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Chroniques de l'Abécédaire

[Photo : "Elle ne pense à lui que lorsqu'il la regarde", par le Marquis.]
Suite et fin de ce quinzième Abécédaire, un programme un peu faiblard tout de même relevé par trois films plus intéressants, à commencer par la lettre M comme…
 
THE MANSON FAMILY, de Jim van Bebber (USA, 2003)
Montré dans festivals divers en 1997 dans un premier bout-à-bout inachevé mais finalisé seulement en 2003, THE MANSON FAMILY est le second long-métrage de Jim van Bebber après un anonyme DEADBEAT AT DAWN, film de gang de la fin des années 80. Van Bebber, également réalisateur de clips (notamment pour Skinny Puppy), persiste dans un sous-genre dont il semble s’être fait une spécialité : l’adaptation de faits divers impliquant drogue et serial-killers, déjà abordés dans ces courts-métrages ROADKILL, MY SWEET SATAN et DOPER. Après John Martin Crawford, il s’attaque ici au gros morceau de sa curieuse spécialisation en développant un récit étrange et chaotique autour des méfaits de Charles Manson et de ses adeptes.
THE MANSON FAMILY divise semble-t-il l’opinion entre ceux qui lui reprochent ses entorses à la véracité des faits et ceux qui déplorent la bizarrerie ambiante assez prononcée – sans compter ceux qui ont simplement adoré le film. Sans faire partie d’aucune de ces trois catégories, je dois bien admettre que le film parvient, fort heureusement, à se démarquer du marché un peu encombré des films pseudo-réalistes tissant le portrait de divers tueurs en série, dérivés d’œuvres passionnantes comme HENRY ou son ancêtre DERANGED – lesquels peuvent s’avérer aussi maladroits et pénibles qu’ils se veulent malsains et dérangeants, voir par exemple le très mauvais LA VIE SECRÈTE DE JEFFREY DAHMER.
La relative réussite du film tient en partie à une mise en scène ne cherchant pas à verser dans l’observation clinique (belle excuse pour pondre une réalisation totalement indigente) ; Van Bebber tente une alternance de textures oscillant entre le faux documentaire psychédélique façon 70’s et les expérimentations de cinéastes comme Kenneth Anger – qu’il ne parvient jamais vraiment à égaler cependant. Le résultat n’est pas toujours très convaincant, mais rend le film dans l’ensemble assez attrayant et imprévisible. Autre aspect intéressant, le film insère des séquences contemporaines visant à mettre en perspective les événements et la personnalité de Manson en esquissant le portrait de désaxés des années 2000 affichant leur fidélité à un mouvement déviant dont l’esprit, solidement ancré dans une époque et un contexte précis, leur échappe pourtant totalement – sans compter cette séquence isolée montrant un jeune homme un peu plouc dont la subversion se résume à porter un T-shirt à l’effigie du gourou se faire sévèrement passer à tabac par des types agacés par le versant has-been de la figure de Charlie. À défaut d’être vraiment abouti, THE MANSON FAMILY sort du lot, et parvient à générer le malaise sans avoir recours aux ficelles attendues du suspense fabriqué et de la complaisance gratuite, ce qui n’est déjà pas si mal.
 
N comme… LA NUIT DE L'IGUANE, de John Huston (USA, 1964)
Possiblement émoustillés par le scandale de la relation entre Richard Burton et Ava Gardner, les distributeurs du film à l’époque l’avaient lancé dans les salles avec un slogan erroné et particulièrement stupide (« Un homme, trois femmes, une nuit ») : sans même relever le simple fait que lorsque survient la nuit en question, le personnage de Sue Lyon (deux ans après LOLITA et sensiblement dans le même emploi) a déjà été mis hors-circuit du récit, cette accroche met exclusivement en avant une tension sexuelle indéniablement présente dans le métrage, mais certainement pas au centre des enjeux du film, plus graves, plus vastes et bien plus intéressants.
Bien que je ne sois pas particulièrement un inconditionnel de John Huston (pour l’être, il faudrait aussi adorer ANNIE !) ou de Tennessee Williams (j’apprécie assez L’HOMME À LA PEAU DE SERPENT, mais beaucoup moins le trop lourdement psychanalytique SOUDAIN L’ÉTÉ DERNIER), LA NUIT DE L’IGUANE compte parmi ces films qui tiennent une place particulière dans ma cinéphilie, le genre de films sur lesquels j’éprouve régulièrement le besoin de revenir… et l’un de ces rares films que j’achète neuf dès qu’ils sont disponibles !!!
Très sensible, je suppose, à ce type de situations au cinéma : des personnages malmenés échouent dans un endroit étrange et isolé où les tensions vont se révéler, se dénouer, certains vont repartir, d’autres vont choisir de rester… Une atmosphère insolite en forme de « huis-clos ouvert », certainement à l’origine de la grande popularité du BAGDAD CAFÉ de Percy Adlon (et les gens ont tellement aimé ça qu’ils ne lui ont jamais accordé la chance de leur montrer un autre film, quelles que soient les grandes qualités de ROSALIE FAIT SES COURSES, SALMONBERRIES ou avant cela de ZUCKERBABY) ; certainement aussi ce qui fait que je m’attache à de petits films méconnus comme STRANGERS IN GOOD COMPANY de Cynthia Scott (qui n’a rien fait depuis elle non plus !). Et LA NUIT DE L’IGUANE est à mes yeux le film le plus fort et le plus abouti dans cette approche.
Finesse et vivacité de l’écriture, le scénario évite soigneusement les rives du mélodrame vers lesquelles le désespoir ambiant semblait devoir mener le récit (option fort bien relayée par l’utilisation de la musique, parcimonieuse et toujours juste) par un humour constant, sous-jacent et parfois très noir ; les passages où le vernis d’ironie se craquèle en sont d’autant plus émouvants. Et si l’humour est la politesse du désespoir, il est certain que les personnages du film en ont plein les yeux. Casting remarquable, mais on a ailleurs beaucoup complimenté Richard Burton et Ava Gardner ; je préfère pour ma part mettre en avant la performance admirable de Deborah Kerr, dont la subtilité et la rigueur m’ont évoqué les qualités d’une autre grande actrice contemporaine, Tilda Swinton. Et visuellement, le film est splendide – superbe photographie de Gabriel Figueroa. Mais bon, n’en jetez plus, il me sera difficile d’exprimer l’intensité et la force de l’atmosphère que dégage ce très beau film ou de lui rendre justice par une avalanche d’adjectifs flatteurs. Allez donc y faire un tour, et prévoyez un ou deux verres de rhum-coco.
 
P comme… LA PROCHAINE VICTIME, de Skip Schoolnik (USA, 1988)
Après ce remède contre l’amertume, LA PROCHAINE VICTIME permet de revenir à la réalité de l’Abécédaire et de son esprit « du coq à l’âne » parfois un peu violent. Va donc pour un modeste petit slasher de la fin des années 80, répondant en VO au doux titre de « Hide and Go Shriek ! ».
Introduction amorçant très faussement une tonalité réaliste à la MANIAC : un homme endosse costard et cravate, sans oublier de se mettre un peu de rouge à lèvres (ah bon), va se lever une prostituée qu’il assassine dans la foulée : soft, pas très impressionnant et insipide. Mais nous sommes sauvés, débarque alors la traditionnelle brochette d’adolescents des années 80 – les meilleurs, ceux qui n’étaient pas encore de simples extensions pour téléphones portables. Les filles d’un côté (sucrées et très vulgaires entre elles, elles veulent avoir du drôle je crois), les garçons de l’autre (lourds, gras et fiers comme des coqs, et ils ne pleurent pas), acteurs atroces et VF à l’avenant, tout ce petit monde inepte prépare activement et joyeusement une super fête pour célébrer la fin du lycée, avec l’idée qui tue, ha-ha : faire ça dans le magasin de meubles de papa après la fermeture, c’est grand, il y a des lits et c’est tranquille, il y a juste le gardien louche et tatoué qui ne cherchera sûrement pas à nous faire du mal, puisqu’il s’agit visiblement d’une fausse piste ménageant une révélation plus fracassante encore. Et hop, hélas, les voilà lancés dans une très laborieuse partie de cache-cache qui va durer trèèèèèèèès longtemps, et de temps en temps, un jeune se fait tuer histoire de justifier le titre.
Maigres petites initiatives pour sortir du lot : le tueur endosse les vêtements de ses victimes, hommes ou femmes, au fur et à mesure (une idée gentiment volée au sympathique LE MONSTRE DU TRAIN), et le décor, à peu de choses près la seule variante d’un slasher à un autre, pas formidablement bien éclairé et truffé de mannequins inquiétants (les mannequins dans les magasins vides sont toujours inquiétants) qui ne devraient faire frémir que celui qui n’a jamais vu TOURIST TRAP. Ah oui, et on applaudit chaleureusement une scène de décapitation par ascenseur étonnamment réussie et assez impressionnante, seule vraie réussite d’un film par ailleurs mollasson surtout affairé à remplir le cahier des charges du genre sans chercher à s’en démarquer d’aucune façon.
 
Q comme… QUASIMODO - NOTRE DAME DE PARIS, de Peter Medak (USA/Canada/Hongrie/République Tchèque, 1997)
Quasimodo est de retour ! Il revient promener sa bosse après le muet NOTRE-DAME DE PARIS interprété par Lon Chaney, lequel était à peu de choses près la seule qualité d’une adaptation par ailleurs assez libre du roman de Victor Hugo. Et n’allez pas croire que je suis un passionné de ce récit, mais que voulez-vous : le Q se fait rare, et le (télé)film est mis en scène par le très capable Peter Medak (LES FRÈRES KRAY, ROMEO IS BLEEDING). Bon, l’enthousiasme est quand même modéré : dans le fond, je n’aime pas beaucoup cette histoire, et la copie proposée en DVD est recadrée et en VF.
Verdict sans surprise : c’est assez mauvais. Le film, pauvrement doté, est assez cheap – au passage, je me demande pourquoi les cinéastes compensent si souvent une figuration insuffisante en y mettant des nains, à part pour me faire plaisir, je veux dire. Medak n’a pas l’air d’y croire des masses, et assure proprement ce qui ressemble fort à un minimum syndical, tout juste relevé par quelques plans insolites comme la première apparition d’un Frollo sans tête en prière… Ah, ma grand-mère me tire sur la manche et insiste pour que je lui dise qui joue qui, alors voilà : Quasimodo, c’est Mandy Patinkin, très moyen sous une tonne de latex, Frollo c’est Richard Harris, un peu éteint, et Esmeralda, c’est la jolie Salma Hayek, qui danse comme une folle pour célébrer sa propre compassion pour les moches. Et Olga Antal joue une femme dans la foule, ça te va mémé ? OK, reprenons.
Si le film n’est pas fameux et raconte une fois encore une histoire usée jusqu’à la corde, comment fait-il pour sortir du lot ? Sachant que pour le reste, tous les personnages sont développés sans développer de point de vue particulier, la caméra étant surtout focalisée sur les décors et les costumes… Là aussi, pas de surprise du chef, on se réapproprie le récit comme une bête : en gros, on nous ressert en conclusion le même happy end idiot de la version avec Lon Chaney, mais ici, on va encore plus loin, tellement on a envie de délivrer un joli message en plus de la classique beauté cachée des laids. Frollo condamne l’imprimerie naissante de Wittenberg, et condamner la liberté d’expression (fichtre, déjà ?), c’est mal, alors Quasimodo, qui est lettré et romancier, utilise la presse confisquée pour imprimer en cachette des bulletins révolutionnaires, tandis qu’Esmeralda devient une monnaie d’échange pour la liberté de la presse… Ouiiiiiiiii… Bien sûr ! Pourquoi pas ? Ben voyons ! Je vous laisse, j’ai mal à mon cerveau.
 
R comme… RATS, de Tibor Takacs (USA, 2003)
Ah ! Tibor Takacs ! Encore un qui a failli se faire un nom dans le cinéma fantastique, mais une fois n’est pas coutume, je ne vais sans doute pas déplorer qu’il ait par la suite prestement sombré dans l’anonymat télévisuel et les petites séries B fauchées… Remarqué en 1987 pour le film THE GATE, qui se distinguait bien plus par l’originalité de ses excellents effets spéciaux que par un scénario plutôt médiocre, honoré par le grand prix du grand prix à Avoriaz en 1990 pour le très mauvais LECTURES DIABOLIQUES, ce cinéaste canadien d’origine hongroise a par la suite tenté une séquelle (exécrable) de THE GATE avant d’enchaîner les petites productions anonymes, et à défaut de gagner sa place au sein des MASTERS OF HORROR, il a fini par s’acoquiner avec la splendouillette firme Nu Image, assez portée sur les films de monstres de série B tirant doucement vers le Z (parmi lesquels on peut recommander l’amusant CROCODILE de Tobe Hooper et l’hilarant SHARK ATTACK III), avec des titres alléchants mais pas vus comme MEGASNAKE, KRAKEN : TENTACLES OF THE DEEP, MANSQUITO ou encore ce RATS dont il est question aujourd’hui.
Lancé par une bande-annonce très drôle, RATS est un tout petit film cheap mais plutôt amusant, l’histoire d’une journaliste qui se fait interner sous une fausse identité pour enquêter sur de mystérieuses disparitions dans un hôpital psychiatrique dirigé par le massif Ron Perlman, à qui le rôle de méchant échappe, puisque le nœud de l’affaire, c’est un employé qui a trop regardé WILLARD quand il était petit et a sympathisé avec une horde de rats mutants, télépathes et géants, qui s’en vont manger quelques patients quand ils ont un petit creux. Comme toujours, Nu Image devrait vraiment essayer d’en faire moins et de le faire mieux – les rats infographiques font franchement mal aux yeux. Ceci dit, le film comporte aussi quelques jolis effets, se montre assez cruel et parfois très démonstratif : ça se suit agréablement, jusqu’à un final très ringard. Rigolo mais visuellement hideux et mal fagoté, RATS ferait un apéritif sympathique lors d’une soirée à thème sur nos amis les rongeurs. Allez, pour le jeu, je vous propose un programme pour la suite de la soirée : l’intéressant D’ORIGINE INCONNUE, GRAVEYARD SHIFT qui vaut bien mieux que sa médiocre réputation, KRYZAR : LE JOUEUR DE FLÛTE DE HAMELIN (un peu de culture aussi, que diable !) et pour finir, ça s’impose, LES RATS DE MANHATTAN du regretté Bruno Mattei. Bonne soirée ! Non, non, ne me remerciez pas.
 
S comme… SNAKE ATTACK, de Max Reid (Suisse/USA, 1994)
Chic, après les rats, les serpents ! Ils ont l’air énorme et féroce, ces reptiles s’agitant sur un DVD extrait de la « Monster Collection » ! Je vous arrête tout de suite et juste avant la proposition de programme pour soirée à thème sur nos amis les reptiles : on nous ment, on nous spolie ! Cet emballage (qui circule aussi sous le titre VENINS, prenez garde) dissimule un film qui n’a en réalité vraiment rien à voir avec la choucroute…
Ça s’appelle donc en réalité LA PART DU SERPENT, c’est interprété par Malcolm McDowell, Lois Chiles, Howard Vernon et Philippe Léotard (!), et c’est une espèce de psychodrame soporifique dans le milieu de l’herpétologie, qui n’est pas la science de l’herpès mais bien celle des serpents. Même pas de quoi faire frissonner la tante Gertrude un samedi en prime time, donc. On suit d’un œil morne l’évolution de ce récit construit autour d’un triangle amoureux, qui psychologise à fendre l’âme sur des enjeux profondément simplistes pendant ce qui semble durer des heures, et croyez-moi, si Joséphine ange gardien était apparue pour remettre un peu d’ordre et de bon sens à tout ce fourbi bien poussif et laborieux, on ne s’en serait pas porté plus mal. Le film présente des tonalités télévisuelles dont l’extrême frilosité empêche le film de vieillir, ou même de simplement exister. Seul point saillant de cette entreprise assommante, la musique de Patrick Moraz, possiblement la pire bande originale qu’il m’ait été donné d’entendre, et je pèse mes mots, ce qui rend certains passages assez cocasses. Sinon, comme apéritif, je propose plutôt LE REPAIRE DU VER BLANC de Ken Russell, croyez-moi sur parole, c’est sans commune mesure.
 
T comme… TRAITEMENT DE CHOC, d’Alain Jessua (France/Italie, 1973)
Vous l’avez remarqué, j’ai beau déplorer dans ses grandes lignes le peu d’inspiration du cinéma fantastique français, je suis toujours prêt à tenter une nouvelle expérience, particulièrement lorsqu’il s’agit de s’intéresser à un cinéaste sympathique comme Alain Jessua, régulièrement tenté par le genre – je n’ai pas vu LES CHIENS ni JEU DE MASSACRE, et son FRANKENSTEIN 90, vu dans les années 80, ne m’a pas vraiment laissé un très bon souvenir ceci dit.
Le sujet est sympathique et assez prometteur : Annie Girardot se rend dans un centre de thalassothérapie dirigé par Alain « Mise au point sur moi » Delon, et s’inquiète vite des malaises et des disparitions survenant au sein du personnel portugais du site ; elle va découvrir une vérité à faire dresser les cheveux sur la tête, du genre de celles qu’on croisera par la suite dans des métrages beaucoup plus aboutis comme le méconnu SOIF DE SANG de Rod Hardy ou le très intéressant (et français, cocorico) LA NUIT DE LA MORT de Raphaël Delpard (lequel comporte une scène gore et dévêtue pour Charlotte de Turkheim !).
Eh oui ! Malgré toute la sympathie que m’inspire Jessua, il faut bien admettre que son film n’est vraiment pas très bon. Le réalisateur peine à tirer quelque chose de son décor, il y a de fréquents problèmes d’axes, le découpage, le montage et le cadrage sont pauvres et maladroits, le film abuse de travellings/zooms très datés, et l’ensemble est d’une désolante platitude, à l’image d’une scène de fuite en bicyclette absurde, qui ressemble à une paisible promenade. La volonté de développer des sujets un peu originaux ne s’accompagne pas ici de celle de filmer différemment et de façon plus expressive, et c’est dommage pour ce récit pessimiste aux enjeux sociaux très radicaux, hélas dénué de personnalité et d’intensité.
 
U comme… UN NOËL DE FOLIE, de Joe Roth (USA, 2004)
… et un titre nul, qui va comme un gant à cette infecte comédie familiale. C’est l’histoire d’un couple qui, dans la mesure où leur grande fille est pour la première fois absente pendant les fêtes de fin d’année, décide de ne pas fêter Noël et de plutôt partir en croisière, pour changer. Mais le voisinage et l’entourage ne l’entend pas de cette oreille : Noël, c’est une tradition, et ceux qui ne respectent pas la tradition s’exposent aux franches hostilités. Avec ce genre de sujet, on a deux options : la charge subversive dans un style acerbe et ironique, dans le genre des meilleurs films de Danny de Vito (LA GUERRE DES ROSE ou CRÈVE, SMOOCHIE, CRÈVE !) ; ou cette option crapoteuse choisie par Joe Roth, où la timide critique des conventions sociales retourne prestement sa veste en chemin pour déboucher sur le conformisme le plus nauséabond.
Et si la première partie du film ne fonctionnait déjà pas des masses, les personnages se comportant tous comme des débiles profonds, la seconde, au cours de laquelle les enjeux sont retournés comme des crêpes (coup de théâtre, la fille revient, il faut organiser Noël en un temps record) donne carrément envie de se pendre, surtout qu’à ce stade, il reste encore largement plus d’une demi-heure de métrage. « Et là, c’est le drame ». Ce machin s’enlise peu à peu dans les digressions futiles (le cambriolage, qui ne semble là que pour atteindre la durée d’un long-métrage) et dans le sentimentalisme le plus ignoble : la solidarité se déchaîne dans le quartier (finalement, nos voisins sont si gentils), la fille chérie a trouvé l’amour pur (la famille se consolide et s’agrandit), on remarque enfin à quel point la voisine cancéreuse est malheureuse et mérite amplement les tickets pour la croisière (la maladie, c’est con), et peut-être même, je dis bien peut-être, que le Père Noël en personne, ému par cette guimauve fécale, vient faire un petit coucou le soir de Noël, clin d’œil clin d’œil, chers parents (excusez-moi, je vais me tirer une balle).
Le plus triste dans l’histoire, c’est bien que pour la première fois de ma vie, et je l’espère la dernière, j’ai ici trouvé Jamie Lee Curtis, pourtant à l’aise même dans des comédies pas fameuses, exécrable, laide et antipathique. On dira que sa présence dans cette sombre matière est due à son faible pour la nouvelle de John Grisham ici adaptée, et on passera l’éponge pour cette fois.
 
V comme… VIRGIN MACHINE, de Monika Treut (Allemagne de l’Ouest / USA, 1988)
Après cet enchaînement désastreux qui me fait regretter de ne pas avoir plutôt regardé LA NUIT DE L’IGUANE sept fois de suite, VIRGIN MACHINE vient à point nommer relever le niveau. C’est aussi l’occasion d’honorer l’intéressant éditeur K Films (j’étais moralement obligé d’acheter ce film perdu dans les étagères de mon fournisseur habituel) et de découvrir le travail de Monika Treut, dont je n’avais jamais entendu parler, fondatrice d’une boîte de production indépendante, réalisatrice de nombreux courts-métrages (VIRGIN MACHINE est son deuxième long) et collaboratrice au théâtre du talentueux Werner Schroeter.
Ce film étrange (et son intrigante affiche de type vaguement SM lesbien) semble dans ses très belles premières minutes amorcer un univers partagé entre Guy Maddin (probablement à cause de ce noir et blanc très contrasté évoquant le cinéma muet) et Patricia Rozema (excellente réalisatrice un peu perdue de vue, à qui l’on doit notamment le merveilleux LE CHANT DES SIRÈNES). En réalité, on écarte rapidement le rapprochement à Guy Maddin, le film présentant en réalité une mise en scène moins stylisée, moins ambitieuse – malgré quelques très belles échappées oniriques, et on pense bientôt davantage au cinéma de John Waters, de Jim Jarmusch ou de Percy Adlon : le film tempère son versant artistique par un certain sens de l’humour et de la décontraction.
VIRGIN MACHINE nous raconte le parcours initiatique de Dorothee (Ina Blum, lumineuse), jeune journaliste s’interrogeant sur l’amour sous toutes ses formes en se basant sur les rencontres vers lesquelles son enquête la porte, parmi lesquelles on peut notamment relever un spécialiste des hormones, Susie Sexpert et son impressionnante collection de godemichés, et surtout Ramona, psychothérapeute qui soigne ses patients du romantisme (métier utile) et exécute au cours du film un strip-tease mémorable (très belle séquence).
Sans être renversant, le film offre quelques splendides moments d’abstraction, souvent dans le rapport aux images projetées sur les écrans de télévision, et développe tranquillement une petite musique attachante et assez originale : c’est drôle, ça a du caractère et c’est vivifiant, mangez-en.
 
W comme… WILLOW, de Ron Howard (USA, 1988)
J’aimerais comprendre pourquoi, parmi les films produits par George Lucas, l’excellent LABYRINTH de Jim Henson (écrit par Terry Jones, et ça se voit !) ou le sympathique HOWARD THE DUCK de Willard Huyck se payent une réputation de sombres navets, tandis que WILLOW, quelconque, médiocre et souvent très laid, a pour sa part rencontré un joli succès et bénéficie encore aujourd’hui d’une flatteuse réputation…
L’histoire, développée sur deux heures interminables, n’est qu’un patchwork insipide d’emprunts divers (Moïse, Blanche Neige, « Le Seigneur des Anneaux »…), mais le manque d’originalité du récit aurait à la rigueur pu se reposer sur le seul divertissement émaillé de nombreux effets spéciaux spectaculaires. Mais très vite, rien ne fonctionne. Les effets spéciaux justement, parlons-en : si les animations de Phil Tippett sont très belles, on ne peut vraiment pas en dire autant du morphing alors balbutiant, le résultat (qui a atrocement mal vieilli) étant visuellement repoussant et du reste totalement dépassé six mois après la sortie du film. De plus, on nous colle dans les pattes deux lilliputiens chargés de faire rire dans les salles, qui ne sont hélas à peu près jamais drôles et justifient mal les nombreuses séquences à effets spéciaux nécessaires pour insérer deux personnages ineptes dans un scénario déjà bien filandreux.
Beaucoup plus gênantes dans le film, la laideur et la mièvrerie ambiantes. Je veux bien fermer les yeux sur la composition lénifiante de James Horner, musique à laquelle je suis quand même franchement allergique. Mais WILLOW enfile comme des perles les fautes de goût les plus puériles – voir par exemple ses changements de plans par volets latéraux accompagnés d’un bruit scintillant (« quand tu entends la cloche, tourne la page ! »). Et je ne parle même pas de cette plaie classique qu’est l’utilisation du bébé au centre des enjeux : un bébé sur-comprenant qui, comme le soleil gazouillant illuminant le monde pervers des Télétubbies, a toujours l’expression appropriée. Vous savez de quoi je parle – ALLO MAMAN ICI BÉBÉ sans la voix-off, en gros. L’horreur, quoi.
Bon, à part quelques jolis effets en image par image, on peut tout de même sauver l’interprétation énergique de Jean Marsh en reine maléfique : elle est aussi convaincante qu’elle l’était en princesse Mombi dans son film précédent, le superbe RETURN TO OZ de Walter Murch, autre bide injuste. Et bon, oui, bien sûr, le petit plus pour quelqu’un comme moi, c’est le castings de nains. C’est comme ça, je ne me l’explique pas, les acteurs nains, j’adore. Assez pour relever au premier coup d’œil quelques grands absents comme Kiran Shah ou Zelda Rubinstein. Je suis donc malgré tout content de retrouver Warwick Davis (même si je préfère le voir dans des films comme le déraisonnable ÉCORCHÉ VIF de Gabe Bartalos), le vétéran Billy Barty, et également Tony Cox (FOU(S) D’IRÈNE, BAD SANTA), Phil Fondacaro (LAND OF THE DEAD), ou dans de trop petits rôles Kenny « R2D2 » Baker, Jack Purvis (présent dans beaucoup de films de Terry Gilliam, un bon acteur, réduit ici à de la figuration non créditée) ; avec même une comédienne, Julie Peters, intéressante Sissi Spacek redux qui n’a rien fait d’autre mais qui est parfaite en épouse de Warwick Davis qui lui offre presque son scalp quand il part en mission. Bref, on reviendra une fois prochaine sur ce penchant personnel, de toute façon insuffisant pour m’amener à avoir de l’affection pour cette boursouflure familiale et mal fagotée.
 
Et voilà ! Un autre épisode s’achève, et tandis que mon esprit se tourne déjà vers la rédaction de l’épisode suivant – aurai-je le temps de le terminer avant mon séjour au royaume du Bretzel ? – je constate que cette quinzième sélection n’a dans l’ensemble pas été un très bon cru. Sans démériter, John Huston, Lars von Trier et John Waters se distinguent sans efforts. Quelques surprises (un bon film d’Albert Band !), quelques découvertes valables (Monika Treut, Paul Sarossy), un ou deux métrages honorables, beaucoup d’ennui par ailleurs, une vraie série Z (THE GAME) pour chatouiller les perplexités, et un gros coup de gueule pour l’infect NOËL DE FOLIE.
 
Le Marquis
[Photo : "Le Berceau de la Vie", par le Marquis.]
 
LA NUIT DE L’IGUANE
EPIDEMIC
DESPERATE LIVING
VIRGIN MACHINE
I BURY THE LIVING
KILLING ANGEL
THE MANSON FAMILY
HIDDEN
FUNERAL HOME
LOVE WILL TEAR US APART
BACKSTAGE
JANIS ET JOHN
TRAITEMENT DE CHOC
LE CHOC DES MONDES
WILLOW
QUASIMODO – NOTRE DAME DE PARIS
RATS
LA PROCHAINE VICTIME
AMERICAN NIGHTMARE
THE GAME
SNAKE ATTACK (LA PART DU SERPENT)
UN NOËL DE FOLIE
 
Bande-annonce de l’épisode 16 : Alors que dans l’arène un tueur en série lave un dinosaure à l’éponge, l’Europe court à sa perte absolue aux abords d’un lac hanté par une innocente et laide créature une dernière fois séduite par le simiesque bretteur à la tête d’un commando lancé aux trousses d’un extra-terrestre familier aux testicules protéiformes. Qu’a-t-il fait pour mériter tant d’acharnement ? Il a fait du patin à glace avec un ours blanc dans une contrée de ploucs dégénérés, tous les mêmes, en volant son tour à une petite fille pourtant si gentille, qui s’est consolée en laissant une accorte veuve l’emmener errer dans un supermarché.
 
Pour accéder à la première partie de cet article, cliquez ici.
 

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[Photo : "Pourvu qu'elle soit douze", par le Marquis]

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Mardi 7 août 2007 2 07 /08 /2007 15:11

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[Photo : "Punaise !", par Le Marquis, d'après I BURY THE LIVING]
 
C’est l’été, il fait enfin beau, les râleurs doivent trouver autre chose à dire et à faire que de pester sur la pluie, en ce qui me concerne, peu importe : la rédaction retardataire se poursuit activement, et avec elle le visionnage des sélections d’épisodes ultérieurs, où je trouve toujours de quoi adorer ou détester, pendant que le Dr Devo, que d’autres accusent de négliger la prédominance du sacro-saint scénario, se voit reprocher de n’aimer que les histoires au cinéma. Comme d’habitude, mais c’est aussi le jeu, il faut s’exposer aux reproches les plus contradictoires en fonction de l’œuvre défendue ou critiquée, nous sommes incultes ou élitistes, nous parlons trop de technique ou pas assez, mais la roue tourne, c’est l’été, il fait beau. Et c’est, comme toujours, en toute subjectivité que je vous livre en pâture la sélection de l’épisode 15, en attaquant par la lettre A comme…
 
AMERICAN NIGHTMARE, de Jon Keeyes (USA, 2002)
Alors qu’ils fêtaient Halloween au cœur d’une forêt éloignée, une bande de jeunes est massacrée par une tueuse démente contre laquelle l’un d’entre eux avait commis l’imprudence de témoigner. Un an plus tard, c’est encore Halloween, et c’est encore une bande de jeunes, mais ce n’est plus une forêt, c’est un bar, et dans le bar, qui diffuse une émission de radio sur les phobies, la même tueuse démente sirote un alcool quelconque en écoutant nos fiers adolescents étatsuniens révéler leurs peurs les plus secrètes. Et si je les tuais en fonction de leur peur respective, se dit alors la tueuse démente, ça serait sympa, et ça ferait sûrement un très bon film en plus…
« Acclamé par la critique américaine », affirme la jaquette du DVD, sans se démonter, mais en prenant naturellement la sage précaution de n’en citer aucune. Difficile pour moi d’acclamer ce slasher laborieux qui se veut complexe et malin mais ne fait que compiler des idées volées à d’autres films comme HALLOWEEN, copieusement mis à contribution, ou encore TERREUR SUR LA LIGNE. Le film joue de toutes ses petites forces sur la carte de la cinéphilie, mais en oublie de soigner le récit, mouvementé certes, mais pas une seule seconde crédible ou même intéressant, qui emballe vite fait mal fait une conclusion en queue de poisson. La photographie d’une grande laideur et une VF atroce n’arrangent rien à l’affaire, et à part une morte qui cligne très fort des yeux et la présence pour les connaisseurs de Brinke Stevens et Debbie Rochon, cet AMERICAN NIGHTMARE ne présente pas le moindre intérêt ; le spectateur sera donc bien inspiré de lui préférer le documentaire homonyme et excellent réalisé par Adam Simon – disponible, je le rappelle, sur l’édition 2 disques du bon JEEPERS CREEPERS.
 
B comme… BACKSTAGE, d’Emmanuelle Bercot (France, 2005)
Je suis un peu plus curieux en découvrant ce film qui avait laissé le Docteur D. assez perplexe (cliquez sur le titre pour lire son article – enfin, si vous le voulez, je ne commande pas.) Je suis à vrai dire globalement de son avis : le sujet (stars et idolâtrie) est séduisant, et l’ouverture du film, qui fait se succéder le pastiche d’un concert de Mylène Farmer (sinistre, mais pas beaucoup plus que les vidéos de l’original…) et le tournage d’un simili-« Fan de » qui tourne au désastre personnel et télévisuel. La situation est à la fois glauque et un peu comique, et lorsque la jeune fan un rien désaxée (Isild Le Bescaud, bonne idée) se lance aux trousses de sa chimère, on se frotte les mains en s’attendant au pire, et en le souhaitant presque, naturellement.
Le film ne parvient hélas pas à tenir ses promesses à mon sens. Emmanuelle Seigner gère solidement un rôle pourtant bien chargé en clichés, le scénario comporte des portions intéressantes et bien construites, mais le film est trop long (près de deux heures), pas très bien cadré (étrange travail d’Agnès Godard, froid, terre à terre, blafard et privilégiant les gros plans, ce qui relève probablement d’une volonté de la part de la réalisatrice, mais le résultat n’est pas très réussi), et si les intentions sont bonnes, le film s’avère tiède, visuellement faible et surtout, surtout, totalement dénué de point de vue, ce que ne laissait pas présager sa belle introduction. Des choses arrivent, d’autres pas, mais dans le fond, c’est une fois de plus un pur film de scénario et un film d’acteurs de plus dans une production nationale qui en est déjà bien encombrée. Ça peut se voir par curiosité, mais le film n’est également pas autre chose qu’une curiosité, assez anodine. Pour information, un remake serait en préparation aux Etats-Unis. Le film a beau être perfectible, les remakes américains ont cependant la fâcheuse tendance à simplifier le propos à l’extrême : pas certain que l’idée soit brillante, donc…
 
C comme… LE CHOC DES MONDES, de Rudolph Maté (USA, 1951)
Quelques mots sur cet ancêtre de DEEP IMPACT produit par le sympathique George Pal (et officieusement par Cecil B. DeMille), surtout pour en dire que le film est terriblement daté et désuet, moins par ses effets spéciaux d’époque – plus attachants et vivants que bien des séquences en images de synthèses d’aujourd’hui – que par son écriture sentencieuse et très ampoulée : voix-off biblique, longs bavardages entre scientifiques, et quelques micro-mélodrames assez maladroits, notamment lors du tirage au sort déterminant les personnes admises à bord de la fusée quittant la Terre condamnée pour un hypothétique nouveau monde (la planète Zyra – dans la constellation Zaïus ?), lequel se concrétisera de façon assez désastreuse sous la forme d’un ignoble matte-painting dans le style calendrier des PTT, qui fit dit-on le désespoir de George Pal à qui il avait été imposé par le studio. À part ça, un remake serait en préparation aux Etats-Unis – c’est une impression, ou les studios américains n’ont jamais autant produit de remakes que ces dernières années ?
 
D comme…DESPERATE LIVING, de John Waters (USA, 1977)
Après PINK FLAMINGOS et FEMALE TROUBLE, je découvre avec grand plaisir le 3e titre de la collection John Waters, excellente initiative de Metropolitan/Seven7, complétée par les films POLYESTER et HAIRSPRAY (dont un remake, etc.). DESPERATE LIVING se distingue des films précédents par l’absence notable de David Lochary et surtout de Divine : chacun avait sa place ménagée dans le casting original, mais le premier est mort d’une overdose avant le début du tournage, et le second était retenu par des engagements au théâtre.
Le film n’en souffre pas cependant, d’autant plus que les autres habitués de Waters répondent présent et sont fantastiques : la grassieuse (sic) Edith Massey et Mary Vivian Pearce, respectivement reine et princesse d’un royaume chaotique et putride, Mink Stole dans un de ses meilleurs rôles, Susan Lowe incroyable en lesbienne capable de se faire greffer un pénis par amour (ou de l’arracher et de le jeter aux chiens en voyant la réaction horrifiée de sa dulcinée), sans compter la présence de la sympathique Liz Renay (décédée en janvier) et de l’énorme Jean Hill dans son seul rôle étoffé chez Waters (elle apparaît brièvement dans POLYESTER et dans A DIRTY SHAME).
Tout ce petit monde donne vie à une forme de décalque perverti du conte, particulièrement réussi. Waters y consolide une écriture de plus en plus rigoureuse, tout en laissant s’exprimer librement son versant subversif, d’autant plus intéressant – et furieusement drôle – que la subversion chez Waters relève moins d’une démarche contestataire et démonstrative que d’un élan spontané mêlant l’humour et la noirceur, la dérision et une réelle et sensible affection pour ses personnages, qu’il ne juge jamais, qu’il ne fige pas dans des stéréotypes même extrêmes, mais dont il étale avec une joyeuse complaisance les déviances, la naïveté, la cruauté… Paradoxe d’un film (et d’une œuvre) aussi trash et agressif qu’il est chaleureux et, à sa façon très particulière, assez touchant.
 
E comme… EPIDEMIC, de Lars von Trier (Danemark, 1987)
Ce second métrage extrait de la trilogie Europe, qui succède à THE ELEMENT OF CRIME et précède EUROPA, est sans doute le moins populaire des trois films, probablement parce qu’il se démarque de deux films maniéristes et visuellement somptueux par une esthétique plus sèche et un scénario plus abstrait – ce qui n’empêche pas le film, que Lars von Trier a souhaité réaliser avec un budget très restreint, d’être d’une très grande beauté plastique.
Le film parle de deux scénaristes qui, après avoir perdu le script sur lequel ils planchaient (« Le commissaire et la putain », probable allusion aux personnages principaux de THE ELEMENT OF CRIME), se lancent dans un nouveau scénario, l’histoire d’un médecin idéaliste qui répand une épidémie en Europe en cherchant à la combattre, sans se rendre compte que leur fiction contamine peu à peu la réalité. Le titre de ce nouveau scénario, « Epidemic », malicieusement accompagné de son ®, s’inscrit en lettres rouges sur l’écran, qu’il ne quittera plus : la fiction dont traite le film de Lars von Trier est ainsi constamment désamorcée, et dans le même mouvement, ce titre perpétuellement affiché circule immuablement d’un plan à un autre, du parcours des scénaristes au récit qu’ils développent, suggérant également le thème de la contamination.
EPIDEMIC mêle à une poésie sombre d’abord localisée dans les passages relevant de la fiction (l’histoire du médecin) à un humour noir qui évoque le ton de la future série L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES, et de ce point de vue, le film se distingue aussi des autres titres de la trilogie par son sens de l’humour plus affirmé et plus ouvert (voir la fameuse séquence de la dissection d’un tube de dentifrice). Superbe photographie en noir et blanc, alternant deux textures, l’une assez réaliste et sans fioritures, l’autre (celle de ce qui relève de la fiction dans la fiction) plus expressive – et souvent splendide.
À l’image de ce thème classique de Wagner, toujours brutalement interrompu à l’apogée de son élan lyrique, le film suit un mouvement étrange, où le cauchemar succède soudain à une peinture ironique et distanciée du travail d’écriture cinématographique, l’alternance faisant petit à petit naître un malaise jusqu’à ce que la constante de la trilogie, l’hypnotisme, vienne tisser un lien surprenant et assez inquiétant entre les deux univers – séquence d’hypnose que n’aurait certainement pas reniée Zulawski, et qui débouche sur une conclusion admirable, amorce superbe et impressionnante de l’apocalypse. Passionnant.
Et en complément de programme, il faut souligner la présence du moyen-métrage de Lars von Trier, IMAGES OF A RELIEF, superbe brouillon de THE ELEMENT OF CRIME et de EUROPA.
 
F comme… FUNERAL HOME, de William Fruet (Canada, 1980)
Après l’épisode central de l’incontournable trilogie de von Trier, voici maintenant une autre trilogie, fortuite et hasardeuse, puisque ce n’est pas moins de trois films extraits du coffret « 50 Chilling Classics » qui complètent la sélection de cet épisode 15. FUNERAL HOME est le premier désigné par l’ordre alphabétique, et comme pour les autres films composant le programme de ce coffret, il est libre de droit et peut être légalement téléchargé sur le site « Public Domain Torrents » en cliquant ici.
Réalisé par William Fruet, réalisateur surtout dévoué au petit écran, également auteur d’un SPASMS qui aura fait les grandes heures de la défunte 5 (hommage au passage à Mr. Bourret), FUNERAL HOME est un petit film délassant et agréable à regarder, réalisé avec une efficace neutralité esthétique. Seul gros problème : après un démarrage très classique, le film s’installe dans un développement correct, sans bavures et parfaitement banal, pas inventif une seule seconde, et pour cause ! Ce que semblait amorcer l’introduction, le film s’y lance tête baissée : c’est un radical plagiat du PSYCHOSE d’Alfred Hitchcock, tout juste relevé par quelques éléments dérivés du slasher alors naissant : agréable, sympathique, mais plagiat quand même, de la voiture de la victime plongée dans le lac à cette révélation dans la cave éclairée par la lumière vacillante d’une ampoule qui se balance. Et un de plus, Norman ! Mouis… Autant revoir l’original, non ?
 
G comme… THE GAME, de Bill Rebane (USA, 1984)
Second film extrait de la boîte aux 50 découvertes, THE GAME (également inconnu sous le titre THE COLD, et téléchargeable ici) est aussi le premier des films signés Bill Rebane (il y en a plusieurs dans le coffret, des heures d’amusement en perspective !) que le hasard de la programmation me permet de découvrir.
Et c’est l’occasion de rendre hommage à Bill Rebane, sachant qu’il est préférable de le faire avant de parler de son film. Sa carrière, qui s’étend de 1962 à 1987, a entièrement été dévouée au cinéma fantastique, auquel il a vraiment donné de sa personne en assumant souvent, en plus de la mise en scène, le scénario, la production, la photographie, le montage, les décors, la musique, le son et sûrement même le café-crème. Au total, dix longs-métrages à son actif (dont quatre dans le coffret : prochainement donc, THE DEMONS OF LUDLOW, THE ALPHA INCIDENT et THE CAPTURE OF BIGFOOT), de MONSTER A-GO-GO à BLOOD HARVEST, son titre de gloire étant peut-être, qui sait, pour ce que j’en dis, THE GIANT SPIDER INVASION. Sauf que chacun de ces films se traîne la réputation de série Z frôlant l’amateurisme touchant. Fauché et pas doué, Rebane aura au moins compensé par la productivité, la constance et la persévérance, ce qui lui vaut bien un tabouret dans le Panthéon du cinéma bis, non ?
Et THE GAME ? Ah, oui… Euh… Bon. Avec pour accompagnement le son d’une boîte à musique, le narrateur lance un hasardeux « Il était une fois trois millionnaires… », lesquels, riches et désœuvrés, se divertissent en proposant à neuf personnes un jeu se déroulant dans leur propriété, et confrontant les invités à leurs peurs et à leurs phobies. Mais le jeu semble mal tourner cette fois-ci. Et je dis bien « semble », parce qu’après la sortie des millionnaires en boîte de nuit, séquence à hurler de rire, je n’ai strictement rien compris à ce dont le film pouvait bien vouloir parler…
Dans ce foutoir monté à la serpe et sonorisé façon Scooby-Doo (avec piccolos et rires démoniaques qui font « Muh-hu-hahahahahahaha »), rien ne semble avoir le moindre sens. Exemple : un couple fait trempette dans une piscine, soudain un requin les attaque, le couple marche tranquillement dans la forêt, pendant ce temps-là, les autres sont dans le jacuzzi et il y en a un qui fait de la musique avec une chanteuse qui était là. Perpétuellement incohérent et solidement installé dans un rythme au point mort, THE GAME semble écrit au fur et à mesure, voire en filmé-monté par moments, mettant bout à bout de superbes séquences dans des couloirs où il se passe des choses (ou peut-être rien). Le « style » de Rebane explose littéralement à l’écran lors d’un plan sidérant : un travelling suit un personnage en fuite, puis la caméra revient en arrière à son point de départ et attend, attend, et hop ! quand l’assaillant lancé aux trousses surgit, le travelling recommence. Mamma mia, ça c’est du cinéma ! Et le narrateur lui-même finit par jeter l’éponge en fin de course, avouant qu’il est bien incapable d’expliquer ce qui se déroule à l’écran. Probablement le métrage le plus nébuleux vu en 2006 : moi, je dis que ce n’est pas rien.
 
H comme… HIDDEN, de Jack Sholder (USA, 1987)
Petit classique un peu oublié de la série B et grand prix surévalué du festival d’Avoriaz en 1988 (PRINCE DES TÉNÈBRES de Carpenter ou ANGOISSE de Bigas Luna sélectionnés cette année là étaient tout de même largement plus intéressants), HIDDEN est un peu le titre de gloire de Jack Sholder, le seul de ses films à avoir véritablement rencontré un succès populaire – on lui devait précédemment un slasher paraît-il assez réussi (ALONE IN THE DARK) et la première séquelle des GRIFFES DE LA NUIT, LA REVANCHE DE FREDDY, film conspué et généralement pointé comme la pire des suites tournées, ce qui me semble assez injuste – film étrange, très belle musique de Christopher Young, sous-texte gay très prononcé (une option absurde et souvent franchement drôle), atmosphère décalée, le résultat m’a toujours semblé faire preuve de bien plus de personnalité que les fades épisodes 4, 5, 6, à suivre. Mais par la suite, Sholder s’est enlisé dans les productions télévisées et dans les séries B de piètre qualité comme le très mauvais WISHMASTER II, en plus d’avoir contribué à la mise en scène à plusieurs mains parfois gantées (Walter Hill, Francis Ford Coppola) du désastreux SUPERNOVA.
Plus proche dans sa forme du film policier (orienté « buddy movie ») que du fantastique pur, HIDDEN recycle à tour de bras avec cette histoire de parasite extra-terrestre prenant le contrôle de ses hôtes successifs, mais le fait sans la moindre prétention, et ne vise pas au-dessus du pur divertissement, mélange d’action et d’humour assuré avec une belle efficacité. Ce malfaiteur de l’espace, qui transite d’un corps à un autre sous la forme d’une répugnante limace arachnéenne, est un hédoniste simplet, amateur de Ferrari, qui s’empare de tout ce qui éveille sa convoitise sans trop se soucier de l’état de santé de son hôte involontaire. Il est pris en chasse par un bon gros flic de série B (Michael Nouri) accompagné d’un agent du FBI un peu louche et lui aussi très amateur de belles voitures (Kyle McLachlan, c’est donc sûrement un film Lynchien, ha-ha), en réalité un autre extra-terrestre habitant un corps humain, mais qui lui, comme il est gentil, circule d’un corps à un autre sous la forme d’une jolie lumière toute dorée et scintillante comme la rosée.
Bref, c’est du récit simple et direct, aux lignes claires, correctement emballé même si Sholder s’essaie dans une des scènes finales à un ralenti DePalmesque un peu foireux. HIDDEN ose même un petit soupçon d’ambivalence dans l’assez joli plan final, un instant élégant, juste et pas trop appuyé qui termine le film sur une note assez positive et attachante. Ça se regarde agréablement.
 
I comme… I BURY THE LIVING, d’Albert Band (USA, 1958)
On aborde maintenant le troisième et dernier extrait du coffret des 50 surprises, de très loin le plus intéressant, une excellente surprise de la part d’Albert Band, papa de Charles et comme son fils très attaché au cinéma de série B tirant parfois vers le Z, dont on retient surtout le cocasse et aimablement ringard ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA.
Excellente surprise, car cette petite série B, qui démarre tranquillement, se montre au fur et à mesure que le film progresse tout à fait à la hauteur de son sujet pour le moins curieux : le nouveau gardien d’un cimetière découvre qu’en plantant une épingle sur les concessions réservées sur le plan du cimetière, il peut provoquer à distance la mort de leur détenteurs : il s’en rend compte par hasard, procède à quelques essais avant d’acquérir une certitude et développe peu à peu une certaine perversité devant la possibilité qui lui est offerte de régler d’un geste simple contrariétés et inimitiés.
Platement réalisé dans sa première partie, même si le soin porté à certains cadrages met déjà la puce à l’oreille, I BURY THE LIVING fait un peu penser à certains films de Roger Corman comme UN BAQUET DE SANG : le développement est sombre, ironique et mine de rien assez social, même si le rythme y est sans doute moins vif, moins percutant. Mais en cherchant à poursuivre cette étrange tentative visant à faire naître l’effroi d’un plan punaisé sur un mur, Albert Band parvient à développer une atmosphère et surtout une esthétique étranges, structurées autour des étranges motifs géographiques formés par le plan du cimetière. Les bonnes idées fusent dans l’écriture (la découverte des effets des punaises en fonction de leur couleur), de même que les effets et la composition des plans s’avère de plus en plus soignés. Le film aboutit dans sa dernière partie à une réelle originalité, et le résultat semble assez audacieux pour l’époque. La séquence finale est admirable, et à vrai dire, je n’en revenais pas de voir le réalisateur de ZOLTAN frôler l’abstraction pure en fin de course dans cette scène fulgurante qui pourrait vraiment séduire les têtes chercheuses de l’Institut Drahomira (voir THE RALLY 444).
Sans être renversant dans son propos – le récit lui-même n’ayant rien d’extraordinaire, I BURY THE LIVING vaut largement le détour pour la singularité de ses expérimentations esthétiques, et comme la vie est bien faite et que le film est libre de droits, vous pouvez le télécharger, c’est permis et très officiel, en cliquant ici.
 
J comme… JANIS ET JOHN, de Samuel Benchetrit (France/Espagne, 2003)
Seconde visite du paysage cinématographique français avant la prochaine et dernière d’une sélection marquée par le chiffre 3, décidément, avec le dernier long-métrage tourné par Marie Trintignant, excellente comédienne, avant son décès, film par ailleurs réalisé par son époux Samuel Benchetrit – et n’attendez pas de moi des commentaires sur l’affaire « Marie a tout pris ».
Casting bizarre et sujet casse-gueule au programme. Christophe Lambert y interprète un homme un peu simplet suite à un trip au LSD dont il n’est jamais vraiment sorti, vivant sur sa fortune familiale dans l’attente du retour de Janis Joplin et de John Lennon, persuadé qu’ils sont bien vivants et qu’ils feront un jour un album ensemble. Sergi Lopez, assureur véreux avec des problèmes financiers jusqu’au cou, sent l’arnaque facile, et décide de grimer son épouse (Marie Trintignant) et un acteur raté (François Cluzet, très à l’aise dans cet emploi, ha-ha) afin de les faire passer pour les idoles du neuneu, histoire de pouvoir lui soutirer le contenu de son compte en banque.
Montage survolté et voix-off fiévreuse de Sergi Lopez, JANIS ET JOHN amorce un démarrage en fanfare qui flaire l’enlisement au premier tournant du récit. Le film tente de fournir de petits efforts de mise en scène « à l’américaine », qui portent essentiellement sur les transitions et les montages musicaux, et au passage, on peut se demander pourquoi de tels efforts (filtres, ambitieux mouvements de caméra) sonnent toujours aussi faux et artificiel dans ce type de productions, mais dans le fond, le film repose sans grande surprise de tout son poids sur son casting, au point qu’on se dit que le cinémascope est bien décoratif et inutile si c’est pour filmer aussi platement des pages et des pages et des pages de dialogues en champs-contrechamps.
Pour le reste, le film passe franchement à côté d’un sujet ludique et amusant dont il ne retient que les enjeux et les thèmes habituels, prévisibles, usés et dénués d’originalité, un peu dans le fond à la façon de BACKSTAGE, qui n’osait pas lui non plus embrasser son sujet et préférait le tenir soigneusement à distance, solidement ancré dans les clichés scénaristiques et esthétiques les plus éculés, sans vraiment l’assumer. Le personnage de Christophe Lambert reste quasiment inexploité, le faux John Lennon est rapidement mis hors-circuit (mais Cluzet revient à temps dans la dernière partie pour mettre le film par terre), et on se concentre de préférence sur la crise du couple Lopez/Trintignant et sur la soif de liberté et d’indépendance de celle-ci. Sans être excessivement mauvais, JANIS ET JOHN préfère prudemment s’installer dans la platitude et dans la banalité, sans pour autant échapper à quelques dérapages vers les douces contrées du ridicule, bien qu’elles soient moins fréquentes que prévu. Pas très captivant, tout ça…
 
K comme… KILLING ANGEL, de Paul Sarossy (Angleterre, 2001)
L’éditeur « La Fabrique de Films », par le biais duquel j’avais découvert en compagnie du Dr Devo l’intéressant JERICHO MANSIONS, nous permet de faire une nouvelle découverte assez attachante avec cet étrange KILLING ANGEL, titre français un peu trop fade ceci dit, qui ne vaut pas le titre original Mr. IN-BETWEEN.
Il s’agit du premier film (et le seul à ce jour) de Paul Sarossy, chef-opérateur notamment pour Atom Egoyan sur les très beaux EXOTICA et LE VOYAGE DE FÉLICIA, et pour être honnête, il souffre d’ailleurs parfois des tics classiques du premier film : des tics visuels principalement, effets optiques et astuces de montage qui ne sont exploités que sur leur seul versant formel, mais Sarossy n’évite pas non plus un certain nombre de clichés esthétiques (Londres suintant, sophistication un peu gratuite) et narratifs, avec un penchant un rien prononcé pour les coïncidences utiles et / ou symboliques (mort du vieil homme à l’épicerie, braquage, voisinage inattendu…) qui forcent parfois le trait d’un scénario un peu maladroit.
Ces réserves émises, il faut cependant souligner que le résultat reste captivant, original et très attachant. Doté d’un casting solide (excellents acteurs au physique plutôt éloigné des clichés), Sarossy s’attaque à un sujet affreusement banal (la crise d’un tueur à gages confronté au dilemme moral et à des sentiments imprévus), non sans éviter un certain nombre de poncifs, mais il parvient pourtant à donner à son film une atmosphère particulièrement séduisante et singulière, en introduisant dans son récit des éléments étranges qui poussent le film jusqu’aux limites d’un fantastique impalpable et parfois assez troublant, scindant l’univers développé en deux mondes distincts, l’un quotidien et terre à terre, l’autre gothique et irréaliste, et en plaçant le personnage de ce tueur à gages, possiblement payé de ses services par des shoots du sang de son sinistre employeur, à l’exacte frontière entre ces deux mondes.
Il en ressort une personnalité qui gagnerait certainement à s’affiner et à s’affirmer, mais qui donne à ce film une saveur atypique, séduisante et vénéneuse, d’une noirceur assez radicale. Et si le résultat n’est pas sans défauts, il trouve malgré tout un équilibre surprenant, et trotte longtemps dans la tête après la vision du film, ce qui est toujours très bon signe. Recommandé, donc.
 
L comme… LOVE WILL TEAR US APART, de Nelson Yu Lik-Wai (Chine, 1999)
Produit par Stanley Kwan, LOVE WILL TEAR US APART se donne pour objectif de dépeindre le quotidien d’immigrés de la Chine populaire à Hong-Kong quelques temps après la rétrocession. Les nombreux personnages de ce film elliptique marqué par la photographie très « nouvelle vague chinoise » sont intrigants et solidement campés, dévoilant à l’écran leur désarroi, leur désœuvrement, leur désenchantement ou leurs illusions dans une série de saynètes pointant les travers de la fusion disharmonieuse, sexe, junk-food, néons, argent, télévision, clochards, prostituées, prolétaires, fêlures diverses, vies brisées, et le problème de communication d’un territoire où existent plusieurs langues. Bref, un torrent d’observations justes et parfois touchantes et probablement quelques wagons d’intentions louables.
Malheureusement, le film dure près de deux longues heures d’un récit flottant et d’une grande platitude visuelle, et j’avoue m’y être prodigieusement ennuyé, avec le vif sentiment que le film aurait parfaitement pu durer une heure de plus, ou mieux encore, s’être terminé une heure plus tôt. Le constat sec et détaché, pourquoi pas, mais la forme est trop morne et trop relâchée pour développer la moindre atmosphère. Insipide.
 
Voilà pour aujourd’hui ! Plein de mauvais films et le meilleur titre de la sélection à mes yeux dans la seconde partie de cet article.
 
Le Marquis
 
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[Photo : "Bizarre Bizarre", par le Marquis]

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Lundi 6 août 2007 1 06 /08 /2007 17:34

Partager     - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
[Photo : "Crime of the Element", par le Marquis]
Suite et fin de l’épisode 14, avec un taux sensiblement plus élevé de bons films. L'article étant trop long, les deux premiers titres (M, N) ont été reportés dans la première partie (lien ci-dessous) : nous commençons donc par un film en P comme…
 
LA PRINCESSE SUR LE POIS, de Boris Rytsarev (Russie, 1976)
Après la déconvenue de l’infect HANS CHRISTIAN ANDERSEN ET LA DANSEUSE, on tente une nouvelle fois de découvrir une adaptation des écrits inspirés (et adultes, bordel !) de l’écrivain danois, en touchant du bois pour que l’esprit de l’auteur et l’inspiration soient au rendez-vous de ce projet assez curieux, le conte adapté, qui n’est merveilleux que dans sa forme, étant particulièrement court : le russe Rytsarev va donc devoir considérablement rallonger la sauce, et comment va-t-il s’y prendre ?
Tout simplement en envoyant le prince en panne de princesse à la recherche d’une dulcinée de sang noble avec laquelle convoler, occasion de délayer la sauce à travers trois sketches d’inspiration très inégale : la première princesse est une idiote orgueilleuse qui finit le nez dans la boue, la seconde est une princesse cruelle envoûtée par un troll, la troisième est une esthète à la recherche du prince le plus inspiré dans le domaine artistique de son choix. Le dénouement, vous le connaissez si vous avez lu le conte, le prince rentre la queue entre les jambes chez ses royaux parents, pour tomber amoureux d’une princesse aux origines douteuses, mais qui fait preuve du bleuté de son hémoglobine en dormant très mal sur des légumes verts.
Mauvais film hélas ! L’humour russe est lui aussi très balourd, particulièrement lorsqu’il se pique de donner dans la fable morale, la bande-son est constamment bercée par les tubes de Vivaldi (pénibles Quatre Saisons trop présentes dans les prisunic et autres fast-food pour ne pas taper sur le système), et la mise en scène, engoncée dans son déballage de décors et de costumes, est franchement relâchée, le montage notamment laissant vraiment à désirer, à moins de fondre d’amour pour les grossières erreurs de raccords et pour les plans gelés juste assez pour avoir le temps de faire mal aux yeux au début de chaque nouvelle séquence.
On relèvera quand même le troisième segment (les auditions artistiques), de très loin le plus réussi ou le seul qui le soit vraiment, d’une ironie assez savoureuse, et qui comporte une scène de pantomime intéressante, le seul passage (bien trop bref) rendant un peu justice à l’humour et à l’univers d’Andersen. Ça ne pèse pas bien lourd dans un ensemble poussif et assez moche, il faut bien l’avouer…
 
R comme… LES REVENANTS, de Robin Campillo (France, 2004)
On tourne définitivement le dos au merveilleux plombé des plaines de Russie pour se lancer sans respirer dans un nouvel exercice d’équilibrisme dans le registre du fantastique made in France. Dans quelle section du fantastique français le film de Campillo (monteur du correct QUI A TUÉ BAMBI ?) va-t-il s’inscrire ? Dans le bon gros film de genre qui veut se faire plus américain que les américains ? Ou dans le fantastique propre et intellectuel qui voulait tant se faire appeler « cinéma de l’étrange » à l’époque glorieuse du lent et cocasse naufrage du défunt festival d’Avoriaz ? Plutôt dans la seconde, vous l’aurez deviné par vous-même, et on entre dans ce film en tâchant de ne pas se fermer d’emblée à la tentative, car ce serait agir purement par réaction, et être réactionnaire, c’est très mal.
Les morts reviennent sur terre, donc, et comme ils sont bien éduqués, ils ne semblent pas vouloir dévorer le contenu de la boîte crânienne de leurs proches, juste rentrer chez eux et retrouver un semblant de normalité… un semblant seulement, car ils adoptent des comportements singuliers, un étrange détachement à ce qui se passe autour d’eux. La réinsertion va être bien difficile, donc. Postulat étrange et assez irréaliste, voire symbolique – Campillo élude totalement la sortie des tombes, qui évoque fortement celui de la piètre série LES 4400 créée la même année, série au démarrage séduisant et intriguant, et au développement simpliste et franchement lassant.
Campillo pour sa part préserve son métrage du sentimentalisme de la série américaine, et maintient la part fantastique de son récit dans ce postulat de départ abstrait, gratuit et un rien opaque, sans jamais chercher à le justifier ou à l’expliciter, ce qui est une assez bonne initiative. Par contre, il n’échappe hélas pas au psychologisme un peu trop appuyé, soulignant trop souvent des enjeux explicites (le deuil vécu comme une crise mondiale) par des dialogues démonstratifs plus que par des idées de mise en scène. Visuellement irréprochable (très belle photographie), le résultat est aussi très froid, s’applique à faire sens tout en manquant cruellement d’expressivité – malgré des efforts manifestes, qui payent parfois. Au final, LES REVENANTS paraît quand même bien scolaire et appliqué, dénué d’audaces, vaguement constipé à force de retenue. Typiquement du fantastique pour ceux qui n’aiment pas le fantastique en somme, on y touche du bout des doigts, avec un excès de prudence, une trop forte volonté de signifier qui étouffe trop souvent l’implication, la neurasthénie des non-morts étant petit à petit un peu contagieuse.
Reste qu’il faut tout de même souligner le soin porté à la confection de ce film curieux et figé : quelques petites trouvailles visuelles intéressantes, une atmosphère parfois efficace (caméras infrarouges, ballons-sondes), quelques belles séquences isolées (l’enfant au balcon) dans un ensemble trop timoré pour vraiment fonctionner.
 
