[Photo: "Aime Est-Ce Haine" par Dr Devo.]



Ça pue les lottes! Ça pue les colins! Je ne sais pas si vous le saviez, mais dés qu'on publie un article sur un film ayant un rapport avec le rock et le roll, nous recevons à chaque fois des mails souvent enflammés. Et bien là, faîtes chauffer les mulots car j'ai vu le BERLIN de Julian Schnabel qui est carrément un concert filmé de Lou Reed qui ici, pendant quelques soirs à New-York, à repris plus de trente ans après son célébrissime album éponyme et culte, qui fut un échec commercial, nous rappelle un court carton, non sous-titré d’ailleurs, comme le reste d’ailleurs.

 

 

C’est la première fois que Reed joue BERLIN sur scène, et donc ces concerts ont un aura mythique. Et il a confié à Schnabel la scénographie de la chose. Autrement dit, Schnabel filme le concert qu’il a mis en scène. Lou Reed est entouré d’un guitariste, d’un bassiste, d’un batteur, de deux choristes, d’une petite section de cuivre, d'une petite section à corde, et d'un chœur d’adolescentes (avec un garçon !). Sur le rideau à l'arrière scène sont projetées des images  d'un film super-8 ou quelque chose qui y ressemble (avec pas mal d'effets), sur lequel on peut voir des mises en scène ou des scénettes dans lesquelles Emmanuel Seigner incarne la fameuse Caroline dont l'album BERLIN parle.

 

 

Voilà pour le dispositif. La première constatation est évidente. Schnabel a choisi le parti-pris de la stylisation avec des images très traitées photographiquement pour sembler dans une teinte assez homogène entre les petits films projetés (sur lesquels on a inscrit des vraies-fausses scories, comme un vieux film quoi!) et les prises de vues sur scène. Il s'agit de teintes jaunes-verdâtres. Bon, cela n'est pas extrêmement joli mais qu'importe se dit-on plein de la bonne volonté qui me caractérise, vous le savez. C'est Ellen Kuras, photographe sympathique ayant signé déjà les films de Michel Gondry et quelques récents Spike Lee (THE VERY BLACK SHOW par exemple) qui s'y colle, et croyez-moi, je vais m'occuper de son cas sérieusement ci-dessous.

 

Deuxième constatation, effectuée dans un réel effort cérébral pendant la projection: "Mais, punaise, ils sont combien sur scènes? Et bon sang de bois, ils sont où les uns par rapport aux autres??" Et c'est là la caractéristique principale de ce film. Impossible, même avec la meilleure volonté du monde et mes yeux d'excellent tacticien de la spatialisation cinématographique, de savoir comment tout cela est organisé. Ils sont  ou 9, ou ils sont 20. Mais, crébondieu, ils sont combien de choristes et ils sont où? Pourquoi il le chef d'orchestre donne des instructions au batteur qui a très bien l'air de se débrouiller tout seul, alors qu'il ne regarde jamais la chorale. Puis plus tard, on se dit: "tiens, y'a avait une section de cuivre" ou encore "c'est marrant ce contrebassiste qui joue dans une autre pièce que sur la scène". Etcetera... Vous l'aurez compris, et c'est le message essentiel de cet article: BERLIN est très très mal filmé, et le découpage est absolument illisible. Pourtant filmé avec 4 caméras, le film est indéchiffrable. Enfin, pour être précis, on y arrive avec le temps, à savoir qui est qui, qui fait quoi, et où sont ils tous. Le premier plan d'ensemble qui n'arrive qu'au bout de 20 minutes (rires) nous renseigne déjà pas mal. Au bout d'un moment, bon gré mal gré, on arrive donc à avoir une idée vague mais une idée quand même de comment tout cela est organisé et de l'effectif mobilisé. Et encore, on fait des découvertes, comme celle de la section à cordes (notamment une violoncelliste qui a une tronche absolument et galactiquement improbable!) qui n'apparaît devant nous qu'à l'avant-dernière bobine, produisant ainsi un effet de gag involontaire très réussi et franchement hilarant, les spectateurs étant avec moi dans la salle ayant éclaté de rire quand la violoncelliste a montré son minois venu de la planète Zarbi-du-Minotaure. (En fait, on croirait une séquence inédite du Monty Python's Flying Circus, et pendant la séance, j'étais sûr qu'un petit groupe d'inquisiteurs espagnols allaient faire leur apparition à la section "triangle, kazoo et guimbarde" !)

 

Troisièmement, et c'est logique, l'échelle de plans est complètement étriquée. Les axes s'enchaînent n'importe comment. Et le tout est fabuleusement mal cadré, avec des  moments là-aussi particulièrement comiques. Bien entendu, ce cadrage se dégrade a fur et à mesure. A moins que ce ne soit qu'une impression car dans la première moitié du film, on est quand même bien occupé à essayer de savoir qui fait quoi et où, comme je le disais! En tout cas, le cadre des dernières 25 minutes est hilarant, notamment ce nombre infernal de plans rapprochés ou de gros plans sur Lou Reed, où son visage disparaît de moitié du champ de l'image! Les plus stylistes d'entre nous remarqueront que bien souvent dans la dernière bobine, on s'aperçoit que la cadreur qui s’occupe de Lou Reed cadre en fait son oreille droite! Et là, je dis ça sans rire... Vous verrez.

 

 

Mal cadré, illisible, mal monté, sans rythme, etc... On peut se rattraper alors avec les images dramatisées qui passent sur le rideau dans le fond de la salle. On peut se dire, mais en fait non. Et par charité chrétienne, je ne vais pas m'étendre sur la stupéfiante bêtise de ces images (maman sur la balançoire, la rivière qui coule, etc..., que de l'original et de l'inédit). La mise en scène de ces images est sans intérêt, et c'est presque aussi bien cadré que le reste c'est à dire de manière épouvantable. Mais c'est en regardant la chose que j'ai compris ce que vous voulez faire Schnabel: il veut faire son Derek Jarman. Et bien voilà, me dis-je, cette fois,  nous y sommes mon cher Milou! C'était ça! Bien sûr... Jarman! Oh le petit cochon... Ca ose tout, ces artisans-modistes du son et de l'image! Alors pour ceux qui voudraient voir de quoi je parle, allez voir des extraits des clips de Jarman ou des extraits de LAST OF ENGLAND, un de ces chef-d’œuvres, et prenez des mouchoirs car là aussi, vous allez pleurer votre maman de rire.

 

Est-ce vraiment utile de dire que dans ces conditions, le film n'arrive pas du tout à rendre compte du travail sur scène et surtout des interactions entre musiciens? Non.... Gênant pour un concert filmé, n'est-il pas?

 

 

Bon, le son. Evidemment c'est moins salopé que le reste. Au moins c’est propre. Je ferias bien deux remarques cependant, qui sont des remarques de goûts. D’une part, curieusement et bien qu’ayant vu le film dans une très bonne salle au son numérique bien réglé, je trouve qu’on entend encore que difficilement certains instruments. Ainsi, il est par moment assez dur d’entendre clairement les accords de la section cordes ou de dire combien d’exécutants y sont présents. Je n’aime pas trop le son de la section de cuivres non plus, souvent mixé en retrait. Bien sûr, ce sont les guitares qui sont mises en avant, mais je suis resté sur ma faim parce que justement ce mixage ne permet d’entendre certains instruments, ce qui a tendance à rendre un peu simplette ou classique la construction des morceaux. D’autre part, je trouve la prise de son globalement trop propre. On dirait un son de studio, ce qui se constate particulièrement bien  sur la voix de Lou Reed. On ne l’entend quasiment pas prendre sa respiration (c’est vraiment dommage car la respiration fait intégralement partie du chant, et construit le rythme et l’attaque de la phrase chantée). Pas un bruit de manche qui traîne, aucune scorie, etc… Le son est clairement celui d’un album. On est très loin par exemple du vraiment joli son des reconstitutions de concerts dans CONTROL qui était vraiment impressionnantes. Ceci m’amène à une troisième remarque. Je ne connais pas l’album original mais j’en ai beaucoup entendu parlé, étant entouré de fans. On me vantait une écriture un peu folle, un disque baroque aux arrangements étranges. Une espèce de cri désespéré dans le fond et dans la forme, fait de frottements, de compositions iconoclastes et douloureuses, sur un lit d’arrangements non-conventionnels, beaux et inattendus. Bref, on me promettait du métal à chaud, une écriture subtile, complexe et déchirante. Mmmmmm… Je suis prêt à le croire, le petit père Reed m’étant d’emblée plutôt sympathique, mais en l’état, dans le film, on en est quand même trèèèèèèèès loin. Que tout cela est classique, pas forcément laid mais classique. On est très loin du grand bazar attendu. On me promettait du grand 8 et je fais une ballade à cheval. BERLIN l’album est il surcoté ou mal décrit par ses fans? Il faudra aller vérifier, car certaines chansons sont vraiment pas mal, notamment le passage où la chorale chante en clusters. Ca c’est vraiment bien. C’est marrant, car pendant  la projection, j’ai trouvé les tempos un peu lents, et quand les rappels arrivent Reed exécute quelques morceaux du Velvet Underground que là, par contre, je connais, je confirme, ça se traîne un poil !

 

 

Heureusement, il y a un plan magnifiquement cadré qui utilise le reflet de la cage du batteur, plutôt à la fin. On voit le chef d’orchestre en blouse blanche, Reed, le batteur, et leurs doubles dans le reflet de la cage, avec une image super posé. Pendant un plan, c’est magnifique et je le dis sans ironie, je l’ai trouvé magnifique. Sinon ? Bah, rien.

 

 

On s’ennuie un peu là, non ?

 

Il n’y aurait pas une drôle d’odeur dans la cuisine ?

 

 

 

Mr Mort.




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Dimanche 6 avril 2008

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[Photo: "Evil Dwarf" par Dr Devo]





Oh mon dieu! Retournons vite dans la vallée des films absurdes! Le Docteur Devo s'enfonce dans la jungle de la création, me demandant de garder la boutique tant bien que mal. J'essaie, j'essaie, mais ce n'est pas facile...


