je rappelle que le bandana était dans les années 80 un signe de délinquance approfondie. Tout mafieux, tout membre de gang en porte un. On peut le vérifier dans le film passionnant du point de vue vestimentaire LES GUERRIERS DU BRONX 2, ou dans tout autres films italiens d'exploitation des années 70, ou encore dans les films du regretté Charles Bronson.]



Mijorée implore le coolisme de ses agresseurs. Vous devez nous laissez passer, on est poursuivi par les stressos, tu dois bien comprendre car tu es de notre planète, "tu es de notre race". Le gang n'est pas de cet avis. Faire preuve de laxisme dans leur travail, céder à des faveurs, c'est un peu tuer le bizness, sans doute, fut-il chaud. D'autant plus que le leader des sauvageons soulève le pan de sa veste de marque Baboo, pour dévoiler un superbe écusson stressos ! Ce sont des collaborateurs, des mercenaires n'hésitant pas à jouer le jeu de la dénonciation! A ce moment, on se dit que cette fois, c'en est fini de Anna, qu'enfin elle va se faire massacrer comme tout le monde, et que sa petite bouille d'ange ou de monstre cessera d'alimenter la controverse focalienne. Evidement, Ryu arrive sans prévenir et empêche Anna de se faire tuer. Le gang proteste : "T'as pas le droit de faire ça ! C'est notre gagne-pain, faut bien qu'on bosse". Ryu fait une déclaration d'usage, comme d'hab, avec moult irono-humour et phrasé ampoulé. Je l'aime bien Ryu, mais si près du but, il nous prive de la lente agonie de Anna, et ça m'énerve un peu. Alors ça y va dans le déclamatoire, il ne se prive pas, Ryu. Je n'aime pas les traîtres dans ton genre, tu oses travailler pour les stressos, c'est pas joli-joli ça, hahaha, etc... Il finit sur un follement gay : "Je vais te dresser", et là (effet de mise en scène par le dialogue c'est plutôt bien vu), un plan moyen me fait remarquer qu'effectivement le gang est habillé comme une bande de folles hippies, avec blouse de cuisine, et petit boléro de cow-boy à franges  notamment!  Pas de temps, ceci dit, pour causer chiffon, et en guise de dressage c'est une bonne bagarre à laquelle vont avoir droit les traîtres gays de la police secrète stressos, ces félons ! Ryu y va sobrement mais avec style. Clé de bras puis tourbillon, évitement et parade, sauts de cabris trampolinés hors-champ, mais avec modestie. Pendant ce temps-là, Mijorée l'agitatrice qui avait, dans la bataille, préféré se faire capturer et permettre ainsi de ralentir les membres du gang, et donc donner à Anna, par rebond, une chance d'en réchapper (ça c'est de la construction, c'est du style: ampoulage, précision, création de forme originale ; "trampolinés hors champs" aussi, c'est mon style "Ryu embuscade"), Mijorée donc a réussi son coup dans le sens où elle a été capturée et même ligotée (toujours ce sous-texte sexuel chez les personnages adultes de la série). Les carottes sont-elles cuites ? Non, car Ayato, dans un saut de cabris pas piqué du hanneton, et même impressionnant (remarquez la hauteur du saut ; moi je l'aurais pas fait, et là le plan n'est pas truqué !), débarque pour délivrer Sa Sédition, Impératrice des Fleurs de Rébellion. Beau dialogue à suivre entre Ayato et le chef du gang. Accrochez-vous...

"-A quatre contre une fille, c'est du joli.

-Tu ne crois pas que tu nous arrêteras tout seul.

-Je ne crois peut-être pas mais je vous conseille de la laisser ! "

La poésie, c'est beau comme ça. Gweenie, mon petit chou, appelez-moi le département traduction, voulez-vous ?

 


Bien entendu, à suivre, bataille de rue sur le même mode que la précédente avec Ryu, mais cette fois avec ces petits glaives-tournevis que le réalisateur de SKK affectionne tant. Beau geste fordien d'Ayato, une fois le dernier enemi mis en déroute: jeté du glaive dans un geste authentiquement furieux mais calme, avec une pointe de mépris pour les Tiédes. Puis, tout sourire, il se tourne vers Mijorée. Là, le réalisateur coupe judicieusement, change de plan, et renverse l'axe pour un plan rapproché pas trop serré où Mijorée est à gauche du champs, ligotée, et Ayato à droite, elle lui tournant le dos dans une attente de délivrance, et lui radieux de sourire. Un plan très doux, complice, tendre qui montre une complicité immédiate (loin de la théorie du discours de Mijorée à la foule auquel, donc, j'opposerais ce plan), celle du terrain, celle de la lutte terre à terre. C'est beau, et ce d'autant plus que les cordes qui bondagent Mijorée sont bien mises en valeur et donne une aura ouvertement sensuelle et même sexuelle (mais douce, pas agressive, sans l'excitation forcenée) à la rencontre de ces deux jeunes personnages qui ont visiblement le même âge et le même profil : idéalistes, un peu trop fonceurs et frondeurs, un peu jeunes. Complicité donc. Pour le marquer le coup, le réalisateur diffère de deux secondes le coupages des liens et la délivrance : c'est le désir qui s'exprime, sans en rajouter (juste deux petites secondes), désir tout court et désir de cinéma.

 

 

 

Anna, Mijorée, Ryu et Ayato décident de rentrer, mais ils croisent Kamégie que, curieusement, Ayato appellera Kamijy. Subtilité de doublage oblige, sans doute. Le fier bédouin résistant, personnage lié à celui de la petite Anna, n'a pas l'air dans son assiette et marche comme un zombie. Ignorant les trois autres, il s'adresse à Mijorée : "Ecoute Irisa..." Ainsi, elle s'appelle Irisa ! Mais laissons parler Gabégie : "Si tu refuses de travailler pour les stressos, nous tuerons ton père. Tu as bien entendu, nous avons enlevé ton père". Phrases lourdes de sens. La technique du chantage et de l'enlèvement est une méthode stressos très au point, qui revient tous les deux épisodes. Et remarquez que, sémantiquement, Kamégie le résistant s'inclut dans le camp stressos. Sa démarche de zombie télécommandé fait le reste : il n'est pas dans son état normal. Visiblement, il est drogué ou hypnotisé ! Ayato réveille Kamégie de sa transe et il ne souvient de rien, sinon d'une araignée qui tombait sur ses genoux ( ?), puis le black-out. Le père d'Irisa est quand même le général en chef du "système de défense" (encore une périphrase !), et Ayato et Irisa trouvent l'hypothèse du rapt possible. Ils décident d'aller voir si le paternel  de la jeune fille va bien (paradoxe) provoquant une séparation du groupe qui ne manquera pas de constituer un intrigue en montage alternée dans la deuxième partie qui est en train de s'enclencher.

 

 

 

Changement de décor (un magnifique jardin) et musique douce. Furya toute sourire, récompense les collaborateurs au service des stressos qui ont essayé de capturer Irisa. "Tenez, voici de pièces d'or de Golem XIII. Et voici une bouteille de ma réserve personnelle". Les félons sont troublés par tant de gentillesse. Le sourire de satisfaction presque sexuelle de Furya veut dire autre chose, nous disons nous in peto, surtout que le chef des félons dit humblement: "en plus nous avions échoué", ce à quoi la Furie Erotique de l'espace répond : "On ne pouvait pas savoir...". Voilà une dialectique foncièrement à l'opposé de Furya et, encore plus, de l'idéologie stressos, en général exemplaire et sans pitié avec l'échec. L'inquiétude, chez nous, spectateurs, monte en conséquence d'un cran. Ils ouvrent la bouteille et boivent. Quelques secondes plus tard,  Ayato et Irisa arrivent dans le jardin et découvrent les félons en train de se tordre de douleur sur le sol, visiblement empoissonnés par Furya la machiavélique.

 

 

 

 

Je sens qu'à ce point du récit, vous avez besoin de prendre une respiration...

 

 

 

 

   

 

 

 

[25 juin 2009... Je glisse avec émotion la galette dans le mange-dividi...]

 

 

Et j'entame la quatrième page... Hop !

 

Est-ce le temps qui a passé ? Est-ce cette ellipse d'un an entre la rédaction des deux parties de cet article ? Me serais-je trompé d'épisode ?

 

Mais non... C'est bien le vaisseau d'Eolia, la princesse ex-machina. Un superbe vaisseau spatial en forme de bateau à voiles et à trois mats, et hop un petit zeugma ! Le deuxième plan est tout aussi surréaliste : un doigt délicat et royal, celui de la Princesse. Car je vous le rappelle, ce vaisseau se pilote grâce à un mini-synthétiseur Casio. Le vaisseau avance majestueusement dans l'espace bleutée, musicopiloté par le jeu de clavier de Eolia, comme nous le prouve la musique qui traditionnellement l'accompagne. Pour un retour dans la série, je suis servi : on est plein délire kitscho-crypté. Et ce n'est pas fini ! Un bras mécanisé au bout duquel se trouve une espèce de boule de cristal descend devant le visage d'Eolia. Aussi tôt, le soleil vient se refléter dans la boule, et par un jeu subtil d'utilisation des propriétés de propagation de la lumière, l'image de la princesse apparaît au-dessus de la mer...

 

...et ça tombe très bien, car dans le contrechamp, on aperçoit Ryu, accompagné de Siman, le chimpanzé de l'espace, et de Sidéro, le petit robot sidérant ("de l'espace", lui aussi tant qu'à faire !). Le trio d'amis était justement en train de se détendre dans cette calanque abandonnée. Les voilà bien surpris par l'apparition d'Eolia qui, comme souvent n'est pas là pour rigoler, mais pour délivrer un message clair et précis de la plus haute importance, et je cite : «Ryu, une ombre plan au-dessus d'Ayato... »

Ryu est surpris, mais psa inquiet. Bah Ayato se bat bien, il peut se débrouiller tout seul. Ce à quoi Eolia répond : "Oui oui, c'est possible", et rajoute, accrochez-vous : "...mais Ayato est jeune et il peut commettre des fautes de jeunesse !" C'est beau. C'est simple, mais c'est beau. Ryu répond qu'il va s'occuper de tout ça, et le vaisseau stellaire d'Eolia effectue un demi-tour avant de repartir. Ca valait bien le coup de faire une scène pour ça ! Je pense qu'un petit "je suis inquiet à propos d'Ayato, allons voir ce qui lui arrive..." par de Ryu m'aurait permis de sauver cinq minutes précieuses de ma vie et un paragraphe de cet article, mais que voulez-vous, c'est ça aussi la Poésie...

 


Pendant ce temps-là, c'est la nuit brusquement. Ayato, accompagné de Anna et de Irisa vont faire un tour chez cette dernière à la recherche du père de celle-ci, et n'hésitez pas à relire cette phrase si ça ne vous semble pas clair. Et c'est très joli, chez eux ! Dans un coin une armure médiévale... Oui, une armure du XVéme terrienne, dans une série se déroulant 4000 ans plus tard dans une autre galaxie. Mais, plus étonnant encore, je remarque une reproduction géante du Lion d'Or (totalement véridique !), la fameuse récompense du festival de Venise. Le doute n'est plus permis : le réalisateur considère qu'il ne fait pas de la télé, mais du cinéma. CQFD. Cette quête fait droit...



Accessoirement, le trio ne trouve pas le père d'Irisa. Il a donc été enlevé par les stressos, comme prévu. Anna essaie de la consoler de manière lèche-botte et irritante, en ramenant tout à son propre cas, car elle est aussi orpheline de guerre... Je passe. Se faisant, et là on plonge dans le surréalisme belge le plus extrême, Anna, du haut de ses 13 ans dit : "Irisa, il faut continuer de turluter et de résister! Etpour ça, il faut te trouver une tenue qui impressionne." Joignant le geste à la parole, l'adolescente qui cachait son visage derrière la casquette de général du père d'Irisa, dévoile alors une moustache chaplino-hitlérienne (encore une fois, c'est totalement véridique!), histoire la faire sourire et de la détendre un peu, je suppose. L'effet sur le spectateur est absolument effrayant en tout cas ! Surtout que le réalisateur balance un contrechamp glaçant où sont de profils Irisa et Anna-Adolf, et en arrière plan Ayato, assis sur un superbe sofa 70's. Derrière ce dernier, sur le mur, est peint une espèce de frise, et c'est elle qui est mise en valeur dans la construction du plan, une frise en forme de V. V pour Victoire, pour Vendetta, pour Venise, pour Venus-in-fur... "On va finir par s'étrangler de rires", ajoute Ayato. Le spectateur est, lui, glacé d'effroi.

 


Là, c'est la confusion qui l'emporte. Que veux nous dire le réalisateur ?

  • 1- la série, comme on vous le dit depuis 16 articles et 82 pages, traite du totalitarisme.
  • 2- Le Festival de Venise, c'est un peu un regroupement de fachos en culottes courtes.
  • 3- On peut rire de Hitler, mais attention pas avec tout le monde.
  • 4- Freud avait raison. Les enfants, et donc les adolescents, sont des pervers polymorphes.
  • 5- Chaplin, c'est Hitler! (Fichtre...)
  • 6- Les hommes aiment regarder deux femmes bisexuelles qui s'habillent en militaire.

 

Irisa, dans un gros plan très laid, voit son propre rire se faner. Elle explique qu'elle aussi avait une petite sœur (?) et qui était très drôle, mais elle s'est tuée ! Fichtre, c'est une avalanche de paradoxe, cet épisode. Alors, ho, sans sourciller, on te balance un flashback.

Une petite fille cueille effectivement des fleurs en haut de la falaise... RIRES !

"-T'approche pas du bord !

-Non, je cueille une fleur ! Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.

-PLONG !»

Punaise !

Retour au présent de narration. Anna, toujours perspicace : "Elle est tombée dans le ravin ?" Là, vous comprendrez que j'avais envie de pleurer. Décision est prise de se mettre à la recherche du Père. Irisa en profite pour aller aux cabinets, quand elle aperçoit, mazette, une araignée en plastique sur la vitre. Hypnotisée, elle ne peut rien faire !

 

 

Cut. Un autre endroit. Tarantula en sortant d'une trappe dans le sol (sic), vient rendre des comptes à Volcor. Et là, ce n'est plus le petit pathos larmoyant des résistants. Chez les stressos, on va droit au but.

« -Volcor, je te fais un résumé : ils ont marché !

-Je sais... Quand je fais un plan, il n'échoue jamais. »

C'est loin d'être vrai, et je vous assure qu'après avoir passé 30/35 heures de ma vie à rédiger des articles sur SAN KU KAI, j'en ai vu, des plans de Volcor, se casser la binette. Mais pas le temps de se plaindre, car on découvre en fait qu'on était pas dans un autre endroit, comme je le disais en tête de paragraphe, mais toujours chez Irisa. Volcor et Tanratula, perce un trou dans le sol. En contrebas, on aperçoit Ayato et Anna dans le salon en train de dormir. Tarantula n'a plus qu'à faire tomber sur la fillette, via le nouvel orifice, un araignée en plastique attachée à un fil que le réalisateur montre courageusement en gros plan. Dieu merci, la scripte avait retiré l'étiquette du prix de l'attrape. Quelques secondes plus tard, l'araignée est à la hauteur du visage nubile. Deux leds judicieusement placées à la place des yeux de l'animal plastique se mettent à clignoter, et là, grandiose moment erotico-psychanalatique : la fillette ouvre les yeux, hypnotisés, et Tarantula lui parle à travers l'araignée : "Je suis ta mère !!!! "

 

Bon, faisons une pause. Je vais prendre une cigarette, moi... Pffff ! Quel épisode, les amis !

 

 

Reprenons. Tarantula hypnotise Anna, se fait passer pour sa mère via un araignée plastique, jusque là, rien de très anormal. Mai,s plus surprenant, elle ordonne à l'énervante enfant de tuer Ayato. Quel plan machiavélique ! Ca roule tout seul, c'est du billard, c'est du Shakespeare à la sauce saké. Et ce n'est pas fini. Anna s'empare d'un sabre et s'apprête à tuer Ayato qui se réveille, in extremis. Il désarme fermement la fillette qui reprend ses esprits. Là, dans le contrechamps qui suit, l'ombre de l'araignée se reflétant dans le carreau d'une porte-fenêtre en forme de triangle, confirme l'incroyable métaphore sexuelle de la séquence. Ayato franchit courageusement la porte-pubis en criant : "C'est Alizéa !". [Oui, cher lecteur, la méchante a changé de prénom au cours de l'épisode : Elizéa, Tarantula, puis de nouveau Elizéa, à moins que le doubleur ne confonde avec Irisa qui, on l'a vu, vient de se faire hypnotiser en allant aux waters. On verra par la suite, que les scénaristes eux-même ne savent plus très bien ce qu'ils font. En tout cas, cette structure ternaire démontre que dans chaque femme, il y a un monstre poilu qui sommeille, enfermé dans cette identité double, qu'on retrouve dans le signe du « V » repéré plus haut : la convergence d'un double élément qui converge vers la singularité d'une troisième forme.

 



Ayato se lance à la poursuite de la sbire, mais tombe, dans le jardinet entourant la maison, sur un bon paquet de stressos. Le combat fait rage et les sabres s'entrechoquent.  Mais Ayato tombe dans un piège, car une toile d'araignée géante lui tombe (encore!) dessus. Il ne peut se défendre, les stressos l'embrochent. Il est mort.

 

Salut. Et à bientôt...