S comme… SUSPICIOUS RIVER, de Lynne Stopkewich (Canada, 2000)
Dommage, Lynne Stopkewich ! Remarquée pour son étonnant et nécrophile KISSED, la cinéaste canadienne aura bien vite sombré dans l’anonymat télévisuel après l’insuccès de ce SUSPICIOUS RIVER toujours interprété par l’étrange Molly Parker. Et dans la mesure où le DVD, pourtant francophone, ne propose à l’acheteur qu’une VO non sous-titrée, inutile de dire que ce film captivant, « dans l’esprit de TWIN PEAKS » nous informe Télérama (rapprochement comme d’habitude totalement erroné et superficiel, les lynchiens de prairie ont encore frappé, peut-être émoustillés par la présence fugace de l’acteur Don Davis figurant dans le casting de la série en question), ne risque pas de toucher grand-monde !
Climat étrange et oppressant pour ce film singulier construit autour du personnage d’une jeune femme, Leila (excellente Molly Parker, donc) se prostituant au bénéfice de la clientèle du motel où elle assure la réception. Stopkewich évite avec soin les clichés du type « enfer de la prostitution » en esquivant adroitement une approche réaliste et surtout un scénario à thèse. Le mot clé ici semble être Opacité. L’ambiance feutrée distille une tension, un désir et plus encore un mystère, un trouble profond renforcé par la façon qu’a la cinéaste d’embrasser la seule perception de son personnage principal, sans jamais chercher à tisser un regard objectif, moral, démonstratif, sur les événements auxquels elle est confrontée. La séquence du viol au début du film risque d’ailleurs de faire grincer des dents par le malaise que dégage cet étrange et dérangeant consentement de Leila, pourtant révélateur d’une quête intérieure que celle-ci ne parvient pas encore à identifier mais à laquelle elle s’abandonne. Au risque de s’exposer peu à peu au piège, à la violence, à la peur, à la trahison terrifiante de la dernière partie, terrifiante parce que la confusion de Leila contamine une mise en scène subtile, subjective. La conclusion du film est en ce sens remarquable, peut-être parce qu’elle ne choisit pas l’option très à la mode du twist psychologisant à deux balles : la compréhension, l’acceptation d’un élément introduit avec finesse dès le début du film, d’une étonnante délicatesse, tellement plus intense et émouvante que ces révélations assénées avec une lourdeur qui cherche si souvent à flatter l’intelligence du spectateur tout en le prenant pour un mal-comprenant. Le film ouvre ainsi une porte à son personnage, lui fait franchir une rivière et la libère sans occulter l’aspect symbolique de la séquence, sans le souligner au marqueur non plus. SUSPICIOUS RIVER éreinte les clichés attendus, ne tourne pas le dos à la part trouble de l’opacité, et y trouve une justesse touchante, une véritable singularité.
 
T comme… TOXIC AVENGER IV : CITIZEN TOXIE, de Lloyd Kaufman (USA, 2000)
Bien, la délicatesse et le tact, c’est fait. Passons maintenant à un plat plus orgiaque. La quatrième aventure de Toxie, le super-héros emblématique de la firme Troma, fait vraiment plaisir à voir : même si le personnage a acquis au fil des ans une réputation culte et populaire à la fois, au point de générer une série animée pour enfants, son créateur Lloyd Kaufman est bien loin d’avoir mis de l’eau dans son vin, et ce CITIZEN TOXIE assume avec bonne humeur une effarante vulgarité, un irrespect absolu, gore, débile et psychotronique franchement réjouissant : la férocité subversive n’a elle non plus pas été émoussée.
Autant certains Troma comme ATOMIK COLLEGE (CLASS OF NUKE ‘EM HIGH) ont le délire un peu poussif empesé par de gros problèmes de rythme, autant cet opus, en ne se donnant aucune limite dans le mauvais goût, enfonce l’accélérateur sans jamais décoller la pédale du plancher. Suite à un attentat dans une école pour « enfants différents » (le Lars von Trier des IDIOTS a certainement dû apprécier), Toxie est projeté dans un univers parallèle tandis que son double maléfique Noxie fait des ravages à Tromaville : le blanc devient noir, le bon devient mauvais, le montage alterné se fait aider du splitscreen et le bon goût se fait la malle. Casting de super-héros, mamie rendant l’âme dans un spectaculaire jet d’urine, porno gay 70’s où le gouvernement américain encule littéralement le Tiers-Monde, bad guy grimé en noir et livré en pâture au Ku Klux Klan, langue des signes revue et visitée, et j’en passe, le résultat est potache et assumé, gratuit et corrosif, débile et à hurler de rire, visuellement inepte et d’une belle vivacité.
Dommage que l’édition, comme toutes celles de la collection Troma (copies recadrées et de qualité vraiment douteuse), soit à ce point salopée par Sony – un des pires éditeurs DVD sur le marché. Mais il ne faut cependant pas passer à côté de cet opus sympathique, que sa liberté de ton et de confection rend presque anachronique : c’est une authentique série B d’une bonne santé insolente à une époque où le cinéma bis ne semble plus avoir sa place nulle part. Recommandé.
 
U comme… UNE CHAMBRE POUR QUATRE, de Jordan Brady (USA, 2002)
Rien à dire par contre de ce produit parfaitement anonyme et insipide – bonjour le contraste ! – qui n’a pour argument de vente que son casting – c’est un peu léger, doux euphémisme. Road-movie soporifique, marivaudage sage et convenu, encéphalogramme plat, et la vive impression de regarder un sitcom même pas désagréable, juste invisible et totalement dénué de talent ou de personnalité. Et c’est, dans le fond, le prototype de ce qui se fait de pire au cinéma : ce n’est même pas de la nullité, c’est juste une tiède médiocrité sans la moindre aspérité.
 
V comme… LE VAGABOND DE TOKYO, de Seijun Suzuki (Japon, 1966)
On termine cette sélection sur une note très positive avec ce film étonnant qui pourrait être au polar ce qu’a été SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN au policier européen : Suzuki (ÉLÉGIE DE LA BAGARRE), avec cette histoire d’homme de main d’un gangster retiré des affaires qui tente de le protéger des rivaux cherchant à le dépouiller, adopte les codes et clichés du film de yakuzas, ceux qui m’ont même ennuyé dans le DEAD OR ALIVE de Miike, pourtant extrême et iconoclaste, pour mieux les malmener, les détourner, les disloquer par le biais d’une mise en scène formaliste assez impressionnante.
Narration accidentée, décors monochromes, stylisation, abstraction, l’ensemble surpasse aisément ses apparences de simple polar psychédélique. La structure du film est magnifique, et presque entièrement construite autour d’éléments occultés (ellipses vertigineuses, sans parler des séquences de confrontation – chaque affrontement s’interrompant brutalement à son apogée). Le montage s’adonne dans le même mouvement à des collages audacieux, fonctionnant par associations/appositions poétiques et assez virtuoses. Le récit mafieux ne devient que le prétexte à une expérimentation surprenante à l’artificialité assumée et revendiquée – séquences chantées, filtres obliques placés dans des décors nus, une obsession formelle qui évoque parfois la sensibilité d’un Ken Russell. Et je suis personnellement toujours assez admiratif lorsqu’un cinéaste parvient à balayer mes réticences en abordant d’une façon aussi originale et inventive un genre pour lequel je n’ai a priori pas la moindre attirance.
 
19 films visionnés, dont 9 au moins valent le détour : c’est donc presque du 50/50, on a connu mieux, on a connu pire, c’est à votre tour de découvrir !
[Photo : Le Marquis, d'après ELEMENT OF CRIME] 
ELEMENT OF CRIME
LE VAGABOND DE TOKYO
SUSPICIOUS RIVER
MESSIAH OF EVIL
NOTRE HISTOIRE
L’HOMME DE LA RUE
INTÉRIEURS
TOXIC AVENGER IV
LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE
CRAZY KUNG-FU
LES REVENANTS
AMERICAN PARTY
LA PRINCESSE SUR LE POIS
UNE CHAMBRE POUR QUATRE
KILLER INSTINCT
LA LÉGENDE DE LA MOMIE II
GRANNY
FIRESTARTER II
BEYOND THERAPY
 
Et comme Zorro tient toujours ce qu’il promet, je vous propose comme ça, gratuitement, le Palmarès du meilleur et du pire visionné dans le cadre de l’Abécédaire au cours de l’année 2006. Comme ce fut le cas l’année dernière, mes propres habitudes de visionnage me tiennent le plus souvent éloigné des salles obscures, et m’amènent donc à vous faire part du meilleur – et du pire – de ce que j’ai vu cette année à domicile : trop peu de films vus sur grand écran, je n’ai donc pas même de quoi fournir un « top 10 ». Je relève tout de même du très peu que j’ai vu en salles les superbes TIDELAND et BUBBA HO-TEP, avec une petite tape sur la tête de Christophe Gans et des frères Quay pour les encourager à faire mieux.
Émanant de la télévision que je ne regarde à peu près jamais, le must se partagerait entre la redécouverte du MUPPET SHOW saison 1, celle de KINGDOM (L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES) et Koh-Lanta. Sans oublier, bien évidemment, l’extraordinaire soirée passée devant VISU.
 
Les acteurs doivent aussi être flattés par nos préférences ? Tiens. C’est idiot, les seuls acteurs auxquels je pense spontanément sont les pires – Guy Boyd dans LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS, Sharukh Khan dans DEVDAS et KUCH KUCH HOTA HAI, Craig T. Sheffer dans LE PETIT CHAPERON ROUGE, et le zozo de MAGIC WARRIORS, Angus MacFadyen… Bon, concentrons-nous un peu…
La meilleure actrice cette année ? Je pense que le choix de Deborah Kerr s’impose, puisque trois de mes films favoris ont été édités en DVD cette année – LES INNOCENTS, LA NUIT DE L’IGUANE et LE NARCISSE NOIR.
Le choix du meilleur acteur s’impose tout aussi naturellement : la découverte des premiers longs-métrages de John Waters porte Divine à la plus haute place.
 
L’avantage certain, en constituant un best of des films visionnés dans le cadre des Chroniques de l’Abécédaire, c’est qu’en proportions, j’ai sans doute vu une plus grande quantité de très bons et de très mauvais films. Mon choix concernant les mauvais élèves exclue les nanars, dont les éléments les plus drôles ou les plus intéressants (car il n’y a pas que de mauvais films dans le lot), et pointe plutôt les films qui ont eu le don de, vraiment, m’énerver. Quatre sections donc, pour un palmarès, c’est somme toute très logique, réparti par lettres de l’alphabet – certains cinéastes pourront donc avoir la fierté de savoir que leur film est ce que j’ai vu de meilleur cette année dans les productions commençant, par exemple, par la lettre… Le lien pour chaque titre renvoie vers l’épisode de l’Abécédaire correspondant, ou, si le film n’a pas encore été chroniqué (ou l’a été très brièvement), vers l’article du Dr Devo. Les titres sans liens seront développés dans les tout prochains épisodes.
 
A comme…
Le meilleur : A HISTORY OF VIOLENCE de David Cronenberg (USA / Allemagne, 2005)
Le pire : À TON IMAGE d’Aruna Villiers (France, 2004)
Mention spéciale : AMERICAN WAY de Maurice Phillips (Angleterre / USA, 1986), AU SERVICE DE SATAN de Jeff Lieberman (USA, 2004)
Rayon Z : L’AUTRE ENFER de Bruno Mattei (Italie, 1980)
 
B comme…
Le meilleur : BLOODY BIRD de Michele Soavi (Italie, 1987)
Le pire : BEYOND THERAPY de Robert Altman (USA, 1987) – aucun respect pour les morts, tsss.
Mention spéciale : BLUE HOLOCAUST de Joe d’Amato (Italie, 1979) – très beau film.
Rayon Z : BLOOD DOLLS de Charles Band (USA, 1999), BLOODGNOME de John Lechago (USA, 2004), LE BAISER DU DIABLE de Georges Gigo (France / Espagne / Andorre, 1975)
 
C comme…
Le meilleur : LE CHÂTEAU DANS LE CIEL de Hayao Miyazaki (Japon, 1986)
Le pire : COLD AND DARK d’Andrew Goth (Angleterre, 2005)
Mention spéciale : THE CUBE de Jim Henson (USA, 1969), qui pourrait être l’ancêtre de VISU, une petite merveille dont je vous parlerai prochainement.
Rayon Z : LA COMTESSE NOIRE de Jess Franco (France / Belgique, 1973), joli film.
 
D comme…
Le meilleur : DO THE RIGHT THING de Spike Lee (USA, 1989)
Le pire : DAYDREAM BELIEVERS de Neill Fearnley (Canada / USA, 2000)
Mention spéciale : DESPERATE LIVING de John Waters (USA, 1977)
Rayon Z : rien, l’inintéressant DEAD MEAT ne mérite pas cette mention.
 
E comme…
Le meilleur : La trilogie « Europe » de Lars Von Trier (Danemark, 1984-1991) – THE ELEMENT OF CRIME, EPIDEMIC, EUROPA
Le pire : rien d’excessivement mauvais en E !
Mention spéciale : EXOTICA d’Atom Egoyan (Canada, 1994)
Rayon Z : L’ÉTALON ITALIEN de Morton Lewis (USA, 1970)
 
 
F comme…
Le meilleur : FEMALE TROUBLE de John Waters (USA, 1974)
Le pire : FLESH de Paul Morrissey (USA, 1968)
Mention spéciale : LA FIN ABSOLUE DU MONDE de John Carpenter (USA, 2005), et FRAGILE de Jaume Balaguero (Espagne, 2005), lequel aurait mérité une sortie en salles.
Rayon Z : LA FURIE DES VAMPIRES de Leon Klimowsky (Espagne / Allemagne, 1971)
 
G comme…
Le meilleur : GHOST WORLD de Terry Zwigoff (USA / Angleterre / Allemagne, 2001), le meilleur film en G bien qu’il ne casse pas la baraque non plus.
Le pire : GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRÛLANTES de François Ozon (France, 2000)
Mention spéciale : GOZU de Takashi Miike (Japon, 2003), bien qu’il soit très mal réalisé.
Rayon Z : THE GAME de Bill Rebane (USA, 1984), franchement improbable, celui-là…
 
H comme…
Le meilleur : L’HOMME SANS PASSÉ d’Aki Kaurismaki (Finlande / Allemagne / France, 2002)
Le pire : HANS CHRISTIAN ANDERSON ET LA DANSEUSE de Charles Vidor (USA, 1952)
Mention spéciale : HISTOIRE D’O de Just Jaeckin (France / Allemagne, 1975), l’étrange HAUNTS de Herb Freed (USA, 1977) et HEAVEN du trop méconnu Scott Reynolds (Nouvelle Zélande / USA, 1998)
Rayon Z : HERCULE À NEW YORK d’Arthur Allan Seidelman (USA, 1971)
 
I comme…
Le meilleur : ex æquo INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic (Belgique / France / Angleterre, 2004) et LES INNOCENTS de Jack Clayton (Angleterre, 1961)
Le pire : L’ÎLE de Kim Ki-Duk (Corée du Sud, 2000)
Mention spéciale : I BURY THE LIVING d’Albert Band (USA, 1958)
Rayon Z : IN THE WOODS de Lynn Drzick (USA, 1999)
 
J comme…
Le meilleur : LE JOUR DU FLÉAU de John Schlesinger (USA, 1975)
Le pire : JEUX PERVERS de Max Makowski (USA, 2002)
Mention spéciale : J’ADORE HUCKABEES de David O. Russell (USA / Allemagne, 2004)
Rayon Z : R.A.S.
 
K comme…
Le meilleur : KEOMA d’Enzo G. Castellari, qui m’a eu à l’usure (Italie, 1976)
Le pire : ex æquo KOLOBOS de Daniel Liatowitsch & David Todd Ocvrik (USA, 1999), dont je ne comprendrai sans doute jamais la bonne réputation, et KISS KISS (BANG BANG) de Stewart Sugg (Angleterre, 2000)
Mention spéciale : KING OF THE ANTS de Stuart Gordon (USA, 2003)
Rayon Z : LES KAMIKAZES DU KUNG FU de Yang Ching Chen (Taïwan, 1973), THE KILLER EYE de David DeCoteau (USA, 1999), KILLER CROCODILE II de Giannetto de Rossi (Italie / USA, 1990), et le premier n’est pas mal non plus !
 
L comme…
Le meilleur : LISA ET LE DIABLE de Mario Bava (Italie / Allemagne / Espagne, 1973)
Le pire : LES LOUPS DE KROMER de Will Gould (Angleterre, 1998)
Mention spéciale : LE LOCATAIRE de Roman Polanski (France / USA, 1976) et LÈVRES DE SANG de Jean Rollin (France, 1975)
Rayon Z : LA LÉGENDE DE LA MOMIE II de David DeCoteau (USA, 2000)
 
M comme…
Le meilleur : MANDERLAY de Lars Von Trier (Danemark / Suède / Pays-Bas / France / Allemagne / Angleterre, 2005)
Le pire : LE MAÎTRE D’ARME de Michael Kennedy (USA, 1993)
Mention spéciale : MESSIAH OF EVIL de Willard Huyck (USA, 1973), THE MANSON FAMILY de Jim Van Bebber (USA, 2003)
Rayon Z : MACISTE ET LES FILLES DE LA VALLÉE de Tanio Boccia (Italie, 1964) ou MALÉFICES de Maurice Devereaux (Canada, 1998)
 
N comme…
Le meilleur : LA NUIT DE L’IGUANE de John Huston (USA, 1964)
Le pire : NÉMO d’Arnaud Sélignac (France / Angleterre / USA, 1984)
Mention spéciale : NOTRE HISTOIRE de Bertrand Blier (France, 1984)
Rayon Z : NEMESIS II d’Albert Pyun (USA, 1995), LA NUIT DU CHASSEUR de David Greene (USA, 1991), NECROMANCER de Dusty Nelson (USA, 1988)
 
O comme…
Le meilleur : LOS OLVIDADOS de Luis Buñuel (Mexique, 1950)
Le pire : OBJECTIF TERRIENNE de Julien Temple (Angleterre / USA, 1988)
Mention spéciale : OPÉRATION PEUR de Mario Bava (Italie, 1966) et OBSESSION de Brian De Palma (USA, 1975)
Rayon Z : OCTOPUS II de Yossi Wein (USA, 2001)
 
P comme…
Le meilleur : PINK FLAMINGOS de John Waters (USA, 1972)
Le pire : LA PART DU SERPENT de Max Reid (Suisse / USA, 1994)
Mention spéciale : PRÉPAREZ VOS MOUCHOIRS de Bertrand Blier (France / Belgique, 1977), POMPOKO de Hisao Takahata (Japon, 1994), PALAIS ROYAL ! de Valérie Lemercier (France, 2005), PROPHÉTIE de Bigas Luna (Espagne / USA / Italie, 1981), ce dernier étant particulièrement bizarre…
Rayon Z : LE PETIT CHAPERON ROUGE d’Adam Brooks (USA / Israël, 1989)
 
Q comme…
Le Q se fait rare (ha-ha), et les deux films concernés vus en 2006 ne s’élèvent pas plus vers le très bon (le correct QU'EST-CE QUE J'AI FAIT POUR MÉRITER ÇA ? d’Almodovar) qu’ils ne sombrent vers le très mauvais (le piètre QUASIMODO – NOTRE-DAME DE PARIS de Peter Medak).
 
R comme…
Le meilleur : THE RALLY 444 de Jean-Christophe Sanchez (France, 2006)
Le pire : REIGN IN DARKNESS de David W. Allen & Kel Dolen (Australie, 2002)
Mention spéciale : ROBERTO SUCCO de Cédric Kahn (France / Suisse, 2001), ROMEO IS BLEEDING de Peter Medak (Angleterre / USA, 1993)
Rayon Z : RATS de Tibor Takacs (USA, 2003), REBIRTH OF MOTHRA II de Kunio Miyoshi (Japon, 1997)
 
S comme…
Le meilleur : SUSPICIOUS RIVER de Lynne Stopkewich – dont la carrière piétine depuis, hélas (Canada, 2000)
Le pire : SHEITAN de Kim Chapiron (France, 2006) et SAW de James Wan (USA, 2004), un diptyque à vous dégoûter du film de genre.
Mention spéciale : SIN CITY de Robert Rodriguez, Frank Miller & Quentin Tarantino (USA, 2005) et STITCHES de Neal Marshall Stevens (USA, 2000)
Rayon Z : SHADOW CREATURE de James Gribbins (USA, 1995)
 
T comme…
Le meilleur : TRAUMA de Dan Curtis (USA, 1976)
Le pire : TOUS LES MÊMES de Brian Burns (USA / Allemagne, 2002) et TERREUR.COM de William Malone (USA / Angleterre / Luxembourg / Allemagne, 2002)
Mention spéciale : TWENTY-NINE PALMS de Bruno Dumont (France / Allemagne / USA, 2003) – si tous les films ratés étaient de cette trempe ! – et TRICHEURS de John Stockwell (USA, 2000)
Rayon Z : TOXIC AVENGER IV : CITIZEN TOXIE de Lloyd Kaufman (USA, 2000)
 
U comme…
Le meilleur : UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL de Mario Bava (Italie / Espagne, 1970)
Le pire : UN NOËL DE FOLIE de Joe Roth (USA, 2004)
Mention spéciale : U-TURN d’Oliver Stone (USA / France, 1997)
Rayon Z : URBAN CANNIBALS de Chad Ferrin (USA, 2003), UN WEEK-END EN ENFER de Bob Willems (USA, 2003)
 
V comme…
Le meilleur : ex æquo LA 25e HEURE de Spike Lee (USA, 2002) et VELVET GOLDMINE de Todd Haynes (Angleterre / USA, 1998)
Le pire : VERCINGÉTORIX de Jacques Dorfmann (France / Canada / Belgique, 2001) et 28 JOURS EN SURSIS de Betty Thomas (USA, 2000) – preuve de mon honnêteté, car c’est tout de même un film avec Sandra Bullock.
Mention spéciale : VIRGIN MACHINE de Monika Treut (Allemagne, 1988), LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL d’Alejandro Jodorowsky (Angleterre, 1990), LA VIE CRIMINELLE D’ARCHIBALD DE LA CRUZ de Luis Buñuel (Mexique, 1955)
Rayon Z : VIRUS CANNIBALE de Bruno Mattei (Italie / Espagne, 1980), LA VIPÈRE DU KARATÉ, dont je ne connais pas l’auteur, s’il souhaite se faire connaître…
 
W comme…
Le meilleur : WOLFEN de Michael Wadleigh (USA, 1981)
Le pire : WONDERFUL DAYS de Kim Moon Saeng (Corée du Sud / USA, 2003), WALKER TEXAS RANGER de Virgil W. Vogel (USA, 1991)
Mention spéciale : WENDIGO de Larry Fessenden (USA, 2001)
Rayon Z : WATCHERS II de Thierry Notz (USA, 1990), WITCHOUSE II de J.R. Bookwalter (USA, 2000)
 
X comme…
X-FILES : LE FILM se retrouve bien seul alors que tout le monde le regarde…
 
Y comme…
Le pire : Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?, d’Allan A. Goldstein (Canada / Allemagne, 2000), peut-être une des pires comédies jamais réalisées.
Et ce film est le seul cité, car les autres ne sortent pas vraiment du lot : YI-YI m’a plu sans plus, Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE ? est amusant mais ne vaut pas une mention, et YONGGARY est un peu fade pour mériter d’être cité en (contre)exemple.
 
Z comme…
Le meilleur : ZOMBIE de George A. Romero (USA / Italie, 1978), dont j’évoquerai prochainement le montage américain, vu il y a peu.
Le pire : ZOMBIE HONEYMOON de David Gebroe (USA, 2004)
Mention spéciale : ZOO de Peter Greenaway (Angleterre / Pays-Bas, 1985) et ZELIG de Woody Allen (USA, 1983)
Rayon Z : ZOMBI 3 de Lucio Fulci (Italie, 1988)
 
Une année riche, en ce qui me concerne, et j’ai bien fait de vous en parler, je m’amuse.
Et vous ?
 
Le Marquis
 
 
Bande-annonce de l’épisode 15 : Une folle furieuse qui a vu trop de slashers s’attaque à une célébrité dont un météore menace pourtant déjà la vie désespérée. Et c’est l’épidémie. Alors que mamie se prend pour papy, un jeu pour milliardaires désœuvrés s’organise silencieusement, au cours duquel un parasite encombrant amateur de Ferrari est punaisé au plan meurtrier du cimetière dans lequel reposent, mais pas en paix, Janis Joplin et John Lennon. Leur assassin torturé est parti promener son spleen à Hong-Kong après la rétrocession, échappant de peu à la famille de Charles Manson et à son Démon Bleu lové près du berceau de la vie. Sa prochaine victime, transformiste notoire, est peut-être ce bossu qui communique par télépathie avec des rats mutants, qu’il préfère aux serpents exposés dans un centre de thalassothérapie déserté le soir de Noël, alors qu’on m’offrait une machine vierge capable de générer des nains par centaines.
 
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[Photo : "Affres de l'expectative", par le Marquis.]
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Mercredi 25 juillet 2007 3 25 /07 /2007 17:45

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[Photo : "ABC pas trop tôt", par Le Marquis]
Il est de retour, soupira-t-il. 2007, c’est 2007, et depuis le début de l’année, je n’ai, à ma grande honte, signé qu’un seul article pour Matière Focale, et l’épisode 13 (suite et fin) remonte déjà à la fin du mois de janvier. Que vous dire, Maryse, c’est ainsi, je n’étais pas parti, je corrigeais toujours les articles de mon médecin traitant dans les meilleurs délais, réagissais parfois dans les pages de commentaires, et bien sûr je visionnais toujours des films, et toujours dans l’ordre alphabétique, selon ce système que vous avez peut-être oublié, Maryse, mais qu’un simple clic saurait vous remettre en mémoire si vous aviez la force de bien vouloir me pardonner mon manquement. Il faut dire que je n’ai pas non plus trouvé le temps de visiter les salles obscures, même pour INLAND EMPIRE ou BOULEVARD DE LA MORT qui me tentaient pourtant beaucoup, c’est tout dire. Quant à la rédactions des Chroniques, inutile de dire que j’ai un retard conséquent puisque la sélection développée dans cet épisode 14 a été visionnée au dernier trimestre – même si, là encore, le rythme de visionnage des films a lui même été en suspens pendant quelques mois, ce qui minimise la catastrophe et me donne l’espoir de pouvoir rattraper le retard sur la durée des vacances estivales. Allez, Maryse, souriez, pour faire oublier cette passade malheureuse, je vous proposerai en conclusion de cet épisode 14 un Palmarès des meilleurs et des moindres films visionnés de janvier à décembre, lequel vous consolera de l’absence, en cette année 2007 bien bousculée qu’est l’année 2007, d’autres palmarès, notamment tanakiens, et vous trouvera, je l’espère, en bonne santé.
Veuillez agréer l’expression de ce film en A comme…
 
AMERICAN PARTY, de Walt Becker (USA/Allemagne, 2002)
On démarre tout doucement avec ce dérivé de la série des “National Lampoon”, qui est aussi et surtout un dérivé de films comme AMERICAN PIE (d’où son titre en France), dont il adopte le versant faussement corrosif et caricatural en diable. Je trouve avec ce film les mêmes petits plaisirs et le même grand déplaisir ressentis à la vision de SLACKERS (défendu ici par le Dr Devo) : le film a ses moments de franche drôlerie (tout particulièrement pour une répugnante recette d’éclairs à la vanille) et un côté rentre-dedans un peu agréable, qui trottine aimablement sur les traces des frères Farrelly quand il moque cruellement les handicaps (mais sans le tact et la finesse). Et immanquablement, après avoir joué les trublions, AMERICAN PARTY (VAN WILDER : PARTY LIAISON en VO) s’empresse dans son dernier tiers de tristement rentrer dans le rang du conformisme le plus sucré, comme trop souvent. Et ce que la technique de ce film à la mise en scène un peu invisible annonçait déjà avec sa foultitude de « montages » plus porté sur la pop FM que sur Devo, le scénario l’étale complaisamment dans cette médiocre dernière partie. La charge trash fait encore un double-programme pas bien réjouissant avec cette célébration de la norme et du retour à l’ordre assez agaçante.
 
B comm… BEYOND THERAPY, de Robert Altman (USA, 1987)
Après un petit A comme amusant et antipathique, je suis franchement tombé dans la fange avec ce film de feu Robert Altman, mes excuses au décédé mais cette note ne va pas vraiment constituer un hommage flamboyant…
Altman, que j’apprécie très diversement, touche le fond avec cette petite tambouille de psychanalyse et de marivaudages bisexuels servie sur son lit de jazz d’ascenseur. Adapté d’une pièce de théâtre (ça se voit, d’autant plus que le découpage est indigent), le film étrille un casting de luxe tout au long d’une intrigue qui frise volontiers le grotesque (tous les personnages sont un peu fous sur les bords, et tous consultent chez deux psychanalystes voisins, bien vite impliqués dans l’intrigue), au lieu hélas de vraiment s’y vautrer. Les petites excentricités (fréquents bruits d’accidents de voiture hors-champ) lassent très vite, et même si la copie distribuée en DVD est manifestement un peu recadrée, cela n’explique pas la présence dans près d’un plan sur deux de l’ombre des spots, la photographie du film étant vraiment déficiente…
Bref, difficile de trouver un quelconque intérêt (ou simplement de résister à l’agacement grandissant) à cette soupe new-yorkaise (ou parisienne, Altman semble indécis, voir la « magie » - hem… - du plan final) mal fagotée, à voir pour mieux se remettre en tête les qualités du cinéma de Woody Allen pour ceux qui en seraient un peu dégoûtés. Et sans être un anti-Altman primaire, cet opus en particulier est tout particulièrement insupportable.
 
C comme… CRAZY KUNG FU, de Stephen Chow (Chine, 2004)
Moyennement aprécié par le Dr Devo (cliquez sur le titre pour avoir son point de vue complet), le film de Stephen Chow ne sera ici pas défendu becs et ongles, puisqu’il retrouve sensiblement les mêmes qualités (certaines) et les mêmes défauts (usants) de son précédent SHAOLIN SOCCER.
Bon points : un récit assez fantaisiste et imprévisible notamment, émaillé de séquences parfois assez séduisantes (je pense notamment à l’épisode de la cithare meurtrière au cours de laquelle un personnage central est brutalement mis hors jeu – mais cette séquence a été conçue et réalisée par Sammo Hung, il faut le préciser), et une bonne idée dans la structuration de la comédie – après une ouverture violente, stylisée et très irréaliste (atmosphère de film noir), c’est dans le quartier pauvre, par opposition au milieu des malfrats, que va se développer l’humour du film. Stephen Chow se perd malheureusement un peu en route et abandonne progressivement cette confrontation des genres.
C’est là que le film se délite : dans cet univers absurde où tout est possible, où tout peut arriver, eh bien, tout arrive, et CRAZY KUNG FU prend le risque de lasser et de ne plus pouvoir susciter la moindre surprise… particulièrement lorsqu’il s’enferre dans une avalanche d’effets visuels dont la conception, parfois franchement laide, reste problématique, et neutralise trop souvent la mise en scène. Le résultat est étrange et pas vraiment déplaisant, mais il n’en est pas moins bourratif et un rien fatigant.
 
 
D comme… LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE, de Brad Silberling (USA/Allemagne, 2004)
Pas fameuse, cette sélection, pour le moment ! Au bout du compte, et alors que mes yeux étaient rivés sur le film suivant qu’il me tardait de revoir, la première bonne surprise est bien ce film de Silberling dont je n’attendais à peu près rien. Je précise au passage que je n’ai lu aucun des livres de Lemony Snicket, un peu refroidi par la lecture d’un unique volume de la série des « Harry Potter » qui m’avait fort peu impressionné à laquelle je les avais un peu assimilés. Fort peu impressionné aussi par l’unique film adapté des aventures du petit sorcier à lunettes qu’il m’ait été donné (ou plutôt imposé) de voir, c’est donc avec beaucoup de retenue que je me suis lancé dans le film de Brad Silberling, auteur de l’infect CASPER et du remake pas vu des AILES DU DÉSIR (quelle drôle d’idée).
Bonne surprise, donc, j’avoue m’y être plutôt laissé prendre. Le film s’ouvre très agréablement sur une séquence d’animation image par image, parodie du film pour enfants à la Disney avec lutin sosie de Oui-Oui et petits lapins mignons aux yeux de Bambi qui s’interrompt brutalement, une voix off très lovecraftienne nous annonçant que non, le film que nous allons voir va être bien différent. Superbe générique d’ouverture par là dessus. Le ton est donné, le film va donc jouer la carte du funeste, sans pour autant jamais jouer celle du mélodrame : le scénario évoque à la fois Dickens et Roald Dahl, non sans une certaine méchanceté assez rafraîchissante. Je ne dirai pas un mot du travail d’adaptation, n’ayant rien lu de l’auteur, mais le concept me semble en tout cas sincèrement séduisant.
Ceci dit, le film soulève tout de même une sacré question : Silberling a en fait réalisé un film de Tim Burton. Visuellement somptueux et de ce point de vue un peu au-dessus de la moyenne de la production dite familiale, le film retrouve d’ailleurs une partie de l’équipe technique de Burton, notamment Colleen Atwood pour les costumes et surtout le talentueux designer Rich Heinrichs. Ce qui m’a donné l’impression de feuilleter un très beau livre d’images, irréel et « joli », fortement teinté d’un académisme directement issu du style et de l’univers de Burton. Attention, le film de Silberling est vraiment agréable ; mais c’est aussi un produit conçu avec un style littéralement emprunté. Et la question s’adresse peut-être directement au réalisateur de BIG FISH, d’autant plus que Tim Burton a bien failli réaliser ce film lui-même (avec Johnny Depp dans le rôle de Jim Carrey) : quand sa propre personnalité créatrice devient une mode, un genre duplicable, où trouver les ressources pour avancer, évoluer ?
Mais la seule vraie grande réserve qui puisse être formulée contre cet assez bon film, c’est, une fois encore, le choix de l’acteur Jim Carrey, et sa performance à l’écran. Le rôle est difficile, d’autant plus que le personnage véhicule une somme de discrets anachronismes humoristiques, et ce qui m’agace le plus, c’est de garder en tête, tout au long du métrage, le fait que Jim Carrey soit capable de faire tellement mieux. Mais le cabotinage reste le cabotinage, et Carrey en rajoute beaucoup trop dans un registre bouffon pour ne pas nuire considérablement à la menace et au trouble que son personnage est supposé susciter : avait-il besoin de nous resservir les tics et grimaces du Grinch ?
 
E comme… THE ELEMENT OF CRIME, de Lars von Trier (Danemark, 1984)
On passe aux choses sérieuses avec le tout premier long-métrage de Lars von Trier, qui est également le premier opus de la trilogie « Europe » sortie en DVD il y a quelques mois dans une fort belle édition, que le Dr Devo a eu la brillante idée de m’offrir, qu’il en soit encore remercié. Inutile de préciser que les deux autres films de cette trilogie, EPIDEMIC et EUROPA, allaient squatter la place à la lettre E des deux épisodes suivants de ces Chroniques de l’Abécédaire, cette dernière assertion s’exprimant à l’imparfait eut égard au retard monumental pris dans la rédaction de mes articles, entre autres choses.
ELEMENT OF CRIME met en place les constantes formelles et thématiques de la trilogie en question, l’Europe bien évidemment, mais aussi la technique de l’hypnose, au centre des trois films. Ce premier épisode affirme son identité par une esthétique forte, caractérisée par une superbe photographie aux teintes monochromes, tons ocres, rouges, orangés, or… Il se caractérise surtout par une singulière direction artistique entièrement conçue sur l’idée de la verticalité : reflets au sol, trouées dans les parquets, architectures, fréquentes plongées (au sens cinématographique comme au sens propre !). Un travail formaliste impressionnant, complété par des plans-séquences souvent d’une beauté à couper le souffle, et par des effets de montage volontiers virtuoses – transition dans le plan entre une voiture jouet et celle de l’enquêteur Fisher.
Et c’est bien d’une enquête dont il est ici question, une enquête achevée lorsque le film démarre, mais qui a traumatisé son investigateur au point qu’il doit la reconstituer en étant placé sous hypnose. Les faits sont donc relus sous la lumière d’une perception singulière, développant un univers mental singulier, à la fois marqué par des images de décrépitude (eaux stagnantes, cadavre de cheval), et par la forme du film noir, ELEMENT OF CRIME évoquant parfois le cinéma d’Orson Welles ou de Fritz Lang – même s’il m’a également fait penser aux romans d’Abe Kobo ou au CURE de Kiyoshi Kurosawa.
On ressort de la vision du métrage assez lessivé, l’esprit habité par des atmosphères fortes (Fisher et la fillette dans cette cabane…), frustré par une enquête esquissée, incomplète, étrange, et dans le même mouvement comblé par cette très belle expérience sur la perception, parfaitement soutenue par une mise en scène remarquable.
 
F comme… FIRESTARTER II, de Robert Iscove (USA, 2002)
Et on retombe lourdement au sol après ces instants de flottement pour découvrir d’un œil morne la séquelle d’une plus toute jeune adaptation des écrits fleuves de Stephen King, le FIRERSTARTER réalisé en 1984 par Mark Lester, d’après le roman « Charlie ». Le film original, dont la jaquette nous apprend qu’il fit « un véritable tabac » (ah bon ?), souffrant d’une bien mauvaise réputation, n’était pas si mauvais dans le fond, surtout s’il faut le comparer à sa suite tardive, mercantile et franchement ratée.
Charlie, jadis interprétée par la toute jeune et alors pas bien bonne actrice Drew Barrymore, a grandi, elle est toujours capable d’allumer des incendies par la seule force de sa volonté, elle est toujours en fuite, toujours poursuivie par le méchant Rainbird (qui n’est plus indien, ni homme de main, ni même mort, c’est tout dire). Et elle est toujours bien mal interprétée par la piètre Marguerite Moreau, pas bien aidée il faut le dire par un scénario calamiteux – entre autres choses idiotes, je trouve assez cocasse que les dossiers des expérimentations top-secrètes gouvernementales soit stockées dans des archives universitaires où elles peuvent être consultées comme de vulgaires mémoires de maîtrise. D’ailleurs, comme c’est pratique, Charlie travaille incognito dans ces archives, cherchant quand elle en a le temps à en savoir plus sur ses origines, la gourdasse, alors qu’il lui suffirait tout simplement de prêter attention aux incessants flash-back de la première partie, nous résumant laborieusement un récit de toute façon totalement réinventé et simplifié à l’extrême. Et comment est-ce possible de les rater, ces flash-back que le réalisateur met subtilement en évidence par des passages au noir et blanc, voire à une photographie aux couleurs brûlées, ha-ha.
Mais comme cette purge adopte tout de même la durée coquette de près de trois heures (!!!), le récit embraye bien vite sur un duel entre l’adolescente chaude comme la braise et un petit groupe d’enfants mutants dirigés par les affreux hommes en noir, histoire de piller une fois de plus les idées d’AKIRA de Katsuhiro Otomo et de rappeler au (télé)spectateur que X-MEN, c’était quand même cool, non ? Pas de chance, cette soupe n’a semble-t-il pas trouvé d’échos suffisants pour générer une énième série TV.
 
G comme… GRANNY, de Boris Pavlovsky (USA, 1999)
Le film suivant est tout aussi nul, mais il a le très grand mérite de ne durer qu’une heure, et rien que pour ça, je l’adore. Enfin…
Produit par la firme bien mal nommée « Ambitious Productions Inc. », ce petit film semi-amateur n’est qu’un slasher inepte de plus, qui parvient malgré sa très courte durée à ennuyer copieusement son spectateur avant de lui asséner un twist déjà vu mille fois et mille fois mieux préparé (préférez plutôt revoir le sympathique WEEK-END DE TERREUR des années 80). On se console avec une VF bien nunuche et surtout avec un des pires travellings compensés qu’il m’ait été donné de voir sur un écran, ce qui a au moins le mérite d’être un tout petit peu drôle.
 
H comme… L'HOMME DE LA RUE, de Frank Capra (USA, 1941)
Après l’attachant LA VIE EST BELLE, découvert à l’époque de l’épisode 0 des Chroniques de l’Abécédaire, c’est L’HOMME DE LA RUE qui vient se faire chroniquer en ces pages, armé d’un beau sujet et handicapé par une copie pas bien brillante.
Beau sujet donc : en pleine crise économique à l’image du reste du pays, un journal licencie une bonne part de ses employés. Une journaliste fort contrariée fait de son dernier article une fausse lettre de suicide signée d’un inexistant John Doe. Contre toute attente, cette missive amère émeut l’opinion publique et les autorités politiques – moins pour le triste cheminement du pays que pour ce seul fantoche inventé de toutes pièces. La journaliste y voit aussitôt son intérêt, dévoile la vérité à ses employeurs et retrouve son poste avec pour mission de rédiger un bulletin régulier du très populaire John Doe. Très vite, cette popularité entraîne la nécessité impérieuse de dégoter un John Doe à montrer aux foules et à la presse, via un casting de mythomanes secrètement organisé par le journal. Au risque que le lauréat de ce rôle convoité (excellent Gary Cooper) ne finisse par le prendre un peu trop au sérieux…
Pas mal, n’est-ce pas ? Capra retrouve ici la finesse d’écriture qu’on lui connaît, supérieure peut-être à ses talents de metteur en scène. S’il sait montrer des images fortes (et ce dès le plan d’ouverture, avec le mot « free » arraché d’un mur au marteau-piqueur), sa réalisation paraît sans doute un peu plate (propre, fonctionnelle mais sans grande invention), mais elle est cependant largement compensée par un sens du rythme imparable et par une dernière partie plus soignée et surtout visuellement plus inventive. Ceci dit, le film brille sur deux heures de métrage d’une intelligence et d’une ambiguïté passionnantes : la forme est vive, humoristique, enlevée, mais le fond est étonnamment sombre, lucide. Alors que la seconde partie du film semble l’orienter vers une utopie de gentillesse et de générosité laissant derrière elle la sournoiserie et le cynisme de ses personnages principaux, le dernier acte apporte un merveilleux contrepoint noir et subtil – parvenant à faire naître une surprenante harmonie entre l’ironie désespérée et un humanisme sincère, non sans souligner à quel point les foules, tantôt solidaires tantôt déchaînées au gré des révélations et des formules, est manipulable à loisir. Et comme cette dernière partie est aussi esthétiquement la plus aboutie, L’HOMME DE LA RUE s’avère donc d’une très belle facture.
 
I comme… INTÉRIEURS, de Woody Allen (USA, 1978)
Grand admirateur d’Ingmar Bergman, Woody Allen saute le pas et réalise avec INTERIEURS son premier film dramatique, fortement sous influence, et à peu près totalement dénué d’humour, au grand dam de ses fans puisque le film aura à sa sortie en salles connu une légère déconvenue publique, accueil tiède d’ailleurs savoureusement parodié dans STARDUST MEMORIES. Le film dans ses grandes lignes n’est du reste pas sans défauts, certaines séquences ressemblant beaucoup aux mises en boîte du cinéma de Bergman : épure un rien décorative (dans tous les sens du terme), cadrages imitatifs (déjà placés dans l’excellent GUERRE ET AMOUR, mais sur un mode humoristique), symbolisme appuyé, interview des acteurs/personnages…
Revoir ce film – qui m’avait à une époque prodigieusement ennuyé – a été plutôt intéressant. INTERIEURS me semble un peu raté, mais il se démarque encore de ce qui va par la suite devenir une formule un rien immuable dans le cinéma de Woody Allen. Il est aussi marqué par une certaine naïveté renforcée par le sérieux de l’approche : tout est dans le titre ! Intérieurs vides hantés par des esprits tourmentés, enfermement constamment suggéré du personnage interprété par Géraldine Page, contrastant avec le chaos et l’ampleur du bord de mer lors de la (belle) séquence du suicide. Contraste évident également entre ce milieu aisé, intellectuel, pesant, et celui de Maureen Stapleton, belle-mère « normale », bavarde comme une pie, inculte, joyeuse… INTERIEURS paraît donc avec le recul bien simpliste et studieux, mais il faut souligner qu’il comporte tout de même quelques très belles séquences, particulièrement la dernière apparition, étrange, fantomatique, de Geraldine Page – très belle atmosphère silencieuse et subtilement onirique. Belles tranches de cinéma dans le cadre d’une œuvre sans doute un peu trop déférente envers son inspirateur, où la personnalité de Woody Allen paraît trop effacée.
 
K comme… KILLER INSTINCT, de Ken Barbet (USA, 2002)
Bon, le titre est affreusement banal, mais il s’agit au moins du titre original, à ne pas confondre donc, par exemple, avec le piètre SPLIT SECOND interprété par Rutger Hauer. Et c’est à vrai dire à peu près tout ce qu’a d’original ce petit slasher indigent, fonctionnel et sans réel intérêt. Le film s’éparpille un peu entre deux intrigues différentes sans en traiter une seule correctement, ce dont la conclusion aimablement immorale souffre beaucoup. D’un côté, nous avons Dee Wallace, journaliste lancée dans une enquête portant sur un vieux fait divers, menacée par des notables désireux de garder telle vérité dans l’ombre. De l’autre, une bande de jeunes ahuris décide de passer la nuit dans l’ancien hôpital psychiatrique désaffecté où a eu jadis lieu le fait divers en question, en profitant de l’occasion pour organiser une « chasse au slip », et pour se faire naturellement trucider par les pièges placés là par un mystérieux assassin.
Assommant et ridicule dans sa façon d’accumuler les fausses alertes toutes les cinq minutes, KILLER INSTINCT ne vaut vraiment rien, à l’exception d’une séquence vraiment idiote qui m’a fait rire : un lent travelling sur ce qu’on croit être une fellation en cours… mais le cadre finit par révéler que la jeune fille est en fait en train de sucer les doigts de pied de son copain. A ce stade, elle s’interrompt et s’exclame : « Désolée, ça marche pas pour moi : c’est… morteil ! » « It is toe much » en VO ? J’avoue que l’idée de revoir le film dans la langue de Shakespeare juste pour m’en assurer est un peu au-dessus de mes forces.
 
L comme… LA LÉGENDE DE LA MOMIE II, de David DeCoteau (USA, 2000)
Le film fait, très artificiellement, suite à un premier opus redoutablement terne, mais on essaie de se motiver en se disant que DeCoteau, sans atteindre les cimes du 7e Art, est au moins parfois capable de changer d’approche et de livrer une petite série B amusante et techniquement soignée, même si, une fois de plus, la copie proposée est en VF et surtout recadrée, dommage pour le cinémascope soigné du réalisateur, par ailleurs toujours fidèle à ses habitudes : le roi du plan basculé est toujours en forme, et toujours bien plus empressé de filmer des minets en caleçon et des torses masculins que des filles dénudées.
Bon, ceci dit, on déchante quand même assez vite : le film reste très laborieux et débouche rapidement sur une nouvelle soirée organisée par la sempiternelle bande de jeunes là où il ne faut pas, et comme je viens juste de m’en farcir une avec KILLER INSTINCT, inutile de dire que je n’étais pas forcément enchanté.
On fait le tri, nonobstant. Le film est interprété par une bande d’acteurs exécrables, et par l’actrice/productrice Ariauna Albright, fidèle des productions de Charles Band, une rouquine au physique improbable qui peut jouer indifféremment les étudiantes folles de leur corps ou les enseignantes coincées. C’est cependant le méchant teenager de la bande qui se fait remarquer, moins par ses talents d’acteur (nuls) que par sa spectaculaire tenue de descendant des prêtres aztèques (!), mi-cuir, mi-peau de léopard – avec jupe assortie. Il provoque le réveil d’une momie qui trucide mollement le casting dans un métrage au scénario vraiment inepte et à la technique rôdée certes, mais fort limitée, systématique et caricaturale. C’est un peu plus kitsch que le soporifique premier épisode, mais ça n’en est pas plus affriolant pour autant : on peut très bien s’abstenir de s’en imposer la vision sans s’en porter plus mal.
 
M comme… MESSIAH OF EVIL, de Willard Huyck (USA, 1973)
Le niveau remonte nettement avec ce passionnant et méconnu DEAD PEOPLE, premier des quatre longs-métrages réalisés par le cinéaste malchanceux Willard Huyck, dont les revers de carrière avaient été évoqués à propos de son 3e film, UNE DÉFENSE CANON. C’est aussi, sans doute, son meilleur film, et accessoirement l’un de ceux extraits du coffret « 50 Chilling Classics » qu’il me tardait le plus de découvrir – même dans une copie délavée, recadrée et en VO non sous-titrée, puisqu’il semble bien peu probable que MESSIAH OF EVIL soit jamais restauré et disponible dans une copie digne de ce nom…
Évoquant par moments le classique culte CARNIVAL OF SOULS, le film s’inscrit dans l’atmosphère du cinéma fantastique des années 70 dans ce qu’elle avait de meilleur, tout en préfigurant par son sujet le très intéressant RÉINCARNATIONS de Gary Sherman (petite bourgade à proximité de la mer dont les habitants ont un comportement étrange et pour le moins inquiétant). Et même s’il comporte quelques maladresses et souffre parfois d’une bande originale médiocre, le film impressionne et intrigue énormément par son ambiance irréelle, ses idées singulières, sa mise en scène originale et soignée, truffée d’initiatives étranges et de plans très aboutis (les autochtones contemplant la lune). Huyck privilégie le décalage musical (notamment dans l’impressionnante séquence du supermarché, passage véritablement glaçant et anxiogène), soigne une direction artistique un peu folle (particulièrement la maison du père de l’héroïne), détourne adroitement les clichés du genre (introduction du personnage de l’ivrogne du village qui forcément en sait long mais n’a jamais l’occasion d’en dire plus !) et emprunte à Hitchcock une célèbre idée de montage des OISEAUX pour une scène très forte se déroulant dans une salle de cinéma.
Sans être un chef-d’œuvre oublié, MESSIAH OF EVIL est donc tout à fait à la hauteur de la flatteuse réputation dont il avait bénéficié à l’époque, c’est un film cauchemardesque et mémorable, qui fait preuve d’une belle originalité, dans son scénario et plus encore dans sa conception aussi percutante que personnelle. Une de ces petites perles qui justifient et motivent l’exploration cinéphage de métrages enfouis sous la poussière. J'ajoute que, le film étant libre de droit, il vous est possible de le télécharger en toute légalité sur le site "Public Domain Torrents" en cliquant ici.
 
N comme… NOTRE HISTOIRE, de Bertrand Blier (France, 1984)
Comme je venais de le faire avec Woody Allen pour INTÉRIEURS, je reviens ici chez Blier sur un film qui m’avait à l’époque fait une impression un peu mitigée, éclipsé il faut le souligner par la maîtrise des films de la grande période (MERCI LA VIE en particulier) que je venais alors de découvrir.
Avec le recul, NOTRE HISTOIRE, avec sa narration décalée évoquant parfois par la petite bande celle de TRANS-EUROP-EXPRESS de Robbe-Grillet, semble déjà amorcer les expérimentations des films qui allaient suivre, une ébauche pas encore totalement aboutie dans la mesure où le film ne décolle pas vraiment : la faute sans doute à un casting un peu faible (Alain Delon et Nathalie Baye ne font pas vraiment d’étincelles), à une musique assez pénible (le classique marche tellement mieux chez Blier !), et surtout à des pannes de rythme qui rendent notamment la dernière partie un peu laborieuse, malgré quelques jolies trouvailles (le fleuriste et le frigo) et une conclusion délicate, très belle, introduisant un surprenant dédoublement de personnalité.
NOTRE HISTOIRE n’en reste pas moins très intéressant dans son humour décalé, son jeu avec la fiction, ses vagues de cruauté ou de tendresse toujours mises en abîme à leur point culminant. C’est du bon Blier, moins frontal que l’excellent PRÉPAREZ VOS MOUCHOIRS, mais pas encore aussi permissif et original qu’un film comme UN DEUX TROIS SOLEIL. En bref, c’est en tout cas un film qui va dans le bon sens – et vaut toujours bien mieux que la moyenne médiocre de la production française d’alors, et d’aujourd’hui.
 
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[Photo : "Elle va en voir de toutes les couleurs", par le Marquis]

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Mardi 24 juillet 2007 2 24 /07 /2007 19:37

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[Photo : d'après Camilla Carr dans NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, par Le Marquis]

S’achève enfin la longue parenthèse entre cet article et sa première partie, dû à la fois à la virulence de la reprise de mes activités professionnelles et, plus agréable, à la visite du Dr Devo qui a mis le visionnage alphabétique sur pause pendant une bonne semaine. Et il faut bien l’avouer, le Docteur a eu la main bien lourde dans ses choix : nous aurons rarement à ce point enchaîné les films de seconde ou de troisième zone ! Motif invoqué : « Je vois des bons films toute l’année » ! Hem… N’allez pas vous figurer que mon salon est l’Antre de la Consternation, il y avait dans la pré-sélection une palanquée de très bons films. Mais bon, ma foi, c’est l’appétit qui parle, et à toutes fins inutiles, voici la liste (alphabétique naturellement) des films visionnés en bonne compagnie : BASKET CASE, premier long-métrage du très sympathique Frank Henenlotter, BLOODY MURDER, nettement moins amusant que sa suite (mais cette suite avait pour avantage certain une VF québécoise hilarante), LE CERVEAU QUI NE VOULAIT PAS MOURIR, petit classique de SF des années 60 doté d’un certain charme à mes yeux, CULTUS, duplicata tout juste passable de LAKE PLACID, THE DARK DANCER, thriller érotique stupide, DEATH GAMES, plagiat tardif de RUNNING MAN produit par Roger Corman (avec une chanson qu’on qualifiera de mémorable en générique, « Mortal Challenge »), FREDDY CONTRE JASON, plutôt agréable à la revoyure sans être pour autant très réussi (j’ai tout de même été un peu sévère envers ce film à l’époque), GHOST WORLD de Terry Zwigoff, sans doute l’un des meilleurs films de la sélection (bien qu’il ne soit pas exempt de défauts), HORROR CANNIBAL 1 et 2, improbables métrages d’un Bruno Mattei qui bouge encore, THE HUMAN TORNADO, sommet incontournable de série Z offert par le Captain Pangolin (que je remercie vivement !), l’insupportable KILLJOY, et sa suite KILLJOY II qui a suscité une molle polémique (il est bien meilleur que le premier opus, ce qui n’était pas bien difficile, et m’a paru très relativement plaisant à la consternation du Dr Devo), LA LÉGENDE DE GATOR FACE, offert par mon invité et délicieusement tartempion, l’infect LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS II (il faudra un jour que je fasse un article sur le film original de Dan O’Bannon pour lui rendre justice), et ZOMBIE KING, avec KILLJOY le film le plus pénible et le plus antipathique de la sélection, ne vous laissez pas avoir par l’emballage « fun » d’un métrage en réalité d’un ennui mortel et d’une laideur totale. En complément de programme, la quasi intégralité de la saison 1 du Muppet Show en VOST est venu apporter une grande bouffée d’air frais, et je ne manque pas de signaler au passage une autre grande discussion sur KING KONG, Peter Jackson et le tout-infographique dont il restera probablement quelques traces lorsque j’aborderai le film de Jackson dans un prochain épisode.
Mais tout de suite, revenons-en à la suite et fin de l’épisode 13, et ouvrons le feu avec un film en M comme…
 
MALÉFICES, de Maurice Devereaux (Canada, 1998)
On retrouve ici le sympathique Maurice Devereaux de SLASHERS, avec son film précédent et second long-métrage après un BLOOD SYMBOL dont le cinéaste ne semble pas très fier (SLASHERS était donc le troisième, suivez donc un peu), toujours édité par Antartic, mais cette fois en VF et dans une copie recadrée, pour un métrage de surcroît nettement moins argenté. Le résultat est à vrai dire bien moins convaincant.
Le film développe une variation sur le thème de la Dame Blanche dans un fantastique très naïf et largement mâtiné d’érotisme. Le manque de moyens se fait cruellement ressentir, notamment dans un casting calamiteux, mais Devereaux met vraiment le paquet visuellement, chargeant son film de transparences parfois très gonflées, et livrant parfois quelques plans aquatiques assez jolis. Quelques belles trouvailles visuelles côtoient ainsi des emprunts à EVIL DEAD ainsi qu’une séquence volée au superbe (et totalement oublié) SISTER SISTER de Bill Condon. Ceci dit, le budget et le semi-amateurisme s’accompagnent aussi de maladresses grossières, renforcées par ce qu’on peut difficilement reprocher à son réalisateur, à savoir son excès d’ambition – voir les hilarantes séquences en flash-back avec les chevaliers. Cheap et pas d’un rythme très soutenu, le film a en tout cas le mérite de n’être vraiment pas sobre, même si je vous orienterais plutôt vers son troisième essai, le curieux SLASHERS donc, plus maîtrisé et au concept relativement original : de fil en aiguille, Devereaux, dont le nouveau film, END OF THE LINE, est achevé, acquiert doucement ses gallons de petit faiseur attachant dans un milieu où les personnalités un peu singulières se comptent sur les doigts d’une main.
 
N comme… NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, de S.F. Brownrigg (USA, 1976)
Retour aux années 70 avec un métrage offert par le Dr Devo, film qui n’aurait d’ailleurs pas dépareillé s’il avait trouvé sa place dans le coffret « Chilling Classics » dont j’égrène peu à peu les premiers titres visionnés. Le film est édité en DVD par PVB, éditeur qui m’agace plutôt, dans la mesure où son catalogue, assez original, est le plus souvent gâché par l’exécrable qualité des copies et des DVD lancés sur le marché – c’est à eux qu’on doit notamment la sortie du seul DVD actuellement disponible dans le monde pour le magnifique LE CERCLE INFERNAL de Richard Loncraine, retitré « The Haunting of Julia » pour l’occasion (non, ce n’est pas le titre original) et surtout recadré, ce qui rend l’acquisition du produit hautement peu recommandable dans la mesure où Loncraine utilisait l’intégralité du format cinémascope pour composer cet univers sombre et mélancolique.
Même tarif pour NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, étrange variation sur le thème de la folie meurtrière post-PSYCHOSE, présenté dans une copie infecte, et en VF. D’après ce que l’image nous permet de distinguer, le film semble assez maladroit et dans l’ensemble piètrement réalisé, sans compter un sens du rythme des plus discutables. Pourtant, le film se suit sans déplaisir, principalement grâce à la performance surprenante de son actrice principale, Camilla Carr, à la carrière assez maigre principalement illustrée par un rôle récurrent dans la série « Falcon Crest ». C’est un peu dommage, elle livre ici une interprétation indéniablement puissante, et en tout cas jusqu’au-boutiste, sans craindre le ridicule, sans jamais hésiter à forcer le trait. Et ça fonctionne. D’autant plus que quelques séquences isolées s’avèrent vraiment étonnantes : très belle utilisation des fondus enchaînés, intéressant montage alterné entre une prostituée qui se déshabille et une femme endossant les vêtements d’un homme. Mais je pense surtout à ces scènes où la caméra subjective fait du spectateur l’objet de la folie de Camilla, son frère, son amant puisqu’elle fait littéralement l’amour à la caméra lors du plus beau passage du film, rares instants de déraison dans un métrage un peu mou et convenu, suffisamment intenses pour le rendre au moins mémorable, ce qui n’est pas si mal.
 