 

 

Et surtout cette semaine. Comme le disait le Docteur il y a un mois et demi, "on ouvre une sublime période de sorties en salles qui se finira en beauté peut-être par DARJEELING LIMITED", et il n'avait pas tort, l'animal. Mais vous le savez, les abysses ne me font pas peur... Je retournais dans la toilette zone avec le sentiment, comme dirait Mek-Ouyes, de faire mon devoir et aussi, simplement, mon travail de la manière la plus juste possible.



 

Il y avait une fois, ou il y aurait, ou je ne sais pas trop, on pourrait dire avec l'accent belge, il y a, une fois, cette infirmière dans la trentaine jeune, française d'origine maghrébine, et qui, à Toulon, passe de maison en maison pour donner des soins, vu qu'elle est infirmière libéraaaaaale, comme disait feu Georges Marchais. Le hasard la fait soigner une vieille dame juive, d'origine algérienne comme elle, assez difficile et on la comprend: elle est clouée dans un fauteuil roulant! Quand cette vieille dame fait enrager l'auxiliaire de vie qui lui tient compagnie la journée, notre héroïne, l'infirmière libérale, propose sa maman pour la remplacer, [l'auxiliaire de vie... Comment ça c'est pas clair?], puisque après tout les deux vieilles dames sont algériennes et de la même région en plus. Mais entre la dame juive et la dame arabe, ben c'est pas facile tous les jours, car même en France, loin, loin, loin des problèmes du Moyen-Orient, beaucoup de ressenti fait surface. Une amitié houleuse se crée quand même...



Oui, oui, oui. Bon. Il ne faut jamais refusé de voir un film en projection de presse. C'est toujours assez drôle. Mais l'humour justifie-t-il tout? En tout cas, je me souviens clairement du visionnage du film. On était peu nombreux. Ma voisine la plus proche, une grande giguasse comme dirait le docteur (ce qui veut dire une fille de plus de 1.76m), resta impassible pendant toute la séance, mais portait un parfum assez agréable et une cuche tout à fait issue de l'année 1987, malgré son jeune âge. Elle tortillait son chewing-gum avec son doigt, directement dans la bouche, chewing-gum qu'elle étirait parfois ostensiblement en un ou plusieurs longs filets. C'était charmant et témoignait de sa réelle concentration. Moins sympathique déjà, un autre journaliste travaillant pour un gros tirage, et qui lui s'installe dans les tous premiers rangs. Première erreur. S'il gagne en sentiment d'immersion (et est-ce vraiment nécessaire ou souhaitable?), il se prive forcément du cadrage et donc du montage, ce qui, d'ailleurs, explique bien des choses. Avant que la projection ne commence, et après avoir échanger une poignée de mains courtoise ("Mr Mort, Matière Focale, enchanté!"), il sort son petit cahier et son crayon, car monsieur prend des notes pendant la projection! Rires! Ha bah, il vont être beaux les articles: pas de cadrage, pas de montage, et pas de vrai jeu de spectateur, de l'analyse à trois francs six sous en direct, L’article quasiment prêt dés le générique! La classe!



Et le film, sinon? Bah, comme disait Brigitte Fontaine, "y'a pas de mystèèèère!" Ha, le joli film à thèse! Surmontons nos différences et nos clivages. Oublions que nous faisons partie d'une communauté, et le monde ira mieux si on se tient la main, même si, personnellement et cet avis n'engage que moi, on pourrait se tenir autre chose pour de bien meilleurs résultats. Passons. On aura compris qu’on n’est absolument pas dans une optique de type MANDERLAY, grand film cynique et dégoûtant je vous le rappelle, du moins pour beaucoup, parce qu'ici on aime énormément. Pas d'ambiguïté, pas de méchanceté, juste des fâcheries, soit rien qu'une bonne petite comédie mélodramatique que trois actes ne saurait résoudre. DANS LA VIE est le film parfait pour une soirée théma sur Arteux. Côté cinéma, on n’apprend pas grand chose non plus. Ce qui est très agréable c'est la durée, et je le dis sans cynisme, très courte (1h13), et la vraie sobriété de forme de l'ensemble. Les scènes sont courtes, ça ne larmiche pas à tout les coins de photogramme, malgré le sujet. Bon point. Ajoutez à cela un casting non-pro, aux accents très vaguement rohmerien. Ca change. Du côté de la mise en scène, bah, ouais, c'est sûr, c'est une façon de faire... Cadrages ni laids ni beaux qui ont l'excellent mérite de montrer les acteurs dans le plan! Sons audibles! C'est tout. Le montage, c'est l'affaire du séquençage prévu par le scénario. Et hop. Echelle de plans, connais pas. Photo, non merci, on voit bien, c'est déjà ça. Par contre, des idées symboliques, il y en a, en veux-tu, en revoilà! Voilà qui n'est pas infamant non plus, dans le sens où celles-ci sont amoindries par la sobriété relative globale de la chose. L'impression de gentille sécheresse sauve tout juste le film de la leçon de chose, ou de la démonstration lacrymo-pastorale. DANS LA VIE est un film de modeste, ce qui change un peu dans le paysage du "film à thèse" ou du film "dossiers de l'écran". Mais à part ça, rien. Rien du tout. Rien. Des acteurs qui bougent, des sons, des images enregistrées sur support vidéo. A quelques points près (le boy-friend de l'infirmière est noir, bien sûr, et on a encore le droit à une scène sur la musique qui réunit les peuples, alors que dans la vie réelle, c'est sans doute le contraire), rien de bien méchant n'apparaît dans le film. C'est gentil, c'est simple, ce n’est pas arrogant. Par contre, il n'y a pas de cinéma non plus, ce qui est fort fâcheux. Bref, du travail d'artisan convaincu, c'est à dire sans aucune espèce d'intérêt, sans aucun rythme, sans aucune personnalité. On m'aurait obligé sous la torture à écrire et réaliser un film sur le sujet que j'aurais pondu exactement la même chose, peut-être éventuellement avec une histoire de sida qui trainasse, éventuellement pour un personnage homosexuel! DANS LA VIE est juste un non-film de plus. C'est également un très beau disque, une superbe tapisserie et une merveilleuse belle boule-à-neige. C’est peut-être aussi une randonnée en raquettes ou un opéra (après tout, il y a de la musique!). Tiens, j’ai déjà oublié le film. Tiens je suis où, là, en fait? Et vous, vous êtes qui? Comment je m'appelle déjà? Mais qu'est-ce que je fais dans cette maison? C'est quoi cette ville? Pourquoi je suis tout nu en plein milieu de cette rue avec mon slip sur la tête? Tiens mon corps disparaît! Je me dissous... Je me transforme en oxygène, je non-suis. Je... Non!



 

 

 

Dans le même genre, mais aux statesses et à l'autre bout du spectre, il y a un film qui ressemble beaucoup à DANS LA VIE: 10.000 de Roland Emmerich.


Si j'ai bien compris, ça se passe ou dans un futur bizarre ou dans la préhistoire. Raconté en voix-off par Omar Sharif, c'est son dada ce genre de truc, 10.000 nous raconte la légende de Bidule, homme préhistorique qui lancera son village et le monde vers une destinée meilleure. Une vielle prêtresse shamanique, une belle fille au maquillage sublime et aux yeux clairs, de l'action, de l'amour, de l'oppression, et hop, c'est dans la marmite.

 


Là non plus, il n'y a pas grand chose à dire. La première partie, dans les montagnes est assez rigolote, car on voit assez bien les scories du tournage sur fond vert, alors même qu le film nous vante les étendues sauvages. Après, c'est moins passionnant. La synthèse déboule à fond de train, ce qui a le mérite nous faire découvrir un bestiaire très splendouillet: autruchosaures, tigrosaures, éléphantosaures, et pour finir dans la dernière partie de très vicieux bouddhistes égyptiens qui soumettent le peuple dans une théocratie de rigueur, mollement violente, à l'image de cette scène de sacrifice, sans doute la plus banale du Monde. "Si vous continuez à vous révolter, j'en sacrifie un au hasard." Tout le monde tremble et hop, un innocent est balancé du haut de la pyramide. Lance, wizzzzz, plouf! Il tombe huit mètres plus bas, c'est tout, basta. Ca valait bien le coup de faire une pyramide de synthèse de 500 kilomètres de haut. En un sens, c'est là aussi rohmerien. Sinon, je me souviens plus très bien du film. En même temps, voilà déjà douze heures que je l'ai vu. Ma voisine n'avait pas de parfum. Pendant ce temps, alors Emmerich s'évertuait à ne pas faire du cinéma, j'ai moi aussi profité de l'occasion pour faire plein de trucs (dans ma tête): liste des courses, préparation du linge pour une visite prochaine à la laverie, envoie du loyer au proprio, et trois paquets de clopes virtuelles fumées. Je n'ai pas perdu mon temps. Ha si, quand même, il faut signaler les acteurs tous absolument et sublimement nuls, le héros en tête, tout droit sorti des spots de surf de Santa Monica! Là aussi, le film de Emmerich est un très beau panini trois fromages, et un non moins superbe service à thé. Il existe mais en même temps, complètement pas du tout. Et, en plus, DANS LA VIE et 10.000 ont énormément de points communs. Paragraphe suivant, s'il vous plait...


