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Publié dans : Lucarnus Magica
[Photo: "Ni matière ni forme seule" par Norman Bates.]
Panama, mars 2003. Dans la moiteur tropicale des îles sauvages de l'archipel Bocas del Toro une poignée d'hommes et de femmes luttent sans relâche pour leur survie. Après plusieurs semaines éprouvantes aussi bien sur le plan nutritif qu'affectif, après avoir laissé plusieurs de leur camarades sur le carreau, après avoir fixé intensément le visage livide de la mort dans le détroit de Las Sornas, après les pluies torrentielles et après les coulées de boue, voila qu'a l'aube de la 10éme nuit le campement dévasté par une tornade nocturne est la proie de vives tensions entre les candidats. En effet, alors qu'a la suite d'une nuit d'apocalypse qui a vu les éléments se déchainer comme si la terre elle même voulait éradiquer une présence humaine trop tenace, voila qu'un homme se lève pour semer la zizanie parmi les siens, et que de sa voix puissante il conspue publiquement Moundir : "Je pense que Moundir joue pour l'argent, je crois que tout ce qui l'intéresse c'est de gagner les 100 000 €, voila, il fallait que sa sorte, il fallait que je vous le dise." Silence. La stupeur se lit sur les visages déjà durement éprouvés, la pression est palpable, l'atmosphère électrique de l'après tempête crépite dans les micros cravates. La réaction de l'intéressé ne se fera pas attendre : d'un geste brusque il arrache son t-shirt, la colère gonfle ses veines, il jette ses affaires à terre et se met à hurler à la face de l'impie "QUOI ? QUOI MOI JOUER POUR L'ARGENT ? POURRITURE ! JAMAIS !", sur ces mots il fait volte face et continue à hurler des imprécations que la pudeur m'interdit de reproduire, s'adressant à la jungle enfin apaisée, comme une incantation aux fureurs des cieux, une injonction aux dieux.
Plus tard, Tony, doyen du groupe, fidèle ami de Moundir, révèlera aux membres du groupe que Moundir lui à confié au début de l'aventure jouer pour combler les dettes de sa mère. Cette déclaration sera suivie d'un silence chargé de malaise que viendra briser Denis Brogniart. La suite de l'aventure sera à jamais entachée par ce sinistre évènement. Moundir, lui, aura vécu un avant gout de la solitude de l'homme face à la mise à nu de l'âme du monde.
7 ans plus tard, Miami. Que reste-t-il de l'amour dans la capitale épicurienne du XXIeme siècle ? A une époque ou Dieu et Nietzsche sont tout les deux bel et bien morts, que le poulet
biologique élevé au sésame est a la porté de tous, qu'est ce qu'il peut subsister de tenace et de fort entre les hommes ? Entre bordels de luxe et casinos où la coke et le champagne coulent à
flot, dans l'Amérique de Breat Easton Ellis et de James Ellroy, Moundir ou l'American Vertigo revu et corrigé à grands coups de pieds dans le cul. Tant mieux, la France en a besoin.
V) PASSION
Ce soir c'est casino : les filles sont invitées par Moundir à découvrir les joies des jeux d'argent, et discrètement notre éphèbe profite de l’occasion pour repérer les filles qui auront le plus
de chance aux jeux. A l'entrée du palace éblouissant il lance aux femmes nubiles un ultime avertissement : « cachez votre jeu mais pas vos sentiments, les filles ». La partie peut
commencer, les femmes s'engouffrent dans le monde de la nuit, Moundir ouvre ivre de bonheur son col en V et se jette sur les cartes. Au sortir de cette nuit des grands ducs Las Vegas sera-t-elle
toujours-la même ? La cité des anges semble accueillir triomphalement l'apollon français, et c'est auréolé de ses victoires aux cartes qu'il défie finalement Charlène. Dans l'arène tout le mode
retient sa respiration, la confrontation est à la fois sur la table et dans les yeux : sans pitié dans le jeu et volubile dans les regards échangés, l'air électrique attise la sensualité et
le jeu de carte laisse bientôt place au jeu plus dangereux encore du désir. En voix off Moundir avouera avoir "chaviré comme un chameau" dans les yeux complices de Charlène, "déchiré comme Hulk"
après tant de tensions : encore sous le charme il lui déclarera aux milieux des feux des rampes que "si on devait jouer dans un film de Cléopâtre, tu aurais le premier rôle". La classe, et encore
la classe.
Pourtant il est des orages que la passion n'évite pas : quand au sortir du casino les jeunes éperdus se retrouvent confrontés soudainement à l'horreur la plus glaçante, le sang de Moundir ne fait
qu'un tour. Les autres candidates ont profitées de l'absence du beau ténébreux pour se jeter dans les bras d'une bande de chippendales engagés par la production : à bord d'un bus à étage pour
touristes les filles sont trop occupées par la plastique travaillée de leurs tentateurs pour remarquer que dans la rue, Moundir voit rouge. Voilà qu'il commence à s'en prendre physiquement au bus
qui refuse de s'ouvrir : le chauffeur sous le choc finira par laisser rentrer l'apollon enragé qui monte quatre à quatre les marches qui le mènent vers le funeste spectacle. Les pauvres
sbires de la production envoyés pour corrompre le cœur purs des prétendantes auront bien du mal à esquiver la menace que représente un homme outragé par tant de vice : c'est tout juste si
personne n'est blessé, les filles se feront sévèrement réprimander, tout le monde se sépare dans la confusion, dehors le chaos règne, plus rien ne s'oppose à la nuit, chacun regagne son logis
dans une errance solitaire. Les regards sont vagues, les esprits meurtris et les corps fatigués. Chez les filles la tension éclate, certaines pleurent, d'autre se jettent au sol frappées de
mutisme. Il est temps d'aller se coucher, la nuit porte conseil.
Le lendemain, c'est un Moundir fatigué et un peu honteux de son geste qui s'invite chez les filles pour se faire pardonner. De ses excuses sincères et des larmes qui s'en suivirent, la production
ne retiendra que les regards houleux et désespérés des prétendantes éconduites, le cœur brisé. La déception et la frustration laissent bientôt place à un jour nouveau, promesses de nouvelles
aventures sous le soleil de la Californie...
Je ne vais pas m'étendre des heures et des heures sur les différentes aventures de Moundir pendant presque 10h d'émission. Je me rappellerai juste de différents moments sublimes, comme l'arrivée
surprise de Tony, laissé il y a 7 ans à Bocas Del Toro : Moundir s'écroulera en larmes devant lui, se rappelant les images qui le hantent depuis tant d'année. Ah comme notre héros regrette
l'époque où le droit de pouvoir continuer chaque journée se gagnait à la sueur de son front, où la liberté était une jeune femme sexy et sincère en lieu et place d’une anorexique
syphilitique dont les multiples reflets éclatés dans les paillettes d’une soirée déguisée rappellent à chaque instant la profonde vacuité d’une existence vouée à la danse et à la séduction.
Moundir le dit, il veut une femme qui fasse du sport, l’idéal serait la muscu. Heureusement, Tony sera de grand conseil pour le choix final de Moundir : il le conseillera comme un vieux sage
habitué à l’esprit retord de ces dames, en lui recommandant notamment de faire preuve de circonspection avec le beau sexe : "dans les femmes il y a la vitrine, et puis ce qu'il y a quand tu ouvre
les deux portes. Une belle vitrine peut révéler un désordre, un chaos insondable. Le mieux c'est d'avoir l'ordre et la belle vitrine". C'est ce coté cartésien et rassurant qui plait tant à
Moundir, un frère ordonné et appliqué pour juguler ses débordements créatifs et son instabilité sentimentale. Entre les deux hommes la complicité renait, comme au bon vieux temps de Bocas Del
Toro, et Moundir propose à son vieil ami d'espionner les filles afin d'évaluer la pureté de leurs sentiments. Tony sera les yeux de Moundir, et c'est grimé en cowboy et armé de jumelles qu'il
déambulera discrètement entre les parasols, les yeux à l’affut, le torse vaillant tel un John Wayne dans un jeu de quille.
VI) LE DOMAINE DE L'INEXPLICABLE
Les premières heures d'émission laissaient craindre un enfermement dans le stéréotype du beauf entouré de filles sexy courant après le matérialisme le plus pragmatique. Il n'en sera heureusement
rien, et l'émission, il faut bien le reconnaitre, saura dévoiler des facettes de la personnalité peu mises en valeur à la télévision de nos jours. Je veux parler de culture et d'art, bien sur, et
il faudra suivre discrètement Moundir et Sinda au musée pour plonger dans un autre monde. On ne savait pas Moundir empreint d'art moderne, et nous vivions alors dans les ténèbres, privés de
l'esprit éclairé d'un homme capable de tomber littéralement en transe (voir en catatonie lorsqu’il est question d’automobile) devant une œuvre d'art. Devant un tableau immense il s'interrogera
très pertinemment sur la taille du peintre, alors que devant une œuvre en noir et blanc il s'exclamera "le mec il se prend pas la tête avec les couleurs" commentaire d'une lucidité rare. Mieux
encore, il s'étendra dans un long discours sur les relations entre expressionisme et dimension physique, concluant avec brio son homélie par une conclusion qui rendrait bouche bée le plus grand
des conservateurs "plus un tableau est grand, plus il est expressif". Malgré tout, l'art moderne à des limites pour Moundir, "je suis sensible à l'art dans la mesure ou je peux le
comprendre", et c'est avec humour qu'il envisagera un gigantesque tableau bicolore "ca m'évoque Marseille contre Nantes", ou une œuvre monochrome rouge "il y a une ambiance ketchup". Devant une
espèce de sarabande vaudou de 15 mètres sur 38 il supputera avec clairvoyance sur l'appartenance de l'artiste à un mouvement satanique. Las et comblé, la visite se termine : Sinda à aimé
l'art satanique, Moundir en conclura qu'il est plutôt poivre et qu'elle est plutôt sucre. L'art, ou comment révéler une femme.
VII) LES HOMMES, L'UNIVERS ET LE RESTE
Moundir à trouvé. Le bout du tunnel, l’aboutissement de la quête, la lumière en pleine nuit et le sexe l'après midi, les repas à deux et les têtes à têtes sous les étoiles, la peur avec le
soutien, les yeux dans lesquels on se projette, et la mer bleue scintillant dans le soir de Miami, les lumières dans les ténèbres et les respirations sur la peau, toutes ces sensations conjuguées
au pluriel et les mains dans les mains. Moundir ne regrette rien de ces 30 années à chercher, solitaire la nuit et téméraire le jour, les combats dans la jungle et les salles de muscu, tout
était réfléchi pour avancer dans une seule direction, toutes les sensations convergeaient vers un seul point, une vie. Elle est coach sportive, des yeux pétillants et elle aime l'art et la
vaisselle, Venus de l'immobilier Ikéa, reine dans sa demeure, femme forte et fidèle, compagne passionnée des matins assoupis comme des réveils coquins, pouvoir dire "tu es la" enfin. La
mère hier et maintenant la femme : passer d'une femme à une autre et transmettre le flambeau, être le premier à éclairer la nuit comme 2000 ans avant lui les premiers hommes qui au fond d’une
grotte se sont blottis ensemble, retour à la nuit primordiale et à l'odyssée de l'espace, Moundir flotte dématérialisé comme dernier enfant des étoiles, loin du corps, près du cœur. L'art moderne
et les voitures brillent dans l'Histoire comme le premier astronaute ou le singe sur deux pattes, les tribus séculaires se réunissent devant les nouveaux buissons ardents dont Moundir est le
nouveau prophète, prêchant l'effort et le râle, la virilité et l'art, la possession et le désir, et fait s'élever dans les boites de nuits du monde entier le chant des hommes à la recherche de
l'amour.
EPILOGUE
Le soleil se couche sur Miami, faisant éclater sur la mer des milliers de flammes orangées. J’ai fini ma mission, l’émission est terminée, j’en ai fait un compte rendu fidele pour les derniers qui n’auraient pas suivi l’histoire de Moundir et de l’amour. Les pieds dans le sable je me prépare à reprendre l’avion pour Paris, j’essaye de me vider l’esprit avant de reprendre ma vie de disciple, de propager encore et toujours la parole de Moundir, jusqu'à mon dernier souffle évangéliser les masses laborieuses. A vrai dire j’étais presque prêt, et alors que je donnais congé à une ou deux jeunes créatures rencontrées dans un night club pendant mon séjour, j’appris la terrible nouvelle. Quelques heures plutôt un journaliste d’investigation réputé (Morandini) avait découvert à force de recherche sur un site fiable d’information (Facebook) que Sinda et Moundir se seraient séparés au bout de deux semaines. Le soleil avait presque entièrement disparu, et alors que les filles se rhabillaient je me sentais à nouveau seul, complètement seul, seul comme rarement dans ma vie. Je songeai comme Schopenhauer et Nicolas Sirkis avant moi que l’amour détruit tout, que la douleur est l’état naturel de l’homme, et que l’amour est une manifestation d’une faiblesse qu’il faut surmonter pour vivre en paix….
Le vent à séché mes larmes et je suis parti. Seul.
Norman Bates.
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I) L'HOMME
Après deux échecs successifs à KOH LANTA, brisé dans son orgueil (un des candidats l’avait accusé de participer uniquement pour l’argent, et il fut viré de son équipe), Moundir se retrouve à 35 ans chez sa mère (dont il dit, je cite, que l"es portes du paradis se trouvent à ses pieds)", vivant un célibat quasi monastique, observant avec zèle une hygiène de vie exemplaire, 3h de muscu par jour, et n’absorbant aucune autre nourriture que celle cuisinée par sa mère. Problème : Moundir n’a jamais vraiment trouvé l’amour, et ses expériences avec les femmes se sont trouvées jusque-là bien décevante. Il faut dire que cet esthète cultivé idéalise la femme à un point tel que chaque confrontation avec le sexe opposé le plonge dans une affliction profonde. La TV, désireuse de s’emparer du problème et de stigmatiser cet éternel rêveur, recrute 14 jeunes filles chargées de le séduire. Bien évidemment une seule restera, avec l’homme de sa vie ou, choix cruel, 15 000 € en liquide, avec aucune possibilité de revoir le bel éphèbe un jour (Moundir n’est pas au courant de cette éventualité). Les 14 jeunes filles sont éliminées au rythme de deux par épisodes, désignées uniquement par Moundir. Elles vivent toutes dans la villa des filles, à Miami. Moundir lui est dans un hôtel luxueux muni d’une salle de musculation, il peut quand il le souhaite rencontrer les filles et pratiquer des activités de son choix avec une ou plusieurs d’entre elles. A la fin de chaque épisode une cérémonie solennelle voit les séductrices retenues récompensées et les deux disgraciées humiliées face à l’océan qu’elles retraverseront bientôt en avion. Cruel est l’amour…
II) LES SOUPIRANTES
Les 14 jeunes filles sont âgées de 18 à 35 ans, elles sont de physiques et de natures différentes, allant de la conseillère en communication (comprendre vendeuse en boutique de téléphonie portable) à restauratrice (comprendre serveuse) en passant par étudiante en journalisme (elle à écrit un article, une fois, dans la dernière page du magazine échangiste union). Physiquement elles plaisent toutes à Moundir qui a parfois du mal à se contenir (« une sorte 14 juillet est monté en moi », déclarera t’il hors caméra). Parmi ces 14 candidates, Moundir en connait déjà une : Amal, avec qui il a déjà eu une aventure, rapidement avortée après qu’il ait découvert son métier de strip teaseuse, métier qui selon lui sied mal à une femme de qualité et que sa pauvre mère aurait vu du plus mauvais œil. D’Amal Moundir dira qu’elle est « un téléthon de maux », ce qui n’empêche pas Amal d’être prête à tout pour le reconquérir, quitte à fomenter les plus terribles complots contre ses coéquipières.
