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[Photo : "Pourvu qu'elle soit douze", par le Marquis]
Partager - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
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[Photo : "Un jour tu me briseras le coeur", Valérie Lemercier, par Le Marquis]
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["Qu'est-ce qu'un artiste ?", Divine dans FEMALE TROUBLE, par le Marquis]
[Photo : "Le Maléfique Lapin de la Toussaint", par le Marquis]
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[Photo : "De quoi faire du potache", par le Marquis]
[Photo : "Papilles Oculaires", par Le Marquis]
Bonjour à tous et à toutes, et à toi aussi.
Bien calme, le site, depuis quelques jours… Que voulez-vous, le travail, le travail… Mais restons calmes, cette passade n’est en rien le signe d’un quelconque essoufflement, de mon côté, les visionnages se poursuivent avec entrain, avec la perspective de vacances prochaines illuminées par la visite attendue du Dr Devo en personne. Quels films ai-je vu depuis ma dernière intervention ? C’est un secret, petits curieux.
Mais avant de poursuivre, je peux juste préciser que les séries TV, interludes bien pratiques, progressent de leur côté à vitesse réduite mais certaine. Curieux, cette frénésie récente pour les séries TV, vous ne trouvez pas ? Je n’y porte aucun jugement, d’autant plus que je passe à côté de la plupart d’entre elles, et n’y voyez aucun mépris. Mais à la base, je ne suis jamais très attiré par la fidélisation sur la petite lucarne, TWIN PEAKS et CORKY ayant en leur temps fait exception – oui, CORKY, j’assume, que dis-je, je revendique. Ce n’est donc pas vers les modes du moment que mes papilles oculaires (?) me portent : après avoir achevé le visionnage (un tantinet laborieux) de la première saison d’AU-DELÀ DU RÉEL (1963, c’est dire si je suis à la page !), dont je tâcherai de vous parler un jour prochain, je viens de boucler celui de L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES de Lars Von Trier, dans la plus grande des frustrations d’ailleurs, puisque cette merveille s’achève en queue de poisson pour cause de non-reconduction du programme et de décès d’un de ses acteurs principaux, Ernst-Hugo Jaregaard. Misère, je ne saurai jamais vers quel mystère cet ascenseur conduit la pauvre vieille Mme Drusse ! Tant pis, on fera travailler l’imagination… Reste que les deux saisons de cette série me semblent vraiment incontournables : c’est captivant, c’est inquiétant, c’est émouvant, c’est prodigieusement drôle. Le coffret sorti en début d’année, agrémenté d’un bon documentaire sur le cinéaste et d’un clip à hurler de rire, vaut très largement l’investissement : entre un PRISON BREAK et un LOST, si vous n’en avez jamais fait l’expérience, je vous recommande vivement de faire le détour. Mais nous avons un mouton sur la planche et nous y revenons de ce pas, avec un film en A comme…
ALICE N'EST PLUS ICI, de Martin Scorsese (USA, 1974)
Tiens, Scorsese… En voilà un dont je n’ai jamais vraiment su quoi penser. Sympathique, cultivé, du talent, un penchant pour les expérimentations relativement audacieuses dans le cadre du cinéma de studios (voir LES NERFS À VIF), un autre pour les films de mafieux (LES AFFRANCHIS), genre qui ne me passionne pas vraiment et ne me touche que dans des œuvres qui parviennent à aller au-delà de leur sujet (KING OF NEW YORK de Ferrara, LES FRÈRES KRAY de Peter Medak) ; et quelques réussites, petites (À TOMBEAU OUVERT, AFTER HOURS) ou grandes (TAXI DRIVER, porté par la superbe musique de Bernard Herrmann). Pourtant, et cela semble d’autant plus s’affirmer ces dernières années (THE AVIATOR), ce qui me frappe surtout, c’est le peu de cohérence et de constance d’une carrière en dents de scie à laquelle manque peut-être une unité, une véritable identité – quel fil se tisse entre MEAN STREETS, LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST et CASINO, je n’ai jamais su le distinguer. Bref, Scorsese est un réalisateur que j’apprécie au coup par coup, un peu, beaucoup ou pas du tout, sans vraiment associer à son nom une image, une émotion spécifique, le résultat dépendant trop souvent de son inspiration personnelle, de son entourage artistique ou tout simplement de son scénariste. Et allons-y pour la formule, je pourrais presque l’évoquer comme le Renny Harlin intellectuel : pas d’univers, pas de réelle identité, juste une petite personnalité et un grand savoir-faire qui tape (parfois) dans le mille.
Avec ALICE N’EST PLUS ICI, nous revenons sur la première partie de sa carrière, et les premiers pas dans ce film s’avèrent séduisants et d’une indéniable puissance ; l’introduction de ce métrage réaliste et mélancolique est par contraste totalement irréaliste et visuellement splendide : hommage désuet au MAGICIEN D’OZ, aux tonalités ocres, instantané de l’enfance d’Alice, moment en suspension, onirique, brutalement balayé par un effet sonore déstabilisant qui nous plonge, des dizaines d’années plus tard, dans le quotidien de la même Alice, aspirante chanteuse dont la carrière n’a jamais existé, oubliée dans le mariage avec un ours mal léché. Le décès de son mari est pour elle l’occasion de tenter une dernière fois sa chance et de partir avec son fils pour réaliser son rêve : aussi fauchée soit-elle, elle s’entête à ne chercher que des emplois de chanteuse…
Le film bénéficie avant tout de la performance admirable d’Ellen Burstyn dans le rôle principal, et ne reviendra plus par la suite sur des audaces stylistiques comparables à sa superbe introduction – ce qui est sans doute ce qu’il y avait de mieux à faire : cette saillie présente une puissance évocatrice, oscillant entre l’émerveillement, la nostalgie et le malaise, dont le souvenir porte le film et rend parfaitement crédible l’entêtement d’Alice, la force obsessive de son ambition. Loin des boursouflures esthétiques auxquelles Scorsese nous a habitués, ALICE N’EST PLUS ICI trouve donc un équilibre dans un style un rien hésitant qui développe pourtant, par son montage nerveux, par ses cadrages dynamiques, une alternance particulièrement efficace de rythmes vifs, lents, lourds, emportés… Le scénario, qui ne sort jamais vraiment d’un registre aussi sensible que prévisible de chronique douce-amère, de road-movie mélancolique, est attachant et soigné, mais trouve principalement sa force dans la justesse de ses interprètes (dont Kris Kristofferson, Diane Ladd, Harvey Keitel et une toute jeune Jodie Foster dans un petit rôle de garçon manqué). Si vous n’êtes pas spécialement disposés à vous contenter d’une jolie histoire qui tire à la ligne, (vous avez raison, et) vous serez surtout sensibles à la finesse de cette mise en scène sobre qui parvient à tirer d’un récit potentiellement mélodramatique et lénifiant une atmosphère volontairement instable, déséquilibrée, chaotique et attachante. Bon film.
B comme… BLIZZARD, LE RENNE MAGIQUE DU PÈRE NOËL, de LeVar Burton (Canada / USA, 2003)
Ah ! Burton, quel cinéaste ! Et quel plaisir que de retrouver une fois de plus son univers si attachant, l’enfance, le rêve, les choristes, la neige, tout ça quoi ! Ah, euh, pardon, je vous parle de LeVar, pas de Tim, hein, nous sommes bien d’accord ?
Derrière ce titre redoutable se cache un film pour enfants effectivement en partie influencé par Burton (Tim), LeVar semblant avoir décidé d’assumer pleinement son patronyme pour œuvrer dans une voie similaire, bien qu’il s’efforce, soyons justes, de s’en distinguer un minimum, ne serait-ce que par son attachement aux normes classiques de l’imaginaire usuel – je doute fort que Tim B. se soit un jour intéressé à une reconstitution fidèle, conforme et dénuée d’ironie du village du Père Noël, du moins si j’en juge par la vision qu’il nous en offre dans L’ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK de Henry Selick.
Allez, avouez, combien d’entre vous consacreraient du temps à la vision d’un film de ce type, sans parler dans faire l’acquisition, ne serait-ce que pour deux euros comme ce fut mon cas ? C’est toujours le même principe qui me guide, celui de varier les plaisirs et les déplaisirs, de ne pas écarter un film pour son sujet, son genre, sa provenance ou le public qu’il vise – même si, comme tout le monde, j’ai tout de même mes limites, je les espère aussi ténues et localisées que possible. Et comme la transposition du merveilleux au cinéma est un sujet auquel j’ai déjà travaillé par le passé, j’ai une raison de plus de m’intéresser à des films de ce type, bien que le concept du Père Noël, d’aussi loin que je m’en souvienne, est resté à mes yeux bien davantage représentatif d’une démarche mercantile s’infiltrant en sous-marin dans les ménages épris de pseudo-traditions culturelles que d’un quelconque sens du merveilleux. (Rappelons, et ce n’est qu’un exemple, que nous devons le concept de père noël tel que nous le visualisons aujourd’hui à une publicité de la firme Coca-Cola !).
L’histoire ? Oh, vous allez voir, elle est jolie, très jolie et avec des couettes. La petite Jessie est effondrée : un déménagement va la séparer de son meilleur ami, et la musique du film nous informe que c’est très triste. Inconsolable ? Faut voir… Sa tante (Brenda Blethyn) décide quand même de la dérider en lui racontant l’histoire (oh, elle est jolie, vous allez voir !) d’une amitié impossible entre Blizzard (voix de Whoopi Goldberg, qui fait décidément tout et n’importe quoi), renne magique du Père Noël © donc, doté de divers dons magiques (dont une fascinante « navigation empathique » !) et une fille passionnée de patinage artistique… Au début, Jessie n’en a rien à carrer de l’histoire de Blizzard, mais petit à petit, PRINCESS BRIDE, blablabla, etc., ad lib.
