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[Photo: "Dernières Tractations pour l'Attribution du Prix Nobel de Photographie" par Mek-Ouyes]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Ca fait déjà un petit bout de temps que je vous parle de Jean-Christophe Sanchez, réalisateur français encore peu connu, mais à l’œuvre complètement hors norme et indispensable. Si on en devait miser que sur un seul, ça serait, et sans contestation, sur celui-là. Nous avions été gentiment invité sur le tournage de son second long-métrage LA CONSPIRATION DE L’ENERGIE BRÛLANTE, adapté (très librement) d’un livre de Jean-Claude Bourret et avec Jean-Claude Bourret, s’il vous plait, tournage qui nous avais valu de très belles photos de notre ami Mek-Ouyes (exemple : ici). Nous avions défendu également le film précédent, fabuleux moyen métrage qu’était THE RALLY 444 (dont on peut voir le film-annonce sur le site de l'Institut Drahomira, article là).
 
Sans vouloir en dire trop, le film étant encore sur la table de travail, INITIATION AU QUIPROQUO, nouveau court-métrage de Sanchez est presque terminé. Et l’émission Court-Circuit, sur Arte propose ce soir (donc techniquement ce mercredi matin à partir de 00h30) de découvrir les premières images de ce film. Ce ne sera pas une bande-annonce, pas un making-off, mais un véritable petit montage. N’ayant pas vu la chose, je ne pourrait pas la commenter, mais des témoins oculaires et focaliens m’ont assuré que ça allait, mais est-ce une surprise, déménager sa maman, notamment sur le plan musical. Y aurait il du Drahomira Song Orchestra là-dessous ? On verra bien, mais apparemment, ça va ruer dans les brancards.
 
Sanchez étant un réalisateur que nous suivons depuis longtemps sur ce site, et devant la magnificence de ces films précédents, il va sans dire que ce passage dans Court-Circuit ( à 00h30 !) est un événement en soi. Gageons qu’il aide, enfin, nos fabuleux distributeurs hexagonaux à se décider de se bouger un peu pour la cause sanchezienne, et que celui mérite à la reconnaissance qu’il mérite. Et si vous ne connaissez pas les films du Monsieur, mettez-vous l’eau à la bouche en lisant les articles sus-cités.
 
En tout cas, les petits gourmands et les amateurs de Beau ont rendez-vous ce soir Arte. Bon appétit, bien sûr ! Et passons le mot !
 
Amicalement Vôtre,
 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Mardi 4 mars 2008

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[Photo extraite de l'épisode 2 de LAÏKAPRK de Benoit Forgeard, qu'on retrouvera dans l'émission VISU (LE MAGAZINE DE TOUTES LES VISIONS dans la nuit du 1er au 2 janvier prochain sur France 2]

 

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Profitons de cette jolie photo, parce que je suis de bonne humeur [le Pére-Noël m'a quand même envoyé un vinyle de SUICIDE, le premier semble-t-il avec le fameux GHOSTRIDER notamment, ainsi q'un de BRIAN JOHNSTON MASSACRE, groupe que j'ai bien sûr vu dans le documentaire DIG! mais que je ne connais pas (ça tombe donc très bien). Et c'est pas tout, car il faut ajouter à cela un maxi, toujours en vinyle de Divine, oui oui Divine , notre amie et celle de John Waters! Elle n'est pas belle la vie?]
 
Maintenant, c'est moi qui offre les cadeaux. Ou plutôt je n'offre rien mais je vous montre un beau magasin remplis de jouets et tous gratuits!
Peut-on encore faire un court-métrage avec des décors fait par ordinateur et qui soit quand même du cinéma? Peut-on faire du cinéma du réel (ce monstre) qui soit touchant, beau et précis mais surtout qui n'en ait pas du tout l'air? Existe-t-il un humour décalé en France, ou un humour qui ne ressemble à aucun autre? Avez-vous déjà pleuré sur une chanson de Chinchilla? Que faire des ouvriers licenciés de l'usine Lowerman? Madonna est-elle accessible à l'ouvrier, jsutement, ou celui-ci ne doit-il se contenter que de l'art pornographique?Et la politique? Vous connaissez le plus grand film politique de tous les temps? C'est un moyen métrage sidérant!! Et d'une drôlerie sublime!! Et surtout, vous aimeriez voir une vraie émission de cinéma à la télé?
 
A toutes ces questions je réponds, oui, ça existe et oui, vous le méritez! Car France 2, dans la nuit du 1 au 2 janvier à 01h00 du matin (techniquement mardi, psychologiquement lundi soir tard), repasse l'émission VISU, émission de télé sublimissime, vrai ovni, accident industriel unique. VISU c'est une espèce de carte blanche remplie de courts-métrages réalisés par Benoît Forgeard (le papa de LAÏKAPARK, souvent secondé par le mystérieux mais diabolique Michel Moisan) et ça se présente sous la forme hilarante d'une vraie ou fausse émission de cinéma absolument hilarante (l'émission s'appelle RETINES parc qu'elle est sponsorisée par une célèbre marque de lunettes!). Toute la poubelle du monde et toute la beauté du Monde sont dans cette vraie-fausse émission et dans les courts qu'elle contient. Et vous allez rire votre maman. Pour ma part, je vous conseille de l'enregistrer soigneusement, car après le bureau des pleurs sera fermé et je vous préviens, focaliens, VISU n'existe pas en dvd! C'est maintenant ou jamais! Beaucoup d'entre-vous étaient désespéré lors de la première diffusion il y a quelques mois! En tout cas, préparez aussi des mouchoirs en papier. Car pour ma part, j'ai pleuré trois fois d'émotion pendant VISU (pour ceux qui verront la chose: pendant la chanson de Chinchilla, pendant une des dernières interventions plateau, et pendant STEVE ANDRE qui à mes yeux est le seul film politique français).
 
 
Oui, c'est une rediffusion, "imposée par le CSA" me souffle-t-on, et nous avions déjà parler de VISU. JE vous laisse donc redécouvrir ou lire pour la première fois les articles et les photos que nous avions consacrées à VISU.
 
Pour lire l'article que nous avions consacré à VISU, LE MAGASINE DE TOUTES LES REGARDS (l'émission donc!): cliquez ici! Vous aurez le programme précis de la soirée.
 
Pour lire une interview surréaliste et sublime de Benoît Forgeard, réalisateur de VISU: cliquez ici! C'est une interview exclusive pour Matière Focale, faite par Michel Moisan, le célèbre critique québécois qui ici vous dévoilera son fameux "questionnaire des Michel" qui va remiser Proust définitivement au placard.
 
LAÏKAPRK est une série de deux courts-métrages qu'on retrouve aussi dans VISU et toujours réalisé par Benoît Forgeard. Nous en avions parlé à l'époque (avec de belles photos). Pour découvrir la chose: cliquez ici.
 
Enfin pour voir des extraits des films composant l'émission, sur le site de France 2: cliquez ici.
 
 
Voilà. J'espère que cette rediffusion sera l'occasion pour vous qui avez loupé la première, de découvrir ce merveilleux espace de liberté de deux heures que nous avait offert France 2. C’est peut-être la seule occasion de l'année, d'ouvrir son poste de télé! Quant aux gens qui travaillent dans le bizness de la diffusion dvd, je n'ai qu'une question: qu'attendez-vous pour sortir VISU en dvd?

 

 

Allez, je vous laisse lire tout ça et déjà vous marrez comme des baleines, et vous fait de grosses bises.

 

 

 
Urgemment Vôtre,
 

Dr Devo. 

 

 

 

 

 

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Mercredi 26 décembre 2007

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[Photo : "Transubstanciation", par Proctoman.]
Chers Focaliens,
 
Comme chaque année nous revenons sur Matière Focale vous parler de l'événement culturel et récurent de l'année, sans doute le plus important : KOH-LANTA. Bien plus qu'une émission de télé-réalité ou de télé tout court, à nos yeux de focaliens, KOH-LANTA est bel et bien une émission politique et religieuse (que ce soit dans le sens théologique et/ou moral), sorte de mélange entre la défunte HEURE DE VÉRITÉ et le JOUR DU SEIGNEUR. Et je suis très heureux, pour la troisième année sur ce site, de déclarer la troisième saison d'analyse focalienne de KOH-LANTA ouverte ! Ouvrons donc cette bouteille de Champomy, allumons ce vieux cigare cubain et approchons pour voir comment commence la nouvelle saison.
 
[Je tiens à préciser à nos récents lecteurs que je trouve, outre cette émission, le niveau de la télé française absolument lamentable et que je ne la regarde jamais. Que ce soit en matière de divertissement ou d'information, la télé, talonnée pas loin par la radio, talonnée elle-même par la presse écrite, est d'un niveau si lamentable que rien que d'y penser j'ai des convulsions. Par contre, avec le plus grand sérieux du monde, je vous le dis : KOH-LANTA est une émission plus que passionnante, comme vous le verrez.]
 
