Cinémort

 

 

 

 

 

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[Photo: "Fa-Fa-fa-Fashion" par Dr Devo.]

 

 

S’il avait fallu choisir entre la mort de Lady Diana, jamais grandie de Jambon (et je paie une pinte de bière belge à celui qui trouve le jeu de mot), et celle de, disons, MC Hammer, rappeur comme y’en a pas deux, mais chrétien, j’aurais fait comme mon seigneur le Christ resucité, et j’aurais sacrifié aussiment la parvenue pour sauver l’artiste. Mais ce sont là des avis biens personnels qu’il conviendra de développer plus tard. Ou pas.

  

Ce qui est bien avec les rencontres d’un soir c’est qu’elles vous épargnent, soliloquais-je en moi-même, la notion de suivie et de suivant, par définition, truie generis. Ainsi, j’avais épargné ma propre personne en gage de mauvaise de foi, en évitant de regarder le premier épisode du Spectreman américain.

Ce qui est bien chez les femmes fardées comme un semi-remorque mexicain, c’est que même après un refus de première classe, elles sont toujours partantes pour un deuxième round, car justement, elle kiffent à la foix le rabattage sur la voie publique et les ignobles personnages en mon genre, autrefois maltraitant, donc.

 

Robert se donnait pour les juniors, me souffla-t-on finement à ma droite, alors que le tonitruant "machin", comme disait le Général qui n’étais pas le derniers des abrutis quand il s’agissait de remonter les bretelles aux 'ricains, parvenait à peine à débuter son introduction de commencement. Ayant vu la chose dans la langue de Loana plutôt que dans celle des Beatles, ma première méninge explosa sur le champ, au premier mot, surprise d’avoir été déconcertée, et redoutant un Alzeihmer toujours trop précoce. Il y a des douleurs de cœur ou d’âme qui durent des années, et le deuil de la VF correcte est une de celles-là : mixage pourri malgré les injonctions californiennes de  V.I, et jeu fransösich désastreux justifiant à lui seul l’arrêt total du statut d’intermittent, je me dis que le peuple, décidément ne pouvait pas faire autre chose que d’investir dans des iphones à 400 dollars et des pompes à 150, tant le bâclage culturel sapait toute possibilité de s’accrocher à quoique que ce soit d’artistique dans l’entreprise. Ma grand-mère disait : "quand tes chaussures sentent le crotin, t’investis dans une salle de bain en marbre", et dieu qu’elle avait raison ! Mais, passons.

 

La seule bonne nouvelle de ce nouvel hommage ricain au cinéma polonais des années 70, c’était dans un semi-détail : le retour du Mal venu de Russie. Ici, Rourke rourkise tranquilou, sans se fouler, avec un accent mémeuzh trah pareil que ci-avant, c’est à dire style Papa Schultz à Saint-Petersboug. On aurait préféré un bon petit Dolph Lundgren des familles, parce qu’il est plus beau, plus drôle, et meilleur acteur, mais bon. Et Robert, donc, alors lui, dans le genre tue-l’amour, il se posait là. Habillé comme un cycliste un jour de dévoilement de tracé de boucle, séduisant comme un vendeur de chez Zara, et avec autant goût qu’une fan de 15 ans de Dakota Fannings, on se demanda qui, là précisément, avait réussi le hold-up du siècle, entre lui-même ou la prod. Insupportant. Yes, of course, le rôle veut ça, mais ce n’est pas parce que c’est mal écrit qu’il ne faut pas dire que le troubadour-microsoft Robert n’est pas mauvais comme un cochon de campagne.

 

Très vite, on comprit que l’archer visait sans doute une espèce de comédie bull (vacharde quoi !), faussement réac’, un peu comme je reagan sous cape, les yeux hardboiled-minutes… A l’arrivée de la première étape, c’est le contraire qui se passe. Pas très viril la chose, peu drôle, tout se reposant sur le sidekick starsky-hutchien éculé, façon Pampers les bons tuyaux, si j’osais. Clairement, le film ne visait plus rien et loupait tout, à l’instar de la scène de la fête où il manque cruellement une scène : celle où Robert-Wajda se masturbe en armure. Là, rin ! Juvénile, adolescent, adulescent, enfulte et rencontre du troisème âge, tout pareil, ca tire au hasard, donc vers rien et vers tout.

 

Scarlett Gainsbourg ci(n)trone et insiste un peu dans une parure  de guêpe charnue exagérée, là où le fait de la voir brune suffisait. Là, presque à la hauteur plastique de sa réputation, on soulève, vaguement une paupière. Mais tout cela est balayé par l’erreur industrielle : Sam Rockwell, personnage antipathique, mal écrit, convaincant comme la pub de la chevauchée des vaches qui rient (1ére partie), en mode Coué autosuffisant. Ca ne nous plait pas, ça ne nous plait pas, ça ne nous plait. Mais la prouesse, en somme, le petit supplément d’âme comme disait la poéte, le petit étron de caca sur le sac de vomi, c’est que le gars arrive, et attention pas en perdreau de l’année, mais en vétéran du ventilo’, le sagouin, dis-je arrive à nous saloper ça encore plus, tout à fait personnellement, persuadé  d’être le nouveau Graham Chapman. Un modeste, quoi. Le gars humble.

Déjà que l’entreprise sentait un peu le concours de pénis devant l’urinoir inox et branché dans les toilettes de la boîte la plus huppée du moment (finalement c’est le sujet : être le plus gros, le leader de mekouyes en sorte), le Rockwell fait basculer le truc dans la farce et l’exécrément haut la main. Chapeau bas, l’artiste !

 

Bon, tout ça s’étire à n’en plus finir. Comme 8 films sur dix vus en salle ces jours-ci, le film aurait pu faire, assez facilement 50 minutes de moins. Le pseudo-dilmemne médicalo-sexuel (car, dans ce fil, pour niquer, c’est pas une question de converse mais de bons médicaments), il n’en sera rien fait (une demi-heure pour le mettre en place, un deus-ex de 15 secondes pour le jeter hors du train), le complot ne sert à rien, la charge "corrosive" de droite ne sert à rien, Rourke est largement mis au rang d’accesoire sans intérêt (loin derrière Rockwell), et Samuel Jackson aurait bien pu être aux toilettes pendant ce temps-là que ça n’aurait rien changé…

 

(Tiens… J’avais pas remarqué : Rockwell… Jackson… Intéressant…)

 

 

Malgré un montage un tout petit moins hystérique qu’à l’accoutumée de la concurrence, bah, on est vite rassuré : tous les plans sont recadrés (alors que certains avaient l’air correct), et c’est monté avec des mouffles en crin. La scène d’introduction de Scarlett, si j’ose, tournant(e) vite au nainwak de manière presque drôle, envoyant aux pelottes le chorégraphe qui s’est pourtant cassé la binette des mois durant pour que tout le monde apprenne son twist avec force de coachs personnels hors de prix.

 

Bref, c’est la cacastrophe tranquilou. On dort paisiblement (quoique ,avec la VF, c’est dur), et on se surprend à dire que ce film de documentaliste n’a même pas la classe d’essayer d’être le plus mauvais du monde. Plus que le mauvais amant qu’on vous avez promis, chère lectrice, là on est juste en mode branleur. Pas sûr qu’on y gagne… Même pour rire…

 

 

Mr Mort.

 

 

 

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Mardi 4 mai 2010 2 04 /05 /Mai /2010 19:31

Publié dans : Cinémort






[photo: "Sexual Healing" par dr Devo, d'après une photo du comédien David Carradine.]




Chers Focaliens,

 

La cadence a beau s'accélérer sur Matière Focale, comme vous l'avez remarqué sans doute, il n'empêche que le temps ne passe que plus vite, et que les grains de sable, comme les films, passent entre nos doigts, entérinant ainsi notre long chemin vers la délivrance...

 

[Introduction soutenue par Le Syndicat des Ouvertures Lyriques...]

 

 

GOOD MORNING ENGLAND de Richard Curtis (UK/USA, 2009)

Ça pouvait tomber plus mal, me dis-je,  du genre "tomber sur un film afghan ou français" quand je découvris que le Sort me plaçait dans les eaux anglaises. GOOD MORNING ENGLAND, petit film anglais à sensation, tout le monde me massait les moules avec, mais de toute façon j'étais prêt à tout tenter en échange d'un bouteille de mauvais whiskey en compagnie de cette belle brune à l'Atomic Bar (mode de rémunération focalien connu).

 

C'est les sex-toys, période bénie, mais pas rigolotes des masses. Tout le monde passe des radios, le transit tort, mais peu de rock et de roll sur les ondes. Dans "ondes", il y a comme une idée d'eau, et c'est ce que va faire une joyeuse troupe de melo-men: émettre depuis un bateau pour passer la musique du diable... Très vite, Ken et Brannagh, les Dupond et Dupont du ministère de la Culture en glisse, ne l'entendent pas de cette oreille et vont tout faire pour briser le rêve marin de ces pirates de la culture. Peut-on briser les rêves, la liberté, et le glas ? Oui !

 

On lit souvent dans ces pages que les distributeurs français ne savent pas lancer les films, et là je dois dire que c'est tout le contraire. GOOD MORNING ENGLAND, titre franco-béret-basque-splendouille (qui se rappelle encore de Robin Williams ?), mise et excite, et promet du bon vieil indé Britney Spear (Shut up, BritNose !, comme disait feu le poéte). Avec un bon vieux casting des family stones. Il y a effectivement Seymour Hoffman en tête de gondole(très à l'aise), Bill Nighy en suivant qui joue son propre rôle une fois de plus, et le génie pur de Rhys Ifans, ici complètement fadasse dans un rôle très attendu. Arriver à minimiser Einstein et provoquer en un seul film le rétrécissement de l'Univers, il faut le faire.


Et bien, ça m'étonne pas du tout que le métrage, long, très long, cartonne ! C'est le syndrome LITTLE MISS SUNSHINE appliqué au cinéma des hauteurs européen. Y a du flouze, j'y reviens, c'est en scope, très éclairé. Y'a du décor en veux-tu, en voilà. Y a du classieux petit travelling à la steadycam. Une  belle gueule jeune, et zou, klaxonne Simone, c'est pesé, c'est emballé. Il reste du mou bien sûr, et je vous le mets (pour ne pas être grossier). Car que se passe-t-il en fait ? Rien. Pas de mise en scène, des clichés rock-attitude (l'attitude étant le cancer du rock) à la pelle. C'est très illustratif. La seule forme de montage est celle du montage alterné, et je vous assure qu'un montage alterné de 140 minutes, c'est fort long. A la fin, on lâche le maximoume d'effets spéciaux. Il ne s'est rien passé : pas de jeux d'échelle, pas de montage, des séquences d'intermèdes musicaux à n'en plus finir (30 ou 40), du Elvisme (le peuple ne peut pas avoir tort), bref, ça racole au maximum. Bien entendu, le final se vautrera dans le mélo le plus abject : à chacun sa chacune, on est tous frères, etc. L'overdose de vomi sur la tartelette d'ennui. L'enfilage d'anecdotes et de sketches dure quand même 2h20. Quand c'est fini, il reste encore une goutte, et comme toutes les dernières gouttes, c'est la plus dégoûtante, de celles qui achèvent le taureau innocent qui vient de se faire torturer pendant 140 minutes. Car le générique est didactissime : il s'agit de vous montrer, et c'est totalement véridique, que les Kinks sont les grands-pères de Annie Lennox et U2 ! Je vous jure ! C'est dégoûtant !

 

Ha oui, j'allais oublier ! C'est produit par Working Title et distribué par Universal ! Il a une drôle de tronche, le film indépendant. GOOD MORNIND ENGLAND est l'exemple parfait du cinéma en marche actuellement. C'est le genre de clou qui ferme le cercueil du cinéma en salle. Bientôt on n'aura plus que ça. Les publics "art et essai" et dit "grand" sont réunis, enfin, au grand réconfort du bizness-plan. C'est rebelle comme du Drucker, c'est mélo comme PLUS BELLE LA VIE, mais les gens ont l'impression de se cultiver et d'acquérir une culture alternative. Finalement, entre ce film et ceux de Britney Spears, il n'y a aucune différence, et la masse laborieuse qui dépense là ses 9 euros, est la même que celle qui achète des disques de Mika ou de Henri Salvador. Lire Télérama, Le Monde ou Voici, c'est la même chose, dans le fond. Que les cinémas art et essai passent ce film en dit long... 

Pendant ce temps-là, comme on dit dans TINTIN AU CIVET : Raoul Ruiz sort son film avec 14 copies pour la France. Dans le cinéma où j'ai vu GOOD MORNING ENGLAND, le film de Curtis (qui n'est pas le père de Ian, en tout cas !), en cinquième ou sixième semaine, a encore 3 ou 4 séances. Le Ruiz, pourtant en sortie nationale n'en à que deux ! CQFD.

Tout le monde a du sang sur les mains. C'est tellement cool !  

Pas moi. Girlfriend is better !

[Quand on voit l'état des radios en France et ailleurs, on se dit quand même qu'il y a tromperie sur la marchandise non ?]

 

 

 

 

 

THE OTHER MAN de Richard Eyre (UK-2009)

 

Un coup de dés plus loin, je me retrouve sur des terres moins antipathiques mais tout aussi ennuyeuses...

THE OTHER MAN raconte un triangle amoureux lourdosse mais qui a le mérite de faire un peu, juste un peu, valdinguer la timeline en mélangeant les différentes époques de l'histoire. Liam Neeson, et Banderas se disputent Machin Chose, l'actrice insipide. Mmmmmm... Il y avait un peu de photo, pas toujours réaliste d'ailleurs, mais très répétitive (les plans de nuit dans la chambre d'hôtel de Neeson). Malgré un rythme monotone mais rapide, ce fut assez vite le détachement le plus complet qui m'envahit. Les intrigues sont trop littéraires dans la thématique, et le grotesque ne fonctionne jamais. Finalement, les parois temporelles sont bien étanches et n'éclairent rien : ce ne sont que de vulgaires flashbacks ! Encore du cinéma d'avant-garde. Bref, on s'ennuie, jusqu'à ce que Eyre, qui n'est pas le fils de Jane en tout cas, nous plante un petit canif en plastique dans le dos...  Ca ne fait pas mal, et ça ferait même rire, mais pour l'intention, je demande la peine de mort ! Car voilà Mr Propre qui nous fait un vieux twist à Saint-Tropez des familles ! Que c'est vilain.

Montage alterné (encore !), flashbacks, twist et pot de fleur final, et bien sûr le grand classique : une petite réconciliation finale ! Là aussi, c'est de l'expérimental et du rock 'n' roll ! Là encore, c'est du film classé art et essai !

Hahahahha ! Je me gausse !
Puis, après la séance, je fais descendre la lame de la guillotine à petit trot, quand je m'aperçois que le petit salaud essayait de se faire une place au soleil en pillant Nicholas Roeg ! Mais oui, c'est ça! Il essaye de nous refaire des trucs à la BAD TIMING (Art Garfunkel, Theresa Russel, Harvey Ketel pour deux euros, neuf, dans tous les bacs à solde, et en vostf !).

 

Non contents d'être médiocres, ces gens sont des voleurs... C'est vraiment la classe !

 

 


Mr Mort.






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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /Juin /2009 13:17

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[Photo: "Ca, c'est focale!" par Dr Devo.]



Ha ! Vous n'attendiez que ça, bande de petits vicelards ! C'est comme pour les accidents de la route, quand le destin est assez aimable pour vous mettre de l'autre côté de la zone à problème. Vous adorez ça, en fait, ralentir pour voir s'il y a du sang sur le bitume surchauffé par le soleil d'août, comme vous aimez voir le brave critique s'envoyer le pire du pire, c'est-à-dire les 97,45% de films bons à jeter dans la poubelle, juste pour voir comment le cascadeur s'en sort après avoir dévalé les escaliers de la Tour Eiffel en caddie. Moi, Mr Mort, je fais ça pour vous, et gratosse encore, c'est cadeau, parce que je vous aime bien, et que je suis votre Mère (des Larmes !) à tous. Bisous, bisous, kiss, lol...

 

 

LES INSURGES de Edward Zwick (USA-2008)

 

On m'a vu, non pas dans le Vercors, mais en Biélorussie, sauter sur des mines de rien du tout, mais alors de rien, comme d'autres prennent Kolwezi pour une tartine grillée suédoise. Zwick, ça tombe bien, est spécialiste du gisement épuisé (...hoooo, s'esbaudie le public, devant la métaphore dans le filé, et enchâssée en plus, s'il vous plaît !) et expert en commémorations diverses, un peu comme un Spielberg du pauvre, c'est dire. GLORY, l'affreux pensoume de mon enfance, traitait (sa mère devant Prisu, en leggings) du douloureux problème des premières troupes noires de l'armée américaine, n'est-ce pas ? Et puis, il y eut LA PROCHAINE FOIS JE LES METS TOUS CONTRE LE MUR ET JE TE LES EXECUTE EN PUBLIC, son film sur les manifs contre le CPE, à Seattle, en 1734. Je me rappelle, il était 15h30, et pour tout dire j'étais bien ballonné, la faute à  ce petit muscadet californien épatant en bouche, mais un peu retors du point de vue gastrique.  Zwick, c'est son kiff, vous l'aurez compris, le bon film à costumes évocatoire. Avant que le public ait eu le temps de couler, nous voici donc en Bièle, pendant la guerre mondiale 2, où un groupe de ploucs juifs résiste avec pertinence aux nazis venus tuer des gens bêtement. Ils se réfugient dans la forêt, et...

 



Pardon, je m'égare, Edouard Pouic Pouic me pardonnera. Hier, j'ai repris deux fois du camembert et pourtant je n'étais pas chez moi, et de son côté Edouaaaaaard n'a toujours pas appris à faire un film. Encore mieux: c'est sans doute le pire. Palme du meilleur tirage verdâtre de l'année. Palme du plan rapproché. Palme des repérages les plus hideux de la Terre. Oursonne d'or  du plus beau clafouti d'effet spéciaux, Lion d'Emeraude de la pire narration classique, et Kleenex de Platine de la Putasserie Historique (lapsus !) 2008 au Nestlé Film Awards de San Diego. C'est un sans-faute. T'as tué mon papa, je tue le tiens, des juifs gentils, des juifs méchants, je regrette d'avoir tué ton papa car la vengeance c'est mal, des vieux intellos, des jeunes intellos, des braves gars n'attendant que le sacrifice, des femmes qui pleurent, des nourrissons qui braillent, le juif musicien qui joue du violon, etc... Rien ne nous est épargné. On se croirait dans un sketch de Popeck, sauf que lui, il est drôle, je le dis et je le maintiens.  Bernard Vrique, lui, il s'en fout, il est là pour toucher des potatoes et son menu maxi best off (du festival, si j'ose, hihi !).Un jour, quand les ricains seront plus là et qu'on vivra tous en Gernazie, il fera la film inverse, avec de braves SS qui s'engagent jusqu'à la mort pour sauver leurs enfants, leurs batailles et leur jardin, et qui profiteront entre deux combats pour se remémorer, enfin au calme, les petits jeux qui sentaient bon l'enfance d'alors, quand, aux jeunesse hitlérienne, on leur apprenait le (mauvais) maniement des extincteurs avant de siffloter la chanson des sept nains, le tout en buvant des nabuchodonozores  de Bière d'Octobre (car ils ont de l'humour) servis par des prostituées en culottes de cuir. Là, au coin du feu, ils fredonneront alors du Falco et du Scorpion en se disant que le temps est assassin et emporte avec lui le rire des enfants.

 



En attendant, c'est l'Oural perdant pour Zwick qui arrive quand même à réaliser deux exploits. D'abord mettre en place le plus piteux champ/contrechamp du monde, domaine où règne pourtant une concurrence acharnée ! J'en ai ri jusqu'à ce que je m'arrête ! C'est superbe ! (La scène où Liv Schrieber se cogne contre un arbre !) Deuxième idée de génie: les dialogues que j'ai entendus, s'il vous plait, en V.O. Ca donne ça...

 

« -Bondjour madameuh la gaissière... Je foudrais une platz pour les hine-zourgués en dariffff degresive, jah whol !

-Mon Braff meuzieu, za veura Zwanziche yourosse hey dize huître Tzantimes, Herr Spectator ! »

 

Voilà, le casting est presque entièrement anglo-saxons, mais il nous cire (jeu de mot !) la punchline avec des accents bielorusses formidablement imités. Alors que tout le monde pourrait parler l'anglais de Shakespeare, les petits procinets se lancent dans le "parlé indigène", presque petit nègre (enfin là, petit nazi en l'occurrence). Même James Bond, alias Carl Graig, plutôt bûche, en fait des mégatonnes. C'est SenSaSS... Comme il y a du juif, du nazi et même du rouge communiste, on a donc le droit à un festival, que dis-je, à une farandole de cadeaux et d'accents bwanas. Un petit régal pour les pervers en culottes courtes que nous sommes.

 

 

Sinon, puisque Zwick a l'air si humaniste, je propose qu'il accepte de se crever les yeux pour arrêter de faire des films, en respect pour les autres spectateur, ceux qui paient pour aller au cinéma.

 

 

Zwick a la nostalgie du grand empire Heulyfoodien, et n'empêche, il m'a fait bien poiler. Dans 15 ans, on en rigolera, et on rangera le blue-ray aux côtés des films d'Antoine De Caunes. Mon dieu, j'ai hâte !

 



Mr Mort.




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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /Fév /2009 11:40

Publié dans : Cinémort

[Photo: "Aime Est-Ce Haine" par Dr Devo.]



Ça pue les lottes! Ça pue les colins! Je ne sais pas si vous le saviez, mais dés qu'on publie un article sur un film ayant un rapport avec le rock et le roll, nous recevons à chaque fois des mails souvent enflammés. Et bien là, faîtes chauffer les mulots car j'ai vu le BERLIN de Julian Schnabel qui est carrément un concert filmé de Lou Reed qui ici, pendant quelques soirs à New-York, à repris plus de trente ans après son célébrissime album éponyme et culte, qui fut un échec commercial, nous rappelle un court carton, non sous-titré d’ailleurs, comme le reste d’ailleurs.