Allons, rangeons un instant le cynisme au placard, et mettons brièvement entre parenthèses notre détestation atavique du gros con distributeur de joujoux : mieux vaut ne pas être allergique au sirop. Dans le genre qui est le sien, BLIZZARD fonctionne gentiment par moments. C’est visuellement correct (LeVar Burton ne charge pas trop la mule, ha-ha), la photographie est très acceptable et la plupart des effets spéciaux sont de très bonne tenue, notamment les séquences de vol, parfois très belles. Totalement dénué d’originalité (sans mentionner, donc, un imaginaire fondé sur des bases bien pauvres), le moins qu’on puisse en dire, c’est que ce n’est pas du Jim Henson. L’avantage, c’est que ce n’est pas non plus SANTA CLAUS, l’atroce long-métrage de Jeannot Szwarc que tout le monde s’efforce d’oublier. Sans éclats, fonctionnel, le film fait son boulot sans trop faire mal aux yeux, et ne trouve au fond ses propres limites, radicales ceci dit, que dans ses élans (ha-ha) de sentimentalisme glaireux, un peu trop appuyés pour ne pas faire grimacer de douleur, notamment dans sa conclusion stupide et antipathique qui commet l’erreur impardonnable de confondre en fin de course la fiction avec l’histoire racontée dans la fiction. « Mais alors, cette petite fille, c’était toi Tata ? », vous voyez le genre. Ce genre de conclusions me semble toujours plus qu’imbécile : c’est une erreur fondamentale, à peu près aussi aberrante que de vouloir farcir une dinde avec sa propre fiente pour la rendre plus succulente à la cuisson.
C comme… LE CLOWN DE L'HORREUR, de Jean Pellerin (Canada, 1998)
Après le renne tendre et généreux, voici le clown meurtrier, autour duquel s’est construit un petit slasher méconnu doté d’un joli casting et d’une réputation flatteuse. Les clowns effrayants ne sont pourtant pas bien nouveaux au cinéma, même s’ils ont rarement fait l’objet de films très aboutis : on pense par exemple à OUT OF THE DARK, réalisé par Michael Schroeder, également à l’œuvre sur GLASS SHADOW dont il est question ci-dessous, un film pas très réussi qui vaut surtout le coup d’œil pour la présence dans un petit rôle de Divine dans son minuscule et tout dernier rôle ; à l’adaptation sous forme de mini-série de ÇA de Stephen King, mauvais téléfilm qui ratait constamment le coche et dans lequel Tim Curry, habituellement étincelant, était très décevant, la faute à une conception idiote et réductrice de son personnage ; au fond, en dehors de quelques silhouettes inquiétantes égarées dans des films dont ce n’est pas le sujet, le meilleur souvenir dans cette forme de sous-genre reste le KILLER KLOWNS FROM OUTER SPACE des frères Chiodo, épatante série B parodique et prodigieusement inventive.
Mais revenons donc à ce CLOWN DE L’HORREUR, présenté dans une assez belle copie en VOST et dans un format 1 :33 non recadré. Les conditions sont réunies pour apprécier à sa juste (et modeste) valeur un film soigneusement composé, bénéficiant d’une très belle photographie caractérisée par une utilisation judicieuse et parfois très efficace de la profondeur de champ. Une diva est assassinée par un clown dans la loge de l’opéra où elle vient de livrer sa dernière prestation. Quinze ans plus tard, sa fille (Sarah Lassez, violée dans THE BLACKOUT et dans NOWHERE) et ses camarades d’une classe d’art dramatique dirigée par Margot Kidder décident d’investir l’opéra désaffecté afin de le restaurer et de lui rendre son prestige passé, avec l’accord de son propriétaire Christopher Plummer. Bien entendu, le clown dément semble ne pas avoir quitté les lieux, et tout ce petit monde va vite en faire les frais.
Rien d’original donc, et passée une introduction assez belle, le métrage s’oriente vite vers le slasher classique – mais d’assez bonne qualité au demeurant. Le réalisateur Jean Pellerin semble avoir beaucoup apprécié le cinéma italien, puisqu’il place régulièrement des allusions au film OPERA de Dario Argento. Mais il n’a pas oublié non plus le BLOODY BIRD de Michele Soavi, ici très largement mis à contribution, un peu trop d’ailleurs (plagiat de la séquence des cadavres disposés sur scène et du magnétophone à bande). Mais d’une façon générale, le scénario n’est qu’un tissu d’emprunts de ce genre, auxquels on peut ajouter des titres moins connus comme POPCORN ou CURTAINS. C’est donc la forme qui prédomine, et c’est une chance qu’elle soit aussi attrayante. Dommage que l’adjonction totalement inutile d’un élément fantastique (les visions de Sarah Lassez), argument qui ne débouche strictement sur rien du reste si ce n’est une dernière partie un peu tirée par les cheveux, vienne déséquilibrer à la fois le récit et la mise en scène, très efficace, mais trop impersonnelle, le film ayant principalement l’attrait de ses propres références. Agréable, sans plus.
D comme… 2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS, d’Andrew Fleming (USA, 1994)
Le sujet est inscrit dans le titre : lors d’une rentrée universitaire, trois étudiants sont amenés à partager un logement sur le campus – un macho fêtard (Stephen Baldwin), un jeune à l’homosexualité encore refoulée (Josh Charles) et une superbe jeune femme (Lara Flynn Boyle), qui va naturellement tomber amoureuse du gay, lequel est lui-même attiré par son colocataire qui pour sa part n’est pas indifférent aux charmes de, etc. On est donc, une fois de plus, face à un « film de college », genre fréquemment visité sur ce site (voir SLACKERS ou LES TRONCHES par exemple), et qui est loin de provoquer chez moi le même enthousiasme, ou du moins, pas systématiquement – contrairement au Dr Devo, je n’aime pas AMERICAN PIE, pour n’en citer qu’un. Ce qui ne m’empêche pas de reconnaître les caractéristiques et le potentiel d’un genre à part entière, bien qu’il soit typiquement américain, et donc assez peu reconnu dans nos contrées (malgré quelques tentatives d’imitation redoutables du type SEXY BOYS), et même d’avoir beaucoup de sympathie (COLLEGE ATTITUDE) ou parfois d’estime (LES LOIS DE L’ATTRACTION, ou le superbe RUSHMORE, à mes yeux le meilleur travail de Wes Anderson) pour une partie de ces films – mais une partie seulement : je reviendrai prochainement sur mes propres réserves à l’occasion de SLACKERS et d’AMERICAN PARTY (VAN WILDER, PARTY LIAISON), préférant glisser pour le moment sur ce point de vue.
Pourquoi ? Sans doute, tout simplement, parce que le film d’Andrew Fleming m’a semblé assez réussi – je n’aurais peut-être pas fait l’effort d’y jeter un œil si mes collègues ne m’avaient pas promis un très bon film, et j’avoue honnêtement que je n’en attendais pas grand-chose. D’autant plus que Fleming ne m’avait jusqu’alors pas impressionné par ses talents de cinéaste avec des films comme PANICS ou encore, avec toujours un pied dans le film de college, THE CRAFT (DANGEREUSE ALLIANCE), film médiocre qu’il faut tout de même faire l’effort de voir pour la très belle performance de la trop rare Fairuza Balk.
Attention : je ne suis pas en train de dire que 2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS est une merveille de mise en scène, loin de là : la réalisation n’a d’autre qualité que celle d’être fonctionnelle dans un registre purement illustratif. Mais les comédiens font un excellent travail, et apportent beaucoup de spontanéité au récit. Plus encore, la sexualité, qui dans ce genre de film est toujours omniprésente mais dans une approche assez creuse et parodique, est ici abordée de façon frontale, non sans parfois une certaine gravité ; le film traite de l’érotisme, de la sensualité, avec un indéniable tact, qui parvient à rendre assez touchant un métrage qui ne dérape, à l’occasion, que dans quelques scènes de comédie plus maladroites, ou dans certains dialogues un peu téléphonés (dont une voix-off un rien lénifiante). La vraie limite du film, c’est surtout sa mise en scène conventionnelle (séquences-montages d’une insondable banalité, références appuyées à JULES ET JIM, qui est un film que je déteste), mais on sent un projet sincère, qui n’évacue pas certains aspects très cruels du récit (le trio humilie une fille un peu cruche dans une séquence drôle et méchante à la fois) et qui parvient à développer un ton relativement personnel et attachant dans le cadre d’un genre aux pentes bien savonneuses. Un peu fabriqué, certes, mais loin d’être inexistant.
E comme… L'ÉTALON ITALIEN, de Morton Lewis (USA, 1970)
Bon, la délicatesse se range dans le deuxième tiroir, là, à gauche. C’est bon ? Bien, alors on enchaîne.
Quand on est amateur de curiosités filmiques et de films de 3e zone, il y a des films qu’on se doit d’avoir vus, aussi nuls soient-ils. Je pense que la plupart d’entre vous ont déjà entendu parler de cet ÉTALON ITALIEN, petit porno soft qui n’existe que parce que le rôle principal en est tenu par Sylvester Stallone, une casserole que l’acteur aurait tant souhaité voir disparaître dans les limbes. Mais que voulez-vous ! C’est ça, la célébrité. Quand on se fait un nom, on s’expose à la curiosité d’une frange de la population toujours curieuse de voir des fesses de stars (c’était même, si je ne me trompe, l’objet d’une rubrique dans Première), et au bon sens mercantile des ayant-droit, toujours prompts à déterrer un bout de pellicule pour peu qu’un des protagonistes en soit arrivé au stade où il pourrait en avoir honte. En réalité, le film, réalisé en 1970 et alors intitulé « Party at Kitty & Stud’s », était tellement nul qu’il n’a jamais été distribué… du moins jusqu’en 1978, alors que Stallone venait d’être élevé au rang de vedette avec son ROCKY ; trop belle occasion de ressortir le film du chapeau en le re-titrant ITALIAN STALION, histoire de bien focaliser l’attention sur la présence au générique d’un Sylvestre dépité, qui croyait oublié ce petit tournage alimentaire effectué pour un cachet royal de 200 $. Aussi affriolant qu’une enclume rose, le film circule depuis en vidéo, et continue encore aujourd’hui à rapporter des espèces sonnantes et trébuchantes à ses producteurs.
