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[Photo : "Elle ne pense à lui que lorsqu'il la regarde", par le Marquis.]
Suite et fin de ce quinzième Abécédaire, un programme un peu faiblard tout de même relevé par trois films plus intéressants, à commencer par la lettre M comme…
 
THE MANSON FAMILY, de Jim van Bebber (USA, 2003)
Montré dans festivals divers en 1997 dans un premier bout-à-bout inachevé mais finalisé seulement en 2003, THE MANSON FAMILY est le second long-métrage de Jim van Bebber après un anonyme DEADBEAT AT DAWN, film de gang de la fin des années 80. Van Bebber, également réalisateur de clips (notamment pour Skinny Puppy), persiste dans un sous-genre dont il semble s’être fait une spécialité : l’adaptation de faits divers impliquant drogue et serial-killers, déjà abordés dans ces courts-métrages ROADKILL, MY SWEET SATAN et DOPER. Après John Martin Crawford, il s’attaque ici au gros morceau de sa curieuse spécialisation en développant un récit étrange et chaotique autour des méfaits de Charles Manson et de ses adeptes.
THE MANSON FAMILY divise semble-t-il l’opinion entre ceux qui lui reprochent ses entorses à la véracité des faits et ceux qui déplorent la bizarrerie ambiante assez prononcée – sans compter ceux qui ont simplement adoré le film. Sans faire partie d’aucune de ces trois catégories, je dois bien admettre que le film parvient, fort heureusement, à se démarquer du marché un peu encombré des films pseudo-réalistes tissant le portrait de divers tueurs en série, dérivés d’œuvres passionnantes comme HENRY ou son ancêtre DERANGED – lesquels peuvent s’avérer aussi maladroits et pénibles qu’ils se veulent malsains et dérangeants, voir par exemple le très mauvais LA VIE SECRÈTE DE JEFFREY DAHMER.
La relative réussite du film tient en partie à une mise en scène ne cherchant pas à verser dans l’observation clinique (belle excuse pour pondre une réalisation totalement indigente) ; Van Bebber tente une alternance de textures oscillant entre le faux documentaire psychédélique façon 70’s et les expérimentations de cinéastes comme Kenneth Anger – qu’il ne parvient jamais vraiment à égaler cependant. Le résultat n’est pas toujours très convaincant, mais rend le film dans l’ensemble assez attrayant et imprévisible. Autre aspect intéressant, le film insère des séquences contemporaines visant à mettre en perspective les événements et la personnalité de Manson en esquissant le portrait de désaxés des années 2000 affichant leur fidélité à un mouvement déviant dont l’esprit, solidement ancré dans une époque et un contexte précis, leur échappe pourtant totalement – sans compter cette séquence isolée montrant un jeune homme un peu plouc dont la subversion se résume à porter un T-shirt à l’effigie du gourou se faire sévèrement passer à tabac par des types agacés par le versant has-been de la figure de Charlie. À défaut d’être vraiment abouti, THE MANSON FAMILY sort du lot, et parvient à générer le malaise sans avoir recours aux ficelles attendues du suspense fabriqué et de la complaisance gratuite, ce qui n’est déjà pas si mal.
 
N comme… LA NUIT DE L'IGUANE, de John Huston (USA, 1964)
Possiblement émoustillés par le scandale de la relation entre Richard Burton et Ava Gardner, les distributeurs du film à l’époque l’avaient lancé dans les salles avec un slogan erroné et particulièrement stupide (« Un homme, trois femmes, une nuit ») : sans même relever le simple fait que lorsque survient la nuit en question, le personnage de Sue Lyon (deux ans après LOLITA et sensiblement dans le même emploi) a déjà été mis hors-circuit du récit, cette accroche met exclusivement en avant une tension sexuelle indéniablement présente dans le métrage, mais certainement pas au centre des enjeux du film, plus graves, plus vastes et bien plus intéressants.
Bien que je ne sois pas particulièrement un inconditionnel de John Huston (pour l’être, il faudrait aussi adorer ANNIE !) ou de Tennessee Williams (j’apprécie assez L’HOMME À LA PEAU DE SERPENT, mais beaucoup moins le trop lourdement psychanalytique SOUDAIN L’ÉTÉ DERNIER), LA NUIT DE L’IGUANE compte parmi ces films qui tiennent une place particulière dans ma cinéphilie, le genre de films sur lesquels j’éprouve régulièrement le besoin de revenir… et l’un de ces rares films que j’achète neuf dès qu’ils sont disponibles !!!
Très sensible, je suppose, à ce type de situations au cinéma : des personnages malmenés échouent dans un endroit étrange et isolé où les tensions vont se révéler, se dénouer, certains vont repartir, d’autres vont choisir de rester… Une atmosphère insolite en forme de « huis-clos ouvert », certainement à l’origine de la grande popularité du BAGDAD CAFÉ de Percy Adlon (et les gens ont tellement aimé ça qu’ils ne lui ont jamais accordé la chance de leur montrer un autre film, quelles que soient les grandes qualités de ROSALIE FAIT SES COURSES, SALMONBERRIES ou avant cela de ZUCKERBABY) ; certainement aussi ce qui fait que je m’attache à de petits films méconnus comme STRANGERS IN GOOD COMPANY de Cynthia Scott (qui n’a rien fait depuis elle non plus !). Et LA NUIT DE L’IGUANE est à mes yeux le film le plus fort et le plus abouti dans cette approche.
Finesse et vivacité de l’écriture, le scénario évite soigneusement les rives du mélodrame vers lesquelles le désespoir ambiant semblait devoir mener le récit (option fort bien relayée par l’utilisation de la musique, parcimonieuse et toujours juste) par un humour constant, sous-jacent et parfois très noir ; les passages où le vernis d’ironie se craquèle en sont d’autant plus émouvants. Et si l’humour est la politesse du désespoir, il est certain que les personnages du film en ont plein les yeux. Casting remarquable, mais on a ailleurs beaucoup complimenté Richard Burton et Ava Gardner ; je préfère pour ma part mettre en avant la performance admirable de Deborah Kerr, dont la subtilité et la rigueur m’ont évoqué les qualités d’une autre grande actrice contemporaine, Tilda Swinton. Et visuellement, le film est splendide – superbe photographie de Gabriel Figueroa. Mais bon, n’en jetez plus, il me sera difficile d’exprimer l’intensité et la force de l’atmosphère que dégage ce très beau film ou de lui rendre justice par une avalanche d’adjectifs flatteurs. Allez donc y faire un tour, et prévoyez un ou deux verres de rhum-coco.
 
P comme… LA PROCHAINE VICTIME, de Skip Schoolnik (USA, 1988)
Après ce remède contre l’amertume, LA PROCHAINE VICTIME permet de revenir à la réalité de l’Abécédaire et de son esprit « du coq à l’âne » parfois un peu violent. Va donc pour un modeste petit slasher de la fin des années 80, répondant en VO au doux titre de « Hide and Go Shriek ! ».
Introduction amorçant très faussement une tonalité réaliste à la MANIAC : un homme endosse costard et cravate, sans oublier de se mettre un peu de rouge à lèvres (ah bon), va se lever une prostituée qu’il assassine dans la foulée : soft, pas très impressionnant et insipide. Mais nous sommes sauvés, débarque alors la traditionnelle brochette d’adolescents des années 80 – les meilleurs, ceux qui n’étaient pas encore de simples extensions pour téléphones portables. Les filles d’un côté (sucrées et très vulgaires entre elles, elles veulent avoir du drôle je crois), les garçons de l’autre (lourds, gras et fiers comme des coqs, et ils ne pleurent pas), acteurs atroces et VF à l’avenant, tout ce petit monde inepte prépare activement et joyeusement une super fête pour célébrer la fin du lycée, avec l’idée qui tue, ha-ha : faire ça dans le magasin de meubles de papa après la fermeture, c’est grand, il y a des lits et c’est tranquille, il y a juste le gardien louche et tatoué qui ne cherchera sûrement pas à nous faire du mal, puisqu’il s’agit visiblement d’une fausse piste ménageant une révélation plus fracassante encore. Et hop, hélas, les voilà lancés dans une très laborieuse partie de cache-cache qui va durer trèèèèèèèès longtemps, et de temps en temps, un jeune se fait tuer histoire de justifier le titre.
Maigres petites initiatives pour sortir du lot : le tueur endosse les vêtements de ses victimes, hommes ou femmes, au fur et à mesure (une idée gentiment volée au sympathique LE MONSTRE DU TRAIN), et le décor, à peu de choses près la seule variante d’un slasher à un autre, pas formidablement bien éclairé et truffé de mannequins inquiétants (les mannequins dans les magasins vides sont toujours inquiétants) qui ne devraient faire frémir que celui qui n’a jamais vu TOURIST TRAP. Ah oui, et on applaudit chaleureusement une scène de décapitation par ascenseur étonnamment réussie et assez impressionnante, seule vraie réussite d’un film par ailleurs mollasson surtout affairé à remplir le cahier des charges du genre sans chercher à s’en démarquer d’aucune façon.
 
Q comme… QUASIMODO - NOTRE DAME DE PARIS, de Peter Medak (USA/Canada/Hongrie/République Tchèque, 1997)
Quasimodo est de retour ! Il revient promener sa bosse après le muet NOTRE-DAME DE PARIS interprété par Lon Chaney, lequel était à peu de choses près la seule qualité d’une adaptation par ailleurs assez libre du roman de Victor Hugo. Et n’allez pas croire que je suis un passionné de ce récit, mais que voulez-vous : le Q se fait rare, et le (télé)film est mis en scène par le très capable Peter Medak (LES FRÈRES KRAY, ROMEO IS BLEEDING). Bon, l’enthousiasme est quand même modéré : dans le fond, je n’aime pas beaucoup cette histoire, et la copie proposée en DVD est recadrée et en VF.
Verdict sans surprise : c’est assez mauvais. Le film, pauvrement doté, est assez cheap – au passage, je me demande pourquoi les cinéastes compensent si souvent une figuration insuffisante en y mettant des nains, à part pour me faire plaisir, je veux dire. Medak n’a pas l’air d’y croire des masses, et assure proprement ce qui ressemble fort à un minimum syndical, tout juste relevé par quelques plans insolites comme la première apparition d’un Frollo sans tête en prière… Ah, ma grand-mère me tire sur la manche et insiste pour que je lui dise qui joue qui, alors voilà : Quasimodo, c’est Mandy Patinkin, très moyen sous une tonne de latex, Frollo c’est Richard Harris, un peu éteint, et Esmeralda, c’est la jolie Salma Hayek, qui danse comme une folle pour célébrer sa propre compassion pour les moches. Et Olga Antal joue une femme dans la foule, ça te va mémé ? OK, reprenons.
Si le film n’est pas fameux et raconte une fois encore une histoire usée jusqu’à la corde, comment fait-il pour sortir du lot ? Sachant que pour le reste, tous les personnages sont développés sans développer de point de vue particulier, la caméra étant surtout focalisée sur les décors et les costumes… Là aussi, pas de surprise du chef, on se réapproprie le récit comme une bête : en gros, on nous ressert en conclusion le même happy end idiot de la version avec Lon Chaney, mais ici, on va encore plus loin, tellement on a envie de délivrer un joli message en plus de la classique beauté cachée des laids. Frollo condamne l’imprimerie naissante de Wittenberg, et condamner la liberté d’expression (fichtre, déjà ?), c’est mal, alors Quasimodo, qui est lettré et romancier, utilise la presse confisquée pour imprimer en cachette des bulletins révolutionnaires, tandis qu’Esmeralda devient une monnaie d’échange pour la liberté de la presse… Ouiiiiiiiii… Bien sûr ! Pourquoi pas ? Ben voyons ! Je vous laisse, j’ai mal à mon cerveau.
 
R comme… RATS, de Tibor Takacs (USA, 2003)
Ah ! Tibor Takacs ! Encore un qui a failli se faire un nom dans le cinéma fantastique, mais une fois n’est pas coutume, je ne vais sans doute pas déplorer qu’il ait par la suite prestement sombré dans l’anonymat télévisuel et les petites séries B fauchées… Remarqué en 1987 pour le film THE GATE, qui se distinguait bien plus par l’originalité de ses excellents effets spéciaux que par un scénario plutôt médiocre, honoré par le grand prix du grand prix à Avoriaz en 1990 pour le très mauvais LECTURES DIABOLIQUES, ce cinéaste canadien d’origine hongroise a par la suite tenté une séquelle (exécrable) de THE GATE avant d’enchaîner les petites productions anonymes, et à défaut de gagner sa place au sein des MASTERS OF HORROR, il a fini par s’acoquiner avec la splendouillette firme Nu Image, assez portée sur les films de monstres de série B tirant doucement vers le Z (parmi lesquels on peut recommander l’amusant CROCODILE de Tobe Hooper et l’hilarant SHARK ATTACK III), avec des titres alléchants mais pas vus comme MEGASNAKE, KRAKEN : TENTACLES OF THE DEEP, MANSQUITO ou encore ce RATS dont il est question aujourd’hui.
Lancé par une bande-annonce très drôle, RATS est un tout petit film cheap mais plutôt amusant, l’histoire d’une journaliste qui se fait interner sous une fausse identité pour enquêter sur de mystérieuses disparitions dans un hôpital psychiatrique dirigé par le massif Ron Perlman, à qui le rôle de méchant échappe, puisque le nœud de l’affaire, c’est un employé qui a trop regardé WILLARD quand il était petit et a sympathisé avec une horde de rats mutants, télépathes et géants, qui s’en vont manger quelques patients quand ils ont un petit creux. Comme toujours, Nu Image devrait vraiment essayer d’en faire moins et de le faire mieux – les rats infographiques font franchement mal aux yeux. Ceci dit, le film comporte aussi quelques jolis effets, se montre assez cruel et parfois très démonstratif : ça se suit agréablement, jusqu’à un final très ringard. Rigolo mais visuellement hideux et mal fagoté, RATS ferait un apéritif sympathique lors d’une soirée à thème sur nos amis les rongeurs. Allez, pour le jeu, je vous propose un programme pour la suite de la soirée : l’intéressant D’ORIGINE INCONNUE, GRAVEYARD SHIFT qui vaut bien mieux que sa médiocre réputation, KRYZAR : LE JOUEUR DE FLÛTE DE HAMELIN (un peu de culture aussi, que diable !) et pour finir, ça s’impose, LES RATS DE MANHATTAN du regretté Bruno Mattei. Bonne soirée ! Non, non, ne me remerciez pas.
 
S comme… SNAKE ATTACK, de Max Reid (Suisse/USA, 1994)
Chic, après les rats, les serpents ! Ils ont l’air énorme et féroce, ces reptiles s’agitant sur un DVD extrait de la « Monster Collection » ! Je vous arrête tout de suite et juste avant la proposition de programme pour soirée à thème sur nos amis les reptiles : on nous ment, on nous spolie ! Cet emballage (qui circule aussi sous le titre VENINS, prenez garde) dissimule un film qui n’a en réalité vraiment rien à voir avec la choucroute…
Ça s’appelle donc en réalité LA PART DU SERPENT, c’est interprété par Malcolm McDowell, Lois Chiles, Howard Vernon et Philippe Léotard (!), et c’est une espèce de psychodrame soporifique dans le milieu de l’herpétologie, qui n’est pas la science de l’herpès mais bien celle des serpents. Même pas de quoi faire frissonner la tante Gertrude un samedi en prime time, donc. On suit d’un œil morne l’évolution de ce récit construit autour d’un triangle amoureux, qui psychologise à fendre l’âme sur des enjeux profondément simplistes pendant ce qui semble durer des heures, et croyez-moi, si Joséphine ange gardien était apparue pour remettre un peu d’ordre et de bon sens à tout ce fourbi bien poussif et laborieux, on ne s’en serait pas porté plus mal. Le film présente des tonalités télévisuelles dont l’extrême frilosité empêche le film de vieillir, ou même de simplement exister. Seul point saillant de cette entreprise assommante, la musique de Patrick Moraz, possiblement la pire bande originale qu’il m’ait été donné d’entendre, et je pèse mes mots, ce qui rend certains passages assez cocasses. Sinon, comme apéritif, je propose plutôt LE REPAIRE DU VER BLANC de Ken Russell, croyez-moi sur parole, c’est sans commune mesure.
 
T comme… TRAITEMENT DE CHOC, d’Alain Jessua (France/Italie, 1973)
Vous l’avez remarqué, j’ai beau déplorer dans ses grandes lignes le peu d’inspiration du cinéma fantastique français, je suis toujours prêt à tenter une nouvelle expérience, particulièrement lorsqu’il s’agit de s’intéresser à un cinéaste sympathique comme Alain Jessua, régulièrement tenté par le genre – je n’ai pas vu LES CHIENS ni JEU DE MASSACRE, et son FRANKENSTEIN 90, vu dans les années 80, ne m’a pas vraiment laissé un très bon souvenir ceci dit.
Le sujet est sympathique et assez prometteur : Annie Girardot se rend dans un centre de thalassothérapie dirigé par Alain « Mise au point sur moi » Delon, et s’inquiète vite des malaises et des disparitions survenant au sein du personnel portugais du site ; elle va découvrir une vérité à faire dresser les cheveux sur la tête, du genre de celles qu’on croisera par la suite dans des métrages beaucoup plus aboutis comme le méconnu SOIF DE SANG de Rod Hardy ou le très intéressant (et français, cocorico) LA NUIT DE LA MORT de Raphaël Delpard (lequel comporte une scène gore et dévêtue pour Charlotte de Turkheim !).
Eh oui ! Malgré toute la sympathie que m’inspire Jessua, il faut bien admettre que son film n’est vraiment pas très bon. Le réalisateur peine à tirer quelque chose de son décor, il y a de fréquents problèmes d’axes, le découpage, le montage et le cadrage sont pauvres et maladroits, le film abuse de travellings/zooms très datés, et l’ensemble est d’une désolante platitude, à l’image d’une scène de fuite en bicyclette absurde, qui ressemble à une paisible promenade. La volonté de développer des sujets un peu originaux ne s’accompagne pas ici de celle de filmer différemment et de façon plus expressive, et c’est dommage pour ce récit pessimiste aux enjeux sociaux très radicaux, hélas dénué de personnalité et d’intensité.
 
U comme… UN NOËL DE FOLIE, de Joe Roth (USA, 2004)
… et un titre nul, qui va comme un gant à cette infecte comédie familiale. C’est l’histoire d’un couple qui, dans la mesure où leur grande fille est pour la première fois absente pendant les fêtes de fin d’année, décide de ne pas fêter Noël et de plutôt partir en croisière, pour changer. Mais le voisinage et l’entourage ne l’entend pas de cette oreille : Noël, c’est une tradition, et ceux qui ne respectent pas la tradition s’exposent aux franches hostilités. Avec ce genre de sujet, on a deux options : la charge subversive dans un style acerbe et ironique, dans le genre des meilleurs films de Danny de Vito (LA GUERRE DES ROSE ou CRÈVE, SMOOCHIE, CRÈVE !) ; ou cette option crapoteuse choisie par Joe Roth, où la timide critique des conventions sociales retourne prestement sa veste en chemin pour déboucher sur le conformisme le plus nauséabond.
Et si la première partie du film ne fonctionnait déjà pas des masses, les personnages se comportant tous comme des débiles profonds, la seconde, au cours de laquelle les enjeux sont retournés comme des crêpes (coup de théâtre, la fille revient, il faut organiser Noël en un temps record) donne carrément envie de se pendre, surtout qu’à ce stade, il reste encore largement plus d’une demi-heure de métrage. « Et là, c’est le drame ». Ce machin s’enlise peu à peu dans les digressions futiles (le cambriolage, qui ne semble là que pour atteindre la durée d’un long-métrage) et dans le sentimentalisme le plus ignoble : la solidarité se déchaîne dans le quartier (finalement, nos voisins sont si gentils), la fille chérie a trouvé l’amour pur (la famille se consolide et s’agrandit), on remarque enfin à quel point la voisine cancéreuse est malheureuse et mérite amplement les tickets pour la croisière (la maladie, c’est con), et peut-être même, je dis bien peut-être, que le Père Noël en personne, ému par cette guimauve fécale, vient faire un petit coucou le soir de Noël, clin d’œil clin d’œil, chers parents (excusez-moi, je vais me tirer une balle).
Le plus triste dans l’histoire, c’est bien que pour la première fois de ma vie, et je l’espère la dernière, j’ai ici trouvé Jamie Lee Curtis, pourtant à l’aise même dans des comédies pas fameuses, exécrable, laide et antipathique. On dira que sa présence dans cette sombre matière est due à son faible pour la nouvelle de John Grisham ici adaptée, et on passera l’éponge pour cette fois.
 
V comme… VIRGIN MACHINE, de Monika Treut (Allemagne de l’Ouest / USA, 1988)
Après cet enchaînement désastreux qui me fait regretter de ne pas avoir plutôt regardé LA NUIT DE L’IGUANE sept fois de suite, VIRGIN MACHINE vient à point nommer relever le niveau. C’est aussi l’occasion d’honorer l’intéressant éditeur K Films (j’étais moralement obligé d’acheter ce film perdu dans les étagères de mon fournisseur habituel) et de découvrir le travail de Monika Treut, dont je n’avais jamais entendu parler, fondatrice d’une boîte de production indépendante, réalisatrice de nombreux courts-métrages (VIRGIN MACHINE est son deuxième long) et collaboratrice au théâtre du talentueux Werner Schroeter.
Ce film étrange (et son intrigante affiche de type vaguement SM lesbien) semble dans ses très belles premières minutes amorcer un univers partagé entre Guy Maddin (probablement à cause de ce noir et blanc très contrasté évoquant le cinéma muet) et Patricia Rozema (excellente réalisatrice un peu perdue de vue, à qui l’on doit notamment le merveilleux LE CHANT DES SIRÈNES). En réalité, on écarte rapidement le rapprochement à Guy Maddin, le film présentant en réalité une mise en scène moins stylisée, moins ambitieuse – malgré quelques très belles échappées oniriques, et on pense bientôt davantage au cinéma de John Waters, de Jim Jarmusch ou de Percy Adlon : le film tempère son versant artistique par un certain sens de l’humour et de la décontraction.
VIRGIN MACHINE nous raconte le parcours initiatique de Dorothee (Ina Blum, lumineuse), jeune journaliste s’interrogeant sur l’amour sous toutes ses formes en se basant sur les rencontres vers lesquelles son enquête la porte, parmi lesquelles on peut notamment relever un spécialiste des hormones, Susie Sexpert et son impressionnante collection de godemichés, et surtout Ramona, psychothérapeute qui soigne ses patients du romantisme (métier utile) et exécute au cours du film un strip-tease mémorable (très belle séquence).
Sans être renversant, le film offre quelques splendides moments d’abstraction, souvent dans le rapport aux images projetées sur les écrans de télévision, et développe tranquillement une petite musique attachante et assez originale : c’est drôle, ça a du caractère et c’est vivifiant, mangez-en.
 
W comme… WILLOW, de Ron Howard (USA, 1988)
J’aimerais comprendre pourquoi, parmi les films produits par George Lucas, l’excellent LABYRINTH de Jim Henson (écrit par Terry Jones, et ça se voit !) ou le sympathique HOWARD THE DUCK de Willard Huyck se payent une réputation de sombres navets, tandis que WILLOW, quelconque, médiocre et souvent très laid, a pour sa part rencontré un joli succès et bénéficie encore aujourd’hui d’une flatteuse réputation…
L’histoire, développée sur deux heures interminables, n’est qu’un patchwork insipide d’emprunts divers (Moïse, Blanche Neige, « Le Seigneur des Anneaux »…), mais le manque d’originalité du récit aurait à la rigueur pu se reposer sur le seul divertissement émaillé de nombreux effets spéciaux spectaculaires. Mais très vite, rien ne fonctionne. Les effets spéciaux justement, parlons-en : si les animations de Phil Tippett sont très belles, on ne peut vraiment pas en dire autant du morphing alors balbutiant, le résultat (qui a atrocement mal vieilli) étant visuellement repoussant et du reste totalement dépassé six mois après la sortie du film. De plus, on nous colle dans les pattes deux lilliputiens chargés de faire rire dans les salles, qui ne sont hélas à peu près jamais drôles et justifient mal les nombreuses séquences à effets spéciaux nécessaires pour insérer deux personnages ineptes dans un scénario déjà bien filandreux.
Beaucoup plus gênantes dans le film, la laideur et la mièvrerie ambiantes. Je veux bien fermer les yeux sur la composition lénifiante de James Horner, musique à laquelle je suis quand même franchement allergique. Mais WILLOW enfile comme des perles les fautes de goût les plus puériles – voir par exemple ses changements de plans par volets latéraux accompagnés d’un bruit scintillant (« quand tu entends la cloche, tourne la page ! »). Et je ne parle même pas de cette plaie classique qu’est l’utilisation du bébé au centre des enjeux : un bébé sur-comprenant qui, comme le soleil gazouillant illuminant le monde pervers des Télétubbies, a toujours l’expression appropriée. Vous savez de quoi je parle – ALLO MAMAN ICI BÉBÉ sans la voix-off, en gros. L’horreur, quoi.
Bon, à part quelques jolis effets en image par image, on peut tout de même sauver l’interprétation énergique de Jean Marsh en reine maléfique : elle est aussi convaincante qu’elle l’était en princesse Mombi dans son film précédent, le superbe RETURN TO OZ de Walter Murch, autre bide injuste. Et bon, oui, bien sûr, le petit plus pour quelqu’un comme moi, c’est le castings de nains. C’est comme ça, je ne me l’explique pas, les acteurs nains, j’adore. Assez pour relever au premier coup d’œil quelques grands absents comme Kiran Shah ou Zelda Rubinstein. Je suis donc malgré tout content de retrouver Warwick Davis (même si je préfère le voir dans des films comme le déraisonnable ÉCORCHÉ VIF de Gabe Bartalos), le vétéran Billy Barty, et également Tony Cox (FOU(S) D’IRÈNE, BAD SANTA), Phil Fondacaro (LAND OF THE DEAD), ou dans de trop petits rôles Kenny « R2D2 » Baker, Jack Purvis (présent dans beaucoup de films de Terry Gilliam, un bon acteur, réduit ici à de la figuration non créditée) ; avec même une comédienne, Julie Peters, intéressante Sissi Spacek redux qui n’a rien fait d’autre mais qui est parfaite en épouse de Warwick Davis qui lui offre presque son scalp quand il part en mission. Bref, on reviendra une fois prochaine sur ce penchant personnel, de toute façon insuffisant pour m’amener à avoir de l’affection pour cette boursouflure familiale et mal fagotée.
 
Et voilà ! Un autre épisode s’achève, et tandis que mon esprit se tourne déjà vers la rédaction de l’épisode suivant – aurai-je le temps de le terminer avant mon séjour au royaume du Bretzel ? – je constate que cette quinzième sélection n’a dans l’ensemble pas été un très bon cru. Sans démériter, John Huston, Lars von Trier et John Waters se distinguent sans efforts. Quelques surprises (un bon film d’Albert Band !), quelques découvertes valables (Monika Treut, Paul Sarossy), un ou deux métrages honorables, beaucoup d’ennui par ailleurs, une vraie série Z (THE GAME) pour chatouiller les perplexités, et un gros coup de gueule pour l’infect NOËL DE FOLIE.
 
Le Marquis
[Photo : "Le Berceau de la Vie", par le Marquis.]
 
LA NUIT DE L’IGUANE
EPIDEMIC
DESPERATE LIVING
VIRGIN MACHINE
I BURY THE LIVING
KILLING ANGEL
THE MANSON FAMILY
HIDDEN
FUNERAL HOME
LOVE WILL TEAR US APART
BACKSTAGE
JANIS ET JOHN
TRAITEMENT DE CHOC
LE CHOC DES MONDES
WILLOW
QUASIMODO – NOTRE DAME DE PARIS
RATS
LA PROCHAINE VICTIME
AMERICAN NIGHTMARE
THE GAME
SNAKE ATTACK (LA PART DU SERPENT)
UN NOËL DE FOLIE
 
Bande-annonce de l’épisode 16 : Alors que dans l’arène un tueur en série lave un dinosaure à l’éponge, l’Europe court à sa perte absolue aux abords d’un lac hanté par une innocente et laide créature une dernière fois séduite par le simiesque bretteur à la tête d’un commando lancé aux trousses d’un extra-terrestre familier aux testicules protéiformes. Qu’a-t-il fait pour mériter tant d’acharnement ? Il a fait du patin à glace avec un ours blanc dans une contrée de ploucs dégénérés, tous les mêmes, en volant son tour à une petite fille pourtant si gentille, qui s’est consolée en laissant une accorte veuve l’emmener errer dans un supermarché.
 
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[Photo : "Pourvu qu'elle soit douze", par le Marquis]

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Mardi 7 août 2007

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
[Photo : "Punaise !", par Le Marquis, d'après I BURY THE LIVING]
 
C’est l’été, il fait enfin beau, les râleurs doivent trouver autre chose à dire et à faire que de pester sur la pluie, en ce qui me concerne, peu importe : la rédaction retardataire se poursuit activement, et avec elle le visionnage des sélections d’épisodes ultérieurs, où je trouve toujours de quoi adorer ou détester, pendant que le Dr Devo, que d’autres accusent de négliger la prédominance du sacro-saint scénario, se voit reprocher de n’aimer que les histoires au cinéma. Comme d’habitude, mais c’est aussi le jeu, il faut s’exposer aux reproches les plus contradictoires en fonction de l’œuvre défendue ou critiquée, nous sommes incultes ou élitistes, nous parlons trop de technique ou pas assez, mais la roue tourne, c’est l’été, il fait beau. Et c’est, comme toujours, en toute subjectivité que je vous livre en pâture la sélection de l’épisode 15, en attaquant par la lettre A comme…
 
AMERICAN NIGHTMARE, de Jon Keeyes (USA, 2002)
Alors qu’ils fêtaient Halloween au cœur d’une forêt éloignée, une bande de jeunes est massacrée par une tueuse démente contre laquelle l’un d’entre eux avait commis l’imprudence de témoigner. Un an plus tard, c’est encore Halloween, et c’est encore une bande de jeunes, mais ce n’est plus une forêt, c’est un bar, et dans le bar, qui diffuse une émission de radio sur les phobies, la même tueuse démente sirote un alcool quelconque en écoutant nos fiers adolescents étatsuniens révéler leurs peurs les plus secrètes. Et si je les tuais en fonction de leur peur respective, se dit alors la tueuse démente, ça serait sympa, et ça ferait sûrement un très bon film en plus…
« Acclamé par la critique américaine », affirme la jaquette du DVD, sans se démonter, mais en prenant naturellement la sage précaution de n’en citer aucune. Difficile pour moi d’acclamer ce slasher laborieux qui se veut complexe et malin mais ne fait que compiler des idées volées à d’autres films comme HALLOWEEN, copieusement mis à contribution, ou encore TERREUR SUR LA LIGNE. Le film joue de toutes ses petites forces sur la carte de la cinéphilie, mais en oublie de soigner le récit, mouvementé certes, mais pas une seule seconde crédible ou même intéressant, qui emballe vite fait mal fait une conclusion en queue de poisson. La photographie d’une grande laideur et une VF atroce n’arrangent rien à l’affaire, et à part une morte qui cligne très fort des yeux et la présence pour les connaisseurs de Brinke Stevens et Debbie Rochon, cet AMERICAN NIGHTMARE ne présente pas le moindre intérêt ; le spectateur sera donc bien inspiré de lui préférer le documentaire homonyme et excellent réalisé par Adam Simon – disponible, je le rappelle, sur l’édition 2 disques du bon JEEPERS CREEPERS.
 
B comme… BACKSTAGE, d’Emmanuelle Bercot (France, 2005)
Je suis un peu plus curieux en découvrant ce film qui avait laissé le Docteur D. assez perplexe (cliquez sur le titre pour lire son article – enfin, si vous le voulez, je ne commande pas.) Je suis à vrai dire globalement de son avis : le sujet (stars et idolâtrie) est séduisant, et l’ouverture du film, qui fait se succéder le pastiche d’un concert de Mylène Farmer (sinistre, mais pas beaucoup plus que les vidéos de l’original…) et le tournage d’un simili-« Fan de » qui tourne au désastre personnel et télévisuel. La situation est à la fois glauque et un peu comique, et lorsque la jeune fan un rien désaxée (Isild Le Bescaud, bonne idée) se lance aux trousses de sa chimère, on se frotte les mains en s’attendant au pire, et en le souhaitant presque, naturellement.
Le film ne parvient hélas pas à tenir ses promesses à mon sens. Emmanuelle Seigner gère solidement un rôle pourtant bien chargé en clichés, le scénario comporte des portions intéressantes et bien construites, mais le film est trop long (près de deux heures), pas très bien cadré (étrange travail d’Agnès Godard, froid, terre à terre, blafard et privilégiant les gros plans, ce qui relève probablement d’une volonté de la part de la réalisatrice, mais le résultat n’est pas très réussi), et si les intentions sont bonnes, le film s’avère tiède, visuellement faible et surtout, surtout, totalement dénué de point de vue, ce que ne laissait pas présager sa belle introduction. Des choses arrivent, d’autres pas, mais dans le fond, c’est une fois de plus un pur film de scénario et un film d’acteurs de plus dans une production nationale qui en est déjà bien encombrée. Ça peut se voir par curiosité, mais le film n’est également pas autre chose qu’une curiosité, assez anodine. Pour information, un remake serait en préparation aux Etats-Unis. Le film a beau être perfectible, les remakes américains ont cependant la fâcheuse tendance à simplifier le propos à l’extrême : pas certain que l’idée soit brillante, donc…
 
C comme… LE CHOC DES MONDES, de Rudolph Maté (USA, 1951)
Quelques mots sur cet ancêtre de DEEP IMPACT produit par le sympathique George Pal (et officieusement par Cecil B. DeMille), surtout pour en dire que le film est terriblement daté et désuet, moins par ses effets spéciaux d’époque – plus attachants et vivants que bien des séquences en images de synthèses d’aujourd’hui – que par son écriture sentencieuse et très ampoulée : voix-off biblique, longs bavardages entre scientifiques, et quelques micro-mélodrames assez maladroits, notamment lors du tirage au sort déterminant les personnes admises à bord de la fusée quittant la Terre condamnée pour un hypothétique nouveau monde (la planète Zyra – dans la constellation Zaïus ?), lequel se concrétisera de façon assez désastreuse sous la forme d’un ignoble matte-painting dans le style calendrier des PTT, qui fit dit-on le désespoir de George Pal à qui il avait été imposé par le studio. À part ça, un remake serait en préparation aux Etats-Unis – c’est une impression, ou les studios américains n’ont jamais autant produit de remakes que ces dernières années ?
 
D comme…DESPERATE LIVING, de John Waters (USA, 1977)
Après PINK FLAMINGOS et FEMALE TROUBLE, je découvre avec grand plaisir le 3e titre de la collection John Waters, excellente initiative de Metropolitan/Seven7, complétée par les films POLYESTER et HAIRSPRAY (dont un remake, etc.). DESPERATE LIVING se distingue des films précédents par l’absence notable de David Lochary et surtout de Divine : chacun avait sa place ménagée dans le casting original, mais le premier est mort d’une overdose avant le début du tournage, et le second était retenu par des engagements au théâtre.
Le film n’en souffre pas cependant, d’autant plus que les autres habitués de Waters répondent présent et sont fantastiques : la grassieuse (sic) Edith Massey et Mary Vivian Pearce, respectivement reine et princesse d’un royaume chaotique et putride, Mink Stole dans un de ses meilleurs rôles, Susan Lowe incroyable en lesbienne capable de se faire greffer un pénis par amour (ou de l’arracher et de le jeter aux chiens en voyant la réaction horrifiée de sa dulcinée), sans compter la présence de la sympathique Liz Renay (décédée en janvier) et de l’énorme Jean Hill dans son seul rôle étoffé chez Waters (elle apparaît brièvement dans POLYESTER et dans A DIRTY SHAME).
Tout ce petit monde donne vie à une forme de décalque perverti du conte, particulièrement réussi. Waters y consolide une écriture de plus en plus rigoureuse, tout en laissant s’exprimer librement son versant subversif, d’autant plus intéressant – et furieusement drôle – que la subversion chez Waters relève moins d’une démarche contestataire et démonstrative que d’un élan spontané mêlant l’humour et la noirceur, la dérision et une réelle et sensible affection pour ses personnages, qu’il ne juge jamais, qu’il ne fige pas dans des stéréotypes même extrêmes, mais dont il étale avec une joyeuse complaisance les déviances, la naïveté, la cruauté… Paradoxe d’un film (et d’une œuvre) aussi trash et agressif qu’il est chaleureux et, à sa façon très particulière, assez touchant.
 