 

 

Car, qu'apprend-on de ces histoires? D'abord que la violence et les préjugés, c'est moche. Ensuite, si on se faisait des bisous et des caresses, et éventuellement, si on en avait encore une de libre, si on se tenait la main, le Monde irait vers plus de civilisation, plus de progrès et plus d'amour. En même temps, je pose la question: on se caresse ou on se tient la main pour faire la farandole de la paix? Faudrait savoir...  On sait désormais aussi que les clans divisent les peuples, que la découverte de l'autre, c'est dur mais c'est possible, et qu'à la fin, quand toutes nos différences se mêleront en un ensemble géant où nous aurons perdu toute personnalité, on sera heureux (avec notre ipod). En somme, perdons notre individualité et notre caractère pour devenir une masse uniforme MAIS fraternelle où nous serons tous nos semblables et réciproquement, enfin débarrassés de tous les enjeux emmerdants, anxiogènes et potentiellement violents d'une vie à plusieurs choix possibles. Premières étapes à respecter dans le processus: arrêtons l'humour et surtout ignorons les bases grammaticales de l'expression poétique. CQFD. Puis, comme dans SOCIETY, excellent film, fusionnons dans un grand esprit de confraternité. Pardon, de confrérie! Si on mélangeait tous les shamallows du monde dans une grande poêle, on serait tous unis.

 

Une bien belle leçon de vie! Un message d'espoir pour l'avenir!

 

Bisous barbus! Je vous caresse!

 

Mr Mort.

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Vendredi 21 mars 2008

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[Photo: "C'est pas moi qui répondra" par Dr Devo d'après une image du film A BORD DU DARJEELING LIMITED]

 

 

 

Ha bah oui, quand même, il y a des missions dont on s'acquitte avec plus d'entrain que d'autres, et quand le Docteur Devo m'a proposé d'aller jeter un oeil sur une projo de presse de A BORD DU DARJEELING LIMITED, titre français bien naze de DARJEELING LIMITED, le nouveau film de Wes Anderson, on ne s'est pas fait prier longtemps. Anderson, qu'on ne confondra pas avec le beaucoup moins talentueux Paul Thomas Anderson, auteur du presque assez réussi THERE WILL BE BLOOD récemment, est adulé sur ce site par le docteur et par le Marquis, et même par quelques un des figures les plus célèbres du canal focalien historique, notamment Bernard RAPP qui permit très tôt au docteur de découvrir la chose, si j'ai bien compris... C'est tout à fait justifié.
 
Ca commence comme un film des Inconnus, mais très vite c'est autre chose. Owen Wilson le frère aîné n'a pas vu ses deux frangins depuis deux ou trois ans, date du décès du père. Il les invite en Inde, sans vraiment leur dire la raison de ce geste. Débarquent alors Adrien Brody, qui a laissé sa femme aux USA pour venir, et qui est encore très marqué par la mort du paternel, et Jason Schwartzman qui est effectivement le meilleur acteur du monde mais qui joue ici un écrivain galérant un peu, notamment à cause d'une relation sentimentale compliquée et énigmatique avec Nathalie Portman. Jason, lui, erre en Europe depuis le décès de son père et ses déconvenues sentimentales. Voilà donc les trois frangins réunis à bord du Darjeeling Limited, un train pas piqué du hanneton et qui traverse toute l'Inde. Owen Wilson a bien prévu les choses. Aidé d'un assistant, il a construit tout un itinéraire et considère que ce voyage sera un voyage spirituel de ressourcement. Après un terrible accident de moto qui l'a bien abîmé, il décide qu'il est en effet temps que les trois frères soient réunis comme avant, oublient leurs différents et réfléchissent à leur existence de trentenaires. Mais il est aussi autoritaire, manipulateur et menteur! Et très vite, chacun des frangins commence à cacher des choses aux deux autres ou à un des autres. Le voyage de la Fraternité et de la Spiritualité commence donc mal. Les incidents commencent lors d'une escale où Wilson se fait piquer ses chaussures, Schwartzman décide d'acheter un spray autodéfense, et Brody achète un serpent hautement venimeux. Owen décide alors de confisquer les passeports des deux autres pour les empêcher de s'échapper, Adrien continue de pleurer et Jason entame une relation charnelle avec la belle stewardess du train. Bref, c'est du grand n'importe quoi, et tout dégénère rapidement...
 
 
Alors là, oui, attention, c'est du lourd. Entame magistrale sur un mode hitchcockien pour nous montrer qu'il va y avoir du cadrage et encore plus du montage. Puis, interruption brutale de la séquence virtuose pour faire le contraire (de lents plans ralentis). Puis, mouvement de caméra de fou furieux dans le train! En trois minutes, la messe est dite, et vous pouvez aller vous rhabiller. Vous avez déjà remboursé vos huit euros. Bon, tout cela se passe, bien entendu avec une photo sublimissime, mélange de couleurs bariolés foutraques ( dont le plan des cigarettes de nuit! Robert Yeoman encore une fois), et une direction artistique à pleurer. On se dit pendant cinq minutes qu'il nous refait LA VIE TENENBAUM ou LA FAMILLE AQUATIQUE et réciproquement, mais très vite, la chose acquiert sa totale indépendance malgré des similarités thématiques. Ce n'est pas la même chose, résolument.Pas le temps de dire ouf ou quoique que soit, c'est l'overdose de fulgurance. Les plans dans le train sont inouïs. Le cadre à lui tout seul renvoie toute l'humanité filmante à sa table de travail pour élèves handicapés mentaux. Malgré l'extrême confinement du décor, Anderson arrive à créer de l'espace de manière bien plus impressionnante que LA VIE AQUATIQUE pourtant déjà bien doté. Ca coupe tout le temps, il multiplie les plans, les achoppements rythmiques et arythmiques du montage. Les axes bougent tout le temps et se renversent avec une facilité et une lisibilité qui paraîtrait presque simplissimes. Que ceux qui reprochaient à Anderson de n'être qu'un faiseur de plans frontaux aillent se laver la bouche avec du savon et regardent les magnifiques plans rapprochés où Anderson cadre ses personnages près de la vitre du train, et admirent les légers décalage d'axe. Et tout ça, mes petits cocos, pas qu'en faisant des petits plans rapprochés de cabou-cadin. Bien au contraire, l'échelle des plans est riche au possible. Pour couronner le tout, il découpe l'espace en créant des pièces dans le compartiment principal! Fastoche!
 
Oui, oui, oui, c'est bien beau la technique? Mais non, je réponds, ce n'est pas de la technique c'est de la narration! Car tout cela n'est pas gratuit du tout, enfin pas tout le temps, car il y a largement de la gourmandise là-dessous quand même. Le cadre joue avec les acteurs qui disparaissent du plan, se séparent et se réunissent dans le champ constamment, envoyant balader THE PARTY au rang de plaisanterie laborieuse (et j’adore ce film!). Rien que pour le jeu des entrées dans le champ, il y a quoi vous rendre ivre de joie pendant un an et vous n'avez pas fini de décuiter: c'est d'une précision diabolique. Pour le dire vite, tous les postes, et je dis bien TOUS LES POSTES de mise en scène sont porteurs de sens: montage, cadrage, objets, costumes, entrées et sorties des acteurs, surcadres, champ comme image ou au contraire champ comme cache, décalage du son, jeux chromatiques, tout, tout tout joue sans cesse à mort. C'est clair: on a l'impression que les autres réalisateurs font de leur film des solos à l'orgue bontempi quand Anderson semble disposé d'un orchestre entier de 120 musiciens. Tous les éléments que je viens de décrire jouent constamment entre eux. Une idée de montage découle d'un mouvement d'acteurs (qui sont ici quasiment en mode chorégraphique) qui découle d'une idée chromatique par exemple. C'est une jonglerie complètement hallucinante qui s’étale sous nos yeux. Et comme si cela ne suffisait pas, tous ces éléments ont leur sens: ici un acteur qui met une paire de lunettes, geste anodin, remplace en deux secondes (je sors les lunettes de la poche, je les ouvre, je les mets sur mon nez) trois pages de dialogues et quatre minutes de films sur la tristesse et le deuil. Le dialogue est certes précis, et follement drôle, mais tout ces petites trouvailles et ces mille inventions ajoutent une nuance à l'histoire ou aux personnages. Exemple: à peine arrivé dans le train, Wilson explique, presque face caméra, en plange large ou américian et en marchant dans les coursives que tout est prévu et que les règles du voyage seront ceci et cela Travelling donc. Contrechamp en plan douche sur un des plus beau plan du film: Schwartzman qui tient une carte du planning wilsonnien dans la main, taille fiche bristol. Déjà la rupture d'axe et d'échelle (on est en gros plan sur ce deuxième plan) nous dit: "quelque chose ne va pas!" Ce plan nous montre la fiche bristol qui est cadré en plein milieu du scope, en mouvement (!) et en arrière plan les motifs rectilignes de la moquette du train! Le tout cadré de façon complètement géométrique! Bref un petit plan de coupe baroquissime. (la carte bristol et les motifs de la moquette forment un dessin géométrique disais-je) et aussi une forme métaphorique du voyage: formes de la moquette = rails. fiche Bristol = train! Et par rapport au plan précédent sur Wilson qui est en train de nous raconter qu'il faut être ouvert aux accidents du voyage spirituel, accepter tous les événements surtout ceux qui ne sont pas prévu, etc..., le plan sur la fiche bristol nous dit le contraire: ce sera le voyage le plus balisé de la terre! Contradiction qui se trouve aussi dans l'échelle de plan (plan sur Wilson large, plan sur la fiche bristol en gros plan). Voilà! En six secondes, Anderson à expliquer des dizaines de trucs: Wilson a tout planifié, Wilson veut que le voyage soit spirituel, mais en fait le voyage est trop cadré et trop planifié, Schwartzman sent bien que quelque chose ne va pas (le plan bristol est une caméra subjective), les mouvements de caméra expriment l'emballement de la machine, le bristol exprime l'aspect dérisoire et idiot de l'opération, etc... Le dialogue donne le reste. Fermez le banc.
 