Et d’ailleurs, le DVD (en VO non sous-titrée) a fatalement fini par atterrir sur mes étagères déjà encombrées d’items d’un goût sûr – chouette et piranha empaillés, cendrier monté sur un vieux fusil de chasse, portrait de Demis Roussos, et bien sûr DVD absurdes ; le meilleur, dans l’histoire, c’est que je n’ai même pas eu à affronter la honte de passer à la caisse avec un boîtier orné d’un sticker clamant fièrement « Le porno soft de Stallone ! », quelqu’un l’a fait à ma place, le Captain Pangolin en l’occurrence, focalien bien qu’il ne soit l’auteur que d’un seul et unique article (MADAGASCAR), qui m’avait appelé depuis ses contrées lointaines pour me faire part du contenu d’un bac de soldes et pour savoir si je souhaitais qu’il me fasse quelques courses – ça, c’est la classe, qu’il soit remercié pour sa bravoure et son sens kamikaze de l’initiative.
Bien, on rentre dans le détail ? Comme dirait Kitty : « Go ahead, Stud, gimme all the juice ! »
Premier plan : on aperçoit une jeune femme de l’autre côté d’un pont couvert, zoom avant, puis flou artistique. Mon dieu, et si c’était de l’Art ? Ah, non, le générique vient vite calmer les ardeurs de l’esthète avec sa chanson profondément débile et ses plans fixes vulgos, images volées au programme qui va suivre, mettant d’emblée les choses bien au clair : c’est bien du soft, du nudie inoffensif qui n’est effectivement mémorable que pour la présence, dans le rôle de Stud, d’un Sylvestre jeune, avec d’atroces rouflaquettes, très occupé dans sa première scène à courir dans un parc comme un chien qu’on aurait laissé là pour qu’il se défoule. S’ensuit un retour au domicile où l’attend sa compagne Kitty, et hop ! Petite scène de douche touche-pipi zoom avant / zoom arrière, commentée en voix-off par la voix morne et peu convaincue de l’actrice vantant les mérites de son amant. C’est d’ailleurs le son qui frappe avant tout dans ce métrage : la quasi totalité des séquences ont été tournées sans le son, ajouté en post-production et essentiellement composé de musiques d’ascenseur d’un pittoresque 70’s appuyé, et bien sûr de longs monologues de Kitty, qui se distinguent autant par l’absence de conviction de la comédienne (Henrietta Holm, qui elle n’est jamais devenue célèbre) et par la nullité abyssale de son texte, manifestement en grande partie improvisé. Échantillon : « Je vais méditer… C’est drôle ! Je suis toute excitée dès que je prends la position du lotus… Et si je dansais ? » Voilà, sur un plan sonore, toute la texture du métrage : voix-off crétine ad lib, aucun dialogue, juste cette voix-off qui débite au kilo des considérations stupides sur fond de sirop musical.
Kitty aime Stud, surtout quand il lui file des baffes, alors ils invitent des gens et font la fête. Le scénario est ici surtout affaire de remplissage, quitte à filmer pendant des plombes une ronde nudiste profondément grotesque. La réalisation est d’une réjouissante nullité, qui évoque par moments le film dans le film de John Landis, « See you next wednesday », softcore ridicule que regardent à l’occasion les personnages dans plusieurs de ses comédies. Mais le remplissage, ici, c’est la mise en scène, et la mise en scène est pur remplissage. Le « réalisateur » comble les vides avec des miroirs, et il adore ça. Stallone fait saillir ses muscles devant un miroir dans le reflet duquel on aperçoit deux filles derrière lui, en train de se pâmer sur un lit ; l’acteur caresse alors leur reflet dans l’espace vide face à lui, à destination de l’objectif, comme ça, pour faire joli. Et ça, c’est ce qu’on trouve de plus élaboré dans le film, car dès que Morton Lewis met la main sur un miroir déformant, vague réminiscence psychédélique, alors là, c’est parti pour un quart d’heure de filmage, d’une complaisance enfantine, des reflets déformés de son casting, qui ne sait plus à la fin dans quel sens tourner sa nudité et finit par évoquer une poignée d’asticots s’ébattant mollement au fond d’un pot sous un beau soleil d’été (moi aussi, je veux faire joli). Très vaguement SM – mais alors, très vaguement, hein ! – le film ébauche quelques pas dans cette direction sans la moindre conviction, à l’image des gifles qu’administre Stallone à la douce Henriette, sans même l’effleurer : l’un des deux acteurs, si ce n’est les deux, n’était pas du tout décidé à recevoir des coups pour 200 misérables dollars, et ces accès de violence sont à peu près aussi redoutables que ceux d’un nouveau-né contrarié. Petit faible pour une scène où Stud s’est blessé à la main : Kitty suce sa blessure, tandis que sa voix-off donne dans la suggestion raffinée (« I wish I was sucking his cock ! ») – ce qui n’empêche pas, curieusement, l’éditeur de biper le mot « fuck » à chaque fois qu’il est prononcé par Sylvestre – petits arrangements avec Rambo himself ?
Au final, ce sommet de laideur, d’un mauvais goût hallucinant, laborieux, totalement futile et affreusement daté, pourrait bien réjouir les plus cinéphiliquement pervers d’entre vous – peut-être en double programme avec HERCULE À NEW YORK, mais bon, ce n’est jamais qu’une suggestion, n’est-ce pas ?
F comme… FLYING VIRUS, de Jeff Hare (USA / Brésil, 2001)
On passe maintenant à une petite série B totalement insignifiante, sorte de mélange entre AIRPORT et GUÊPES ATTACK, qui brasse les clichés d’une catégorie annexe au film d’agression animale qui m’a toujours ennuyé (les films avec abeilles, guêpes et autres frelons, genre L’INÉVITABLE CATASTROPHE), sur fond de considérations écologiques bien d’actualité, le film se déroulant en Amazonie, avec naturellement un casting composé de has-been qui se défendent (Rutger Hauer, David Naughton) et d’une poignée de never-been (Gabrielle Anwar de BODY SNATCHERS, Craig Sheffer de CABAL).
Une mystérieuse tribu indigène (mais donnez-leur des sous quoi !) lutte vaillamment contre la déforestation, à l’aide d’un essaim d’abeilles tueuses. Malheureusement, un scientifique véreux parvient à s’emparer d’une ruche, placée dans la soute d’un avion en direction vers les Etats-Unis. Une journaliste mène l’enquête sur la tribu du « peuple de l’ombre », tandis que dans l’avion, son ex doit faire preuve d’héroïsme lorsque les abeilles tueuses envahissent l’appareil, d’autant plus que pendant ce temps-là, l’armée traque l’avion afin de l’abattre, vous suivez ?
Sans grande surprise, le spectacle est morne, passablement incohérent et redoutablement cheap : des personnages semblant échappés d’un soap luttent contre des nuées d’abeilles en images de synthèse pourries, jusqu’à une conclusion typique de film catastrophe où l’ex rejeté regagne le cœur de sa dulcinée – facile, vous me direz, le concurrent s’est avéré être le méchant de l’histoire, mais je vous répondrai que c’est quand même très logique, Gabrielle Anwar et Craig Sheffer étant en couple à la vie comme à l’écran, comme ils disent. Pour le reste, voilà bien un titre illustrant le degré zéro absolu de la création.
G comme… GLASS SHADOW, de Michael Schroeder (USA, 1993)
Ne croyez surtout pas que, parce que nous allons encore parler de cyborgs, il s’agit encore d’un film d’Albert Puyn (voir NEMESIS II ou KNIGHTS). Non, vraiment, ça n’a rien, mais alors rien à voir. Sauf que… Bon, en fait, il s’agit en fait ici de CYBORG II, suite du film de Puyn avec Jean-Claude Van Damme (que je n’ai jamais vu, contrairement aux apparences, je ne suis pas un spécialiste), Albert étant probablement occupé ailleurs à faire la même chose. Jean-Claude lui-même laisse la place à une autre comédienne d’envergure – de son envergure, je veux dire : la subtile et délicate Angelina Jolie, embarquée dans un récit préfigurant, toutes proportions gardées, le GHOST IN THE SHELL de Mamoru Oshii (notamment pour son générique d’ouverture) : elle y interprète Cash Reese, cyborg destinée à séduire de grands chefs d’entreprise pour mieux exploser pendant l’acte sexuel. Mais ses concepteurs ont peut-être trop bien fait leur boulot, car sa part humaine se dit que flûte, exploser en milles miettes avant l’orgasme et se farcir des hommes d’affaire adipeux qui bandent mou est une destinée moyennement excitante. Elle décide donc de se révolter et s’enfuit avec un technicien malencontreusement tombé amoureux d’elle (le bon Elias Koteas). Et comme elle n’a pas été conçue dans les usines Seb, le duo se retrouve vite avec des exterminateurs sur les talons.
Pourquoi pas, après tout ? C’est sommaire, mais ça peut bien faire l’affaire avec un petit savoir faire. Et de ce point de vue, le film s’avère visuellement assez soigné dans les limites de son budget de série B, avec ses maquettes juste assez cheap pour être plaisantes et sa photographie saturée à la HARDWARE. Malheureusement, les maigres qualités du film s’arrêtent là : Angelina est totalement fade, et le film s’engouffre prestement dans une juxtaposition de scènes de poursuite et d’affrontements divers et variés, très mollement mis en scène – avec quelques couacs au montage et une musique affligeante, le tout étant saupoudré de romantisme cyber franchement tarte (voir la séquence érotique dans le lit à baldaquin, ou pire, la conclusion nunuche et sa voix-off sirupeuse). Malgré les efforts, le résultat est terne et très quelconque.
H comme… THE HOURS, de Stephen Daldry (USA, 2002)
THE HOURS bénéficie d’un projet autrement plus excitant que la love story robotique de Michael Schroeder : développer sur écran l’univers littéraire de Virginia Woolf, une expérience dont le remarquable ORLANDO de Sally Potter m’avait laissé un excellent souvenir, dans une approche juxtaposant la fiction romanesque et la narration cinématographique. De quoi générer bien des attentes après les essais de David Cronenberg (William Burroughs et LE FESTIN NU) ou de Steven Soderbergh (KAFKA).