E comme… EPIDEMIC, de Lars von Trier (Danemark, 1987)
Ce second métrage extrait de la trilogie Europe, qui succède à THE ELEMENT OF CRIME et précède EUROPA, est sans doute le moins populaire des trois films, probablement parce qu’il se démarque de deux films maniéristes et visuellement somptueux par une esthétique plus sèche et un scénario plus abstrait – ce qui n’empêche pas le film, que Lars von Trier a souhaité réaliser avec un budget très restreint, d’être d’une très grande beauté plastique.
Le film parle de deux scénaristes qui, après avoir perdu le script sur lequel ils planchaient (« Le commissaire et la putain », probable allusion aux personnages principaux de THE ELEMENT OF CRIME), se lancent dans un nouveau scénario, l’histoire d’un médecin idéaliste qui répand une épidémie en Europe en cherchant à la combattre, sans se rendre compte que leur fiction contamine peu à peu la réalité. Le titre de ce nouveau scénario, « Epidemic », malicieusement accompagné de son ®, s’inscrit en lettres rouges sur l’écran, qu’il ne quittera plus : la fiction dont traite le film de Lars von Trier est ainsi constamment désamorcée, et dans le même mouvement, ce titre perpétuellement affiché circule immuablement d’un plan à un autre, du parcours des scénaristes au récit qu’ils développent, suggérant également le thème de la contamination.
EPIDEMIC mêle à une poésie sombre d’abord localisée dans les passages relevant de la fiction (l’histoire du médecin) à un humour noir qui évoque le ton de la future série L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES, et de ce point de vue, le film se distingue aussi des autres titres de la trilogie par son sens de l’humour plus affirmé et plus ouvert (voir la fameuse séquence de la dissection d’un tube de dentifrice). Superbe photographie en noir et blanc, alternant deux textures, l’une assez réaliste et sans fioritures, l’autre (celle de ce qui relève de la fiction dans la fiction) plus expressive – et souvent splendide.
À l’image de ce thème classique de Wagner, toujours brutalement interrompu à l’apogée de son élan lyrique, le film suit un mouvement étrange, où le cauchemar succède soudain à une peinture ironique et distanciée du travail d’écriture cinématographique, l’alternance faisant petit à petit naître un malaise jusqu’à ce que la constante de la trilogie, l’hypnotisme, vienne tisser un lien surprenant et assez inquiétant entre les deux univers – séquence d’hypnose que n’aurait certainement pas reniée Zulawski, et qui débouche sur une conclusion admirable, amorce superbe et impressionnante de l’apocalypse. Passionnant.
Et en complément de programme, il faut souligner la présence du moyen-métrage de Lars von Trier, IMAGES OF A RELIEF, superbe brouillon de THE ELEMENT OF CRIME et de EUROPA.
 
F comme… FUNERAL HOME, de William Fruet (Canada, 1980)
Après l’épisode central de l’incontournable trilogie de von Trier, voici maintenant une autre trilogie, fortuite et hasardeuse, puisque ce n’est pas moins de trois films extraits du coffret « 50 Chilling Classics » qui complètent la sélection de cet épisode 15. FUNERAL HOME est le premier désigné par l’ordre alphabétique, et comme pour les autres films composant le programme de ce coffret, il est libre de droit et peut être légalement téléchargé sur le site « Public Domain Torrents » en cliquant ici.
Réalisé par William Fruet, réalisateur surtout dévoué au petit écran, également auteur d’un SPASMS qui aura fait les grandes heures de la défunte 5 (hommage au passage à Mr. Bourret), FUNERAL HOME est un petit film délassant et agréable à regarder, réalisé avec une efficace neutralité esthétique. Seul gros problème : après un démarrage très classique, le film s’installe dans un développement correct, sans bavures et parfaitement banal, pas inventif une seule seconde, et pour cause ! Ce que semblait amorcer l’introduction, le film s’y lance tête baissée : c’est un radical plagiat du PSYCHOSE d’Alfred Hitchcock, tout juste relevé par quelques éléments dérivés du slasher alors naissant : agréable, sympathique, mais plagiat quand même, de la voiture de la victime plongée dans le lac à cette révélation dans la cave éclairée par la lumière vacillante d’une ampoule qui se balance. Et un de plus, Norman ! Mouis… Autant revoir l’original, non ?
 
G comme… THE GAME, de Bill Rebane (USA, 1984)
Second film extrait de la boîte aux 50 découvertes, THE GAME (également inconnu sous le titre THE COLD, et téléchargeable ici) est aussi le premier des films signés Bill Rebane (il y en a plusieurs dans le coffret, des heures d’amusement en perspective !) que le hasard de la programmation me permet de découvrir.
Et c’est l’occasion de rendre hommage à Bill Rebane, sachant qu’il est préférable de le faire avant de parler de son film. Sa carrière, qui s’étend de 1962 à 1987, a entièrement été dévouée au cinéma fantastique, auquel il a vraiment donné de sa personne en assumant souvent, en plus de la mise en scène, le scénario, la production, la photographie, le montage, les décors, la musique, le son et sûrement même le café-crème. Au total, dix longs-métrages à son actif (dont quatre dans le coffret : prochainement donc, THE DEMONS OF LUDLOW, THE ALPHA INCIDENT et THE CAPTURE OF BIGFOOT), de MONSTER A-GO-GO à BLOOD HARVEST, son titre de gloire étant peut-être, qui sait, pour ce que j’en dis, THE GIANT SPIDER INVASION. Sauf que chacun de ces films se traîne la réputation de série Z frôlant l’amateurisme touchant. Fauché et pas doué, Rebane aura au moins compensé par la productivité, la constance et la persévérance, ce qui lui vaut bien un tabouret dans le Panthéon du cinéma bis, non ?
Et THE GAME ? Ah, oui… Euh… Bon. Avec pour accompagnement le son d’une boîte à musique, le narrateur lance un hasardeux « Il était une fois trois millionnaires… », lesquels, riches et désœuvrés, se divertissent en proposant à neuf personnes un jeu se déroulant dans leur propriété, et confrontant les invités à leurs peurs et à leurs phobies. Mais le jeu semble mal tourner cette fois-ci. Et je dis bien « semble », parce qu’après la sortie des millionnaires en boîte de nuit, séquence à hurler de rire, je n’ai strictement rien compris à ce dont le film pouvait bien vouloir parler…
Dans ce foutoir monté à la serpe et sonorisé façon Scooby-Doo (avec piccolos et rires démoniaques qui font « Muh-hu-hahahahahahaha »), rien ne semble avoir le moindre sens. Exemple : un couple fait trempette dans une piscine, soudain un requin les attaque, le couple marche tranquillement dans la forêt, pendant ce temps-là, les autres sont dans le jacuzzi et il y en a un qui fait de la musique avec une chanteuse qui était là. Perpétuellement incohérent et solidement installé dans un rythme au point mort, THE GAME semble écrit au fur et à mesure, voire en filmé-monté par moments, mettant bout à bout de superbes séquences dans des couloirs où il se passe des choses (ou peut-être rien). Le « style » de Rebane explose littéralement à l’écran lors d’un plan sidérant : un travelling suit un personnage en fuite, puis la caméra revient en arrière à son point de départ et attend, attend, et hop ! quand l’assaillant lancé aux trousses surgit, le travelling recommence. Mamma mia, ça c’est du cinéma ! Et le narrateur lui-même finit par jeter l’éponge en fin de course, avouant qu’il est bien incapable d’expliquer ce qui se déroule à l’écran. Probablement le métrage le plus nébuleux vu en 2006 : moi, je dis que ce n’est pas rien.
 
H comme… HIDDEN, de Jack Sholder (USA, 1987)
Petit classique un peu oublié de la série B et grand prix surévalué du festival d’Avoriaz en 1988 (PRINCE DES TÉNÈBRES de Carpenter ou ANGOISSE de Bigas Luna sélectionnés cette année là étaient tout de même largement plus intéressants), HIDDEN est un peu le titre de gloire de Jack Sholder, le seul de ses films à avoir véritablement rencontré un succès populaire – on lui devait précédemment un slasher paraît-il assez réussi (ALONE IN THE DARK) et la première séquelle des GRIFFES DE LA NUIT, LA REVANCHE DE FREDDY, film conspué et généralement pointé comme la pire des suites tournées, ce qui me semble assez injuste – film étrange, très belle musique de Christopher Young, sous-texte gay très prononcé (une option absurde et souvent franchement drôle), atmosphère décalée, le résultat m’a toujours semblé faire preuve de bien plus de personnalité que les fades épisodes 4, 5, 6, à suivre. Mais par la suite, Sholder s’est enlisé dans les productions télévisées et dans les séries B de piètre qualité comme le très mauvais WISHMASTER II, en plus d’avoir contribué à la mise en scène à plusieurs mains parfois gantées (Walter Hill, Francis Ford Coppola) du désastreux SUPERNOVA.
Plus proche dans sa forme du film policier (orienté « buddy movie ») que du fantastique pur, HIDDEN recycle à tour de bras avec cette histoire de parasite extra-terrestre prenant le contrôle de ses hôtes successifs, mais le fait sans la moindre prétention, et ne vise pas au-dessus du pur divertissement, mélange d’action et d’humour assuré avec une belle efficacité. Ce malfaiteur de l’espace, qui transite d’un corps à un autre sous la forme d’une répugnante limace arachnéenne, est un hédoniste simplet, amateur de Ferrari, qui s’empare de tout ce qui éveille sa convoitise sans trop se soucier de l’état de santé de son hôte involontaire. Il est pris en chasse par un bon gros flic de série B (Michael Nouri) accompagné d’un agent du FBI un peu louche et lui aussi très amateur de belles voitures (Kyle McLachlan, c’est donc sûrement un film Lynchien, ha-ha), en réalité un autre extra-terrestre habitant un corps humain, mais qui lui, comme il est gentil, circule d’un corps à un autre sous la forme d’une jolie lumière toute dorée et scintillante comme la rosée.
Bref, c’est du récit simple et direct, aux lignes claires, correctement emballé même si Sholder s’essaie dans une des scènes finales à un ralenti DePalmesque un peu foireux. HIDDEN ose même un petit soupçon d’ambivalence dans l’assez joli plan final, un instant élégant, juste et pas trop appuyé qui termine le film sur une note assez positive et attachante. Ça se regarde agréablement.
 
I comme… I BURY THE LIVING, d’Albert Band (USA, 1958)
On aborde maintenant le troisième et dernier extrait du coffret des 50 surprises, de très loin le plus intéressant, une excellente surprise de la part d’Albert Band, papa de Charles et comme son fils très attaché au cinéma de série B tirant parfois vers le Z, dont on retient surtout le cocasse et aimablement ringard ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA.
Excellente surprise, car cette petite série B, qui démarre tranquillement, se montre au fur et à mesure que le film progresse tout à fait à la hauteur de son sujet pour le moins curieux : le nouveau gardien d’un cimetière découvre qu’en plantant une épingle sur les concessions réservées sur le plan du cimetière, il peut provoquer à distance la mort de leur détenteurs : il s’en rend compte par hasard, procède à quelques essais avant d’acquérir une certitude et développe peu à peu une certaine perversité devant la possibilité qui lui est offerte de régler d’un geste simple contrariétés et inimitiés.
Platement réalisé dans sa première partie, même si le soin porté à certains cadrages met déjà la puce à l’oreille, I BURY THE LIVING fait un peu penser à certains films de Roger Corman comme UN BAQUET DE SANG : le développement est sombre, ironique et mine de rien assez social, même si le rythme y est sans doute moins vif, moins percutant. Mais en cherchant à poursuivre cette étrange tentative visant à faire naître l’effroi d’un plan punaisé sur un mur, Albert Band parvient à développer une atmosphère et surtout une esthétique étranges, structurées autour des étranges motifs géographiques formés par le plan du cimetière. Les bonnes idées fusent dans l’écriture (la découverte des effets des punaises en fonction de leur couleur), de même que les effets et la composition des plans s’avère de plus en plus soignés. Le film aboutit dans sa dernière partie à une réelle originalité, et le résultat semble assez audacieux pour l’époque. La séquence finale est admirable, et à vrai dire, je n’en revenais pas de voir le réalisateur de ZOLTAN frôler l’abstraction pure en fin de course dans cette scène fulgurante qui pourrait vraiment séduire les têtes chercheuses de l’Institut Drahomira (voir THE RALLY 444).
Sans être renversant dans son propos – le récit lui-même n’ayant rien d’extraordinaire, I BURY THE LIVING vaut largement le détour pour la singularité de ses expérimentations esthétiques, et comme la vie est bien faite et que le film est libre de droits, vous pouvez le télécharger, c’est permis et très officiel, en cliquant ici.
 
J comme… JANIS ET JOHN, de Samuel Benchetrit (France/Espagne, 2003)
Seconde visite du paysage cinématographique français avant la prochaine et dernière d’une sélection marquée par le chiffre 3, décidément, avec le dernier long-métrage tourné par Marie Trintignant, excellente comédienne, avant son décès, film par ailleurs réalisé par son époux Samuel Benchetrit – et n’attendez pas de moi des commentaires sur l’affaire « Marie a tout pris ».
Casting bizarre et sujet casse-gueule au programme. Christophe Lambert y interprète un homme un peu simplet suite à un trip au LSD dont il n’est jamais vraiment sorti, vivant sur sa fortune familiale dans l’attente du retour de Janis Joplin et de John Lennon, persuadé qu’ils sont bien vivants et qu’ils feront un jour un album ensemble. Sergi Lopez, assureur véreux avec des problèmes financiers jusqu’au cou, sent l’arnaque facile, et décide de grimer son épouse (Marie Trintignant) et un acteur raté (François Cluzet, très à l’aise dans cet emploi, ha-ha) afin de les faire passer pour les idoles du neuneu, histoire de pouvoir lui soutirer le contenu de son compte en banque.
Montage survolté et voix-off fiévreuse de Sergi Lopez, JANIS ET JOHN amorce un démarrage en fanfare qui flaire l’enlisement au premier tournant du récit. Le film tente de fournir de petits efforts de mise en scène « à l’américaine », qui portent essentiellement sur les transitions et les montages musicaux, et au passage, on peut se demander pourquoi de tels efforts (filtres, ambitieux mouvements de caméra) sonnent toujours aussi faux et artificiel dans ce type de productions, mais dans le fond, le film repose sans grande surprise de tout son poids sur son casting, au point qu’on se dit que le cinémascope est bien décoratif et inutile si c’est pour filmer aussi platement des pages et des pages et des pages de dialogues en champs-contrechamps.
Pour le reste, le film passe franchement à côté d’un sujet ludique et amusant dont il ne retient que les enjeux et les thèmes habituels, prévisibles, usés et dénués d’originalité, un peu dans le fond à la façon de BACKSTAGE, qui n’osait pas lui non plus embrasser son sujet et préférait le tenir soigneusement à distance, solidement ancré dans les clichés scénaristiques et esthétiques les plus éculés, sans vraiment l’assumer. Le personnage de Christophe Lambert reste quasiment inexploité, le faux John Lennon est rapidement mis hors-circuit (mais Cluzet revient à temps dans la dernière partie pour mettre le film par terre), et on se concentre de préférence sur la crise du couple Lopez/Trintignant et sur la soif de liberté et d’indépendance de celle-ci. Sans être excessivement mauvais, JANIS ET JOHN préfère prudemment s’installer dans la platitude et dans la banalité, sans pour autant échapper à quelques dérapages vers les douces contrées du ridicule, bien qu’elles soient moins fréquentes que prévu. Pas très captivant, tout ça…
 
K comme… KILLING ANGEL, de Paul Sarossy (Angleterre, 2001)
L’éditeur « La Fabrique de Films », par le biais duquel j’avais découvert en compagnie du Dr Devo l’intéressant JERICHO MANSIONS, nous permet de faire une nouvelle découverte assez attachante avec cet étrange KILLING ANGEL, titre français un peu trop fade ceci dit, qui ne vaut pas le titre original Mr. IN-BETWEEN.
Il s’agit du premier film (et le seul à ce jour) de Paul Sarossy, chef-opérateur notamment pour Atom Egoyan sur les très beaux EXOTICA et LE VOYAGE DE FÉLICIA, et pour être honnête, il souffre d’ailleurs parfois des tics classiques du premier film : des tics visuels principalement, effets optiques et astuces de montage qui ne sont exploités que sur leur seul versant formel, mais Sarossy n’évite pas non plus un certain nombre de clichés esthétiques (Londres suintant, sophistication un peu gratuite) et narratifs, avec un penchant un rien prononcé pour les coïncidences utiles et / ou symboliques (mort du vieil homme à l’épicerie, braquage, voisinage inattendu…) qui forcent parfois le trait d’un scénario un peu maladroit.
Ces réserves émises, il faut cependant souligner que le résultat reste captivant, original et très attachant. Doté d’un casting solide (excellents acteurs au physique plutôt éloigné des clichés), Sarossy s’attaque à un sujet affreusement banal (la crise d’un tueur à gages confronté au dilemme moral et à des sentiments imprévus), non sans éviter un certain nombre de poncifs, mais il parvient pourtant à donner à son film une atmosphère particulièrement séduisante et singulière, en introduisant dans son récit des éléments étranges qui poussent le film jusqu’aux limites d’un fantastique impalpable et parfois assez troublant, scindant l’univers développé en deux mondes distincts, l’un quotidien et terre à terre, l’autre gothique et irréaliste, et en plaçant le personnage de ce tueur à gages, possiblement payé de ses services par des shoots du sang de son sinistre employeur, à l’exacte frontière entre ces deux mondes.
Il en ressort une personnalité qui gagnerait certainement à s’affiner et à s’affirmer, mais qui donne à ce film une saveur atypique, séduisante et vénéneuse, d’une noirceur assez radicale. Et si le résultat n’est pas sans défauts, il trouve malgré tout un équilibre surprenant, et trotte longtemps dans la tête après la vision du film, ce qui est toujours très bon signe. Recommandé, donc.
 
L comme… LOVE WILL TEAR US APART, de Nelson Yu Lik-Wai (Chine, 1999)
Produit par Stanley Kwan, LOVE WILL TEAR US APART se donne pour objectif de dépeindre le quotidien d’immigrés de la Chine populaire à Hong-Kong quelques temps après la rétrocession. Les nombreux personnages de ce film elliptique marqué par la photographie très « nouvelle vague chinoise » sont intrigants et solidement campés, dévoilant à l’écran leur désarroi, leur désœuvrement, leur désenchantement ou leurs illusions dans une série de saynètes pointant les travers de la fusion disharmonieuse, sexe, junk-food, néons, argent, télévision, clochards, prostituées, prolétaires, fêlures diverses, vies brisées, et le problème de communication d’un territoire où existent plusieurs langues. Bref, un torrent d’observations justes et parfois touchantes et probablement quelques wagons d’intentions louables.
Malheureusement, le film dure près de deux longues heures d’un récit flottant et d’une grande platitude visuelle, et j’avoue m’y être prodigieusement ennuyé, avec le vif sentiment que le film aurait parfaitement pu durer une heure de plus, ou mieux encore, s’être terminé une heure plus tôt. Le constat sec et détaché, pourquoi pas, mais la forme est trop morne et trop relâchée pour développer la moindre atmosphère. Insipide.
 
Voilà pour aujourd’hui ! Plein de mauvais films et le meilleur titre de la sélection à mes yeux dans la seconde partie de cet article.
 
Le Marquis
 
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[Photo : "Bizarre Bizarre", par le Marquis]

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Lundi 6 août 2007

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
[Photo : "Crime of the Element", par le Marquis]
Suite et fin de l’épisode 14, avec un taux sensiblement plus élevé de bons films. L'article étant trop long, les deux premiers titres (M, N) ont été reportés dans la première partie (lien ci-dessous) : nous commençons donc par un film en P comme…
 
LA PRINCESSE SUR LE POIS, de Boris Rytsarev (Russie, 1976)
Après la déconvenue de l’infect HANS CHRISTIAN ANDERSEN ET LA DANSEUSE, on tente une nouvelle fois de découvrir une adaptation des écrits inspirés (et adultes, bordel !) de l’écrivain danois, en touchant du bois pour que l’esprit de l’auteur et l’inspiration soient au rendez-vous de ce projet assez curieux, le conte adapté, qui n’est merveilleux que dans sa forme, étant particulièrement court : le russe Rytsarev va donc devoir considérablement rallonger la sauce, et comment va-t-il s’y prendre ?
Tout simplement en envoyant le prince en panne de princesse à la recherche d’une dulcinée de sang noble avec laquelle convoler, occasion de délayer la sauce à travers trois sketches d’inspiration très inégale : la première princesse est une idiote orgueilleuse qui finit le nez dans la boue, la seconde est une princesse cruelle envoûtée par un troll, la troisième est une esthète à la recherche du prince le plus inspiré dans le domaine artistique de son choix. Le dénouement, vous le connaissez si vous avez lu le conte, le prince rentre la queue entre les jambes chez ses royaux parents, pour tomber amoureux d’une princesse aux origines douteuses, mais qui fait preuve du bleuté de son hémoglobine en dormant très mal sur des légumes verts.
Mauvais film hélas ! L’humour russe est lui aussi très balourd, particulièrement lorsqu’il se pique de donner dans la fable morale, la bande-son est constamment bercée par les tubes de Vivaldi (pénibles Quatre Saisons trop présentes dans les prisunic et autres fast-food pour ne pas taper sur le système), et la mise en scène, engoncée dans son déballage de décors et de costumes, est franchement relâchée, le montage notamment laissant vraiment à désirer, à moins de fondre d’amour pour les grossières erreurs de raccords et pour les plans gelés juste assez pour avoir le temps de faire mal aux yeux au début de chaque nouvelle séquence.
On relèvera quand même le troisième segment (les auditions artistiques), de très loin le plus réussi ou le seul qui le soit vraiment, d’une ironie assez savoureuse, et qui comporte une scène de pantomime intéressante, le seul passage (bien trop bref) rendant un peu justice à l’humour et à l’univers d’Andersen. Ça ne pèse pas bien lourd dans un ensemble poussif et assez moche, il faut bien l’avouer…
 
R comme… LES REVENANTS, de Robin Campillo (France, 2004)
On tourne définitivement le dos au merveilleux plombé des plaines de Russie pour se lancer sans respirer dans un nouvel exercice d’équilibrisme dans le registre du fantastique made in France. Dans quelle section du fantastique français le film de Campillo (monteur du correct QUI A TUÉ BAMBI ?) va-t-il s’inscrire ? Dans le bon gros film de genre qui veut se faire plus américain que les américains ? Ou dans le fantastique propre et intellectuel qui voulait tant se faire appeler « cinéma de l’étrange » à l’époque glorieuse du lent et cocasse naufrage du défunt festival d’Avoriaz ? Plutôt dans la seconde, vous l’aurez deviné par vous-même, et on entre dans ce film en tâchant de ne pas se fermer d’emblée à la tentative, car ce serait agir purement par réaction, et être réactionnaire, c’est très mal.
Les morts reviennent sur terre, donc, et comme ils sont bien éduqués, ils ne semblent pas vouloir dévorer le contenu de la boîte crânienne de leurs proches, juste rentrer chez eux et retrouver un semblant de normalité… un semblant seulement, car ils adoptent des comportements singuliers, un étrange détachement à ce qui se passe autour d’eux. La réinsertion va être bien difficile, donc. Postulat étrange et assez irréaliste, voire symbolique – Campillo élude totalement la sortie des tombes, qui évoque fortement celui de la piètre série LES 4400 créée la même année, série au démarrage séduisant et intriguant, et au développement simpliste et franchement lassant.
Campillo pour sa part préserve son métrage du sentimentalisme de la série américaine, et maintient la part fantastique de son récit dans ce postulat de départ abstrait, gratuit et un rien opaque, sans jamais chercher à le justifier ou à l’expliciter, ce qui est une assez bonne initiative. Par contre, il n’échappe hélas pas au psychologisme un peu trop appuyé, soulignant trop souvent des enjeux explicites (le deuil vécu comme une crise mondiale) par des dialogues démonstratifs plus que par des idées de mise en scène. Visuellement irréprochable (très belle photographie), le résultat est aussi très froid, s’applique à faire sens tout en manquant cruellement d’expressivité – malgré des efforts manifestes, qui payent parfois. Au final, LES REVENANTS paraît quand même bien scolaire et appliqué, dénué d’audaces, vaguement constipé à force de retenue. Typiquement du fantastique pour ceux qui n’aiment pas le fantastique en somme, on y touche du bout des doigts, avec un excès de prudence, une trop forte volonté de signifier qui étouffe trop souvent l’implication, la neurasthénie des non-morts étant petit à petit un peu contagieuse.
Reste qu’il faut tout de même souligner le soin porté à la confection de ce film curieux et figé : quelques petites trouvailles visuelles intéressantes, une atmosphère parfois efficace (caméras infrarouges, ballons-sondes), quelques belles séquences isolées (l’enfant au balcon) dans un ensemble trop timoré pour vraiment fonctionner.
 
S comme… SUSPICIOUS RIVER, de Lynne Stopkewich (Canada, 2000)
Dommage, Lynne Stopkewich ! Remarquée pour son étonnant et nécrophile KISSED, la cinéaste canadienne aura bien vite sombré dans l’anonymat télévisuel après l’insuccès de ce SUSPICIOUS RIVER toujours interprété par l’étrange Molly Parker. Et dans la mesure où le DVD, pourtant francophone, ne propose à l’acheteur qu’une VO non sous-titrée, inutile de dire que ce film captivant, « dans l’esprit de TWIN PEAKS » nous informe Télérama (rapprochement comme d’habitude totalement erroné et superficiel, les lynchiens de prairie ont encore frappé, peut-être émoustillés par la présence fugace de l’acteur Don Davis figurant dans le casting de la série en question), ne risque pas de toucher grand-monde !
Climat étrange et oppressant pour ce film singulier construit autour du personnage d’une jeune femme, Leila (excellente Molly Parker, donc) se prostituant au bénéfice de la clientèle du motel où elle assure la réception. Stopkewich évite avec soin les clichés du type « enfer de la prostitution » en esquivant adroitement une approche réaliste et surtout un scénario à thèse. Le mot clé ici semble être Opacité. L’ambiance feutrée distille une tension, un désir et plus encore un mystère, un trouble profond renforcé par la façon qu’a la cinéaste d’embrasser la seule perception de son personnage principal, sans jamais chercher à tisser un regard objectif, moral, démonstratif, sur les événements auxquels elle est confrontée. La séquence du viol au début du film risque d’ailleurs de faire grincer des dents par le malaise que dégage cet étrange et dérangeant consentement de Leila, pourtant révélateur d’une quête intérieure que celle-ci ne parvient pas encore à identifier mais à laquelle elle s’abandonne. Au risque de s’exposer peu à peu au piège, à la violence, à la peur, à la trahison terrifiante de la dernière partie, terrifiante parce que la confusion de Leila contamine une mise en scène subtile, subjective. La conclusion du film est en ce sens remarquable, peut-être parce qu’elle ne choisit pas l’option très à la mode du twist psychologisant à deux balles : la compréhension, l’acceptation d’un élément introduit avec finesse dès le début du film, d’une étonnante délicatesse, tellement plus intense et émouvante que ces révélations assénées avec une lourdeur qui cherche si souvent à flatter l’intelligence du spectateur tout en le prenant pour un mal-comprenant. Le film ouvre ainsi une porte à son personnage, lui fait franchir une rivière et la libère sans occulter l’aspect symbolique de la séquence, sans le souligner au marqueur non plus. SUSPICIOUS RIVER éreinte les clichés attendus, ne tourne pas le dos à la part trouble de l’opacité, et y trouve une justesse touchante, une véritable singularité.
 
T comme… TOXIC AVENGER IV : CITIZEN TOXIE, de Lloyd Kaufman (USA, 2000)
Bien, la délicatesse et le tact, c’est fait. Passons maintenant à un plat plus orgiaque. La quatrième aventure de Toxie, le super-héros emblématique de la firme Troma, fait vraiment plaisir à voir : même si le personnage a acquis au fil des ans une réputation culte et populaire à la fois, au point de générer une série animée pour enfants, son créateur Lloyd Kaufman est bien loin d’avoir mis de l’eau dans son vin, et ce CITIZEN TOXIE assume avec bonne humeur une effarante vulgarité, un irrespect absolu, gore, débile et psychotronique franchement réjouissant : la férocité subversive n’a elle non plus pas été émoussée.
Autant certains Troma comme ATOMIK COLLEGE (CLASS OF NUKE ‘EM HIGH) ont le délire un peu poussif empesé par de gros problèmes de rythme, autant cet opus, en ne se donnant aucune limite dans le mauvais goût, enfonce l’accélérateur sans jamais décoller la pédale du plancher. Suite à un attentat dans une école pour « enfants différents » (le Lars von Trier des IDIOTS a certainement dû apprécier), Toxie est projeté dans un univers parallèle tandis que son double maléfique Noxie fait des ravages à Tromaville : le blanc devient noir, le bon devient mauvais, le montage alterné se fait aider du splitscreen et le bon goût se fait la malle. Casting de super-héros, mamie rendant l’âme dans un spectaculaire jet d’urine, porno gay 70’s où le gouvernement américain encule littéralement le Tiers-Monde, bad guy grimé en noir et livré en pâture au Ku Klux Klan, langue des signes revue et visitée, et j’en passe, le résultat est potache et assumé, gratuit et corrosif, débile et à hurler de rire, visuellement inepte et d’une belle vivacité.
Dommage que l’édition, comme toutes celles de la collection Troma (copies recadrées et de qualité vraiment douteuse), soit à ce point salopée par Sony – un des pires éditeurs DVD sur le marché. Mais il ne faut cependant pas passer à côté de cet opus sympathique, que sa liberté de ton et de confection rend presque anachronique : c’est une authentique série B d’une bonne santé insolente à une époque où le cinéma bis ne semble plus avoir sa place nulle part. Recommandé.
 
U comme… UNE CHAMBRE POUR QUATRE, de Jordan Brady (USA, 2002)
Rien à dire par contre de ce produit parfaitement anonyme et insipide – bonjour le contraste ! – qui n’a pour argument de vente que son casting – c’est un peu léger, doux euphémisme. Road-movie soporifique, marivaudage sage et convenu, encéphalogramme plat, et la vive impression de regarder un sitcom même pas désagréable, juste invisible et totalement dénué de talent ou de personnalité. Et c’est, dans le fond, le prototype de ce qui se fait de pire au cinéma : ce n’est même pas de la nullité, c’est juste une tiède médiocrité sans la moindre aspérité.
 
V comme… LE VAGABOND DE TOKYO, de Seijun Suzuki (Japon, 1966)
On termine cette sélection sur une note très positive avec ce film étonnant qui pourrait être au polar ce qu’a été SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN au policier européen : Suzuki (ÉLÉGIE DE LA BAGARRE), avec cette histoire d’homme de main d’un gangster retiré des affaires qui tente de le protéger des rivaux cherchant à le dépouiller, adopte les codes et clichés du film de yakuzas, ceux qui m’ont même ennuyé dans le DEAD OR ALIVE de Miike, pourtant extrême et iconoclaste, pour mieux les malmener, les détourner, les disloquer par le biais d’une mise en scène formaliste assez impressionnante.
Narration accidentée, décors monochromes, stylisation, abstraction, l’ensemble surpasse aisément ses apparences de simple polar psychédélique. La structure du film est magnifique, et presque entièrement construite autour d’éléments occultés (ellipses vertigineuses, sans parler des séquences de confrontation – chaque affrontement s’interrompant brutalement à son apogée). Le montage s’adonne dans le même mouvement à des collages audacieux, fonctionnant par associations/appositions poétiques et assez virtuoses. Le récit mafieux ne devient que le prétexte à une expérimentation surprenante à l’artificialité assumée et revendiquée – séquences chantées, filtres obliques placés dans des décors nus, une obsession formelle qui évoque parfois la sensibilité d’un Ken Russell. Et je suis personnellement toujours assez admiratif lorsqu’un cinéaste parvient à balayer mes réticences en abordant d’une façon aussi originale et inventive un genre pour lequel je n’ai a priori pas la moindre attirance.
 
19 films visionnés, dont 9 au moins valent le détour : c’est donc presque du 50/50, on a connu mieux, on a connu pire, c’est à votre tour de découvrir !
[Photo : Le Marquis, d'après ELEMENT OF CRIME] 
ELEMENT OF CRIME
LE VAGABOND DE TOKYO
SUSPICIOUS RIVER
MESSIAH OF EVIL
NOTRE HISTOIRE
L’HOMME DE LA RUE
INTÉRIEURS
TOXIC AVENGER IV
LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE
CRAZY KUNG-FU
LES REVENANTS
AMERICAN PARTY
LA PRINCESSE SUR LE POIS
UNE CHAMBRE POUR QUATRE
KILLER INSTINCT
LA LÉGENDE DE LA MOMIE II
GRANNY
FIRESTARTER II
BEYOND THERAPY
 
Et comme Zorro tient toujours ce qu’il promet, je vous propose comme ça, gratuitement, le Palmarès du meilleur et du pire visionné dans le cadre de l’Abécédaire au cours de l’année 2006. Comme ce fut le cas l’année dernière, mes propres habitudes de visionnage me tiennent le plus souvent éloigné des salles obscures, et m’amènent donc à vous faire part du meilleur – et du pire – de ce que j’ai vu cette année à domicile : trop peu de films vus sur grand écran, je n’ai donc pas même de quoi fournir un « top 10 ». Je relève tout de même du très peu que j’ai vu en salles les superbes TIDELAND et BUBBA HO-TEP, avec une petite tape sur la tête de Christophe Gans et des frères Quay pour les encourager à faire mieux.
Émanant de la télévision que je ne regarde à peu près jamais, le must se partagerait entre la redécouverte du MUPPET SHOW saison 1, celle de KINGDOM (L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES) et Koh-Lanta. Sans oublier, bien évidemment, l’extraordinaire soirée passée devant VISU.
 
Les acteurs doivent aussi être flattés par nos préférences ? Tiens. C’est idiot, les seuls acteurs auxquels je pense spontanément sont les pires – Guy Boyd dans LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS, Sharukh Khan dans DEVDAS et KUCH KUCH HOTA HAI, Craig T. Sheffer dans LE PETIT CHAPERON ROUGE, et le zozo de MAGIC WARRIORS, Angus MacFadyen… Bon, concentrons-nous un peu…
La meilleure actrice cette année ? Je pense que le choix de Deborah Kerr s’impose, puisque trois de mes films favoris ont été édités en DVD cette année – LES INNOCENTS, LA NUIT DE L’IGUANE et LE NARCISSE NOIR.
Le choix du meilleur acteur s’impose tout aussi naturellement : la découverte des premiers longs-métrages de John Waters porte Divine à la plus haute place.
 
L’avantage certain, en constituant un best of des films visionnés dans le cadre des Chroniques de l’Abécédaire, c’est qu’en proportions, j’ai sans doute vu une plus grande quantité de très bons et de très mauvais films. Mon choix concernant les mauvais élèves exclue les nanars, dont les éléments les plus drôles ou les plus intéressants (car il n’y a pas que de mauvais films dans le lot), et pointe plutôt les films qui ont eu le don de, vraiment, m’énerver. Quatre sections donc, pour un palmarès, c’est somme toute très logique, réparti par lettres de l’alphabet – certains cinéastes pourront donc avoir la fierté de savoir que leur film est ce que j’ai vu de meilleur cette année dans les productions commençant, par exemple, par la lettre… Le lien pour chaque titre renvoie vers l’épisode de l’Abécédaire correspondant, ou, si le film n’a pas encore été chroniqué (ou l’a été très brièvement), vers l’article du Dr Devo. Les titres sans liens seront développés dans les tout prochains épisodes.
 
A comme…
Le meilleur : A HISTORY OF VIOLENCE de David Cronenberg (USA / Allemagne, 2005)
Le pire : À TON IMAGE d’Aruna Villiers (France, 2004)
Mention spéciale : AMERICAN WAY de Maurice Phillips (Angleterre / USA, 1986), AU SERVICE DE SATAN de Jeff Lieberman (USA, 2004)
Rayon Z : L’AUTRE ENFER de Bruno Mattei (Italie, 1980)
 
B comme…
Le meilleur : BLOODY BIRD de Michele Soavi (Italie, 1987)
Le pire : BEYOND THERAPY de Robert Altman (USA, 1987) – aucun respect pour les morts, tsss.
Mention spéciale : BLUE HOLOCAUST de Joe d’Amato (Italie, 1979) – très beau film.
Rayon Z : BLOOD DOLLS de Charles Band (USA, 1999), BLOODGNOME de John Lechago (USA, 2004), LE BAISER DU DIABLE de Georges Gigo (France / Espagne / Andorre, 1975)
 
C comme…
Le meilleur : LE CHÂTEAU DANS LE CIEL de Hayao Miyazaki (Japon, 1986)
Le pire : COLD AND DARK d’Andrew Goth (Angleterre, 2005)
Mention spéciale : THE CUBE de Jim Henson (USA, 1969), qui pourrait être l’ancêtre de VISU, une petite merveille dont je vous parlerai prochainement.
Rayon Z : LA COMTESSE NOIRE de Jess Franco (France / Belgique, 1973), joli film.
 