O comme… OH! QUEL MERCREDI!, de Preston Sturges (USA, 1947)
Et maintenant, une petite excursion dans les années 40 pour évoquer un métrage malchanceux, maladroit, et en partie passionnant. En 1947, Preston Sturges a l’idée d’orchestrer le come-back de l’acteur Harold Lloyd, grande star du splastick aux temps du cinéma muet (j’aime assez ce que j’en ai vu) qui avait raté le coche du passage au parlant dans les années 30, et avait fini par mettre un terme à sa carrière. Le projet aboutit, mais le film, THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK a explosé son budget et n’est pas apprécié par ses producteurs Harry Cohn et Howard Hughes, lesquels décident de le remonter et de le remodeler. Le second montage, intitulé MAD WEDNESDAY, est un flop retentissant, ce qui met un terme définitif à la carrière d’Harold Lloyd. Bon, ça, c’était la partie « fiche de Monsieur Cinéma ». Je précise juste que Bac Films nous propose en France le montage original, à savoir THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK – ce que ne laisse pas supposer l’affiche du film sur la jaquette, qui est celle de MAD WEDNESDAY.
On peut cracher le morceau de suite : sans être une purge laborieuse comme l’était LA TERREUR DE L’ARMÉE avec Jerry Lewis, loin de là, et même s’il présente plus d’une belle qualité, le film de Preston Sturges, qui cherche parfois à retrouver la vigueur d’un film comme l’imparable IMPOSSIBLE MONSIEUR BÉBÉ auquel il emprunte d’ailleurs quelques gags, n’est pas une comédie particulièrement réussie. L’intrigue et les situations sont aimablement loufoques, correctement troussées, agréables, sans plus.
Pourtant, le film me semble assez incontournable, ne serait-ce que pour l’audace et l’originalité de sa première partie, déconcertante et vraiment intelligente, qui sait se jouer avec finesse et non sans un léger arrière-goût d’amertume de l’aura de has-been de sa vedette. Le film débute par un très large extrait de près d’un quart d’heure de THE FRESHMAN (1925), permettant à la fois au spectateur de se souvenir de ce qu’Harold Lloyd avait été dans les années 20 (juste l’égal d’un Buster Keaton), et de préparer le terrain à un étonnant tour de passe-passe cinématographique, une transition quasi invisible vers la fiction de 1947. Subtilement sonorisé puis dialogué, l’extrait de THE FRESHMAN laisse soudain la place au film de Preston Sturges, et Harold Lloyd semble toujours incarner dans le même mouvement le personnage qu’il y interprétait ; mais il a vieilli, naturellement, et le contraste est frappant dans ses brefs plans de l’acteur maquillé avant que ce maquillage ne soit balayé par un discret flash-forward au terme duquel nous retrouvons Harold… Lloyd ou Diddlebock ?
La question se pose, dans la mesure où la star sur le retour peut difficilement être perçue comme autre chose qu’elle-même, acteur défraîchi et employé de bureau sur le point d’être licencié par un patron qui a oublié le match glorieux de l’introduction muette, et a peut-être aussi oublié THE FRESHMAN et Harold Lloyd lui-même. Le film amorce ainsi avec talent un parallèle constant entre deux fictions et entre un avant et un après que le réalisateur ne cherche jamais à dissimuler ou à travestir : THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK ne tente à aucun moment de singer les titres de gloire de Lloyd malgré de constantes références, et s’efforce d’inscrire le jeu de son acteur dans une écriture plus sophistiquée laissant derrière elle les ficelles propres aux grandes heures du cinéma muet. Démarche qu’Harold Lloyd assume d’ailleurs avec un certain talent, livrant une performance originale et irréprochable. Dommage que la seconde partie du film ne soit pas vraiment à la hauteur de cette superbe ouverture, et s’enlise quelque peu dans une comédie typique de l’époque, sans défauts rédhibitoires mais sans grande personnalité non plus. Reste que ceux qui se souviennent du binoclard suspendu à l’aiguille d’une horloge ne doivent pas rater le très bel hommage et la belle réflexion qu’induit cette ellipse de plus de vingt ans qui nous présente Harold Lloyd à l’apogée de son succès puis à deux doigts de l’oubli.
 
P comme… LA PLAGE, de Danny Boyle (USA / Angleterre, 2000)
Il me faut vraiment avoir énormément apprécié son 28 JOURS PLUS TARD (c’est le cas) pour trouver la motivation nécessaire à la découverte de ses films précédents, puisqu’à l’époque de la sortie de son meilleur film, et ô combien de loin, je n’en avais vu aucun. Je comprends mieux les réticences de certains en les découvrant à rebours, en me disant que Danny Boyle revenait de loin et que la réussite de 28 JOURS… était loin d’être dans la poche. Il faut dire qu’UNE VIE MOINS ORDINAIRE et PETITS MEURTRES ENTRE AMIS, malgré une volonté manifeste d’inventivité visuelle – qui débouchait sur de bons résultats à raison de quinze-vingt petites minutes sur la durée de chaque métrage, ne m’ont pas vraiment convaincu. Restent à découvrir, le fameux TRAINSPOTTING, que j’appréhende à vrai dire, et MILLIONS qui n’a pas rencontré le moindre succès et m’intrigue doucement. Danny Boyle vient d’achever le film SUNSHINE, mêlant science-fiction et film catastrophe avec un sujet à la ARMAGEDDON qui me laisse un rien perplexe : le petit roublard restera-t-il l’homme d’un seul film ?
Oui, parce que bon, au moment de visionner LA PLAGE, il m’en aura fallu du courage pour surmonter l’aversion a priori que suscitait la composition du casting, une sorte de galerie des horreurs cependant illuminée par la présence de la talentueuse Tilda Swinton, pour supporter un Leonardo Di Caprio (vu il y a peu dans CRITTERS III !) redoutable quand il n’est pas solidement tenu en laisse, la Virginie Ledoyen, et par dessus tout Guillaume Canet, dont chaque apparition me donne des envies de génocide. Le comble étant que les personnages incarnés par les deux derniers cités m’ont semblé d’un intérêt parfaitement dispensable.
Le film, malgré un sujet séduisant, m’a semblé franchement détestable dans ses grandes lignes, lourdement handicapé par des personnages sans intérêt, suscitant des dialogues pas fameux, énoncés par des acteurs pas fameux non plus – et je suis attentif au fait qu’il rentre là une bonne part d’épidermique, j’en suis bien conscient. Autre problème majeur, la bande originale, insupportable bout à bout de musique branchouille (citons pêle-mêle, et que les fans ne s’en formalisent pas, Moby, Blur, Chemical Brothers ou même un remix du « Yé Ké Yé Ké » de Mory Kanté !). Ces choix musicaux posent tout particulièrement problème, dans la mesure où ils m’ont semblé anéantir purement et simplement l’atmosphère recherchée du film autour de cette communauté loin du monde : comment ressentir une seule seconde la supposée violence du retour à la civilisation, inscrite en caractères gras dans le scénario mais pas du tout dans le son (le juke-box en off sur la plage est à peu près le même sur le continent !) ou dans la mise en scène (percluse de tics décoratifs agaçants quel que soit le contexte dans lequel les personnages évoluent) ? Et je ne parle pas de ses séquences pseudo-érotiques sur fond de musique à la Tahiti Douche. Les expérimentations de la dernière partie (notamment le passage en mode jeu vidéo), étranges mais tout autant ratées, arrivent à un stage où la vision du film m’est devenue tout simplement trop pénible pour que je sois en mesure d’y prêter la moindre attention. Aucun intérêt, à peu de choses près, essentiellement la brève apparition de Robert Carlyle et la performance intense de Tilda Swinton, que je préfère mille fois revoir dans ORLANDO ceci dit.
La vraie question est la suivante : où Danny Boyle est-il allé puiser l’intensité, la retenue, la cohérence, la spontanéité et l’intelligence quand il a mis en boîte 28 JOURS PLUS TARD ?
 
R comme… ROXANNE, de Fred Schepisi (USA, 1987)
On se calme et on boit frais avec cette innocente petite comédie issue des années 80 à jamais disparues, solidement campée par un duo autrement plus séduisant que Ledoyen/Canet, j’ai nommé Steve Martin et Darryl Hannah – ça a quand même une autre gueule, non ? Franchement. Le film reprend, en les transposant dans un contexte contemporain, les grandes lignes de « Cyrano de Bergerac », celles que connaissent tous ceux qui n’ont jamais lu une seule ligne du livre d’Edmond Rostand – j’en fais partie, pour tout dire. C’est mignon, propret, insignifiant et attachant, et je n’ai absolument rien d’autre à en dire.
 
S comme… SLACKERS, de Dewey Nicks (Canada / USA, 2002)
Le film a déjà été favorablement critiqué par le Dr Devo, je vous renvoie donc à son article, et si je ne partage pas totalement son point de vue, je peux moi-même pointer les quelques qualités du métrage. En tout premier lieu, l’interprétation de Jason Schwartzman, très populaire aux Etats-Unis et quasi inconnu en France – il faut dire que RUSHMORE de Wes Anderson (son meilleur film à mes yeux), dont l’acteur tenait la tête d’affiche, a connu en France une distribution des plus confidentielles. L’intérêt de SLACKERS réside tout particulièrement dans ce que le film peut avoir de profondément immoral, en plus de sa vulgarité tapageuse et de sa méchanceté gratuite. Le film s’inscrit dans le genre « college », sur un registre nettement porté sur la farce tendance AMERICAN PARTY (VAN WILDER PARTY LIAISON) ou AMERICAN PIE. Titres que j’apprécie très modérément, ne partageant pas trop l’enthousiasme du Dr Devo sur la question.
Et je m’en explique. Alors que j’apprécie ouvertement les films de college, une certaine frange d’entre eux me gêne vraiment, dont les titres cités à l’instant font partie. C’est le double effet Kiss Cool en somme : je suis dans un premier temps emballé par l’énergie quasi anarchique et l’insolence qui se dégagent de ces films qui détournent les codes d’un genre à la base assez nunuche et semblent prendre le chemin de la comédie noire percutante sur fond d’esthétique MTV (séquences clipées, sketches isolés, fantasmes visualisés, etc.), techniques faciles et pas bien originales, mais toujours un peu efficaces. Mais par la suite, je suis franchement atterré par la façon dont le cynisme porté en étendard durant trois quarts d’heure finit par déteindre sur le cours du scénario au point de le détremper totalement. Le vrai cynisme ? C’est quand des personnages héros aux comportements immoraux se rachètent soudain une conduite et rentrent dans le rang en se faisant plus intégrés et intègres que les plus mère Térésa des nerds moqués dans la première partie. Que cela plaise ou non, et ça ne me plaît pas, Jason Schwartzman n’est pas le héros de SLACKERS. Le héros de SLACKERS, c’est cette pomme de terre au four qu’est l’insipide Devon Sawa. Le film ne ménage pas la moindre empathie pour le personnage de marginal psychotique joué par Schwartzman, lequel n’a bien que son interprète pour développer une relative épaisseur – il est d’ailleurs le seul réel intérêt d’un film par ailleurs inepte et assez laid. Contrairement au docteur, je ne vois ni ne ressens aucune noirceur dans ce qu’il lui advient au terme du métrage, pas la moindre dimension tragique, le film (qui dans le cas contraire aurait effectivement été bien plus intéressant) ne laissant pas la place à ce genre de considérations dans la façon qu’il a d’enfermer ce rôle dans une sauce figée d’imbécillité, d’antipathie et de grotesque : il n’y a, dans le regard qui est porté sur lui, qu’un mépris rigolard qu’au fond je trouve assez glacial. Là où le Dr Devo trouvait entre deux lignes un sous-texte cruel sur son devenir, je n’ai en fait perçu que de l’humour potache bien plus soucieux de morale que de social. Et quelle morale ! Les pires héros sont bien ceux qui jettent à la corbeille leur personnalité et leurs comportements déviants à la première occasion pour mieux rentrer dans le rang et se faire exemples d’une version simpliste de récit d’apprentissage qui ne laisse pas l’ombre d’une chance à l’ambivalence.
 
T comme… TRACK OF THE MOON BEAST, de Richard Ashe (USA, 1976)
Sans se laisser décourager le moins du monde par le piètre BAKTERION, je reviens explorer de façon aléatoire les tréfonds du coffret « Chilling Classics », avec ce redoutable TRACK OF THE MOON BEAST qui parvient hélas à faire pire que son voisin de coffret italien. Dans un registre résolument Z, le film de Richard Ashe rencontre à peu de choses près les limites du TROU NOIR de Disney : c’est bien joli, mais c’est un film des années 50 malencontreusement réalisé dans les années 70 !
Après avoir brièvement fait connaissance avec un maigre troupeau de personnages dissertant aux alentours d’un désert, campé par un maigre troupeau d’acteurs au jeu totalement rétro et tout aussi peu concerné. Une pluie de météorites vient alors bouleverser mollement l’intrigue : notre malheureux héros reçoit dans la tête un petit éclat du caillou venu du ciel. Très logiquement, monsieur se met alors à souffrir d’une étrange forme de lycanthropie, puisqu’il se transforme en croquignolet homme-lézard meurtrier les soirs de pleine lune…
Bilan des courses, on s’ennuie gentiment même si l’aimable nullité ambiante en rend la vision un peu délassante. Ceci dit, le film devait déjà paraître bien désuet lors de sa sortie en salles en 1976, avec sa Créature du Lac Noir de pacotille, ses passages musicaux délicieusement ringards (ici une formation à la « Peter Paul & Marie » qui nous interprète dans un bistro un spectaculaire « California Lady »), ainsi qu’un premier meurtre hors-champ qui plagie avec une touchante maladresse une séquence célèbre de L’HOMME-LÉOPARD de Jacques Tourneur, tourné en 1943… Si je ne vous en ai pas dégoûtés, et si vous avez un faible pour les monstres avec fermeture éclair intégrée, vous pouvez télécharger en toute légalité ce petit film tombé dans le domaine public lorsqu’il s’est pris les pattes dans son encombrante queue d’iguane humanoïde !
 
U comme… U-TURN, d’Oliver Stone (USA / France, 1997)
Oliver Stone… Encore un cinéaste capable du meilleur comme du pire, et sans vouloir être vache, j’ai toujours eu le sentiment que la qualité de ses métrages reposait essentiellement sur le talent de l’équipe technique qui l’entoure. Alors que ses élans de patriotisme critique trempé dans l’académisme roublard (PLATOON, NÉ UN 4 JUILLET, NIXON, JFK, WORLD TRADE CENTER) m’ont toujours laissé totalement froid, j’ai par contre beaucoup apprécié les expérimentations de son intéressant TUEURS-NÉS, à vrai dire le seul de ses films qui ne m’ait pas laissé indifférent…
… Jusqu’à ce U-TURN visionné sur les conseils avisés du Dr Devo, film noir singulier, toujours très roublard mais vraiment plaisant. La narration du film fonctionne sur des bases classiques mais toujours efficaces : le film débute sans véritable sujet, lequel ne se dessine que progressivement, et c’est avant tout par le biais d’un décor mis en place avec humour et d’une galerie de personnages impossibles (casting surprenant où se croisent Julie Hagerty, Claire Danes, Billy Bob Thornton ou Jon Voight, et j’en passe). L’atmosphère iconoclaste et le recours à une bande originale décalée évoquent fortement le cinéma des frères Coen lorsqu’ils étaient encore en pleine forme. Bref, Oliver Stone construit un univers totalement irréaliste et semi-parodique, et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne procède pas par petites touches impressionnistes.
C’est l’autre attrait du métrage, qui risque probablement de provoquer quelques rejets sommaires mais me semble valoir bien mieux que la tiédeur léthargique et démonstrative de la grande majorité des films du cinéaste : sa constante et radicale hyper-expressivité, qui ne va pas jusqu’à la furie psychotronique de TUEURS-NÉS mais s’inscrit indéniablement dans la même mouvance – cadres torturés, montage sonore acerbe, photographie criarde, splitscreens mobiles et cartoonesques, interprétation en roue libre… À défaut de bon goût, U-TURN compense par un étonnant cocktail d’érotisme, de violence, de comédie et de décrépitude, énergique et d’une artificialité pleinement assumée (voir le très gros plan, somme toute logique, sur l’œil de Jennifer Lopez, dans le reflet duquel on distingue très clairement l’équipe de tournage). Et dans ce flux d’images et de son qui tourne résolument le dos au réalisme et aux clichés du genre, on croise même quelques très belles choses, comme ces jump-cuts troublants sur la Lopez, technique de montage ici vraiment incarnée.
Difficile de discerner une réelle personnalité dans cet exercice de collage formaliste et d’une gratuité forcenée, esthétiquement très riche par la force des choses, peut-être un rien bourratif mais tellement plus captivant qu’une énième reconstitution historique aux vapeurs de verveine-camomille.
 
V comme… LE VOLEUR D'ARC-EN-CIEL, d’Alejandro Jodorowsky (Angleterre, 1990)
L’éditeur PVB fait ici une seconde percée après NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, avec un titre inattendu que m’a offert le Dr Devo, qu’il en soit encore remercié. Toujours le même problème avec PVB, la richesse du catalogue (l’éditeur propose également LE CRI DU SORCIER de Jerzy Skolimowsky) est un peu gâchée par la médiocrité technique des DVD, et si le film de Jodorowsky est bien en version originale et au format respecté, la copie souvent verdâtre reste hélas de qualité assez médiocre. Tant pis, la rareté du film, à peine distribué en salles dans les années 90 après l’exploitation tardive et elle-même un peu confidentielle du superbe SANTA SANGRE, compense amplement la facture médiocre de l’édition.
Belle occasion en tout cas pour ouvrir une petite parenthèse sur la carrière de cinéaste de ce sympathique énergumène, dont je ne connais pas de très près les œuvres littéraires ou le travail dans la bande-dessinée. Peu productif, Jodorowsky, qui travaille actuellement sur un nouveau long-métrage intitulé KING SHOT (je crierai hourra quand j’aurais la copie ou le ticket entre les mains, ayant tout de même attendu seize ans avant de pouvoir voir LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL), n’a jamais fait les choses à moitié. Ses films, pour la plupart, méritent largement le terme de films-cultes. Un terme aujourd’hui totalement vidé de son sens, utilisé à tort et à travers par la critique et ouvertement monnayé par les distributeurs, je crois depuis que le mauvais THE CROW est sorti en salles flanqué du slogan « un film culte », et ce dès le jour de sa sortie : le terme « culte » ne désigne plus ces films fantômes insaisissables, pas toujours très bien distribués lors de leur première exploitation en salles, pas toujours très bien compris non plus, mais qui se sont lentement construit une solide réputation au fil des années, ne devenant célèbres et amplement diffusés que sur le tard. Et pas forcément avec une grande facilité – LA MONTAGNE SACRÉE et EL TOPO, diptyque étrange de Jodorowsky récemment ressorti en salles et qui connaîtra probablement une sortie DVD onéreuse dans les temps qui viennent, sont pendant des années restés invisibles pour de sombres histoires de droits ayant opposé le cinéaste à son producteur. En clair, des films comme THE CROW, LE GRAND BLEU (au secours) ou même RESERVOIR DOGS ne se sont vus taxés de films-cultes que parce que le terme fait très chic et que c’est un argument commercial comme un autre.
D’autres films de Jodorowsky sont par contre passés à peu près inaperçus – et je n’ai hélas pas encore eu la possibilité de les voir : FANDO AND LIS, TUSK, et jusqu’au dernier trimestre 2006, ce VOLEUR D’ARC-EN-CIEL, œuvre de commande tournée dans la foulée de SANTA SANGRE, le magnifique hommage de Jodorowsky au cinéma d’épouvante, œuvre profondément lyrique et symboliste, d’une puissance visuelle incomparable, dans l’ombre de laquelle est resté ce « petit film » interprété par Omar Sharif sans moustaches (c’est à peu de choses près tout ce que les médias ont jugé bon de faire remarquer en 1990), Peter O’Toole et Christopher Lee.
Sans égaler la fulgurance de SANTA SANGRE, LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL ne souffre pas des attentes générées par une curiosité d’aussi longue haleine, et s’est à vrai dire avéré bien plus riche et spectaculaire que ce à quoi je m’étais attendu. S’inscrivant sensiblement dans la même veine que SANTA SANGRE dans sa mise en scène (réalisation parfois très chorégraphiée et avare en séquences dialoguées, utilisation de la musique, soin porté à la direction artistique et à la photographie) et dans ses représentations (forains, putes, handicapés y forment une nouvelle variation, toujours très lyrique, sur la Cour des Miracles), le film n’est pourtant pas écrit par Jodorowsky lui-même, mais par Berta Dominguez D., laquelle s’approprie également l’interprétation de Tiger Lily, superbe personnage au centre d’une des séquences les plus émouvantes du film. Beau scénario d’ailleurs, auquel Jodoroswky apporte son inspiration visuelle, qui culmine dans la dernière partie du film avec un déluge noyant le monde dans lequel le cinéaste nous a faits évoluer, et auquel il apporte une qualité devenue bien rare de nos jours : la vie des décors. LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL est un conte où la cruauté et l’espoir s’entremêlent et se confrontent constamment. C’est aussi un très beau film, tout simplement.
 
W comme… WALLACE & GROMIT ET LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU, de Nick Park & Steve Box (Angleterre, 2005)
Il n’est pas dit que Nick Park parviendra jamais à égaler la réussite de THE WRONG TROUSERS, seconde aventure de Wallace & Gromit, et de très loin la meilleure, en plus d’être sans doute le meilleur travail de l’animateur anglais Nick Park. Bien sûr, cela n’enlève pas le plaisir que procure ce type d’animation artisanale à l’heure où l’on ne jure plus que par l’animation infographique : il y a dans cette esthétique une réelle incarnation, une présence tangible des décors, des objets, et il faut bien reconnaître à Nick Park, qui sait tirer intelligemment profit de sa propre cinéphilie, une réelle mise en scène, certes très référentielle, qui gère le plus souvent avec talent une mise en image dotée d’un appréciable sens du rythme, et d’un vrai découpage – avec l’échelle de plans qui fait défaut à tant de films live.
Après le merveilleux hommage à Hitchcock qu’était le très réussi THE WRONG TROUSERS, LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU s’oriente vers une relecture astucieuse et parfois très drôle du film d’horreur. Le film est visuellement séduisant et fourmille de bonnes idées, mais s’avère en fin de compte un peu décevant, la faute à une dernière partie maladroite et à une conclusion ratée. La réalisation de ce type de films s’étale sur plusieurs années, ce qui génère une attente et donc une certaine exigence, et peut par ailleurs nous amener à nous demander pourquoi le cinéaste, durant tout ce temps, ne s’est pas rendu compte de ce que le dénouement de son film avait d’insatisfaisant, et pourquoi il n’a pas cherché à corriger le tir en cours de route. Dommage donc que le film se termine sur une pirouette bâclée et peu cohérente. Le résultat reste plaisant et agréable, mais cède malheureusement à quelques facilités et à certaines redites (tous les films de Nick Park sont-ils voués à s’achever sur une course-poursuite motorisée ?) qui commencent à sentir le réchauffé et la panne d’inspiration. Le film est plus que visible ; mais il aurait dû casser la baraque !
 
Bon, c’est pas le toutou, mais la rédaction de l’épisode 14 ne va pas se faire toute seule, et il va me falloir m’activer : l’année 2006 comporte encore trois sélections complètes à chroniquer, et pendant ce temps-là, les visionnages se succèdent, la quatrième sélection, à cheval sur 2006/2007, étant particulièrement riche et intéressante. Au boulot !
 
Le Marquis
 
Et toujours, mais par ordre de préférence cette fois, de quoi vous suggérer certaines priorités :
 
[Photo : A HISTORY OF VIOLENCE, par Le Marquis]
A HISTORY OF VIOLENCE
LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL
LORD OF WAR
KEOMA
U-TURN
INSEMINOÏD
DEVDAS
WALLACE & GROMIT ET LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU
ÉMILIE, L’ENFANT DES TÉNÈBRES
OH ! QUEL MERCREDI !
FAST FOOD, FAST WOMEN
L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOF
CONSTANTINE
NE REFERMEZ PAS MA TOMBE
ROXANNE
SLACKERS
MALÉFICES
LA PLAGE
LES GUERRIERS DU BRONX II
BAKTERION
TRACK OF THE MOON BEAST
 
 
Bande-annonce de l’épisode 14 : Une recette novatrice d’éclair à la vanille inspire un vaudeville psychiatrique et bisexuel qui dégénère vite en une parodie de guerre des clans au cours de laquelle trois orphelins en péril perpétuel luttent contre un tueur de petites vendeuses de billets de loterie avec l’aide d’une adolescente enflammée. Non loin de là, une mamie homicide énonce un mensonge pour la bonne cause à l’encontre d’une mère névrosée qui a développé l’instinct d’un tueur, une momie gay en somme… Dans cette petite ville anthropophage, une liaison extraconjugale entre deux individus mariés l’un à l’autre les amène à cacher des légumes sous le matelas, tandis que des zombies nouvelle vague se livrent à des passes inquiétantes dans un hôtel, dans un hommage vibrant à Orson Welles. Un road-movie mou du genou certes puisqu’on ne s’y déplace pas, mais un vrai polar psychédélique. À ne pas manquer.
 
Pour accéder à la première partie de cet article, cliquez ici.
 

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[Photo : d'après NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, par Le Marquis]

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Dimanche 28 janvier 2007 7 28 /01 /2007 17:43

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[Photo : "Et surtout la santé", par Le Marquis]

 

Avant toutes choses, je souhaite comme il se doit à l’ensemble des visiteurs une excellente année 2007. Que les habitués du site s’y sentent toujours les bienvenus. Que les lecteurs silencieux puissent toujours y trouver leur compte. Que les aigris qui nous traitent d’élitistes prétentieux parce qu’on aime Sokourov et pas SAW puissent nourrir leur ulcère en nous couvrant d’insultes. Que les aigris qui nous traitent d’incultes chômeurs parce qu’on aime LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO et pas Truffaut se sentent libres d’en faire autant. Et que ces deux dernières catégories parviennent un jour à se mettre d’accord.
Un mot pour remercier tout particulièrement certains d’entre vous pour les articles excellents qu’ils nous ont fait parvenir à l’occasion de l’anniversaire de Matière Focale : chaleureuse poignée de main donc à Vierasouto, au Dr Orlof, à Isaac Allendo, à Rub, à Ludo Z-Man, à Norman Bates, à OverFab dont la contribution sera disponible incessamment sous peu, et je précise très clairement que les liens vous renverront, non pas à leur article pour Matière Focale, mais bien à leurs sites respectifs, que je vous encourage à aller visiter de ce pas – en déplorant de ne pas avoir de lien à associer à Rub, qui le valait bien. Je ne m’attendais pas à tant de contributions à ce modeste événement, et ces articles successifs ont été lus avec le plus grand plaisir.
Mais revenons-en à l’affaire qui m’amène. Les vacances de fin d’année étant ce qu’elles sont – la magie de Noël est descendue sur nos cartes bleues, et tinorossi à vous tous, la rédaction des Abécédaires n’a pas vraiment pris de l’avance, et je dois donc faire le deuil de la chimère qui me poussait à croire naïvement que je pourrais clore le compte-rendu exhaustif des visionnages de l’année 2006 au 31/12. Bernique ! Bof, peu importe. Il n’est d’ailleurs pas impossible que l’Abécédaire évolue dans sa forme, c’est en réflexion, mais pour le moment, c’est la tête dans le guidon que je vous livre ici la première partie du 13e épisode, qui s’ouvre en toute bonne logique avec un film en A comme…
[Le suspense est à son comble... "Pianiste", par le Marquis, d'après L'HORRIBLE Dr ORLOF] 
 
A HISTORY OF VIOLENCE, de David Cronenberg (USA / Allemagne, 2005)
Mine de rien, le dernier film de Cronenberg, bien qu’il n’ait pas fait l’unanimité, est son premier vrai succès populaire depuis LA MOUCHE, et a même trouvé grâce auprès de ceux qui l’avaient catalogué comme un cinéaste prétentieux drapé dans le mépris de ceux qui l’avaient porté à l’époque de DEAD ZONE, LA MOUCHE ou VIDEODROME. Il est d’ailleurs assez surprenant de découvrir une narration aux lignes claires, comme il n’en avait pas abordées depuis plusieurs années, au point du reste qu’il est même possible de le prendre au pied de la lettre et seulement pour ce qu’il raconte, ce qui explique bien qu’une des plus belles séquences du film (la scène érotique dans l’escalier, qui marque un point de basculement précis et mystérieux et clarifie soudain l’intérêt que Cronenberg a pu trouver à ce scénario) ait été l’objet de quelques polémiques, et que certains, comme nous le rappelle l’anecdote rapportée par Tournevis à la fin de son article en lien sur ce titre ci-dessus, aient pu s’enferrer dans un contresens total de l’objet et des visées du film.
Les thèmes de la mutation et de la contamination, souvent extériorisés dans l’œuvre de Cronenberg, opèrent ici à la fois sur l’ambivalence des personnages et sur la subtilité avec laquelle la violence circule, invisible, transitant d’un personnage à un autre, et n’éclatant dans d’étonnantes séquences très graphiques et tirant vers le western que parce qu’un récit plus symboliste qu’il n’en a l’air le permet. Ce que le personnage interprété par Viggo Mortensen a d’extraordinaire n’est que le révélateur d’une vision incisive de la famille et du rapport à la violence, dont les conclusions, sombres, ambiguës et inconfortables, s’expriment dans la séquence finale avec d’autant plus d’impact et d’acuité que cette scène ne comporte ni voix-off, ni dialogues, ni explicitation formelle d’un message, d’une morale nous permettant de nous mettre à distance de l’expérience à laquelle cet excellent film nous a confrontés. Juste un silence de plomb, un échange de regards, une compréhension intuitive de l’accès à un nouvel état, déjà présent dans la superbe conclusion de SCANNERS, et qui s’est effectué ici à un stade intimiste, ou plutôt intérieur.
 
B comme… BAKTERION, de Tonino Ricci (Italie / Espagne, 1976)
On enchaîne avec le second film extrait du coffret « 50 Chilling Classics » après un étrange WITCHES’ MOUNTAIN. Proposé sous son titre américain PANIC, ce BAKTERION (film libre de droit téléchargeable ici) est un classique petit film d’horreur nous racontant les déboires d’un scientifique contaminé au cours d’une expérience, qui se transforme peu à peu en une créature sanguinaire qui va terrifier la petite ville où se déroule une action routinière, bientôt mise en quarantaine. La narration est épouvantablement décousue, et ce dès les premières minutes, ce qui, au fond, peut avoir son charme. Mais le rythme reste très poussif, suivant pas à pas une enquête bien bavarde entre deux meurtres. Situation de quarantaine évoquant un peu THE CRAZIES de Romero, souffrance existentielle d’un monstre en partie conscient de son état, et qui trouve refuge dans une salle de cinéma, thriller, giallo, le film part un peu dans toutes les directions sans vraiment avoir les moyens ou le talent d’en assumer pleinement une seule. Réalisation et effets très sommaires, mélange filandreux de banalité et d’incohérence qui nous ressert une énième version de la scène de la douche de PSYCHOSE, entre deux assommants chassés-croisés dans les sous-sols de la ville…
L’intérêt est quasi nul, et le film n’existe que par des séquences maladroites qui parviennent cahin-caha à sortir du lot – une agression dans une église filmée de façon si primaire qu’elle en est presque inquiétante curieusement ; les projets des autorités visant à larguer une bombe H sur la ville, projets baptisés « Plan Q », ce qui m’a bien fait rire ; et surtout la façon dont la créature s’approprie la salle de cinéma, en pleine projection : inutile d’aller payer des droits, le film diffusé à l’écran est fait maison, et ça se voit (un homme monte dans une voiture et roule sur fond de musique hésitant entre Tangerine Dream et la BO de LA SOUPE AUX CHOUX, devant une salle pleine de spectateurs fascinés) ; le monstre surgit alors de l’écran lui-même, préfigurant une scène jumelle (mais bien plus belle) dans le DÉMONS de Lamberto Bava, ainsi qu’une réflexion totalement absente du film sur ce qu’aurait pu être la prise de conscience d’un mutant réalisant qu’il n’existe que dans un obscur film de série B. Vagues petits indices de l’existence transparente d’un film insipide et invisible.
 
C comme… CONSTANTINE, de Francis Lawrence (USA / Allemagne, 2005)
On vérifie ensuite et sur pièce les quelques qualités pointées lors de sa sortie en salles par le Dr Devo (voir son article) qui n’avait cependant que modérément apprécié le métrage, comme c’est également mon cas.
Encore une adaptation de comics, cette fois d’un titre dont le néophyte que je suis n’avait jamais entendu parler, ni vraiment pire, ni meilleure que le tout-venant de cette nouvelle mode dont n’émerge vraiment à mon sens que l’intéressant SIN CITY, lequel présente au moins un ton et une esthétique originaux. Ce qui n’est pas le cas de ce CONSTANTINE assez quelconque, oscillant constamment entre la laideur d’effets de pacotille (infographie et poses en creux) et ce qu’on désignera moins comme de la beauté que comme une stricte et effective efficacité. Bref, c’est du spectacle pur et dur, foncièrement dénué du moindre soupçon de spiritualité malgré son sujet, le film préférant jeter sur la mythologie et le religieux un regard distancé et d’ailleurs non dénué d’humour, sans trop verser dans la gaudriole – le simili Robin, ado qui accompagne le héros campé par K’il-est-nul Reeves (comme à son habitude parfaitement insipide), interprété par Shia LaBeouf (pauvre garçon), n’est par exemple jamais sujet aux développements superflus qu’on pouvait craindre. Ce qui ne met pas CONSTANTINE à l’abri de fréquentes fautes de goût : le film se suit gentiment, intrigue occasionnellement, agace souvent et ne me passionne jamais.
L’ironie élégante, souvent personnifiée par l’excellente Tilda Swinton, sauve les meubles d’un film froid et fonctionnel, empêtré dans ses lourdeurs visuelles et son discours anti-tabac très envahissant. En complément de l’article du Dr Devo, j’ajouterais à la présence de Tilda celle du méconnu Pruitt Taylor Vince, excellent acteur de seconds rôles, tout en soulignant un paradoxe : le film DOGMA de Kevin Smith, qui joue sur les mêmes thématiques dans un registre nettement plus axé sur la farce, est pourtant bien plus intelligent, émouvant et abouti que ce produit soigné mais on ne peut moins mémorable…
 
D comme… DEVDAS, de Sanjay Leela Bhansali (Inde, 2002)
Retour à Bollywood, l’un de mes péchés mignons (voir KUCH KUCH HOTA HAI, l’article ou même le film), avec cette grosse production durant laquelle un technicien a été décapité par un ventilateur (véridique !). Alors que KUCH KUCH…, quasi parodique, était résolument ancré dans une modernisation des canons du genre (son héroïne fredonnait même la « Danse des Canards », faut-il le rappeler), DEVDAS s’inscrit pour sa part dans un registre plus convenu, d’autant plus qu’il s’agit du remake d’un classique du cinéma indien, adapté d’un roman de 1917 insérant dans le mélodrame un jeu à nos yeux bien cryptique sur la culture et le panthéon hindous.
Pour reprendre une formule de PMU de quartier, c’est un genre. Personnellement, je n’y suis pas réfractaire (pléonasme), et trois heures de paradis colorimétrique au royaume du kitsch larmoyant n’ont rien pour me déplaire. Quoi qu’il en soit, si le film peut paraître parfois très kitsch à nos yeux, on ne pourra certainement pas le trouver cheap : s’ouvrant sur un hallucinant plan-séquence dans un décor plus grand que le 8e arrondissement (manifestement un bordel monstre à orchestrer, de quoi y perdre la tête effectivement), DEVDAS, d’un luxe indécent, est techniquement imparable et ponctué de quelques trouvailles visuelles soufflantes – la première rencontre de Devdas et de la courtisane Chandramukhi est soulignée par un effet visuel inattendu et assez stupéfiant. C’est probablement la part de naïveté, ou plutôt de candeur de cette approche de la narration qui m’enchante, cette absence de retenue dans les effets sonores et visuels, avec ses dialogues tendus où chaque réplique est ponctuée d’un coup de fouet ou du grondement du tonnerre.
Je ne suis pas un inconditionnel, loin de là, et les trois heures se font tout de même parfois sentir. Mais je ne parviens jamais à les considérer comme du temps perdu : il y a là de quoi me sustenter, que ce soit dans un regard légèrement ironique (l’acteur principal n’est autre que Sharukh Khan, le Tom Cruise local, déjà héros de KUCH KUCH…, et l’une des rares créatures de cette planète capables de me plonger dans l’hilarité d’un seul froncement de sourcil, la nullité de son interprétation frôlant le sublime) ou dans une sincère admiration pour les quelques morceaux de bravoure du film, tout particulièrement la douloureuse séquence de l’humiliation de la mère de Paro, passage saisissant, splendide et d’une maîtrise remarquable qui va au-delà du seul exotisme de la chose.
 
E comme… ÉMILIE, L'ENFANT DES TÉNÈBRES, de Massimo Dallamano (Italie / Angleterre, 1975)
C’est une vilaine copie recadrée et en VF que Cactus Films nous propose ici, et malgré mon indulgence relative pour les éditeurs fauchés, il y a parfois de quoi maugréer quand même quand on sait qu’il existe des masters de bien meilleure qualité de l’autre côté de la Manche. Bref. Retour au fantastique italien florissant des années 70 après le mauvais BAKTERION pour ce petit classique oublié mettant en vedette la très jeune Nicoletta Elmi, petite rouquine ayant prêté son visage à bon nombre de classiques du genre de l’époque (LA BAIE SANGLANTE, LES FRISSONS DE L’ANGOISSE), la gamine que l’on se devait alors de présenter dans tout bon film d’épouvante qui se respecte, et que l’on a revue adulte – et très sexy – dans le DÉMONS de Lamberto Bava, encore lui.
Elle interprète ici (fort correctement d’ailleurs) la petite Émilie, traumatisée par la mort de sa maman, et qui développe un comportement inquiétant depuis que son père lui a offert un étrange médaillon découvert dans le cadre de ses recherches sur les superstitions autour d’une étrange fresque dans une église en ruines – une peinture qui s’avèrera d’ailleurs « truquée » comme dans LES FRISSONS DE L’ANGOISSE. Semblant s’orienter vers une nouvelle déclinaison de L’EXORCISTE, le film de Dallamano trouve rapidement un rythme et un ton inattendus et fort séduisants. Peu porté sur le spectaculaire, le film cherche sa voie dans un registre plus axé sur le tragique, la fatalité, la mélancolie, soutenu par une très belle musique triste et répétitive, jusqu’à un final sombre et assez beau. La mise en scène est solide à défaut de faire véritablement preuve d’inspiration, et les tonalités bleues, roses et violettes, dont il est parfois difficile de discerner la part d’intentionnalité au regard de l’état de la copie, baignent le film dans une atmosphère un rien désuète, mais attachante. Un joli petit film en somme, qui mériterait bien une édition plus digne et plus respectueuse.
 
F comme… FAST FOOD, FAST WOMEN, d’Amos Kollek (USA / France / Italie, 2000)
À l’époque, j’avais été très intéressé par le film SUE PERDUE DANS MANHATTAN, malgré son aura BCBG – je ne sais plus vraiment pourquoi, mais le métrage fleurait alors bon le Festival Télérama. Pourtant, ce très beau film développait un ton et surtout un rythme assez singuliers – apathie, désespoir tranquille, douce noirceur, amertume polie, le tout s’orchestrant autour du personnage interprété à merveille par l’actrice Anna Thomson, alors quasi inconnue (égarée dans l’infect GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRÛLANTES vu cette année, et dont elle était le seul intérêt), actrice qui faisait corps avec le projet d’Amos Kollek, auquel elle apportait une densité et une présence impressionnantes, évoquant l’alchimie très particulière entre un cinéaste et sa créature, je pense notamment à Divine et John Waters (voir PINK FLAMINGOS), ou plus encore à Marianne Sägebrecht et Percy Adlon (qui ont fait bien d’autres choses que le – joli – BAGDAD CAFÉ auquel on les a tristement réduits).
On retrouve donc cet univers dans FAST FOOD, FAST WOMEN, sur un registre plus léger, et d’ailleurs parfois un peu léger, le film étant nettement moins fort, moins original. Il ne s’en dégage pas moins un sens appréciable de l’absurde, qui le rattache davantage à Hal Hartley qu’aux films de Woody Allen auxquels le film a systématiquement été comparé. Les limites du films sont un peu celles de SUE PERDUE DANS MANHATTAN, mais elles se ressentent davantage je crois : la mise en scène de Kollek reste inféodée à sa (talentueuse) écriture, et n’évite pas toujours la platitude, même si on peut reconnaître au cinéaste le bon goût de ne pas céder aux clichés new-yorkais et aux effets toc décoratifs usuels : c’est sobre, vif, simple, direct. Nettement moins sombre que le précédent, le film me semble également moins abouti, un rien fabriqué là où SUE… semblait couler de source. Ça reste malgré tout attachant, agréable et étrangement porté sur le thème de la sexualité du troisième âge, une occasion comme une autre de retrouver Louise Lasser et Victor Argo dans des rôles conséquents et inattendus. Pas trop mal, donc.
 
G comme… LES GUERRIERS DU BRONX II, d’Enzo G. Castellari (Italie, 1983)
Vu avec le Dr Devo lors d’une de ses visites, LES GUERRIERS DU BRONX n’avait pas fait l’objet d’un article, à croire que le film se passait de commentaires : malgré de gros problèmes de rythme, le film valait le coup d’œil, ne serait-ce que pour le kitsch forcené de ses costumes (célébré par un spectaculaire générique d’ouverture), ou pour cette très improbable séquence de confrontation des gangs au pied du pont de Brooklin, martelée par une musique percussive, et pour cause : le batteur était tout bonnement installé dans le cadre et intégré aux figurants ! Peut-être aussi, tout simplement, parce que le film de Castellari était un pur produit du cinéma bis italien de l’époque, tourné en cinémascope et visuellement assez soigné.
Nous retrouvons donc le héros Trash, petit minet qu’on croirait échappé du groupe Europe, confronté à la volonté d’un état démocratique dans la forme et fasciste dans le fond (les deux films n’étant pas plagiés sur NEW YORK 1997 pour rien) d’évacuer le Bronx, ou plus exactement de déporter par la force ses habitants vers le Nouveau Mexique en vue de les exterminer, afin de laisser le champ libre à un ambitieux projet immobilier. L’opération est menée par un Henry Silva aux vagues allures d’officier SS, naturellement. Trash refuse dans un premier temps de joindre la Résistance, mais change d’avis lorsque ses parents sont massacrés par l’envahisseur, que c’est mesquin.
Le film est hélas nettement moins porté sur le mélange western/SF du premier opus, et bien plus sur une guérilla à vrai dire un peu longuette – on a donc très largement le temps de s’ennuyer, et on se console avec quelques plans très Z (une rigolote explosion d’hélicoptère) et surtout avec une VF particulièrement absurde débitant du dialogue stupide au kilomètre. Ma réplique préférée, à prononcer avec un fort accent sud-américain : « Personne n’aimerait être assis sur une chiotte truffée de diamants… »
[Photo : "Masque", d'après L'HORRIBLE Dr ORLOF et DEVDAS, par le Marquis] 
H comme… L'HORRIBLE Dr ORLOF, de Jess Franco (Espagne / France, 1962)
Ouvrons maintenant les portes à ce premier plagiat des YEUX SANS VISAGE avant le très kitsch LES PRÉDATEURS DE LA NUIT, et quoi qu’en dise Jess Franco lui-même, affirmant que son film ne doit rien au chef-d’œuvre de Franju puisqu’il est adapté d’un roman – roman que Franco a lui-même écrit sous le pseudonyme de David Khune. L’intrigue du film de Franju est donc revisitée, non sans une certaine invention du reste, le récit étant marqué par une atmosphère triviale de roman de gare, plus démonstratif, moins poétique, même si certaines idées sont assez belles – l’aveugle défiguré Morpho, guidé dans les ruelles sombres par la canne du Dr Orlof martelant le sol.
Le film bénéficie surtout d’une très belle photographie déjà saluée dans l’article rédigé par le Dr Devo, ainsi que d’une musique inhabituelle, boxon bruitiste assez original. On trouve par ailleurs les prémisses d’un érotisme déjà très sadien, dans un écrin du reste très classique, voire même un rien désuet. On retrouve aussi un défaut régulier des films, bons ou mauvais, de Franco, à savoir un final abrupt et passablement bâclé, avec notamment un raccord totalement foireux au montage pour la scène finale. Le film se suit agréablement ceci dit, surtout si l’on préfère à une version anglaise doublée et non sous-titrée une VF bien plus soignée et respectueuse de l’atmosphère sonore intéressante du film.
 
I comme… INSEMINOÏD, de Norman J. Warren (Angleterre, 1981)
Nous restons dans le cercle des plagiats de qualité avec cette étrange relecture d’ALIEN par l’intéressant réalisateur de SATAN’S SLAVE et de PREY, films très personnels découverts cette année grâce à la collection consacrée au cinéaste par l’éditeur Néo Publishing.
Au terme d’une première demi-heure soignée, qui tire le meilleur parti d’un budget modeste (superbes plans sur les planètes, plus étranges que cheap, et qui changent très agréablement des clichés « figé et majestueux » hérités de 2001, L’ODYSSÉE DE L’ESPACE) mais semble pourtant amorcer un film laborieux et totalement dépourvu d’originalité, on se demande un peu comment Warren, dont le PREY était si singulier, va parvenir à se distinguer de la masse des pompages du film de Ridley Scott.
L’insémination du titre survient alors, et avec elle le développement du personnage de Sandy, contaminée par un organisme extra-terrestre. Excellente performance de l’actrice Judy Geeson : celle qui répand la mort dans cette équipe d’archéologues de l’espace est sans doute aussi la plus désespérée du lot. Le film se rapproche alors des thèmes et du ton propres au réalisateur, glissant peu à peu sur un registre profondément viscéral, moins dans l’étalage d’effets spéciaux que sur un plan humain. Les contacts – très sexués – avec l’entité extra-terrestre, vécus d’un point de vue douloureusement subjectif, parviennent même à justifier la relative platitude de la première partie du film, qui préparait le terrain à un développement captivant, qui ne fait pas d’étincelles en ce qui concerne le récit lui-même (l’histoire dans ses grandes lignes et les thématiques sont bien celles d’ALIEN), mais confère pourtant à ce qui n’est manifestement qu’une commande à visées mercantiles, par le biais d’une mise en scène énergique et oppressante, une forte personnalité, un ton jusqu’au-boutiste, du caractère. Parfois maladroit, moins original que PREY, le film n’en vaut pas moins très largement le détour.
 
K comme… KEOMA, d’Enzo G. Castellari (Italie, 1976)
Les K se faisant rares, Castellari s’octroie avec KEOMA une seconde place dans cet Abécédaire après le piètre LES GUERRIERS DU BRONX II. C’est heureux pour lui, car ce second film s’avère mille fois plus intéressant que son plagiat bis n°2 du NEW YORK 1997 de Carpenter – décidément, cette sélection est marquée par la constante de la copie… Il faut dire qu’avec KEOMA, Castellari verse dans un genre qu’il maîtrise et apprécie visiblement, et vers lequel il tentait parfois de tirer son film précédent, non sans grandes maladresses.
Bonne occasion pour moi de souligner une fois de plus, dans le cadre d’un genre qui ne m’a jamais vraiment passionné, ma très nette préférence pour ce qu’il est commun d’appeler les western spaghetti, terme adopté et accepté malgré ce qu’il induit de mépris et d’ironie injustifiée – j’aimerais voir la tête de certains si on imposait des termes comme « giallo burger ». Malgré ma grande estime envers un cinéaste comme Howard Hawks, je donne toute la filmographie de John Wayne pour un seul Corbucci (hélas un peu resté dans l’ombre de Sergio Leone), et des films comme DJANGO ou LE GRAND SILENCE me semblent aptes à séduire le spectateur le plus réfractaire aux cow-boys, indiens et autres pistolleros. Je n’ai jamais vraiment cherché à comprendre pourquoi ce qui m’ennuie quasi instantanément dans une production américaine me passionne dans les productions européennes du genre, mais je suppose que cela tient en grande partie à des réalisations moins trempées dans un académisme de façade, et dans le développement de thèmes moins axés sur le patriotisme. Les westerns italiens sont esthétiquement moins prévisibles, et assument une pleine appartenance au cinéma de genre : à mes yeux, on y est plus proche de l’Art que du film historique pompier ou de l’œuvre à message.
On retrouve dans KEOMA, l’un des derniers soubresauts du western italien alors agonisant, cette spontanéité, ces audaces visuelles, cette écriture permissive qui laisse la place à des abstractions discrètes et très belles – notamment autour du personnage de la vieille femme, Faucheuse fantomatique qui se substitue parfois, avec une étonnante subtilité, au personnage incarné par Olga Karlatos. Filmé dans un cinémascope splendide, KEOMA surpasse donc très largement les GUERRIERS DU BRONX dans ses ambitions comme dans sa composition visuelle, marquée par l’insertion régulière et particulièrement inventive de très nombreux flash-back, amorcés par des travellings, par le montage sonore quand ils ne se déroulent pas sous les yeux mêmes du personnage qui se souvient. La bande originale (chantée et évoquant souvent le groupe Pavlov’s Dog) peut surprendre, et quelques cascades tournées au ralenti font un peu mal aux yeux, mais en dehors de ces quelques petites maladresses, l’ensemble est passionnant, et d’une belle noirceur : le calvaire de Keoma (très bon Franco Nero), que son père adoptif a en substance chargé d’assassiner sa propre progéniture (« Je ne peux pas tirer sur mes propres fils ») amène la prise de conscience tardive d’une communauté rongée par la lâcheté et l’apathie, et ce avant une conclusion saisissante aux lisières du fantastique. Très bon film.
 
L comme… LORD OF WAR, d’Andrew Niccol (USA / France, 2005)
Peu de choses à ajouter à l’article du Dr Devo pour un film signé par un cinéaste talentueux au parcours assez original, sur un sujet certes intéressant mais qui a priori ne m’emballait pas vraiment – il faut dire que la première fois que j’en avais entendu parler, je trouvais bizarre ce titre de « L’heure de Foire ». Même si je déplore personnellement quelques petites fautes de goût (la chanson « La vie en rose » en entier, était-ce bien nécessaire ?), l’ensemble m’a pourtant convaincu : très belle mise en scène à l’imagerie forte et relativement audacieuse, utilisation fine et assez intelligente de la voix-off, et surtout un message politique et social qui pour une fois s’intègre harmonieusement à une forme exigeante et aboutie, ce qui évite au film de sombrer dans la pure démonstration, là où bien des cinéastes se seraient avachis sur le seul enfonçage de portes grandes ouvertes : LORD OF WAR assume son versant artificiel et parfois fabriqué dont il parvient à tirer de sombres et séduisants paradoxes. Très intéressant.
 
À suivre, ma foi, vous connaissez le principe !
 
Le Marquis
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[Photo : "La passion d'une vie", Nicoletta Elmi dans EMILIE L'ENFANT DES TENEBRES, par le Marquis]
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Mercredi 3 janvier 2007 3 03 /01 /2007 19:46

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[Photo : "Un jour tu me briseras le coeur", Valérie Lemercier, par Le Marquis]

Suite et fin de l’épisode 12 pour conclure votre week-end et attaquer une nouvelle semaine avec entrain, en luttant pour faire abstraction de la préparation toujours plus précoce des fêtes de Noël et son cortège d’incunables (la rediffusion des AVENTURES DE RABBI JACOB ne fait qu’ouvrir la voie à toutes les autres – et je crois bien qu’une fois encore, je ne le regarderai pas). Une période que je n’apprécie pas des masses en somme, mais il me suffit de me tenir à l’écart des grandes surfaces, d’éviter le centre-ville au cas où la mairie persisterait dans l’idée de mettre des hauts-parleurs partout et de passer du Tino Rossi en boucle (ce qu’ils font presque tous les ans, quelle horreur), et de garder mon poste de télévision soigneusement éteint lorsque je ne regarde pas un film de ma collection, ce qui ne m’est jamais très difficile. Mais reprenons.
 
J comme… J'ADORE HUCKABEES, de David O. Russell (USA / Allemagne, 2004)
Curieusement, car ce n’est pas un calcul, la suite de cette programmation comporte plusieurs titres déjà abordés sur le site par le Dr Devo, ce qui s’explique très simplement par le fait que je ne vais pas si souvent voir les films en salles, je les découvre donc en vidéo et avec un peu de retard. Le lien vous renvoie donc à l’article déjà paru, et me permet, à moins que mon avis ne diffère beaucoup, de ne pas trop approfondir un métrage déjà analysé. Je m’en tiendrai donc ici à quelques considérations annexes, en vous orientant sur l’article initial pour découvrir la critique complète.
Excellent film mêlant psychanalyse, new age et sens aigu de l’absurde, interprètes merveilleux – dont Jason Schwartzman, choix d’autant plus logique que le film de Russell ressemble énormément, c’est vrai, à ceux de Wes Anderson (au point que certains ont crié au plagiat). Aux références citées par le Dr Devo, je pourrais ajouter Hal Hartley, pour son humour à froid, d’une noirceur polie et réservée.
 
L comme… LOLITA, de Stanley Kubrick (Angleterre / USA, 1962)
Ah ! Kubrick… J’ai toujours eu un problème avec ce cinéaste, une réserve, une retenue, tout en lui reconnaissant, bien plus qu’un savoir-faire, un réel talent, indéniable, éclatant, sans qu’aucun de ses films ne m’ait vraiment, pleinement séduit. J’ai personnellement une préférence marquée pour son travail dans les années 60/70 – je n’ai encore jamais vu BARRY LYNDON ceci dit, période au cours de laquelle ses films m’ont semblé bénéficier d’un humour très particulier, d’un ton plus vif, moins cérébral que ce qu’il allait proposer à partir des années 80 avec ses trois derniers longs-métrages, passionnants, mais qui m’ont tenu à distance d’une certaine façon, tant leur froideur, leur calcul m’a semblé en étouffer le potentiel, les réduisant au niveau certes valeureux de théorèmes de cristal, d’intentions vitrifiées et un rien rigides. Quoi qu’on en pense, et même s’il n’a jamais fait l’unanimité, Kubrick a toujours su préserver un véritable point de vue de metteur en scène, même si ses œuvres, notamment ses adaptations littéraires, me semblent discutables. On connaît la polémique autour de SHINING, film brillant mais adaptation sommaire – qui l’emporte pourtant haut la main si l’on doit la comparer à la version télévisée réalisée par Mick Garris en 1997, certes fidèle à la lettre, mais piètrement mise en scène. La volonté de Kubrick de simplifier à l’extrême le récit imaginé par Stephen King, au risque d’en perdre les enjeux humains et l’ambiguïté, ne lui enlève en rien sa puissance visuelle par instants soufflante (présente même dans l’admirable bande-annonce du film), tout juste atténuée par un perfectionnisme poussé jusqu’à la maniaquerie, qui prive la plupart des films du cinéaste d’une spontanéité, d’un jeu sur l’accident qui m’ont toujours paru lui faire défaut et expliquent sans doute mes réserves.
Reste que je suis toujours prêt à voir (ou à revoir) ses films avec intérêt, comme c’est ici le cas avec un LOLITA qui m’avait une première fois déçu, pour la simple raison (notez que je ne complète pas en la disant bonne) que je venais alors de lire le roman de Vladimir Nabokov, extraordinaire (je vous le recommande vivement) : le film de Kubrick me semblait très bon, mais très largement en dessous du potentiel (y compris visuel) du livre de Nabokov, pourtant signataire du scénario. Au passage, la version d’Adrian Lyne, encore un exemple de cette grande mode des années 90 (évoquée récemment à propos du PINOCCHIO de Steve Baron) visant à livrer des « adaptations fidèles » des grands textes littéraires, sans même parler de mise en scène, n’était guère plus convaincante, trop engoncée dans un registre mélo un peu simplet et très limitatif.
À la revoyure, pour tout dire, LOLITA vue par Kubrick me semble toujours être assez faible sur le seul plan de l’adaptation littéraire, mais le thème abordé dans le roman explique aisément les problèmes que rencontre le métrage, à défaut de vraiment les justifier. Rappelons-le, la bande-annonce du film de Kubrick reposait sur une question posée à juste titre : « Comment ont-ils pu faire un film d’après LOLITA ? ». La réponse en est au fond assez simple : en vieillissant un peu le personnage (de douze ans dans le roman, elle passe à quatorze ans dans le film) ; en le faisant interpréter (fort correctement du reste) par une Sue Lyon alors âgée de seize ans ; et en restant extrêmement prudent dans la façon de porter à l’image la perversité d’Humbert Humbert, solidement campé par James Mason. Et même avec ces précautions, le casting de ce « héros » très dérangeant semble avoir été bien difficile, le rôle ayant successivement été refusé, plus ou moins poliment, par Cary Grant, David Niven (mon dieu !), Laurence Olivier, et j’en passe. Les réserves d’alors, il ne faut pas se leurrer, seraient exactement les mêmes aujourd’hui – voir les attaques auxquelles a dû faire front le pourtant très pur INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic. Le livre de Nabokov est pourtant irréprochable, ne glissant à aucun moment vers la pornographie, et jouant habilement de la suggestion et de l’ellipse. Mais ce qui est considéré comme un grand classique littéraire se regarde soudainement d’un sale œil dès lors qu’une transposition à l’écran est envisagée, quand bien même l’interprète du rôle titre ne serait pas soumise au moindre attouchement sur le plateau, quand bien même tout serait contenu et inscrit dans un jeu sur le montage, le cadre, la subjectivité surtout. Le film de Kubrick n’est guère démonstratif, le livre de Nabokov non plus d’ailleurs, c’est bien le regard du spectateur (et plus encore son appréhension – comme le souligne régulièrement le Dr Devo ces jours-ci, le public est le plus souvent considéré, avec une condescendance qui s’ignore, comme incapable de distance, de compréhension ou de réflexion hors du cadre rassurant d’une narration bien simpliste comme il faut) qui guette, le couteau entre les dents, et contraint cette adaptation (et toutes les autres) à altérer le récit, à le dénaturer de façon sensible, en faisant de la « Nymphe » de Nabokov une adolescente délurée, plus tard une fille-mère, bref, un cliché social au fond assez commun, bien loin de l’innocence du personnage originel. La profonde monstruosité d’Humbert Humbert, narrateur et point de focalisation du récit, qui ne se dégage donc que progressivement (mais avec quel impact !) en est à mon sens elle-même dénaturée, un peu réduite à un comportement déplacé, « sulfureux », criminel, oh ! ça oui, mais monstrueux ?
Alors même qu’il s’était lui-même considérablement écarté de son propre roman pour les besoins de l’adaptation, le scénario de Nabokov reste quant à lui, au final, quasiment inexploité par Kubrick, jamais très enclin à adopter les points de vue lorsqu’ils ne sont pas les siens, et qui a réécrit la grande majorité du script sans être crédité au générique – contrarié, Nabokov publiera par la suite son scénario. Il crée notamment de toutes pièces un personnage absent du roman, ici interprété par Peter Sellers, fort bien interprété mais un peu « chargé de sens », d’une façon très maladroite à mes yeux, même si elle justifie une superbe séquence d’ouverture. LOLITA, en soi, est un très bon film, qui parvient au moins à retrouver une partie de l’humour acerbe du roman, et bénéficie énormément d’un casting impeccable au sein duquel chaque acteur sur-joue et y va « à fond les ballons » - Shelley Winters est excellente en dindon de la farce. Kubrick tente de restituer le trouble du récit original en s’appuyant efficacement sur des fondus au noir répétés, placés à point nommé, juste un peu trop longs pour ne pas être inconfortables, et réussit une séquence d’une admirable justesse en créant artificiellement un triangle amoureux autour du couple Winters/Mason et de la photo de Lolita sur la table de chevet. Je reste par contre sur ma faim en ce qui concerne la mise en scène, solide sur un plan formel (très belle photographie, belles initiatives au montage), mais l’ensemble, par ailleurs un peu trop long, reste étonnamment sage et classique de la part de Kubrick, sans grande inventivité ; le jeu sur la subjectivité, qui était tout l’enjeu du roman et appelait une mise en scène autrement plus vigoureuse et ambiguë, est ici réduit à sa plus simple expression.
Le film parfait reste à faire, donc, et franchement, si je devais m’y atteler, je choisirais sans doute de ne jamais montrer Lolita à l’écran : plus de soucis avec les Défenseurs de la Morale, castrateurs et foutrement hypocrites, mais enfin la possibilité de voir s’étaler à l’écran ce qui fait le cœur de cette histoire, la profonde subjectivité, la voix, celle qui appelle l’identification, l’empathie, mais finit par la perdre en chemin. La peinture, à la première personne, d’une conscience trop encline à travestir son indescriptible perversité dans le mensonge, l’euphémisme, l’illusion, l’auto-persuasion. Tout ce qui m’a passionné chez Nabokov et me semble chez Kubrick être absent, ou presque : LOLITA est, encore une fois, un très bon film, que je n’hésite pas à vous conseiller, mais c’est vers le livre que je vous oriente, en tout premier lieu.
 