Attentes vite déçues d’ailleurs, même si le film fonctionne gentiment. Il y a du travail, principalement dans l’écriture du scénario (signé David Hare, lui-même adapté d’un roman de Michael Cunningham), c’est indéniable. Mais le film manque singulièrement de personnalité. Après une introduction (le suicide de Virginia Woolf) un peu plaquée sur un style « à la Jane Campion » (PORTRAIT DE FEMME, LA LEÇON DE PIANO), Stephen Daldry tente une narration morcelée en trois personnages et trois époques distinctes, chacune contenue dans une seule journée : partie biographique consacrée à l’écrivain, interprétée par Nicole Kidman ; partie consacrée à une femme (Julianne Moore) sur le point de quitter son mari lorsqu’elle entame la lecture d’un roman de Virginia Woolf ; partie consacrée à une femme (Meryl Streep) dont le parcours évoque les grands thèmes des livres en question. Le récit alterne ces segments en accentuant son approche dans des raccords au montage plus ou moins habiles, hélas sans véritables audaces, qui trouve d’autant plus ses limites dans sa proximité à la structure narrative du film choral façon GRAND CANYON que les deux segments finissent par se rejoindre dans une dernière partie classique, certes émouvante, mais bougrement prévisible et téléphonée. Un système d’échos et de répétitions en somme, qui n’échappe pas par moments à une certaine lourdeur démonstrative. Cet aspect du film résulte cependant bien plus du travail du monteur Peter Boyle (INSTINCTS MEURTRIERS, INSEMINOÏD) que d’un véritable projet de mise en scène : au sein de chaque segment, ce sont les acteurs qui mènent la danse. Daldry leur laisse beaucoup de place, et ils font d’ailleurs tous un excellent travail ; c’est tant mieux, car leurs dialogues sont trop souvent platement filmés et pas merveilleusement bien cadrés.
Suicide, ambivalence sexuelle, culpabilité, souvenirs, connections, le tissu est potentiellement riche et assez beau, trempé dans une réelle amertume, mais la mise en scène ne lui rend pas vraiment justice, et si la sauce prend, c’est en grande partie grâce à la superbe musique composée par Philip Glass, qui porte le film, et paradoxalement le dessert – son lyrisme exacerbé « charge » souvent des images pas forcément à la hauteur. THE HOURS est pourtant un assez beau film ; mais c’est avant tout un film d’acteurs et un film de scénario, dont la réalisation, l’esthétique, ne dépassent jamais le stade un peu fade d’un drame un rien académique. C’est bien, mais ça aurait pu et dû être bien davantage.
I comme… INVADER, de Mark H. Baker (USA, 1996)
Un module envoyé sur Mars et perdu de vue en 1983 revient sur Terre avec à son bord un organisme extra-terrestre dangereux. Euh… Voilà ! Bon. Voici donc une nouvelle version, ici assez télévisuelle, d’un sujet bien galvaudé à la ALIEN, très proche de ce dont je vous avais parlé dernièrement en évoquant LA MUTANTE II, seul bon film de sa franchise.
Soit. Là encore : pourquoi pas ? C’est dans les vieilles marmites, etc. Et dans ce genre de films, l’intérêt réside rarement dans l’histoire racontée, et c’est la texture, le visuel qui font la différence, ou ne la font pas. INVADER (LIFEFORM en VO) ne sort jamais du lot, bien qu’il bénéficie grandement d’effets spéciaux agréables nourrissant un aimable petit suspense, aussi convenu qu’il est relaxant. La réalisation est par contre franchement plate, et le film souffre de quelques scories – ou en tire profit si vous prenez le parti d’en rire. La base militaro-scientifique dans laquelle se déroule l’action est relativement soignée par le directeur artistique, mais il est parfois bien difficile de prendre au sérieux les personnages qui y évoluent – comment ne pas ricaner devant le jeune Ryan Phillippe, absolument pas crédible en soldat (il faut le sauver !!!) avec son minois de gosse de quinze ans ? Le scénario se prend de temps à autres les pieds dans le tapis, notamment lorsqu’un soldat est contaminé par l’organisme : panique, auscultations, désespoir, quarantaine, mais une demi-heure de film plus tard, on réalise soudain que c’est juste une crise d’appendicite ! La VF n’arrange rien, et balance avec nonchalance quelques répliques délicieusement stupides (« On sait que cette créature pond des œufs, et s’il y en a d’autres, ils doivent être quelque part ! »), dotées parfois d’une syntaxe très personnelle (« À ce qui paraît que vous êtes en quarantaine ? »).
Bon, ceci dit, je n’ai pas non plus envie de faire mes griffes sur ce petit film de série, d’autant plus qu’il dispose, avant une conclusion plutôt nihiliste, d’une ou deux jolies séquences, comme celle montrant la créature prendre le temps d’observer et de palper le visage de l’homme qu’elle vient de tuer, ou sa fascination pour la lune lorsqu’elle parvient à s’évader de la base. À consommer sur place, sans plus.
J comme… JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT, de Kevin Smith (USA, 2001)
Pour ceux qui seraient totalement passés à côté, je rappelle tout d’abord que Jay & Silent Bob sont deux personnages créés par Kevin Smith (interprétant lui-même Silent Bob), duo comique succédant aux Cheech & Chong et autres Bill & Ted des années 80, dont la popularité a toujours eu un peu de mal à traverser l’Atlantique, et qui a parasité les différents films du cinéaste, lequel affirme vouloir tourner la page et leur offrir, en guise de bouquet final, un cinquième et dernier long-métrage qui cette fois leur offre la vedette. C’est peut-être une bonne chose, dans la mesure où, à l’image du film – et de la carrière de Kevin Smith (excellent DOGMA, médiocre MALLRATS) – leurs prestations s’avèrent bien inégales. D’ailleurs, le début du film a quand même de quoi inquiéter : c’est lourd, gras et pas d’une très grande drôlerie.
Ça s’arrange un peu par la suite, au point même que le film devient parfois très, très drôle. Le sujet est assez savoureux : Jay & Silent Bob apprennent qu’un film les mettant en scène rentre en tournage à Hollywood, et, furieux, décident de se rendre sur place pour mettre un terme au projet. Et c’est aussi un sujet très prometteur, puisqu’en substance, l’objectif des deux personnages principaux de JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT est tout simplement d’empêcher le film de se faire, ce qui (pour une fois, si j’ose dire) justifie pleinement la démultiplication des sketches, des apartés, des hors-sujet et des digressions qui caractérisent l’écriture de Kevin Smith – même une bonne grosse comédie comme celui-ci fait une durée tout de même conséquente, sans compter les 90 minutes de scènes coupées, habituelles chez le cinéaste, ce qui me laisse toujours assez perplexe : pourquoi les tourner quand il est évident que le film ne pourra jamais durer quatre heures ? Mais ici, c’est en partie un avantage, en lien avec le projet lui-même. En partie seulement, parce qu’encore une fois, les sketches en question oscillent entre le très bien vu et le consternant, mais aussi parce que la structure générale paraît bien fragile et parfois discutable, en comparaison avec un script aussi solide que celui de DOGMA, qui n’élude pourtant pas ce penchant pour la dispersion.
Pour peu qu’on se laisse porter, le film finit tout de même par taper dans le mille, tout en développant un petit charme pas négligeable, à grands renforts de parodies, bien évidemment : CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES, LA PLANÈTE DES SINGES, SCREAM sont ainsi mis en boîte, même si ma préférence va plutôt pour WILL HUNTING II, dont les deux héros viennent perturber le tournage, belle occasion pour Matt Damon et Ben Affleck, habitués de l’univers du cinéaste, de s’auto-parodier avec une réjouissante férocité, et pour SCOOBY-DOO (en chemin vers Hollywood, le duo croise le Mystery Van dont les occupants poursuivent les mêmes objectifs : stopper l’adaptation cinéma de leurs aventures), revu et corrigé sur un registre psychotique et d’une vulgarité effarante.
Dommage cependant que Kevin Smith ne pousse pas à son terme la logique interne d’un projet a priori programmé pour l’auto-destruction. Au lieu de cela, il semble ne pas trop savoir sur quel pied danser en fin de course, et la dernière partie du film s’en ressent cruellement. Tantôt amusant, tantôt juste stupide ou pire, plat et poussif, tantôt hilarant, le résultat se suit somme toute agréablement, le défilé de guest-stars aidant, et vaut bien le coup d’œil, mais vous êtes avertis, il vous faudra probablement en laisser sur le bord de l’assiette !
K comme… KO, c’est ce que je suis dans l’instant, aussi vous faudra-t-il patienter quelques jours pour pouvoir découvrir la suite et fin de cette 11e sélection.