Le film est comme ça quasiment tout le temps! Alors pas besoin de s'appeler Tarkovski pour profiter du film. L'intérêt consiste justement à se perdre dans le jeu, à laisser rebondir sur tout ce mille-feuille de mise en scène, à se perdre dans cette loufoquerie maniaque. La musique, toujours très importante chez Anderson sert de liant bien sûr, permet des aérations magnifiques dans des séquences souvent compressés d'émotions et/ou de rires. Le scénario n'est pas en reste, c'est du délice là aussi. DARJEELING LIMITED a de ceci en commun avec des Billy Wilder (ou plus récemment avec le PALAIS ROYAL de Valérie Lemercier même si c'est largement très en dessous, et de très loin pour la française) de ne pas dire vraiment son sujet, et de mélanger la comédie la plus drôle avec le drame le plus poignant. ET aussi de ne pas dire son sujet. Ces trois petits gars, mais aussi sans doute les autres passager du train sont tous à la ramasse, broyés par l'impitoyable violence du Monde. D'une manière ou d'une autre, plus que l'histoire des deuils à accomplir, DARJEELING... raconte l'épouvante quasi-mystique face à la perte et à ce que le docteur appelle "l'insupportable souffrance de l'être". Je vis donc je souffre. Je vis donc je perds. Voilà sur ce quoi Anderson met le doigt dessus sans le dire (la classe): que faire quand on est confronter à la Souffrance que nous inflige le monde? On arrête tout ou on continue? Et si on continue, pas question de le faire sans une bonne raison. Et si on arrête, on arrête pour quoi? Ce n’est pas un sujet qui te parle, ami focalien? En cas de coup dur, est-ce qu'on descend du train? Le sujet du film, de manière plus ou moins détourné, c'est le suicide! Bien sûr! Ces petits gars en ont bavé des ronds de chapeau. Ils sont à bout de ressource. Tout est souffrance et perte. Ils veulent que ça s'arrête! Si c'est ça l'existence, mieux vaut arrêter! Ils aimeraient bien continuer mais ils n'en peuvent plus! Ils questionnent le monde et n'ont aucune réponse, alors à quoi bon?
 
Anderson tranche à peine. Il considère que les actes manqués sont les seuls qui ont une quelconque importance. Que les accidents sont la source de toute chose valable. Et que seul la malice, l'humour, et la poésie sauveront le Monde. Il y a là une représentation utopique et incarnée, beau paradoxe, une vision déconstruite, puis reconstruite de guingois de la réalité du monde. Le réel, et le cinéma du réel, si c'était encore à prouver, est en plein dans ce film. Comme les Hal Hartley dans leur temps, il s'agit ici de regarder la vie sous un angle absurde, le reconstruire selon ses intuitions, et j'insiste, ses fulgurances personnelles, seule chance d'accéder à un peu de Fraternité, et pour les plus chanceux (hors-champs) à l'Amour. Evidement tout cela se fait, s'effleure et se caresse avec la plus grande des pudeurs et des délicatesses, malgré le fait que le film soit construit dans sa partie centrale (que je ne vais pas décoiler ici) autour d'une forme de mélo, curieusement. Epaulé par un casting sublimissime, d'une précision elle aussi diabolique (tiens, allez voir LA RONDE DE NUIT de Greenaway avant qu'il ne soit trop tard et vous verrez comment tous ces gens ont trois millions d'avance sur le reste de la concurrence), Anderson signe sans doute ici un de ses films les plus importants, tant on a l'impression que la forme s'épure en gardant une abstraction certaine. Tout ne se fait pas sur le ton de l'amabilité d'ailleurs. Les personnages ne sont pas tout le temps ouvertement sympathiques. Et Anderson multiplie les ruptures de rythme voire les langueurs. Bref, c'est délicat, c'est doux mais c'est rêche. Comme le dit le docteur, Poésie über alles. Pendant qu'il est encore temps... Les héros des films de Wes Anderson sont décidément la seule chose que nous méritons.
 
Avec le Greenaway, sans aucun doute, et sans réelle compétition malgré un très bon mois de février-mars sur les écrans, DARJEELING LIMITED est un très grand film, un des seuls qui nous donne l'impression de bosser et d'être devant un film de cinéma!
 

Docteur Devo présentera le film au cinéma Majestic de Lille ce lundi 17 mars, à 19h15. Il y a encore des places à gagner pour vous, lecteurs de Matière Focale (cliquez ici). Pour les autres, rendez-vous mercredi prochain.

 

 
Mr Mort.
 
 
 
PS: soyez attentif aux superbes apartés ipodesques de Schwartzman dans le film!
 
 
 

 

 

 

 

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Lundi 17 mars 2008

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[Photo: "You know you may not drive a car" par Dr Devo, d'après une photo de la critique de cinéma Antonia Quirke.]

 

 

 

 

Ha, comme disait le poète, "rions un peu en attendant la mort", la cinémort en l'occurrence dont je suis l'ardant défenseur, vous le savez. Et ne commencez jamais un article par "ha" ou par "ho", ça fait désinvolte! La vraie critique, ce n'est pas ça.

 

A quoi reconnaît-on un critique professionnel de... De moi par exemple? C'est très simple, le Libération de ce mercredi 12 Mars vous donne une sublime réponse. L’article est long puisqu'il fait les deux tiers de la page, et en même temps assez court, si on considère que la photo de la solaire et sublime et je l'aime Tilda Swinton occupe à peu près la même place que le texte. Déjà c'est curieux. Comparez avec Matière Focale. Nous aussi on adore les photos, d'ailleurs, ils sont ou moins quatre à en faire sur ce site, et de la création en plus! Vous remarquerez leurs tailles raisonnables, malgré l'absence de contrainte de taille. Je passe. Alors la dernière moitié de l'article, c'est simple, le p'tit gars nous raconte l'histoire. Rires. La première moitié de l'article est divisée en deux. Dans le premier quart, on parlera de Erick Zonca le réalisateur de JULIA, malheureux film critiqué. Mais qu'est-ce qui lui est arrivé pour qu'il produise si peu, l'ami Zonca? Evidement, notre professionnel ne répond pas à la question, allant même, tenez-vous bien, suggérer la paresse de l'auteur! C'est cocasse.

 

Dans le second quart, c'est beaucoup plus cocasse, puisque le journaliste accrédité parle de l'accueil du film à Cannes, ce qui vous l'avouerez est quand même passionnant! Alors oui, oui, Cassavetes, oui, Gena Rowlands, oui et non, enfin si mais pas vraiment, vous comprenez? Je serais tenter de dire non, et de me dire que le petit gars, il a lu le dossier de presse où je suis sûr, moi qui ne l'ai pas ouvert, on parle de Cassavetes. En tout cas, dans ce paragraphe là non plus, on ne parle pas du film, et on ne dit rien sur Cassavetes non plus, puisque la conclusion de ce paragraphe est: "oui, oui, ok, Cassavetes, ok, mais en même temps, non c'est pas du tout Cassavetes, d'ailleurs ça n'a pas réellement d'importance". Donc voilà un article très long, où on ne dit rien sur le film, sinon raconter son histoire. Le gars a-t-il aimé le film? Ou pas? C'était long ou court? Ca avait quel rythme? La photo était jolie? C'était bien joué? C'est plutôt haletant ou glauque? C'est rigolo ou dramatique? Oui mais non, enfin bon, faut le dire vite, ça dépend des montures comme disait le décidément visionnaire poète Richard Gotainer dans une des chansons de lui que je préfère.

 

Voilà à quoi ressemble, au su et à la vue de tous, un critique de nos jours. Un type qui a sûrement une superbe femme de merveilleux enfants, un appartement dans Paris intra-muros pour loger tout ça, et un bureau à la rédaction, sans doute aussi des tickets restaurants. Etonnant, non?
(Surtout ne pas louper le papier juste en dessous consacrer à 10.000 le nouveau chef-d'oeuvre de Roland Emmerich. Là aussi, ça vaut son pesant de cigarillos cubains, car le gars, un collègue de l'autre (ça doit être bien les réunions de travail, j'aimerais beaucoup voir ça) raconte lui aussi l'histoire du film, sur le mode... cinémort!!!! Rires! Enfin presque, puisque le petit gars raconte le film en entier, oui oui, du début à la fin, re-rires, sous le mode de la périphrase humoristique. Pas une seule fois il ne prend position bien sûr. Enfin, pour dire vrai, il se moque, donc on peut supposer qu'il n'ait pas aimé. On soulignera là aussi, en plus du rigoureux procédé journalistique, la classe totale qui consiste à raconter le film de A à Z, ce qui inclue la séquence de conclusion. Que ce soit Roland Emerich ne change rien à 'affaire bien entendu. On mesure là le respect du spectateur. [Voilà qui me fait penser à une anecdote que raconte souvent Bernard RAPP et qui a, je crois déjà été évoqué sur ce site: lors d'une projection de presse du SANG DES INNOCENTS de Dario Argento, un jeune critique dans les premiers rangs se lève pendant le générique, ce qui est déjà d'une extrême impolitesse car ce générique est en image et cadré et monté (en un mot le film n'est pas fini encore), et se retourne en disant haut et  fort à ses collègues, dans un sourire: "Bon, je crois qu'on est tous d'accord, c'est vraiment très nul!" Ceci est une histoire vraie, bien sûr...] 
Je crois qu'il vaut mieux relire mon article double sur BIENVENUE CHEZ ES CH'TIS et JOHN RAMBO de l'autre jour. Là, non seulement c'est beaucoup plus drôle, mais c'est aussi plus troublant. Il y a comme un charme mystérieux qui se dégage de tout ça, un trouble, une ambiguïté. Et en plus, c'est un beau style, je trouve. Il y a de l'humour mais c'est précis. La langue n'est pas anonyme du tout. Et encore mieux, cadeau bonux: il y a un point de vue. Encore plus fort comme le soulignait avec justesse l'ami Norman Bates: la partie Dany Boon éclaire la partie Stallone, et encore plus fort, Mesdames et Messieurs, réciproquement.
 
Rappelons qu'il y a quelques années le docteur, mon hôte, nous donnait un cadeau merveilleux: LA CHARTE DEVO DE LA CRITIQUE. On voit, dans l'exemple du jour, que celle-ci est d'une actualité brûlante et que sa pertinence est de mise. On pourrait même dire qu'elle bosse, la France d'en bas. Pour être plus précis, on devrait se demander comment il est possible qu'un type payé, un professionnel qui ne fait sans doute que ça, peut en arriver à faire un papier si maigre, pour ne rien dire du tout, là où ici, par exemple, on arrive à rendre un papier plus long, plus fourni et pertinent, alors que la plupart des participants à ce site on des métiers éreintants à côté...
 