 

 

C’est la première fois que Reed joue BERLIN sur scène, et donc ces concerts ont un aura mythique. Et il a confié à Schnabel la scénographie de la chose. Autrement dit, Schnabel filme le concert qu’il a mis en scène. Lou Reed est entouré d’un guitariste, d’un bassiste, d’un batteur, de deux choristes, d’une petite section de cuivre, d'une petite section à corde, et d'un chœur d’adolescentes (avec un garçon !). Sur le rideau à l'arrière scène sont projetées des images  d'un film super-8 ou quelque chose qui y ressemble (avec pas mal d'effets), sur lequel on peut voir des mises en scène ou des scénettes dans lesquelles Emmanuel Seigner incarne la fameuse Caroline dont l'album BERLIN parle.

 

 

Voilà pour le dispositif. La première constatation est évidente. Schnabel a choisi le parti-pris de la stylisation avec des images très traitées photographiquement pour sembler dans une teinte assez homogène entre les petits films projetés (sur lesquels on a inscrit des vraies-fausses scories, comme un vieux film quoi!) et les prises de vues sur scène. Il s'agit de teintes jaunes-verdâtres. Bon, cela n'est pas extrêmement joli mais qu'importe se dit-on plein de la bonne volonté qui me caractérise, vous le savez. C'est Ellen Kuras, photographe sympathique ayant signé déjà les films de Michel Gondry et quelques récents Spike Lee (THE VERY BLACK SHOW par exemple) qui s'y colle, et croyez-moi, je vais m'occuper de son cas sérieusement ci-dessous.

 

Deuxième constatation, effectuée dans un réel effort cérébral pendant la projection: "Mais, punaise, ils sont combien sur scènes? Et bon sang de bois, ils sont où les uns par rapport aux autres??" Et c'est là la caractéristique principale de ce film. Impossible, même avec la meilleure volonté du monde et mes yeux d'excellent tacticien de la spatialisation cinématographique, de savoir comment tout cela est organisé. Ils sont  ou 9, ou ils sont 20. Mais, crébondieu, ils sont combien de choristes et ils sont où? Pourquoi il le chef d'orchestre donne des instructions au batteur qui a très bien l'air de se débrouiller tout seul, alors qu'il ne regarde jamais la chorale. Puis plus tard, on se dit: "tiens, y'a avait une section de cuivre" ou encore "c'est marrant ce contrebassiste qui joue dans une autre pièce que sur la scène". Etcetera... Vous l'aurez compris, et c'est le message essentiel de cet article: BERLIN est très très mal filmé, et le découpage est absolument illisible. Pourtant filmé avec 4 caméras, le film est indéchiffrable. Enfin, pour être précis, on y arrive avec le temps, à savoir qui est qui, qui fait quoi, et où sont ils tous. Le premier plan d'ensemble qui n'arrive qu'au bout de 20 minutes (rires) nous renseigne déjà pas mal. Au bout d'un moment, bon gré mal gré, on arrive donc à avoir une idée vague mais une idée quand même de comment tout cela est organisé et de l'effectif mobilisé. Et encore, on fait des découvertes, comme celle de la section à cordes (notamment une violoncelliste qui a une tronche absolument et galactiquement improbable!) qui n'apparaît devant nous qu'à l'avant-dernière bobine, produisant ainsi un effet de gag involontaire très réussi et franchement hilarant, les spectateurs étant avec moi dans la salle ayant éclaté de rire quand la violoncelliste a montré son minois venu de la planète Zarbi-du-Minotaure. (En fait, on croirait une séquence inédite du Monty Python's Flying Circus, et pendant la séance, j'étais sûr qu'un petit groupe d'inquisiteurs espagnols allaient faire leur apparition à la section "triangle, kazoo et guimbarde" !)

 

Troisièmement, et c'est logique, l'échelle de plans est complètement étriquée. Les axes s'enchaînent n'importe comment. Et le tout est fabuleusement mal cadré, avec des  moments là-aussi particulièrement comiques. Bien entendu, ce cadrage se dégrade a fur et à mesure. A moins que ce ne soit qu'une impression car dans la première moitié du film, on est quand même bien occupé à essayer de savoir qui fait quoi et où, comme je le disais! En tout cas, le cadre des dernières 25 minutes est hilarant, notamment ce nombre infernal de plans rapprochés ou de gros plans sur Lou Reed, où son visage disparaît de moitié du champ de l'image! Les plus stylistes d'entre nous remarqueront que bien souvent dans la dernière bobine, on s'aperçoit que la cadreur qui s’occupe de Lou Reed cadre en fait son oreille droite! Et là, je dis ça sans rire... Vous verrez.

 

 

Mal cadré, illisible, mal monté, sans rythme, etc... On peut se rattraper alors avec les images dramatisées qui passent sur le rideau dans le fond de la salle. On peut se dire, mais en fait non. Et par charité chrétienne, je ne vais pas m'étendre sur la stupéfiante bêtise de ces images (maman sur la balançoire, la rivière qui coule, etc..., que de l'original et de l'inédit). La mise en scène de ces images est sans intérêt, et c'est presque aussi bien cadré que le reste c'est à dire de manière épouvantable. Mais c'est en regardant la chose que j'ai compris ce que vous voulez faire Schnabel: il veut faire son Derek Jarman. Et bien voilà, me dis-je, cette fois,  nous y sommes mon cher Milou! C'était ça! Bien sûr... Jarman! Oh le petit cochon... Ca ose tout, ces artisans-modistes du son et de l'image! Alors pour ceux qui voudraient voir de quoi je parle, allez voir des extraits des clips de Jarman ou des extraits de LAST OF ENGLAND, un de ces chef-d’œuvres, et prenez des mouchoirs car là aussi, vous allez pleurer votre maman de rire.

 

Est-ce vraiment utile de dire que dans ces conditions, le film n'arrive pas du tout à rendre compte du travail sur scène et surtout des interactions entre musiciens? Non.... Gênant pour un concert filmé, n'est-il pas?

 

 

Bon, le son. Evidemment c'est moins salopé que le reste. Au moins c’est propre. Je ferias bien deux remarques cependant, qui sont des remarques de goûts. D’une part, curieusement et bien qu’ayant vu le film dans une très bonne salle au son numérique bien réglé, je trouve qu’on entend encore que difficilement certains instruments. Ainsi, il est par moment assez dur d’entendre clairement les accords de la section cordes ou de dire combien d’exécutants y sont présents. Je n’aime pas trop le son de la section de cuivres non plus, souvent mixé en retrait. Bien sûr, ce sont les guitares qui sont mises en avant, mais je suis resté sur ma faim parce que justement ce mixage ne permet d’entendre certains instruments, ce qui a tendance à rendre un peu simplette ou classique la construction des morceaux. D’autre part, je trouve la prise de son globalement trop propre. On dirait un son de studio, ce qui se constate particulièrement bien  sur la voix de Lou Reed. On ne l’entend quasiment pas prendre sa respiration (c’est vraiment dommage car la respiration fait intégralement partie du chant, et construit le rythme et l’attaque de la phrase chantée). Pas un bruit de manche qui traîne, aucune scorie, etc… Le son est clairement celui d’un album. On est très loin par exemple du vraiment joli son des reconstitutions de concerts dans CONTROL qui était vraiment impressionnantes. Ceci m’amène à une troisième remarque. Je ne connais pas l’album original mais j’en ai beaucoup entendu parlé, étant entouré de fans. On me vantait une écriture un peu folle, un disque baroque aux arrangements étranges. Une espèce de cri désespéré dans le fond et dans la forme, fait de frottements, de compositions iconoclastes et douloureuses, sur un lit d’arrangements non-conventionnels, beaux et inattendus. Bref, on me promettait du métal à chaud, une écriture subtile, complexe et déchirante. Mmmmmm… Je suis prêt à le croire, le petit père Reed m’étant d’emblée plutôt sympathique, mais en l’état, dans le film, on en est quand même trèèèèèèèès loin. Que tout cela est classique, pas forcément laid mais classique. On est très loin du grand bazar attendu. On me promettait du grand 8 et je fais une ballade à cheval. BERLIN l’album est il surcoté ou mal décrit par ses fans? Il faudra aller vérifier, car certaines chansons sont vraiment pas mal, notamment le passage où la chorale chante en clusters. Ca c’est vraiment bien. C’est marrant, car pendant  la projection, j’ai trouvé les tempos un peu lents, et quand les rappels arrivent Reed exécute quelques morceaux du Velvet Underground que là, par contre, je connais, je confirme, ça se traîne un poil !

 

 

Heureusement, il y a un plan magnifiquement cadré qui utilise le reflet de la cage du batteur, plutôt à la fin. On voit le chef d’orchestre en blouse blanche, Reed, le batteur, et leurs doubles dans le reflet de la cage, avec une image super posé. Pendant un plan, c’est magnifique et je le dis sans ironie, je l’ai trouvé magnifique. Sinon ? Bah, rien.

 

 

On s’ennuie un peu là, non ?

 

Il n’y aurait pas une drôle d’odeur dans la cuisine ?

 

 

 

Mr Mort.




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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /Avr /2008 10:38

Publié dans : Cinémort

[Photo: "Evil Dwarf" par Dr Devo]





Oh mon dieu! Retournons vite dans la vallée des films absurdes! Le Docteur Devo s'enfonce dans la jungle de la création, me demandant de garder la boutique tant bien que mal. J'essaie, j'essaie, mais ce n'est pas facile...


 

 

Et surtout cette semaine. Comme le disait le Docteur il y a un mois et demi, "on ouvre une sublime période de sorties en salles qui se finira en beauté peut-être par DARJEELING LIMITED", et il n'avait pas tort, l'animal. Mais vous le savez, les abysses ne me font pas peur... Je retournais dans la toilette zone avec le sentiment, comme dirait Mek-Ouyes, de faire mon devoir et aussi, simplement, mon travail de la manière la plus juste possible.



 

Il y avait une fois, ou il y aurait, ou je ne sais pas trop, on pourrait dire avec l'accent belge, il y a, une fois, cette infirmière dans la trentaine jeune, française d'origine maghrébine, et qui, à Toulon, passe de maison en maison pour donner des soins, vu qu'elle est infirmière libéraaaaaale, comme disait feu Georges Marchais. Le hasard la fait soigner une vieille dame juive, d'origine algérienne comme elle, assez difficile et on la comprend: elle est clouée dans un fauteuil roulant! Quand cette vieille dame fait enrager l'auxiliaire de vie qui lui tient compagnie la journée, notre héroïne, l'infirmière libérale, propose sa maman pour la remplacer, [l'auxiliaire de vie... Comment ça c'est pas clair?], puisque après tout les deux vieilles dames sont algériennes et de la même région en plus. Mais entre la dame juive et la dame arabe, ben c'est pas facile tous les jours, car même en France, loin, loin, loin des problèmes du Moyen-Orient, beaucoup de ressenti fait surface. Une amitié houleuse se crée quand même...



Oui, oui, oui. Bon. Il ne faut jamais refusé de voir un film en projection de presse. C'est toujours assez drôle. Mais l'humour justifie-t-il tout? En tout cas, je me souviens clairement du visionnage du film. On était peu nombreux. Ma voisine la plus proche, une grande giguasse comme dirait le docteur (ce qui veut dire une fille de plus de 1.76m), resta impassible pendant toute la séance, mais portait un parfum assez agréable et une cuche tout à fait issue de l'année 1987, malgré son jeune âge. Elle tortillait son chewing-gum avec son doigt, directement dans la bouche, chewing-gum qu'elle étirait parfois ostensiblement en un ou plusieurs longs filets. C'était charmant et témoignait de sa réelle concentration. Moins sympathique déjà, un autre journaliste travaillant pour un gros tirage, et qui lui s'installe dans les tous premiers rangs. Première erreur. S'il gagne en sentiment d'immersion (et est-ce vraiment nécessaire ou souhaitable?), il se prive forcément du cadrage et donc du montage, ce qui, d'ailleurs, explique bien des choses. Avant que la projection ne commence, et après avoir échanger une poignée de mains courtoise ("Mr Mort, Matière Focale, enchanté!"), il sort son petit cahier et son crayon, car monsieur prend des notes pendant la projection! Rires! Ha bah, il vont être beaux les articles: pas de cadrage, pas de montage, et pas de vrai jeu de spectateur, de l'analyse à trois francs six sous en direct, L’article quasiment prêt dés le générique! La classe!



Et le film, sinon? Bah, comme disait Brigitte Fontaine, "y'a pas de mystèèèère!" Ha, le joli film à thèse! Surmontons nos différences et nos clivages. Oublions que nous faisons partie d'une communauté, et le monde ira mieux si on se tient la main, même si, personnellement et cet avis n'engage que moi, on pourrait se tenir autre chose pour de bien meilleurs résultats. Passons. On aura compris qu’on n’est absolument pas dans une optique de type MANDERLAY, grand film cynique et dégoûtant je vous le rappelle, du moins pour beaucoup, parce qu'ici on aime énormément. Pas d'ambiguïté, pas de méchanceté, juste des fâcheries, soit rien qu'une bonne petite comédie mélodramatique que trois actes ne saurait résoudre. DANS LA VIE est le film parfait pour une soirée théma sur Arteux. Côté cinéma, on n’apprend pas grand chose non plus. Ce qui est très agréable c'est la durée, et je le dis sans cynisme, très courte (1h13), et la vraie sobriété de forme de l'ensemble. Les scènes sont courtes, ça ne larmiche pas à tout les coins de photogramme, malgré le sujet. Bon point. Ajoutez à cela un casting non-pro, aux accents très vaguement rohmerien. Ca change. Du côté de la mise en scène, bah, ouais, c'est sûr, c'est une façon de faire... Cadrages ni laids ni beaux qui ont l'excellent mérite de montrer les acteurs dans le plan! Sons audibles! C'est tout. Le montage, c'est l'affaire du séquençage prévu par le scénario. Et hop. Echelle de plans, connais pas. Photo, non merci, on voit bien, c'est déjà ça. Par contre, des idées symboliques, il y en a, en veux-tu, en revoilà! Voilà qui n'est pas infamant non plus, dans le sens où celles-ci sont amoindries par la sobriété relative globale de la chose. L'impression de gentille sécheresse sauve tout juste le film de la leçon de chose, ou de la démonstration lacrymo-pastorale. DANS LA VIE est un film de modeste, ce qui change un peu dans le paysage du "film à thèse" ou du film "dossiers de l'écran". Mais à part ça, rien. Rien du tout. Rien. Des acteurs qui bougent, des sons, des images enregistrées sur support vidéo. A quelques points près (le boy-friend de l'infirmière est noir, bien sûr, et on a encore le droit à une scène sur la musique qui réunit les peuples, alors que dans la vie réelle, c'est sans doute le contraire), rien de bien méchant n'apparaît dans le film. C'est gentil, c'est simple, ce n’est pas arrogant. Par contre, il n'y a pas de cinéma non plus, ce qui est fort fâcheux. Bref, du travail d'artisan convaincu, c'est à dire sans aucune espèce d'intérêt, sans aucun rythme, sans aucune personnalité. On m'aurait obligé sous la torture à écrire et réaliser un film sur le sujet que j'aurais pondu exactement la même chose, peut-être éventuellement avec une histoire de sida qui trainasse, éventuellement pour un personnage homosexuel! DANS LA VIE est juste un non-film de plus. C'est également un très beau disque, une superbe tapisserie et une merveilleuse belle boule-à-neige. C’est peut-être aussi une randonnée en raquettes ou un opéra (après tout, il y a de la musique!). Tiens, j’ai déjà oublié le film. Tiens je suis où, là, en fait? Et vous, vous êtes qui? Comment je m'appelle déjà? Mais qu'est-ce que je fais dans cette maison? C'est quoi cette ville? Pourquoi je suis tout nu en plein milieu de cette rue avec mon slip sur la tête? Tiens mon corps disparaît! Je me dissous... Je me transforme en oxygène, je non-suis. Je... Non!



 

 

 

Dans le même genre, mais aux statesses et à l'autre bout du spectre, il y a un film qui ressemble beaucoup à DANS LA VIE: 10.000 de Roland Emmerich.


Si j'ai bien compris, ça se passe ou dans un futur bizarre ou dans la préhistoire. Raconté en voix-off par Omar Sharif, c'est son dada ce genre de truc, 10.000 nous raconte la légende de Bidule, homme préhistorique qui lancera son village et le monde vers une destinée meilleure. Une vielle prêtresse shamanique, une belle fille au maquillage sublime et aux yeux clairs, de l'action, de l'amour, de l'oppression, et hop, c'est dans la marmite.

 


Là non plus, il n'y a pas grand chose à dire. La première partie, dans les montagnes est assez rigolote, car on voit assez bien les scories du tournage sur fond vert, alors même qu le film nous vante les étendues sauvages. Après, c'est moins passionnant. La synthèse déboule à fond de train, ce qui a le mérite nous faire découvrir un bestiaire très splendouillet: autruchosaures, tigrosaures, éléphantosaures, et pour finir dans la dernière partie de très vicieux bouddhistes égyptiens qui soumettent le peuple dans une théocratie de rigueur, mollement violente, à l'image de cette scène de sacrifice, sans doute la plus banale du Monde. "Si vous continuez à vous révolter, j'en sacrifie un au hasard." Tout le monde tremble et hop, un innocent est balancé du haut de la pyramide. Lance, wizzzzz, plouf! Il tombe huit mètres plus bas, c'est tout, basta. Ca valait bien le coup de faire une pyramide de synthèse de 500 kilomètres de haut. En un sens, c'est là aussi rohmerien. Sinon, je me souviens plus très bien du film. En même temps, voilà déjà douze heures que je l'ai vu. Ma voisine n'avait pas de parfum. Pendant ce temps, alors Emmerich s'évertuait à ne pas faire du cinéma, j'ai moi aussi profité de l'occasion pour faire plein de trucs (dans ma tête): liste des courses, préparation du linge pour une visite prochaine à la laverie, envoie du loyer au proprio, et trois paquets de clopes virtuelles fumées. Je n'ai pas perdu mon temps. Ha si, quand même, il faut signaler les acteurs tous absolument et sublimement nuls, le héros en tête, tout droit sorti des spots de surf de Santa Monica! Là aussi, le film de Emmerich est un très beau panini trois fromages, et un non moins superbe service à thé. Il existe mais en même temps, complètement pas du tout. Et, en plus, DANS LA VIE et 10.000 ont énormément de points communs. Paragraphe suivant, s'il vous plait...


 

 

Car, qu'apprend-on de ces histoires? D'abord que la violence et les préjugés, c'est moche. Ensuite, si on se faisait des bisous et des caresses, et éventuellement, si on en avait encore une de libre, si on se tenait la main, le Monde irait vers plus de civilisation, plus de progrès et plus d'amour. En même temps, je pose la question: on se caresse ou on se tient la main pour faire la farandole de la paix? Faudrait savoir...  On sait désormais aussi que les clans divisent les peuples, que la découverte de l'autre, c'est dur mais c'est possible, et qu'à la fin, quand toutes nos différences se mêleront en un ensemble géant où nous aurons perdu toute personnalité, on sera heureux (avec notre ipod). En somme, perdons notre individualité et notre caractère pour devenir une masse uniforme MAIS fraternelle où nous serons tous nos semblables et réciproquement, enfin débarrassés de tous les enjeux emmerdants, anxiogènes et potentiellement violents d'une vie à plusieurs choix possibles. Premières étapes à respecter dans le processus: arrêtons l'humour et surtout ignorons les bases grammaticales de l'expression poétique. CQFD. Puis, comme dans SOCIETY, excellent film, fusionnons dans un grand esprit de confraternité. Pardon, de confrérie! Si on mélangeait tous les shamallows du monde dans une grande poêle, on serait tous unis.

 

Une bien belle leçon de vie! Un message d'espoir pour l'avenir!

 

Bisous barbus! Je vous caresse!

 

Mr Mort.

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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /Mars /2008 13:54

Publié dans : Cinémort

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[Photo: "C'est pas moi qui répondra" par Dr Devo d'après une image du film A BORD DU DARJEELING LIMITED]

 

 

 

Ha bah oui, quand même, il y a des missions dont on s'acquitte avec plus d'entrain que d'autres, et quand le Docteur Devo m'a proposé d'aller jeter un oeil sur une projo de presse de A BORD DU DARJEELING LIMITED, titre français bien naze de DARJEELING LIMITED, le nouveau film de Wes Anderson, on ne s'est pas fait prier longtemps. Anderson, qu'on ne confondra pas avec le beaucoup moins talentueux Paul Thomas Anderson, auteur du presque assez réussi THERE WILL BE BLOOD récemment, est adulé sur ce site par le docteur et par le Marquis, et même par quelques un des figures les plus célèbres du canal focalien historique, notamment Bernard RAPP qui permit très tôt au docteur de découvrir la chose, si j'ai bien compris... C'est tout à fait justifié.
 
Ca commence comme un film des Inconnus, mais très vite c'est autre chose. Owen Wilson le frère aîné n'a pas vu ses deux frangins depuis deux ou trois ans, date du décès du père. Il les invite en Inde, sans vraiment leur dire la raison de ce geste. Débarquent alors Adrien Brody, qui a laissé sa femme aux USA pour venir, et qui est encore très marqué par la mort du paternel, et Jason Schwartzman qui est effectivement le meilleur acteur du monde mais qui joue ici un écrivain galérant un peu, notamment à cause d'une relation sentimentale compliquée et énigmatique avec Nathalie Portman. Jason, lui, erre en Europe depuis le décès de son père et ses déconvenues sentimentales. Voilà donc les trois frangins réunis à bord du Darjeeling Limited, un train pas piqué du hanneton et qui traverse toute l'Inde. Owen Wilson a bien prévu les choses. Aidé d'un assistant, il a construit tout un itinéraire et considère que ce voyage sera un voyage spirituel de ressourcement. Après un terrible accident de moto qui l'a bien abîmé, il décide qu'il est en effet temps que les trois frères soient réunis comme avant, oublient leurs différents et réfléchissent à leur existence de trentenaires. Mais il est aussi autoritaire, manipulateur et menteur! Et très vite, chacun des frangins commence à cacher des choses aux deux autres ou à un des autres. Le voyage de la Fraternité et de la Spiritualité commence donc mal. Les incidents commencent lors d'une escale où Wilson se fait piquer ses chaussures, Schwartzman décide d'acheter un spray autodéfense, et Brody achète un serpent hautement venimeux. Owen décide alors de confisquer les passeports des deux autres pour les empêcher de s'échapper, Adrien continue de pleurer et Jason entame une relation charnelle avec la belle stewardess du train. Bref, c'est du grand n'importe quoi, et tout dégénère rapidement...
 