Le Marquis
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[Photo : "Maintenant, Digestion", par Le Marquis]
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[Photo : Tendresse pour la Faucheuse, d'après LOS OLVIDADOS - Le Marquis]
[Photo : Brooke Bullock (ou est-ce Sandra Adams ?) - Le Marquis]
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[Photo : d'après INNOCENCE, qu'il vous faut avoir vu. Le Marquis]
(Photos : "La saloperie des fabriques" par le Marquis, d'après INNOCENCE)
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Photo : "C'est malin" (Le Marquis, d'après LISA ET LE DIABLE)
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Mister can you tell me where my man has gone, he's a Japanese Boy... (Le Marquis)
Photo : "L'horreur est un luxe trop cher pour les désespérés" (Le Marquis)
Alors que je cavale pour rattraper mon retard dans la rédaction des Abécédaires, les visionnages se poursuivent avec entrain, complétés en cette période de vacances estivales par de plus fréquents à-côtés. Petite excursion en salles tout d’abord pour aller juger sur pièce, en compagnie focalienne de Tchoulkatourine, des très belles qualités de BUBBLE, le dernier film de Steven Soderbergh : épuré, sec, émouvant sans une once de sensiblerie et d’une redoutable acuité. Les visites ensuite. Celles notamment du Dr Devo et de Tchoulkatourine donc, qui viennent briser le rythme de l’Abécédaire pour la bonne cause et permettent de découvrir de redoutables navets comme AMOUR ET AMNÉSIE, quelques gourmandises assez faisandées comme LA FORCE D’AIMER, extrait de la collection Harlequin, mais aussi, l’honneur est sauf, de beaux morceaux de cinéma comme le singulier PREY de Norman J. Warren ou le FORBIDDEN ZONE de Richard Elfman. Une mention spéciale pour ma part et dans ce contexte pour le film KILLER COP, inédit fauché présenté dans une copie recadrée mais en VOST, qui aurait pu être un thriller social très sombre si le scénariste n’avait pas lâché les chiens en orientant incessamment le propos, et de manière parfois très inattendue, vers la comédie la plus absconse, en roue libre, cet aspect du métrage étant porté à bout de bras par l’acteur Wade Williams, qui livre ici une des performances les plus spectaculairement absurdes qu’il m’ait été donné de voir récemment. Mauvais film, peut-être, mais sur un versant hautement atypique qui en fait un objet assez hors-norme. À part ça, je viens enfin de recevoir le coffret « 50 Chilling Classics », qui me promet, sinon de belles découvertes, au moins de vraies perspectives de prospection, de quoi éveiller ma plus vive curiosité. Je souligne au profit de ceux qui peuvent être intéressés par l’objet que tous les films proposés sont en VO non sous-titrée, que le format est exclusivement en 1.33 y compris pour les films tournés en cinémascope, et que les copies accusent la rareté de métrages manifestement issus de vieilles VHS usées jusqu’à la corde. Il est donc déconseillé d’en faire l’acquisition si c’est pour s’offrir des copies de GOTHIC, des FRISSONS DE L’ANGOISSE ou du SPECTRE DU PROFESSEUR HITCHCOCK (elles sont recadrées et très laides), dites-vous bien que le rapport qualité-prix est explicite, et que c’est la grande rareté des titres qui doit vous motiver. Je précise enfin que l’éditeur a rectifié le tir concernant la bourde de THE BLOODY BROOD, thriller des années 50 avec Peter Falk qui avait été remplacé sur le disque par GOD TOLD ME TO de Larry Cohen ; et que l’éditeur en a profité pour supprimer trois films (problèmes de droits ?), à savoir THE CAPTURE OF BIGFOOT, CHRISTMAS EVIL et THE MILPITAS MONSTER, remplacés par THE LEGEND OF BIGFOOT (pour le coup, un documentaire !), WEREWOLF IN A GIRL’S DORMITORY (mieux inconnu sous le titre LYCANTHROPUS) et DEVIL TIMES FIVE, film jadis distribué en VHS sous le titre CINQ FOIS LA MORT. Vous voilà informés. Me voilà bien loti. Et si nous parlions de cinéma ? Disons, un film en A comme…
ALLIGATOR, de Sergio Martino (Italie, 1979)
Les sauriens sont décidément de vraies saloperies, toujours prêtes à venir dévorer les nôtres, et dans le cadre du film d’agression animale, où, il faut bien le dire, on croise plus rarement des hamsters, ils sont si nombreux qu’ils finiraient presque par former à eux seuls un sous-sous-genre. On aura ainsi évoqué sur ce site les exactions du CROCODILE DE LA MORT, et celles, nettement plus Z, d’un mémorable KILLER CROCODILE II.
Le film ALLIGATOR de Sergio Martino était une Arlésienne : j’en entendais beaucoup parler sans jamais avoir l’occasion de juger sur pièce. C’est chose faite avec la sortie d’un DVD de facture moyenne et en VF, laquelle nous annonce pour sa part que nous avons affaire en réalité à un caïman géant – mon oncle Hubert me souffle d’écrire que c’est caïman la même chose, mais je refuse de l’encourager.
Il est ici question du développement en pleine jungle d’une sorte de parc d’attractions à thème (le bien nommé pont du crocodile, ou un « radeau de Tarzan » qui va tenir le premier rôle dans la dernière partie du film). Bien sûr, cette construction implique une déforestation sauvage à visée touristique, qui se fait naturellement au détriment des indigènes locaux, les Kuma, dont l’histoire ne nous dit pas s’ils détiennent le totem symbole de leur immunité – et même si certains d’entre eux ont trouvé un emploi dans le parc. Alors qu’arrive le premier flot de touristes, ainsi qu’une équipe de photographes de mode parmi lesquels nos scénaristes vont piocher des héros pour l’intrigue (dont la jolie Barbara Bach), les tam-tams d’inquiétude et de contrariété résonnent perpétuellement en fond sonore : les Kuma sont mécontents de voir leur territoire ancestral souillé par l’homme blanc porteur de bob et mangeur de glace, et surtout ils craignent que cet affront à la nature suscite la colère de leur redoutable dieu-alligator, Kruna – et d’ailleurs, le moindre tronc d’arbre flottant provoque la panique chez les employés Kuma. Ces employés, payés avec des jeans, quelle condescendance, ont pourtant raison de se faire du mouron, et Thena, superbe mannequin noire, et son amant d’un soir, partis faire trempette en pleine nuit, sont les premières victimes de l’alligaïman.
ALLIGATOR dément rapidement sa réputation très Z en imposant un rythme étrange, de beaux efforts de montage, des cadrages soignés. Bien qu’il souffre parfois d’effets spéciaux un peu limites (rarement montré dans le détail et souvent sagement dissimulé par l’obscurité, Kruna l’alligator est assez grotesque en plein jour), le film tire moins vers le Z que vers la série B de bonne facture, et s’avère au final être un assez bon film d’aventures, preste et soigné. Quelques stock-shots animaliers tendance snuff, très à la mode dans le cinéma bis italien de l’époque (voir LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE du même Sergio Martino, ou CANNIBAL HOLOCAUST de Ruggero Deodato), semblent ici avoir été écourtés au montage (scène du singe jeté aux crocodiles), ce qui, pour être tout à fait honnête, ne me semble pas dommage. Le film connaît un petit tassement en cours de route lorsqu’il se prend les pieds dans les poncifs du film catastrophe, mais relance astucieusement l’intérêt en nous montrant la troupe de touristes partir en mini-croisière sur le lagon à bord du « radeau de Tarzan », bien vite pris d’assaut par le vilain caïgator : lorsqu’ils tentent de rejoindre la berge, ils réalisent que les Kuma, excédés, ont décidé de mettre le holà, ont massacré le personnel de l’hôtel et exécutent à vue tous ceux qui tentent de quitter le radeau – autant vous dire que la croisière ne s’amuse guère, et que cette portion du film est particulièrement réjouissante. ALLIGATOR se regarde plus qu’agréablement, et bénéficie autant de la présence de Barbara Bach, très sexy lorsqu’elle est entravée sur un radeau en offrande à l’alliman, que de celle de ce personnage de fillette mal embouchée, interprétée par Silvia Collatina (LA MAISON PRÈS DU CIMETIÈRE), répondant au prénom de Minou, et passablement salasse quand elle mate les mensurations du héros avant de faire un clin d’œil appuyé à Barbara Bach. Aux innocents les mains pleines…
B comme… BLOODGNOME, de John Lechago (USA, 2004)
Nous restons dans le domaine du scabreux avec ce tout petit film tourné pour le marché de la vidéo, se déroulant dans les milieux sado-masochistes, comme l’annoncent ouvertement un générique bondage et une première séquence nous montrant les ébats d’un couple cuirs et chaînes, soudain lacéré par des créatures invisibles – ils étaient branchés scarifications, ils sont servis ! Et ces meurtres se multiplient dans les milieux SM. La police est perplexe, mais pas autant que le journaliste chargé de filmer les investigations : après une vilaine chute, son caméscope parvient à capter sur les lieux l’image de gnomes invisibles et voraces. Doutant de sa fragile santé mentale, le journaliste contacte une adepte SM qui va l’assister dans son enquête – non sans l’initier à des pratiques diverses et variées. Ils vont découvrir qu’une maîtresse SM très en vue et accessoirement dealeuse d’une drogue étrange (Julie Strain, grrrr miaou) détient dans son arrière-boutique une créature monstrueuse, sorte d’énorme vagin denté crachant des bébés gnomes lorsqu’il a été nourri de chair humaine et répondant au nom de « Maman », et que la drogue qu’elle distribue dans le milieu est secrétée par Maman, rendant la chair des sado-masos consommable pour ses gnomes.
Oui, c’est un peu compliqué et un rien tordu. Les gnomes en question ne risquent pas de rivaliser avec le Golum de Peter Jackson (bien qu’il soit un peu trop cabotin pour mon goût – j’ai un peu regretté que sa conception ait changé en cours de route, sa première apparition reste la meilleure, fermons la parenthèse), mais leur animation, effectuée sur le plateau, est correcte dans les limites de cette petite production, du reste plutôt mal réalisée mais emballée avec enthousiasme, et nettement plus érotique que la moyenne. Dommage que l’éditeur, Antartic Video, dont le catalogue est assez varié, ne propose pas plus souvent de la VO.
C comme… CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, de Tim Burton (USA, 2005)
Alors que les adaptations de contes, qu’ils soient littéraires ou de tradition orale, laissent le plus souvent franchement à désirer (les relectures par Disney sont à vomir), il est intéressant de constater que l’œuvre passionnante de Roald Dahl est globalement plutôt bien servie par le cinéma : sans être parfaits, JAMES ET LA PÊCHE GÉANTE de Henry Selick (malgré une musique pas fameuse), MATILDA de Danny DeVito (malgré la pénible petite Mara Wilson qui en fait des caisses) ou le remarquable et malchanceux LES SORCIÈRES de Nicolas Roeg (et son happy-end stupide imposé par la production – ce qui n’a pour autant pas aidé le film à être distribué !) restent des adaptations fidèles à l’esprit généreux, sardonique et impertinent de l’auteur, et des films plus qu’estimables. Pour faire plus court, je n’ai encore pas vu d’adaptation de Roald Dahl piétinant le matériau pour n’en extirper que la guimauve, comme c’est si souvent le cas pour un Hans Christian Andersen bien maltraité par le 7e Art – si les petites fans d’Ariel, la sirène qui chante avec des crabes, passent par là : mes petites chéries, en vrai, votre héroïne se suicide à la fin ; bonne journée.