Je suis célibataire, beau gosse, et j'écris dans Matière Focale. La classe, non? Allez, camarades, on choisit son camp. Vous vous rappelez de John Steed dans cet épisode de CHAPEAU MELON... avec un labyrinthe. Tout le monde veut entrer dans le labyrinthe, le dominer, en sortir et faire partie du club. Steed, non. Il refuse de rentrer dedans car il sait que c'est ceux qui se perdent dans le labyrinthe et qui veulent entrer dans le club. En ce qui nous concerne, on en veut pas rentrer dans votre club, et pour cause, ça n'en est pas un, et encore plus drôle: le club, c'est nous!
 

Avouez que la vie est bien faite... Je vous embrasse.

 

 
Mr Mort.

 

 

 

 

 

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Jeudi 13 mars 2008

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[Photo: "...qui rendait, parait-il, heureux le genre humain." par Bertrand et Dr Devo.]

 

 

 

Ce n'est pas pour cirer les chaussures du patron qui, en plus, n'est pas là mais occupé à envahir Hollywood, mais je dois dire que je suis d'accord avec lui assez souvent. Par contre, il a beau être sympathique et charmant, il m'envoie voir de ces trucs, par moment... Je crois qu'il me provoque ou se moque de moi. Mais bon, j'ai accepté d'assurer l'intérim et du coup j'assume!
 
Oh! Michel Gondry! SOYEY SYMPAS REMBOBINEZ, qu'on appellera ici sous son de V.O dans Calcutta déserte, à savoir BE KIND REWIND pour des raisons de commodités, est un film qui, comme dirait mon patron adoré, à quand même une superbe brioche. [Définition de la brioche: ici.] Le pauvre Mos Def travaille dans un petit vidéoclub de rien du tout, géré par Danny Glover. On y trouve, ô bonheur, que des cassettes VHS! ET aussi des glaces au chocolat. Glover confie la gestion du magasin à Mos Def pendant quelques jours d'absence, un peu comme moi et le Docteur Devo. Le problème, c'est Jack Black, grand ami de Def. Blake, suite à un accident, est devenu magnétique, ce qui est très utile quand on cherche des pièces de monnaie perdues au fond de sa poche, mais peut poser des tas d'autres problèmes, surtout quand on passe son temps dans un vidéoclub rempli de VHS. Là, c'est le drame: Black démagnétise toutes les cassettes! La catastrophe économique, l'inscription à l'ANPE ou la mendicité, voilà ce qui attend Mos Def dés lors. Mais les deux compères décident, contre toute attente, de remplacer les cassettes en tournant des remakes des films effacés, et en les louant aux clients sans leur dire. Tout le monde voit la supercherie, mais le miracle à lieu: les gens adorent ces micros-remakes et le magasin marche du tonnerre!
 
Le petit résumé, comme le boss! Ha la belle brioche qu’il disait, et il n’avait pas tort. Comme disait l’autre, ce film aurait pu être une apologie du caméscope et de la création cinématographique chez soi, bref une ode au kitchen-cinéma. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait ça. Tout d’abord, c’est la déception qui l’emporte : toutes les cassettes du magasin de Danny Glover sont de grosses séries A hollywoodiennes de la pire espèce : BOYZ IN THE HOOD, MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR, GHOSTBUSTER, ROBOCOP, RUSH HOUR, etc… Certes on trouve aussi le 2001 de Kubrick et CARRIE de DePalma, mais la chose est tellement survolée qu’elle en devient anecdotique. Voilà qui rend bien problématique la question du vidéoclub moderne que Danny Glover espionne. Car quelle est la différence entre le sien et ce supermarché de la location de films ? Et bien, la surface du magasin et la méthode de distribution. Sinon, peu ou prou, ce sont les mêmes films. Glover, lui, ne fait pas louer à ses clients HARRY POTTER ET LE SOULIER MAGIQUE mais des films des années 80 ou 90, et c’est tout. Quand dans le dialogue on apprend que Glover a en magasin une section "film cultes" et "films fantastiques", et bien, les petits focaliens, on se demande bien où c’est qui y sont parce que dans le film de Gondry, beeenn, ils y sont pas !
En même temps, pas grave se dit-il, BE KIND… raconte clairement une histoire très triste : des pauv’ gars coincés dans une vie de prolétaires atroce, mal logés, mal payés, chômeurs ou travailleurs pauvres. Ils n’ont pas de petites amies (Ha, le cinéma du réel !!, rigola-t-il). Ils ne font quasiment rien de leur journée. Ils sont isolés en banlieue. Ils héritent aussi de la culture populaire qui va avec, à savoir celles des pires blockbusters. Si nos héros sont drôles, ils sont aussi des mecs de la rue, et regardent les films à leur disposition. Les gens du quartier font pareil. Fermez le banc ! BE KIND REWIND est d’abord un film sur la crasse, et montre l’inculture qui va avec, me dis-je. Le film est d’ailleurs globalement très noir. Il emprunte comme le disait très justement et in extremis le Docteur l’autre jour à la radio, la forme d’un mélo étrange, un peu à la Capra par moment, où, quand même, tout est biaisé, tout est largement foutu. Rien ne sauvera rien, les dés sont jetés dés le départ. Du coup, s’il y a une sorte d’utopie communautaire dans la dernière séquence (où enfin, ils arrivent à pondre un film un peu plus personnel), utopie larmoyante sur les bords, c’est un rêve qui a un peu le goût de la ciguë ! Tout ça finira sous les coups de pelleteuse, et le quartier changera sans doute sous l’impulsion d’une gendrification (mince, je ne me rappelle plus du mot, desolé !)  forcée. L’ode à la débrouillardise, à la malice, et au D.I.Y à laquelle Gondry semble croire, est un témoignage sur la mort qui avance et qui détruit tout. Gondry le dit du bout des doigts et c’est un peu dommage. Il préfère jouer la carte de l’anguille sous roche plutôt que de mélanger son drame crasseux à la comédie. Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne technique. Pourtant, le petit gars le faisait très très bien avec HUMAN NATURE, film drôlissime et d’une violence inouïe, ou même dans la SCIENCE DES RÊVES très amer quand même.
 
Ensuite, si la mise en scène est plutôt soignée (joli photo, si on excepte les scènes de nuit qui était bien verdâtre une fois de plus dans la copie que nous avons vu) avec ses beaux cadrages flottants qui permettent malgré l’étroitesse des décors de faire autre chose que des tunnels de plans rapprochés, emmaillés ça et là par des soleils gourmands (jeux de lumière, effet de flare, scories magnétiques qui interrompent l’image, etc…), le bât blesse nettement, comme par hasard, dans les remakes amateurs très très loin de ce que peut faire Gondry, qu’on aime ou n’aime pas son style. Tous ces home-movies sont placés sous le signe du potache. On voit des mains dans le champ, des projecteurs qui traînent, etc… Pas un seul des extraits que nous voyons dont Gondry qui ne nous disent pas : "Oh regardez, que c’est maladroit, c’est pour du faux". C’st pour moi la plus grande, et ce, trèèèèès largement, erreur tactique du film. Et comme je suis quelqu’un de généreux et altruiste, je vais vous dire exactement ce qu’il fallait faire.
Si ces gens sont des amateurs indécrottables, il suffisait de faire en sorte que ces remakes soient au contraire des entre-deux. Le fait que ces films soient courts, bourrées d’ellipses et avec des raccourcis de narration dûs aussi au manque de moyen, auraient pu suffire à dégager de la loufoquerie et pourquoi pas de la maladresse (ou au contraire une superbe effronterie). Il n’y avait aucune raison de nous rappeler sans cesse, à nous spectateurs cultivés, que ce que nous voyons, c’est du toc mal fichu, avec des acteurs qui regardent la caméra, et des pieds de techniciens qui traînent dans le champ. Il aurait bien plus intéressant, et surtout troublant, que ces films aient leur univers propre. Qu’ils fussent cohérents, voire bons à leur manière, quitte à induire dans leur espace diégétique (c’est chic), des détails de tons et/ou de mise en scène qui induisent le fait que ce que nous voyons est une version peut-être un peu utopique mais sublimée de ce que ces gens ont vraiment fait. La grande déception de ce film, BE KIND… je veux dire, c’est de voir que ces courts-métrages sont absolument nullissimes et sans aucune espèce d’intérêt. A aucun moment, on ne sent de superbes fulgurances involontaires, des achoppements chaotiques de maladresse mais sublimant le projet de remake lui-même pour le transformer en cinéma. [Tiens, si vous voulez voir ce que je veux dire, relisez l’article du Docteur sur A NIGHT TO DISMEMBER un des plus beaux films que j’ai vu l’année dernière, et véritable ovni cinématographique à la charge poétique semi-accidentelle mais effarante.] Ces  gens, à aucun moment ne font du cinéma. Ils recopient. Et les remakes présentés par Gondry sont tellement médiocres ou sans intérêt qu’on en est bien triste : ces gens ne comprennent rien, même d’instinct, ne retiennent que le pire, et leurs films n’ont d’intérêt que pour eux. C'est-à-dire, ce sont eux qui jouent dedans. Point barre. Ces films n’ont aucun accident poétique, aucune fulgurance. C’est seulement potache. On est donc bien loin de l’esprit des films de Gondry, tiens ! Ce dernier se perd aussi lors du film final, plus original mais qui reste à quelques plans près vraiment bien foutus, bien en dessous du travail du réalisateur, même des bricolages de la science des rêves, bien plus indépendant sur le plan cinématographique et véritables univers sémantiques à eux tout seul. Ici, dans ces remakes, rien ne tient tout seul, tout est référencé dans des espaces extérieurs aux films (le film original,  voir les copains jouer, se souvenir du tournage, etc..). Du coup, BE KIND… délivre un drôle de message. Ces gens sont tellement paumés qu’ils ne feront jamais que des petits étrons ? Ou pire : ces gens là sont déjà mort, et non rien à raconter ni à ressentir ? En tout cas, une grande partie du film étant consacré à ces remakes, quelques soient les intentions de Gondry (et c’est un peu flou, faut bien le dire), BE KIND pâtit de l’extrême médiocrité de ces films qui rendent le film largement inattractif ou du moins beaucoup plus terne que ce qu’il pourrait être. Jamais le travail de Def et Blake n’aboutit sur quelque chose de vraiment créatif. C’est de la débrouille, du système D. Et ce n’est pas suffisant. Les remakes et les originaux sont en cela très proches. C’est donc une bien triste histoire. Nos héros ne feront jamais quelque chose qui se tient par lui-même, jamais quelque chose de personnel. Quand ils crééent un film à la fin, Gondry a déjà bien aseptisé son système. Si on y trouve effectivement plus de gourmandises, il reste plus illustratif et de l’artisanat que de l’art. Bizarre… BE KIND…, le film, en pâtit, et est du coup moins beau, moins troublant sur le plan poétique et ressemble quasiment, malgré un soin certain à la mise en scène, à un film de scénario. Qu’est-ce qu’un film qui a de l’âme, comme le célèbre Mia Farrow dans le film ? Un film fait par de gars de la rue, avec les meilleurs intentions du monde, et de la débrouillardise ? Est-ce le simple fait d’avoir osé faire un film plutôt que d’en regarder un ? C’est un peu court, d’autant plus qu’au final, ces films de rue ressemblent énormément aux films originaux. Ils ont juste était fait avec 20 dollars, et n’ont gagné de leur procédé de fabrication que des maladresses potaches. Sils avaient eu plus d’argent, ces gens, le résultat aurait été encore plus porche des films originaux, sans aucune réappropriation. BE KIND REWIND, malgré ses autres qualités, laisse un goût drôlement amer dans la bouche…
 