M comme… MANDERLAY, de Lars Von Trier (Danemark / Suède / Pays-Bas / France / Allemagne / Angleterre, 2005)
Le Dr est particulièrement porté sur le travail de Lars Von Trier, je n’apprends rien aux lecteurs réguliers du site, et m’a d’ailleurs offert il y a quelques mois le coffret de la trilogie Europe, dont il sera prochainement question dans l’Abécédaire. D’où, dans le cas de MANDERLAY un lien vers deux articles différents, le premier consacré à une analyse du film découvert en avant-première à l’Étrange Festival (cliquer sur le titre ci-dessus) ; un autre article est plus orienté sur l’accueil réservé au film à sa sortie (cliquer ici pour y accéder). Raison de plus pour ne pas trop m’étendre sur un film déjà largement traité en ces pages. J’ajoute juste ceci.
Petite surprise agréable cachée au sein du casting pour les amateurs d’ABSOLUTELY FABULOUS, l’excellente série de Jennifer Saunders (et non pas la purge imbécile signée Gabriel Aghion) : j’étais très content en effet de retrouver à Manderlay la comédienne Llewella Gideon (Victoria), qui apparaît parfois dans la série TV dans le rôle d’une infirmière pour le moins caustique. Sa présence s’explique aisément par le fait que Lars Von Trier a eu bien du mal à mettre la main sur les acteurs noirs américains prêts à s’engager dans le tournage de ce film, et a dû rassembler une bonne partie de son casting en Angleterre.
Pour rester sur le sujet des acteurs, les modifications dans le casting des rôles principaux, découlant du désistement de Nicole Kidman, qui a amené le cinéaste à adopter l’idée d’une interprète différente pour le même rôle dans chacun des trois films de la série, n’est pas sans incidences. Le personnage de Grace évolue et se déplace sur un registre sensiblement différent. Excellente performance de Bryce Dallas Howard, qui ne cherche à aucun moment à singer l’interprétation de Nicole K. et s’approprie véritablement le personnage en le poussant vers des tonalités plus douces, plus lisses – moins d’aspérités dans son interprétation, mais son approche est plus opaque, obscure.
Pour le reste, Lars Von Trier poursuit ici une carrière d’une audace et d’une inventivité qui n’appartiennent qu’à lui-même. Encensé, détesté, ignoré, incompris ou sur-analysé, que cela plaise ou non, il est évident que son travail s’imposera avec le temps, là où quelqu’un comme Ken Loach risque fort de sombrer dans l’oubli. On entre dans MANDERLAY avec circonspection, ne serait-ce que parce que l’effet de surprise ne joue plus ce rôle de voile déchiré qui rendait l’expérience de DOGVILLE si intense. On connaît le dispositif de mise en scène, et on s’attend surtout au pire – ou bien au meilleur, en fonction du regard du spectateur, et même si voir dans la démarche du réalisateur un simple cynisme oiseux et provocateur (ou un discours anti-américain primaire) me paraît témoigner d’une cruelle absence d’humour, d’esprit et de distanciation. Cette trilogie dont on attend encore le dernier volet est probablement la meilleure réponse possible à cette prolifération de films à caractère informatif et pédagogique souvent évoquée ces derniers temps par le Dr Devo. La « vérité » n’est pas inscrite dans le script, elle ne peut être synthétisée sous la forme d’une maxime accrochée sur une affiche ou collée en sticker sur le DVD : hors de question pour le cinéaste de voir ses spectateurs confortablement assis dans leur fauteuil, la bouche grande ouverte, attendant qu’on leur donne du message fricassé à la sauce humaniste à la cuillère. Les codes de lecture classiques et pontifiants sont totalement brouillés, le film mêlant sans clairement les distinguer le drame, le mélo, le film historique (éreinté avec un plaisir communicatif) et la farce. Et lorsque les cartes nous sont aimablement distribuées, lorsqu’on est en train de se dire que cette allégorie est bien démonstrative Madame la Duchesse qu’en dites-vous, c’est toujours pour mieux nous tirer le tapis sous le pied, avec intelligence, insolence et humour. Certains n’y retrouvent plus leur chaton et hurlent à la manipulation et au sacrilège du discours tendancieux ? Tant mieux ! À la fois parce qu’il est agréable de voir en pleine déconfiture ceux qui défendent INDIGÈNES juste pour des questions de principe, et parce qu’il est précieux d’être confronté à quelqu’un capable de s’adresser à son public en le considérant comme un adulte sevré et capable de réfléchir, ça devient de plus en plus rare.
 
N comme… LA NUIT DÉCHIRÉE, de Mick Garris (USA, 1992)
On peut dire de Mick Garris qu’il a tout de même beaucoup de chance : malgré son manque de talent patent, sa carrière dans le fantastique est restée très productive, et il sait manifestement bien s’entourer. Véritablement lancé par CRITTERS II (ouf, ça ne nous rajeunit pas, ça), le réalisateur semble avoir été adopté par Stephen King suite au tournage de cette NUIT DÉCHIRÉE, l’écrivain lui ayant par la suite confié la réalisation d’une série de téléfilms inspirés de ses écrits (dont LE FLÉAU, et SHINING donc, dont je vous parlais ci-dessus), aussi fidèles qu’ils sont visuellement plats. Plus récemment, c’est aussi à Mick Garris que l’on doit le développement de la série des MASTERS OF HORROR. Je suppose que c’est quelqu’un d’adorable à côtoyer.
Pour LA NUIT DÉCHIRÉE, Stephen King rédige pour la première fois un scénario original, vaguement dérivé du remake de LA FÉLINE par Paul Schrader : l’histoire de deux hybrides entre l’homme et le chat, couple incestueux mère-fils auquel va être confrontée la douce Mädchen Amick, vierge, naïve et donc victime toute désignée. Un film mouvementé mais par moments assez idiot (l’idée d’équiper notre duo surnaturel d’une voiture invisible à couleur variable m’a laissé pour le moins perplexe), qui s’appuie malencontreusement sur des effets de morphing à l’époque novateurs et très en vogue, mais qui étaient déjà complètement laids à la sortie du film. L’idée de montrer ces créatures constamment traquées par les chats m’a assez plu par contre, même si la mise en scène de ces agressions reste très maladroite. Seul véritable atout de ce film déjà très daté, quoique assez relaxant, c’est bien sûr Alice Krige, actrice beaucoup trop rare et fort talentueuse (vue récemment dans SILENT HILL), qui parvient à conférer au rôle de la mère incestueuse une présence et parfois une émotion intenses. Pour elle seule, le film vaut le détour – mais j’aimerais la voir plus souvent dans de bien meilleurs films, comme L’INSTITUT BENJAMENTA par exemple.
 
O comme… OBSESSION, de Brian De Palma (USA, 1975)
Ce très beau film de Brian De Palma est un peu resté dans l’ombre de ses autres classiques des années 70. C’est sans doute son film le plus hitchcockien, si ce n’est le seul qui le soit véritablement. Ce remake étrange de SUEURS FROIDES – encore un film tournant autour de l’inceste d’ailleurs – repose en grande partie sur les épaules de Geneviève Bujold dans un double rôle acrobatique qui prend le risque impensable de frôler le ridicule (séquence finale) sans jamais y sombrer. Superbe performance. Face à elle, Cliff Robertson fait à mes yeux très pâle figure, et je trouve que son interprétation, franchement fade, ne rend pas service au film. Mais puisque j’en suis à pointer ce qui ne m’a pas beaucoup plu, j’avoue ne pas être très emballé par la photographie de Vilmos Zsigmond sur ce film : vouloir renforcer l’onirisme, l’irréalité du récit par ces images savonneuses me paraît facile et un peu douteux ; le film en paraît daté, un peu désuet et pas toujours très beau.
La musique de Bernard Herrmann apporte un contrepoint salvateur à ces quelques défauts, et le compositeur s’en sort à merveille dans une relecture baroque et presque discordante de son travail pour Hitchcock. La mise en scène fonctionne quant à elle sur un registre plus timoré et plus classique, ou, encore une fois, De Palma semble chercher à dupliquer la technique d’Alfred H., le soin de la composition des cadres et de complexes travellings, une rigueur qui ne laisse ici pas la place aux split-screens et autres expérimentations auxquelles le cinéaste nous a habitués. Mais ce choix de la rigueur et de la sobriété me semble être le bon : d’une part, De Palma cherche à préserver l’ambivalence d’un concept narratif pour le moins audacieux, et il se ménage d’autre part une réappropriation de son propre style en fin de course, dans un final éblouissant ou l’on retrouve son utilisation très particulière du ralenti, et bien sûr d’un travelling circulaire vertigineux qui reste pour moi, alors qu’OBSESSION est peut-être un peu en retrait par comparaison à d’autres films du cinéaste, le plus signifiant, le plus saisissant et le plus troublant de sa carrière.
 
P comme… PALAIS ROYAL !, de Valérie Lemercier (France, 2005)
Je n’aime pas les comiques. Ils ne me font jamais rire. Surtout pas les comiques français. Je n’aime pas les comédies françaises, à quelques exceptions ponctuelles près. Et les plus populaires sont souvent les pires à mes yeux ; devant l’écrasante majorité des gens qui trouvent ça sympa, je m’incline et je garde pour moi ma propre consternation devant des classiques comme LES BRONZÉS, TANGUY ou autres VISITEURS : ne me lynchez pas, ne me traitez pas de chômeur (mon insulte préférée cette année), vous faites ce que vous voulez, moi, je n’aime pas ça.
Mais j’aime Valérie Lemercier. Elle fait figure d’exception. J’aime la façon dont elle a su se démarquer du carcan dans lequel elle a bien failli être enfermée à ses débuts pour tracer son propre chemin. J’aime la façon dont elle a envoyé paître Poiré, Réno & Clavier. J’aime son album « Valérie Lemercier chante », et son duo avec Divine Comedy. Je la trouve extraordinaire dans le très beau VENDREDI SOIR de Claire Denis. J’aime son humour très particulier et pas si évident, jamais porté sur les jeux de mots, les voix de canard et les roulements d’yeux complices glissés vers le public.
Et Valérie Lemercier cinéaste ? Pourquoi pas… OK, on est bien d’accord, sa mise en scène n’a absolument rien de renversant, même si, en trois films, elle s’est à chaque fois sensiblement améliorée. Mais franchement, vous avez jeté un œil sur la mise en scène dans les comédies multi-diffusées qui assiègent nos écrans chaque semaine ? Les films de Valérie Lemercier ont pour eux un atout solide : ils ont de la personnalité. QUADRILLE s’en sort tout juste avec sa réalisation façon théâtre filmé, mais il faut dire que je n’apprécie pas Sacha Guitry. LE DERRIÈRE est maladroit, mais vraiment attachant, et mine de rien assez singulier. PALAIS ROYAL ! m’a par contre vraiment convaincu – c’est de loin son meilleur film.
Je remarque qu’autour de moi, les personnes qui ont vu le film en sont sorties un peu mal à l’aise, n’ayant pas trouvé le film très drôle, ou très loin en tout cas de ce à quoi ils s’attendaient, notamment après avoir vu une bande-annonce assez maladroite. Ce qui m’a frappé quand j’ai enfin pu jeter y un œil, et j’ai d’autant mieux compris le malentendu autour de ce film, c’est qu’à proprement parler, PALAIS ROYAL ! n’est pas vraiment une comédie, au sens classique ou du moins « français » du terme. Ceux qui s’attendaient à une avalanche de gags et à des quiproquos loufoques en seront pour leurs frais. S’ouvrant sur l’enterrement de son personnage principal, le film s’installe à pas feutrés dans une approche surprenante de la comédie, souterraine, où l’humour, très décalé, vient toujours se glisser entre les lignes : ce n’est pas le film des éclats de rire, c’est celui des sourires rentrés, sourires jaunes parfois car le film effleure avec légèreté une certaine forme de noirceur. Au diable la polémique à trois sous sur la critique de la Royauté (mais qui est-ce que ça peut bien chatouiller ?), au diable le parallèle avec Lady Diana, manifeste mais au fond assez secondaire, au diable le fait indéniable que Valérie Lemercier n’est pas Billy Wilder, le parcours éclair de la Princesse Armelle (formidable interprétation de Valérie L. dans un jeu relativement peu dialogué et très physique) d’une gaucherie effacée vers une éclatante liberté, sa révolte tranquille, de l’intérieur, offrent à ce film à la mise en scène surtout fonctionnelle et à l’écriture brillante une personnalité unique, en totale rupture avec la soupe habituelle, et franchement, ça fait plaisir à voir.
 
R comme… RIEN NE SERT DE CRIER, de John Laing (USA, 2001)
S’ouvrant tranquillement sur une séquence plagiant l’ouverture de L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL avec son tueur aux mains gantées psalmodiant dans une chambre noire, ce film très télévisuel qui confronte une Kelly TOP GUN McGillis vieillissante à un assassin et à un mystérieux auto-stoppeur avec « fausse piste » tatoué sur le front oscille entre le slasher mou et le whodunit téléphoné. Idéal pour remplir les grilles de programme de fin de soirée en somme, ce petit machin insignifiant ne présente pas une once d’intérêt. Le shérif a beau insister (« pas de panique, ne cédons pas à la suspicion »), je n’ai vraiment que ça à faire, soupçonner, et l’apathie du métrage ne risque pas de me voir céder à la moindre panique : je dirais que le coupable est certainement celui qui semble être le plus inoffensif du lot. Bingo ! À la rigueur, RIEN NE SERT DE CRIER (ou de voir ce film) pourra permettre à mamie de lutter contre son Alzheimer en exerçant sur cette intrigue prévisible sa perspicacité érodée.
 
S comme… SHADOW CREATURE, de James Gribbins (USA, 1995)
Après un interlude aussi insipide, le laisser-aller ce cette petite série Z décomplexée fait un bien fou. Le film s’ouvre généreusement sur un générique hautement improbable et très rigolo où les lettrages sanguinolents sont au moins aussi chargés que le jeu des acteurs en roue libre ou la musique du film, un de ses points forts : une composition semi-parodique où les poncifs sont revus et corrigés de façon hilarante par le Dave Kane’s Them Jazzbeards.
C’est pas très sérieux donc, tout ça. Le film, dédié à un sac de moules mortes retrouvées sur le plateau et « inspiré d’une histoire vraie » (Flesh Eating Cannibal Creature From Cleveland), nous raconte comment des moules zébra, mises en contact avec un mélange de lotion capillaire expérimentale et de bière, fusionnent avec un pauvre hère métamorphosé en homme-moule meurtrier. Malin, James Gribbins ne fonce pas tête baissée dans la parodie, et garde dans ses grandes lignes un semblant de sérieux, tout en assumant pleinement son modeste statut, sans chercher à imiter les classiques ; l’ambiance rigolarde sur le plateau est palpable et assez communicative à l’écran. Monstre hilarant, musique excentrique et atmosphère ironique sans en rajouter inutilement dans le second degré, le métrage, qui ne dépareillerait pas dans le catalogue de Troma, est plutôt idiot, sympathique et réjouissant.
 
T comme… THX 1138, de George Lucas (USA, 1971)
Retour sur un film déjà évoqué lors de sa ressortie en salles par Tournevis, ressortie bien entendu motivée par les retouches infographiques souhaitées par George Lucas – eh oui, maintenant, les films, c’est comme les ordinateurs, il faut les « up-grader » régulièrement pour leur permettre de rester visibles. Qu’est-ce que ça m’agace… Évidemment, cette nouvelle version remplace et annule la précédente qui, comme c’est déjà le cas pour L’EXORCISTE de Friedkin, risque fort de devenir introuvable. Tant mieux pour les améliorations… et tant pis pour tout le reste ! On se consolera de cet état de fait avec la présence dans l’édition DVD du court-métrage à l’origine du long, vierge de toute retouche numérique, un essai intéressant mais un rien rigide, figé.
Le long-métrage, co-écrit avec le brillant Walter Murch, développe cet univers blafard et totalitaire, inscrit pleinement dans la mode typique de la Science-Fiction des années 70 : l’anticipation alarmiste sur le devenir de l’Humanité, objet à l’époque d’une avalanche de métrages de qualités diverses – SOLEIL VERT, LE SURVIVANT, ROLLERBALL, ZARDOZ, SILENT RUNNING, etc. Après une scène d’ouverture présentant un extrait du vieux serial « Buck Rogers » (une façon un peu naïve de manifester une rupture avec la SF de papa, je trouve), le récit de THX 1138, dérivé de 1984 (avec cette liaison amoureuse prohibée observée par les autorités), ne fait pas vraiment preuve d’une grande originalité, mais c’est dans sa forme que le film se distingue, principalement par ses décors souvent uniformément blancs – ce qui est loin d’être une facilité au regard des difficultés que cela a dû poser au directeur de la photographie – mais aussi par quelques créations originales comme ces androïdes au visage-miroir, ces confessionnaux automatiques où un écran projette, curieusement, non pas une image de Jésus mais un autoportrait de Dürer, ou cette machine à masturber (Noël approche !) qui fait partie des ajouts de cette version 2.0 du film.
Les ajouts, parlons-en. Comme toujours, et c’est d’autant plus irritant de voir la version originale mise au placard comme un rebut dépassé, le bon côtoie le moins bon, ou le carrément exécrable. La majeure partie des séquences tournées et réintégrées dans le nouveau montage sont très intéressantes, mais le film ne voit pas pour autant son rythme, un peu trop monocorde et lassant, s’améliorer. En rajoutant derrière les fenêtres de ce complexe souterrain hautement claustrophobe des effets spéciaux numériques montrant la circulation d’engins façon CINQUIÈME ÉLÉMENT (mais en beaucoup moins laid, les effets en eux-mêmes sont soignés), Lucas altère un peu à mon sens le sentiment d’enfermement qui caractérisait si bien le film. Ce qui m’a sans doute le plus déplu, sans même mentionner les allusions ajoutées à l’univers de STAR WARS (histoire de concocter un semblant de cohérence thématique totalement fabriqué), ce sont ces effets numériques hideux lors de la poursuite en voiture dans les tunnels, avec ces cascadeurs infographiques parfaitement décelables, occasion de rajouter quelques plans bien spectaculaires comme il faut, absolument pas crédibles et franchement laids. Mais bon, il fait ce qu’il veut hein, c’est son film après tout. Pour le reste, je laisse aux spécialistes le soin de faire une comparaison exhaustive entre les deux versions, n’ayant moi-même vu l’original qu’une seule fois il y a déjà plusieurs années. Un film intéressant et assez ambitieux, quoi qu’il en soit.
 
U comme… UN FRISSON DANS LA NUIT, de Clint Eastwood (USA, 1971)
Restons aux USA, et tant qu'à faire, restons aussi en 1971. Bon, je marche sur des œufs, voici un nouveau film de Clint Eastwood abordé sur Matière Focale après la polémique à rallonge de MILLION DOLLAR BABY (un titre, deux liens, quel talent), et j’ai bien peur de ne pas avoir du bien à en dire…
C’est le premier long-métrage de Clint Eastwood, développé avec l’appui du cinéaste Don Siegel, célèbre pour son INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES, et dont je vous recommande tout particulièrement le splendide LES PROIES, interprété par Eastwood et également réalisé en 1971. L’histoire est dans ses grandes lignes la même que celle de LIAISON FATALE (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle John Carpenter en a refusé la réalisation), jusqu’à la référence à l’opéra « Madame Butterfly » - même si le piètre film d’Adrian Lyne en restituait puissance 10 le propos moraliste : Clint Eastwood s’octroie le rôle principal, celui d’un animateur radio empêtré dans une relation avec une femme déséquilibrée et de plus en plus menaçante. Hormis l’interprétation en roue libre de Jessica Walter, vocalement très impressionnante, le film est d’une grande médiocrité.
Visuellement, musicalement aussi du reste, le film est affreusement daté, et très mal réalisé – les cadrages sont vraiment mauvais. Eastwood ne maîtrise pas le rythme de son film, et patine dans des séquences répétitives (les lassantes et nombrilistes virées en voiture de Clint), quand il ne s’enlise pas complètement dans une séquence atrocement longue et d’une effarante inutilité (séquence du festival de Jazz, une pause injustifiée filmée comme un documentaire, avec un son occasionnellement synchrone), avant un dénouement expédié à la hâte et un rien ridicule. Le film est dans l’ensemble franchement assommant. Le son, d’une façon générale, est assez catastrophique, et je mettrais ma main à couper qu’une majeure partie des prises est post-synchronisée. Mais au fond, ce qui me gêne le plus dans ce film qui nous parle de sexualité et de passion psychotique, c’est la cruelle absence d’érotisme, de désir. La seule séquence tournant autour de la sensualité est une calamiteuse scène chantée où Clint fait l’amour avec la vraie femme de sa vie au bord d’une cascade. Fichtre. Très mauvais film.
 
V comme… VAMPIRE AT MIDNIGHT, de Gregory McClatchy (USA, 1988)
Retour à la série B issue des années 80 : des femmes sont tuées, et semblent être les victimes d’un vampire. On apprendra par la suite qu’en fait de vampire, nous avons affaire à un hypnotiseur illuminé usant de ses talents pour commettre quelques méfaits de bon vieux serial-killer des familles – son interprète est nul, plus tout jeune et pas charismatique pour un sou. Une ou deux séquences amusantes surnagent : la scène d’ouverture, où un rendez-vous amoureux, le meurtre qui s’ensuit et l’abandon du corps se font dans une atmosphère uniforme, tranquille, soutenue par un morceau de jazz ; et une autre séquence dans un cabaret, au cours de laquelle un comique est assassiné sur scène après avoir été victime d’hallucinations, sous les applaudissements des spectateurs. D’autres passages se distinguent surtout par leur kitsch redoutable – dont les hilarants cours de danse auxquels participe l’héroïne. Ceci dit, le film peut s’éviter. Le rythme est pénible, comme le sont les fréquentes tentatives d’onirisme cheap, et l’ensemble s’oublie dans un claquement de doigt. Clac !
 
W comme… WITCHES' MOUNTAIN, de Raul Artigot (Espagne, 1972)
Sonnez tambours et trompettes, voici maintenant le tout premier film pioché dans le coffret de 50 films rares dont j’ai fait l’acquisition en juillet. Copies laminées issues de vieilles VHS, VO non sous-titrée et packaging sommaire (12 DVD à deux faces, 2 à 3 films par face !), mais un prix dérisoire et une majorité de films inédits ou totalement oubliés, la plupart étant d’ailleurs libres de droits. Vous pouvez donc télécharger WITCHES’ MOUNTAIN en toute légalité sur publicdomaintorrents.com, en cliquant ici. Je ne manquerai pas de vous mettre le lien sur les films concernés dans les prochains articles, la programmation de ce coffret étant disséminée dans les sélections à venir. Au passage, je suis tout de même surpris de voir que LES FRISSONS DE L’ANGOISSE, en double programme avec WITCHES’ MOUNTAIN sur le DVD, fait partie du lot des films libres de droits – mais attention, la copie proposée en téléchargement est épouvantable, remontée et recadrée (c’est celle où la révélation du hors-champ imaginée par Argento reste hors-champ !), mieux vaut l’éviter.
Le film s’ouvre sur une séquence assez folle, à peu près totalement détachée du reste du récit : une fillette crispante cherche son serpent partout, accuse le chat de l’avoir tué, et sa mère la surprend en train de trucider le malheureux félin : contrariée, maman immole sa progéniture par le feu, purement et simplement. Fichtre. On retrouve cette femme après le générique alors que son amant, notre héros, journaliste photographe, est en train de l’éconduire : elle est furieuse et promet une vengeance terrible – vu les punitions qu’elle administre à sa fille, je la crois sur parole ! Mais nous la laissons pourtant derrière nous pour suivre les pas de notre photographe, parti faire un reportage sur une montagne réputée hantée, et qui se lève en chemin une nouvelle petite amie en bikini. Dès leur arrivée dans une sinistre auberge au pied de la montagne aux sorcières, des phénomènes étranges se produisent…
La copie recadrée, par ailleurs doublée en anglais, gâche un peu de très beaux décors naturels, mais le film, que beaucoup trouveront sans doute très ennuyeux, m’a semblé distiller un certain charme, une belle atmosphère. Ellipses étranges qui entretiennent un climat bizarre imprégnant un récit nébuleux, longs silences brutalement interrompus par une musique tonitruante, fin pessimiste et expéditive qui explicite très vaguement l’introduction décalée du film. Et quelques idées assez belles (un chat devient soudain une femme à la langue coupée), notamment une très belle séquence au cours de laquelle le photographe visite les ruines d’un village sur la montagne : à chaque photo qu’il prend des ruines, le montage insère brièvement de vieilles photos jaunies des lieux photographiés, peuplées de sinistres villageois, une scène accompagnée par une chanson totalement improbable et assez impressionnante. Bref, une première visite séduisante dans ce coffret, avec l’impression pas déplaisante de découvrir une relique poussiéreuse qui sent très fort le grenier.
 
Le sentiment de faire des découvertes, en somme, ce que j’essaie toujours de préserver à travers les sélections successives de l’Abécédaire.
 
Le Marquis
 
 [Photo : "Strange fruit...", MANDERLAY, par Le Marquis]
MANDERLAY
OBSESSION
J’ADORE HUCKABEES
FEMALE TROUBLE
PALAIS ROYAL !
THE DESCENT
LOLITA
THX 1138
L’ÎLE AUX PIRATES
LA NUIT DÉCHIRÉE
HANUMAN
WITCHES’ MOUNTAIN
L’EXORCISTE : AU COMMENCEMENT
SHADOW CREATURE
LE CŒUR DU GUERRIER
GODSEND
BLOOD FEAST
UN FRISSON DANS LA NUIT
AUTOPSY
VAMPIRE AT MIDNIGHT
RIEN NE SERT DE CRIER
 
Bande-annonce de l’épisode 13 : la vie secrète d’un bon père de famille, un scientifique mutant, l’ange Gabriel tombe le masque, des larmes parfumées au patchouli, une petite rouquine possédée par le mal, une serveuse qui cherche l’amour, l’extermination comme solution au problème des gangs, un voleur de visages, un parasite extra-terrestre, un cow-boy indien revanchard, un trafiquant d’armes, une dame du lac, une psychose incestueuse, un cirque encombrant, une communauté new age, un nez trop long, quelques tricheurs, un fragment de météorite dans la tête, un type qui déteste les chats, un clochard sans moustache, et une avalanche de lapins sur vos têtes !
 
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[Photo : "13 est le prochain", par Le Marquis]

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Dimanche 3 décembre 2006 7 03 /12 /2006 18:44

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[Photo : "Sweet Ugly Lovely Tasty Sexy Trashy", Edith Massey dans FEMALE TROUBLE, par le Marquis]
Me voilà donc de retour après un article précédent secoué par les petites vaguelettes d’un fan de Truffaut si outré qu’on puisse dire ne pas s’y intéresser qu’il en a conclu que j’étais forcément un chômeur ! Les comportements des internautes, ici et ailleurs du reste, Matière Focale étant loin d’en avoir la primeur, pourrait même faire l’objet d’un article très intéressant dont l’idée me trotte dans la tête depuis quelques temps – à voir, peut-être trouverai-je le temps de m’y atteler aux prochaines vacances, ça pourrait être amusant… Pause conséquente après le départ du Docteur, comblée par une orgie de Muppets bienfaisante, évidemment destinée à me faire oublier la sinistre version de Cauet, heureusement avortée, mais qui aura tout de même fait son petit travail de sape ; la disparition de l’émission est une bonne nouvelle, mais les Muppets restent détenus dans les geôles de Disney (d’où le nom de la filiale, « Muppets Holding Company » ?). J’espère que les nouveaux ayant-droits y réfléchiront à deux fois avant de brader de la sorte la création de Jim Henson. Ou de Jim & Son : que Brian H. soit fisté comme Kermit l’a été par des mains malpropres si de nouveaux outrages nous sont imposés. Drôle de façon de « réaliser le rêve de son père », quoi qu’il en soit… Bref, l’incident est clos, et depuis, le visionnage méthodique et strictement réglementé a repris son cours, avec de très bonnes choses et d’autres bien moins bonnes, ce dont vous ne saurez rien tant que je n’aurai pas rattrapé mon retard léger mais conséquent, avec cette question qui reste en suspens : serai-je synchrone pour boucler le compte-rendu exhaustif de cette année 2006 fin décembre ? Avant de détailler cette douzième sélection, assez intéressante, dans le détail, le docteur me charge de vous rappeler au souvenir du concours actuellement proposé sur Matière Focale, toujours d’actualité, mais qui devrait prochainement clore les participations : il vous reste donc encore une semaine pour nous faire parvenir vos « piches » et / ou « aillequoux », c’est à vous de jouer. Que le docteur m’excuse de ne pas être plus précis, mais je suis attendu et il me faut me presser : tout complément d’information signé de sa main dans cette introduction sera le bienvenu. Allez, hop ! On attaque avec un film en A comme...
 
AUTOPSIE, de Michael Kriegsman (USA, 1999)
Lors d’une visite du Docteur Devo cet été, et parmi tous les films qu’il a choisi de visionner en ma compagnie, l’un des titres sélectionnés l’a été dans la sélection de l’Abécédaire dont je vous rends compte aujourd’hui. Il s’agissait d’AMOUR ET AMNÉSIE, comédie dramatique ni drôle, ni émouvante – mais copieusement racoleuse et passablement stupide, à tout prendre, je ne regrette pas de ne pas l’avoir vu tout seul ! Après le départ de mon invité, lorsqu’il a fallu combler le trou dans la sélection par un nouveau titre (j’ai depuis décidé que les films pré-sélectionnés visionnés hors du cadre de l’Abécédaire seraient tout de même chroniqués et non pas remplacés), il m’a paru logique de remplacer ce très mauvais film par un métrage à sa façon tout aussi redoutable, et mon choix s’est alors logiquement reporté sur ce AUTOPSY : THROUGH THE EYES OF DEATH’S DETECTIVES.
En achetant ce film de Michael Kriegsman parmi plusieurs autres acquisitions, je croyais en effet avoir affaire à un petit film d’horreur de série B du type ANATOMIE (mauvais, ça aussi) ou LE DENTISTE. Grosse surprise, pas spécialement plaisante, en cherchant des renseignements sur le métrage en question : il s’agissait en réalité d’un documentaire sur les médecins-légistes à l’ouvrage, complété de nombreuses séquences non simulées d’autopsies. Beurk. N’étant pas très motivé par un trip voyeuriste du genre FACE À LA MORT, classique putride de vidéo-clubs des années 80, j’avais jusqu’alors posé le DVD sur une étagère sans plus y toucher, et ce n’est que le dégoût, sur un autre registre, du machin interprété par Adam Sandler qui m’a incité à le remplacer par le disque paria, la complaisance mélo et niaise du film initialement prévu valant bien, après tout, quelques dissections entre amis.
Le documentaire se donne pour mission de faire tomber les préjugés et la méconnaissance autour de la profession de médecin-légiste, s’ouvrant d’ailleurs sur un micro-trottoir où le chaland qui passe, mal à l’aise, lâche quelques considérations sur la supposée personnalité morbide de ces professionnels, quand il ne croit pas que l’autopsie est « ce que font les femmes pour ralentir les effets du vieillissement » - elle est bien bonne, celle-là ! Par certains aspects, le documentaire est relativement intéressant, notamment lorsqu’il infirme l’idée selon laquelle les autopsies sont devenues très courantes (il semblerait en réalité que l’on en pratique trois fois moins que dans les années 50, ce que déplorent les professionnels interrogés, pour qui les causes de mortalité restent trop souvent supposées), ou quand il met en perspective la place de l’autopsie dans un contexte religieux et culturel. Mais pour qui ne voit pas les médecins-légistes comme des vampires morbides (et sur ce point, le film me semble quand même enfoncer quelques portes ouvertes), son acharnement à nous montrer les médecins-légistes comme des « êtres humains comme nous » (qui vivent en famille, adorent les montagnes russes ou consacrent leur temps libre à la peinture à l’huile) me semble un rien appuyé – le propos est bien plus intéressant lorsque ces personnes évoquent leur passion pour le métier, leurs premières difficultés, leurs propres limites, etc.
En parlant de limites, le documentaire effectue un choix curieux et pas forcément idiot en n’évacuant pas, sur un plan graphique, plusieurs séquences peu ragoûtantes autour desquelles se construisent fantasmes et préjugés, alors même que les scènes d’autopsies deviennent de plus en plus banales dans les films (et séries) de fiction. Je vous épargne le détail, mais les passages nous montrant les légistes en action, filmées sans complaisance mais sans fausse pudeur non plus, sont pour le moins explicites, et très probablement insupportables pour une majorité d’entre nous. Elles sont la (seule) force du documentaire, montrant ces actes médicaux pour ce qu’ils sont, et pour leur finalité.
Elles sont aussi, cependant, les grandes limites d’un film par ailleurs, c’est tout de même un problème, très platement réalisé et monté. D’une part, l’intérêt d’AUTOPSIE est très variable et réside surtout dans celui du sujet abordé, à la fois tabou et, dans la fiction, très prisé, Kriegsman échouant à prolonger la gravité, la pudeur, voire la répulsion des images filmées par une mise en scène adéquate, un peu comme si la nature des images captées par la caméra le privaient ou le dispensaient d’y apporter un véritable point de vue. D’autre part, mais vous vous en doutez déjà je suppose, et malgré les constantes précautions prises par le cinéaste pour échapper à ce travers et pour clarifier ses louables intentions (je ne mets d’ailleurs pas en doute sa sincérité), le film ne peut échapper totalement à des visées mercantiles et franchement veules dans la façon dont il est distribué et sera probablement visionné par certains.
De ce point de vue, l’édition DVD est particulièrement ambivalente. Complétée par un court making-of exposant la fascination, l’appréhension et le malaise de l’équipe de tournage, avec une certaine justesse du reste, le DVD est accompagné d’une jaquette qui présente des encarts avertissant le spectateur du contenu graphique du métrage, ce qui est pour le moins légitime. Légitimes, d’autres encarts le sont moins, ne le sont pas du tout même, avec leur côté bateleur de foire (« Attention ! Êtes-vous prêts à tout voir ? La visite peut commencer… »), qui misent le pactole sur le versant glauque, morbide et voyeuriste de la chose, seul véritable faux-pas de l’édition, mais c’est bien celui qui est le plus mis en exergue. Ambiguïté, quand tu nous tiens… Très honnêtement, je n’aurais probablement pas fait l’acquisition de ce film si je m’étais rendu compte de ce qu’il proposait. L’expérience m’aura répugné mais parfois fait réfléchir ; mais sur un plan cinématographique, encore une fois, c’est d’une frileuse neutralité, prudemment clinique et sans intérêt ; et il me paraît difficile d’en défendre l’exploitation qui, sous cette forme (DVD perdu dans le rayon épouvante, avec ses cartons racoleurs à deux balles), me semble franchement dégueulasse. Mais peut-être suis-je hypocrite, je ne sais pas.
 
B comme… BLOOD FEAST, de Herschell Gordon Lewis (USA, 1963)
Ce n’est pas sans soulagement que je laisse derrière moi ces éviscérations anatomiquement réalistes pour me tourner vers les bonnes vieilles tripes de mouton du père Herschell Gordon Lewis, inventeur du concept de film « gore » (et non pas de l’effet lui-même, puisque tout le monde connaît l’œil tranché du CHIEN ANDALOU de Buñuel) dont ce BLOOD FEAST est le tout premier représentant. Au programme donc, érotisme léger et gore très sommaire, mais assez décapant pour l’époque. H.G.Lewis a surtout le premier eu l’idée de creuser le filon avec complaisance dans le cadre du film d’horreur, faisant tomber les barrières du bon goût avec une manifeste bonne humeur. Le cinéaste, par ailleurs assez incapable il faut bien le dire, a su profiter de l’émergence du film d’exploitation, optant pour les effets sanglants afin de se distinguer des millions de nudies produits par un système qui se contrefichait bien du comité de censure américain, les films en question étant de toute façon exploités dans le réseau des salles X. Un versant très démonstratif qui allait peu à peu s’étendre à des œuvres plus ambitieuses (LA NUIT DES MORTS-VIVANTS), puis aux films de studios (on parle souvent de L’EXORCISTE, mais on pourrait également citer certains Peckinpah !)
Même si BLOOD FEAST est objectivement très mal écrit et encore moins bien mis en scène – les films suivants ne seront pas plus brillants, même si certains d’entre eux ont fait preuve de plus d’inventivité, comme le célèbre 2000 MANIACS, relecture gore de BRIGADOON (!), H.G.Lewis a sa place dans la petite histoire du cinéma, ne serait-ce que parce qu’il a le premier franchi le pas vers ce qu’une idée très galvaudée, encore très ancrée dans l’esprit des historiens du cinéma (qui font souvent de piètres cinéphiles, pour ce que j’en dis), considère comme un appauvrissement du genre fantastique, un stigmate de sa propre déréliction et de la dégénérescence des mythes et des codes narratifs du genre – voir par exemple les écrits, par ailleurs passionnants, d’un critique passéiste comme Gérard Lenne. En réalité, cet aspect soudain très permissif a permis au fantastique de se diversifier, de se démarquer d’une approche du fantastique dérivée des années 30 et qui n’avait jusqu’alors pas véritablement connu d’évolution – Lucio Fulci en est l’aboutissement le plus flagrant dans son étrange poésie de l’excès, mais chaque cinéaste œuvrant dans le fantastique a été influencé par cette liberté de ton et d’expression, l’investissant avec intelligence (PHANTASM), l’exploitant avec malice (RE-ANIMATOR) ou s’en démarquant consciemment (subtil, suggestif et trop méconnu LE CERCLE INFERNAL). Bien sûr, près de 45 après BLOOD FEAST, tout semble avoir été montré, les spectateur semblent bien blasés, et on voit même depuis les années 90 le retour à une certaine pudibonderie. Bof, ça va, ça vient…
Et le film, dans tout ça ? Eh bien, il dépasse de peu son seul intérêt historique par sa brièveté et surtout par le recours à un humour absolument pas involontaire comme j’ai pu le lire ici ou là. Cette histoire d’épicier égyptien assassinant des demoiselles qu’il offre en sacrifice à sa déesse Ishtar est abordée avec décontraction et ironie, accompagnée du fameux martèlement musical. Le scénario est truffé de notations humoristiques, et le casting est composé d’acteurs délicieusement nuls dont le jeu évoque un peu les tonalités des premiers John Waters. En somme, c’est du bon gros cinéma d’exploitation, daté mais assez amusant.
 
C comme… LE CŒUR DU GUERRIER, de Daniel Monzon (Espagne, 2000)
Passons à tout autre chose, avec ce curieux long-métrage qui n’aura pas connu les faveurs d’une distribution en salles – vu la nature de l’emballage, qui évoque une sorte de plagiat tardif de CONAN LE BARBARE version Z, ça n’a d’ailleurs rien de surprenant.
Le film s’ouvre là où s’achèvent la plupart des films d’héroïc-fantasy : un guerrier valeureux accompagné d’une fougueuse amazone est sur le point d’achever sa quête d’un quelconque caillou magique, et doit se mesurer à un méchant casqué. On touche au climax, en se disant que tout ça démarre sur les chapeaux de roue, en se disant aussi que c’est visuellement cheap, ou plutôt très artificiel, mais soigneusement photographié, quand soudain, le valeureux guerrier se réveille dans une chambre d’adolescent branché Donjons & Dragons, vilipendé par une mère excédée. Le guerrier semble ne rien comprendre à rien, surtout lorsqu’il découvre dans le reflet que lui renvoie le miroir un jeune garçon malingre à l’air passablement paumé. Bingo. De deux choses l’une : soit le guerrier a été par magie expédié dans un monde parallèle, au sein duquel il reconnaît ses alliés et ses ennemis ; soit l’adolescent soigne malencontreusement une schizophrénie naissante et bouillonnante par une immersion sans limites dans un jeu de rôles qui le relie à ses camarades de classe.
On pourrait vaguement définir LE CŒUR DU GUERRIER comme une sorte de croisement risqué entre L’HISTOIRE SANS FIN et FISHER KING. Monzon se livre à un exercice très périlleux, tentant, sans grand succès hélas, de faire se côtoyer une comédie proche de la farce, jouant sur les décalages (guerrier armé d’une cannette de coca-cola), et un réel potentiel de noirceur, tant dans la désagrégation mentale de l’adolescent en question, manipulé par des politiciens tentant de l’amener à assassiner le leader d’un parti ascendant, que dans le portrait de ses alliés transfigurés dans notre quotidien : la fière amazone est devenue une prostituée junkie, l’acolyte est un nain clochard pas très sain d’esprit obsédé par l’hygiène dentaire (?!?), le mage est une espèce de Raël illuminé de plateaux TV, bref, c’est vers toute une population marginale en pleine décrépitude que les illusions guident l’adolescent – ou mènent le guerrier perdu…
Fichtre ! Le réalisateur ne manque en tout cas pas d’ambitions. Malheureusement, son scénario est affreusement décousu et hésitant dans ses tonalités, ne parvenant jamais à gérer la complexité de son intrigue (voir le personnage du politicien menacé, peu convaincant et inséré sans finesse dans le récit). Le résultat, après avoir un peu intrigué, finit par lasser franchement, d’autant plus que la mise en scène, aussi spectaculaire qu’insipide, échoue à trouver un équilibre entre l’humour, le fantastique et le drame, ne suscitant au final que le sentiment d’une certaine prétention, assez irritante. Un brouillon original en somme (quoi qu’il doive une fière chandelle à Terry Gilliam), mais complètement raté. Plus que ses apparences, qui sont trompeuses, c’est surtout sa médiocrité qui nous console de son absence dans nos salles ; chapeau bas pour la vivacité du film de genre en Espagne, mais cet opus ne tire donc pas son épingle d’un projet démesuré assuré sans talent.
 
D comme… THE DESCENT, de Neil Marshall (Angleterre, 2005)
De Neil Marshall, je n’avais que très moyennement apprécié un DOG SOLDIERS sympathique et énergique, à mon sens plombé par des personnages sans intérêt (dommage, pour une fois qu’on échappait aux teenagers usuels) et surtout par une mise en scène désastreuse dans la première partie du film – un dégueulis de cadrages mobiles et de montage frénétique hideux et à peu près illisible, qui connaissait par la suite une nette amélioration ceci dit, la dernière demi-heure étant plus composée, et surtout plus maîtrisée. Malgré le fait qu’on m’ait malencontreusement raconté la fin avant que j’aie eu le temps de dire stop in the name of love, la bonne réputation du film m’a amené à considérer THE DESCENT dans un esprit d’ouverture sur lequel le réalisateur de SAW devrait ne pas trop compter en ce qui me concerne.
Bonne pioche, Neil Marshall a fait d’énormes progrès, et réussit ici ce qu’il n’avait fait qu’effleurer maladroitement avec son précédent long-métrage : au-delà du seul casting, bien meilleur, le réalisateur abandonne le sur-découpage hystérique et les infects gigotements du cadre au profit d’une mise en scène encore trop impersonnelle, mais indéniablement structurée, qui tire le meilleur parti de la situation de claustrophobie auxquels sont confrontés les personnages, et nous avec. En réalité, avant que ne surviennent les créatures (que Marshall a l’excellente idée d’introduire le plus tard possible), la tension est bougrement communicative, au point même que, devant l’extrême efficacité du suspense autour de ces spéléologues coincées dans des galeries souterraines après un éboulement, on se dit que le film aurait presque pu se passer de monstres. Reste que ces créatures sont particulièrement réussies (avec même quelques plans fugaces saisissants en animation image par image, très bonne initiative, percutante, en pleine mode d’effets infographiques fluides, réalistes et totalement dénués de poésie), et la mise en scène ne se délite pas trop à leur arrivée : c’est parfois encore trop découpé, d’où quelques plans confus et une ou deux erreurs de raccord, mais le film se tient dans son ensemble à une certaine rigueur. Je ne vous dirai rien du dénouement, assez atypique, sinon qu’il donne une étrange impression d’inachèvement satisfaisant. Bref, dans son genre, et même s’il compense un certain manque de personnalité (quelques plans volés à DARKNESS dans l’introduction m’ont un peu contrarié) par une indéniable efficacité formelle qui laisse encore passer quelques couacs au montage, THE DESCENT atteint sa cible, et vaut le détour.
 
E comme… L'EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, de Renny Harlin (USA, 2004)
Puisqu’il n’a encore jamais vraiment été question de la série très hétéroclite des EXORCISTE, je profite de cette note pour vous faire part de mon propre point de vue, en deux mots. Le film de William Friedkin, dans sa version originelle du moins, est assez passionnant, bien que sa dernière partie me semble plus datée (trop de déclinaisons des séquences d’exorcisme ont un peu élimé la force des images de Friedkin à la sortie du film) ; excellent travail de montage – en particulier de montage son, une approche du fantastique qui a généré des œuvrettes section « histoire vraie » du type AUDREY ROSE ou AMITYVILLE (films que je n’aime vraiment pas), par son réalisme dans le contexte des événements surnaturels qui se déroulent à l’écran, mais qui en évite les travers démonstratifs et le sensationnalisme naïf. Le remontage de 2001 est par contre détestable, et le révisionnisme du cinéaste (qui avait déjà profondément dénaturé LE SANG DU CHATIMENT) m’a d’ailleurs amené à m’en détourner ces dernières années. Je tiens L’EXORCISTE II (L’HÉRÉTIQUE) de John Boorman, généralement détesté, comme un très grand film et l’une des plus belles réussites de son réalisateur, ne serait-ce que parce qu’au-delà de ses immenses qualités, le film fait ce que toute suite se devrait de faire : prendre une autre direction, proposer une nouvelle approche, un approfondissement des thèmes et une expérimentation des formes ; à vrai dire, je le préfère même au film de Friedkin. J’apprécie l’originalité et la ponctuelle efficacité de L’EXORCISTE III de William Peter Blatty, avec toutefois des réserves sur le profond ridicule de la dernière partie, audacieuse certes, mais à mes yeux très maladroite, pour un résultat aussi intéressant qu’il est bancal.
Nous en venons donc à « l’affaire » de ce quatrième volet, une préquelle au film de William Friedkin dont la production particulièrement chaotique a fini par accoucher de deux longs-métrages distincts. Contrairement à ce qu’affirment certaines rumeurs, Renny Harlin ne s’est pas contenté de terminer un film en partie tourné par Paul Schrader, dont le travail n’a pas simplement été remonté. Le film de Renny Harlin n’utilise que peu de séquences tournées, et le tournage a quasiment repris à zéro, avec un casting en partie recomposé, sur un scénario lui-même repensé de fond en comble – avec pour conséquence pour Renny Harlin, bien évidemment, de réaliser ce quatrième épisode opus 2 dans des délais drastiques et pour un budget considérablement revu à la baisse suite aux dépenses générées par le premier tournage et par la résolution légale de cet imbroglio. Au final, le film de Paul Schrader, DOMINION, a échappé de peu à la mise au placard, mais il n’aura été exploité qu’en vidéo (il n'est pas mentionné dans la filmographie de Schrader sur Imdb, ceci dit !). Je ne l’ai pas vu, et je me demande bien ce qui, dans le travail de Schrader, a pu justifier une telle décision, fort rare, les studios se contentant en général d’embaucher un « docteur » pour mettre du scotch sur les brèches et finir le produit initial en limitant le désastre au maximum, pratique qui par contre est elle très courante.
Avec un tel naufrage en amont, le film de Renny Harlin avait peu de chances d’aboutir à un résultat très probant, et sans doute encore moins de chances de ne pas être accueilli avec froideur et ironie. Avant de voir L’EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, je n’en connaissais que la réputation désastreuse de sommet de comique involontaire, de navet filandreux et grotesque. Et après visionnage ?
Ce n’est pas un bon film. Mais ce n’est pas non plus aussi lamentablement nul qu’on a bien voulu le dire – surtout si c’est pour affirmer dans le même mouvement que le consternant SAW est une des grandes révélations de ces dernières années ! Le manque de temps et d’argent reste douloureusement visible à l’écran : le film souffre d’effets visuels oscillant entre les plans douteux (scène d’introduction) et les scènes franchement laides (absurdes hyènes en images de synthèse qui auraient à peine fait l’affaire pour L’ÂGE DE GLACE), et le scénario patine régulièrement dans des flous narratifs mêlant raccourcis abscons et simplifications excessives, d’une subtilité digne d’AMITYVILLE – et ce n’est pas un compliment. L’usure se ressent aussi chez Stellan Skarsgaard, amené à interpréter le même personnage une seconde fois, et qui fournit ici le minimum syndical, sans se forcer. Comme à son habitude, Renny Harlin met le paquet, avec l’absence de retenue qui le caractérise – et qui rend son cinéma à ses meilleurs moments généreux, gratuit et spectaculaire : dans ce cloaque, des pans de métrage surnagent, dans un registre de bon gros fantastique qui tache, et qui tâche surtout de faire au mieux dans des conditions relativement catastrophiques. Bien qu’il ait été copieusement raillé, le film fait pourtant mieux que pas mal d’œuvres bien plus idiotes (LA FIN DES TEMPS, pour n’en citer qu’un) qui ne sont passées inaperçues que parce que les projecteurs cyniques n’étaient pas spécialement braqués sur elles ; mais c’est aussi le genre de grand film malade qu’on n’a pas spécialement envie de soigner, il faut bien l’avouer.
 
F comme… FEMALE TROUBLE, de John Waters (USA, 1974)
Après la découverte tardive, en ce qui me concerne, mais vivifiante de l’étonnant PINK FLAMINGOS, je poursuis mon tour de visite parmi les premiers longs-métrages de John Waters avec FEMALE TROUBLE, qui s’impose aisément par sa drôlerie et par son ignominie dès la célèbre séquence au cours de laquelle Divine est violée par un homme interprété par... Divine ! Et les admirateurs de Divine ne doivent pas rater cet étrange FEMALE TROUBLE ou le travesti connaît un parcours à part dans la filmographie du cinéaste, qui détaille cette histoire depuis la révolte adolescente jusqu’à la mort programmée de son personnage, plusieurs années plus tard, et non sans une certaine noirceur, le film étant à ce jour le plus sombre qu’il m’ait été donné de voir chez Waters. Ça n’empêche en rien le film d’être d’une drôlerie féroce et décadente, qui préfigure clairement le mouvement punk (la première apparition d’Edith Massey est hallucinante), mais il s’y glisse cette fois les prémisses d’une certaine amertume, dont Waters saura tirer le meilleur parti (POLYESTER) sans s’y enliser, ainsi qu’une réelle violence, un jusqu’au-boutisme, une logique froide et radicale. Et sa mise en scène se structure peu à peu ; elle est ici plus pensée que les collages aléatoires et le relâchement formel de PINK FLAMINGOS, ce qui est sans doute lié à la nécessité de devoir gérer un parcours cauchemardesque et la métamorphose d’un personnage fascinant, adolescente obsédée par les chaussures à talon cha-cha, mère-fille aigrie, qui devient de façon fortuite une icône célébrée, dont les performances iront bien au-delà de ce que ses Pygmalions seront prêts à assumer.
Il est difficile de renchérir dans le registre de la provocation, ce sur quoi le film n’égale jamais totalement PINK FLAMINGOS – il est d’ailleurs surprenant de voir John Waters tenter de reproduire le fameux travelling de son film précédent filmé en caméra cachée depuis une voiture : Divine commence alors à se faire un nom, et arpente cette fois les rues dans l’indifférence générale, les figurants malgré eux paraissant blasés par ce phénomène local qui ne surprend plus grand-monde. Par chance, Waters ne limite à aucun moment FEMALE TROUBLE, film qui lui tient particulièrement à cœur d’après ses propres propos, à une redite formelle, à une imitation du film qui les a révélés : la provocation du scénario et des interprètes s’inscrit pleinement dans un projet cohérent et assez passionnant, bien moins potache dans l’esprit, plus ambitieux, plus ample, plus corrosif, plus dérangeant, à l’image de sa scène finale, qui ne prête pas vraiment à rire.
 
G comme… GODSEND (EXPÉRIENCE INTERDITE), de Nick Hamm (USA / Canada, 2004)
Voilà ce que la voix-off traditionnelle des bandes-annonces aurait pu claironner en salles : « Remarqué pour THE HOLE, Nick Hamm nous revient enfin, avec un sujet foireux et un casting louche ! » Elle aurait peut-être dû, la voix-off, les choses auraient été très claires de cette façon.
Décidément, et après le redoutablement nul À TON IMAGE, on va vraiment finir par se dire que le clonage humain est tout sauf un bon sujet de film de genre, particulièrement lorsque le scénariste semble aborder le travail d’écriture avec CQFD tatoué sur le front ! GODSEND nous parle de choix et de conséquences : un couple (Rebecca Rominj-Stamos & Greg Kinnear) dont l’enfant vient de mourir accidentellement accepte de le cloner de façon expérimentale, afin qu’il conserve la même personnalité, comme c’est pratique. (Je veux mon enfant, snif-snif !… Je peux l’avoir en blond ?) Le médecin qui leur a proposé la petite affaire (Robert De Niro, de mieux en mieux Robert, continue comme ça…) s’exécute, et tout va pour le mieux jusqu’à l’anniversaire de la mort de l’enfant, qui change alors brutalement de personnalité et semble devenir maaaaaaaléfique. Vous m’ajouterez un twist pas trop vieux, ce sera tout, merci.
L’argument narratif est ici exclusivement axé sur la sensiblerie style « pleurez, ne pensez à rien » – pire encore que dans un film de maladie, complétée par un élément de SF fantaisiste assimilant clonage et réincarnation. Nick Hamm soigne son tracteur filmique, et effleure même quelques vagues ébauches de débuts d’idées intrigantes (l’enfant croit être hanté par son propre fantôme, le clonage a plus encore de conséquences sur les parents que sur l’enfant), mais il choisit crânement la voie la plus banale et la plus lourdement balisée, avant de nous balancer une révélation fracassante (et pas prévisible une seconde, non, non, vous pensez bien) qui oriente le film vers le thriller, tout en continuant à se dépatouiller avec son approche mélodramatique, et avec son sujet de SF à moins que ce ne soit du fantastique. THE HOLE était un suspense efficace et malin ? Nick Hamm va donc logiquement chercher à se faire un nom en visant le scénario tortueux, et j’aurais presque pu applaudir à deux mains (la constance du réalisateur hein ? Pas le résultat !) s’il n’avait pas visé aussi mal. Résultat somme toute classique dans le genre consternant : il y a une fin au film. Et quatre autres en supplément. Cinq dénouements différents. Celui qui a fini par l’emporter vaut bien tous les autres, et ne vaut pas grand-chose, le film n’allant nulle part. Les réelles qualités de THE HOLE se sont envolées : l’interprétation est exécrable (même de la part d’acteurs que j’apprécie habituellement – non non, pas toi Robert, retourne t’asseoir, c’est fini maintenant), la mise en scène se limite à un seul savoir-faire technique illustrant une esthétique démonstrative foncièrement insipide, et GODSEND, film de SF pour ceux qui n’aiment pas la SF, film fantastique pour ceux qui n’aiment pas le fantastique, mélodrame pour ceux qui n’aiment pas le mélodrame, etc., risque bien au bout du compte par ne plaire à strictement personne.
 
H comme… HANUMAN, de Fred Fougea (France / Inde, 1998)
Sur ce film en particulier, je crois nécessaire de préciser que, d’un certain point de vue, j’ai littéralement été piégé par le Dr Devo. En effet, naïf que je suis, j’ai pris les propos du docteur m’enjoignant à voir ce film, probablement motivés par une ironie portée sur mon intérêt sincère pour les (bons) documentaires animaliers (ils sont fort rares), pour d’authentiques conseils d’ami et de cinéphile. En gros, lors de la sortie du film, le Dr Devo m’avait dit que oui, vois-tu, c’est pas trop mal, ça mérite le coup d’œil – mais lorsque je lui ai fait part de cette acquisition, il m’a alors regardé avec des yeux ronds, et l’air de me dire « quelle drôle d’idée »…
Soit. Me voilà donc confortablement installé devant ce petit film d’aventures familial qui raconte l’amitié entre un jeune archéologue luttant pour la défense d’un site religieux en Inde et un petit macaque chassé de sa tribu pour avoir folâtré avec la fille du chef du clan. Les grandes lignes du récit sont bougrement convenues, et la voix-off accompagnant les séquences avec le clan des singes humanise souvent à l’excès une action parfaitement compréhensible sans que ses enjeux soient ainsi surlignés au marqueur. Au passage, ça me rappelle un petit succès de l’époque – au rayon « collège et cinéma », le film japonais LES AVENTURES DE CHATRAN, estimable travail de documentaire-fiction malgré son côté guimauve très appuyé, que la VF laminait à grands renforts de dialogues débiles et insupportablement sur-joués. On n’en est tout de même pas là avec HANUMAN, qui ne court pas non plus après les horreurs du style MON CHIEN SKIP : même si le film reste très limité, il faut bien l’avouer, la photographie est de bonne tenue, aidée par la beauté des décors naturels. Mais surtout, j’ai apprécié certains passages du film, plus elliptiques, lorsque le réalisateur parvient à prendre un peu de distance avec ses penchants pour l’anthropomorphisme, principalement lorsqu’il introduit un élément fantastique assez subtil – qui tranche d’ailleurs douloureusement avec le simplisme des grandes lignes du récit – avec la présence fantomatique dans les ruines d’Hanuman, le Roi des Singes, entité mystérieuse, impalpable, opaque, et qui surtout ne vient à aucun moment jouer un rôle déterminant dans l’intrigue. Pour ces quelques passages où, pour une fois, ce type d’éléments ne s’accompagne pas d’une pure fonctionnalité à visée démonstrative (un message à énoncer, une intervention « magique » pour résoudre les difficultés), le film, aussi simplet et gentillet soit-il, mérite une petite once de respect, à défaut de d’être d’un intérêt brûlant.
 
I comme… L'ÎLE AUX PIRATES, de Renny Harlin (USA / France / Italie / Allemagne, 1995)
Le hasard des programmation, et plus encore la rareté des films en I sur mes étagères, ménage une seconde place au réalisateur Renny Harlin après le très mitigé (mais pas nul) EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, pour un film un peu plus motivant, même si je ne suis pas très captivé par les films de pirates – il faut dire les « swashbucklers », il paraît.
L’ÎLE AUX PIRATES est principalement célèbre pour être le film qui a coulé la firme Carolco suite à son bide spectaculaire en salles. Pas de chance pour Renny Harlin, à qui il arrive rarement de prendre des initiatives très personnelles, pour rester poli, et qui s’est vu bien mal payé de ses efforts pour relancer, sans doute trop tôt, un genre depuis remis au goût du jour par PIRATES DES CARAÏBES. Ceci dit, le film, incompris et passé inaperçu, n’est pas non plus une perle cachée : comme toujours, Harlin ne fait pas dans la dentelle, et abuse de plans basculés, d’explosions farfelues et de ralentis dans ses nombreuses séquences d’action, certes très spectaculaires, mais un rien lassantes, d’autant plus que le métrage me semble un peu trop long. Mais bon, soyons justes, l’enthousiasme des acteurs, menés avec vigueur par l’excellente Geena Davis, est assez communicatif, le spectacle est agréable et plutôt enlevé, très luxueux malgré quelques effets visuels bâclés. C’est sympathique, quoi, mais je n’ai pas grand-chose d’autre à en dire.
 
Je serai plus bavard dans la seconde partie de cet article, profitant honteusement de la présence dans la suite du programme de films déjà abordés sur Matière Focale pour être un peu plus complet sur d’autres métrages encore jamais évoqués. Mais, à moins que la bande-annonce présente en conclusion de l’épisode 11 ne vous ait donné des indices suffisamment explicites, il vous faudra donc attendre quelques jours pour en découvrir la teneur.
 
Le Marquis
 
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["Qu'est-ce qu'un artiste ?", Divine dans FEMALE TROUBLE, par le Marquis]

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Dimanche 26 novembre 2006 7 26 /11 /2006 16:59

Partager     - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

[Photo : "Le Maléfique Lapin de la Toussaint", par le Marquis]

Les vacances sont trop courtes et le temps passe bien vite, surtout quand on s’amuse, et l’on s’amuse souvent en compagnie du Docteur, qui m’a fait l’honneur et le plaisir de me rendre une visite, laquelle a momentanément interrompu le visionnage de l’Abécédaire, qui reprendra ses droits dès ce soir. Avant qu’il ne me le demande par mail, je vous fais part ici même des films visionnés ces derniers jours ; quelques-uns ont déjà été évoqué cette semaine, d’autres seront peut-être l’objet d’un article, plusieurs d’entre eux resteront dans l’ombre, tandis que les quelques films piochés dans la programmation de l’Abécédaire seront tout de même évoqués à la lettre qui leur est impartie – ils ne seront bien sûr pas remplacés par un autre film, c’est rigoureusement interdit. Les films sélectionnés par le Docteur sont ici cités dans leur ordre alphabétique. AU SERVICE DE SATAN (excellent film du revenant Jeff Lieberman), BLOOD ANGELS (que j’ai trouvé amusant mais que le docteur n’a pas aimé), LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS (classique agréable du cinéma bis signé Sergio Martino), DESPERATE LIVING, FANTÔMES (film d’horreur indien vraiment assommant), FLESH FOR THE BEAST, FRIGHTENING (David DeCoteau en petite forme), FUGITIVE MIND (Fred Olen Ray en petite forme itou, mais il y a Heather Langenkamp), HIGHWAYMEN (correct film de série B), LES INNOCENTS (le chef-d’œuvre de Jack Clayton), JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT, KANNIBAL (que le docteur a trouvé amusant mais que je n’ai pas aimé, malgré Linnea Quigley), LA MAISON DU DIABLE (vous savez, le film de Robert Wise « où il ne se passe rien », cf commentaires sur l’article consacré au mauvais AMITYVILLE), THE MANSON FAMILY (film étrange et très intéressant), MASSACRE DANS LA VALLÉE DES DINOSAURES (tout un poème…), LE MONSTRE DU TRAIN (slasher classique et pas trop mal fichu avec Jamie Lee Curtis), MORT DE PEUR (CAMPFIRE TALES, petit film à sketches sympathique), 99 FEMMES de Jess Franco (les films de Franco sont toujours meilleurs quand je les regarde avec le docteur, c’est curieux), SACRIFICES (THE LAUGHING DEAD, série B totalement improbable issue des années 80), SPIRIT OF THE NIGHT (Zzzzz !), TEENAGE CAVEMAN, THE TOXIC AVENGER IV (hilarant), VENDREDI 13, CHAPITRE VIII (le seul que le docteur avait boudé jusqu’alors), programme complété par quelques épisodes de « South Park », des « Simpson » et de « K-2000 » (mieux vaut taire la demi-heure passée devant le mortifère « Muppets TV ») sans parler d’autres petites surprises. Joli programme visionné en compagnie d’une citrouille creusée et d’un amoncellement de cochonneries, une vieille habitude qui ne date pas de la tentative de transplant mercantile de ces dernières années, mais de l’époque lointaine où j’avais découvert le merveilleux film HALLOWEEN de Carpenter.
Fichtre, ça crée du lien cette introduction mine de rien. Et si on enchaînait sur la suite de l’opus 11 de l’Abécédaire ? C’est parti, avec un film en K comme...
 