Venons-en maintenant à cette nouvelle adaptation de « Charlie et la Chocolaterie » par Tim Burton (avant d’aborder prochainement celle de Mel Stuart). Deux mots sur Tim Burton pour commencer. L’impact de son très beau ED WOOD semble plutôt lui avoir joué des tours, suscitant par la suite des déceptions chez ceux qui attendaient de lui qu’il enchaîne sur une carrière d’auteur (quoi que ça puisse bien vouloir dire). Les déçus de MARS ATTACKS, SLEEPY HOLLOW ou BIG FISH, leur reprochant souvent leur maniérisme, semblent oublier qu’avant ED WOOD, Burton avait aussi réalisé BEETLEJUICE ou PEE WEE’S BIG ADVENTURE : Tim Burton a toujours travaillé avant tout sur la forme, faisant naître l’émotion de figures graphiques et très épurées (VINCENT), teintées d’une amertume plus ou moins accentuée, mais toujours sur un plan formel, qu’il soit esthétique ou narratif. Les faveurs tendent plutôt vers ses œuvres les plus noires (ED WOOD, BATMAN RETURNS), œuvres admirables et fortes qui sont pourtant minoritaires dans sa carrière, plus portée vers un divertissement dissipé, vif et par dessus tout graphique. MARS ATTACKS ne me paraît absolument pas plus creux que BEETLEJUICE, SLEEPY HOLLOW ne me semble pas plus artificiel qu’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT – mais je n’ai personnellement jamais trouvé le cinéma de Tim Burton creux ou artificiel, même dans ses productions les plus récentes, déplorant simplement qu’il se soit perdu à deux reprises (BATMAN, LA PLANÈTE DES SINGES) dans de grosses productions dont la maîtrise lui a échappé. Je ne comprends donc pas vraiment en quoi son cinéma, qui a toujours été inégal, tant dans son inspiration que dans ses aboutissements, aurait régressé ou patiné dans la semoule ces dernières années, et je pense qu’il a sans doute été trop intellectualisé au début des années 90, ce qui le dessert aujourd’hui.
Mais puisqu’on parle de dessert, concentrons-nous maintenant sur l’adaptation en question. Tout d’abord, et contrairement au Dr Devo (voir son article), je ne suis pas convaincu par l’idée qu’il ait voulu « casser son jouet » en poussant jusqu’à ses dernières extrémités la laideur, le mauvais goût, l’artificialité, pour la simple et bonne raison que ces éléments sont en amont constitutifs de l’univers imaginé par Roald Dahl. Je pense au contraire qu’en jouant sur une esthétique saturée, bariolée et totalement irréaliste, Tim Burton est parvenu à transposer à l’écran les inventions totalement surréalistes du roman, abordant la direction artistique et la photographie comme de pures extensions des confiseries aux couleurs vives et aux saveurs fabriquées qui emplissent l’écran – qui est sucré quand on le lèche, j’en suis certain, même si je n’ai pas vérifié. En comparaison avec le développement de cet univers visuel improbable et constamment inventif, le générique d’ouverture en images de synthèse fait un peu triste figure – en contresens plastique avec ce qui s’ensuit.
La saturation jusqu’à l’écœurement oppose un contraste extraordinairement violent à la longue introduction, fondée sur une imagerie et une esthétique plus classiques, et bien entendu sur l’attente de la découverte du ticket d’or, sur laquelle Burton joue à merveille avec la déception et un suspense malheureux particulièrement efficace. Cette saturation visuelle a le grand mérite de ne pas se contenter de transposer fidèlement à l’écran l’intégralité des descriptions de Roald Dahl, Tim Burton faisant particulièrement preuve d’invention dans sa version très personnelle des oompas-loompas (qui a fait râler les intégristes du roman original) ; elle marque aussi le pas de la lassitude du personnage de Willy Wonka, dont Tim Burton a parfaitement bien compris la nature, et que Johnny Depp interprète à la perfection, sur un registre corrosif, profondément décalé et ostensiblement inspiré par la personnalité de Michael Jackson, option surprenante mais, il faut bien le reconnaître, franchement efficace.
Le traitement de ce personnage est sans doute ce qu’il y avait de plus difficile à développer, et c’est la plus grande qualité de cette excellente adaptation, qui parvient à conserver son ambiguïté (ses répliques cinglantes sont bien celles du roman) en la poussant complaisamment dans une direction cauchemardesque et hilarante, bizarrement pathétique et attachante. C’est aussi avec ce personnage que Tim Burton s’approprie véritablement le matériau d’origine : démarquant Edward aux Mains d’Argent dans sa première apparition en flash-back, Willy Wonka est l’objet d’un prolongement de l’intrigue imaginé par Tim Burton (son enfance auprès du sévère Christopher Lee, puis ses retrouvailles avec celui-ci), qui rejoint les thèmes déjà abordés dans BIG FISH et apporte au film un traitement et une résolution décentrées, moins focalisées sur Charlie lui-même, qui semble moins intéresser Burton. Cette relecture du personnage était un pari fort risqué, qui risquait de dénaturer le personnage et de faire sombrer le film en fin de course dans la guimauve qui, heureusement, ne s’étale que sur l’écran : par un savant dosage (voir la séquence assez brutale au cours de laquelle Charlie refuse le marché proposé par Wonka), Tim Burton et Johnny Depp ont su renforcer subtilement l’étrangeté un peu dérangeante du personnage, et plus encore la maintenir solidement dans la prolongation du récit qu’un autre cinéaste (ou un autre interprète) aurait tirée vers une émotion sucrée et moralisatrice. C’est assez prodigieux de voir le cinéaste insérer le personnage dans son propre univers sans jamais l’altérer ou le dénaturer, ce qui fait de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE un excellent film et une adaptation qui, une fois n’est pas coutume, donne véritablement le sentiment d’une rencontre artistique, harmonieuse et intelligente.
D comme… DAYDREAM BELIEVERS, de Neill Fearnley (Canana/USA, 2000)
Passons maintenant à cette biographie télévisuelle des Monkeys. Pour ceux qui ne les connaissent pas, les Monkeys est un groupe monté de toute pièce pour le développement d’une série TV mongoloïde (diffusée il y a quelques années sur Arte), dans une tentative de réponse américaine au phénomène des Beatles. Le film essaie d’ailleurs de temps à autres de faire aussi débile que la série en question (gags crétins à base de déguisements, accélérés à la Benny Hill), ce qui est humainement impossible. Le projet évoque irrésistiblement DANS LA GROTTE DE BATMAN, qui imaginait à la fois une aventure saugrenue mettant en action Adam West et Burt Ward à la recherche de la Batmobile dérobée dans une exposition, en parallèle avec la genèse de leur vieille série TV. Le résultat est loin d’être aussi sympathique.
On note quelques tentatives de mise en scène (l’introduction contemporaine glissant sans changement de plan dans le flash-back), et même une vague ébauche de propos social (Jimmy Hendrix sifflé, image des affiches des concerts collées par-dessus celles des militants de l’intégration), une poignée de scènes perdues dans un océan de stupidité – passe encore, et surtout d’ennui (interminables atermoiements des membres du groupe, en quête de reconnaissance artistique et de respectabilité). Superficiel, atrocement mal interprété (mention particulière pour le pauvre acteur chargé d’incarner Jack Nicholson, à pleurer de rire), le film ne se pose jamais les bonnes questions et s’embourbe peu à peu dans le « biopic » terne, linéaire, décérébré. Lassant, laid, pénible, le film ne nous prépare pourtant pas à l’ignominie de sa conclusion, nous montrant les Monkeys, amers, déçus, parachutés dans une visite d’enfants malades dans un hôpital qui les amène à relativiser très fort leurs propres déconvenues. C’est à vomir.
E comme… EVIL CULT, de Wong Jing (Hong-Kong, 1993)
Retour au cinéma hong-kongais après un VAMPIRE HUNTERS de sinistre mémoire. Ce n’est pas forcément la panacée, mais ça va déjà beaucoup mieux. Par contre (mais ça, c’est une composante de la production locale), ça va très, très vite, et il faut vite accepter de se laisser porter sans forcément chercher à comprendre les différentes implications d’un récit trop touffu, sans chercher non plus à mémoriser les noms des très nombreux personnages, au risque dans le cas contraire de vite baisser les bras et d’attraper une aspirine. Mais contrairement au mauvais film de Wellson Chin, EVIL CULT sait calmer le jeu et structurer, au sein de son chaos esthétique et narratif, de superbes séquences d’action ou de comédie.
Le film nous plonge dans l’univers des contes chinois, dans une intrigue construite autour d’une épée légendaire, objet de toutes les convoitises, et d’un orphelin (Jet Li) blessé à la mort de sa mère qui va suivre un parcours initiatique pour trouver la guérison et rompre enfin le vœu qui lui interdit de se battre. Pas toujours très maîtrisé, le film va puiser son inspiration dans le fameux ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE de Tsui Hark, parfois un peu complaisamment (il lui vole notamment le personnage de ce vieillard enchaîné à un rocher au fond d’un gouffre hanté). Il bénéficie par contre d’un sous-texte érotique malicieux qui permet de beaux passages de comédie, et de quelques morceaux de bravoure et de spectacle pur : les effets spéciaux, réalisés sur le plateau (pas d’affreuses images de synthèse comme dans VAMPIRE HUNTERS), sont parfois hallucinants, et quelques séquences superbes sortent vraiment du lot – dont une nous montrant Jet Li agressé par les cordes du luth d’une très belle renarde. Il faut probablement mieux être un peu client de ce type de cinéma pour pouvoir vraiment apprécier, d’autant plus qu’EVIL CULT n’est pas forcément ce qui s’est fait de mieux dans le genre, mais malgré une fin à l’emporte-pièce (après l’insuccès du film, la suite programmée n’a jamais été tournée), le spectacle est d’assez bonne tenue dans l’ensemble.