Changement de décor et d'océan cette année, et pas qu'un peu me glisse à l'oreille Madame Moulick, ma voisine. Nous voici dans ce charmant pays que sont les Philippines, endroit sympa, jadis lieu de dictature énergique, puis de démocratie hésitante, et désormais pays pauvre, mais à l'affiche, grâce à notre émission politique préférée. De toute façon, les pauvres, bien tranquilles dans leurs bidonvilles, et donc un peu à l'écart des soucis du monde, sont hors-champs, ou alors, en tenue traditionnelle hollywoodienne, c'est-à-dire en pagne impeccablement repassé de couleurs vives mais unies (ici, rouge), et tirant à l'arc sommaire en criant "GOULOUGUOULOUGUOULOU", comme nous montre la classique première présentation du lieu. Cette présentation nous montre un Denis Brognard moins présent, plus discret, ce qui sera à moitié confirmé plus tard dans l'épisode. En effet, Denis sera plus hors-cadre dans ce premier épisode, mais aussi directement plus pêchu, et recadrant avec fermeté non pas les débordements (c'est un peu tôt), mais les pensées mêmes des concurrents. Exemple : "Les jaunes, je vous ai entendu dire que c'était une défaite [au jeu de confort] très encourageante, mas NON ! C'EST LE CONTRAIRE ! c'est catastrophique. (pause) Non ?" Premiers indices. Nous, le Marquis, le Shériff (qui refuse de retracer cette année la saison sur ce site ! Dommage, on perd une plume unique !) et Bernard RAPP avons une théorie. Chaque année, Denis incarne dans son jeu et sa fonction soit Le Père, soit Dieu, soit Jésus. Ce sont des cycles de trois ans, mais on ne sait jamais quelle forme il prendra, pouvant très bien être Jésus deux ans de suite. Or là, avec cette première phrase tranchante, on opterait, comme ça, d'instinct, plutôt pour un écartement de l'hypothèse Jésus. Etant spécialiste de ces questions, j'y reviendrai.
Nouvelle géographie donc, et décor qui change vraiment beaucoup. Les falaises sombres, "aiguisées comme des rasoirs" et terriblement hautes, forment une barrière de béton, une espèce de bunker lovecraftien face à la mer. Au pied de ces portes massives et naturelles, bizarrement, des petites criques et des avancées de jungle, jungle d'ailleurs classiquement Koh-lantesque. Chez nous, donc, mais un peu chez les Dieu avec ce décor néo-zélandais. Les Philippines sont après tout une terre de cinéma, et pas n'importe lequel. Le fantôme du récemment décédé Bruno Mattei plane au dessus de ma tête avec nostalgie, mais aussi puissance. Cette saison de KL sera-t-elle placée sous le signe des divinités cannibales ? C'est bien sûr trop tôt pour le dire.
 
Ce premier épisode, bien que classique, fut une introduction énergique, peut-être plus vive que les entames des deux saisons précédentes. Si les personnages, j'y reviens, semblent assez fadasses (ça me fait ça chaque année, pas d'inquiétude), ça démarre sans frime, mais très bien. Les premiers portraits des candidats sont très étalés, et pour certains vraiment courts mais très significatifs. On retrouve nos bons vieux archétypes, mais au final sans caricature excessive, bien que certains portraits ne soient pas du tout piqués du hanneton.
Ça commence assez fort avec dès le départ non pas un accident comme l'année dernière, où une candidate s'était pris les pied sur la coque du bateau en sautant pour rejoindre l'île (rapprochant ainsi KL de l'unique autre émission décente à la télé, car il y en a deux en fait, j'ai nommé VIDEO-GAG, la seule émission de cinéma sur le réseau), mais par une défaillance sérieuse et très inattendue à ce stade du jeu, c'est-à-dire sur la ligne de départ. Véronique, 50 ans qui n'est pas la doyenne des aventuriers mais presque, est originaire du Nord et même de Lille ! Ecoute-t-elle mes participations radiophoniques sur Radio Campus ? Sûrement pas, ça n'est pas le genre, même si son hilarant portrait montre cette célibataire embrasser religieusement la photo de George Clooney (amoureusement découpée dans Télé-Star), comme on embrasse une icône byzantine : baiser sur le majeur et l'index puis déposé dans un geste christique sur la photo accrochée au mur, à hauteur de bureau soit à peu près un mètre du sol, bien en vue du bureau et de l'ordinateur où Véronique se connecte avec anxiété, sans doute, on l'imagine très bien, sur Meetic ! Elle rajoute cette phrase malicieuse : "au moins [George], je t'ai, toi !". Ce qui lui vaut le qualificatif de "farfelue", au bout de quatre minutes d'émissions quand même, de la part d'un offesque Brognard !
Et Véronique, quelques secondes après le coup de sifflet marquant le départ de trente jours de souffrance, ben elle assure pas, et même elle a peur. Peur de l'eau sans doute mais aussi de la hauteur ! Elle ne veut pas sauter! Elle ne le sent pas, elle trouve l'aventure trop dure, alors même qu'elle est incapable de quitter le bateau. Pendant ce temps-là, le reste du troupeau trace sa route à toute berzingue. Véronique est paralysée et commente à voix-haute. Ça ostense sa mère sur le pont ! Elle finit par se jeter à l'eau, maudite sans doute par tous les postulants à l'aventure qui ont été recalés ! La chute est pas mal. Contrairement aux autres, elle saute avec le sac sur le dos, tamponne la coque (promesse d'un accident qui n'a pas lieu, mais qui suffit, c'est pas passé loin se dit-on, à nous mettre de très bonne humeur), et rejoint la surface humide qu'on appelle la mer (ici de Chine), qui n'est pas une promesse câline pour la quinquagénaire nourrie au Nespresso (sinon quoi ?) et aux gaufres hors de prix de la prestigieuse maison Meert. Une fois semi-immergée, et bien que son sac à dos, très handicapant pour avancer à la nage, lui assure une flottaison inattendue, Véronique, bonne mère (!), panique encore once again et ne sait que faire. Elle fait le petit chien, se déploie en efforts épuisants là où elle flotterait sans rien faire. Le liquide, ou alors dans une coupe, c'est pas son truc. Le secouriste, sublime et bronzé, puissant mais tranquille, bicepse jusqu'à elle et l'aide à avancer. On a failli perdre un candidat en trente secondes, sur abandon en plus !
 
Sur l'île, c'est la surprise, très bonne, avec un remaniement old school des règles de composition des équipes. Après être allés décrocher une boîte en bambou placée à trois mètres du sol (une boîte pour les femmes et une boite pour les hommes), deux des aventuriers, ceux qui les ont décrochées avant tout le monde, désignent et choisissent à tour de rôle leur équipiers. Ainsi, les équipes cette année ne sont pas pré-établies selon l'âge des viandes, mais se choisissent à l'ancienne et "old school" n'est pas un vain mot. On se retrouve dans l'humiliante configuration du collège et du lycée, où le prof de sport désigne les deux personnes les plus performantes athlétiquement pour choisir leurs coéquipiers. C'est Erick (noir et crâne chauve, ce qui arrive souvent à KL, et donc désigné tout de suite, là aussi comme chaque année par la voix-off comme "sage et mystique", car tout ce qui est étranger, non-caucasien et au crâne rasé est un sage à KL, à l'instar d'un David Carradine sans doute) qui choisit pour les garçons. Erick, qui a gagné l'épreuve des boîtes en bambou (et donc gagné le droit de choisir), en attendant qu'un de ses camarades, Grégoire (spécialiste de la grimpe sur arbre) essaie de décrocher la dite boîte. Ce qu'il arrive à faire, le Grégoire, mais au prix d'ahurissants efforts, en la faisant tomber au sol. Erick arrive alors en sifflotant et ramasse la boîte ! Techniquement, c'est lui qui a gagné. C'est très classe. Malgré son sourire de Bill "à la cool, Man", mais attention très "sage", Erick est donc un tueur, ce que je note dans un coin de mon esprit. Comme au lycée, l'humiliation est forte pour les trois ou quatre choisis en dernier. Véronique, qui trouve l'aventure trop dure et a voulu abandonner avant qu'elle ne commence, comme je le disais, fait partie du quarteron de supposés nullosses. Mélanie, surchargée pondéralement, est aussi du lot, bien sûr, comme c'est le cas dans n'importe quel bon film de collège sur le Marché de la Viande. Plus étonnant, on retrouve là Ali. Assez bête certes comme on le verra (syndicaliste CGT à la RATP, et peau maghrébine, là aussi la minorité visible n'est pas taillée et cousue dans de la fleur de dentelle), mais complètement marmulesque et carré, Ali l'a très mal. Son physique aurait dû faire qu'il soit choisi dans les premiers, à la place des crevettes mâles qui viennent de passer leur bac ! Mais non ! Il est vénère, le Ali, et la suite montrera qu'il n'est pas au bout de ses peines ! En tout cas, Erick choisit aussi la marchandise, sous le contrôle finalement amical de Grégoire (espèce de beau gosse difforme, mais qui a l'air relativement sympathique et discret, et devrait aller loin, car il plaît au jolies zesguons du campement), de la viande fraîche en opposition à eux-mêmes sur le plan chromosomique. La chair fraîche s'étale, est pesée naturellement au même titre que la force physique. Ainsi au final, les équipes sont mixtes. Ali est furieux d'avoir été choisi en avant-avant-dernier avec la Vioque et la Grosse ! Véronique, la première, rentre avec joie dans son équipe, et montrera une volonté assez marquée de dire que son temps d'adaptation déplorable en début d'aventure n'était qu'une défaillance, un "moment de doute et d'adaptation", carte qu'elle jouera avec naturel lors du conseil et qui lui sauvera la peau. Mélanie, charme XL, assez décomplexée, prend la chose avec le sourire. Malgré son look de dragueuse-meilleure-amie du Macumba de Ronchin, le samedi soir, elle semble cool. A suivre. En tout cas, cadreur et monteur n'ont pas loupé son string gwynethpaltrowien, impressionnant, ou plus exactement étonnant (en string dans la jungle ? C'est pas mieux la culotte ?).
 