LES KAMIKAZES DU KUNG-FU, de Yang Ching Chen (Taïwan, 1973)
Allez, un petit film de kung-fu pour entamer la dernière ligne droite de cet épisode 11. Et cette fois, le film en question, également distribué en salles dans les années 70, aux Etats-Unis sous le titre TO SUBDUE THE EVIL et en France sous le titre LES REQUINS DU KARATÉ (bravo !), ne nous est pas proposé par Bac Films et son ineffable collection « L’Odyssée du Kung-Fu », mais par les Éditions du Film Retrouvé, éditeur fauché au catalogue sympathique mais de piètre facture technique : bien évidemment, malgré une copie correcte, pas de version originale disponible, c’est une bonne vieille VF d’époque, dont la qualité n’a d’égal que le respect de l’œuvre distribuée. Dans les salles de quartier aujourd’hui disparues, ce type de productions pullulait il y a une trentaine d’années, souvent avec des titres parodiques (un de mes préférés : KARATÉ À MORT POUR UN BOL DE RIZ) et des doublages laissant clairement transparaître le mépris dans lequel était tenu le genre, et le repli des responsables de la distribution de produits à la chaîne vers un humour empreint de je-m’en-foutisme, particulièrement flagrant dans des dialogues parfois manifestement improvisés au micro. Ce qui fait, avec le recul, que la flopée de métrages aujourd’hui distribués à la pelle dans des éditions à deux balles, et dont certains titres, particulièrement obscurs, ne sont référencés nulle part ailleurs, ne peuvent être abordés que sous l’angle d’un 36e degré (de Shaolin ?) aussi réducteur que comique. Ce qui peut s’avérer extrêmement frustrant pour les passionnés du genre si le film ainsi maltraité était à la base, ne serait-ce qu’un honnête film de série.
Un honnête film de série, c’est ce qu’est en partie ce film de l’inconnu (du moins en ce qui me concerne) Yang Ching Chen, qui traite d’un sujet très quelconque de vengeance, celle d’un homme dont la famille a été massacrée à sa naissance, tragique événement au cours duquel s’est égaré son frère jumeau, qu’il croit mort et qui, vous vous en doutez bien, ne l’est pas. En partie. Beau cinémascope, bonne facture générale, et surtout quelques audaces de montage (la brièveté de ses inserts est étonnante), ou plus rarement de cadrage (spectaculaires plans basculés – les plans verticaux sont plus conceptuels !), aussi surprenantes qu’efficaces. Le ton général du métrage, qui souffre beaucoup de la banalité de son scénario, est celui du sérieux le plus concerté, tragédie et violence (les combats sont parfois assez gore), dilemmes cornéliens et mines confites dans le malheur et la bravoure désespérée. Dans les meilleurs moments du film, on retrouve certaines grandes qualité de ce cinéma, lorsque les personnages et les intrigues s’effacent pour laisser la place au mouvement pur, à la symbiose formelle, plus ou moins effective ici – on est très loin de King Hu et du rythme, de l’esthétique superbes et hypnotiques d’un RAINING IN THE MOUNTAIN – entre le montage et le cadrage, dans des raccords vertigineux : la caméra est mobile, montage nerveux, très belle échelle de plans…
Curieusement, le film flirte pourtant souvent avec un registre assez Z, renforcé par des chorégraphies et trucages hallucinants de ringardise – les cascades câblées sont à hurler de rire. Les combats finissent parfois par devenir quasi surréalistes à force ce maladresses techniques, comme ces accélérés à la Benny Hill douloureusement visibles, ces trampolines et ces filins apparents, ce son synchrone à ses heures, ces mannequins pas crédibles pour un yen. Le film s’engouffre aussi dans des épisodes grotesques : le héros intervient par exemple dans une dispute conjugale, empêchant le mari excédé de poignarder son épouse volage, quand il tombe soudain sur un des sbires inscrits sur sa liste noire : alors qu’il est en train de lui régler son compte, l’épouse du couple enfin réconcilié, effrayée par l’issue du combat, s’empale elle-même, accidentellement, sur le couteau que son étourdi de conjoint n’avait toujours pas lâché ! Tristesse et désespoir à l’écran, mais j’avoue que sur mon canapé, l’ambiance était plutôt souriante… Bien entendu, la VF en rajoute une couche dans les répliques frappées du bon sens, avec ses « coups mortels volants » et ses dialogues subtils du genre : « Qui êtes-vous ? » - « Je suis le fils de mon père ! ».
Un pied dans la gravité et l’artisanat appliqué, un autre dans les excès grotesques et les bourdes visuelles, LES KAMIKAZES DU KARATÉ ne trouve pas vraiment son équilibre entre le Z et la série B, mais il devrait faire sourire les amateurs de curiosités bis, à l’occasion.
 
L comme… LA LÉGENDE DE LA MOMIE, de Jeffrey Obrow (USA, 1997)
Aussi nul que soit le film dont je vais vous parler, je me permets quand même d’épingler l’éditeur, DVD Bonsaï, qui annonce sur sa jaquette du 16/9e et de la VOST pour un film recadré et en VF : vous n’avez pas le sentiment de chercher à voler l’argent de vos clients, de temps à autres ? Bien sûr, ce n’est qu’un film de Jeffrew Obrow, dont le seul titre de gloire est la série B THE KINDRED, passablement oubliée aujourd’hui ; mais d’autres films splendides en font eux-mêmes les frais sous le seul prétexte qu’ils ne bénéficient pas d’une grande popularité – voir le traitement scandaleux réservé au CERCLE INFERNAL de Richard Loncraine, dont l’édition lamentable parue en France est actuellement la seule disponible. Bref.
Revenons à cette LÉGENDE DE LA MOMIE, avancée sous le très vague prétexte d’une nouvelle de Bram Stoker, pour ce qu’il en reste à l’écran… Le film s’ouvre sur une tentative de vol d’un bijou dans une tombe égyptienne, qui se solde par une bonne cramante ; ailleurs, en Angleterre, un vieillard est agressé par une momie. Ce mystère est bien sibyllin, et entraîne donc une enquête à la Derrick, d’un ennui mortel. Que les amateurs de créatures à bandelettes en soient bien avertis : passée cette première agression, la momie en question est reléguée dans la cave, et n’agressera les différents personnages de la maison dans laquelle se déroule une intrigue bien nébuleuse que sous la forme d’une entité invisible – et croyez-moi, avec une mise en scène aussi peu inspirée, c’est encore moins impressionnant que ça n’en a l’air à le lire. On lève bien un sourcil lors d’une séquence où une petite momie agresse le héros et lui arrache les doigts un à un, mais tout cela n’est qu’un rêve, et le film replonge illico dans sa profonde et contagieuse léthargie. Fade, mou, terne, le film est également incohérent (la gouvernante de la maison est agressée par la redoutable momie invisible, avant de reprendre tranquillement son office, l’incident restant absolument sans conséquence sur le déroulement de l’intrigue, si floue qu’on se demande vraiment si le film a bien été terminé, et si Jeffrew Obrow disposait réellement d’un scénario défini. Passée une heure, on finit cela dit par s’en foutre royalement et par juste résister à la tentation de mettre un terme prématuré à un visionnage aussi pénible – je ne l’ai pas fait, j’ai vu s’inscrire le mot Fin, et je me dis juste que si Obrow souhaitait rendre hommage à la Hammer (Aubrey Morris reprend ici le personnage qu’il jouait en 1971 dans un médiocre film de momie de la firme, pourtant signé par le pas mauvais John Gilling), c’est totalement et irrémédiablement foiré. Le film n’en connaîtra pas moins une suite, succès des films de Stephen Sommers oblige, mais dans la mesure où il est cette fois dirigé par David DeCoteau, le résultat ne peut en être que diamétralement opposé : verdict une fois prochaine !
 
M comme… MAGIC WARRIORS, de Ronny Yu (USA / Chine, 1997)
Le niveau remonte tout doucement avec ce petit film d’aventures signé par Ronny Yu, co-production qui préparait le terrain à son débarquement aux Etats-Unis, amorcé brillamment avec LA FIANCÉE DE CHUCKY et prolongé de façon désastreuse avec le médiocre FREDDY CONTRE JASON.
Ça n’a pourtant pas l’air très appétissant, ce MAGIC WARRIORS qui ressemble fort à première vue à une version kangourou des TORTUES NINJA. Le film, parfois maladroit mais honnête et attachant, vaut mieux que ces allures moches et infantiles, même s’il est constamment sur la brèche et reste très, très inégal.
Pris en sandwich entre une introduction et une conclusion américaines qui constituent les parties les plus faiblardes du film (malgré la présence du sympathique Dennis Dun, via notamment une séquence en hommage au FESTIN CHINOIS de Tsui Hark), la plongée dans l’univers fantastique, peuplé de kangourous humains qu’on croirait échappés de l’amusant TANK GIRL, est aussi une plongée dans l’imaginaire chinois et dans une mise en scène plus originale et plus énergique, qui fonctionne dans l’ensemble et délivre du divertissement pur, pas trop mal mis en boîte malgré les différents problèmes que rencontre le métrage en chemin.
Les problèmes en question ? D’abord une direction artistique de qualité variable, globalement luxueuse et spectaculaire, mais qui fleure parfois le hangar décoré. Le scénario d’autre part, tiraillé entre l’énergie créatrice de la partie asiatique et les aspects bien prévisibles et conventionnels de la partie américaine (la conclusion du film est vraiment médiocre), forme un cocktail curieux et pas très convaincant, même si la balance penche insensiblement du bon côté grâce au soin porté à la mise en scène.
Mais le plus pénible dans ce film, c’est bien son casting calamiteux. Le héros, Mario Yedidia, est encore un de ces gosses dirigés comme des singes savants, et son assurance crâneuse se marie très mal avec les tics insupportables de son jeu formaté et purement mécanique. La belle Marley Shelton, dans un rôle double où il y avait pourtant de quoi faire, livre une performance désastreuse. Mais la palme revient sans conteste au grand méchant du récit, le démoniaque Komodo, campé par un certain Angus McFadyen. Alors lui, chapeau : pouvez-vous imaginer un acteur calamiteux qui ressemblerait à un mélange disharmonieux entre le Robert Smith de Cure et le Didier Bourdon des Inconnus ? J’ai rarement vu une prestation aussi grotesque. Inutile de préciser que le film, déjà bien fragile, en souffre énormément.
 
P comme… PINOCCHIO, de Steve Barron (USA / Angleterre / France / Allemagne / République Tchèque, 1996)
Très beau conte littéraire de Carlo Collodi, Pinocchio a régulièrement été porté à l’écran, pas toujours avec beaucoup de réussite. Si la version de Luigi Comencini en restitue assez bien l’esprit, celle de Disney, très bariolée, passe par le moule déformant et normatif de la firme, qui s’est toujours approprié les créations d’autrui plutôt que de faire elle-même preuve de créativité, si l’on excepte le versant anthropomorphique bêtifiant qui caractérise le décorum et les personnages de ces relectures simplificatrices – allez donc jeter un œil sur le personnage du criquet dans le texte de Collodi… et sur ce qu’il devient ! Autres adaptations récentes, que je n’ai pas eu le courage d’affronter : la version réalisée par Roberto Benigni, et celle, robotique, d’un métrage animé en images de synthèse qui m’a l’air d’une redoutable laideur. À choisir, je préfère encore voir le conte de Collodi développé en sous-main dans un projet plus ambitieux (LA VOCE DELLA LUNA de Fellini, où le personnage était déjà interprété par Benigni d’ailleurs, ou le A.I., qui aurait presque pu être un bon film sans la niaiserie patente de Spielberg, qui explose dans la spongieuse dernière partie du film). Des approches auxquelles on peut ajouter le rigolo LA REVANCHE DE PINOCCHIO, relecture horrifique d’une petite série B fauchée mais aimablement transgressive.
Réalisateur efficace mais totalement impersonnel, Steve Barron (ELECTRIC DREAMS, LES TORTUES NINJA, un esthète, quoi) se donne ici pour pari de revenir aux sources du conte, tout en lui conférant un aspect visuel attrayant et spectaculaire, dans un élan de respect de l’Auteur curieusement typique des années 90 – à ce CARLO COLLODI’S PINOCCHIO, on peut adjoindre le MARY SHELLEY’S FRANKENSTEIN de Kenneth Branagh ou le BRAM STOKER’S DRACULA de Coppola. Bien évidemment, cette fidélité professée a quelque chose d’assez hypocrite, et Steve Barron ne semble pas avoir eu l’idée de corriger le tir avec cette crevure de criquet bavard en costard, dont la conception découle hélas du Disney, et qui est l’objet d’effets spéciaux en images de synthèse moches, mal intégrés à l’image et parasitées par le sur-jeu pénible d’infographistes qu’on oublie trop souvent de tenir en laisse.
C’est dommage, car par ailleurs, le film de Barron s’avère d’assez bonne facture, et les altérations au récit original sont acceptables et relativement bien pensées : disparition de la Fée Bleue, remplacée par une voix-off pas trop envahissante et par un raccourci narratif en forme de miracle qui fait très bien l’affaire, évitant la dispersion dans un scénario déjà riche et long. Dans le même esprit, le personnage interprété par Udo Kier prend du galon par rapport au texte original, au point qu’il devient lui-même la baleine monstrueuse qui occupe la dernière partie du film : pourquoi pas, après tout…
Malgré les défauts évoqués, auxquelles on peut ajouter quelques passages chantés (rares heureusement, les compositions de Brian May et de Stevie Wonder sont vraiment mauvaises), la pilule passe étonnamment bien, et le film n’est pas mauvais. Très beaux effets spéciaux en ce qui concerne le pantin de bois ; les aspects plus sombres du récit original ne sont cette fois pas complètement évincés ; en somme, le film a à peu près les qualités et les défauts des productions Hallmark au sein desquelles Steve Barron allait ensuite réaliser une estimable adaptation des 1001 NUITS, et qui s’est spécialisée dans les adaptations friquées – et souvent très honorables – de contes et de littérature fantastique (dont une intéressante FERME DES ANIMAUX) : un penchant un peu sucré pour la joliesse picturale, quelques concessions mineures aux poncifs acquis par la faute de Walt, mais une envie manifeste, quel que soit le résultat, de rendre justice aux œuvres adaptées.
 
R comme… REBIRTH OF MOTHRA III, de Okihiro Yoneda (Japon, 1998)
Suite et fin de la trilogie des années 90 dont je vous avais parlé en évoquant le très improbable REBIRTH OF MOTHRA II, marquant donc le retour, que dis-je, la renaissance de Mothra la mite géante, chère au cœur des japonaises et des japonais.
Nous retrouvons donc, avec plaisir ou pas, à vous de voir, les trois sœurs lilliputiennes, deux gentilles accompagnées de leur mini-mite Fairy, et une méchante, Belvera, elle-même accompagnée d’un mini-dragon cyborg, ainsi bien sûr que la majestueuse Mothra. Après la déforestation du premier opus et la pollution industrielle du second, le danger vient cette fois du ciel : une météorite s’écrase dans la forêt, et peu de temps après, les deux jumelles découvrent, inquiètes, des « sécrétions de dinosaure » dans la forêt. Ça va mal : la météorite transportait le monstre King Ghidora, hydre à trois têtes qui entreprend d’enlever tous les enfants des alentours (grâce à d’affreux effets infographiques), non sans écrabouiller quelques maquettes qui n’avaient pourtant rien demandé à personne. Une seule solution : appeler Mothra, et pour ce faire, il n’y a pas d’autre alternative que de ré-écouter les deux jumelles dans leur interprétation vibrante et passionnée du tube qui a fait leur renommée : « Mossssurrraaaaaa… Ya ! Mosssurrraaaaa… » Mothra quitte donc son île lointaine et arrive à tire d’ailes chatoyantes de mille et unes couleurs et parfums de l’Asie authentique. Malheureusement, King Ghidora, qui revient sur Terre après avoir jadis exterminé les dinosaures (c’était lui), est bien trop fort pour elle. Une seule solution : remonter dans le temps et faire son affaire à un Ghidora plus jeune et plus faible au temps des diplodocus (ce qui impliquerait alors que les dinosaures ne seront pas exterminés, mais la question est soigneusement évitée). Le temps presse, car les enfants sont menacés, et en plus, une des deux jumelles est hypnotisée par Ghidora – et comme elle est devenue méchante, Belvera se voit contrainte de devenir gentille, comme quoi, elle a un bon fond si on cherche bien. Tout ça finira bien sous les « Yatta ! » (comme dans un fabuleux clip japonais que je vous recommande vivement) enthousiastes des enfants.
L’éditeur indécis propose cette fois la VOST (les deux précédents épisodes étaient en anglais sous-titré français), ce qui n’est pas plus mal. Quant au film, après les délires scatologiques du second film de la trilogie, le plus kitsch, qui reste mon préféré, il revient au relatif sérieux du premier métrage. Un peu plus ambitieux donc, le film n’en reste pas moins très enfantin et attaché aux règles du genre : autant dire que c’est un petit peu longuet et lénifiant, mais que ça reste sympathique et amusant.
 
S comme… STICKS AND STONES, de Neil Tolkin (USA, 1996)
À tout hasard, je passe ensuite à ce petit inédit dont le sujet (trois jeunes harcelés par une brute mettent la main sur une arme à feu) laisse vaguement espérer un drame de type STAND BY ME. Au lieu de quoi, mais c’était assez prévisible, on a droit à une espèce de BULLY version Disney, franchement télévisuel. Les acteurs font un bon travail, mais il est impossible de s’attacher à cet objet fade et sans surprise, où chaque étape du récit voit ses intentions douloureusement soulignées au marqueur par une musique atroce dont on pourrait presque deviner le titre de chaque morceau (Une petite ville américaine, Trois copains, Une maman trop absente, Le base-ball quel bonheur !, Une brute aux trousses…). Oh, quelle jolie histoire bien édifiante comme il faut ! Oh, quel téléfilm plat, sirupeux et démonstratif ! C’est vraiment tout ce que j’ai à en dire.
 
T comme… LES TRAQUÉS DE L'AN 2000, de Brian Trenchard-Smith (Australie, 1982)
J’appréhende toujours les films fantastiques australiens avec une certaine confiance et un indéniable appétit, même si les bons films s’y sont faits rares depuis la fin des années 80. On y retrouve très souvent une atmosphère singulière, renforcée par la beauté des décors naturels et par une photographie en général très soignée. C’est le cas ici d’ailleurs, même si l’on doit vite mettre un bémol sur la question de l’atmosphère, et la copie elle-même est assez belle – dommage que le DVD proposé par Mad Movies, comme c’est fréquemment le cas depuis quelques mois, ne propose pas de VO… (Je signale tout de même que le film proposé en octobre, AU SERVICE DE SATAN, est en VOST, et qu’il est succulent.)
Surtout remarqué pour le modeste petit scandale qui a accompagné sa sortie en Angleterre (ce TURKEY SHOOT y a également circulé sous le titre BLOOD CAMP THATCHER !), le film mêle des éléments de survival à un projet qui ressemble fort à un bon gros film de prison, avec quelques petites touches de bis flirtant avec le fantastique (on y trouve une espèce de loup-garou utilisé comme chien de chasse). Rien à voir donc avec un film comme PUNISHMENT PARK, et Brian Trenchard-Smith ne fait pas dans la dentelle. C’est peut-être une chance, d’ailleurs, car les aspects grotesques du métrage, principalement ses excès gore, sont sans doute ce qu’il a de plus intéressant.
Le résultat n’est pas fameux ceci dit : au-delà d’un très beau cinémascope, la mise en scène est sans ampleur, et le scénario, qui développe un sujet un peu sommaire, est vraiment maladroit. Ce récit de chasse à l’homme a beau être sommaire, voire simpliste (pourquoi une des femmes pourchassées prend-elle le temps de faire trempette dans une crique ???), le cinéaste choisit d’emblée de séparer les différentes proies ; le film s’éclate alors en un bout à bout de séquences pas très bien structurées, ce qui entraîne rapidement de gros problèmes de rythme, le tout débouchant sur une conclusion expéditive au triomphalisme un peu court. La musique n’arrange rien : une fois de plus, c’est Brian May qui s’y colle, et sa composition, pesante et sans finesse, reste enlisée dans une franche médiocrité.
Par contre, une fois n’est pas coutume, les suppléments proposés sur le DVD valent le détour, les intervenants n’ayant pas leur langue dans la poche : on ironise sur l’hystérie d’Olivia Hussey qui avait peur de tout, ou sur la « méthode » de Steve Raisback – lors d’une scène de torture, l’acteur avait exigé que le supplice ne soit pas simulé ; résultat : il souffrait tellement qu’il en oubliait son texte ! À quoi bon être acteur dans ce cas, comme on le souligne ici malicieusement. Quant à la comédienne Lynda Stoner (car il ne s’agit pas de Carmen Duncan, rédacteurs de Mad Movies), elle se dit pour sa part consternée par le film, qu’elle définit comme « un tas de merde putride et puéril ». Pas le genre d’anecdotes qu’on croiserait dans les bonus accompagnant un bon gros film de studio…
 
U comme… UNCLE SAM, de William Lustig (USA, 1997)
William Lustig réalise ici son dernier film (il s’est depuis tourné vers l’édition vidéo), et retrouve à l’occasion l’excellent scénariste – et cinéaste hélas sans grande envergure – Larry Cohen, avec qui il avait déjà collaboré à l’occasion de son sympathique MANIAC COP. Mais les talents de metteur en scène de William Lustig sont eux-mêmes très relatifs, et UNCLE SAM, tourné avec très peu de moyens, s’en ressent cruellement, restituant sur un mode mineur ce qui fait déjà les qualités et les défauts des films de Larry Cohen : une écriture subversive et bien plus intelligente qu’elle n’en donne l’air, associée à une réalisation médiocre qui tire le film vers le bas.
Dommage pour un sujet assez corrosif montrant un soldat américain, accidentellement tué par ses compatriotes lors du conflit au Koweït, revenir à la vie dans sa petite ville natale, non pas pour se venger des siens comme l’annonce la jaquette (bilingue, ce qui n’est pas très logique pour un film uniquement disponible en VF !), mais bien pour éliminer les citoyens qui semblent s’éloigner du modèle patriotique le plus rigoriste – non sans dissimuler son faciès de zombie sous un costume d’Oncle Sam, bien évidemment. Sur cette base très sommaire de slasher à thème, le scénario oppose intelligemment un gamin d’une droiture radicale et profondément intolérante, fasciné par l’armée et en adoration devant son oncle décédé, à des adultes cyniques, consuméristes et apathiques. Le film, qui s’ouvre sur un amusant générique compilant diverses images d’archives autour du personnage de l’Oncle Sam sur fond de drapeau américain, évite ainsi de foncer tête baissée dans une critique simpliste du militarisme ou des fanatiques de la Patrie, développant à travers une multitude de seconds rôles (un général compassé et obséquieux qui ne rêve que d’emballer la veuve et possiblement sa sœur, trois néo-nazies qui interprètent l’hymne nationale pour la cérémonie du 4 juillet, un professeur et ancien opposant à la guerre du Vietnam ressemblant diablement à George W. Bush, un ancien soldat handicapé et aigri…) des nuances riches s’exprimant sur un registre dénué de moralisme ou de retenue : c’est bien du film de genre, assumé, insolent et divertissant, qui a oublié d’être bête.
De ce point de vue, encore une fois, il est regrettable que la médiocrité de sa réalisation en atténue considérablement la portée et l’impact, d’autant plus que la VF et une copie vraiment hideuse n’arrangent rien. Difficile cependant de passer à côté d’un hommage inattendu et culotté à Lucio Fulci dans le plan final, qui duplique celui, opaque, gratuit et quasi abstrait, du célèbre FRAYEURS.
 
V comme… LA 25e HEURE, de Spike Lee (USA, 2002)
Spike Lee arrive à point nommé pour relever grandement le niveau de cette sélection un peu fade, dont LA 25e HEURE (circulant également en DVD sous le titre 24 HEURES AVANT LA NUIT) est à la fois, et de très loin, le meilleur titre, et l’un des plus beaux films du cinéaste. En nous racontant les dernières heures et la soirée d’adieu d’un Edward Norton sur le point de purger une peine d’emprisonnement de sept ans, Spike Lee développe un scénario d’une très belle maîtrise, qui alterne les portraits contrastés des membres de l’entourage de Norton (enseignant un peu coincé, boursicoteur cynique, père effondré, copine soupçonnée d’être celle qui l’a dénoncé à la police…) avant de faire converger, s’opposer, se rapprocher une brochette de personnages adroitement dépeints et souvent émouvants. Si la mise en scène très poseuse frôle par instants l’académisme, elle s’avère pourtant d’une étonnante finesse, roide, belle, rigoureuse, marquée par de superbes envolées – voir la très belle séquence du miroir, devant lequel Norton déverse sa haine et sa rancœur, une scène surprenante, rupture esthétique et narrative aux couleurs brûlées et saturées, une séquence musicale également (très belle composition de Terence Blanchard) qui évoque dans sa forme sonore certains des meilleurs passages de TAXI DRIVER.
Ici peu motivé par le versant polar de son sujet, Spike Lee assume avec intelligence le versant mélodramatique de son sujet, auquel il parvient à donner des résonances particulièrement sombres et intimistes ; intelligence donc, sensibilité, retenue, à l’image du parallèle audacieux avec le World Trade Center (magnifique générique d’ouverture, très belle scène autour du « ground zero »), idée en forme de peau de banane dont bien des réalisateurs n’auraient extrait qu’un plein bac de purin et de sensiblerie affectée, qui vient ici ponctuer l’action avec une véritable intensité, ces images étant utilisées moins pour ce qu’elles représentent ou symbolisent que pour la seule atmosphère de désolation qui s’en dégage. Si LA 25e HEURE est un film très social et symboliste, il reste avant tout incarné ; et s’il est très mélo, il reste tout aussi constamment juste, à l’image de sa conclusion, synthèse parfaite d’utopie et de profonde amertume. Passionnant.
 
Z comme… ZOMBIE HONEYMOON, de David Gebroe (USA, 2004)
Et voilà pour conclure un film qui avait tout pour me plaire. Aimable réputation, projet ambitieux souhaitant voir convoler la comédie, l’horreur et le drame avec un grand D, soutien tardif et non-crédité à la production de l’indescriptible Larry Fessenden (réalisateur de l’intéressant WENDIGO, et l’une des rares vraies personnalités apparues ces dernières années dans le cinéma de genre), et bien sûr des zombies.
Las, voilà surtout un nouveau titre à rajouter à la pile de ces films prétentieux et ratés distribués directement en vidéo et que la presse spécialisée tente de nous vendre comme d’inestimables révélations – comme le récemment chroniqué COLD AND DARK. Que le cinéaste David Gebroe se soit inspiré du drame vécu par sa sœur et du décès de son génial beau-frère, je m’en balance royalement – condoléances, ceci dit : la sincérité de la démarche, moi, je veux bien y croire. Mais à l’image, le récit de ce couple de jeunes mariés bouleversé par le passage de l’état de vie à celui de non-vie anthropophage de monsieur échoue sur tous les tableaux et dans toutes les directions avortées vers lesquelles le film semblait devoir s’orienter.
Le film s’ouvre sur une ambiance festive et hystérique très surfaite, c’est cool, c’est fun, mais ça me rappelle des séquences similaires dans le sinistre (ça n’engage que moi) QUATRE MARIAGES ET UN ENTERREMENT. S’ensuit un bout à bout de séquences inutiles et parfaitement dispensables qui ressemblent fort à du pur remplissage visant à atteindre la durée convenue d’un long-métrage. Peut-être Gebroe espérait-il que ces séquences de mamours, de shopping et de balades sur la plage allaient nous attacher à ses personnages, mais dans la mesure où les acteurs sont lamentables, tandis que le récit progresse sans la moindre originalité, c’est peine perdue. D’autant plus que la mise en scène est franchement médiocre et pétrie de fautes de goût, notamment dans le choix d’une bande-son truffée du début à la fin de chansons pop nullissimes (avec un grotesque « Stand by your man » en générique de fin), qui viennent à tout bout de champ annihiler l’atmosphère du film là où le réalisateur semblait vouloir l’enrichir.
La laideur des cadrages (caméra à l’épaule, abondance lassante de plans rapprochés hideux) et la grande maladresse du montage achèvent un métrage qui ne tente de se composer une réelle mise en scène que dans son dernier quart d’heure – c’est largement trop tard, et ça fleure bon l’influence de Fessenden après une heure de réalisation totalement indigente. Le scénario n’arrange rien avec ses lourdeurs (pourquoi tant insister sur un trajet vers le supermarché pour n’en faire absolument rien ?) et ses dérapages stupides (la bonne copine, pseudo-médium qui arnaque ses clients sur une ligne téléphonique, mais découvre la vérité en lisant les lignes de la main du jeune marié). La profonde médiocrité du film rend le basculement de la dernière partie vers une atmosphère plus sombre et plus dramatique passablement filandreux et peu convaincant – pour vous en faire une idée, représentez-vous un épisode des « Contes de la Crypte » en forme de remake de LA MOUCHE. Ce qui n’a pas empêché certains de comparer ZOMBIE HONEYMOON au film de Cronenberg (tant que ça n’engage qu’eux !). À vrai dire, c’est plus au beau MORT-VIVANT de Bob Clark que j’ai fréquemment pensé – en me disant qu’il m’aurait mieux valu le revoir une fois de plus que de devoir m’infliger cet insipide succédané de SHAUN OF THE DEAD.
 
Petite sélection de peu d’envergure, dont seul le Spike Lee m’aura vraiment enthousiasmé, le reste oscillant entre l’honorable et la franche médiocrité (même si L’ÉTALON ITALIEN vaut le détour, puisqu’il est le seul vrai nanar du lot). Sur ce, je vais soigneusement reconstituer la sélection du prochain Abécédaire, un peu éventrée par la doctorale prospection, non sans vous avoir souhaité un bon week-end.
[Photo : Le Marquis, d'après LA 25e HEURE]
 
LA 25e HEURE
ALICE N’EST PLUS ICI
THE HOURS
2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS
JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT
MAGIC WARRIORS
LE CLOWN DE L’HORREUR
PINOCCHIO
UNCLE SAM
BLIZZARD, LE RENNE MAGIQUE DU PÈRE NOËL
INVADER
LES TRAQUÉS DE L’AN 2000
LES KAMIKAZES DU KUNG-FU
L’ÉTALON ITALIEN
REBIRTH OF MOTHRA III
GLASS SHADOW
ZOMBIE HONEYMOON
FLYING VIRUS
STICKS AND STONES
LA LÉGENDE DE LA MOMIE
 
Bande-annonce de l’épisode 12 : cadavres disséqués, persistance d’un ancien culte égyptien, adolescent schizophrène, spéléologie, les jeunes années d’un exorciste, trampoline et poissons morts, clonage contre réincarnation, amitié homme singe, chasse au trésor, détectives existentiels, beau-père pervers, esclaves consentants, les chats à la rescousse, un homme sur le point d’épouser sa fille, la révolte d’une parvenue par alliance, un whodunit ensommeillé, un hybride entre l’homme et la moule zébra, une machine à masturber, un hypnotiseur qui se croit vampire, un sabbat montagnard.
 
Le Marquis
 
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[Photo : "De quoi faire du potache", par le Marquis]

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Vendredi 3 novembre 2006 5 03 /11 /2006 19:28

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                                                       [Photo : "Papilles Oculaires", par Le Marquis]

Bonjour à tous et à toutes, et à toi aussi.

Bien calme, le site, depuis quelques jours… Que voulez-vous, le travail, le travail… Mais restons calmes, cette passade n’est en rien le signe d’un quelconque essoufflement, de mon côté, les visionnages se poursuivent avec entrain, avec la perspective de vacances prochaines illuminées par la visite attendue du Dr Devo en personne. Quels films ai-je vu depuis ma dernière intervention ? C’est un secret, petits curieux.

Mais avant de poursuivre, je peux juste préciser que les séries TV, interludes bien pratiques,  progressent de leur côté à vitesse réduite mais certaine. Curieux, cette frénésie récente pour les séries TV, vous ne trouvez pas ? Je n’y porte aucun jugement, d’autant plus que je passe à côté de la plupart d’entre elles, et n’y voyez  aucun mépris. Mais à la base, je ne suis jamais très attiré par la fidélisation sur la petite lucarne, TWIN PEAKS et CORKY ayant en leur temps fait exception – oui, CORKY, j’assume, que dis-je, je revendique. Ce n’est donc pas vers les modes du moment que mes papilles oculaires (?) me portent : après avoir achevé le visionnage (un tantinet laborieux) de la première saison d’AU-DELÀ DU RÉEL (1963, c’est dire si je suis à la page !), dont je tâcherai de vous parler un jour prochain, je viens de boucler celui de L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES de Lars Von Trier, dans la plus grande des frustrations d’ailleurs, puisque cette merveille s’achève en queue de poisson pour cause de non-reconduction du programme et de décès d’un de ses acteurs principaux, Ernst-Hugo Jaregaard. Misère, je ne saurai jamais vers quel mystère cet ascenseur conduit la pauvre vieille Mme Drusse ! Tant pis, on fera travailler l’imagination… Reste que les deux saisons de cette série me semblent vraiment incontournables : c’est captivant, c’est inquiétant, c’est émouvant, c’est prodigieusement drôle. Le coffret sorti en début d’année, agrémenté d’un bon documentaire sur le cinéaste et d’un clip à hurler de rire, vaut très largement l’investissement : entre un PRISON BREAK et un LOST, si vous n’en avez jamais fait l’expérience, je vous recommande vivement de faire le détour. Mais nous avons un mouton sur la planche et nous y revenons de ce pas, avec un film en A comme…

 

 

 

 

 

ALICE N'EST PLUS ICI, de Martin Scorsese (USA, 1974)

Tiens, Scorsese… En voilà un dont je n’ai jamais vraiment su quoi penser. Sympathique, cultivé, du talent, un penchant pour les expérimentations relativement audacieuses dans le cadre du cinéma de studios (voir LES NERFS À VIF), un autre pour les films de mafieux (LES AFFRANCHIS), genre qui ne me passionne pas vraiment et ne me touche que dans des œuvres qui parviennent à aller au-delà de leur sujet (KING OF NEW YORK de Ferrara, LES FRÈRES KRAY de Peter Medak) ; et quelques réussites, petites (À TOMBEAU OUVERT, AFTER HOURS) ou grandes (TAXI DRIVER, porté par la superbe musique de Bernard Herrmann). Pourtant, et cela semble d’autant plus s’affirmer ces dernières années (THE AVIATOR), ce qui me frappe surtout, c’est le peu de cohérence et de constance d’une carrière en dents de scie à laquelle manque peut-être une unité, une véritable identité – quel fil se tisse entre MEAN STREETS, LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST et CASINO, je n’ai jamais su le distinguer. Bref, Scorsese est un réalisateur que j’apprécie au coup par coup, un peu, beaucoup ou pas du tout, sans vraiment associer à son nom une image, une émotion spécifique, le résultat dépendant trop souvent de son inspiration personnelle, de son entourage artistique ou tout simplement de son scénariste. Et allons-y pour la formule, je pourrais presque l’évoquer comme le Renny Harlin intellectuel : pas d’univers, pas de réelle identité, juste une petite personnalité et un grand savoir-faire qui tape (parfois) dans le mille.

Avec ALICE N’EST PLUS ICI, nous revenons sur la première partie de sa carrière, et les premiers pas dans ce film s’avèrent séduisants et d’une indéniable puissance ; l’introduction de ce métrage réaliste et mélancolique est par contraste totalement irréaliste et visuellement splendide : hommage désuet au MAGICIEN D’OZ, aux tonalités ocres, instantané de l’enfance d’Alice, moment en suspension, onirique, brutalement balayé par un effet sonore déstabilisant qui nous plonge, des dizaines d’années plus tard, dans le quotidien de la même Alice, aspirante chanteuse dont la carrière n’a jamais existé, oubliée dans le mariage avec un ours mal léché. Le décès de son mari est pour elle l’occasion de tenter une dernière fois sa chance et de partir avec son fils pour réaliser son rêve : aussi fauchée soit-elle, elle s’entête à ne chercher que des emplois de chanteuse…

Le film bénéficie avant tout de la performance admirable d’Ellen Burstyn dans le rôle principal, et ne reviendra plus par la suite sur des audaces stylistiques comparables à sa superbe introduction – ce qui est sans doute ce qu’il y avait de mieux à faire : cette saillie présente une puissance évocatrice, oscillant entre l’émerveillement, la nostalgie et le malaise, dont le souvenir porte le film et rend parfaitement crédible l’entêtement d’Alice, la force obsessive de son ambition. Loin des boursouflures esthétiques auxquelles Scorsese nous a habitués, ALICE N’EST PLUS ICI trouve donc un équilibre dans un style un rien hésitant qui développe pourtant, par son montage nerveux, par ses cadrages dynamiques, une alternance particulièrement efficace de rythmes vifs, lents, lourds, emportés… Le scénario, qui ne sort jamais vraiment d’un registre aussi sensible que prévisible de chronique douce-amère, de road-movie mélancolique, est attachant et soigné, mais trouve principalement sa force dans la justesse de ses interprètes (dont Kris Kristofferson, Diane Ladd, Harvey Keitel et une toute jeune Jodie Foster dans un petit rôle de garçon manqué). Si vous n’êtes pas spécialement disposés à vous contenter d’une jolie histoire qui tire à la ligne, (vous avez raison, et) vous serez surtout sensibles à la finesse de cette mise en scène sobre qui parvient à tirer d’un récit potentiellement mélodramatique et lénifiant une atmosphère volontairement instable, déséquilibrée, chaotique et attachante. Bon film.

 

 

 

B comme… BLIZZARD, LE RENNE MAGIQUE DU PÈRE NOËL, de LeVar Burton (Canada / USA, 2003)

Ah ! Burton, quel cinéaste ! Et quel plaisir que de retrouver une fois de plus son univers si attachant, l’enfance, le rêve, les choristes, la neige, tout ça quoi ! Ah, euh, pardon, je vous parle de LeVar, pas de Tim, hein, nous sommes bien d’accord ?

Derrière ce titre redoutable se cache un film pour enfants effectivement en partie influencé par Burton (Tim), LeVar semblant avoir décidé d’assumer pleinement son patronyme pour œuvrer dans une voie similaire, bien qu’il s’efforce, soyons justes, de s’en distinguer un minimum, ne serait-ce que par son attachement aux normes classiques de l’imaginaire usuel – je doute fort que Tim B. se soit un jour intéressé à une reconstitution fidèle, conforme et dénuée d’ironie du village du Père Noël, du moins si j’en juge par la vision qu’il nous en offre dans L’ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK de Henry Selick.

Allez, avouez, combien d’entre vous consacreraient du temps à la vision d’un film de ce type, sans parler dans faire l’acquisition, ne serait-ce que pour deux euros comme ce fut mon cas ? C’est toujours le même principe qui me guide, celui de varier les plaisirs et les déplaisirs, de ne pas écarter un film pour son sujet, son genre, sa provenance ou le public qu’il vise – même si, comme tout le monde, j’ai tout de même mes limites, je les espère aussi ténues et localisées que possible. Et comme la transposition du merveilleux au cinéma est un sujet auquel j’ai déjà travaillé par le passé, j’ai une raison de plus de m’intéresser à des films de ce type, bien que le concept du Père Noël, d’aussi loin que je m’en souvienne, est resté à mes yeux bien davantage représentatif d’une démarche mercantile s’infiltrant en sous-marin dans les ménages épris de pseudo-traditions culturelles que d’un quelconque sens du merveilleux. (Rappelons, et ce n’est qu’un exemple, que nous devons le concept de père noël tel que nous le visualisons aujourd’hui à une publicité de la firme Coca-Cola !).

L’histoire ? Oh, vous allez voir, elle est jolie, très jolie et avec des couettes. La petite Jessie est effondrée : un déménagement va la séparer de son meilleur ami, et la musique du film nous informe que c’est très triste. Inconsolable ? Faut voir… Sa tante (Brenda Blethyn) décide quand même de la dérider en lui racontant l’histoire (oh, elle est jolie, vous allez voir !) d’une amitié impossible entre Blizzard (voix de Whoopi Goldberg, qui fait décidément tout et n’importe quoi), renne magique du Père Noël © donc, doté de divers dons magiques (dont une fascinante « navigation empathique » !) et une fille passionnée de patinage artistique… Au début, Jessie n’en a rien à carrer de l’histoire de Blizzard, mais petit à petit, PRINCESS BRIDE, blablabla, etc., ad lib.

Allons, rangeons un instant le cynisme au placard, et mettons brièvement entre parenthèses notre détestation atavique du gros con distributeur de joujoux : mieux vaut ne pas être allergique au sirop. Dans le genre qui est le sien, BLIZZARD fonctionne gentiment par moments. C’est visuellement correct (LeVar Burton ne charge pas trop la mule, ha-ha), la photographie est très acceptable et la plupart des effets spéciaux sont de très bonne tenue, notamment les séquences de vol, parfois très belles. Totalement dénué d’originalité (sans mentionner, donc, un imaginaire fondé sur des bases bien pauvres), le moins qu’on puisse en dire, c’est que ce n’est pas du Jim Henson. L’avantage, c’est que ce n’est pas non plus SANTA CLAUS, l’atroce long-métrage de Jeannot Szwarc que tout le monde s’efforce d’oublier. Sans éclats, fonctionnel, le film fait son boulot sans trop faire mal aux yeux, et ne trouve au fond ses propres limites, radicales ceci dit, que dans ses élans (ha-ha) de sentimentalisme glaireux, un peu trop appuyés pour ne pas faire grimacer de douleur, notamment dans sa conclusion stupide et antipathique qui commet l’erreur impardonnable de confondre en fin de course la fiction avec l’histoire racontée dans la fiction. « Mais alors, cette petite fille, c’était toi Tata ? », vous voyez le genre. Ce genre de conclusions me semble toujours plus qu’imbécile : c’est une erreur fondamentale, à peu près aussi aberrante que de vouloir farcir une dinde avec sa propre fiente pour la rendre plus succulente à la cuisson.

 

 

 

C comme… LE CLOWN DE L'HORREUR, de Jean Pellerin (Canada, 1998)

Après le renne tendre et généreux, voici le clown meurtrier, autour duquel s’est construit un petit slasher méconnu doté d’un joli casting et d’une réputation flatteuse. Les clowns effrayants ne sont pourtant pas bien nouveaux au cinéma, même s’ils ont rarement fait l’objet de films très aboutis : on pense par exemple à OUT OF THE DARK, réalisé par Michael Schroeder, également à l’œuvre sur GLASS SHADOW dont il est question ci-dessous, un film pas très réussi qui vaut surtout le coup d’œil pour la présence dans un petit rôle de Divine dans son minuscule et tout dernier rôle ; à l’adaptation sous forme de mini-série de ÇA de Stephen King, mauvais téléfilm qui ratait constamment le coche et dans lequel Tim Curry, habituellement étincelant, était très décevant, la faute à une conception idiote et réductrice de son personnage ; au fond, en dehors de quelques silhouettes inquiétantes égarées dans des films dont ce n’est pas le sujet, le meilleur souvenir dans cette forme de sous-genre reste le KILLER KLOWNS FROM OUTER SPACE des frères Chiodo, épatante série B parodique et prodigieusement inventive.

Mais revenons donc à ce CLOWN DE L’HORREUR, présenté dans une assez belle copie en VOST et dans un format 1 :33 non recadré. Les conditions sont réunies pour apprécier à sa juste (et modeste) valeur un film soigneusement composé, bénéficiant d’une très belle photographie caractérisée par une utilisation judicieuse et parfois très efficace de la profondeur de champ. Une diva est assassinée par un clown dans la loge de l’opéra où elle vient de livrer sa dernière prestation. Quinze ans plus tard, sa fille (Sarah Lassez, violée dans THE BLACKOUT et dans NOWHERE) et ses camarades d’une classe d’art dramatique dirigée par Margot Kidder décident d’investir l’opéra désaffecté afin de le restaurer et de lui rendre son prestige passé, avec l’accord de son propriétaire Christopher Plummer. Bien entendu, le clown dément semble ne pas avoir quitté les lieux, et tout ce petit monde va vite en faire les frais.

Rien d’original donc, et passée une introduction assez belle, le métrage s’oriente vite vers le slasher classique – mais d’assez bonne qualité au demeurant. Le réalisateur Jean Pellerin semble avoir beaucoup apprécié le cinéma italien, puisqu’il place régulièrement des allusions au film OPERA de Dario Argento. Mais il n’a pas oublié non plus le BLOODY BIRD de Michele Soavi, ici très largement mis à contribution, un peu trop d’ailleurs (plagiat de la séquence des cadavres disposés sur scène et du magnétophone à bande). Mais d’une façon générale, le scénario n’est qu’un tissu d’emprunts de ce genre, auxquels on peut ajouter des titres moins connus comme POPCORN ou CURTAINS. C’est donc la forme qui prédomine, et c’est une chance qu’elle soit aussi attrayante. Dommage que l’adjonction totalement inutile d’un élément fantastique (les visions de Sarah Lassez), argument qui ne débouche strictement sur rien du reste si ce n’est une dernière partie un peu tirée par les cheveux, vienne déséquilibrer à la fois le récit et la mise en scène, très efficace, mais trop impersonnelle, le film ayant principalement l’attrait de ses propres références. Agréable, sans plus.

 

 

 

D comme… 2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS, d’Andrew Fleming (USA, 1994)

Le sujet est inscrit dans le titre : lors d’une rentrée universitaire, trois étudiants sont amenés à partager un logement sur le campus – un macho fêtard (Stephen Baldwin), un jeune à l’homosexualité encore refoulée (Josh Charles) et une superbe jeune femme (Lara Flynn Boyle), qui va naturellement tomber amoureuse du gay, lequel est lui-même attiré par son colocataire qui pour sa part n’est pas indifférent aux charmes de, etc. On est donc, une fois de plus, face à un « film de college », genre fréquemment visité sur ce site (voir SLACKERS ou LES TRONCHES par exemple), et qui est loin de provoquer chez moi le même enthousiasme, ou du moins, pas systématiquement – contrairement au Dr Devo, je n’aime pas AMERICAN PIE, pour n’en citer qu’un. Ce qui ne m’empêche pas de reconnaître les caractéristiques et le potentiel d’un genre à part entière, bien qu’il soit typiquement américain, et donc assez peu reconnu dans nos contrées (malgré quelques tentatives d’imitation redoutables du type SEXY BOYS), et même d’avoir beaucoup de sympathie (COLLEGE ATTITUDE) ou parfois d’estime (LES LOIS DE L’ATTRACTION, ou le superbe RUSHMORE, à mes yeux le meilleur travail de Wes Anderson) pour une partie de ces films – mais une partie seulement : je reviendrai prochainement sur mes propres réserves à l’occasion de SLACKERS et d’AMERICAN PARTY (VAN WILDER, PARTY LIAISON), préférant glisser pour le moment sur ce point de vue.

Pourquoi ? Sans doute, tout simplement, parce que le film d’Andrew Fleming m’a semblé assez réussi – je n’aurais peut-être pas fait l’effort d’y jeter un œil si mes collègues ne m’avaient pas promis un très bon film, et j’avoue honnêtement que je n’en attendais pas grand-chose. D’autant plus que Fleming ne m’avait jusqu’alors pas impressionné par ses talents de cinéaste avec des films comme PANICS ou encore, avec toujours un pied dans le film de college, THE CRAFT (DANGEREUSE ALLIANCE), film médiocre qu’il faut tout de même faire l’effort de voir pour la très belle performance de la trop rare Fairuza Balk.

Attention : je ne suis pas en train de dire que 2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS est une merveille de mise en scène, loin de là : la réalisation n’a d’autre qualité que celle d’être fonctionnelle dans un registre purement illustratif. Mais les comédiens font un excellent travail, et apportent beaucoup de spontanéité au récit. Plus encore, la sexualité, qui dans ce genre de film est toujours omniprésente mais dans une approche assez creuse et parodique, est ici abordée de façon frontale, non sans parfois une certaine gravité ; le film traite de l’érotisme, de la sensualité, avec un indéniable tact, qui parvient à rendre assez touchant un métrage qui ne dérape, à l’occasion, que dans quelques scènes de comédie plus maladroites, ou dans certains dialogues un peu téléphonés (dont une voix-off un rien lénifiante). La vraie limite du film, c’est surtout sa mise en scène conventionnelle (séquences-montages d’une insondable banalité, références appuyées à JULES ET JIM, qui est un film que je déteste), mais on sent un projet sincère, qui n’évacue pas certains aspects très cruels du récit (le trio humilie une fille un peu cruche dans une séquence drôle et méchante à la fois) et qui parvient à développer un ton relativement personnel et attachant dans le cadre d’un genre aux pentes bien savonneuses. Un peu fabriqué, certes, mais loin d’être inexistant.

 

 

 

E comme… L'ÉTALON ITALIEN, de Morton Lewis (USA, 1970)

Bon, la délicatesse se range dans le deuxième tiroir, là, à gauche. C’est bon ? Bien, alors on enchaîne.

Quand on est amateur de curiosités filmiques et de films de 3e zone, il y a des films qu’on se doit d’avoir vus, aussi nuls soient-ils. Je pense que la plupart d’entre vous ont déjà entendu parler de cet ÉTALON ITALIEN, petit porno soft qui n’existe que parce que le rôle principal en est tenu par Sylvester Stallone, une casserole que l’acteur aurait tant souhaité voir disparaître dans les limbes. Mais que voulez-vous ! C’est ça, la célébrité. Quand on se fait un nom, on s’expose à la curiosité d’une frange de la population toujours curieuse de voir des fesses de stars (c’était même, si je ne me trompe, l’objet d’une rubrique dans Première), et au bon sens mercantile des ayant-droit, toujours prompts à déterrer un bout de pellicule pour peu qu’un des protagonistes en soit arrivé au stade où il pourrait en avoir honte. En réalité, le film, réalisé en 1970 et alors intitulé « Party at Kitty & Stud’s », était tellement nul qu’il n’a jamais été distribué… du moins jusqu’en 1978, alors que Stallone venait d’être élevé au rang de vedette avec son ROCKY ; trop belle occasion de ressortir le film du chapeau en le re-titrant ITALIAN STALION, histoire de bien focaliser l’attention sur la présence au générique d’un Sylvestre dépité, qui croyait oublié ce petit tournage alimentaire effectué pour un cachet royal de 200 $. Aussi affriolant qu’une enclume rose, le film circule depuis en vidéo, et continue encore aujourd’hui à rapporter des espèces sonnantes et trébuchantes à ses producteurs.

Et d’ailleurs, le DVD (en VO non sous-titrée) a fatalement fini par atterrir sur mes étagères déjà encombrées d’items d’un goût sûr – chouette et piranha empaillés, cendrier monté sur un vieux fusil de chasse, portrait de Demis Roussos, et bien sûr DVD absurdes ; le meilleur, dans l’histoire, c’est que je n’ai même pas eu à affronter la honte de passer à la caisse avec un boîtier orné d’un sticker clamant fièrement « Le porno soft de Stallone ! », quelqu’un l’a fait à ma place, le Captain Pangolin en l’occurrence, focalien bien qu’il ne soit l’auteur que d’un seul et unique article (MADAGASCAR), qui m’avait appelé depuis ses contrées lointaines pour me faire part du contenu d’un bac de soldes et pour savoir si je souhaitais qu’il me fasse quelques courses – ça, c’est la classe, qu’il soit remercié pour sa bravoure et son sens kamikaze de l’initiative.

Bien, on rentre dans le détail ? Comme dirait Kitty : « Go ahead, Stud, gimme all the juice ! »

Premier plan : on aperçoit une jeune femme de l’autre côté d’un pont couvert, zoom avant, puis flou artistique. Mon dieu, et si c’était de l’Art ? Ah, non, le générique vient vite calmer les ardeurs de l’esthète avec sa chanson profondément débile et ses plans fixes vulgos, images volées au programme qui va suivre, mettant d’emblée les choses bien au clair : c’est bien du soft, du nudie inoffensif qui n’est effectivement mémorable que pour la présence, dans le rôle de Stud, d’un Sylvestre jeune, avec d’atroces rouflaquettes, très occupé dans sa première scène à courir dans un parc comme un chien qu’on aurait laissé là pour qu’il se défoule. S’ensuit un retour au domicile où l’attend sa compagne Kitty, et hop ! Petite scène de douche touche-pipi zoom avant / zoom arrière, commentée en voix-off par la voix morne et peu convaincue de l’actrice vantant les mérites de son amant. C’est d’ailleurs le son qui frappe avant tout dans ce métrage : la quasi totalité des séquences ont été tournées sans le son, ajouté en post-production et essentiellement composé de musiques d’ascenseur d’un pittoresque 70’s appuyé, et bien sûr de longs monologues de Kitty, qui se distinguent autant par l’absence de conviction de la comédienne (Henrietta Holm, qui elle n’est jamais devenue célèbre) et par la nullité abyssale de son texte, manifestement en grande partie improvisé. Échantillon : « Je vais méditer… C’est drôle ! Je suis toute excitée dès que je prends la position du lotus… Et si je dansais ? » Voilà, sur un plan sonore, toute la texture du métrage : voix-off crétine ad lib, aucun dialogue, juste cette voix-off qui débite au kilo des considérations stupides sur fond de sirop musical.

Kitty aime Stud, surtout quand il lui file des baffes, alors ils invitent des gens et font la fête. Le scénario est ici surtout affaire de remplissage, quitte à filmer pendant des plombes une ronde nudiste profondément grotesque. La réalisation est d’une réjouissante nullité, qui évoque par moments le film dans le film de John Landis, « See you next wednesday », softcore ridicule que regardent à l’occasion les personnages dans plusieurs de ses comédies. Mais le remplissage, ici, c’est la mise en scène, et la mise en scène est pur remplissage. Le « réalisateur » comble les vides avec des miroirs, et il adore ça. Stallone fait saillir ses muscles devant un miroir dans le reflet duquel on aperçoit deux filles derrière lui, en train de se pâmer sur un lit ; l’acteur caresse alors leur reflet dans l’espace vide face à lui, à destination de l’objectif, comme ça, pour faire joli. Et ça, c’est ce qu’on trouve de plus élaboré dans le film, car dès que Morton Lewis met la main sur un miroir déformant, vague réminiscence psychédélique, alors là, c’est parti pour un quart d’heure de filmage, d’une complaisance enfantine, des reflets déformés de son casting, qui ne sait plus à la fin dans quel sens tourner sa nudité et finit par évoquer une poignée d’asticots s’ébattant mollement au fond d’un pot sous un beau soleil d’été (moi aussi, je veux faire joli). Très vaguement SM – mais alors, très vaguement, hein ! – le film ébauche quelques pas dans cette direction sans la moindre conviction, à l’image des gifles qu’administre Stallone à la douce Henriette, sans même l’effleurer : l’un des deux acteurs, si ce n’est les deux, n’était pas du tout décidé à recevoir des coups pour 200 misérables dollars, et ces accès de violence sont à peu près aussi redoutables que ceux d’un nouveau-né contrarié. Petit faible pour une scène où Stud s’est blessé à la main : Kitty suce sa blessure, tandis que sa voix-off donne dans la suggestion raffinée (« I wish I was sucking his cock ! ») – ce qui n’empêche pas, curieusement, l’éditeur de biper le mot « fuck » à chaque fois qu’il est prononcé par Sylvestre – petits arrangements avec Rambo himself ?

Au final, ce sommet de laideur, d’un mauvais goût hallucinant, laborieux, totalement futile et affreusement daté, pourrait bien réjouir les plus cinéphiliquement pervers d’entre vous – peut-être en double programme avec HERCULE À NEW YORK, mais bon, ce n’est jamais qu’une suggestion, n’est-ce pas ?

 

 

 

F comme… FLYING VIRUS, de Jeff Hare (USA / Brésil, 2001)

On passe maintenant à une petite série B totalement insignifiante, sorte de mélange entre AIRPORT et GUÊPES ATTACK, qui brasse les clichés d’une catégorie annexe au film d’agression animale qui m’a toujours ennuyé (les films avec abeilles, guêpes et autres frelons, genre L’INÉVITABLE CATASTROPHE), sur fond de considérations écologiques bien d’actualité, le film se déroulant en Amazonie, avec naturellement un casting composé de has-been qui se défendent (Rutger Hauer, David Naughton) et d’une poignée de never-been (Gabrielle Anwar de BODY SNATCHERS, Craig Sheffer de CABAL).

Une mystérieuse tribu indigène (mais donnez-leur des sous quoi !) lutte vaillamment contre la déforestation, à l’aide d’un essaim d’abeilles tueuses. Malheureusement, un scientifique véreux parvient à s’emparer d’une ruche, placée dans la soute d’un avion en direction vers les Etats-Unis. Une journaliste mène l’enquête sur la tribu du « peuple de l’ombre », tandis que dans l’avion, son ex doit faire preuve d’héroïsme lorsque les abeilles tueuses envahissent l’appareil, d’autant plus que pendant ce temps-là, l’armée traque l’avion afin de l’abattre, vous suivez ?

Sans grande surprise, le spectacle est morne, passablement incohérent et redoutablement cheap : des personnages semblant échappés d’un soap luttent contre des nuées d’abeilles en images de synthèse pourries, jusqu’à une conclusion typique de film catastrophe où l’ex rejeté regagne le cœur de sa dulcinée – facile, vous me direz, le concurrent s’est avéré être le méchant de l’histoire, mais je vous répondrai que c’est quand même très logique, Gabrielle Anwar et Craig Sheffer étant en couple à la vie comme à l’écran, comme ils disent. Pour le reste, voilà bien un titre illustrant le degré zéro absolu de la création.

 

 

 

G comme… GLASS SHADOW, de Michael Schroeder (USA, 1993)

Ne croyez surtout pas que, parce que nous allons encore parler de cyborgs, il s’agit encore d’un film d’Albert Puyn (voir NEMESIS II ou KNIGHTS). Non, vraiment, ça n’a rien, mais alors rien à voir. Sauf que… Bon, en fait, il s’agit en fait ici de CYBORG II, suite du film de Puyn avec Jean-Claude Van Damme (que je n’ai jamais vu, contrairement aux apparences, je ne suis pas un spécialiste), Albert étant probablement occupé ailleurs à faire la même chose. Jean-Claude lui-même laisse la place à une autre comédienne d’envergure – de son envergure, je veux dire : la subtile et délicate Angelina Jolie, embarquée dans un récit préfigurant, toutes proportions gardées, le GHOST IN THE SHELL de Mamoru Oshii (notamment pour son générique d’ouverture) : elle y interprète Cash Reese, cyborg destinée à séduire de grands chefs d’entreprise pour mieux exploser pendant l’acte sexuel. Mais ses concepteurs ont peut-être trop bien fait leur boulot, car sa part humaine se dit que flûte, exploser en milles miettes avant l’orgasme et se farcir des hommes d’affaire adipeux qui bandent mou est une destinée moyennement excitante. Elle décide donc de se révolter et s’enfuit avec un technicien malencontreusement tombé amoureux d’elle (le bon Elias Koteas). Et comme elle n’a pas été conçue dans les usines Seb, le duo se retrouve vite avec des exterminateurs sur les talons.

Pourquoi pas, après tout ? C’est sommaire, mais ça peut bien faire l’affaire avec un petit savoir faire. Et de ce point de vue, le film s’avère visuellement assez soigné dans les limites de son budget de série B, avec ses maquettes juste assez cheap pour être plaisantes et sa photographie saturée à la HARDWARE.  Malheureusement, les maigres qualités du film s’arrêtent là : Angelina est totalement fade, et le film s’engouffre prestement dans une juxtaposition de scènes de poursuite et d’affrontements divers et variés, très mollement mis en scène – avec quelques couacs au montage et une musique affligeante, le tout étant saupoudré de romantisme cyber franchement tarte (voir la séquence érotique dans le lit à baldaquin, ou pire, la conclusion nunuche et sa voix-off sirupeuse). Malgré les efforts, le résultat est terne et très quelconque.