 
Alors là, oui, attention, c'est du lourd. Entame magistrale sur un mode hitchcockien pour nous montrer qu'il va y avoir du cadrage et encore plus du montage. Puis, interruption brutale de la séquence virtuose pour faire le contraire (de lents plans ralentis). Puis, mouvement de caméra de fou furieux dans le train! En trois minutes, la messe est dite, et vous pouvez aller vous rhabiller. Vous avez déjà remboursé vos huit euros. Bon, tout cela se passe, bien entendu avec une photo sublimissime, mélange de couleurs bariolés foutraques ( dont le plan des cigarettes de nuit! Robert Yeoman encore une fois), et une direction artistique à pleurer. On se dit pendant cinq minutes qu'il nous refait LA VIE TENENBAUM ou LA FAMILLE AQUATIQUE et réciproquement, mais très vite, la chose acquiert sa totale indépendance malgré des similarités thématiques. Ce n'est pas la même chose, résolument.Pas le temps de dire ouf ou quoique que soit, c'est l'overdose de fulgurance. Les plans dans le train sont inouïs. Le cadre à lui tout seul renvoie toute l'humanité filmante à sa table de travail pour élèves handicapés mentaux. Malgré l'extrême confinement du décor, Anderson arrive à créer de l'espace de manière bien plus impressionnante que LA VIE AQUATIQUE pourtant déjà bien doté. Ca coupe tout le temps, il multiplie les plans, les achoppements rythmiques et arythmiques du montage. Les axes bougent tout le temps et se renversent avec une facilité et une lisibilité qui paraîtrait presque simplissimes. Que ceux qui reprochaient à Anderson de n'être qu'un faiseur de plans frontaux aillent se laver la bouche avec du savon et regardent les magnifiques plans rapprochés où Anderson cadre ses personnages près de la vitre du train, et admirent les légers décalage d'axe. Et tout ça, mes petits cocos, pas qu'en faisant des petits plans rapprochés de cabou-cadin. Bien au contraire, l'échelle des plans est riche au possible. Pour couronner le tout, il découpe l'espace en créant des pièces dans le compartiment principal! Fastoche!
 
Oui, oui, oui, c'est bien beau la technique? Mais non, je réponds, ce n'est pas de la technique c'est de la narration! Car tout cela n'est pas gratuit du tout, enfin pas tout le temps, car il y a largement de la gourmandise là-dessous quand même. Le cadre joue avec les acteurs qui disparaissent du plan, se séparent et se réunissent dans le champ constamment, envoyant balader THE PARTY au rang de plaisanterie laborieuse (et j’adore ce film!). Rien que pour le jeu des entrées dans le champ, il y a quoi vous rendre ivre de joie pendant un an et vous n'avez pas fini de décuiter: c'est d'une précision diabolique. Pour le dire vite, tous les postes, et je dis bien TOUS LES POSTES de mise en scène sont porteurs de sens: montage, cadrage, objets, costumes, entrées et sorties des acteurs, surcadres, champ comme image ou au contraire champ comme cache, décalage du son, jeux chromatiques, tout, tout tout joue sans cesse à mort. C'est clair: on a l'impression que les autres réalisateurs font de leur film des solos à l'orgue bontempi quand Anderson semble disposé d'un orchestre entier de 120 musiciens. Tous les éléments que je viens de décrire jouent constamment entre eux. Une idée de montage découle d'un mouvement d'acteurs (qui sont ici quasiment en mode chorégraphique) qui découle d'une idée chromatique par exemple. C'est une jonglerie complètement hallucinante qui s’étale sous nos yeux. Et comme si cela ne suffisait pas, tous ces éléments ont leur sens: ici un acteur qui met une paire de lunettes, geste anodin, remplace en deux secondes (je sors les lunettes de la poche, je les ouvre, je les mets sur mon nez) trois pages de dialogues et quatre minutes de films sur la tristesse et le deuil. Le dialogue est certes précis, et follement drôle, mais tout ces petites trouvailles et ces mille inventions ajoutent une nuance à l'histoire ou aux personnages. Exemple: à peine arrivé dans le train, Wilson explique, presque face caméra, en plange large ou américian et en marchant dans les coursives que tout est prévu et que les règles du voyage seront ceci et cela Travelling donc. Contrechamp en plan douche sur un des plus beau plan du film: Schwartzman qui tient une carte du planning wilsonnien dans la main, taille fiche bristol. Déjà la rupture d'axe et d'échelle (on est en gros plan sur ce deuxième plan) nous dit: "quelque chose ne va pas!" Ce plan nous montre la fiche bristol qui est cadré en plein milieu du scope, en mouvement (!) et en arrière plan les motifs rectilignes de la moquette du train! Le tout cadré de façon complètement géométrique! Bref un petit plan de coupe baroquissime. (la carte bristol et les motifs de la moquette forment un dessin géométrique disais-je) et aussi une forme métaphorique du voyage: formes de la moquette = rails. fiche Bristol = train! Et par rapport au plan précédent sur Wilson qui est en train de nous raconter qu'il faut être ouvert aux accidents du voyage spirituel, accepter tous les événements surtout ceux qui ne sont pas prévu, etc..., le plan sur la fiche bristol nous dit le contraire: ce sera le voyage le plus balisé de la terre! Contradiction qui se trouve aussi dans l'échelle de plan (plan sur Wilson large, plan sur la fiche bristol en gros plan). Voilà! En six secondes, Anderson à expliquer des dizaines de trucs: Wilson a tout planifié, Wilson veut que le voyage soit spirituel, mais en fait le voyage est trop cadré et trop planifié, Schwartzman sent bien que quelque chose ne va pas (le plan bristol est une caméra subjective), les mouvements de caméra expriment l'emballement de la machine, le bristol exprime l'aspect dérisoire et idiot de l'opération, etc... Le dialogue donne le reste. Fermez le banc.
 
Le film est comme ça quasiment tout le temps! Alors pas besoin de s'appeler Tarkovski pour profiter du film. L'intérêt consiste justement à se perdre dans le jeu, à laisser rebondir sur tout ce mille-feuille de mise en scène, à se perdre dans cette loufoquerie maniaque. La musique, toujours très importante chez Anderson sert de liant bien sûr, permet des aérations magnifiques dans des séquences souvent compressés d'émotions et/ou de rires. Le scénario n'est pas en reste, c'est du délice là aussi. DARJEELING LIMITED a de ceci en commun avec des Billy Wilder (ou plus récemment avec le PALAIS ROYAL de Valérie Lemercier même si c'est largement très en dessous, et de très loin pour la française) de ne pas dire vraiment son sujet, et de mélanger la comédie la plus drôle avec le drame le plus poignant. ET aussi de ne pas dire son sujet. Ces trois petits gars, mais aussi sans doute les autres passager du train sont tous à la ramasse, broyés par l'impitoyable violence du Monde. D'une manière ou d'une autre, plus que l'histoire des deuils à accomplir, DARJEELING... raconte l'épouvante quasi-mystique face à la perte et à ce que le docteur appelle "l'insupportable souffrance de l'être". Je vis donc je souffre. Je vis donc je perds. Voilà sur ce quoi Anderson met le doigt dessus sans le dire (la classe): que faire quand on est confronter à la Souffrance que nous inflige le monde? On arrête tout ou on continue? Et si on continue, pas question de le faire sans une bonne raison. Et si on arrête, on arrête pour quoi? Ce n’est pas un sujet qui te parle, ami focalien? En cas de coup dur, est-ce qu'on descend du train? Le sujet du film, de manière plus ou moins détourné, c'est le suicide! Bien sûr! Ces petits gars en ont bavé des ronds de chapeau. Ils sont à bout de ressource. Tout est souffrance et perte. Ils veulent que ça s'arrête! Si c'est ça l'existence, mieux vaut arrêter! Ils aimeraient bien continuer mais ils n'en peuvent plus! Ils questionnent le monde et n'ont aucune réponse, alors à quoi bon?
 
Anderson tranche à peine. Il considère que les actes manqués sont les seuls qui ont une quelconque importance. Que les accidents sont la source de toute chose valable. Et que seul la malice, l'humour, et la poésie sauveront le Monde. Il y a là une représentation utopique et incarnée, beau paradoxe, une vision déconstruite, puis reconstruite de guingois de la réalité du monde. Le réel, et le cinéma du réel, si c'était encore à prouver, est en plein dans ce film. Comme les Hal Hartley dans leur temps, il s'agit ici de regarder la vie sous un angle absurde, le reconstruire selon ses intuitions, et j'insiste, ses fulgurances personnelles, seule chance d'accéder à un peu de Fraternité, et pour les plus chanceux (hors-champs) à l'Amour. Evidement tout cela se fait, s'effleure et se caresse avec la plus grande des pudeurs et des délicatesses, malgré le fait que le film soit construit dans sa partie centrale (que je ne vais pas décoiler ici) autour d'une forme de mélo, curieusement. Epaulé par un casting sublimissime, d'une précision elle aussi diabolique (tiens, allez voir LA RONDE DE NUIT de Greenaway avant qu'il ne soit trop tard et vous verrez comment tous ces gens ont trois millions d'avance sur le reste de la concurrence), Anderson signe sans doute ici un de ses films les plus importants, tant on a l'impression que la forme s'épure en gardant une abstraction certaine. Tout ne se fait pas sur le ton de l'amabilité d'ailleurs. Les personnages ne sont pas tout le temps ouvertement sympathiques. Et Anderson multiplie les ruptures de rythme voire les langueurs. Bref, c'est délicat, c'est doux mais c'est rêche. Comme le dit le docteur, Poésie über alles. Pendant qu'il est encore temps... Les héros des films de Wes Anderson sont décidément la seule chose que nous méritons.
 
Avec le Greenaway, sans aucun doute, et sans réelle compétition malgré un très bon mois de février-mars sur les écrans, DARJEELING LIMITED est un très grand film, un des seuls qui nous donne l'impression de bosser et d'être devant un film de cinéma!
 

Docteur Devo présentera le film au cinéma Majestic de Lille ce lundi 17 mars, à 19h15. Il y a encore des places à gagner pour vous, lecteurs de Matière Focale (cliquez ici). Pour les autres, rendez-vous mercredi prochain.

 

 
Mr Mort.
 
 
 
PS: soyez attentif aux superbes apartés ipodesques de Schwartzman dans le film!
 
 
 

 

 

 

 

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Lundi 17 mars 2008 1 17 /03 /Mars /2008 00:11

Publié dans : Cinémort

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[Photo: "You know you may not drive a car" par Dr Devo, d'après une photo de la critique de cinéma Antonia Quirke.]

 

 

 

 

Ha, comme disait le poète, "rions un peu en attendant la mort", la cinémort en l'occurrence dont je suis l'ardant défenseur, vous le savez. Et ne commencez jamais un article par "ha" ou par "ho", ça fait désinvolte! La vraie critique, ce n'est pas ça.

 

A quoi reconnaît-on un critique professionnel de... De moi par exemple? C'est très simple, le Libération de ce mercredi 12 Mars vous donne une sublime réponse. L’article est long puisqu'il fait les deux tiers de la page, et en même temps assez court, si on considère que la photo de la solaire et sublime et je l'aime Tilda Swinton occupe à peu près la même place que le texte. Déjà c'est curieux. Comparez avec Matière Focale. Nous aussi on adore les photos, d'ailleurs, ils sont ou moins quatre à en faire sur ce site, et de la création en plus! Vous remarquerez leurs tailles raisonnables, malgré l'absence de contrainte de taille. Je passe. Alors la dernière moitié de l'article, c'est simple, le p'tit gars nous raconte l'histoire. Rires. La première moitié de l'article est divisée en deux. Dans le premier quart, on parlera de Erick Zonca le réalisateur de JULIA, malheureux film critiqué. Mais qu'est-ce qui lui est arrivé pour qu'il produise si peu, l'ami Zonca? Evidement, notre professionnel ne répond pas à la question, allant même, tenez-vous bien, suggérer la paresse de l'auteur! C'est cocasse.

 

Dans le second quart, c'est beaucoup plus cocasse, puisque le journaliste accrédité parle de l'accueil du film à Cannes, ce qui vous l'avouerez est quand même passionnant! Alors oui, oui, Cassavetes, oui, Gena Rowlands, oui et non, enfin si mais pas vraiment, vous comprenez? Je serais tenter de dire non, et de me dire que le petit gars, il a lu le dossier de presse où je suis sûr, moi qui ne l'ai pas ouvert, on parle de Cassavetes. En tout cas, dans ce paragraphe là non plus, on ne parle pas du film, et on ne dit rien sur Cassavetes non plus, puisque la conclusion de ce paragraphe est: "oui, oui, ok, Cassavetes, ok, mais en même temps, non c'est pas du tout Cassavetes, d'ailleurs ça n'a pas réellement d'importance". Donc voilà un article très long, où on ne dit rien sur le film, sinon raconter son histoire. Le gars a-t-il aimé le film? Ou pas? C'était long ou court? Ca avait quel rythme? La photo était jolie? C'était bien joué? C'est plutôt haletant ou glauque? C'est rigolo ou dramatique? Oui mais non, enfin bon, faut le dire vite, ça dépend des montures comme disait le décidément visionnaire poète Richard Gotainer dans une des chansons de lui que je préfère.

 

Voilà à quoi ressemble, au su et à la vue de tous, un critique de nos jours. Un type qui a sûrement une superbe femme de merveilleux enfants, un appartement dans Paris intra-muros pour loger tout ça, et un bureau à la rédaction, sans doute aussi des tickets restaurants. Etonnant, non?
(Surtout ne pas louper le papier juste en dessous consacrer à 10.000 le nouveau chef-d'oeuvre de Roland Emmerich. Là aussi, ça vaut son pesant de cigarillos cubains, car le gars, un collègue de l'autre (ça doit être bien les réunions de travail, j'aimerais beaucoup voir ça) raconte lui aussi l'histoire du film, sur le mode... cinémort!!!! Rires! Enfin presque, puisque le petit gars raconte le film en entier, oui oui, du début à la fin, re-rires, sous le mode de la périphrase humoristique. Pas une seule fois il ne prend position bien sûr. Enfin, pour dire vrai, il se moque, donc on peut supposer qu'il n'ait pas aimé. On soulignera là aussi, en plus du rigoureux procédé journalistique, la classe totale qui consiste à raconter le film de A à Z, ce qui inclue la séquence de conclusion. Que ce soit Roland Emerich ne change rien à 'affaire bien entendu. On mesure là le respect du spectateur. [Voilà qui me fait penser à une anecdote que raconte souvent Bernard RAPP et qui a, je crois déjà été évoqué sur ce site: lors d'une projection de presse du SANG DES INNOCENTS de Dario Argento, un jeune critique dans les premiers rangs se lève pendant le générique, ce qui est déjà d'une extrême impolitesse car ce générique est en image et cadré et monté (en un mot le film n'est pas fini encore), et se retourne en disant haut et  fort à ses collègues, dans un sourire: "Bon, je crois qu'on est tous d'accord, c'est vraiment très nul!" Ceci est une histoire vraie, bien sûr...] 
Je crois qu'il vaut mieux relire mon article double sur BIENVENUE CHEZ ES CH'TIS et JOHN RAMBO de l'autre jour. Là, non seulement c'est beaucoup plus drôle, mais c'est aussi plus troublant. Il y a comme un charme mystérieux qui se dégage de tout ça, un trouble, une ambiguïté. Et en plus, c'est un beau style, je trouve. Il y a de l'humour mais c'est précis. La langue n'est pas anonyme du tout. Et encore mieux, cadeau bonux: il y a un point de vue. Encore plus fort comme le soulignait avec justesse l'ami Norman Bates: la partie Dany Boon éclaire la partie Stallone, et encore plus fort, Mesdames et Messieurs, réciproquement.
 
Rappelons qu'il y a quelques années le docteur, mon hôte, nous donnait un cadeau merveilleux: LA CHARTE DEVO DE LA CRITIQUE. On voit, dans l'exemple du jour, que celle-ci est d'une actualité brûlante et que sa pertinence est de mise. On pourrait même dire qu'elle bosse, la France d'en bas. Pour être plus précis, on devrait se demander comment il est possible qu'un type payé, un professionnel qui ne fait sans doute que ça, peut en arriver à faire un papier si maigre, pour ne rien dire du tout, là où ici, par exemple, on arrive à rendre un papier plus long, plus fourni et pertinent, alors que la plupart des participants à ce site on des métiers éreintants à côté...
 
Je suis célibataire, beau gosse, et j'écris dans Matière Focale. La classe, non? Allez, camarades, on choisit son camp. Vous vous rappelez de John Steed dans cet épisode de CHAPEAU MELON... avec un labyrinthe. Tout le monde veut entrer dans le labyrinthe, le dominer, en sortir et faire partie du club. Steed, non. Il refuse de rentrer dedans car il sait que c'est ceux qui se perdent dans le labyrinthe et qui veulent entrer dans le club. En ce qui nous concerne, on en veut pas rentrer dans votre club, et pour cause, ça n'en est pas un, et encore plus drôle: le club, c'est nous!
 

Avouez que la vie est bien faite... Je vous embrasse.

 

 
Mr Mort.

 

 

 

 

 

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Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /Mars /2008 12:01

Publié dans : Cinémort

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[Photo: "...qui rendait, parait-il, heureux le genre humain." par Bertrand et Dr Devo.]

 

 

 

Ce n'est pas pour cirer les chaussures du patron qui, en plus, n'est pas là mais occupé à envahir Hollywood, mais je dois dire que je suis d'accord avec lui assez souvent. Par contre, il a beau être sympathique et charmant, il m'envoie voir de ces trucs, par moment... Je crois qu'il me provoque ou se moque de moi. Mais bon, j'ai accepté d'assurer l'intérim et du coup j'assume!
 
Oh! Michel Gondry! SOYEY SYMPAS REMBOBINEZ, qu'on appellera ici sous son de V.O dans Calcutta déserte, à savoir BE KIND REWIND pour des raisons de commodités, est un film qui, comme dirait mon patron adoré, à quand même une superbe brioche. [Définition de la brioche: ici.] Le pauvre Mos Def travaille dans un petit vidéoclub de rien du tout, géré par Danny Glover. On y trouve, ô bonheur, que des cassettes VHS! ET aussi des glaces au chocolat. Glover confie la gestion du magasin à Mos Def pendant quelques jours d'absence, un peu comme moi et le Docteur Devo. Le problème, c'est Jack Black, grand ami de Def. Blake, suite à un accident, est devenu magnétique, ce qui est très utile quand on cherche des pièces de monnaie perdues au fond de sa poche, mais peut poser des tas d'autres problèmes, surtout quand on passe son temps dans un vidéoclub rempli de VHS. Là, c'est le drame: Black démagnétise toutes les cassettes! La catastrophe économique, l'inscription à l'ANPE ou la mendicité, voilà ce qui attend Mos Def dés lors. Mais les deux compères décident, contre toute attente, de remplacer les cassettes en tournant des remakes des films effacés, et en les louant aux clients sans leur dire. Tout le monde voit la supercherie, mais le miracle à lieu: les gens adorent ces micros-remakes et le magasin marche du tonnerre!
 
Le petit résumé, comme le boss! Ha la belle brioche qu’il disait, et il n’avait pas tort. Comme disait l’autre, ce film aurait pu être une apologie du caméscope et de la création cinématographique chez soi, bref une ode au kitchen-cinéma. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait ça. Tout d’abord, c’est la déception qui l’emporte : toutes les cassettes du magasin de Danny Glover sont de grosses séries A hollywoodiennes de la pire espèce : BOYZ IN THE HOOD, MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR, GHOSTBUSTER, ROBOCOP, RUSH HOUR, etc… Certes on trouve aussi le 2001 de Kubrick et CARRIE de DePalma, mais la chose est tellement survolée qu’elle en devient anecdotique. Voilà qui rend bien problématique la question du vidéoclub moderne que Danny Glover espionne. Car quelle est la différence entre le sien et ce supermarché de la location de films ? Et bien, la surface du magasin et la méthode de distribution. Sinon, peu ou prou, ce sont les mêmes films. Glover, lui, ne fait pas louer à ses clients HARRY POTTER ET LE SOULIER MAGIQUE mais des films des années 80 ou 90, et c’est tout. Quand dans le dialogue on apprend que Glover a en magasin une section "film cultes" et "films fantastiques", et bien, les petits focaliens, on se demande bien où c’est qui y sont parce que dans le film de Gondry, beeenn, ils y sont pas !
En même temps, pas grave se dit-il, BE KIND… raconte clairement une histoire très triste : des pauv’ gars coincés dans une vie de prolétaires atroce, mal logés, mal payés, chômeurs ou travailleurs pauvres. Ils n’ont pas de petites amies (Ha, le cinéma du réel !!, rigola-t-il). Ils ne font quasiment rien de leur journée. Ils sont isolés en banlieue. Ils héritent aussi de la culture populaire qui va avec, à savoir celles des pires blockbusters. Si nos héros sont drôles, ils sont aussi des mecs de la rue, et regardent les films à leur disposition. Les gens du quartier font pareil. Fermez le banc ! BE KIND REWIND est d’abord un film sur la crasse, et montre l’inculture qui va avec, me dis-je. Le film est d’ailleurs globalement très noir. Il emprunte comme le disait très justement et in extremis le Docteur l’autre jour à la radio, la forme d’un mélo étrange, un peu à la Capra par moment, où, quand même, tout est biaisé, tout est largement foutu. Rien ne sauvera rien, les dés sont jetés dés le départ. Du coup, s’il y a une sorte d’utopie communautaire dans la dernière séquence (où enfin, ils arrivent à pondre un film un peu plus personnel), utopie larmoyante sur les bords, c’est un rêve qui a un peu le goût de la ciguë ! Tout ça finira sous les coups de pelleteuse, et le quartier changera sans doute sous l’impulsion d’une gendrification (mince, je ne me rappelle plus du mot, desolé !)  forcée. L’ode à la débrouillardise, à la malice, et au D.I.Y à laquelle Gondry semble croire, est un témoignage sur la mort qui avance et qui détruit tout. Gondry le dit du bout des doigts et c’est un peu dommage. Il préfère jouer la carte de l’anguille sous roche plutôt que de mélanger son drame crasseux à la comédie. Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne technique. Pourtant, le petit gars le faisait très très bien avec HUMAN NATURE, film drôlissime et d’une violence inouïe, ou même dans la SCIENCE DES RÊVES très amer quand même.
 