 

 



Mais non ! Alors même que le roi arrive à Varennes, les stressos défont la toile-filet et découvre bien un paquet de vêtements, mais d'Ayato nulle trace ! Et là, Ayato apparaît sous son alias de supra-héros : "Je suis celui qu'on appelle le Fantôme. Le messager de pets." Lunettes de ski sur le visage, foulard bedouin sur la nuque, le Fantôme-Ayato fait des moulinets lents mais majestueux avec ces sabres, pour impressionner l'ennemi par son élégance. Le combat est duraille. Il faut dire qu'avec cette nuit américaine, on voit pas grand-chose. Ayato est en fâcheuse posture, et Elizéa/Tarantula décide de prendre les choses en main et d'achever elle-même notre héros. Ne reculant devant rien, les petits scénaristes, philippins et tous mineurs, n'hésitent pas à faire intervenir Ryu qui lui aussi débarque en costume de super-héros ! Il crie : "Je suis Staros, et je viens du fond de l'Univers". Tu m'étonnes. Il balance dans la foulée un multitude de shurikens de l'espace, et non pas des surikates comme me le suggère mon correcteur orthographique ! Un des projectiles (ou des animaux) atteint Tarantula et fait tomber son masque. Staros/Ryu la reconnaît et crie : "Alizéaaaa". [Il la connait?] Celle-ci répond: "Hahahahhhha ! Hahahahahhha ! Je m'appelle Tarantula et je viens de la planète Araignée pour te tuer. Et puisqu'on en est aux confidences, je ne me souviens pas du tout de mon pére !"

Quoi ? A ce stade de l'épisode, je l'avoue, malgré des années à voir du Straub, à décortiquer du Duras, et me perdre dans les narrations à 12 couches simultanées de Greenaway, je ne comprends absolument plus rien, à cet épisode. Mais qu'importe, le combat reprend de plus bel.

 

Et ça va même se corser encore un peu. On s'aperçoit que Volcor et Alizéa/Tanrantula/MmeMichu ont capturé la petite Anna, dûment ligotée à leur pieds. Volcor s'explique : Alizéa va imiter la voix de Anna pour attirer Ryu et Ayato, et là, hop, on fait exploser la baraque, et on est enfin débarrassé, tout le monde est débarrassé. Les stressos conquerissent ou conquierent, je sais plus, l'univers, la résistance est décapitée, et c'est fini pour moi les articles de douze pages. Mais Alizéa, pour en être traitresse, vendue à la cause stressos, n'en éprouve pas moins des difficultés à tuer l'enfant. Moi, je trouve que c'est une bonne occasion de faire sortir Anna de la série, mais bon. La méchante s'exécute cependant et imite la voix de la petite Anna. Ayato/Ryu/Staros/Le Fantôme tombent dans le panneau et se précipitent. Alizéa revient ensuite dans la pièce où Anna est ligotée et s'apprête à l'égorger (Ouaiiiiiiis !) mais se reprend et la délivre de ces liens en disant : "Je ne peux pas te laisser mourir avec les autres ! Tu est bien trop jeune !" (Et merdre !)




Pendant ce temps-là, dans le contrechamp  en insert, la mèche reliée aux explosifs se consument à tout berzingue ! Vite ! Volcor apparaît dans la pièce par une trappe, s'aperçoit que Alizéa a trahi en désentravant la petite fille, et il blesse la félonne mortellement qui s'échappe par une trappe dans un mur. Puis, Volcor disparaît par un mur coulissant, tandis que Ayato et Ry débarquent par une trappe dans le sol ! Anna prévient nos deux héros : le bâtiment va exploser, vite, vite. Contrechamp sur la mèche enflammée qui est à deux centimètres des explosifs. Retour dans la pièce ! Les trappes et les murs coulissants et les echelles secrétes sont bloqués, on ne peut plus sortir ! Mon dieu, est-ce la fin de nos deux héros ???

 

 

Non ! Alizéa apparaît par un un mur pivotant! Elle perd du sang ! La mèche n'est maintenant plus qu'à un centimètre des explosifs. Mais, elle dit : "Hum, hum... (raclements de gorge). Euh... Anna ressemble tellement à ma sœur... que je l'ai, que je l'ai... Haaaaaaa". Elle s'effondre, agonisante. "Adieu Anna ! Adieu ! Adieu, ma jolie petite sœur !"  Bon, c'est bien joli tout ça, mais la maison va exploser dans cinq secondes. Ryu et Ayato décident alors qu'on est pas dans un film néoréaliste italiens des années 50, et reprennent les chose en mains, car il est temps de filer fissa !

 


A quelques kilomètres de là, Volcor admire la maison qui explose et brûle en fumant un bon cigare cubain bien mérité.  Mais Ryu et Ayato débarquent car ils en ont réchappé. Un combat bref mais intense s'ensuit, dans lequel, et pour le coup c'est une vraie surprise, Volcor est gravement touché ! C'est la fin pour lui , après 15 épisodes de bons et fielleux services ! MAIS NON ! Une boule de feu jaillit : c'est Komenor lui-même qui se téléporte sur la planète ! Il sauve Volcor et avant de retourner sur le vaisseau stressos, il lance à nos deux héros : "Bande d'innocents ! Je vous retrouverais !" Boule de feu. Téléportation.

 

 

CUT ! Générique !!!!!

 

 

Mesdames  et Messieurs, après 3 ans d'interruption, je suis très heureux de vous annoncer le retour de la saga SAN KU KAI sur Matière Focale !

 

A vous les studios !

Dr Devo.

 

 

 

Retrouver les autres articles de la série sur Matière Focale :

Episode 1 : Un vaisseau dans l'espace

Episode 2 : Les Ninjas

Episode 3 : L'envoyée de la Terre

Episode 4 : Le Camp

Episode 5 : L'école abandonnée

Episode 6 : Le Roi Golem

Episode 7 : Une lueur d'espoir

Episode 8 : Du sang froid

Episode 9 : Le palais du Diable

Episode 10 : Détruisez la planète Terre

Episode 11 : Princesse

Episode 12 : Le grand combat

Episode 13 : Le Miracle

Episode 14 : L'agent secret

Episode 15: La savegarde de l'univers 

 

 

 

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Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /Juin /2009 12:24

Publié dans : Lucarnus Magica









Rien à voir au cinéma ? Dans mon infinie bonté je vais me pencher sur le cas d'une série TV grave tendance qui fait un carton dans les milieux bien éduqués new-yorkais, entre deux biscottes au caviar  et du Champomy rehaussé avec de l'alcool à 90° (c'est la crise). Ces braves gens sont comme vous et moi : une fois la journée de golf terminée ils aiment se jeter dans leur canapé, prendre une bière et une pizza et regarder de la merde - mais néanmoins hype - à la TV. On appelle ça le "prédéterminisme social", ou aussi "glander". 

 

Jemaine et Bret sont deux jeunes chanteurs compositeurs guitaristes intermittents néo-zélandais qui débarquent aux ziouesses pour accomplir le rêve américain et devenir des stars internationales de la pop music. Pour arriver à leurs fins, ils sont aidés par Murray, leur manager, également consul de la Nouvelle-Zélande, qui est persuadé que la clé de la réussite réside dans une gestion rationnelle  de tous les instants de la vie du groupe. Chaque journée est divisée de façon à laisser le moins possible place au hasard...

 

Voilà pour le piche de la série. Pourtant en résumant de telle manière cette série américaine produite par HBO, on est complètement à coté de l'enjeu réel de FLIGHTS OF THE CONCHORDS. En s'attendant à un faux biopic rock'n'roll branchouille comme on pourrait le croire à la vue de la jaquette du DVD (ne jamais croire les jaquettes), le spectateur se retrouve dans un premier temps désarçonné par l'humour douteux de Bret et Jemaine, par les silences gênés et les scènes un peu trop longues (pour une série TV). Les chansons, elles aussi, arrivent comme un cheveu sur la soupe,  parce que oui FLIGHT... est aussi une sorte de comédie musicale sur la vie quotidienne de deux immigrants étrangers, mettant en musique leurs désarrois amoureux, sociologiques ou artistiques. Ce à quoi s'intéresse la série, c'est en fait aux collisions imprévues entre les lieux et les choses, vecteurs d'accidents poétiques qui engendrent l'art. L'humour naît de la même manière, via les incidents quotidiens le plus souvent absurdes. On n'est pas vraiment dans la parodie (même si il y a un peu de moquerie), tout est très sérieusement drôle, décalé. Même la musique qui consiste en une sorte de pop minimaliste vaut très largement ce qui se fait sur le marché (certaines sont même très bien, rappelant un peu les Talkings Heads). Les douze épisodes  qui constituent la première saison sont assez inégaux, mais le rythme global ainsi que l'absence de cliffhanger (fins d'épisodes en suspend) est assez agréable : comme je le dis toujours à la machine a café, c'est désagréable d'avoir un fil à la patte (j'en ai trop souvent l'impression avec les séries américaines).

 

La mise en scène est assez fonctionnelle, c'est malheureusement le fléau de la majorité des séries TV  qui cherchent à brosser le spectateur dans le sens du poil, cerveau disponible, etc... Agréable sans être renversante, elle arrive néanmoins parfois à surprendre le spectateur par un jeu sur l'échelle de plan, ou un cadrage qui sort un peu de l'ordinaire. En fait, ça ressemble pas mal à du Gondry, notamment dans les décors et les habits qui jouent un grand rôle dans l'ambiance décalée de la série : Bret par exemple est toujours vêtu avec des t-shirts d'animaux, les murs du consulat sont remplis de posters splendouillets évoquant la Nouvelle-Zélande, les déguisements en carton et certains passages clippesques font très SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ, j'en passe et des points de suspension. Les séquences musicales sont souvent un peu plus folles que le reste des épisodes, parfois un peu trop clippesques à mon goût. La photo a un peu de personnalité, c'est toujours ça de pris. Personnellement, je ne suis pas très Gondry, et cette ambiance un peu kitsch a fini par me lasser au bout des douze épisodes. Au final, on a un peu l'impression que l'humour se base un peu trop sur l'amoncellement d'objets hétéroclites.

 

Les deux acteurs principaux, les Flight..., campent un duo parfait de jeunes adultes perdus et un peu tristes. Ils sont même carrément déprimants dans leur constance à tout rater, que ce soit sentimentalement ou musicalement. Parfois l'humour laisse place à une sorte de spleen, à une tristesse sous-jacente assez émouvante chez ces deux loosers-nés, bons à rien et égoïstes, timides mais cruels dans leurs relations aux autres. Les personnages secondaires ont bien du mal à exister à l'écran, un peu trop caricaturaux à mon goût (la seule fan du groupe par exemple est vraiment la groupie de service, assez pénible à la longue). Murray (que l'on a pu voir dans l'horrible GOOD MORNING ENGLAND) est intéressant mais lui aussi donne un peu l'impression de tourner en rond à la longue.

 

Tous ces défauts peuvent paraître rédhibitoires, mais si vous aimez un tant soit peu l'humour très spécial du duo, ce qui est mon cas, ces douze épisodes devraient vous combler. Si en plus vous aimez les T-Shirts avec des loups sur fond de pleine lune, vous devriez kiffer votre mère. Par contre, il vaut mieux éviter d'enchaîner les épisodes à la suite, ça devient un peu écœurant.

Norman Bates.







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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 22:11

Publié dans : Lucarnus Magica

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[Photo: "Dernières Tractations pour l'Attribution du Prix Nobel de Photographie" par Mek-Ouyes]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Ca fait déjà un petit bout de temps que je vous parle de Jean-Christophe Sanchez, réalisateur français encore peu connu, mais à l’œuvre complètement hors norme et indispensable. Si on en devait miser que sur un seul, ça serait, et sans contestation, sur celui-là. Nous avions été gentiment invité sur le tournage de son second long-métrage LA CONSPIRATION DE L’ENERGIE BRÛLANTE, adapté (très librement) d’un livre de Jean-Claude Bourret et avec Jean-Claude Bourret, s’il vous plait, tournage qui nous avais valu de très belles photos de notre ami Mek-Ouyes (exemple : ici). Nous avions défendu également le film précédent, fabuleux moyen métrage qu’était THE RALLY 444 (dont on peut voir le film-annonce sur le site de l'Institut Drahomira, article là).
 
Sans vouloir en dire trop, le film étant encore sur la table de travail, INITIATION AU QUIPROQUO, nouveau court-métrage de Sanchez est presque terminé. Et l’émission Court-Circuit, sur Arte propose ce soir (donc techniquement ce mercredi matin à partir de 00h30) de découvrir les premières images de ce film. Ce ne sera pas une bande-annonce, pas un making-off, mais un véritable petit montage. N’ayant pas vu la chose, je ne pourrait pas la commenter, mais des témoins oculaires et focaliens m’ont assuré que ça allait, mais est-ce une surprise, déménager sa maman, notamment sur le plan musical. Y aurait il du Drahomira Song Orchestra là-dessous ? On verra bien, mais apparemment, ça va ruer dans les brancards.
 
Sanchez étant un réalisateur que nous suivons depuis longtemps sur ce site, et devant la magnificence de ces films précédents, il va sans dire que ce passage dans Court-Circuit ( à 00h30 !) est un événement en soi. Gageons qu’il aide, enfin, nos fabuleux distributeurs hexagonaux à se décider de se bouger un peu pour la cause sanchezienne, et que celui mérite à la reconnaissance qu’il mérite. Et si vous ne connaissez pas les films du Monsieur, mettez-vous l’eau à la bouche en lisant les articles sus-cités.
 
En tout cas, les petits gourmands et les amateurs de Beau ont rendez-vous ce soir Arte. Bon appétit, bien sûr ! Et passons le mot !
 
Amicalement Vôtre,
 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Mardi 4 mars 2008 2 04 /03 /Mars /2008 13:27

Publié dans : Lucarnus Magica

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[Photo extraite de l'épisode 2 de LAÏKAPRK de Benoit Forgeard, qu'on retrouvera dans l'émission VISU (LE MAGAZINE DE TOUTES LES VISIONS dans la nuit du 1er au 2 janvier prochain sur France 2]

 

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Profitons de cette jolie photo, parce que je suis de bonne humeur [le Pére-Noël m'a quand même envoyé un vinyle de SUICIDE, le premier semble-t-il avec le fameux GHOSTRIDER notamment, ainsi q'un de BRIAN JOHNSTON MASSACRE, groupe que j'ai bien sûr vu dans le documentaire DIG! mais que je ne connais pas (ça tombe donc très bien). Et c'est pas tout, car il faut ajouter à cela un maxi, toujours en vinyle de Divine, oui oui Divine , notre amie et celle de John Waters! Elle n'est pas belle la vie?]
 
Maintenant, c'est moi qui offre les cadeaux. Ou plutôt je n'offre rien mais je vous montre un beau magasin remplis de jouets et tous gratuits!
Peut-on encore faire un court-métrage avec des décors fait par ordinateur et qui soit quand même du cinéma? Peut-on faire du cinéma du réel (ce monstre) qui soit touchant, beau et précis mais surtout qui n'en ait pas du tout l'air? Existe-t-il un humour décalé en France, ou un humour qui ne ressemble à aucun autre? Avez-vous déjà pleuré sur une chanson de Chinchilla? Que faire des ouvriers licenciés de l'usine Lowerman? Madonna est-elle accessible à l'ouvrier, jsutement, ou celui-ci ne doit-il se contenter que de l'art pornographique?Et la politique? Vous connaissez le plus grand film politique de tous les temps? C'est un moyen métrage sidérant!! Et d'une drôlerie sublime!! Et surtout, vous aimeriez voir une vraie émission de cinéma à la télé?
 
A toutes ces questions je réponds, oui, ça existe et oui, vous le méritez! Car France 2, dans la nuit du 1 au 2 janvier à 01h00 du matin (techniquement mardi, psychologiquement lundi soir tard), repasse l'émission VISU, émission de télé sublimissime, vrai ovni, accident industriel unique. VISU c'est une espèce de carte blanche remplie de courts-métrages réalisés par Benoît Forgeard (le papa de LAÏKAPARK, souvent secondé par le mystérieux mais diabolique Michel Moisan) et ça se présente sous la forme hilarante d'une vraie ou fausse émission de cinéma absolument hilarante (l'émission s'appelle RETINES parc qu'elle est sponsorisée par une célèbre marque de lunettes!). Toute la poubelle du monde et toute la beauté du Monde sont dans cette vraie-fausse émission et dans les courts qu'elle contient. Et vous allez rire votre maman. Pour ma part, je vous conseille de l'enregistrer soigneusement, car après le bureau des pleurs sera fermé et je vous préviens, focaliens, VISU n'existe pas en dvd! C'est maintenant ou jamais! Beaucoup d'entre-vous étaient désespéré lors de la première diffusion il y a quelques mois! En tout cas, préparez aussi des mouchoirs en papier. Car pour ma part, j'ai pleuré trois fois d'émotion pendant VISU (pour ceux qui verront la chose: pendant la chanson de Chinchilla, pendant une des dernières interventions plateau, et pendant STEVE ANDRE qui à mes yeux est le seul film politique français).
 
 
Oui, c'est une rediffusion, "imposée par le CSA" me souffle-t-on, et nous avions déjà parler de VISU. JE vous laisse donc redécouvrir ou lire pour la première fois les articles et les photos que nous avions consacrées à VISU.
 
Pour lire l'article que nous avions consacré à VISU, LE MAGASINE DE TOUTES LES REGARDS (l'émission donc!): cliquez ici! Vous aurez le programme précis de la soirée.
 
Pour lire une interview surréaliste et sublime de Benoît Forgeard, réalisateur de VISU: cliquez ici! C'est une interview exclusive pour Matière Focale, faite par Michel Moisan, le célèbre critique québécois qui ici vous dévoilera son fameux "questionnaire des Michel" qui va remiser Proust définitivement au placard.
 
LAÏKAPRK est une série de deux courts-métrages qu'on retrouve aussi dans VISU et toujours réalisé par Benoît Forgeard. Nous en avions parlé à l'époque (avec de belles photos). Pour découvrir la chose: cliquez ici.
 