 

 

 

H comme… THE HOURS, de Stephen Daldry (USA, 2002)

 

 

THE HOURS bénéficie d’un projet autrement plus excitant que la love story robotique de Michael Schroeder : développer sur écran l’univers littéraire de Virginia Woolf, une expérience dont le remarquable ORLANDO de Sally Potter m’avait laissé un excellent souvenir, dans une approche juxtaposant la fiction romanesque et la narration cinématographique. De quoi générer bien des attentes après les essais de David Cronenberg (William Burroughs et LE FESTIN NU) ou de Steven Soderbergh (KAFKA).

Attentes vite déçues d’ailleurs, même si le film fonctionne gentiment. Il y a du travail, principalement dans l’écriture du scénario (signé David Hare, lui-même adapté d’un roman de Michael Cunningham), c’est indéniable. Mais le film manque singulièrement de personnalité. Après une introduction (le suicide de Virginia Woolf) un peu plaquée sur un style « à la Jane Campion » (PORTRAIT DE FEMME, LA LEÇON DE PIANO), Stephen Daldry tente une narration morcelée en trois personnages et trois époques distinctes, chacune contenue dans une seule journée : partie biographique consacrée à l’écrivain, interprétée par Nicole Kidman ; partie consacrée à une femme (Julianne Moore) sur le point de quitter son mari lorsqu’elle entame la lecture d’un roman de Virginia Woolf ; partie consacrée à une femme (Meryl Streep) dont le parcours évoque les grands thèmes des livres en question. Le récit alterne ces segments en accentuant son approche dans des raccords au montage plus ou moins habiles, hélas sans véritables audaces, qui trouve d’autant plus ses limites dans sa proximité à la structure narrative du film choral façon GRAND CANYON que les deux segments finissent par se rejoindre dans une dernière partie classique, certes émouvante, mais bougrement prévisible et téléphonée. Un système d’échos et de répétitions en somme, qui n’échappe pas par moments à une certaine lourdeur démonstrative. Cet aspect du film résulte cependant bien plus du travail du monteur Peter Boyle (INSTINCTS MEURTRIERS, INSEMINOÏD) que d’un véritable projet de mise en scène : au sein de chaque segment, ce sont les acteurs qui mènent la danse. Daldry leur laisse beaucoup de place, et ils font d’ailleurs tous un excellent travail ; c’est tant mieux, car leurs dialogues sont trop souvent platement filmés et pas merveilleusement bien cadrés.

Suicide, ambivalence sexuelle, culpabilité, souvenirs, connections, le tissu est potentiellement riche et assez beau, trempé dans une réelle amertume, mais la mise en scène ne lui rend pas vraiment justice, et si la sauce prend, c’est en grande partie grâce à la superbe musique composée par Philip Glass, qui porte le film, et paradoxalement le dessert – son lyrisme exacerbé « charge » souvent des images pas forcément à la hauteur. THE HOURS est pourtant un assez beau film ; mais c’est avant tout un film d’acteurs et un film de scénario, dont la réalisation, l’esthétique, ne dépassent jamais le stade un peu fade d’un drame un rien académique. C’est bien, mais ça aurait pu et dû être bien davantage.

 

 

 

I comme… INVADER, de Mark H. Baker (USA, 1996)

Un module envoyé sur Mars et perdu de vue en 1983 revient sur Terre avec à son bord un organisme extra-terrestre dangereux. Euh… Voilà ! Bon. Voici donc une nouvelle version, ici assez télévisuelle, d’un sujet bien galvaudé à la ALIEN, très proche de ce dont je vous avais parlé dernièrement en évoquant LA MUTANTE II, seul bon film de sa franchise.

Soit. Là encore : pourquoi pas ? C’est dans les vieilles marmites, etc. Et dans ce genre de films, l’intérêt réside rarement dans l’histoire racontée, et c’est la texture, le visuel qui font la différence, ou ne la font pas. INVADER (LIFEFORM en VO) ne sort jamais du lot, bien qu’il bénéficie grandement d’effets spéciaux agréables nourrissant un aimable petit suspense, aussi convenu qu’il est relaxant. La réalisation est par contre franchement plate, et le film souffre de quelques scories – ou en tire profit si vous prenez le parti d’en rire. La base militaro-scientifique dans laquelle se déroule l’action est relativement soignée par le directeur artistique, mais il est parfois bien difficile de prendre au sérieux les personnages qui y évoluent – comment ne pas ricaner devant le jeune Ryan Phillippe, absolument pas crédible en soldat (il faut le sauver !!!) avec son minois de gosse de quinze ans ? Le scénario se prend de temps à autres les pieds dans le tapis, notamment lorsqu’un soldat est contaminé par l’organisme : panique, auscultations, désespoir, quarantaine, mais une demi-heure de film plus tard, on réalise soudain que c’est juste une crise d’appendicite ! La VF n’arrange rien, et balance avec nonchalance quelques répliques délicieusement stupides (« On sait que cette créature pond des œufs, et s’il y en a d’autres, ils doivent être quelque part ! »), dotées parfois d’une syntaxe très personnelle (« À ce qui paraît que vous êtes en quarantaine ? »).

Bon, ceci dit, je n’ai pas non plus envie de faire mes griffes sur ce petit film de série, d’autant plus qu’il dispose, avant une conclusion plutôt nihiliste, d’une ou deux jolies séquences, comme celle montrant la créature prendre le temps d’observer et de palper le visage de l’homme qu’elle vient de tuer, ou sa fascination pour la lune lorsqu’elle parvient à s’évader de la base. À consommer sur place, sans plus.

 

 

 

J comme… JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT, de Kevin Smith (USA, 2001)

Pour ceux qui seraient totalement passés à côté, je rappelle tout d’abord que Jay & Silent Bob sont deux personnages créés par Kevin Smith (interprétant lui-même Silent Bob), duo comique succédant aux Cheech & Chong et autres Bill & Ted des années 80, dont la popularité a toujours eu un peu de mal à traverser l’Atlantique, et qui a parasité les différents films du cinéaste, lequel affirme vouloir tourner la page et leur offrir, en guise de bouquet final, un cinquième et dernier long-métrage qui cette fois leur offre la vedette. C’est peut-être une bonne chose, dans la mesure où, à l’image du film – et de la carrière de Kevin Smith (excellent DOGMA, médiocre MALLRATS) – leurs prestations s’avèrent bien inégales. D’ailleurs, le début du film a quand même de quoi inquiéter : c’est lourd, gras et pas d’une très grande drôlerie.

Ça s’arrange un peu par la suite, au point même que le film devient parfois très, très drôle. Le sujet est assez savoureux : Jay & Silent Bob apprennent qu’un film les mettant en scène rentre en tournage à Hollywood, et, furieux, décident de se rendre sur place pour mettre un terme au projet. Et c’est aussi un sujet très prometteur, puisqu’en substance, l’objectif des deux personnages principaux de JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT est tout simplement d’empêcher le film de se faire, ce qui (pour une fois, si j’ose dire) justifie pleinement la démultiplication des sketches, des apartés, des hors-sujet et des digressions qui caractérisent l’écriture de Kevin Smith – même une bonne grosse comédie comme celui-ci fait une durée tout de même conséquente, sans compter les 90 minutes de scènes coupées, habituelles chez le cinéaste, ce qui me laisse toujours assez perplexe : pourquoi les tourner quand il est évident que le film ne pourra jamais durer quatre heures ? Mais ici, c’est en partie un avantage, en lien avec le projet lui-même. En partie seulement, parce qu’encore une fois, les sketches en question oscillent entre le très bien vu et le consternant, mais aussi parce que la structure générale paraît bien fragile et parfois discutable, en comparaison avec un script aussi solide que celui de DOGMA, qui n’élude pourtant pas ce penchant pour la dispersion.

Pour peu qu’on se laisse porter, le film finit tout de même par taper dans le mille, tout en développant un petit charme pas négligeable, à grands renforts de parodies, bien évidemment : CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES, LA PLANÈTE DES SINGES, SCREAM sont ainsi mis en boîte, même si ma préférence va plutôt pour WILL HUNTING II, dont les deux héros viennent perturber le tournage, belle occasion pour Matt Damon et Ben Affleck, habitués de l’univers du cinéaste, de s’auto-parodier avec une réjouissante férocité, et pour SCOOBY-DOO (en chemin vers Hollywood, le duo croise le Mystery Van dont les occupants poursuivent les mêmes objectifs : stopper l’adaptation cinéma de leurs aventures), revu et corrigé sur un registre psychotique et d’une vulgarité effarante.

Dommage cependant que Kevin Smith ne pousse pas à son terme la logique interne d’un projet a priori programmé pour l’auto-destruction. Au lieu de cela, il semble ne pas trop savoir sur quel pied danser en fin de course, et la dernière partie du film s’en ressent cruellement. Tantôt amusant, tantôt juste stupide ou pire, plat et poussif, tantôt hilarant, le résultat se suit somme toute agréablement, le défilé de guest-stars aidant, et vaut bien le coup d’œil, mais vous êtes avertis, il vous faudra probablement en laisser sur le bord de l’assiette !

 

 

 

K comme… KO, c’est ce que je suis dans l’instant, aussi vous faudra-t-il patienter quelques jours pour pouvoir découvrir la suite et fin de cette 11e sélection.

 

 

 

Le Marquis

 

 

 

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[Photo : "Maintenant, Digestion", par Le Marquis]

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Dimanche 22 octobre 2006 7 22 /10 /2006 20:10

Partager     - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
[Photo : "Une bonne mère est une mère morte", d'après LOS OLVIDADOS - Le Marquis]
Suite et fin de l’épisode 10 des Chroniques de l’Abécédaire, après une première partie un peu mollassonne où se distinguait surtout L’HOMME SANS PASSÉ de Kaurismaki. Mais comme je vous le disais alors, c’est dans la seconde partie de cette sélection que se trouvent les deux meilleurs titres, deux classiques d’ailleurs, bien qu’ils soient respectivement inscrits dans des genres et dans des approches diamétralement opposées. Attaquons en douceur avec un film en L comme…
 
LIENS SECRETS, de Michael Oblowitz (USA, 1997)
De Michael Oblowitz, j’avais vu il y a quelques temps le film THE BREED, ambitieux film fantastique surfant sur la mode du vampirisme cuir modernisé et fortement teinté de MATRIX. Quand je dis ambitieux, je ne dis pas réussi, mais THE BREED tentait un parallèle entre la situation des vampires et celle des juifs pendant la seconde guerre mondiale, tout en glissant çà et là des références pour le moins surprenantes à William Burroughs. Ceci dit, le film gardait constamment un pied bien immergé dans un plein seau de ridicule, la mise en scène d’Oblowitz flirtant perpétuellement avec le grotesque et les expérimentations toc les plus douteuses : qui sait, ça pourrait même déboucher sur quelque chose un jour, prends garde Guy Ritchie !
Ce quelque chose ne sera pas LIENS SECRETS en tout cas, même si son introduction est très prometteuse : beau générique à la Saul Bass, interrompu en son milieu par un flash-back traumatique, violent et drôle… De quoi être alléché, d’autant plus que le film, adapté de Jim Thompson, bénéficie de nombreux atouts : très belle photographie à l’atmosphère rétro typée années 50, casting solide mené par Billy Zane, Gina Gershon et la trop rare Sheryl Lee, superbe titre original (« This world, then the fireworks »). Sombre histoire de meurtres et de manipulation au sein d’un triangle amoureux formé par une fliquette (Sheryl Lee) et par un couple incestueux de frère et sœur, le film dispose en outre d’un sujet prometteur.
Malheureusement, après une première partie assez séduisante, le film s’enlise petit à petit, se prenant les pieds dans un rythme langoureux qui finit doucement par provoquer l’ennui, et surtout – Michael Oblowitz, retenez bien ce nom – dans sa mise en scène arty et, oui, spendouillette, qui fait du film un objet rococo et soigné, constamment déséquilibré par d’aberrantes fautes de goût – ralentis hideux, assortiment généreux de filtres colorés, allez, un par plan quand personne ne regarde, cadrages tortueux et tape-à-l’œil, toujours sur le fil du classieux et du vulgaire. S’il n’était pas si laborieux et, au final, aussi quelconque, LIENS SECRETS serait hautement recommandable en tant qu’œuvre malade, énigme esthétique.
 
M comme… MAN TROUBLE, de Bob Rafelson (USA, 1992)
Pas grand-chose à dire sur cette petite comédie aussi sympathique qu’insignifiante, vaguement remarquée à sa sortie aux USA à cause du scandale provoqué par une affiche du film montrant l’actrice principale tenue en laisse, et qui m’a surtout motivé à cause de la présence d’Ellen Barkin et de Veronica Cartwright, comédiennes que j’apprécie beaucoup et qui font d’ailleurs ici un excellent travail. Vaudeville tourné autour des relations entre une cantatrice menacée et un éleveur de chiens de garde (Jack Nicholson), le film est à la fois anodin et amusant, correctement réalisé mais totalement dénué de personnalité, si ce n’est celle de Blake Edwards que Rafelson semble vouloir singer par moments. Disons que pour l’avoir payé un euro, j’estime que c’est une bonne affaire : c’est agréable, quelques idées saugrenues font mouche (le pervers harcelant Ellen Barkin au téléphone vole ses répliques au groupe Police !), et ça ne laisse pas le moindre souvenir, juste une vague sensation plaisante et feignante à la fois, ce qui permet de ne pas s’encombrer le cerveau de choses inutiles (parce que bon, j’ai beau avoir détesté TANGUY de Chatiliez, j’ai encore l’impression que le film a laissé quelques déchets dans ma matière grise).
 
N comme… NEMESIS II : NEBULA, d’Albert Pyun (USA, 1995)
Albert Pyun est de retour, et avec lui les cyborgs et les trilogies. Après le rigolo KNIGHTS à suivre (« on se retrouve à Cyborg City ! »), je découvre, dans le désordre, l’épisode 2 de la trilogie NEMESIS, mettant lui aussi en scène une musculeuse héroïne, et qui nous est aimablement proposé par Prism Leisure sous l’ancienne enseigne « Integral Home Video », qui se distingue toujours par ses jaquettes cocasses – mention ici pour ce slogan de la mort qui tue : « En l’an 2077, mourir veut dire revenir en force ! » C’est beau, mais si ça n’a aucune espèce de sens, le film se déroulant dans les années 80.
Alors voilà. Une introduction présente un petit montage digest du premier NEMESIS à l’attention de ceux, dont je fais partie, qui n’en auraient pas vu un photogramme : la planète (comprendre les Etats-Unis) est devenue le fief de cyborgs malveillants, qui se sont d’ailleurs empressés de renommer leur nation « Cyborg America ». Une femme est parvenue à s’enfuir dans le passé à l’aide d’une petite navette pratique à garer, emportant avec elle un bébé, futur sauveur de l’humanité. Malheureusement, sa capsule atterrit en Afrique en pleine guerre tribale, et la pauvre femme succombe bien vite de l’introduction sans son consentement d’une lance dans son délicat abdomen. Heureusement, le bébé, c’est une fille, 3 kilos 5, est adopté par une des deux tribus, qui l’élève en son sein. Malheureusement, les cyborgs découvrent le poteau rose (si je veux) et envoient dans le passé le redoutable Nebula, cyborg chargé de traquer et d’éliminer l’espoir des hommes fait femme – et non, ça n’a rien, mais alors rien à voir avec TERMINATOR.
Et d’ailleurs, pendant toute la première partie du film, Albert Pyun adopte un parti pris intéressant, celui de la tourner en version africaine sous-titrée anglais – en quelle langue exactement, je l’ignore, mon doctorat en langues africaines remonte un peu, mais notre éditeur Prism respecte scrupuleusement ce choix en nous laissant donc profiter pendant une petite demi-heure du film en VOST. Inutile de préciser que le basculement soudain du film en anglais, et donc pour nous en VF, qui plus est situé au beau milieu d’un dialogue, est d’autant plus brutal. Mais pour le reste, ce contexte change fort agréablement des sempiternels hangars et autres ruelles taggées auxquels le genre nous a habitués. De plus, la mise en scène d’Albert Pyun est toujours aussi sympathique dans sa volonté de réaliser le film à l’ancienne, sans trop d’ajouts en effets spéciaux, tous concentrés sur Nebula, et d’ailleurs pas fameux dans leur imitation laide et maladroite du bouclier d’invisibilité du PREDATOR. Quant au récit, après une première partie attachante et un peu efficace, il se délite dangereusement par la suite avec l’ajout soudain de deux nouveaux personnages, deux femmes otages (et probablement lesbiennes, pourquoi pas) qui viennent compliquer l’intrigue en son milieu avec une vague histoire de chasse au trésor. La conclusion, qui nous annonce un épisode 3, est totalement cheap, mais dans l’ensemble, c’est, encore une fois, de la petite série B sommaire et tout à fait admissible.
 
O comme… LOS OLVIDADOS, de Luis Buñuel (Mexique, 1950)
Il est toujours très agréable de revenir à un cinéaste aussi passionnant que Buñuel, dont j’ai jusqu’à présent aimé tout ce que j’ai vu (le dernier en date étant le superbe LA VIE CRIMINELLE D’ARCHIBALD DE LA CRUZ). Le grand plaisir pour moi, c’est qu’il me reste encore beaucoup d’œuvres du cinéaste à découvrir, et je prends mon temps. Cependant, LOS OLVIDADOS n’est pas une découverte, puisque je l’avais vu au collège auprès de camarades ayant tout naturellement trouvé le film nul – à quelques rares exceptions, quand un enseignant traîne ses élèves au cinéma, c’est pour voir des films chiants, les ados s’en font une question de principe. Ceci dit, la pseudo analyse effectuée par la suite en classe et en espagnol était effectivement douloureusement terne, terre-à-terre et presque exclusivement abordée sous un angle social (misère paysanne, réalisme, etc.) qui, alors que le film m’avait beaucoup plu, m’en a tout de même tenu éloigné bien longtemps après que je m’en sois procuré une copie. Le temps, en somme, que le sombre nuage de la lecture scolaire appliquée se soit correctement dissipé.
LOS OLVIDADOS marque en tout cas une étape très importante dans la carrière de Buñuel, dans la mesure où le film marque le retour et la renaissance d’un cinéaste quasiment oublié depuis le scandale du CHIEN ANDALOU (1928) et de L’ÂGE D’OR (1930). Exilé au Mexique depuis 1946, Buñuel n’aura entre temps réalisé qu’un documentaire (LAS HURDES, alias « Terre sans pain », proposé en complément de programme) et deux films méconnus (GRAN CASINO et EL GRAN CALAVERA), avant de revenir sur le devant de la scène avec ce film saisissant qui allait relancer une nouvelle carrière riche et enthousiasmante. Hué au Mexique où on lui reproche de donner du pays une image sordide, LOS OLVIDADOS est un film sec, sombre et enragé qui s’ouvre certes sur une atmosphère presque documentaire (avec son carton ancrant le film dans des « faits réels » et sa voix-off très didactique, qui disparaît totalement par la suite), mais il développe vite une atmosphère singulière et une esthétique loin d’être aussi réaliste qu’on veut parfois nous le faire croire – les nombreuses séquences nocturnes, magnifiques, sont au contraire visuellement très stylisées et superbement photographiées.
L’intérêt du film ne tient pas tant dans sa peinture misérabiliste des dérives des enfants des rues, que dans son approche étonnante de la narration (où les nombreux personnages forment autant de petits parcours individuels disséminés dans le récit – et d’une redoutable cruauté) et dans ses expérimentations formelles d’une indescriptible beauté sombre et vénéneuse : on retient souvent, bien sûr, une sensationnelle séquence onirique, mais l’étrangeté plane en permanence sur un univers faussement réaliste qui développe peu à peu des idées profondément originales qui viennent régulièrement parasiter les allures démonstratives de son sujet – voir l’image récurrente et assez glaçante qui se dégage de la présence dans le plan de simples poules, effet impressionnant qui met en valeur la rigueur du cadre tout en apportant souvent à des séquences réalistes une conclusion irrationnelle et inquiétante. Le récit torturé, somme tragi-comique d’injustices, de violences dont la plus redoutable est celle qui reste sous-jacente ou suggérée, trouve dans ces tonalités mystérieuses flirtant constamment avec le fantastique une réelle modernité : c’est tout sauf l’ancêtre de Ken Loach, comme j’ai pu le lire ici ou là – si Ken Loach avait de tels talents de metteur en scène, ça se saurait. Très grand film.
 
P comme… PINK FLAMINGOS, de John Waters (USA, 1972)
Et on enchaîne illico presto avec l’autre très grand film de cet épisode 10 de l’Abécédaire, sur un tout autre registre – mais si les deux films ont au moins une chose en commun : les poules connaissent devant les caméras un bien funeste destin.
Alors que je suis extrêmement attaché au cinéma de John Waters depuis la découverte de POLYESTER à la fin des années 80, j’avoue que les premières années de l’œuvre de Waters me sont longtemps restées étrangères, et pour cause : impossible pendant des années de mettre la main sur ses premiers films. On salue donc ici, et chaleureusement s’il vous plaît, l’initiative de Metropolitan, qui décide enfin de déterrer les films en question, en fanfare et dans de très belles copies qui plus est. Inutile de préciser que j’ai sorti le portefeuille sans regarder à la dépense (pas de DVD à 3 euros dans de telles circonstances, il faut toujours soutenir d’aussi louables initiatives, en espérant très fort que cela encourage l’éditeur à pousser le bouchon jusqu’à nous proposer des titres plus confidentiels du cinéaste, toujours inédits pour le moment, comme MONDO TRASHO).
Il va m’être difficile de vous faire part de mon enthousiasme à la vision, pour la toute-toute première fois comme dirait la poète, de cet objet unique et impossible qu’est PINK FLAMINGOS, sans y consacrer quarante pages. Pour rester concis, je vais déjà éviter d’énumérer les outrages rencontrés au cours de ce métrage fou-furieux, dédié aux compagnes de Charles Manson, et dont John Waters disait : « En le réalisant, je ne voulais pas faire un film, je voulais commettre un crime. » Et on pourrait en écrire des tonnes sur les déviances rencontrées (scatologie, zoophilie…), sur les scènes qui m’ont violemment interloqué, comme je ne l’avais pas été depuis un bon moment, stupéfait, en balance entre l’hilarité et la répulsion, car oui, je vous le dis avec un vrai bonheur, le film est parvenu à me choquer. Je vais donc n’en aborder que quelques aspects spécifiques et subjectifs, non sans préciser que j’ai rarement déploré à ce point d’avoir découvert un tel film seul et chez moi.
On connaît, quand on est un familier de l’univers de Waters, l’un des éléments qui contribuent à lui donner tant de personnalité : derrière Divine, acteur/actrice fétiche du cinéaste, c’est une foultitude d’acteurs et de techniciens qui le suivent depuis ses débuts, et si nous reconnaissons toujours dans les rangs les figures plus ou moins connues, de Mink Stole à Patricia Hearst en passant pas Ricki Lake ou Alan J. Wendl, sans oublier l’hallucinante « Egg Lady » de PINK FLAMINGOS, Edith Massey, on réalise quand on épluche les génériques que l’expression inventée par le cinéaste, les « Dreamlanders », n’a rien de décoratif et qu’elle recouvre en réalité une famille fidèle composée autour du cinéaste qui explique d’autant mieux son attachement à Baltimore, cité plus intimement attachée à son œuvre que ne peut même l’être New York pour Woody Allen. Expérience étonnante donc que celle qui consiste à découvrir les premiers pas de ceux dont je suis déjà familier, côtoyant un autre pan de l’entourage du cinéaste qui n’a cessé de le suivre que pour cause de décès prématurés.
À la vision du premier long-métrage véritablement distribué et remarqué de John Waters, la cohérence de son univers et de ses constantes formelles prend d’autant plus de sens qu’elle met en perspective la suite de sa carrière, jusqu’à ses films les plus récents (A DIRTY SHAME). On a souvent dit ou écrit de John Waters qu’il s’était totalement assagi, que sa carrière a périclité dès la fin des années 80, et j’avoue ne pas très bien comprendre la tiédeur avec laquelle ses films peuvent aujourd’hui être accueillis. À l’exception peut-être de CRY-BABY, premier film réalisé après la mort de Divine et métrage sympathique mais qui ne décolle pas vraiment, John Waters a su s’adapter au système, et fait passer dans son œuvre autant d’humour et de personnalité, toujours avec une réelle intelligence d’écriture. PINK FLAMINGOS est un film profondément ancré dans son époque : à quoi ressemblerait-il aujourd’hui ? Serait-il seulement distribué ? (Je vous le souffle, la réponse est non). John Waters existerait-il encore, artistiquement parlant, s’il avait persisté dans un cinéma aussi extrémiste et radical ? Les temps changent : Waters n’a ni l’intérêt ni les raisons de « commettre un crime » lorsqu’il réalise un film aujourd’hui, mais il est resté foutrement délinquant sur les bords, et son œil de cinéaste pétille d’une vivacité et d’une finesse remarquables. Si PINK FLAMINGOS fonctionne aussi bien, c’est aussi parce qu’il n’est pas truqué, parce qu’il carbure à l’authenticité, à l’image de ce travelling filmé en caméra cachée, montrant Divine arpenter crânement les rues sous les regards médusés de passants qui ne sont pas des figurants. Le projet n’est pas inscrit dans une volonté de mise en scène, ici foncièrement approximative, presque réduite à une captation non raffinée, et le film va à mes yeux se jouer sur un tout autre registre.
Pour ce qui est de Divine, PINK FLAMINGOS est l’œuvre cruciale, probablement celle qui a fait de son personnage une forme d’icône cinématographique sans équivalent. Son jeu s’est très certainement affiné par la suite – et je tiens Divine pour un comédien extraordinaire (vous l’avez vu dans TROUBLE IN MIND ?), mais avec ces flamands roses, l’acteur a franchi le pas, sur un registre brut et punk avant l’heure, pour le meilleur et pour le pire – le film l’a sans doute rendu célèbre, mais il lui a aussi coûté très cher. Le film repose entièrement sur ses larges épaules, et prend, avec le recul, une signifiance indescriptible dans ce que ce rôle implique d’investissement personnel jusqu’au-boutiste. De ce point de vue, le film relève là encore de l’expérience unique, du diamant brut : je n’ai pas le souvenir d’avoir à ce point ressenti à l’écran l’implication d’un comédien, sa relation artistique avec son metteur en scène. Divine travaille ici sans filets, à l’aveugle, en confiance, interprétant quasiment son propre rôle dans une rage et un abandon soufflants, allant jusqu’à mentionner son vrai nom (Glen Milstead) au détour d’un dialogue dans une scène coupée au montage. À ma très grande surprise, et c’est peut-être lié au fait que j’ai vu le film en solitaire, la célèbre séquence montrant Divine manger une crotte de chien, isolée du récit, placée en épilogue (ce qui est d’une remarquable justesse), a suscité chez moi une réaction pour le moins inattendue. Je n’ai pas ri. Je n’ai pas eu la nausée. J’ai été profondément ému. Après plus d’une heure de provocations répugnantes, de dérives extrémistes (dont certaines amènent encore les spectateurs à s’entredéchirer sur divers forums, certains d’entre eux rêvant encore de lyncher Waters et une bonne partie de son casting, c’est hallucinant), d’éclats de rire aussi puissants qu’inconfortables (séquence montrant Divine et son fils lançant une « malédiction » sur la maison de leurs ennemis), de malaise, ce dernier baroud à base de déjection canine m’a saisi en plein vol : Divine s’exécute docilement, peinant à masquer son propre dégoût mais dévisageant la caméra avec une étrange fierté, assumant un acte qui allait lui faire un nom régulièrement traîné dans la boue par la suite, un acte qui allait véritablement lancer la carrière de son réalisateur et ami, un acte irrévocable dont je ne m’attendais pas à percevoir la beauté de façon aussi intense et, vous en penserez ce que vous voulez, aussi poignante.
 
R comme… REIGN IN DARKNESS, de David W. Allen & Kel Dolen (Australie, 2002)
Et encore une série B s’efforçant de surfer sur la vague des MATRIX et autres UNDERWORLD ! Après la baffe reçue avec PINK FLAMINGOS, le contraste fait très mal et ne joue en aucun cas en faveur de cette soupe indigeste et prétentieuse, qui n’effleure jamais les belles qualités du fantastique australien (voir par exemple LA DERNIÈRE VAGUE), et pour cause !
Les deux jeunes réalisateurs, qui disposent manifestement du budget apte à livrer une solide série B, n’ont malheureusement qu’une idée en tête : aligner les effets de manche en cherchant à concurrencer les blockbusters dans la forme. Le résultat est sans appel : à vouloir en faire trop avec trop peu, et trop peu de talent notamment, le film finit par développer tant un aspect cheap déplaisant qu’un penchant prononcé pour le ridicule achevé. Le plus consternant face à un film pareil, c’est qu’on devine aisément le labeur, l’énergie et le temps consacrés à singer consciencieusement les films à la mode (sans jamais interroger leur style ou leur approche), à livrer un film de genre dans son acceptation la plus formatée. S’ils en avaient eu l’envergure, ils seraient juste parvenu à un alignement propret de poncifs usés jusqu’à la corde. Mais cette envergure leur fait cruellement défaut, et c’est bien sur ce point que le film glisse de la médiocrité imitative à la franche nullité.
Parce qu’au lieu de vouloir nous en mettre plein la vue et de signer une carte de visite aussi naïvement arriviste, les deux réalisateurs auraient bien mieux fait d’élaborer un récit un tant soit peu imaginatif (au lieu de vouloir accoupler BLADE à MATRIX sans oser la moindre initiative personnelle), et surtout de travailler un minimum leur montage, lamentable de A à Z, qui ne fait par sa constante maladresse que mettre à jour l’amateurisme des chorégraphies lors de grotesques scènes d’action. Mais non, rien à faire, le montage suit le mouvement général et se concentre sur des ralentis stupides en laissant passer d’énormes fautes de raccord.
La photographie est au diapason, hideuse, avec ses travellings circulaires et son panel de filtres pour faire joli, elle ne parvient pas même à dissimuler les câbles lors des cascades, et la volonté de courir après le style de l’australien Russell Mulcahy, déjà présente dans la mise en scène, trouve un nouvel écho dans la conclusion du film, un fort original duel entre deux immortels dans un parking souterrain.
D’une lenteur poseuse et appliquée, focalisée sur l’épate-con (le film est parfois sonorisé comme un épisode de BOB L’ÉPONGE), REIGN IN DARKNESS enchaîne les gunfights et les poursuites, mais ne raconte strictement rien, ce qui n’empêche pas la voix-off du héros vampire d’être intarissable – et extraordinairement pénible.
Vous l’aurez compris, le film est d’une nullité antipathique, mais si cette note est si longue, c’est bien parce qu’il illustre de façon limpide le gros problème d’une grande partie des nouveaux cinéastes du fantastique : si ces jeunes coqs consacraient ne serait-ce que le quart de leur investissement à s’efforcer de pondre une œuvre personnelle et originale, on ferait vite le tri, et le film de genre ne s’en porterait pas plus mal. Au lieu de quoi, à l’image de trop nombreux films comme COLD AND DARK, c’est en l’état une pure perte de temps, d’argent et d’énergie. À dégager.
 
S comme… STITCHES, de Neal Marshall Stevens (USA, 2000)
Après un titre aussi nul que prétentieux, il est d’autant plus agréable de revenir à la vraie série B, celle par exemple de la firme Full Moon de Charles Band, que ce STITCHES s’avère, malgré ses nombreux défauts, être une de ses plus intéressantes productions de ces dernières années, disposant d’un scénario excellent et relativement original qui en rend la vision particulièrement agréable. Une vieille dame s’installe dans une pension dont on découvre les différents locataires, leurs travers, leurs faiblesses, leurs secrets (infidélité, orgueil, homosexualité, avarice, illettrisme…). La grand-mère en question est un démon qui prend apparence humaine en tricotant la chair humaine, et, pour gagner un pari, capture l’âme des membres de la pension qu’elle emprisonne dans d’étranges silhouettes de papier.
Tournant habilement au vaudeville fantastique teinté d’une noire ironie, le film parvient à fasciner par l’habileté de son écriture et par de très nombreuses idées étonnantes – la feuille de sumac collée à la porte pour empêcher les hurlements de se faire entendre, la machine à coudre, ou cette très belle scène dans laquelle la sorcière fait tomber des gouttes d’eau sur son miroir de poche dont le son se fait entendre dans une autre pièce de la demeure pour amener son occupant à se réveiller.
Il est d’autant plus dommage, comme je le disais en parlant de BLOOD DOLLS, que la mise en scène des productions de Charles Band ne soit pas à la hauteur : le scénario, riche et intriguant, convenablement interprété, est un peu gâché par une mise en scène très plate (malgré quelques tentatives étranges dans le montage). Les limites budgétaires imposent en outre une musique médiocre et de trop nombreux effets visuels, franchement pas beaux (et ce dès le générique d’ouverture, assez laid), même si les poupées de papier sont d’une conception vraiment originale, qui fonctionne correctement. Mais Neal Marshall Stevens (qui fut aussi le scénariste du consternant 13 FANTÔMES de William Malone) manque vraiment d’ambition dans sa réalisation. On rêve de ce qu’un Brian Yuzna, un David Schmoeller ou un Anthony Hickox auraient pu faire de ce STITCHES qui reste pourtant, mais c’est surtout dû à son sujet et à l’humour de son développement – très pessimiste – un film vraiment intéressant et attachant. Contrairement au film précédent, STITCHES assume en tout cas son statut et ses limites, parvient à sortir du lot sans faire passer des vessies pour des lanternes : c’est un bon film.
 
T comme… LA TERREUR DE L'ARMÉE, de Hal Walker (USA, 1950)
Également connu en France sous le titre LE SOLDAT RÉCALCITRANT, LA TERREUR DE L’ARMÉE se distingue surtout par le fait qu’il offre pour la première fois au cinéma le duo comique formé par Dean Martin et Jerry Lewis. C’est à peu près tout ce qu’il y a à en dire, et j’ai souvent vu les deux acteurs faire beaucoup mieux ailleurs.
Le film de Hal Walker est en effet irrémédiablement daté et poussiéreux. Sa mise en scène est désespérément plate : c’est du théâtre filmé, caractérisé par un enchaînement interminable de séquences tournées en plan fixe et frontal dans divers bureaux, où entrent et sortent divers personnages s’activant mollement autour d’enjeux ternes : lequel d’entre eux va partir au front (qu’on ne verra jamais) ? Jerry Lewis va-t-il enfin obtenir sa permission ? Dean Martin va-t-il pouvoir échapper à son ex-petite amie ? Vous l’avez deviné, l’action pourrait aussi se dérouler dans un hôpital, un garage, un hôtel, une compagnie d’assurances, sans que cela change quoi que ce soit au propos, l’armée en question n’étant présente que dans les costumes et dans l’existence d’une hiérarchie. Problème, dans ce récit à dormir debout, les acteurs ne sont pas fameux, et la comédie patine dans une désolante absence de drôlerie – le comble de l’humour dans le film est de montrer Jerry Lewis en travesti, pas vraiment de quoi se taper sur la cuisse. Je m’y suis ennuyé mortellement, ça ne m’a pas même fait sourire et je n’en garde pas le moindre souvenir si ce n’est celui d’avoir perdu mon temps : je ne saurais donc vous le conseiller.
 
U comme… UNE DÉFENSE CANON, de Willard Huyck (USA, 1984)
S’il a rencontré un certain succès en tant que scénariste (il a notamment co-écrit LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE), Willard Huyck a par contre vraiment joué de malchance en tant que metteur en scène, et a d’ailleurs jeté l’éponge après quatre tentatives accueillies dans l’indifférence dans le meilleur des cas. Huyck débute sa carrière avec MESSIAH OF EVIL (ou DEAD PEOPLE), film d’épouvante du début des années 70 dont la réputation très flatteuse n’a pas suffi à faire un classique puisque le film est aujourd’hui totalement oublié ; je suis heureux de pouvoir vous dire que nous reviendrons très bientôt sur ce film qui m’intrigue et m’attire énormément, puisqu’il fait partie du coffret de 50 raretés du fantastique dont je vous avais parlé en juillet. S’ensuit une comédie romantique qui semble plaire aux douze personnes qui s’en souviennent encore, un certain FRENCH POSTCARDS entre autres interprété par Anémone et Véronique Jannot : pas vu, pas pris. Après UNE DÉFENSE CANON, Willard Huyck va connaître un énorme revers de carrière – qui m’a toujours paru vraiment injuste – en réalisant le film HOWARD THE DUCK, film comme seules les années 80 pouvaient en pondre, bide commercial fracassant et excellente comédie presque unanimement conspuée comme le pire des navets.
Avec UNE DÉFENSE CANON, Willard Huyck souhaitait réaliser une comédie sur le thème de l’espionnage industriel, ici situé dans les milieux de l’armement militaire – on n’en sort peut-être pas tout à fait, mais le film est bien plus drôle que LA TERREUR DE L’ARMÉE. Le film, interprété par Dudley Moore et Kate Capshaw, est tourné, bouclé et présenté comme il se doit (ou comme il ne se devrait pas, mais pour ce que j’en dis…) aux sempiternels screen-tests des studios, qui s’avèrent totalement catastrophiques. Les producteurs paniqués imposent alors une ré-écriture du film et l’adjonction d’un nouveau personnage interprété par Eddie Murphy, histoire de sauver les meubles. Sauver les meubles, c’est aussi la volonté du réalisateur, qui parvient à obtenir d’assurer lui-même la ré-écriture de son film – et créditera d’ailleurs Eddy Murphy au générique en tant que « strategic guest star » !
Si le film n’est au final pas fameux, son chamboulement contrôlé lui apporte curieusement quelques atouts surprenants. Plutôt que d’insérer artificiellement un nouveau personnage encombrant dans une intrigue déjà structurée, Huyck choisit de lui offrir un second film dans le film, en confiant à Eddie Murphy le rôle d’un soldat pilotant le char d’assaut conçu deux ans auparavant par les personnages du film initial, lors d’un conflit imaginant, six ans avant qu’elle se réalise « pour de vrai », l’invasion du Koweït par l’Iraq ! Le film tel quel fonctionne dès lors et sur toute sa durée dans un montage parallèle entre deux actions, deux lieux et deux temps drastiquement opposés – entre les intrigues autour de la conception foireuse d’un char pourtant homologué et le désastre à venir de sa mise en service. Objet très bizarre à l’arrivée.
Mais si le film ne décolle pas vraiment, il se suit agréablement, et sans faire d’étincelles, son humour décalé atteint parfois sa cible (petite préférence pour un standard tarte, « Close to you », interprété au cours du film dans plein de langues différentes), il est correctement réalisé (pour l’époque, la séquence de suspense finale plongeant jusqu’au cœur des circuits du tank est assez étonnante), c’est une petite comédie vive et sympathique qui marche sur quelques béquilles, c’est aussi un film malade à rajouter à une liste qui pourrait faire l’objet d’une programmation curieuse – le festival du film rafistolé, pourquoi pas…
 
V comme… LA VIPÈRE DU KARATÉ, réalisé par un cinéaste asiatique il y a plus de vingt ans.
Et bien oui, la collection « L’Odyssée du Kung-Fu » de Bac Films, qui nous propose des copies restaurées (hem) de classiques (?) du Kung-Fu (ce que n’est pas du tout l’un des meilleurs titres de la collection, l’hilarant AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE), balance des copies d’exploitation de l’époque et en l’état, en VF, dans des copies atroces que leur pseudo-restauration change rarement pour le meilleur, et les crédits de ces films, en français ou plus souvent en anglais, ne sont pas d’une très grande fiabilité. Et comme la plupart des films édités sont assez obscurs, ils ne sont pas répertoriés sur le site ImdB, pourtant très complet.
Mais d’après le générique – et si un spécialiste passe par là, qu’il n’hésite pas à nous faire profiter de ses lumières, le film serait l’œuvre d’un certain Huoy King et d’un tout aussi certain Tyrone Hsu, les noms au générique semblant indiquer que le film est hong-kongais ou chinois a priori. D’ailleurs, vous connaissez l’une des actrices principales du film, puisqu’il s’agit de la petite Dyna, « l’enfant star mondialement connue » affirme le générique d’ouverture. Je vous avoue m’être pour ma part senti assez bête de ne jamais avoir entendu parler d’elle…
Le film lui-même est plutôt une bonne affaire, dans un registre très Z appuyé par une VF d’une ineffable légèreté (un personnage chantonne « Nuit de Chine » dès la séquence d’introduction). L’histoire ? Disons que c’est une sorte de mélange entre L’ENFANT SAUVAGE, SPLASH et TARZAN : une femme sauvage est capturée et emmenée en ville, suscitant vite toutes les convoitises, car elle a la particularité d’avoir des serpents à la place des cheveux. Au début, elle s’amuse beaucoup, et elle tombe même amoureuse d’un de ses hôtes, mais bientôt, les méchants se montrent par trop méchants, voulant l’enfermer en cage et lançant à ses trousses un sorcier drag-queen hystérique dont la tête peut se détacher du corps et flotter dans les airs. Au bout d’un moment, ça commence à bien faire, et une petite fille sauvage, elle aussi avec des serpents à la place des cheveux, vient la sauver, et elles retournent bien gentiment à la vie sauvage.
Le film est bien plus axé sur la comédie et le film d’aventures que sur le film d’action. Le croisement entre l’humour chinois et celui des irresponsables chargés de traduire et d’interpréter les dialogues français forme un mélange curieux et pas spécialement digeste, qui développe malgré tout une forme assez plaisante de bizarrerie. Le film est atrocement mal réalisé (merveilleuses substitutions entre l’actrice et sa doublure, qui évoquent involontairement les trucages à la Méliès), écrit et monté à peu près n’importe comment (avec flash-back nous rappelant le contenu d’une séquence absente du métrage) ; et l’humour se manifeste parfois sur un versant pour le moins saugrenu : la petite fille sauvage se bagarre avec les méchants tout en exécutant une danse du ventre (peut-être était-ce la spécialité de Dyna ?), la « vipère du karaté » donne à boire à ses serpents capillaires dans une pissotière. Mon passage préféré reste tout de même cette scène où Dyna sauve une femme d’un viol, mais la femme est à ce point terrifiée par la petite fille aux serpents qu’elle se pisse dessus face caméra, c’est très léger et d’un goût sans faille. À voir en groupe, ça peut ponctuer fort joliment une excellente soirée.
 
C’en est fait de cet opus 10, qui comporte peut-être peu de très bons films – mais quels films ! On n’échappe jamais totalement à la banalité et aux vieilles recettes mille fois réchauffées, mais c’est sans doute ce contraste violent qui fait le prix des œuvres sortant des sentiers battus. Le menu est varié en tout cas, et l’appétit n’est qu’à peine entamé : j’enchaîne, j’alterne, et je me fais parfois quelques blagues malicieuses en amont dans la programmation, histoire de ne pas me cantonner à ce vers quoi mes affinités me portent ou vers ce que je connais déjà… et je vois parfois se profiler à l’horizon des titres redoutés, mais la règle est la règle : interdiction formelle de modifier une sélection établie. C’est le jeu, et c’est aussi pour ça que ça me plaît ! Nous allons prochainement prendre le train 11, d’ici là je vous souhaite bons visionnages.
 
Le Marquis
[Photo : "Les premières obscénités d'une jeune reine", d'après PINK FLAMINGOS - Le Marquis]
 
PINK FLAMINGOS
LOS OLVIDADOS
L’HOMME SANS PASSÉ
LES CHRONIQUES DE RIDDICK
THE KILLER
STITCHES
MAN TROUBLE
DANS LES TÉNÈBRES
L’ARGENT
EUGÉNIE DE SADE
BLOOD DOLLS
UNE DÉFENSE CANON
LIENS SECRETS
ICE GIRL
GOLDEN CHILD
NEMESIS II
LA VIPÈRE DU KARATE
LA TERREUR DE L’ARMÉE
JUDGE DREDD
FLIGHT OF THE NAVIGATOR
REIGN IN DARKNESS
 
Bande-annonce de l’épisode 11 : odyssée d’une chanteuse ratée, visite au village du Père Noël, Loïs Lane trucidée par un clown, triolisme sympathique, la casserole de Sylvester, un avion détourné par des abeilles tueuses, Virginia Woolf et conséquences, invasion extraterrestre de pure routine, la vérité sur le Mystery Van, la vengeance d’un tatoué câblé, les méfaits d’une momie, des kangourous en guerre contre une folle tordue, un nez qui s’allonge, deux jumelles et une grosse mite, une grosse brute de cour de récré, une chasse à l’homme, le retour de l’Oncle Sam, les dernières heures d’un futur taulard, une lune de miel qui dégénère.
 
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[Photo : Tendresse pour la Faucheuse, d'après LOS OLVIDADOS - Le Marquis]

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Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /2006 20:32

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(Photo : Quatre saisons, plus rien à me mettre - Le Marquis)
 
 
Plus vite, plus tard, plus loin, la rentrée nous happe prestement et nous plonge sans ménagement dans un rythme harassant qui ralentit – hélas – celui des visionnages chez un énergumène comme moi, trop habitué ces dernières semaines à s’installer encore plus confortablement devant un quatrième film à cinq heures du matin… Et les travaux indirectement liés à la conception du prochain numéro de la Revue du Cinéma, auquel je risque fort de ne pas avoir le temps de participer cette fois-ci, viennent combler les fins de journées par de nouvelles besognes, d’où un rythme plutôt calme sur le site ces derniers jours : pas d’inquiétudes, tout va rentrer dans l’ordre, avec aujourd’hui le nouvel épisode des Chroniques de l’Abécédaire, chantier perpétuel qui n’est délaissé que ponctuellement, et toujours à contre-cœur. Mais avant d’aborder la première partie de cette sélection estimable, qui ne comporte d’ailleurs pas ses titres les plus intéressants, je glisse comme à mon habitude deux mots sur les à-côtés cinématographiques.
Tout d’abord pour vous donner très brièvement mes impressions sur le nouveau long-métrage des talentueux frères Quay, L’ACCORDEUR DE TREMBLEMENTS DE TERRE, découvert en avant-première dans mes contrées : sa vision est plus que recommandable, et je vous enjoins à faire le déplacement si la distribution permet au film d’arriver jusqu’à votre palier, surtout si vous ne connaissez pas l’œuvre poétique et expérimentale des deux cinéastes. C’est un film plastiquement superbe, et si sa narration m’a paru assez inégale (tassements et longueurs – ou langueurs – après une introduction fulgurante et avant une dernière partie abstraite et mélancolique très attachante), le film sort véritablement des sentiers battus et propose une expérience de cinéma d’une indéniable valeur. Je regrette tout de même ce sentiment de légère déception après une si longue attente : le film s’empêtre parfois dans des redites thématiques et esthétiques qui ne font qu’égaler la teneur de leur splendide premier film, L’INSTITUT BENJAMENTA (1995, avec la fascinante Alice Krige), sans vraiment y apporter une réelle nouveauté. C’est très beau, vraiment, ceci dit : si vous n’avez jamais vu le premier long-métrage des Quay, la découverte de leur univers devrait vous transporter.
Par ailleurs, je signale, avant de poursuivre, la parution en DVD de deux films qui comptent parmi mes titres préférés : LES INNOCENTS, de Jack Clayton, d’après Henry James, est à la fois une adaptation d’œuvre littéraire absolument remarquable, et un film fantastique parfait, saisissant et inoubliable. Quant à LA NUIT DE L’IGUANE, lui-même adapté de Tennessee Williams, dont je ne suis pourtant pas un inconditionnel (pas plus que je ne le suis envers John Huston), c’est une œuvre grave, poétique et attachante qui, à l’époque, m’était allée droit au cœur ; peut-être est-ce en partie lié à ma fascination pour ce que j’appelle les films d’escale, mais la mise en scène brillante et la formidable présence de Deborah Kerr (qui illumine également LES INNOCENTS sur un registre plus trouble et torturé) y sont certainement pour quelque chose.
Mais revenons-en à l’affaire qui nous préoccupe aujourd’hui, puisqu’il s’agit tout de même du dixième épisode des Chroniques de l’Abécédaire (joyeux anniversaire ?), et nous attaquons très fort avec une note qui en contrariera peut-être quelques-uns sur les entournures, il s’agit, bien sûr, d’un film en A comme…
 
L'ARGENT, de Robert Bresson (France / Suisse, 1983)
Robert Bresson, Robert Bresson… Encore un sur lequel j’avais jusqu’à présent fait l’impasse, et c’est à Tchoulkatourine, je l’en remercie encore, que je dois cette découverte qui, même si elle ne m’a pas vraiment transporté, m’a tout de même davantage intéressé que les deux films prêtés par le même pourvoyeur, LES NUITS DE LA PLEINE LUNE et CONTE D’ÉTÉ d’Eric Rohmer – mais qu’il ne se décourage pas : si je peux survivre à WALKER, TEXAS RANGER, je peux aussi persister dans la visite de la filmographie du cinéaste, et vive l’ouverture d’esprit.
Difficile pour moi d’appréhender le cinéma de Bresson, peut-être plus encore d’en parler, tant son approche de la mise en scène est loin de mes propres affinités. Commençons par un bref rappel du sujet : un modeste ouvrier est accusé à tort d’avoir mis en circulation un faux billet, et va connaître une lente et cruelle déchéance. Ah, oui, c’est bref. Sujet éminemment social donc, qui prend vite la forme d’une démonstration parfois bien empesée : le véritable coupable, étudiant fauché et malhonnête, échappe à la justice parce que son entourage a les moyens et la place sociale leur permettant de l’épargner, en chargeant le pauvre ouvrier qui lui n’a pas forcément un statut et des ressources lui permettant de se disculper. Mais c’est précisément dans sa forme que L’ARGENT va se singulariser, à mes yeux, pour le meilleur et pour le pire.
C’est probablement sur l’interprétation que bon nombre de spectateurs risquent d’achopper. Les acteurs, amateurs, sont tous soigneusement inexpressifs, déclamant en pure récitation des dialogues monocordes et irréalistes, trop écrits (« Nie tout, en aucun cas ne cède ! »). Pas d’improvisation au programme, chaque comédien sait manifestement comment son entourage va réagir, attendant patiemment la réplique qui tarde parfois, guettant les objets, les mouvements prévus dans le scénario (un personnage attend gentiment que l’autre, qui ne s’est pas encore déplacé, vienne lui ouvrir la porte), le tout sans la moindre conviction – voir comment l’ouvrier enfermé dans sa cellule frappe la porte avec la violence d’un nouveau-né. Curieusement, en ce qui me concerne, cet aspect de la mise en scène m’a en partie séduit – tout en m’agaçant prodigieusement par instants, et j’agace depuis, quand l’envie me prend, mes interlocuteurs au téléphone en parlant Bresson. Mais le film bénéficie indéniablement de ce que cette interprétation a d’artificiel, de dévitalisé. Il y a là une intention évidente, et non pas une maladresse : les acteurs boivent dans des verres vides, et à un point crucial du récit, un personnage brandit une hache… en la tenant à l’envers ! Ces éléments, adjoints aux choix d’une mise en scène elliptique éludant systématiquement les actes de violence, désamorcent bizarrement la dureté du propos, lui conférant une atmosphère cotonneuse, factice. Épurée ? Rien n’est moins sûr, même si les décors dépouillés et la scénographie figée semblent dans un premier temps orienter le film dans cette direction. Pourtant, la mise en scène me semble au contraire très stylisée, bien qu’âpre, contrainte, anti-naturelle.
C’est d’ailleurs plus sur des questions de mise en scène que le film m’a en partie déplu. La grande rigueur du montage et des cadrages privilégie les plans fixes, le plus souvent focalisés sur les mains, les coups, l’emprise et la préhension ; l’intention est palpable de mettre en scène une série de tractations, d’échanges, de gestes vers l’autre ou vers soi même, qu’ils soient apaisants ou, le plus souvent, agressifs. Mais à mes yeux, il n’en ressort surtout qu’une théorisation sèche et un peu transparente, loin de la sensualité et du pouvoir d’évocation qui peuvent se dégager, par exemple et dans un registre en apparence assez proche, du travail d’un cinéaste comme Alain Cavalier. Je serai par contre plus sévère contre certaines séquences à la mise en scène vraiment relâchée : une séquence montre par exemple un étudiant sortir d’une salle de classe pour échapper aux questions sur la fausse monnaie. L’acteur sort en colère et d’un bon pas, mais s’arrête dès qu’il referme la porte derrière lui ; problème, on voit distinctement le sommet de son crâne par les carreaux sur la porte fermée, or dans le plan suivant, et toujours d’un bon pas, Bresson nous le montre sortir du lycée. Pour le coup, que de telles maladresses puissent relever de l’intentionnel me laisse franchement dubitatif, l’effet à l’image étant de toute façon désastreux, ce qui se marie très mal avec l’aspect vaguement crispant de l’interprétation. Ces dialogues ampoulés se font rares et tendent à disparaître dans la dernière partie du film, ce qui est assez heureux, car c’est sans doute la partie la plus aboutie : âpre, silencieuse, elle flotte dans une ambiance quasi apathique en contradiction apparente avec les actes du personnage, que n’importe quel autre cinéaste aurait tourné dans un montage « nerveux » et visuellement plus démonstratif. Sentiment surprenant sur lequel s’achève un film qui me laisse une impression aussi intriguée que mitigée, loin en tout cas de la profonde indifférence ressentie face à CONTE D’ÉTÉ – je sais, la comparaison est injuste, mais elle est contextuelle, c’est le jeu de l’Abécédaire !
 
B comme… BLOOD DOLLS, de Charles Band (USA, 1999)
Bon. L’austérité, c’est bien. Le grand n’importe quoi, aussi. Ça tombe bien, car c’est exactement ce que nous offre ce BLOOD DOLLS réalisé en personne par Charles Band, homme de cinéma précieux car il est l’un des derniers producteurs à œuvrer dans la série B, la vraie – je ne parle pas de ces films fauchés qui cherchent désespérément à ressembler à des séries A ou à des « films indépendants ». Il est régulièrement question des productions Full Moon dans mon Abécédaire (WITCHOUSE, KILLER EYE), et la bizarrerie fréquente des scénarios permet très souvent à l’amateur de passer un moment agréable.
Et c’est exactement ce que ce BLOOD DOLLS a à offrir : un spectacle branque, déraisonnable et rafraîchissant. Jugez-en plutôt : un milliardaire dont le masque dissimule une tête de la taille d’une pomme, façon BEETLEJUICE, cherche à se venger des personnes responsables de sa ruine (dont une descendante de Gilles De Rais), assisté par des poupées vivantes et meurtrières, un prêtre homme de main déguisé en clown et un majordome nain (Phil Fondacaro, aperçu dans LAND OF THE DEAD). Il garde près de lui pour son plaisir personnel un groupe de hard-rockeuses enfermées dans une cage électrifiée, qui s’occupent sous la contrainte de l’ambiance de la maisonnée (« Jouez-nous la n°7 ! ») et conséquemment de la bande originale du film.
Comme souvent dans ces productions, les effets spéciaux sont très inégaux, et il manque à ces projets dotés d’un authentique esprit bis les talents de cinéastes un peu plus probants qui leur donneraient un cachet plus percutant. Mais en l’état, et sur un plan purement artisanal, le résultat force la sympathie par son étrangeté, son humour et ses initiatives surprenantes – dont celle par exemple de proposer simultanément deux conclusions différentes en fin de métrage. Trop court pour lasser, BLOOD DOLLS ne fait pas dans la dentelle, mais s’avère très relaxant.
 
C comme… LES CHRONIQUES DE RIDDICK, de David Twohy (USA, 2004)
Mine de rien, et même s’il manque à sa mise en scène une vraie personnalité, David Twohy poursuit une carrière fort intéressante dans le cinéma fantastique, et ses films, bien qu’ils ne soient pas tous très aboutis, font preuve d’une réelle rigueur et d’un soucis d’originalité très appréciable : l’ambitieux téléfilm TIMESCAPE, le classique THE ARRIVAL, le très mal distribué ABÎMES ne sont pas de très grands films, mais restent toujours d’une qualité égale et tout ce qu’il y a de plus estimable.
Il est assez surprenant de le retrouver à la tête d’une production aussi lourde, d’autant plus que le film auquel il fait suite, l’attachant PITCH BLACK, n’a pas cassé trois pattes au box-office. S’il connaît une prolongation, c’est à la fois à cause du succès des ventes du DVD (!) et bien sûr de la popularité de son acteur principal, le massif Vin Diesel, acteur (et réalisateur) pas aussi idiot que ne le laisserait supposer sa carrière dans le bourrin (xXx, FAST AND FURIOUS, LE BABYSITTER, cherchez l’intrus). Des choix de carrière un peu discutables qui ne rendent pas ces CHRONIQUES DE RIDDICK très attirantes a priori, d’autant plus que cette suite (inscrite dans le projet d’une trilogie consacrée au héros nyctalope) s’est accompagnée d’un merchandising un rien envahissant (films d’animation supervisés par Peter Chang, le créateur d’ÆON FLUX, jeux vidéo, etc.). On tâche donc de faire confiance au talent modeste mais solide de David Twohy en découvrant ce qui ressemble à s’y méprendre à une bonne grosse baudruche dopée aux testostérones.
Je devine les fans hardcore qui aiguisent leur couteau dans l’ombre, tandis que les sceptiques guettent d’un œil morne le verdict individuel qui s’apprête à tomber… Résultat des courses : un sentiment mitigé qui penche d’un rien du côté positif. Mes plus gros reproches se portent sur les choix de mise en scène de David Twohy dès lors qu’il dispose d’un budget confortable. L’introduction du film, dévoilant la menace qui pèse sur l’humanité, fait assez peur de ce point de vue : c’est, visuellement, d’une laideur infographique assez redoutable ; à grands renforts de cinématiques tapageuses, la mise en scène s’efface et manque totalement d’ampleur. Heureusement, la séquence suivante (traque de Riddick par des chasseurs de prime) rassure, puisqu’on retrouve une vraie mise en scène, un découpage sec, nerveux et très composé. Le film ne se départira jamais totalement par la suite de son approche très servile du spectaculaire aux normes contemporaines du terme, dieu merci confiné aux plans de transition, galerie lassante et disgracieuse d’écrans de veille qui risque fort de provoquer des allergies ponctuelles et peut-être quelques rejets sommaires.
Ce qui serait regrettable : LES CHRONIQUES DE RIDDICK impose petit à petit au fil de la progression du récit une relative maîtrise, un peu minée par un abus de storyboards, qui laissent tout de même régulièrement la place à un véritable travail de mise en scène, parfois brillant, au service d’un récit complexe et ambitieux – dont les thèmes et le ton évoquent régulièrement DUNE de David Lynch. Un abus ponctuel de l’image de synthèse et quelques afféteries décoratives d’une totale inutilité rendent le métrage un peu tiède, mais le cinéaste parvient à un habile mélange de divertissement pur et de science-fiction aux enjeux variés et assez subtils – le résultat est bien plus riche et convaincant que la plupart des adaptations de comics fleurissant sur les écrans ces dernières années. L’interprétation est dans l’ensemble assez solide, la compagne du « méchant » Karl Urban étant manifestement le point faible du casting. Dommage que Rhiana Griffith cède place à Alexa Davalos dans le rôle de Kyra, puisqu’on perd une actrice au visage singulier au profit d’une héroïne un rien formatée et quelconque. Quant à Bière Essence, qui fut aussi la voix du très beau GÉANT DE FER, il tire le meilleur parti d’un rôle assez monolithique, auquel il apporte une réelle présence. Bref, du grand spectacle, pas toujours très raffiné esthétiquement, mais qui fournit un effort absent de bien des blockbusters, celui de proposer un scénario ample, dense et intéressant. Ce n’est pas forcément ce que je préfère au cinéma, mais dans le genre, c’est très acceptable – et je ne rate pas l’occasion de signaler la présence d’un vaisseau-statue évoquant irrésistiblement le Golem XIII de SAN KU KAÏ !
 