Ils sont tous là. Inspectons le contingent, puisque c'est à ça que servent les épisodes 1.
 
On commence par les JAUNES, soit l'équipe Guntao, je cite, qui n'est pas une marque de chocolat équitable, n'en déplaise à Véronique !
 
ERICK, donc, c'est le chef, et le seul black mâle de l'aventure. Il gagne donc le droit de tirer les équipes en trichant, et en manquant absolument de fair-play, au nom de la compétition, bien sûr. Madelin sauce Kassav ? On verra. En tout cas, il cherche à forcer la bonne humeur et joue la partition. On sait au bout de trente secondes qu'il est sans foi ni loi. On verra s'il tue encore. En tout cas, il ne m'inspire pas grand chose de bon. S'il n'est pas méchant, je sens qu'il sera bête. A vérifier. Je ne lui confierais pas mon caleçon sec en tout cas, ni mes réserves de copeaux de noix de coco ! Il a 32 ans mais en fait presque dix de plus ce qui est absolument effrayant !
 
GREGOIRE, 24 ans, à l'air sympa comme tout, quoique je n'aie pas envie d'aller discuter du dernier Derek Jarman avec lui. Mec doux, à la cool, insignifiant peut-être (à vérifier), c'est aussi un homme de la forêt et sa passion, ce sont les arbres ! Il grimpe formidablement, a le regard dense, un regard bleuté (un point commun avec votre serviteur). Fraîcheur, gentillesse apparente, il a vite été spoté par Chloé, qui a le même âge, et je vous le dis, ça va coucher ! Ou alors, il se fera dévorer. En tout cas il ne va pas partir de sitôt. Je parie mon paréo qu'il va à la réunification !
 
VERONIQUE, 50 ans, lilloise, reine de la gaufre. Et quoi d'autre ? Après un début chaotique et des efforts pathétiques pour prouver ses volontés d'entraînement aquatique, elle fut sauvée par l'arrogance de Pascale. Mais la lueur au fond des yeux, lors de la nuit du conseil, ne me rassure pas. Rombière décalée ou Mercenaire ? A suivre.
 
FILOMENE, 35 ans mais qui fait moins, est la deuxième black de l'aventure, là aussi rôle attendu. Plutôt jolie, elle a peur des insectes. Future faible à mon avis, mais on en sait trop peu... En tout cas, elle ne s'est pas détachée dans ce premier épisode. On verra.
 
PASCALE, 39 ans, chef de service chez Casto, c'est la méchante, imbue d'elle-même. Son portrait est triste et hilarant. Elle martyrise son mari (pauvre hère !), et le chien a l'air vraiment triste. Blessée mais arrogante, malgré la perte du jeu d'immunité, elle se fait sortir, au profit de Véronique. Tant mieux se dit-on, car ce genre de profil retord est dur à sortir à mesure qu'on s'avance dans l'épopée. Ceci dit, les extraits de l'épisode deux, montrés en fin de générique, délivrent une info importante : un rouge a dû être amputé d'un doigt ?! Tueuse professionnelle, mais virée au profit de la plus faible, elle va donc logiquement faire son retour : ça va être super-gore ! [Dans le portrait, hilarant passage sur ses parents, petits retraités en forme de winners et qui ont transformé il y a 35 ans la petite Pascale en une psychopathe froide et meurtrière. Voilà qui en dit beaucoup en quelques secondes ! Le papa est vexant et ignoble, la maman prépare des confitures pour l'hiver mais castre les agneaux à la tronçonneuse !]. L'épisode 2, sinon la saison, va tourner autour de Pascale donc. On va rire ! Ou pleurer ! Ou les deux !
 
CHLOE, 24 ans. Très attirée sexuellement par Grégoire, elle pourrait très bien être une manipulatrice, me suis-je dit en début d'épisode. Par contre, elle n'a pas paru spécialement infecte par la suite. Donc, don't act. Par contre, gros point positif, elle a eu un sublime fou-rire très chaleureux et très humain, au conseil en plus, lorsque Laurent était en train de débiter des conneries de sportif à la chaîne, à la manière du cycliste interviewé en fin d'étape du Tours de France ! Ce geste humain et spontané me la rend sympathique. Au fond de moi, je ne suis pas rassuré pourtant. Joueur de nature, et puisque Bernard RAPP a déjà choisi Mélanie et que le Marquis s'oriente [Peut-être ! NdM] vers Maryline, je la choisis et la sponsorise comme "mon favori".
 
ADRIEN, 55 ans, ancien pompier, un peu anxieux, mais sans plus. Sans relief pour l'instant, on verra. Ça va pas aller au bout, ça...
 
LAURENT, 24 ans, complètement bête, jeux tradi du sud apprécié, accent insupportable mais heureusement totalement bête. Son monologue du vague, hein, lors du conseil, était un grand moment. Machiste probablement, ringard, gloire du sud qui nous donne DÉBUT DE SOIRÉE et Patrick Sébastien, on ne peut que croiser les doigts pour qu'il reste un peu, et se fasse lentement broyer en proférant des conneries hénaurmes. Fort potentiel comique (involontaire).
 
 
On passe maintenant aux rouges, à savoir, les BATANG, qui n'est pas une boisson aux divers fruits de la passion !
 
PATRICK, 40 ans, est encore un gars du Ch'Nord, du cinq neuf donc, et c'est un patron de PME chiquosse, sans doute voisin de Véronique. Ceci dit, on l'a peu vu dans ce premier épisode, et il paraît plus discret que son portrait. Il aurait des origines aristos, et en tout cas, la photo du site officiel de KL le montre un polo rose classique de chez Lacoste, et une barbe très fournie. Deux indices importants.
 
MELANIE, 24 ans, ronde de service. Finalement, et même si on l'a peu vue, hormis dans les plans très cadrés où les anatomies slipesques furent détaillées largement lors de la première nuit au camp (dont Véronique d'ailleurs), Mélanie a l'air tout à fait sympathique. A suivre.
 
MARYLINE, agricultrice du Nord (encore !!!!), 36 ans et déjà bardée de chiards (au moins 4, tous jeunes), semble elle-aussi assez simple et sympa, ce qui serait une excellente nouvelle, les dernières éditions ayant été blindées de psychopathes. C'est la seule avec Mélanie qui dégage une sympathie assez certaine. L'avenir va-t-il nous contrarier ?
 
MARIE-LAURE, 23 ans, doyenne de l'équipe jaune. Alors elle, je lui confierais pas un seul de mes futurs enfants ! D'instinct en tout cas. Ancienne mannequin semble-t-il, ce qui semble assez peu probable (photos de charme ?), la bimbo est assez énervante et sans saveur. Ceci dit, sur le camp jaune, elle a fait preuve d'une ou deux phrases de bon sens pratique, pas toujours entendues mais clairement prononcées ! Étrange, mais j'en prends note !
 
JADE, insipide bimbo de 24 ans avec un nom de pseudo MSN prostitutif. On ne peut rien dire d'elle, et à ce stade c'est bien normal. Tu entends le bruit du vent ?
 
KEVIN, 21 ans et benjamin de l'équipe ! Yeux clairs, physique de skatter, il pourrait jouer dans ROAD TRIP ou VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY. Complètement à l'ouest, il est d'une laideur presque fascinante. On sent tout de suite qu'on va bien s'amuser avec lui. Le public Popstar acceptera-t-il la main tendue des copains de Mougeotte, main tendue pour qu'ils grandissent un peu ? A suivre !
 
SIMON, 26 ans, physique de bûcheron landais, et lui grosse barbe sur le cliché officiel. Il a l'air performant, sans histoire, bien qu'ayant essayé de devenir un ami de Sting en bouffant une racine malveillante. Sa force et son énergie vont le préserver un bout de temps. Notez, Mesdames, qu'on l'a vu nu, se doucher à la gourde les fesses et le robinet. Ambiance rugbymen, mais en hétéro et bien plus sympathique.
 