Enfin pour voir des extraits des films composant l'émission, sur le site de France 2: cliquez ici.
 
 
Voilà. J'espère que cette rediffusion sera l'occasion pour vous qui avez loupé la première, de découvrir ce merveilleux espace de liberté de deux heures que nous avait offert France 2. C’est peut-être la seule occasion de l'année, d'ouvrir son poste de télé! Quant aux gens qui travaillent dans le bizness de la diffusion dvd, je n'ai qu'une question: qu'attendez-vous pour sortir VISU en dvd?

 

 

Allez, je vous laisse lire tout ça et déjà vous marrez comme des baleines, et vous fait de grosses bises.

 

 

 
Urgemment Vôtre,
 

Dr Devo. 

 

 

 

 

 

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Mercredi 26 décembre 2007 3 26 /12 /Déc /2007 11:41

Publié dans : Lucarnus Magica
[Photo : "Transubstanciation", par Proctoman.]
Chers Focaliens,
 
Comme chaque année nous revenons sur Matière Focale vous parler de l'événement culturel et récurent de l'année, sans doute le plus important : KOH-LANTA. Bien plus qu'une émission de télé-réalité ou de télé tout court, à nos yeux de focaliens, KOH-LANTA est bel et bien une émission politique et religieuse (que ce soit dans le sens théologique et/ou moral), sorte de mélange entre la défunte HEURE DE VÉRITÉ et le JOUR DU SEIGNEUR. Et je suis très heureux, pour la troisième année sur ce site, de déclarer la troisième saison d'analyse focalienne de KOH-LANTA ouverte ! Ouvrons donc cette bouteille de Champomy, allumons ce vieux cigare cubain et approchons pour voir comment commence la nouvelle saison.
 
[Je tiens à préciser à nos récents lecteurs que je trouve, outre cette émission, le niveau de la télé française absolument lamentable et que je ne la regarde jamais. Que ce soit en matière de divertissement ou d'information, la télé, talonnée pas loin par la radio, talonnée elle-même par la presse écrite, est d'un niveau si lamentable que rien que d'y penser j'ai des convulsions. Par contre, avec le plus grand sérieux du monde, je vous le dis : KOH-LANTA est une émission plus que passionnante, comme vous le verrez.]
 
Changement de décor et d'océan cette année, et pas qu'un peu me glisse à l'oreille Madame Moulick, ma voisine. Nous voici dans ce charmant pays que sont les Philippines, endroit sympa, jadis lieu de dictature énergique, puis de démocratie hésitante, et désormais pays pauvre, mais à l'affiche, grâce à notre émission politique préférée. De toute façon, les pauvres, bien tranquilles dans leurs bidonvilles, et donc un peu à l'écart des soucis du monde, sont hors-champs, ou alors, en tenue traditionnelle hollywoodienne, c'est-à-dire en pagne impeccablement repassé de couleurs vives mais unies (ici, rouge), et tirant à l'arc sommaire en criant "GOULOUGUOULOUGUOULOU", comme nous montre la classique première présentation du lieu. Cette présentation nous montre un Denis Brognard moins présent, plus discret, ce qui sera à moitié confirmé plus tard dans l'épisode. En effet, Denis sera plus hors-cadre dans ce premier épisode, mais aussi directement plus pêchu, et recadrant avec fermeté non pas les débordements (c'est un peu tôt), mais les pensées mêmes des concurrents. Exemple : "Les jaunes, je vous ai entendu dire que c'était une défaite [au jeu de confort] très encourageante, mas NON ! C'EST LE CONTRAIRE ! c'est catastrophique. (pause) Non ?" Premiers indices. Nous, le Marquis, le Shériff (qui refuse de retracer cette année la saison sur ce site ! Dommage, on perd une plume unique !) et Bernard RAPP avons une théorie. Chaque année, Denis incarne dans son jeu et sa fonction soit Le Père, soit Dieu, soit Jésus. Ce sont des cycles de trois ans, mais on ne sait jamais quelle forme il prendra, pouvant très bien être Jésus deux ans de suite. Or là, avec cette première phrase tranchante, on opterait, comme ça, d'instinct, plutôt pour un écartement de l'hypothèse Jésus. Etant spécialiste de ces questions, j'y reviendrai.
Nouvelle géographie donc, et décor qui change vraiment beaucoup. Les falaises sombres, "aiguisées comme des rasoirs" et terriblement hautes, forment une barrière de béton, une espèce de bunker lovecraftien face à la mer. Au pied de ces portes massives et naturelles, bizarrement, des petites criques et des avancées de jungle, jungle d'ailleurs classiquement Koh-lantesque. Chez nous, donc, mais un peu chez les Dieu avec ce décor néo-zélandais. Les Philippines sont après tout une terre de cinéma, et pas n'importe lequel. Le fantôme du récemment décédé Bruno Mattei plane au dessus de ma tête avec nostalgie, mais aussi puissance. Cette saison de KL sera-t-elle placée sous le signe des divinités cannibales ? C'est bien sûr trop tôt pour le dire.
 
Ce premier épisode, bien que classique, fut une introduction énergique, peut-être plus vive que les entames des deux saisons précédentes. Si les personnages, j'y reviens, semblent assez fadasses (ça me fait ça chaque année, pas d'inquiétude), ça démarre sans frime, mais très bien. Les premiers portraits des candidats sont très étalés, et pour certains vraiment courts mais très significatifs. On retrouve nos bons vieux archétypes, mais au final sans caricature excessive, bien que certains portraits ne soient pas du tout piqués du hanneton.
Ça commence assez fort avec dès le départ non pas un accident comme l'année dernière, où une candidate s'était pris les pied sur la coque du bateau en sautant pour rejoindre l'île (rapprochant ainsi KL de l'unique autre émission décente à la télé, car il y en a deux en fait, j'ai nommé VIDEO-GAG, la seule émission de cinéma sur le réseau), mais par une défaillance sérieuse et très inattendue à ce stade du jeu, c'est-à-dire sur la ligne de départ. Véronique, 50 ans qui n'est pas la doyenne des aventuriers mais presque, est originaire du Nord et même de Lille ! Ecoute-t-elle mes participations radiophoniques sur Radio Campus ? Sûrement pas, ça n'est pas le genre, même si son hilarant portrait montre cette célibataire embrasser religieusement la photo de George Clooney (amoureusement découpée dans Télé-Star), comme on embrasse une icône byzantine : baiser sur le majeur et l'index puis déposé dans un geste christique sur la photo accrochée au mur, à hauteur de bureau soit à peu près un mètre du sol, bien en vue du bureau et de l'ordinateur où Véronique se connecte avec anxiété, sans doute, on l'imagine très bien, sur Meetic ! Elle rajoute cette phrase malicieuse : "au moins [George], je t'ai, toi !". Ce qui lui vaut le qualificatif de "farfelue", au bout de quatre minutes d'émissions quand même, de la part d'un offesque Brognard !
Et Véronique, quelques secondes après le coup de sifflet marquant le départ de trente jours de souffrance, ben elle assure pas, et même elle a peur. Peur de l'eau sans doute mais aussi de la hauteur ! Elle ne veut pas sauter! Elle ne le sent pas, elle trouve l'aventure trop dure, alors même qu'elle est incapable de quitter le bateau. Pendant ce temps-là, le reste du troupeau trace sa route à toute berzingue. Véronique est paralysée et commente à voix-haute. Ça ostense sa mère sur le pont ! Elle finit par se jeter à l'eau, maudite sans doute par tous les postulants à l'aventure qui ont été recalés ! La chute est pas mal. Contrairement aux autres, elle saute avec le sac sur le dos, tamponne la coque (promesse d'un accident qui n'a pas lieu, mais qui suffit, c'est pas passé loin se dit-on, à nous mettre de très bonne humeur), et rejoint la surface humide qu'on appelle la mer (ici de Chine), qui n'est pas une promesse câline pour la quinquagénaire nourrie au Nespresso (sinon quoi ?) et aux gaufres hors de prix de la prestigieuse maison Meert. Une fois semi-immergée, et bien que son sac à dos, très handicapant pour avancer à la nage, lui assure une flottaison inattendue, Véronique, bonne mère (!), panique encore once again et ne sait que faire. Elle fait le petit chien, se déploie en efforts épuisants là où elle flotterait sans rien faire. Le liquide, ou alors dans une coupe, c'est pas son truc. Le secouriste, sublime et bronzé, puissant mais tranquille, bicepse jusqu'à elle et l'aide à avancer. On a failli perdre un candidat en trente secondes, sur abandon en plus !
 
Sur l'île, c'est la surprise, très bonne, avec un remaniement old school des règles de composition des équipes. Après être allés décrocher une boîte en bambou placée à trois mètres du sol (une boîte pour les femmes et une boite pour les hommes), deux des aventuriers, ceux qui les ont décrochées avant tout le monde, désignent et choisissent à tour de rôle leur équipiers. Ainsi, les équipes cette année ne sont pas pré-établies selon l'âge des viandes, mais se choisissent à l'ancienne et "old school" n'est pas un vain mot. On se retrouve dans l'humiliante configuration du collège et du lycée, où le prof de sport désigne les deux personnes les plus performantes athlétiquement pour choisir leurs coéquipiers. C'est Erick (noir et crâne chauve, ce qui arrive souvent à KL, et donc désigné tout de suite, là aussi comme chaque année par la voix-off comme "sage et mystique", car tout ce qui est étranger, non-caucasien et au crâne rasé est un sage à KL, à l'instar d'un David Carradine sans doute) qui choisit pour les garçons. Erick, qui a gagné l'épreuve des boîtes en bambou (et donc gagné le droit de choisir), en attendant qu'un de ses camarades, Grégoire (spécialiste de la grimpe sur arbre) essaie de décrocher la dite boîte. Ce qu'il arrive à faire, le Grégoire, mais au prix d'ahurissants efforts, en la faisant tomber au sol. Erick arrive alors en sifflotant et ramasse la boîte ! Techniquement, c'est lui qui a gagné. C'est très classe. Malgré son sourire de Bill "à la cool, Man", mais attention très "sage", Erick est donc un tueur, ce que je note dans un coin de mon esprit. Comme au lycée, l'humiliation est forte pour les trois ou quatre choisis en dernier. Véronique, qui trouve l'aventure trop dure et a voulu abandonner avant qu'elle ne commence, comme je le disais, fait partie du quarteron de supposés nullosses. Mélanie, surchargée pondéralement, est aussi du lot, bien sûr, comme c'est le cas dans n'importe quel bon film de collège sur le Marché de la Viande. Plus étonnant, on retrouve là Ali. Assez bête certes comme on le verra (syndicaliste CGT à la RATP, et peau maghrébine, là aussi la minorité visible n'est pas taillée et cousue dans de la fleur de dentelle), mais complètement marmulesque et carré, Ali l'a très mal. Son physique aurait dû faire qu'il soit choisi dans les premiers, à la place des crevettes mâles qui viennent de passer leur bac ! Mais non ! Il est vénère, le Ali, et la suite montrera qu'il n'est pas au bout de ses peines ! En tout cas, Erick choisit aussi la marchandise, sous le contrôle finalement amical de Grégoire (espèce de beau gosse difforme, mais qui a l'air relativement sympathique et discret, et devrait aller loin, car il plaît au jolies zesguons du campement), de la viande fraîche en opposition à eux-mêmes sur le plan chromosomique. La chair fraîche s'étale, est pesée naturellement au même titre que la force physique. Ainsi au final, les équipes sont mixtes. Ali est furieux d'avoir été choisi en avant-avant-dernier avec la Vioque et la Grosse ! Véronique, la première, rentre avec joie dans son équipe, et montrera une volonté assez marquée de dire que son temps d'adaptation déplorable en début d'aventure n'était qu'une défaillance, un "moment de doute et d'adaptation", carte qu'elle jouera avec naturel lors du conseil et qui lui sauvera la peau. Mélanie, charme XL, assez décomplexée, prend la chose avec le sourire. Malgré son look de dragueuse-meilleure-amie du Macumba de Ronchin, le samedi soir, elle semble cool. A suivre. En tout cas, cadreur et monteur n'ont pas loupé son string gwynethpaltrowien, impressionnant, ou plus exactement étonnant (en string dans la jungle ? C'est pas mieux la culotte ?).
 
Ils sont tous là. Inspectons le contingent, puisque c'est à ça que servent les épisodes 1.
 
On commence par les JAUNES, soit l'équipe Guntao, je cite, qui n'est pas une marque de chocolat équitable, n'en déplaise à Véronique !
 
ERICK, donc, c'est le chef, et le seul black mâle de l'aventure. Il gagne donc le droit de tirer les équipes en trichant, et en manquant absolument de fair-play, au nom de la compétition, bien sûr. Madelin sauce Kassav ? On verra. En tout cas, il cherche à forcer la bonne humeur et joue la partition. On sait au bout de trente secondes qu'il est sans foi ni loi. On verra s'il tue encore. En tout cas, il ne m'inspire pas grand chose de bon. S'il n'est pas méchant, je sens qu'il sera bête. A vérifier. Je ne lui confierais pas mon caleçon sec en tout cas, ni mes réserves de copeaux de noix de coco ! Il a 32 ans mais en fait presque dix de plus ce qui est absolument effrayant !
 
GREGOIRE, 24 ans, à l'air sympa comme tout, quoique je n'aie pas envie d'aller discuter du dernier Derek Jarman avec lui. Mec doux, à la cool, insignifiant peut-être (à vérifier), c'est aussi un homme de la forêt et sa passion, ce sont les arbres ! Il grimpe formidablement, a le regard dense, un regard bleuté (un point commun avec votre serviteur). Fraîcheur, gentillesse apparente, il a vite été spoté par Chloé, qui a le même âge, et je vous le dis, ça va coucher ! Ou alors, il se fera dévorer. En tout cas il ne va pas partir de sitôt. Je parie mon paréo qu'il va à la réunification !
 
VERONIQUE, 50 ans, lilloise, reine de la gaufre. Et quoi d'autre ? Après un début chaotique et des efforts pathétiques pour prouver ses volontés d'entraînement aquatique, elle fut sauvée par l'arrogance de Pascale. Mais la lueur au fond des yeux, lors de la nuit du conseil, ne me rassure pas. Rombière décalée ou Mercenaire ? A suivre.
 
FILOMENE, 35 ans mais qui fait moins, est la deuxième black de l'aventure, là aussi rôle attendu. Plutôt jolie, elle a peur des insectes. Future faible à mon avis, mais on en sait trop peu... En tout cas, elle ne s'est pas détachée dans ce premier épisode. On verra.
 
PASCALE, 39 ans, chef de service chez Casto, c'est la méchante, imbue d'elle-même. Son portrait est triste et hilarant. Elle martyrise son mari (pauvre hère !), et le chien a l'air vraiment triste. Blessée mais arrogante, malgré la perte du jeu d'immunité, elle se fait sortir, au profit de Véronique. Tant mieux se dit-on, car ce genre de profil retord est dur à sortir à mesure qu'on s'avance dans l'épopée. Ceci dit, les extraits de l'épisode deux, montrés en fin de générique, délivrent une info importante : un rouge a dû être amputé d'un doigt ?! Tueuse professionnelle, mais virée au profit de la plus faible, elle va donc logiquement faire son retour : ça va être super-gore ! [Dans le portrait, hilarant passage sur ses parents, petits retraités en forme de winners et qui ont transformé il y a 35 ans la petite Pascale en une psychopathe froide et meurtrière. Voilà qui en dit beaucoup en quelques secondes ! Le papa est vexant et ignoble, la maman prépare des confitures pour l'hiver mais castre les agneaux à la tronçonneuse !]. L'épisode 2, sinon la saison, va tourner autour de Pascale donc. On va rire ! Ou pleurer ! Ou les deux !
 
CHLOE, 24 ans. Très attirée sexuellement par Grégoire, elle pourrait très bien être une manipulatrice, me suis-je dit en début d'épisode. Par contre, elle n'a pas paru spécialement infecte par la suite. Donc, don't act. Par contre, gros point positif, elle a eu un sublime fou-rire très chaleureux et très humain, au conseil en plus, lorsque Laurent était en train de débiter des conneries de sportif à la chaîne, à la manière du cycliste interviewé en fin d'étape du Tours de France ! Ce geste humain et spontané me la rend sympathique. Au fond de moi, je ne suis pas rassuré pourtant. Joueur de nature, et puisque Bernard RAPP a déjà choisi Mélanie et que le Marquis s'oriente [Peut-être ! NdM] vers Maryline, je la choisis et la sponsorise comme "mon favori".
 
ADRIEN, 55 ans, ancien pompier, un peu anxieux, mais sans plus. Sans relief pour l'instant, on verra. Ça va pas aller au bout, ça...
 
LAURENT, 24 ans, complètement bête, jeux tradi du sud apprécié, accent insupportable mais heureusement totalement bête. Son monologue du vague, hein, lors du conseil, était un grand moment. Machiste probablement, ringard, gloire du sud qui nous donne DÉBUT DE SOIRÉE et Patrick Sébastien, on ne peut que croiser les doigts pour qu'il reste un peu, et se fasse lentement broyer en proférant des conneries hénaurmes. Fort potentiel comique (involontaire).
 
 
On passe maintenant aux rouges, à savoir, les BATANG, qui n'est pas une boisson aux divers fruits de la passion !
 
PATRICK, 40 ans, est encore un gars du Ch'Nord, du cinq neuf donc, et c'est un patron de PME chiquosse, sans doute voisin de Véronique. Ceci dit, on l'a peu vu dans ce premier épisode, et il paraît plus discret que son portrait. Il aurait des origines aristos, et en tout cas, la photo du site officiel de KL le montre un polo rose classique de chez Lacoste, et une barbe très fournie. Deux indices importants.
 