D comme… DANS LES TÉNÈBRES, de Pedro Almodovar (Espagne, 1983)
Tiens, Almodovar, ça fait une éternité que je l’ai perdu de vue, lui. « L’enfant terrible de la Movida » ne l’est plus vraiment, terrible, depuis qu’il a mis une cruche d’eau dans son vin pour aligner les mélodrames. Régulièrement épinglé sur Matière Focale, il garde pourtant chez moi une petite estime pour cette période au cours de laquelle il a fournit un travail original et attachant à une époque où le cinéma espagnol n’avait pas grand chose d’autre à apporter – j’apprécie beaucoup KIKA, que je considère personnellement comme son dernier grand film, et son MATADOR est une merveille. Mais si je suis plus indulgent envers son retournement de veste, j’avoue qu’après avoir vu sans y trouver mon compte TALONS AIGUILLES et LA FLEUR DE MON SECRET, je me suis totalement détaché de son univers : je n’ai vu aucun film récent. Je devrais sans doute m’y mettre un de ces quatre histoire de ne pas parler dans le vide, ce pour quoi il me faudrait surmonter mon agacement pour son nouveau versant « star cannoise » qui fait pleurer Margot, mais avec dignité. Il est bien loin, tout de même, le temps de PEPI, LUCI, BOM ET AUTRES FILLES DU QUARTIER !
Mais justement, la sortie en DVD de quelques titres de ses débuts est l’occasion d’y revenir. Après avoir hésité, j’ai porté mon choix sur le seul film du lot que je n’avais jamais vu. Va pour DANS LES TÉNÈBRES, donc. Je crois bien ne pas avoir eu la main très heureuse sur ce coup-là, hélas. Le récit, qui fait vaguement penser à SISTER ACT (!), nous montre Yolanda, une chanteuse vedette en fuite après le décès par overdose de son amant, qui se réfugie dans le Couvent des Rédemptrices Humiliées, établissement religieux déficitaire qui ne survit que par l’apport financier d’un mécène, mais sa veuve pingre décide au début du film de mettre un terme à son soutien après le décès de son époux. Les nonnes, aux noms évocateurs de l’enseigne de leur couvent (Sœur Fumier, Sœur Rat d’Égout, etc.), sont perturbées par la présence de la jeune femme, mais la Mère Supérieure s’y attache à l’excès, au point de la convaincre de rester dans les murs en lui proposant de partager sa dose d’héroïne quotidienne…
Drôle de film, qui s’ouvre sur une reprise au piano du thème de PROVIDENCE, et parsème son récit de références aux films de « nunsploitation » (voir LE COUVENT DE LA BÊTE SACRÉE et L’AUTRE ENFER). Mais pour son premier film « professionnel » (et non pas auto-produit dans l’indépendance), Almodovar retient les chiens, et malgré quelques excentricités formelles (plans solarisés) ou scénaristiques (le tigre élevé par Carmen Maura) assez inoffensives, sa mise en scène et son écriture paraissent étonnamment sages, et très en deçà d’autres films de la même période. Les aspects provocateurs (religieuses droguées et percluses de désir) ne sont pas développés sur un versant très offensif, le cinéaste préférant dépeindre avec sensibilité une galerie de personnages attachants (Chus Lampreave, qui écrit en cachette des romans à l’eau de rose à succès, Marisa Paredes, excellente) : on est déjà dans le mélodrame, bien que le film soit semble-t-il un peu désavoué par Almodovar – c’est joli, c’est sensible, c’est un rien fantasque (allusions à Tarzan), mais c’est malheureusement assez plat au bout du compte. Réalisation et photographie assez ternes, passages chantés très faiblards, rythme très maladroit, le film ne parvient pas vraiment à trouver un équilibre et semble parfois mal dégrossi, manquant à la fois de la maîtrise qui rend LA LOI DU DÉSIR si intéressant, et de la spontanéité, de l’énergie de films bien moins ambitieux sur un plan esthétique (PEPI, LUCI, BOM…). Pas fameux, le film risque à mon sens de n’intéresser que les complétistes.
 
E comme… EUGÉNIE DE SADE, de Jess Franco (Italie / Liechtenstein, 1970)
Après avoir abordé Jess Franco par le biais de très mauvais films (assommant MONDO CANNIBALE, amusant LES PRÉDATEURS DE LA NUIT), je découvre petit à petit des titres plus ambitieux et bien plus intéressants (UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS, LA COMTESSE NOIRE). J’avoue que ce n’est pas vraiment le coup de foudre non plus, mais, c’est indéniable, les bons films du réalisateur présentent de très belles qualités.
Même constat pour EUGÉNIE (ou EUGENIE SEX HAPPENING chez certains exploitants !), partagé entre éclats de génie et fautes de goût, superbes trouvailles et maladresses douloureuses. Dès la séquence d’introduction (une séquence érotique s’achevant sur une strangulation), le film se vautre dans ce qui faisait déjà un défaut de LA COMTESSE NOIRE : une musique vraiment moche, synthèse de la sensualité typée seventies, qui va par la suite coloniser la bande-son jusqu’à saturation – du spectateur.
Pourtant, le film est tout sauf un vulgaire porno soft, et montre la relation fusionnelle, puis incestueuse, entre un père pervers obsédé par les écrits de Sade et sa fille, totalement fascinée, à la fois victime et instigatrice de cette relation, et de sa déviance vers le crime. Le couple est fort bien interprété par Paul Muller et Soledad Miranda, qui pour sa part n’aura pas connu la longue carrière de Lina Romay pour cause de décès prématuré au début des années 70 – dommage, car cette comédienne, évoquant un peu Asia Argento ou Ana Torrent, a une réelle présence à l’écran. Inutile de s’appesantir sur les défauts du film, qui sont toujours les mêmes : outre la musique, une interprétation inégale (pourquoi Jess Franco se donne-t-il toujours un rôle important ? Il est mauvais comme un cochon !), à l’image de la mise en scène : dommage, alors que les plans de transition sont souvent superbes, que certaines séquences, souvent les scènes érotiques d’ailleurs, jettent carrément l’éponge pour se limiter à une captation terne sur fond musical guimauve ; à l’image du scénario également – certains pans du récit, inexplicablement bâclés, en limitent la portée, alors que de nombreuses séquences font au contraire preuve de vivacité, d’intelligence et de subtilité.
Mais si l’on ferme les yeux sur les quelques défauts du premier film co-produit par le Lichtenstein qu’il me soit donné de visionner (c’est déjà quelque chose !), on trouvera dans EUGÉNIE de vrais, beaux morceaux de cinéma, pas trop gâchés par quelques erreurs de dosage et une platitude parfois envahissante. Le matériau est extrêmement intéressant et parvient à retrouver en partie l’esprit des écrits de Sade, ce qui est loin d’être si fréquent (voir NIGHT TERRORS), notamment parce que le cinéaste réussit le point le plus difficile et le plus méritant de son projet : savoir restituer avec justesse le Sadisme, mais surtout ménager un glissement presque imperceptible vers un ton lyrique, presque romantique, dans sa très belle dernière partie. Très intéressant.
 
F comme… FLIGHT OF THE NAVIGATOR, de Randal Kleiser (USA / Norvège, 1986)
Allez comprendre. Cette production Disney, inédite en salles en France, a connu un aimable petit succès à sa sortie aux USA, et en garde encore aujourd’hui une flatteuse réputation (voir les commentaires sur ImdB). Même si la copie disponible en DVD est de piètre qualité et en VF exclusivement, je ne suis pas certain que cela suffise à justifier ma perplexité lorsque j’ai voulu vérifier cette réputation.
Le film raconte l’aventure d’un môme américain abducté par des extra-terrestres, qui réapparaît huit ans après sa disparition sans avoir vieilli d’un jour. Ceux qui ont suivi la série LES 4400 (pas fameuse, pour ce que j’en dis) ont déjà capté les implications en marge du récit : parents bouleversés, état paniqué, et abducté interloqué qui découvre bientôt que la soucoupe volante est toujours sur Terre, et qu’il peut communiquer par télépathie avec elle.
Après une première partie gentillette mais relativement attachante, le film s’enlise rapidement par la suite, et devient de plus en plus bébête et péniblement guimauve au fur et à mesure que progresse le récit, avant de sombrer avec perte et fracas dans une tonalité très MAC ET MOI dans sa conclusion – mais en beaucoup moins drôle. Il faut dire que la mise en scène de Randal Kleiser (GREASE) est tout ce qu’il y a de plus insipide, et en dehors de la présence futile de l’excellente Veronica Cartwright ou d’une toute jeune Sarah Jessica Parker, le film n’a pas grand chose à faire valoir et reste franchement dans l’ombre du très attachant EXPLORERS qu’il s’efforce de dupliquer sur un versant familial – et assez mercantile du reste, les décors et costumes étant truffés de publicités pour une nouvelle attraction de Disneyland inaugurée à l’époque de la production du film. Seule véritable récréation d’un métrage très poussif, un extrait d’un clip hilarant de BlancMange, délicieusement psychotronique-toc façon 80’s.
 
G comme… GOLDEN CHILD, L’ENFANT SACRÉ DU TIBET, de Michael Ritchie (USA, 1986)
Et puisqu’on mentionne EXPLORERS, restons un instant à cette époque qui a vu naître de petits classiques comme LE SECRET DE LA PYRAMIDE ou RETURN TO OZ, avec un GOLDEN CHILD bien moins prestigieux, échec artistique et bide commercial cuisant, dont la revoyure ne peut se justifier que par nostalgie et / ou goût immodéré pour le vintage 80’s.
Un petit garçon tibétain (joué par une petite fille, je vous laisse méditer cette information cruciale), qui n’est autre que l’Enfant Sacré, est sagement assis dans un coin de Tibet à faire ses trucs de bouddhiste – pour avoir des détails, adressez-vous au Docteur Devo dont c’est la confession. Il est soudain kidnappé par le méchant Charles Dance, qui dissimule sous son apparence d’acteur qui me fait toujours ricaner un démon envoyé des Enfers pour bouleverser l’équilibre du monde. Ça va mal ! Les bouddhistes font appel à Eddie Murphy, flic spécialisé dans les enlèvements d’enfants (pour les résoudre, pas pour les commettre, naturellement), pour retrouver l’Enfant Sacré, capable de ressusciter les perroquets (« it’s a dead parrott ! ») ou de faire danser les cannettes de Pepsi.
La surprise, lorsque le personnage du flic nous est présenté, c’est que l’affaire sur laquelle il enquêtait débouche sur la découverte d’une fillette enlevée… raide morte ! Euh… Est-ce une comédie ? Un film pour enfants ? Du fantastique pur et dur ? Le mélange reste sur toute la durée du métrage extrêmement indécis et maladroit, ce à quoi Eddie Murphy doit être habitué aujourd’hui. Et pour cause : initialement envisagé comme un film sombre et très sérieux interprété par Mel Gibson et réalisé par John Carpenter (qui l’a refusé, préférant se prendre un bide plus digne avec son excellent LES AVENTURES DE JACK BURTON), GOLDEN CHILD a en partie été ré-écrit après l’embauche d’Eddie Murphy, histoire d’y insuffler de la bonne grosse comédie calibrée pour l’acteur ; trop calibrée à vrai dire, et les pièces rapportées dans le script vont outrageusement voir leurs coutures.
Même avec vingt ans de bouteille, GOLDEN CHILD est toujours aussi irrémédiablement raté. C’est un vrai capharnaüm cinématographique, dont les enjeux graves sont constamment désamorcés par la forme. Le meilleur moyen de l’aborder est de l’envisager comme une espèce de buffet filmique, où l’on peut se servir en triant les bons effets spéciaux (superbes animations en stop-motion) tout en dédaignant les mauvais (transparences pourries, même pour l’époque), en appréciant pour ce qu’ils sont les quelques morceaux de divertissement comestibles (séquence onirique avec rires enregistrés, quelques bons passages avec Victor Wong) flottant dans un scénario inepte. Le temps passe vite, mais on n’en retire strictement rien.
 
H comme… L'HOMME SANS PASSÉ, d’Aki Kaurismaki (Finlande / Allemagne / France, 2002)
L’HOMME SANS PASSÉ est le second volet de la trilogie « Finlande » de Kaurismaki, après AU LOIN S’EN VONT LES NUAGES et avant LES LUMIÈRES DU FAUBOURG qui s’apprête à sortir en salles. Et si je n’ai eu cette information qu’après avoir vu le film, c’est parce que je connais mal la carrière du cinéaste, dont je n’avais rien vu depuis des années, ce qui n’est pourtant pas la marque d’un manque d’intérêt pour son travail, puisque j’avais notamment beaucoup apprécié sa FILLE AUX ALLUMETTES. Au contraire, la personnalité qui se dégage des quelques films qu’il m’a été donné de visionner, leur ton décalé, leur humour singulier, leurs qualités plastiques m’ont toujours intéressé : ce ne sont que les occasions de le croiser qui se sont faites trop rares.
Les qualités évoquées sont toutes présentes, et toujours d’une surprenante fraîcheur, dans cet HOMME SANS PASSÉ extrêmement attachant, qui présente l’histoire d’un homme dépouillé et tabassé qui décède à l’hôpital, mais se réveille bizarrement et se réfugie dans les quartiers pauvres avoisinants, totalement amnésique. Difficile de savoir si l’univers de Kaurismaki, assez proche dans l’esprit de celui de Jim Jarmusch, connaît une réelle évolution, mais force est de constater qu’il garde intact un équilibre fragile et solide à la fois, une atmosphère subtilement irréaliste soutenue par le soin porté à la direction artistique et à la photographie.
L’aspect le plus étonnant et le plus valeureux chez Kaurismaki, c’est sa capacité à susciter une émotion sans jamais se reposer sur ses dialogues, secs, rares et laconiques. La musique compense cette économie, qui évite habilement au récit de se prendre les pieds dans les tics démonstratifs ou symbolistes, à la fois en développant des thèmes chaleureux et lyriques et en jouant de contrastes singuliers et parfois assez drôles (voir la séquence où Kati Outinen rentre chez elle et contemple la nuit par la fenêtre sur fond de rock’n’roll rétro). Si son sujet traite de thèmes graves et mélancoliques, le film se refuse constamment à céder aux sirènes du mélodrame, lui préférant un ton distancié, toujours marqué par un humour à froid omniprésent (découverte du redoutable chien d’attaque prénommé Hannibal) et par l’ébauche de personnages passionnants, encore une fois bien plus caractérisés par la mise en scène que par le dialogue, ce qui est mine de rien rarissime, et donc précieux. Pas grand-chose d’autre à dire de cette mise en scène élégante, composée, qui sait nourrir un rythme lent et posé avec une étonnante vivacité (le film n’est ni ennuyeux, ni déprimant), une fluidité admirable dans la mesure où la mise en scène, qui fait tout, sait peu à peu se faire oublier. Très beau film.
 
I comme… ICE GIRL, de James Bond III (USA, 1990)
Prism Leisure vise soigneusement sa cible marketing, et décide ici de nous vendre ce ICE GIRL comme un bon gros “film de banlieue” : “Joel quitte sa province natale pour rejoindre New York, un ami d’enfance qui l’encourage à prendre un maximum de bon temps.” (Son ami d’enfance est la ville de New York ? Fichtre, tout le monde ne peut pas en dire autant !) Malgré son résumé relativement exact, la jaquette se lâche joyeusement à grands renforts de slogans racoleurs type “La rue s’enflamme !” ou encore “Un thriller qui nous confronte à la brutale réalité des bas quartiers, ou (sic) le dialogue n’existe que quand les armes parlent !” (c’est bien vrai, ma pauvre dame), le tout étant naturellement soutenu par des illustrations piochées au hasard, pourvu qu’elles montrent divers blacks lookés façon rap brandissant des armes à feu à qui mieux-mieux.
Bon, le hic dans ce concept, c’est qu’en réalité, ICE GIRL n’a rien, mais alors rien à voir avec ce que son emballage est supposé vendre, puisqu’il s’agit en réalité d’un film fantastique classique à base de créature monstrueuse et croqueuse d’hommes. Introduction pour le moins surprenante, où un dragueur patenté s’explique au téléphone avec une de ses maîtresses : « Ne supplie pas, tu t’humilies et c’est pas séduisant… Allez, je te le paye, l’avortement : salut ! » Générique ! Quel salaud, s’exclame Mathilde, 47 ans. Après quoi nous retrouvons notre séducteur du dimanche, fricotant avec sa nouvelle maîtresse sous la douche, qui devient vite une douche de sang. Horreur ! (comme dirait Tintin), sa nouvelle maîtresse est un succube !!! Ach… Et après l’avoir dévoré, elle va très vite s’intéresser de près au Joel en question, convoitant férocement son âme de futur pasteur.
Après cette entrée en matière, le film enchaîne sur une scène au montage abrupt, bout à bout de séquences qui semblent sortir de nulle part, et pendant quelques minutes fort agréables, on ne comprend absolument plus rien, au point que je me suis même posé la question de savoir si l’éditeur n’avait pas balancé la bande annonce au beau milieu du métrage. Mais non, ce n’est finalement qu’un rêve prémonitoire pour insérer dans le récit le personnage de Joel. On attend de pied ferme que le film poursuive dans cette voie biscornue, mais une fois les enjeux posés, le film s’enlise peu à peu dans un ennui marqué, guère relevé par la médiocrité de la mise en scène, signée par James Bond III (ça ne s’invente pas), acteur de seconde zone dont ce fut le premier long-métrage en tant que réalisateur, pour un film qui marque d’ailleurs dans le même mouvement la fin de sa petite carrière insignifiante et télévisuelle, pas de chance !
Présenté en VF, mais dans une copie au format respecté et en 16/9e, ICE GIRL (DEF BY TEMPTATION en VO) bénéficie tout de même de ce traitement inhabituel de l’éditeur, dans la mesure où la photographie, principale qualité du film, si ce n’est la seule, est assurée par Ernest Dickerson, chef-opérateur de talent, collaborateur de Spike Lee (sur DO THE RIGHT THING notamment) et réalisateur honnête (du moins si j’en juge par son très correct BONES). Très beaux cadrages donc, et teintes vivement colorées qui confèrent au film quelques qualités plastiques tout en bonifiant les quelques bonnes idées du scénario – notamment dans ces quelques plans où le décor du bar où se croisent tous les personnages fusionne parfois avec celui de l’appartement du succube (dont un plan érotique hilarant avec silhouette du saxophoniste en arrière-plan).
Autre singularité du film, qui s’avère cependant bien plus mince, ICE GIRL se rattache à ces films s’inspirant de la blackspoitation avec son casting presque exclusivement composé d’acteurs noirs (dont Samuel Jackson !), s’efforçant de lui offrir une descendance parfois bien ridicule (ne ratez pas l’ineffable BLACK NINJA !). Pour le reste, peu d’effets spéciaux très probants (un homme est mangé par son poste de télévision), scénario d’une franche banalité et mise en scène très maladroite qui ruine totalement la dernière partie du métrage, cheap et passablement ringard, ce qui est plutôt dommage, somme toute, ICE GIRL étant du reste visuellement doté de qualités pas si fréquentes dans l’univers de la série B fauchée.
 
J comme… JUDGE DREDD, de Danny Cannon (USA, 1995)
Ah, oui, JUDGE DREDD… Hem… Bon.
Je montre d’abord patte blanche, en précisant que je ne suis pas un anti-Stallone primaire. L’acteur est généralement plus intéressant (et plus expressif) que l’affreux Schwarzenegger, mauvais comme un cochon dès qu’il sort du registre monolithique, et peut à l’occasion s’illustrer dans de bons gros films d’action, voire même dans quelques tentatives assez originales (AN ALAN SMITHEE MOVIE), sans oublier bien sûr L’ÉTALON ITALIEN, cela va de soi. Et par exemple, un film comme DEMOLITION MAN m’a fort agréablement surpris : c’était énergique, gentiment sarcastique, très drôle, et avec Sandra Bullock en plus, que demande le peuple ?
Mais JUDGE DREDD… Misère. Après avoir été proposé successivement à Richard Donner, Renny Harlin, aux frères Coen ou au malchanceux Richard Stanley (HARDWARE, DUST DEVIL), lequel aura préféré aller ruiner sa carrière sur les rives de L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU, cette adaptation d’un comics dont je ne dirai rien car je ne l’ai pas lu échoue entre les mains du pauvre Danny Cannon, jeune cinéaste prometteur (parmi quelques centaines d’autres yes-men) bouffé tout cru sur le plateau par Sylvestre, la star imposant régulièrement des aménagements et de petits arrangements au sein d’un projet déjà pas mal phagocyté par le système des studios et leurs incertitudes sur le « public cible ». Le résultat est proprement catastrophique.
Glissons charitablement sur la performance de Stallone, qui à ma connaissance n’a jamais été aussi lamentable. Fermons les yeux sur ce que le sidekick qu’on lui a collé dans les pattes (insupportable Rob Schneider) peut avoir de crispant et d’inutile. Efforçons-nous d’oublier le méchant auquel Sylvestre s’oppose, ou mieux, prenons-ça avec le sourire, le rôle étant campé par un Armand Assante en roue libre et avec de grotesques lentilles pour lui faire les yeux bleus, sourire ne sera pas une tâche trop difficile. Laissons-nous aller à l’idée de faire abstraction de la laideur tapageuse de la direction artistique, et profitons-en pour jeter dans le même sac les effets visuels atroces, en particulier ceux de la poursuite en motos volantes, qui a bien failli me faire perdre la vue. Retenons la nausée qui nous saisit au souvenir de cette fresque ambivalente, s’essayant façon Verhoeven à dresser le tableau menaçant du totalitarisme le plus caricatural dans une approche se basant sur un propos et des effets hyper-violents mais, dans le même mouvement, systématiquement élusifs où viennent se nicher des ajouts scénaristiques rêvant d’héroïsme, d’identification, de précautions, de mise en boîte du fascisme (le fascisme, c’est mal) qui finit par dégager dans le métrage une personnalité authentiquement réactionnaire, moins attachée au matériau initial qu’à cette greffe désastreuse de poncifs narratifs qui finissent par prendre dans le contexte un arrière-goût plutôt saumâtre.
En tant que spectacle, JUDGE DREDD est franchement médiocre. Et c’est à Stallone ce que L’EFFACEUR est à Arnold S. : un pervers retour de bâton où le fun revendiqué est sinistre, et où l’on nous demande en conclusion d’acclamer en héros un personnage hybride et profondément détestable, brute épaisse à la justice expéditive et meurtrière, mais il a ses raisons, vous comprenez (c’est Stallone, quand même, merde !), et le méchant est si méchant qu’au fond, tout ça est très acceptable, et peine de mort aux assassins, hourrah ! Dégueulasse, quel que soit l’angle sous lequel on l’observe.
 
K comme… THE KILLER, de John Woo (Hong-Kong, 1989)
Alors que j’apprécie souvent le cinéma asiatique dans ses grandes lignes (avec une réserve pour le cinéma thaïlandais qui m’a jusqu’à présent toujours déçu), je n’ai jamais été très emballé par les films de John Woo, dont les tics auteurisants (armes brandies au visage, colombes, églises, etc.) ne sont pas si différents de ceux qui rendent la filmographie de Kusturica si ridicule (mariée, lévitation, pendaison ratée), à cette différence près que le cinéma de Hong-Kong a toujours assumé son versant naïf, son lyrisme exacerbé (voir la musique !), là où ce qui peut fonctionner correctement dans LE TEMPS DES GITANS vire au procédé creux et plaqué dans ARIZONA DREAM ou sombre dans le grotesque dans UNDERGROUND.
Ceci dit, et même si sa carrière aux Etats-Unis n’a rien de très éclatant, il faut bien reconnaître à John Woo un indéniable savoir-faire, un sens du cadrage et du montage d’autant plus valeureux qu’en règle générale, le réalisateur travaille sans storyboards, ce qui confère à ses meilleurs films, dont THE KILLER, produit par Tsui Hark (qui, curieusement, a détesté le film au point de chercher à le remonter intégralement) fait partie, une fluidité que peuvent lui envier la plupart des films d’action portés aux nues.
On retrouve donc ici, avec les clichés usuels du cinéaste, ce ton très particulier, mélange de lyrisme candide (flash-back onctueux et chantés, histoire d’amour naïve et d’amitié virile) et de violence graphique très percutante, et si le film connaît parfois des longueurs, il sait les faire oublier lors de séquences remarquablement découpées – pas systématiquement des scènes de fusillade, d’ailleurs (très belle vision de la chanteuse aveugle lorsqu’elle se remémore le visage de l’homme qui l’a involontairement blessée). D’indéniables instants de grâce et de tension, qui valent très largement le détour et débouchent du reste sur une conclusion assez cruelle qui évoque fortement, bien que ce soit très certainement involontaire, celle du ROCKY HORROR PICTURE SHOW.
La copie intégrale proposée par HK souffre d’un gros défaut : les sous-titres français sont incrustés sur l’image, et pour éviter qu’ils ne se confondent avec les sous-titres anglais incrustés sur la copie utilisée, ils sont présentés dans un encadré sur fond noir particulièrement disgracieux qui bouffe une bien trop large portion de l’image. Question : pourquoi ne pas avoir inséré les sous-titres français sous l’image, les sous-titres anglais n’étant pas particulièrement gênants ? La vision du film en pâtit ; on peut cependant, et c’est heureux, désactiver ces sous-titres français et suivre, si cela vous est possible, le film avec les sous-titres anglais.
Et bien voilà, vous connaissez déjà la conclusion temporaire : la suite, dès que possible, elle ne saurait tarder : d’ici là et de votre côté… Bons films !
 
Le Marquis
 
 
(Photo : Ne vois-tu rien venir ? - D'après L'ACCORDEUR DE TREMBLEMENTS DE TERRE - Le Marquis)
 
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Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /2006 20:13

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[Photo : Brooke Bullock (ou est-ce Sandra Adams ?) - Le Marquis]

Forcément, comme je le disais en conclusion de la première partie de cet article, il est difficile d’enchaîner après un film comme INNOCENCE, et le film qui suit, les films qui suivent, risquent fort de pâtir de la comparaison. Poursuivons néanmoins : chaque film visionné me rapproche d’une prochaine merveille, et c’est dans cet esprit optimiste que je poursuis rédaction et visionnage, avec un décalage qui tend peu à peu à se réduire – avec un peu de chance, je serai à nouveau synchrone en septembre prochain !
 
J comme… JEUX PERVERS, de Max Makowski (USA, 2002)
Vous connaissez peut-être le jeu de société « Taboo » – consistant principalement à poser des questions orientées et embarrassantes à tour de rôles et entre amis. Oui, c’est passionnant, presque autant que les Hippo-Gloutons. Mais saviez-vous que le jeu a généré ce film, TABOO en version originale, où une bande de jeunes tendance friquée (comme dans PETIT MASSACRE ENTRE AMIS) fait une partie lors d’une petite fête dans le manoir familial de l’un d’entre eux. Des cartes anonymes sont distribuées sur lesquelles chacun doit se prononcer sur un tabou donné (homosexualité, échangisme, viol, prostitution, onanisme, inceste, amour sincère, etc.) ; la partie fait sourire mais aussi grincer des dents. Un an plus tard, lors d’une nouvelle réunion du groupe d’amis, un colis leur parvient avec des cartes plus laconiques (homosexuel, violeur, prostituée etc.) : l’un d’entre eux l’a certainement envoyé, mais lequel ? Il devient de plus en plus urgent de le découvrir, car un meurtrier se cache parmi eux.
C’est donc ce slasher aux petits pieds qui succède à INNOCENCE, et sa belle constance dans la médiocrité en fait le film-tampon idéal : prévisible jusqu’à la dernière minute, incohérent jusqu’à la bêtise (le groupe voit ses membres mourir un à un, mais attend la fin de l’orage pour aller à la police), JEUX PERVERS est en réalité d’une politesse et d’une platitude très vite fatigantes. On ne croit pas une seule minute à ce « groupe d’amis » composé de gens qui se détestent tous les uns les autres et sont campés par une énième brochette d’acteurs de second plan ou de série TV (dont Nick Stahl et Eddie Kaye Thomas), tous mauvais sans exception, mais il est concevable qu’aucun d’entre eux n’ait vraiment cru à un scénario aussi stupide, où les meurtres s’avèrent n’être qu’une grosse blague conçue par les jeunes pour se venger de l’un d’entre eux, sauf que finalement, il se met à y avoir de vrais meurtres, que c’est original et astucieux. Film poussif, insipide et sans le moindre intérêt.
 
K comme… KNIGHTS, LES CHEVALIERS DU FUTUR, d’Albert Pyun (USA, 1993)
Ah ! Albert Pyun ! Ce vieux routard hawaïen de la série B, ancien stagiaire d’Akira Kurosawa au penchant très prononcé pour les histoires de cyborgs, n’a pas disparu avec les années 80, et quelque part, ça fait plaisir. Pourquoi ? Peut-être parce que ses films, aussi simplistes et limités soient-ils, sont toujours réalisés à l’ancienne, à grands renforts de cascades et de maquillages, de décors naturels et d’effets spéciaux réalisés sur le plateau, à une époque où ses comparses ont déjà jeté l’éponge, truffant leurs métrages d’effets en images de synthèse comme des forcenés, peu regardants sur la qualité de la synthèse en question, souvent en-deçà du niveau d’une animation de jeu vidéo, mais qu’importe : c’est la mode, et l’important c’est qu’il y en ait un max, avec si possible quelques cascades câblées.
Rien de tout ça dans ce KNIGHTS on ne peut plus représentatif du cinéma d’Albert Pyun : c’est une histoire de cyborgs, dirigés par Job le Manufacturier (l’inénarrable Lance Henriksen), dominant la planète après un quelconque holocauste, contre lesquels va se rebeller la musculeuse Nea, belle tête blonde collée sur un corps de Big Jim pas très ragoûtant mais hautement performant, épaulée, il faut le préciser, par un des tout premiers cyborgs, Gabriel (Kris Kristofferson !), programmé pour les éliminer et ainsi sauver l’humanité.
C’est un peu idiot et très sommaire, mais au rayon divertissement, ça fait très bien l’affaire. Le directeur de la photographie nous convie à un véritable festival du filtre avec ses textures chatoyantes et vivement colorées. Les acteurs en roue libre confèrent au film un ton décalé et passablement hilarant : entre Gabriel, qui possède cette étrange faculté de changer totalement de physionomie dès qu’il combat style art martial (Kris étant un peu fatigué, on le remplace alors par un cascadeur parfaitement distinct), et Job qui se fait rouler des pelles langoureuses par son perroquet (Lance Henriksen prend manifestement un malin plaisir à baver autant que possible dès qu’il sent venir un gros plan), la sculpturale Kathy Long semble se sentir portée et embrasse son rôle avec une conviction qui ne laisse guère de place au talent, mais fait plaisir à voir. Des raccords de montage vertigineux et quelques répliques improbables (« Oh, non, je prends feu maintenant, il manquait plus que ça ! », s’exclame le premier cyborg éliminé par Gabriel) complètent agréablement une plaisante petite série B dont les références bibliques s’arrêtent au choix des prénoms, qui se termine en queue de poisson lorsque Job s’enfuit en deltaplane avec le petit frère de Nea en s’écriant : « Si tu veux revoir ton frère vivant, rendez-vous à Cyborg City ! », car les cyborgs occupent une place si chère dans le cœur d’Albert qu’il a souvent du mal à considérer ses histoires autrement que sous la forme de trilogies, pas toujours achevées mais trilogies quand même : nous nous pencherons prochainement sur le second volet de sa trilogie NEMESIS, parce qu’un cyborg en passant, ça ne fait jamais de mal. En attendant de découvrir le dernier film en date de Pyun, INFECTION, tourné en un seul plan-séquence et en temps réel !
 
L comme… LA LEÇON DE PIANO, de Jane Campion (Australie / Nouvelle-Zélande / France, 1993)
Reprenons notre sérieux, un peu de tenue que Diable, nous parlons maintenant d’une Palme d’Or, obtenue ex aequo avec le très beau mais moins consensuel ADIEU MA CONCUBINE (à quand un palmarès à la Jacques Martin – tous les films ont gagné !). Je vous fais d’ailleurs remarquer que, curieusement, les deux films palmés présentaient tous les deux une séquence montrant l’amputation du doigt du personnage principal.
À vrai dire, et même s’il n’égale pas UN ANGE À MA TABLE, qui reste à mes yeux le meilleur travail de Jane Campion, LA LEÇON DE PIANO est lui aussi un assez beau film, malgré ou grâce à son lyrisme très appuyé, souligné – parfois lourdement – par la musique de Michael Nyman, oscillant entre réelle inspiration et élans larmoyants style « Mort de la Schtroumfette ». Le film parvient à rendre fascinante cette forme d’autisme confortable, installé, complaisamment nourri dans une relation mère-fille qui va peu à peu, non pas se détériorer, mais se rééquilibrer dans la tourmente de l’adultère proposé par Harvey Keitel, qui s’abstient finalement de se masturber à la BAD LIEUTENANT pendant que Holly Hunter joue du piano, et accepté par celle-ci d’abord parce qu’elle veut récupérer l’instrument autour duquel elle a construit sa bulle, ensuite parce qu’elle s’éveille à une sensualité qui la terrifiait. Très belle idée que de développer discrètement une thématique du voyeurisme, celui de la fille d’Holly Hunter, Anna Paquin (pas toujours très juste), qui trompe son ennui en martyrisant un chien pendant que sa mère découvre l’amour, celui plus tard du mari cocu (Sam Neill) – avec ce plan extraordinaire du chien qui vient lui lécher la main pendant qu’il regarde sa femme le tromper ; une thématique bien sûr renforcée par la représentation théâtrale de « Barbe-Bleue ». C’est dans la mise en scène de l’érotisme et de la frustration que le film trouve ses plus belles qualités. L’écriture parfois un rien schématique est correctement contrebalancée par une mise en scène riche à l’imagerie parfois spectaculaire (l’image singulière du piano abandonné sur la plage ne doit pas occulter un goût prononcé pour les plans étranges et presque fantastiques, ceux qui ponctuent les ballades d’Anna Paquin notamment), et surtout par l’humour sous-jacent de Jane Campion. Intéressant.
 
M comme… MAD JAKE, de Tucker Johnston (USA, 1990)
Édition on ne peut plus économique pour cette petite série B : VF bien sûr, copie piteuse naturellement, pas de menu ni de chapitrage, le film se lance dès qu’il est inséré dans le lecteur et s’achève avant la fin du générique par un arrêt de la lecture du disque. Quant au film, également titré BLOOD SALVAGE, c’est une nouvelle histoire de rednecks dégénérés issue de la vague post-MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE, qui a connu ses petites réussites (NUITS DE CAUCHEMAR, MOTHER’S DAY) et ses navets (CANNIBAL CAMPOUT). MAD JAKE bénéficie des aspects toujours sympathiques de ce type de sujet et tente d’y adjoindre des éléments bizarres : la famille de ploucs tueurs est ici menée par un garagiste chirurgien à ses heures, qui prélève des organes chez ses victimes qu’il revend à un médecin peu scrupuleux (le vieux Ray Walston) avant de transformer ses proies en sortes de sculptures mi-hommes mi-voitures, tout en les maintenant artificiellement en vie bien sûr – occasion de livrer une série de maquillages (dont un inattendu Elvis Presley) qui avaient fait beaucoup parler du film avant sa sortie, mais sont curieusement très mal et très peu montrés dans le film, par ailleurs très mal réalisé (cascades pitoyables). Ce garagiste tombe sous le charme d’une jeune fille croisée à un concours de Miss en fauteuil roulant (!) et s’empresse donc de la kidnapper avec le reste de sa famille (le papa étant interprété par John Saxon).
L’héroïne a beau être en fauteuil roulant, elle n’en est pas moins détestable et très antipathique, bien qu’il soit très difficile de savoir si c’est intentionnel ou pas. MAD JAKE pioche ses idées à droite et à gauche, empruntant le saurien du CROCODILE DE LA MORT, la complicité du patelin qui évoque fortement LES VOITURES QUI ONT MANGÉ PARIS, etc., mais ses quelques rares idées originales sur le papier échouent totalement leur passage à l’écran. Soutenu par une musique insupportablement nulle, le film s’efforce de taper dans le registre de l’humour noir et du sordide pseudo-distancié (fanatisme religieux du garagiste et de ses créations qu’il surnomme les convertis), mais il ne parvient jamais à instaurer un rythme, une efficacité à son film laborieux et quelconque, qui ne dépasse à aucun moment le niveau de simple curiosité pour cinéphile hautement désœuvré.
 
N comme… LES NOUVEAUX BARBARES, d’Enzo G. Castellari (Italie / USA, 1982)
Quittons les Etats-Unis. Traversons l’Atlantique et pénétrons dans l’Europe par le détroit de Gibraltar pour aller chatouiller le G de Enzo Castellari dans la botte italienne. Jusqu’à ces dernières années, Castellari était, dans ma propre cinéphilie, resté dans l’ombre des autres cinéastes italien de la tranche « inférieure », ceux qui n’ont pas la réputation d’un Bava, d’un Fulci ou d’un Argento mais sont pourtant capables, à leurs meilleures heures, de livrer de forts beaux films de genre ; des cinéastes comme Sergio Corbucci (dont j’adore DJANGO et LE GRAND SILENCE au point de les préférer aux westerns de Sergio Leone), Antonio Margheriti (je n’ai hélas encore jamais vu son très réputé DANSE MACABRE, mais j’aime énormément ses FANTÔMES DE HURLEVENT), Riccardo Freda (grand souvenir du SPECTRE DU PROFESSEUR HITCHCOCK), voire même Lamberto Bava (dont DÉMONS me semble être un modèle de série B), Ruggero Deodato (au moins auteur d’un film formidable, THE WASHING MACHINE) ou Bruno Mattei (dont le très Z VIRUS CANNIBALE est à hurler de rire). De Castellari, je connaissais surtout LES GUERRIERS DU BRONX, sous-MAD MAX un peu mollasson mais amusant visionné en présence du Dr Devo, et un SINBAD redoutablement mauvais incarné par Lou Ferrigno. On creuse patiemment dans la filmographie du bonhomme, somme toute sympathique, avec ces NOUVEAUX BARBARES coulés dans le même moule que les guerriers du Bronx, en attendant que LES GUERRIERS DU BRONX II, LA MORT AU LARGE et KEOMA trouvent prochainement leur place dans cet Abécédaire.
Tourné la même année que LES GUERRIERS DU BRONX à une époque où le cinéma de genre italien commençait à s’essouffler et à s’enliser dans le Bis et les pompages en série des succès du moment, LES NOUVEAUX BARBARES s’ouvre sur un générique nous montrant une explosion nucléaire dévastant une maquette qui n’avait pas dit ouf. Bien que pure déclinaison du MAD MAX de George Miller, le film ne crache pas sur quelques emprunts à John Carpenter, sa musique évoquant irrésistiblement celle de NEW YORK 1997. Le monde a donc basculé dans le chaos, et les Templars, sorte de motards du futur, ont pris le pouvoir, décimant les survivants considérés comme des êtres inférieurs. Un héros récalcitrant va venir faire un peu de ménage et défendre l’opprimé.
Rien à dire du scénario, bout à bout de poncifs sans originalité : tout est dans le décorum et dans la façon de faire. De ce point de vue, le film est assez plaisant. Bruitages totalement absurdes, effets spéciaux délicieusement datés, look puissamment folklorique des Templars et tunning kitschissime entre la Batmobile et le jouet Kinder, sans parler de ses armures transparentes vraiment cocasses et qui valent bien le coup d’œil, la direction artistique très typée fait beaucoup pour le charme rétro, et pour le comique involontaire. Quant à la mise en scène de Castellari, entre expérimentations de montage parfois saugrenues et superbe photographie (très beau cinémascope), elle inscrit prévisiblement le film dans le registre du Bis soigné qui ne fait pas trop mal aux yeux cinématographiquement parlant (la direction artistique s’en charge), mais n’empêche tout de même pas le film, par ailleurs correct divertissement, d’être parfois un peu longuet. L’ennui ponctuel ne détournera cependant pas les amateurs du cinéma fantastique italien, le cocktail de plans ultra composés cadrant des éclats de violence quasi parodique et des costumes improbables se fait aujourd’hui trop rare pour être snobé.
 
P comme… LE PORNOGRAPHE, de Bertrand Bonello (France / Canada, 2001)
Je pourrais vous faire croire que c’est l’excellence d’INNOCENCE qui m’a encouragé à revenir à la production francophone, mais ce serait un gros mensonge, puisque la liste des films est toujours programmée longtemps à l’avance. Mais le hasard fait tout de même bien les choses, dans la mesure où, avec le film de Lucile Hadzihalilovic et le sympathique ET LA TENDRESSE ? BORDEL !…, LE PORNOGRAPHE tend à relever un peu le niveau.
Le film évoque le retour aux affaires d’un ancien pornographe (Jean-Pierre Léaud), qui accepte d’entreprendre le tournage d’un nouveau film, un peu contraint et forcé par des dettes. Ce qui ne l’empêche pas de persévérer dans la voie à prétentions artistiques qui avait à l’époque mis un terme à sa carrière. Un film étrange et assez attachant, qui joue du contraste à la fois drôle et amer entre les postures de metteur en scène de Léaud (qui rêve de conclure son film par un accouchement et par l’image d’un nouveau-né) et les regards perplexes que son entourage lui jette – avant que le producteur ne reprenne les choses en main pour tourner du porno sommaire. Cet aspect du récit n’est cependant pas forcément prédominant, le film développant également quelques personnages secondaires (dont le fils de Léaud, choqué par la profession de son père, militant qui lance avec un petit groupe une grève du silence dérisoire et non dénuée d’humour dans son traitement – ils regardent en groupe des films muets), et surtout creusant la personnalité fantasque et vaguement mélancolique du personnage de Léaud, qui quitte sa compagne sans savoir pourquoi, entreprend de construire seul une maison sur un terrain cédé par un proche, accepte à contrecœur une interview sur sa carrière et fantasme sur le film qu’il ne fera jamais.
La mise en scène de Bonello est soignée, très composée, avec une majorité de plans fixes nourrissant un rythme lent et très distancié, un humour pince-sans-rire parfaitement servi par Jean-Pierre Léaud, très bon bien qu’il soit souvent à deux doigts de paralyser le film, souvent focalisé sur sa performance, de façon parfois un peu exclusive. Le film tient sur un fil, et flirte constamment avec l’ennui, mais à chaque fois qu’il m’a semblé me détacher du projet, une idée séduisante, un plan intrigant sont venu relancer l’intérêt d’un film elliptique, original et intelligent, le premier qui plus est à m’avoir vraiment intéressé à son acteur principal, jusqu’alors perçu avec méfiance – sans doute à cause du lien au cinéma de Truffaut, qui ne m’a jamais plu. Ce n’est pas une merveille, mais, c’est indéniable, il y a là beaucoup de personnalité, et ça donne envie de voir d’autres titres de Bonello.
 
R comme… RIEN À PERDRE, de Steve Oedekerk (USA, 1997)
De Steve Oedekerk, nous avions beaucoup aimé ici le film KUNG POW (ENTER THE FIST), parodie hilarante (et techniquement surprenante) du cinéma d’arts martiaux, découvert un peu par hazard, le prix modique du DVD permettant de surmonter l’aversion suscitée par une jaquette hideuse. Une chance pour l’acteur-scénariste-réalisateur, puisque sa filmographie n’est pas composée que de merveilles, loin de là ; toujours est-il qu’il en a gardé à mes yeux un petit potentiel sympathique, suffisamment en tout cas pour jeter un œil à ce RIEN À PERDRE. (Attention, les amateurs de VOST ne maîtrisant pas la langue de Shakespeare noteront bien que le DVD disponible ne comporte pas de sous-titres français.)
Bon, le film montre d’emblée ses limites et son appartenance à la comédie américaine classico-classique, basée sur un sujet pas très original mais assez entraînant – Tim Robbins est braqué dans sa voiture alors qu’il vient de découvrir que sa femme le trompe, il pète les plombs et c’est lui qui kidnappe son agresseur, Martin Lawrence. Le riche blanc et le pauvre noir vont peu à peu s’entendre dans un projet de cambriolage du bureau du patron de Tim Robbins. Vous l’aurez compris, les acteurs sont une fois de plus le moteur du projet, le scénario ne brillera pas par son originalité, la mise en scène va s’installer dans un confort esthétiquement neutre et sans réel intérêt, tout juste soutenu par un rythme enlevé.
Le résultat est inégal. D’un côté, on peut apprécier la façon dont Oedekerk torpille et distord les clichés raciaux sur lesquels son film semblait au départ devoir s’engager sur un mode plus conformiste, et, il faut l’avouer, il met parfois dans le mille. Son film bénéficie en outre d’une violence sous-jacente qui n’est pas sans évoquer parfois, sur un mode mineur, le ton d’ARIZONA JUNIOR des frères Coen, et développe, en plus de quelques séquences très réussies (dont un braquage maladroit évalué par la victime elle-même), l’idée bizarre de faire se croiser le chemin du duo avec celui de deux malfaiteurs de même profil, un grand blanc et un petit noir. D’un autre côté, en plus de la fadeur de sa mise en scène, le film souffre régulièrement de fautes de goût (bande son parfois pénible) et, incontournablement (mais ça ne devrait plus être le cas), d’une morale bien formatée, bien conformiste, dans sa dernière ligne droite, ce dont on se serait bien passé. Vaut-il le détour ? C’est à vous de voir, mais je souligne que la brève apparition de Steve Oedekerk en gardien de nuit est un des passages les plus drôles du film, et qu’elle mérite bien un petit coup d’œil distrait, même si, manifestement, le réalisateur est capable de faire beaucoup mieux.
 
S comme… SUSAN A UN PLAN, de John Landis (USA, 1998)
Existe-t-il un cinéaste plus inégal que John Landis sur cette planète ? A-t-il du talent ? Comment ça, on s’en fout ? Je me souviens pour ma part d’une critique du film INNOCENT BLOOD par les Cahiers du Cinéma, surestimant et sur-interprétant en partie ce film bancal dont le versant « de guingois » était l’aspect le plus attachant. Reste que, même si sa mise en scène me laisse sceptique à peu près une fois sur deux, je prends toujours un certain plaisir à regarder ses films – tout particulièrement LE LOUP-GAROU DE LONDRES (que je préfère d’un poil au HURLEMENTS de Joe Dante, puisqu’il semble y avoir là deux écoles, voilà ma position !) et UN FAUTEUIL POUR DEUX, porté il est vrai par la performance de Jamie Lee Curtis. J’aimerais revoir un de ces quatre BLUES BROTHERS, même si c’est sa suite (que je n’ai jamais vue) qui se profile à l’horizon lointain de l’Abécédaire – je n’en attends strictement rien, ce qui est encore le meilleur moyen d’être agréablement surpris.
Bon point pour l’éditeur Action et Communication, capable du meilleur comme du pire, et qui fournit ici une belle copie en VOST, c’est toujours ça de pris. Le film est une sorte de comédie policière construite autour du personnage de Susan (excellente Nastassja Kinski), organisant le meurtre de son ex-mari pour toucher le pactole, et se distingue très vite par un mélange assez percutant d’érotisme et de violence d’une belle absence de retenue. Le film est très bien photographié par Ken Kelsch (collaborateur régulier d’Abel Ferrara) et bénéficie d’un fort joli casting aux choix improbables mais efficaces – Adrian Paul en ex-mari, Lara Flynn Boyle en idiote congénitale, ou encore Dan Aykroyd en tueur à gages incontrôlable.
Moins inoffensif que la plupart des comédies de John Landis, SUSAN A UN PLAN est une vraie comédie noire, à l’humour acerbe et parfois très cruel. On y retrouve sans surprise le manque de maîtrise de Landis, qui ose un rythme un peu fou et de très fréquentes ruptures de ton, particulièrement abruptes (recyclant d’ailleurs de façon inattendue et très spectaculaire les rêves de morts-vivants du LOUP-GAROU DE LONDRES) ; des séquences anodines peuvent subitement dégénérer dans des éclats de violence ou des excès de bizarrerie qui font toute la saveur du métrage, constamment dynamisé, voire dynamité, ce qui le rend parfois très déstabilisant ; elles font aussi toutes ses limites, la fin abrupte, notamment, soulignant douloureusement les défauts de structure d’un film à la fois audacieux et peu maîtrisé. Un ratage passionnant ? Je ne sais pas… Je suis personnellement si fatigué par l’avalanche de scripts à tiroirs qui affichent leur complexité en étendard, tout en ne prenant pas le moindre risque dans leur gestion du montage ou de la narration, que ce n’importe quoi désarçonnant et profondément instable en finit par avoir d’autant plus de charme à mes yeux.
 
T comme… TO BE OR NOT TO BE, d’Ernst Lubitsch (USA, 1942)
Lubitsch ! Je connais peu son cinéma; je n’avais vu avant TO BE OR NOT TO BE que le film LA HUITIÈME FEMME DE BARBE BLEUE, et au risque de faire hurler les puristes, je n’y avais pas trouvé grand intérêt, n’y voyant qu’un aimable vaudeville badin, un rien désuet et plutôt terne – et n’y voyez pas une allergie de principe aux comédies américaines des années 30/40, puisqu’à l’époque, j’avais adoré L’IMPOSSIBLE MONSIEUR BÉBÉ de Howard Hawks. Difficile d’enchaîner sur une nouvelle expérience avec un cinéaste m’ayant fait si piètre impression, mais il en faut toujours plus pour me décourager.
Et c’est une bonne chose car, sans pour autant me faire grimper aux rideaux, TO BE OR NOT TO BE m’a pour le coup paru très réussi et vraiment drôle. Tourné en 1941, cette comédie se déroulant à Varsovie sous l’occupation nazie a dû attendre quelques mois que les Etats-Unis rentrent dans le conflit pour être distribué, suite à la polémique du DICTATEUR de Charlie Chaplin, suivant l’idée encore aujourd’hui très ancrée selon laquelle il existe une ligne éthique séparant ce dont on peut rire et ce dont on se doit de parler avec la plus austère des commisérations – car faire de l’humour, c’est forcément se moquer, bien entendu. Ce qui n’a pas empêché le film d’être (et d’être encore) critiqué par certains pour sa légèreté. Cette controverse a bien vieilli, le film n’étant corrosif (et il l’est) que dans le cadre d’une production hollywoodienne, et dans un contexte où les Etats-Unis ignoraient en grande partie la réalité de la situation en Europe. À l’écran, l’occupant nazi est tourné en dérision dans des séquences parfois hilarantes (l’enfant et le jouet tank), mais la menace reste conventionnelle et peu percutante – quelques ruines, des arrestations, des officiers nazis quasi clownesques.
Ce qui n’empêche pas le film de traiter avec une belle vivacité et une certaine intelligence son intrigue d’espionnage, et bien sûr le cœur de son sujet, l’implication d’une troupe de comédiens célèbres tentant de neutraliser un espion. Et c’est là que le film trouve ses plus belles qualités, dans cette balance humoristique entre les enjeux dramatiques et l’ego surdimensionné des acteurs, toujours sur le point de les mettre en péril. Le film démarre sur les chapeaux de roue, et fait preuve d'une véritable énergie burlesque de sa première partie (qui frôle presque le style de Tex Avery, avec sa voix-off fiévreuse et son montage très nerveux), même s’il connaît parfois quelques tassements par la suite (je n’accroche pas beaucoup aux apartés vaudevillesques autour de la liaison entre Carole Lombard – morte dans un accident d’avion à la fin du tournage – et Robert Stack). C’est une excellente comédie, ce qui me réconcilie avec Lubitsch, sur lequel je reviendrai à l’occasion.
 
U comme… THE UNBORN, de Rodman Flender (USA, 1991)
Réputé pour la qualité effective de ses mises en scène et pour le flair dont il a toujours fait preuve pour dénicher de nouveaux talents, Roger Corman producteur aura accessoirement fait œuvre de recyclage intensif, en alignant les plagiats oscillant entre la série B estimable (PIRANHAS) et le navet plaisant (RAPTOR).
Avec THE UNBORN, on retrouve un démarcage tardif de l’intéressante série LE MONSTRE EST VIVANT de Larry Cohen, à ceci près que la mutation des bébés n’est plus le fruit de la pollution mais de manipulations génétiques. Pour le reste, les enjeux et la structure du récit sont sensiblement identiques, ce qui n’empêche pas le film de fonctionner correctement et de développer par moments un réel malaise, renforcé par quelques idées assez dérangeantes – femme enceinte paniquée se poignardant le ventre, bébé avorté clandestinement qui retrouve le chemin de la maison familiale après avoir été jeté dans une poubelle.
Si le film n’a pas la finesse d’écriture des films de Larry Cohen, il n’en est pas moins assez inventif, glissant ça et là des idées surprenantes (les incubateurs du scientifique dirigeant la clinique permettraient à l’humanité de se passer des femmes !), et sa mise en scène, plus frontale et parfois très graphique, est souvent plus percutante, le film bénéficiant d’une réalisation soignée et parfois inspirée, ce qu’annonce un très beau générique d’ouverture ; il est d’ailleurs dommage que le film ne soit disponible qu’en VF, d’autant plus que le doublage, pas fameux, gâche totalement le travail sur le son d’une séquence en particulier (celle de l’écoute d’une cassette audio). Autre atout majeur, la présence dans le rôle principal de Brooke Adams (DEAD ZONE, GAS FOOD LODGING), excellente comédienne, qui se fait rare hélas, et qui devait d’ailleurs mettre en scène la suite de THE UNBORN (THE UNBORN II ou NÉ POUR TUER selon les éditions, toutes en VF, suite elle-même très malsaine mais plus maladroite dans ses effets, et d’un comique pas toujours volontaire), avant de se fâcher avec Roger Corman, qui ne voulait pas faire le même film qu’elle. Bref, sans faire dans la dentelle, THE UNBORN est une bonne série B, avec de très bons moments (ah ! la séquence érotique dans le rocking-chair !), c’est un film pas trop idiot, très sombre et franchement agréable.
 
V comme… 28 JOURS, EN SURSIS, de Betty Thomas (USA, 2000)
Je sais, je sais, c’est un peu mon péché mignon, j’ai cette tendance à toujours faire un crochet pour jeter un œil sur les films de Sandra Bullock, ce qui, soyons honnêtes, ne m’arrive tout de même pas trop souvent, et je l’assume parfaitement, d’autant plus que ce penchant n’est pas totalement aveugle. C’est quand même bien ce qui m’a amené à visionner ce 28 JOURS, EN SURSIS qu’il ne faudrait pas confondre avec l’excellent 28 JOURS PLUS TARD de Danny Boyle, l’un comme l’autre n’ayant du reste strictement rien à voir avec le cycle menstruel.
Et il faut vraiment avoir une certaine indulgence envers Sandra pour se plonger dans cette comédie dramatique au sujet redoutable et au traitement à l’avenant. Le sujet se pose là : Sandra joue une jeune femme que son alcoolisme contraint à passer un mois en centre de désintoxication. Dans le cadre d’une bonne grosse série A avec casting trois étoiles (dont Viggo Mortensen en alcoolique secrètement épris du sitcom « Santa Cruz »), ce genre de films donne rarement de bons résultats, façon polie de dire qu’on est en général confronté à une infecte flaque de sentimentalisme moralisateur en diable. Et sans surprises, 28 JOURS, EN SURSIS est un film infect. L’équilibre entre la comédie et le drame, qui peut donner des merveilles lorsqu’un scénariste de talent se joue des transitions et de la co-habitation des deux tonalités (voir l’extraordinaire LA GARÇONNIÈRE de Billy Wilder), est bizarrement maltraité dans la plupart des cas par une alternance foncièrement mécanique où les scènes de comédie (ici une pièce de théâtre organisée par Sandra pour fêter le départ d’un autre pensionnaire) s’ensuivent de soudains psychodrames (suicide de sa compagne de chambrée), avec l’impression d’entendre littéralement le déclic scénaristique du basculement on/off – impensable en effet de faire rire de choses graves, ou de distiller de la mélancolie dans un épisode fantasque, c’est soit l’un, soit l’autre, « comme dans la vie » voudrait nous faire gober Betty Thomas : des fois c’est drôle, des fois c’est triste.
Et si les passages de comédie peuvent parfois fonctionner aimablement (surtout si l’on fait preuve, comme c’est mon cas, d’une certaine indulgence pour l’actrice principale), les séquences dramatiques sont d’une lourdeur démonstrative tout simplement écœurante, dont l’hypocrisie finit largement par l’emporter sur la tonalité de la dernière demi-heure. La réalisatrice s’essaie à entrecouper son récit de scènes où les membres de la communauté (le mot finit par être lâché) témoignent face caméra de leur souffrance et de leurs difficultés ; ça, c’est le Message, les sacs à vin vont s’identifier et les sobres vont compatir comme des bêtes. Ben voyons. Face à une vision aussi imbécile de l’alcoolisme (qui suscite des comportements très rigolos mais socialement inconvenants), on grince déjà pas mal des dents, mais la confiserie qui va suivre finit vraiment par donner l’envie de vider une bouteille. Belle illustration du manque d’honnêteté du projet, alors que la sirupeuse chanson « Lean on me », sorte d’hymne du centre de désintoxication, est épinglée par le personnage de Sandra B. comme un torrent de niaiserie mortifère, c’est pourtant bien celle qui sera choisie par la cinéaste pour accompagner le générique de fin, interprétée qui plus est par le sémillant Tom Jones, dont la capacité naturelle à transformer ce qu’il touche en sommet de vulgarité peut ulcérer (Dr Devo) ou réjouir (moi-même, sous mon jour le plus pervers). Mais avec un pareil amas de poncifs antipathiques, je jette l’éponge, j’ai mes limites, merci !
 
W comme… WALKER TEXAS RANGER, de Virgil W. Vogel (USA, 1993)
Histoire de finir cette sélection dans le désastre le plus complet, je vous propose cet épisode spécial de la redoutable série de Chuck Norris, offerte sur un plateau par l’éditeur Prism Leisure, qui a bien failli être absent de cette sélection et se fait appeler ici « Supra Vision ». « La justice, c’est lui ! », nous annonce fièrement la jaquette, avant de nous révéler la nature des ennemis auxquels le ranger Walker va être confronté : « Cruels, sur-équipés, ne reculant devant rien et surtout pas la violence, ils ont projeté des actions aussi explosives que meurtrières ! » Alléchant, non ? En réalité, le récit oppose notre héros à une bande de braqueurs de banques utilisant des cendriers en forme de mouches qui explosent à point nommé ; mais le ranger Walker est si formidable qu’il trouve tout de même le temps, entre deux règlements de comptes, de participer à des rodéos caritatifs pour venir en aide aux enfants sans abris. Quel homme, quand même…
Comme ce téléfilm est en fait le pilote de la première saison, on a droit à la mise en place de cet univers d'une richesse mesurable qui doit certainement satisfaire les fidèles de la série TV, s’il en existe : ainsi, le fidèle adjoint de Walker est assassiné, ce qui nous vaut de la part de Chuck Norris un regard-caméra empli de douleur, témoignage graphique de sa grande consternation ; il va donc falloir lui en trouver un nouveau, ce qui sera chose faite bien avant le générique de fin. Par ailleurs, on apprend d'emblée quelques informations précieuses (si, si) sur le passé du ranger, via le personnage du chef indien qui l’a élevé après la mort de ses parents : par exemple un flash back sur la mort des dits parents, qui crée un soudain parallèle avec le personnage de Batman, quel bonheur.
C’est amusant, me diriez-vous, mais ça l’est nettement moins lorsque l’on passe 90 longues minutes devant… Réalisé par un membre de la confrérie des plans basculés, le film se traîne dans un démarcage soporifique de western, et le temps passe lentement. Jusqu’à la fin du film, on se surprend à contempler les reflets sur l’écran, à penser à la liste des courses, et seule la VF vient relever l’intérêt de temps à autres, par ses élans de sagesse (« Leur devise, c’est : Une émeute Un ranger ? Je dirais plutôt : Un souvenir du Texas, Un ranger ! ») et par sa syntaxe très personnelle (« Maintenant, assez rigolé : on va voir à la vitesse où tu vas dégager ! »). Bref, encore une expérience de la durée pure.
[Partenaires... Photo du film TOP DOG, qui me fait très envie.]
 
Et c’est sur ces deux piètres métrages que s’achève mollement la seconde partie d’une sélection dominée sans surprise par INNOCENCE. À l’exception notable du très beau CHÂTEAU DANS LE CIEL, rien de véritablement incontournable pour cette fois-ci, même si le cinéphile curieux peut aller revoir ses classiques anciens (Lubitsch) ou récents (Campion) sans trop perdre son temps, découvrir un John Landis moyen mais bizarre ou se rincer l’œil avec l’estimable LE PORNOGRAPHE. Rayon Z, avec peut-être LES NOUVEAUX BARBARES, seule LA FURIE DES VAMPIRES me semble valoir la séance, et j’en profite d’ailleurs pour signaler la parution récente en DVD d’une copie du film en VOST qui ne peut pas faire de mal. Et la suite, bordel ! Elle est en cours de rédaction : à bientôt !
 
Le Marquis
 
INNOCENCE
LE CHÂTEAU DANS LE CIEL
TO BE OR NOT TO BE
LA LEÇON DE PIANO
LE PORNOGRAPHE
SUSAN A UN PLAN
À LA POURSUITE DU DIAMANT VERT
THE UNBORN
ET LA TENDRESSE ? BORDEL !…
RIEN À PERDRE
LES NOUVEAUX BARBARES
KNIGHTS
LA FURIE DES VAMPIRES
28 JOURS, EN SURSIS
Dr JEKYLL ET Mr HYDE
HALLOWEEN 5
MAD JAKE
JEUX PERVERS
LE GRAND TOURNOI
LA BELLE AU BOIS DORMANT
WALKER, TEXAS RANGER
 
Bande annonce de l’épisode 10 : conséquences d’une contrefaçon monétaire, hard-rockeuses dans une cage électrifiée, un meurtrier à la rescousse de l’humanité, un tigre dans un couvent de junkies, un inceste sadique, un môme américain abducté, un môme tibétain kidnappé, un amnésique SDF, une succube sévissant exclusivement chez les afro-américains, un flic fasciste du futur, un tueur à gages en pleine rédemption, un triangle amoureux et encore incestueux, décidément, un dresseur de chiens, une walkyrie musculeuse, l’être le plus ignoble du monde, des vampires câblés qui jouent à Matrix, une adorable grand-mère qui tricote de la chair humaine, un duo comique à la caserne, un tank incontrôlable, une femme sauvage avec des serpents en guise de cheveux.
 