ALI, 35 ans, mais combien d'utiles seulement ? Ali râle parce que pour lui le vocabulaire c'est important, et le fait d'appeler repas le 8ème de bigorneau qu'il partage avec les autres, il boude, gueule et s'enferme. Les autres ne font pas d'effort ceci dit. Ils l'ont oublié lors du premier partage de bouffe, et surtout ils n'arrêtent pas de se planter dans son nom : Mali, Adil, Monoprix, Rémy, c'est un festival. Mon hypothèse est que, hors-champs, à l'hôtel et pendant le voyage, tous les autres se sont aperçus qu'il était bête comme un manche, voire très con, et qu'ils le font craquer à petit feu. Pourrait faire un excellent félon, très manipulable, lors de la réunification. Cerveau : 12 ou 13 ans.
 
Ce soir, après ce premier épisode énergique et assez old school, trad' quoi, on va entrer dans le vif ! Vous voilà, grâce à Matière Focale, prêts à suivre le deuxième épisode avec toute l'acuité nécessaire. Mon intuition me dit que ça va être un festival ; on va enfin pouvoir parler de Dieu et de Politique !
 
Calmement Vôtre,
 
Dr Devo.
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Vendredi 6 juillet 2007

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[Photo: "Symposium sur La Course Folle du Progrès (Section Art), Toulouse, 1969" par Dr Devo]

 

 

 

Chers Focaliens,

Allez, un petit coup de télévision, en attendant la surprise que j'ai évoquée samedi, et qui devrait apparaître sur Matière Focale fin avril ou début mai. Des indices ici, chez le collègue Nadjalover. Ça, c'est du teasing !

Allez, faisons donc encore un petit tour du côté de l'horreur. Alors, les petits gars, aujourd'hui, on va faire double ration, non pas de nouilles, mais de glace ! "Ils crient tous pour des glaces", voilà qui aurait fait un joli titre si le concepteur de la série MASTERS OF HORROR eut été français ! Gardons pour l'instant WE ALL SCREAM FOR ICE CREAM, l'épisode 10 de cette deuxième saison de la série horrifique, réalisé par un vrai revenant : Tom Holland. Mais si ! Tom Holland ! Le scénariste de PSYCHOSE II dont nous avions dit le plus grand bien, et aussi de CLASS 1984, déjà plus nanardesque, mais je taquine, effectivement, Holland étant surtout connu pour avoir réalisé les premières aventures de CHUCKY, la poupée qui tue et marche sur les plates-bandes de DOLLS de Stuart Gordon. C’est aussi le réalisateur de VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE ?, très bonne série B horrifique des années 80, et film réalisé qui se revoit toujours avec plaisir, comme nous l'avait rappelé le Marquis dans son article. On ne saurait d'ailleurs que conseiller ce très sympathique film, très malin, qu'on trouve facilement partout. Depuis, pourtant, il a pas fait grand chose, le père Holland. La voie royale du film en salles (voilà, je l'ai fait, mon jeu de mot) a vite été abandonnée, et le gars aurait plutôt tendance à faire de la télé, où il adapte du Stephen King ou réalise des épisodes de la splendouillette série également horrifique TALES FROM THE CRYPT. Bref, pas grand chose à se mettre sous la dent. Encore empreint de la malice de VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE ? (et oui, ça c'est du titre, les amis, complètement différent de l'original FRIGHT NIGHT, bien entendu...), c'est plutôt avec plaisir qu'on entame l'épisode du Monsieur...

Ça commence d'ailleurs pas trop mal, et même bien. Un plan douche bizarroïde mais très chouette, voilà le premier plan marquant, quelques secondes après le départ de l'épisode. C'est finement joué. En effet, WE ALL SCREAM... raconte quand même comment des gens normaux comme vous et moi (enfin vous au moins, j'espère !) voient leur chair fondre et se transformer en glace dans d'atroces souffrances quand leurs rejetons commandent des mikos à un marchand de glace et de sable ambulant qui traverse les quartiers résidentiels cossus (car vous avez réussi dans la vie !) en pleine nuit ! Voilà qui est plutôt loufoque comme contexte. Et le père Holland, de manière assez astucieuse, commence d'entrée de jeu par biaiser avec malice la première "fonte mortelle" de son film, en faisant un plan douche qui est plus beau, et surtout plus glauque qu'un plan de face, qui aurait été pourtant plus gore ! Il évite ainsi le ridicule et surprend son docteur de belle manière. Et ça tombe bien, car derrière, pas très loin, c'est un joli plan de générique qui nous attend, avec le véhicule du marchand de glace justement, qui surgit de la nuit et du brouillard dans un ralenti très lent, presque figé. Bah, c'est plutôt pas mal ! Miam, miam !, me dis-je, voilà une saison deux qui paraît beaucoup moins médiocre que ce qu'en dit la rumeur !

Malheureusement, la suite ne me donnera pas, une fois de plus, raison !
WE ALL SCREAM… raconte la terrible histoire d’un groupe de jeunes qui, dans les années pré-connes, avaient pris un petit peu d’avance sur leurs contemporains. Menés par un gamin plus bête et plus violent, ils ont fini par commettre l’irréparable : l’homicide involontaire d’un clown-marchand de glace conduisant la camionnette ambulante qui sillonne les quartiers-dortoirs ! Ça, ça la fout mal, comme dirait Stephen King. Et "Hinhinhinhinhin" comme disait un autre clown, euh pardon, clone de Freddy et des KILLERS KLOWNS FROM OUTER SPACE des frères Chiodo, j’ai nommé le désastreux KILLJOY, croquemitaine du film éponyme dont je vous avais parlé à l’époque, suite à un mémorable visionnage au Centre Marquisien de Sauvegarde du Patrimoine Cinématographique Mondial. Alors évidemment, ici, la production, quoique plus courte au métrage, est nettement bien plus richement dotée que le KILLJOY en question. Et pourtant, d’où vient ce parfum de désastre qui monte à mes narines ?
D’abord à un scénario parfaitement déséquilibré, très vite prévisible, et surtout complètement vautré dans la plus grande splendouilletterie la plus involontaire, comme le petit cochon se vautre dans la boue en croyant s’allonger dans l’eau claire de la rivière. Souviens-toi de ÇA et de ce que tu faisais au marchand de glaces clownesque la dernière nuit d’Halloween avec Christine dans le fog, semble dire Tom Holland. Le premier plan douche réussissait à être non seulement étonnant mais aussi à contourner de manière ludique le côté too much de l’intrigue (des gens qui se transforment en glace, quand même !). La suite sera tout le contraire : du pur concentré de kitsch, mais sans le moindre recul ou sans la moindre ironie, et surtout, encore plus, avec une certaine arrogance dans la propension à faire passer des vessies narratives pour des lanternes, chose toujours faite ici avec l’air intelligent de celui qui nous présente le fil à couper le beurre atomique, 50 ans après son invention. Ainsi, tout est prévu et visible à huit cent kilomètres. Le petit garçon violent devenu SDF/marginal/psychopathe (rayez la mention utile), toujours nécessaire pour donner à son film un côté social en assurant les pires réflexes réactionnaires possibles, à base de déterminisme social et politique, nos pauvres héros étant évidemment dans la upper middle class… Ce personnage de SDF meurtrier sera d’ailleurs introduit tout en finesse dans la pachydermique allusion de la scène du cimetière (qui est absolument inutile, ce qui fait que quand on voit le gars miséreux, comme par hasard, on a compris instantanément à quelle sauce on va être boulotté). Vingt minutes plus tard, on le retrouve, le SDF, comme si c’était une révélation. Sinon, on peut signaler les hideux seconds rôles, tous convenus, enfants en tête, les abominables et ultra-explicatifs flash-back qui consistent à nous relater l’accident/meurtre, car tenez-vous bien ma brave dame, c’est les deux en même temps. Je suis donc coupable et aussi innocent ! C’est pratique !
Le rythme narratif est effréné, environ 10 kilomètres/heure sur autoroute, et 5 en ville ! Hâtons-nous de nous dépêcher à enfiler les clichés du genre "Prends la voiture, Chérie, et fonce, sans te retourner, chez ta mère, les enfants ne sont pas en sécurité dans la maison", suivi d’un "Oh mon dieu, le marchand de glace nous attaque sur l’autoroute" de bon aloi, le tout ponctué du rire (très) maléfique, (pas) effrayant et incessant du marchand de glaces qui n’arrête pas de dire la fameuse réplique qui a provoqué sa mort à l’époque ! Que de l’inédit, en somme. Les plus sensibles d’entre nous trouveront déjà là une demi-douzaine de motifs pour s'immoler vite fait bien fait dans le salon. Mais ils louperont alors l’hilarant final que j’appellerai "séquence des télécommandes", prouesse scénaristique stupide sans doute issue d’un quelconque brainstorming entre "créatifs" de la section "production". Qu’on les rassure : le scénario est parfaitement respectueux du "pacte poétique" (pour la France, serait-on tenté d’ajouter) aristotélicien. De ce point de vue-là, les métaphores et sous-intrigues sont d’un équilibre parfait. Néanmoins, nous sommes en face d’un film parfaitement stupide sur le plan narratif. Un bon scénario ne fait pas un bon film. Ça peut même faire un très mauvais étron, sorte de méga-compile de ce qu’on a déjà vu mille fois et de ce qu’il ne faut pas faire ! Bravo ! Hal Hartley avait raison, à travers le personnage de Martin Donovan dans ce merveilleux moyen-métrage dont j’ai oublié le nom, mais que le Marquis ne manquera pas de signaler en commentaires : "la connaissance ne fait pas tout." [SURVIVING DESIRE, je crois. NdC] Et les recettes éculées non plus !