MELANIE, 24 ans, ronde de service. Finalement, et même si on l'a peu vue, hormis dans les plans très cadrés où les anatomies slipesques furent détaillées largement lors de la première nuit au camp (dont Véronique d'ailleurs), Mélanie a l'air tout à fait sympathique. A suivre.
 
MARYLINE, agricultrice du Nord (encore !!!!), 36 ans et déjà bardée de chiards (au moins 4, tous jeunes), semble elle-aussi assez simple et sympa, ce qui serait une excellente nouvelle, les dernières éditions ayant été blindées de psychopathes. C'est la seule avec Mélanie qui dégage une sympathie assez certaine. L'avenir va-t-il nous contrarier ?
 
MARIE-LAURE, 23 ans, doyenne de l'équipe jaune. Alors elle, je lui confierais pas un seul de mes futurs enfants ! D'instinct en tout cas. Ancienne mannequin semble-t-il, ce qui semble assez peu probable (photos de charme ?), la bimbo est assez énervante et sans saveur. Ceci dit, sur le camp jaune, elle a fait preuve d'une ou deux phrases de bon sens pratique, pas toujours entendues mais clairement prononcées ! Étrange, mais j'en prends note !
 
JADE, insipide bimbo de 24 ans avec un nom de pseudo MSN prostitutif. On ne peut rien dire d'elle, et à ce stade c'est bien normal. Tu entends le bruit du vent ?
 
KEVIN, 21 ans et benjamin de l'équipe ! Yeux clairs, physique de skatter, il pourrait jouer dans ROAD TRIP ou VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY. Complètement à l'ouest, il est d'une laideur presque fascinante. On sent tout de suite qu'on va bien s'amuser avec lui. Le public Popstar acceptera-t-il la main tendue des copains de Mougeotte, main tendue pour qu'ils grandissent un peu ? A suivre !
 
SIMON, 26 ans, physique de bûcheron landais, et lui grosse barbe sur le cliché officiel. Il a l'air performant, sans histoire, bien qu'ayant essayé de devenir un ami de Sting en bouffant une racine malveillante. Sa force et son énergie vont le préserver un bout de temps. Notez, Mesdames, qu'on l'a vu nu, se doucher à la gourde les fesses et le robinet. Ambiance rugbymen, mais en hétéro et bien plus sympathique.
 
ALI, 35 ans, mais combien d'utiles seulement ? Ali râle parce que pour lui le vocabulaire c'est important, et le fait d'appeler repas le 8ème de bigorneau qu'il partage avec les autres, il boude, gueule et s'enferme. Les autres ne font pas d'effort ceci dit. Ils l'ont oublié lors du premier partage de bouffe, et surtout ils n'arrêtent pas de se planter dans son nom : Mali, Adil, Monoprix, Rémy, c'est un festival. Mon hypothèse est que, hors-champs, à l'hôtel et pendant le voyage, tous les autres se sont aperçus qu'il était bête comme un manche, voire très con, et qu'ils le font craquer à petit feu. Pourrait faire un excellent félon, très manipulable, lors de la réunification. Cerveau : 12 ou 13 ans.
 
Ce soir, après ce premier épisode énergique et assez old school, trad' quoi, on va entrer dans le vif ! Vous voilà, grâce à Matière Focale, prêts à suivre le deuxième épisode avec toute l'acuité nécessaire. Mon intuition me dit que ça va être un festival ; on va enfin pouvoir parler de Dieu et de Politique !
 
Calmement Vôtre,
 
Dr Devo.
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Vendredi 6 juillet 2007 5 06 /07 /Juil /2007 17:47

Publié dans : Lucarnus Magica

[Photo: "Symposium sur La Course Folle du Progrès (Section Art), Toulouse, 1969" par Dr Devo]

 

 

 

Chers Focaliens,

Allez, un petit coup de télévision, en attendant la surprise que j'ai évoquée samedi, et qui devrait apparaître sur Matière Focale fin avril ou début mai. Des indices ici, chez le collègue Nadjalover. Ça, c'est du teasing !

Allez, faisons donc encore un petit tour du côté de l'horreur. Alors, les petits gars, aujourd'hui, on va faire double ration, non pas de nouilles, mais de glace ! "Ils crient tous pour des glaces", voilà qui aurait fait un joli titre si le concepteur de la série MASTERS OF HORROR eut été français ! Gardons pour l'instant WE ALL SCREAM FOR ICE CREAM, l'épisode 10 de cette deuxième saison de la série horrifique, réalisé par un vrai revenant : Tom Holland. Mais si ! Tom Holland ! Le scénariste de PSYCHOSE II dont nous avions dit le plus grand bien, et aussi de CLASS 1984, déjà plus nanardesque, mais je taquine, effectivement, Holland étant surtout connu pour avoir réalisé les premières aventures de CHUCKY, la poupée qui tue et marche sur les plates-bandes de DOLLS de Stuart Gordon. C’est aussi le réalisateur de VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE ?, très bonne série B horrifique des années 80, et film réalisé qui se revoit toujours avec plaisir, comme nous l'avait rappelé le Marquis dans son article. On ne saurait d'ailleurs que conseiller ce très sympathique film, très malin, qu'on trouve facilement partout. Depuis, pourtant, il a pas fait grand chose, le père Holland. La voie royale du film en salles (voilà, je l'ai fait, mon jeu de mot) a vite été abandonnée, et le gars aurait plutôt tendance à faire de la télé, où il adapte du Stephen King ou réalise des épisodes de la splendouillette série également horrifique TALES FROM THE CRYPT. Bref, pas grand chose à se mettre sous la dent. Encore empreint de la malice de VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE ? (et oui, ça c'est du titre, les amis, complètement différent de l'original FRIGHT NIGHT, bien entendu...), c'est plutôt avec plaisir qu'on entame l'épisode du Monsieur...

Ça commence d'ailleurs pas trop mal, et même bien. Un plan douche bizarroïde mais très chouette, voilà le premier plan marquant, quelques secondes après le départ de l'épisode. C'est finement joué. En effet, WE ALL SCREAM... raconte quand même comment des gens normaux comme vous et moi (enfin vous au moins, j'espère !) voient leur chair fondre et se transformer en glace dans d'atroces souffrances quand leurs rejetons commandent des mikos à un marchand de glace et de sable ambulant qui traverse les quartiers résidentiels cossus (car vous avez réussi dans la vie !) en pleine nuit ! Voilà qui est plutôt loufoque comme contexte. Et le père Holland, de manière assez astucieuse, commence d'entrée de jeu par biaiser avec malice la première "fonte mortelle" de son film, en faisant un plan douche qui est plus beau, et surtout plus glauque qu'un plan de face, qui aurait été pourtant plus gore ! Il évite ainsi le ridicule et surprend son docteur de belle manière. Et ça tombe bien, car derrière, pas très loin, c'est un joli plan de générique qui nous attend, avec le véhicule du marchand de glace justement, qui surgit de la nuit et du brouillard dans un ralenti très lent, presque figé. Bah, c'est plutôt pas mal ! Miam, miam !, me dis-je, voilà une saison deux qui paraît beaucoup moins médiocre que ce qu'en dit la rumeur !

Malheureusement, la suite ne me donnera pas, une fois de plus, raison !
WE ALL SCREAM… raconte la terrible histoire d’un groupe de jeunes qui, dans les années pré-connes, avaient pris un petit peu d’avance sur leurs contemporains. Menés par un gamin plus bête et plus violent, ils ont fini par commettre l’irréparable : l’homicide involontaire d’un clown-marchand de glace conduisant la camionnette ambulante qui sillonne les quartiers-dortoirs ! Ça, ça la fout mal, comme dirait Stephen King. Et "Hinhinhinhinhin" comme disait un autre clown, euh pardon, clone de Freddy et des KILLERS KLOWNS FROM OUTER SPACE des frères Chiodo, j’ai nommé le désastreux KILLJOY, croquemitaine du film éponyme dont je vous avais parlé à l’époque, suite à un mémorable visionnage au Centre Marquisien de Sauvegarde du Patrimoine Cinématographique Mondial. Alors évidemment, ici, la production, quoique plus courte au métrage, est nettement bien plus richement dotée que le KILLJOY en question. Et pourtant, d’où vient ce parfum de désastre qui monte à mes narines ?
D’abord à un scénario parfaitement déséquilibré, très vite prévisible, et surtout complètement vautré dans la plus grande splendouilletterie la plus involontaire, comme le petit cochon se vautre dans la boue en croyant s’allonger dans l’eau claire de la rivière. Souviens-toi de ÇA et de ce que tu faisais au marchand de glaces clownesque la dernière nuit d’Halloween avec Christine dans le fog, semble dire Tom Holland. Le premier plan douche réussissait à être non seulement étonnant mais aussi à contourner de manière ludique le côté too much de l’intrigue (des gens qui se transforment en glace, quand même !). La suite sera tout le contraire : du pur concentré de kitsch, mais sans le moindre recul ou sans la moindre ironie, et surtout, encore plus, avec une certaine arrogance dans la propension à faire passer des vessies narratives pour des lanternes, chose toujours faite ici avec l’air intelligent de celui qui nous présente le fil à couper le beurre atomique, 50 ans après son invention. Ainsi, tout est prévu et visible à huit cent kilomètres. Le petit garçon violent devenu SDF/marginal/psychopathe (rayez la mention utile), toujours nécessaire pour donner à son film un côté social en assurant les pires réflexes réactionnaires possibles, à base de déterminisme social et politique, nos pauvres héros étant évidemment dans la upper middle class… Ce personnage de SDF meurtrier sera d’ailleurs introduit tout en finesse dans la pachydermique allusion de la scène du cimetière (qui est absolument inutile, ce qui fait que quand on voit le gars miséreux, comme par hasard, on a compris instantanément à quelle sauce on va être boulotté). Vingt minutes plus tard, on le retrouve, le SDF, comme si c’était une révélation. Sinon, on peut signaler les hideux seconds rôles, tous convenus, enfants en tête, les abominables et ultra-explicatifs flash-back qui consistent à nous relater l’accident/meurtre, car tenez-vous bien ma brave dame, c’est les deux en même temps. Je suis donc coupable et aussi innocent ! C’est pratique !
Le rythme narratif est effréné, environ 10 kilomètres/heure sur autoroute, et 5 en ville ! Hâtons-nous de nous dépêcher à enfiler les clichés du genre "Prends la voiture, Chérie, et fonce, sans te retourner, chez ta mère, les enfants ne sont pas en sécurité dans la maison", suivi d’un "Oh mon dieu, le marchand de glace nous attaque sur l’autoroute" de bon aloi, le tout ponctué du rire (très) maléfique, (pas) effrayant et incessant du marchand de glaces qui n’arrête pas de dire la fameuse réplique qui a provoqué sa mort à l’époque ! Que de l’inédit, en somme. Les plus sensibles d’entre nous trouveront déjà là une demi-douzaine de motifs pour s'immoler vite fait bien fait dans le salon. Mais ils louperont alors l’hilarant final que j’appellerai "séquence des télécommandes", prouesse scénaristique stupide sans doute issue d’un quelconque brainstorming entre "créatifs" de la section "production". Qu’on les rassure : le scénario est parfaitement respectueux du "pacte poétique" (pour la France, serait-on tenté d’ajouter) aristotélicien. De ce point de vue-là, les métaphores et sous-intrigues sont d’un équilibre parfait. Néanmoins, nous sommes en face d’un film parfaitement stupide sur le plan narratif. Un bon scénario ne fait pas un bon film. Ça peut même faire un très mauvais étron, sorte de méga-compile de ce qu’on a déjà vu mille fois et de ce qu’il ne faut pas faire ! Bravo ! Hal Hartley avait raison, à travers le personnage de Martin Donovan dans ce merveilleux moyen-métrage dont j’ai oublié le nom, mais que le Marquis ne manquera pas de signaler en commentaires : "la connaissance ne fait pas tout." [SURVIVING DESIRE, je crois. NdC] Et les recettes éculées non plus !

Mais bon, dans la vie, qu’on le veuille ou non, il n’y a pas que le scénario. Il y a aussi la mise en scène, et même que des fois, c’est lié. Alors oui, Tom Holland est bien d’accord avec moi : le plan où le camion de glace sort de la nuit… [Comme Freddy tient ! Là, il faut que je rappelle le génial titre français du dernier Freddy réalisé par Wes Craven, un très beau film d’ailleurs : FREDDY SORT DE LA NUIT ! La question est : est-ce le même mec qui a titré le dernier Lars Von Trier LE DIREKTOR ? Pour l’édition DVD de cet épisode de MOH saison 2, je propose : LA CAMIONNETTE DE GLACE MALÉFIQUE SORT DE LA NUIT POUR VOUS TUER, mais si vous trouvez mieux bien sûr, n’hésitez pas à rajouter un petit commentaire à la suite de cet article !] Je disais donc, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même (ça me fait penser, le méchant SDF, il prend des bains dans une barrique en bois, comme dans COURS APRÈS MOI SHÉRIF, hihihi, encore une bonne idée de scénario !), Holland pense aussi que le plan avec le camion de glace au ralenti sortant maladroitement du brouillard est vraiment joli. Du coup, il le replace douze fois. Sinon, le reste est parfaitement sans personnalité. Le montage est paralytique, et le cadre n’a aucune sorte d’intérêt, plein de plans rapprochés comme n’importe quel film de Claude Berri. Bref. La photo étant complètement attendue, et ça et là même de très mauvais goût (ah, il y a toujours du soleil aux USA quand les couples se réveillent le matin !), voilà qui laisse énormément de champs aux acteurs. Et là, c’est encore le mieux dans le genre "seconds couteaux en roue libre et sur le bord de toucher un cachet". Ça splendouille dans tous les coins : père très concerné et même cerné tout court, brave barman obèse, SDF maléfique et grossier, épouse inquiète, petit Kevin marchand sur les plats de bande du clan Fannings (j’ai encore découvert au détour d’un film une autre mini-Fannings cette semaine… On en reparlera, mais ils sont combien au juste ?), à moins qu’il ne marchât sur les plats de bande de Henry Thomas adulte (qu’on a pu voir dans l’épisode de la saison 1 intitulé CHOCOLATE), etc. Ajoutez là-dessus un son bourré d’effets à la moindre présupposition d’apparition fantastique, une musique hideuse, et une durée de 52 minutes et vous obtenez d’assez loin un des pires épisodes de la série !

Mais c’est vrai que dit comme ça, on aurait presque envie de le revoir…
N’y pensez même pas !

Ou alors si vous êtes vraiment sado-maso, et à ce moment-là demandez, Madame, à votre mâle-dominateur, ou, Monsieur, à votre Maîtresse Sadique, de vous fouettez en regardant l’épisode.

Une chose est sûre, entre deux films de James Ivory, en Enfer, on projette cet épisode de Tom Holland, et encore, même pas au ralenti !

Salut Tom. Et si jamais tu croises un de ces jours ton humour et ta malice, dis-leur bonjour de notre part !
 
Bronzément Vôtre,

Dr Devo.
 
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Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /Mars /2007 17:46

Publié dans : Lucarnus Magica

[Photo: "Les Maîtres du Monde" par Dr Devo]

 

 

Chers Focaliens,
 
Un petit retour en arrière, au pays des images télés. La télé, c'est quelquefois, rarement mais quelquefois, aussi bien voire bien meilleur que le cinéma. Si la série PRISON BREAK est très bien écrite mais gentiment mise en scène, certaines séries sont fabuleuses, à l'image de CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR dont toutes les saisons sont à tomber par terre, à une poignée d'épisodes près. Le Marquis et moi-même consacrons, et c'est loin d'être fini, et je dirais même plus qu'il faudrait que je m'y remette, nous consacrons, dis-je, une série d'articles épisode par épisode à la série expérimentale SAN KU KAÏ. Notre émission de télé préférée de tous les temps étant KOH-LANTA, la seule émission politique valable, pour le Marquis et moi-même, l'hiver est souvent rude. C'est pourquoi l'année dernière je vous ai parlé en avant-première de la série MASTERS OF HORROR. Cette année, après tout le monde, après que tout le monde en ait déjà parlé, je vous propose en avant-dernière les comptes-rendus de la seconde saison de la série.
 
Avant cela, une précision. J'ai chroniqué tous les épisodes de la saison 1, je crois, à l'exception de IMPRINT de Takashi Miike, que j'ai trouvé plutôt pas mal, mais que je n'ai pas chroniqué tout de suite, à chaud ! Quelle erreur ! Afin que le panorama soit complet, je demande humblement, ici, en public, au Marquis de chroniquer l'épisode le jour où il le verra, fût-ce dans deux ans !
 
Pendant ce temps-là, deux ans quand même, voilà qui devrait me laisser assez de loisirs pour chroniquer la saison deux, que je vais regarder dans le désordre. On prend pas tout à fait les mêmes et on recommence. Je me suis bien abstenu de lire quoi que ce soit sur cette deuxième saison. J'arrive donc complètement vierge, à peine effleuré par la bise d'une rumeur que je choisis d'ignorer, telle la blanche colombe. SOUNDS LIKE est donc le quatrième épisode de cette deuxième saison, et je découvre avec des ronronnements de plaisirs que c'est Brad Anderson qui a réalisé la chose. On avait déjà parlé de lui ici à l’occasion de son magnifique THE MACHINIST. J’ai depuis vu HAPPY ACCIDENTS, classique des bacs à soldes plutôt sympathique, bien que pas mal de coudées en dessous du film précité ! Donc, me disais-je, en découvrant le nom du bonhomme au générique, "ça commence bien" !
 