 
 
Mr Mort.
 
 

 

 

 

 

 
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Mercredi 12 mars 2008

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[Photo: "Memories Can't Wait" par Dr Devo.]

 

Pendant les absences du Docteur Devo, parti travailler, pour le bien de la cause focalienne, sur des bacilles particulièrement vicelards qui contamineront le cinéma de demain, vous me permettrez, chère Jeunesse Focalienne, de tenir le cabinet, si j'ose dire en l'absence du Maître de maison.
 
On m'a bien entendu demandé de tenir la maison propre et de ne pas mettre le bazar partout. Pourtant...
 
 
BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS, deuxième réalisation du polyartiste multimédia Dany Boon, fut ma première mission cette semaine, mission que je me suis octroyée à moi-même sans doute influencé par mes propres penchants pour le kamikazisme.

Comme on le sait, c'est un phénomène de société que ce film, et c'est bien dommage, car on aurait largement préféré que ce fut une oeuvre d'art. Kad Merad joue un sudiste de la poste, sur-cadre et directeur d'agence envoyé en exil dans le Nord Pas de Calais suite à une tentative de tricherie dans le jeu des mutations. Au début, beeeen, il n’est pas content, et il préférerait la Sibérie orientale. Après ça va mieux, les fameux ch'tis se révélant être des "êtres humains comme les autres", comme le dit la phrase gillesdelatourettienne bien connue, ultime symptôme de cette maladie cinématographique célèbre connue sous le nom de "Syndrome Elephant Man". Comme il en avait des soucis avec sa femme, beeeeeen après il réglera ça avec une little help de ses friends indigènes. Ensuite, à la fin du film, car oui je vais dire la fin du film, Hitler décide d'envahir la Pologne en chantant un vieux machin de Dean Martin. Générique. Merci. Ramassez vos emballages de Twix en sortant.

 

BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS est une oeuvre très inspirée de la philosophie contemporaine allemande, puisqu'elle se situe dans des zones où les notions de classification et d'ordres sont dépassées au nom d'intérêts bien supérieurs, comme par exemple le cours de l'action BNP-PARIBAS, ou la cotation de la couenne de porc sur le marché au cadran de Plougannec. Ceci dit, hélas, trois fois hélas, le film audio et visuel de M. Boon n'est ni pire ni meilleur que la concurrence, et je dirais même plus, c'est carrément pareil. Filmé en scope pour un maximum d'efficacité visuelle et une optimisation parfaite des plans rapprochés, le film oscille entre théâtre et hommage aux meilleurs des séries télévisées européennes de HANZ, CHIEN POLICIER (sur la télévision suisse-romande) à JOSEPHINE ANGE GARDIEN. La caméra est vue comme un moyen d'enregistrement du Réel, ici sublimé, option baroque oblige, par une inspiration directement issue du théâtre de boulevard et de la peur de la mort. (On mesure d'ailleurs encore une fois l'immense gouffre laissé par Jean Lefèvre dans le Landerneau cinématographique, littéraire et théâtral.)Ainsi, le jeu diégétque consistera à considérer le cinéma comme une fenêtre ouverte sur le Monde, et donc par voie de conséquence, aussi sur le plateau de tournage. Même si on ne voit pas de techniciens dans le champ, Boon sait souligner sa volonté de témoigner du tournage, "comme si on y était", et sublime de manière fantastique, au sens littéraire du terme, le cinéma ici perçu comme l'apogée du rêve bazinien: pas de montage est le meilleur montage, d'une part, et le cinéma c'est la vie, la vie c'est le cinéma, d'autre part.
Cette attention aux détails du quotidien place Boon quelque part entre le Woody Allen de ANNIE HALL et le Ken Loach de n'importe quel Ken Loach sauf KES et LOOKS AND SMILE. LADYBIRD par exemple. Le personnage de Kad Merad, est, c'est iconoclaste pour un film de cette envergure populaire, directement issu de la publicité pour Société Générale. Derrière l'angoisse de la mutation, représentant simplement, bien sûr, l'oppression au travail, c'est une peur tout à fait existentielle qui se dessine à mesure que le film avance dans un apparent classicisme de façade (3 actes, quête, contre-quête, quiproquo, boxer en microfibres), à savoir celle de la Mort de l'impossibilité de fournir à la famille l'assurance pourtant légitime de pouvoir toujours avoir de quoi substituerà ses besoins,  soit une safrane en état de marche, une pelouse en bonne santé, et un enfant bien élevé qui veut des bisous. C'est dans cette propension élégante et discrète à vouloir cacher le drame, à le rendre sous-cutané dans la narration globale, que Boon confirme dans un geste de grande beauté, sa réputation de clown triste. L'angoisse de la Mort et du redressement fiscal se cache pudiquement derrière une existence tranquille, la volonté d'un travail consciencieux (cf. les scènes à la Poste), et dans les conversations avec ses nouveaux camarades qui, quand ils trinquent avec lui, savent, avec leur sensibilité toute fraternelle, que c'est le même drame qui les habite. Pas besoin de mots, tout passe par le regard, ou quelquefois par l'Art, comme le prouvent deux moments émouvants: l'écoute en cd sur l'autoradio compatible MP3 de l'incontournable LES GENS DU NORD de Jacques Brel, et la reprise par les acteurs eux-mêmes cette fois, des CORONS de Pierre Bachelet, (récemment disparu d'un kyste aux testicules) dans les tribunes du Racing Club de Lens.
Dans ce monde violent, la femme ne sait plus à quel saint se vouer. Depuis Almodovar, on a rarement vu un aussi beau portrait du sexe dit faible (je dirais touchant plutôt) que celui de Zoé Felix, impeccable encore une fois avec ses nuances de jeu oscillant entre les câlins et la paire de baffes misandre. Elle semble presque avoir compris la situation de quiproquo mais feint de l'ignorer de le savoir, là aussi parce qu'elle est désemparée devant l'angoisse du vide inhérent à toute société capitaliste qui se respecte. Dommage cependant, et malgré toute l'affection qu'on puisse porter au film que dans sa conclusion, Boon oublie de faire acheter par ses personnages un ipod, ou mieux un iphone, ou tout autre appareil pouvant servir au bonheur du Couple (un batteur Moulinex par exemple) ou au bonheur de la société (une connexion internet haut débit ou un taux à 4%, par exemple). C'est le seul bémol qu'on peut apporter à cette émouvante et drôle fresque. La mise en scène n'est pas non plus en reste: champ, contrechamp, cadrages francs, en général de face ou de profil, une prise de son et un mixage particulièrement audibles, et un point toujours impeccablement fait. On est bien loin de certains maniérismes et déviances esthétisantes d'un certain cinéma d'auteur. Ici, tout est brut de décoffrage, tout est proche de la vie réelle, dans un souci de respect du personnage et des spectateurs. Cinq millions de fans de Ogres de Barbak ne peuvent avoir tort, comme disait la pochette d'un célèbre album de grind-musette (AS I WALK THRU' THE VALLEY OF DEATH AND THE PARKING LOT du groupe Vasektömia), et il est bien normal, dans une démocratie comme la nôtre, que ce film soit à ce point un triomphe. Il n'y a qu'un mot à ajouter: Chapeau l'artiste!
 