F comme… FOR THE CAUSE, de David & Tim Douglas (USA, 2000)
Retour à la série B avec ce FOR THE CAUSE qui ne paye pas de mine, mais s’avère de plutôt bonne facture, malgré un récit sans doute un peu trop inspiré par le scénario de l’intéressant PLANÈTE HURLANTE. Dans un futur indéterminé, notre monde est en guerre depuis près d’un siècle. Deux cités s’affrontent, très éloignées l’une de l’autre. L’ennemi est invisible et omniprésent, et l’une des deux cités livre le combat en envoyant des soldats au front et en utilisant la technologie des « sorcières », femmes livrant le combat à distance via des espèces de consoles générant à distance des créatures virtuelles et des barrières de protection – mais virtuelles ou pas, leurs armes peuvent aussi leur coûter la vie. Un groupe de soldats et de sorcières est chargé de traverser des contrées désertiques en direction de la cité adverse. En chemin, les traîtrises vont se dévoiler, et les enjeux, la cause en question, vont s’avérer de plus en plus dérisoires, ne servant que des intérêts d’état.
Malgré le manque de moyens évidents d’un film qui souffre un peu de son aspect cheap, les deux réalisateurs issus des effets spéciaux mettent le paquet sur une direction artistique ambitieuse, de plus en plus étrange au fur et à mesure que progressent les protagonistes : lorsqu’ils doivent enfin traverser la montagne qui sert d’enceinte à la cité ennemie, les décors deviennent totalement improbables, grottes obscures éclairées par des rochers aux couleurs vives et fluorescentes. Si les effets infographiques ne sont pas très beaux, la mise en scène, quoique très impersonnelle, reste soignée, et le film aborde son sujet avec sérieux et non sans une certaine finesse, ce qui est rarement le cas dans ce type de petites productions. Des ambitions louables qui font de FOR THE CAUSE une estimable petite série B, ni plus ni moins, et c’est déjà pas si mal, ce qui fait regretter une fois de plus l’absence de VO.
G comme… GARGOYLES, de Jim Wynorski (USA, 2004)
Jim Wynorski poursuit vaillamment sa petite carrière insignifiante, et après un Z sympathique (RAPTOR et son hilarant dinosaure-marionnette) et une série B à dormir debout (PRÉDATEURS MUTANTS et ses hideux lézards en images de synthèse), il enchaîne sans grande originalité avec des gargouilles sévissant en Roumanie, encore des images de synthèse pourries malheureusement. Emprisonnées grâce à une arbalète sacrée au XVIe siècle, les créatures ressurgissent lors d’un tremblement de terre, venant semer la mort, et accessoirement le trouble sur une affaire de trafic impliquant des agents du FBI.
Jim Wynorski soigne de plus en plus sa mise en scène (séquence du zoo très composée – sur le papier du moins), et parvient à se hisser péniblement au stade de la médiocrité, ce qui est sans doute un mauvais calcul, car son film perd totalement en caractère et n’a même plus le mérite de faire rire. Son film est donc d’une grande banalité, et il est du reste totalement dépourvu de mystère, ses créatures, pas très convaincantes pourtant, étant d’emblée et complaisamment dévoilées. Prêtre comploteur travaillant à l’avènement des créatures démoniaques, visite du repère sous-terrain des créatures plagiant ALIENS à deux sous de l’heure et grosse explosion finale – avant que les héros du FBI apprennent l’apparition d’OVNI en Sibérie (gag), le film se regarde à peine pour une séquence cocasse en roumain non traduit sur une grande roue, et pour sa direction artistique passable ; il s’oublie aussitôt après nous avoir ennuyé. Ça peut soigneusement s’éviter.
H comme… HALLOWEEN IV, de Dwight Little (USA, 1988)
Le Dr Devo a récemment éclusé les trois premiers films de la série des PSYCHOSE et l’étrange remake de Gus Van Sant, les deux suites imaginées respectivement par Richard Franklin et Anthony Perkins étant tout ce qu’il y a de plus honorable, et s’est arrêté à l’opus trois, faute d’avoir vu un quatrième volet de piètre réputation, signé, si ma mémoire est bonne, par Mick Garris. À défaut, je me propose de revenir sur une série nettement moins intéressante, celle qui s’est construite – à grands renforts de contresens et de pannes d’inspiration – autour de l’admirable HALLOWEEN de John Carpenter.
Nous glisserons brièvement sur les deux premières suites. HALLOWEEN II, réalisé par le tâcheron Rick Rosenthal (également aux commandes des OISEAUX II !), initie d’emblée la grossière erreur d’interprétation assimilant le croque-mitaine sublimé de la conclusion du Carpenter à un tueur masqué à la VENDREDI 13 en reprenant le récit à l’exact instant où le premier film trouvait sa superbe conclusion. Non, Michael Myers n’a pas disparu, il s’est juste relevé pour aller tuer les voisins, comme ça, pour faire joli. S’ensuit une traque ensommeillée dans les couloirs de l’hôpital, Myers poursuivant encore et toujours la pauvre Jamie Lee Curtis (brièvement confinée dans les slashers type LE BAL DE L’HORREUR ou LE MONSTRE DU TRAIN, dont elle aura par la suite su s’extirper avec un immense talent). Comble du comble, le scénario, écrit du bout des doigts par un Carpenter peu convaincu qui en a refusé la réalisation, se pique soudain de faire de Jamie Lee Curtis la sœur de Michael Myers, idée un peu stupide qui contribue encore davantage à affadir un sujet déjà bien ténu, qui ne fonctionnait (à merveille) dans HALLOWEEN que par la grâce du style de Carpenter, qui aura rarement été aussi épuré et percutant, et par la force de conviction qu’il avait su conférer au personnage de ce psychopathe échappé d’un asile, simple tueur masqué au début du film, littéralement transcendé dans une dernière demi-heure soufflante pour devenir le « boogeyman » des terreurs enfantines, immatériel, indestructible, irrationnel, doué d’ubiquité. Piètre prolongement.
Consterné par le résultat, Carpenter ne cède aux pressions pour rallonger la sauce qu’à la condition d’abandonner le personnage de Michael Myers. Il propose donc de poursuivre la série en imaginant pour chaque nouvel épisode une intrigue différente, la fête d’Halloween devant servir de simple fil conducteur, et confie la réalisation de HALLOWEEN III à son ami Tommy Lee Wallace (accessoirement spécialisé dans les suites casse-gueule, puisqu’il a également réalisé VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE II et un VAMPIRES II sur lequel nous reviendrons dès la deuxième partie de cet article, les choses sont quand même bien faites). Le film doit probablement sa réputation désastreuse à l’absence du tueur masqué et à la vive déception des fans du personnage, manifestement pas dégoûtés par la franche médiocrité de l’opus 2. Maladroit mais très original, singulier, très estimable, HALLOWEEN III reçoit une volée de bois vert à sa sortie, c’est un échec commercial cuisant, et Carpenter décide sagement de passer à autre chose. Le producteur Moustapha Akkad, détenteur des droits de la série, l’entend d’une autre oreille et compte bien raffler quelques billets verts de plus en prolongeant une série qui a fini par concurrencer en longévité celle des VENDREDI 13, pour ne devenir qu’une franchise sous respiration artificielle de plus.
Nous voilà donc arrivés à HALLOWEEN IV, qui marque naturellement le retour très dispensable de Michael Myers. Bon, bien sûr, c’est un peu difficile : il a tout de même fini dans les flammes, embrasé avec le brave Donald Pleasence dans l’incendie de l’hôpital. Qu’à cela ne tienne, sept ans ont passé à ne pas réfléchir, et les fans ont la mémoire courte. Michael Myers est donc bien vivant et interné, c’est comme ça, pas de questions, vous parlerez à mon avocat. À l’approche de la fête d’Halloween, comme c’est pratique, il doit être transféré dans un autre établissement. Dans l’ambulance, deux infirmiers évoquent l’existence d’une petite nièce du tueur fou vivant dans les environs, ce qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd : Myers sort tout à trac de sa somnolence, trucide les infirmiers et s’en va à la chasse à la nièce, à défaut de sœur, Jamie Lee Curtis ayant trouvé mieux à faire ailleurs, pas folle la guêpe. Entre donc en piste la petite Jamie (ha-ha), fille de Jamie Lee Curtis, elle-même balayée du récit d’un discret revers de la main gauche – on dirait qu’elle serait morte et que sa fille aurait été adoptée, d’accord ? (Bon, son grand retour dans le piètre HALLOWEEN, 20 ANS APRÈS, désastreuse tentative de rénovation d’une franchise mourante par un des réalisateurs de la série VENDREDI 13, tiens, tiens, nous apprendra qu’en réalité, elle vit plus loin, heureuse avec un grand fils, et qu’elle a en conséquence juste abandonné sa première fille, parce qu’elle était trop moche et ne sentait pas très bon). Jamie est une petite fille très malheureuse, car elle n’arrête pas de faire des cauchemars où elle est poursuivie par un Michael Myers qu’elle n’a pourtant jamais rencontré et dont elle redoute le retour, tout cela est très logique. Quant à Donald Pleasence, et bien, on dirait qu’il n’est pas mort non plus, oh, il est juste un peu brûlé sur la joue, mais le personnage était si cool, pourquoi s’en priver, coco ? Et il revient donc derechef prévenir la ville de la menace qui la menace, d’un ton sentencieux appuyé par de grands roulements d’yeux effarés.
Les bases de l’intrigue se voyant solidement (hem) posées, l’interminable et répétitif jeu de cache-cache peut commencer, long tunnel de « fuyons, il est ici ! » qui se caractérise par l’imbécillité d’un procédé consistant à nous montrer les personnages claquer des portes sur le tueur et cavaler comme des dératés, ce qui n’empêche jamais Myers de venir leur taper sur l’épaule dès qu’ils s’arrêtent pour souffler un peu. Le summum de la bêtise est d’ailleurs atteint dans la dernière partie, lorsqu’un groupe de personnages s’enfuit à bord d’une camionnette sans réaliser que Myers est à bord, le film appliquant avec la dernière des facilités le procédé facile et déjà usé jusqu’à la corde du surgissement – « fuyons, il est ici ! » – qui, par sa proximité avec les procédés cartoonesques d’un Chuck Jones période Vile Coyote, risque bien plus de faire rire que de susciter l’effroi.