Ensuite, si la mise en scène est plutôt soignée (joli photo, si on excepte les scènes de nuit qui était bien verdâtre une fois de plus dans la copie que nous avons vu) avec ses beaux cadrages flottants qui permettent malgré l’étroitesse des décors de faire autre chose que des tunnels de plans rapprochés, emmaillés ça et là par des soleils gourmands (jeux de lumière, effet de flare, scories magnétiques qui interrompent l’image, etc…), le bât blesse nettement, comme par hasard, dans les remakes amateurs très très loin de ce que peut faire Gondry, qu’on aime ou n’aime pas son style. Tous ces home-movies sont placés sous le signe du potache. On voit des mains dans le champ, des projecteurs qui traînent, etc… Pas un seul des extraits que nous voyons dont Gondry qui ne nous disent pas : "Oh regardez, que c’est maladroit, c’est pour du faux". C’st pour moi la plus grande, et ce, trèèèèès largement, erreur tactique du film. Et comme je suis quelqu’un de généreux et altruiste, je vais vous dire exactement ce qu’il fallait faire.
Si ces gens sont des amateurs indécrottables, il suffisait de faire en sorte que ces remakes soient au contraire des entre-deux. Le fait que ces films soient courts, bourrées d’ellipses et avec des raccourcis de narration dûs aussi au manque de moyen, auraient pu suffire à dégager de la loufoquerie et pourquoi pas de la maladresse (ou au contraire une superbe effronterie). Il n’y avait aucune raison de nous rappeler sans cesse, à nous spectateurs cultivés, que ce que nous voyons, c’est du toc mal fichu, avec des acteurs qui regardent la caméra, et des pieds de techniciens qui traînent dans le champ. Il aurait bien plus intéressant, et surtout troublant, que ces films aient leur univers propre. Qu’ils fussent cohérents, voire bons à leur manière, quitte à induire dans leur espace diégétique (c’est chic), des détails de tons et/ou de mise en scène qui induisent le fait que ce que nous voyons est une version peut-être un peu utopique mais sublimée de ce que ces gens ont vraiment fait. La grande déception de ce film, BE KIND… je veux dire, c’est de voir que ces courts-métrages sont absolument nullissimes et sans aucune espèce d’intérêt. A aucun moment, on ne sent de superbes fulgurances involontaires, des achoppements chaotiques de maladresse mais sublimant le projet de remake lui-même pour le transformer en cinéma. [Tiens, si vous voulez voir ce que je veux dire, relisez l’article du Docteur sur A NIGHT TO DISMEMBER un des plus beaux films que j’ai vu l’année dernière, et véritable ovni cinématographique à la charge poétique semi-accidentelle mais effarante.] Ces  gens, à aucun moment ne font du cinéma. Ils recopient. Et les remakes présentés par Gondry sont tellement médiocres ou sans intérêt qu’on en est bien triste : ces gens ne comprennent rien, même d’instinct, ne retiennent que le pire, et leurs films n’ont d’intérêt que pour eux. C'est-à-dire, ce sont eux qui jouent dedans. Point barre. Ces films n’ont aucun accident poétique, aucune fulgurance. C’est seulement potache. On est donc bien loin de l’esprit des films de Gondry, tiens ! Ce dernier se perd aussi lors du film final, plus original mais qui reste à quelques plans près vraiment bien foutus, bien en dessous du travail du réalisateur, même des bricolages de la science des rêves, bien plus indépendant sur le plan cinématographique et véritables univers sémantiques à eux tout seul. Ici, dans ces remakes, rien ne tient tout seul, tout est référencé dans des espaces extérieurs aux films (le film original,  voir les copains jouer, se souvenir du tournage, etc..). Du coup, BE KIND… délivre un drôle de message. Ces gens sont tellement paumés qu’ils ne feront jamais que des petits étrons ? Ou pire : ces gens là sont déjà mort, et non rien à raconter ni à ressentir ? En tout cas, une grande partie du film étant consacré à ces remakes, quelques soient les intentions de Gondry (et c’est un peu flou, faut bien le dire), BE KIND pâtit de l’extrême médiocrité de ces films qui rendent le film largement inattractif ou du moins beaucoup plus terne que ce qu’il pourrait être. Jamais le travail de Def et Blake n’aboutit sur quelque chose de vraiment créatif. C’est de la débrouille, du système D. Et ce n’est pas suffisant. Les remakes et les originaux sont en cela très proches. C’est donc une bien triste histoire. Nos héros ne feront jamais quelque chose qui se tient par lui-même, jamais quelque chose de personnel. Quand ils crééent un film à la fin, Gondry a déjà bien aseptisé son système. Si on y trouve effectivement plus de gourmandises, il reste plus illustratif et de l’artisanat que de l’art. Bizarre… BE KIND…, le film, en pâtit, et est du coup moins beau, moins troublant sur le plan poétique et ressemble quasiment, malgré un soin certain à la mise en scène, à un film de scénario. Qu’est-ce qu’un film qui a de l’âme, comme le célèbre Mia Farrow dans le film ? Un film fait par de gars de la rue, avec les meilleurs intentions du monde, et de la débrouillardise ? Est-ce le simple fait d’avoir osé faire un film plutôt que d’en regarder un ? C’est un peu court, d’autant plus qu’au final, ces films de rue ressemblent énormément aux films originaux. Ils ont juste était fait avec 20 dollars, et n’ont gagné de leur procédé de fabrication que des maladresses potaches. Sils avaient eu plus d’argent, ces gens, le résultat aurait été encore plus porche des films originaux, sans aucune réappropriation. BE KIND REWIND, malgré ses autres qualités, laisse un goût drôlement amer dans la bouche…
 
 
 
Mr Mort.
 
 

 

 

 

 

 
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Mercredi 12 mars 2008 3 12 /03 /Mars /2008 11:32

Publié dans : Cinémort

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[Photo: "Memories Can't Wait" par Dr Devo.]

 

Pendant les absences du Docteur Devo, parti travailler, pour le bien de la cause focalienne, sur des bacilles particulièrement vicelards qui contamineront le cinéma de demain, vous me permettrez, chère Jeunesse Focalienne, de tenir le cabinet, si j'ose dire en l'absence du Maître de maison.
 
On m'a bien entendu demandé de tenir la maison propre et de ne pas mettre le bazar partout. Pourtant...
 
 
BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS, deuxième réalisation du polyartiste multimédia Dany Boon, fut ma première mission cette semaine, mission que je me suis octroyée à moi-même sans doute influencé par mes propres penchants pour le kamikazisme.

Comme on le sait, c'est un phénomène de société que ce film, et c'est bien dommage, car on aurait largement préféré que ce fut une oeuvre d'art. Kad Merad joue un sudiste de la poste, sur-cadre et directeur d'agence envoyé en exil dans le Nord Pas de Calais suite à une tentative de tricherie dans le jeu des mutations. Au début, beeeen, il n’est pas content, et il préférerait la Sibérie orientale. Après ça va mieux, les fameux ch'tis se révélant être des "êtres humains comme les autres", comme le dit la phrase gillesdelatourettienne bien connue, ultime symptôme de cette maladie cinématographique célèbre connue sous le nom de "Syndrome Elephant Man". Comme il en avait des soucis avec sa femme, beeeeeen après il réglera ça avec une little help de ses friends indigènes. Ensuite, à la fin du film, car oui je vais dire la fin du film, Hitler décide d'envahir la Pologne en chantant un vieux machin de Dean Martin. Générique. Merci. Ramassez vos emballages de Twix en sortant.

 

BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS est une oeuvre très inspirée de la philosophie contemporaine allemande, puisqu'elle se situe dans des zones où les notions de classification et d'ordres sont dépassées au nom d'intérêts bien supérieurs, comme par exemple le cours de l'action BNP-PARIBAS, ou la cotation de la couenne de porc sur le marché au cadran de Plougannec. Ceci dit, hélas, trois fois hélas, le film audio et visuel de M. Boon n'est ni pire ni meilleur que la concurrence, et je dirais même plus, c'est carrément pareil. Filmé en scope pour un maximum d'efficacité visuelle et une optimisation parfaite des plans rapprochés, le film oscille entre théâtre et hommage aux meilleurs des séries télévisées européennes de HANZ, CHIEN POLICIER (sur la télévision suisse-romande) à JOSEPHINE ANGE GARDIEN. La caméra est vue comme un moyen d'enregistrement du Réel, ici sublimé, option baroque oblige, par une inspiration directement issue du théâtre de boulevard et de la peur de la mort. (On mesure d'ailleurs encore une fois l'immense gouffre laissé par Jean Lefèvre dans le Landerneau cinématographique, littéraire et théâtral.)Ainsi, le jeu diégétque consistera à considérer le cinéma comme une fenêtre ouverte sur le Monde, et donc par voie de conséquence, aussi sur le plateau de tournage. Même si on ne voit pas de techniciens dans le champ, Boon sait souligner sa volonté de témoigner du tournage, "comme si on y était", et sublime de manière fantastique, au sens littéraire du terme, le cinéma ici perçu comme l'apogée du rêve bazinien: pas de montage est le meilleur montage, d'une part, et le cinéma c'est la vie, la vie c'est le cinéma, d'autre part.
Cette attention aux détails du quotidien place Boon quelque part entre le Woody Allen de ANNIE HALL et le Ken Loach de n'importe quel Ken Loach sauf KES et LOOKS AND SMILE. LADYBIRD par exemple. Le personnage de Kad Merad, est, c'est iconoclaste pour un film de cette envergure populaire, directement issu de la publicité pour Société Générale. Derrière l'angoisse de la mutation, représentant simplement, bien sûr, l'oppression au travail, c'est une peur tout à fait existentielle qui se dessine à mesure que le film avance dans un apparent classicisme de façade (3 actes, quête, contre-quête, quiproquo, boxer en microfibres), à savoir celle de la Mort de l'impossibilité de fournir à la famille l'assurance pourtant légitime de pouvoir toujours avoir de quoi substituerà ses besoins,  soit une safrane en état de marche, une pelouse en bonne santé, et un enfant bien élevé qui veut des bisous. C'est dans cette propension élégante et discrète à vouloir cacher le drame, à le rendre sous-cutané dans la narration globale, que Boon confirme dans un geste de grande beauté, sa réputation de clown triste. L'angoisse de la Mort et du redressement fiscal se cache pudiquement derrière une existence tranquille, la volonté d'un travail consciencieux (cf. les scènes à la Poste), et dans les conversations avec ses nouveaux camarades qui, quand ils trinquent avec lui, savent, avec leur sensibilité toute fraternelle, que c'est le même drame qui les habite. Pas besoin de mots, tout passe par le regard, ou quelquefois par l'Art, comme le prouvent deux moments émouvants: l'écoute en cd sur l'autoradio compatible MP3 de l'incontournable LES GENS DU NORD de Jacques Brel, et la reprise par les acteurs eux-mêmes cette fois, des CORONS de Pierre Bachelet, (récemment disparu d'un kyste aux testicules) dans les tribunes du Racing Club de Lens.
Dans ce monde violent, la femme ne sait plus à quel saint se vouer. Depuis Almodovar, on a rarement vu un aussi beau portrait du sexe dit faible (je dirais touchant plutôt) que celui de Zoé Felix, impeccable encore une fois avec ses nuances de jeu oscillant entre les câlins et la paire de baffes misandre. Elle semble presque avoir compris la situation de quiproquo mais feint de l'ignorer de le savoir, là aussi parce qu'elle est désemparée devant l'angoisse du vide inhérent à toute société capitaliste qui se respecte. Dommage cependant, et malgré toute l'affection qu'on puisse porter au film que dans sa conclusion, Boon oublie de faire acheter par ses personnages un ipod, ou mieux un iphone, ou tout autre appareil pouvant servir au bonheur du Couple (un batteur Moulinex par exemple) ou au bonheur de la société (une connexion internet haut débit ou un taux à 4%, par exemple). C'est le seul bémol qu'on peut apporter à cette émouvante et drôle fresque. La mise en scène n'est pas non plus en reste: champ, contrechamp, cadrages francs, en général de face ou de profil, une prise de son et un mixage particulièrement audibles, et un point toujours impeccablement fait. On est bien loin de certains maniérismes et déviances esthétisantes d'un certain cinéma d'auteur. Ici, tout est brut de décoffrage, tout est proche de la vie réelle, dans un souci de respect du personnage et des spectateurs. Cinq millions de fans de Ogres de Barbak ne peuvent avoir tort, comme disait la pochette d'un célèbre album de grind-musette (AS I WALK THRU' THE VALLEY OF DEATH AND THE PARKING LOT du groupe Vasektömia), et il est bien normal, dans une démocratie comme la nôtre, que ce film soit à ce point un triomphe. Il n'y a qu'un mot à ajouter: Chapeau l'artiste!
 
 
On t'a cassé ton rétro. La femme de tes rêves en aime un autre plus beau que toi. Tu n'as plus beaucoup d'argent sur ton compte alors qu'on est le 9 du mois et tu ne sais plus où tu as fourré ton recueil de nouvelles de Arno Schmidt. Tout cela, ce ne sont que des malheurs parmi des millions de malheurs possibles. On peut toujours aller voir JOHN RAMBO (RAMBO 4) de Sylvester Stallone avec lui-même, et même d'autres gens qui jouent des rôles.
Ha les Philippines! Grand pays, toujours promesses de belles aventures cinématographiques, source sûre de chefs-d'oeuvre expérimentaux de bon aloi. John Rambo ne revient pas, car il est parti. Il est vieux, dégoûté de la vie et de l'humanité, et aspire à une existence de travail honnête, ici on l'occurrence capturer des serpents. Il se lève tôt, se couche tard, et boit de l'eau. Il travaille dur et se fond parmi les indigènes. On est loin de la vie de poète à laquelle Rambo aspirait étant jeune et qu'il quitta à 17 ans pour se consacrer à l'exploration des pays sauvages. Et puis, il y a eu le Vietnam....
Mais tout ça, c'est bien loin. Et Rambo attend vraiment jeudi prochain car c'est son jour de repos et il pourra aller à la pêche. C'est sans compter un groupe d'humanitaires chrétiens qui se dirigent vers la Birmanie voisine où un village a été massacré par la terrible armée corrompue. Il faut vite leur apporter de l'aide, et nos missionnaires ont besoin de Rambo pour traverser le fleuve. Bien entendu, il refuse. Mais voyant que la seule femme du groupe, blonde et sensible, est entourée de crétins arrogants, il se rétracte et les amène là-bas, ce qui ne sera pas de tout repos. Car, le militaire birman rode...
A la célèbre "fraîcheur de vivre" tant prisée par Hollywood, Stallone lui, choisit la voie inverse et y oppose la langueur de mourir dans ce nouveau portrait du héros qui a fait sa gloire. Rambo n’aspire à rien, il veut qu’on lui foute la paix. Il est gros, gras, a le regard encore plus éteint que celui de ROCKY, il a envie d’aller à la pêche et de lire Arno Schmidt (il était coincé entre le mur et le frigidaire ! Je me demande comment il en est arrivé là !). La vie, le cinéma, tout ça, ce n’est pas facile, surtout quand, comme moi-même ici présent, Mr Mort, comme John Rambo, ou notre hôte le bon Docteur Devo, ce n’est pas facile, disais-je, quand, en plus, on pense que le Monde s’est arrêté en 1987 ! Alors, on essaie, on se bat, et quelque fois même on fait semblant. Allez, viens Jeff, on va aller boire un coup chez la Grande Margot, et on se racontera des histoires de comme c’était avant, même qu’on y croira encore, même qu’on boira comme des loutres… Le bon temps, il est mort, et on s’en fout (pas). Par contre, on veut être tranquille dans notre coin, qu’on nous laisse vivre sans embêter personne. Voilà le sujet de ce JOHN RAMBO. La scène où il rencontre la femme évangéliste est particulièrement symbolique. Il est tard, Rambo a nettoyé la cage des serpents, il rentre dans sa cabane, et va se mettre un disque des RESIDENTS (GOD IN PERSONS pour être précis), et c’est la jeune  femme qui débarque là, à brûle-pourpoint sous la pluie battante. Dans l’éclairage brut de décoffrage, on pense très fort à 1987, surtout que le corps de Stallone-Rambo en porte tous les stigmates. Il se tourne vers le spectateur, et semble de dire sans bouger les lèvres : "bon, alors, je fais quoi ? J’y vais quand même ?"
Silence dans la salle. Nul n’ose répondre. La mort est déjà là. Allez, un dernier baroud, mais pas pour l’honneur. Pour détruire plutôt. Rambo reprend les armes, essaie de sauver les humanitaires en détresse, pour la forme, mais en fait ce qui compte, à la fin des fins, c’est la destruction.
Cadrages de série B année 1987, photo old school, scénario de la même manière, le tout saupoudré de violences exacerbées, d’insupportables images journalistiques, et de pulsions gore, voilà le programme des 4émes aventures du poète. Ca sent la morgue, à plein nez même. Le contrat de Rambo, c’est celui de Stallone dans la vraie vie, encore le cinéma du Réel : faire une mission de trop parce qu’on est coincé par le contrat. La mis en scène suit, c'est-à-dire ne suit pas. Elle est tour à tour naïve, nostalgique, ou alors carrément atomisée par des choix incompréhensibles, lors des scènes d’actions, strictement illisibles sur le plan géographique et narratif. Rambo tire à la mitraillette (de laquelle il ne bougera pas), cut. Dans le contrechamp, une grappe de soldats s’effondrent, généralement dans un axe contrarié de manière surréaliste. Voilà pourquoi Rambo/Stallone y va une dernière fois : pour devenir non pas une légende, non pas une icône, mais un contrechamp. L’image de Stallone qui tire à la mitrailleuse pourrait servir dans tous les films. Imaginez : dans une adaptation d’Agatha Christie. Alors qu’on voit un personnage qui va se faire descendre dans le salon, avec le pistolet du Colonel Moutarde, allez hop, insert de Stallone sur la mitrailleuse, cut, puis le cadavre qui s’effondre sur la moquette victorienne. Voilà le principal intérêt du dernier opus de Stallone : imposer un contrechamp universel pour tous les films du futur. Une image de mort qui hantera tout, qui vengera la perte de l’année 1987. Rambo a une démarche perverse de cinéaste. Stallone moins, et c'est dommage. Seul regret du film, très raté quand même, le contrechamp à la mitraillette épargne la femme blanche, vectrice de la violence. Rambo ne la tue pas, même par acte manqué, par accident, alors qu’il est clairement évident qu’elle représente un reflet biaisé de la décennie défunte. C’est quand même bizarre sur le plan sémantique. A moins que ne pointe dans la dernière image (Rambo rentre chez lui, aux USA, dans sa maison natale) l’ultime promesse de violences à venir, bien plus intéressantes celles-là : Rambo revient non pas pour mourir, mais pour détruire son pays dans une rafale de contrechamps mitraillés. Croisons les doigts. En tout cas, Sylvestre s’approche de plus en plus de son projet d’adaptation de la vie d’Edgar Allan Poe… S’il manque de temps, je lui conseille clairement de mélanger les deux….
 
 

Mr Mort

 

 

 

 

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Lundi 10 mars 2008 1 10 /03 /Mars /2008 10:46

Publié dans : Cinémort
[Photo : "Je suis pour, ils sont contre", par Bertrand, webmeistre du site Multa Paucis,
d'après une photo extraite de la série FREAKS AND GEEKS.]
AVANT-PROPOS
J’apprends à l’instant avant de mettre cet article en ligne que Jean Rollin, halleluyah, vient de terminer son nouveau film, LA NUIT DES HORLOGES ! Rollin sera en compagnie de son fidèle ami l’ineffable et passionnant Jean-Pierre Bouyxou (spécialiste du cinéma underground, homme de culture, animateur de l’émission « Mauvais Genre » sur France Culture, et co-auteur d’un ouvrage passionnant que j’ai eu entre les mains cette semaine sur le mouvement hippie, publié chez 10/18) ainsi que de Stéphane Du Mesnildot que je ne connais pas mais qui est très certainement quelqu’un de très bonne compagnie, critique cinéma et auteur d’un ouvrage sur Jess Franco, le mercredi 4 juillet prochain au vidéoclub-librairie Hors-Circuit, 4 rue de Nemours dans le XIème à Paris (métros : Parmentier et Oberkampf). A 19 heures, Stéphane Du Mesnildot interviewera les deux autres, et causerie sublime et passionnante il y aura ! Merci à Hors-Circuit de m’avoir informé de ces bonnes nouvelles, que je m’empresse de vous relayer !

Dr Devo.
 

She came from Greece
She had a thirst for knowledge
She studied sculpture at St-Martin’s College
That’s where I caught her eye
She told me that her dad was loaded
I said : “then, in that case, I’ll have a rhum and coca-cola”

Pulp : "Common People"

Un(e) de vous a dû prononcer mon nom trois fois devant la glace ! Tel un Jean-Paul Belmondo, sans bichon et en pleine forme, me voilà, je déboule.

Alors décidément, voilà qui va réjouir les "puristes" (personnellement, c'est le titre que j'aurais choisi à la place des CHORISTES), car ce mercredi sort en salles PERSEPOLIS de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. Champagne, petits fours, smoking même pas de chez Cardin, et applaudissements, et pour ceux qui étaient courageux, visionnage au Grand Palais, souvenez-vous, c'était à Cannes, pour défendre la France, Monsieur, La France !