D comme…
Le meilleur : DO THE RIGHT THING de Spike Lee (USA, 1989)
Le pire : DAYDREAM BELIEVERS de Neill Fearnley (Canada / USA, 2000)
Mention spéciale : DESPERATE LIVING de John Waters (USA, 1977)
Rayon Z : rien, l’inintéressant DEAD MEAT ne mérite pas cette mention.
 
E comme…
Le meilleur : La trilogie « Europe » de Lars Von Trier (Danemark, 1984-1991) – THE ELEMENT OF CRIME, EPIDEMIC, EUROPA
Le pire : rien d’excessivement mauvais en E !
Mention spéciale : EXOTICA d’Atom Egoyan (Canada, 1994)
Rayon Z : L’ÉTALON ITALIEN de Morton Lewis (USA, 1970)
 
 
F comme…
Le meilleur : FEMALE TROUBLE de John Waters (USA, 1974)
Le pire : FLESH de Paul Morrissey (USA, 1968)
Mention spéciale : LA FIN ABSOLUE DU MONDE de John Carpenter (USA, 2005), et FRAGILE de Jaume Balaguero (Espagne, 2005), lequel aurait mérité une sortie en salles.
Rayon Z : LA FURIE DES VAMPIRES de Leon Klimowsky (Espagne / Allemagne, 1971)
 
G comme…
Le meilleur : GHOST WORLD de Terry Zwigoff (USA / Angleterre / Allemagne, 2001), le meilleur film en G bien qu’il ne casse pas la baraque non plus.
Le pire : GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRÛLANTES de François Ozon (France, 2000)
Mention spéciale : GOZU de Takashi Miike (Japon, 2003), bien qu’il soit très mal réalisé.
Rayon Z : THE GAME de Bill Rebane (USA, 1984), franchement improbable, celui-là…
 
H comme…
Le meilleur : L’HOMME SANS PASSÉ d’Aki Kaurismaki (Finlande / Allemagne / France, 2002)
Le pire : HANS CHRISTIAN ANDERSON ET LA DANSEUSE de Charles Vidor (USA, 1952)
Mention spéciale : HISTOIRE D’O de Just Jaeckin (France / Allemagne, 1975), l’étrange HAUNTS de Herb Freed (USA, 1977) et HEAVEN du trop méconnu Scott Reynolds (Nouvelle Zélande / USA, 1998)
Rayon Z : HERCULE À NEW YORK d’Arthur Allan Seidelman (USA, 1971)
 
I comme…
Le meilleur : ex æquo INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic (Belgique / France / Angleterre, 2004) et LES INNOCENTS de Jack Clayton (Angleterre, 1961)
Le pire : L’ÎLE de Kim Ki-Duk (Corée du Sud, 2000)
Mention spéciale : I BURY THE LIVING d’Albert Band (USA, 1958)
Rayon Z : IN THE WOODS de Lynn Drzick (USA, 1999)
 
J comme…
Le meilleur : LE JOUR DU FLÉAU de John Schlesinger (USA, 1975)
Le pire : JEUX PERVERS de Max Makowski (USA, 2002)
Mention spéciale : J’ADORE HUCKABEES de David O. Russell (USA / Allemagne, 2004)
Rayon Z : R.A.S.
 
K comme…
Le meilleur : KEOMA d’Enzo G. Castellari, qui m’a eu à l’usure (Italie, 1976)
Le pire : ex æquo KOLOBOS de Daniel Liatowitsch & David Todd Ocvrik (USA, 1999), dont je ne comprendrai sans doute jamais la bonne réputation, et KISS KISS (BANG BANG) de Stewart Sugg (Angleterre, 2000)
Mention spéciale : KING OF THE ANTS de Stuart Gordon (USA, 2003)
Rayon Z : LES KAMIKAZES DU KUNG FU de Yang Ching Chen (Taïwan, 1973), THE KILLER EYE de David DeCoteau (USA, 1999), KILLER CROCODILE II de Giannetto de Rossi (Italie / USA, 1990), et le premier n’est pas mal non plus !
 
L comme…
Le meilleur : LISA ET LE DIABLE de Mario Bava (Italie / Allemagne / Espagne, 1973)
Le pire : LES LOUPS DE KROMER de Will Gould (Angleterre, 1998)
Mention spéciale : LE LOCATAIRE de Roman Polanski (France / USA, 1976) et LÈVRES DE SANG de Jean Rollin (France, 1975)
Rayon Z : LA LÉGENDE DE LA MOMIE II de David DeCoteau (USA, 2000)
 
M comme…
Le meilleur : MANDERLAY de Lars Von Trier (Danemark / Suède / Pays-Bas / France / Allemagne / Angleterre, 2005)
Le pire : LE MAÎTRE D’ARME de Michael Kennedy (USA, 1993)
Mention spéciale : MESSIAH OF EVIL de Willard Huyck (USA, 1973), THE MANSON FAMILY de Jim Van Bebber (USA, 2003)
Rayon Z : MACISTE ET LES FILLES DE LA VALLÉE de Tanio Boccia (Italie, 1964) ou MALÉFICES de Maurice Devereaux (Canada, 1998)
 
N comme…
Le meilleur : LA NUIT DE L’IGUANE de John Huston (USA, 1964)
Le pire : NÉMO d’Arnaud Sélignac (France / Angleterre / USA, 1984)
Mention spéciale : NOTRE HISTOIRE de Bertrand Blier (France, 1984)
Rayon Z : NEMESIS II d’Albert Pyun (USA, 1995), LA NUIT DU CHASSEUR de David Greene (USA, 1991), NECROMANCER de Dusty Nelson (USA, 1988)
 
O comme…
Le meilleur : LOS OLVIDADOS de Luis Buñuel (Mexique, 1950)
Le pire : OBJECTIF TERRIENNE de Julien Temple (Angleterre / USA, 1988)
Mention spéciale : OPÉRATION PEUR de Mario Bava (Italie, 1966) et OBSESSION de Brian De Palma (USA, 1975)
Rayon Z : OCTOPUS II de Yossi Wein (USA, 2001)
 
P comme…
Le meilleur : PINK FLAMINGOS de John Waters (USA, 1972)
Le pire : LA PART DU SERPENT de Max Reid (Suisse / USA, 1994)
Mention spéciale : PRÉPAREZ VOS MOUCHOIRS de Bertrand Blier (France / Belgique, 1977), POMPOKO de Hisao Takahata (Japon, 1994), PALAIS ROYAL ! de Valérie Lemercier (France, 2005), PROPHÉTIE de Bigas Luna (Espagne / USA / Italie, 1981), ce dernier étant particulièrement bizarre…
Rayon Z : LE PETIT CHAPERON ROUGE d’Adam Brooks (USA / Israël, 1989)
 
Q comme…
Le Q se fait rare (ha-ha), et les deux films concernés vus en 2006 ne s’élèvent pas plus vers le très bon (le correct QU'EST-CE QUE J'AI FAIT POUR MÉRITER ÇA ? d’Almodovar) qu’ils ne sombrent vers le très mauvais (le piètre QUASIMODO – NOTRE-DAME DE PARIS de Peter Medak).
 
R comme…
Le meilleur : THE RALLY 444 de Jean-Christophe Sanchez (France, 2006)
Le pire : REIGN IN DARKNESS de David W. Allen & Kel Dolen (Australie, 2002)
Mention spéciale : ROBERTO SUCCO de Cédric Kahn (France / Suisse, 2001), ROMEO IS BLEEDING de Peter Medak (Angleterre / USA, 1993)
Rayon Z : RATS de Tibor Takacs (USA, 2003), REBIRTH OF MOTHRA II de Kunio Miyoshi (Japon, 1997)
 
S comme…
Le meilleur : SUSPICIOUS RIVER de Lynne Stopkewich – dont la carrière piétine depuis, hélas (Canada, 2000)
Le pire : SHEITAN de Kim Chapiron (France, 2006) et SAW de James Wan (USA, 2004), un diptyque à vous dégoûter du film de genre.
Mention spéciale : SIN CITY de Robert Rodriguez, Frank Miller & Quentin Tarantino (USA, 2005) et STITCHES de Neal Marshall Stevens (USA, 2000)
Rayon Z : SHADOW CREATURE de James Gribbins (USA, 1995)
 
T comme…
Le meilleur : TRAUMA de Dan Curtis (USA, 1976)
Le pire : TOUS LES MÊMES de Brian Burns (USA / Allemagne, 2002) et TERREUR.COM de William Malone (USA / Angleterre / Luxembourg / Allemagne, 2002)
Mention spéciale : TWENTY-NINE PALMS de Bruno Dumont (France / Allemagne / USA, 2003) – si tous les films ratés étaient de cette trempe ! – et TRICHEURS de John Stockwell (USA, 2000)
Rayon Z : TOXIC AVENGER IV : CITIZEN TOXIE de Lloyd Kaufman (USA, 2000)
 
U comme…
Le meilleur : UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL de Mario Bava (Italie / Espagne, 1970)
Le pire : UN NOËL DE FOLIE de Joe Roth (USA, 2004)
Mention spéciale : U-TURN d’Oliver Stone (USA / France, 1997)
Rayon Z : URBAN CANNIBALS de Chad Ferrin (USA, 2003), UN WEEK-END EN ENFER de Bob Willems (USA, 2003)
 
V comme…
Le meilleur : ex æquo LA 25e HEURE de Spike Lee (USA, 2002) et VELVET GOLDMINE de Todd Haynes (Angleterre / USA, 1998)
Le pire : VERCINGÉTORIX de Jacques Dorfmann (France / Canada / Belgique, 2001) et 28 JOURS EN SURSIS de Betty Thomas (USA, 2000) – preuve de mon honnêteté, car c’est tout de même un film avec Sandra Bullock.
Mention spéciale : VIRGIN MACHINE de Monika Treut (Allemagne, 1988), LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL d’Alejandro Jodorowsky (Angleterre, 1990), LA VIE CRIMINELLE D’ARCHIBALD DE LA CRUZ de Luis Buñuel (Mexique, 1955)
Rayon Z : VIRUS CANNIBALE de Bruno Mattei (Italie / Espagne, 1980), LA VIPÈRE DU KARATÉ, dont je ne connais pas l’auteur, s’il souhaite se faire connaître…
 
W comme…
Le meilleur : WOLFEN de Michael Wadleigh (USA, 1981)
Le pire : WONDERFUL DAYS de Kim Moon Saeng (Corée du Sud / USA, 2003), WALKER TEXAS RANGER de Virgil W. Vogel (USA, 1991)
Mention spéciale : WENDIGO de Larry Fessenden (USA, 2001)
Rayon Z : WATCHERS II de Thierry Notz (USA, 1990), WITCHOUSE II de J.R. Bookwalter (USA, 2000)
 
X comme…
X-FILES : LE FILM se retrouve bien seul alors que tout le monde le regarde…
 
Y comme…
Le pire : Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?, d’Allan A. Goldstein (Canada / Allemagne, 2000), peut-être une des pires comédies jamais réalisées.
Et ce film est le seul cité, car les autres ne sortent pas vraiment du lot : YI-YI m’a plu sans plus, Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE ? est amusant mais ne vaut pas une mention, et YONGGARY est un peu fade pour mériter d’être cité en (contre)exemple.
 
Z comme…
Le meilleur : ZOMBIE de George A. Romero (USA / Italie, 1978), dont j’évoquerai prochainement le montage américain, vu il y a peu.
Le pire : ZOMBIE HONEYMOON de David Gebroe (USA, 2004)
Mention spéciale : ZOO de Peter Greenaway (Angleterre / Pays-Bas, 1985) et ZELIG de Woody Allen (USA, 1983)
Rayon Z : ZOMBI 3 de Lucio Fulci (Italie, 1988)
 
Une année riche, en ce qui me concerne, et j’ai bien fait de vous en parler, je m’amuse.
Et vous ?
 
Le Marquis
 
 
Bande-annonce de l’épisode 15 : Une folle furieuse qui a vu trop de slashers s’attaque à une célébrité dont un météore menace pourtant déjà la vie désespérée. Et c’est l’épidémie. Alors que mamie se prend pour papy, un jeu pour milliardaires désœuvrés s’organise silencieusement, au cours duquel un parasite encombrant amateur de Ferrari est punaisé au plan meurtrier du cimetière dans lequel reposent, mais pas en paix, Janis Joplin et John Lennon. Leur assassin torturé est parti promener son spleen à Hong-Kong après la rétrocession, échappant de peu à la famille de Charles Manson et à son Démon Bleu lové près du berceau de la vie. Sa prochaine victime, transformiste notoire, est peut-être ce bossu qui communique par télépathie avec des rats mutants, qu’il préfère aux serpents exposés dans un centre de thalassothérapie déserté le soir de Noël, alors qu’on m’offrait une machine vierge capable de générer des nains par centaines.
 
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[Photo : "Affres de l'expectative", par le Marquis.]
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Mercredi 25 juillet 2007

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
[Photo : "ABC pas trop tôt", par Le Marquis]
Il est de retour, soupira-t-il. 2007, c’est 2007, et depuis le début de l’année, je n’ai, à ma grande honte, signé qu’un seul article pour Matière Focale, et l’épisode 13 (suite et fin) remonte déjà à la fin du mois de janvier. Que vous dire, Maryse, c’est ainsi, je n’étais pas parti, je corrigeais toujours les articles de mon médecin traitant dans les meilleurs délais, réagissais parfois dans les pages de commentaires, et bien sûr je visionnais toujours des films, et toujours dans l’ordre alphabétique, selon ce système que vous avez peut-être oublié, Maryse, mais qu’un simple clic saurait vous remettre en mémoire si vous aviez la force de bien vouloir me pardonner mon manquement. Il faut dire que je n’ai pas non plus trouvé le temps de visiter les salles obscures, même pour INLAND EMPIRE ou BOULEVARD DE LA MORT qui me tentaient pourtant beaucoup, c’est tout dire. Quant à la rédactions des Chroniques, inutile de dire que j’ai un retard conséquent puisque la sélection développée dans cet épisode 14 a été visionnée au dernier trimestre – même si, là encore, le rythme de visionnage des films a lui même été en suspens pendant quelques mois, ce qui minimise la catastrophe et me donne l’espoir de pouvoir rattraper le retard sur la durée des vacances estivales. Allez, Maryse, souriez, pour faire oublier cette passade malheureuse, je vous proposerai en conclusion de cet épisode 14 un Palmarès des meilleurs et des moindres films visionnés de janvier à décembre, lequel vous consolera de l’absence, en cette année 2007 bien bousculée qu’est l’année 2007, d’autres palmarès, notamment tanakiens, et vous trouvera, je l’espère, en bonne santé.
Veuillez agréer l’expression de ce film en A comme…
 
AMERICAN PARTY, de Walt Becker (USA/Allemagne, 2002)
On démarre tout doucement avec ce dérivé de la série des “National Lampoon”, qui est aussi et surtout un dérivé de films comme AMERICAN PIE (d’où son titre en France), dont il adopte le versant faussement corrosif et caricatural en diable. Je trouve avec ce film les mêmes petits plaisirs et le même grand déplaisir ressentis à la vision de SLACKERS (défendu ici par le Dr Devo) : le film a ses moments de franche drôlerie (tout particulièrement pour une répugnante recette d’éclairs à la vanille) et un côté rentre-dedans un peu agréable, qui trottine aimablement sur les traces des frères Farrelly quand il moque cruellement les handicaps (mais sans le tact et la finesse). Et immanquablement, après avoir joué les trublions, AMERICAN PARTY (VAN WILDER : PARTY LIAISON en VO) s’empresse dans son dernier tiers de tristement rentrer dans le rang du conformisme le plus sucré, comme trop souvent. Et ce que la technique de ce film à la mise en scène un peu invisible annonçait déjà avec sa foultitude de « montages » plus porté sur la pop FM que sur Devo, le scénario l’étale complaisamment dans cette médiocre dernière partie. La charge trash fait encore un double-programme pas bien réjouissant avec cette célébration de la norme et du retour à l’ordre assez agaçante.
 
B comm… BEYOND THERAPY, de Robert Altman (USA, 1987)
Après un petit A comme amusant et antipathique, je suis franchement tombé dans la fange avec ce film de feu Robert Altman, mes excuses au décédé mais cette note ne va pas vraiment constituer un hommage flamboyant…
Altman, que j’apprécie très diversement, touche le fond avec cette petite tambouille de psychanalyse et de marivaudages bisexuels servie sur son lit de jazz d’ascenseur. Adapté d’une pièce de théâtre (ça se voit, d’autant plus que le découpage est indigent), le film étrille un casting de luxe tout au long d’une intrigue qui frise volontiers le grotesque (tous les personnages sont un peu fous sur les bords, et tous consultent chez deux psychanalystes voisins, bien vite impliqués dans l’intrigue), au lieu hélas de vraiment s’y vautrer. Les petites excentricités (fréquents bruits d’accidents de voiture hors-champ) lassent très vite, et même si la copie distribuée en DVD est manifestement un peu recadrée, cela n’explique pas la présence dans près d’un plan sur deux de l’ombre des spots, la photographie du film étant vraiment déficiente…
Bref, difficile de trouver un quelconque intérêt (ou simplement de résister à l’agacement grandissant) à cette soupe new-yorkaise (ou parisienne, Altman semble indécis, voir la « magie » - hem… - du plan final) mal fagotée, à voir pour mieux se remettre en tête les qualités du cinéma de Woody Allen pour ceux qui en seraient un peu dégoûtés. Et sans être un anti-Altman primaire, cet opus en particulier est tout particulièrement insupportable.
 
C comme… CRAZY KUNG FU, de Stephen Chow (Chine, 2004)
Moyennement aprécié par le Dr Devo (cliquez sur le titre pour avoir son point de vue complet), le film de Stephen Chow ne sera ici pas défendu becs et ongles, puisqu’il retrouve sensiblement les mêmes qualités (certaines) et les mêmes défauts (usants) de son précédent SHAOLIN SOCCER.
Bon points : un récit assez fantaisiste et imprévisible notamment, émaillé de séquences parfois assez séduisantes (je pense notamment à l’épisode de la cithare meurtrière au cours de laquelle un personnage central est brutalement mis hors jeu – mais cette séquence a été conçue et réalisée par Sammo Hung, il faut le préciser), et une bonne idée dans la structuration de la comédie – après une ouverture violente, stylisée et très irréaliste (atmosphère de film noir), c’est dans le quartier pauvre, par opposition au milieu des malfrats, que va se développer l’humour du film. Stephen Chow se perd malheureusement un peu en route et abandonne progressivement cette confrontation des genres.
C’est là que le film se délite : dans cet univers absurde où tout est possible, où tout peut arriver, eh bien, tout arrive, et CRAZY KUNG FU prend le risque de lasser et de ne plus pouvoir susciter la moindre surprise… particulièrement lorsqu’il s’enferre dans une avalanche d’effets visuels dont la conception, parfois franchement laide, reste problématique, et neutralise trop souvent la mise en scène. Le résultat est étrange et pas vraiment déplaisant, mais il n’en est pas moins bourratif et un rien fatigant.
 
 
D comme… LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE, de Brad Silberling (USA/Allemagne, 2004)
Pas fameuse, cette sélection, pour le moment ! Au bout du compte, et alors que mes yeux étaient rivés sur le film suivant qu’il me tardait de revoir, la première bonne surprise est bien ce film de Silberling dont je n’attendais à peu près rien. Je précise au passage que je n’ai lu aucun des livres de Lemony Snicket, un peu refroidi par la lecture d’un unique volume de la série des « Harry Potter » qui m’avait fort peu impressionné à laquelle je les avais un peu assimilés. Fort peu impressionné aussi par l’unique film adapté des aventures du petit sorcier à lunettes qu’il m’ait été donné (ou plutôt imposé) de voir, c’est donc avec beaucoup de retenue que je me suis lancé dans le film de Brad Silberling, auteur de l’infect CASPER et du remake pas vu des AILES DU DÉSIR (quelle drôle d’idée).
Bonne surprise, donc, j’avoue m’y être plutôt laissé prendre. Le film s’ouvre très agréablement sur une séquence d’animation image par image, parodie du film pour enfants à la Disney avec lutin sosie de Oui-Oui et petits lapins mignons aux yeux de Bambi qui s’interrompt brutalement, une voix off très lovecraftienne nous annonçant que non, le film que nous allons voir va être bien différent. Superbe générique d’ouverture par là dessus. Le ton est donné, le film va donc jouer la carte du funeste, sans pour autant jamais jouer celle du mélodrame : le scénario évoque à la fois Dickens et Roald Dahl, non sans une certaine méchanceté assez rafraîchissante. Je ne dirai pas un mot du travail d’adaptation, n’ayant rien lu de l’auteur, mais le concept me semble en tout cas sincèrement séduisant.
Ceci dit, le film soulève tout de même une sacré question : Silberling a en fait réalisé un film de Tim Burton. Visuellement somptueux et de ce point de vue un peu au-dessus de la moyenne de la production dite familiale, le film retrouve d’ailleurs une partie de l’équipe technique de Burton, notamment Colleen Atwood pour les costumes et surtout le talentueux designer Rich Heinrichs. Ce qui m’a donné l’impression de feuilleter un très beau livre d’images, irréel et « joli », fortement teinté d’un académisme directement issu du style et de l’univers de Burton. Attention, le film de Silberling est vraiment agréable ; mais c’est aussi un produit conçu avec un style littéralement emprunté. Et la question s’adresse peut-être directement au réalisateur de BIG FISH, d’autant plus que Tim Burton a bien failli réaliser ce film lui-même (avec Johnny Depp dans le rôle de Jim Carrey) : quand sa propre personnalité créatrice devient une mode, un genre duplicable, où trouver les ressources pour avancer, évoluer ?
Mais la seule vraie grande réserve qui puisse être formulée contre cet assez bon film, c’est, une fois encore, le choix de l’acteur Jim Carrey, et sa performance à l’écran. Le rôle est difficile, d’autant plus que le personnage véhicule une somme de discrets anachronismes humoristiques, et ce qui m’agace le plus, c’est de garder en tête, tout au long du métrage, le fait que Jim Carrey soit capable de faire tellement mieux. Mais le cabotinage reste le cabotinage, et Carrey en rajoute beaucoup trop dans un registre bouffon pour ne pas nuire considérablement à la menace et au trouble que son personnage est supposé susciter : avait-il besoin de nous resservir les tics et grimaces du Grinch ?
 
E comme… THE ELEMENT OF CRIME, de Lars von Trier (Danemark, 1984)
On passe aux choses sérieuses avec le tout premier long-métrage de Lars von Trier, qui est également le premier opus de la trilogie « Europe » sortie en DVD il y a quelques mois dans une fort belle édition, que le Dr Devo a eu la brillante idée de m’offrir, qu’il en soit encore remercié. Inutile de préciser que les deux autres films de cette trilogie, EPIDEMIC et EUROPA, allaient squatter la place à la lettre E des deux épisodes suivants de ces Chroniques de l’Abécédaire, cette dernière assertion s’exprimant à l’imparfait eut égard au retard monumental pris dans la rédaction de mes articles, entre autres choses.
ELEMENT OF CRIME met en place les constantes formelles et thématiques de la trilogie en question, l’Europe bien évidemment, mais aussi la technique de l’hypnose, au centre des trois films. Ce premier épisode affirme son identité par une esthétique forte, caractérisée par une superbe photographie aux teintes monochromes, tons ocres, rouges, orangés, or… Il se caractérise surtout par une singulière direction artistique entièrement conçue sur l’idée de la verticalité : reflets au sol, trouées dans les parquets, architectures, fréquentes plongées (au sens cinématographique comme au sens propre !). Un travail formaliste impressionnant, complété par des plans-séquences souvent d’une beauté à couper le souffle, et par des effets de montage volontiers virtuoses – transition dans le plan entre une voiture jouet et celle de l’enquêteur Fisher.
Et c’est bien d’une enquête dont il est ici question, une enquête achevée lorsque le film démarre, mais qui a traumatisé son investigateur au point qu’il doit la reconstituer en étant placé sous hypnose. Les faits sont donc relus sous la lumière d’une perception singulière, développant un univers mental singulier, à la fois marqué par des images de décrépitude (eaux stagnantes, cadavre de cheval), et par la forme du film noir, ELEMENT OF CRIME évoquant parfois le cinéma d’Orson Welles ou de Fritz Lang – même s’il m’a également fait penser aux romans d’Abe Kobo ou au CURE de Kiyoshi Kurosawa.
On ressort de la vision du métrage assez lessivé, l’esprit habité par des atmosphères fortes (Fisher et la fillette dans cette cabane…), frustré par une enquête esquissée, incomplète, étrange, et dans le même mouvement comblé par cette très belle expérience sur la perception, parfaitement soutenue par une mise en scène remarquable.
 
F comme… FIRESTARTER II, de Robert Iscove (USA, 2002)
Et on retombe lourdement au sol après ces instants de flottement pour découvrir d’un œil morne la séquelle d’une plus toute jeune adaptation des écrits fleuves de Stephen King, le FIRERSTARTER réalisé en 1984 par Mark Lester, d’après le roman « Charlie ». Le film original, dont la jaquette nous apprend qu’il fit « un véritable tabac » (ah bon ?), souffrant d’une bien mauvaise réputation, n’était pas si mauvais dans le fond, surtout s’il faut le comparer à sa suite tardive, mercantile et franchement ratée.
Charlie, jadis interprétée par la toute jeune et alors pas bien bonne actrice Drew Barrymore, a grandi, elle est toujours capable d’allumer des incendies par la seule force de sa volonté, elle est toujours en fuite, toujours poursuivie par le méchant Rainbird (qui n’est plus indien, ni homme de main, ni même mort, c’est tout dire). Et elle est toujours bien mal interprétée par la piètre Marguerite Moreau, pas bien aidée il faut le dire par un scénario calamiteux – entre autres choses idiotes, je trouve assez cocasse que les dossiers des expérimentations top-secrètes gouvernementales soit stockées dans des archives universitaires où elles peuvent être consultées comme de vulgaires mémoires de maîtrise. D’ailleurs, comme c’est pratique, Charlie travaille incognito dans ces archives, cherchant quand elle en a le temps à en savoir plus sur ses origines, la gourdasse, alors qu’il lui suffirait tout simplement de prêter attention aux incessants flash-back de la première partie, nous résumant laborieusement un récit de toute façon totalement réinventé et simplifié à l’extrême. Et comment est-ce possible de les rater, ces flash-back que le réalisateur met subtilement en évidence par des passages au noir et blanc, voire à une photographie aux couleurs brûlées, ha-ha.
Mais comme cette purge adopte tout de même la durée coquette de près de trois heures (!!!), le récit embraye bien vite sur un duel entre l’adolescente chaude comme la braise et un petit groupe d’enfants mutants dirigés par les affreux hommes en noir, histoire de piller une fois de plus les idées d’AKIRA de Katsuhiro Otomo et de rappeler au (télé)spectateur que X-MEN, c’était quand même cool, non ? Pas de chance, cette soupe n’a semble-t-il pas trouvé d’échos suffisants pour générer une énième série TV.
 
G comme… GRANNY, de Boris Pavlovsky (USA, 1999)
Le film suivant est tout aussi nul, mais il a le très grand mérite de ne durer qu’une heure, et rien que pour ça, je l’adore. Enfin…
Produit par la firme bien mal nommée « Ambitious Productions Inc. », ce petit film semi-amateur n’est qu’un slasher inepte de plus, qui parvient malgré sa très courte durée à ennuyer copieusement son spectateur avant de lui asséner un twist déjà vu mille fois et mille fois mieux préparé (préférez plutôt revoir le sympathique WEEK-END DE TERREUR des années 80). On se console avec une VF bien nunuche et surtout avec un des pires travellings compensés qu’il m’ait été donné de voir sur un écran, ce qui a au moins le mérite d’être un tout petit peu drôle.
 
H comme… L'HOMME DE LA RUE, de Frank Capra (USA, 1941)
Après l’attachant LA VIE EST BELLE, découvert à l’époque de l’épisode 0 des Chroniques de l’Abécédaire, c’est L’HOMME DE LA RUE qui vient se faire chroniquer en ces pages, armé d’un beau sujet et handicapé par une copie pas bien brillante.
Beau sujet donc : en pleine crise économique à l’image du reste du pays, un journal licencie une bonne part de ses employés. Une journaliste fort contrariée fait de son dernier article une fausse lettre de suicide signée d’un inexistant John Doe. Contre toute attente, cette missive amère émeut l’opinion publique et les autorités politiques – moins pour le triste cheminement du pays que pour ce seul fantoche inventé de toutes pièces. La journaliste y voit aussitôt son intérêt, dévoile la vérité à ses employeurs et retrouve son poste avec pour mission de rédiger un bulletin régulier du très populaire John Doe. Très vite, cette popularité entraîne la nécessité impérieuse de dégoter un John Doe à montrer aux foules et à la presse, via un casting de mythomanes secrètement organisé par le journal. Au risque que le lauréat de ce rôle convoité (excellent Gary Cooper) ne finisse par le prendre un peu trop au sérieux…
Pas mal, n’est-ce pas ? Capra retrouve ici la finesse d’écriture qu’on lui connaît, supérieure peut-être à ses talents de metteur en scène. S’il sait montrer des images fortes (et ce dès le plan d’ouverture, avec le mot « free » arraché d’un mur au marteau-piqueur), sa réalisation paraît sans doute un peu plate (propre, fonctionnelle mais sans grande invention), mais elle est cependant largement compensée par un sens du rythme imparable et par une dernière partie plus soignée et surtout visuellement plus inventive. Ceci dit, le film brille sur deux heures de métrage d’une intelligence et d’une ambiguïté passionnantes : la forme est vive, humoristique, enlevée, mais le fond est étonnamment sombre, lucide. Alors que la seconde partie du film semble l’orienter vers une utopie de gentillesse et de générosité laissant derrière elle la sournoiserie et le cynisme de ses personnages principaux, le dernier acte apporte un merveilleux contrepoint noir et subtil – parvenant à faire naître une surprenante harmonie entre l’ironie désespérée et un humanisme sincère, non sans souligner à quel point les foules, tantôt solidaires tantôt déchaînées au gré des révélations et des formules, est manipulable à loisir. Et comme cette dernière partie est aussi esthétiquement la plus aboutie, L’HOMME DE LA RUE s’avère donc d’une très belle facture.
 
I comme… INTÉRIEURS, de Woody Allen (USA, 1978)
Grand admirateur d’Ingmar Bergman, Woody Allen saute le pas et réalise avec INTERIEURS son premier film dramatique, fortement sous influence, et à peu près totalement dénué d’humour, au grand dam de ses fans puisque le film aura à sa sortie en salles connu une légère déconvenue publique, accueil tiède d’ailleurs savoureusement parodié dans STARDUST MEMORIES. Le film dans ses grandes lignes n’est du reste pas sans défauts, certaines séquences ressemblant beaucoup aux mises en boîte du cinéma de Bergman : épure un rien décorative (dans tous les sens du terme), cadrages imitatifs (déjà placés dans l’excellent GUERRE ET AMOUR, mais sur un mode humoristique), symbolisme appuyé, interview des acteurs/personnages…
Revoir ce film – qui m’avait à une époque prodigieusement ennuyé – a été plutôt intéressant. INTERIEURS me semble un peu raté, mais il se démarque encore de ce qui va par la suite devenir une formule un rien immuable dans le cinéma de Woody Allen. Il est aussi marqué par une certaine naïveté renforcée par le sérieux de l’approche : tout est dans le titre ! Intérieurs vides hantés par des esprits tourmentés, enfermement constamment suggéré du personnage interprété par Géraldine Page, contrastant avec le chaos et l’ampleur du bord de mer lors de la (belle) séquence du suicide. Contraste évident également entre ce milieu aisé, intellectuel, pesant, et celui de Maureen Stapleton, belle-mère « normale », bavarde comme une pie, inculte, joyeuse… INTERIEURS paraît donc avec le recul bien simpliste et studieux, mais il faut souligner qu’il comporte tout de même quelques très belles séquences, particulièrement la dernière apparition, étrange, fantomatique, de Geraldine Page – très belle atmosphère silencieuse et subtilement onirique. Belles tranches de cinéma dans le cadre d’une œuvre sans doute un peu trop déférente envers son inspirateur, où la personnalité de Woody Allen paraît trop effacée.
 
K comme… KILLER INSTINCT, de Ken Barbet (USA, 2002)
Bon, le titre est affreusement banal, mais il s’agit au moins du titre original, à ne pas confondre donc, par exemple, avec le piètre SPLIT SECOND interprété par Rutger Hauer. Et c’est à vrai dire à peu près tout ce qu’a d’original ce petit slasher indigent, fonctionnel et sans réel intérêt. Le film s’éparpille un peu entre deux intrigues différentes sans en traiter une seule correctement, ce dont la conclusion aimablement immorale souffre beaucoup. D’un côté, nous avons Dee Wallace, journaliste lancée dans une enquête portant sur un vieux fait divers, menacée par des notables désireux de garder telle vérité dans l’ombre. De l’autre, une bande de jeunes ahuris décide de passer la nuit dans l’ancien hôpital psychiatrique désaffecté où a eu jadis lieu le fait divers en question, en profitant de l’occasion pour organiser une « chasse au slip », et pour se faire naturellement trucider par les pièges placés là par un mystérieux assassin.
Assommant et ridicule dans sa façon d’accumuler les fausses alertes toutes les cinq minutes, KILLER INSTINCT ne vaut vraiment rien, à l’exception d’une séquence vraiment idiote qui m’a fait rire : un lent travelling sur ce qu’on croit être une fellation en cours… mais le cadre finit par révéler que la jeune fille est en fait en train de sucer les doigts de pied de son copain. A ce stade, elle s’interrompt et s’exclame : « Désolée, ça marche pas pour moi : c’est… morteil ! » « It is toe much » en VO ? J’avoue que l’idée de revoir le film dans la langue de Shakespeare juste pour m’en assurer est un peu au-dessus de mes forces.
 
L comme… LA LÉGENDE DE LA MOMIE II, de David DeCoteau (USA, 2000)
Le film fait, très artificiellement, suite à un premier opus redoutablement terne, mais on essaie de se motiver en se disant que DeCoteau, sans atteindre les cimes du 7e Art, est au moins parfois capable de changer d’approche et de livrer une petite série B amusante et techniquement soignée, même si, une fois de plus, la copie proposée est en VF et surtout recadrée, dommage pour le cinémascope soigné du réalisateur, par ailleurs toujours fidèle à ses habitudes : le roi du plan basculé est toujours en forme, et toujours bien plus empressé de filmer des minets en caleçon et des torses masculins que des filles dénudées.
Bon, ceci dit, on déchante quand même assez vite : le film reste très laborieux et débouche rapidement sur une nouvelle soirée organisée par la sempiternelle bande de jeunes là où il ne faut pas, et comme je viens juste de m’en farcir une avec KILLER INSTINCT, inutile de dire que je n’étais pas forcément enchanté.
On fait le tri, nonobstant. Le film est interprété par une bande d’acteurs exécrables, et par l’actrice/productrice Ariauna Albright, fidèle des productions de Charles Band, une rouquine au physique improbable qui peut jouer indifféremment les étudiantes folles de leur corps ou les enseignantes coincées. C’est cependant le méchant teenager de la bande qui se fait remarquer, moins par ses talents d’acteur (nuls) que par sa spectaculaire tenue de descendant des prêtres aztèques (!), mi-cuir, mi-peau de léopard – avec jupe assortie. Il provoque le réveil d’une momie qui trucide mollement le casting dans un métrage au scénario vraiment inepte et à la technique rôdée certes, mais fort limitée, systématique et caricaturale. C’est un peu plus kitsch que le soporifique premier épisode, mais ça n’en est pas plus affriolant pour autant : on peut très bien s’abstenir de s’en imposer la vision sans s’en porter plus mal.
 