Le médiocre Dwight Little tente bien d’utiliser son joli cinémascope pour placer des ponts stylistiques avec la mise en scène de Carpenter, mais il oublie l’essentiel : jouer de la profondeur de champ ! Sa réalisation s’assèche en deux temps, trois mouvements, coquille vide pompant certaines séquences de l’original (bavardages entre filles dans une voiture filmés à travers le pare-brise) et s’efforçant pitoyablement de reproduire de timides scènes filmées en caméra subjective qui évoquent bien davantage les rives de Crystal Lake par leur manque d’à propos et d’inspiration. Et après un climax foireux, le film tente une conclusion spectaculaire mais très tirée par les cheveux, en forme de boucle avec l’introduction du film de Carpenter. C’est ravissant, mais cette image choc sera prestement occultée dès l’amorce d’un HALLOWEEN V sur lequel je reviendrai une fois prochaine. En bref, un slasher de plus, et pas du meilleur cru, loin de là.
I comme… L'INSPECTEUR GADGET, de David Kellogg (USA, 1999)
Retour sur un film cordialement détesté à la première vision. Pourquoi perdre ainsi son temps, me direz-vous ? Et bien, le fait est que le Dr Devo apprécie ce film, pour des raisons qui, même à la revoyure, m’échappent totalement.
Adapté du célèbre dessin animé, le film démarre en fanfare avec un générique assez ignoble : passe encore sur l’animation en images de synthèse, d’une franche banalité, mais la reprise de la célèbre chanson du générique ici utilisée fait partie de ces rares assemblages de sons et de voix capables de me donner envie de me pendre ou de faire du mal à un animal. Passons, donc. Dès l’introduction, le film se lance dans ce qui me semble être une cause perdue d’avance : la restitution live de gags issus du cartoon. À l’exception notable de Joe Dante, qui est souvent parvenu à en tirer le meilleur parti du fait d’une mise en scène élaborée et bien plus fine qu’elle n’en donne l’air (voir LES BANLIEUSARDS), je trouve en général le résultat poussif et à ce point dénué de drôlerie qu’il en devient sinistre. L’espace d’un instant, alors que la première séquence s’achève sur la révélation fracassante qu’il s’agissait d’un rêve, je me dis : bon, fausse alerte, le réalisateur a balancé la sauce, maintenant il va affiner et faire partir le film dans une direction plus cinématographique. Eh ben non, il a trouvé son sac de café, et il mouline, il mouline.
Résultat, le film, déjà pas bien finaud (allo, finaud ?) – voir la scène du gourou, copieusement débile – en plus d’être ultra prévisible et convenu (double maléfique, lutte d’arrache-pied pour accéder à la reconnaissance de la communauté), s’enferre dans l’exploitation systématique d’effets visuels prenant le relais d’une mise en scène aux abonnés absents pour mieux générer des gags à la THE MASK qui feraient passer les SCOOBY DOO pour du Tarkovski. Bon, je concède au Dr Devo la présence effective d’un très vague sous-texte sexuel, bien qu’il ne soit en réalité pas très drôle et bien peu assumé, production Disney oblige (mais je pourrais faire le même reproche à l’ironie de surface du scénario, absolument sans relief). Mais rien n’y fait. Je trouve toujours le film laid à vomir, bête à manger du foin, empesé par une bande originale consternante et respirant le bâclage à plein nez. Allez, je vais faire un petit effort et faire un compliment au film : il a le mérite d’être court, une heure et dix petites minutes douloureuses.
J comme… JUMPIN’ JACK FLASH, de Penny Marshall (USA, 1986)
Excellente comédienne aux choix de carrière souvent consternants, Whoopi Goldberg a aujourd’hui quelque chose d’assez faisandé. C’est dommage, car quand on revoit certains petits classiques de ses débuts de carrière, son talent, manifeste dans des films plus sombres comme VOYAGEURS SANS PERMIS, paraît indéniable, ce qu’il est parfois difficile de se rappeler quand on a en tête des titres comme BOGUS, T-REX ou SISTER ACT.
Petite comédie d’espionnage, JUMPIN’ JACK FLASH fait partie du dessus de panier. Whoopi y interprète Terry, employée de banque cinéphile, chargée des transactions internationales profitant de son poste informatique, au grand dam de son patron, pour « chater » familièrement avec les clients – les premiers balbutiements de l’Internet étant à l’époque de la sortie du film d’une relative nouveauté. Elle tombe un jour sur un interlocuteur extérieur au réseau, surnommé « Jumpin’ Jack Flash », espion bloqué en Russie dans un pétrin sans nom qui lui demande de prévenir l’Ambassade. Inutile de préciser que Terry va vite se retrouver embarquée dans une affaire dangereuse.
La réalisation de Penny Marshall est assez moyenne, en rien remarquable, mais le film bénéficie énormément d’un scénario vif et bien construit, d’un rythme solide et d’interprètes attachants (Carol Kane, Annie Potts, Jonathan Pryce, Tracey Ullman). Et Whoopi Goldberg fournit une interprétation d’une réelle fraîcheur, d’une énergie dont elle n’a plus fait preuve depuis des lustres : prisonnière d’une cabine téléphonique, soumise à un sérum de vérité, interprétant « Can’t hurry love » pour se glisser dans une soirée mondaine, armée d’une brosse à dent géante pour se défendre d’un cambrioleur, aux prises avec un broyeur à papier qui a entrepris de dévorer sa robe, elle porte le film à bout de bras, parvenant à faire de cette petite comédie policière anodine sur le papier un moment extrêmement agréable et franchement sympathique.
K comme… KISS KISS (BANG BANG), de Stewart Sugg (GB, 2000)
À ne pas confondre avec le KISS KISS BANG BANG de Shane Black, déjà chroniqué par le Dr Devo en ces pages (notez la subtilité de la typographie), le film de Stewart Sugg tente un sujet casse-gueule ouvert à toutes les opportunités. Et se casse la gueule, malheureusement.
Stellan Skarsgaard interprète un tueur à gages lassé de sa profession, qui décide donc de raccrocher et, privé de ressources, accepte de baby-sitter / bodyguarder le fils sur-protégé d’un riche homme d’affaires de ses relations pendant son absence. Problème, Skarsgaard réalise que le fils en question frôle la quarantaine (feu Chris Penn !), et que celui-ci, préservé du monde extérieur puisqu’il n’a jamais mis un pied à l’extérieur de la demeure familiale, a conservé l’esprit d’un enfant de dix ans. Il décide de lui faire voir le monde réel, sans se douter que son ancien employeur, contrarié par sa démission, a chargé ses anciens collègues de l’exécuter.
Le sujet est un peu tiré par les cheveux, mais le film semble vouloir aborder de front plusieurs directions à la fois, et le spectateur patient tente vaillamment de prendre le train en marche, ce que facilitent quelques idées décalées et sympathiques (la tueuse à gages noire en fauteuil roulant) et un soin porté à une mise en scène très composée. Le film se construit principalement, et de façon beaucoup trop appuyée, sur le thème de la paternité : Skarsgaard est à la fois confronté à un homme-enfant, à un père mourant, à une relation amoureuse en plein tremblement de terre (la maîtresse vient de découvrir qu’elle était enceinte) et à une jeune recrue, tueur à gages qu’il a formé lui-même et pris sous son aile. Stewart Sugg aurait difficilement pu faire plus chargé.
J’ai décroché du projet au fur et à mesure que progressait le récit. Beaucoup trop de musique, d’une part, et la succession incessante de tubes finit franchement par taper sur le système. Mais le gros problème provient en toute bonne logique de l’écriture. Le film balance constamment entre la poésie très fabriquée (Chris Penn est d’une légèreté qui doit beaucoup au Robin Williams de JACK), la farce (trop appuyée, ou pas assez), le thriller, le mélodrame, la comédie, sans jamais vraiment trouver un équilibre. Le résultat est donc forcément très inégal, et le sentimentalisme vient en bout de course achever le métrage dans une conclusion cruelle gâchée par une écriture trop démonstrative et par une mise en scène poseuse (ralentis à la DePalma d’un ridicule achevé), empruntée et dépourvue de style. Difficile de vraiment détester une œuvre aussi risquée (et non pas ambitieuse), mais il est impossible de ne pas admettre qu’elle est tout aussi ratée.
Tiens, nous en sommes à la moitié de cet épisode 8 ! Je crois que vous avez largement de quoi lire pour le moment, nous allons donc faire une petite pause – la suite ne saurait tarder. D’ici là, voyez des films.
Le Marquis
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Photo : "C'est normal d'avoir peur" (Le Marquis)
D'après l'affiche du film LEVRES DE SANG.
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Photo: "Agnès est une planche." (Le Marquis)
Les Soeurs Jacob célèbrent le retour du Marquis.
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Mr President, who has won la première place de l'Abécédaire n°6 ?
Cerise sur l’étron, la mise en scène est d’une laideur soutenue. Plats tunnels de champs/contrechamps, gestion répétitive de l’espace dans la partie en huis clos, monocorde et pas claustrophobe pour un sou, travail sur le son quasi inexistant, cadrages souvent hideux, et pour parfaire le tableau, on essaie une fois de plus de faire style et de rompre avec la monotonie du storyboard studieusement transposé à l’écran en agitant sa caméra à peu près n’importe comment (poursuite en voiture) ou surtout, puisque l’effet, ringard au possible, est répété jusqu’à plus soif, en accélérant l’image – encore une idée brillante pour mettre en valeur le compte à rebours auquel sont soumises les victimes des flash back, en les faisant se déplacer comme dans un sketch de Benny Hill. Une cuillérée d’adrénaline dans un bol de verveine, tu parles d’un style !
Des difficultés techniques ont rendu la publication de cet article très laborieuse et m'obligent donc à scinder la seconde partie en deux : il y aura donc, exceptionnellement, une troisième partie, et cette fois-ci, elle ne se fera pas attendre 15 jours ! Pour accéder à la première partie, cliquez ici ; pour accéder à la troisième partie, cliquez ici !
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