Mais bon, dans la vie, qu’on le veuille ou non, il n’y a pas que le scénario. Il y a aussi la mise en scène, et même que des fois, c’est lié. Alors oui, Tom Holland est bien d’accord avec moi : le plan où le camion de glace sort de la nuit… [Comme Freddy tient ! Là, il faut que je rappelle le génial titre français du dernier Freddy réalisé par Wes Craven, un très beau film d’ailleurs : FREDDY SORT DE LA NUIT ! La question est : est-ce le même mec qui a titré le dernier Lars Von Trier LE DIREKTOR ? Pour l’édition DVD de cet épisode de MOH saison 2, je propose : LA CAMIONNETTE DE GLACE MALÉFIQUE SORT DE LA NUIT POUR VOUS TUER, mais si vous trouvez mieux bien sûr, n’hésitez pas à rajouter un petit commentaire à la suite de cet article !] Je disais donc, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même (ça me fait penser, le méchant SDF, il prend des bains dans une barrique en bois, comme dans COURS APRÈS MOI SHÉRIF, hihihi, encore une bonne idée de scénario !), Holland pense aussi que le plan avec le camion de glace au ralenti sortant maladroitement du brouillard est vraiment joli. Du coup, il le replace douze fois. Sinon, le reste est parfaitement sans personnalité. Le montage est paralytique, et le cadre n’a aucune sorte d’intérêt, plein de plans rapprochés comme n’importe quel film de Claude Berri. Bref. La photo étant complètement attendue, et ça et là même de très mauvais goût (ah, il y a toujours du soleil aux USA quand les couples se réveillent le matin !), voilà qui laisse énormément de champs aux acteurs. Et là, c’est encore le mieux dans le genre "seconds couteaux en roue libre et sur le bord de toucher un cachet". Ça splendouille dans tous les coins : père très concerné et même cerné tout court, brave barman obèse, SDF maléfique et grossier, épouse inquiète, petit Kevin marchand sur les plats de bande du clan Fannings (j’ai encore découvert au détour d’un film une autre mini-Fannings cette semaine… On en reparlera, mais ils sont combien au juste ?), à moins qu’il ne marchât sur les plats de bande de Henry Thomas adulte (qu’on a pu voir dans l’épisode de la saison 1 intitulé CHOCOLATE), etc. Ajoutez là-dessus un son bourré d’effets à la moindre présupposition d’apparition fantastique, une musique hideuse, et une durée de 52 minutes et vous obtenez d’assez loin un des pires épisodes de la série !

Mais c’est vrai que dit comme ça, on aurait presque envie de le revoir…
N’y pensez même pas !

Ou alors si vous êtes vraiment sado-maso, et à ce moment-là demandez, Madame, à votre mâle-dominateur, ou, Monsieur, à votre Maîtresse Sadique, de vous fouettez en regardant l’épisode.

Une chose est sûre, entre deux films de James Ivory, en Enfer, on projette cet épisode de Tom Holland, et encore, même pas au ralenti !

Salut Tom. Et si jamais tu croises un de ces jours ton humour et ta malice, dis-leur bonjour de notre part !
 
Bronzément Vôtre,

Dr Devo.
 
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Mardi 27 mars 2007

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[Photo: "Les Maîtres du Monde" par Dr Devo]

 

 

Chers Focaliens,
 
Un petit retour en arrière, au pays des images télés. La télé, c'est quelquefois, rarement mais quelquefois, aussi bien voire bien meilleur que le cinéma. Si la série PRISON BREAK est très bien écrite mais gentiment mise en scène, certaines séries sont fabuleuses, à l'image de CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR dont toutes les saisons sont à tomber par terre, à une poignée d'épisodes près. Le Marquis et moi-même consacrons, et c'est loin d'être fini, et je dirais même plus qu'il faudrait que je m'y remette, nous consacrons, dis-je, une série d'articles épisode par épisode à la série expérimentale SAN KU KAÏ. Notre émission de télé préférée de tous les temps étant KOH-LANTA, la seule émission politique valable, pour le Marquis et moi-même, l'hiver est souvent rude. C'est pourquoi l'année dernière je vous ai parlé en avant-première de la série MASTERS OF HORROR. Cette année, après tout le monde, après que tout le monde en ait déjà parlé, je vous propose en avant-dernière les comptes-rendus de la seconde saison de la série.
 
Avant cela, une précision. J'ai chroniqué tous les épisodes de la saison 1, je crois, à l'exception de IMPRINT de Takashi Miike, que j'ai trouvé plutôt pas mal, mais que je n'ai pas chroniqué tout de suite, à chaud ! Quelle erreur ! Afin que le panorama soit complet, je demande humblement, ici, en public, au Marquis de chroniquer l'épisode le jour où il le verra, fût-ce dans deux ans !
 
Pendant ce temps-là, deux ans quand même, voilà qui devrait me laisser assez de loisirs pour chroniquer la saison deux, que je vais regarder dans le désordre. On prend pas tout à fait les mêmes et on recommence. Je me suis bien abstenu de lire quoi que ce soit sur cette deuxième saison. J'arrive donc complètement vierge, à peine effleuré par la bise d'une rumeur que je choisis d'ignorer, telle la blanche colombe. SOUNDS LIKE est donc le quatrième épisode de cette deuxième saison, et je découvre avec des ronronnements de plaisirs que c'est Brad Anderson qui a réalisé la chose. On avait déjà parlé de lui ici à l’occasion de son magnifique THE MACHINIST. J’ai depuis vu HAPPY ACCIDENTS, classique des bacs à soldes plutôt sympathique, bien que pas mal de coudées en dessous du film précité ! Donc, me disais-je, en découvrant le nom du bonhomme au générique, "ça commence bien" !
 
Chris Bauer est un homme d'une petite quarantaine d'années qui surveille le call-center (le centre de la hotline quoi !) d'une grande entreprise d'informatique. Pour être précis, il surveille les conversations de ses collègues qui accueillent les client en détresse avec leur ordinateur, et veille à ce que les dits appels suivent le protocole d'aide pré-établi, se passent dans des conditions de stress minimum pour le client, et dans un temps le plus court possible. Bauer est rigoureux, carré, attentif. Son travail c'est sa vie, surtout depuis la mort tragique de son fils, victime d'une anomalie cardiaque génétique. Notre héros a un handicap, ou un talent, beaucoup plus étonnant. Il fait de l'hyperacousie. En un mot, il a une ouïe d'une finesse extraordinaire. Une oreille trop pointue même, qui lui fait entendre chaque détail du paysage sonore avec un volume semblable à celui d'un Boeing en plein décollage !  
La vie n'est donc pas facile pour Bauer qui, en plus, vit encore avec sa femme, grande dépressive, obsédée par l'idée de retomber une nouvelle fois enceinte et d’effacer le deuil.  Une chose incompréhensible et impossible pour Bauer... Peu à peu, son handicap grandit, et ses facultés auditives augmentent encore, jusqu'à ce que sa vie bascule lentement...
 
Et bien ce n’est pas souvent que ça arrive, mais malgré les quelques heures qui me séparent de la vision du  film de Brad Anderson, je suis assez embêté pour vous en parler. C’est un réel paradoxe, pas épatant du tout, là où d’habitude, et vous vous en êtes déjà rendus compte, ma mémoire récente d’un film vu, aussi moyen soit-il, provoque chez moi des articles conséquents avec moult détails et emberlificotures baroquissimes. Voilà ce que je peux dire, néanmoins…