M comme… MESSIAH OF EVIL, de Willard Huyck (USA, 1973)
Le niveau remonte nettement avec ce passionnant et méconnu DEAD PEOPLE, premier des quatre longs-métrages réalisés par le cinéaste malchanceux Willard Huyck, dont les revers de carrière avaient été évoqués à propos de son 3e film, UNE DÉFENSE CANON. C’est aussi, sans doute, son meilleur film, et accessoirement l’un de ceux extraits du coffret « 50 Chilling Classics » qu’il me tardait le plus de découvrir – même dans une copie délavée, recadrée et en VO non sous-titrée, puisqu’il semble bien peu probable que MESSIAH OF EVIL soit jamais restauré et disponible dans une copie digne de ce nom…
Évoquant par moments le classique culte CARNIVAL OF SOULS, le film s’inscrit dans l’atmosphère du cinéma fantastique des années 70 dans ce qu’elle avait de meilleur, tout en préfigurant par son sujet le très intéressant RÉINCARNATIONS de Gary Sherman (petite bourgade à proximité de la mer dont les habitants ont un comportement étrange et pour le moins inquiétant). Et même s’il comporte quelques maladresses et souffre parfois d’une bande originale médiocre, le film impressionne et intrigue énormément par son ambiance irréelle, ses idées singulières, sa mise en scène originale et soignée, truffée d’initiatives étranges et de plans très aboutis (les autochtones contemplant la lune). Huyck privilégie le décalage musical (notamment dans l’impressionnante séquence du supermarché, passage véritablement glaçant et anxiogène), soigne une direction artistique un peu folle (particulièrement la maison du père de l’héroïne), détourne adroitement les clichés du genre (introduction du personnage de l’ivrogne du village qui forcément en sait long mais n’a jamais l’occasion d’en dire plus !) et emprunte à Hitchcock une célèbre idée de montage des OISEAUX pour une scène très forte se déroulant dans une salle de cinéma.
Sans être un chef-d’œuvre oublié, MESSIAH OF EVIL est donc tout à fait à la hauteur de la flatteuse réputation dont il avait bénéficié à l’époque, c’est un film cauchemardesque et mémorable, qui fait preuve d’une belle originalité, dans son scénario et plus encore dans sa conception aussi percutante que personnelle. Une de ces petites perles qui justifient et motivent l’exploration cinéphage de métrages enfouis sous la poussière. J'ajoute que, le film étant libre de droit, il vous est possible de le télécharger en toute légalité sur le site "Public Domain Torrents" en cliquant ici.
 
N comme… NOTRE HISTOIRE, de Bertrand Blier (France, 1984)
Comme je venais de le faire avec Woody Allen pour INTÉRIEURS, je reviens ici chez Blier sur un film qui m’avait à l’époque fait une impression un peu mitigée, éclipsé il faut le souligner par la maîtrise des films de la grande période (MERCI LA VIE en particulier) que je venais alors de découvrir.
Avec le recul, NOTRE HISTOIRE, avec sa narration décalée évoquant parfois par la petite bande celle de TRANS-EUROP-EXPRESS de Robbe-Grillet, semble déjà amorcer les expérimentations des films qui allaient suivre, une ébauche pas encore totalement aboutie dans la mesure où le film ne décolle pas vraiment : la faute sans doute à un casting un peu faible (Alain Delon et Nathalie Baye ne font pas vraiment d’étincelles), à une musique assez pénible (le classique marche tellement mieux chez Blier !), et surtout à des pannes de rythme qui rendent notamment la dernière partie un peu laborieuse, malgré quelques jolies trouvailles (le fleuriste et le frigo) et une conclusion délicate, très belle, introduisant un surprenant dédoublement de personnalité.
NOTRE HISTOIRE n’en reste pas moins très intéressant dans son humour décalé, son jeu avec la fiction, ses vagues de cruauté ou de tendresse toujours mises en abîme à leur point culminant. C’est du bon Blier, moins frontal que l’excellent PRÉPAREZ VOS MOUCHOIRS, mais pas encore aussi permissif et original qu’un film comme UN DEUX TROIS SOLEIL. En bref, c’est en tout cas un film qui va dans le bon sens – et vaut toujours bien mieux que la moyenne médiocre de la production française d’alors, et d’aujourd’hui.
 
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[Photo : "Elle va en voir de toutes les couleurs", par le Marquis]

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Mardi 24 juillet 2007

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

[Photo : d'après Camilla Carr dans NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, par Le Marquis]

S’achève enfin la longue parenthèse entre cet article et sa première partie, dû à la fois à la virulence de la reprise de mes activités professionnelles et, plus agréable, à la visite du Dr Devo qui a mis le visionnage alphabétique sur pause pendant une bonne semaine. Et il faut bien l’avouer, le Docteur a eu la main bien lourde dans ses choix : nous aurons rarement à ce point enchaîné les films de seconde ou de troisième zone ! Motif invoqué : « Je vois des bons films toute l’année » ! Hem… N’allez pas vous figurer que mon salon est l’Antre de la Consternation, il y avait dans la pré-sélection une palanquée de très bons films. Mais bon, ma foi, c’est l’appétit qui parle, et à toutes fins inutiles, voici la liste (alphabétique naturellement) des films visionnés en bonne compagnie : BASKET CASE, premier long-métrage du très sympathique Frank Henenlotter, BLOODY MURDER, nettement moins amusant que sa suite (mais cette suite avait pour avantage certain une VF québécoise hilarante), LE CERVEAU QUI NE VOULAIT PAS MOURIR, petit classique de SF des années 60 doté d’un certain charme à mes yeux, CULTUS, duplicata tout juste passable de LAKE PLACID, THE DARK DANCER, thriller érotique stupide, DEATH GAMES, plagiat tardif de RUNNING MAN produit par Roger Corman (avec une chanson qu’on qualifiera de mémorable en générique, « Mortal Challenge »), FREDDY CONTRE JASON, plutôt agréable à la revoyure sans être pour autant très réussi (j’ai tout de même été un peu sévère envers ce film à l’époque), GHOST WORLD de Terry Zwigoff, sans doute l’un des meilleurs films de la sélection (bien qu’il ne soit pas exempt de défauts), HORROR CANNIBAL 1 et 2, improbables métrages d’un Bruno Mattei qui bouge encore, THE HUMAN TORNADO, sommet incontournable de série Z offert par le Captain Pangolin (que je remercie vivement !), l’insupportable KILLJOY, et sa suite KILLJOY II qui a suscité une molle polémique (il est bien meilleur que le premier opus, ce qui n’était pas bien difficile, et m’a paru très relativement plaisant à la consternation du Dr Devo), LA LÉGENDE DE GATOR FACE, offert par mon invité et délicieusement tartempion, l’infect LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS II (il faudra un jour que je fasse un article sur le film original de Dan O’Bannon pour lui rendre justice), et ZOMBIE KING, avec KILLJOY le film le plus pénible et le plus antipathique de la sélection, ne vous laissez pas avoir par l’emballage « fun » d’un métrage en réalité d’un ennui mortel et d’une laideur totale. En complément de programme, la quasi intégralité de la saison 1 du Muppet Show en VOST est venu apporter une grande bouffée d’air frais, et je ne manque pas de signaler au passage une autre grande discussion sur KING KONG, Peter Jackson et le tout-infographique dont il restera probablement quelques traces lorsque j’aborderai le film de Jackson dans un prochain épisode.
Mais tout de suite, revenons-en à la suite et fin de l’épisode 13, et ouvrons le feu avec un film en M comme…
 
MALÉFICES, de Maurice Devereaux (Canada, 1998)
On retrouve ici le sympathique Maurice Devereaux de SLASHERS, avec son film précédent et second long-métrage après un BLOOD SYMBOL dont le cinéaste ne semble pas très fier (SLASHERS était donc le troisième, suivez donc un peu), toujours édité par Antartic, mais cette fois en VF et dans une copie recadrée, pour un métrage de surcroît nettement moins argenté. Le résultat est à vrai dire bien moins convaincant.
Le film développe une variation sur le thème de la Dame Blanche dans un fantastique très naïf et largement mâtiné d’érotisme. Le manque de moyens se fait cruellement ressentir, notamment dans un casting calamiteux, mais Devereaux met vraiment le paquet visuellement, chargeant son film de transparences parfois très gonflées, et livrant parfois quelques plans aquatiques assez jolis. Quelques belles trouvailles visuelles côtoient ainsi des emprunts à EVIL DEAD ainsi qu’une séquence volée au superbe (et totalement oublié) SISTER SISTER de Bill Condon. Ceci dit, le budget et le semi-amateurisme s’accompagnent aussi de maladresses grossières, renforcées par ce qu’on peut difficilement reprocher à son réalisateur, à savoir son excès d’ambition – voir les hilarantes séquences en flash-back avec les chevaliers. Cheap et pas d’un rythme très soutenu, le film a en tout cas le mérite de n’être vraiment pas sobre, même si je vous orienterais plutôt vers son troisième essai, le curieux SLASHERS donc, plus maîtrisé et au concept relativement original : de fil en aiguille, Devereaux, dont le nouveau film, END OF THE LINE, est achevé, acquiert doucement ses gallons de petit faiseur attachant dans un milieu où les personnalités un peu singulières se comptent sur les doigts d’une main.
 
N comme… NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, de S.F. Brownrigg (USA, 1976)
Retour aux années 70 avec un métrage offert par le Dr Devo, film qui n’aurait d’ailleurs pas dépareillé s’il avait trouvé sa place dans le coffret « Chilling Classics » dont j’égrène peu à peu les premiers titres visionnés. Le film est édité en DVD par PVB, éditeur qui m’agace plutôt, dans la mesure où son catalogue, assez original, est le plus souvent gâché par l’exécrable qualité des copies et des DVD lancés sur le marché – c’est à eux qu’on doit notamment la sortie du seul DVD actuellement disponible dans le monde pour le magnifique LE CERCLE INFERNAL de Richard Loncraine, retitré « The Haunting of Julia » pour l’occasion (non, ce n’est pas le titre original) et surtout recadré, ce qui rend l’acquisition du produit hautement peu recommandable dans la mesure où Loncraine utilisait l’intégralité du format cinémascope pour composer cet univers sombre et mélancolique.
Même tarif pour NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, étrange variation sur le thème de la folie meurtrière post-PSYCHOSE, présenté dans une copie infecte, et en VF. D’après ce que l’image nous permet de distinguer, le film semble assez maladroit et dans l’ensemble piètrement réalisé, sans compter un sens du rythme des plus discutables. Pourtant, le film se suit sans déplaisir, principalement grâce à la performance surprenante de son actrice principale, Camilla Carr, à la carrière assez maigre principalement illustrée par un rôle récurrent dans la série « Falcon Crest ». C’est un peu dommage, elle livre ici une interprétation indéniablement puissante, et en tout cas jusqu’au-boutiste, sans craindre le ridicule, sans jamais hésiter à forcer le trait. Et ça fonctionne. D’autant plus que quelques séquences isolées s’avèrent vraiment étonnantes : très belle utilisation des fondus enchaînés, intéressant montage alterné entre une prostituée qui se déshabille et une femme endossant les vêtements d’un homme. Mais je pense surtout à ces scènes où la caméra subjective fait du spectateur l’objet de la folie de Camilla, son frère, son amant puisqu’elle fait littéralement l’amour à la caméra lors du plus beau passage du film, rares instants de déraison dans un métrage un peu mou et convenu, suffisamment intenses pour le rendre au moins mémorable, ce qui n’est pas si mal.
 
O comme… OH! QUEL MERCREDI!, de Preston Sturges (USA, 1947)
Et maintenant, une petite excursion dans les années 40 pour évoquer un métrage malchanceux, maladroit, et en partie passionnant. En 1947, Preston Sturges a l’idée d’orchestrer le come-back de l’acteur Harold Lloyd, grande star du splastick aux temps du cinéma muet (j’aime assez ce que j’en ai vu) qui avait raté le coche du passage au parlant dans les années 30, et avait fini par mettre un terme à sa carrière. Le projet aboutit, mais le film, THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK a explosé son budget et n’est pas apprécié par ses producteurs Harry Cohn et Howard Hughes, lesquels décident de le remonter et de le remodeler. Le second montage, intitulé MAD WEDNESDAY, est un flop retentissant, ce qui met un terme définitif à la carrière d’Harold Lloyd. Bon, ça, c’était la partie « fiche de Monsieur Cinéma ». Je précise juste que Bac Films nous propose en France le montage original, à savoir THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK – ce que ne laisse pas supposer l’affiche du film sur la jaquette, qui est celle de MAD WEDNESDAY.
On peut cracher le morceau de suite : sans être une purge laborieuse comme l’était LA TERREUR DE L’ARMÉE avec Jerry Lewis, loin de là, et même s’il présente plus d’une belle qualité, le film de Preston Sturges, qui cherche parfois à retrouver la vigueur d’un film comme l’imparable IMPOSSIBLE MONSIEUR BÉBÉ auquel il emprunte d’ailleurs quelques gags, n’est pas une comédie particulièrement réussie. L’intrigue et les situations sont aimablement loufoques, correctement troussées, agréables, sans plus.
Pourtant, le film me semble assez incontournable, ne serait-ce que pour l’audace et l’originalité de sa première partie, déconcertante et vraiment intelligente, qui sait se jouer avec finesse et non sans un léger arrière-goût d’amertume de l’aura de has-been de sa vedette. Le film débute par un très large extrait de près d’un quart d’heure de THE FRESHMAN (1925), permettant à la fois au spectateur de se souvenir de ce qu’Harold Lloyd avait été dans les années 20 (juste l’égal d’un Buster Keaton), et de préparer le terrain à un étonnant tour de passe-passe cinématographique, une transition quasi invisible vers la fiction de 1947. Subtilement sonorisé puis dialogué, l’extrait de THE FRESHMAN laisse soudain la place au film de Preston Sturges, et Harold Lloyd semble toujours incarner dans le même mouvement le personnage qu’il y interprétait ; mais il a vieilli, naturellement, et le contraste est frappant dans ses brefs plans de l’acteur maquillé avant que ce maquillage ne soit balayé par un discret flash-forward au terme duquel nous retrouvons Harold… Lloyd ou Diddlebock ?
La question se pose, dans la mesure où la star sur le retour peut difficilement être perçue comme autre chose qu’elle-même, acteur défraîchi et employé de bureau sur le point d’être licencié par un patron qui a oublié le match glorieux de l’introduction muette, et a peut-être aussi oublié THE FRESHMAN et Harold Lloyd lui-même. Le film amorce ainsi avec talent un parallèle constant entre deux fictions et entre un avant et un après que le réalisateur ne cherche jamais à dissimuler ou à travestir : THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK ne tente à aucun moment de singer les titres de gloire de Lloyd malgré de constantes références, et s’efforce d’inscrire le jeu de son acteur dans une écriture plus sophistiquée laissant derrière elle les ficelles propres aux grandes heures du cinéma muet. Démarche qu’Harold Lloyd assume d’ailleurs avec un certain talent, livrant une performance originale et irréprochable. Dommage que la seconde partie du film ne soit pas vraiment à la hauteur de cette superbe ouverture, et s’enlise quelque peu dans une comédie typique de l’époque, sans défauts rédhibitoires mais sans grande personnalité non plus. Reste que ceux qui se souviennent du binoclard suspendu à l’aiguille d’une horloge ne doivent pas rater le très bel hommage et la belle réflexion qu’induit cette ellipse de plus de vingt ans qui nous présente Harold Lloyd à l’apogée de son succès puis à deux doigts de l’oubli.
 
P comme… LA PLAGE, de Danny Boyle (USA / Angleterre, 2000)
Il me faut vraiment avoir énormément apprécié son 28 JOURS PLUS TARD (c’est le cas) pour trouver la motivation nécessaire à la découverte de ses films précédents, puisqu’à l’époque de la sortie de son meilleur film, et ô combien de loin, je n’en avais vu aucun. Je comprends mieux les réticences de certains en les découvrant à rebours, en me disant que Danny Boyle revenait de loin et que la réussite de 28 JOURS… était loin d’être dans la poche. Il faut dire qu’UNE VIE MOINS ORDINAIRE et PETITS MEURTRES ENTRE AMIS, malgré une volonté manifeste d’inventivité visuelle – qui débouchait sur de bons résultats à raison de quinze-vingt petites minutes sur la durée de chaque métrage, ne m’ont pas vraiment convaincu. Restent à découvrir, le fameux TRAINSPOTTING, que j’appréhende à vrai dire, et MILLIONS qui n’a pas rencontré le moindre succès et m’intrigue doucement. Danny Boyle vient d’achever le film SUNSHINE, mêlant science-fiction et film catastrophe avec un sujet à la ARMAGEDDON qui me laisse un rien perplexe : le petit roublard restera-t-il l’homme d’un seul film ?
Oui, parce que bon, au moment de visionner LA PLAGE, il m’en aura fallu du courage pour surmonter l’aversion a priori que suscitait la composition du casting, une sorte de galerie des horreurs cependant illuminée par la présence de la talentueuse Tilda Swinton, pour supporter un Leonardo Di Caprio (vu il y a peu dans CRITTERS III !) redoutable quand il n’est pas solidement tenu en laisse, la Virginie Ledoyen, et par dessus tout Guillaume Canet, dont chaque apparition me donne des envies de génocide. Le comble étant que les personnages incarnés par les deux derniers cités m’ont semblé d’un intérêt parfaitement dispensable.
Le film, malgré un sujet séduisant, m’a semblé franchement détestable dans ses grandes lignes, lourdement handicapé par des personnages sans intérêt, suscitant des dialogues pas fameux, énoncés par des acteurs pas fameux non plus – et je suis attentif au fait qu’il rentre là une bonne part d’épidermique, j’en suis bien conscient. Autre problème majeur, la bande originale, insupportable bout à bout de musique branchouille (citons pêle-mêle, et que les fans ne s’en formalisent pas, Moby, Blur, Chemical Brothers ou même un remix du « Yé Ké Yé Ké » de Mory Kanté !). Ces choix musicaux posent tout particulièrement problème, dans la mesure où ils m’ont semblé anéantir purement et simplement l’atmosphère recherchée du film autour de cette communauté loin du monde : comment ressentir une seule seconde la supposée violence du retour à la civilisation, inscrite en caractères gras dans le scénario mais pas du tout dans le son (le juke-box en off sur la plage est à peu près le même sur le continent !) ou dans la mise en scène (percluse de tics décoratifs agaçants quel que soit le contexte dans lequel les personnages évoluent) ? Et je ne parle pas de ses séquences pseudo-érotiques sur fond de musique à la Tahiti Douche. Les expérimentations de la dernière partie (notamment le passage en mode jeu vidéo), étranges mais tout autant ratées, arrivent à un stage où la vision du film m’est devenue tout simplement trop pénible pour que je sois en mesure d’y prêter la moindre attention. Aucun intérêt, à peu de choses près, essentiellement la brève apparition de Robert Carlyle et la performance intense de Tilda Swinton, que je préfère mille fois revoir dans ORLANDO ceci dit.
La vraie question est la suivante : où Danny Boyle est-il allé puiser l’intensité, la retenue, la cohérence, la spontanéité et l’intelligence quand il a mis en boîte 28 JOURS PLUS TARD ?
 
R comme… ROXANNE, de Fred Schepisi (USA, 1987)
On se calme et on boit frais avec cette innocente petite comédie issue des années 80 à jamais disparues, solidement campée par un duo autrement plus séduisant que Ledoyen/Canet, j’ai nommé Steve Martin et Darryl Hannah – ça a quand même une autre gueule, non ? Franchement. Le film reprend, en les transposant dans un contexte contemporain, les grandes lignes de « Cyrano de Bergerac », celles que connaissent tous ceux qui n’ont jamais lu une seule ligne du livre d’Edmond Rostand – j’en fais partie, pour tout dire. C’est mignon, propret, insignifiant et attachant, et je n’ai absolument rien d’autre à en dire.
 
S comme… SLACKERS, de Dewey Nicks (Canada / USA, 2002)
Le film a déjà été favorablement critiqué par le Dr Devo, je vous renvoie donc à son article, et si je ne partage pas totalement son point de vue, je peux moi-même pointer les quelques qualités du métrage. En tout premier lieu, l’interprétation de Jason Schwartzman, très populaire aux Etats-Unis et quasi inconnu en France – il faut dire que RUSHMORE de Wes Anderson (son meilleur film à mes yeux), dont l’acteur tenait la tête d’affiche, a connu en France une distribution des plus confidentielles. L’intérêt de SLACKERS réside tout particulièrement dans ce que le film peut avoir de profondément immoral, en plus de sa vulgarité tapageuse et de sa méchanceté gratuite. Le film s’inscrit dans le genre « college », sur un registre nettement porté sur la farce tendance AMERICAN PARTY (VAN WILDER PARTY LIAISON) ou AMERICAN PIE. Titres que j’apprécie très modérément, ne partageant pas trop l’enthousiasme du Dr Devo sur la question.
Et je m’en explique. Alors que j’apprécie ouvertement les films de college, une certaine frange d’entre eux me gêne vraiment, dont les titres cités à l’instant font partie. C’est le double effet Kiss Cool en somme : je suis dans un premier temps emballé par l’énergie quasi anarchique et l’insolence qui se dégagent de ces films qui détournent les codes d’un genre à la base assez nunuche et semblent prendre le chemin de la comédie noire percutante sur fond d’esthétique MTV (séquences clipées, sketches isolés, fantasmes visualisés, etc.), techniques faciles et pas bien originales, mais toujours un peu efficaces. Mais par la suite, je suis franchement atterré par la façon dont le cynisme porté en étendard durant trois quarts d’heure finit par déteindre sur le cours du scénario au point de le détremper totalement. Le vrai cynisme ? C’est quand des personnages héros aux comportements immoraux se rachètent soudain une conduite et rentrent dans le rang en se faisant plus intégrés et intègres que les plus mère Térésa des nerds moqués dans la première partie. Que cela plaise ou non, et ça ne me plaît pas, Jason Schwartzman n’est pas le héros de SLACKERS. Le héros de SLACKERS, c’est cette pomme de terre au four qu’est l’insipide Devon Sawa. Le film ne ménage pas la moindre empathie pour le personnage de marginal psychotique joué par Schwartzman, lequel n’a bien que son interprète pour développer une relative épaisseur – il est d’ailleurs le seul réel intérêt d’un film par ailleurs inepte et assez laid. Contrairement au docteur, je ne vois ni ne ressens aucune noirceur dans ce qu’il lui advient au terme du métrage, pas la moindre dimension tragique, le film (qui dans le cas contraire aurait effectivement été bien plus intéressant) ne laissant pas la place à ce genre de considérations dans la façon qu’il a d’enfermer ce rôle dans une sauce figée d’imbécillité, d’antipathie et de grotesque : il n’y a, dans le regard qui est porté sur lui, qu’un mépris rigolard qu’au fond je trouve assez glacial. Là où le Dr Devo trouvait entre deux lignes un sous-texte cruel sur son devenir, je n’ai en fait perçu que de l’humour potache bien plus soucieux de morale que de social. Et quelle morale ! Les pires héros sont bien ceux qui jettent à la corbeille leur personnalité et leurs comportements déviants à la première occasion pour mieux rentrer dans le rang et se faire exemples d’une version simpliste de récit d’apprentissage qui ne laisse pas l’ombre d’une chance à l’ambivalence.
 
T comme… TRACK OF THE MOON BEAST, de Richard Ashe (USA, 1976)
Sans se laisser décourager le moins du monde par le piètre BAKTERION, je reviens explorer de façon aléatoire les tréfonds du coffret « Chilling Classics », avec ce redoutable TRACK OF THE MOON BEAST qui parvient hélas à faire pire que son voisin de coffret italien. Dans un registre résolument Z, le film de Richard Ashe rencontre à peu de choses près les limites du TROU NOIR de Disney : c’est bien joli, mais c’est un film des années 50 malencontreusement réalisé dans les années 70 !
Après avoir brièvement fait connaissance avec un maigre troupeau de personnages dissertant aux alentours d’un désert, campé par un maigre troupeau d’acteurs au jeu totalement rétro et tout aussi peu concerné. Une pluie de météorites vient alors bouleverser mollement l’intrigue : notre malheureux héros reçoit dans la tête un petit éclat du caillou venu du ciel. Très logiquement, monsieur se met alors à souffrir d’une étrange forme de lycanthropie, puisqu’il se transforme en croquignolet homme-lézard meurtrier les soirs de pleine lune…
Bilan des courses, on s’ennuie gentiment même si l’aimable nullité ambiante en rend la vision un peu délassante. Ceci dit, le film devait déjà paraître bien désuet lors de sa sortie en salles en 1976, avec sa Créature du Lac Noir de pacotille, ses passages musicaux délicieusement ringards (ici une formation à la « Peter Paul & Marie » qui nous interprète dans un bistro un spectaculaire « California Lady »), ainsi qu’un premier meurtre hors-champ qui plagie avec une touchante maladresse une séquence célèbre de L’HOMME-LÉOPARD de Jacques Tourneur, tourné en 1943… Si je ne vous en ai pas dégoûtés, et si vous avez un faible pour les monstres avec fermeture éclair intégrée, vous pouvez télécharger en toute légalité ce petit film tombé dans le domaine public lorsqu’il s’est pris les pattes dans son encombrante queue d’iguane humanoïde !
 
U comme… U-TURN, d’Oliver Stone (USA / France, 1997)
Oliver Stone… Encore un cinéaste capable du meilleur comme du pire, et sans vouloir être vache, j’ai toujours eu le sentiment que la qualité de ses métrages reposait essentiellement sur le talent de l’équipe technique qui l’entoure. Alors que ses élans de patriotisme critique trempé dans l’académisme roublard (PLATOON, NÉ UN 4 JUILLET, NIXON, JFK, WORLD TRADE CENTER) m’ont toujours laissé totalement froid, j’ai par contre beaucoup apprécié les expérimentations de son intéressant TUEURS-NÉS, à vrai dire le seul de ses films qui ne m’ait pas laissé indifférent…
… Jusqu’à ce U-TURN visionné sur les conseils avisés du Dr Devo, film noir singulier, toujours très roublard mais vraiment plaisant. La narration du film fonctionne sur des bases classiques mais toujours efficaces : le film débute sans véritable sujet, lequel ne se dessine que progressivement, et c’est avant tout par le biais d’un décor mis en place avec humour et d’une galerie de personnages impossibles (casting surprenant où se croisent Julie Hagerty, Claire Danes, Billy Bob Thornton ou Jon Voight, et j’en passe). L’atmosphère iconoclaste et le recours à une bande originale décalée évoquent fortement le cinéma des frères Coen lorsqu’ils étaient encore en pleine forme. Bref, Oliver Stone construit un univers totalement irréaliste et semi-parodique, et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne procède pas par petites touches impressionnistes.
C’est l’autre attrait du métrage, qui risque probablement de provoquer quelques rejets sommaires mais me semble valoir bien mieux que la tiédeur léthargique et démonstrative de la grande majorité des films du cinéaste : sa constante et radicale hyper-expressivité, qui ne va pas jusqu’à la furie psychotronique de TUEURS-NÉS mais s’inscrit indéniablement dans la même mouvance – cadres torturés, montage sonore acerbe, photographie criarde, splitscreens mobiles et cartoonesques, interprétation en roue libre… À défaut de bon goût, U-TURN compense par un étonnant cocktail d’érotisme, de violence, de comédie et de décrépitude, énergique et d’une artificialité pleinement assumée (voir le très gros plan, somme toute logique, sur l’œil de Jennifer Lopez, dans le reflet duquel on distingue très clairement l’équipe de tournage). Et dans ce flux d’images et de son qui tourne résolument le dos au réalisme et aux clichés du genre, on croise même quelques très belles choses, comme ces jump-cuts troublants sur la Lopez, technique de montage ici vraiment incarnée.
Difficile de discerner une réelle personnalité dans cet exercice de collage formaliste et d’une gratuité forcenée, esthétiquement très riche par la force des choses, peut-être un rien bourratif mais tellement plus captivant qu’une énième reconstitution historique aux vapeurs de verveine-camomille.
 
V comme… LE VOLEUR D'ARC-EN-CIEL, d’Alejandro Jodorowsky (Angleterre, 1990)
L’éditeur PVB fait ici une seconde percée après NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, avec un titre inattendu que m’a offert le Dr Devo, qu’il en soit encore remercié. Toujours le même problème avec PVB, la richesse du catalogue (l’éditeur propose également LE CRI DU SORCIER de Jerzy Skolimowsky) est un peu gâchée par la médiocrité technique des DVD, et si le film de Jodorowsky est bien en version originale et au format respecté, la copie souvent verdâtre reste hélas de qualité assez médiocre. Tant pis, la rareté du film, à peine distribué en salles dans les années 90 après l’exploitation tardive et elle-même un peu confidentielle du superbe SANTA SANGRE, compense amplement la facture médiocre de l’édition.
Belle occasion en tout cas pour ouvrir une petite parenthèse sur la carrière de cinéaste de ce sympathique énergumène, dont je ne connais pas de très près les œuvres littéraires ou le travail dans la bande-dessinée. Peu productif, Jodorowsky, qui travaille actuellement sur un nouveau long-métrage intitulé KING SHOT (je crierai hourra quand j’aurais la copie ou le ticket entre les mains, ayant tout de même attendu seize ans avant de pouvoir voir LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL), n’a jamais fait les choses à moitié. Ses films, pour la plupart, méritent largement le terme de films-cultes. Un terme aujourd’hui totalement vidé de son sens, utilisé à tort et à travers par la critique et ouvertement monnayé par les distributeurs, je crois depuis que le mauvais THE CROW est sorti en salles flanqué du slogan « un film culte », et ce dès le jour de sa sortie : le terme « culte » ne désigne plus ces films fantômes insaisissables, pas toujours très bien distribués lors de leur première exploitation en salles, pas toujours très bien compris non plus, mais qui se sont lentement construit une solide réputation au fil des années, ne devenant célèbres et amplement diffusés que sur le tard. Et pas forcément avec une grande facilité – LA MONTAGNE SACRÉE et EL TOPO, diptyque étrange de Jodorowsky récemment ressorti en salles et qui connaîtra probablement une sortie DVD onéreuse dans les temps qui viennent, sont pendant des années restés invisibles pour de sombres histoires de droits ayant opposé le cinéaste à son producteur. En clair, des films comme THE CROW, LE GRAND BLEU (au secours) ou même RESERVOIR DOGS ne se sont vus taxés de films-cultes que parce que le terme fait très chic et que c’est un argument commercial comme un autre.
D’autres films de Jodorowsky sont par contre passés à peu près inaperçus – et je n’ai hélas pas encore eu la possibilité de les voir : FANDO AND LIS, TUSK, et jusqu’au dernier trimestre 2006, ce VOLEUR D’ARC-EN-CIEL, œuvre de commande tournée dans la foulée de SANTA SANGRE, le magnifique hommage de Jodorowsky au cinéma d’épouvante, œuvre profondément lyrique et symboliste, d’une puissance visuelle incomparable, dans l’ombre de laquelle est resté ce « petit film » interprété par Omar Sharif sans moustaches (c’est à peu de choses près tout ce que les médias ont jugé bon de faire remarquer en 1990), Peter O’Toole et Christopher Lee.
Sans égaler la fulgurance de SANTA SANGRE, LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL ne souffre pas des attentes générées par une curiosité d’aussi longue haleine, et s’est à vrai dire avéré bien plus riche et spectaculaire que ce à quoi je m’étais attendu. S’inscrivant sensiblement dans la même veine que SANTA SANGRE dans sa mise en scène (réalisation parfois très chorégraphiée et avare en séquences dialoguées, utilisation de la musique, soin porté à la direction artistique et à la photographie) et dans ses représentations (forains, putes, handicapés y forment une nouvelle variation, toujours très lyrique, sur la Cour des Miracles), le film n’est pourtant pas écrit par Jodorowsky lui-même, mais par Berta Dominguez D., laquelle s’approprie également l’interprétation de Tiger Lily, superbe personnage au centre d’une des séquences les plus émouvantes du film. Beau scénario d’ailleurs, auquel Jodoroswky apporte son inspiration visuelle, qui culmine dans la dernière partie du film avec un déluge noyant le monde dans lequel le cinéaste nous a faits évoluer, et auquel il apporte une qualité devenue bien rare de nos jours : la vie des décors. LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL est un conte où la cruauté et l’espoir s’entremêlent et se confrontent constamment. C’est aussi un très beau film, tout simplement.
 
W comme… WALLACE & GROMIT ET LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU, de Nick Park & Steve Box (Angleterre, 2005)
Il n’est pas dit que Nick Park parviendra jamais à égaler la réussite de THE WRONG TROUSERS, seconde aventure de Wallace & Gromit, et de très loin la meilleure, en plus d’être sans doute le meilleur travail de l’animateur anglais Nick Park. Bien sûr, cela n’enlève pas le plaisir que procure ce type d’animation artisanale à l’heure où l’on ne jure plus que par l’animation infographique : il y a dans cette esthétique une réelle incarnation, une présence tangible des décors, des objets, et il faut bien reconnaître à Nick Park, qui sait tirer intelligemment profit de sa propre cinéphilie, une réelle mise en scène, certes très référentielle, qui gère le plus souvent avec talent une mise en image dotée d’un appréciable sens du rythme, et d’un vrai découpage – avec l’échelle de plans qui fait défaut à tant de films live.
Après le merveilleux hommage à Hitchcock qu’était le très réussi THE WRONG TROUSERS, LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU s’oriente vers une relecture astucieuse et parfois très drôle du film d’horreur. Le film est visuellement séduisant et fourmille de bonnes idées, mais s’avère en fin de compte un peu décevant, la faute à une dernière partie maladroite et à une conclusion ratée. La réalisation de ce type de films s’étale sur plusieurs années, ce qui génère une attente et donc une certaine exigence, et peut par ailleurs nous amener à nous demander pourquoi le cinéaste, durant tout ce temps, ne s’est pas rendu compte de ce que le dénouement de son film avait d’insatisfaisant, et pourquoi il n’a pas cherché à corriger le tir en cours de route. Dommage donc que le film se termine sur une pirouette bâclée et peu cohérente. Le résultat reste plaisant et agréable, mais cède malheureusement à quelques facilités et à certaines redites (tous les films de Nick Park sont-ils voués à s’achever sur une course-poursuite motorisée ?) qui commencent à sentir le réchauffé et la panne d’inspiration. Le film est plus que visible ; mais il aurait dû casser la baraque !
 
Bon, c’est pas le toutou, mais la rédaction de l’épisode 14 ne va pas se faire toute seule, et il va me falloir m’activer : l’année 2006 comporte encore trois sélections complètes à chroniquer, et pendant ce temps-là, les visionnages se succèdent, la quatrième sélection, à cheval sur 2006/2007, étant particulièrement riche et intéressante. Au boulot !
 
Le Marquis
 
Et toujours, mais par ordre de préférence cette fois, de quoi vous suggérer certaines priorités :
 
[Photo : A HISTORY OF VIOLENCE, par Le Marquis]
A HISTORY OF VIOLENCE
LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL
LORD OF WAR
KEOMA
U-TURN
INSEMINOÏD
DEVDAS
WALLACE & GROMIT ET LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU
ÉMILIE, L’ENFANT DES TÉNÈBRES
OH ! QUEL MERCREDI !
FAST FOOD, FAST WOMEN
L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOF
CONSTANTINE
NE REFERMEZ PAS MA TOMBE
ROXANNE
SLACKERS
MALÉFICES
LA PLAGE
LES GUERRIERS DU BRONX II
BAKTERION
TRACK OF THE MOON BEAST
 
 
Bande-annonce de l’épisode 14 : Une recette novatrice d’éclair à la vanille inspire un vaudeville psychiatrique et bisexuel qui dégénère vite en une parodie de guerre des clans au cours de laquelle trois orphelins en péril perpétuel luttent contre un tueur de petites vendeuses de billets de loterie avec l’aide d’une adolescente enflammée. Non loin de là, une mamie homicide énonce un mensonge pour la bonne cause à l’encontre d’une mère névrosée qui a développé l’instinct d’un tueur, une momie gay en somme… Dans cette petite ville anthropophage, une liaison extraconjugale entre deux individus mariés l’un à l’autre les amène à cacher des légumes sous le matelas, tandis que des zombies nouvelle vague se livrent à des passes inquiétantes dans un hôtel, dans un hommage vibrant à Orson Welles. Un road-movie mou du genou certes puisqu’on ne s’y déplace pas, mais un vrai polar psychédélique. À ne pas manquer.
 
Pour accéder à la première partie de cet article, cliquez ici.
 