III) LA SEDUCTION
Le premier épisode voit les protagonistes s’établir à Miami : les filles découvrent leur maison, Moundir découvre la salle de musculation de son hôtel, puis les filles sont présentées et les deux camps peuvent commencer à se parler et à faire connaissance. L’épisode est monté de telle façon que Moundir et les candidates commentent en voix off et après coup ce qu’il se passe à l’écran. Ce procédé permet ainsi de décoder le jeu subtil de la séduction qui a déjà commencé : tel sourire est porteur d’espoir, tel déhanchement provoque l’allégresse, sème la confusion dans l’esprit de notre héros. Bien sûr ce procédé permet de savourer tout le piquant de la situation, et la prose délicate de Moundir fait souvent mouche : alors qu’abasourdi par toutes ces femmes le courtisant, il n’arrive qu’a bredouiller des "salut", "ça va", "enchanté de faire ta connaissance", avec un air béat, en off il se permet d’éclairés commentaires perçant à jour les plus vils tours de fausses courtisanes attirées par l’argent. En particulier, il dira d’une qu’elle "pleure des larmes de cours Robert" ou qu’une autre a une "conception de la vie qui n’est pas la sienne " Toutefois, à ces rares exceptions près, la sincérité prime, et de très beaux moments naissent malgré la grande médiocrité de la mise en scène (il y a une musique différente toute les minutes, toutes de mauvais goûts bien sûr, et au moins un plan par seconde, le tout commenté par une voix -off débile). A une candidate particulièrement émotive "stressée comme un lutin",il dira qu’elle « fuis dans son sourire », avant de la regarder s’en aller dans les volutes de sa robe rose fluo. Il n’y a, au terme de cette première étape, pas vraiment de profil qui émerge. Seule Amal à surpris Moundir, qui ne s’attendait pas à retrouver une ex dans le lot, mais au final, un peu paternaliste il avouera qu’il est très fier « de ses 14 poulines ».
Deuxième jour. Afin de mieux connaître ses courtisanes, Moundir doit en choisir une qui l’accompagnera dans une croisière en hydroglisseur et une autre pour aller voir des crocodiles. En hydroglisseur, les cheveux aux vents, Moundir se lance dans un discours dont les pointes de lyrismes n’auraient rien à envier à un Malraux et je vous passe la retranscription et l’analyse pour en arriver directement à sa conclusion : « l’hydroglisseur, il faut le vivre de l’intérieur ». Chez les crocodiles en revanche, Moundir est nettement moins sur de lui : lorsqu’ il est invité à rentrer dans la cage, celui que la voix off acerbe surnomme "mi-macho mi-super héros" à quelques réticences « je transpire du genou, ca m’est jamais arrivé », toutefois devant sa prétendante il ne peut se résoudre à faire preuve de lâcheté, et pénètre dans la cage. Devant les yeux de la belle, les sursauts de courage de Moundir sont décuplés, et c’est sans crainte qu’il s’adresse à l’animal « les crocodiles n’ont pas d’oreilles mais ils comprennent » et lui fait sentir son hostilité à lui et à son espèce « les crocodiles sont des bestioles qui ne devraient pas exister ». Il sort de la cage encore tremblant, la bête reposant quasi morte de l’autre coté du grillage.
Bon je ne vais pas tout vous résumer, mais chaque aventure est propice à de nombreuses révélations, aussi bien sur le passé de Moundir que sur les motivations réelles des concurrentes. A l’une d’elle, dans un moment fort d’empathie il avouera en pleurant que s’il soigne autant son corps, c’est pour pouvoir soutenir sa mère le jour où elle tombera, victime des coups de butoir de la vie. C’est ce qui caractérise Moundir, cette façon de se dévoiler, fugitive et sincère, lorsqu’il n’est pas acculé par les caméras le forçant à réagir sans prendre le temps de réfléchir. On le verra faible, mais aussi fort et brave quand il s’agira de rendre hommage aux hommes de l’Atlantide (plongée sous marine) ou d’écouter simplement une candidate qui refuse de participer au spectacle de pom pom girl donné en son honneur (très grand moment de l’émission !)(la fille sera virée). On le verra, Moundir n’est pas exempt de défauts : la soirée organisée chez les filles en son honneur sera d’un goût un peu douteux : Moundir choisira d’habiller les filles à se façon, ce qui se traduira par costume de lapin sexy pour tout le monde, « on voit toutes mes fesses » dira une candidate un peu prude, ce à quoi lui répondra une autre fort avisée: « c’est sans doute fait exprès ». Pour ce même repas, les filles furent chargées de faire les courses et la cuisine, une manière sans doute de les responsabiliser. En outre, la femme parfaite selon Moundir « doit savoir faire la cuisine ».Cet étalage de machisme est bien sûr aussitôt sanctionné par la voix off, il ne faudrait pas que les associations s’indignent.
IV) L'AMOUR
Venons en au problème : Moundir est un avatar de l’homme viril et chevaleresque, courageux et grande gueule, très premier degré. L’émission est réalisée de telle façon à tourner en ridicule ce personnage présenté comme un peu simplet, une sorte de Van Damme si vous voulez, en jouant sur les leviers de la télé réalité classique : environnement de rêve (Miami), candidates sexy (comprendre siliconées) et très typées, mise en scène basé sur des plans courts mis en musique avec les tubes du moment, recours systématique à une voix off ironique et moments forts orchestrés à chaque fin d’épisode pour garder l’audience. Heureusement, Moundir de par sa sincérité déconcertante et son sens du propos arrive à insuffler un peu d’intérêt dans ce pénible pugilat de la naïveté amoureuse. Car ce qui est terrible, c’est la vision du couple qui ressort de tout ca : la femme est choisie par l’homme sur des critères pratiques, la beauté évaluée comme à un concours agricole, et le sexe dénaturé (on essaye une femme (ou un homme d’ailleurs) avant de l’acheter, comme un sex toy). Bref ce n’est pas joli joli, et franchement futile même vu sous cet angle. Pourtant Moundir cherche dans tout cela quelque chose de pur, un lien aussi intense que profond, il cherche à construire un "à deux" comme on construit son identité, c'est-à-dire patiemment et en acceptant de commettre des erreurs. Les épreuves qu’il impose à ses prétendantes sont de l’ordre de la vertu et du courage sentimental, un parcours délicat qui révélera la mesure du sacrifice à envisager pour partager une vie , soit l’essentiel et la quintessence de l’existence : le partage et la mise en commun d’une souffrance intime comme rempart à l’hostilité d’une vie où il est de plus en plus tentant de masquer ses faiblesses derrière la facilité de la consommation (physique, sexuelle et matérielle). Ici on ne parle plus de critère (l’horreur) comme sur Meetic, mais bien de temps passé ensemble et d’échanges poignants, quand, en résonance, deux êtres trouvent le chemin absolu du bonheur. Voila pourquoi l’hydroglisseur, les déguisements de putes et le football américain : c’est le chemin de croix de l’amour sacralisé et sanctifié du siècle de la déception amoureuse. Moundir est juste un homme faible qui cherche quelque chose de vrai, sincère et fort, et visiblement ca dérange assez la télévision pour en faire un martyr de l’innocence. Parce que ca ne s’achète pas ?
Je vous vois sourire, vous ne devriez pas.
Norman Bates.

De nos jours. De gigantesques monolithes plantés dans le sol contemplent le soleil. Entre eux de petits êtres bipèdes se déplacent rapidement, semblables à des organismes micro cellulaires affairés à établir une communication entre ces tours de verre. Rapprochons nous encore : un de ces bipèdes est arrêté et regarde quelqu’un partir, un peu triste. Ce bipède c’est Jason Schwartzman, et sa copine vient de le quitter. Nous sommes à New York.
Déclinés en huit petits épisodes d’une petite demi-heure, BORED TO DEATH narre les tribulations de Schwartzmann après sa séparation. Comment il va décider de devenir détective privé freelance en plus de l’écriture de son nouveau roman, quelles enquêtes il va devoir résoudre pour retrouver l’amour. A chaque épisode son enquête, plus ou moins palpitante, ici à la recherche d’un skate board volé, là filant un mari infidèle. Personnage lunaire et looser, Schwartzman arrive toujours à se dépêtrer des situations les plus improbables, aidé par ses deux comparses George (Ted Danson, acteur formidable) et Ray, âgés de respectivement 60 et 40 ans. Hilarante et touchante, cette mini série ne trouve pas toujours tout à fait sa voie, mais ce semi-échec permanent est presque fascinant, le cocasse se retrouvent parfois vecteur d’émotions contradictoires, comme des combats ordinaires montés en épingle jusqu'à avoir l’air d’épopées dantesques, comme quand on était enfant. Il y a chez le personnage de Jason Schwartzmann une dimension infantile maladroite et émouvante, un émerveillement permanent pour des petits riens et des choses oubliées. Aucun personnage n’a moins de 25 ans, pourtant ils sont tous puérils et attachés aux choses les moins importantes de l’existence, comme les lunettes à vision nocturne.
Evidemment, je vois ce qui vous gène : le film se passe à New York, chez des petits bourgeois branchouilles, dans une ambiance style Woody Allen plutôt que HOW I MET YOUR MOTHER. Certes, Jim Jarmusch fait une apparition (très drôle au demeurant), et les histoires tournent autour de sujets aussi vitaux que le végétalisme, le don de sperme ou les supers marchés bio, mais il serait dommage de s’arrêter à ces considérations sommes toutes "décoratives", puisque le vrai thème, la véritable moelle épinière de la série c’est l’absence de sentiments au XXIème siècle dans une mégalopole occidentale. Et pan ! Une grosse thématique dans vos petites gueules.
En fait Schwartzman fait ce que tout homme censé doit faire en priorité : chercher une femme pour l’accouplement, assurer sa descendance et fonder un cheptel dans lequel il figurera comme un modèle adulé, comblant ainsi le besoin de reconnaissance, de sécurité et de survivance à l’oubli dans le même temps. Or, ces besoins essentiels pour vivre une vie à peu près heureuse n’ont pas changé depuis la nuit des temps, et de fait en 2010 (bonne année !) les progrès techniques et artistiques se sont éloignés des aspirations ataviques, du coup les gens cherchent en priorité une belle femme ou un bel homme pour coller à un environnement qui ne favorise plus que l’esthétique en dépit de l’intelligence ou du charme, ou de tout plaisir qui n’apporte pas un contentement immédiat et quantifiable. En gros l’amitié se compte en nombre de contacts sur Myspace ou Facebook, l’amour en termes de performances sexuelles, et la réussite en termes de pognon. Au cœur de tout cela, au cœur du monde civilisé et pacifié par Apple, viagra et prozac, il y a New York et ses monolithes dédiés au commerce et à la consommation (tu le vois l’écart avec le monolithe de 2001 et ses singes gesticulant autour ?) et au milieu de la big Apple justement il y a trois vers dans le fruit, Schwartzmann et ses deux potes, qui s’ennuient à mort. Ils s’ennuient parce qu’ils veulent des sentiments et que ça n’existe presque plus, parce qu’ils veulent de l’aventure et que ça n’existe presque plus, parce qu’ils veulent de la passion et qu’il n’y a plus que des passions ! Un pyjama rayé, et hop dans le métro ! A la recherche de la pantoufle de verre, de la femme sensible honnête et charmante, de celles qui se découvrent et s’apprivoisent lentement, comme un grand vin… La persévérance des sentiments, implacablement bousculée par les ravages de la soudaineté, la suite délicate de moments qui constituent un bon moment, cette odeur qui plane, discrète puis étouffante de vérités qui s’établissent. L’amitié comme l’amour sont plus que jamais un combat qui nécessite de prendre les gants, et comme il y a 50 ans défendre l’honneur par les poings : messieurs la sensibilité se développe et s’acquiert comme un vrai samouraï.
Voilà ce que représente BORED TO DEATH, avec les meilleurs acteurs du monde, avec une mise en scène très soignée et inspirée, avec de la pop musique (composée par
Schwartzmann aussi), avec des histoires d’enfants, des jolies filles intelligentes, des loosers géniaux, avec des mecs qui passent pas leurs vie devant un PC, avec des réalisateurs fous, des
psychiatres idiots, des magasins de sécurités, de la drogue et du sexe, de l’alcool et du tabac, des princesses et des putes, des lesbiennes et du sperme...
A New York, la résistance s’organise, les vers sont dans la pomme, ils la rongent au plus profond, ils sont dessinateurs, écrivains réalisateurs ou journalistes, ce sont des rêveurs car l’amour est un rêve ! L’ennui n’est peut être plus une fatalité…
Norman Bates.
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Continuons notre ballade dans la série MASTERS OF HORROR, deuxième saison...
J’aime bien ce Schmidt, parce que j’ai vu sur les conseils de mes amis Bernard RAPP et du Marquis
son premier long-métrage WRONG TURN, qu’on connaît en France sous l’appellation kitsch de DETOUR MORTEL, et c’était un film ambitieux, bien troussé et qui avait su prendre des risques. Quelques
espions ici et là m’ont soufflé à l’oreille que ses autres films n’étaient pas aussi réussis, mais en attendant de juger moi-même sur pièce, je suis très content de retrouver le bonhomme.
Martin Donovan, et ouais y’a Martin Donovan, grand grand acteur, le fétiche de Hal Hartley même - que je voyais récemment dan le beau WIND CHILL - revient d’un dîner avec sa femme, une brune assez plantureuse. Le couple n’a pas l’air d’être au top de sa forme, et lors de ce voyage en voiture, la tension est vive. Madame a l’air très énervée, et la conversation semble pouvoir tomber dans quelque chose d’agressif à tout moment. Et elle n’a pas l’air d’être ultra amoureuse mais plutôt déçue. C’est en voulant éviter une grosse branche tombée sur la route que Martin Donovan provoque l’accident. La voiture fait plusieurs tonneaux et valdingue en contrebas. Le choc est d’une violence inouïe. Dès qu’il reprend conscience et s’extirpe du cadavre de la voiture, Donovan aperçoit sa femme qui a été éjectée mais reste consciente. Il appelle les secours, et c’est à ce moment là que la voiture prend feu, et Madame aussi d’ailleurs, toute imbibée d’essence qu’elle est.
Quand il reprend connaissance, Donovan apprend que sa femme n’est pas morte, et il découvre l’étendue des dégâts : elle est méconnaissable. Toute sa peau est brûlée et elle n’est que chairs à vif ! Comme elle est inconsciente, proche de la mort, et qu’au mieux elle ne sera qu’un légume, Donovan est face à un dilemme. Faut-il la débrancher ? Fou de chagrin, il décide d’effectivement la débrancher, afin de respecter les vœux de son épouse avec qui il avait déjà parlé de ce genre d’éventualité. Il contacte alors son ami et avocat Corbin Bernsen (LE DENTISTE). Pendant que la demande de fin de vie passe devant le juge, les soucis de Martin commencent car le voilà au milieu d’une bataille médiatique sur l’euthanasie. Pire encore, l’esprit de sa femme, ou son fantôme, ou je-ne-sais-quoi, commence à le harceler de manière très étrange…
Et bien, et bien ! Quel drôle de film. Si la trame se veut ouvertement fantastique, Schmidt essaie ici de mélanger les tonalités et les thématiques de manière plus inattendue. L’aspect fantomatique de la vendetta pour le moins originale de l’épouse n’a pas vraiment de statut défini au départ. Fantôme classique ? Personnification du chagrin ? Ou quelque chose de plus horrifique et de plus vicelard ? Le plus étrange est que c’est Donovan lui-même qui nous donne la bonne piste, et oriente ensuite le récit vers un système compliqué et ambigu de machinerie fantastique.