Le sujet du film, s’il respecte complètement le cahier des charges (principe de base loufoque, flash-back incessants et lourd passé) de plus en plus voyant dans la série, soit dit en passant, est très intéressant et assez original. Le fait de faire porter le fantastique sur le son est quelque chose d’assez attirant. Le contexte du call-center, en plus, avec ses petits pointes sociales (pression libérale au travail, cruauté du management en ressources humaines, le travail comme lieu du moule et du formatage, harcèlement, etc.) est également un atout. On retrouve également un bon soin général, ce qui était déjà le cas avec la saison 1. Il y a un peu de moyens, et en général c’est quand même éclairé assez luxueusement. Même si ici, hormis les derniers plans, rien de fabuleusement et d'incontournablement beau n’ait lieu dans la photo ! C’est du travail correct.
La première remarque sera relative aux défauts des qualités de ce SOUNDS LIKE. Le film repose sur un handicap et sur une obsession. De fait, la "maladie" du héros, présentée assez franco de port dès le début du film, délimite assez sérieusement le terrain autour d’une vraie répétition. Où que Bauer aille, c’est la même chose. Dans la mise en scène, ça suit : on entend un bruit étrange, et Bauer tourne la tête, tandis que Brad Anderson change le point de la caméra pour mettre au net l’objet incriminé, soit décadre pour montrer cet objet. C’est très systématique, et au bout de 10/15 minutes, on se dit que la chose n’est ni stressante ni effrayante. Sans plus en tout cas. Au bout de 30 minutes, on se demande vraiment si tout cela, ce systématisme, je veux dire, ne va pas être insupportable à la longue, d’autant plus que cette histoire de deuil (du moins en apparence) est assez identifiable et se base sur un socle assez simple qui devrait permettre de faire passer le traitement en avant. Ici et là, il y a bien quelques bonnes trouvailles scénaristiques, comme le flash-back sur la découverte de la maladie du fils, point névralgique de l’histoire, source de tout. On attend l’arrêt de la vie comme révélateur, mais non, c’est justement le début de la maladie qui "sonne" le glas. Pas mal. D’autant plus que du coup, ce décalage (le père retient encore plus le fait d’avoir entendu la maladie du fils, plus que la mort du fils) place le père dans une logique quasiment de fiction. Et comme ce qui sous-tend le film, ce sont quand même les relations sociales, et donc les relations familiales et leurs non-dits, la construction par les personnages d’un univers possiblement fictionnel (et dont peut-être la réalité ne peut être vue objectivement)  fonctionnent mais à rebours, par la bande pour ainsi dire. Car du côté de la mise en scène, c’est quand même la répétition la plus extrême qui l’emporte. Pour une fois, on se dit que le scénario a heureusement une longueur d’avance sur la réalisation ! Bien.
L’ennui pointe quand même son nez. On est déçu, assez inconsciemment, par le fait qu’un sujet aussi sensuel soit aussi peu impliquant à la voyure ! Nous voilà bien extérieurs au film. Et c’est peut-être tout bêtement parce que, malgré le propos, justement, Anderson a choisi un traitement d’apparence classique, très classique même, froid en quelque sorte. On n’est loin par exemple d’une ambiance de cauchemar sans fin comme le furent les épisodes de John Carpenter ou Dario Argento, l’année dernière. Ici, curieusement donc, le spectateur que je suis est plus mis à distance.
Un deuxième facteur vient semer le trouble. Globalement, la mise en scène est quand même beaucoup plus anonyme que celle de THE MACHINIST, le long-métrage par lequel j’avais découvert Anderson. Sur certains points même, je la trouve vraiment moyenne. L’échelle de plans fait beaucoup trop appel aux plans rapprochés et aux gros plans, d’une part, et ces derniers très souvent sont assez mal cadrés ! Ça et l’impression diffuse d’ennui, voilà qui donne à SOUNDS LIKE un côté un peu amer. On est assez loin de l’originalité qu'on pouvait attendre de Brad Anderson.
Malgré tout, le scénario, s’il continue de suivre un développement classique, avec sa chute lente et inéluctable, s’ouvre petit à petit, et l’aspect social justement, remonte cruellement à la surface. Les relations avec le jeune collègue de Bauer, l’amplification progressive du volume du mixage, et la fatigue de la répétition de l’effet allié à des détournements inédits de l’effet (enfin !), commencent à faire leur travail de sape. De plus en plus de bonnes idées sur le papier arrivent, comme le fait de répéter une image plusieurs fois en changeant sa connotation (le mobile sur la boîte à lettres, d’abord ironique puis morbide). Cette image du mobile (un bûcheron qui scie du bois) sert de repère : c’est la répétition qui est insupportable, et elle nous enferme dans un éternel présent. Grâce à elle, on s’aperçoit que les thématiques sociales du film n’étaient pas si grossières que ça, et là aussi montrées de façon tellement franco de port, tellement "dans le cahier des charges", que l’effet escompté était peut-être le contraire : tisser une toile socialement violente mais que l’on percevra comme banale. Puis, au moment où le film s’enfonce dans l’horreur, très classique donc,  le jeu est de faire ressortir, par son absence, une fois qu’elle a laissé la place à l’horreur justement, cette pression sociale insupportable. On retient finalement que c’est le grain de sable, ici un  simple handicap auditif, qui fait basculer la vie, plus que le deuil impossible lui-même. Et ce petit grain de sable va détruire tout ce qui nous attache à la réalité. La fiction morbide construite par Bauer lui-même n’est pas loin. L’horreur se révèle donc, et on est pris à rebrousse-poil, de manière assez intellectuelle.
Peut-être également que Anderson nous a surpris aussi par la mise en scène en envisageant un dispositif moins ouvertement original que son dernier long métrage. Les trois plans marquants de la fin sont très caractérisés, mais finalement paraissent quasiment gonflés. Le contrechamp final est même assez osé. On se dit que finalement, Anderson n’a pas totalement respecté, et heureusement, le devis : le film est froid, assez lent, pas sympathique pour un sous, l’imagerie "imaginaire" est assez lourdingue et donc pas agréable non plus, l’humour est présent mais glacé (il concerne tout le social encore une fois), et le film est loin de se clore sur un retournement et encore moins sur une chute. On note que le film n’est quasiment pas gore non plus, ce qui est assez étonnant. L’interprétation est très correcte et le sujet intéressant. Il est donc difficile de dire, en ce qui me concerne, la part de déception et la part étrange de ce film qui se construit sur sa non-amabilité. Je vous laisse juges. Mais en tout cas, même si le dispositif n’est pas utilisé n’importe comment, c’est encore peut-être sur la moyenne des petites fautes esthétiques ou des petits plans sans conséquence que SOUNDS LIKE laisse quand même une impression de trop peu. Le débat est ouvert.

Vôtrement Vôtre,
Dr Devo.
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Jeudi 15 mars 2007

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L’entretien qui suit a été publié une première fois en Novembre 2006 dans le Hors-Série Cinéma Français de La Revue du Cinéma. Nous le reproduisons ici à quelques heures de la diffusion de « Visu, le magazine de toutes les visions » sur France 2 dans la nuit de mardi à mercredi à 01h40 (prévoir une cassette assez longue la chaîne étant rarement à l'heure pour ce programme), émission dont nous vous parlions en détail hier et dans laquelle l’animateur Michel Moisan recevra Benoît Forgeard et l’opticien Phil, tout en diffusant quatre films de l’auteur : STEVE ANDRÉ, LA COURSE NUE et LAÏKAPARK épisode zéro et deux.


[Photo de la comédienne et chanteuse Rachel Stevens]

Michel Moisan est né à Metz en 1959. Cet écrivain critique, touche-à-tout de génie, se définissant comme "orphelin au cœur du monde visible", aime les clichés, mais aussi les coïncidences et les listes. Professeur de lettres au cœur de la prude Alsace mais opposé à toutes les transcendances, ce Cancer ascendant Taureau s'est exilé au Canada en 1999. Quasi inconnu dans son propre pays, chacun a pourtant fredonné un jour du Moisan puisque ce polyglotte est l'auteur des paroles de l'hymne officiel de La Ligue des Champions UEFA (Ce sont les meilleures équipes / Sie sind die allerbesten Mannschaften /The main event / Die Meister, Die Besten, Les Grandes Équipes, The Champions / Une grande réunion / Eine grosse sportliche Veranstaltung...) Critique dans la revue Bobines, auteur de livres non traduits en français hélas sur David Cronenberg entre autres, animateur de télévision, amoureux du regard, Michel Moisan est surtout l’inventeur du Questionnaire des Michel. Questionnaire qui gagne à être lu car, comme le confiait lui-même Michel Moisan dans un entretien donné en 1999 au magazine Subversion(s), "lire un papier de Moisan demeure toujours une aventure hautement risquée, celle de la littérature."
 


Benoît Forgeard n'est pas né à Metz en 1959. Jeune d'allure, il porte néanmoins la moustache depuis l'âge de onze ans. Sa filmographie aligne les hits, néanmoins l'homme ne connaît pas encore les affres du succès flonflonnant, ce qui fait en quelque sorte de lui l'équivalent cinématographique de la chanteuse inconnue Rachel Stevens (cf. notre document photographique). Mi-expérimental, mi-raisin, le cinéma de Forgeard (PARRAINER UN JEUNE, STEVE ANDRÉ, la série LAÏKAPARK, LA COURSE NUE) prouve qu'on peut tout à fait avoir des exigences littéraires et s'exprimer cinématographiquement. Magnifiques et déceptifs films de Forgeard, éthérés et la boue pleine de bottes, amis de tous les copier-coller, lire un papier de Moisan demeure toujours, effectivement, une aventure hautement risquée.