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[Photo : d'après NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, par Le Marquis]

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Dimanche 28 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

[Photo : "Et surtout la santé", par Le Marquis]

 

Avant toutes choses, je souhaite comme il se doit à l’ensemble des visiteurs une excellente année 2007. Que les habitués du site s’y sentent toujours les bienvenus. Que les lecteurs silencieux puissent toujours y trouver leur compte. Que les aigris qui nous traitent d’élitistes prétentieux parce qu’on aime Sokourov et pas SAW puissent nourrir leur ulcère en nous couvrant d’insultes. Que les aigris qui nous traitent d’incultes chômeurs parce qu’on aime LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO et pas Truffaut se sentent libres d’en faire autant. Et que ces deux dernières catégories parviennent un jour à se mettre d’accord.
Un mot pour remercier tout particulièrement certains d’entre vous pour les articles excellents qu’ils nous ont fait parvenir à l’occasion de l’anniversaire de Matière Focale : chaleureuse poignée de main donc à Vierasouto, au Dr Orlof, à Isaac Allendo, à Rub, à Ludo Z-Man, à Norman Bates, à OverFab dont la contribution sera disponible incessamment sous peu, et je précise très clairement que les liens vous renverront, non pas à leur article pour Matière Focale, mais bien à leurs sites respectifs, que je vous encourage à aller visiter de ce pas – en déplorant de ne pas avoir de lien à associer à Rub, qui le valait bien. Je ne m’attendais pas à tant de contributions à ce modeste événement, et ces articles successifs ont été lus avec le plus grand plaisir.
Mais revenons-en à l’affaire qui m’amène. Les vacances de fin d’année étant ce qu’elles sont – la magie de Noël est descendue sur nos cartes bleues, et tinorossi à vous tous, la rédaction des Abécédaires n’a pas vraiment pris de l’avance, et je dois donc faire le deuil de la chimère qui me poussait à croire naïvement que je pourrais clore le compte-rendu exhaustif des visionnages de l’année 2006 au 31/12. Bernique ! Bof, peu importe. Il n’est d’ailleurs pas impossible que l’Abécédaire évolue dans sa forme, c’est en réflexion, mais pour le moment, c’est la tête dans le guidon que je vous livre ici la première partie du 13e épisode, qui s’ouvre en toute bonne logique avec un film en A comme…
[Le suspense est à son comble... "Pianiste", par le Marquis, d'après L'HORRIBLE Dr ORLOF] 
 
A HISTORY OF VIOLENCE, de David Cronenberg (USA / Allemagne, 2005)
Mine de rien, le dernier film de Cronenberg, bien qu’il n’ait pas fait l’unanimité, est son premier vrai succès populaire depuis LA MOUCHE, et a même trouvé grâce auprès de ceux qui l’avaient catalogué comme un cinéaste prétentieux drapé dans le mépris de ceux qui l’avaient porté à l’époque de DEAD ZONE, LA MOUCHE ou VIDEODROME. Il est d’ailleurs assez surprenant de découvrir une narration aux lignes claires, comme il n’en avait pas abordées depuis plusieurs années, au point du reste qu’il est même possible de le prendre au pied de la lettre et seulement pour ce qu’il raconte, ce qui explique bien qu’une des plus belles séquences du film (la scène érotique dans l’escalier, qui marque un point de basculement précis et mystérieux et clarifie soudain l’intérêt que Cronenberg a pu trouver à ce scénario) ait été l’objet de quelques polémiques, et que certains, comme nous le rappelle l’anecdote rapportée par Tournevis à la fin de son article en lien sur ce titre ci-dessus, aient pu s’enferrer dans un contresens total de l’objet et des visées du film.
Les thèmes de la mutation et de la contamination, souvent extériorisés dans l’œuvre de Cronenberg, opèrent ici à la fois sur l’ambivalence des personnages et sur la subtilité avec laquelle la violence circule, invisible, transitant d’un personnage à un autre, et n’éclatant dans d’étonnantes séquences très graphiques et tirant vers le western que parce qu’un récit plus symboliste qu’il n’en a l’air le permet. Ce que le personnage interprété par Viggo Mortensen a d’extraordinaire n’est que le révélateur d’une vision incisive de la famille et du rapport à la violence, dont les conclusions, sombres, ambiguës et inconfortables, s’expriment dans la séquence finale avec d’autant plus d’impact et d’acuité que cette scène ne comporte ni voix-off, ni dialogues, ni explicitation formelle d’un message, d’une morale nous permettant de nous mettre à distance de l’expérience à laquelle cet excellent film nous a confrontés. Juste un silence de plomb, un échange de regards, une compréhension intuitive de l’accès à un nouvel état, déjà présent dans la superbe conclusion de SCANNERS, et qui s’est effectué ici à un stade intimiste, ou plutôt intérieur.
 
B comme… BAKTERION, de Tonino Ricci (Italie / Espagne, 1976)
On enchaîne avec le second film extrait du coffret « 50 Chilling Classics » après un étrange WITCHES’ MOUNTAIN. Proposé sous son titre américain PANIC, ce BAKTERION (film libre de droit téléchargeable ici) est un classique petit film d’horreur nous racontant les déboires d’un scientifique contaminé au cours d’une expérience, qui se transforme peu à peu en une créature sanguinaire qui va terrifier la petite ville où se déroule une action routinière, bientôt mise en quarantaine. La narration est épouvantablement décousue, et ce dès les premières minutes, ce qui, au fond, peut avoir son charme. Mais le rythme reste très poussif, suivant pas à pas une enquête bien bavarde entre deux meurtres. Situation de quarantaine évoquant un peu THE CRAZIES de Romero, souffrance existentielle d’un monstre en partie conscient de son état, et qui trouve refuge dans une salle de cinéma, thriller, giallo, le film part un peu dans toutes les directions sans vraiment avoir les moyens ou le talent d’en assumer pleinement une seule. Réalisation et effets très sommaires, mélange filandreux de banalité et d’incohérence qui nous ressert une énième version de la scène de la douche de PSYCHOSE, entre deux assommants chassés-croisés dans les sous-sols de la ville…
L’intérêt est quasi nul, et le film n’existe que par des séquences maladroites qui parviennent cahin-caha à sortir du lot – une agression dans une église filmée de façon si primaire qu’elle en est presque inquiétante curieusement ; les projets des autorités visant à larguer une bombe H sur la ville, projets baptisés « Plan Q », ce qui m’a bien fait rire ; et surtout la façon dont la créature s’approprie la salle de cinéma, en pleine projection : inutile d’aller payer des droits, le film diffusé à l’écran est fait maison, et ça se voit (un homme monte dans une voiture et roule sur fond de musique hésitant entre Tangerine Dream et la BO de LA SOUPE AUX CHOUX, devant une salle pleine de spectateurs fascinés) ; le monstre surgit alors de l’écran lui-même, préfigurant une scène jumelle (mais bien plus belle) dans le DÉMONS de Lamberto Bava, ainsi qu’une réflexion totalement absente du film sur ce qu’aurait pu être la prise de conscience d’un mutant réalisant qu’il n’existe que dans un obscur film de série B. Vagues petits indices de l’existence transparente d’un film insipide et invisible.
 
C comme… CONSTANTINE, de Francis Lawrence (USA / Allemagne, 2005)
On vérifie ensuite et sur pièce les quelques qualités pointées lors de sa sortie en salles par le Dr Devo (voir son article) qui n’avait cependant que modérément apprécié le métrage, comme c’est également mon cas.
Encore une adaptation de comics, cette fois d’un titre dont le néophyte que je suis n’avait jamais entendu parler, ni vraiment pire, ni meilleure que le tout-venant de cette nouvelle mode dont n’émerge vraiment à mon sens que l’intéressant SIN CITY, lequel présente au moins un ton et une esthétique originaux. Ce qui n’est pas le cas de ce CONSTANTINE assez quelconque, oscillant constamment entre la laideur d’effets de pacotille (infographie et poses en creux) et ce qu’on désignera moins comme de la beauté que comme une stricte et effective efficacité. Bref, c’est du spectacle pur et dur, foncièrement dénué du moindre soupçon de spiritualité malgré son sujet, le film préférant jeter sur la mythologie et le religieux un regard distancé et d’ailleurs non dénué d’humour, sans trop verser dans la gaudriole – le simili Robin, ado qui accompagne le héros campé par K’il-est-nul Reeves (comme à son habitude parfaitement insipide), interprété par Shia LaBeouf (pauvre garçon), n’est par exemple jamais sujet aux développements superflus qu’on pouvait craindre. Ce qui ne met pas CONSTANTINE à l’abri de fréquentes fautes de goût : le film se suit gentiment, intrigue occasionnellement, agace souvent et ne me passionne jamais.
L’ironie élégante, souvent personnifiée par l’excellente Tilda Swinton, sauve les meubles d’un film froid et fonctionnel, empêtré dans ses lourdeurs visuelles et son discours anti-tabac très envahissant. En complément de l’article du Dr Devo, j’ajouterais à la présence de Tilda celle du méconnu Pruitt Taylor Vince, excellent acteur de seconds rôles, tout en soulignant un paradoxe : le film DOGMA de Kevin Smith, qui joue sur les mêmes thématiques dans un registre nettement plus axé sur la farce, est pourtant bien plus intelligent, émouvant et abouti que ce produit soigné mais on ne peut moins mémorable…
 
D comme… DEVDAS, de Sanjay Leela Bhansali (Inde, 2002)
Retour à Bollywood, l’un de mes péchés mignons (voir KUCH KUCH HOTA HAI, l’article ou même le film), avec cette grosse production durant laquelle un technicien a été décapité par un ventilateur (véridique !). Alors que KUCH KUCH…, quasi parodique, était résolument ancré dans une modernisation des canons du genre (son héroïne fredonnait même la « Danse des Canards », faut-il le rappeler), DEVDAS s’inscrit pour sa part dans un registre plus convenu, d’autant plus qu’il s’agit du remake d’un classique du cinéma indien, adapté d’un roman de 1917 insérant dans le mélodrame un jeu à nos yeux bien cryptique sur la culture et le panthéon hindous.
Pour reprendre une formule de PMU de quartier, c’est un genre. Personnellement, je n’y suis pas réfractaire (pléonasme), et trois heures de paradis colorimétrique au royaume du kitsch larmoyant n’ont rien pour me déplaire. Quoi qu’il en soit, si le film peut paraître parfois très kitsch à nos yeux, on ne pourra certainement pas le trouver cheap : s’ouvrant sur un hallucinant plan-séquence dans un décor plus grand que le 8e arrondissement (manifestement un bordel monstre à orchestrer, de quoi y perdre la tête effectivement), DEVDAS, d’un luxe indécent, est techniquement imparable et ponctué de quelques trouvailles visuelles soufflantes – la première rencontre de Devdas et de la courtisane Chandramukhi est soulignée par un effet visuel inattendu et assez stupéfiant. C’est probablement la part de naïveté, ou plutôt de candeur de cette approche de la narration qui m’enchante, cette absence de retenue dans les effets sonores et visuels, avec ses dialogues tendus où chaque réplique est ponctuée d’un coup de fouet ou du grondement du tonnerre.
Je ne suis pas un inconditionnel, loin de là, et les trois heures se font tout de même parfois sentir. Mais je ne parviens jamais à les considérer comme du temps perdu : il y a là de quoi me sustenter, que ce soit dans un regard légèrement ironique (l’acteur principal n’est autre que Sharukh Khan, le Tom Cruise local, déjà héros de KUCH KUCH…, et l’une des rares créatures de cette planète capables de me plonger dans l’hilarité d’un seul froncement de sourcil, la nullité de son interprétation frôlant le sublime) ou dans une sincère admiration pour les quelques morceaux de bravoure du film, tout particulièrement la douloureuse séquence de l’humiliation de la mère de Paro, passage saisissant, splendide et d’une maîtrise remarquable qui va au-delà du seul exotisme de la chose.
 
E comme… ÉMILIE, L'ENFANT DES TÉNÈBRES, de Massimo Dallamano (Italie / Angleterre, 1975)
C’est une vilaine copie recadrée et en VF que Cactus Films nous propose ici, et malgré mon indulgence relative pour les éditeurs fauchés, il y a parfois de quoi maugréer quand même quand on sait qu’il existe des masters de bien meilleure qualité de l’autre côté de la Manche. Bref. Retour au fantastique italien florissant des années 70 après le mauvais BAKTERION pour ce petit classique oublié mettant en vedette la très jeune Nicoletta Elmi, petite rouquine ayant prêté son visage à bon nombre de classiques du genre de l’époque (LA BAIE SANGLANTE, LES FRISSONS DE L’ANGOISSE), la gamine que l’on se devait alors de présenter dans tout bon film d’épouvante qui se respecte, et que l’on a revue adulte – et très sexy – dans le DÉMONS de Lamberto Bava, encore lui.
Elle interprète ici (fort correctement d’ailleurs) la petite Émilie, traumatisée par la mort de sa maman, et qui développe un comportement inquiétant depuis que son père lui a offert un étrange médaillon découvert dans le cadre de ses recherches sur les superstitions autour d’une étrange fresque dans une église en ruines – une peinture qui s’avèrera d’ailleurs « truquée » comme dans LES FRISSONS DE L’ANGOISSE. Semblant s’orienter vers une nouvelle déclinaison de L’EXORCISTE, le film de Dallamano trouve rapidement un rythme et un ton inattendus et fort séduisants. Peu porté sur le spectaculaire, le film cherche sa voie dans un registre plus axé sur le tragique, la fatalité, la mélancolie, soutenu par une très belle musique triste et répétitive, jusqu’à un final sombre et assez beau. La mise en scène est solide à défaut de faire véritablement preuve d’inspiration, et les tonalités bleues, roses et violettes, dont il est parfois difficile de discerner la part d’intentionnalité au regard de l’état de la copie, baignent le film dans une atmosphère un rien désuète, mais attachante. Un joli petit film en somme, qui mériterait bien une édition plus digne et plus respectueuse.
 
F comme… FAST FOOD, FAST WOMEN, d’Amos Kollek (USA / France / Italie, 2000)
À l’époque, j’avais été très intéressé par le film SUE PERDUE DANS MANHATTAN, malgré son aura BCBG – je ne sais plus vraiment pourquoi, mais le métrage fleurait alors bon le Festival Télérama. Pourtant, ce très beau film développait un ton et surtout un rythme assez singuliers – apathie, désespoir tranquille, douce noirceur, amertume polie, le tout s’orchestrant autour du personnage interprété à merveille par l’actrice Anna Thomson, alors quasi inconnue (égarée dans l’infect GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRÛLANTES vu cette année, et dont elle était le seul intérêt), actrice qui faisait corps avec le projet d’Amos Kollek, auquel elle apportait une densité et une présence impressionnantes, évoquant l’alchimie très particulière entre un cinéaste et sa créature, je pense notamment à Divine et John Waters (voir PINK FLAMINGOS), ou plus encore à Marianne Sägebrecht et Percy Adlon (qui ont fait bien d’autres choses que le – joli – BAGDAD CAFÉ auquel on les a tristement réduits).
On retrouve donc cet univers dans FAST FOOD, FAST WOMEN, sur un registre plus léger, et d’ailleurs parfois un peu léger, le film étant nettement moins fort, moins original. Il ne s’en dégage pas moins un sens appréciable de l’absurde, qui le rattache davantage à Hal Hartley qu’aux films de Woody Allen auxquels le film a systématiquement été comparé. Les limites du films sont un peu celles de SUE PERDUE DANS MANHATTAN, mais elles se ressentent davantage je crois : la mise en scène de Kollek reste inféodée à sa (talentueuse) écriture, et n’évite pas toujours la platitude, même si on peut reconnaître au cinéaste le bon goût de ne pas céder aux clichés new-yorkais et aux effets toc décoratifs usuels : c’est sobre, vif, simple, direct. Nettement moins sombre que le précédent, le film me semble également moins abouti, un rien fabriqué là où SUE… semblait couler de source. Ça reste malgré tout attachant, agréable et étrangement porté sur le thème de la sexualité du troisième âge, une occasion comme une autre de retrouver Louise Lasser et Victor Argo dans des rôles conséquents et inattendus. Pas trop mal, donc.
 
G comme… LES GUERRIERS DU BRONX II, d’Enzo G. Castellari (Italie, 1983)
Vu avec le Dr Devo lors d’une de ses visites, LES GUERRIERS DU BRONX n’avait pas fait l’objet d’un article, à croire que le film se passait de commentaires : malgré de gros problèmes de rythme, le film valait le coup d’œil, ne serait-ce que pour le kitsch forcené de ses costumes (célébré par un spectaculaire générique d’ouverture), ou pour cette très improbable séquence de confrontation des gangs au pied du pont de Brooklin, martelée par une musique percussive, et pour cause : le batteur était tout bonnement installé dans le cadre et intégré aux figurants ! Peut-être aussi, tout simplement, parce que le film de Castellari était un pur produit du cinéma bis italien de l’époque, tourné en cinémascope et visuellement assez soigné.
Nous retrouvons donc le héros Trash, petit minet qu’on croirait échappé du groupe Europe, confronté à la volonté d’un état démocratique dans la forme et fasciste dans le fond (les deux films n’étant pas plagiés sur NEW YORK 1997 pour rien) d’évacuer le Bronx, ou plus exactement de déporter par la force ses habitants vers le Nouveau Mexique en vue de les exterminer, afin de laisser le champ libre à un ambitieux projet immobilier. L’opération est menée par un Henry Silva aux vagues allures d’officier SS, naturellement. Trash refuse dans un premier temps de joindre la Résistance, mais change d’avis lorsque ses parents sont massacrés par l’envahisseur, que c’est mesquin.
Le film est hélas nettement moins porté sur le mélange western/SF du premier opus, et bien plus sur une guérilla à vrai dire un peu longuette – on a donc très largement le temps de s’ennuyer, et on se console avec quelques plans très Z (une rigolote explosion d’hélicoptère) et surtout avec une VF particulièrement absurde débitant du dialogue stupide au kilomètre. Ma réplique préférée, à prononcer avec un fort accent sud-américain : « Personne n’aimerait être assis sur une chiotte truffée de diamants… »
[Photo : "Masque", d'après L'HORRIBLE Dr ORLOF et DEVDAS, par le Marquis] 
H comme… L'HORRIBLE Dr ORLOF, de Jess Franco (Espagne / France, 1962)
Ouvrons maintenant les portes à ce premier plagiat des YEUX SANS VISAGE avant le très kitsch LES PRÉDATEURS DE LA NUIT, et quoi qu’en dise Jess Franco lui-même, affirmant que son film ne doit rien au chef-d’œuvre de Franju puisqu’il est adapté d’un roman – roman que Franco a lui-même écrit sous le pseudonyme de David Khune. L’intrigue du film de Franju est donc revisitée, non sans une certaine invention du reste, le récit étant marqué par une atmosphère triviale de roman de gare, plus démonstratif, moins poétique, même si certaines idées sont assez belles – l’aveugle défiguré Morpho, guidé dans les ruelles sombres par la canne du Dr Orlof martelant le sol.
Le film bénéficie surtout d’une très belle photographie déjà saluée dans l’article rédigé par le Dr Devo, ainsi que d’une musique inhabituelle, boxon bruitiste assez original. On trouve par ailleurs les prémisses d’un érotisme déjà très sadien, dans un écrin du reste très classique, voire même un rien désuet. On retrouve aussi un défaut régulier des films, bons ou mauvais, de Franco, à savoir un final abrupt et passablement bâclé, avec notamment un raccord totalement foireux au montage pour la scène finale. Le film se suit agréablement ceci dit, surtout si l’on préfère à une version anglaise doublée et non sous-titrée une VF bien plus soignée et respectueuse de l’atmosphère sonore intéressante du film.
 
I comme… INSEMINOÏD, de Norman J. Warren (Angleterre, 1981)
Nous restons dans le cercle des plagiats de qualité avec cette étrange relecture d’ALIEN par l’intéressant réalisateur de SATAN’S SLAVE et de PREY, films très personnels découverts cette année grâce à la collection consacrée au cinéaste par l’éditeur Néo Publishing.
Au terme d’une première demi-heure soignée, qui tire le meilleur parti d’un budget modeste (superbes plans sur les planètes, plus étranges que cheap, et qui changent très agréablement des clichés « figé et majestueux » hérités de 2001, L’ODYSSÉE DE L’ESPACE) mais semble pourtant amorcer un film laborieux et totalement dépourvu d’originalité, on se demande un peu comment Warren, dont le PREY était si singulier, va parvenir à se distinguer de la masse des pompages du film de Ridley Scott.
L’insémination du titre survient alors, et avec elle le développement du personnage de Sandy, contaminée par un organisme extra-terrestre. Excellente performance de l’actrice Judy Geeson : celle qui répand la mort dans cette équipe d’archéologues de l’espace est sans doute aussi la plus désespérée du lot. Le film se rapproche alors des thèmes et du ton propres au réalisateur, glissant peu à peu sur un registre profondément viscéral, moins dans l’étalage d’effets spéciaux que sur un plan humain. Les contacts – très sexués – avec l’entité extra-terrestre, vécus d’un point de vue douloureusement subjectif, parviennent même à justifier la relative platitude de la première partie du film, qui préparait le terrain à un développement captivant, qui ne fait pas d’étincelles en ce qui concerne le récit lui-même (l’histoire dans ses grandes lignes et les thématiques sont bien celles d’ALIEN), mais confère pourtant à ce qui n’est manifestement qu’une commande à visées mercantiles, par le biais d’une mise en scène énergique et oppressante, une forte personnalité, un ton jusqu’au-boutiste, du caractère. Parfois maladroit, moins original que PREY, le film n’en vaut pas moins très largement le détour.
 
K comme… KEOMA, d’Enzo G. Castellari (Italie, 1976)
Les K se faisant rares, Castellari s’octroie avec KEOMA une seconde place dans cet Abécédaire après le piètre LES GUERRIERS DU BRONX II. C’est heureux pour lui, car ce second film s’avère mille fois plus intéressant que son plagiat bis n°2 du NEW YORK 1997 de Carpenter – décidément, cette sélection est marquée par la constante de la copie… Il faut dire qu’avec KEOMA, Castellari verse dans un genre qu’il maîtrise et apprécie visiblement, et vers lequel il tentait parfois de tirer son film précédent, non sans grandes maladresses.
Bonne occasion pour moi de souligner une fois de plus, dans le cadre d’un genre qui ne m’a jamais vraiment passionné, ma très nette préférence pour ce qu’il est commun d’appeler les western spaghetti, terme adopté et accepté malgré ce qu’il induit de mépris et d’ironie injustifiée – j’aimerais voir la tête de certains si on imposait des termes comme « giallo burger ». Malgré ma grande estime envers un cinéaste comme Howard Hawks, je donne toute la filmographie de John Wayne pour un seul Corbucci (hélas un peu resté dans l’ombre de Sergio Leone), et des films comme DJANGO ou LE GRAND SILENCE me semblent aptes à séduire le spectateur le plus réfractaire aux cow-boys, indiens et autres pistolleros. Je n’ai jamais vraiment cherché à comprendre pourquoi ce qui m’ennuie quasi instantanément dans une production américaine me passionne dans les productions européennes du genre, mais je suppose que cela tient en grande partie à des réalisations moins trempées dans un académisme de façade, et dans le développement de thèmes moins axés sur le patriotisme. Les westerns italiens sont esthétiquement moins prévisibles, et assument une pleine appartenance au cinéma de genre : à mes yeux, on y est plus proche de l’Art que du film historique pompier ou de l’œuvre à message.
On retrouve dans KEOMA, l’un des derniers soubresauts du western italien alors agonisant, cette spontanéité, ces audaces visuelles, cette écriture permissive qui laisse la place à des abstractions discrètes et très belles – notamment autour du personnage de la vieille femme, Faucheuse fantomatique qui se substitue parfois, avec une étonnante subtilité, au personnage incarné par Olga Karlatos. Filmé dans un cinémascope splendide, KEOMA surpasse donc très largement les GUERRIERS DU BRONX dans ses ambitions comme dans sa composition visuelle, marquée par l’insertion régulière et particulièrement inventive de très nombreux flash-back, amorcés par des travellings, par le montage sonore quand ils ne se déroulent pas sous les yeux mêmes du personnage qui se souvient. La bande originale (chantée et évoquant souvent le groupe Pavlov’s Dog) peut surprendre, et quelques cascades tournées au ralenti font un peu mal aux yeux, mais en dehors de ces quelques petites maladresses, l’ensemble est passionnant, et d’une belle noirceur : le calvaire de Keoma (très bon Franco Nero), que son père adoptif a en substance chargé d’assassiner sa propre progéniture (« Je ne peux pas tirer sur mes propres fils ») amène la prise de conscience tardive d’une communauté rongée par la lâcheté et l’apathie, et ce avant une conclusion saisissante aux lisières du fantastique. Très bon film.
 
L comme… LORD OF WAR, d’Andrew Niccol (USA / France, 2005)
Peu de choses à ajouter à l’article du Dr Devo pour un film signé par un cinéaste talentueux au parcours assez original, sur un sujet certes intéressant mais qui a priori ne m’emballait pas vraiment – il faut dire que la première fois que j’en avais entendu parler, je trouvais bizarre ce titre de « L’heure de Foire ». Même si je déplore personnellement quelques petites fautes de goût (la chanson « La vie en rose » en entier, était-ce bien nécessaire ?), l’ensemble m’a pourtant convaincu : très belle mise en scène à l’imagerie forte et relativement audacieuse, utilisation fine et assez intelligente de la voix-off, et surtout un message politique et social qui pour une fois s’intègre harmonieusement à une forme exigeante et aboutie, ce qui évite au film de sombrer dans la pure démonstration, là où bien des cinéastes se seraient avachis sur le seul enfonçage de portes grandes ouvertes : LORD OF WAR assume son versant artificiel et parfois fabriqué dont il parvient à tirer de sombres et séduisants paradoxes. Très intéressant.
 
À suivre, ma foi, vous connaissez le principe !
 
Le Marquis
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[Photo : "La passion d'une vie", Nicoletta Elmi dans EMILIE L'ENFANT DES TENEBRES, par le Marquis]
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Mercredi 3 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

[Photo : "Un jour tu me briseras le coeur", Valérie Lemercier, par Le Marquis]

Suite et fin de l’épisode 12 pour conclure votre week-end et attaquer une nouvelle semaine avec entrain, en luttant pour faire abstraction de la préparation toujours plus précoce des fêtes de Noël et son cortège d’incunables (la rediffusion des AVENTURES DE RABBI JACOB ne fait qu’ouvrir la voie à toutes les autres – et je crois bien qu’une fois encore, je ne le regarderai pas). Une période que je n’apprécie pas des masses en somme, mais il me suffit de me tenir à l’écart des grandes surfaces, d’éviter le centre-ville au cas où la mairie persisterait dans l’idée de mettre des hauts-parleurs partout et de passer du Tino Rossi en boucle (ce qu’ils font presque tous les ans, quelle horreur), et de garder mon poste de télévision soigneusement éteint lorsque je ne regarde pas un film de ma collection, ce qui ne m’est jamais très difficile. Mais reprenons.
 
J comme… J'ADORE HUCKABEES, de David O. Russell (USA / Allemagne, 2004)
Curieusement, car ce n’est pas un calcul, la suite de cette programmation comporte plusieurs titres déjà abordés sur le site par le Dr Devo, ce qui s’explique très simplement par le fait que je ne vais pas si souvent voir les films en salles, je les découvre donc en vidéo et avec un peu de retard. Le lien vous renvoie donc à l’article déjà paru, et me permet, à moins que mon avis ne diffère beaucoup, de ne pas trop approfondir un métrage déjà analysé. Je m’en tiendrai donc ici à quelques considérations annexes, en vous orientant sur l’article initial pour découvrir la critique complète.
Excellent film mêlant psychanalyse, new age et sens aigu de l’absurde, interprètes merveilleux – dont Jason Schwartzman, choix d’autant plus logique que le film de Russell ressemble énormément, c’est vrai, à ceux de Wes Anderson (au point que certains ont crié au plagiat). Aux références citées par le Dr Devo, je pourrais ajouter Hal Hartley, pour son humour à froid, d’une noirceur polie et réservée.
 
L comme… LOLITA, de Stanley Kubrick (Angleterre / USA, 1962)
Ah ! Kubrick… J’ai toujours eu un problème avec ce cinéaste, une réserve, une retenue, tout en lui reconnaissant, bien plus qu’un savoir-faire, un réel talent, indéniable, éclatant, sans qu’aucun de ses films ne m’ait vraiment, pleinement séduit. J’ai personnellement une préférence marquée pour son travail dans les années 60/70 – je n’ai encore jamais vu BARRY LYNDON ceci dit, période au cours de laquelle ses films m’ont semblé bénéficier d’un humour très particulier, d’un ton plus vif, moins cérébral que ce qu’il allait proposer à partir des années 80 avec ses trois derniers longs-métrages, passionnants, mais qui m’ont tenu à distance d’une certaine façon, tant leur froideur, leur calcul m’a semblé en étouffer le potentiel, les réduisant au niveau certes valeureux de théorèmes de cristal, d’intentions vitrifiées et un rien rigides. Quoi qu’on en pense, et même s’il n’a jamais fait l’unanimité, Kubrick a toujours su préserver un véritable point de vue de metteur en scène, même si ses œuvres, notamment ses adaptations littéraires, me semblent discutables. On connaît la polémique autour de SHINING, film brillant mais adaptation sommaire – qui l’emporte pourtant haut la main si l’on doit la comparer à la version télévisée réalisée par Mick Garris en 1997, certes fidèle à la lettre, mais piètrement mise en scène. La volonté de Kubrick de simplifier à l’extrême le récit imaginé par Stephen King, au risque d’en perdre les enjeux humains et l’ambiguïté, ne lui enlève en rien sa puissance visuelle par instants soufflante (présente même dans l’admirable bande-annonce du film), tout juste atténuée par un perfectionnisme poussé jusqu’à la maniaquerie, qui prive la plupart des films du cinéaste d’une spontanéité, d’un jeu sur l’accident qui m’ont toujours paru lui faire défaut et expliquent sans doute mes réserves.
Reste que je suis toujours prêt à voir (ou à revoir) ses films avec intérêt, comme c’est ici le cas avec un LOLITA qui m’avait une première fois déçu, pour la simple raison (notez que je ne complète pas en la disant bonne) que je venais alors de lire le roman de Vladimir Nabokov, extraordinaire (je vous le recommande vivement) : le film de Kubrick me semblait très bon, mais très largement en dessous du potentiel (y compris visuel) du livre de Nabokov, pourtant signataire du scénario. Au passage, la version d’Adrian Lyne, encore un exemple de cette grande mode des années 90 (évoquée récemment à propos du PINOCCHIO de Steve Baron) visant à livrer des « adaptations fidèles » des grands textes littéraires, sans même parler de mise en scène, n’était guère plus convaincante, trop engoncée dans un registre mélo un peu simplet et très limitatif.
À la revoyure, pour tout dire, LOLITA vue par Kubrick me semble toujours être assez faible sur le seul plan de l’adaptation littéraire, mais le thème abordé dans le roman explique aisément les problèmes que rencontre le métrage, à défaut de vraiment les justifier. Rappelons-le, la bande-annonce du film de Kubrick reposait sur une question posée à juste titre : « Comment ont-ils pu faire un film d’après LOLITA ? ». La réponse en est au fond assez simple : en vieillissant un peu le personnage (de douze ans dans le roman, elle passe à quatorze ans dans le film) ; en le faisant interpréter (fort correctement du reste) par une Sue Lyon alors âgée de seize ans ; et en restant extrêmement prudent dans la façon de porter à l’image la perversité d’Humbert Humbert, solidement campé par James Mason. Et même avec ces précautions, le casting de ce « héros » très dérangeant semble avoir été bien difficile, le rôle ayant successivement été refusé, plus ou moins poliment, par Cary Grant, David Niven (mon dieu !), Laurence Olivier, et j’en passe. Les réserves d’alors, il ne faut pas se leurrer, seraient exactement les mêmes aujourd’hui – voir les attaques auxquelles a dû faire front le pourtant très pur INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic. Le livre de Nabokov est pourtant irréprochable, ne glissant à aucun moment vers la pornographie, et jouant habilement de la suggestion et de l’ellipse. Mais ce qui est considéré comme un grand classique littéraire se regarde soudainement d’un sale œil dès lors qu’une transposition à l’écran est envisagée, quand bien même l’interprète du rôle titre ne serait pas soumise au moindre attouchement sur le plateau, quand bien même tout serait contenu et inscrit dans un jeu sur le montage, le cadre, la subjectivité surtout. Le film de Kubrick n’est guère démonstratif, le livre de Nabokov non plus d’ailleurs, c’est bien le regard du spectateur (et plus encore son appréhension – comme le souligne régulièrement le Dr Devo ces jours-ci, le public est le plus souvent considéré, avec une condescendance qui s’ignore, comme incapable de distance, de compréhension ou de réflexion hors du cadre rassurant d’une narration bien simpliste comme il faut) qui guette, le couteau entre les dents, et contraint cette adaptation (et toutes les autres) à altérer le récit, à le dénaturer de façon sensible, en faisant de la « Nymphe » de Nabokov une adolescente délurée, plus tard une fille-mère, bref, un cliché social au fond assez commun, bien loin de l’innocence du personnage originel. La profonde monstruosité d’Humbert Humbert, narrateur et point de focalisation du récit, qui ne se dégage donc que progressivement (mais avec quel impact !) en est à mon sens elle-même dénaturée, un peu réduite à un comportement déplacé, « sulfureux », criminel, oh ! ça oui, mais monstrueux ?
Alors même qu’il s’était lui-même considérablement écarté de son propre roman pour les besoins de l’adaptation, le scénario de Nabokov reste quant à lui, au final, quasiment inexploité par Kubrick, jamais très enclin à adopter les points de vue lorsqu’ils ne sont pas les siens, et qui a réécrit la grande majorité du script sans être crédité au générique – contrarié, Nabokov publiera par la suite son scénario. Il crée notamment de toutes pièces un personnage absent du roman, ici interprété par Peter Sellers, fort bien interprété mais un peu « chargé de sens », d’une façon très maladroite à mes yeux, même si elle justifie une superbe séquence d’ouverture. LOLITA, en soi, est un très bon film, qui parvient au moins à retrouver une partie de l’humour acerbe du roman, et bénéficie énormément d’un casting impeccable au sein duquel chaque acteur sur-joue et y va « à fond les ballons » - Shelley Winters est excellente en dindon de la farce. Kubrick tente de restituer le trouble du récit original en s’appuyant efficacement sur des fondus au noir répétés, placés à point nommé, juste un peu trop longs pour ne pas être inconfortables, et réussit une séquence d’une admirable justesse en créant artificiellement un triangle amoureux autour du couple Winters/Mason et de la photo de Lolita sur la table de chevet. Je reste par contre sur ma faim en ce qui concerne la mise en scène, solide sur un plan formel (très belle photographie, belles initiatives au montage), mais l’ensemble, par ailleurs un peu trop long, reste étonnamment sage et classique de la part de Kubrick, sans grande inventivité ; le jeu sur la subjectivité, qui était tout l’enjeu du roman et appelait une mise en scène autrement plus vigoureuse et ambiguë, est ici réduit à sa plus simple expression.
Le film parfait reste à faire, donc, et franchement, si je devais m’y atteler, je choisirais sans doute de ne jamais montrer Lolita à l’écran : plus de soucis avec les Défenseurs de la Morale, castrateurs et foutrement hypocrites, mais enfin la possibilité de voir s’étaler à l’écran ce qui fait le cœur de cette histoire, la profonde subjectivité, la voix, celle qui appelle l’identification, l’empathie, mais finit par la perdre en chemin. La peinture, à la première personne, d’une conscience trop encline à travestir son indescriptible perversité dans le mensonge, l’euphémisme, l’illusion, l’auto-persuasion. Tout ce qui m’a passionné chez Nabokov et me semble chez Kubrick être absent, ou presque : LOLITA est, encore une fois, un très bon film, que je n’hésite pas à vous conseiller, mais c’est vers le livre que je vous oriente, en tout premier lieu.
 