Couverture médiatique énorme, couv' dans les beaux journaux, ventes des BDs originales à grand tirage (un secteur qui va aussi bien, c'est-à-dire mal, que le cinéma, et qui subit les mêmes contraintes économiques de concentration en matière de production et de distribution), artic's en veux-tu en voilà, c'était ce que notre beau pays avait de mieux à proposer. Et bien, on n'a pas été déçu du voyage.

C'est la mode, et c'est pas autrement, le cinéma se doit d'être "une fenêtre ouverte sur le monde", le reflet du monde comme il va. Premier point. Du coup, depuis deux ou trois ans, on se tape en salles un nombre fabuleux de films "à sujets de société contemporains", tels que le fasciste UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE, ou encore les SYRIANA, un des boucs-émissaires à très juste titre de ce site, ou encore pire, c'est possible, THE CONSTANT GARDENER, sombre épisode de la série CONNAISSANCE DU MONDE (série de conférences idiovisuelles avec présentation en salle du réalisateur, pour personnes du troisième âge), justement combattu par le Doc Devo, consacré aux petits n'enfants qu'on empoisonne en Afrique pour tester des médicaments expérimentaux et vraiment dangereux ! [N'importe quoi, d'ailleurs, et très hollywoodien, donc complètement déconnecté de la réalité comme sujet : on ne les empoisonne pas pour tester les médicaments, mais par pur plaisir sadique, ce qui est très facile car même leurs parents ne savent pas lire, et donneraient un rein pour une écuelle d'eau ou pour voir un épisode de LOST...]
Cinéma, cinémaaaaa, art du réel, art de la préoccupation contemporaine, j'écris ton nom. Sur les murs, tel le poète. Nous si privilégiés, nous qui avons la chance de faire ce métier de l'Art, c'est bien normal qu'on s'intéresse un peu à nos amis les pauvres, tandis que, engoncés dans notre confort petit-bourgeois, avec nos tongs de soirée en peau de daim de Scandinavie, un verre de cognac hors d’âge à la main, un gros cigare cubain fabriqué par une grand-mère cubaine mourante à la main, au milieu du tapis marocain fabriqué par une jeune adolescente de 14 ans déjà aveugle, quand nous regardons DES RACINES ET DES AILES, quelquefois, nous avons un pincement au cœur ! Il faut parler des problèmes des gens, des fameux "common people", parler de la terre qui va mal, poursuivant ainsi le flambeau d'un autre grand poète, Bernard Minet (cf. NOUS ALLONS CHANGER TOUT ÇA). Le soir, pendant la pub, notre petit cœur aurait presque mal sinon... Et le lendemain, voilà qui arrange bien mon producteur ! Evoquer le réchauffement climatique ou la prostitution des vieillardes bigoudènes qui ne touchent pas assez de retraite, c'est du bon, coco ! Ça rapporte un max', on en parlera partout, c'est du tout cuit. C’est ainsi que, comme le théâtre, la radio ou la littérature, le cinéma se pourrit de l'intérieur, et avec le sourire, en empoissonnant ses propres œuvres de préoccupations humanitaires, sociales ou universalistes. C'est un peu comme si on jetait du mercure dans une source fraîche. Et finalement, le véritable exploit, de nos jours, c'est de réussir à trouver un film ou une pièce qui ne soit pas un "portrait contemporain de la contemporanéité du monde comme il va". [Bien entendu, la fiction pure, c'est mal, c'est pas décent, et c'est un domaine que seuls les salauds pratiquent ! Et qui de surcroît n'exprime RIEN DU TOUT du monde comme il va !]

Commençons par le positif. Oui, effectivement, en respectant dans les grandes lignes la charte graphique des albums BD, PERSEPOLIS trouve un style bien sage mais assez différent de la concurrence, et pour ainsi dire, et c’est aussi un versant assez inattendu du côté « leçon de chose » du film dont je parlerai plus bas, le film se permet même de reprendre en une parodie softcore l’histoire riche de l’animation iranienne. Bon. Petit noir et blanc comme il faut, personnages ressemblants sans énormément de personnalité distincte entre les différents protagonistes je trouve (bien loin de la variété des personnages de AMER BETON par exemple), doublage de stars et donc d’acteurs, etc.

Si l’originalité se trouve là, elle est vite contredite par la mise en scène, bien plus tranquille et largement handicapée par le scénario, là aussi on va y revenir comme dirait le Docteur D., qui finit par faire émerger non pas une narration bondissante, mais bien au contraire un collage de petites vignettes juxtaposées et se suivant sans vraiment de perspicacité, suite de petits sketchs (dans tous les sens du terme, comme diraient nos amis anglo-saxons) qui n’ont de fil conducteur que chronologique. Les saynètes se succèdent dans une effrayante linéarité et sans réelle conséquence. Voilà qui est déjà assez décevant, d’une part, et qui minore le peu de personnalité à laquelle aurait pu prétendre le film, mais qui est encore aggravé par le fait que chaque scène se termine très souvent par une chute, quelquefois gaguesque, avec une régularité métronomique là aussi complètement impersonnelle. Sur le plan graphique aussi, on assiste à des répétitions constantes. Enfin, le doublage assez attendu finalement, malgré la présence de Chiara Mastroianni que j’ai plutôt à la bonne, ne décolle jamais vraiment et n’offre quasiment aucun contrepoint en faisant qu’appuyer là encore le scénario pourtant sans réelles surprises. Sans surprises et gommant systématiquement ce qui aurait pu présenter un minimum d’intérêt, à savoir les paradoxes d’une période troublée (ex : le fait que le shah fasse quand même entrer le pays dans la modernité, chose dite mais qui ne se sent jamais, et qui est foudroyé par l’arrivée dans le film de son fils, grand échant de l’(H)histoire, les deux événements ne se nourrissant pas du tout curieusement), les ambiguïtés d’une vie de jeune fille (à quoi servent finalement les personnages jeunes de la période autrichienne puisqu’ils n’existent pas et qu’ils ne sont commentés que par la voix-off, et jamais par le dispositif de mise en scène ou la narration ?). Bref, tout ce qui aurait pu rendre personnelle cette odyssée ou aurait pu mettre à jour une réalité au singulier relief, quitte à mettre le doigt sur certaines contradictions, ce qui est toujours passionnant, est gommé ou éludé. PERSEPOLIS déçoit d’abord par cette narration, et par l’illustrationnisme ultra de sa mise en scène inféodée au texte et à la chronologie, ce que le procédé narratif de flash-back en guise de cache-sexe n’arrivera pas à cacher. Satrapi & Paronnaud signent là un film bougrement linéaire et d’un classicisme absolu.

Thank you Margaret, et à la prochaine fois ? Non, car ce n’est pas tout. Là où le film quitte le domaine de l’insignifiant pour rejoindre les toilettes non-dickiennes et donc sans chercher de l’or (ce que le film n’a jamais l’ambition de faire, c’est bien le problème), c’est dans le propos et la démarche, qui là sont vraiment insupportables, pas autant dans le fond que dans la forme proprement et banalement scandaleuse, une fois de plus.
Une fois de plus, une fois de plus, une fois de plus, une fois de plus, les enfants je vais vous enseigner l’Iran, ou le Lichtenstein, ou ce que je voudrai ! Il y avait bien une raison, finalement, à ce que le scénario soit si clair dans sa ligne, soit si simple, que la moindre ambiguïté soit passée au karcher ou alors évoquée en une phrase (du texte bien sûr, CQFD). PERSEPOLIS s’adresse aux gens communs, au peuple de France, aux ploucs, à vous et surtout à moi ! Et pour nous toucher, il faut simplifier, bien délimiter le terrain, et surtout présenter l’(H)histoire en version reader’s digest, en quelque chose de court et de mémorisable. Pour paraphraser Woody Allen qui, comme disait le poète, n’a pas dit que des conneries, j’ai vu PERSEPOLIS et ça parle de l’Iran ! Ni plus ni moins. Le Shah avait ses mauvais côtés (lesquels, d’ailleurs ?), mais il a modernisé le pays. Le fils du Shah, lui, l’a fait rentrer du côté obscur. Depuis, l’Iran c’est le gentil peuple martyrisé par le diktat religieux, c’est le voile, la guerre, les méchants barbus, l’exil. L’occident, c’est là que je suis, mais ce n’est pas mon pays. Et… Et ? ET RIEN ! Certes, les choses étaient complexes, mais moi, je ne vais vous expliquer ça dans mon film, ça va vous dépasser, c’est un peu too much pour vous, et puis c’est mauvais pour les entrées sans doute. Ce qui compte, c’est de savoir que beaucoup de gentils iraniens ont été très oppressés par pas mal de barbus, qu’il y avait des méchants et des gentils.

Ainsi, une fois de plus, moi, vous et tous les autres ploucs de la Terre sommes pris encore pour des élèves de troisième à qui il s’agit de faire bien apprendre la leçon qui, au final, se résume à une énième (di)vision hollywoodienne d’un sujet forcément à thèse, c'est-à-dire dans la plus pure ligne DOSSIERS DE L’ÉCRAN. Méchants, Gentils, sketches et saynètes, petits enfants opprimés (je ne supporterai jamais qu’on puisse mettre en avant la mort ou le martyre d’un enfant devant ceux d’un autre homme adulte ! Ce genre de hiérarchie, je l’ai déjà dit et je re-signe, est proprement insupportable et anti-humaniste), de l’émotion mélodramatique omniprésente et exploitée exactement de la même manière qu’une comédie (romantique ou pas) avec Richard Gere, du rire doux-amer convenu tel qu’on en trouve dans 93% des films art et essai (encore une fois une preuve d’originalité), absence de paradoxe et d’humour (sur le fond, c'est-à-dire en dehors du processus scénaristique !), et cet incroyable moralisme, cette vision correcte, ce « voilà ce qu’il faut retenir », asséné comme de juste sur un ton d’instituteur ou de catéchisme, c’est proprement insupportable.
PERSEPOLIS n’est pas le premier film à utiliser ce genre de facilité, certes, car c’est la grande mode comme je le disais. Derrière l’humanisme de façade (et ce n’est pas ça, justement, l’humanisme), se cache un mépris double. Double mépris, comme deux faces d’une même médaille et qui sont des deux côtés aussi scandaleux. D’une part, la simplification de l’(H)histoire réduite à une simple histoire conflictuelle hollywoodienne. C’est proprement dégueulasse envers le public ! Aux producteurs et réalisateurs de PERSEPOLIS, on a envie de dire qu’on ne lit pas forcément des journaux gratuits fournis par le PPA, qu’on n’est pas gavé aux journaux télévisés, qu’on lit des livres, parfois même d’Histoire, qu’on lit le MONDE DIPLOMATIQUE, qu’on a reçu une éducation correcte nous permettant de nous faire notre jugement avec une relative indépendance, et qu’un paradoxe pour nous, outre le fait que c’est là qu’on comprend le mieux comprendre une situation et qu’on a là une chance d’apercevoir une parcelle de la vérité (toujours multiple), est complètement assimilable par nos petits cerveaux. On a vu aussi les grands films humanistes et historiques de Ken Russell, par exemple (là je lèche les bottes du patron !) comme LES DIABLES ou encore le téléfilm DREYFUSS, où le réalisateur résume paradoxalement et clairement (ce n’est pas incompatible, contrairement à ce que les gens impliqués dans la conception de PERSEPOLIS semblent croire !) la division durable de tout le peuple français en un simple plan de cinq secondes, clair comme de l’eau de roche et, tenez-vous bien, très touchant et drôle (oui, parce que nous, le peuple, on est aussi ému par un beau raisonnement intellectuel , pas seulement par les livres d’images disneyiens). Bref, on a vécu, on a nos idées et, aussi surprenant que cela puisse paraître, nos capacités d’apprentissage sont intactes, et on a envie d’apprendre quelque chose, on sait ouvrir un livre ou aller se renseigner ! Nous ne sommes pas trisomiques, bon sang ! Ce mépris sous couvert d’humanisme (concept qui peut servir de tronçonneuse sous la gorge et de chantage émotionnel) est proprement insupportable, et montre un mépris souverain pour le public qui va faire vivre et gagner de l’argent à tous ces gens de cinéma ! Pour un cinéma qui vante la tolérance, je trouve ça complètement dégueulasse. [Je passe sur le plan où on voit le Suisse, animal chafouin s’il en est, faire des saluts nazis sous fond de tyrolienne !] NOUS AVONS UN CERVEAU.
 
L’autre face de la même médaille, et on ne peut pas avoir une face sans avoir l’autre bien entendu, c’est le mépris total pour le travail de la forme. Et là, c’est une remarque générale sur la cinémort, et pas seulement sur ce film ou le cinéma dit « engagé » ou « à thèse ». Répéter une forme artistique est aussi un scandale. C’est une gifle donnée à l’art, c’est une manœuvre manipulatrice, souvent sinon toujours destinée à renflouer les caisses des concepteurs de l’œuvre ! Quand on respecte l’Art, qu’on se dit artiste, la moindre des choses est au moins d’essayer, je dis bien « essayer », de créer une forme nouvelle, de pousser un peu plus loin les outils du support, de sortir du registre de l’anecdote (PERSEPOLIS n’est qu’anecdotes !) pour essayer, je dis bien « essayer » de faire une œuvre qui ait un intérêt esthétique. Le simple fait de reprendre des schémas narratifs ou de mise en scène éculés jusqu’à la moelle et qu’on nous ressort à chaque fois depuis des décennies et des décennies, est aussi une forme de mépris, très hautain, du public, une forme d’arrivisme. Le petit pathos de chaque artiste n’a aucune espèce d’importance, la petite histoire de tel ou tel réalisateur, on s’en balance. Nous, spectateurs, avons encore une fois un beau cerveau en parfait état de marche. La vie personnelle en tant que telle, et aussi déchirante qu’elle soit, de Marjane Satrapi, de moi-même, de Brian DePalma ou de Einstein n’a aucune espèce d’importance, et surtout ne vaut rien, en ce sens qu’elle ne vaut pas plus qu’une autre. Croire que l’expérience personnelle puisse servir de leçon est d’une invraisemblable prétention et dit bien plus sur l’artiste incriminé que le film lui-même. Il est paradoxal, justement, mais tout à fait logique, que plus un film est noyé sous les petites préoccupations personnelles de son concepteur, plus il est absolument impersonnel. Et peut-être, très sûrement même, que faire une œuvre impersonnelle est le plus grand péché que puisse commettre un « artiste ». Au-delà de la bêtise personnelle de ce dernier quand il emprunte des chemins anecdotique (et là, on pourrait, nous public, dire aux artistes : « Allez lire un peu, allez dans une librairie, achetez les livres de Dali, lisez de la philosophie (de l’art notamment), achetez le MONDE DIPLOMATIQUE ! », et après, posez vous la question de savoir si vous devez réaliser un film !), faire des films centrés sur sa petite personne et son microscopique parcours insignifiant est aussi une forme de crachage de mollard à la gueule du public. Cher artiste, et en toute amitié je te le dis, moi, public, j’ai payé ma place huit euros ! HUIT EUROS !!!!! La moindre des choses quand on est « humaniste », qu’on a un peu d’éthique, est bien de proposer une forme narrative et une forme esthétique originales ! C’est même une règle, pourtant enfantine, à laquelle aucun artiste ne devrait déroger. On devrait, en principe, avoir honte d’écrire encore et encore de telles évidences.

Patrice Chéreau, lorsqu’il fut président du jury du festival de Cannes, poussa une gueulante célèbre contre les films cyniques, opposés aux films humanistes, qui piétinaient tout et proposaient une vision « horrible » du monde qui nous entoure. Ces films-là, il fallait les dégager ! Il visait par là, évidemment, Lars Von Trier, Blier et consorts ! Nous, public, en avons pris note, de cette déclaration. Quand on voit comment vous, Satrapi, Chéreau et les autres faites des films « humanistes » qui enferment le monde et le public dans la plus honteuse des caricatures, et utilisent l’argument pour rafler la mise au prix d’un chantage à l’émotion (hollywoodienne) et à l’humanisme, je ne sais même plus comment vous pouvez vous regarder dans la glace. A force de construire un monde où tout le monde il est beau et gentil, vous instaurez une espèce de vérité officielle du cœur, une espèce de censure (éminemment sociale et politique puisque vous êtes souvent au pouvoir, maîtres des leviers du pouvoir artistique), un oukase sur les libertés artistiques d’expression, une interdiction pure et simple de certaines formes d’expression, l’interdiction pure et simple de dire et créer certaines choses. Et bien, personnellement, sachez messieurs dames que je n’échange pas mon Humanité et plus important ma Justesse et ma Morale contre deux barils de votre humanisme.

Vous voulez être heureux, nous voulons être justes. Vous nous crachez à la figure, et nous, nous nous contenterons de vous adresser par cet article notre bisou barbu, comme dirait le Docteur, bisou rempli d’amour.

Mr Mort.
 

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Mercredi 27 juin 2007 3 27 /06 /Juin /2007 22:26

Publié dans : Cinémort

[Photo : "Mais vous pleurez, mi-lourd ? (La Môme Néant)" par Mek-Ouyes et Dr Devo]

 

 



Peu importe si tu ne regrettes rien, Milouze ! Edith Piaf ! LA MÔME. Olivier Dahan !

Il y a longtemps dans une lointaine galaxie... Des acteurs jouent la valse de la vie. Edith est une petite fille pas gâtée par la vie. Sa mère, c'est Clotilde Courau, chanteuse de rue alcoolique et pauvrasse. Son père, encore pire, c'est Jean-Paul Rouve, acrobate, enfant de la balle, le cirque, qui finira cirque de rue, le pire du pire. Edith sera vite ballottée par la vie et finalement élevée par une grand-mère que, tel le gitan, elle ne connaît pas, Catherine Allégret, mère-maquerelle et gérante d'un bordel, où toutes vont dorloter la petite Edith, notamment Emmanuelle Seigner (correcte). [Catherine Allégret est la meilleure comédienne du film, notamment sur le plan où elle s'assoit à la table de la cuisine le lendemain, au premier matin. Très beau naturel dans ces quelques secondes... Sinon, c'est correct aussi...]. Mais la vie ne fait pas de cadeau, et Edith sera récupérée par son imbécile de père, qui en plus d'être presque violent, porte des t-shirts blancs à anses, ce qui marquera beaucoup la petite... (cf. Le plan-séquence où la petite fille essaie de retrouver le t-shirt de son père qui, sinon, va lui filer une beigne, le père, pas le t-shirt, suivez un peu !). Plus tard en Pologne, à en croire les critiques. Edith chante en Californie. "Bah, y sont quand même drôlasses, mon petit Hector, ces amerloques, t'appelles ça un hamburguère, moi j'appelle ça un kangourou pourri déguisé en cercueil à pédales ! Allez, remets-moi une coupette, j'ai besoin de dormir ! Mais avant ça, on va faire la fête et on va chanter..." [Lu dans la presse : "Bézu, l'inventeur de À LA QUEUE LEU-LEU, meurt dans la plus totale des solitudes".] Quelques années auparavant, c’est les années galères, avec encore là la guigne et l’alcool, et même pour être précis, gros rouge cuvée Valcop, mélange de divers produits de la C.E.E. en bouteille plastique, et Sylvie Testud, de plus, c’est vraiment pas de chance. [Un plan de regard dans le vide très joli pour Testud. Soudan (l’été dernier, hi-hi !), c’est déjà ça, c’est déjà ça…] Et puis plus tard-après-le-14-juin-1955-à-5h28-du-matin, ce sera la rencontre avec le dentiste en t-shirt, accessoirement champion de boxe, et dans le contexte que je viens de décrire, seulement mi-lourd, si j’ose dire. Au niveau interprétatif, j’entends. Buddy Holly. La Bamba. Yo no soy Querelle de Brest. Airbus vs. Les Alpes. La montagne, forcément sacrée, gagne. Vous voyez le topo ! Cotillard se perd dans les allées du destin, et nous notre innocence, si là aussi, il faut oser.

20 ans plus tard, 1987, est déjà loin, pour moi aussi, et puis il y a eu la rue Léo Ferré. Ces textes, haaaa, le maudit blues. Notre bon docteur, sur les airs, devant la troupe ébahie des étudiants en larmes. C’est plus Orlan que Franju, LA SISTER BIRDY (titre de re-travail), c’est plutôt l’art de la terrine, forcément William, c’est les FRÈRES GRIMM ! Edith The Hutt, moitié Josée Dayan de 40 kilos, moitié John Hurt (revu hier, « oh les amis, oh les amis »). La (las ? là ?) L’Oréal attitude.
Le plateau luxueux à quasiment une scène/un décor, le costume qui n’est pas une fois, mais qui commence à le devenir, ça pèse. Ca pèse un max, même, dans tous les sens du terme, et je le démontre : production sur-fortunée, machinerie balourde du film bio qui appelle le bisou barbu, ça pique, ça pique ! Le TITANIC à la française, chez nous, là-bas, la Californie, malheureusement sans Julien Clerc ni Kurt Cobain (ou n’importe quel chanteur maudit), LA MÔME vise l’international, et fait en sorte, quitte à répéter comme ces fondus enchaînés paysage à gauche, visage chantant à droite qui durent des plombent et reviennent trois fois, ou douze je sais plus. Le gagnant curieusement est japonais, Tetsuo Nagata, photographe doué, un peu de camembert, mi-lourd,  remember C’EST QUOI LA VIE, portrait de ploucs bien plus sympathique que la vie des stars, qui l’avait prouvé. Alors oui, ça et là, et notamment dans les quarante premières bobines, euh pardon, minutes, oui, ça photographie correct, et ça cadre un tout petit peu. Puis ça se répète et la photo se contamine, période Melissa métisse de Manhattan, justement, l’Amérique, marché rêvé des anges justement, bousille tout, une fois de plus, mais à cause de nous, la France. Il faut faire comme les Ricains, alors Nagata obéit et tourne sa sacoche autour de lui, et crie "Hélicoptère !". À force de suivre, on se perd, c’est hideux.
On y avait pourtant cru pendant 15 minutes, non pas que ce fut beau à pleurer mais parce qu’il y avait un peu de travail, notamment la volonté de faire du rythmique plus que du Melody, on se disait presque que tiens, il aurait un documentaliste payé au SMIC qui lui aurait montré un Bernard Rose ou deux. Exemple : la séquence "Mais vous pleurez Milooze", par exemple,  où l'actrice balance "Allez ricain, balance la sauce", bien vu, ou encore le générique muet et le travelling à suivre pas cadré mais surprenant dans le contexte. Ou encore la kitscherie générale de la France de la Misère à la Victor Hugo et en roulotte, on n’est pas à 100 ans près ! Là d’accord, si on omet JP Rouve bien sûr, dont on se demande bien comment il se retrouve dans une production aussi chèrosse, aussi coûteuse, lui qui fait tellement pauvre… Quel mauvais choix ! Ça fait plouc ! Revenons à nos moutons, pendant 15 minutes, ça fonctionne. Le mélange des époques, Houuuuuuuuuuuuu, pinaise, la narration éclatée, les critiques ils adorent ça en fait, et là, il acclament ! [On aurait fait ça avec
TRUMAN CAPOTE, ça aurait été le scandale absolu, TRUMAN CAPOTE et ses petits flash-back miteux, hihihi…] Mes collègues sont très iconoclastes. Ils adorent la narration éclatée. Et pour un film à costumes, ils sont sur le cul : c’est pas du Ruiz c’est carrément INLAND EMPIRE ! Ça passe d’une époque et d’un pays à l’autre, c’est génial ce kaléidoscope ! Quel vertige ! En fait de déconstruction, on sent qu’au bout de 20 minutes, rien ne tiendra en ce sens, et c’est ce qui arrive. Les séquences dans telle ou telle époque sont de plus en plus longues. Et dans la dernière partie, le docteur a toujours raison et sait ce qui est bon pour vous, dans la dernière partie, les apartés sont tellement interminables qu’on peut raisonnablement dire que le film est strictement linéaire. Ce qui se voit d’autant plus que la mise en scène finit par tourner sur le mode répétition. Il y aura quelques idées ça et là (la confusion son-ON de Piaf sur scène, avec la B.O. du film ; idée élégante dans la vulgarité globale), mais jamais la conquête du rythme, et la libération des choses qui ne se font pas se feront. La première bobine est la vraie orpheline du film, c’est un peu court pour l’indulgence ! Et puis, il ne faut pas juger les choses par rapport à la concurrence, surtout intra-nationale, mais il faut juger et aimer à l’aune du Beau.