 
On t'a cassé ton rétro. La femme de tes rêves en aime un autre plus beau que toi. Tu n'as plus beaucoup d'argent sur ton compte alors qu'on est le 9 du mois et tu ne sais plus où tu as fourré ton recueil de nouvelles de Arno Schmidt. Tout cela, ce ne sont que des malheurs parmi des millions de malheurs possibles. On peut toujours aller voir JOHN RAMBO (RAMBO 4) de Sylvester Stallone avec lui-même, et même d'autres gens qui jouent des rôles.
Ha les Philippines! Grand pays, toujours promesses de belles aventures cinématographiques, source sûre de chefs-d'oeuvre expérimentaux de bon aloi. John Rambo ne revient pas, car il est parti. Il est vieux, dégoûté de la vie et de l'humanité, et aspire à une existence de travail honnête, ici on l'occurrence capturer des serpents. Il se lève tôt, se couche tard, et boit de l'eau. Il travaille dur et se fond parmi les indigènes. On est loin de la vie de poète à laquelle Rambo aspirait étant jeune et qu'il quitta à 17 ans pour se consacrer à l'exploration des pays sauvages. Et puis, il y a eu le Vietnam....
Mais tout ça, c'est bien loin. Et Rambo attend vraiment jeudi prochain car c'est son jour de repos et il pourra aller à la pêche. C'est sans compter un groupe d'humanitaires chrétiens qui se dirigent vers la Birmanie voisine où un village a été massacré par la terrible armée corrompue. Il faut vite leur apporter de l'aide, et nos missionnaires ont besoin de Rambo pour traverser le fleuve. Bien entendu, il refuse. Mais voyant que la seule femme du groupe, blonde et sensible, est entourée de crétins arrogants, il se rétracte et les amène là-bas, ce qui ne sera pas de tout repos. Car, le militaire birman rode...
A la célèbre "fraîcheur de vivre" tant prisée par Hollywood, Stallone lui, choisit la voie inverse et y oppose la langueur de mourir dans ce nouveau portrait du héros qui a fait sa gloire. Rambo n’aspire à rien, il veut qu’on lui foute la paix. Il est gros, gras, a le regard encore plus éteint que celui de ROCKY, il a envie d’aller à la pêche et de lire Arno Schmidt (il était coincé entre le mur et le frigidaire ! Je me demande comment il en est arrivé là !). La vie, le cinéma, tout ça, ce n’est pas facile, surtout quand, comme moi-même ici présent, Mr Mort, comme John Rambo, ou notre hôte le bon Docteur Devo, ce n’est pas facile, disais-je, quand, en plus, on pense que le Monde s’est arrêté en 1987 ! Alors, on essaie, on se bat, et quelque fois même on fait semblant. Allez, viens Jeff, on va aller boire un coup chez la Grande Margot, et on se racontera des histoires de comme c’était avant, même qu’on y croira encore, même qu’on boira comme des loutres… Le bon temps, il est mort, et on s’en fout (pas). Par contre, on veut être tranquille dans notre coin, qu’on nous laisse vivre sans embêter personne. Voilà le sujet de ce JOHN RAMBO. La scène où il rencontre la femme évangéliste est particulièrement symbolique. Il est tard, Rambo a nettoyé la cage des serpents, il rentre dans sa cabane, et va se mettre un disque des RESIDENTS (GOD IN PERSONS pour être précis), et c’est la jeune  femme qui débarque là, à brûle-pourpoint sous la pluie battante. Dans l’éclairage brut de décoffrage, on pense très fort à 1987, surtout que le corps de Stallone-Rambo en porte tous les stigmates. Il se tourne vers le spectateur, et semble de dire sans bouger les lèvres : "bon, alors, je fais quoi ? J’y vais quand même ?"
Silence dans la salle. Nul n’ose répondre. La mort est déjà là. Allez, un dernier baroud, mais pas pour l’honneur. Pour détruire plutôt. Rambo reprend les armes, essaie de sauver les humanitaires en détresse, pour la forme, mais en fait ce qui compte, à la fin des fins, c’est la destruction.
Cadrages de série B année 1987, photo old school, scénario de la même manière, le tout saupoudré de violences exacerbées, d’insupportables images journalistiques, et de pulsions gore, voilà le programme des 4émes aventures du poète. Ca sent la morgue, à plein nez même. Le contrat de Rambo, c’est celui de Stallone dans la vraie vie, encore le cinéma du Réel : faire une mission de trop parce qu’on est coincé par le contrat. La mis en scène suit, c'est-à-dire ne suit pas. Elle est tour à tour naïve, nostalgique, ou alors carrément atomisée par des choix incompréhensibles, lors des scènes d’actions, strictement illisibles sur le plan géographique et narratif. Rambo tire à la mitraillette (de laquelle il ne bougera pas), cut. Dans le contrechamp, une grappe de soldats s’effondrent, généralement dans un axe contrarié de manière surréaliste. Voilà pourquoi Rambo/Stallone y va une dernière fois : pour devenir non pas une légende, non pas une icône, mais un contrechamp. L’image de Stallone qui tire à la mitrailleuse pourrait servir dans tous les films. Imaginez : dans une adaptation d’Agatha Christie. Alors qu’on voit un personnage qui va se faire descendre dans le salon, avec le pistolet du Colonel Moutarde, allez hop, insert de Stallone sur la mitrailleuse, cut, puis le cadavre qui s’effondre sur la moquette victorienne. Voilà le principal intérêt du dernier opus de Stallone : imposer un contrechamp universel pour tous les films du futur. Une image de mort qui hantera tout, qui vengera la perte de l’année 1987. Rambo a une démarche perverse de cinéaste. Stallone moins, et c'est dommage. Seul regret du film, très raté quand même, le contrechamp à la mitraillette épargne la femme blanche, vectrice de la violence. Rambo ne la tue pas, même par acte manqué, par accident, alors qu’il est clairement évident qu’elle représente un reflet biaisé de la décennie défunte. C’est quand même bizarre sur le plan sémantique. A moins que ne pointe dans la dernière image (Rambo rentre chez lui, aux USA, dans sa maison natale) l’ultime promesse de violences à venir, bien plus intéressantes celles-là : Rambo revient non pas pour mourir, mais pour détruire son pays dans une rafale de contrechamps mitraillés. Croisons les doigts. En tout cas, Sylvestre s’approche de plus en plus de son projet d’adaptation de la vie d’Edgar Allan Poe… S’il manque de temps, je lui conseille clairement de mélanger les deux….
 
 

Mr Mort

 

 

 

 

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Lundi 10 mars 2008

recommander publié dans : Cinémort
[Photo : "Je suis pour, ils sont contre", par Bertrand, webmeistre du site Multa Paucis,
d'après une photo extraite de la série FREAKS AND GEEKS.]
AVANT-PROPOS
J’apprends à l’instant avant de mettre cet article en ligne que Jean Rollin, halleluyah, vient de terminer son nouveau film, LA NUIT DES HORLOGES ! Rollin sera en compagnie de son fidèle ami l’ineffable et passionnant Jean-Pierre Bouyxou (spécialiste du cinéma underground, homme de culture, animateur de l’émission « Mauvais Genre » sur France Culture, et co-auteur d’un ouvrage passionnant que j’ai eu entre les mains cette semaine sur le mouvement hippie, publié chez 10/18) ainsi que de Stéphane Du Mesnildot que je ne connais pas mais qui est très certainement quelqu’un de très bonne compagnie, critique cinéma et auteur d’un ouvrage sur Jess Franco, le mercredi 4 juillet prochain au vidéoclub-librairie Hors-Circuit, 4 rue de Nemours dans le XIème à Paris (métros : Parmentier et Oberkampf). A 19 heures, Stéphane Du Mesnildot interviewera les deux autres, et causerie sublime et passionnante il y aura ! Merci à Hors-Circuit de m’avoir informé de ces bonnes nouvelles, que je m’empresse de vous relayer !

Dr Devo.
 

She came from Greece
She had a thirst for knowledge
She studied sculpture at St-Martin’s College
That’s where I caught her eye
She told me that her dad was loaded
I said : “then, in that case, I’ll have a rhum and coca-cola”

Pulp : "Common People"

Un(e) de vous a dû prononcer mon nom trois fois devant la glace ! Tel un Jean-Paul Belmondo, sans bichon et en pleine forme, me voilà, je déboule.

Alors décidément, voilà qui va réjouir les "puristes" (personnellement, c'est le titre que j'aurais choisi à la place des CHORISTES), car ce mercredi sort en salles PERSEPOLIS de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. Champagne, petits fours, smoking même pas de chez Cardin, et applaudissements, et pour ceux qui étaient courageux, visionnage au Grand Palais, souvenez-vous, c'était à Cannes, pour défendre la France, Monsieur, La France !

Couverture médiatique énorme, couv' dans les beaux journaux, ventes des BDs originales à grand tirage (un secteur qui va aussi bien, c'est-à-dire mal, que le cinéma, et qui subit les mêmes contraintes économiques de concentration en matière de production et de distribution), artic's en veux-tu en voilà, c'était ce que notre beau pays avait de mieux à proposer. Et bien, on n'a pas été déçu du voyage.

C'est la mode, et c'est pas autrement, le cinéma se doit d'être "une fenêtre ouverte sur le monde", le reflet du monde comme il va. Premier point. Du coup, depuis deux ou trois ans, on se tape en salles un nombre fabuleux de films "à sujets de société contemporains", tels que le fasciste UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE, ou encore les SYRIANA, un des boucs-émissaires à très juste titre de ce site, ou encore pire, c'est possible, THE CONSTANT GARDENER, sombre épisode de la série CONNAISSANCE DU MONDE (série de conférences idiovisuelles avec présentation en salle du réalisateur, pour personnes du troisième âge), justement combattu par le Doc Devo, consacré aux petits n'enfants qu'on empoisonne en Afrique pour tester des médicaments expérimentaux et vraiment dangereux ! [N'importe quoi, d'ailleurs, et très hollywoodien, donc complètement déconnecté de la réalité comme sujet : on ne les empoisonne pas pour tester les médicaments, mais par pur plaisir sadique, ce qui est très facile car même leurs parents ne savent pas lire, et donneraient un rein pour une écuelle d'eau ou pour voir un épisode de LOST...]
Cinéma, cinémaaaaa, art du réel, art de la préoccupation contemporaine, j'écris ton nom. Sur les murs, tel le poète. Nous si privilégiés, nous qui avons la chance de faire ce métier de l'Art, c'est bien normal qu'on s'intéresse un peu à nos amis les pauvres, tandis que, engoncés dans notre confort petit-bourgeois, avec nos tongs de soirée en peau de daim de Scandinavie, un verre de cognac hors d’âge à la main, un gros cigare cubain fabriqué par une grand-mère cubaine mourante à la main, au milieu du tapis marocain fabriqué par une jeune adolescente de 14 ans déjà aveugle, quand nous regardons DES RACINES ET DES AILES, quelquefois, nous avons un pincement au cœur ! Il faut parler des problèmes des gens, des fameux "common people", parler de la terre qui va mal, poursuivant ainsi le flambeau d'un autre grand poète, Bernard Minet (cf. NOUS ALLONS CHANGER TOUT ÇA). Le soir, pendant la pub, notre petit cœur aurait presque mal sinon... Et le lendemain, voilà qui arrange bien mon producteur ! Evoquer le réchauffement climatique ou la prostitution des vieillardes bigoudènes qui ne touchent pas assez de retraite, c'est du bon, coco ! Ça rapporte un max', on en parlera partout, c'est du tout cuit. C’est ainsi que, comme le théâtre, la radio ou la littérature, le cinéma se pourrit de l'intérieur, et avec le sourire, en empoissonnant ses propres œuvres de préoccupations humanitaires, sociales ou universalistes. C'est un peu comme si on jetait du mercure dans une source fraîche. Et finalement, le véritable exploit, de nos jours, c'est de réussir à trouver un film ou une pièce qui ne soit pas un "portrait contemporain de la contemporanéité du monde comme il va". [Bien entendu, la fiction pure, c'est mal, c'est pas décent, et c'est un domaine que seuls les salauds pratiquent ! Et qui de surcroît n'exprime RIEN DU TOUT du monde comme il va !]