M comme… MANDERLAY, de Lars Von Trier (Danemark / Suède / Pays-Bas / France / Allemagne / Angleterre, 2005)
Le Dr est particulièrement porté sur le travail de Lars Von Trier, je n’apprends rien aux lecteurs réguliers du site, et m’a d’ailleurs offert il y a quelques mois le coffret de la trilogie Europe, dont il sera prochainement question dans l’Abécédaire. D’où, dans le cas de MANDERLAY un lien vers deux articles différents, le premier consacré à une analyse du film découvert en avant-première à l’Étrange Festival (cliquer sur le titre ci-dessus) ; un autre article est plus orienté sur l’accueil réservé au film à sa sortie (cliquer ici pour y accéder). Raison de plus pour ne pas trop m’étendre sur un film déjà largement traité en ces pages. J’ajoute juste ceci.
Petite surprise agréable cachée au sein du casting pour les amateurs d’ABSOLUTELY FABULOUS, l’excellente série de Jennifer Saunders (et non pas la purge imbécile signée Gabriel Aghion) : j’étais très content en effet de retrouver à Manderlay la comédienne Llewella Gideon (Victoria), qui apparaît parfois dans la série TV dans le rôle d’une infirmière pour le moins caustique. Sa présence s’explique aisément par le fait que Lars Von Trier a eu bien du mal à mettre la main sur les acteurs noirs américains prêts à s’engager dans le tournage de ce film, et a dû rassembler une bonne partie de son casting en Angleterre.
Pour rester sur le sujet des acteurs, les modifications dans le casting des rôles principaux, découlant du désistement de Nicole Kidman, qui a amené le cinéaste à adopter l’idée d’une interprète différente pour le même rôle dans chacun des trois films de la série, n’est pas sans incidences. Le personnage de Grace évolue et se déplace sur un registre sensiblement différent. Excellente performance de Bryce Dallas Howard, qui ne cherche à aucun moment à singer l’interprétation de Nicole K. et s’approprie véritablement le personnage en le poussant vers des tonalités plus douces, plus lisses – moins d’aspérités dans son interprétation, mais son approche est plus opaque, obscure.
Pour le reste, Lars Von Trier poursuit ici une carrière d’une audace et d’une inventivité qui n’appartiennent qu’à lui-même. Encensé, détesté, ignoré, incompris ou sur-analysé, que cela plaise ou non, il est évident que son travail s’imposera avec le temps, là où quelqu’un comme Ken Loach risque fort de sombrer dans l’oubli. On entre dans MANDERLAY avec circonspection, ne serait-ce que parce que l’effet de surprise ne joue plus ce rôle de voile déchiré qui rendait l’expérience de DOGVILLE si intense. On connaît le dispositif de mise en scène, et on s’attend surtout au pire – ou bien au meilleur, en fonction du regard du spectateur, et même si voir dans la démarche du réalisateur un simple cynisme oiseux et provocateur (ou un discours anti-américain primaire) me paraît témoigner d’une cruelle absence d’humour, d’esprit et de distanciation. Cette trilogie dont on attend encore le dernier volet est probablement la meilleure réponse possible à cette prolifération de films à caractère informatif et pédagogique souvent évoquée ces derniers temps par le Dr Devo. La « vérité » n’est pas inscrite dans le script, elle ne peut être synthétisée sous la forme d’une maxime accrochée sur une affiche ou collée en sticker sur le DVD : hors de question pour le cinéaste de voir ses spectateurs confortablement assis dans leur fauteuil, la bouche grande ouverte, attendant qu’on leur donne du message fricassé à la sauce humaniste à la cuillère. Les codes de lecture classiques et pontifiants sont totalement brouillés, le film mêlant sans clairement les distinguer le drame, le mélo, le film historique (éreinté avec un plaisir communicatif) et la farce. Et lorsque les cartes nous sont aimablement distribuées, lorsqu’on est en train de se dire que cette allégorie est bien démonstrative Madame la Duchesse qu’en dites-vous, c’est toujours pour mieux nous tirer le tapis sous le pied, avec intelligence, insolence et humour. Certains n’y retrouvent plus leur chaton et hurlent à la manipulation et au sacrilège du discours tendancieux ? Tant mieux ! À la fois parce qu’il est agréable de voir en pleine déconfiture ceux qui défendent INDIGÈNES juste pour des questions de principe, et parce qu’il est précieux d’être confronté à quelqu’un capable de s’adresser à son public en le considérant comme un adulte sevré et capable de réfléchir, ça devient de plus en plus rare.
 
N comme… LA NUIT DÉCHIRÉE, de Mick Garris (USA, 1992)
On peut dire de Mick Garris qu’il a tout de même beaucoup de chance : malgré son manque de talent patent, sa carrière dans le fantastique est restée très productive, et il sait manifestement bien s’entourer. Véritablement lancé par CRITTERS II (ouf, ça ne nous rajeunit pas, ça), le réalisateur semble avoir été adopté par Stephen King suite au tournage de cette NUIT DÉCHIRÉE, l’écrivain lui ayant par la suite confié la réalisation d’une série de téléfilms inspirés de ses écrits (dont LE FLÉAU, et SHINING donc, dont je vous parlais ci-dessus), aussi fidèles qu’ils sont visuellement plats. Plus récemment, c’est aussi à Mick Garris que l’on doit le développement de la série des MASTERS OF HORROR. Je suppose que c’est quelqu’un d’adorable à côtoyer.
Pour LA NUIT DÉCHIRÉE, Stephen King rédige pour la première fois un scénario original, vaguement dérivé du remake de LA FÉLINE par Paul Schrader : l’histoire de deux hybrides entre l’homme et le chat, couple incestueux mère-fils auquel va être confrontée la douce Mädchen Amick, vierge, naïve et donc victime toute désignée. Un film mouvementé mais par moments assez idiot (l’idée d’équiper notre duo surnaturel d’une voiture invisible à couleur variable m’a laissé pour le moins perplexe), qui s’appuie malencontreusement sur des effets de morphing à l’époque novateurs et très en vogue, mais qui étaient déjà complètement laids à la sortie du film. L’idée de montrer ces créatures constamment traquées par les chats m’a assez plu par contre, même si la mise en scène de ces agressions reste très maladroite. Seul véritable atout de ce film déjà très daté, quoique assez relaxant, c’est bien sûr Alice Krige, actrice beaucoup trop rare et fort talentueuse (vue récemment dans SILENT HILL), qui parvient à conférer au rôle de la mère incestueuse une présence et parfois une émotion intenses. Pour elle seule, le film vaut le détour – mais j’aimerais la voir plus souvent dans de bien meilleurs films, comme L’INSTITUT BENJAMENTA par exemple.
 
O comme… OBSESSION, de Brian De Palma (USA, 1975)
Ce très beau film de Brian De Palma est un peu resté dans l’ombre de ses autres classiques des années 70. C’est sans doute son film le plus hitchcockien, si ce n’est le seul qui le soit véritablement. Ce remake étrange de SUEURS FROIDES – encore un film tournant autour de l’inceste d’ailleurs – repose en grande partie sur les épaules de Geneviève Bujold dans un double rôle acrobatique qui prend le risque impensable de frôler le ridicule (séquence finale) sans jamais y sombrer. Superbe performance. Face à elle, Cliff Robertson fait à mes yeux très pâle figure, et je trouve que son interprétation, franchement fade, ne rend pas service au film. Mais puisque j’en suis à pointer ce qui ne m’a pas beaucoup plu, j’avoue ne pas être très emballé par la photographie de Vilmos Zsigmond sur ce film : vouloir renforcer l’onirisme, l’irréalité du récit par ces images savonneuses me paraît facile et un peu douteux ; le film en paraît daté, un peu désuet et pas toujours très beau.
La musique de Bernard Herrmann apporte un contrepoint salvateur à ces quelques défauts, et le compositeur s’en sort à merveille dans une relecture baroque et presque discordante de son travail pour Hitchcock. La mise en scène fonctionne quant à elle sur un registre plus timoré et plus classique, ou, encore une fois, De Palma semble chercher à dupliquer la technique d’Alfred H., le soin de la composition des cadres et de complexes travellings, une rigueur qui ne laisse ici pas la place aux split-screens et autres expérimentations auxquelles le cinéaste nous a habitués. Mais ce choix de la rigueur et de la sobriété me semble être le bon : d’une part, De Palma cherche à préserver l’ambivalence d’un concept narratif pour le moins audacieux, et il se ménage d’autre part une réappropriation de son propre style en fin de course, dans un final éblouissant ou l’on retrouve son utilisation très particulière du ralenti, et bien sûr d’un travelling circulaire vertigineux qui reste pour moi, alors qu’OBSESSION est peut-être un peu en retrait par comparaison à d’autres films du cinéaste, le plus signifiant, le plus saisissant et le plus troublant de sa carrière.
 
P comme… PALAIS ROYAL !, de Valérie Lemercier (France, 2005)
Je n’aime pas les comiques. Ils ne me font jamais rire. Surtout pas les comiques français. Je n’aime pas les comédies françaises, à quelques exceptions ponctuelles près. Et les plus populaires sont souvent les pires à mes yeux ; devant l’écrasante majorité des gens qui trouvent ça sympa, je m’incline et je garde pour moi ma propre consternation devant des classiques comme LES BRONZÉS, TANGUY ou autres VISITEURS : ne me lynchez pas, ne me traitez pas de chômeur (mon insulte préférée cette année), vous faites ce que vous voulez, moi, je n’aime pas ça.
Mais j’aime Valérie Lemercier. Elle fait figure d’exception. J’aime la façon dont elle a su se démarquer du carcan dans lequel elle a bien failli être enfermée à ses débuts pour tracer son propre chemin. J’aime la façon dont elle a envoyé paître Poiré, Réno & Clavier. J’aime son album « Valérie Lemercier chante », et son duo avec Divine Comedy. Je la trouve extraordinaire dans le très beau VENDREDI SOIR de Claire Denis. J’aime son humour très particulier et pas si évident, jamais porté sur les jeux de mots, les voix de canard et les roulements d’yeux complices glissés vers le public.
Et Valérie Lemercier cinéaste ? Pourquoi pas… OK, on est bien d’accord, sa mise en scène n’a absolument rien de renversant, même si, en trois films, elle s’est à chaque fois sensiblement améliorée. Mais franchement, vous avez jeté un œil sur la mise en scène dans les comédies multi-diffusées qui assiègent nos écrans chaque semaine ? Les films de Valérie Lemercier ont pour eux un atout solide : ils ont de la personnalité. QUADRILLE s’en sort tout juste avec sa réalisation façon théâtre filmé, mais il faut dire que je n’apprécie pas Sacha Guitry. LE DERRIÈRE est maladroit, mais vraiment attachant, et mine de rien assez singulier. PALAIS ROYAL ! m’a par contre vraiment convaincu – c’est de loin son meilleur film.
Je remarque qu’autour de moi, les personnes qui ont vu le film en sont sorties un peu mal à l’aise, n’ayant pas trouvé le film très drôle, ou très loin en tout cas de ce à quoi ils s’attendaient, notamment après avoir vu une bande-annonce assez maladroite. Ce qui m’a frappé quand j’ai enfin pu jeter y un œil, et j’ai d’autant mieux compris le malentendu autour de ce film, c’est qu’à proprement parler, PALAIS ROYAL ! n’est pas vraiment une comédie, au sens classique ou du moins « français » du terme. Ceux qui s’attendaient à une avalanche de gags et à des quiproquos loufoques en seront pour leurs frais. S’ouvrant sur l’enterrement de son personnage principal, le film s’installe à pas feutrés dans une approche surprenante de la comédie, souterraine, où l’humour, très décalé, vient toujours se glisser entre les lignes : ce n’est pas le film des éclats de rire, c’est celui des sourires rentrés, sourires jaunes parfois car le film effleure avec légèreté une certaine forme de noirceur. Au diable la polémique à trois sous sur la critique de la Royauté (mais qui est-ce que ça peut bien chatouiller ?), au diable le parallèle avec Lady Diana, manifeste mais au fond assez secondaire, au diable le fait indéniable que Valérie Lemercier n’est pas Billy Wilder, le parcours éclair de la Princesse Armelle (formidable interprétation de Valérie L. dans un jeu relativement peu dialogué et très physique) d’une gaucherie effacée vers une éclatante liberté, sa révolte tranquille, de l’intérieur, offrent à ce film à la mise en scène surtout fonctionnelle et à l’écriture brillante une personnalité unique, en totale rupture avec la soupe habituelle, et franchement, ça fait plaisir à voir.
 
R comme… RIEN NE SERT DE CRIER, de John Laing (USA, 2001)
S’ouvrant tranquillement sur une séquence plagiant l’ouverture de L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL avec son tueur aux mains gantées psalmodiant dans une chambre noire, ce film très télévisuel qui confronte une Kelly TOP GUN McGillis vieillissante à un assassin et à un mystérieux auto-stoppeur avec « fausse piste » tatoué sur le front oscille entre le slasher mou et le whodunit téléphoné. Idéal pour remplir les grilles de programme de fin de soirée en somme, ce petit machin insignifiant ne présente pas une once d’intérêt. Le shérif a beau insister (« pas de panique, ne cédons pas à la suspicion »), je n’ai vraiment que ça à faire, soupçonner, et l’apathie du métrage ne risque pas de me voir céder à la moindre panique : je dirais que le coupable est certainement celui qui semble être le plus inoffensif du lot. Bingo ! À la rigueur, RIEN NE SERT DE CRIER (ou de voir ce film) pourra permettre à mamie de lutter contre son Alzheimer en exerçant sur cette intrigue prévisible sa perspicacité érodée.
 
S comme… SHADOW CREATURE, de James Gribbins (USA, 1995)
Après un interlude aussi insipide, le laisser-aller ce cette petite série Z décomplexée fait un bien fou. Le film s’ouvre généreusement sur un générique hautement improbable et très rigolo où les lettrages sanguinolents sont au moins aussi chargés que le jeu des acteurs en roue libre ou la musique du film, un de ses points forts : une composition semi-parodique où les poncifs sont revus et corrigés de façon hilarante par le Dave Kane’s Them Jazzbeards.
C’est pas très sérieux donc, tout ça. Le film, dédié à un sac de moules mortes retrouvées sur le plateau et « inspiré d’une histoire vraie » (Flesh Eating Cannibal Creature From Cleveland), nous raconte comment des moules zébra, mises en contact avec un mélange de lotion capillaire expérimentale et de bière, fusionnent avec un pauvre hère métamorphosé en homme-moule meurtrier. Malin, James Gribbins ne fonce pas tête baissée dans la parodie, et garde dans ses grandes lignes un semblant de sérieux, tout en assumant pleinement son modeste statut, sans chercher à imiter les classiques ; l’ambiance rigolarde sur le plateau est palpable et assez communicative à l’écran. Monstre hilarant, musique excentrique et atmosphère ironique sans en rajouter inutilement dans le second degré, le métrage, qui ne dépareillerait pas dans le catalogue de Troma, est plutôt idiot, sympathique et réjouissant.
 
T comme… THX 1138, de George Lucas (USA, 1971)
Retour sur un film déjà évoqué lors de sa ressortie en salles par Tournevis, ressortie bien entendu motivée par les retouches infographiques souhaitées par George Lucas – eh oui, maintenant, les films, c’est comme les ordinateurs, il faut les « up-grader » régulièrement pour leur permettre de rester visibles. Qu’est-ce que ça m’agace… Évidemment, cette nouvelle version remplace et annule la précédente qui, comme c’est déjà le cas pour L’EXORCISTE de Friedkin, risque fort de devenir introuvable. Tant mieux pour les améliorations… et tant pis pour tout le reste ! On se consolera de cet état de fait avec la présence dans l’édition DVD du court-métrage à l’origine du long, vierge de toute retouche numérique, un essai intéressant mais un rien rigide, figé.
Le long-métrage, co-écrit avec le brillant Walter Murch, développe cet univers blafard et totalitaire, inscrit pleinement dans la mode typique de la Science-Fiction des années 70 : l’anticipation alarmiste sur le devenir de l’Humanité, objet à l’époque d’une avalanche de métrages de qualités diverses – SOLEIL VERT, LE SURVIVANT, ROLLERBALL, ZARDOZ, SILENT RUNNING, etc. Après une scène d’ouverture présentant un extrait du vieux serial « Buck Rogers » (une façon un peu naïve de manifester une rupture avec la SF de papa, je trouve), le récit de THX 1138, dérivé de 1984 (avec cette liaison amoureuse prohibée observée par les autorités), ne fait pas vraiment preuve d’une grande originalité, mais c’est dans sa forme que le film se distingue, principalement par ses décors souvent uniformément blancs – ce qui est loin d’être une facilité au regard des difficultés que cela a dû poser au directeur de la photographie – mais aussi par quelques créations originales comme ces androïdes au visage-miroir, ces confessionnaux automatiques où un écran projette, curieusement, non pas une image de Jésus mais un autoportrait de Dürer, ou cette machine à masturber (Noël approche !) qui fait partie des ajouts de cette version 2.0 du film.
Les ajouts, parlons-en. Comme toujours, et c’est d’autant plus irritant de voir la version originale mise au placard comme un rebut dépassé, le bon côtoie le moins bon, ou le carrément exécrable. La majeure partie des séquences tournées et réintégrées dans le nouveau montage sont très intéressantes, mais le film ne voit pas pour autant son rythme, un peu trop monocorde et lassant, s’améliorer. En rajoutant derrière les fenêtres de ce complexe souterrain hautement claustrophobe des effets spéciaux numériques montrant la circulation d’engins façon CINQUIÈME ÉLÉMENT (mais en beaucoup moins laid, les effets en eux-mêmes sont soignés), Lucas altère un peu à mon sens le sentiment d’enfermement qui caractérisait si bien le film. Ce qui m’a sans doute le plus déplu, sans même mentionner les allusions ajoutées à l’univers de STAR WARS (histoire de concocter un semblant de cohérence thématique totalement fabriqué), ce sont ces effets numériques hideux lors de la poursuite en voiture dans les tunnels, avec ces cascadeurs infographiques parfaitement décelables, occasion de rajouter quelques plans bien spectaculaires comme il faut, absolument pas crédibles et franchement laids. Mais bon, il fait ce qu’il veut hein, c’est son film après tout. Pour le reste, je laisse aux spécialistes le soin de faire une comparaison exhaustive entre les deux versions, n’ayant moi-même vu l’original qu’une seule fois il y a déjà plusieurs années. Un film intéressant et assez ambitieux, quoi qu’il en soit.
 
U comme… UN FRISSON DANS LA NUIT, de Clint Eastwood (USA, 1971)
Restons aux USA, et tant qu'à faire, restons aussi en 1971. Bon, je marche sur des œufs, voici un nouveau film de Clint Eastwood abordé sur Matière Focale après la polémique à rallonge de MILLION DOLLAR BABY (un titre, deux liens, quel talent), et j’ai bien peur de ne pas avoir du bien à en dire…
C’est le premier long-métrage de Clint Eastwood, développé avec l’appui du cinéaste Don Siegel, célèbre pour son INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES, et dont je vous recommande tout particulièrement le splendide LES PROIES, interprété par Eastwood et également réalisé en 1971. L’histoire est dans ses grandes lignes la même que celle de LIAISON FATALE (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle John Carpenter en a refusé la réalisation), jusqu’à la référence à l’opéra « Madame Butterfly » - même si le piètre film d’Adrian Lyne en restituait puissance 10 le propos moraliste : Clint Eastwood s’octroie le rôle principal, celui d’un animateur radio empêtré dans une relation avec une femme déséquilibrée et de plus en plus menaçante. Hormis l’interprétation en roue libre de Jessica Walter, vocalement très impressionnante, le film est d’une grande médiocrité.
Visuellement, musicalement aussi du reste, le film est affreusement daté, et très mal réalisé – les cadrages sont vraiment mauvais. Eastwood ne maîtrise pas le rythme de son film, et patine dans des séquences répétitives (les lassantes et nombrilistes virées en voiture de Clint), quand il ne s’enlise pas complètement dans une séquence atrocement longue et d’une effarante inutilité (séquence du festival de Jazz, une pause injustifiée filmée comme un documentaire, avec un son occasionnellement synchrone), avant un dénouement expédié à la hâte et un rien ridicule. Le film est dans l’ensemble franchement assommant. Le son, d’une façon générale, est assez catastrophique, et je mettrais ma main à couper qu’une majeure partie des prises est post-synchronisée. Mais au fond, ce qui me gêne le plus dans ce film qui nous parle de sexualité et de passion psychotique, c’est la cruelle absence d’érotisme, de désir. La seule séquence tournant autour de la sensualité est une calamiteuse scène chantée où Clint fait l’amour avec la vraie femme de sa vie au bord d’une cascade. Fichtre. Très mauvais film.
 
V comme… VAMPIRE AT MIDNIGHT, de Gregory McClatchy (USA, 1988)
Retour à la série B issue des années 80 : des femmes sont tuées, et semblent être les victimes d’un vampire. On apprendra par la suite qu’en fait de vampire, nous avons affaire à un hypnotiseur illuminé usant de ses talents pour commettre quelques méfaits de bon vieux serial-killer des familles – son interprète est nul, plus tout jeune et pas charismatique pour un sou. Une ou deux séquences amusantes surnagent : la scène d’ouverture, où un rendez-vous amoureux, le meurtre qui s’ensuit et l’abandon du corps se font dans une atmosphère uniforme, tranquille, soutenue par un morceau de jazz ; et une autre séquence dans un cabaret, au cours de laquelle un comique est assassiné sur scène après avoir été victime d’hallucinations, sous les applaudissements des spectateurs. D’autres passages se distinguent surtout par leur kitsch redoutable – dont les hilarants cours de danse auxquels participe l’héroïne. Ceci dit, le film peut s’éviter. Le rythme est pénible, comme le sont les fréquentes tentatives d’onirisme cheap, et l’ensemble s’oublie dans un claquement de doigt. Clac !
 
W comme… WITCHES' MOUNTAIN, de Raul Artigot (Espagne, 1972)
Sonnez tambours et trompettes, voici maintenant le tout premier film pioché dans le coffret de 50 films rares dont j’ai fait l’acquisition en juillet. Copies laminées issues de vieilles VHS, VO non sous-titrée et packaging sommaire (12 DVD à deux faces, 2 à 3 films par face !), mais un prix dérisoire et une majorité de films inédits ou totalement oubliés, la plupart étant d’ailleurs libres de droits. Vous pouvez donc télécharger WITCHES’ MOUNTAIN en toute légalité sur publicdomaintorrents.com, en cliquant ici. Je ne manquerai pas de vous mettre le lien sur les films concernés dans les prochains articles, la programmation de ce coffret étant disséminée dans les sélections à venir. Au passage, je suis tout de même surpris de voir que LES FRISSONS DE L’ANGOISSE, en double programme avec WITCHES’ MOUNTAIN sur le DVD, fait partie du lot des films libres de droits – mais attention, la copie proposée en téléchargement est épouvantable, remontée et recadrée (c’est celle où la révélation du hors-champ imaginée par Argento reste hors-champ !), mieux vaut l’éviter.
Le film s’ouvre sur une séquence assez folle, à peu près totalement détachée du reste du récit : une fillette crispante cherche son serpent partout, accuse le chat de l’avoir tué, et sa mère la surprend en train de trucider le malheureux félin : contrariée, maman immole sa progéniture par le feu, purement et simplement. Fichtre. On retrouve cette femme après le générique alors que son amant, notre héros, journaliste photographe, est en train de l’éconduire : elle est furieuse et promet une vengeance terrible – vu les punitions qu’elle administre à sa fille, je la crois sur parole ! Mais nous la laissons pourtant derrière nous pour suivre les pas de notre photographe, parti faire un reportage sur une montagne réputée hantée, et qui se lève en chemin une nouvelle petite amie en bikini. Dès leur arrivée dans une sinistre auberge au pied de la montagne aux sorcières, des phénomènes étranges se produisent…
La copie recadrée, par ailleurs doublée en anglais, gâche un peu de très beaux décors naturels, mais le film, que beaucoup trouveront sans doute très ennuyeux, m’a semblé distiller un certain charme, une belle atmosphère. Ellipses étranges qui entretiennent un climat bizarre imprégnant un récit nébuleux, longs silences brutalement interrompus par une musique tonitruante, fin pessimiste et expéditive qui explicite très vaguement l’introduction décalée du film. Et quelques idées assez belles (un chat devient soudain une femme à la langue coupée), notamment une très belle séquence au cours de laquelle le photographe visite les ruines d’un village sur la montagne : à chaque photo qu’il prend des ruines, le montage insère brièvement de vieilles photos jaunies des lieux photographiés, peuplées de sinistres villageois, une scène accompagnée par une chanson totalement improbable et assez impressionnante. Bref, une première visite séduisante dans ce coffret, avec l’impression pas déplaisante de découvrir une relique poussiéreuse qui sent très fort le grenier.
 
Le sentiment de faire des découvertes, en somme, ce que j’essaie toujours de préserver à travers les sélections successives de l’Abécédaire.
 
Le Marquis
 
 [Photo : "Strange fruit...", MANDERLAY, par Le Marquis]
MANDERLAY
OBSESSION
J’ADORE HUCKABEES
FEMALE TROUBLE
PALAIS ROYAL !
THE DESCENT
LOLITA
THX 1138
L’ÎLE AUX PIRATES
LA NUIT DÉCHIRÉE
HANUMAN
WITCHES’ MOUNTAIN
L’EXORCISTE : AU COMMENCEMENT
SHADOW CREATURE
LE CŒUR DU GUERRIER
GODSEND
BLOOD FEAST
UN FRISSON DANS LA NUIT
AUTOPSY
VAMPIRE AT MIDNIGHT
RIEN NE SERT DE CRIER
 
Bande-annonce de l’épisode 13 : la vie secrète d’un bon père de famille, un scientifique mutant, l’ange Gabriel tombe le masque, des larmes parfumées au patchouli, une petite rouquine possédée par le mal, une serveuse qui cherche l’amour, l’extermination comme solution au problème des gangs, un voleur de visages, un parasite extra-terrestre, un cow-boy indien revanchard, un trafiquant d’armes, une dame du lac, une psychose incestueuse, un cirque encombrant, une communauté new age, un nez trop long, quelques tricheurs, un fragment de météorite dans la tête, un type qui déteste les chats, un clochard sans moustache, et une avalanche de lapins sur vos têtes !
 
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[Photo : "13 est le prochain", par Le Marquis]

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Dimanche 3 décembre 2006

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
[Photo : "Sweet Ugly Lovely Tasty Sexy Trashy", Edith Massey dans FEMALE TROUBLE, par le Marquis]
Me voilà donc de retour après un article précédent secoué par les petites vaguelettes d’un fan de Truffaut si outré qu’on puisse dire ne pas s’y intéresser qu’il en a conclu que j’étais forcément un chômeur ! Les comportements des internautes, ici et ailleurs du reste, Matière Focale étant loin d’en avoir la primeur, pourrait même faire l’objet d’un article très intéressant dont l’idée me trotte dans la tête depuis quelques temps – à voir, peut-être trouverai-je le temps de m’y atteler aux prochaines vacances, ça pourrait être amusant… Pause conséquente après le départ du Docteur, comblée par une orgie de Muppets bienfaisante, évidemment destinée à me faire oublier la sinistre version de Cauet, heureusement avortée, mais qui aura tout de même fait son petit travail de sape ; la disparition de l’émission est une bonne nouvelle, mais les Muppets restent détenus dans les geôles de Disney (d’où le nom de la filiale, « Muppets Holding Company » ?). J’espère que les nouveaux ayant-droits y réfléchiront à deux fois avant de brader de la sorte la création de Jim Henson. Ou de Jim & Son : que Brian H. soit fisté comme Kermit l’a été par des mains malpropres si de nouveaux outrages nous sont imposés. Drôle de façon de « réaliser le rêve de son père », quoi qu’il en soit… Bref, l’incident est clos, et depuis, le visionnage méthodique et strictement réglementé a repris son cours, avec de très bonnes choses et d’autres bien moins bonnes, ce dont vous ne saurez rien tant que je n’aurai pas rattrapé mon retard léger mais conséquent, avec cette question qui reste en suspens : serai-je synchrone pour boucler le compte-rendu exhaustif de cette année 2006 fin décembre ? Avant de détailler cette douzième sélection, assez intéressante, dans le détail, le docteur me charge de vous rappeler au souvenir du concours actuellement proposé sur Matière Focale, toujours d’actualité, mais qui devrait prochainement clore les participations : il vous reste donc encore une semaine pour nous faire parvenir vos « piches » et / ou « aillequoux », c’est à vous de jouer. Que le docteur m’excuse de ne pas être plus précis, mais je suis attendu et il me faut me presser : tout complément d’information signé de sa main dans cette introduction sera le bienvenu. Allez, hop ! On attaque avec un film en A comme...
 
AUTOPSIE, de Michael Kriegsman (USA, 1999)
Lors d’une visite du Docteur Devo cet été, et parmi tous les films qu’il a choisi de visionner en ma compagnie, l’un des titres sélectionnés l’a été dans la sélection de l’Abécédaire dont je vous rends compte aujourd’hui. Il s’agissait d’AMOUR ET AMNÉSIE, comédie dramatique ni drôle, ni émouvante – mais copieusement racoleuse et passablement stupide, à tout prendre, je ne regrette pas de ne pas l’avoir vu tout seul ! Après le départ de mon invité, lorsqu’il a fallu combler le trou dans la sélection par un nouveau titre (j’ai depuis décidé que les films pré-sélectionnés visionnés hors du cadre de l’Abécédaire seraient tout de même chroniqués et non pas remplacés), il m’a paru logique de remplacer ce très mauvais film par un métrage à sa façon tout aussi redoutable, et mon choix s’est alors logiquement reporté sur ce AUTOPSY : THROUGH THE EYES OF DEATH’S DETECTIVES.
En achetant ce film de Michael Kriegsman parmi plusieurs autres acquisitions, je croyais en effet avoir affaire à un petit film d’horreur de série B du type ANATOMIE (mauvais, ça aussi) ou LE DENTISTE. Grosse surprise, pas spécialement plaisante, en cherchant des renseignements sur le métrage en question : il s’agissait en réalité d’un documentaire sur les médecins-légistes à l’ouvrage, complété de nombreuses séquences non simulées d’autopsies. Beurk. N’étant pas très motivé par un trip voyeuriste du genre FACE À LA MORT, classique putride de vidéo-clubs des années 80, j’avais jusqu’alors posé le DVD sur une étagère sans plus y toucher, et ce n’est que le dégoût, sur un autre registre, du machin interprété par Adam Sandler qui m’a incité à le remplacer par le disque paria, la complaisance mélo et niaise du film initialement prévu valant bien, après tout, quelques dissections entre amis.
Le documentaire se donne pour mission de faire tomber les préjugés et la méconnaissance autour de la profession de médecin-légiste, s’ouvrant d’ailleurs sur un micro-trottoir où le chaland qui passe, mal à l’aise, lâche quelques considérations sur la supposée personnalité morbide de ces professionnels, quand il ne croit pas que l’autopsie est « ce que font les femmes pour ralentir les effets du vieillissement » - elle est bien bonne, celle-là ! Par certains aspects, le documentaire est relativement intéressant, notamment lorsqu’il infirme l’idée selon laquelle les autopsies sont devenues très courantes (il semblerait en réalité que l’on en pratique trois fois moins que dans les années 50, ce que déplorent les professionnels interrogés, pour qui les causes de mortalité restent trop souvent supposées), ou quand il met en perspective la place de l’autopsie dans un contexte religieux et culturel. Mais pour qui ne voit pas les médecins-légistes comme des vampires morbides (et sur ce point, le film me semble quand même enfoncer quelques portes ouvertes), son acharnement à nous montrer les médecins-légistes comme des « êtres humains comme nous » (qui vivent en famille, adorent les montagnes russes ou consacrent leur temps libre à la peinture à l’huile) me semble un rien appuyé – le propos est bien plus intéressant lorsque ces personnes évoquent leur passion pour le métier, leurs premières difficultés, leurs propres limites, etc.
En parlant de limites, le documentaire effectue un choix curieux et pas forcément idiot en n’évacuant pas, sur un plan graphique, plusieurs séquences peu ragoûtantes autour desquelles se construisent fantasmes et préjugés, alors même que les scènes d’autopsies deviennent de plus en plus banales dans les films (et séries) de fiction. Je vous épargne le détail, mais les passages nous montrant les légistes en action, filmées sans complaisance mais sans fausse pudeur non plus, sont pour le moins explicites, et très probablement insupportables pour une majorité d’entre nous. Elles sont la (seule) force du documentaire, montrant ces actes médicaux pour ce qu’ils sont, et pour leur finalité.
Elles sont aussi, cependant, les grandes limites d’un film par ailleurs, c’est tout de même un problème, très platement réalisé et monté. D’une part, l’intérêt d’AUTOPSIE est très variable et réside surtout dans celui du sujet abordé, à la fois tabou et, dans la fiction, très prisé, Kriegsman échouant à prolonger la gravité, la pudeur, voire la répulsion des images filmées par une mise en scène adéquate, un peu comme si la nature des images captées par la caméra le privaient ou le dispensaient d’y apporter un véritable point de vue. D’autre part, mais vous vous en doutez déjà je suppose, et malgré les constantes précautions prises par le cinéaste pour échapper à ce travers et pour clarifier ses louables intentions (je ne mets d’ailleurs pas en doute sa sincérité), le film ne peut échapper totalement à des visées mercantiles et franchement veules dans la façon dont il est distribué et sera probablement visionné par certains.
De ce point de vue, l’édition DVD est particulièrement ambivalente. Complétée par un court making-of exposant la fascination, l’appréhension et le malaise de l’équipe de tournage, avec une certaine justesse du reste, le DVD est accompagné d’une jaquette qui présente des encarts avertissant le spectateur du contenu graphique du métrage, ce qui est pour le moins légitime. Légitimes, d’autres encarts le sont moins, ne le sont pas du tout même, avec leur côté bateleur de foire (« Attention ! Êtes-vous prêts à tout voir ? La visite peut commencer… »), qui misent le pactole sur le versant glauque, morbide et voyeuriste de la chose, seul véritable faux-pas de l’édition, mais c’est bien celui qui est le plus mis en exergue. Ambiguïté, quand tu nous tiens… Très honnêtement, je n’aurais probablement pas fait l’acquisition de ce film si je m’étais rendu compte de ce qu’il proposait. L’expérience m’aura répugné mais parfois fait réfléchir ; mais sur un plan cinématographique, encore une fois, c’est d’une frileuse neutralité, prudemment clinique et sans intérêt ; et il me paraît difficile d’en défendre l’exploitation qui, sous cette forme (DVD perdu dans le rayon épouvante, avec ses cartons racoleurs à deux balles), me semble franchement dégueulasse. Mais peut-être suis-je hypocrite, je ne sais pas.
 
B comme… BLOOD FEAST, de Herschell Gordon Lewis (USA, 1963)
Ce n’est pas sans soulagement que je laisse derrière moi ces éviscérations anatomiquement réalistes pour me tourner vers les bonnes vieilles tripes de mouton du père Herschell Gordon Lewis, inventeur du concept de film « gore » (et non pas de l’effet lui-même, puisque tout le monde connaît l’œil tranché du CHIEN ANDALOU de Buñuel) dont ce BLOOD FEAST est le tout premier représentant. Au programme donc, érotisme léger et gore très sommaire, mais assez décapant pour l’époque. H.G.Lewis a surtout le premier eu l’idée de creuser le filon avec complaisance dans le cadre du film d’horreur, faisant tomber les barrières du bon goût avec une manifeste bonne humeur. Le cinéaste, par ailleurs assez incapable il faut bien le dire, a su profiter de l’émergence du film d’exploitation, optant pour les effets sanglants afin de se distinguer des millions de nudies produits par un système qui se contrefichait bien du comité de censure américain, les films en question étant de toute façon exploités dans le réseau des salles X. Un versant très démonstratif qui allait peu à peu s’étendre à des œuvres plus ambitieuses (LA NUIT DES MORTS-VIVANTS), puis aux films de studios (on parle souvent de L’EXORCISTE, mais on pourrait également citer certains Peckinpah !)
Même si BLOOD FEAST est objectivement très mal écrit et encore moins bien mis en scène – les films suivants ne seront pas plus brillants, même si certains d’entre eux ont fait preuve de plus d’inventivité, comme le célèbre 2000 MANIACS, relecture gore de BRIGADOON (!), H.G.Lewis a sa place dans la petite histoire du cinéma, ne serait-ce que parce qu’il a le premier franchi le pas vers ce qu’une idée très galvaudée, encore très ancrée dans l’esprit des historiens du cinéma (qui font souvent de piètres cinéphiles, pour ce que j’en dis), considère comme un appauvrissement du genre fantastique, un stigmate de sa propre déréliction et de la dégénérescence des mythes et des codes narratifs du genre – voir par exemple les écrits, par ailleurs passionnants, d’un critique passéiste comme Gérard Lenne. En réalité, cet aspect soudain très permissif a permis au fantastique de se diversifier, de se démarquer d’une approche du fantastique dérivée des années 30 et qui n’avait jusqu’alors pas véritablement connu d’évolution – Lucio Fulci en est l’aboutissement le plus flagrant dans son étrange poésie de l’excès, mais chaque cinéaste œuvrant dans le fantastique a été influencé par cette liberté de ton et d’expression, l’investissant avec intelligence (PHANTASM), l’exploitant avec malice (RE-ANIMATOR) ou s’en démarquant consciemment (subtil, suggestif et trop méconnu LE CERCLE INFERNAL). Bien sûr, près de 45 après BLOOD FEAST, tout semble avoir été montré, les spectateur semblent bien blasés, et on voit même depuis les années 90 le retour à une certaine pudibonderie. Bof, ça va, ça vient…
Et le film, dans tout ça ? Eh bien, il dépasse de peu son seul intérêt historique par sa brièveté et surtout par le recours à un humour absolument pas involontaire comme j’ai pu le lire ici ou là. Cette histoire d’épicier égyptien assassinant des demoiselles qu’il offre en sacrifice à sa déesse Ishtar est abordée avec décontraction et ironie, accompagnée du fameux martèlement musical. Le scénario est truffé de notations humoristiques, et le casting est composé d’acteurs délicieusement nuls dont le jeu évoque un peu les tonalités des premiers John Waters. En somme, c’est du bon gros cinéma d’exploitation, daté mais assez amusant.
 