Ils discutèrent ensuite… La Cotillard, la pauvresse, qui fait exactement ce qu’on lui dit de faire, n’aurait pas été crédible, disent-ils, si elle fut blonde et avait mesurée 1.80m ! Et bien si ! Je dis si ! Justement ! Moi, j’aurais adoré que ce soit Jamel ou Meryl Streep qui joue Piaf !

Parce que finalement, qu’est-ce que le film, sinon un concours ? Cotipiaf devient Edithiard progressivement. Elle(s) se ressemble(nt) de moins en moins, je me disais pendant la projection. Le film n’en est pas un, c’est un spectacle de Laurent Gerra. Si au moins ça assumait ça ! « HA que coucou ! Que c’est moi, Edith Piaf ! Et que j’aime le Wock N’ Wall ! » Thierry Le Luron, Gerald Dahan (trop facile, je la ferai pas), Laurent Gerra, Pierre Douglas, Nicolas Canteloup et Tatayé sont la véritable inspiration de ce film sublime, zoublime, car si vous voulez je peux le dire, c’est zoubliiiiiiiiiiiiime, c’est guénialeuh, c’est vraiment zouber ! Cotipiaf écrase tout le monde, mais ouais, si vous voulez ! [Revoyez au moins la FIDÉLITÉ de Zulawski, quand même !] C’est le film de l’année si vous voulez ! C’est sublime, cette grande collection Atlas des Grandes Légendes Françaises (après INDIGÈNES et sa figurine de Jamel offerte en cadeau pour 1.99 euros seulement) ! Mais je propose autre chose de moins coûteux, pour les critiques, les réalisateurs, les producteurs et les spectateurs qui ont pris des actions chez Kleenex : repassez-vous, grâce à la technologie DVD, les scènes de bars de LA GUERRE DES ÉTOILES et aussi les scènes avec Jabba, mais attention, en coupant le son… Et imitez avec votre micro de karaoké, les imitateurs qui imitent les grandes légendes françaises. On appellerait ça des "soirées biopic "! Plutôt que d’aller payer une place de cinéma, faites le film vous-même entre amis, après la raclette !

Je m’aperçus qu’en fait, LA MÔME Piaf était une biographie d’Albert de Monaco, et pas seulement pour le jeu de mot. Soyez rassurés, gentils critiques, elle aura son César…

Le bon spéculateur, lui, n’aura pas acheté des actions chez Panavision, ou chez Kleenex, mais bien chez Demak-Up !

C’était Jean-Pierre Gaillard en direct de la Bourse de Paris !


Mr Mort.

PS : Je crois que les trafficotis de voix sont proprement insupportables et pourraient servir d’armes militaires.
Marc Barbé, t’es sur ma liste !

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Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /Fév /2007 10:32

Publié dans : Cinémort


[Photo : projet d'affiche pour le film LA MÔME COCO par Dr Devo, d'après une idée de Dr Devo et Mr Mort]

 

Quand je pense à l'Irlande, je bande, je bande-eux...
 
L'année 2007 sera, tel Malraux (figure tutélaire en tout lieux (entre) ici, Frère Sourire, en sorte) l'avait prédit, "pareille à l'année 2006, sauf que ça ne s'écrira pas pareil et qu'on fera de grandes ballades dehors, en ville, ou ne sera pas". Le meilleur conseil de l'année d'ailleurs : achetez de bonnes chaussures de marche, ou mieux, des tennis comme on disait en 1987. À part son adaptation live et long-métrage de la série expérimentale SAN KU KAÏ, avec Harvey Keitel, qu'a fait Ridley Scott ? Quasiment rien, si on met à part son pompage de Mario Bava (LA PLANÈTE DES VAMPIRES), et encore, en douze mille fois moins inventif.
Je crois que c'est le private joke du siècle, en fait, cette histoire de frères Scott ; en fait, je pense que c'est le même qui se paie notre tête en se marrant. Je pense que Ridley est l'invention de Tony, suite à l'échec relatif (en matière de dollars) des PRÉDATEURS, superbe film, et devant le succès au box-office de TOP GUN.
 
Si tu es une Région et que tu veux dépenser de l'argent des contribuables, ne fais pas comme en Auvergne, ne donne pas ton argent à QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR, c'est de la perte de temps, c'est laid... [Quoique... Le film s'arrêtait une minute pour montrer un diaporama à Vulcania, quand même !] Embauche plutôt un réalisateur amerloque pété de thunes, le résultat sera là, et ta carte postale (qui aurait pu financer à elle seule une petite barre HLM), elle aura une autre gueule, elle pétera dans la soie même. Ainsi, je vis UNE GRANDE ANNÉE, titre ironique, dans une salle assez petite mais dont le projecteur était sublimement réglé. La lumière était enchanteresse dès les films-annonces (films-annonces qui étaient très bons en plus, miracle double). Je ne regardais pas l'image (à part le plan magistral et beau et long sur la main d’Emma Thompson, et le plan à suivre, moins bien mais sur son visage où l’on pouvait deviner son regard perdu de l'année 1987, quand même), je regardais la lumière et l'étalonnage super luxueux ou rendu tel grâce à une lampe à Xénon et à un projecteur, (ou à une toile) de toute beauté. Un régal.
 
Malheureusement l'enchantement ne dura pas. La photo du film de Ridley Scott sans la thune, et montre la Provence sous After Effect, et sous toute les tonalités de couleurs, et tout filtre devant. Techniquement, c'est OK, artistiquement, c'est une vraie gerbance. Ridly-Toney nous balance du gris londonien pluvieux contre du soleil de Provence façon huile d'olive dans le panier arrière du vélo, tout l'amour que j'ai pour l'argent de tes contribuables. La Provence comme Little Italy. Aucun enjeu, ce sont des vacances payées par l'État.  Le fonctionnaire le mieux payé de France, hors grille, est anglo-américain. Ça aurait été un autre défi, bien plus beau et singulier, de nous présenter le Lichtenstein comme la Little Italy de l'Europe des Moches !
Le chien qui mord tout le monde et pisse sur tes chaussures s'appelle Tati. Et à la fin, on rendra hommage au maître (mais sans la voix, en muet) dans une séquence de ciné-goûter-concert (le fantasme américain, un ciné sans pop-corn mais avec gros cul, gros cru et foie gras !) avec une projection de ses meilleurs gags (dans la séquence des gags, on retrouve Arletty, et aussi bien sûr Roger Vadim, Gérard Philippe, etc.). Le vrai courage aurait été d'appeler le chien Renoir, ou au moins Truffaut !
 
À part ça ? La Provence se compose comme suit : des maisons en pierres de taille, des jupes à fleurs qui se soulèvent, on peut regarder sous la jupe des filles à vélo, les voitures sont les voitures de Mickey, le GPS ne parle pas anglais, la grosse mama-blues incestueuse est au petit soin pour toi, Russell Crowe a le même âge que Cotillard (en fait, il a plutôt celui de Bourdon, très bien et c'est le seul d'ailleurs [avec Valeria Bruno-Tedeschi, la seule à comprendre qu'elle fait un film américain, et qui le fait superbement, là où le réalisateur lui-même ne sait plus rien ! Bravo, bravo, bravo !!!], qui est censé dans le film être de la génération antérieure à celle de Crowe), soit 30 ans, les restaurateurs se tuent à la tâche, la ménagère de moins de cinquante ans va au marché avec un panier en osier, les spécialistes du vin (le pourtant talentueux Gilles Gaston-Dreyfus qui mérite mieux) sont des charretiers vulgaires et arnaqueurs, le viticulteur est un dieu mais on le paie au SMIC (en même temps, il a l'honneur de faire partie de la famille, il manquerait plus qu'il morde), la classe, c'est le noble anglais (Crowe et son collègue agent immobilier). La petite amerloque (actrice anonyme mais pas mauvaise), absolument érotique et même trop, dans le premier plan, viendra sauver la France et le vignoble, et remplacer Marianne.
 
UNE GRANDE ANNÉE vante les vraies valeurs de la vie, et le message honteux et sous-jacent ne contredit même pas cette façade. Il rajoute juste qu’en fait, la vraie vie, seuls les nobles peuvent l'apprécier ! On pourrait mettre de la peinture, on a les moyens d’en acheter douze palettes à Leroy-Merlin, mais les dessus chics, c'est de ne rien faire du tout (là où on pourrait). C'est dit dans au moins deux scènes. Quand Cotillard s'arrête devant le Van Gogh ! [À tous les critiques pros, les bloggeurs ou les critiques soucieux de la manipulation des bonnes mœurs du peuple et qui ont peur que celui-ci mésinterprète tel ou tel film : lequel d'entre vous à gueuler devant ce plan profondément réactionnaire et, on le verra, xénophobe ?] Et l'agent immobilier passe une tendre nuit avec le glaçon sur le dos de la cousine, vrai moment gratuit (et encore...), mais il redevient un connard quand il s'agit de mettre Crowe en valeur, le lendemain matin. Quel insupportable cynisme, complètement vécu par Tonette, qui lui en a à ne plus savoir qu'en faire, sans doute, de la maille. Autre preuve de la non-existence de Dieu chez les nobles et chez le(s) Scott, le personnage dit du caniche dans les bureaux londoniens de Crowe. Ce personnage sera puni car justement c'est le double de celui de Russell Crowe, à savoir : il ne peut en rester qu'un, bel axiome hollywoodien à l'époque installé et mis en valeur par un australien (Russell Mulcahy, encore), et qu'aujourd'hui, tacitement, Scott, ex-anglais, met en valeur. Bravo ! Le personnage du caniche est puni parce qu'il est un second rôle. Crowe est exactement pareil sauf que c'est le héros. Un des deux doit mourir, finir SDF et dans la misère sexuelle : ce sera le Caniche. L'autre Crowe, une fois ce double dans le miroir éliminé, pourra enfin être "au plus près de la vie", la vraie, et nous vanter le charme d'une vie simple, chose toujours plus aisée quand on a un compte en banque à 7 ou 8 chiffres, ce qui n'est pas le cas de votre serviteur... La conclusion est en tout cas terrible : la F-rance est une langue morte, et le terme "cinémort" est complètement à l'œuvre dans cette GRANDE ANNÉE dont les "hénaurmités" de montage  (faux impressionnisme et vrai finalcutisme) sont encore le plus ridicule et donc largement le plus humain et le plus sympathique des traits de caractère.
 
Devant la recrudescence des non-films, et des films de cinémorts, je propose que les films de Marion Cotillard (moyenne, ce qui est déjà beaucoup, dans ce film, le seul bon, mais vraiment bon, étant curieusement Didier Bourdon, donc, impeccable) soient tous vus sans exception cette année. Je m'engage à les voir tous. Pour LA MÔME, j'irai aussi. Peut-être avec un casque de chantier pour voir le film en muet.
J'aimerais un film avec Mariard Cotillon qui soit deux biopics en un. Plus besoin de se déplacer deux fois, ce qui a son intérêt dans ce monde moderne. Je vois bien par exemple un film qui soit à la fois une biographie de Piaf et une biographie de Coco Chanel. On appellerait ça LA MÔME COCO, et si le réalisateur est habile, il peut s'arranger pour transformer ce film double en film triple, en ajoutant le documentaire sur la vie de l'actrice principale ! On aurait avec ce beau projet une vraie obligation de baroque et de narration, et donc une vraie exigence artistique, mais aussi des impossibilités à résoudre qui obligeraient le réalisateur à trouver des solutions de mise en scène, de la vraie, de la construite, et non pas, comme ici, une succession d'images et de sons qui peuvent durer 3 heures ou 20 minutes, sans que cela n'ait ni répercussion ni nécessité. Dans mon projet LA MÔME COCO, il y a plus de cinéma avec majuscule que dans cette GRANDE ANNÉE lamentable, où le spectateur smicard ou travailleur pauvre aura quand même payé 8-10 euros pour voir une poignée de richards nous dire ce que doit être une vie simple et détachée du matériel, en se goinfrant avec l'argent de nos impôts.
Il devient urgent d'arrêter de donner de l'argent à ces gens qui nous volent et qui nous spolient. Les ex-fans des 70's Scott, se demanderont, sans doute avec sincérité, où sont leurs années folles et attendrons sagement que cela passe à la télé, gratuitement, en somme...
 
Finalement, Ridley Scott ou son jumeau maléfique est vraiment le seul réalisateur "Rap" français.
Dis-lui, "non merci, je ne mange pas de ce pain là" au dealer !

Mr Mort.
 
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Samedi 6 janvier 2007 6 06 /01 /Jan /2007 13:07

Publié dans : Cinémort


[Photo : "Soutien Scolastique N°2, ou Ton Nom de Beverly Hills sur la Plage de Plouhinec Déserte"

par Dr Devo, d'après une photo de la comédienne Carrie Stevens.] 

 

 

Oh oui, oh oui, oh oui !


Dans la jolie interview de Bruno Dumont par le docteur (pour la REVUE DU CINÉMA, hors-série spécial cinéma français entièrement réalisé par Matière Focale, et qu'on trouve peut-être encore en kiosques), le réalisateur de FLANDRES considère le cinéma comme lieu de la sidération et de la transcendance. Et de rajouter tout de suite que les liens qui se créent entre le film, partiellement compréhensible puisque qu'il s'exprime par une série de partis-pris illogiques (en dehors du procédé artistique) et qu'il se base sur des mouvements d'ellipses (le montage), les liens, dis-je, entre ce film et le spectateur, c'est ce qu'on appelle la culture, notion enfin débarrassée de son pendant encyclopédiste, car dans cette définition, au final, le spectateur, toi ou moi, sommes nus "aux yeux du seigneur" comme disait le poète, et plus encore devant le film.


Les petits gamins me jettent des pierres dans la rue. [Rassurez-vous, je les gifle illico, et je porte plainte au commissariat le plus proche.] Leurs parents crachent sur ma voiture sur le parking du Leclerc quand je vais faire mes courses. Et un mouvement de boycott s'est organisé dans les deux ou trois cinémas que je fréquente : je suis donc toujours seul sur ma rangée pendant un film ! Et certains me traitent de "Grande Faucheuse!" Ils ne pourraient pas me faire plus plaisir ! Oui, c'est vrai, c'est moi le Faucheur tranquille de la Cinémort... La Virginia Madsen au masculin des salles obscures qui pose la main sur l'épaule des films pour les euthanasier... [Vous avez vu le machin de Robert Altman ? Ça vaut quand même pas un épisode de COURS APRÈS MOI SHÉRIF...] Belle saison donc en 2006, grosse livraison de faisans. Je commençais en janvier dernier par l'immondissant ESPRIT DE FAMILLE (avec un titre comme ça, j'aurais dû me méfier), grosse choucroute de Noël dégoûtante, et je finis sur un autre cas intéressant avec THE FOUNTAIN de Darren Aronofsky. Du pire anonyme à ce qui se veut de plus original et hors-norme en quelque sorte. Dans la micro-bulle du cinéma hollywoodien (qui n'est pas, en taille, New York mais bien Landerneau), des espèces d'alpha et d'oméga.

Aronosky, finalement, c'est Chien-Malade, c'est SIXIÈME SENS, et on dirait même plus, en Europe, on dirait même, et ce n'est pas moi qui le dit, notez bien, c'est Chien-Malade, mais dans la division art-et-essai. En fait, ça s'est joué à peu, et c'est toujours comme ça, dans la vie. THE FOUNTAIN est clairement un film de série A. Ouais. Mais d'auteur. Ouais. LA JEUNE FILLE DE L'EAU est aussi un film d'auteur, mais d'obédience commerciale. Pendant le mercato, ces deux-là pourraient échanger leur place. Ça se joue à peu. Mais on sent comme "une subtile odeur dans l'air" comme disait le poète anglais, une odeur de cinéma d'h/auteur, comme dit l'autre, une odeur d'originalité, et n'ayons pas peur des mots, d'indépendance chez Aronofsky. Ça se joue à peu, c'est dû à l'âge sans doute. Dira-t-on encore cela lorsque que notre Darren chéri aura réalisé 6 films ? Sans doute pas.

THE FOUNTAIN, c'est la grande symphonie du Destin. Finalement, c'est du Lelouch à l'américaine, et donc complètement différent de Lelouch. [C'est un compliment au départ, car, sans rire, Lelouch est le seul grand metteur en scène que la France mérite, avec le(s) Straub et Blier à la rigueur...] THE FOUNTAIN a au moins quelque chose pour lui. La mort nous programme sans doute sur son grand ordinateur, mais en tout cas, c'est pas une raison pour nous vomir dans les yeux (c'est ça, le cinémort, finalement, du vomi dans les yeux) ton message universaliste tout pourri comme quoi on est tous connectés et tous frères. Ce n'est pas, comme disait élégamment le Marquis (anecdote rapportée par le Patron), "quand je tire sur un poil de mon cul en Basse-Bretagne, un réalisateur de SHORT CUT meurt en Alabama", autrement dit la théorie du "papillon qui rote" (...en Indonésie, et provoque la rédaction d'une encyclopédie sur les avions de chasse de la première guerre mondiale en Suisse allemanique). THE FOUNTAIN, mon dieu merci, ça n'est pas ça. La fraternité obligée et l'odéal (nouveau mot que je viens d'inventer, mélange des mots "idéal" et "l'Oréal") standard, rien à foutre. THE FOUNTAIN est un gros film égoïste où la Terre peut crever la gueule ouverte, et c'est plus mon problème. C'est la tendance 2007 (moi aussi, je lis dans les(des) astres !).  Moi, mon chien et ma copine d'abord, le faible et l'opprimé, on verra après s'il reste de la place une fois que j'aurai chargé le couple de bébés-phoques. Par voie de conséquence, THE FOUNTAIN se passe dans une cuisine, quasiment comme unique décor. Une cuisine peinte en bleu, quand même. THE FOUNTAIN comme son nom l'indique, c'est un film de salle de bain.
[Ce dernier trait rapproche-t-il le film des "films de chambre français" ? C'est une hypothèse, et je ne saurais dire. Je vous laisse juge...]

L'autre jour, notre patron le docteur m'a convaincu de regarder l'excellente, je dois le dire, l'excellente émission VISU grâce à une des photos utilisées dans son article. Allez voir, jetez un œil en cliquant ici. Il s'agit de la cinquième photo, celle avec la marmotte. Le docteur m'a dit, avec son sens parfois fulgurant de l'analyse : "c'est le cri de souffrance et d'interrogation mystique de la créature, celui qu'elle jette au yeux de son créateur justement..." Le cri de l'homme qui souffre, l'indécrottable scandale de la souffrance... Et de la mort ! Cette seule photo (il faut le faire quand même, en un seul plan, et sur une diapo de marmotte en plus !) extraite du court de Forgeard exprime tout, et encore bien mieux, à la puissance mille, ce qu'a voulu faire Aronofsky à travers THE FOUNTAIN, projet qui lui a pris quand même six ans ! Forgeard, ça a dû lui prendre 5 minutes, et dans son film, ça dure deux secondes, mais tout est dit. Comme quoi, la valeur "travail" n'en est pas une, comme disait la poète.

Le scandale de la créature qui souff...

Non, la poète, ce n’est pas Desireless, même si c'est assez logique que son nom apparaisse dans cet article comme on le verra plus bas. C'est Duras. Pas loin...

Le scandale de la créature qui souffre. Voilà le sujet. Sur le papier. Oui, mais alors, ma souffrance à moi, et celle de mon "doudou d'amour" comme on dit sur les blogs (lol lol gr8t ! ptdr !). THE FOUNTAIN se pose là en LOVE STORY (cette bouse !) existentielle. Pas d'universalisme, pas de fraternité Benneton, mais toi et moi et ton cancer, et hop, on essaie de demander à Dieu (à savoir, ici, le Cosmos ; Dieu c'est un peu démodé finalement) un passe-droit : on voudrait s'aimer éternellement. Capice ? J'ai une belle gueule, je pourrais être blond et aimer les vêtements marrons, je suis Nobel de physique, de médecine, et de théâtre, je gagne de la thune à plus savoir qu'en faire, j'ai un i-pod, je rédige un blog, je suis plus sensible et plus intelligent que 99,58% de la population , je suis sans doute le plus achevé et fulgurant des Humains, alors oui, mon petit bonhomme, oui mon Dieu, mon Créateur, tu pourrais pas nous faire disparaître ce vilain cancer, nous trouver une logement HLM en centre-ville, et tant qu'à faire, nous donner l'Immortalité, pour moi et ma zessgon, hein ? Vous voyez, je n'ai pas menti, puisque que la quête est romantique (hélas, car je préfère les quêtes sentimentales plus riches et plus adultes). Alors oui, THE FOUNTAIN est forcément anti-universaliste bon teint, il est égoïste. Ça change, c'est plus franc.