Nous avons demandé au critique Moisan de soumettre le cinéaste Forgeard à son fameux Questionnaire des Michel (auquel ont répondu des sommités comme Cronenberg ou Atom Egoyan), en l'adaptant à un créateur français, et avons pour cela organisé un rendez-vous au bar Chez Michel, dans le huitième arrondissement parisien.
Quand ils sont arrivés au café, ensemble, ils étaient déjà hilares, ils venaient en effet de se croiser chez le marchand de journaux à côté de Chez Michel. Après s'être serré la main en constatant que chacun avait rendez-vous avec l'autre, les deux hommes échangèrent leurs Télérama, dont ils venaient de faire l'acquisition. Sur cette étrangeté, nous nous sommes levés de table et avons laissé nos grands hommes discuter, tailler le bout de Muse, nous contentant, l'instant précédent, de déclencher la fonction REC de notre Toshiba T-135. Benoît Forgeard, homme d'exigence, a probablement su reconnaître en Michel Moisan un universitaire à sa hauteur. Lors de cette première interview qu'il donnait à un journaliste, l'auteur aborde les rouages secrets de son cinéma comme jamais il ne l'avait fait au cours d'un entretien.

Invisible



[Même pendant les méagnétos, ça discute ferme sur le plateau de VISU...: ici Michel Moisan, l'opticien Phil, et Benoit Forgeard]


Michel Moisan : Benoît, je suis ravi de vous rencontrer, laissez-moi vous soumettre une batterie de questions, issues de mon questionnaire "L'heure Michel". Puis-je ?

 

 


Benoît Forgeard : Je vous en prie.

MM : Avant toute chose, je voudrais avertir mon lecteur. Les initiales de mon nom vont disparaître de cette entrevue pour être remplacées par la suite numérique en procession décroissante. L'homme désordonné que je suis va ainsi s'effacer pour laisser place à un ordre, qui est en même temps un mouvement par rapport à un "MM" supposé immuable ... lui-même disparaissant dans un ordre supérieur, celui donné par le jeu de mes questions et de vos réponses.

BF : Procédez.
 
14 : Répondez de façon spontanée, mon cher Benoît Forgeard... Quel est votre Michel préféré ? Comme ça, là, à brûle-pourpoint.

BF (après un temps de réflexion) : Comme Joséphine Baker, j'ai deux Michel. Mon Platini et Berger.

13. Laissez-vous aller. Je sens que vous avez pensé votre Michel. Allez, entre nous, sans honte... Votre Michel du cœur ?

BF : C'est une Michèle, c'est Torr.

12. Je vous propose à présent d'entrer dans le vif du sujet, sans tabous, d'oser simplement répondre à ma question... Vous n'êtes pas sans connaître les problèmes père/fils qu'a pu connaître par exemple un Michel Poniatowski. En tant que cinéaste dans une lignée de cinéastes venus et à venir, vous considérez-vous comme un père ou comme un fils ?

BF : Je suis à la fois le père et le fils. Si j'ai envie de sortir le soir, je me demande la permission, et quand je rentre, je mets mes chaussons pour ne pas me réveiller.

11. Le come-back de Michel Polnareff est organisé en grandes pompes, alors que chacun se souciait de lui comme de son dernier morceau de quatre-quarts. Vos personnages ont-ils tendance eux aussi à déployer des efforts grandiloquents pour échapper au néant ?

BF : En effet, les petits plats m'adorent, car avec moi, ils ont toujours la garantie d'être mis dans les grands.

10. J'aime beaucoup la réponse que vous venez de produire, mon cher Forgeard, mais néanmoins elle ne répond pas du tout à la question qui suit : si vous étiez un Michel, inconnu ou célèbre, réel ou fictif, lequel seriez-vous ?

BF : Je serais le Michel universel. Un savant mélange de Michel Blanc et de Michel Noir. Je serais à l'amitié ce que Monsieur Propre est à la blancheur des sols.

9. Vous n'êtes pas sans savoir que Michel Houellebecq dans « Les Particules Élémentaires » confessait son amour de la déambulation dans les rayons des Monoprix. Ce qui me souffle une question en forme de trident : faites-vous vos courses vous-même ? Dans quel type de magasins ? Y trouvez-vous matière à inspiration ?

BF : Je vais au Champion, Michel... Je vais au Champion pour le sel... Je vais au Champion, je vais au Champion, acheter du thon, du gel douche, du mouton et des couches.

8. De grands critiques de cinéma et d'habiles interviewers ont pour prénom Michel, Michel Ciment pour n'en citer qu'un, mais il y en a d'autres... Et très peu de grands cinéastes somme toute. Ne regrettez-vous pas de ne point vous appeler Michel Forgeard ? Vous comprenez le sens de ma question, êtes-vous un cinéaste d'avant-garde, Michel Forgeard ?

BF : En toute discipline, il y a des aspirants Michel. En toutes choses, Michel est le grade ultime. Je démarre ceinture blanche, je ne suis encore qu'un modeste Benoît, mais je garde espoir de vous entendre un jour m'appeler "Mon p'tit Michel".

7. Alors, mon petit Michel... Ah, très bien, Benoît... (rires gênés) où en étais-je ? Ah, oui. Question sept. Michel de Montaigne a publié un ouvrage fascinant, les « Essais », disponible pour quatre euros chez Gibert ! Oui, mais c'est en poche, me direz-vous, et bien justement... Pensez-vous que votre œuvre est la même selon qu'on la diffuse en salles ou qu'elle est vue sur petit écran ?

BF : Non. Mais elle n'est non plus jamais la même d'une salle à l'autre. D'un écran à l'autre. Il existe au sud de Bondy un pavillon sans charme habité par un couple de retraités. Ils disposent depuis peu d'un petit plasma. Et bien, c'est ici que mes films prennent tout leur sel. Pourquoi ? Sauriez-vous me le dire, Michel ?

6. Je n'ai aucune idée du nombre de femmes peintes par Michel-Ange. Mais vous même, vous plaisez vous à filmer les femmes ?

BF : J'ai longtemps collectionné les femmes. Les pin's de femmes plus précisément. Cette collection de pin's de femmes m'a permis de mieux les connaître, de saisir leur nature profonde. Désormais, lorsque je rencontre une femme, je peux lui parler d'elle pendant des heures. Cette attitude étonne, et pousse parfois même à la fuite.

5. Michel Sardou chantait qu'il en avait marre qu'on l'appelle France. Votre art est-il éminemment français ?

BF : Oui. Mes films ont les seins de Sophie Marceau et le visage de Zidane.

4. J'aime beaucoup le bar où nous sommes, chez Michel. On reprend un truc, non ? Oui, allez, la même chose. Mais qu'avez-vous pris ?

BF : Le strict nécessaire : un Tropicano bien frappé au susucre Michel.

3. Michel Serres raconte dans "Le génie se couche à midi et se lève au crépuscule des temps" qu'avant de prendre l'avion, pour donner une conférence à Berkeley par exemple, il met toujours un pépin dans sa valise car il déteste être surpris par le mauvais temps. Dans la réalisation de vos films, les impératifs (de tout ordre, humeur des techniciens, spécificité des lieux, propositions des acteurs) sont-ils un avantage ou un inconvénient ?

BF : J'ai eu pas mal de souci avec Serres. Dans "Perds pas la boule", je voulais lui faire tourner une scène légère, d'amour cru par un beau soleil d'août, lorsqu'il a sorti son parapluie. Patatras ! Foutu ! ai-je pensé. Et  bien non, c'était une idée formidable. Nous avons ri pendant des heures.

2. Allons... Ce que vous venez de répondre n'est-il pas une vue de l'esprit, très cher Benoît ? Je pense notamment à Michel Serres, qui raconte en privé qu'il a tous les soucis du monde pour faire rentrer un pépin dans une valise.

BF : Rétrogradons Michel Serres au rang de Jérôme Serres, voulez-vous ?

1. Souvenez-vous. Alors député, Michel Barnier avait pour manie de systématiquement remanier les rapports établis par ses collaborateurs qu'il devait signer de son nom, quitte à les contredire. Le montage est-il un élément décisif dans la fabrication du film ?

BF : On m'a souvent comparé à Barnier. C'est vrai, j'adore sa façon de remanier ses rapports. C'est d'ailleurs un autre Michel qui fera le montage de mon prochain film, "Belle île en mer". Ricard. (Forgeard appelle le serveur par un geste de la main). Garçon ! Un Rocard !

0. Laissez, je prends, non, non, c'est pour moi, j'insiste. Garçon, mettez tout au nom de Moisan. Oui, comme le poète. Benoît, à présent qu'on a bien fait le tour, je crois, quel est votre Michel préféré ?

BF : C'est une Michèle. C'est Torr.

Benoît Forgeard, merci.
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Lundi 25 décembre 2006

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[Le plateau de l'émission VISU... Photo de Nardac.]