C comme… LE CŒUR DU GUERRIER, de Daniel Monzon (Espagne, 2000)
Passons à tout autre chose, avec ce curieux long-métrage qui n’aura pas connu les faveurs d’une distribution en salles – vu la nature de l’emballage, qui évoque une sorte de plagiat tardif de CONAN LE BARBARE version Z, ça n’a d’ailleurs rien de surprenant.
Le film s’ouvre là où s’achèvent la plupart des films d’héroïc-fantasy : un guerrier valeureux accompagné d’une fougueuse amazone est sur le point d’achever sa quête d’un quelconque caillou magique, et doit se mesurer à un méchant casqué. On touche au climax, en se disant que tout ça démarre sur les chapeaux de roue, en se disant aussi que c’est visuellement cheap, ou plutôt très artificiel, mais soigneusement photographié, quand soudain, le valeureux guerrier se réveille dans une chambre d’adolescent branché Donjons & Dragons, vilipendé par une mère excédée. Le guerrier semble ne rien comprendre à rien, surtout lorsqu’il découvre dans le reflet que lui renvoie le miroir un jeune garçon malingre à l’air passablement paumé. Bingo. De deux choses l’une : soit le guerrier a été par magie expédié dans un monde parallèle, au sein duquel il reconnaît ses alliés et ses ennemis ; soit l’adolescent soigne malencontreusement une schizophrénie naissante et bouillonnante par une immersion sans limites dans un jeu de rôles qui le relie à ses camarades de classe.
On pourrait vaguement définir LE CŒUR DU GUERRIER comme une sorte de croisement risqué entre L’HISTOIRE SANS FIN et FISHER KING. Monzon se livre à un exercice très périlleux, tentant, sans grand succès hélas, de faire se côtoyer une comédie proche de la farce, jouant sur les décalages (guerrier armé d’une cannette de coca-cola), et un réel potentiel de noirceur, tant dans la désagrégation mentale de l’adolescent en question, manipulé par des politiciens tentant de l’amener à assassiner le leader d’un parti ascendant, que dans le portrait de ses alliés transfigurés dans notre quotidien : la fière amazone est devenue une prostituée junkie, l’acolyte est un nain clochard pas très sain d’esprit obsédé par l’hygiène dentaire (?!?), le mage est une espèce de Raël illuminé de plateaux TV, bref, c’est vers toute une population marginale en pleine décrépitude que les illusions guident l’adolescent – ou mènent le guerrier perdu…
Fichtre ! Le réalisateur ne manque en tout cas pas d’ambitions. Malheureusement, son scénario est affreusement décousu et hésitant dans ses tonalités, ne parvenant jamais à gérer la complexité de son intrigue (voir le personnage du politicien menacé, peu convaincant et inséré sans finesse dans le récit). Le résultat, après avoir un peu intrigué, finit par lasser franchement, d’autant plus que la mise en scène, aussi spectaculaire qu’insipide, échoue à trouver un équilibre entre l’humour, le fantastique et le drame, ne suscitant au final que le sentiment d’une certaine prétention, assez irritante. Un brouillon original en somme (quoi qu’il doive une fière chandelle à Terry Gilliam), mais complètement raté. Plus que ses apparences, qui sont trompeuses, c’est surtout sa médiocrité qui nous console de son absence dans nos salles ; chapeau bas pour la vivacité du film de genre en Espagne, mais cet opus ne tire donc pas son épingle d’un projet démesuré assuré sans talent.
 
D comme… THE DESCENT, de Neil Marshall (Angleterre, 2005)
De Neil Marshall, je n’avais que très moyennement apprécié un DOG SOLDIERS sympathique et énergique, à mon sens plombé par des personnages sans intérêt (dommage, pour une fois qu’on échappait aux teenagers usuels) et surtout par une mise en scène désastreuse dans la première partie du film – un dégueulis de cadrages mobiles et de montage frénétique hideux et à peu près illisible, qui connaissait par la suite une nette amélioration ceci dit, la dernière demi-heure étant plus composée, et surtout plus maîtrisée. Malgré le fait qu’on m’ait malencontreusement raconté la fin avant que j’aie eu le temps de dire stop in the name of love, la bonne réputation du film m’a amené à considérer THE DESCENT dans un esprit d’ouverture sur lequel le réalisateur de SAW devrait ne pas trop compter en ce qui me concerne.
Bonne pioche, Neil Marshall a fait d’énormes progrès, et réussit ici ce qu’il n’avait fait qu’effleurer maladroitement avec son précédent long-métrage : au-delà du seul casting, bien meilleur, le réalisateur abandonne le sur-découpage hystérique et les infects gigotements du cadre au profit d’une mise en scène encore trop impersonnelle, mais indéniablement structurée, qui tire le meilleur parti de la situation de claustrophobie auxquels sont confrontés les personnages, et nous avec. En réalité, avant que ne surviennent les créatures (que Marshall a l’excellente idée d’introduire le plus tard possible), la tension est bougrement communicative, au point même que, devant l’extrême efficacité du suspense autour de ces spéléologues coincées dans des galeries souterraines après un éboulement, on se dit que le film aurait presque pu se passer de monstres. Reste que ces créatures sont particulièrement réussies (avec même quelques plans fugaces saisissants en animation image par image, très bonne initiative, percutante, en pleine mode d’effets infographiques fluides, réalistes et totalement dénués de poésie), et la mise en scène ne se délite pas trop à leur arrivée : c’est parfois encore trop découpé, d’où quelques plans confus et une ou deux erreurs de raccord, mais le film se tient dans son ensemble à une certaine rigueur. Je ne vous dirai rien du dénouement, assez atypique, sinon qu’il donne une étrange impression d’inachèvement satisfaisant. Bref, dans son genre, et même s’il compense un certain manque de personnalité (quelques plans volés à DARKNESS dans l’introduction m’ont un peu contrarié) par une indéniable efficacité formelle qui laisse encore passer quelques couacs au montage, THE DESCENT atteint sa cible, et vaut le détour.
 
E comme… L'EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, de Renny Harlin (USA, 2004)
Puisqu’il n’a encore jamais vraiment été question de la série très hétéroclite des EXORCISTE, je profite de cette note pour vous faire part de mon propre point de vue, en deux mots. Le film de William Friedkin, dans sa version originelle du moins, est assez passionnant, bien que sa dernière partie me semble plus datée (trop de déclinaisons des séquences d’exorcisme ont un peu élimé la force des images de Friedkin à la sortie du film) ; excellent travail de montage – en particulier de montage son, une approche du fantastique qui a généré des œuvrettes section « histoire vraie » du type AUDREY ROSE ou AMITYVILLE (films que je n’aime vraiment pas), par son réalisme dans le contexte des événements surnaturels qui se déroulent à l’écran, mais qui en évite les travers démonstratifs et le sensationnalisme naïf. Le remontage de 2001 est par contre détestable, et le révisionnisme du cinéaste (qui avait déjà profondément dénaturé LE SANG DU CHATIMENT) m’a d’ailleurs amené à m’en détourner ces dernières années. Je tiens L’EXORCISTE II (L’HÉRÉTIQUE) de John Boorman, généralement détesté, comme un très grand film et l’une des plus belles réussites de son réalisateur, ne serait-ce que parce qu’au-delà de ses immenses qualités, le film fait ce que toute suite se devrait de faire : prendre une autre direction, proposer une nouvelle approche, un approfondissement des thèmes et une expérimentation des formes ; à vrai dire, je le préfère même au film de Friedkin. J’apprécie l’originalité et la ponctuelle efficacité de L’EXORCISTE III de William Peter Blatty, avec toutefois des réserves sur le profond ridicule de la dernière partie, audacieuse certes, mais à mes yeux très maladroite, pour un résultat aussi intéressant qu’il est bancal.
Nous en venons donc à « l’affaire » de ce quatrième volet, une préquelle au film de William Friedkin dont la production particulièrement chaotique a fini par accoucher de deux longs-métrages distincts. Contrairement à ce qu’affirment certaines rumeurs, Renny Harlin ne s’est pas contenté de terminer un film en partie tourné par Paul Schrader, dont le travail n’a pas simplement été remonté. Le film de Renny Harlin n’utilise que peu de séquences tournées, et le tournage a quasiment repris à zéro, avec un casting en partie recomposé, sur un scénario lui-même repensé de fond en comble – avec pour conséquence pour Renny Harlin, bien évidemment, de réaliser ce quatrième épisode opus 2 dans des délais drastiques et pour un budget considérablement revu à la baisse suite aux dépenses générées par le premier tournage et par la résolution légale de cet imbroglio. Au final, le film de Paul Schrader, DOMINION, a échappé de peu à la mise au placard, mais il n’aura été exploité qu’en vidéo (il n'est pas mentionné dans la filmographie de Schrader sur Imdb, ceci dit !). Je ne l’ai pas vu, et je me demande bien ce qui, dans le travail de Schrader, a pu justifier une telle décision, fort rare, les studios se contentant en général d’embaucher un « docteur » pour mettre du scotch sur les brèches et finir le produit initial en limitant le désastre au maximum, pratique qui par contre est elle très courante.
Avec un tel naufrage en amont, le film de Renny Harlin avait peu de chances d’aboutir à un résultat très probant, et sans doute encore moins de chances de ne pas être accueilli avec froideur et ironie. Avant de voir L’EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, je n’en connaissais que la réputation désastreuse de sommet de comique involontaire, de navet filandreux et grotesque. Et après visionnage ?
Ce n’est pas un bon film. Mais ce n’est pas non plus aussi lamentablement nul qu’on a bien voulu le dire – surtout si c’est pour affirmer dans le même mouvement que le consternant SAW est une des grandes révélations de ces dernières années ! Le manque de temps et d’argent reste douloureusement visible à l’écran : le film souffre d’effets visuels oscillant entre les plans douteux (scène d’introduction) et les scènes franchement laides (absurdes hyènes en images de synthèse qui auraient à peine fait l’affaire pour L’ÂGE DE GLACE), et le scénario patine régulièrement dans des flous narratifs mêlant raccourcis abscons et simplifications excessives, d’une subtilité digne d’AMITYVILLE – et ce n’est pas un compliment. L’usure se ressent aussi chez Stellan Skarsgaard, amené à interpréter le même personnage une seconde fois, et qui fournit ici le minimum syndical, sans se forcer. Comme à son habitude, Renny Harlin met le paquet, avec l’absence de retenue qui le caractérise – et qui rend son cinéma à ses meilleurs moments généreux, gratuit et spectaculaire : dans ce cloaque, des pans de métrage surnagent, dans un registre de bon gros fantastique qui tache, et qui tâche surtout de faire au mieux dans des conditions relativement catastrophiques. Bien qu’il ait été copieusement raillé, le film fait pourtant mieux que pas mal d’œuvres bien plus idiotes (LA FIN DES TEMPS, pour n’en citer qu’un) qui ne sont passées inaperçues que parce que les projecteurs cyniques n’étaient pas spécialement braqués sur elles ; mais c’est aussi le genre de grand film malade qu’on n’a pas spécialement envie de soigner, il faut bien l’avouer.
 
F comme… FEMALE TROUBLE, de John Waters (USA, 1974)
Après la découverte tardive, en ce qui me concerne, mais vivifiante de l’étonnant PINK FLAMINGOS, je poursuis mon tour de visite parmi les premiers longs-métrages de John Waters avec FEMALE TROUBLE, qui s’impose aisément par sa drôlerie et par son ignominie dès la célèbre séquence au cours de laquelle Divine est violée par un homme interprété par... Divine ! Et les admirateurs de Divine ne doivent pas rater cet étrange FEMALE TROUBLE ou le travesti connaît un parcours à part dans la filmographie du cinéaste, qui détaille cette histoire depuis la révolte adolescente jusqu’à la mort programmée de son personnage, plusieurs années plus tard, et non sans une certaine noirceur, le film étant à ce jour le plus sombre qu’il m’ait été donné de voir chez Waters. Ça n’empêche en rien le film d’être d’une drôlerie féroce et décadente, qui préfigure clairement le mouvement punk (la première apparition d’Edith Massey est hallucinante), mais il s’y glisse cette fois les prémisses d’une certaine amertume, dont Waters saura tirer le meilleur parti (POLYESTER) sans s’y enliser, ainsi qu’une réelle violence, un jusqu’au-boutisme, une logique froide et radicale. Et sa mise en scène se structure peu à peu ; elle est ici plus pensée que les collages aléatoires et le relâchement formel de PINK FLAMINGOS, ce qui est sans doute lié à la nécessité de devoir gérer un parcours cauchemardesque et la métamorphose d’un personnage fascinant, adolescente obsédée par les chaussures à talon cha-cha, mère-fille aigrie, qui devient de façon fortuite une icône célébrée, dont les performances iront bien au-delà de ce que ses Pygmalions seront prêts à assumer.
Il est difficile de renchérir dans le registre de la provocation, ce sur quoi le film n’égale jamais totalement PINK FLAMINGOS – il est d’ailleurs surprenant de voir John Waters tenter de reproduire le fameux travelling de son film précédent filmé en caméra cachée depuis une voiture : Divine commence alors à se faire un nom, et arpente cette fois les rues dans l’indifférence générale, les figurants malgré eux paraissant blasés par ce phénomène local qui ne surprend plus grand-monde. Par chance, Waters ne limite à aucun moment FEMALE TROUBLE, film qui lui tient particulièrement à cœur d’après ses propres propos, à une redite formelle, à une imitation du film qui les a révélés : la provocation du scénario et des interprètes s’inscrit pleinement dans un projet cohérent et assez passionnant, bien moins potache dans l’esprit, plus ambitieux, plus ample, plus corrosif, plus dérangeant, à l’image de sa scène finale, qui ne prête pas vraiment à rire.
 
G comme… GODSEND (EXPÉRIENCE INTERDITE), de Nick Hamm (USA / Canada, 2004)
Voilà ce que la voix-off traditionnelle des bandes-annonces aurait pu claironner en salles : « Remarqué pour THE HOLE, Nick Hamm nous revient enfin, avec un sujet foireux et un casting louche ! » Elle aurait peut-être dû, la voix-off, les choses auraient été très claires de cette façon.
Décidément, et après le redoutablement nul À TON IMAGE, on va vraiment finir par se dire que le clonage humain est tout sauf un bon sujet de film de genre, particulièrement lorsque le scénariste semble aborder le travail d’écriture avec CQFD tatoué sur le front ! GODSEND nous parle de choix et de conséquences : un couple (Rebecca Rominj-Stamos & Greg Kinnear) dont l’enfant vient de mourir accidentellement accepte de le cloner de façon expérimentale, afin qu’il conserve la même personnalité, comme c’est pratique. (Je veux mon enfant, snif-snif !… Je peux l’avoir en blond ?) Le médecin qui leur a proposé la petite affaire (Robert De Niro, de mieux en mieux Robert, continue comme ça…) s’exécute, et tout va pour le mieux jusqu’à l’anniversaire de la mort de l’enfant, qui change alors brutalement de personnalité et semble devenir maaaaaaaléfique. Vous m’ajouterez un twist pas trop vieux, ce sera tout, merci.
L’argument narratif est ici exclusivement axé sur la sensiblerie style « pleurez, ne pensez à rien » – pire encore que dans un film de maladie, complétée par un élément de SF fantaisiste assimilant clonage et réincarnation. Nick Hamm soigne son tracteur filmique, et effleure même quelques vagues ébauches de débuts d’idées intrigantes (l’enfant croit être hanté par son propre fantôme, le clonage a plus encore de conséquences sur les parents que sur l’enfant), mais il choisit crânement la voie la plus banale et la plus lourdement balisée, avant de nous balancer une révélation fracassante (et pas prévisible une seconde, non, non, vous pensez bien) qui oriente le film vers le thriller, tout en continuant à se dépatouiller avec son approche mélodramatique, et avec son sujet de SF à moins que ce ne soit du fantastique. THE HOLE était un suspense efficace et malin ? Nick Hamm va donc logiquement chercher à se faire un nom en visant le scénario tortueux, et j’aurais presque pu applaudir à deux mains (la constance du réalisateur hein ? Pas le résultat !) s’il n’avait pas visé aussi mal. Résultat somme toute classique dans le genre consternant : il y a une fin au film. Et quatre autres en supplément. Cinq dénouements différents. Celui qui a fini par l’emporter vaut bien tous les autres, et ne vaut pas grand-chose, le film n’allant nulle part. Les réelles qualités de THE HOLE se sont envolées : l’interprétation est exécrable (même de la part d’acteurs que j’apprécie habituellement – non non, pas toi Robert, retourne t’asseoir, c’est fini maintenant), la mise en scène se limite à un seul savoir-faire technique illustrant une esthétique démonstrative foncièrement insipide, et GODSEND, film de SF pour ceux qui n’aiment pas la SF, film fantastique pour ceux qui n’aiment pas le fantastique, mélodrame pour ceux qui n’aiment pas le mélodrame, etc., risque bien au bout du compte par ne plaire à strictement personne.
 
H comme… HANUMAN, de Fred Fougea (France / Inde, 1998)
Sur ce film en particulier, je crois nécessaire de préciser que, d’un certain point de vue, j’ai littéralement été piégé par le Dr Devo. En effet, naïf que je suis, j’ai pris les propos du docteur m’enjoignant à voir ce film, probablement motivés par une ironie portée sur mon intérêt sincère pour les (bons) documentaires animaliers (ils sont fort rares), pour d’authentiques conseils d’ami et de cinéphile. En gros, lors de la sortie du film, le Dr Devo m’avait dit que oui, vois-tu, c’est pas trop mal, ça mérite le coup d’œil – mais lorsque je lui ai fait part de cette acquisition, il m’a alors regardé avec des yeux ronds, et l’air de me dire « quelle drôle d’idée »…
Soit. Me voilà donc confortablement installé devant ce petit film d’aventures familial qui raconte l’amitié entre un jeune archéologue luttant pour la défense d’un site religieux en Inde et un petit macaque chassé de sa tribu pour avoir folâtré avec la fille du chef du clan. Les grandes lignes du récit sont bougrement convenues, et la voix-off accompagnant les séquences avec le clan des singes humanise souvent à l’excès une action parfaitement compréhensible sans que ses enjeux soient ainsi surlignés au marqueur. Au passage, ça me rappelle un petit succès de l’époque – au rayon « collège et cinéma », le film japonais LES AVENTURES DE CHATRAN, estimable travail de documentaire-fiction malgré son côté guimauve très appuyé, que la VF laminait à grands renforts de dialogues débiles et insupportablement sur-joués. On n’en est tout de même pas là avec HANUMAN, qui ne court pas non plus après les horreurs du style MON CHIEN SKIP : même si le film reste très limité, il faut bien l’avouer, la photographie est de bonne tenue, aidée par la beauté des décors naturels. Mais surtout, j’ai apprécié certains passages du film, plus elliptiques, lorsque le réalisateur parvient à prendre un peu de distance avec ses penchants pour l’anthropomorphisme, principalement lorsqu’il introduit un élément fantastique assez subtil – qui tranche d’ailleurs douloureusement avec le simplisme des grandes lignes du récit – avec la présence fantomatique dans les ruines d’Hanuman, le Roi des Singes, entité mystérieuse, impalpable, opaque, et qui surtout ne vient à aucun moment jouer un rôle déterminant dans l’intrigue. Pour ces quelques passages où, pour une fois, ce type d’éléments ne s’accompagne pas d’une pure fonctionnalité à visée démonstrative (un message à énoncer, une intervention « magique » pour résoudre les difficultés), le film, aussi simplet et gentillet soit-il, mérite une petite once de respect, à défaut de d’être d’un intérêt brûlant.
 
I comme… L'ÎLE AUX PIRATES, de Renny Harlin (USA / France / Italie / Allemagne, 1995)
Le hasard des programmation, et plus encore la rareté des films en I sur mes étagères, ménage une seconde place au réalisateur Renny Harlin après le très mitigé (mais pas nul) EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, pour un film un peu plus motivant, même si je ne suis pas très captivé par les films de pirates – il faut dire les « swashbucklers », il paraît.
L’ÎLE AUX PIRATES est principalement célèbre pour être le film qui a coulé la firme Carolco suite à son bide spectaculaire en salles. Pas de chance pour Renny Harlin, à qui il arrive rarement de prendre des initiatives très personnelles, pour rester poli, et qui s’est vu bien mal payé de ses efforts pour relancer, sans doute trop tôt, un genre depuis remis au goût du jour par PIRATES DES CARAÏBES. Ceci dit, le film, incompris et passé inaperçu, n’est pas non plus une perle cachée : comme toujours, Harlin ne fait pas dans la dentelle, et abuse de plans basculés, d’explosions farfelues et de ralentis dans ses nombreuses séquences d’action, certes très spectaculaires, mais un rien lassantes, d’autant plus que le métrage me semble un peu trop long. Mais bon, soyons justes, l’enthousiasme des acteurs, menés avec vigueur par l’excellente Geena Davis, est assez communicatif, le spectacle est agréable et plutôt enlevé, très luxueux malgré quelques effets visuels bâclés. C’est sympathique, quoi, mais je n’ai pas grand-chose d’autre à en dire.
 
Je serai plus bavard dans la seconde partie de cet article, profitant honteusement de la présence dans la suite du programme de films déjà abordés sur Matière Focale pour être un peu plus complet sur d’autres métrages encore jamais évoqués. Mais, à moins que la bande-annonce présente en conclusion de l’épisode 11 ne vous ait donné des indices suffisamment explicites, il vous faudra donc attendre quelques jours pour en découvrir la teneur.
 
Le Marquis
 
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["Qu'est-ce qu'un artiste ?", Divine dans FEMALE TROUBLE, par le Marquis]

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Dimanche 26 novembre 2006

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

[Photo : "Le Maléfique Lapin de la Toussaint", par le Marquis]

Les vacances sont trop courtes et le temps passe bien vite, surtout quand on s’amuse, et l’on s’amuse souvent en compagnie du Docteur, qui m’a fait l’honneur et le plaisir de me rendre une visite, laquelle a momentanément interrompu le visionnage de l’Abécédaire, qui reprendra ses droits dès ce soir. Avant qu’il ne me le demande par mail, je vous fais part ici même des films visionnés ces derniers jours ; quelques-uns ont déjà été évoqué cette semaine, d’autres seront peut-être l’objet d’un article, plusieurs d’entre eux resteront dans l’ombre, tandis que les quelques films piochés dans la programmation de l’Abécédaire seront tout de même évoqués à la lettre qui leur est impartie – ils ne seront bien sûr pas remplacés par un autre film, c’est rigoureusement interdit. Les films sélectionnés par le Docteur sont ici cités dans leur ordre alphabétique. AU SERVICE DE SATAN (excellent film du revenant Jeff Lieberman), BLOOD ANGELS (que j’ai trouvé amusant mais que le docteur n’a pas aimé), LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS (classique agréable du cinéma bis signé Sergio Martino), DESPERATE LIVING, FANTÔMES (film d’horreur indien vraiment assommant), FLESH FOR THE BEAST, FRIGHTENING (David DeCoteau en petite forme), FUGITIVE MIND (Fred Olen Ray en petite forme itou, mais il y a Heather Langenkamp), HIGHWAYMEN (correct film de série B), LES INNOCENTS (le chef-d’œuvre de Jack Clayton), JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT, KANNIBAL (que le docteur a trouvé amusant mais que je n’ai pas aimé, malgré Linnea Quigley), LA MAISON DU DIABLE (vous savez, le film de Robert Wise « où il ne se passe rien », cf commentaires sur l’article consacré au mauvais AMITYVILLE), THE MANSON FAMILY (film étrange et très intéressant), MASSACRE DANS LA VALLÉE DES DINOSAURES (tout un poème…), LE MONSTRE DU TRAIN (slasher classique et pas trop mal fichu avec Jamie Lee Curtis), MORT DE PEUR (CAMPFIRE TALES, petit film à sketches sympathique), 99 FEMMES de Jess Franco (les films de Franco sont toujours meilleurs quand je les regarde avec le docteur, c’est curieux), SACRIFICES (THE LAUGHING DEAD, série B totalement improbable issue des années 80), SPIRIT OF THE NIGHT (Zzzzz !), TEENAGE CAVEMAN, THE TOXIC AVENGER IV (hilarant), VENDREDI 13, CHAPITRE VIII (le seul que le docteur avait boudé jusqu’alors), programme complété par quelques épisodes de « South Park », des « Simpson » et de « K-2000 » (mieux vaut taire la demi-heure passée devant le mortifère « Muppets TV ») sans parler d’autres petites surprises. Joli programme visionné en compagnie d’une citrouille creusée et d’un amoncellement de cochonneries, une vieille habitude qui ne date pas de la tentative de transplant mercantile de ces dernières années, mais de l’époque lointaine où j’avais découvert le merveilleux film HALLOWEEN de Carpenter.
Fichtre, ça crée du lien cette introduction mine de rien. Et si on enchaînait sur la suite de l’opus 11 de l’Abécédaire ? C’est parti, avec un film en K comme...
 
LES KAMIKAZES DU KUNG-FU, de Yang Ching Chen (Taïwan, 1973)
Allez, un petit film de kung-fu pour entamer la dernière ligne droite de cet épisode 11. Et cette fois, le film en question, également distribué en salles dans les années 70, aux Etats-Unis sous le titre TO SUBDUE THE EVIL et en France sous le titre LES REQUINS DU KARATÉ (bravo !), ne nous est pas proposé par Bac Films et son ineffable collection « L’Odyssée du Kung-Fu », mais par les Éditions du Film Retrouvé, éditeur fauché au catalogue sympathique mais de piètre facture technique : bien évidemment, malgré une copie correcte, pas de version originale disponible, c’est une bonne vieille VF d’époque, dont la qualité n’a d’égal que le respect de l’œuvre distribuée. Dans les salles de quartier aujourd’hui disparues, ce type de productions pullulait il y a une trentaine d’années, souvent avec des titres parodiques (un de mes préférés : KARATÉ À MORT POUR UN BOL DE RIZ) et des doublages laissant clairement transparaître le mépris dans lequel était tenu le genre, et le repli des responsables de la distribution de produits à la chaîne vers un humour empreint de je-m’en-foutisme, particulièrement flagrant dans des dialogues parfois manifestement improvisés au micro. Ce qui fait, avec le recul, que la flopée de métrages aujourd’hui distribués à la pelle dans des éditions à deux balles, et dont certains titres, particulièrement obscurs, ne sont référencés nulle part ailleurs, ne peuvent être abordés que sous l’angle d’un 36e degré (de Shaolin ?) aussi réducteur que comique. Ce qui peut s’avérer extrêmement frustrant pour les passionnés du genre si le film ainsi maltraité était à la base, ne serait-ce qu’un honnête film de série.
Un honnête film de série, c’est ce qu’est en partie ce film de l’inconnu (du moins en ce qui me concerne) Yang Ching Chen, qui traite d’un sujet très quelconque de vengeance, celle d’un homme dont la famille a été massacrée à sa naissance, tragique événement au cours duquel s’est égaré son frère jumeau, qu’il croit mort et qui, vous vous en doutez bien, ne l’est pas. En partie. Beau cinémascope, bonne facture générale, et surtout quelques audaces de montage (la brièveté de ses inserts est étonnante), ou plus rarement de cadrage (spectaculaires plans basculés – les plans verticaux sont plus conceptuels !), aussi surprenantes qu’efficaces. Le ton général du métrage, qui souffre beaucoup de la banalité de son scénario, est celui du sérieux le plus concerté, tragédie et violence (les combats sont parfois assez gore), dilemmes cornéliens et mines confites dans le malheur et la bravoure désespérée. Dans les meilleurs moments du film, on retrouve certaines grandes qualité de ce cinéma, lorsque les personnages et les intrigues s’effacent pour laisser la place au mouvement pur, à la symbiose formelle, plus ou moins effective ici – on est très loin de King Hu et du rythme, de l’esthétique superbes et hypnotiques d’un RAINING IN THE MOUNTAIN – entre le montage et le cadrage, dans des raccords vertigineux : la caméra est mobile, montage nerveux, très belle échelle de plans…
Curieusement, le film flirte pourtant souvent avec un registre assez Z, renforcé par des chorégraphies et trucages hallucinants de ringardise – les cascades câblées sont à hurler de rire. Les combats finissent parfois par devenir quasi surréalistes à force ce maladresses techniques, comme ces accélérés à la Benny Hill douloureusement visibles, ces trampolines et ces filins apparents, ce son synchrone à ses heures, ces mannequins pas crédibles pour un yen. Le film s’engouffre aussi dans des épisodes grotesques : le héros intervient par exemple dans une dispute conjugale, empêchant le mari excédé de poignarder son épouse volage, quand il tombe soudain sur un des sbires inscrits sur sa liste noire : alors qu’il est en train de lui régler son compte, l’épouse du couple enfin réconcilié, effrayée par l’issue du combat, s’empale elle-même, accidentellement, sur le couteau que son étourdi de conjoint n’avait toujours pas lâché ! Tristesse et désespoir à l’écran, mais j’avoue que sur mon canapé, l’ambiance était plutôt souriante… Bien entendu, la VF en rajoute une couche dans les répliques frappées du bon sens, avec ses « coups mortels volants » et ses dialogues subtils du genre : « Qui êtes-vous ? » - « Je suis le fils de mon père ! ».
Un pied dans la gravité et l’artisanat appliqué, un autre dans les excès grotesques et les bourdes visuelles, LES KAMIKAZES DU KARATÉ ne trouve pas vraiment son équilibre entre le Z et la série B, mais il devrait faire sourire les amateurs de curiosités bis, à l’occasion.
 
L comme… LA LÉGENDE DE LA MOMIE, de Jeffrey Obrow (USA, 1997)
Aussi nul que soit le film dont je vais vous parler, je me permets quand même d’épingler l’éditeur, DVD Bonsaï, qui annonce sur sa jaquette du 16/9e et de la VOST pour un film recadré et en VF : vous n’avez pas le sentiment de chercher à voler l’argent de vos clients, de temps à autres ? Bien sûr, ce n’est qu’un film de Jeffrew Obrow, dont le seul titre de gloire est la série B THE KINDRED, passablement oubliée aujourd’hui ; mais d’autres films splendides en font eux-mêmes les frais sous le seul prétexte qu’ils ne bénéficient pas d’une grande popularité – voir le traitement scandaleux réservé au CERCLE INFERNAL de Richard Loncraine, dont l’édition lamentable parue en France est actuellement la seule disponible. Bref.
Revenons à cette LÉGENDE DE LA MOMIE, avancée sous le très vague prétexte d’une nouvelle de Bram Stoker, pour ce qu’il en reste à l’écran… Le film s’ouvre sur une tentative de vol d’un bijou dans une tombe égyptienne, qui se solde par une bonne cramante ; ailleurs, en Angleterre, un vieillard est agressé par une momie. Ce mystère est bien sibyllin, et entraîne donc une enquête à la Derrick, d’un ennui mortel. Que les amateurs de créatures à bandelettes en soient bien avertis : passée cette première agression, la momie en question est reléguée dans la cave, et n’agressera les différents personnages de la maison dans laquelle se déroule une intrigue bien nébuleuse que sous la forme d’une entité invisible – et croyez-moi, avec une mise en scène aussi peu inspirée, c’est encore moins impressionnant que ça n’en a l’air à le lire. On lève bien un sourcil lors d’une séquence où une petite momie agresse le héros et lui arrache les doigts un à un, mais tout cela n’est qu’un rêve, et le film replonge illico dans sa profonde et contagieuse léthargie. Fade, mou, terne, le film est également incohérent (la gouvernante de la maison est agressée par la redoutable momie invisible, avant de reprendre tranquillement son office, l’incident restant absolument sans conséquence sur le déroulement de l’intrigue, si floue qu’on se demande vraiment si le film a bien été terminé, et si Jeffrew Obrow disposait réellement d’un scénario défini. Passée une heure, on finit cela dit par s’en foutre royalement et par juste résister à la tentation de mettre un terme prématuré à un visionnage aussi pénible – je ne l’ai pas fait, j’ai vu s’inscrire le mot Fin, et je me dis juste que si Obrow souhaitait rendre hommage à la Hammer (Aubrey Morris reprend ici le personnage qu’il jouait en 1971 dans un médiocre film de momie de la firme, pourtant signé par le pas mauvais John Gilling), c’est totalement et irrémédiablement foiré. Le film n’en connaîtra pas moins une suite, succès des films de Stephen Sommers oblige, mais dans la mesure où il est cette fois dirigé par David DeCoteau, le résultat ne peut en être que diamétralement opposé : verdict une fois prochaine !
 
M comme… MAGIC WARRIORS, de Ronny Yu (USA / Chine, 1997)
Le niveau remonte tout doucement avec ce petit film d’aventures signé par Ronny Yu, co-production qui préparait le terrain à son débarquement aux Etats-Unis, amorcé brillamment avec LA FIANCÉE DE CHUCKY et prolongé de façon désastreuse avec le médiocre FREDDY CONTRE JASON.
Ça n’a pourtant pas l’air très appétissant, ce MAGIC WARRIORS qui ressemble fort à première vue à une version kangourou des TORTUES NINJA. Le film, parfois maladroit mais honnête et attachant, vaut mieux que ces allures moches et infantiles, même s’il est constamment sur la brèche et reste très, très inégal.
Pris en sandwich entre une introduction et une conclusion américaines qui constituent les parties les plus faiblardes du film (malgré la présence du sympathique Dennis Dun, via notamment une séquence en hommage au FESTIN CHINOIS de Tsui Hark), la plongée dans l’univers fantastique, peuplé de kangourous humains qu’on croirait échappés de l’amusant TANK GIRL, est aussi une plongée dans l’imaginaire chinois et dans une mise en scène plus originale et plus énergique, qui fonctionne dans l’ensemble et délivre du divertissement pur, pas trop mal mis en boîte malgré les différents problèmes que rencontre le métrage en chemin.
Les problèmes en question ? D’abord une direction artistique de qualité variable, globalement luxueuse et spectaculaire, mais qui fleure parfois le hangar décoré. Le scénario d’autre part, tiraillé entre l’énergie créatrice de la partie asiatique et les aspects bien prévisibles et conventionnels de la partie américaine (la conclusion du film est vraiment médiocre), forme un cocktail curieux et pas très convaincant, même si la balance penche insensiblement du bon côté grâce au soin porté à la mise en scène.
Mais le plus pénible dans ce film, c’est bien son casting calamiteux. Le héros, Mario Yedidia, est encore un de ces gosses dirigés comme des singes savants, et son assurance crâneuse se marie très mal avec les tics insupportables de son jeu formaté et purement mécanique. La belle Marley Shelton, dans un rôle double où il y avait pourtant de quoi faire, livre une performance désastreuse. Mais la palme revient sans conteste au grand méchant du récit, le démoniaque Komodo, campé par un certain Angus McFadyen. Alors lui, chapeau : pouvez-vous imaginer un acteur calamiteux qui ressemblerait à un mélange disharmonieux entre le Robert Smith de Cure et le Didier Bourdon des Inconnus ? J’ai rarement vu une prestation aussi grotesque. Inutile de préciser que le film, déjà bien fragile, en souffre énormément.
 