Chris Bauer est un homme d'une petite quarantaine d'années qui surveille le call-center (le centre de la hotline quoi !) d'une grande entreprise d'informatique. Pour être précis, il surveille les conversations de ses collègues qui accueillent les client en détresse avec leur ordinateur, et veille à ce que les dits appels suivent le protocole d'aide pré-établi, se passent dans des conditions de stress minimum pour le client, et dans un temps le plus court possible. Bauer est rigoureux, carré, attentif. Son travail c'est sa vie, surtout depuis la mort tragique de son fils, victime d'une anomalie cardiaque génétique. Notre héros a un handicap, ou un talent, beaucoup plus étonnant. Il fait de l'hyperacousie. En un mot, il a une ouïe d'une finesse extraordinaire. Une oreille trop pointue même, qui lui fait entendre chaque détail du paysage sonore avec un volume semblable à celui d'un Boeing en plein décollage !  
La vie n'est donc pas facile pour Bauer qui, en plus, vit encore avec sa femme, grande dépressive, obsédée par l'idée de retomber une nouvelle fois enceinte et d’effacer le deuil.  Une chose incompréhensible et impossible pour Bauer... Peu à peu, son handicap grandit, et ses facultés auditives augmentent encore, jusqu'à ce que sa vie bascule lentement...
 
Et bien ce n’est pas souvent que ça arrive, mais malgré les quelques heures qui me séparent de la vision du  film de Brad Anderson, je suis assez embêté pour vous en parler. C’est un réel paradoxe, pas épatant du tout, là où d’habitude, et vous vous en êtes déjà rendus compte, ma mémoire récente d’un film vu, aussi moyen soit-il, provoque chez moi des articles conséquents avec moult détails et emberlificotures baroquissimes. Voilà ce que je peux dire, néanmoins…

Le sujet du film, s’il respecte complètement le cahier des charges (principe de base loufoque, flash-back incessants et lourd passé) de plus en plus voyant dans la série, soit dit en passant, est très intéressant et assez original. Le fait de faire porter le fantastique sur le son est quelque chose d’assez attirant. Le contexte du call-center, en plus, avec ses petits pointes sociales (pression libérale au travail, cruauté du management en ressources humaines, le travail comme lieu du moule et du formatage, harcèlement, etc.) est également un atout. On retrouve également un bon soin général, ce qui était déjà le cas avec la saison 1. Il y a un peu de moyens, et en général c’est quand même éclairé assez luxueusement. Même si ici, hormis les derniers plans, rien de fabuleusement et d'incontournablement beau n’ait lieu dans la photo ! C’est du travail correct.
La première remarque sera relative aux défauts des qualités de ce SOUNDS LIKE. Le film repose sur un handicap et sur une obsession. De fait, la "maladie" du héros, présentée assez franco de port dès le début du film, délimite assez sérieusement le terrain autour d’une vraie répétition. Où que Bauer aille, c’est la même chose. Dans la mise en scène, ça suit : on entend un bruit étrange, et Bauer tourne la tête, tandis que Brad Anderson change le point de la caméra pour mettre au net l’objet incriminé, soit décadre pour montrer cet objet. C’est très systématique, et au bout de 10/15 minutes, on se dit que la chose n’est ni stressante ni effrayante. Sans plus en tout cas. Au bout de 30 minutes, on se demande vraiment si tout cela, ce systématisme, je veux dire, ne va pas être insupportable à la longue, d’autant plus que cette histoire de deuil (du moins en apparence) est assez identifiable et se base sur un socle assez simple qui devrait permettre de faire passer le traitement en avant. Ici et là, il y a bien quelques bonnes trouvailles scénaristiques, comme le flash-back sur la découverte de la maladie du fils, point névralgique de l’histoire, source de tout. On attend l’arrêt de la vie comme révélateur, mais non, c’est justement le début de la maladie qui "sonne" le glas. Pas mal. D’autant plus que du coup, ce décalage (le père retient encore plus le fait d’avoir entendu la maladie du fils, plus que la mort du fils) place le père dans une logique quasiment de fiction. Et comme ce qui sous-tend le film, ce sont quand même les relations sociales, et donc les relations familiales et leurs non-dits, la construction par les personnages d’un univers possiblement fictionnel (et dont peut-être la réalité ne peut être vue objectivement)  fonctionnent mais à rebours, par la bande pour ainsi dire. Car du côté de la mise en scène, c’est quand même la répétition la plus extrême qui l’emporte. Pour une fois, on se dit que le scénario a heureusement une longueur d’avance sur la réalisation ! Bien.
L’ennui pointe quand même son nez. On est déçu, assez inconsciemment, par le fait qu’un sujet aussi sensuel soit aussi peu impliquant à la voyure ! Nous voilà bien extérieurs au film. Et c’est peut-être tout bêtement parce que, malgré le propos, justement, Anderson a choisi un traitement d’apparence classique, très classique même, froid en quelque sorte. On n’est loin par exemple d’une ambiance de cauchemar sans fin comme le furent les épisodes de John Carpenter ou Dario Argento, l’année dernière. Ici, curieusement donc, le spectateur que je suis est plus mis à distance.
Un deuxième facteur vient semer le trouble. Globalement, la mise en scène est quand même beaucoup plus anonyme que celle de THE MACHINIST, le long-métrage par lequel j’avais découvert Anderson. Sur certains points même, je la trouve vraiment moyenne. L’échelle de plans fait beaucoup trop appel aux plans rapprochés et aux gros plans, d’une part, et ces derniers très souvent sont assez mal cadrés ! Ça et l’impression diffuse d’ennui, voilà qui donne à SOUNDS LIKE un côté un peu amer. On est assez loin de l’originalité qu'on pouvait attendre de Brad Anderson.
Malgré tout, le scénario, s’il continue de suivre un développement classique, avec sa chute lente et inéluctable, s’ouvre petit à petit, et l’aspect social justement, remonte cruellement à la surface. Les relations avec le jeune collègue de Bauer, l’amplification progressive du volume du mixage, et la fatigue de la répétition de l’effet allié à des détournements inédits de l’effet (enfin !), commencent à faire leur travail de sape. De plus en plus de bonnes idées sur le papier arrivent, comme le fait de répéter une image plusieurs fois en changeant sa connotation (le mobile sur la boîte à lettres, d’abord ironique puis morbide). Cette image du mobile (un bûcheron qui scie du bois) sert de repère : c’est la répétition qui est insupportable, et elle nous enferme dans un éternel présent. Grâce à elle, on s’aperçoit que les thématiques sociales du film n’étaient pas si grossières que ça, et là aussi montrées de façon tellement franco de port, tellement "dans le cahier des charges", que l’effet escompté était peut-être le contraire : tisser une toile socialement violente mais que l’on percevra comme banale. Puis, au moment où le film s’enfonce dans l’horreur, très classique donc,  le jeu est de faire ressortir, par son absence, une fois qu’elle a laissé la place à l’horreur justement, cette pression sociale insupportable. On retient finalement que c’est le grain de sable, ici un  simple handicap auditif, qui fait basculer la vie, plus que le deuil impossible lui-même. Et ce petit grain de sable va détruire tout ce qui nous attache à la réalité. La fiction morbide construite par Bauer lui-même n’est pas loin. L’horreur se révèle donc, et on est pris à rebrousse-poil, de manière assez intellectuelle.
Peut-être également que Anderson nous a surpris aussi par la mise en scène en envisageant un dispositif moins ouvertement original que son dernier long métrage. Les trois plans marquants de la fin sont très caractérisés, mais finalement paraissent quasiment gonflés. Le contrechamp final est même assez osé. On se dit que finalement, Anderson n’a pas totalement respecté, et heureusement, le devis : le film est froid, assez lent, pas sympathique pour un sous, l’imagerie "imaginaire" est assez lourdingue et donc pas agréable non plus, l’humour est présent mais glacé (il concerne tout le social encore une fois), et le film est loin de se clore sur un retournement et encore moins sur une chute. On note que le film n’est quasiment pas gore non plus, ce qui est assez étonnant. L’interprétation est très correcte et le sujet intéressant. Il est donc difficile de dire, en ce qui me concerne, la part de déception et la part étrange de ce film qui se construit sur sa non-amabilité. Je vous laisse juges. Mais en tout cas, même si le dispositif n’est pas utilisé n’importe comment, c’est encore peut-être sur la moyenne des petites fautes esthétiques ou des petits plans sans conséquence que SOUNDS LIKE laisse quand même une impression de trop peu. Le débat est ouvert.

Vôtrement Vôtre,
Dr Devo.
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 10:35

Publié dans : Lucarnus Magica

L’entretien qui suit a été publié une première fois en Novembre 2006 dans le Hors-Série Cinéma Français de La Revue du Cinéma. Nous le reproduisons ici à quelques heures de la diffusion de « Visu, le magazine de toutes les visions » sur France 2 dans la nuit de mardi à mercredi à 01h40 (prévoir une cassette assez longue la chaîne étant rarement à l'heure pour ce programme), émission dont nous vous parlions en détail hier et dans laquelle l’animateur Michel Moisan recevra Benoît Forgeard et l’opticien Phil, tout en diffusant quatre films de l’auteur : STEVE ANDRÉ, LA COURSE NUE et LAÏKAPARK épisode zéro et deux.


[Photo de la comédienne et chanteuse Rachel Stevens]

Michel Moisan est né à Metz en 1959. Cet écrivain critique, touche-à-tout de génie, se définissant comme "orphelin au cœur du monde visible", aime les clichés, mais aussi les coïncidences et les listes. Professeur de lettres au cœur de la prude Alsace mais opposé à toutes les transcendances, ce Cancer ascendant Taureau s'est exilé au Canada en 1999. Quasi inconnu dans son propre pays, chacun a pourtant fredonné un jour du Moisan puisque ce polyglotte est l'auteur des paroles de l'hymne officiel de La Ligue des Champions UEFA (Ce sont les meilleures équipes / Sie sind die allerbesten Mannschaften /The main event / Die Meister, Die Besten, Les Grandes Équipes, The Champions / Une grande réunion / Eine grosse sportliche Veranstaltung...) Critique dans la revue Bobines, auteur de livres non traduits en français hélas sur David Cronenberg entre autres, animateur de télévision, amoureux du regard, Michel Moisan est surtout l’inventeur du Questionnaire des Michel. Questionnaire qui gagne à être lu car, comme le confiait lui-même Michel Moisan dans un entretien donné en 1999 au magazine Subversion(s), "lire un papier de Moisan demeure toujours une aventure hautement risquée, celle de la littérature."
 


Benoît Forgeard n'est pas né à Metz en 1959. Jeune d'allure, il porte néanmoins la moustache depuis l'âge de onze ans. Sa filmographie aligne les hits, néanmoins l'homme ne connaît pas encore les affres du succès flonflonnant, ce qui fait en quelque sorte de lui l'équivalent cinématographique de la chanteuse inconnue Rachel Stevens (cf. notre document photographique). Mi-expérimental, mi-raisin, le cinéma de Forgeard (PARRAINER UN JEUNE, STEVE ANDRÉ, la série LAÏKAPARK, LA COURSE NUE) prouve qu'on peut tout à fait avoir des exigences littéraires et s'exprimer cinématographiquement. Magnifiques et déceptifs films de Forgeard, éthérés et la boue pleine de bottes, amis de tous les copier-coller, lire un papier de Moisan demeure toujours, effectivement, une aventure hautement risquée.

Nous avons demandé au critique Moisan de soumettre le cinéaste Forgeard à son fameux Questionnaire des Michel (auquel ont répondu des sommités comme Cronenberg ou Atom Egoyan), en l'adaptant à un créateur français, et avons pour cela organisé un rendez-vous au bar Chez Michel, dans le huitième arrondissement parisien.
Quand ils sont arrivés au café, ensemble, ils étaient déjà hilares, ils venaient en effet de se croiser chez le marchand de journaux à côté de Chez Michel. Après s'être serré la main en constatant que chacun avait rendez-vous avec l'autre, les deux hommes échangèrent leurs Télérama, dont ils venaient de faire l'acquisition. Sur cette étrangeté, nous nous sommes levés de table et avons laissé nos grands hommes discuter, tailler le bout de Muse, nous contentant, l'instant précédent, de déclencher la fonction REC de notre Toshiba T-135. Benoît Forgeard, homme d'exigence, a probablement su reconnaître en Michel Moisan un universitaire à sa hauteur. Lors de cette première interview qu'il donnait à un journaliste, l'auteur aborde les rouages secrets de son cinéma comme jamais il ne l'avait fait au cours d'un entretien.

Invisible



[Même pendant les méagnétos, ça discute ferme sur le plateau de VISU...: ici Michel Moisan, l'opticien Phil, et Benoit Forgeard]


Michel Moisan : Benoît, je suis ravi de vous rencontrer, laissez-moi vous soumettre une batterie de questions, issues de mon questionnaire "L'heure Michel". Puis-je ?

 

 


Benoît Forgeard : Je vous en prie.

MM : Avant toute chose, je voudrais avertir mon lecteur. Les initiales de mon nom vont disparaître de cette entrevue pour être remplacées par la suite numérique en procession décroissante. L'homme désordonné que je suis va ainsi s'effacer pour laisser place à un ordre, qui est en même temps un mouvement par rapport à un "MM" supposé immuable ... lui-même disparaissant dans un ordre supérieur, celui donné par le jeu de mes questions et de vos réponses.

BF : Procédez.
 
14 : Répondez de façon spontanée, mon cher Benoît Forgeard... Quel est votre Michel préféré ? Comme ça, là, à brûle-pourpoint.

BF (après un temps de réflexion) : Comme Joséphine Baker, j'ai deux Michel. Mon Platini et Berger.

13. Laissez-vous aller. Je sens que vous avez pensé votre Michel. Allez, entre nous, sans honte... Votre Michel du cœur ?

BF : C'est une Michèle, c'est Torr.

12. Je vous propose à présent d'entrer dans le vif du sujet, sans tabous, d'oser simplement répondre à ma question... Vous n'êtes pas sans connaître les problèmes père/fils qu'a pu connaître par exemple un Michel Poniatowski. En tant que cinéaste dans une lignée de cinéastes venus et à venir, vous considérez-vous comme un père ou comme un fils ?

BF : Je suis à la fois le père et le fils. Si j'ai envie de sortir le soir, je me demande la permission, et quand je rentre, je mets mes chaussons pour ne pas me réveiller.

11. Le come-back de Michel Polnareff est organisé en grandes pompes, alors que chacun se souciait de lui comme de son dernier morceau de quatre-quarts. Vos personnages ont-ils tendance eux aussi à déployer des efforts grandiloquents pour échapper au néant ?

BF : En effet, les petits plats m'adorent, car avec moi, ils ont toujours la garantie d'être mis dans les grands.

10. J'aime beaucoup la réponse que vous venez de produire, mon cher Forgeard, mais néanmoins elle ne répond pas du tout à la question qui suit : si vous étiez un Michel, inconnu ou célèbre, réel ou fictif, lequel seriez-vous ?

BF : Je serais le Michel universel. Un savant mélange de Michel Blanc et de Michel Noir. Je serais à l'amitié ce que Monsieur Propre est à la blancheur des sols.

9. Vous n'êtes pas sans savoir que Michel Houellebecq dans « Les Particules Élémentaires » confessait son amour de la déambulation dans les rayons des Monoprix. Ce qui me souffle une question en forme de trident : faites-vous vos courses vous-même ? Dans quel type de magasins ? Y trouvez-vous matière à inspiration ?

BF : Je vais au Champion, Michel... Je vais au Champion pour le sel... Je vais au Champion, je vais au Champion, acheter du thon, du gel douche, du mouton et des couches.

8. De grands critiques de cinéma et d'habiles interviewers ont pour prénom Michel, Michel Ciment pour n'en citer qu'un, mais il y en a d'autres... Et très peu de grands cinéastes somme toute. Ne regrettez-vous pas de ne point vous appeler Michel Forgeard ? Vous comprenez le sens de ma question, êtes-vous un cinéaste d'avant-garde, Michel Forgeard ?

BF : En toute discipline, il y a des aspirants Michel. En toutes choses, Michel est le grade ultime. Je démarre ceinture blanche, je ne suis encore qu'un modeste Benoît, mais je garde espoir de vous entendre un jour m'appeler "Mon p'tit Michel".

7. Alors, mon petit Michel... Ah, très bien, Benoît... (rires gênés) où en étais-je ? Ah, oui. Question sept. Michel de Montaigne a publié un ouvrage fascinant, les « Essais », disponible pour quatre euros chez Gibert ! Oui, mais c'est en poche, me direz-vous, et bien justement... Pensez-vous que votre œuvre est la même selon qu'on la diffuse en salles ou qu'elle est vue sur petit écran ?

BF : Non. Mais elle n'est non plus jamais la même d'une salle à l'autre. D'un écran à l'autre. Il existe au sud de Bondy un pavillon sans charme habité par un couple de retraités. Ils disposent depuis peu d'un petit plasma. Et bien, c'est ici que mes films prennent tout leur sel. Pourquoi ? Sauriez-vous me le dire, Michel ?

6. Je n'ai aucune idée du nombre de femmes peintes par Michel-Ange. Mais vous même, vous plaisez vous à filmer les femmes ?

BF : J'ai longtemps collectionné les femmes. Les pin's de femmes plus précisément. Cette collection de pin's de femmes m'a permis de mieux les connaître, de saisir leur nature profonde. Désormais, lorsque je rencontre une femme, je peux lui parler d'elle pendant des heures. Cette attitude étonne, et pousse parfois même à la fuite.

5. Michel Sardou chantait qu'il en avait marre qu'on l'appelle France. Votre art est-il éminemment français ?

BF : Oui. Mes films ont les seins de Sophie Marceau et le visage de Zidane.

4. J'aime beaucoup le bar où nous sommes, chez Michel. On reprend un truc, non ? Oui, allez, la même chose. Mais qu'avez-vous pris ?

BF : Le strict nécessaire : un Tropicano bien frappé au susucre Michel.