Le mieux dans THE FOUNTAIN, c'est le début. Ça vaut pas une seconde du très beau film THE RELIC de Peter Hyams (métrage qui s'éteint photographiquement sur 90 minutes, une idée fascinante, et le pari réussi d'un film qui commence éclairé et se termine dans le noir total... Hyams fait sa photo lui-même aussi, ça aide...). Mais quand même, même si les tous premiers plans (le manuscrit, la relique, et Hugh Jackman) font craindre le pire, la séquence qui suit et son piège à conquistador (tu m'a conquis, je t'adore ! Ça ne me rajeunit pas tout ça !), est quasiment tourné dans le noir, avec quelques vagues reflets ! C’est assez couillu. Pas superbement élégant et pas écrasant de beauté (bizarrement...), mais il y a là quelque chose de bien. On ne voit rien, on devine, ce qui est rare au cinéma, surtout populaire. Et d'une. Et puis Aronofsky ne s'arrête pas là, il met en place sa charte "réalisante" (comme une charte de mise en scène, le film étant quand même, pour le assez bon et pour le pire, une affaire de look, hélas...), notamment à travers des jeux de fausses perspectives ou de perspectives absurdes qui nous font confondre le profond et le plat, le devant et le dessus. C’est la plus belle idée du film, et c'est là qu'elle marche le mieux. Ça commence donc bien.

Très vite, pourtant, ce sont les adieux à Cythère. Tout d'abord, la mise en scène.
Non, non, et non, c'est pas possib', c'est pas envisageab', on ne peut pas faire un film avec 90% de gros plans. Sur ce point simple, quoi qu'il arrive, Aronofsky plante son film. Et encore, me suis-je dit pendant la séance, la direction artistique est tellement zarbi et surlookée qu'il met pas mal de plans plus larges pour montrer qu'il a bossé et qu'il a voulu développer un univers graphique particulier. Cet effort est littéralement ruiné par l'incessante utilisation du gros plan, et, et c'est là sans doute le plus gros péché du film (avec le Verbe), la démission du réalisateur face à la dictature du champ/contrechamp ! Car c'est ça qu'il veut, le Darren, il veut exploser le champ/contrechamp, et il a un sujet et un parti pris qui le lui permettent... Mais non... Rien à faire... Original peut-être, mais iconoclaste sûrement pas, Anorofsky préfère sauver son petit fond de commerce. Les dialogues de ce film ultra-bavard qui voudrait au contraire le plein d'épure se déroulent en d'interminables tunnels qui coupent tout le lyrisme que le réalisateur essaie d'instaurer par ailleurs. À quoi ça sert de faire autant d'efforts sur le "design" du film (le mot est lancé !), pour se planter sur ce qu'il y a de plus simple ? Premier point.
Je passe sur le cadrage tout à fait anonyme et convenu... Un source de plaisir en moins... Un bon petit 1.37 des familles pourrait guérir un grand nombre de cinéastes américains un peu perdus, moi, je vous le dis... Et pendant que j'y suis : celui qui a emprunté la profondeur de champ est prié de la rendre au bureau de MF, qui transmettra, merci. [On n’en a qu'une, alors on y tient, vous comprenez...]

Deuxième péché qui barre tout espoir d’éternité, justement, le Verbe. Trois époques, trois récits mêlés, la belle histoire ! Et bien, ça ne fonctionne pas. Là aussi, c’est une erreur minime aux conséquences gravissimes : c’est le dialogue, oui, oui et oui, en vérité je vous le dis, c’est le dialogue qui guide le film, et mieux, c’est le dialogue qui fait le montage. Le film et sa narration n’ont qu’une importance secondaire, le film est plutôt la "mise en musique" d’une dizaine de dialogues répétés à diverses époques, dans divers contextes, et rejoignant le temps et les existences répétées dans la Grande Mayonnaise du Cosmos ! Pour ceux qui se demandaient ce qu’était le Cosmos/Dieu, la réponse est enfin là : Dieu est un scénariste, et sans doute un fumeur d'aspartame. Et il porte un haut de forme. Loin de la spirale enchevêtrée, de la mosaïque dis-narrative promise, le film, extrêmement rationnel au fond, est complètement linéaire : c’est une chanson qui se construit sur la répétition de quelques refrains-maîtres qui vont décider tout seuls, comme des marteaux sans maître, des décrochages temporels, des ellipses, des répétitions, etc. Et le transitionnisme, maladie ici sublime, point nodal drôle du film, de manière involontaire (quelquefois, on se dit qu'il ne s’en est simplement pas rendu compte... Ça donne deux ou trois choses splendouillettes, le film ayant plus de transitions que de scènes ou presque, et même un ou deux moments involontairement surréalistes, mais qui ont leur charme... C'est la charrue avant les bœufs quoi qu'il en soit...). Aronofsky est contraint d’obéir à la machine qu’il a inventée, et du coup se tord en quatre pour que le film marche esthétiquement. De fait, il devient un illustrateur. Ce qui fera rire les plus cyniques : THE FOUNTAIN se construit sur deux ou trois idées (l’opposition jaune/blanc, les trois points et le triangle, l’à-plat du tunnel cosmique et son renversement vertical, annoncé dans la scène du piège dont je parlais, grâce à la confusion dessus/de face, l’égalité macro/micro et c’est quasiment tout), idées répétées jusqu’à plus soif…

Voilà où sont les points désespérément faibles de THE FOUNTAIN. Le reste n’a que peu d’importance. Peu importe si Hugh Jackman (bientôt le nouveau Gérard De Niro je pense...) n’a pas beaucoup de relief et joue toujours pareil, sur un mode dichotomique on/off, peu importe que le personnage de Rachel Weisz soit complètement allégorique et désincarné, peu importe que certaines prises soient vraiment désastreuses (le malaise de Weisz, le pétage de plomb de Jackman à l’hôpital…), peu importe que l’enjeu sentimental soit absent (le film est trop mécanique), et que le romantisme en mode automatique empêche la moindre émotion, la moindre sensation pour au contraire fouler des sentiers balisés… [De ce point de vue, THE FOUNTAIN est quasiment un téléfilm ou une série télé.] On pourra aussi reprocher la direction artistique globale, très fantasy finalement, et cette espèce de syncrétisme années 70 / années 2000. Quant au fond lui-même, c’est celui d’un point de vue new-age, complètement païen du coup et tristement évolutionniste (du couple maya/christianisme comme époque de ténèbres, au néo-bouddhisme surpuissant et créateur de l’Univers, en passant par la Science ici décrite comme une religion d’inspiration divine / cosmique ! Faut oser quand même ! C’est affreusement petit-bourgeois !).

THE FOUNTAIN finit par crisper par son absence de fondamentaux. Maladresse ou calcul ? On serait tenté de dire calcul, un peu quand même. Le film, par son absence de rythme hallucinante (normal, vu que c’est le dialogue qui fait le montage ! On ne peut pas espérer de miracle !) surprend. Un film lent ne veut pas dire un film sans rythme, attention ! Mais là, on ne reconnaît pas du tout le réalisateur de REQUIEM FOR A DREAM, film tout à fait réussi, et qui justement arrivait à trouver un lyrisme puissant, qui se construisait sur la richesse d’une mise en scène aux multiples leviers (l’échelle de plans notamment) et dont le moteur n’était pas le dialogue ou l’histoire, mais d’abord et avant tout la fulgurance de la mise en scène (qui bien sûr finissait par nourrir un contenu intéressant). Où est passé le son par exemple, dans THE FOUNTAIN, son qui était une des armes majeures de REQUIEM... ? On se pince quand on entend dans le film un effet qui fait « Fizzzzz » quand une boule lumineuse passe dans le champ. [De la même manière que, dans un slasher, on entend un gros bruit de lame de couteau quand l’ombre du tueur passe dans le plan ! Ou qu’on entend un maelström de voix sous-mixées dans un film de fantômes asiatiques à la moindre apparition d’effets numériques de synthèse ! Que c’est naïf ! Et attendu !] On est bien loin des jolies modifications du moteur de REQUIEM…, on est bien loin du temps où les mains étaient dans le cambouis. THE FOUNTAIN se voulait original, et sur le papier, on reconnaît complètement cette volonté. Pour un distributeur lambda, c’est sans doute le film expérimental du siècle ! Mais pour le focalien, quelle bouillabaisse ! THE FOUNTAIN est un parfait ensemble dialectique où toutes les thématiques se rejoignent et se complètent, ou chaque élément a son double signifiant, et où chaque parcelle d’information a son utilité. Et, gag de l'année 2006 : le film a trois actes ! Le comble ! En cela, le film est complètement hollywoodien, ou plutôt américain. C’est sans doute un très bon scénario sur le plan technique. Outre les thèmes abordés (bien naïfs, sans enjeux), plutôt discutables, mais c’est pas grave, c’est la linéarité du projet qui surprend et déçoit. Et son absence de fulgurance justement. Un design, une direction artistique ne suffisent pas à faire un film qui fonctionne. Aronosky n’ose pas faire un grand poème visuel qui le rapprocherait plus de Greenaway ou de Gilliam justement [THE FOUNTAIN est l’exact opposé de TIDELAND, finalement], hésite à plonger dans une abstraction narrative, ou tout simplement un Mystère. Son film est finalement tout sauf poétique, c’est bien la peine. C'est bien une sphère, une surface polie qui tourne sur elle-même en plein mouvement perpétuel, bravo. Par contre, pour le cinéma et la poésie, on repassera. En voulant contenter tout et son contraire, Aronosky tombe au fond de la piscine avec son pull marine tout élimé au coude [Il n’a pas voulu le recoudre ? NdC], et ce en voulant quitter le plongeoir, finalement, parce que c’est haut, ça fout le vertige. Sur le chemin de retour vers la terre ferme, il glisse et tombe dans l’eau comme dans un vidéogag. Du coup, il perd sur les deux tableaux, et dans son entre-deux, dans son alpha et son oméga vains, Aronosky n’évite pas le ridicule. Plutôt que le bouddhisme de pacotille surpuissant, il lui faudra plutôt méditer ce bon vieux axiome monothéiste bien de chez nous : "Dieu vomit les Tièdes !". THE FOUNTAIN est sans doute, c’est le pire, un objet parfait, verrouillé de l’intérieur, cohérent au possible. C’est sans doute une réussite. Artistiquement, c’est un échec cuisant. Ce n'est jamais qu'un bluastro de plus en fait... [pour la notion de "bluastro", cliquez ici !]

On en serait presque à souhaiter qu’Aronofsky se prenne une veste et refasse tout de suite un film dans la foulée, de manière plus légère, plus punk, et tout bêtement cinématographique.

Combien cet ouvre-boîte de designer, Maryse ? 
 
Mr Mort.
 

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Samedi 30 décembre 2006 6 30 /12 /Déc /2006 15:09

Publié dans : Cinémort

[photo: "Pere-Noël (by night) par Dr Devo]

 

2006, heure du schlingo post-cuite (tea-time de 16h00), année de la Grenouille sur le calendrier chinois, et quinquennat du Pingouin dans les champignonnières qui servent de mûrissoire à cadavres pour les pellicules 35 mm déjà mortes, déjà vivantes. Douce morgue, cher pays de mon enfance, tu es dans mon cœur et je crie (il pleuvait sur Brest, quand même) ton nom : Cinémort... [En même temps que je l'écris sur les murs, souvenir de l'année du Gorille...]


Comme disait Malraux, "en plus d'être banane(s), le XXIème siècle sera Ramatuelle ou ne sera pas, enfin pas grand chose", tandis que, comme dirait le patron (toujours le remercier, j'écris son nom aussi), pendant ce temps, au même moment, dans la rédaction de FouFouFilm (ex- FouFouFilm/KinoSuper), flotte un instant de stupéfaction qui se lyophilise doucement dans l'air sec rendu électrique par un arc Xénon pourtant distant : la mort semble proche. Silence dans la salle de réaction. Puis gros éclats de rire en fait, c'est du cinéma, ouf ! À ce moment j'ai dit seulement : "Allemagne" jusqu'à créer le malaise. La rigolade n'aura pas duré longtemps, et au lieu d'attendre la mort dans la stupeur de son caractère inéluctable (tiens, je fais dans l'érotique maintenant ?!?), ils décidèrent tous au grand complet sauf un (j'appris, deux ans plus tard, que c'était un employé du service de nettoyage, en retard au second chantier sur UnoMag), de me jeter leur Canderelles à la figure (minicube par minicube, et non pas les boîtes, ce qui aurait pu être douloureux, ils ratèrent même ça me dis-je sur l'instant, vous savez, me dis-je aussi juste après, le boîte de Canderelle qu'ils ont tous près de leur mug respectif ("oui mais un mug différent chacun" auraient-ils voulu me dire s'ils avaient su que je savais : mug STAR WARS, mug MONDE DE NÉMO, mug MATRIX, Mug LA NUIT DES MORTS-VIVANTS dont le graphisme n'était pas sans me rappeler l'immense tatouage FREAKS sur la moitié du torse et sur le bras gauche du rédacteur en chef. [De l'autre côté, c'était NOSFERATU de Herzog, je crois... L'Allemagne !
 
[Cher Marquis, dans le "entre-crochets précédents", ne ferme pas "les" crochets justement. L’Allemagne détruit tout, et contamine tout. Tout s'efface, et s'envole au loin. Au moins ça de gagné : avec l'Allemagne, la fêlure n'est plus dissimulable...]

Je nouais mes bras avec mes mains, dans mon dos, offrant mon buste de San Sebastian occasionnel (en même temps...) à l'attaque de Canderelle, et je criais : "Apprenez-moi à nager maintenant." La vengeance ne leur servira à rien, je me disais, et je le pense toujours, car de toute façon, la fuite, c'est le chasseur qui la vit et la provoque, pas la proie. REQUIEM, film d'Allemagne, et non pas le film de l'autre Blaireau des Alpes (comme on disait de Bernard Hinault, mais ici avec le panache en moins). Tu la sens pas, la vague de synthés qui monte, ah non, car il n'y aura de musique que du rock 70, et encore, bien obligé, t'as déjà vu une salle du Vème arrondissement qui passe des films sans scènes de danse, toi ? Non, bien sûr.
Allemagne, je me souviens, les culottes de cuir, un peu chez nous la Suisse, l'ambassadeur du Lichtenstein qui s'approche et nous souhaite la bienvenue dans un anglais, bizarrement, dans un anglais impeccable avec force d'application si bien que la scène ne pouvait être, au fond, que touchante. Ils avaient mis du Nico sur une platine vinyle, croyant nous faire plaisir mais gâchant presque (et puis non, finalement, mais de justesse !) sa fête-party. Sa moustache impeccable, je la revois encore tandis qu'il mimait des baisemains impeccables à toutes les dames, ignorant même la pénurie de desserts cacaotés dans le deuxième salon (le deuxième, je répète, le deuxième...). Voilà qui me rappelait, la scène était quand même belle et touchante, cette phrase toujours étrange du catéchisme quand j'étais petit, osons le mot, môme : "Voudrait-on une deuxième fois la même chose, en vérité ?"

Allemagne seventies qui n'a jamais existé, et qui n'est que reconstitution hollywoodienne mais avec formica, je sais sans y être allé que tu ressemblais déjà aux années 80, dont le métrage ici, ne pouvait pas (et il le savait en quelque sorte) reconstituer la chose, car cela aurait rendu le financement du film lui-même impossible, ou au moins aurait hypothéqué quelque chose (mais quoi ?), chose absolument impossible, sinon en rêve, pour les hommes du Design et du Bizeness-Plan. On dirait que ce serait les années soixante-dix (Coude, coude ! Blink blink !), près de l'Italie ou de la Suisse, à peine hors de portée de radar ou plutôt d'écho du grand duché de L. (le peintre abstrait de la C.I.A. : mort au Réalisme !, et donc tout se recoupe, tu le sens la recoupe ?), et cette jeune fille se présente, quand bien même elle rappellerait notre part féminine, déjà hors-film, il pleut sur elle. Le réalisateur, profane complet mais qui joue le diacre, sait qu'elle est toute là, mais bon, il n'en fera rien. Comme s’il y pouvait quelque chose, après tout ? Pas grave, me dis-je, moi j'étais là, et j'ai bien vu ce qui se passait. [Anecdote : j'avais prévenu l'Ambassadrice mexico-suédoise que le spot SFR de la première partie venait par les pieds, dans une Médiavision pourtant montée la tête la première, et donc parfaitement, par un ouvrier-monteur payé au SMIC ! Tes pieds, bobo-homo, mais jamais jocko (merci Patron, merci Charlot), détail mineur (hi-hi, Stanley Donen à tiroir ! Moi, je suis jocko...) J'arrête là, c'est pas la six, chienne fidèle que je suis....]

Elle est donc impériale, si, si, quasiment moche dans le lointain suranné d'une campagne nulle et crasse, toujours humide et en dessous des 10 degrés, il faut qu'elle fuie, me disais-je, ce qu'elle fit, allant en ville et trouvant là un écrin meilleur, parfois même beau, mais bon, je me retournais vers moi-même, pendant la première bobine, quittant les yeux de l'écran, pour les tourner vers moi-même et me dire : "C'est encore loin, le Danemark ?", ce à quoi, après un moment d'hésitation, juste pour me/te faire un peu râler en silence, pour la forme quoi, je répondis : "Ben ouais... Écho radar sur Yankee Bravo". De nouveau moi-même sur le siège impair, je me dis, à peine pour rire, et l'œil gauche embué : "Ça irait quand même plus vite en missile".
Ça crevait, ça sentait la pharmacie me disais-je, ça puait l'envie de la plongée en campagne. Telle une Eve Angeli (Devo m'a obliger, ne corrige pas non plus cette faute petit Marquis) ou un Jean-Claude Van Damme déconnant du corps et de la bouche, mais dont l'œil, et même les deux, profondément brechtien (tout comme moi), criait le désespoir du lapin-rabbit cerné par les chiens, elle était coincée aussi ; et donc, moi, sans même me poser la question, je me consubstantiationnais à elle immédiatement. Elle sortit du film et je fus elle à sa place, transformant le film en mascarade de rien et de tout, en spectacle pornographique de l'âme, du sentiment et du cœur. Oui mais, au moment où nous échangions tranquillement nos places, comme si nous marchions l'un vers l'autre, dans cet instant assez proche de l'éternité (non c'est connoté ; plutôt "de la suspension"), nous nous vîmes, nous regardâmes, et mieux, acceptâmes de concert notre sort. Elle anonymat et liberté, moi la mort. À équidistance de ce qui allait devenir son siège et de ce qui allait devenir ma collure définitive, à ce moment précis, et là le terme n'est pas galvaudé, à cette "instant", nous avons su le Danemark. Neo. Logos.
(Ouais, ouais, mais jocko-homo en même temps, ça compte pas, c'est comme chez Blier, une espèce de pudeur... Hihihi....) Quoi qu'il en soit, son jean toucha le tissus ignifugé. Hors de portée du grand capital, ouf !

Je savais qu'ils allaient la re-balancer en Province, sans rien dire, sans rien faire sinon étirer le parcours de vulgarité fausse-danoise, lourde comme un ferrero-rocher, lourde comme la copine mi-satan-agent-des-ricains (c'est pour les alter, ça m'intéresse pas) mi-vraie-perdue mais rien n'allait au bout. À part moi, le spectateur, essentiellement membre de la rédaction de FouFouFilm,et en même temps pas du tout, (le monde des spectateurs et/ou le monde tout court doivent être contenus, d'une manière ou d'une autre, dans l'espace géographique de leur salle de rédaction, ce n'est pas possible sinon), avec ses autres copains spectateurs interchangeables de s'apprêter à souiller la belle, ne sachant pas que c'était moi, bien sûr. Avant que le premier (centimètre) cube ne m'atteigne, je savais que le petit bout de beauté ça et là de cet espace-temps voyageait déjà vers le passé, dans le cosmos en direction de la planète Xénon, et que bientôt, dans le futur et quelques dizaines d'années, des extra-terrestres entérineraient mon sacrifice sur leur gros télescope. La beauté était conservée, par mon œil d'abord, puis par l'échange des places. Allez-y, balancez la purée, et comme je l'avais pressenti au bruit du moteur qui repartait (moteur dans la petite chapelle, hi-hi !), je n’entendais plus, déjà en mode martyr franciscain, mais je savais ce qu'ils disaient : "Au nom de la Lutte contre le Grand Satan Américain, nous, européens de Pure Race, ordonnons au Jésus Véritable de crucifier ce spectateur, d'accepter cette offrande de sang, au nom du combat contre le grand satan américain [Ils le dirent sans majuscules la deuxième fois], contre lequel il faudra tout faire, et que nous combattrons, etc. Blah, blah… LE FEU PAR LE FEU!" Ça y est, nous y sommes. Le feu par le feu mais en smoking et en se contrôlant. C'est l'Ambassadeur qui avait raison, me dis-je une dernière fois (8, ça suffit), tandis que je mourais. L'arrêt des signes vitaux fut court mais terrible.

Il ne restera que nous, finalement, et cette jolie vallée. Tu courras sur un mètre et moi sur 2 mètres 35. Le groupe que nous aurons loué jouera toujours la même chanson. Il fera au moins 18 degrés, avec un tout petit peu de soleil. Et on sera bien. Nous serons un peu tristes pour ceux qui avaient choisi la moyenne, mais pas trop. Je tendrai le médium parce que je suis un peu facétieux, et là bas, au fond, un homme passera, décontracté, habillé, mais avec un slip sur la tête. Nous répéterons ce que je viens dire, car à nous deux, nous parlons déjà toute les langues, amènes.