 

 

Chers Focaliens,

Allez, continuons cet anniversaire totalement focaliste, et cette fois, c'est moi qui régale. Je vous fais, c'est bien logique, un cadeau. Un cadeau des plus sublimes : je vous offre un film, et même des films. C'est avec une joie immense que j'ai l'honneur de vous présenter LE programme télé qui va tout bouleverser ! Prenez de quoi noter... 
Dans la nuit de mardi à mercredi prochain va être diffusé sur FRANCE 2 le programme VISU (LE MAGAZINE DE TOUS LES REGARDS), à 01h40 du matin, dans le cadre de l'émission Histoires Courtes, habituellement pâle fenêtre de courts-métrages abominables de la chaîne publique. Oui, oui, tout cela est vrai, sauf que là, avec VISU..., France 2 propose enfin et sans doute pour la dernière fois un programme sublime, bouleversant, drôle et avant-gardiste de toute beauté. Pour clôturer l'année 2006, la chaîne payée par nos impôts diffuse enfin un programme digne de ce nom. Et comble du comble, on peut le dire sans rougir : c'est l'émission la plus focale qui existe, car VISU a été co-conçu par des focaliens (c'est-à-dire que des proches de la rédaction de Matière Focale ont activement participé à la réalisation, à l'écriture et à l'interprétation de ce programme), et je dirais même plus, on n'a jamais vu une telle émisession, de fait, aussi parce qu'il y a là-dedans tout ce qu'on essaie de défendre ici toute l'année, on n'a jamais vu un programme aussi focalien. Et voilà, chère lectrice, mon cadeau pour toi en cette fin d'année ! Une émission de télé rien que pour toi ! Qui d'autre, quel autre site offre autant de chose à son lecteur ?

[Après tout, c'était à mon tour de donner... Je me permets de préciser que pour ma part, je n'ai aucunement participé à cette émission, ce qui fait que je vais pouvoir en parler en toute sérénité.]


On avait déjà parlé de Benoît Forgeard sur ce site. L'émission VISU, c'est lui. Dans le numéro spécial Hors-Série de la REVUE DU CINÉMA que j'ai co-écrit tout seul avec Invisible, le Marquis, Michel Moisan et Bernard RAPP (bref, une vraie revue dans ton kiosque 100% focaliennne, au moins en ce qui concerne ce numéro spécial ; il n'y a que le l'horrible couverture et l'édito que nous n'avons pas faits !), nous faisions tous un constat très dur sur le cinéma français. Mais malgré tout, le numéro est organisé autour d'une perspective d'avenir (comme dirait Stève André, voir plus bas). En effet, nous vous proposions une liste de trois noms, celle des meilleurs réalisateurs français de 2009 ! Ce sont des jeunes réalisateurs, déjà chevronnés, mais encore inconnus de tous et (plutôt) ignorés par la profession. Néanmoins, leurs travaux actuels sont parmi ce qui, à mes yeux, se fait de plus audacieux en France. Non pas qu'ils résument à eux trois toute la créativité française en matière de cinéma, n'exagérons pas, mais disons simplement qu'ils sont à la pointe, et que demain, si la Justice est de ce Monde (ce qui est très certainement le cas), ils seront au top du top. Les idoles de demain de tout focalien qui se respecte. Nous allons dans les prochains jours parler beaucoup de ces trois réalisateurs. Mais pour l'heure, intéressons-nous au premier d'entre eux : Benoît Forgeard, donc.


[Jeanne, la harpiste du plateau et la caution culturelle du magazine de cinéma VISU... Photo par Nardac.]


Forgeard a livré à France 2 avec ce VISU..., une émission de deux heures clés en main. Car VISU est une émission à part entière dans laquelle seront présentés des courts-métrages (et un moyen) de Benoît Forgeard. Loin de faire défiler les films les uns à la suite des autres, Forgeard a écrit une vrai-fausse émission pour les présenter. Cette émission, c'est VISU, et c'est aussi un film à part entière. Et Forgeard, en mettant en scène cette vraie fausse émission, fait la tête au carré au service public, au cinéma, et au monde de l'Art en général ! VISU se veut donc être une fiction et une compilation des films de Forgeard. VISU se présente comme une émission de cinéma de service public. Elle est présentée par un singulier animateur : Michel Moisan, ici dans son propre rôle, qui aurait aussi bien pu présenter la météo, Vidéogag ou le 20 heures (il aurait préféré sans doute !). Mais le voilà coincé à présenter une émission de cinéma à une heure pas possible de la nuit. [Ici, la fiction rejoint la réalité, puisque France 2 programme VISU... à 1h40 ! Vous comprenez bien, dès lors, toute la perspective et la mise en abîme violente et acide du concept de Forgeard.] L'émission, puisqu'il s'agit de cinéma, parle aussi d'optique ou plutôt d'opticien. C'est le prétexte trouvé par la chaîne pour sponsoriser en loucedé l'émission de cinéma par un opticien branché de Paris ! Il y a donc trois personnes sur le plateau : le présentateur Michel Moisan, l'opticien-sponsor, qui fait aussi office, malgré son ignorance, de maître à penser en matière de cinéma (!!!!) ainsi que de critique, et accessoirement le pauvre Benoît Forgeard, ici dans son propre rôle, à savoir celui du réalisateur à qui on ne donne jamais la parole et que l'émission va humilier de manières diverses. [Lui-même, tout réalisateur qu'il soit, se couvrira de ridicule tout seul !] Entre les courts-métrages, sur le plateau, l'émission VISU est une fiction sur la télé en train de se faire, tout à fait étonnante. Je vais laisser le mystère planer, et vous laisser découvrir ces incessantes, voire indécentes, surprises... [J'ai été ému aux larmes, et pas seulement parce que c'est drôle, mais aussi parce que c'est triste à pleurer, par le spectacle de danse contemporaine sur les fromages de France ; la présence-absence de la harpiste-potiche mais sexy (on peut mettre de la musique en direct à la télé, à condition qu'elle porte des cheveux longs et un t-shirt serré et branchouille !), m'a également dérangé magnifiquement au plus haut point. Toute la partie plateau de VISU est magnifique et bondissante, pétillante de fantaisie, de violence et d'humour vitriolé. Un bémol peut-être : le début, faussement maladroit (qui le feint, disons), dessert peut-être un peu la chose. Mais bon, passées les 8 premières minutes, c'est irréprochable de A à Z. Les plus récalcitrants devront peut-être un peu ronger leur frein pendant le premier court, soit l'épisode zéro de LAÏKAPARK. Mais ensuite, c'est du petit lait, et même à une heure tardive, c'est hallucinant et vif pour tous.] Ceci étant dit, voici les courts-métrages que vous verrez dans VISU...



[Photo tirée de l'épisode 2 de LAÏKAPARK]


On retrouvera tout d’abord les deux épisodes de la série LAIKAPARK, série de 156 épisodes de 10/15 minutes. On trouve ici l’épisode 0 et 2 de ce feuilleton se déroulant sur le chantier interrompu d’un parc d’attraction ayant pour thème les animaux morts dans la conquête spatiale. Les ouvriers abandonnés par le propriétaire du parc en construction, sans doute parti avec la caisse, essaient de s’organiser, d’avoir accès à la culture, et à toutes les choses du corps, notamment la musique… Je vous avais déjà parlé de LAIKAPARK. Reportez-vous à l’éloge que j’en avais fait. Il est absolument indispensable de redécouvrir cette série qui explore les frontières douteuses et sublimes des territoires de part et d'autre de la frontière entre Marguerite Duras et Graham Chapman. C'est très beau de surcroît ce qui ne gâche rien. Plus tard dans l'émission, vous découvrirez l'épisode 2, également de très belle facture, peut-être encore meilleur, si une telle chose est possible, que le numéro zéro. Vous penserez à moi lors de la fameuse chanson de la belle Chinchilla (intitulée "Un Malheur parmi des Millions de Malheurs possibles", dans l'épisode zéro) et lors du happening photographique, grand moment d'art contemporain débilosse et déchirant pour toute la classe ouvrière ! ("Il se réapproprie mon travail" dans l'épisode 2).


[La chanteuse Chinchilla, un des moments les plus bouleversants de LAÏKAPARK épisode zéro...]

 

 


Viendra ensuite le court-métrage LA COURSE NUE, ode tragi-comique à une jeune actrice au chômage qui, pour éponger ses dettes auprès de son opérateur téléphonique (pour des raisons déchirantes que je vous laisse découvrir), se voit offrir par celui-ci un sacré boulot de communication afin de lancer un forfait inédit pour les moins de 20 ans ! Ainsi, l'héroïne, en échange d'une simple opération de marketing, verra sa dette effacée et on lui offrira même un forfait illimité vers tous les portables le dimanche de 18 heures à 23 heures. En travaillant ainsi pour rien ou presque (juste pour payer sa dette), elle perdra la liberté ou gagnera l'infini ? Vaste question qui se résoudra lors de la finale de la coupe au Stade de France ! 

 


[Affiche Officielle du film...]


Avec ce court, on comprend très vite quelles sont les thématiques récurrentes de Forgeard : la liberté par la narration et l'expression cinématographique, seule à même de délivrer, au moins pour de faux, l'homme, et même ici la femme, de l'esclavagisme que représente non pas le "travail moderne" (terme qui n'a aucune réalit&eacu