La mise en scène est globalement élégante : les décors sont jolis et bien choisis, et les scènes de chagrin, dans la maison du couple, sont vraiment soignées. Même si ça et là, Schmidt semble moins à l’aise et un peu à l’étroit dans la cadre modeste de la série (la scène des aimants, par exemple), il n’en déploie pas moins une tactique assez payante. Le sujet, sans sombrer complètement dans le grotesque, s’imprègne d’une horreur de plus en plus graphique, c’est-à-dire plus évidente, toujours dans le champ, là où on attendait au contraire un univers plus psychologique et subjectif. En avançant ainsi sur les terres d'une série B plus identifiable, le sujet s’enrichit et mute vers une thématique déjà plus surprenante, puisque prenant place dans la description d’une société assez antipathique, aux avis tranchés et d’où ressort une confusion presque totale. Donovan affronte alors deux dangers : les apparitions meurtrières de sa femme-légume, et la surmédiatisation entourant cette histoire d’euthanasie. Son chagrin palpable est alors bien chahuté par les affaires de droit mais aussi par une série d’intérêts contradictoires (financiers bien sûr) dont on voit mal comment Donovan pourrait les résoudre. Tout le monde est intéressé, et tout le monde, même certains personnages hors champs (la scène du répondeur) ont quelque chose à reprocher à notre malheureux héros.
Dans ce contexte bicéphale, personne n’est vraiment aimable et ne semble vertueux. Là où Schmidt marque des points et tire une originalité certaine de son moyen métrage, c’est en axant les enjeux éthiques ou particuliers à la fois sur la trame sociale et sur l’hénaurme trame fantastique. Quand Donovan change d’avis et décide d’épargner sa femme, il est donc contraint à la fois par une intuition (révélée par le fantastique et l’horreur du récit) et aussi par intérêt, tandis que toute la communauté alentours se désagrège et cherche la vengeance ou la bagarre ou l’argent. Donovan, en plus, n’est ni un type sympa ni antipathique. Le tour de force est de montrer que ces choses-là ne sont pas du tout évidentes, et ça Schmidt le fait d’une manière étrange. On a en effet l’impression que les réflexions des uns ou des autres sont des réceptacles sensibles et subjectifs. Autrement dit, mûs par l’intérêt ou par la passion ou par des sentiments forcément tous changeants, la palette d’avis montrée dans le film devient absurde et ne démontre qu’une chose : quand il s’agit de toucher à la fin de vie, il n’y a pas de règle ou de statut logique qui tienne, et la pluralité des sentiments est plus créateur de chaos ou de nœuds insolvables qu’autre chose. Ni pour, ni contre quoi que ce soit, Schmidt, bien plus sagement et surtout, plus justement, fait une tournée de relevés de compteurs dont il ne ressort rien, sinon la douleur. D’un point de vue de film à thèse, si vous me permettez l’expression, drôlatique, dans le contexte d’une telle série télé, Schmidt analyse non seulement le sujet mais affronte assez courageusement l’impossible quadrature du cercle incluse dans la question de départ. C’est tout à son honneur, d’autant plus que sur cette question, que, vous, moi, un tel ou une telle soit pour ou contre, il est déjà plus rare d’affronter cette position forte qui consiste à ne pas pouvoir trancher de manière générale, générique ou législative. Comme le film montre clairement que les sentiments les plus viscéraux sont toujours en jeu dans ce genre d’affaire, le film n’en est que plus honnête. Je dis bravo, je fais clap clap clap !
Alors tout ça, c’est de l’analyse dans le cadre d’une critique, que j’espère également honnête, de cinéma. Mais dans les faits, c'est-à-dire quand nous nous mettons dans le siège du spectateur, qu’il soit critique ou pas, le film utilise un système simple, assez poétique qui consiste, pendant que tout ce que je viens de décrire est en train de se déployer, à utiliser un système de répétition, ou plutôt de mutation de scènes ou de situations. Ca, c’est une des très belles idées du film. En effet, que ce soit ouvertement ou de manière plus dissimulée, le film entier est un système de reprise, de répétition, et de réexploitation de sens et de symboles. Voilà qui permet une chose de manière sensuelle : replacer les mêmes événements dans des contextes différents. Et là c’est assez bluffant, puisqu’on peut relire en toute bonne foi, le même évènement ou deux évènements analogues de manière contradictoire. Du coup, on se coltine de manière sensuelle (ce qui est toujours délicieux et intelligent pour un spectateur) l’effroi et le chaos devant des questions qui doivent être tranchées mais ne peuvent l’être. On se rend compte, en suivant les pas du héros, pas un type exceptionnel d'ailleurs, mais simplement un type qui nous ressemble, que nous pouvons trancher, certes, mais qu’on a toujours conscience qu’on le fait de manière subjective et affective, ce qui est toujours plus que gênant quand on parle d’éthique ! Là, Schmidt prend la série non seulement dans ses grands fondements mais aussi à revers, à la fois pour la retourner et la nourrir. C’est, en effet, la métaphore fantastique de la femme fantôme qui prend alors tout son sens et incarne de manière poétique l’ambiguïté et la détresse de la situation. Le statut fantastique de la femme est d’ailleurs cruel : elle est punitive, vengeresse. Mais dans les allers-retours entre ses actions, celle de la femme, et les répercussions sur la vie infernale de Donovan, il y a là quelque chose d’assez poignant. In fine, alors que le film est déjà beau comme ça, et même riche, Schmidt feint d’entamer la figure finale attendue de la queue de poisson ou du demi-twist, en le désamorçant complètement. D’abord parce que cette queue de poisson arrive dans les toutes dernières secondes, mais aussi par son aspect calme, réconfortant et glaçant. L’espèce de twist petit malin attendu a lieu, en quelque sorte, mais son statut, lui, est complètement iconoclaste car il ne renverse pas totalement la situation mais au contraire l’entérine. [Ce n’est donc pas une fantaisie de scénariste faisant le malin.] Et elle dépose délicatement, comme un point d’orgue, et non pas en fanfare hurlante, comme c’est le cas dans ce genre de procédé, une conclusion délicate. Sans faire hurler les sirènes du semi-remorque, mais au contraire dans un murmure presque anodin, Schmidt, qui a déjà relu la situation d’une manière qui rappelle le Friedkin de L’ENFER DU DEVOIR (scène de l’accident), ce qui était déjà beau, renvoie avec moulte délicatesse tout le monde dans la même barque. Déjà bien éprouvé par la résolution impossible d’une question pourtant fondamentale, c’est par le film et la fiction que Schmidt tend la main vers le spectateur de manière poétique mais rugueuse. Si la femme de Donovan le hantait, c’est lui, Donovan qui agit comme une figure-fantôme quand le film se termine et que nous réintégrons la vraie vie. Le fait d’avoir conclu sur cette idée, et encore plus en douceur (chose absolument impossible dans les films à thèse qui fonctionne en mode tractopelle), au risque de ne pas se faire remarquer par le spectateur est très très belle. Et quand la porte se ferme, une autre, hors-film et en nous, s’ouvre. Et on voit alors le cosmos lentement se déchirer.
Un dernier point avant de partir : Martin Donovan, excellent acteur, fait quelque chose ici dont il n’a pas l’habitude : un jeu très ouvert, plus lisible,
plus marqué qu’à son habitude, mais qu’il nourrit par un soin et un rythme qui est le sien dans le reste de sa filmographie. Ça aussi, c’est très beau à regarder. En conclusion, Schmidt semble
confirmer l’intelligence et la sensibilité de son cinéma. Il semble donc ne pas être un réalisateur de film fantastique de plus, mais affirme une vraie démarche et surtout démontre par ce film
qu’il y a chez lui une vraie démarche personnelle, et relativement iconoclaste. A suivre.
Dans le cadre de sa série, en tout cas, RIGHT TO DIE est en tout cas un film qui remplit carrément le cahier des charges et ne trahit jamais la volonté de son réalisateur de faire un film
personnel. Clap clap. Je sors mon Ulysse de mon slip Eminence, et je dis chapeau.
Dr Devo.
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Chères Lectrices,
Comme vous l’aviez constaté il y a quelques semaines, non seulement Matière Focale est passé en mode Blitz/Conquête du Monde, mais en plus, nous en profitons pour faire un peu le ménage, passer le balai dans les coins, et même reprendre les dossiers qui étaient en train de mourir dans nos chambres froides. Ainsi, après avoir ressuscité notre série d’articles sur SAN KU KAI, qui avait été laissée en plan pendant plus de deux ans, je me suis permis d’aller refaire un petit tour dans la collection MASTERS OF HORROR, défunte série d'une chaîne privée américaine, mêlant au fil des épisodes de vieux briscards trop rares ou même disparus avec des jeunes gars quelques fois sympathiques. Si tous les épisodes de la Saison 1 ont été objets d’articles, je n’avais pas poussé très loin concernant la Saison 2. J’avais déjà parlé de WE ALL SCREAM FOR ICE SCREAM de Tom Holland et de SOUNDS LIKE de Brad Anderson, deux épisodes assez décevants d’ailleurs (enfin, surtout le premier). Il était temps, donc, d’achever notre parcours dans ces contrées horrifiques…
George Wendt (vétéran second couteau de la télé et du ciné US) est un homme d’une cinquantaine d’années très tranquille. Il vit dans un de ces très classiques quartiers résidentiels américain que n’aurait pas renié le producteur Spielberg dans les années 80 à l’époque de POLTERGEIST par exemple. George est un célibataire endurci, plutôt discret et très gros ! Il vit seul dans sa grande maison impeccablement tenue. Tout se passe très bien pour lui, jusqu’à l’emménagement d’un jeune couple quelques maisons plus loin. Il s’agit de Matt Keeslar (déjà aperçu dans le très sympathique PSYCHO BEACH PARTY qui vaut bien deux euros, neuf, en dvd !) et de Meredith Monroe (que les fans de la série DAWSON reconnaîtront, me souffle-t-on). Lui est médecin. Ils sont mignons comme tout, pas bêtes, et ils viennent de Los Angeles à la recherche d’une ville et d'une vie plus calmes. Un soir, peu après leur installation, le couple, qui a un peu bu au restaurant, percute avec son 4x4 la boîte aux lettres de George. Ils laissent un mot pour s’excuser, et le lendemain à la première heure, ils rendent visite à George. Celui-ci a déjà reconstruit la boîte aux lettres et leur offre le café ! Il refuse même que le couple lui rembourse les frais de briques et de mortier. Le courant semble passer entre les deux jeunes et George. Et George semble assez sensible au charme de la belle Meredith ! Mais voilà qui va poser problème…
George n’est pas un vieux garçon comme les autres. Il a un hobby bizarroïde qui consiste à tuer des gens, à dissoudre les chairs des cadavres et ensuite à réassembler les squelettes. George a déjà fait quatre victimes, et comme il est un peu psychopathe sur les bords, il est persuadé que ces squelettes forment une famille ! D’ailleurs, il leur parle ! La "femme" de George, enfin le squelette de sa première victime, lui fait d’ailleurs remarquer qu’elle s'est bien aperçue que la jeune Meredith fait de l’effet à son "mari" !
Oulala ! Ca commence fort. D’abord, on retrouve avec plaisir ce vieux briscard et bon réalisateur qu’est John Landis, ici aux commandes d’une histoire très
simple et qui - bizarrement - est bougrement tordue. Il faut dire que le scénario est issu de l’imagination de Brett Hanley, un petit gars très intéressant qui avait déjà pondu celui
d'EMPRISE, le très beau film (et absolument étonnant !) de Bill Paxton dont le Marquis avait déjà parlé dans
ces pages !
Donc, voilà un gars qui tue des gens mais qui a un but : constituer une famille avec les squelettes des victimes qu’il positionne de telle ou telle façon selon les différents moments de la vie familiale.
Landis ouvre son film avec un faux plan séquence bougrement long, beaucoup trop pour être honnête d’ailleurs, mais très très joli ! Durant ce long plan qui nous présente la maison vide de George, on entend une espèce de négro spiritual vantant le baptême dans les eaux consacrées par notre ami Jésus ! Et ça dure, ça dure, ça dure. On voit toutes les pièces de la maison et on finit à la cave, impeccablement rangée et organisée comme le reste de la bicoque, et où George est en train de dissoudre tranquillement le cadavre d’un vieux monsieur qui deviendra le grand-père de sa famille! C'est toujours classe !
Landis, qui nous avait déjà gratifié durant la Saison 1 d’un très beau DEER WOMAN, adopte ici un ton plus décontracté et peut-être plus grand guignol, enfin sur le papier du moins, un peu dans un style à la CREEPSHOW. On est d’emblée mis au courant de la "perversion" de notre anti-héros puisque la première séquence se finit sur un cadavre en train de fondre sous l’acide. Paradoxalement, le ton change ensuite et s’oriente vers une ambiance où flotte un léger malaise, et qui est pour le coup bien social. On sait ce voisin complètement fou, nous spectateurs, et du coup, la moindre remarque ou le moindre incident déclenche vite une tonalité assez angoissante, même si on se doute qu’il ne va sans doute rien se passer. Premier point.
Dans un second temps, lui aussi très vite annoncé, on devine la mise en forme graphique, pour ainsi dire, de la perversion de George. Après une exposition de sa "famille", très rigolote, carrée et bien fichue (avec un joli plan sur la télé !), Landis nous montre les squelettes avant d’enclencher un processus logique, certes, mais qu’il utilise de façon inattendue puisqu’on le voit d’abord dialoguer avec les squelettes "qui lui répondent dans sa tête". Ensuite, on voit carrément des acteurs lui donner la réplique à la place des tas d’os. Voilà un élan naïf : Georges parle et vit avec des cadavres, et on les voit s’incarner et réagir avec lui. Il n’empêche, si ces dialogues fantastiques placent en trois coups de cuillère à pot la vision du monde fantasmée par George, ils permettent aussi de révéler le rôle de sa "femme" qui réagit souvent avec instinct et met le doigt sur des paradoxes tout à fait justes et bien vus. C’est un très joli rôle (l’actrice joue très bien en plus) et, superbe idée galactique, ce personnage se permet même de mettre le doigt sur sa propre nature factice. C’est drôle et totalement dans la lignée du fantastique de Landis ou d’un Dante. Ces deux-là sont des vieux durs-à-cuir et leurs scénarios sont toujours délicieux et bien arrangés. George et sa femme, dans leurs engueulades, permettent aussi de bien montrer le fantasme de George, et de le rendre paradoxalement très humain. C’est un homme bon, courtois et ouvert. Enfin, si on omet qu’il dissout les gens dans l’acide. Ce dialogue avec ses autres moi-mêmes (la petite fille aussi) permet de bien définir les limites et les craintes du héros, et aussi les bonheurs modestes auxquels il aspire. On a presque l’impression que sa maison, et sa ville et le monde sont construits autour de ces squelettes qu’il a lui même créés.
Landis agit toujours à double-fond, si j’ose dire. Les choses restent simples et pratiques mais le réalisateur sait développer les paradoxes ou encore mieux approfondir ses déjà francs dispositifs de départ, comme par exemple la très belle scène où il cherche une nouvelle "grande sœur" et qui se terminera de manière ironique et très très touchante. Encore une belle façon d'exploiter et de détourner le principe de départ pour aboutir sur un torrent de nuances inattendues.
Ceci dit, FAMILY se déroule tranquillement, et sa simplicité apparente (plutôt de l’épure en fait) cache une espèce de faux rythme qui petit à petit nous détache du personnage pour l’observer un peu plus de l’extérieur. A mesure que George observe ses nouveaux voisins, c’est nous qui observons George de manière moins directe. Ce paradoxe de points de vue fonctionne très bien, c’est une belle idée de scénario, mais à mon sens elle s’incarne dans le rythme bizarrement tranquille du moyen métrage. Les choses vont devenir plus stressantes par la suite, lorsque Landis finira de dérouler sa métaphore de famille fantasmée, en montrant enfin frontalement un meurtre (ils étaient hors-champs jusque-là) et qui est d’autant plus troublant, très très belle idée, qu’il n’est pas complètement réel. Une dimension d’échec envahit alors le film, et la dernière séquence pourtant assez banale, devient très stressante. On a l’impression que George joue son va-tout et en même temps on ignore ce qu’il va faire. Enfin, on le redoute. L’histoire se conclut comme elle a commencé, et le fim s’est joliment retourné. Plus qu’un être fanatique, George apparaît comme une espèce d’animal piégé dans la vie réelle. Et le negro spiritual à la gloire de Jésus qui clôt également le film, n’est ironique que lors de cette reprise finale. On pense alors que le premier passage du morceau était sans doute véritablement un chant de foi et une prière et non pas un procédé de mise en scène ironique. Voilà qui est drôle, touchant, très ironique… Landis quoi ! Signalons que la mise en scène est tout à fait correcte, voire très bonne par endroits, et que le montage sans y toucher est alerte et amène beaucoup de nuances ou d’informations sur les personnages (cf. le combat final par exemple, qui met bien la puce à l’oreille). FAMILY est un bougrement bon film.