P comme… PINOCCHIO, de Steve Barron (USA / Angleterre / France / Allemagne / République Tchèque, 1996)
Très beau conte littéraire de Carlo Collodi, Pinocchio a régulièrement été porté à l’écran, pas toujours avec beaucoup de réussite. Si la version de Luigi Comencini en restitue assez bien l’esprit, celle de Disney, très bariolée, passe par le moule déformant et normatif de la firme, qui s’est toujours approprié les créations d’autrui plutôt que de faire elle-même preuve de créativité, si l’on excepte le versant anthropomorphique bêtifiant qui caractérise le décorum et les personnages de ces relectures simplificatrices – allez donc jeter un œil sur le personnage du criquet dans le texte de Collodi… et sur ce qu’il devient ! Autres adaptations récentes, que je n’ai pas eu le courage d’affronter : la version réalisée par Roberto Benigni, et celle, robotique, d’un métrage animé en images de synthèse qui m’a l’air d’une redoutable laideur. À choisir, je préfère encore voir le conte de Collodi développé en sous-main dans un projet plus ambitieux (LA VOCE DELLA LUNA de Fellini, où le personnage était déjà interprété par Benigni d’ailleurs, ou le A.I., qui aurait presque pu être un bon film sans la niaiserie patente de Spielberg, qui explose dans la spongieuse dernière partie du film). Des approches auxquelles on peut ajouter le rigolo LA REVANCHE DE PINOCCHIO, relecture horrifique d’une petite série B fauchée mais aimablement transgressive.
Réalisateur efficace mais totalement impersonnel, Steve Barron (ELECTRIC DREAMS, LES TORTUES NINJA, un esthète, quoi) se donne ici pour pari de revenir aux sources du conte, tout en lui conférant un aspect visuel attrayant et spectaculaire, dans un élan de respect de l’Auteur curieusement typique des années 90 – à ce CARLO COLLODI’S PINOCCHIO, on peut adjoindre le MARY SHELLEY’S FRANKENSTEIN de Kenneth Branagh ou le BRAM STOKER’S DRACULA de Coppola. Bien évidemment, cette fidélité professée a quelque chose d’assez hypocrite, et Steve Barron ne semble pas avoir eu l’idée de corriger le tir avec cette crevure de criquet bavard en costard, dont la conception découle hélas du Disney, et qui est l’objet d’effets spéciaux en images de synthèse moches, mal intégrés à l’image et parasitées par le sur-jeu pénible d’infographistes qu’on oublie trop souvent de tenir en laisse.
C’est dommage, car par ailleurs, le film de Barron s’avère d’assez bonne facture, et les altérations au récit original sont acceptables et relativement bien pensées : disparition de la Fée Bleue, remplacée par une voix-off pas trop envahissante et par un raccourci narratif en forme de miracle qui fait très bien l’affaire, évitant la dispersion dans un scénario déjà riche et long. Dans le même esprit, le personnage interprété par Udo Kier prend du galon par rapport au texte original, au point qu’il devient lui-même la baleine monstrueuse qui occupe la dernière partie du film : pourquoi pas, après tout…
Malgré les défauts évoqués, auxquelles on peut ajouter quelques passages chantés (rares heureusement, les compositions de Brian May et de Stevie Wonder sont vraiment mauvaises), la pilule passe étonnamment bien, et le film n’est pas mauvais. Très beaux effets spéciaux en ce qui concerne le pantin de bois ; les aspects plus sombres du récit original ne sont cette fois pas complètement évincés ; en somme, le film a à peu près les qualités et les défauts des productions Hallmark au sein desquelles Steve Barron allait ensuite réaliser une estimable adaptation des 1001 NUITS, et qui s’est spécialisée dans les adaptations friquées – et souvent très honorables – de contes et de littérature fantastique (dont une intéressante FERME DES ANIMAUX) : un penchant un peu sucré pour la joliesse picturale, quelques concessions mineures aux poncifs acquis par la faute de Walt, mais une envie manifeste, quel que soit le résultat, de rendre justice aux œuvres adaptées.
 
R comme… REBIRTH OF MOTHRA III, de Okihiro Yoneda (Japon, 1998)
Suite et fin de la trilogie des années 90 dont je vous avais parlé en évoquant le très improbable REBIRTH OF MOTHRA II, marquant donc le retour, que dis-je, la renaissance de Mothra la mite géante, chère au cœur des japonaises et des japonais.
Nous retrouvons donc, avec plaisir ou pas, à vous de voir, les trois sœurs lilliputiennes, deux gentilles accompagnées de leur mini-mite Fairy, et une méchante, Belvera, elle-même accompagnée d’un mini-dragon cyborg, ainsi bien sûr que la majestueuse Mothra. Après la déforestation du premier opus et la pollution industrielle du second, le danger vient cette fois du ciel : une météorite s’écrase dans la forêt, et peu de temps après, les deux jumelles découvrent, inquiètes, des « sécrétions de dinosaure » dans la forêt. Ça va mal : la météorite transportait le monstre King Ghidora, hydre à trois têtes qui entreprend d’enlever tous les enfants des alentours (grâce à d’affreux effets infographiques), non sans écrabouiller quelques maquettes qui n’avaient pourtant rien demandé à personne. Une seule solution : appeler Mothra, et pour ce faire, il n’y a pas d’autre alternative que de ré-écouter les deux jumelles dans leur interprétation vibrante et passionnée du tube qui a fait leur renommée : « Mossssurrraaaaaa… Ya ! Mosssurrraaaaa… » Mothra quitte donc son île lointaine et arrive à tire d’ailes chatoyantes de mille et unes couleurs et parfums de l’Asie authentique. Malheureusement, King Ghidora, qui revient sur Terre après avoir jadis exterminé les dinosaures (c’était lui), est bien trop fort pour elle. Une seule solution : remonter dans le temps et faire son affaire à un Ghidora plus jeune et plus faible au temps des diplodocus (ce qui impliquerait alors que les dinosaures ne seront pas exterminés, mais la question est soigneusement évitée). Le temps presse, car les enfants sont menacés, et en plus, une des deux jumelles est hypnotisée par Ghidora – et comme elle est devenue méchante, Belvera se voit contrainte de devenir gentille, comme quoi, elle a un bon fond si on cherche bien. Tout ça finira bien sous les « Yatta ! » (comme dans un fabuleux clip japonais que je vous recommande vivement) enthousiastes des enfants.
L’éditeur indécis propose cette fois la VOST (les deux précédents épisodes étaient en anglais sous-titré français), ce qui n’est pas plus mal. Quant au film, après les délires scatologiques du second film de la trilogie, le plus kitsch, qui reste mon préféré, il revient au relatif sérieux du premier métrage. Un peu plus ambitieux donc, le film n’en reste pas moins très enfantin et attaché aux règles du genre : autant dire que c’est un petit peu longuet et lénifiant, mais que ça reste sympathique et amusant.
 
S comme… STICKS AND STONES, de Neil Tolkin (USA, 1996)
À tout hasard, je passe ensuite à ce petit inédit dont le sujet (trois jeunes harcelés par une brute mettent la main sur une arme à feu) laisse vaguement espérer un drame de type STAND BY ME. Au lieu de quoi, mais c’était assez prévisible, on a droit à une espèce de BULLY version Disney, franchement télévisuel. Les acteurs font un bon travail, mais il est impossible de s’attacher à cet objet fade et sans surprise, où chaque étape du récit voit ses intentions douloureusement soulignées au marqueur par une musique atroce dont on pourrait presque deviner le titre de chaque morceau (Une petite ville américaine, Trois copains, Une maman trop absente, Le base-ball quel bonheur !, Une brute aux trousses…). Oh, quelle jolie histoire bien édifiante comme il faut ! Oh, quel téléfilm plat, sirupeux et démonstratif ! C’est vraiment tout ce que j’ai à en dire.
 
T comme… LES TRAQUÉS DE L'AN 2000, de Brian Trenchard-Smith (Australie, 1982)
J’appréhende toujours les films fantastiques australiens avec une certaine confiance et un indéniable appétit, même si les bons films s’y sont faits rares depuis la fin des années 80. On y retrouve très souvent une atmosphère singulière, renforcée par la beauté des décors naturels et par une photographie en général très soignée. C’est le cas ici d’ailleurs, même si l’on doit vite mettre un bémol sur la question de l’atmosphère, et la copie elle-même est assez belle – dommage que le DVD proposé par Mad Movies, comme c’est fréquemment le cas depuis quelques mois, ne propose pas de VO… (Je signale tout de même que le film proposé en octobre, AU SERVICE DE SATAN, est en VOST, et qu’il est succulent.)
Surtout remarqué pour le modeste petit scandale qui a accompagné sa sortie en Angleterre (ce TURKEY SHOOT y a également circulé sous le titre BLOOD CAMP THATCHER !), le film mêle des éléments de survival à un projet qui ressemble fort à un bon gros film de prison, avec quelques petites touches de bis flirtant avec le fantastique (on y trouve une espèce de loup-garou utilisé comme chien de chasse). Rien à voir donc avec un film comme PUNISHMENT PARK, et Brian Trenchard-Smith ne fait pas dans la dentelle. C’est peut-être une chance, d’ailleurs, car les aspects grotesques du métrage, principalement ses excès gore, sont sans doute ce qu’il a de plus intéressant.
Le résultat n’est pas fameux ceci dit : au-delà d’un très beau cinémascope, la mise en scène est sans ampleur, et le scénario, qui développe un sujet un peu sommaire, est vraiment maladroit. Ce récit de chasse à l’homme a beau être sommaire, voire simpliste (pourquoi une des femmes pourchassées prend-elle le temps de faire trempette dans une crique ???), le cinéaste choisit d’emblée de séparer les différentes proies ; le film s’éclate alors en un bout à bout de séquences pas très bien structurées, ce qui entraîne rapidement de gros problèmes de rythme, le tout débouchant sur une conclusion expéditive au triomphalisme un peu court. La musique n’arrange rien : une fois de plus, c’est Brian May qui s’y colle, et sa composition, pesante et sans finesse, reste enlisée dans une franche médiocrité.
Par contre, une fois n’est pas coutume, les suppléments proposés sur le DVD valent le détour, les intervenants n’ayant pas leur langue dans la poche : on ironise sur l’hystérie d’Olivia Hussey qui avait peur de tout, ou sur la « méthode » de Steve Raisback – lors d’une scène de torture, l’acteur avait exigé que le supplice ne soit pas simulé ; résultat : il souffrait tellement qu’il en oubliait son texte ! À quoi bon être acteur dans ce cas, comme on le souligne ici malicieusement. Quant à la comédienne Lynda Stoner (car il ne s’agit pas de Carmen Duncan, rédacteurs de Mad Movies), elle se dit pour sa part consternée par le film, qu’elle définit comme « un tas de merde putride et puéril ». Pas le genre d’anecdotes qu’on croiserait dans les bonus accompagnant un bon gros film de studio…
 
U comme… UNCLE SAM, de William Lustig (USA, 1997)
William Lustig réalise ici son dernier film (il s’est depuis tourné vers l’édition vidéo), et retrouve à l’occasion l’excellent scénariste – et cinéaste hélas sans grande envergure – Larry Cohen, avec qui il avait déjà collaboré à l’occasion de son sympathique MANIAC COP. Mais les talents de metteur en scène de William Lustig sont eux-mêmes très relatifs, et UNCLE SAM, tourné avec très peu de moyens, s’en ressent cruellement, restituant sur un mode mineur ce qui fait déjà les qualités et les défauts des films de Larry Cohen : une écriture subversive et bien plus intelligente qu’elle n’en donne l’air, associée à une réalisation médiocre qui tire le film vers le bas.
Dommage pour un sujet assez corrosif montrant un soldat américain, accidentellement tué par ses compatriotes lors du conflit au Koweït, revenir à la vie dans sa petite ville natale, non pas pour se venger des siens comme l’annonce la jaquette (bilingue, ce qui n’est pas très logique pour un film uniquement disponible en VF !), mais bien pour éliminer les citoyens qui semblent s’éloigner du modèle patriotique le plus rigoriste – non sans dissimuler son faciès de zombie sous un costume d’Oncle Sam, bien évidemment. Sur cette base très sommaire de slasher à thème, le scénario oppose intelligemment un gamin d’une droiture radicale et profondément intolérante, fasciné par l’armée et en adoration devant son oncle décédé, à des adultes cyniques, consuméristes et apathiques. Le film, qui s’ouvre sur un amusant générique compilant diverses images d’archives autour du personnage de l’Oncle Sam sur fond de drapeau américain, évite ainsi de foncer tête baissée dans une critique simpliste du militarisme ou des fanatiques de la Patrie, développant à travers une multitude de seconds rôles (un général compassé et obséquieux qui ne rêve que d’emballer la veuve et possiblement sa sœur, trois néo-nazies qui interprètent l’hymne nationale pour la cérémonie du 4 juillet, un professeur et ancien opposant à la guerre du Vietnam ressemblant diablement à George W. Bush, un ancien soldat handicapé et aigri…) des nuances riches s’exprimant sur un registre dénué de moralisme ou de retenue : c’est bien du film de genre, assumé, insolent et divertissant, qui a oublié d’être bête.
De ce point de vue, encore une fois, il est regrettable que la médiocrité de sa réalisation en atténue considérablement la portée et l’impact, d’autant plus que la VF et une copie vraiment hideuse n’arrangent rien. Difficile cependant de passer à côté d’un hommage inattendu et culotté à Lucio Fulci dans le plan final, qui duplique celui, opaque, gratuit et quasi abstrait, du célèbre FRAYEURS.
 
V comme… LA 25e HEURE, de Spike Lee (USA, 2002)
Spike Lee arrive à point nommé pour relever grandement le niveau de cette sélection un peu fade, dont LA 25e HEURE (circulant également en DVD sous le titre 24 HEURES AVANT LA NUIT) est à la fois, et de très loin, le meilleur titre, et l’un des plus beaux films du cinéaste. En nous racontant les dernières heures et la soirée d’adieu d’un Edward Norton sur le point de purger une peine d’emprisonnement de sept ans, Spike Lee développe un scénario d’une très belle maîtrise, qui alterne les portraits contrastés des membres de l’entourage de Norton (enseignant un peu coincé, boursicoteur cynique, père effondré, copine soupçonnée d’être celle qui l’a dénoncé à la police…) avant de faire converger, s’opposer, se rapprocher une brochette de personnages adroitement dépeints et souvent émouvants. Si la mise en scène très poseuse frôle par instants l’académisme, elle s’avère pourtant d’une étonnante finesse, roide, belle, rigoureuse, marquée par de superbes envolées – voir la très belle séquence du miroir, devant lequel Norton déverse sa haine et sa rancœur, une scène surprenante, rupture esthétique et narrative aux couleurs brûlées et saturées, une séquence musicale également (très belle composition de Terence Blanchard) qui évoque dans sa forme sonore certains des meilleurs passages de TAXI DRIVER.
Ici peu motivé par le versant polar de son sujet, Spike Lee assume avec intelligence le versant mélodramatique de son sujet, auquel il parvient à donner des résonances particulièrement sombres et intimistes ; intelligence donc, sensibilité, retenue, à l’image du parallèle audacieux avec le World Trade Center (magnifique générique d’ouverture, très belle scène autour du « ground zero »), idée en forme de peau de banane dont bien des réalisateurs n’auraient extrait qu’un plein bac de purin et de sensiblerie affectée, qui vient ici ponctuer l’action avec une véritable intensité, ces images étant utilisées moins pour ce qu’elles représentent ou symbolisent que pour la seule atmosphère de désolation qui s’en dégage. Si LA 25e HEURE est un film très social et symboliste, il reste avant tout incarné ; et s’il est très mélo, il reste tout aussi constamment juste, à l’image de sa conclusion, synthèse parfaite d’utopie et de profonde amertume. Passionnant.
 
Z comme… ZOMBIE HONEYMOON, de David Gebroe (USA, 2004)
Et voilà pour conclure un film qui avait tout pour me plaire. Aimable réputation, projet ambitieux souhaitant voir convoler la comédie, l’horreur et le drame avec un grand D, soutien tardif et non-crédité à la production de l’indescriptible Larry Fessenden (réalisateur de l’intéressant WENDIGO, et l’une des rares vraies personnalités apparues ces dernières années dans le cinéma de genre), et bien sûr des zombies.
Las, voilà surtout un nouveau titre à rajouter à la pile de ces films prétentieux et ratés distribués directement en vidéo et que la presse spécialisée tente de nous vendre comme d’inestimables révélations – comme le récemment chroniqué COLD AND DARK. Que le cinéaste David Gebroe se soit inspiré du drame vécu par sa sœur et du décès de son génial beau-frère, je m’en balance royalement – condoléances, ceci dit : la sincérité de la démarche, moi, je veux bien y croire. Mais à l’image, le récit de ce couple de jeunes mariés bouleversé par le passage de l’état de vie à celui de non-vie anthropophage de monsieur échoue sur tous les tableaux et dans toutes les directions avortées vers lesquelles le film semblait devoir s’orienter.
Le film s’ouvre sur une ambiance festive et hystérique très surfaite, c’est cool, c’est fun, mais ça me rappelle des séquences similaires dans le sinistre (ça n’engage que moi) QUATRE MARIAGES ET UN ENTERREMENT. S’ensuit un bout à bout de séquences inutiles et parfaitement dispensables qui ressemblent fort à du pur remplissage visant à atteindre la durée convenue d’un long-métrage. Peut-être Gebroe espérait-il que ces séquences de mamours, de shopping et de balades sur la plage allaient nous attacher à ses personnages, mais dans la mesure où les acteurs sont lamentables, tandis que le récit progresse sans la moindre originalité, c’est peine perdue. D’autant plus que la mise en scène est franchement médiocre et pétrie de fautes de goût, notamment dans le choix d’une bande-son truffée du début à la fin de chansons pop nullissimes (avec un grotesque « Stand by your man » en générique de fin), qui viennent à tout bout de champ annihiler l’atmosphère du film là où le réalisateur semblait vouloir l’enrichir.
La laideur des cadrages (caméra à l’épaule, abondance lassante de plans rapprochés hideux) et la grande maladresse du montage achèvent un métrage qui ne tente de se composer une réelle mise en scène que dans son dernier quart d’heure – c’est largement trop tard, et ça fleure bon l’influence de Fessenden après une heure de réalisation totalement indigente. Le scénario n’arrange rien avec ses lourdeurs (pourquoi tant insister sur un trajet vers le supermarché pour n’en faire absolument rien ?) et ses dérapages stupides (la bonne copine, pseudo-médium qui arnaque ses clients sur une ligne téléphonique, mais découvre la vérité en lisant les lignes de la main du jeune marié). La profonde médiocrité du film rend le basculement de la dernière partie vers une atmosphère plus sombre et plus dramatique passablement filandreux et peu convaincant – pour vous en faire une idée, représentez-vous un épisode des « Contes de la Crypte » en forme de remake de LA MOUCHE. Ce qui n’a pas empêché certains de comparer ZOMBIE HONEYMOON au film de Cronenberg (tant que ça n’engage qu’eux !). À vrai dire, c’est plus au beau MORT-VIVANT de Bob Clark que j’ai fréquemment pensé – en me disant qu’il m’aurait mieux valu le revoir une fois de plus que de devoir m’infliger cet insipide succédané de SHAUN OF THE DEAD.
 
Petite sélection de peu d’envergure, dont seul le Spike Lee m’aura vraiment enthousiasmé, le reste oscillant entre l’honorable et la franche médiocrité (même si L’ÉTALON ITALIEN vaut le détour, puisqu’il est le seul vrai nanar du lot). Sur ce, je vais soigneusement reconstituer la sélection du prochain Abécédaire, un peu éventrée par la doctorale prospection, non sans vous avoir souhaité un bon week-end.
[Photo : Le Marquis, d'après LA 25e HEURE]
 
LA 25e HEURE
ALICE N’EST PLUS ICI
THE HOURS
2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS
JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT
MAGIC WARRIORS
LE CLOWN DE L’HORREUR
PINOCCHIO
UNCLE SAM
BLIZZARD, LE RENNE MAGIQUE DU PÈRE NOËL
INVADER
LES TRAQUÉS DE L’AN 2000
LES KAMIKAZES DU KUNG-FU
L’ÉTALON ITALIEN
REBIRTH OF MOTHRA III
GLASS SHADOW
ZOMBIE HONEYMOON
FLYING VIRUS
STICKS AND STONES
LA LÉGENDE DE LA MOMIE
 
Bande-annonce de l’épisode 12 : cadavres disséqués, persistance d’un ancien culte égyptien, adolescent schizophrène, spéléologie, les jeunes années d’un exorciste, trampoline et poissons morts, clonage contre réincarnation, amitié homme singe, chasse au trésor, détectives existentiels, beau-père pervers, esclaves consentants, les chats à la rescousse, un homme sur le point d’épouser sa fille, la révolte d’une parvenue par alliance, un whodunit ensommeillé, un hybride entre l’homme et la moule zébra, une machine à masturber, un hypnotiseur qui se croit vampire, un sabbat montagnard.
 
Le Marquis
 
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[Photo : "De quoi faire du potache", par le Marquis]

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Vendredi 3 novembre 2006

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

                                                       [Photo : "Papilles Oculaires", par Le Marquis]

Bonjour à tous et à toutes, et à toi aussi.

Bien calme, le site, depuis quelques jours… Que voulez-vous, le travail, le travail… Mais restons calmes, cette passade n’est en rien le signe d’un quelconque essoufflement, de mon côté, les visionnages se poursuivent avec entrain, avec la perspective de vacances prochaines illuminées par la visite attendue du Dr Devo en personne. Quels films ai-je vu depuis ma dernière intervention ? C’est un secret, petits curieux.

Mais avant de poursuivre, je peux juste préciser que les séries TV, interludes bien pratiques,  progressent de leur côté à vitesse réduite mais certaine. Curieux, cette frénésie récente pour les séries TV, vous ne trouvez pas ? Je n’y porte aucun jugement, d’autant plus que je passe à côté de la plupart d’entre elles, et n’y voyez  aucun mépris. Mais à la base, je ne suis jamais très attiré par la fidélisation sur la petite lucarne, TWIN PEAKS et CORKY ayant en leur temps fait exception – oui, CORKY, j’assume, que dis-je, je revendique. Ce n’est donc pas vers les modes du moment que mes papilles oculaires (?) me portent : après avoir achevé le visionnage (un tantinet laborieux) de la première saison d’AU-DELÀ DU RÉEL (1963, c’est dire si je suis à la page !), dont je tâcherai de vous parler un jour prochain, je viens de boucler celui de L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES de Lars Von Trier, dans la plus grande des frustrations d’ailleurs, puisque cette merveille s’achève en queue de poisson pour cause de non-reconduction du programme et de décès d’un de ses acteurs principaux, Ernst-Hugo Jaregaard. Misère, je ne saurai jamais vers quel mystère cet ascenseur conduit la pauvre vieille Mme Drusse ! Tant pis, on fera travailler l’imagination… Reste que les deux saisons de cette série me semblent vraiment incontournables : c’est captivant, c’est inquiétant, c’est émouvant, c’est prodigieusement drôle. Le coffret sorti en début d’année, agrémenté d’un bon documentaire sur le cinéaste et d’un clip à hurler de rire, vaut très largement l’investissement : entre un PRISON BREAK et un LOST, si vous n’en avez jamais fait l’expérience, je vous recommande vivement de faire le détour. Mais nous avons un mouton sur la planche et nous y revenons de ce pas, avec un film en A comme…

 

 

 

 

 

ALICE N'EST PLUS ICI, de Martin Scorsese (USA, 1974)

Tiens, Scorsese… En voilà un dont je n’ai jamais vraiment su quoi penser. Sympathique, cultivé, du talent, un penchant pour les expérimentations relativement audacieuses dans le cadre du cinéma de studios (voir LES NERFS À VIF), un autre pour les films de mafieux (LES AFFRANCHIS), genre qui ne me passionne pas vraiment et ne me touche que dans des œuvres qui parviennent à aller au-delà de leur sujet (KING OF NEW YORK de Ferrara, LES FRÈRES KRAY de Peter Medak) ; et quelques réussites, petites (À TOMBEAU OUVERT, AFTER HOURS) ou grandes (TAXI DRIVER, porté par la superbe musique de Bernard Herrmann). Pourtant, et cela semble d’autant plus s’affirmer ces dernières années (THE AVIATOR), ce qui me frappe surtout, c’est le peu de cohérence et de constance d’une carrière en dents de scie à laquelle manque peut-être une unité, une véritable identité – quel fil se tisse entre MEAN STREETS, LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST et CASINO, je n’ai jamais su le distinguer. Bref, Scorsese est un réalisateur que j’apprécie au coup par coup, un peu, beaucoup ou pas du tout, sans vraiment associer à son nom une image, une émotion spécifique, le résultat dépendant trop souvent de son inspiration personnelle, de son entourage artistique ou tout simplement de son scénariste. Et allons-y pour la formule, je pourrais presque l’évoquer comme le Renny Harlin intellectuel : pas d’univers, pas de réelle identité, juste une petite personnalité et un grand savoir-faire qui tape (parfois) dans le mille.

Avec ALICE N’EST PLUS ICI, nous revenons sur la première partie de sa carrière, et les premiers pas dans ce film s’avèrent séduisants et d’une indéniable puissance ; l’introduction de ce métrage réaliste et mélancolique est par contraste totalement irréaliste et visuellement splendide : hommage désuet au MAGICIEN D’OZ, aux tonalités ocres, instantané de l’enfance d’Alice, moment en suspension, onirique, brutalement balayé par un effet sonore déstabilisant qui nous plonge, des dizaines d’années plus tard, dans le quotidien de la même Alice, aspirante chanteuse dont la carrière n’a jamais existé, oubliée dans le mariage avec un ours mal léché. Le décès de son mari est pour elle l’occasion de tenter une dernière fois sa chance et de partir avec son fils pour réaliser son rêve : aussi fauchée soit-elle, elle s’entête à ne chercher que des emplois de chanteuse…

Le film bénéficie avant tout de la performance admirable d’Ellen Burstyn dans le rôle principal, et ne reviendra plus par la suite sur des audaces stylistiques comparables à sa superbe introduction – ce qui est sans doute ce qu’il y avait de mieux à faire : cette saillie présente une puissance évocatrice, oscillant entre l’émerveillement, la nostalgie et le malaise, dont le souvenir porte le film et rend parfaitement crédible l’entêtement d’Alice, la force obsessive de son ambition. Loin des boursouflures esthétiques auxquelles Scorsese nous a habitués, ALICE N’EST PLUS ICI trouve donc un équilibre dans un style un rien hésitant qui développe pourtant, par son montage nerveux, par ses cadrages dynamiques, une alternance particulièrement efficace de rythmes vifs, lents, lourds, emportés… Le scénario, qui ne sort jamais vraiment d’un registre aussi sensible que prévisible de chronique douce-amère, de road-movie mélancolique, est attachant et soigné, mais trouve principalement sa force dans la justesse de ses interprètes (dont Kris Kristofferson, Diane Ladd, Harvey Keitel et une toute jeune Jodie Foster dans un petit rôle de garçon manqué). Si vous n’êtes pas spécialement disposés à vous contenter d’une jolie histoire qui tire à la ligne, (vous avez raison, et) vous serez surtout sensibles à la finesse de cette mise en scène sobre qui parvient à tirer d’un récit potentiellement mélodramatique et lénifiant une atmosphère volontairement instable, déséquilibrée, chaotique et attachante. Bon film.

 

 

 

B comme… BLIZZARD, LE RENNE MAGIQUE DU PÈRE NOËL, de LeVar Burton (Canada / USA, 2003)

Ah ! Burton, quel cinéaste ! Et quel plaisir que de retrouver une fois de plus son univers si attachant, l’enfance, le rêve, les choristes, la neige, tout ça quoi ! Ah, euh, pardon, je vous parle de LeVar, pas de Tim, hein, nous sommes bien d’accord ?

Derrière ce titre redoutable se cache un film pour enfants effectivement en partie influencé par Burton (Tim), LeVar semblant avoir décidé d’assumer pleinement son patronyme pour œuvrer dans une voie similaire, bien qu’il s’efforce, soyons justes, de s’en distinguer un minimum, ne serait-ce que par son attachement aux normes classiques de l’imaginaire usuel – je doute fort que Tim B. se soit un jour intéressé à une reconstitution fidèle, conforme et dénuée d’ironie du village du Père Noël, du moins si j’en juge par la vision qu’il nous en offre dans L’ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK de Henry Selick.

Allez, avouez, combien d’entre vous consacreraient du temps à la vision d’un film de ce type, sans parler dans faire l’acquisition, ne serait-ce que pour deux euros comme ce fut mon cas ? C’est toujours le même principe qui me guide, celui de varier les plaisirs et les déplaisirs, de ne pas écarter un film pour son sujet, son genre, sa provenance ou le public qu’il vise – même si, comme tout le monde, j’ai tout de même mes limites, je les espère aussi ténues et localisées que possible. Et comme la transposition du merveilleux au cinéma est un sujet auquel j’ai déjà travaillé par le passé, j’ai une raison de plus de m’intéresser à des films de ce type, bien que le concept du Père Noël, d’aussi loin que je m’en souvienne, est resté à mes yeux bien davantage représentatif d’une démarche mercantile s’infiltrant en sous-marin dans les ménages épris de pseudo-traditions culturelles que d’un quelconque sens du merveilleux. (Rappelons, et ce n’est qu’un exemple, que nous devons le concept de père noël tel que nous le visualisons aujourd’hui à une publicité de la firme Coca-Cola !).

L’histoire ? Oh, vous allez voir, elle est jolie, très jolie et avec des couettes. La petite Jessie est effondrée : un déménagement va la séparer de son meilleur ami, et la musique du film nous informe que c’est très triste. Inconsolable ? Faut voir… Sa tante (Brenda Blethyn) décide quand même de la dérider en lui racontant l’histoire (oh, elle est jolie, vous allez voir !) d’une amitié impossible entre Blizzard (voix de Whoopi Goldberg, qui fait décidément tout et n’importe quoi), renne magique du Père Noël © donc, doté de divers dons magiques (dont une fascinante « navigation empathique » !) et une fille passionnée de patinage artistique… Au début, Jessie n’en a rien à carrer de l’histoire de Blizzard, mais petit à petit, PRINCESS BRIDE, blablabla, etc., ad lib.

Allons, rangeons un instant le cynisme au placard, et mettons brièvement entre parenthèses notre détestation atavique du gros con distributeur de joujoux : mieux vaut ne pas être allergique au sirop. Dans le genre qui est le sien, BLIZZARD fonctionne gentiment par moments. C’est visuellement correct (LeVar Burton ne charge pas trop la mule, ha-ha), la photographie est très acceptable et la plupart des effets spéciaux sont de très bonne tenue, notamment les séquences de vol, parfois très belles. Totalement dénué d’originalité (sans mentionner, donc, un imaginaire fondé sur des bases bien pauvres), le moins qu’on puisse en dire, c’est que ce n’est pas du Jim Henson. L’avantage, c’est que ce n’est pas non plus SANTA CLAUS, l’atroce long-métrage de Jeannot Szwarc que tout le monde s’efforce d’oublier. Sans éclats, fonctionnel, le film fait son boulot sans trop faire mal aux yeux, et ne trouve au fond ses propres limites, radicales ceci dit, que dans ses élans (ha-ha) de sentimentalisme glaireux, un peu trop appuyés pour ne pas faire grimacer de douleur, notamment dans sa conclusion stupide et antipathique qui commet l’erreur impardonnable de confondre en fin de course la fiction avec l’histoire racontée dans la fiction. « Mais alors, cette petite fille, c’était toi Tata ? », vous voyez le genre. Ce genre de conclusions me semble toujours plus qu’imbécile : c’est une erreur fondamentale, à peu près aussi aberrante que de vouloir farcir une dinde avec sa propre fiente pour la rendre plus succulente à la cuisson.

 

 

 

C comme… LE CLOWN DE L'HORREUR, de Jean Pellerin (Canada, 1998)

Après le renne tendre et généreux, voici le clown meurtrier, autour duquel s’est construit un petit slasher méconnu doté d’un joli casting et d’une réputation flatteuse. Les clowns effrayants ne sont pourtant pas bien nouveaux au cinéma, même s’ils ont rarement fait l’objet de films très aboutis : on pense par exemple à OUT OF THE DARK, réalisé par Michael Schroeder, également à l’œuvre sur GLASS SHADOW dont il est question ci-dessous, un film pas très réussi qui vaut surtout le coup d’œil pour la présence dans un petit rôle de Divine dans son minuscule et tout dernier rôle ; à l’adaptation sous forme de mini-série de ÇA de Stephen King, mauvais téléfilm qui ratait constamment le coche et dans lequel Tim Curry, habituellement étincelant, était très décevant, la faute à une conception idiote et réductrice de son personnage ; au fond, en dehors de quelques silhouettes inquiétantes égarées dans des films dont ce n’est pas le sujet, le meilleur souvenir dans cette forme de sous-genre reste le KILLER KLOWNS FROM OUTER SPACE des frères Chiodo, épatante série B parodique et prodigieusement inventive.

Mais revenons donc à ce CLOWN DE L’HORREUR, présenté dans une assez belle copie en VOST et dans un format 1 :33 non recadré. Les conditions sont réunies pour apprécier à sa juste (et modeste) valeur un film soigneusement composé, bénéficiant d’une très belle photographie caractérisée par une utilisation judicieuse et parfois très efficace de la profondeur de champ. Une diva est assassinée par un clown dans la loge de l’opéra où elle vient de livrer sa dernière prestation. Quinze ans plus tard, sa fille (Sarah Lassez, violée dans THE BLACKOUT et dans NOWHERE) et ses camarades d’une classe d’art dramatique dirigée par Margot Kidder décident d’investir l’opéra désaffecté afin de le restaurer et de lui rendre son prestige passé, avec l’accord de son propriétaire Christopher Plummer. Bien entendu, le clown dément semble ne pas avoir quitté les lieux, et tout ce petit monde va vite en faire les frais.

Rien d’original donc, et passée une introduction assez belle, le métrage s’oriente vite vers le slasher classique – mais d’assez bonne qualité au demeurant. Le réalisateur Jean Pellerin semble avoir beaucoup apprécié le cinéma italien, puisqu’il place régulièrement des allusions au film OPERA de Dario Argento. Mais il n’a pas oublié non plus le BLOODY BIRD de Michele Soavi, ici très largement mis à contribution, un peu trop d’ailleurs (plagiat de la séquence des cadavres disposés sur scène et du magnétophone à bande). Mais d’une façon générale, le scénario n’est qu’un tissu d’emprunts de ce genre, auxquels on peut ajouter des titres moins connus comme POPCORN ou CURTAINS. C’est donc la forme qui prédomine, et c’est une chance qu’elle soit aussi attrayante. Dommage que l’adjonction totalement inutile d’un élément fantastique (les visions de Sarah Lassez), argument qui ne débouche strictement sur rien du reste si ce n’est une dernière partie un peu tirée par les cheveux, vienne déséquilibrer à la fois le récit et la mise en scène, très efficace, mais trop impersonnelle, le film ayant principalement l’attrait de ses propres références. Agréable, sans plus.

 

 

 

D comme… 2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS, d’Andrew Fleming (USA, 1994)

Le sujet est inscrit dans le titre : lors d’une rentrée universitaire, trois étudiants sont amenés à partager un logement sur le campus – un macho fêtard (Stephen Baldwin), un jeune à l’homosexualité encore refoulée (Josh Charles) et une superbe jeune femme (Lara Flynn Boyle), qui va naturellement tomber amoureuse du gay, lequel est lui-même attiré par son colocataire qui pour sa part n’est pas indifférent aux charmes de, etc. On est donc, une fois de plus, face à un « film de college », genre fréquemment visité sur ce site (voir SLACKERS ou LES TRONCHES par exemple), et qui est loin de provoquer chez moi le même enthousiasme, ou du moins, pas systématiquement – contrairement au Dr Devo, je n’aime pas AMERICAN PIE, pour n’en citer qu’un. Ce qui ne m’empêche pas de reconnaître les caractéristiques et le potentiel d’un genre à part entière, bien qu’il soit typiquement américain, et donc assez peu reconnu dans nos contrées (malgré quelques tentatives d’imitation redoutables du type SEXY BOYS), et même d’avoir beaucoup de sympathie (COLLEGE ATTITUDE) ou parfois d’estime (LES LOIS DE L’ATTRACTION, ou le superbe RUSHMORE, à mes yeux le meilleur travail de Wes Anderson) pour une partie de ces films – mais une partie seulement : je reviendrai prochainement sur mes propres réserves à l’occasion de SLACKERS et d’AMERICAN PARTY (VAN WILDER, PARTY LIAISON), préférant glisser pour le moment sur ce point de vue.

Pourquoi ? Sans doute, tout simplement, parce que le film d’Andrew Fleming m’a semblé assez réussi – je n’aurais peut-être pas fait l’effort d’y jeter un œil si mes collègues ne m’avaient pas promis un très bon film, et j’avoue honnêtement que je n’en attendais pas grand-chose. D’autant plus que Fleming ne m’avait jusqu’alors pas impressionné par ses talents de cinéaste avec des films comme PANICS ou encore, avec toujours un pied dans le film de college, THE CRAFT (DANGEREUSE ALLIANCE), film médiocre qu’il faut tout de même faire l’effort de voir pour la très belle performance de la trop rare Fairuza Balk.

Attention : je ne suis pas en train de dire que 2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS est une merveille de mise en scène, loin de là : la réalisation n’a d’autre qualité que celle d’être fonctionnelle dans un registre purement illustratif. Mais les comédiens font un excellent travail, et apportent beaucoup de spontanéité au récit. Plus encore, la sexualité, qui dans ce genre de film est toujours omniprésente mais dans une approche assez creuse et parodique, est ici abordée de façon frontale, non sans parfois une certaine gravité ; le film traite de l’érotisme, de la sensualité, avec un indéniable tact, qui parvient &a