3. Michel Serres raconte dans "Le génie se couche à midi et se lève au crépuscule des temps" qu'avant de prendre l'avion, pour donner une conférence à Berkeley par exemple, il met toujours un pépin dans sa valise car il déteste être surpris par le mauvais temps. Dans la réalisation de vos films, les impératifs (de tout ordre, humeur des techniciens, spécificité des lieux, propositions des acteurs) sont-ils un avantage ou un inconvénient ?

BF : J'ai eu pas mal de souci avec Serres. Dans "Perds pas la boule", je voulais lui faire tourner une scène légère, d'amour cru par un beau soleil d'août, lorsqu'il a sorti son parapluie. Patatras ! Foutu ! ai-je pensé. Et  bien non, c'était une idée formidable. Nous avons ri pendant des heures.

2. Allons... Ce que vous venez de répondre n'est-il pas une vue de l'esprit, très cher Benoît ? Je pense notamment à Michel Serres, qui raconte en privé qu'il a tous les soucis du monde pour faire rentrer un pépin dans une valise.

BF : Rétrogradons Michel Serres au rang de Jérôme Serres, voulez-vous ?

1. Souvenez-vous. Alors député, Michel Barnier avait pour manie de systématiquement remanier les rapports établis par ses collaborateurs qu'il devait signer de son nom, quitte à les contredire. Le montage est-il un élément décisif dans la fabrication du film ?

BF : On m'a souvent comparé à Barnier. C'est vrai, j'adore sa façon de remanier ses rapports. C'est d'ailleurs un autre Michel qui fera le montage de mon prochain film, "Belle île en mer". Ricard. (Forgeard appelle le serveur par un geste de la main). Garçon ! Un Rocard !

0. Laissez, je prends, non, non, c'est pour moi, j'insiste. Garçon, mettez tout au nom de Moisan. Oui, comme le poète. Benoît, à présent qu'on a bien fait le tour, je crois, quel est votre Michel préféré ?

BF : C'est une Michèle. C'est Torr.

Benoît Forgeard, merci.
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Lundi 25 décembre 2006 1 25 /12 /Déc /2006 14:27

Publié dans : Lucarnus Magica


[Le plateau de l'émission VISU... Photo de Nardac.]

 

 

Chers Focaliens,

Allez, continuons cet anniversaire totalement focaliste, et cette fois, c'est moi qui régale. Je vous fais, c'est bien logique, un cadeau. Un cadeau des plus sublimes : je vous offre un film, et même des films. C'est avec une joie immense que j'ai l'honneur de vous présenter LE programme télé qui va tout bouleverser ! Prenez de quoi noter... 
Dans la nuit de mardi à mercredi prochain va être diffusé sur FRANCE 2 le programme VISU (LE MAGAZINE DE TOUS LES REGARDS), à 01h40 du matin, dans le cadre de l'émission Histoires Courtes, habituellement pâle fenêtre de courts-métrages abominables de la chaîne publique. Oui, oui, tout cela est vrai, sauf que là, avec VISU..., France 2 propose enfin et sans doute pour la dernière fois un programme sublime, bouleversant, drôle et avant-gardiste de toute beauté. Pour clôturer l'année 2006, la chaîne payée par nos impôts diffuse enfin un programme digne de ce nom. Et comble du comble, on peut le dire sans rougir : c'est l'émission la plus focale qui existe, car VISU a été co-conçu par des focaliens (c'est-à-dire que des proches de la rédaction de Matière Focale ont activement participé à la réalisation, à l'écriture et à l'interprétation de ce programme), et je dirais même plus, on n'a jamais vu une telle émisession, de fait, aussi parce qu'il y a là-dedans tout ce qu'on essaie de défendre ici toute l'année, on n'a jamais vu un programme aussi focalien. Et voilà, chère lectrice, mon cadeau pour toi en cette fin d'année ! Une émission de télé rien que pour toi ! Qui d'autre, quel autre site offre autant de chose à son lecteur ?

[Après tout, c'était à mon tour de donner... Je me permets de préciser que pour ma part, je n'ai aucunement participé à cette émission, ce qui fait que je vais pouvoir en parler en toute sérénité.]


On avait déjà parlé de Benoît Forgeard sur ce site. L'émission VISU, c'est lui. Dans le numéro spécial Hors-Série de la REVUE DU CINÉMA que j'ai co-écrit tout seul avec Invisible, le Marquis, Michel Moisan et Bernard RAPP (bref, une vraie revue dans ton kiosque 100% focaliennne, au moins en ce qui concerne ce numéro spécial ; il n'y a que le l'horrible couverture et l'édito que nous n'avons pas faits !), nous faisions tous un constat très dur sur le cinéma français. Mais malgré tout, le numéro est organisé autour d'une perspective d'avenir (comme dirait Stève André, voir plus bas). En effet, nous vous proposions une liste de trois noms, celle des meilleurs réalisateurs français de 2009 ! Ce sont des jeunes réalisateurs, déjà chevronnés, mais encore inconnus de tous et (plutôt) ignorés par la profession. Néanmoins, leurs travaux actuels sont parmi ce qui, à mes yeux, se fait de plus audacieux en France. Non pas qu'ils résument à eux trois toute la créativité française en matière de cinéma, n'exagérons pas, mais disons simplement qu'ils sont à la pointe, et que demain, si la Justice est de ce Monde (ce qui est très certainement le cas), ils seront au top du top. Les idoles de demain de tout focalien qui se respecte. Nous allons dans les prochains jours parler beaucoup de ces trois réalisateurs. Mais pour l'heure, intéressons-nous au premier d'entre eux : Benoît Forgeard, donc.


[Jeanne, la harpiste du plateau et la caution culturelle du magazine de cinéma VISU... Photo par Nardac.]


Forgeard a livré à France 2 avec ce VISU..., une émission de deux heures clés en main. Car VISU est une émission à part entière dans laquelle seront présentés des courts-métrages (et un moyen) de Benoît Forgeard. Loin de faire défiler les films les uns à la suite des autres, Forgeard a écrit une vrai-fausse émission pour les présenter. Cette émission, c'est VISU, et c'est aussi un film à part entière. Et Forgeard, en mettant en scène cette vraie fausse émission, fait la tête au carré au service public, au cinéma, et au monde de l'Art en général ! VISU se veut donc être une fiction et une compilation des films de Forgeard. VISU se présente comme une émission de cinéma de service public. Elle est présentée par un singulier animateur : Michel Moisan, ici dans son propre rôle, qui aurait aussi bien pu présenter la météo, Vidéogag ou le 20 heures (il aurait préféré sans doute !). Mais le voilà coincé à présenter une émission de cinéma à une heure pas possible de la nuit. [Ici, la fiction rejoint la réalité, puisque France 2 programme VISU... à 1h40 ! Vous comprenez bien, dès lors, toute la perspective et la mise en abîme violente et acide du concept de Forgeard.] L'émission, puisqu'il s'agit de cinéma, parle aussi d'optique ou plutôt d'opticien. C'est le prétexte trouvé par la chaîne pour sponsoriser en loucedé l'émission de cinéma par un opticien branché de Paris ! Il y a donc trois personnes sur le plateau : le présentateur Michel Moisan, l'opticien-sponsor, qui fait aussi office, malgré son ignorance, de maître à penser en matière de cinéma (!!!!) ainsi que de critique, et accessoirement le pauvre Benoît Forgeard, ici dans son propre rôle, à savoir celui du réalisateur à qui on ne donne jamais la parole et que l'émission va humilier de manières diverses. [Lui-même, tout réalisateur qu'il soit, se couvrira de ridicule tout seul !] Entre les courts-métrages, sur le plateau, l'émission VISU est une fiction sur la télé en train de se faire, tout à fait étonnante. Je vais laisser le mystère planer, et vous laisser découvrir ces incessantes, voire indécentes, surprises... [J'ai été ému aux larmes, et pas seulement parce que c'est drôle, mais aussi parce que c'est triste à pleurer, par le spectacle de danse contemporaine sur les fromages de France ; la présence-absence de la harpiste-potiche mais sexy (on peut mettre de la musique en direct à la télé, à condition qu'elle porte des cheveux longs et un t-shirt serré et branchouille !), m'a également dérangé magnifiquement au plus haut point. Toute la partie plateau de VISU est magnifique et bondissante, pétillante de fantaisie, de violence et d'humour vitriolé. Un bémol peut-être : le début, faussement maladroit (qui le feint, disons), dessert peut-être un peu la chose. Mais bon, passées les 8 premières minutes, c'est irréprochable de A à Z. Les plus récalcitrants devront peut-être un peu ronger leur frein pendant le premier court, soit l'épisode zéro de LAÏKAPARK. Mais ensuite, c'est du petit lait, et même à une heure tardive, c'est hallucinant et vif pour tous.] Ceci étant dit, voici les courts-métrages que vous verrez dans VISU...



[Photo tirée de l'épisode 2 de LAÏKAPARK]


On retrouvera tout d’abord les deux épisodes de la série LAIKAPARK, série de 156 épisodes de 10/15 minutes. On trouve ici l’épisode 0 et 2 de ce feuilleton se déroulant sur le chantier interrompu d’un parc d’attraction ayant pour thème les animaux morts dans la conquête spatiale. Les ouvriers abandonnés par le propriétaire du parc en construction, sans doute parti avec la caisse, essaient de s’organiser, d’avoir accès à la culture, et à toutes les choses du corps, notamment la musique… Je vous avais déjà parlé de LAIKAPARK. Reportez-vous à l’éloge que j’en avais fait. Il est absolument indispensable de redécouvrir cette série qui explore les frontières douteuses et sublimes des territoires de part et d'autre de la frontière entre Marguerite Duras et Graham Chapman. C'est très beau de surcroît ce qui ne gâche rien. Plus tard dans l'émission, vous découvrirez l'épisode 2, également de très belle facture, peut-être encore meilleur, si une telle chose est possible, que le numéro zéro. Vous penserez à moi lors de la fameuse chanson de la belle Chinchilla (intitulée "Un Malheur parmi des Millions de Malheurs possibles", dans l'épisode zéro) et lors du happening photographique, grand moment d'art contemporain débilosse et déchirant pour toute la classe ouvrière ! ("Il se réapproprie mon travail" dans l'épisode 2).


[La chanteuse Chinchilla, un des moments les plus bouleversants de LAÏKAPARK épisode zéro...]

 

 


Viendra ensuite le court-métrage LA COURSE NUE, ode tragi-comique à une jeune actrice au chômage qui, pour éponger ses dettes auprès de son opérateur téléphonique (pour des raisons déchirantes que je vous laisse découvrir), se voit offrir par celui-ci un sacré boulot de communication afin de lancer un forfait inédit pour les moins de 20 ans ! Ainsi, l'héroïne, en échange d'une simple opération de marketing, verra sa dette effacée et on lui offrira même un forfait illimité vers tous les portables le dimanche de 18 heures à 23 heures. En travaillant ainsi pour rien ou presque (juste pour payer sa dette), elle perdra la liberté ou gagnera l'infini ? Vaste question qui se résoudra lors de la finale de la coupe au Stade de France ! 

 


[Affiche Officielle du film...]


Avec ce court, on comprend très vite quelles sont les thématiques récurrentes de Forgeard : la liberté par la narration et l'expression cinématographique, seule à même de délivrer, au moins pour de faux, l'homme, et même ici la femme, de l'esclavagisme que représente non pas le "travail moderne" (terme qui n'a aucune réalité), mais bien au contraire le couple diabolique, l'hydre à deux têtes "travail moderne/consommation obligatoire". En un mot comme en cent, ça fout les jetons ! La jeune héroïne a-t-elle un répit ou n'est-elle, comme un de ses homologues masculins dans un roman de Philip K. Dick (ou Kurt Vonnegut), qu'un pantin coincé dans les rouages d'une machine aux contours diffus ? Est-elle libre quand elle court ? Ce serait la moindre des choses, car sur le plan personnel également, la conclusion est bien amère : le happy-end a des allures de Von Trier sous la menace (d'un revolver absent du film d'ailleurs), d'un sacrifice paraissant beau au premier abord mais bien cruel au moins à deux niveaux si on y réfléchit (son petit copain est-il vraiment malade ? Avait-elle un autre choix que de courir ?). En tout cas, la dialectique de LA COURSE NUE de Forgeard (est-elle libre quand elle court ?) est complètement camusiennne ! [Encore une claque à la Nouvelle Vague, et surtout à ses héritiers au passage…] Notons dans ce film un très beau plan séquence découpant le champ et le contrechamps par un panotage simpliste mais très alerte, à l'affût du dialogue et des déplacements. Comme par hasard, c'est le moment de l'obligation... On note aussi les diapositives qui feront hurler de rire tout le monde, et qui feront pleurer les plus sensibles d'entre nous, non seulement, mais pas seulement, parce qu'elles sont très belles... [Et pleurer et rire en même temps est un exercice salutaire mais douloureux, comme on le verra dans quelques jours en parlant d'un des plus beaux films de cette année (bientôt dans le top 10 donc), L'OPÉRATION DE LA DERNIÈRE CHANCE (car les deux plus beaux films, sinon les trois plus beaux films de l'année, sont des courts-métrages et sont français ! C'est le monde à l'envers ! J’arrête là pour laisser un peu de suspense...]

Le retour plateau est fabuleux, mais chut.... N'en disons pas plus... En tout cas, préparez vos bières avant l'émission, car une fois démarrée, difficile de se lever et de quitter des yeux le poste à images...



 

 


[Photo extraite de LA COURSE NUE. Le lyrisme le plus déchirant

n'est jamais absent des films de Forgeard, mais il n'est jamais vraiment là où on le pense...]


Ensuite, et en conséquence juste après un retour plateau des plus foufous au cours duquel, le talent de Michel Moisan apparaît dans sa splendeur, vous découvrirez STEVE ANDRE (en fait c'est Stève André, mais je sais pas faire les E majuscules avec accent), et là accrochez-vous, ça décoiffe. C'est dans cette partie de l'émission que nous conseillons aux femmes enceintes et aux jeunes sensibles d'aller chercher une bière !

Stève André est le jeune maire d'une grande ville française. Toujours vert (35-40 ans), il fut en son temps le plus jeune député de France. Il décide un beau jour de faire une réunion municipale en direct sur internet : le résultat, c'est le court-métrage même, qui fut d'ailleurs tourné en direct ! [Forgeard est décidément complètement foufou !] Stève André veut prouver par cette opération que l'internet est le lieu citoyen par excellence. Il veut aussi faire éclater sa brillante personnalité de winner accompli, et donner une leçon de modernisme à tout le monde, tout en confiant aux concitoyens de sa ville la parole, parole qui devrait prouver au monde entier que la ville de
Stève André est vraiment la plus dynamique et la plus tolérante et la plus citoyenne du monde. Ainsi tous les acteurs associatifs sont mobilisés pour ce conseil municipal en direct ! Qu'ils soient maire, président, femme du maire (l'étrange épouse de Stève André est superbe), président de comité de quartier, responsable d'association, opposants politiques, etc., tout le monde a quelque chose à dire et va le dire. Plus citoyen, plus solidaire, tu meurs ! Soudain, l'humoriste Mouquette (une sorte de Patrick Timsit ! Sublime !) débarque. C'est lui le plus politique de tous… Et il est aussi pitoyable que les autres.
 

STEVE ANDRE est sans doute la grosse claque de ce programme. Tourné en direct, et diffusé à l'époque sur le web (confondant ainsi la réalité et la fiction), le film nous plonge dans l'horreur démocratique la plus immonde ! Tous les clichés de la politique sont analysés au peigne fin par un Forgeard en grande forme. On est tous des citoyens ! On est tous des Pépitos (je vous laisse découvrir ça) ! Et tout le monde est solidaire avec tout le monde. La ville de Stève André a juste poussé le bouchon encore plus loin, se faisant en quelque sorte la ville française la plus française intrinsèquement de tous l'hexagone. Et donc, c'est la pire, la pire engeance de démocratie participative. Les discours du film, tous positivistes car chaque citoyen est forcément un type formidable rempli de bonnes idées (ignoble mensonge !), cachent en fait l'absence de discours et de réflexion politique, et à la lisière du film, c'est la plus extrême des violences qui est bord cadre. Et rejaillit quelquefois. Comme les autres films présentés dans VISU…, STEVE ANDRE est vraiment d'une drôlerie impitoyable, méchante et intelligente. Le summum est atteint avec Mouquette, l'artiste humoriste, citoyen à mort, « citoyen dans ses couilles » serait-on tenté de dire en le parodiant. D'ailleurs, à ce propos, sachez que tous les champs de l'existence humaine sont compris dans ce film, ce qui nous vaut trois passages édifiants mais poétiquement forts : la distribution des oranges, la scène d'amour, et l'arrivée de l'homme à la chaise roulante qui va vous faire hurler de douleur et de rire.
Diffuser ce film en pleines fêtes de Noël, à ce moment précis de la campagne présidentielle (qui va être sans aucun doute d'une violence bien plus terrible que celle de 2002) est sans doute le geste le plus punk de France 2 depuis des années ! C'est exactement le bon moment pour diffuser ce film Je n'en dirai pas plus, mais je suis sûr que la diffusion de STEVE ANDRE va être à l'origine d'un débat fourni dans la rubrique « commentaires » de cet article.

Vous l'aurez deviné, même si je suis resté très évasif, la diffusion de VISU et des courts-métrages qui la composent est sans doute l'événement le plus important de la télévision depuis longtemps. Pour les cinéphiles, c'est un régal complet, sans aucune faute de goût. Il faut saluer, une fois n'est pas coutume, l'audace de la chaîne qui non seulement a permis là l'exposition d'un programme de qualité supérieure, mais aussi la découverte d'un objet bizarroïde et très hors-normes qui n'a sans doute aucun équivalent français ou international. Soyez fiers d'être français et de payer une redevance (pour une fois). Vous allez assister grâce à ces deux heures de programmes drôlissimes à un moment sublime de surréalisme, de poésie, mais aussi à la naissance, ou plutôt au coming-out, d'un grand cinéaste qui signe des films non seulement beaux, mais divinement écrits ! L'Ère Focalienne tant attendue et promise commence dans la nuit de mardi à mercredi à 1h40 sur France 2 ! Signaler cette émission est sans doute un des plus beaux cadeaux que je pouvais vous faire.
Vous êtes prévenus.