A Matière Focale, nous sommes à la pointe de la technologie. Rendez vous compte, en plus d'avoir un nombre faramineux de salles de cinéma privées où de vieux projectionnistes à lunettes triés sur
le volet vivent dans leur cabine et où des hôtesses court vêtues distribuent rafraîchissements et cigarettes au critique éreinté, nous avons également une salle de télévision, où nous recevons
gratuitement toutes les chaînes de la galaxie. C'est ainsi qu'affalé dans un des canapés de cette même salle, alors que Heidi, jeune suédoise blonde et gironde, me tend mon troisième verre de
vin, je tombe sur le network américain Fox. Il diffuse l'épisode pilote d'une probable série à venir, VIRTUALITY. Rapidement, je demande à Heidi de m'apporter un des MacBook qui traînent dans la
salle afin de faire quelques recherches sur ce programme. Il s'agirait d'un téléfilm d'une heure trente, avec notamment Clea DuVall, sublime actrice bien trop rare, réalisé par Peter Berg, qui a
fait de sombres bouses au cinéma mais a produit une très belle série éponyme à partir de son nullissime FRIDAY NIGHT LIGHTS, et écrit par deux des piliers de la splendide série BATTLESTAR
GALACTICA, à savoir Michael Taylor et Ronald D. Moore (il faut aussi savoir que Moore a également participé à STAR TREK et a été un des producteurs exécutifs de la génialissime série CARNIVALE,
LA CARAVANE DE L'ETRANGE en vf!). Je referme l'ordinateur et le rend à Heidi tout en lui disant que je serai indisponible pour une durée d'une heure et demie et que l'on ne devra me déranger sous
aucun prétexte. A part si c'est pour elle, bien sûr. Elle s'en va en gloussant timidement, en n'oubliant pas de refermer la porte et d'éteindre la lumière. Mais je ne peux plus penser à
Heidi, le devoir de critique passe avant tout. Attention, ça commence...
Nikolaj Coster-Waldau est le capitaine d'une expédition spatiale qui avait pour but originel de découvrir l'existence d'une intelligence extra-terrestre. Seulement, alors qu'ils étaient en chemin, des scientifiques restés sur Terre ont découvert que la planète serait inhabitable d'ici un siècle. Les mers montent, les orages s'accumulent, bref, c'est l'enfer selon Yann Arthus-Bertrand. La mission de l'équipage de Coster-Waldau (composé de 12 personnes en tout) se métamorphose donc en "opération survie de l'humanité" pour chercher une nouvelle planète habitable. Ils se trouvent à deux jours de Neptune, et c'est à partir de là que le capitaine devra faire un choix définitif et ne pourra plus revenir en arrière : rentrer sur Terre ou partir pendant dix ans dans l'espace à la recherche d'un nouveau terrain de jeu pour les hommes. Problème : un membre de l'équipage tombe gravement malade, compromettant la prolongation de la mission.
A cause de la durée du voyage, le psy James D'Arcy a mis en place un programme de réalité virtuelle appelé "module" qui permet à chaque membre de l'équipage de s'éloigner mentalement du tube métallique dans lequel ils sont enfermés pour vivre des choses plus humaines, plus terriennes disons : une randonnée, du surf, une bataille de la guerre de Sécession... Problème : même si le vaisseau est dirigé par un ordinateur (un peu comme HAL de 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE), une interférence survient dans les modules. Un homme étranger à l'équipage débarque dans ces réalités virtuelles et tue et torture virtuellement chaque astronaute, dont les retombées psychologiques sont bien réelles.
Parallèlement à tout cela, cette mission de survie est aussi le cadre d'une émission de télé-réalité qui, et ce n'est pas très étonnant, pulvérise tous les records d'audience. Elle est orchestrée par James D'Arcy, qui en plus d'être psy est le producteur exécutif de l'émission. Dans sa salle privée, des moniteurs partout, et il monte l'émission en même temps que se déroule la mission. Problème : l'équipage n'apprécie pas vraiment d'être constamment épié, ni l'image qui ressort d'eux dans cette émission, et D'Arcy est accusé de faire monter la tension pour gagner de l'audience, donc de l'argent.
VIRTUALITY commence de manière tout à fait étrange, surtout pour une série estampillée "science-fiction": nous sommes dans une scène durant la guerre de Sécession, où un commandant essaie d'attaquer un campement ennemi. L'action se déroule, et déjà quelque chose cloche, on tique et on scrute chaque détail de la séquence. L'évidence saute aux yeux : tout a été tourné sur fond vert, la profondeur de champ est inexistante, ce n'est que du numérique, et c'est d'une laideur insoutenable. Vraiment, c'est ignoble, et on ne voit que ça. La scène suit son cours, et l'envie prend d'éteindre le machin et d'aller retrouver Heidi, quand tout d'un coup le commandant parle au hors-champ, et l'image s'arrête. Nous apprenons alors que le commandant en question est le capitaine du vaisseau, et qu'il est dans un des modules de réalité virtuelle dont je parlais un peu plus haut. Alors oui le numérique est moche, mais c'est complètement volontaire, ou plutôt ils se sont servis de la laideur de ces effets pour la mettre au coeur même du dispositif de mise en scène : d'une, on reconnaît rapidement quelles parties du film sont les modules (mais ce ne sera pas toujours le cas, j'y reviens), de deux, puisque c'est une réalité virtuelle, créée de A à Z par des machines, il est normal qu'elles ne puissent pas retranscrire la beauté de la réalité réelle (si je puis me permettre), de trois, même si l'équipage vit ces situations "factices", il n'est jamais dupe que ce qu'il voit et vit à l'intérieur de ces modules ; le numérique épouserait donc aussi le point de vue subjectif des personnages, qui vivent une réalité en ayant conscience que ce n'en est pas une, et la déforment peut-être pour ne pas se perdre à l'intérieur. Trois minutes de film et déjà une idée remarquable, ou plutôt un beau sauvetage. En tout cas, partir de quelque chose d'aussi laid et en faire une idée non seulement poétique mais qui épouse le propos du film, c'est bien vu. Peter Berg joue beaucoup avec cette idée, en appuyant le côté "toc" lors de certaines séquences (la kitchissime scène de sexe), mais en ne délaissant pas une autre idée : à certains moments, le numérique est quasi-invisible, et on se demande alors si les scènes que l'on voit font partie des modules ou de la réalité antérieure à la mission ! La visite chez le gynéco est en cela très parlante : on ne sait pas où on se trouve, ni à quel moment, et la confusion est partie intégrante du processus du film. Nous sommes constamment balancés entre la réalité et la fiction, et les ponts qui peuvent se faire entre les deux notions. Ainsi, lorsqu'un membre de l'équipage se fait violemment agresser par l'intrus à l'intérieur même de son module, ses émotions prennent également corps dans la réalité, et le traumatisme n'en est pas amoindri parce qu'il s'est produit dans ce monde artificiel. Les blessures sont là, dans notre vie de tous les jours, que l'on ai souffert en rêve ou dans la réalité. Il faut vraiment voir la chose, c'est assez sublime.
L'autre excellente idée c'est l'émission de télé-réalité, qui s'insère dans les vies des personnages jusqu'à exacerber les tensions qui existaient de manière plutôt sous-marine, compte tenu de l'enjeu démentiel de la mission. Tout le monde est à cran, et ces caméras braquées sur eux nuit et jour ne les aident pas à garder leur calme. James D'Arcy, le producteur, a même été jusqu'à créer un confessionnal, comme dans n'importe quel LOFT, pour que les membres de l'équipage puissent dévoiler leurs états d'âme sans être entendus par les autres, et face caméra ! L'idée est très belle car elle permet de dévoiler les personnages en profondeur. Ils vont tout raconter face à cette caméra, elle est leur unique occasion de dire ce qu'ils ont sur le coeur, de dévoiler leur caractère, leurs pensées, leurs buts, leurs plans. Le spectateur sait tout, ainsi que le psy/producteur, vu qu'il monte également les images du confessionnal pour la mission (ce qui n'empêche pas l'équipage de se confier au confessionnal). Il a un grand pouvoir sur l'équipage, le tout est de savoir ce qu'il va en faire, surtout qu'il est également poussé par la chaîne qui diffuse l'émission ! Nous n'en saurons pas vraiment plus, même si des indices sont disséminés ça et là, vu que le film est sensé être le point de départ de quelque chose de plus gros. Tout ce dont je parle, ce sont des prémisses de la future série, ce qui n'enlève aucune des bonnes idées de ce métrage.
Du côté de la mise en scène, ça se gâte un petit peu. Comme dans toute série américaine, les plans rapprochés priment, donc on ne voit que cela, ce qui gâche un peu le tout. La photo est assez étrange, pas vraiment jolie, disons qu'elle se rapproche de la lumière d'un plateau télé (en même temps, nous sommes dans un lieu confiné et très éclairé, c'est difficile pour créer du contraste), et la lumière des modules est tout à fait artificielle, pas très belle non plus, et certaines séquences sont très saturées, ce qui rend le tout encore plus irréel. En fait, les deux niveaux sont assez semblables, ce qui participe encore une fois à la confusion réel-virtuel. Le récit est très dense, et en même temps, avec la multiplicité des possibilités de prise de vue (grâce à la télé-réalité), le montage est rapide et rythmé, avec parfois de très belles choses, comme ce contre-champ terrifiant qui arrive quasiment une heure après le champ. Il est tout même le plus souvent assez mécanique et "digne" d'une série télé, c'est à dire qu'il met en relief le scénario. La mise en scène est finalement plutôt inexistante, parce que laissée au second plan. Il faut croire que les networks préfèrent éviter les mises en scène belles et étranges au profit de quelque chose de passe-partout, histoire de ne pas trop perdre le spectateur lambda. Dommage.
Vous ne verrez probablement jamais la série VIRTUALITY. La Fox a décidé de diffuser ce pilote un vendredi soir, ce qui est la case horaire maudite aux USA, où
personne ne regarde la télévision. Personne n'ayant donc vu VIRTUALITY, la Fox ne développera pas l'idée et semble vouloir arrêter la production ici, avec un nombre ahurissant de questions en
suspens, et surtout un ensemble de belles et bonnes idées parties dans les limbes. "C'est triste, quand même" me dira plus tard Heidi, en m'offrant un scotch on the rocks avec un petit sourire,
alors que j'essaie de retenir un sanglot de déception.
LJ Ghost.
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Chers Focaliens,
C'est avec joie, et un peu de honte aussi que je reprends la suite d'articles sur la série SAN KU KAÏ dont vous n'aviez plus de nouvelles depuis le 17 Juillet 2006, soit il y a un an et une semaine ! Rappelons le principe. Devant l'importance de cette série - qui est la première et la seule à destination des enfants qui soit ouvertement expérimentale, et qui, en plus traite du délicat problème du totalitarisme, ce qui est remarquable car, c'est bien connu, tout se joue à cet âge-là chez un individu - nous nous devions de lui consacrer une rétrospective. Nous consacrons donc un article par épisode, long en général. Et nous procédons ainsi : le Marquis s'occupe des épisodes impairs, et moi des pairs. Et aujourd'hui c'est la joie, car j'ai le plaisir de chroniquer un épisode parmi les plus glorieux, à savoir le N°16, intitulé sobrement mais de manière bougrement anxiogène, LE PIEGE. [Ceux qui veulent approfondir le sujet pourront aller voir à la fin de cet article l'index de tous les épisodes déjà chroniqués !]
Et comme d'habitude, ça va mal, très mal même, dans le Quinzième Système Solaire, et pas qu'un peu, car sur le vaisseau-mère des Stressos, l'ambiance est particulièrement grave. Komenor, général
en chef de l'armée stressos a réuni un cabinet de crise. Il a en effet convoqué la fine fleur de la garde ninjosse (pour une fois bien prononcé par la VF, c'est à dire "ninja", pas ninjaze, ni
ninjoze, bravo!). Parce que c'est vrai, y en a marre ! Komenor est formel : la veille, une bonne tripatouillée de soldats stressos a été lâchement assassinée par la Résistance. Or les
ninjosses sont les troupes d'élite qui font régner la terreur sur toutes les planètes de l'Univers. Ce curieux paradoxe amène Koménor à appeler un volontaire pour mettre fin aux conneries et
aux actions de Guerillaze. Il s'agit d'éliminer, une bonne fois pour toutes, Staros et le Fantôme qui massacrent du Stressos à brûle-pourpoint. Je rappelle, car on a eu le temps d'oublier, que
Staros et le Fantôme sont l'identité respective, secrète et super-puissante d'Ayato et Ryu, nos doux héros. Ce que relève Furya, douce furie, avec justessse : si on ne sait pas où sont
Staros et Casper, on remarque qu'ils protègent Ryu et Ayato, ce qui veut dire qu'en poursuivant les seconds on trouvera les premiers. Intelligente, en plus!
Le ton est donné, et la mise en scène des plans suivants révèle que nous sommes en présence d'un épisode de tout premier ordre sur le plan cinématographique. Komenor demande un volontaire, et
cut, contrechamp sur les ninjosses et Furya. Les ninjosses étant tous masqués, on se dit que c'est la furieusement sexy Furya qui va s'y coller! Et là coup de théâtre: un projecteur s'allume dans
le hors champs bas, et au fond du plan s'il vous plait, et vient éclairer, en contre-plongée, c'est assez beau et un peu effrayant, une mystérieuse Invitée Mystère. Elle ne tarde pas à dévoiler
son identité et à dévoiler sa fréquence. Pour ça, on acceuille Tarentula de la planète Araignée (où vont-ils chercher tout ça?), méchante de l'épisode donc, et qu'on peut décrire ainsi...
Brushing de cheveux secs assez joli, classique, mais sur le front une grosse araignée jaune en plastique. Maquillage ziggystardustien, vaguement quand même, sur le visage. Et surtout ce regard, ce regard braves gens, qui montre une détermination et des abîmes de ténèbres bien impressionnantes. Brrrr... En tout cas, après le plan-séquence fixe sur Komenor, cet effet de mise en scène, tragique et effrayant, est tout bonnement sublime. Mais ne nous égarons pas, la route est longue jusque Analysse (qui n'est pas, contrairement à la légende, la planète natale de Freud!).
[Un grand suspens règne, car Komenor annonce à ses soldats, afin de bien les encourager (?), que le volontaire pour la mission suicide, s'il en réchappe (paradoxe), sera executé par les mains de Koménor lui-même!]
Sur Analysse, c'est la routine. Une petite mijorée, assez croquignolette dans son vêtement syncrétiste mélangeant la chemise style Mao (référence!) au kimono japonais, avec moults fleurs (re-régénérescence) et avec le brushing-casque à l'avenant, a trouvé un mégaphone et fait une manif en pleine rue! En pleine rue! Alors que la planète est sous contrôle stressant! "Nous sommes peu aujourdh'ui mais nous devons résister, car [prenez des notes!] nous sommes les premières gouttes du fleuve qui emportera la dictature stressos!". Un comportement bien imprudent en temps de fascisme que ce petit impromptu manifestatoire. Et hop, contrechamp, on découvre que la petite Anna (lire les articles précédents), 13 ans, belle à mourir pour le Marquis, et complètement boudin et insupportable pour le reste de l'humanité, est dans la foule de 12 personnes, et justement c'est là qu'un quidam essaie de raisonner ses frères du peuple. Il signale, en effet, qu'il est très imprudent de se révolter! En général, la répression est terrible, et passible de mort! Sage parole! Mais la petite Anna, à qui on a rien demandé, intervient, l'effrontée, en donnant raison à l'agitatrice au mégaphone, et rappelant qu'elle a quand même vu sa famille se faire massacrer quasiment devant ses yeux. Chantage à l'émotion de la part des scènaristes ? Peut-être pas... En tout cas, à la faveur d'un petit zoom, Anna annonce qu'elle ira participer à la lutte armée et elle enjoint tout le monde à rejoindre la Résistance. "Ca ne peut pas continuer comme ça", satirise-t-elle. Assez logiquement, un peloton stressos débarque avec un char de combat anti-émeute et disperse la foule avant de les massacrer, comme il se doit, dans une impasse, joli symbole. Anna et Mijorée la révolutionnaire tentent de s'échapper dans les coins les plus reculés des studios Toei. Là, surprise, elles tombent sur un gang de voyous, reconnaissables à leur bandana jaune.