Commençons par le positif. Oui, effectivement, en respectant dans les grandes lignes la charte graphique des albums BD, PERSEPOLIS trouve un style bien sage mais assez différent de la concurrence, et pour ainsi dire, et c’est aussi un versant assez inattendu du côté « leçon de chose » du film dont je parlerai plus bas, le film se permet même de reprendre en une parodie softcore l’histoire riche de l’animation iranienne. Bon. Petit noir et blanc comme il faut, personnages ressemblants sans énormément de personnalité distincte entre les différents protagonistes je trouve (bien loin de la variété des personnages de AMER BETON par exemple), doublage de stars et donc d’acteurs, etc.

Si l’originalité se trouve là, elle est vite contredite par la mise en scène, bien plus tranquille et largement handicapée par le scénario, là aussi on va y revenir comme dirait le Docteur D., qui finit par faire émerger non pas une narration bondissante, mais bien au contraire un collage de petites vignettes juxtaposées et se suivant sans vraiment de perspicacité, suite de petits sketchs (dans tous les sens du terme, comme diraient nos amis anglo-saxons) qui n’ont de fil conducteur que chronologique. Les saynètes se succèdent dans une effrayante linéarité et sans réelle conséquence. Voilà qui est déjà assez décevant, d’une part, et qui minore le peu de personnalité à laquelle aurait pu prétendre le film, mais qui est encore aggravé par le fait que chaque scène se termine très souvent par une chute, quelquefois gaguesque, avec une régularité métronomique là aussi complètement impersonnelle. Sur le plan graphique aussi, on assiste à des répétitions constantes. Enfin, le doublage assez attendu finalement, malgré la présence de Chiara Mastroianni que j’ai plutôt à la bonne, ne décolle jamais vraiment et n’offre quasiment aucun contrepoint en faisant qu’appuyer là encore le scénario pourtant sans réelles surprises. Sans surprises et gommant systématiquement ce qui aurait pu présenter un minimum d’intérêt, à savoir les paradoxes d’une période troublée (ex : le fait que le shah fasse quand même entrer le pays dans la modernité, chose dite mais qui ne se sent jamais, et qui est foudroyé par l’arrivée dans le film de son fils, grand échant de l’(H)histoire, les deux événements ne se nourrissant pas du tout curieusement), les ambiguïtés d’une vie de jeune fille (à quoi servent finalement les personnages jeunes de la période autrichienne puisqu’ils n’existent pas et qu’ils ne sont commentés que par la voix-off, et jamais par le dispositif de mise en scène ou la narration ?). Bref, tout ce qui aurait pu rendre personnelle cette odyssée ou aurait pu mettre à jour une réalité au singulier relief, quitte à mettre le doigt sur certaines contradictions, ce qui est toujours passionnant, est gommé ou éludé. PERSEPOLIS déçoit d’abord par cette narration, et par l’illustrationnisme ultra de sa mise en scène inféodée au texte et à la chronologie, ce que le procédé narratif de flash-back en guise de cache-sexe n’arrivera pas à cacher. Satrapi & Paronnaud signent là un film bougrement linéaire et d’un classicisme absolu.

Thank you Margaret, et à la prochaine fois ? Non, car ce n’est pas tout. Là où le film quitte le domaine de l’insignifiant pour rejoindre les toilettes non-dickiennes et donc sans chercher de l’or (ce que le film n’a jamais l’ambition de faire, c’est bien le problème), c’est dans le propos et la démarche, qui là sont vraiment insupportables, pas autant dans le fond que dans la forme proprement et banalement scandaleuse, une fois de plus.
Une fois de plus, une fois de plus, une fois de plus, une fois de plus, les enfants je vais vous enseigner l’Iran, ou le Lichtenstein, ou ce que je voudrai ! Il y avait bien une raison, finalement, à ce que le scénario soit si clair dans sa ligne, soit si simple, que la moindre ambiguïté soit passée au karcher ou alors évoquée en une phrase (du texte bien sûr, CQFD). PERSEPOLIS s’adresse aux gens communs, au peuple de France, aux ploucs, à vous et surtout à moi ! Et pour nous toucher, il faut simplifier, bien délimiter le terrain, et surtout présenter l’(H)histoire en version reader’s digest, en quelque chose de court et de mémorisable. Pour paraphraser Woody Allen qui, comme disait le poète, n’a pas dit que des conneries, j’ai vu PERSEPOLIS et ça parle de l’Iran ! Ni plus ni moins. Le Shah avait ses mauvais côtés (lesquels, d’ailleurs ?), mais il a modernisé le pays. Le fils du Shah, lui, l’a fait rentrer du côté obscur. Depuis, l’Iran c’est le gentil peuple martyrisé par le diktat religieux, c’est le voile, la guerre, les méchants barbus, l’exil. L’occident, c’est là que je suis, mais ce n’est pas mon pays. Et… Et ? ET RIEN ! Certes, les choses étaient complexes, mais moi, je ne vais vous expliquer ça dans mon film, ça va vous dépasser, c’est un peu too much pour vous, et puis c’est mauvais pour les entrées sans doute. Ce qui compte, c’est de savoir que beaucoup de gentils iraniens ont été très oppressés par pas mal de barbus, qu’il y avait des méchants et des gentils.

Ainsi, une fois de plus, moi, vous et tous les autres ploucs de la Terre sommes pris encore pour des élèves de troisième à qui il s’agit de faire bien apprendre la leçon qui, au final, se résume à une énième (di)vision hollywoodienne d’un sujet forcément à thèse, c'est-à-dire dans la plus pure ligne DOSSIERS DE L’ÉCRAN. Méchants, Gentils, sketches et saynètes, petits enfants opprimés (je ne supporterai jamais qu’on puisse mettre en avant la mort ou le martyre d’un enfant devant ceux d’un autre homme adulte ! Ce genre de hiérarchie, je l’ai déjà dit et je re-signe, est proprement insupportable et anti-humaniste), de l’émotion mélodramatique omniprésente et exploitée exactement de la même manière qu’une comédie (romantique ou pas) avec Richard Gere, du rire doux-amer convenu tel qu’on en trouve dans 93% des films art et essai (encore une fois une preuve d’originalité), absence de paradoxe et d’humour (sur le fond, c'est-à-dire en dehors du processus scénaristique !), et cet incroyable moralisme, cette vision correcte, ce « voilà ce qu’il faut retenir », asséné comme de juste sur un ton d’instituteur ou de catéchisme, c’est proprement insupportable.
PERSEPOLIS n’est pas le premier film à utiliser ce genre de facilité, certes, car c’est la grande mode comme je le disais. Derrière l’humanisme de façade (et ce n’est pas ça, justement, l’humanisme), se cache un mépris double. Double mépris, comme deux faces d’une même médaille et qui sont des deux côtés aussi scandaleux. D’une part, la simplification de l’(H)histoire réduite à une simple histoire conflictuelle hollywoodienne. C’est proprement dégueulasse envers le public ! Aux producteurs et réalisateurs de PERSEPOLIS, on a envie de dire qu’on ne lit pas forcément des journaux gratuits fournis par le PPA, qu’on n’est pas gavé aux journaux télévisés, qu’on lit des livres, parfois même d’Histoire, qu’on lit le MONDE DIPLOMATIQUE, qu’on a reçu une éducation correcte nous permettant de nous faire notre jugement avec une relative indépendance, et qu’un paradoxe pour nous, outre le fait que c’est là qu’on comprend le mieux comprendre une situation et qu’on a là une chance d’apercevoir une parcelle de la vérité (toujours multiple), est complètement assimilable par nos petits cerveaux. On a vu aussi les grands films humanistes et historiques de Ken Russell, par exemple (là je lèche les bottes du patron !) comme LES DIABLES ou encore le téléfilm DREYFUSS, où le réalisateur résume paradoxalement et clairement (ce n’est pas incompatible, contrairement à ce que les gens impliqués dans la conception de PERSEPOLIS semblent croire !) la division durable de tout le peuple français en un simple plan de cinq secondes, clair comme de l’eau de roche et, tenez-vous bien, très touchant et drôle (oui, parce que nous, le peuple, on est aussi ému par un beau raisonnement intellectuel , pas seulement par les livres d’images disneyiens). Bref, on a vécu, on a nos idées et, aussi surprenant que cela puisse paraître, nos capacités d’apprentissage sont intactes, et on a envie d’apprendre quelque chose, on sait ouvrir un livre ou aller se renseigner ! Nous ne