[Mon conseil pour 2007 : achetez un casque !]

Joyeux Noël !

Passionnément Vôtre,

Dr Devo

PS : Devant l'importance de cette émission, nous accorderons demain un article à Benoît Forgeard. Il s'agira d'une de ses rares interviews (par Michel Moisan, le présentateur de l'émission VISU) et d'un portrait par Invisible, focalien dévoué qui signera là son article, premier d'une longue série, sur ce site.




[Photo extraite de LAÏKAPARK épisode zéro. La chanteuse Chinchilla chante tous nos malheurs possibles.]

 

 

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Dimanche 24 décembre 2006 7 24 /12 /Déc /2006 08:56

Publié dans : Lucarnus Magica

[Photo : "Kermit Spleen : Une deuxième mort", par Le Marquis]

Sortons quelques instants du cadre défini de l’Abécédaire, c’est inhabituel, je sais, mais parfois, il faut juste que ça sorte.

Vous vous en doutez probablement, le grand retour des Muppets, qui colonise les couvertures de programmes TV et accessoirement le créneau horaire de Vidéo Gag le dimanche après-midi, n’est pas étranger à cette digression, mais il vous faudra attendre la dernière partie de cet article pour avoir mon sentiment sur cette résurrection - mais je sais : vous me voyez venir...

 

 

 

La création de Jim Henson fête grosso modo ses trente ans cette année. Le Muppet Show, qu’on ne présente plus, est apparu en 1976 puis a prématurément fermé ses portes en 1981 ; Jim Henson avait le sentiment d’avoir mené en cinq saisons le projet à son terme et craignait en prolongeant l’expérience de voir le spectacle décliner et se banaliser. Malgré le succès de l’émission anglaise, le concept est donc abandonné, d’autant plus que Henson souhaite se consacrer pleinement au cinéma, en l’occurrence avec le très beau DARK CRYSTAL – sa carrière de metteur en scène sera hélas contrariée par l’échec cuisant de LABYRINTH, un film énormément sous-estimé. Mais si le Muppet Show, brillant divertissement aux invités de marque, qui ménageait d’ailleurs régulièrement une place à la découverte de marionnettistes de talent, a disparu, Jim Henson n’abandonne pas pour autant ses personnages, qu’il a déjà conviés en salles en 1979 avec THE MUPPET MOVIE et qu’il retrouvera par la suite à l’occasion de deux autres longs-métrages (THE GREAT MUPPET CAPER et THE MUPPETS TAKE MANHATTAN), sans compter deux émissions spéciales, l’excellent A MUPPET FAMILY CHRISTMAS, et THE MUPPETS AT WALT DISNEY WORLD en 1990, dernier projet auquel il sera associé avant son décès. Comme le titre l’indique clairement, les droits de distribution des Muppets venaient alors d’être acquis par la firme de Mickey, qui en profitait grassement pour se faire de la pub, ce qui a fait grincer les dents des fans les plus puristes.

Pourtant, cette transaction aura eu des effets plutôt bénéfiques. Brian Henson reprend le concept de son père (et les personnages auxquels il avait donné la vie), qu’il va prolonger avec un certain talent dans trois nouveaux longs-métrages conçus pour le grand écran, des films visuellement assez ambitieux, produits et dirigés avec une indéniable originalité, et un téléfilm sympathique mais moins percutant, ainsi qu’une nouvelle série télévisée, Muppets Tonight (1996-1998) – le résultat, injustement décrié par les fans hardcore, est très réussi mais ne rencontre pas le succès escompté : deux saisons et 22 épisodes plus tard, l’émission est mise au rancard.

En 2004, c’est la franchise elle-même qui est rachetée par Disney, et c’est vraiment là que les choses se gâtent – les pisse-vinaigre des années 90 risquent fort aujourd’hui de regretter Brian Henson ! La firme a conscience du potentiel commercial du show et de la popularité de ses personnages à travers le monde, mais elle souhaite en contrôler le ton et la confection, pas très portée sur l’humour insolent et l’irrévérence qui, contrairement à ce qu’ont persiflé les mauvaises langues, n’avaient pas été enterrées avec le grand Jim. Cette frilosité à l’égard du concept lui-même explique d’ailleurs peut-être le peu d’efforts que Disney aura consacré à faire véritablement distribuer les films (en France, seul le NOËL CHEZ LES MUPPETS, brillante relecture de Dickens, aura été vu en salles ; le DVD paru en France est du reste d’une qualité lamentable, et pour l’avoir vu sur grand écran, je peux vous confirmer que le film, recadré en 1.33, en souffre énormément). Après avoir produit un téléfilm inédit dans notre beau pays (une adaptation du Magicien d’Oz), Disney décide de franchiser le concept et de ramasser le pactole en vendant le concept à l’étranger ; et voilà donc que débarque sur TF1 le « Muppets TV » relooké et supervisé par Sébastien Cauet.

 

 

 

Deux mots avant de poursuivre sur la perception du Muppet Show en France. Je suis un peu agacé par la trop grande popularité de la version française. Oui, Roger Carel, Micheline Dax, Claire Nadeau & Cie ont fait un excellent travail, c’est vrai. Voix typées, caractéristiques, familières, attachantes. OK. Mais ceux qui la défendent aveuglément ont-ils jeté un œil à la VOST ? Lorsqu’on revoit aujourd’hui un vieil épisode du Muppet Show en VF, on réalise à quel point, d’une part, les traductions échouent souvent à restituer l’humour très anglais de l’émission, s’engouffrant avec plus ou moins de réussite dans le jeu de mots à deux balles sans rendre justice à des dialogues non-sensiques de très haute volée en anglais. D’autre part se pose le problème de la nature même de l’émission, en particulier la présence de célébrités : le fait qu’elles soient doublées (même lorsqu’elles sont françaises, n’est-ce pas Aznavour ?) fait perdre beaucoup de l’intérêt de leur présence, et s’effectue en outre en s’accompagnant de très gros problèmes de mixage sonore, qui nuisent considérablement à certaines prestations. Les passages chantés ne sont pas traduits – ils ne sont pas sous-titrés non plus, tant pis pour les gags et le parallèle avec les actions des Muppets – et lorsqu’un dialogue vient s’intercaler dans un passage musical (voir par exemple l’épisode avec Cléo Laine), l’atmosphère sonore est tout bonnement supprimée, remplacée par une version instrumentale du générique sur laquelle interviennent les doubleurs : l’effet est vraiment désastreux. Lorsqu’on a goûté à la version originale, on réalise qu’en plus des performances des voix originales (celles de Jim Henson ou d’un Frank Oz grandiose en Miss Piggy), supérieures aux (valeureux) efforts des acteurs français, c’est l’essentiel de l’humour et de l’atmosphère du spectacle qui part à la corbeille avec la VF. Respect, encore une fois, à Carel ou à Dax, mais au bout du compte, cette popularité est une vraie nuisance, qui semble légitimer le scandale des coffrets du Muppet Show édités en France dans leur seule version française, qui plus est dans des copies pas terribles, et dans le désordre le plus complet, alors qu’en Angleterre existe déjà un coffret de l’intégrale de la saison 1 en VOST. Et si l’émergence de ce lamentable « Muppets TV » laissait espérer une ré-évaluation du show original, c’est peine perdue, puisque la première de l’émission de Cauet s’accompagne d’une vente en kiosque des mêmes DVD, toujours en VF.

Ce qui explique sans doute des propos comme ceux de Cauet, qui dit avoir apprécié dans le Muppet Show les personnages, mais « pas trop les histoires et les chansons » - oui, vous comprenez, en France, nous n’avons pas cette culture, blablabla… Il doit être satisfait, car les personnages, c’est bien tout ce qui lui revient : des tas de chiffons éviscérés dans lesquels n’importe quel chaland va pouvoir glisser sa grosse paluche. Et après tout, rien d’autre ne subsiste à l’écran que des « personnages », à savoir des marionnettes confisquées à leurs animateurs respectifs, des enveloppes vides que l’animateur hype va pouvoir remplir avec ce qui fait sa propre personnalité – c’est dire à quel point le projet est excitant…

Les aménagements de programmes en eux-mêmes n’ont rien de nouveau : le 1 RUE SÉSAME français diffère énormément de l’original (Toccata n’a lui-même qu’une ressemblance lointaine avec le véritable Big Bird), et on se souvient de Michel Robin en maître de Croquette dans Fraggle Rock. Mais avec « Muppets TV », c’est l’entière responsabilité de la conception du show qui est marchandée, avec pour seul contrôle créatif une censure ponctuelle totalement absurde imposée par Disney : interdiction de mettre en scène un pastiche de président américain (alors qu’on se souvient encore du robot Nixon fou de Muppets Tonight), interdiction de montrer Kermit embrasser un invité (?????), quant aux plaisanteries sur la dyslexie d’un Muppet, elles sont bannies car connotées trop « maladie » ! Ce genre de censure visant naturellement à préserver l’image de marque politiquement correcte jusqu’au grotesque de la souris aux grandes oreilles, tout en pissant sur l’identité profonde de la création de Jim Henson – et quand on pense que le bon vieux barbu râlait contre un Bébête Show plagiaire, on n’ose imaginer ce qu’il penserait d’une telle entreprise de sape de ses personnages et de son univers, bien plus préjudiciable que l’inoffensive parodie crétine de Collaro & Roucas. Ce pastiche plagiaire ne pèse pas lourd, comparé à la dénaturation profonde, le viol dont sa création fait aujourd’hui l’objet.

 

 

 

Avant son décès, Charles Schultz, moins naïf, avait pris les mesures pour s’assurer que Snoopy et les Peanuts ne seraient jamais re-créés, sous quelque forme que ce soit. Il a eu bien du flair, sans quoi on pourrait parfaitement se retrouver aujourd’hui dans la même impasse, avec un « grand retour en fanfare » des Peanuts revus et sodomisés par l’auteur de Titeuf. Ceux qui ont jeté un œil sur la reprise française des sketches des Monty Python voient bien de quoi je parle. Car, dans l’absolu, il y a là un non-sens et un manque de respect à mes yeux profondément impardonnables. Frank Oz, Dave Goelz, Steve Whitmire, Bill Barretta, Jerry Nelson, Brian Henson, Kevin Clash incarnaient leur personnage, et chaque muppet avait une personnalité et des tics pensés et développés par chaque marionnettiste auquel un personnage était attribué. Lorsque l’animateur Richard Hunt est décédé, la plupart des personnages qu’il incarnait (dont le « va-chercher » Scooter ressuscité dimanche dernier) ont disparu avec lui. Simple respect de la part de l’équipe créative qui habitait la troupe et conférait son âme à cet univers.

La transaction de Disney marque très clairement la fin du Muppet Show, dont les personnages ne valent désormais pas davantage que des costumes de Dingo campés par des smicards exploités dans chaque camp de divertissement obligatoire où viennent s’entasser les petites têtes blondes. Peu importe qui leur donne la vie, peu importe leur personnalité, peu importent les dialogues qu’on leur prête, les marionnettes sont à l’écran et personne ne fera la différence, les « personnages » ont été achetés, c’est super cool, et s’agitent sur le petit écran, voilà un revival d’emballé, vive le tiroir-caisse.

 

 

 

Muppets TV est donc écrit et réalisé en France, supervisé par Cauet (l'adéquation créative est mise au rencard au profit de sa seule popularité). Rien à dire sur le travail de Cauet, figure médiatique dont je me contrefous – et qui espère naturellement une visite de Kermit sur le plateau de son émission du jeudi soir, les parois sont bien poreuses, pas vrai ? Quelqu’un devait s’y coller, c’est lui, il s'approprie logiquement le matériau pour faire ce qu'il fait déjà ailleurs, puisque ce sont ses auteurs de la « Méthode Cauet » et de « Cauet retourne à la TV » qui s’y collent. Mais est-ce vraiment compatible ? Si une petite poignée de gags font mouche, ça reste bien léger, et surtout très typé dans un humour très franco-français, qui singe laborieusement les gags de l’émission originale. Rien n’y fait. Les personnages familiers paraissent dévitalisés, vides, zombifiés, et la magie ne fonctionne pas une seconde.

Je vous renvoie ici à ce que je disais plus haut sur la perception du Muppet Show en France, puisque le problème se fait déjà sentir : le show est-il culturellement transposable en France, surtout quand des générations encensent la célèbre VF aux voix souvent percutantes mais aux traductions affligeantes – sans parler du montage sonore entre VF et VO, désastreux ?

À voir le résultat à l’écran dimanche dernier, proprement affligeant, le doute n’est hélas pas permis. Photo hideuse de plateau télé sur-éclairé ; direction artistique quasi absente avec de grossières erreurs de cadrage ; figuration quasi nulle ; marionnettes animées sans le moindre talent et parfois vraiment foireuses – non mais vous avez vu Clifford ? ; écriture trempée dans un humour français de prime time, truffé de références musicales exclusivement françaises, dont une « Muppets Academy » atterrante et pas drôle pour un sou, qui semble juste placée là pour faire de la pub à un programme semble-t-il déclinant. Le tout s’achève sur une énième promo d’Obispo et de son horrible dernier tube 80’s balancé en play-back dans une séquence affreusement statique et dénuée d’imagination, là où chaque artiste invité dans le Muppet Show réinventait son style pour l’émission, dotée il est vrai d’une véritable équipe de musiciens.

Comment, de toute façon, espérer égaler la longue expérience et le talent d’un Dave Goelz ? Est-ce seulement l'ambition du show ? Ah, non, j’oubliais, on s’en fout des histoires et des chansons, ce qu’on veut, c’est les personnages. Sauf qu’en l'état, on est plus au « Village dans les nuages » que dans les décors et l'univers familiers, manifestement partis en fumée.

On peut faiblement espérer une amélioration technique, sans trop y compter, mais les bases sont pourries, et l'émission donne véritablement le sentiment de la fin, d'un univers attachant commué en franchise, que nous voyons se déliter et s'éteindre sous nos yeux – et très franchement, l’admirateur sincère que je suis souhaiterait ne jamais voir les Muppets revenir que de les voir dépecés et empaillés de la sorte. Car même si, qui sait, d’autres bons films peuvent encore peut-être se produire aux Etats-Unis à l’avenir, on sait déjà par qui ils seront désormais doublés en France, et plus généralement, c’est l’image même des personnages qui est aujourd’hui piétinée, ridiculisée, infantilisée : quel attachement un spectateur qui passe va-t-il éprouver pour un Cauet affublé d’un Tatayé vert pomme ?

 

 

 

Si quelqu’un me parle encore une fois de la « magie Disney », je tue.

 

 

 

Article dédié aux Dingo & Minnie lubriques filmés à Disneyland, qui ont risqué leur place pour mettre en boîte des personnages depuis longtemps déjà animés d’une vie sinistre.