[Pour les plus jeunes, je rappelle que le bandana était dans les années 80 un signe de délinquance approfondie. Tout mafieux, tout membre de gang en porte un. On peut le vérifier dans le film passionnant du point de vue vestimentaire LES GUERRIERS DU BRONX 2, ou dans tout autres films italiens d'exploitation des années 70, ou encore dans les films du regretté Charles Bronson.]
Mijorée implore le coolisme de ses agresseurs. Vous devez nous laissez passer, on est poursuivi par les stressos, tu dois bien comprendre car tu es de notre planète, "tu es de notre race". Le
gang n'est pas de cet avis. Faire preuve de laxisme dans leur travail, céder à des faveurs, c'est un peu tuer le bizness, sans doute, fut-il chaud. D'autant plus que le leader des sauvageons
soulève le pan de sa veste de marque Baboo, pour dévoiler un superbe écusson stressos ! Ce sont des collaborateurs, des mercenaires n'hésitant pas à jouer le jeu de la dénonciation! A
ce moment, on se dit que cette fois, c'en est fini de Anna, qu'enfin elle va se faire massacrer comme tout le monde, et que sa petite bouille d'ange ou de monstre cessera d'alimenter la
controverse focalienne. Evidement, Ryu arrive sans prévenir et empêche Anna de se faire tuer. Le gang proteste : "T'as pas le droit de faire ça ! C'est notre gagne-pain, faut bien
qu'on bosse". Ryu fait une déclaration d'usage, comme d'hab, avec moult irono-humour et phrasé ampoulé. Je l'aime bien Ryu, mais si près du but, il nous prive de la lente agonie de Anna, et ça
m'énerve un peu. Alors ça y va dans le déclamatoire, il ne se prive pas, Ryu. Je n'aime pas les traîtres dans ton genre, tu oses travailler pour les stressos, c'est pas joli-joli ça, hahaha,
etc... Il finit sur un follement gay : "Je vais te dresser", et là (effet de mise en scène par le dialogue c'est plutôt bien vu), un plan moyen me fait remarquer qu'effectivement le gang est
habillé comme une bande de folles hippies, avec blouse de cuisine, et petit boléro de cow-boy à franges notamment! Pas de temps, ceci dit, pour causer chiffon, et en guise de dressage
c'est une bonne bagarre à laquelle vont avoir droit les traîtres gays de la police secrète stressos, ces félons ! Ryu y va sobrement mais avec style. Clé de bras puis tourbillon, évitement
et parade, sauts de cabris trampolinés hors-champ, mais avec modestie. Pendant ce temps-là, Mijorée l'agitatrice qui avait, dans la bataille, préféré se faire capturer et permettre ainsi de
ralentir les membres du gang, et donc donner à Anna, par rebond, une chance d'en réchapper (ça c'est de la construction, c'est du style: ampoulage, précision, création de forme originale ;
"trampolinés hors champs" aussi, c'est mon style "Ryu embuscade"), Mijorée donc a réussi son coup dans le sens où elle a été capturée et même ligotée (toujours ce sous-texte sexuel chez les
personnages adultes de la série). Les carottes sont-elles cuites ? Non, car Ayato, dans un saut de cabris pas piqué du hanneton, et même impressionnant (remarquez la hauteur du saut ;
moi je l'aurais pas fait, et là le plan n'est pas truqué !), débarque pour délivrer Sa Sédition, Impératrice des Fleurs de Rébellion. Beau dialogue à suivre entre Ayato et le chef du gang.
Accrochez-vous...
"-A quatre contre une fille, c'est du joli.
-Tu ne crois pas que tu nous arrêteras tout seul.
-Je ne crois peut-être pas mais je vous conseille de la laisser ! "
La poésie, c'est beau comme ça. Gweenie, mon petit chou, appelez-moi le département traduction, voulez-vous ?
Bien entendu, à suivre, bataille de rue sur le même mode que la précédente avec Ryu, mais cette fois avec ces petits glaives-tournevis que le réalisateur de SKK affectionne tant. Beau geste
fordien d'Ayato, une fois le dernier enemi mis en déroute: jeté du glaive dans un geste authentiquement furieux mais calme, avec une pointe de mépris pour les Tiédes. Puis, tout sourire, il se
tourne vers Mijorée. Là, le réalisateur coupe judicieusement, change de plan, et renverse l'axe pour un plan rapproché pas trop serré où Mijorée est à gauche du champs, ligotée, et Ayato à
droite, elle lui tournant le dos dans une attente de délivrance, et lui radieux de sourire. Un plan très doux, complice, tendre qui montre une complicité immédiate (loin de la théorie du discours
de Mijorée à la foule auquel, donc, j'opposerais ce plan), celle du terrain, celle de la lutte terre à terre. C'est beau, et ce d'autant plus que les cordes qui bondagent Mijorée sont bien mises
en valeur et donne une aura ouvertement sensuelle et même sexuelle (mais douce, pas agressive, sans l'excitation forcenée) à la rencontre de ces deux jeunes personnages qui ont visiblement le
même âge et le même profil : idéalistes, un peu trop fonceurs et frondeurs, un peu jeunes. Complicité donc. Pour le marquer le coup, le réalisateur diffère de deux secondes le coupages des
liens et la délivrance : c'est le désir qui s'exprime, sans en rajouter (juste deux petites secondes), désir tout court et désir de cinéma.
Anna, Mijorée, Ryu et Ayato décident de rentrer, mais ils croisent Kamégie que, curieusement, Ayato appellera Kamijy. Subtilité de doublage oblige, sans doute. Le fier bédouin résistant, personnage lié à celui de la petite Anna, n'a pas l'air dans son assiette et marche comme un zombie. Ignorant les trois autres, il s'adresse à Mijorée : "Ecoute Irisa..." Ainsi, elle s'appelle Irisa ! Mais laissons parler Gabégie : "Si tu refuses de travailler pour les stressos, nous tuerons ton père. Tu as bien entendu, nous avons enlevé ton père". Phrases lourdes de sens. La technique du chantage et de l'enlèvement est une méthode stressos très au point, qui revient tous les deux épisodes. Et remarquez que, sémantiquement, Kamégie le résistant s'inclut dans le camp stressos. Sa démarche de zombie télécommandé fait le reste : il n'est pas dans son état normal. Visiblement, il est drogué ou hypnotisé ! Ayato réveille Kamégie de sa transe et il ne souvient de rien, sinon d'une araignée qui tombait sur ses genoux ( ?), puis le black-out. Le père d'Irisa est quand même le général en chef du "système de défense" (encore une périphrase !), et Ayato et Irisa trouvent l'hypothèse du rapt possible. Ils décident d'aller voir si le paternel de la jeune fille va bien (paradoxe) provoquant une séparation du groupe qui ne manquera pas de constituer un intrigue en montage alternée dans la deuxième partie qui est en train de s'enclencher.
Changement de décor (un magnifique jardin) et musique douce. Furya toute sourire, récompense les collaborateurs au service des stressos qui ont essayé de capturer Irisa. "Tenez, voici de pièces d'or de Golem XIII. Et voici une bouteille de ma réserve personnelle". Les félons sont troublés par tant de gentillesse. Le sourire de satisfaction presque sexuelle de Furya veut dire autre chose, nous disons nous in peto, surtout que le chef des félons dit humblement: "en plus nous avions échoué", ce à quoi la Furie Erotique de l'espace répond : "On ne pouvait pas savoir...". Voilà une dialectique foncièrement à l'opposé de Furya et, encore plus, de l'idéologie stressos, en général exemplaire et sans pitié avec l'échec. L'inquiétude, chez nous, spectateurs, monte en conséquence d'un cran. Ils ouvrent la bouteille et boivent. Quelques secondes plus tard, Ayato et Irisa arrivent dans le jardin et découvrent les félons en train de se tordre de douleur sur le sol, visiblement empoissonnés par Furya la machiavélique.
Je sens qu'à ce point du récit, vous avez besoin de prendre une respiration...
[25 juin 2009... Je glisse avec émotion la galette dans le mange-dividi...]
Et j'entame la quatrième page... Hop !
Est-ce le temps qui a passé ? Est-ce cette ellipse d'un an entre la rédaction des deux parties de cet article ? Me serais-je trompé d'épisode ?
Mais non... C'est bien le vaisseau d'Eolia, la princesse ex-machina. Un superbe vaisseau spatial en forme de bateau à voiles et à trois mats, et hop un petit zeugma ! Le deuxième plan est tout aussi surréaliste : un doigt délicat et royal, celui de la Princesse. Car je vous le rappelle, ce vaisseau se pilote grâce à un mini-synthétiseur Casio. Le vaisseau avance majestueusement dans l'espace bleutée, musicopiloté par le jeu de clavier de Eolia, comme nous le prouve la musique qui traditionnellement l'accompagne. Pour un retour dans la série, je suis servi : on est plein délire kitscho-crypté. Et ce n'est pas fini ! Un bras mécanisé au bout duquel se trouve une espèce de boule de cristal descend devant le visage d'Eolia. Aussi tôt, le soleil vient se refléter dans la boule, et par un jeu subtil d'utilisation des propriétés de propagation de la lumière, l'image de la princesse apparaît au-dessus de la mer...
...et ça tombe très bien, car dans le contrechamp, on aperçoit Ryu, accompagné de Siman, le chimpanzé de l'espace, et de Sidéro, le petit robot sidérant ("de l'espace", lui aussi tant qu'à faire !). Le trio d'amis était justement en train de se détendre dans cette calanque abandonnée. Les voilà bien surpris par l'apparition d'Eolia qui, comme souvent n'est pas là pour rigoler, mais pour délivrer un message clair et précis de la plus haute importance, et je cite : «Ryu, une ombre plan au-dessus d'Ayato... »
Ryu est surpris, mais psa inquiet. Bah Ayato se bat bien, il peut se débrouiller tout seul. Ce à quoi Eolia répond : "Oui oui, c'est possible", et rajoute, accrochez-vous : "...mais Ayato est jeune et il peut commettre des fautes de jeunesse !" C'est beau. C'est simple, mais c'est beau. Ryu répond qu'il va s'occuper de tout ça, et le vaisseau stellaire d'Eolia effectue un demi-tour avant de repartir. Ca valait bien le coup de faire une scène pour ça ! Je pense qu'un petit "je suis inquiet à propos d'Ayato, allons voir ce qui lui arrive..." par de Ryu m'aurait permis de sauver cinq minutes précieuses de ma vie et un paragraphe de cet article, mais que voulez-vous, c'est ça aussi la Poésie...
Pendant ce temps-là, c'est la nuit brusquement. Ayato, accompagné de Anna et de Irisa vont faire un tour chez cette dernière à la recherche du père de celle-ci, et n'hésitez pas à relire cette
phrase si ça ne vous semble pas clair. Et c'est très joli, chez eux ! Dans un coin une armure médiévale... Oui, une armure du XVéme terrienne, dans une série se déroulant 4000 ans plus tard
dans une autre galaxie. Mais, plus étonnant encore, je remarque une reproduction géante du Lion d'Or (totalement véridique !), la fameuse récompense du festival de Venise. Le doute n'est
plus permis : le réalisateur considère qu'il ne fait pas de la télé, mais du cinéma. CQFD. Cette quête fait droit...
Accessoirement, le trio ne trouve pas le père d'Irisa. Il a donc été enlevé par les stressos, comme prévu. Anna essaie de la consoler de manière lèche-botte et irritante, en ramenant tout à
son propre cas, car elle est aussi orpheline de guerre... Je passe. Se faisant, et là on plonge dans le surréalisme belge le plus extrême, Anna, du haut de ses 13 ans dit : "Irisa, il
faut continuer de turluter et de résister! Etpour ça, il faut te trouver une tenue qui impressionne." Joignant le geste à la parole, l'adolescente qui cachait son visage derrière la
casquette de général du père d'Irisa, dévoile alors une moustache chaplino-hitlérienne (encore une fois, c'est totalement véridique!), histoire la faire sourire et de la détendre un peu, je
suppose. L'effet sur le spectateur est absolument effrayant en tout cas ! Surtout que le réalisateur balance un contrechamp glaçant où sont de profils Irisa et Anna-Adolf, et en arrière plan
Ayato, assis sur un superbe sofa 70's. Derrière ce dernier, sur le mur, est peint une espèce de frise, et c'est elle qui est mise en valeur dans la construction du plan, une frise en forme de V.
V pour Victoire, pour Vendetta, pour Venise, pour Venus-in-fur... "On va finir par s'étrangler de rires", ajoute Ayato. Le spectateur est, lui, glacé d'effroi.
Là, c'est la confusion qui l'emporte. Que veux nous dire le réalisateur ?
Irisa, dans un gros plan très laid, voit son propre rire se faner. Elle explique qu'elle aussi avait une petite sœur (?) et qui était très drôle, mais elle s'est tuée ! Fichtre, c'est une avalanche de paradoxe, cet épisode. Alors, ho, sans sourciller, on te balance un flashback.
Une petite fille cueille effectivement des fleurs en haut de la falaise... RIRES !
"-T'approche pas du bord !
-Non, je cueille une fleur ! Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.
-PLONG !»
Punaise !
Retour au présent de narration. Anna, toujours perspicace : "Elle est tombée dans le ravin ?" Là, vous comprendrez que j'avais envie de pleurer. Décision est prise de se mettre à la recherche du Père. Irisa en profite pour aller aux cabinets, quand elle aperçoit, mazette, une araignée en plastique sur la vitre. Hypnotisée, elle ne peut rien faire !
Cut. Un autre endroit. Tarantula en sortant d'une trappe dans le sol (sic), vient rendre des comptes à Volcor. Et là, ce n'est plus le petit pathos larmoyant des résistants. Chez les stressos, on va droit au but.
« -Volcor, je te fais un résumé : ils ont marché !
-Je sais... Quand je fais un plan, il n'échoue jamais. »
C'est loin d'être vrai, et je vous assure qu'après avoir passé 30/35 heures de ma vie à rédiger des articles sur SAN KU KAI, j'en ai vu, des plans de Volcor, se casser la binette. Mais pas le temps de se plaindre, car on découvre en fait qu'on était pas dans un autre endroit, comme je le disais en tête de paragraphe, mais toujours chez Irisa. Volcor et Tanratula, perce un trou dans le sol. En contrebas, on aperçoit Ayato et Anna dans le salon en train de dormir. Tarantula n'a plus qu'à faire tomber sur la fillette, via le nouvel orifice, un araignée en plastique attachée à un fil que le réalisateur montre courageusement en gros plan. Dieu merci, la scripte avait retiré l'étiquette du prix de l'attrape. Quelques secondes plus tard, l'araignée est à la hauteur du visage nubile. Deux leds judicieusement placées à la place des yeux de l'animal plastique se mettent à clignoter, et là, grandiose moment erotico-psychanalatique : la fillette ouvre les yeux, hypnotisés, et Tarantula lui parle à travers l'araignée : "Je suis ta mère !!!! "
Bon, faisons une pause. Je vais prendre une cigarette, moi... Pffff ! Quel épisode, les amis !