Mr Mort.

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Mercredi 13 décembre 2006 3 13 /12 /Déc /2006 17:50

Publié dans : Cinémort

(photo: "A la périphérie de la souffrance du Monde" par Dr Devo et Mr Mort)

 

Cté 1 jour nez dapril froade éclère. Lé horle auge soné 13 h Ween, stone, smiss, le ment-on rang tré den le cou C fforsé d vité le van mové. il pas ça rap y 2ment la port viii trés du block dé mes zonzons 2 la Victoar pa AC rat 3.14116dement cpdt pour en péché Ke sans gouffre en m^m tant Ke LUI 1tour bille on 2 pousse Hyères è 2 sable.

le hall sanT le chou q.i é le villeu tas 3.14116. A l1 2C XtrémIT 1 afish 2 cool heure trovaste pour ce Dploament 1T-rieur é T cloué o mur L représent T s1plement (je souffre car il n'y a pas de revolution possible et nous y sommes déjà) et norme viiii zage large 2 plu d1 méte ; le vis age d1 ôm dans veeron 45 an A les paisses mousse tâche noire o très aksen tués è booo (lolol gr8t ptdr !!)

ween stone se 10rija vert lescale hié il é-T i-nutile DS éyé 2 prende la senss oeur Mém o mes iyeur ét pokes il funk silloné rare ment actu(p) elle ment da illeur le courant Lctric éT couper dent la journé C-t 1ne dé mesure déco prise anvu 2 la ce Maine 2 lahaine. gorge laure well emile meuf sang cat vin cat.

Mr Mort.

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Lundi 11 décembre 2006 1 11 /12 /Déc /2006 11:01

Publié dans : Cinémort

[photo: "Happy Pop (le goût de la liberté)" par Dr Devo]

 

Nou hé tillon a laid tude kan le Vipro antre, ha, 6vit d1 nou-veau Abi yeah en bourre-joie é d1 gahrd son 2 klass ki portè 1 gren pitre pupoint se kii dormé ce réV hier è chat k1 se le (zy-)va (lol lol; mdt ptdr -) :-) ) kom' sur prix dent son trav, Aïe!
Le virpo nous fi singe 2 gnou rassoir pisse tourne enver le mhétre des skud 'sieur roger lui distil a moore-voâ, voâ6 1 et léve ke ej voo recom Andes il antr an 5M 6 son vailta è sa con duit(r)e (lol gr8t mdr ;-) ) son mes riz thouars il pas sera dent lè glan ou la péle son age
Rester dan Lang der hier la tepor 6 bihein con la perd ce vé A-p ne le gnou-veau é T 1 gas 2 la kounterie d’1 15zen da' nezs an vironhé plu O2 taye kok1 2 nous tousse. Je joue l'universel contre l'individu, car je vénère le Diable. il avè laid cheveu coupet droa sur le FN com 1 chantre 2 vie l'age l'Rézoonab è for embar ratC koikil ne fu pa la reuge dé époles son habille veste 2 2 rat vers a bou thons renoi devè le G//ner o zan tourne urne è laid C voar par la FENTE deés pare ment D poinyé roug àbite tuée a hêtre nu C jembes en-bas bleu sor-T d1 pan talon joe natre traits tirèès par laids broutelles il éT cho C 2 sous lier for mal 6ré gars ni2cloux. Gus, Flo, Berthe, MAm bovaire riz.

Mr Mort.

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Mercredi 29 novembre 2006 3 29 /11 /Nov /2006 09:07

Publié dans : Cinémort

[Photo: "Recherche d'Avis" par Dr Devo]

 

 

Gro tonje t levé 2 bon eur (lol ! ;-) ;-) ) parfoa A p(e)ine ma gibou clams, maiss hilleux ce fermé si vit ke je navé pa le tent 2 me dire: «tou slip.» Hé, 1 2mi-eure aprè la pan C k’il é T tent 2 shershé le slip Mveillait/ je vous laid pause hé le volume ke j 3yais avoir again dent les main è soufflè ma lux. je n’a-V pas C-C en slip de faire d réflexions sur ce Ke je venèt 2 lire, mé c réflection a-V pri 1tour 1 pneu zarb il me semblez que jiti moa méme ce don parlais loupVrage:


1 église, un catuor, la rivaliT de François Ier et de Charly 5. 7 croix yanss surviV penden kkes ’’ a mon réveil; L ne shocké pa ma réson mé peusé come des é(superkiffanteshahahaha loldoudoulol )cailles sur mes hilleu hey laid empèchais 2 se rande comte ke le bouge loir n’été plus allumé. Je me cherche un style pour me trouver une identité, au secours. Pui L com anssé a me devenir inintelligib’ kom aprè la mé tant psychose laids pensés d’une eXistenZ an T rieur le sujè du livre se Dtacher 2 wam GT libre 2 mi apliker ou non O si to je recouvè la vu et gt bien étoné 2 trou V autour 2 wouam 1 zobs curiT, douce et reposente poor mes yeus,mé peut-être ++encor pour mon S pris, a ki l aparé c come 1 choz 100 coz, 1con préhensible, com 1 chose vrai ment zobscur.

Je me demandé tro kel heure il pouvait ête j’entendè le sifflement dé arrièr (hihih double-lol smile ;-) smile trop kiff) train qui +/- éloagné, kom le champ d1 oiso dent 1 Fauré, relou vent laid 10 tance, meuh DcriV les tendues 2 la quand pagne des sertes où le voyageur se hat ver la stassion proche-haine et le peti cheumin kil suie vaetre g(r)avé dans son souvenir par lX-citation kil doigt AD lieu nous veaux A-D akt inaccoutumées a la cos’ et rie raie sang Te é o a10 hilleu sous la lampe é rangère ki le suiv’ 1core dan le silence 2 la night à la 12ceur proche-haine du retour.
zonzon des zessgons d'honfleur. Ma recelle prout (lol lol ;-) )

 

Mr Mort.

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Lundi 20 novembre 2006 1 20 /11 /Nov /2006 11:32

Publié dans : Cinémort


(Photo : "Buy her some flowers ?" par Dr Devo)

Ah bah, les gars, allons-y ! Sans vergogne, si on (se) faisait un film.

Le cadavre de la Cinémort est encore froid que déjà tous se précipitent dessus, écrivirent-ils en se disant que de toute façon, la phrase est assez splendide, et même avait, dans le contexte, assez de style afin qu'ils puissent la mettre là, sans motif apparent (et bien que la Vérité soit tout autre...).

En tout cas, dans LA CHARTE DEVO DE LA CRITIQUE ET SES 69 POINTS GRANDIOSES (de mémoire), ce bon Docteur, de retour d’exil forcé dans les camps de travail (forcé également) de Sibérie, occulte un fait, ou plutôt, disons qu'il le peaufine afin de le mettre dans la prochaine mouture du texte (car ce texte évolue toujours) : une bonne critique essaie de se débarrasser au maximoume du contexte de production de l'œuvre. Par ce champ, on éviterait de chercher à tester le cursus du faiseur, ou à extrapoler sur sa place dans la Société. Si de telles remarques doivent avoir lieu, on les mettra, mais vraiment si on ne peut pas faire autrement, en annexe.

Mais alors, comment va-t-on faire pour parler de ces AMITIÉS MALÉFIQUES d’Emmanuel Bourdieu, qui sort bientôt (le 27 septembre), et auquel nous convia, avec beaucoup de gentillesse, notre cinéma Pathugmont en tant que collaborateurs à ce site merveilleux ? Sans le contexte de production, ça va être dur, non ?
Et non ! Ce serait dur pour une critique de cinéma, mais la présente Cinémort est absolument parfaite, vous allez voir.

Allez. Paris, Sorbonne (en short devant Prisu, bien entendu), fac de lettres, niveau maîtrise. Des jeunes, certes, mais qui ont de la bouteille. Parmi eux, André, grande gueule, orfèvre des réseaux, cultivé à mort (il a lu, c’est montré à l’image, des milliers de livres, rien que pendant ses études) et des intransigeances, quant il s'agit de littérature, absolument splendides et merveilleuses. Voilà qu'il prend sous son aile hautaine (il est comme ça, il casse à vue, la littérature est trop importante pour qu'on ne dénonce pas sa souillure et ses profanations), deux freshmen, deux djeunz qui viennent de débarquer. [En fait, André est assez dur à décrire, mais on peut en voir, en vrai, ici et là : par exemple ici et !] André, sûr de lui, imbu de sa personne au dernier degré et verbalement violent et manipulateur, devient un modèle pour les deux jeunôts. Et paradoxalement, aussi odieux soit-il, André les fera progresser et accéder à leur carrière, à leur vocation, autrement dit à ce qu’ils désirent le plus, dans le même mouvement qu'ils découvriront que cet André est un imposteur (sans doute) et un salaud (sûrement).

Ohlala ! Ça, c’est Paris ! Moulin-wouge ! Ameulhy Pulin ! Tür Aïffeul ! Monmat’ ! Et bien sûr, désormais et grâce à Emmanuel Bourdieu : la So’Bonne !
LES AMITIÉS MALÉFIQUES (oui, je sais…) se passe donc dans les plus hautes sphères universitaires, et pas celles des glandeurs dans les sections psycho (ou pire : filmo !), mais celles des "Lettres", de la Littérature. La noblesse. Le film tourne autour de l’idée que tout le monde écrit dans cette section de la prestigieuse fac, ne serait-ce qu’un journal intime. Et c’est vrai. Malik Zidi, qui joue un des deux jeunz que le personnage d’André prend sous sa coupe, est "fils de", d’écrivain en l’occurrence, puisque que sa mère, riche bourgeoise, est une romancière réputée et vendeuse (Dominique Blanc !). Elle est d’ailleurs attaquée en ce moment dans un pamphlet appelé CAVIAR ET LITTÉRATURE. Malik écrit en cachette, et il balance son bouquin à la poubelle, mais maman veille au grain et le livre deviendra célèbre, gagnera le Médicis. Quand au deuxième djeunz, joué par Mister Bean (quand même !), il découvrira sa vocation : acteur au Français !

Où est le personnage qui devient critique au Cahiers puis réalisateur ? Ce n’est pas très réaliste, je trouve !

On peut disserter des heures sur l’outrecuidance de faire un film avec un tel propos, toujours édifiant, surtout quand on a le parcours de ce réalisateur. Bon. On peut aussi discuter pendant des heures de son sens de l’analyse d’un milieu qu’il connaît bien. Portez des couleurs bigarrées. Ou habillez-vous exclusivement en noir. C’est la même chose. Toujours est-il que, pour un film qui parle de la clairvoyance de l’Élite Littéraire, quelle déception de voir que Bourdieu, si passionné quand il s’agit de valoriser le style, le style et le style dans son film, si revendicateur lorsqu’il s’agit, pour ses personnages, de dénoncer le niveau pitoyable des écrivants et des lisants, de fustiger le niveau qui baisse et la mise en berne des lettres de noblesse de cet Art, bref Bourdieu, l’esthète et l’hyper-cultivé, celui qui a fait carrière dans le cinéma, quelle déception, disons-nous, de voir que d’un point cinématographique, ton film est complètement nul !
À savoir : photo désastreuse (lumière grisouille, plans de nuit hideux, grains ignobles mais pas partout avec la même densité, point pas fait ou tirage flou, un sans faute !), pas de cadre (par exemple : le passage où André rentre chez lui précipitamment : comment peut-on faire ça après Von Trier ou Cassavetes ? Est-ce trop demander que ce soit beau ?), son illustratif, souvent nu ou couvert par une ambiance trouvée dans une banque de son sur Internet, aucun montage (sinon scénaristique, aucun point de montage pertinent quoi !), etc. Évidemment, dans ces conditions, inutile de parler d’axe ou d’échelle de plans qui, de toute façon, vous le savez maintenant, sont dans ce cas des éléments inopérants. Ajoutons là-dessus un jeu théâtral immonde de la part des jeunes acteurs, qui fera ravaler leur casquette à ceux qui ont critiqué le jeu des acteurs dans le Brisseau ! Ben oui, le cinéma c’est quand même un peu le théâtre et beaucoup la littérature !

DEHORS ! DEHORS LES CLOWNS ! FAITES DES MAUVAIS LIVRES ! Mais par pitié, barrez-vous ! OUT ! Bourdieu et consorts, avez-vous vraiment besoin de tout salir ? Allez vous sortir un CD de musique classique ensuite ?

Outre l’incroyable condescendance du film sur le plan social, et son angélisme, et son conservatisme aussi, paradoxalement (en gros, on est à la place qu’on mérite), Bourdieu réalise un film :
1) moins bien réalisé, et je le dis sans rire, qu’un épisode de PJ ou AVOCATS ET ASSOCIÉS…
2) qui, sans parler de goûts esthétiques, ce qui serait bien impossible en parlant de ce film, n’utilise aucun élément de la grammaire cinématographique…
3) … et qui donc, par conséquent, n’est que du dialogue filmé !
4) Si ce film était de la littérature, ce serait du Harlequin ou du roman jeunesse (genre ignoble)… Et pour le CD de classique, je suggère du Rondo Veneziano, ou mieux, pour prouver son pluralisme, un disque de Hype-Hope.

Un peu fort, pour un film qui parle de style.

Rappelons-nous : un film qui sort, c’est dix qui ne sortent pas. Ne vous demandez pas pourquoi ce film dont on vous a rebattu les oreilles ne sort pas. Vous avez ici la réponse. Que le cinéma français aille à sa perte, après tout, si c’est la seule politique possible, comme disait Duras. On voit ici les limites du système de protection et de financement du cinéma en France (CNC, taxes sur le ticket, donc payées par le spectateur, avances sur recette, aide à l’écriture, etc.) : il ne sert qu’à faire des films comme celui de Bourdieu. Ou du Claude Sautet. Ou du Tavernier. Si c’est ça, autant arrêter les frais et investir dans des domaines qui ont urgemment besoin de crédits : revalorisation des salaires, éducation nationale, réduction de la dette, petits fours, etc.

En tout cas, dehors les voleurs !

La prochaine fois on parle de cinéma !

Article co-écrit (pour la première fois) par Dr Devo et Mr Mort.
 
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Mardi 19 septembre 2006 2 19 /09 /Sep /2006 09:53

Publié dans : Cinémort
(Photo : "Emma's New Hell" par Dr Devo)




En attendant que chacun se libère d'activités prenantes, je prends le relais et ouvre les portes, ce que nous n'avions pas fait depuis longtemps, à la Poésie appliquée, avec ces quelques Aillequoux Focaliens, composés par moi-même, mis en pieds à la Propriété.

En espérant qu'ils soient propices à la médiation ou à la Beauté...

Si le film a déjà été traité sur ce site, clique sur le titre et tu verras l'article...

Mr Mort




LA SCIENCE DES RÊVES de Michel Gondry (France-2006)

Kickers
Sur poil de
Bouc, émissaire quand
Le doigt quitte l'ivoire.

(son invisible)




DES SERPENTS DANS L'AVION, de David R. Ellis (USA-2006):

Serpents
Dans l'avion
Gonflage, art de la pompe
Le Gros raffle la mise.

(Ah, soupir...)




TAXIDERMIE de Györgi Palfi (Hongrie, 2006) :
Région
du calcul
Bouche l'Art (de la ) Terre
C'est Sus à L'Amérique !

(Seau, Ouate)
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Mercredi 13 septembre 2006 3 13 /09 /Sep /2006 12:58

Publié dans : Cinémort
Photo : "Paranoiac critic of uncommon wisdom
(je suis plus punk que vous tous réunis) "
par Dr Devo.



Bon, rincez vous l'œil, et bien, parce que ça n'arrivera pas deux fois : le docteur ayant décidé qu'il était au bord d'envoyer tout balader (donc le site, les revues, les invitation à droite et à gauche, etc.), ou en tout cas, vu qu'il feint que ce soit le cas, je viens ici passer quelques messages personnels de sa part, entre autres.
Pour ceux qui ont un site, si vous voulez que les lecteurs de Matière Focale lisent un de vos articles, s'il vous plaît, ne les recopiez pas en entier ou au 3/4 dans les commentaires ! Faites un lien, ou mieux, faites un trackback, opération simple qui est justement faite pour ça. Ceux qui veulent proposer des articles, par ailleurs, peuvent le faire, on appelle ça la rubrique "courrier des lecteurs". Il suffit d'envoyer ça au Docteur.

Deuxièmement, voici un message personnel pour Invisible, qui comprendra. "Nouvelle brioche dans le four, la pâte ne demande qu'à lever, voici.
I AIN'T GO (NO WORKING NO MORE). Un jeune réalisateur dont le nouveau projet de film est rejeté par la commission d'avance sur recettes du CNC (c'est déjà le 20e projet proposé) décide de tout abandonner et de se mettre à la recherche de l'actrice Mary Lynn Rajskub. Arrivé sur le sol américain, il loue une voiture pour traverser le pays, car c'est moins cher. Il se fait accoster par un nain qui travaille dans le vidéo-art et qui part se recueillir sur la tombe de Hervé Villechaize, dans un cimetière au Nord-Hollywood. Malgré cette encombrante compagnie, notre héros continue son chemin. Les deux compagnons de route finissent par tomber sur la serveuse d'un petit restaurant, qui ignore qu'elle est le sosie presque parfait de l'actrice Tilda Swinton. Elle hésite à faire elle aussi le voyage..."
Bon, oui, ben comprend qui peut alors ! Et le prochain morceau est dédié à Tata Jeannette pour son trente-troisième anniversaire de mariage !

Troisio, si vous voulez recevoir un joli mail à chaque fois qu’un article est posté, inscrivez-vous dans la newsletter sur la colonne de droite. Voilà.
Bon. Passons aux choses sérieuses...

Cinémort, te voilà partout. Un coup crispante, un coup salvatrice, bien souvent on ne sait plus où donner de la tête. On a même l'impression que certains films, comme récemment TAXIDERMIE, chose hongroise, sont totalement tendance raccord avec Cinémort, mais non, méfions-nous des imitations. Dire avec force qu'on en est, et en même temps vouloir à tout prix qu'on t'aime, voilà qui n'est pas du tout Cinémort.

A contrario, LITTLE MISS SUNSHINE de Jonathan Dayton et Valerie Faris vaut le détour de rien, en quelque sorte. Petite volonté toujours un peu ignoble d'être aimé là aussi ; mais ici, c'est le faisant qui gagne, noble animal.
Alors que Greg Kinear, tout à fait capable, semble encore payer le tribut à l'Hemingwayisme qui frappe les USA en tous temps et en tous lieux (à savoir, le destin glorieux d'un américain est toujours la preuve qu'il a raté, car il n'y a pas de second acte dans la vie d'un américain, mais en même temps, on aimerait bien..., etc., etc. Vous voyez le genre ?), les autres se vautrent dans le sous-scénario. Pas de mise en scène, rassurons-nous. Pas de lumière et quasiment pas de montage. Scénario très prévisible, etc. Bref. Pourtant, le film est tout à fait formidable, sans atteindre le beau niveau de IN HER SHOES, bien sûr. Pourquoi ?

Petit Hun (ça faisait longtemps !), la présence de Steve Carell, du fameux 40 ANS, TOUJOURS PUCEAU, d'abord croquignolet et même dans l'ultra-splendouille en pédésexuel raté (la barbe, on n'y croit pas, et ses amants encore moins). Ensuite, il va mieux, sans faire d'étincelles.
Non le principal intérêt, c'est la présence de Toni Collette, grande actrice, immense dans tout, même les petits étrons comme ici. Magnifique, même habillée en sac. Resplendissante et radieuse malgré la coupe de cheveux ratée ici. Et malgré le douteux aréopage qui l'entoure (Alan Arkin pas mal, mais grand-père sniffou, ça fait beaucoup, non ?). De loin la plus belle femme du monde.

Deuxième intérêt, la petite fille : Abigail Breslin. Virez toutes ses scènes, sauf sa première crise de larmes. Là où le film est jusqu'ici complètement convenu, tout d'un coup, un vrai truc se passe, en plan séquence et sans qu'on sente pourtant la captation laborieuse. C'est un vrai moment expérimental. [On ne sent pas la captation, car le plan est privé du contrechamp où l’on voit l'horreur ignoble de ce qu’a dit le réalisateur à la petite actrice, et ça ne devait pas être joli-joli...] Puis, le film redevient ternasse. Sauf l'utilisation du carnet, dans l'hôpital. Puis plus rien. Sauf que pour le bouquet final, bien trop prévisible et sans âme, les deux réalisateurs font quelque chose de sublime : du montage ! Et quel parti-pris ! Tout à coup, sans rien dire (et en montant très mal), ils font sans doute ce qui est, pour cette année, le plus audacieux choix de montage du siècle pour un film populaire américain : ils décident de laisser la chanson (SUPERFREAK en plus, que c'est vulgaire ! S'ils avaient eu des sous, c'était Tom Jones) en entier. Cinq minutes entières, une éternité ! Ça n'en finit plus. Les personnages, comme les acteurs, ne savent plus quoi faire. Sauf la petite fille. Tout ça, c'est pour elle, preuve que le scénariste l'aime. Les réalisateurs, eux, ne détournent pas le regard. 300 secondes de solitude, et surtout d'arrêt du film. La seule faute de goût du film est donc de ne pas remontrer la scène pendant le générique. On sort en ayant bien compris qu'en deux scènes, la petite fille avait été en état de grâce. Et dans la rue, en allumant une cigarette à l'eucalyptus (c'est tellement tendance), on se disait que oui, mais oui, la grâce, forcément, comment ne l'avais-je pas vu : la gamine portait les lunettes de Nana Mouskouri !

Le cinéma, la cinémort, ça tient à peu. Le nez au milieu de la figure. La grâce pareil... Maintenant, choisis ton camp. "L'artiste a le droit d'être un salaud, mais le spectateur, sûrement pas". Décidément, un film n'est ni un objet, ni un brevet d'invention. Le cosmos tient dans une paire de lunettes. Il faudra relire les polémiques de ces derniers jours à cette lumière. Et les prochaines !

En attendant, choisis ton camp !
 
Mr Mort
 
 
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Samedi 9 septembre 2006 6 09 /09 /Sep /2006 18:45

Publié dans : Cinémort

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