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Mardi 31 octobre 2006 2 31 /10 /Oct /2006 16:02

Publié dans : Lucarnus Magica
Photo : "Fusion relationnelle" (Proctoman & Le Marquis)]
Le temps fuit comme une ombre. Nos souvenirs et leurs regrets aussi. Les naufragés de Koh-lanta ne sont plus que six, sur les seize participants au total. Après l'étape charnière de la réunification, nous arrivons aux deux derniers votes du Conseil. "Ultime", c'est bien le mot qui convient, et qui a été répété à de nombreuses reprises. Votre ami le Shériff était là, comme vous, cher lecteur, adorable lectrice, pour assister à l'EPM, l'Episode Précédant la Mort. Expérience ultime, plongeon dans les abysses sans fond. Trahisons, duos, esprit de groupe ; ça vous fait peur ? "Je" me fait peur.
Le départ de CATHERINE ne crée aucun remords. GAELLE, faiseuse d'anges, est contente pour elle. Ils se retrouvent ensemble, entre Jaunes ; le retour à l'Age d'Or, l'innocence de la jeunesse retrouvée, le calme avant la tempête. FD et SEBASTIEN vont chasser le crabe mais le trophée reste bien maigre. L'épreuve du Jeu de Confort vient troubler le calme de ce huis-clos extérieur. DENIS BROGNIART promet au vainqueur un "retour bref mais intense à la civilisation". A quand une étude transdisciplinaire sur Koh-Lanta ? Les rats sont offerts par la production… Mais non, nos naufragés ne sont pas des rats. LUDOVIC remporte l'épreuve d'équilibre sur une plate-forme. Plan sur un scorpion (le premier de l'année !), accompagné d'un son genre "crotale". MARIE avoue un échec stratégique. Séquence sur les duos, "que rien ne pourra désunir", séquence autour de l'abri. GAELLE, notamment, s'exprime en phrases hachées, longue succession de plans de quelques secondes. LUDO embarque pour une fête entre djeunes métros, il décide de partager avec SEB. Cette année, peu de plaisirs solitaires. On décide de minimiser l'exploit, au retour. "Ca scelle l'amitié", l'alcool frappe fort sur ces corps affaiblis et déshabitués, qui "reniflent l'ambiance de la vraie vie". CATHERINE, elle, retombe sur terre, bien bas. Au bungalow d'attente, accueil hostile : ALAIN évite l'effusion, ESTELLE exprime assez gauchement sa froideur, tout cela sous l'œil de la grande ordonnatrice NATHALIE, qui se tait face à la Marseillaise, et compte sur ses deux amis de longue date. CATHERINE aurait utilisé le mot de Sal… pour désigner ESTELLE. Elle part se reposer, exaspérée par le mélodrame de l'histoire des Mosso, les manigances et la versatilité humaines. Le clan maudit des dieux se déchire sans recul, même au purgatoire. A l'opposé, les Tana expriment une satisfaction globale sur leur comportement et leur "sagesse".
La sagesse vient par l'expérience et par le discours que l'on porte sur elle. L'être humain réfléchit par phrases. Narration dans la narration, histoire dans l'histoire. SEB se fait conteur et "partage" son histoire. Avec les ellipses, les imprécisions qui s'imposent. Deux séquences se croisent, la production tricote : franchise, mensonge, partage, oubli, honnêteté, calcul. Splendouillet ! L'épreuve d'immunité arrive avec ses plongeons, cordes, bambous et grappins. MARIE brûle, se révèle, reste dans le sillage du complet SEB, puis tente de lui voler la pierre noire. Ouh… Evidemment, elle en a le droit. Cacahuètes, tomates-cerises sur l'écran. Le grand DENIS doit aider le cadreur, même le perchiste est troublé, grand moment de télévision. Au bilan, SEB l'emporte, aidé passivement (pas fou) par LUDO le justicier. "On a bien senti la compétition", n'est-ce pas MARIE ? Portrait : battante, compétitrice pour tout et n'importe quoi, utilise la litote pour se justifier. Alternance de sourires et de morsures.
Retour au camp. GAELLE se sépare de son alter-ego pour partir en cueillette. LUDO prend sur lui pour supporter FD, et réciproquement. Au camp, l'entregent d'EMILIE lui permet d'approcher MARIE, et de lui "ouvrir les yeux". Manigances chez les Tana, mais en toute bonne foi semble-t-il. Au Conseil, le changement est un leitmotiv ; LUDO : "tout a changé" ; MARIE a muté, elle est "prête à tout", GAELLE nous promet d'autres surprises à son sujet… GAELLE et MARIE main dans la main. Le vote général contre GAELLE devint unanimité, parce que c'est "une force" qui est éjectée. Avec un sourire un peu triste. "Bien sûr", sussurre GAELLE. Moment, une nouvelle fois, splendide d'émotion et de surprise. Merci à la réalisatrice, CORINNE VAILLANT. Les dieux et leurs fidèles sont contents. GAELLE part en beauté, c'est à la hauteur de sa stature ludique. Avé.
MARIE n'était pas obligée, mais elle assume. Assomption. Et ascension dans le frisson. Au 35ème jour, on se regarde en face, on pèse beaux gestes et stratégies. EMILIE reste la plus légère, mais elle nous sert de mètre-étalon. FD ne peut se regarder dans le miroir, MARIE espère éviter les Enfers. Le Jeu de Confort, promesse de la plus belle récompense. Un bâton dressé, MARIE gémit mais LUDO conserve sa rectitude. Partage entre mecs, on s'envoie en l'air sur un coucou, on fait chauffer la viande sur le monstre tellurique YASSUR, tout le monde en prend plein les mirettes. Portrait de LUDO, jeune champion reconverti dans le fromage Franc-comtois. Au bungalow, c'est GAELLE qui s'ennuie de sa "garçe". Du sang en prévision entre l'agneau et son JUDAS. A nouveau, histoire dans l'histoire, retour matinal au volcan, LUDO et FD font envie. Puis épreuve d'immunité, nage et équilibre, duel SEB-FD sur des bambous sélectifs, le plus agile sur le pont est, cette fois, le chevalier à l'épée. MARIE est amère face au soleil couchant, elle balance sur son amie et les fausses fatigues générales. Partir avant d'être exclue. Le Conseil marque son crépuscule divin.
Sprint final, ultime sélection, les affinités n'ont pas toutes volé en éclat. Koh-lanta n'est pas qu'un sport, la vie de MARIE est à jamais maudite. A Poitiers, les enfants crachent sur NATHALIE. C'est une certaine morale qui l'a emporté ce soir. Les dernières éliminations seront ludiques, mais le choix du SURVIVANT reposera à nouveau sur les actions des prétendants et sur le discours que "on" tiendra sur eux.
… et tout s'éteignit avec le Verbe.
 
Le Shériff
 
 
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Lundi 4 septembre 2006 1 04 /09 /Sep /2006 18:14

Publié dans : Lucarnus Magica

[Photo : "We're off to see the Wizard...", par le Marquis]

Bonsoir à tous. Au pied du volcan, au milieu du Pacifique, les 16 naufragés luttent toujours contre les éléments. Les huit survivants se survivent à eux-mêmes, les huit candidats éliminés, ou "retirés" dans l'Au-delà, ne sont plus qu'ombres fugitives du générique. Telle est la loi impitoyable de Koh-Lanta. Votre correspondant local, Le Shériff, vous dresse un compte-rendu tapé sur machine Steinwood, entre deux gorgées de Tequila. Moustiques. Les volutes du cigare flottent dans l'air lourd, déchirées par les pales du ventilo poussif de la Pension. Adorable lectrice, sagace lecteur, nous attaquons la vingt-cinquième nuit d'aventure. Et malheur au vaincu. NATHALIE a été condamnée au départ à cause de sa perfidité. CATHERINE avoue s'être laissée piéger, et ne se prive pas de la dénigrer, après des semaines d'allégeance ; elle progresse dans son cheminement, comme on dit. Nous aussi. L'expérience Koh-lantesque, c'est l'expérimentation sur la matière humaine, c'est la Rencontre par procuration, c'est le Soin par l'image. Vérité et Image, Mesdames et Messieurs, pour vous, sur Matière Focale.
Apaisement total sur le campement, GAELLE abandonne tout scrupule, elle entame une nouvelle partie de jeu. JEAN passe une première fois voir LUDOVIC, qui porte mal son prénom, pour une entorse légère au genoux, séquelle de la dernière course à la survie. Les naufragés sont convoqués sur la plage pour l'épreuve de confort. Tous trottinent sauf le blessé. Fébrilité, "On va attendre LUDOVIC, quand même !" C'est la classique épreuve des sacs. Il ne s'agit pas d'une simple course, où l'on court pour l'équipe Jaune ou Rouge. Il ne s'agit pas non plus d'une course de rapidité, style 110 mètres haies. Non, il s'agit de courir contre les autres et de prendre position contre ses camarades. L'illusion du collectif s'effrite à grands coups de sacs dans la figure. Les deux derniers de chaque étape confient leurs charges au candidat restant de leur choix. Pas de rébellion, la règle est connue de longue date. Epreuve splendouillette, qui a perdu de son cachet puisqu'elle est éventée. GAELLE et SEB se disputent un sac, "agacé mais galant, SEBASTIEN lâche prise", synthés dramatiques et gros plans, regards inquiets de GAELLE qui craint l'esclandre, mais non, il est beau joueur, pas aventurier. Au bout de deux courses, FD porte 37kg, ce sera 12 pour GAELLE et 7 pour MARIE. Cette dernière emporte la mise et se jette dans les bras de son amie et rivale ; FD au second plan, en difficulté, ne peut se débarrasser de sa lourde charge. SEB l'aide, c'est bien. Il a beau être chef d'entreprise, ce gaillard est sympathique en diable. La récompense, c'est pour MARIE et l'invitéede-son-choix, une nuit avec TIMOTHY, shamane de son état. Chants, danses, transes, Kava (racine de poivrier mâchée par des enfants, "âpre en bouche"), mythes et légendes, Lap-lap (déjà vu, pour les fidèles lecteurs), conseils pratiques mais peu pragmatiques, deux nattes décorées et surtout offertes par des pauvres autochtones. Un vrai souvenir, quoi. Retour à la casbah, les autres aventuriers semblent indifférents à cette expérience humaine. Il faut bien avouer qu'il est difficile pour les deux privilégiées de bien la "raconter". Convocation à l'épreuve d'Immunité, topo sur la valeur de la pirogue comme moyen de communication, lieu de diplomatie et temple de sorcellerie. Les aventuriers en saisissent tous les enjeux, LUDOVIC l'emporte malgré sa blessure, SEB se fait griller sa place par GAELLE, qui doit être dangereuse sur la route quand elle est contrariée. LUDOVIC avoue qu'il s'agissait pour les ex-jaunes d'empêcher ALAIN de gagner l'immunité. GAELLE et MARIE s'isolent, duo individualiste soudé. ALAIN prend FD et lui enseigne l'art de la survie. Le travail d'équipe devient plus personnel au fil des épisodes, l'esprit de groupe s'effrite. Les nouvelles familiales arrivent par pirogue, échangées contre des victuailles. L'écosystème local est bouleversé par l'anxiété irréfléchie. GAELLE devient hystérique, CATHERINE refuse l'échange, FD veut un juste milieu, aux trois-quarts. Folie, destruction, pillage, sacrifice pascal. ALAIN toussote en évoquant son petit-fils, MARIE accuse SEB d'être indifférent à son fils. Vote et revote, garçons contre filles. Larmes, on se souvient que le monde existe, l'isolement rappelle les vraies valeurs humaines. Mais dévoile aussi une certaine avidité sentimentale, dangereuse pour gérer leur quotidien actuel. Au Conseil, GAELLE défend MARIE qui a blessé FD. Evolution parallèle entre des aventuriers plus philosophes mais joueurs impitoyables. Questions sur la tactique des jaunes. LUDOVIC dément avoir pensé au ralentissement imposé aux anciens Rouges, affrontement larvé avec FD. Rappel à la loi : "à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire". DENIS BROGNIART cherche ses mots pour mettre en mots le mal ("Euh…sabotage…pas glorieux, pas nécessaire"). Il est vrai que les Jaunes s'en tiennent aveuglément à leur stratégie initiale du refus de l'étranger, entre jaunes. C'est toi et moi contre le monde entier, la porte ouverte à des heures sombres. Le sort d'ALAIN est réglé le soir même.
Sur le flanc du volcan, deux esprits s'élèvent. SEB est lucide et s'excuse pour leur manque de sportivité. Il sait que les enfants regardent Koh-Lanta. FD réfute cette "entité jaune". GAELLE détourne les yeux. CATHERINE est "négative" selon MARIE, qui a pourtant explosé "d'amour". Nouvelle attaque sentimentale avec une vidéo, promise au gagnant de l'épreuve de confort. Tronc biseauté à garder à la verticale. Patience et concentration, comprenez torture. Montage, récompense-douleur : "Orgueil sportif à contenter". A bout de bras, MARIE emporte une caisse vide, offre 20 mn de vidéo à sa seule amie. Retour au camp, dévasté par un incendie. Effets partis en fumée. La main du destin semble concrétiser les reproches de Dieu l'animateur. "Faut voir le bon dans le mauvais", leitmotiv de FD. Journée de déprime et de faim. Séquence sur FD, écorché, chevaleresque et droit. EMILIE souffre de ses échecs répétés aux jeux, "à chier". Poule au pot. Tremblement (très attendu) de terre, le totem est mutilé. LUDOVIC l'imite et s'immole dans la cuisine. Epreuve d'immunité, les nageurs noient leurs rivaux avec des anneaux plombés. La conscience collective épargne deux candidats. LUDOVIC, honte à lui, laisse gagner EMILIE. La foudre s'abat sur l'insolent, EMILIE refuse le cadeau in-extremis, personne ne sera immunisé. FD déclare que EMILIE a de la valeur : plan sur ses fesses. Dans les bois, une poule s'est perdue dans le piège des aventuriers. Rééquilibrage. Réaménagement du camp. Scission chez les jaunes, qui approuvent ou désapprouvent le geste de LUDOVIC. Au Conseil, reproches à ceux qui ont bafoué l'Immunité. CATHERINE est logiquement, implacablement éliminée. Il ne reste plus que des anciens Jaunes, la meute va se déchirer, la sentence est irrévocable. Nouvelle escalade de la violence, on passe au cœur du volcan. "Que le meilleur gagne", disait ALAIN.

Le Shériff

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Mardi 29 août 2006 2 29 /08 /Août /2006 14:51

Publié dans : Lucarnus Magica
(Photo: "Valeur Actuelle, Image d'Immonde" par Dr Devo et Le Marquis)




Tambours rageurs, éclairs jaunes, fanions rouges, grimaçant totem d'acajou, l'épopée Koh-Lanta revient sur Matière Focale. Tendre lectrice, farouche lecteur, le prochain épisode de la saga mélanésienne, c'est mardi ! L'aventure des deux dernières semaines, c'est quatre épisodes, beaucoup de labeur pour le Shériff. Et le temps est compté. Laisse moi, petit, te conter l'aventure, avant que ta jeunesse ne passe. Petit artifice, écran de fumée, je vais me substituer à la voix off si familière. Entre Théogonie et Testament, viens lire entre les lignes… Dieu confère le Verbe à son humble prêtre. Voici la Paraphrase.

Les naufragés ont quitté leurs campements respectifs, emportant les "chaudrons de feu". Sentiers à peine balisés le long des précipices, jungle hantée par les mystérieux et coléreux cochons sauvages, les ailes nues des Flying Fox se faufilent entre les lianes. Chute de MIKA, le feu rouge s'éteint dans une nuée de vapeur. Ses larmes se perdent sur la terre sombre, diamants brillants sur le basalt. Les deux équipes recueillent les colliers de dents de cochon sauvage, amulettes témoignant de la valeur de leur propriétaire. Les Tana sont les plus vaillants, c'est la vérité : SEB se rallie à eux et les Vanuatais les célèbrent en leur offrant de goûter au Lap-lap, réservé aux grands chefs. Les Mosso digèrent le retour de NATHALIE ; ALAIN n'a pas de remords, il imagine qu'elle ne lui en veut pas. Les seniors imaginent que le Destin favorise injustement leurs adversaires. Mise au point avant l'épreuve d'Immunité : "Je vous invite à vous concentrer sur l'épreuve, d'accord ?" La divinité se fâche, et semble réclamer la construction d'un temple. 40kg de basalt à rapporter sur le rivage, offrande destinée à calmer le courroux des dieux. Efforts inutiles, les Rouges ne sont pas les élus. Ils reçoivent la visite de JEAN, médecin, qui leur porte la bonne parole et les invite à lutter contre "l'effervescence bactériologique". Plan noir et blanc sur feu NICOLAS, émotion. Son périple le mène ensuite chez les Mosso pour voir MARIE et lui appliquer trois points de suture. "Ca va piquer !" Il ne s'est pas trompé. Au Conseil, on évoque la cohésion chez les Mosso ; MIKA et ESTELLE demandent pardon. ALAIN, "excessivement introverti" selon NATHALIE, ne demande pas pardon à la "grande prêtresse". Diabolique, persévérant, il est chassé par les siens, mais ne laisse rien paraître.

L'Epreuve suivante, c'est la traversée du désert nautique. Les Rouges, pourtant conseillés par MIKA, piétinent sur l'eau. MIKA, touche à tout impulsif, est ébéniste, pas charpentier. Les Jaunes, c'est la pure vérité, peuvent donc entendre les voix de leurs proches, si loin. Nouveau coup du sort contre les malheureux seniors ; JEAN-CLAUDE s'est blessé : l'index enflé, il succombe à une surinfection et quitte la tribu des Mosso. MIKA, accablé par les calamités, décide de se faire pêcheur. Mais la Plaie s'abat également sur les Tana. Pourtant GAELLE, qui semble bénie par on ne sait quelle sainte onction, survit aux nuées de guêpes. Epreuve d'Immunité. Aide-toi… Une procession est organisée pour conjurer le mauvais sort. On s'encorde pour passer les obstacles, danse macabre et nouvelle débâcle pour les Mosso. Au Conseil, on apprend l'abandon de JEAN-CLAUDE ; le fils maudit ALAIN revient. Les femmes chassent MIKA.


La huitième Roue de Feu est embrasée. La Roue de la Fortune bascule légèrement, nouveau cycle ; les compteurs seront-ils mis à zéro ? Pas de remords chez les Mosso, mais ALAIN donne des signes de bonne volonté. Un être olympien enjoint aux survivants de s'emparer des anneaux, amulettes protectrices. SEB utilise son libre arbitre pour rester en équilibre sur la voie, les Tana gagnent leur pain pour la journée. Mais la Réunification est en vue, GAELLE exploite la fragilité calculatrice de NATHALIE . Conviction et faux-discours, les Tana avalent les Mosso dans une vague syncrétique tout-sourire. On partage le pain avec un rictus. C'est le baiser de Judas, comme on dit. GAELLE se perche et gagne l'immunité. Les Mosso apportent leur art de la pêche dans les lagons, la nutrition fait des progrès. Gagnera-t-on en longévité ? ESTELLE esquisse un testament, la fin la surprend. Pas si vite… Cette fois, c'est son étoile qui pâlit, elle part dans le sombre firmament, nimbée d'autosatisfaction.

Agriculture et épilation progressent de paire, la tentation du cannibalisme s'éloigne lors des temps d'opulence. NATHALIE cherche la faille, CATHERINE ne veut pas passer dans l'interstice. Crises de larmes, gospels, abandons. On se couvre de boue et de cendres. FD se vautre dans la luxure et se fait masser. Embrouilles pas mini, NATHALIE cherche les dominants. SEB seul est immunisé contre l'inquiétude. Au Conseil, après trois jours de douleur, NATHALIE assume ses actes.

Mysticisme, abus de substances hallucinatoires ? Pas de réponse(s). Je fais le Pari d'approcher de la Vérité. Je regarde Koh-Lanta. Mais sache que le Shériff, la main sur le colt, ne se laissera jamais "soigner". Bon lecteur, fidèle lectrice, tu veux ton étoile ? Mardi, tu sais où la trouver…


Le Shériff
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Lundi 21 août 2006 1 21 /08 /Août /2006 09:43

Publié dans : Lucarnus Magica

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