Reprenons. Tarantula hypnotise Anna, se fait passer pour sa mère via un araignée plastique, jusque là, rien de très anormal. Mai,s plus surprenant, elle ordonne à l'énervante enfant de tuer Ayato. Quel plan machiavélique ! Ca roule tout seul, c'est du billard, c'est du Shakespeare à la sauce saké. Et ce n'est pas fini. Anna s'empare d'un sabre et s'apprête à tuer Ayato qui se réveille, in extremis. Il désarme fermement la fillette qui reprend ses esprits. Là, dans le contrechamps qui suit, l'ombre de l'araignée se reflétant dans le carreau d'une porte-fenêtre en forme de triangle, confirme l'incroyable métaphore sexuelle de la séquence. Ayato franchit courageusement la porte-pubis en criant : "C'est Alizéa !". [Oui, cher lecteur, la méchante a changé de prénom au cours de l'épisode : Elizéa, Tarantula, puis de nouveau Elizéa, à moins que le doubleur ne confonde avec Irisa qui, on l'a vu, vient de se faire hypnotiser en allant aux waters. On verra par la suite, que les scénaristes eux-même ne savent plus très bien ce qu'ils font. En tout cas, cette structure ternaire démontre que dans chaque femme, il y a un monstre poilu qui sommeille, enfermé dans cette identité double, qu'on retrouve dans le signe du « V » repéré plus haut : la convergence d'un double élément qui converge vers la singularité d'une troisième forme.
Ayato se lance à la poursuite de la sbire, mais tombe, dans le jardinet entourant la maison, sur un bon paquet de stressos. Le combat fait rage et les sabres s'entrechoquent. Mais Ayato
tombe dans un piège, car une toile d'araignée géante lui tombe (encore!) dessus. Il ne peut se défendre, les stressos l'embrochent. Il est mort.
Salut. Et à bientôt...
Mais non ! Alors même que le roi arrive à Varennes, les stressos défont la toile-filet et découvre bien un paquet de vêtements, mais d'Ayato nulle trace ! Et là, Ayato apparaît
sous son alias de supra-héros : "Je suis celui qu'on appelle le Fantôme. Le messager de pets." Lunettes de ski sur le visage, foulard bedouin sur la nuque, le Fantôme-Ayato fait des
moulinets lents mais majestueux avec ces sabres, pour impressionner l'ennemi par son élégance. Le combat est duraille. Il faut dire qu'avec cette nuit américaine, on voit pas grand-chose. Ayato
est en fâcheuse posture, et Elizéa/Tarantula décide de prendre les choses en main et d'achever elle-même notre héros. Ne reculant devant rien, les petits scénaristes, philippins et tous mineurs,
n'hésitent pas à faire intervenir Ryu qui lui aussi débarque en costume de super-héros ! Il crie : "Je suis Staros, et je viens du fond de l'Univers". Tu m'étonnes. Il balance dans la
foulée un multitude de shurikens de l'espace, et non pas des surikates comme me le suggère mon correcteur orthographique ! Un des projectiles (ou des animaux) atteint Tarantula et fait
tomber son masque. Staros/Ryu la reconnaît et crie : "Alizéaaaa". [Il la connait?] Celle-ci répond: "Hahahahhhha ! Hahahahahhha ! Je m'appelle Tarantula et je viens de la planète
Araignée pour te tuer. Et puisqu'on en est aux confidences, je ne me souviens pas du tout de mon pére !"
Quoi ? A ce stade de l'épisode, je l'avoue, malgré des années à voir du Straub, à décortiquer du Duras, et me perdre dans les narrations à 12 couches simultanées de Greenaway, je ne comprends absolument plus rien, à cet épisode. Mais qu'importe, le combat reprend de plus bel.
Et ça va même se corser encore un peu. On s'aperçoit que Volcor et Alizéa/Tanrantula/MmeMichu ont capturé la petite Anna, dûment ligotée à leur pieds. Volcor s'explique : Alizéa va imiter la voix de Anna pour attirer Ryu et Ayato, et là, hop, on fait exploser la baraque, et on est enfin débarrassé, tout le monde est débarrassé. Les stressos conquerissent ou conquierent, je sais plus, l'univers, la résistance est décapitée, et c'est fini pour moi les articles de douze pages. Mais Alizéa, pour en être traitresse, vendue à la cause stressos, n'en éprouve pas moins des difficultés à tuer l'enfant. Moi, je trouve que c'est une bonne occasion de faire sortir Anna de la série, mais bon. La méchante s'exécute cependant et imite la voix de la petite Anna. Ayato/Ryu/Staros/Le Fantôme tombent dans le panneau et se précipitent. Alizéa revient ensuite dans la pièce où Anna est ligotée et s'apprête à l'égorger (Ouaiiiiiiis !) mais se reprend et la délivre de ces liens en disant : "Je ne peux pas te laisser mourir avec les autres ! Tu est bien trop jeune !" (Et merdre !)
Pendant ce temps-là, dans le contrechamp en insert, la mèche reliée aux explosifs se consument à tout berzingue ! Vite ! Volcor apparaît dans la pièce par une trappe, s'aperçoit
que Alizéa a trahi en désentravant la petite fille, et il blesse la félonne mortellement qui s'échappe par une trappe dans un mur. Puis, Volcor disparaît par un mur coulissant, tandis que
Ayato et Ry débarquent par une trappe dans le sol ! Anna prévient nos deux héros : le bâtiment va exploser, vite, vite. Contrechamp sur la mèche enflammée qui est à deux centimètres des
explosifs. Retour dans la pièce ! Les trappes et les murs coulissants et les echelles secrétes sont bloqués, on ne peut plus sortir ! Mon dieu, est-ce la fin de nos deux
héros ???
Non ! Alizéa apparaît par un un mur pivotant! Elle perd du sang ! La mèche n'est maintenant plus qu'à un centimètre des explosifs. Mais, elle dit : "Hum, hum... (raclements de gorge). Euh... Anna ressemble tellement à ma sœur... que je l'ai, que je l'ai... Haaaaaaa". Elle s'effondre, agonisante. "Adieu Anna ! Adieu ! Adieu, ma jolie petite sœur !" Bon, c'est bien joli tout ça, mais la maison va exploser dans cinq secondes. Ryu et Ayato décident alors qu'on est pas dans un film néoréaliste italiens des années 50, et reprennent les chose en mains, car il est temps de filer fissa !
A quelques kilomètres de là, Volcor admire la maison qui explose et brûle en fumant un bon cigare cubain bien mérité. Mais Ryu et Ayato débarquent car ils en ont réchappé. Un combat bref
mais intense s'ensuit, dans lequel, et pour le coup c'est une vraie surprise, Volcor est gravement touché ! C'est la fin pour lui , après 15 épisodes de bons et fielleux services !
MAIS NON ! Une boule de feu jaillit : c'est Komenor lui-même qui se téléporte sur la planète ! Il sauve Volcor et avant de retourner sur le vaisseau stressos, il lance à nos deux
héros : "Bande d'innocents ! Je vous retrouverais !" Boule de feu. Téléportation.
CUT ! Générique !!!!!
Mesdames et Messieurs, après 3 ans d'interruption, je suis très heureux de vous annoncer le retour de la saga SAN KU KAI sur Matière Focale !
A vous les studios !
Dr Devo.
Retrouver les autres articles de la série sur Matière Focale :
Episode 1 : Un vaisseau dans l'espace
Episode 2 : Les Ninjas
Episode 3 : L'envoyée de la Terre
Episode 4 : Le Camp
Episode 5 : L'école abandonnée
Episode 6 : Le Roi Golem
Episode 7 : Une lueur d'espoir
Episode 8 : Du sang froid
Episode 9 : Le palais du Diable
Episode 10 : Détruisez la planète Terre
Episode 11 : Princesse
Episode 12 : Le grand combat
Episode 13 : Le Miracle
Episode 14 : L'agent secret
Episode 15: La savegarde de l'univers
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Rien à voir au cinéma ? Dans mon infinie bonté je vais me pencher sur le cas d'une série TV grave tendance qui fait un carton dans les milieux bien éduqués new-yorkais, entre deux biscottes au caviar et du Champomy rehaussé avec de l'alcool à 90° (c'est la crise). Ces braves gens sont comme vous et moi : une fois la journée de golf terminée ils aiment se jeter dans leur canapé, prendre une bière et une pizza et regarder de la merde - mais néanmoins hype - à la TV. On appelle ça le "prédéterminisme social", ou aussi "glander".
Jemaine et Bret sont deux jeunes chanteurs compositeurs guitaristes intermittents néo-zélandais qui débarquent aux ziouesses pour accomplir le rêve américain et devenir des stars internationales de la pop music. Pour arriver à leurs fins, ils sont aidés par Murray, leur manager, également consul de la Nouvelle-Zélande, qui est persuadé que la clé de la réussite réside dans une gestion rationnelle de tous les instants de la vie du groupe. Chaque journée est divisée de façon à laisser le moins possible place au hasard...
Voilà pour le piche de la série. Pourtant en résumant de telle manière cette série américaine produite par HBO, on est complètement à coté de l'enjeu réel de FLIGHTS OF THE CONCHORDS. En s'attendant à un faux biopic rock'n'roll branchouille comme on pourrait le croire à la vue de la jaquette du DVD (ne jamais croire les jaquettes), le spectateur se retrouve dans un premier temps désarçonné par l'humour douteux de Bret et Jemaine, par les silences gênés et les scènes un peu trop longues (pour une série TV). Les chansons, elles aussi, arrivent comme un cheveu sur la soupe, parce que oui FLIGHT... est aussi une sorte de comédie musicale sur la vie quotidienne de deux immigrants étrangers, mettant en musique leurs désarrois amoureux, sociologiques ou artistiques. Ce à quoi s'intéresse la série, c'est en fait aux collisions imprévues entre les lieux et les choses, vecteurs d'accidents poétiques qui engendrent l'art. L'humour naît de la même manière, via les incidents quotidiens le plus souvent absurdes. On n'est pas vraiment dans la parodie (même si il y a un peu de moquerie), tout est très sérieusement drôle, décalé. Même la musique qui consiste en une sorte de pop minimaliste vaut très largement ce qui se fait sur le marché (certaines sont même très bien, rappelant un peu les Talkings Heads). Les douze épisodes qui constituent la première saison sont assez inégaux, mais le rythme global ainsi que l'absence de cliffhanger (fins d'épisodes en suspend) est assez agréable : comme je le dis toujours à la machine a café, c'est désagréable d'avoir un fil à la patte (j'en ai trop souvent l'impression avec les séries américaines).
La mise en scène est assez fonctionnelle, c'est malheureusement le fléau de la majorité des séries TV qui cherchent à brosser le spectateur dans le sens du poil, cerveau disponible, etc... Agréable sans être renversante, elle arrive néanmoins parfois à surprendre le spectateur par un jeu sur l'échelle de plan, ou un cadrage qui sort un peu de l'ordinaire. En fait, ça ressemble pas mal à du Gondry, notamment dans les décors et les habits qui jouent un grand rôle dans l'ambiance décalée de la série : Bret par exemple est toujours vêtu avec des t-shirts d'animaux, les murs du consulat sont remplis de posters splendouillets évoquant la Nouvelle-Zélande, les déguisements en carton et certains passages clippesques font très SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ, j'en passe et des points de suspension. Les séquences musicales sont souvent un peu plus folles que le reste des épisodes, parfois un peu trop clippesques à mon goût. La photo a un peu de personnalité, c'est toujours ça de pris. Personnellement, je ne suis pas très Gondry, et cette ambiance un peu kitsch a fini par me lasser au bout des douze épisodes. Au final, on a un peu l'impression que l'humour se base un peu trop sur l'amoncellement d'objets hétéroclites.
Les deux acteurs principaux, les Flight..., campent un duo parfait de jeunes adultes perdus et un peu tristes. Ils sont même carrément déprimants dans leur constance à tout rater, que ce soit sentimentalement ou musicalement. Parfois l'humour laisse place à une sorte de spleen, à une tristesse sous-jacente assez émouvante chez ces deux loosers-nés, bons à rien et égoïstes, timides mais cruels dans leurs relations aux autres. Les personnages secondaires ont bien du mal à exister à l'écran, un peu trop caricaturaux à mon goût (la seule fan du groupe par exemple est vraiment la groupie de service, assez pénible à la longue). Murray (que l'on a pu voir dans l'horrible GOOD MORNING ENGLAND) est intéressant mais lui aussi donne un peu l'impression de tourner en rond à la longue.
Tous ces défauts peuvent paraître rédhibitoires, mais si vous aimez un tant soit peu l'humour très spécial du duo, ce qui est mon cas, ces douze épisodes devraient vous combler. Si en plus vous aimez les T-Shirts avec des loups sur fond de pleine lune, vous devriez kiffer votre mère. Par contre, il vaut mieux éviter d'enchaîner les épisodes à la suite, ça devient un peu écœurant.
Norman Bates.
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[Photo: "Dernières Tractations pour l'Attribution du Prix Nobel de Photographie" par Mek-Ouyes]
Dr Devo.
[Photo extraite de l'épisode 2 de LAÏKAPRK de Benoit Forgeard, qu'on retrouvera dans l'émission VISU (LE MAGAZINE DE TOUTES LES VISIONS dans la nuit du 1er au 2 janvier prochain sur France 2]
Allez, je vous laisse lire tout ça et déjà vous marrez comme des baleines, et vous fait de grosses bises.
Dr Devo.
[Photo: "Symposium sur La Course Folle du Progrès (Section Art), Toulouse, 1969" par Dr Devo]
Retrouvez d'autres articles sur la série MASTER OF HORROR en cliquant ici!
[Photo: "Les Maîtres du Monde" par Dr Devo]
Michel Moisan : Benoît, je suis ravi de vous rencontrer, laissez-moi vous soumettre une batterie de questions, issues de mon questionnaire "L'heure Michel". Puis-je ?
[Le plateau de l'émission VISU... Photo de Nardac.]
On avait déjà parlé de Benoît Forgeard sur ce site. L'émission VISU, c'est lui. Dans le numéro spécial Hors-Série de la REVUE DU CINÉMA que j'ai co-écrit tout seul avec Invisible, le Marquis, Michel Moisan et Bernard RAPP (bref, une vraie revue dans ton kiosque 100% focaliennne, au moins en ce qui concerne ce numéro spécial ; il n'y a que le l'horrible couverture et l'édito que nous n'avons pas faits !), nous faisions tous un constat très dur sur le cinéma français. Mais malgré tout, le numéro est organisé autour d'une perspective d'avenir (comme dirait Stève André, voir plus bas). En effet, nous vous proposions une liste de trois noms, celle des meilleurs réalisateurs français de 2009 ! Ce sont des jeunes réalisateurs, déjà chevronnés, mais encore inconnus de tous et (plutôt) ignorés par la profession. Néanmoins, leurs travaux actuels sont parmi ce qui, à mes yeux, se fait de plus audacieux en France. Non pas qu'ils résument à eux trois toute la créativité française en matière de cinéma, n'exagérons pas, mais disons simplement qu'ils sont à la pointe, et que demain, si la Justice est de ce Monde (ce qui est très certainement le cas), ils seront au top du top. Les idoles de demain de tout focalien qui se respecte. Nous allons dans les prochains jours parler beaucoup de ces trois réalisateurs. Mais pour l'heure, intéressons-nous au premier d'entre eux : Benoît Forgeard, donc.
[Jeanne, la harpiste du plateau et la caution culturelle du magazine de cinéma VISU... Photo par Nardac.]
Forgeard a livré à France 2 avec ce VISU..., une émission de deux heures clés en main. Car VISU est une émission à part entière dans laquelle seront présentés des courts-métrages (et un moyen) de Benoît Forgeard. Loin de faire défiler les films les uns à la suite des autres, Forgeard a écrit une vrai-fausse émission pour les présenter. Cette émission, c'est VISU, et c'est aussi un film à part entière. Et Forgeard, en mettant en scène cette vraie fausse émission, fait la tête au carré au service public, au cinéma, et au monde de l'Art en général ! VISU se veut donc être une fiction et une compilation des films de Forgeard. VISU se présente comme une émission de cinéma de service public. Elle est présentée par un singulier animateur : Michel Moisan, ici dans son propre rôle, qui aurait aussi bien pu présenter la météo, Vidéogag ou le 20 heures (il aurait préféré sans doute !). Mais le voilà coincé à présenter une émission de cinéma à une heure pas possible de la nuit. [Ici, la fiction rejoint la réalité, puisque France 2 programme VISU... à 1h40 ! Vous comprenez bien, dès lors, toute la perspective et la mise en abîme violente et acide du concept de Forgeard.] L'émission, puisqu'il s'agit de cinéma, parle aussi d'optique ou plutôt d'opticien. C'est le prétexte trouvé par la chaîne pour sponsoriser en loucedé l'émission de cinéma par un opticien branché de Paris ! Il y a donc trois personnes sur le plateau : le présentateur Michel Moisan, l'opticien-sponsor, qui fait aussi office, malgré son ignorance, de maître à penser en matière de cinéma (!!!!) ainsi que de critique, et accessoirement le pauvre Benoît Forgeard, ici dans son propre rôle, à savoir celui du réalisateur à qui on ne donne jamais la parole et que l'émission va humilier de manières diverses. [Lui-même, tout réalisateur qu'il soit, se couvrira de ridicule tout seul !] Entre les courts-métrages, sur le plateau, l'émission VISU est une fiction sur la télé en train de se faire, tout à fait étonnante. Je vais laisser le mystère planer, et vous laisser découvrir ces incessantes, voire indécentes, surprises... [J'ai été ému aux larmes, et pas seulement parce que c'est drôle, mais aussi parce que c'est triste à pleurer, par le spectacle de danse contemporaine sur les fromages de France ; la présence-absence de la harpiste-potiche mais sexy (on peut mettre de la musique en direct à la télé, à condition qu'elle porte des cheveux longs et un t-shirt serré et branchouille !), m'a également dérangé magnifiquement au plus haut point. Toute la partie plateau de VISU est magnifique et bondissante, pétillante de fantaisie, de violence et d'humour vitriolé. Un bémol peut-être : le début, faussement maladroit (qui le feint, disons), dessert peut-être un peu la chose. Mais bon, passées les 8 premières minutes, c'est irréprochable de A à Z. Les plus récalcitrants devront peut-être un peu ronger leur frein pendant le premier court, soit l'épisode zéro de LAÏKAPARK. Mais ensuite, c'est du petit lait, et même à une heure tardive, c'est hallucinant et vif pour tous.] Ceci étant dit, voici les courts-métrages que vous verrez dans VISU...
[Photo tirée de l'épisode 2 de LAÏKAPARK]
On retrouvera tout d’abord les deux épisodes de la série LAIKAPARK, série de 156 épisodes de 10/15 minutes. On trouve ici l’épisode 0 et 2 de ce feuilleton se déroulant sur le chantier interrompu d’un parc d’attraction ayant pour thème les animaux morts dans la conquête spatiale. Les ouvriers abandonnés par le propriétaire du parc en construction, sans doute parti avec la caisse, essaient de s’organiser, d’avoir accès à la culture, et à toutes les choses du corps, notamment la musique… Je vous avais déjà parlé de LAIKAPARK. Reportez-vous à l’éloge que j’en avais fait. Il est absolument indispensable de redécouvrir cette série qui explore les frontières douteuses et sublimes des territoires de part et d'autre de la frontière entre Marguerite Duras et Graham Chapman. C'est très beau de surcroît ce qui ne gâche rien. Plus tard dans l'émission, vous découvrirez l'épisode 2, également de très belle facture, peut-être encore meilleur, si une telle chose est possible, que le numéro zéro. Vous penserez à moi lors de la fameuse chanson de la belle Chinchilla (intitulée "Un Malheur parmi des Millions de Malheurs possibles", dans l'épisode zéro) et lors du happening photographique, grand moment d'art contemporain débilosse et déchirant pour toute la classe ouvrière ! ("Il se réapproprie mon travail" dans l'épisode 2).
[La chanteuse Chinchilla, un des moments les plus bouleversants de LAÏKAPARK épisode zéro...]
Viendra ensuite le court-métrage LA COURSE NUE, ode tragi-comique à une jeune actrice au chômage qui, pour éponger ses dettes auprès de son opérateur téléphonique (pour des raisons déchirantes que je vous laisse découvrir), se voit offrir par celui-ci un sacré boulot de communication afin de lancer un forfait inédit pour les moins de 20 ans ! Ainsi, l'héroïne, en échange d'une simple opération de marketing, verra sa dette effacée et on lui offrira même un forfait illimité vers tous les portables le dimanche de 18 heures à 23 heures. En travaillant ainsi pour rien ou presque (juste pour payer sa dette), elle perdra la liberté ou gagnera l'infini ? Vaste question qui se résoudra lors de la finale de la coupe au Stade de France !
[Affiche Officielle du film...]
Le retour plateau est fabuleux, mais chut.... N'en disons pas plus... En tout cas, préparez vos bières avant l'émission, car une fois démarrée, difficile de se lever et de quitter des yeux le poste à images...
[Photo extraite de LA COURSE NUE. Le lyrisme le plus déchirant
n'est jamais absent des films de Forgeard, mais il n'est jamais vraiment là où on le pense...]
Stève André est le jeune maire d'une grande ville française. Toujours vert (35-40 ans), il fut en son temps le plus jeune député de France. Il décide un beau jour de faire une réunion municipale en direct sur internet : le résultat, c'est le court-métrage même, qui fut d'ailleurs tourné en direct ! [Forgeard est décidément complètement foufou !] Stève André veut prouver par cette opération que l'internet est le lieu citoyen par excellence. Il veut aussi faire éclater sa brillante personnalité de winner accompli, et donner une leçon de modernisme à tout le monde, tout en confiant aux concitoyens de sa ville la parole, parole qui devrait prouver au monde entier que la ville de
Stève André est vraiment la plus dynamique et la plus tolérante et la plus citoyenne du monde. Ainsi tous les acteurs associatifs sont mobilisés pour ce conseil municipal en direct ! Qu'ils soient maire, président, femme du maire (l'étrange épouse de Stève André est superbe), président de comité de quartier, responsable d'association, opposants politiques, etc., tout le monde a quelque chose à dire et va le dire. Plus citoyen, plus solidaire, tu meurs ! Soudain, l'humoriste Mouquette (une sorte de Patrick Timsit ! Sublime !) débarque. C'est lui le plus politique de tous… Et il est aussi pitoyable que les autres.
STEVE ANDRE est sans doute la grosse claque de ce programme. Tourné en direct, et diffusé à l'époque sur le web (confondant ainsi la réalité et la fiction), le film nous plonge dans l'horreur démocratique la plus immonde ! Tous les clichés de la politique sont analysés au peigne fin par un Forgeard en grande forme. On est tous des citoyens ! On est tous des Pépitos (je vous laisse découvrir ça) ! Et tout le monde est solidaire avec tout le monde. La ville de Stève André a juste poussé le bouchon encore plus loin, se faisant en quelque sorte la ville française la plus française intrinsèquement de tous l'hexagone. Et donc, c'est la pire, la pire engeance de démocratie participative. Les discours du film, tous positivistes car chaque citoyen est forcément un type formidable rempli de bonnes idées (ignoble mensonge !), cachent en fait l'absence de discours et de réflexion politique, et à la lisière du film, c'est la plus extrême des violences qui est bord cadre. Et rejaillit quelquefois. Comme les autres films présentés dans VISU…, STEVE ANDRE est vraiment d'une drôlerie impitoyable, méchante et intelligente. Le summum est atteint avec Mouquette, l'artiste humoriste, citoyen à mort, « citoyen dans ses couilles » serait-on tenté de dire en le parodiant. D'ailleurs, à ce propos, sachez que tous les champs de l'existence humaine sont compris dans ce film, ce qui nous vaut trois passages édifiants mais poétiquement forts : la distribution des oranges, la scène d'amour, et l'arrivée de l'homme à la chaise roulante qui va vous faire hurler de douleur et de rire.
Diffuser ce film en pleines fêtes de Noël, à ce moment précis de la campagne présidentielle (qui va être sans aucun doute d'une violence bien plus terrible que celle de 2002) est sans doute le geste le plus punk de France 2 depuis des années ! C'est exactement le bon moment pour diffuser ce film Je n'en dirai pas plus, mais je suis sûr que la diffusion de STEVE ANDRE va être à l'origine d'un débat fourni dans la rubrique « commentaires » de cet article.
Vous l'aurez deviné, même si je suis resté très évasif, la diffusion de VISU et des courts-métrages qui la composent est sans doute l'événement le plus important de la télévision depuis longtemps. Pour les cinéphiles, c'est un régal complet, sans aucune faute de goût. Il faut saluer, une fois n'est pas coutume, l'audace de la chaîne qui non seulement a permis là l'exposition d'un programme de qualité supérieure, mais aussi la découverte d'un objet bizarroïde et très hors-normes qui n'a sans doute aucun équivalent français ou international. Soyez fiers d'être français et de payer une redevance (pour une fois). Vous allez assister grâce à ces deux heures de programmes drôlissimes à un moment sublime de surréalisme, de poésie, mais aussi à la naissance, ou plutôt au coming-out, d'un grand cinéaste qui signe des films non seulement beaux, mais divinement écrits ! L'Ère Focalienne tant attendue et promise commence dans la nuit de mardi à mercredi à 1h40 sur France 2 ! Signaler cette émission est sans doute un des plus beaux cadeaux que je pouvais vous faire.
[Mon conseil pour 2007 : achetez un casque !]
Joyeux Noël !
Passionnément Vôtre,
Dr Devo
PS : Devant l'importance de cette émission, nous accorderons demain un article à Benoît Forgeard. Il s'agira d'une de ses rares interviews (par Michel Moisan, le présentateur de l'émission VISU) et d'un portrait par Invisible, focalien dévoué qui signera là son article, premier d'une longue série, sur ce site.
[Photo extraite de LAÏKAPARK épisode zéro. La chanteuse Chinchilla chante tous nos malheurs possibles.]
[Photo : "Kermit Spleen : Une deuxième mort", par Le Marquis]
Sortons quelques instants du cadre défini de l’Abécédaire, c’est inhabituel, je sais, mais parfois, il faut juste que ça sorte.
Vous vous en doutez probablement, le grand retour des Muppets, qui colonise les couvertures de programmes TV et accessoirement le créneau horaire de Vidéo Gag le dimanche après-midi, n’est pas étranger à cette digression, mais il vous faudra attendre la dernière partie de cet article pour avoir mon sentiment sur cette résurrection - mais je sais : vous me voyez venir...
La création de Jim Henson fête grosso modo ses trente ans cette année. Le Muppet Show, qu’on ne présente plus, est apparu en 1976 puis a prématurément fermé ses portes en 1981 ; Jim Henson avait le sentiment d’avoir mené en cinq saisons le projet à son terme et craignait en prolongeant l’expérience de voir le spectacle décliner et se banaliser. Malgré le succès de l’émission anglaise, le concept est donc abandonné, d’autant plus que Henson souhaite se consacrer pleinement au cinéma, en l’occurrence avec le très beau DARK CRYSTAL – sa carrière de metteur en scène sera hélas contrariée par l’échec cuisant de LABYRINTH, un film énormément sous-estimé. Mais si le Muppet Show, brillant divertissement aux invités de marque, qui ménageait d’ailleurs régulièrement une place à la découverte de marionnettistes de talent, a disparu, Jim Henson n’abandonne pas pour autant ses personnages, qu’il a déjà conviés en salles en 1979 avec THE MUPPET MOVIE et qu’il retrouvera par la suite à l’occasion de deux autres longs-métrages (THE GREAT MUPPET CAPER et THE MUPPETS TAKE MANHATTAN), sans compter deux émissions spéciales, l’excellent A MUPPET FAMILY CHRISTMAS, et THE MUPPETS AT WALT DISNEY WORLD en 1990, dernier projet auquel il sera associé avant son décès. Comme le titre l’indique clairement, les droits de distribution des Muppets venaient alors d’être acquis par la firme de Mickey, qui en profitait grassement pour se faire de la pub, ce qui a fait grincer les dents des fans les plus puristes.
Pourtant, cette transaction aura eu des effets plutôt bénéfiques. Brian Henson reprend le concept de son père (et les personnages auxquels il avait donné la vie), qu’il va prolonger avec un certain talent dans trois nouveaux longs-métrages conçus pour le grand écran, des films visuellement assez ambitieux, produits et dirigés avec une indéniable originalité, et un téléfilm sympathique mais moins percutant, ainsi qu’une nouvelle série télévisée, Muppets Tonight (1996-1998) – le résultat, injustement décrié par les fans hardcore, est très réussi mais ne rencontre pas le succès escompté : deux saisons et 22 épisodes plus tard, l’émission est mise au rancard.
En 2004, c’est la franchise elle-même qui est rachetée par Disney, et c’est vraiment là que les choses se gâtent – les pisse-vinaigre des années 90 risquent fort aujourd’hui de regretter Brian Henson ! La firme a conscience du potentiel commercial du show et de la popularité de ses personnages à travers le monde, mais elle souhaite en contrôler le ton et la confection, pas très portée sur l’humour insolent et l’irrévérence qui, contrairement à ce qu’ont persiflé les mauvaises langues, n’avaient pas été enterrées avec le grand Jim. Cette frilosité à l’égard du concept lui-même explique d’ailleurs peut-être le peu d’efforts que Disney aura consacré à faire véritablement distribuer les films (en France, seul le NOËL CHEZ LES MUPPETS, brillante relecture de Dickens, aura été vu en salles ; le DVD paru en France est du reste d’une qualité lamentable, et pour l’avoir vu sur grand écran, je peux vous confirmer que le film, recadré en 1.33, en souffre énormément). Après avoir produit un téléfilm inédit dans notre beau pays (une adaptation du Magicien d’Oz), Disney décide de franchiser le concept et de ramasser le pactole en vendant le concept à l’étranger ; et voilà donc que débarque sur TF1 le « Muppets TV » relooké et supervisé par Sébastien Cauet.
Deux mots avant de poursuivre sur la perception du Muppet Show en France. Je suis un peu agacé par la trop grande popularité de la version française. Oui, Roger Carel, Micheline Dax, Claire Nadeau & Cie ont fait un excellent travail, c’est vrai. Voix typées, caractéristiques, familières, attachantes. OK. Mais ceux qui la défendent aveuglément ont-ils jeté un œil à la VOST ? Lorsqu’on revoit aujourd’hui un vieil épisode du Muppet Show en VF, on réalise à quel point, d’une part, les traductions échouent souvent à restituer l’humour très anglais de l’émission, s’engouffrant avec plus ou moins de réussite dans le jeu de mots à deux balles sans rendre justice à des dialogues non-sensiques de très haute volée en anglais. D’autre part se pose le problème de la nature même de l’émission, en particulier la présence de célébrités : le fait qu’elles soient doublées (même lorsqu’elles sont françaises, n’est-ce pas Aznavour ?) fait perdre beaucoup de l’intérêt de leur présence, et s’effectue en outre en s’accompagnant de très gros problèmes de mixage sonore, qui nuisent considérablement à certaines prestations. Les passages chantés ne sont pas traduits – ils ne sont pas sous-titrés non plus, tant pis pour les gags et le parallèle avec les actions des Muppets – et lorsqu’un dialogue vient s’intercaler dans un passage musical (voir par exemple l’épisode avec Cléo Laine), l’atmosphère sonore est tout bonnement supprimée, remplacée par une version instrumentale du générique sur laquelle interviennent les doubleurs : l’effet est vraiment désastreux. Lorsqu’on a goûté à la version originale, on réalise qu’en plus des performances des voix originales (celles de Jim Henson ou d’un Frank Oz grandiose en Miss Piggy), supérieures aux (valeureux) efforts des acteurs français, c’est l’essentiel de l’humour et de l’atmosphère du spectacle qui part à la corbeille avec la VF. Respect, encore une fois, à Carel ou à Dax, mais au bout du compte, cette popularité est une vraie nuisance, qui semble légitimer le scandale des coffrets du Muppet Show édités en France dans leur seule version française, qui plus est dans des copies pas terribles, et dans le désordre le plus complet, alors qu’en Angleterre existe déjà un coffret de l’intégrale de la saison 1 en VOST. Et si l’émergence de ce lamentable « Muppets TV » laissait espérer une ré-évaluation du show original, c’est peine perdue, puisque la première de l’émission de Cauet s’accompagne d’une vente en kiosque des mêmes DVD, toujours en VF.
Ce qui explique sans doute des propos comme ceux de Cauet, qui dit avoir apprécié dans le Muppet Show les personnages, mais « pas trop les histoires et les chansons » - oui, vous comprenez, en France, nous n’avons pas cette culture, blablabla… Il doit être satisfait, car les personnages, c’est bien tout ce qui lui revient : des tas de chiffons éviscérés dans lesquels n’importe quel chaland va pouvoir glisser sa grosse paluche. Et après tout, rien d’autre ne subsiste à l’écran que des « personnages », à savoir des marionnettes confisquées à leurs animateurs respectifs, des enveloppes vides que l’animateur hype va pouvoir remplir avec ce qui fait sa propre personnalité – c’est dire à quel point le projet est excitant…
Les aménagements de programmes en eux-mêmes n’ont rien de nouveau : le 1 RUE SÉSAME français diffère énormément de l’original (Toccata n’a lui-même qu’une ressemblance lointaine avec le véritable Big Bird), et on se souvient de Michel Robin en maître de Croquette dans Fraggle Rock. Mais avec « Muppets TV », c’est l’entière responsabilité de la conception du show qui est marchandée, avec pour seul contrôle créatif une censure ponctuelle totalement absurde imposée par Disney : interdiction de mettre en scène un pastiche de président américain (alors qu’on se souvient encore du robot Nixon fou de Muppets Tonight), interdiction de montrer Kermit embrasser un invité (?????), quant aux plaisanteries sur la dyslexie d’un Muppet, elles sont bannies car connotées trop « maladie » ! Ce genre de censure visant naturellement à préserver l’image de marque politiquement correcte jusqu’au grotesque de la souris aux grandes oreilles, tout en pissant sur l’identité profonde de la création de Jim Henson – et quand on pense que le bon vieux barbu râlait contre un Bébête Show plagiaire, on n’ose imaginer ce qu’il penserait d’une telle entreprise de sape de ses personnages et de son univers, bien plus préjudiciable que l’inoffensive parodie crétine de Collaro & Roucas. Ce pastiche plagiaire ne pèse pas lourd, comparé à la dénaturation profonde, le viol dont sa création fait aujourd’hui l’objet.
Avant son décès, Charles Schultz, moins naïf, avait pris les mesures pour s’assurer que Snoopy et les Peanuts ne seraient jamais re-créés, sous quelque forme que ce soit. Il a eu bien du flair, sans quoi on pourrait parfaitement se retrouver aujourd’hui dans la même impasse, avec un « grand retour en fanfare » des Peanuts revus et sodomisés par l’auteur de Titeuf. Ceux qui ont jeté un œil sur la reprise française des sketches des Monty Python voient bien de quoi je parle. Car, dans l’absolu, il y a là un non-sens et un manque de respect à mes yeux profondément impardonnables. Frank Oz, Dave Goelz, Steve Whitmire, Bill Barretta, Jerry Nelson, Brian Henson, Kevin Clash incarnaient leur personnage, et chaque muppet avait une personnalité et des tics pensés et développés par chaque marionnettiste auquel un personnage était attribué. Lorsque l’animateur Richard Hunt est décédé, la plupart des personnages qu’il incarnait (dont le « va-chercher » Scooter ressuscité dimanche dernier) ont disparu avec lui. Simple respect de la part de l’équipe créative qui habitait la troupe et conférait son âme à cet univers.
La transaction de Disney marque très clairement la fin du Muppet Show, dont les personnages ne valent désormais pas davantage que des costumes de Dingo campés par des smicards exploités dans chaque camp de divertissement obligatoire où viennent s’entasser les petites têtes blondes. Peu importe qui leur donne la vie, peu importe leur personnalité, peu importent les dialogues qu’on leur prête, les marionnettes sont à l’écran et personne ne fera la différence, les « personnages » ont été achetés, c’est super cool, et s’agitent sur le petit écran, voilà un revival d’emballé, vive le tiroir-caisse.
Muppets TV est donc écrit et réalisé en France, supervisé par Cauet (l'adéquation créative est mise au rencard au profit de sa seule popularité). Rien à dire sur le travail de Cauet, figure médiatique dont je me contrefous – et qui espère naturellement une visite de Kermit sur le plateau de son émission du jeudi soir, les parois sont bien poreuses, pas vrai ? Quelqu’un devait s’y coller, c’est lui, il s'approprie logiquement le matériau pour faire ce qu'il fait déjà ailleurs, puisque ce sont ses auteurs de la « Méthode Cauet » et de « Cauet retourne à la TV » qui s’y collent. Mais est-ce vraiment compatible ? Si une petite poignée de gags font mouche, ça reste bien léger, et surtout très typé dans un humour très franco-français, qui singe laborieusement les gags de l’émission originale. Rien n’y fait. Les personnages familiers paraissent dévitalisés, vides, zombifiés, et la magie ne fonctionne pas une seconde.
Je vous renvoie ici à ce que je disais plus haut sur la perception du Muppet Show en France, puisque le problème se fait déjà sentir : le show est-il culturellement transposable en France, surtout quand des générations encensent la célèbre VF aux voix souvent percutantes mais aux traductions affligeantes – sans parler du montage sonore entre VF et VO, désastreux ?
À voir le résultat à l’écran dimanche dernier, proprement affligeant, le doute n’est hélas pas permis. Photo hideuse de plateau télé sur-éclairé ; direction artistique quasi absente avec de grossières erreurs de cadrage ; figuration quasi nulle ; marionnettes animées sans le moindre talent et parfois vraiment foireuses – non mais vous avez vu Clifford ? ; écriture trempée dans un humour français de prime time, truffé de références musicales exclusivement françaises, dont une « Muppets Academy » atterrante et pas drôle pour un sou, qui semble juste placée là pour faire de la pub à un programme semble-t-il déclinant. Le tout s’achève sur une énième promo d’Obispo et de son horrible dernier tube 80’s balancé en play-back dans une séquence affreusement statique et dénuée d’imagination, là où chaque artiste invité dans le Muppet Show réinventait son style pour l’émission, dotée il est vrai d’une véritable équipe de musiciens.
Comment, de toute façon, espérer égaler la longue expérience et le talent d’un Dave Goelz ? Est-ce seulement l'ambition du show ? Ah, non, j’oubliais, on s’en fout des histoires et des chansons, ce qu’on veut, c’est les personnages. Sauf qu’en l'état, on est plus au « Village dans les nuages » que dans les décors et l'univers familiers, manifestement partis en fumée.
On peut faiblement espérer une amélioration technique, sans trop y compter, mais les bases sont pourries, et l'émission donne véritablement le sentiment de la fin, d'un univers attachant commué en franchise, que nous voyons se déliter et s'éteindre sous nos yeux – et très franchement, l’admirateur sincère que je suis souhaiterait ne jamais voir les Muppets revenir que de les voir dépecés et empaillés de la sorte. Car même si, qui sait, d’autres bons films peuvent encore peut-être se produire aux Etats-Unis à l’avenir, on sait déjà par qui ils seront désormais doublés en France, et plus généralement, c’est l’image même des personnages qui est aujourd’hui piétinée, ridiculisée, infantilisée : quel attachement un spectateur qui passe va-t-il éprouver pour un Cauet affublé d’un Tatayé vert pomme ?
Si quelqu’un me parle encore une fois de la « magie Disney », je tue.
Article dédié aux Dingo & Minnie lubriques filmés à Disneyland, qui ont risqué leur place pour mettre en boîte des personnages depuis longtemps déjà animés d’une vie sinistre.
[Photo : "We're off to see the Wizard...", par le Marquis]
Bonsoir à tous. Au pied du volcan, au milieu du Pacifique, les 16 naufragés luttent toujours contre les éléments. Les huit survivants se survivent à eux-mêmes, les huit candidats éliminés, ou "retirés" dans l'Au-delà, ne sont plus qu'ombres fugitives du générique. Telle est la loi impitoyable de Koh-Lanta. Votre correspondant local, Le Shériff, vous dresse un compte-rendu tapé sur machine Steinwood, entre deux gorgées de Tequila. Moustiques. Les volutes du cigare flottent dans l'air lourd, déchirées par les pales du ventilo poussif de la Pension. Adorable lectrice, sagace lecteur, nous attaquons la vingt-cinquième nuit d'aventure. Et malheur au vaincu. NATHALIE a été condamnée au départ à cause de sa perfidité. CATHERINE avoue s'être laissée piéger, et ne se prive pas de la dénigrer, après des semaines d'allégeance ; elle progresse dans son cheminement, comme on dit. Nous aussi. L'expérience Koh-lantesque, c'est l'expérimentation sur la matière humaine, c'est la Rencontre par procuration, c'est le Soin par l'image. Vérité et Image, Mesdames et Messieurs, pour vous, sur Matière Focale.
Apaisement total sur le campement, GAELLE abandonne tout scrupule, elle entame une nouvelle partie de jeu. JEAN passe une première fois voir LUDOVIC, qui porte mal son prénom, pour une entorse légère au genoux, séquelle de la dernière course à la survie. Les naufragés sont convoqués sur la plage pour l'épreuve de confort. Tous trottinent sauf le blessé. Fébrilité, "On va attendre LUDOVIC, quand même !" C'est la classique épreuve des sacs. Il ne s'agit pas d'une simple course, où l'on court pour l'équipe Jaune ou Rouge. Il ne s'agit pas non plus d'une course de rapidité, style 110 mètres haies. Non, il s'agit de courir contre les autres et de prendre position contre ses camarades. L'illusion du collectif s'effrite à grands coups de sacs dans la figure. Les deux derniers de chaque étape confient leurs charges au candidat restant de leur choix. Pas de rébellion, la règle est connue de longue date. Epreuve splendouillette, qui a perdu de son cachet puisqu'elle est éventée. GAELLE et SEB se disputent un sac, "agacé mais galant, SEBASTIEN lâche prise", synthés dramatiques et gros plans, regards inquiets de GAELLE qui craint l'esclandre, mais non, il est beau joueur, pas aventurier. Au bout de deux courses, FD porte 37kg, ce sera 12 pour GAELLE et 7 pour MARIE. Cette dernière emporte la mise et se jette dans les bras de son amie et rivale ; FD au second plan, en difficulté, ne peut se débarrasser de sa lourde charge. SEB l'aide, c'est bien. Il a beau être chef d'entreprise, ce gaillard est sympathique en diable. La récompense, c'est pour MARIE et l'invitéede-son-choix, une nuit avec TIMOTHY, shamane de son état. Chants, danses, transes, Kava (racine de poivrier mâchée par des enfants, "âpre en bouche"), mythes et légendes, Lap-lap (déjà vu, pour les fidèles lecteurs), conseils pratiques mais peu pragmatiques, deux nattes décorées et surtout offertes par des pauvres autochtones. Un vrai souvenir, quoi. Retour à la casbah, les autres aventuriers semblent indifférents à cette expérience humaine. Il faut bien avouer qu'il est difficile pour les deux privilégiées de bien la "raconter". Convocation à l'épreuve d'Immunité, topo sur la valeur de la pirogue comme moyen de communication, lieu de diplomatie et temple de sorcellerie. Les aventuriers en saisissent tous les enjeux, LUDOVIC l'emporte malgré sa blessure, SEB se fait griller sa place par GAELLE, qui doit être dangereuse sur la route quand elle est contrariée. LUDOVIC avoue qu'il s'agissait pour les ex-jaunes d'empêcher ALAIN de gagner l'immunité. GAELLE et MARIE s'isolent, duo individualiste soudé. ALAIN prend FD et lui enseigne l'art de la survie. Le travail d'équipe devient plus personnel au fil des épisodes, l'esprit de groupe s'effrite. Les nouvelles familiales arrivent par pirogue, échangées contre des victuailles. L'écosystème local est bouleversé par l'anxiété irréfléchie. GAELLE devient hystérique, CATHERINE refuse l'échange, FD veut un juste milieu, aux trois-quarts. Folie, destruction, pillage, sacrifice pascal. ALAIN toussote en évoquant son petit-fils, MARIE accuse SEB d'être indifférent à son fils. Vote et revote, garçons contre filles. Larmes, on se souvient que le monde existe, l'isolement rappelle les vraies valeurs humaines. Mais dévoile aussi une certaine avidité sentimentale, dangereuse pour gérer leur quotidien actuel. Au Conseil, GAELLE défend MARIE qui a blessé FD. Evolution parallèle entre des aventuriers plus philosophes mais joueurs impitoyables. Questions sur la tactique des jaunes. LUDOVIC dément avoir pensé au ralentissement imposé aux anciens Rouges, affrontement larvé avec FD. Rappel à la loi : "à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire". DENIS BROGNIART cherche ses mots pour mettre en mots le mal ("Euh…sabotage…pas glorieux, pas nécessaire"). Il est vrai que les Jaunes s'en tiennent aveuglément à leur stratégie initiale du refus de l'étranger, entre jaunes. C'est toi et moi contre le monde entier, la porte ouverte à des heures sombres. Le sort d'ALAIN est réglé le soir même.
Sur le flanc du volcan, deux esprits s'élèvent. SEB est lucide et s'excuse pour leur manque de sportivité. Il sait que les enfants regardent Koh-Lanta. FD réfute cette "entité jaune". GAELLE détourne les yeux. CATHERINE est "négative" selon MARIE, qui a pourtant explosé "d'amour". Nouvelle attaque sentimentale avec une vidéo, promise au gagnant de l'épreuve de confort. Tronc biseauté à garder à la verticale. Patience et concentration, comprenez torture. Montage, récompense-douleur : "Orgueil sportif à contenter". A bout de bras, MARIE emporte une caisse vide, offre 20 mn de vidéo à sa seule amie. Retour au camp, dévasté par un incendie. Effets partis en fumée. La main du destin semble concrétiser les reproches de Dieu l'animateur. "Faut voir le bon dans le mauvais", leitmotiv de FD. Journée de déprime et de faim. Séquence sur FD, écorché, chevaleresque et droit. EMILIE souffre de ses échecs répétés aux jeux, "à chier". Poule au pot. Tremblement (très attendu) de terre, le totem est mutilé. LUDOVIC l'imite et s'immole dans la cuisine. Epreuve d'immunité, les nageurs noient leurs rivaux avec des anneaux plombés. La conscience collective épargne deux candidats. LUDOVIC, honte à lui, laisse gagner EMILIE. La foudre s'abat sur l'insolent, EMILIE refuse le cadeau in-extremis, personne ne sera immunisé. FD déclare que EMILIE a de la valeur : plan sur ses fesses. Dans les bois, une poule s'est perdue dans le piège des aventuriers. Rééquilibrage. Réaménagement du camp. Scission chez les jaunes, qui approuvent ou désapprouvent le geste de LUDOVIC. Au Conseil, reproches à ceux qui ont bafoué l'Immunité. CATHERINE est logiquement, implacablement éliminée. Il ne reste plus que des anciens Jaunes, la meute va se déchirer, la sentence est irrévocable. Nouvelle escalade de la violence, on passe au cœur du volcan. "Que le meilleur gagne", disait ALAIN.
Le Shériff
(Photo: "Valeur Actuelle, Image d'Immonde" par Dr Devo et Le Marquis)
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