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[Photo : d'après INNOCENCE, qu'il vous faut avoir vu. Le Marquis]

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Mercredi 30 août 2006 3 30 /08 /2006 16:44

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(Photos : "La saloperie des fabriques" par le Marquis, d'après INNOCENCE)

L’été se poursuit tranquillement, et avec lui les projections domestiques, dont la plupart seront traitées dans un prochain Abécédaire, donc : shhh ! En complément de programme, le rendez-vous hebdomadaire avec les aventuriers de Koh-Lanta, incontournable rituel et occasion de réceptions mondaines à la réputation grandissante, spectacle de gladiateurs modernes admirablement couvert par les articles indispensables du Shériff. Parmi les invités, Tchoulkatourine en vacances dans mes contrées se présente régulièrement à ma porte pour venir combler quelques lacunes, l’occasion pour moi de faire des pauses dans le défrichage alphabético-cinématographique et de revoir des films comme SOCIETY, CE JOUR-LÀ, FOG, DARKLY NOON ou encore les classiques de Lucio Fulci. Un épisode embarrassant toutefois : passionné par Eric Rohmer, Tchoulkatourine m’a prêté le film CONTE D’ÉTÉ, et il m’a ensuite fallu en passer par ce moment toujours pénible où il s’agit de dire en termes aussi délicats que possible tout le manque d’intérêt et le déplaisir que j’ai pris à voir un film qui enchante mon interlocuteur. C’est toujours difficile de voir l’ombre d’une petite déception fugace voiler le regard de celui qui cherchait à faire partager son enthousiasme, mais rien n’y fait : le film m’a paru insipide et visuellement sans aucun intérêt dans son pseudo-naturalisme parfois très mal cadré (séquence de la partie de volley-ball) où les figurants dévisagent la caméra avec l’air de se demander ce qu’elle fout là, ce qui est manifestement intentionnel – non pas le comportement des passants mais la volonté de Rohmer de conserver ces artefacts dans son montage – mais ne m’en paraît pas moins terne et superficiel. J’étais pourtant disposer à faire de vaillants efforts pour entrer dans cet univers où les adolescents s’expriment comme des personnes âgées, mais la longueur excessive, adjointe à une esthétique à mes yeux très pauvre, s’est mal mariée à des enjeux de film de plage (Gaspard va-t-il aller à Ouessant avec Margot, Solenne ou Léna ? Suspense !) dont la vacuité assumée m’a assommé. Choses qui arrivent, et même à moi parfois – mon amour immodéré pour la série « Corky, un adolescent pas comme les autres » en laisse d’ailleurs plus d’un perplexe. J’ai pourtant du mal à croire que la situation puisse se présenter avec le film qui clôt cette première partie de l’épisode 9, certainement le meilleur film visionné cette année. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, et commençons par le commencement avec un film en A comme…
 
À LA POURSUITE DU DIAMANT VERT, de Robert Zemeckis (USA / Mexique, 1984)
L’épisode 9 s’ouvre donc sur un petit élan de nostalgie – petit car le film de Zemeckis n’est tout de même pas formidable, mais il est toujours bon de revenir sur de petits classiques des années 80 pour voir comment ils ont vieilli, et nous aussi (putain, c’est beau). Conçu dans la foulée du succès de la série des INDIANA JONES qui a remis au goût du jour les aventures exotiques, ROMANCING THE STONE (titre anglais plus joli et au sens double, qui aurait aussi été plus court si je ne m’étais pas engouffré dans cette parenthèse) nous présente donc les déboires de Kathleen Turner (épatante), romancière à succès spécialisée dans les romans à l’eau de rose de type Harlequin – le film s’ouvre d’ailleurs sur la conclusion du livre dont elle est en train d’achever la rédaction, belle parodie d’un Harlequin collection Western, conclusion dont elle est la première émue puisqu’elle est elle-même en larmes en tapant le mot Fin (comme dirait Snoopy, c’est si gratifiant quand on sait que c’est bon). Le film enchaîne sur une autre parodie, celle d’une pub pour Sheba, la reine de la romance étant une vieille fille avec un chat pour seule compagnie. Lorsqu’elle apprend que sa sœur a été enlevée en Amérique du Sud, elle décide de voler à son secours, et va rencontrer en chemin un rustre aventurier, Michael Douglas, également producteur du film, et qui forme avec elle un premier duo avant le délicieux LA GUERRE DES ROSE (sans s à rose, c’est la famille Rose, par leur parterre de fleurs, ce que certains programmes TV semblent avoir du mal à ingérer) – il faudrait plutôt parler de trio, puisque Danny DeVito complète le casting en petit malfrat lancé lui aussi dans la quête du diamant vert en question.
S’il ne vaut pas, loin s’en faut, le film de Danny Devito, ROMANCING THE STONE est par contre bien meilleur qu’un récent et filandreux SAHARA : la mise en scène de Zemeckis n’excède jamais le niveau d’une efficacité de bonne facture, sans plus, mais le film est très bien photographié par Dean Cundey, et l’énergie des acteurs contribue pour beaucoup à donner son charme à un film sympathique, déjà un peu rétro et assez attachant, ce que ne sera pas sa suite décevante réalisée par Lewis Teague, LE DIAMANT DU NIL.
 
B comme… LA BELLE AU BOIS DORMANT, de David Irving (USA / Israël, 1986)
Après la découverte du délicieusement ringard LE PETIT CHAPERON ROUGE, produit dans le cadre des « Cannon Movie Tales », série d’adaptations fauchées tournée en Israël, difficile de ne pas résister à l’envie de s’en servir une seconde tranche, même si, bien qu’il soit toujours mal foutu et assez amusant au 36e degré, cet opus est un peu plus laborieux.
On retrouve donc le récit de la princesse endormie, interprétée par Tahnee Welch, très maladroitement prolongé de sous-intrigues de façon à tenir sur la durée d’un long-métrage. Par exemple en développant le personnage d’un lutin interprété par le nain Kenny Baker, qui joue les utilités grotesques, notamment dans cette séquence où il réunit les ingrédients permettant à la Reine de devenir féconde en enfilant les bottes de Sept Lieues, l’effet spécial nous renvoyant aux heures glorieuses de « Papivole », pour ceux qui s’en souviennent.
Il est très souvent difficile de rendre justice aux contes en les portant à l’écran, ce qui est d’autant plus flagrant avec un tel film de patronage, d’une laideur compulsive. Les matte-paintings semblent avoir été découpés dans des boîtes de chocolats suisses, les séquences musicales, bien plus statiques que dans LE PETIT CHAPERON ROUGE, supportent d’autant plus mal la nullité des compositions (les trompettes Bontempi annonçant la venue du Roi font irrésistiblement penser à un sketch des Robins des Bois) ; ceci dit, les séquences chantées interprétées par Tahnee Welch valent leur pesant de cacahuètes, l’actrice chantant atrocement faux. Au rayon bande-son, les chansons traduites dans la version française sont aussi lamentables que celles du CHAPERON, mais je recommande plus particulièrement de jeter une oreille sur la version allemande, totalement surréaliste : une voix off sortie de nulle part prenant parfois le relais de séquences non doublées, ce qui ne serait pas si ahurissant si le narrateur germanique n’était pas perpétuellement hilare. Mais si l’envie vous prend de sourire de maladresses chroniques, je vous recommande plutôt le CHAPERON ROUGE ; de mon côté, je jetterai un œil prochainement sur un autre film de la collection, à l’occasion (seulement si moins de deux euros l’occasion, ceci dit).
 
C comme… LE CHÂTEAU DANS LE CIEL, de Hayao Miyazaki (Japon, 1986)
Ce n’est pas un fait-exprès puisque le film a été visionné début juin, les choses sont juste bien faites, comme dirait Pangloss (attention les yeux, référence littéraire Madame) : alors que certains lecteurs, que je salue, réclamaient à corps et à cris de l’animation, voilà que se présente l’occasion d’aborder un film du talentueux Miyazaki, dont il avait été question il y a quelques mois lors de la sortie de son CHÂTEAU AMBULANT. Quelques dents auront grincé à l’annonce du rachat des droits de distribution des films par Walt Disney, accusant notamment la firme de n’avoir racheté les droits de PRINCESSE MONONOKE que pour en empêcher la sortie (qui s’est effectivement faite attendre), mais il faut bien avouer que depuis, les films du cinéaste sont correctement distribués en salles et en vidéo, sans être remontés ou dénaturés de quelque façon que ce soit, et sans altérer l’intégrité du bonhomme. Les quelques scories de ce contrat ont finalement peu d’importance, surtout lorsqu’on découvre les films en VO sans avoir besoin de se farcir les versions anglaises alignant les vedettes au micro – elles semblent soignées, mais les traductions sont parfois trop remaniées, notamment lorsque des dialogues sont sur-ajoutés dès qu’un personnage tourne le dos, histoire de rentabiliser la présence des stars au doublage (il en reste des traces dans les sous-titres français, traduisant des répliques inexistantes dans la version japonaise). Il est d’ailleurs assez comique (et un rien irritant) de regarder les bonus des DVD (comme souvent d’un intérêt frôlant le néant absolu), le plus souvent focalisés sur la participation prestigieuse des Mark Hamill, Anna Paquin, James Van Der Beek et autres Gillian Anderson, sacralisés au point que le responsable du doublage américain est crédité comme co-scénariste sur le site Imdb, ce qui est gentiment ridicule. Passons.
Librement inspiré de Swift, à qui l’on doit le concept de Laputa, ici revisité avec originalité, LE CHÂTEAU DANS LE CIEL, réalisé en 1986, n’a visuellement pas pris une ride : malgré sa densité et sa longueur (près de deux heures), le film ne parvient jamais à épuiser son inspiration, autant dans un récit enlevé qui, après une introduction à la fois spectaculaire et mystérieuse, fait preuve de vivacité et d’humour avant d’aborder des tonalités plus sombres et plus méditatives dans sa superbe dernière partie, que dans sa richesse picturale, fortement influencée par des références occidentales – Swift bien sûr, mais on y trouve aussi du Jules Verne poétisé (dont certaines trouvailles seront prolongées par l’étonnant STEAM BOY de Katsuhiro Otomo) et des allusions directes au très beau LE ROI ET L’OISEAU de Paul Grimault, notamment dans la conception de personnages portant chapeau melon et de robots auxquels Miyazaki apporte un design assez fascinant, asymétrique et presque organique par certains aspects, apportant à l’héroïne une aide imposante et vaguement inquiétante.
Lorsque les personnages parviennent enfin à poser le pied sur l’île de Laputa, dérivant dans le ciel, le film devient alors passionnant dans son exploration inépuisable de décors d’une richesse, d’une complexité et d’une poésie assez indescriptibles, symbiose utopique de la Nature et de la Technologie, sorte d’Eden paisible au potentiel destructeur qui finira par s’arracher à l’emprise de l’Homme dans une conclusion splendide d’amertume et de mélancolie. C’est assez extraordinaire de voir le Merveilleux abordé avec une telle maturité, et avec une sensibilité qui ne se mêle jamais de sensiblerie, particulièrement dans nos contrées où ce type d’univers prend plus généralement la forme d’une soupe de mièvrerie infantile qui se doit de faire chanter les couleurs, les animaux et le service à thé avant de finir dans la liesse générale – bonjour « la première émotion cinématographique » !
 
D comme… Dr JEKYLL ET Mr HYDE, de Maurice Phillips (Angleterre, 2002)
Très remarqué avec son AMERICAN WAY insolent et très original à la fin des années 80, le cinéaste Maurice Phillips a depuis sombré dans l’anonymat le plus total. Il signe ici une énième adaptation du roman de Stevenson, l’un des plus fréquemment adaptés au cinéma, sous les formes les plus variées – on a parlé sur le site de EDGE OF SANITY de Gérard Kikoïne, mais on pourrait également évoquer le superbe Dr JEKYLL AND SISTER HYDE de Roy Ward Baker ou le mitigé MARY REILLY de Stephen Frears, pour ne mentionner que certaines des adaptations ayant tenté, avec plus ou moins de succès, de se démarquer de la ligne droite du roman original.
Maurice Phillips, pour sa part, propose une adaptation relativement fidèle, toute en reconstitution d’époque à grands renforts de décors et de costumes, approche dont on peut légitimement se demander quel en est l’intérêt aujourd’hui. Dans la mesure où la mise en scène de Phillips n’est pas très brillante, on peut d’emblée répondre que l’intérêt est quasi nul, surtout si c’est pour voir le rôle principal confié à un John Hannah peu convaincant abordant le double rôle sans maquillages, par la seule force de son sur-jeu en roue libre. Ralentis pesants, cadrages discutables, photographie assez laide et black-out peu subtils lors des changements de personnalité, le film semble par moments s’efforcer de proposer des trouvailles visuelles, mais les moyens et les talents sont visiblement limités, et le film, qui n’a pour originalité qu’une vague ébauche d’auto-sexualité tout juste suggérée, en s’engouffrant bille en tête sur un versant hyper classique, échoue totalement à trouver sa propre personnalité, et est à ranger sur la pile des adaptations de fonctionnaires, suprêmement inutiles.
 
E comme… ET LA TENDRESSE ? BORDEL !…, de Patrick Schulmann (France, 1979)
Tiens, voilà bien un genre que je n’aborde que très rarement, et en général avec la plus grande méfiance : la comédie à la française. La grande laideur du terme « franchouillard » semble devoir très souvent s’appliquer à merveille aux « grands classiques » du rire dans notre beau pays, dont certains me font me sentir bien seul lorsque j’ai l’impression d’être le seul sur la planète à trouver ça bête, laid et résolument pas drôle – grands moments de solitude devant LES BRONZÉS FONT DU SKI, LES VISITEURS, LE DÎNER DE CONS et autres ABSOLUMENT FABULEUX, qui me font soigneusement éviter des films comme BRICE DE NICE. Je suppose que je suis plutôt sensible à un humour plus sophistiqué qu’à de la gaudriole jouée avec les pieds (puisque même LE DÎNER DE CONS, moins pachydermique que les autres titres mentionnés, et dont on m’avait vanté la subtilité et le ton amer, m’a paru téléphoné, constamment prévisible et visuellement indigent de A à Z), et je prends bien davantage de plaisir devant un Blier ou un Ruiz (CE JOUR-LÀ me fait beaucoup rire, et sa réalisation est extraordinaire). C’est comme ça, question d’affinités je suppose, n’en dégoûte pas les autres comme dirait ma grand-mère – et j’essaie, j’essaie, même si me retrouver consterné au milieu d’une salle hilare devant le sinistre ABSOLUMENT FABULEUX relève pour moi d’une véritable séance de torture.
Si j’aborde ici le film de Patrick Schulmann, c’est parce que je ne suis pas aussi borné que je peux en donner l’air, et surtout parce qu’ayant vu le film dans les années 80, j’ai eu envie d’y revenir, à cause du souvenir flou et bizarre qu’il m’avait laissé. Évacuons tout de suite les eaux sales pour pouvoir ensuite en dire quelques mots tranquillement : la mise en scène est dans l’ensemble plutôt médiocre, l’écriture est très décousue et, sur un plan technique, sans mentionner la photographie extrêmement fade, la prise de son m’a souvent semblé presque relever de l’amateurisme. Bon, ça, c’est fait.
Pour le reste, ma foi, le film n’est pas si mal. J’apprécie tout particulièrement l’humour très décalé, et parfois assez surréaliste, d’un film où la monnaie d’échange est constituée de trombones et de billets de métro, où l’on croise avec détachement des nonnes enceintes. Si le récit me paraît décousu, c’est parce que Schulmann ose un récit totalement éclaté, portrait de trois couples (romantiques, tendres et phallocrates) complété par des saynètes détachées de tout contexte, et même par quelques fausses publicités parodiques, et par de timides tentatives de montage qui donnent parfois de bons résultats (notamment la séquence d’ouverture, percutante). Il s’y perd régulièrement, mais le film s’enrichit énormément de son goût prononcé pour le non-sens, l’absurdité, mais aussi par ce que son sous-texte peut avoir d’assez pessimiste (personnage de la femme internée après avoir sectionné le sexe de son compagnon). L’interprétation, à quelques maladresses près, est correcte – Bernard Giraudeau est assez bon, et Jean-Luc Bideau, dont le personnage s’exprime presque exclusivement en rimes, est excellent. Quelques plans saugrenus (un sexe animé image par image) et plusieurs situations assez cocasses (le chat Clitoris) sont même franchement drôles. Rien de renversant, et le film est tout de même un peu long, mais dans l’ensemble, c’est assez honorable et attachant, et ça a du caractère, ce qui, dans le contexte, est déjà énorme à mes yeux.
 
F comme… LA FURIE DES VAMPIRES, de Leon Klimowsky (Espagne / Allemagne, 1971)
LA FURIE DES VAMPIRES est le quatrième film de la série des films consacrés aux mésaventures du loup-garou espagnol Waldemar Daninsky interprété par Paul Naschy, et c’est, en ce qui me concerne, le second film de l’acteur que j’ai l’occasion de voir après un mal nommé L’EMPREINTE DE DRACULA (puisqu’il n’y avait ni Dracula, ni même de vampires), un film pas très fameux du reste, mais il en faut plus pour me décourager ! Je précise en passant que la copie est assez belle, mais que le film est en VF, l’exception d’une frustrante séquence réintégrée en VOST.
Waldemar Daninsky est mort en ce début de FURIE DES VAMPIRES, mais n’allez pas croire que cet état va le préserver des nouvelles misères qui le guettent : les médecins qui l’autopsient ont la bonne idée de retirer les balles d’argent de son corps, ce qui suffit pour le ramener à la vie. Le loup-garou, qui bave à profusion, c’est un bonheur, s’enfuit et va tranquillement trucider une jeune fille dans la forêt avoisinante. Après cette ouverture inscrivant le film dans une vulgarité tapageuse très typée 70’s – et plutôt réjouissante, j’avoue, le film se poursuit sur un mode plus vif et plus démonstratif que le précédent. Nous suivons les pas d’une jeune femme passionnée d’occultisme lancée, dans le cadre de ses études, dans la recherche, non pas d’un diamant vert ou de la sœur de Kathleen Turner, mais de la tombe de la terrible Comtesse Wandesa Darvula De Nadesky (avec un nom pareil, elle ne peut qu’être terrible). Un flash-back, initié par le premier fondu au kaléidoscope de ma vie de spectateur (c’est très joli, et d’un goût sûr), nous apprend tout ce qu’il faut savoir de cette Comtesse vampire dont la tombe, comme c’est pratique, est dissimulée non loin de la petite villa où notre bon vieux Waldemar, pas si méchant que ça au fond, tente de s’isoler du monde. Lorsqu’il rencontre notre douce étudiante, il tombe très amoureux d’elle. Or, seul l’amour d’une femme peut le délivrer de sa malédiction – ça et un poignard en argent planté dans le cœur, bien entendu.
Recyclant les thématiques et, très maladroitement, l’esthétique des films de la Hammer, LA FURIE DES VAMPIRES ne peut pourtant en aucun cas se rapprocher de la maîtrise d’un Mario Bava. Malgré quelques efforts dans la direction artistique, le film accuse ses nombreuses maladresses et son style très daté, qui évoque d’ailleurs parfois (dans des scènes tournées dans un ralenti hilarant) celui d’Amando de Ossorio et de sa série des Templiers morts-vivants. Ceci dit, les nombreux défauts du film le rendent davantage bancal et donc attachant que L’EMPREINTE DE DRACULA. Actrices nulles mais exhibant leur poitrine à la demande, scénario truffé d’idioties, dialogues calamiteux (ma réplique préférée : « Il n’y a pas de poste dans notre petit village, mais nous avons une jolie boucherie et un cimetière très tranquille, j’y vais chaque dimanche ! » - quoique, « Elvire, fais attention, ton âme de terre neuve pourrait te mettre dans une situation bien trop grave… » ne soit pas mal non plus). Petit faible par ailleurs pour un plan où l’héroïne est successivement effrayée par une araignée, une poupée pendue et par la main de Paul Naschy posée sur son épaule (« Ha !… Ho !… Ha !… »). Somme toute, cet opus très bis se regarde agréablement, pour sa maladroite volonté de bien faire et de faire comme, pour ses faux pas amusants et son petit charme désuet.
 
G comme… LE GRAND TOURNOI, de Jean-Claude Van Damme (USA, 1996)
Alors là, attention, on ne rigole pas. Un Van Damme, c’est toujours quelque chose, et je n’enfoncerai pas le clou dans le registre philosophe orateur de l’acteur bilingual (d’après ses propres termes), d’autres le feront mieux que moi, et plus souvent. Je peux juste recommander à l’amateur de surréalisme de se procurer REPLICANT (film à mes yeux très surestimé) et de se passer le film avec son commentaire audio, prodigieux, d’un certain point de vue. Mais là, on parle de THE QUEST, et donc des débuts de Jean-Claude dans une carrière de metteur en scène à laquelle il semble ne pas avoir donné suite.
Calmons tout de suite les enthousiasmes, si vous voulez vous payer une petite tranche de rire, allez plutôt la chercher dans LA FURIE DES VAMPIRES, le film étant nettement moins drôle que son auteur-interprète en conférence, et c’est loin d’être une perle, bien qu’il soit produit par Moshe Diamant. Mais tout de même. Le premier plan est fascinant : un acteur entre dans le plan, de dos, et en une fraction de seconde, avant qu’il n’ait fait le moindre mouvement, on sait qu’il s’agit de Jean-Claude grimé en vieillard, comme si l’acteur était foncièrement incapable d’être autre chose que lui-même à l’écran. Provoqué par quelques voyous dans le bar où il allait prendre un verre, le petit vieux leur met une trempe radicale et expéditive. Admiratif, le barman lui demande où il a bien pu apprendre à se battre de cette façon. (voix chevrotante) « Eh bien, voyez-vous, tout ça a commencé au Tibet en 1925… » Visite de décors et de paysages pittoresques amorçant déjà un penchant coupable pour le plan basculé dans une introduction touristique qui devrait enchanter le Dr Devo, dont je vous rappelle tout de même qu’il est bouddhiste suite à un pari malheureux. Des moines tibétains sont envoyés de par le monde pour transmettre aux plus valeureux lutteurs une invitation à un championnat mondial, c’est cela, oui. Jean-Claude est-il invité ? Non, c’est plus compliqué : clown sur échasses survivant à la dure dans le New York de l’époque, notre héros est un homme avec un cœur gros comme ça qui fait tout pour faciliter la vie des enfants vivant à la rue. Mais suite à un larcin malencontreux, le voilà contraint de fuir à bord d’un navire marchand, bientôt attaqué par une bande de pirates menés par le fringuant Roger Moore. Si, j’ai dit qu’il était fringuant, c’est comme ça. Et comme Jean-Claude a un cerveau petit comme ça, il ne se méfie absolument pas lorsque les pirates le vendent comme esclave à de fourbes thaïlandais qui vont lui apprendre leur technique de combat, le Muay Thaï, qui va sûrement finir par lui monter au nez au cours du championnat mondial auquel il va, évidemment, participer.
On le sait, dans le système hollywoodien, la présence d’un metteur en scène peut être tout ce qu’il y a de plus facultatif, le film pouvant potentiellement se faire tout seul en étant simplement encadré par une équipe technique professionnelle (« On filme ce dialogue en plan moyen ou en plan large ? – Pffff… Demande-lui, toi. »). Les quelques images de tournage disponibles sur le DVD nous montrent un Jean-Claude surtout préoccupé par les chorégraphies sur le ring, courant sur le plateau comme un Macauley Culkin sous ecstasy dès que les coups de pied sont au point. Ceci dit, loin de moi l’idée de vouloir lui en contester la paternité, le film souffrant précisément de choix parfois désastreux exécutés au mieux, étrange cocktail d’amateurisme et de professionnalisme notamment flagrant dans le filmage de certains combats, dont l’efficacité martiale est annihilée par un abus de ralentis sur des plans larges, totalement inefficaces. Pour le reste, le film suit un schéma narratif extraordinairement simpliste qui ne sort à aucun moment des poncifs laborieux du film de compétition, au terme de laquelle le film semble d’ailleurs ne plus savoir que faire pour conclure, nous balançant à tout hasard un plan saisissant nous révélant que le vieillard dans le bar n’est autre que Jean-Claude (encore plus fort que le SIXIÈME SENS !), une voix off expéditive nous apprenant que tout s’est bien terminé pour Jean-Claude et que les enfants des rues ne s’en sont pas portés plus mal, pour conclure cérémonieusement sur un plan montrant se refermer un imposant ouvrage relié de cuir intitulé « The Quest », ouvrage que, du reste, nous n’auront jamais vu s’ouvrir au préalable. Très sincèrement, tout ça est assez pénible au bout du compte.
 
H comme… HALLOWEEN 5, de Dominique Othenin-Girard (USA, 1989)
Suite et fin, possiblement provisoire, des aventures de Michael Myers après un dérisoire HALLOWEEN IV, puisque je n’ai encore jamais vu l’épisode 6 (réputé être le pire, ce qui est peut-être bon signe), et qu’il y a sans doute mieux à faire dans l’instant. Quant à HALLOWEEN, 20 ANS APRÈS, vendu par certaine revue spécialisée comme étant le grand retour du tueur en termes de qualité cinématographique, et marqué par celui de Jamie Lee Curtis dans le rôle principal (ce qui m’a contrait à voir le film en salles, expérience douloureuse, Jamie Lee), il tente tout simplement d’ignorer l’existence des HALLOWEEN quatre à six (et celle de la fille de Jamie Lee Curtis donc, jetée avec l’eau du bain comme la dernière des souillons) pour revenir à l’essentiel. Bernique, le film n’est qu’un slasher de plus, piètrement réalisé par un des réalisateurs des premiers VENDREDI 13 après que John Carpenter ait réitéré son « non merci, sans façon ». Malgré sa conclusion radicale, au cours de laquelle Jamie Lee Curtis, seule raison valable d’endurer ce film de couloirs, tranche la tête de son « frère » (que ça m’énerve), les producteurs enchaîneront prestement sur un huitième film : la tête de Michael aurait-elle repoussé ? Non, non, il semblerait, puisque je n’ai pas vu ce dernier épisode, que Michael Myers ait profité de l’accident de l’ambulance pour échanger ses vêtements avec ceux d’un infirmier avant de lui coller son masque sur la figure – oui, c’est assez stupide, je suis bien d’accord, même si le procédé évoque un peu la licence poétique des vieilles série de Frankenstein, Dracula et autres grands monstres classiques des années 30/40, franchises prolongées jusqu’à l’absurde et, bien entendu, la parodie. Quant à Jamie Lee Curtis, elle semble absente de ce dernier Halloween avant le prochain, à moins qu’entre temps, Myers n’ait pu lui faire la peau, ce qui introduirait un nouveau suspense : irait-il alors s’attaquer à son arrière-grand-tante ? À son cousin germain ? À son beau-frère ? À sa nièce par alliance ? Bref.
Revenons à notre H5 (N1 ?), réalisé par le malchanceux Dominique Othenin-Girard, vaguement remarqué grâce à une petite série B assez anodine (DELIVER US FROM EVIL) et disparu depuis dans les limbes télévisuelles suite à la spectaculaire contre-performance du catastrophique (mais hilarant) LA MALEDICTION IV, et débarqué sur ce projet avec plein d’envies iconoclastes prestement tuées dans l’œuf par ses producteurs – il souhaitait notamment que Michael Myers troque dans la première partie du métrage son traditionnel masque blanc (originellement conçu à partir d’un masque de William Shatner !) contre un masque à l’effigie de Ronald Reagan !!!
Le jeune chien fou, qui n’est depuis pas parvenu à se faire un nom, remballe ses idées les plus originales et rentre soigneusement dans le rang ; s’il parvient à nous livrer un métrage bien moins formaté que le désastreux épisode 4, sa mise en scène souffre hélas d’une médiocrité chronique, le film étant notamment souvent très mal cadré. Après un joli générique d’ouverture, le film s’amorce par un classique montage de la dernière partie d’HALLOWEEN IV (la pire) avant de reprendre le cours du récit dans la foulée.
Le cinéaste semble lui aussi avoir pensé très fort à FRANKENSTEIN : tombé au fond d’une galerie semi-inondée (sans que personne ne se soit préoccupé de vérifier s’il était bien mort), Myers s’en échappe par une brèche ouverte et va trouver refuge chez un vieil ermite pour souffler un peu avant de repartir à la chasse à la petite nièce, Jamie. Celle-ci semblait avoir basculé dans la folie à la fin de l’opus 4, mais ouf, ce n’était pas si méchant que ça, il faut juste qu’elle se repose parce que le choc de ses mésaventures l’a rendue muette ; et il faut souhaiter qu’elle se soit bien reposée, la petite chérie, parce qu’elle va encore passer le plus clair de son temps à cavaler. Quant à Donald Pleasence, qui vieillissait déjà à vue d’œil, il radote et cabotine dans le plus complet ridicule, ça fait vraiment peine à voir. Il a l’idée brillante de tenter une thérapie de choc en confrontant Michael Myers, dans la vieille maison de famille, à tout le mal qu’il a fait, ce qui revient à attraper son chien pour lui coller le nez dans son pipi. Pauvre Michael Myers, personnage de plus en plus dénaturé, qui raye la voiture d’un adolescent maniaque avant de se faire passer pour lui (ils portent le même costume, lequel est le bon, suspense) dans un rencard avec sa petite amie, qu’il conduit même en voiture à une fête, poussant le vice jusqu’à s’arrêter devant un drugstore pour qu’elle puisse s’acheter des cigarettes, quel chevalier servant… Le comble, c’est tout de même quand la petite Jamie lui arrache son masque et le tance, pleine de reproches (Tonton, pourquoi tu es si méchant) : contre toute attente et toute bonne logique, Michael Myers écrase une petite larme, avant de se reprendre, on n’est pas des fillettes, que diable, on est des hommes, des incarnations du mal absolu, oui ou merde ? Malgré quelques timides tentatives d’originalité et parfois même d’humour (ah ! ce plan sur les adorables petits chatons de carte postale en train de lécher une flaque de sang !), HALLOWEEN 5 se déroule sur les rails bien rectilignes et tranquilles du slasher de pure convention, et son réalisateur a quand même la politesse de faciliter le passage de relais déjà sur les starting-blocks en se contentant d’enfermer Myers derrière des barreaux, presque immédiatement libéré par un mystérieux inconnu aux bottes de cow-boy. On n’est plus à ça près, de toute façon.
 
I comme… INNOCENCE, de Lucile Hadzihalilovic (Belgique / France / Angleterre, 2004)
Une fois n’est pas coutume, un petit extrait de la revue de presse s’impose.
« Lucile Hadzihalilovic a signé le PIQUE-NIQUE À HANGING ROCK français où là aussi de mystérieuses disparues possèdent la beauté miraculeuse des anges de Botticelli. Un film d'un autre temps, quelque part entre le cauchemar familier et le songe lointain. » (aVoir-aLire.com) Voilà l’une des quelques critiques positives, car il y en a tout de même eu un certain nombre heureusement, que l’on complètera avec l’article du Dr Devo, ici. Mais venons-en au fait.
« Voilà un OVNI bien intrigant dont on se demande s'il n'est pas l'œuvre d'un vieux libidineux tant les petites culottes, les corps impubères et les tresses bien sages occupent l'écran. » (Le Figaroscope) « On serait agréablement impressionné par l'originalité du projet, l'ambition esthétique et la rigueur altière du récit si l'insistance à filmer les gamines comme des fantasmes pour pervers pépères ne devenait assez vite gênante. » (TéléCinéObs) « On se demande bien ce que sont venues faire Marion Cotillard et Hélène de Fougerolles dans cet objet cinématographique très malsain. » (Paris Match) « Un scénario qui aujourd'hui, dans le traitement qu'en fait Lucile Hadzihalilovic, est plutôt porteur de troubles, de dérapages et d'ambiguïtés. Plus encore que les prétentions esthétisantes et les choix maniérés de la mise en scène qui rendent ce récit interminable, c'est le fond du sujet de ce premier film, couronné au Festival de Saint Sébastien, qui est sujet à caution. » (Ouest France) « Au-delà d'une ambiance qui se voudrait shyamalanesque, suinte à chaque plan une conception malade de l'enfance, perçue sous l'angle exclusif de la défloration. Qu'un sous-titre possible à INNOCENCE soit quelque chose comme LA FABRIQUE DES SALOPES, voilà ce que la cinéaste voudrait imputer à la perversité du regard masculin. » (Les Cahiers du Cinéma) « Malgré son originalité bienvenue et un traitement proche des films d’horreur japonais, le regard porté sur le corps des fillettes flirte avec l’ignoble » (Les Années Laser) « D'innocence il est tout sauf question dans cette exposition sacrificielle de jeunes filles pré-pubères, qui franchit la ligne rouge de l'immonde. Indéfendable. » (Ciné Live)
Voilà un petit condensé de l’accueil réservé à INNOCENCE lors de sa trop discrète sortie en salles. Hem, fillettes, prenez garde : si vous vous mettez en culotte pour aller nager, si vous vous posez des questions sur les garçons ou si vous vous y intéressez à l’âge de 13/14 ans, vous êtes des salopes !!! Alors qu’habituellement, je trouve assez futile de compulser les revues de presse, le cas du film de Lucile Hadzihalilovic est trop intolérable pour me laisser de marbre : je suis aussi stupéfait qu’enragé par des réactions aussi stupides et réactionnaires, qui démontrent bien le peu (ou l’absence) de culture cinématographique de certains critiques professionnels, tout en nous rappelant pesamment que la perversion réside souvent dans le regard du spectateur, et que ce spectateur est devenu, ces quinze dernières années, d’une hypocrisie et/ou d’une pudibonderie totalement désarmantes. Et encore, comme le soulignent Bernard RAPP ou le Dr Devo, qu’en aurait-il été si le film n’avait pas été réalisé par une femme !…
Rapprocher le film du cinéma hitchcockien en diable de M.Night Shyamalan ou des codes du fantastique japonais (ben oui, quoi, la petite Iris a les yeux bridés, la preuve), c’est avoir la mémoire bien courte et les idées à l’avenant, en allant puiser des références hors-sujet et sans le moindre rapport esthétique ou narratif, mais qui ont pour elles d’être dans l’air du temps – de la même façon que le critique confronté à un univers narratif déstabilisant y accolera presque systématiquement une comparaison en creux avec le cinéma de David Lynch, case fourre-tout pratique pour tout objet bizarre et, même vaguement, hors normes, et ce, même si la majeure partie de ces comparaisons ne tiendraient pas debout avec un déambulateur. INNOCENCE, dont il faut rappeler qu’il adapte une nouvelle de Wedekind écrite en 1888, dans la mouvance des nombreux textes initiés par la mode des nouvelles théories éducatives, va pour sa part puiser son inspiration dans le SUSPIRIA de Dario Argento (lui-même inspiré de son propre aveu par Wedekind) et son école de danse pour jeunes filles perdue aux abords d’une forêt, mais aussi dans le superbe PIQUE-NIQUE À HANGING ROCK de Peter Weir, autre vision fantasmatique d’une école pour jeunes filles, et dans le film (beau à pleurer) du trop rare Victor Erice, L’ESPRIT DE LA RUCHE, pour sa représentation ambivalente du monde par le truchement du regard d’une petite fille incarnée par Ana Torrent – sans parler de certaines images très belles (le voyage en cercueil, la porte cachée dans une horloge) qui n’auraient pas déplu à Jean Rollin. On peut également retrouver dans le film le souvenir du trop méconnu ALICE OU LA DERNIÈRE FUGUE de Claude Chabrol, auquel la cinéaste rend d’ailleurs un très bel hommage via le personnage de la petite Alice (voir la scène où elle escalade le mur d’enceinte). Ah, oui, bien sûr, ce sont des films des années 70 dont les DVD ne remplissent pas les étalages du supermarché du coin, encore faut-il en avoir entendu parler…
Quand à vouloir voir dans INNOCENCE une espèce d’objet malsain et pédophile (puisque pas un de ces critiques ne veut cracher le mot, je me dévoue), cela en dit certainement plus long sur les rédacteurs de ces petites missives imbéciles que sur le film lui-même. Je pense qu’à ce titre, les plages devraient logiquement être fermées au public, puisqu’elles exposent elles aussi des enfants en maillot de bain, ce qui n’est pas moins indécent que ce qu’on trouve dans le film de Lucile Hadzihalilovic. Mais là encore, c’est probablement la culture qui fait défaut et la mémoire qui est bien sélective. Lorsque j’évoquais l’intéressant PRÉPAREZ VOS MOUCHOIRS de Bertrand Blier, je soulignais à quel point le film, pourtant bien plus touchant et léger qu’il n’est provocateur, ne pourrait absolument plus se faire aujourd’hui. Mais en réalité, et sans même parler de L’EMPIRE DES SENS d’Oshima, la représentation de l’enfant au cinéma a connu un changement radical, au point que même un film aussi inoffensif que TOM ET LOLA, pour ceux d’entre vous qui s’en souviennent, ferait certainement grincer des dents aujourd’hui, et ce d’autant plus si la référence en termes de représentation de l’enfance (et la richesse culturelle des critiques cités plus haut semble hélas le confirmer) siège plus probablement dans le passéisme plan-plan des CHORISTES. On prend des gants, des bottes et des lunettes de protection pour aborder ce terrain, pétrifié par le retentissement de faits divers sordides, au point de vouloir nous faire croire que l’enfant est innocent au sens Disney du terme, qu’il ne se pose pas l’ombre d’une question sur la Sexualité ou sur la Mort, qu’il est pur, moral et par nature généreux et gentil – quand à le représenter en maillot de bain dans ce contexte, mais si c’est pour prendre un bain dans une rivière, non, c’est « indéfendable », et se positionner contre un mouvement critique frôlant de très près l’hystérie collective, c’est forcément prendre des risques… Le pervers de passage, pour sa part, attiré par ces hurlements de jouvencelles effarouchées, risque d’être cruellement déçu et trouvera plus de pitance à regarder « C’est quoi l’amour » sur TF1.
Et si on parlait un peu du film lui-même ? Parce que c’est quand même l’un des plus beaux films francophones de ces dernières années, mine de rien. Je vous renvoie encore à l’article du Dr Devo pour le détail, en rappelant juste qu’en ce qui concerne le montage, le cadrage ou le son, le film nage dans les eaux pures de la perfection : c’est d’une beauté plastique proprement extraordinaire. Le scénario s’avère tout à fait à la hauteur de cette esthétique saisissante, en déroulant un récit au déroulé parfaitement limpide imprégné d’une opacité sous-jacente qui a certainement contribué au malaise de certains, mais qui ne fait qu’exprimer les interrogations et les peurs enfantines : qu’y a-t-il en dehors de cette mystérieuse institution aux règles rigides et aux multiples interdits ? Que se passe-t-il quand on grandit ? Quand on meurt ?
Dans cette institution, chaque groupe est composé de fillettes de classes d’âge différentes, chacune symbolisée par la couleur du ruban leur nouant les cheveux ; ce procédé permet à la réalisatrice de multiplier les points de vue en fonction de ce que chaque élève apprend et découvre en grandissant. C’est un risque narratif qui pouvait déboucher sur un développement filandreux, mais qui est merveilleusement bien équilibré et structuré : on découvre tout d’abord le personnage de la cadette, Iris, nouvelle arrivante par les yeux de laquelle nous allons découvrir les codes et les mystères de l’établissement, et celui de la cadette d’un autre groupe qui ne parviendra pas à trouver ses marques dans cet univers clos et un rien oppressant. Le film lui permet, et nous avec, de s’installer dans ce monde singulier avant de prendre ses distances pour approfondir les personnages des aînées, notamment les plus âgées d’entre elles, s’éveillant à la sexualité (des fillettes de 16 ans, c’est scandaleux il faut croire), adolescentes dont la formation est terminée et qui vont bientôt pouvoir quitter l’institution pour rejoindre le monde.
Une fabrique de salopes ? Je laisse au rédacteur des Cahiers du Cinéma l’entière responsabilité de ses propos, qui attribuent aussi, implicitement, une « perversité » au regard masculin (dans l’absolu ? mais encore ?), soulignant simplement que la séquence de la sortie de l’institution est d’une pureté, d’une grâce et d’une délicatesse apaisantes, lumineuses, apportant au film un souffle, une respiration merveilleuse. Car, malgré les appréhensions et les craintes irrationnelles des plus petites lorsqu’elles voient s’absenter les plus grandes, INNOCENCE ne développe pas une énigme, mais un mystère : il n’y a pas de révélation, pas de noirs desseins cachés dans cette école imaginaire, simplement une opacité, l’oppression, l’impatience inquiète ou fébrile de fillettes face au temps qui passe, à leur propre devenir et aux mille et unes questions sans réponses que ces incertitudes nourrissent. Dans cet univers, la sensualité est presque omniprésente, mais elle n’est pas synonyme de promiscuité ou d’ambivalence : la nature, l’eau, le vent, la nuit, les arbres, un crapaud prisonnier du gel, les éléments véhiculent un érotisme impalpable qui ne dévie jamais vers la scabreux ou la simple facilité.
Et qu’il est bon de voir un film aborder l’enfance avec une telle poésie, qui ne cherche jamais à en voiler les contours parfois cruels, les attitudes insolites et profondément subjectives, l’instabilité fondamentale, l’angoisse et l’émerveillement qui en découlent : un film qui, en somme, restitue à l’enfance l’innocence, au sens premier, que bon nombre de cinéastes s’efforcent d’étouffer. INNOCENCE est un film unique en son genre, une œuvre où une actrice comme Edith Scob aurait parfaitement trouvé sa place, qui parvient à utiliser une musique aussi galvaudée que celle de Prokofiev en lui restituant sa magie et son ampleur (on pense d’ailleurs parfois à JE SUIS LE SEIGNEUR DU CHÂTEAU, seul bon film de Régis Wargnier soit dit en passant). C’est aussi, et de loin, le meilleur film qu’il m’ait été donné de voir depuis des mois (et vous êtes les premiers à savoir que j’en vois un paquet !), et je suis extrêmement impatient de voir Lucile Hadzihalilovic se remettre à l’ouvrage. Et si quelqu’un y voit quelque chose « d’ignoble et d’indéfendable », qu’il se manifeste et pointe une séquence, un dialogue, un plan en particulier : je serais très curieux de voir exactement, précisément, sur quoi dans le film (et pas dans sa perception par des esprits férocement orientés), est venue s’appuyer cette salve d’attaques assez incompréhensibles, d’une étroitesse d’esprit et d’une malhonnêteté assez désolantes.
 
Fichtre ! Cette dernière note était un peu longue, mais que voulez-vous : le film s’y prête admirablement bien et méritait franchement que je prenne sa défense, même si j’arrive hélas un peu après la guerre. Et c’est sans aucun doute le meilleur film chroniqué depuis la naissance de cet Abécédaire. Autant dire que la suite risque de paraître bien fade : mieux vaut maintenant césurer l’article : la suite au prochain virage, mais sans doute vous faudra-t-il attendre quelques jours : les mondanités vont me tenir éloigné pour les quelques jours prochains, alors patience...
 
Le Marquis
 
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Samedi 12 août 2006 6 12 /08 /2006 17:53

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Photo : "C'est malin" (Le Marquis, d'après LISA ET LE DIABLE)

 

Après une première partie dominée par la belle adaptation de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE par Tim Burton, on reprend la suite du programme et on démarre en fanfare avec le meilleur film de la sélection, à la carrière pourtant bien malheureuse.
 
L comme… LISA ET LE DIABLE, de Mario Bava (Italie/Allemagne/Espagne, 1973)
L’un des meilleurs films de Mario Bava est aussi l’une de ses œuvres les plus malchanceuses. Lorsqu’il tourne LISA ET LE DIABLE pour le producteur Alfredo Leone, avec qui il avait déjà collaboré (notamment sur BARON BLOOD), Bava dispose exceptionnellement d’une carte blanche, lui laissant le champ libre pour écrire et mettre en scène dans une totale liberté de création dont il ne va pas se priver. Malheureusement, LISA ET LE DIABLE ne convainc personne et ne trouve pas même de distributeur : trop personnel, abstrait, déconcertant. Pour se rembourser et sauver le film du désastre complet, Leone propose à Mario Bava de tourner des séquences additionnelles visant à transformer le métrage en un démarcage lointain de L’EXORCISTE. Profondément frustré, Bava s’exécute et tourne quelques séquences de possession dans un hôpital (dont une scène où son interprète Elke Sommer a pour réplique : « Je ne suis pas Lisa. »), avant de jeter l’éponge devant les conflits qui l’opposent à son producteur autour du sauvetage de sa « carte blanche ». C’est donc Leone lui-même qui achèvera le nouveau métrage, intitulé LA MAISON DE L’EXORCISME, avec au total 50 minutes tournées pour en faire le film que l’on connaît aujourd’hui : plus démonstratif, plus horrifique, le film se détache presque totalement de l’univers gothique de LISA dont il conserve pourtant dans son montage un bon tiers, d’où un résultat incohérent, tant sur un plan esthétique que narratif. Un film-monstre en somme, comme il en existe, et que j’ai eu l’occasion de voir longtemps avant de découvrir le véritable LISA ET LE DIABLE, fût un temps extrêmement rare (il n’a toujours pas de fiche sur Imdb, site pourtant très complet), et depuis déterré. Dommage ceci dit que l’édition disponible en France souffre d’une compression de médiocre qualité.
Dans sa splendide première partie, le film nous présente le personnage de Lisa, jeune femme en vacances à Tolède, qui décide de s’éloigner du groupe de touristes qui l’accompagne et se promène dans les rues de la ville. Dans une petite boutique, elle croise un mystérieux personnage (Telly Savalas) dont la ressemblance frappante avec le Diable sur une fresque admirée quelques minutes auparavant la trouble profondément. Reprenant son chemin, elle se perd dans les ruelles : attention les yeux, l’exploration de la ville est filmée de façon magistrale, Bava parvenant à faire naître l’insolite de plans d’une apparente banalité, qui nourrissent pourtant une puissante sensation d’étrangeté. Lorsqu’elle croise à nouveau Telly Savalas, transportant avec lui un mannequin, le premier d’une véritable galerie inanimée peuplant le métrage, elle surmonte son angoisse irrationnelle et lui demande son chemin : à cet instant, avec une élégante nonchalance, Savalas lui indique ce qui semblait n’être qu’une impasse, alors que le cadre, par un travelling subtil mais soufflant, révèle la présence d’une rue cachée. Plus loin, agressée par un homme qui la prend pour une certaine Elena, elle provoque sa chute dans un escalier. La nuit tombe. Paniquée, elle est recueillie par les passagers d’une voiture… qui tombe très vite en panne devant une villa isolée. En quelques scènes très ramassées, Bava fait basculer à la fois le récit et l’esthétique de son film d’un univers contemporain subtilement décalé à un monde nettement plus irréaliste, marqué par l’influence baroque de ses films des années 60.
Je préfère ne pas vous dévoiler la suite du récit, complexe, sombre et foncièrement subjective, labyrinthe superbement photographié, habité par des personnages hantés (dont Alida Valli dans une de ses plus belles performances), guidé par le thème du double et de l’illusion, toujours autant pictural que narratif, curieusement ponctué de références singulières à Lewis Carroll (la montre à gousset). LISA ET LE DIABLE est une pure merveille, et c’est un des quelques incontournables de Mario Bava, possiblement son meilleur film, celui qui parvient le mieux à associer l’inventivité plastique et la finesse de l’écriture cinématographique.
 
M comme… MAMBA, de Mario Orfini (Italie, 1988)
Giorgio Moroder n’est pas seulement le compositeur hors pair dont les classiques type Midnight Express donnent plus d’ampleur aux randonnées en auto-tampons des fêtes foraines. C’est aussi un producteur avisé, si avisé qu’il ne produit de films que dans la mesure où cela lui permet de les truffer de ses propres productions – souvenir ému de sa version kitsch colorisée du METROPOLIS de Fritz Lang. De ce point de vue, MAMBA (ou FAIR GAME) est emblématique, tout le métrage se structurant autour d’une musique électronique de piètre qualité, omniprésente jusqu’à l’absurde, et ce dès l’introduction avec ce clip en bonne et due forme, alors que l’héroïne range ses courses, quelle merveille…
Le support de cette compilation réside dans l’histoire de cette femme (Trudie Styler, madame Sting en personne) ayant commis l’erreur de plaquer un compagnon (Gregg Henry, vu dans BODY DOUBLE) aussi fortuné qu’il est mortellement possessif. Fou de rage, il décide d’introduire dans le loft de son ex un mamba très agressif avant de l’y enfermer : libre à lui de suivre les déplacements de la proie et du prédateur sur un moniteur, confortablement installé dans sa limousine.
Pas de VO sur cette édition économique, mais tout de même un format respecté, ce qui est assez heureux, car le très beau cinémascope supervisé par Dante Spinotti est indéniablement la plus grande qualité d’un film qui s’efforce, parfois avec succès, de trouver des astuces de mise en scène permettant de rendre ce petit suspense très banal vraiment spectaculaire. MAMBA en tire par instants une certaine efficacité, mais il finit hélas par paraître très ampoulé à force de technique froide (plans en vision subjective du serpent, à grands renforts d’objectifs déformants, atrocement répétitifs) et d’initiatives un peu tirées par les cheveux, qui confinent parfois au ridicule – lorsque Trudie Styler escalade son frigo et bombarde le serpent avec de la farine, des œufs et des pommes, on ne peut s’empêcher de penser qu’un incendie nous ferait presque une bonne tarte. Heureusement, le film ne dure pas près de deux heures comme annoncé sur la jaquette, mais une raisonnable heure et quinze minutes. Tant mieux : le sujet est ténu et tourne vite en rond, et la surcharge musicale totalement aberrante, aux tonalités rarement appropriées, insérée avec une confondante gratuité (notamment lorsque le serpent glisse sur la télécommande de la chaîne hi-fi !), tape vite et très fort sur le système. Quelques qualités plastiques donc pour un petit film soigné mais froid, énième jeu du chat et de la souris dénué de caractère, littéralement vérolé par une bande originale imposée et envahissante, et pour cause. Mieux vaut probablement revoir le VENIN de Piers Haggard, ne serait-ce que pour le mémorable duel Oliver Reed / Klaus Kinski.
 
N comme… NEW YORK 2H DU MATIN, d’Abel Ferrara (USA, 1984)
Après un télévisuel GLADIATOR, on retrouve ici un Ferrara de la première période, avant la reconnaissance critique de KING OF NEW YORK. À cette période, et après un essai assez radical (DRILLER KILLER), Ferrara enchaîne assez rapidement les films de genre, dans une approche assez personnelle qui ne se démarque pourtant pas des principes du cinéma populaire, dont il respecte les codes les plus élémentaires, que ce soit dans le film de gangs (CHINA GIRL) ou dans le « rape and revenge » (L’ANGE DE LA VENGEANCE, à mon sens le meilleur des films de cette période). On retrouve beaucoup de cette approche dans le FEAR CITY dont il est ici question, et qui nous parle d’un tueur psychopathe s’attaquant aux strip-teaseuses des boîtes de nuit (dont Rae Dawn Chong, également maîtresse du personnage de Melanie Griffith, et Ola Ray, la petite copine de Michael Jackson dans « Thriller » !). Le personnage du tueur est très représentatif de l’inspiration de Ferrara dans les années 80 : présenté sans mystère dès le début du film, il est à la fois romancier, ses meurtres nourrissant l’écriture de son roman très torturé « Fear City », et adepte des arts martiaux puisqu’il ne lâche sa machine à écrire que pour s’entraîner aux nunchakus.
À son image, FEAR CITY ne cherche jamais à voiler ou à rendre nobles des éléments purement populaires (film d’action truffé de séquences érotiques), tout en les insérant dans un métrage d’inspiration plus dure, plus sèche, plus introvertie (nombreux flash-back détaillant le parcours du héros, ancien boxeur reconverti dans la police après avoir accidentellement tué un adversaire sur le ring, mais des flash-back le plus souvent détachés du récit lui-même, qui annoncent déjà la teneur de la carrière future du cinéaste). C’est en quelque sorte une relecture du MANIAC de William Lustig (voir l’inquiétante séquence dans le métro) dotée d’enjeux de salles de quartier. Le cocktail est curieux et pas toujours très équilibré : les tonalités très sombres du récit (toxicomanie de Melanie Griffith, décadence urbaine détaillée dans ses détails les plus sordides) et les qualités de la mise en scène (ambiances nocturnes parfaitement maîtrisées) se marient bizarrement avec des gags contextuels assez saugrenus (le désistement des strip-teaseuses angoissées provoque l’embauche de femmes pas très jolies, et c’est un doux euphémisme) et une conclusion reposant entièrement sur un combat aux poings aux enjeux transparents. Un film brut, pas très affiné, mais relativement intéressant, même s’il n’est pas très représentatif du grand talent de Ferrara.
 
O comme… OPERATION PEUR, de Mario Bava (Italie, 1966)
Le manque de films en O me contraint à enchaîner deux Mario Bava, qui plus est deux de ses films les plus réputés. C’est un peu dommage pour la variété des styles et des saveurs, mais très honnêtement, c’est bien loin d’être désagréable.
Le récit est cette fois plus classique, ancré dans l’inspiration baroque italienne, sous influence gothique des productions anglaises de l’époque. L’angoisse enveloppe de ses mains glacées un petit village isolé, hanté par le fantôme d’une inquiétante fillette. Qui la voit est rapidement victime d’un accident mortel. Un médecin appelé à la rescousse par un collègue terrifié va découvrir les superstitions de la communauté et chercher à enquêter sur ces apparitions. Malédiction pesant de tout son poids sur un village de campagne, clients de l’auberge méfiants à l’égard du nouvel arrivant, clef du mystère dans le château dominant le hameau, les ressorts du scénario sont de pures déclinaisons des classiques de la Hammer (on pense notamment beaucoup à LA FEMME REPTILE sorti la même année), mais si la narration épouse des formes éprouvées et traditionnelles, c’est dans son approche maniériste que Bava se réapproprie ce matériau.
Et quel travail phénoménal, tant sur la direction artistique très fantasmagorique (Bava n’hésitant jamais à filmer des décors quasi surréalistes) que dans les éclairages extrêmement composés ! Le film est visuellement sensationnel – et cette fois-ci, la copie est irréprochable. Constamment inventif (scènes de la balançoire), OPÉRATION PEUR bénéficie de certaines des plus belles trouvailles de Mario Bava. Son fantôme sort des sentiers battus et des clichés d’alors – au point d’ailleurs que la petite fille en question est interprétée par un garçon portant une perruque blonde ; l’image troublante de cette fillette au regard glaçant et de son ballon rouge a particulièrement marqué les esprits, et on la retrouvera fréquemment par la suite, sous forme d’hommage ouvert (le sketch de Fellini, « Toby Damnit », de très loin le meilleur segment de l’inégal HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, co-réalisé par Louis Malle et Roger Vadim) ou de lamentable plagiat (TERREUR.COM). Difficile de ne pas mentionner également une séquence hallucinante, l’épisode le plus fou et le plus beau du film, au cours duquel le héros poursuit un homme à travers une série de pièces du château, et le rattrape pour réaliser que l’homme en fuite n’est autre que lui-même, idée dérangeante et mystérieuse dont David Lynch se souviendra dans l’épisode final de sa série TWIN PEAKS. OPÉRATION PEUR détient un pouvoir de séduction presque hypnotique, et son indescriptible beauté plastique en fait, avec LISA ET LE DIABLE, l’une des œuvres qu’il ne faut pas laisser passer. Comme le montre le récent SILENT HILL de Christophe Gans, le film distille une influence durable, et sa beauté, sa poésie noire restent longtemps à l’esprit.
 
P comme… PATLABOR, de Mamoru Oshii (Japon, 1990)
Tiens, un film d’animation ! Ça faisait longtemps, ma foi ; le dernier film visionné (le sud-coréen WONDERFUL DAYS) n’était pas fameux, et ne m’a laissé pour souvenir que celui d’un ennui appuyé. Ce PATLABOR étant signé par le talentueux Mamoru Oshii, on sait d’avance que le film présentera des qualités – et qu’il y aura des chiens, bien entendu. Par contre, je vous oriente vers les sites spécialisés pour l’historique de la chose, ne connaissant strictement rien à la série dont le film est adapté : je ne sais qu’une chose, Mamoru Oshii rêve d’en faire une version live prolongeant les expérimentations du magnifique AVALON, mais l’idée reste actuellement à l’état de projet.
Le film développe, comme toujours chez Oshii, un récit dense, vif et relativement complexe (sans atteindre néanmoins les strates quasi conceptuelles des œuvres récentes du cinéaste), construit autour des ravages d’un virus informatique, Babel. Les robots-outils contaminés s’autonomisent et deviennent destructeurs. Mais ce qui est d’abord restreint à quelques incidents isolés menace, avec l’approche d’un cyclone, de se généraliser et de mener la cité à sa perte. S’ouvrant sur le suicide du concepteur du virus (scène splendide, soit dit en passant), PATLABOR présente une animation parfois sommaire et des personnages parfois un peu trop stéréotypés dans leur physionomie comme dans leur personnalité, mais sur le plan de la mise en scène et du découpage, c’est admirable et parfois très impressionnant. Le film mêle des aspects de comédie et d’action assez directs, sommaires mais correctement emballés, et en filigrane un ton plus méditatif, marqué par un goût pour l’abstraction. Le mélange est curieux mais pas déplaisant, et le film parvient peu à peu à se construire une personnalité forte, mémorable et attachante, parfois nourrie par des emprunts inattendus (référence aux OISEAUX de Hitchcock dans la dernière partie). Sans être vraiment ce que Oshii a fait de plus abouti, PATLABOR porte la marque de son style, de ses obsessions et de son caractère assez singulier. Un assez beau film, en somme.
 
R comme… RENCONTRES DU TROISIEME TYPE, de Steven Spielberg (USA, 1977)
Pour une fois, j’ai une bonne excuse pour revoir un film qui m’avait profondément déplu à la première vision : comme d’autres cinéastes indécis (et je pense qu’un artiste qui revient constamment sur ce qu’il a créé vingt ans plus tôt au lieu de se consacrer au pain qu’il a sur la planche est d’une certaine façon un artiste malade – non, je n’en remettrai pas une couche sur le révisionnisme de William « Je suis pour » Friedkin), Spielberg semble obsédé par le besoin de retoucher certains des films de sa filmographie. Il a défiguré un E.T. déjà bien sirupeux, et je serais surpris qu’il ne nous mitonne pas un jour prochain une version expurgée de son INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT. Mais c’est avec RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE qu’il semble rencontrer le plus d’hésitations, puisque le film en est aujourd’hui à sa troisième version, celle de 1998, le film ayant déjà été remonté dès 1980. C’est cette troisième version que j’ai découvert ; autant le dire d’entrée de jeu, à mes yeux, les énormes problèmes de rythme sont toujours là – et François Truffaut acteur est toujours aussi à côté de la plaque !
Ceci dit, je dois bien admettre que la première partie du film est dans l’ensemble assez remarquable. Multipliant les points de vue et les personnages, Spielberg parvient, par le biais d’une mise en scène assez irréprochable dans la première heure du métrage, à faire naître un sentiment intense d’inquiétude sourde et d’émerveillement, par instants très impressionnant, et pas nécessairement dans les séquences les plus spectaculaires d’ailleurs : le son, le cadre et les éclairages fonctionnent au mieux dans les séquences d’attente, développant un climat fébrile et un rien oppressant. Lors d’une de ces séquences, plusieurs personnages se rencontrent en pleine nuit sur une route au sommet d’une colline, dans l’attente du passage d’OVNI : un très jeune enfant ayant échappé à la surveillance de sa mère tombe ainsi nez à nez avec des péquenauds plutôt bienveillants au demeurant, mais j’étais frappé de voir sur un forum de l’Imdb que plusieurs spectateurs s’étaient persuadés que la scène suggérait une menace pédophile pour le garçonnet !!! Lecture totalement erronée, mais qui en dit long, je pense, sur la qualité singulière de l’atmosphère instaurée qui, alors que les intentions des visiteurs restent encore mystérieuses et incertaines, se caractérise par son ambivalence, mêlant angoisse et fascination. C’est sans conteste la partie la plus intense et la plus intéressante d’un film qui développe par la suite un suspense plus fonctionnel et parfois très laborieux, avant de sombrer en fin de course dans une guimauve vaguement new-age, une espèce de concert de Jean-Michel Jarre avec débarquement des Enfoirés au cours de laquelle les effets spéciaux ne se donnent plus à contempler que pour ce qu’ils sont, la mise en scène devenant alors extrêmement plate.
Étrange aboutissement pour un film qui ne prenait pas forcément des directions évidentes (l’obsession de plusieurs personnages pour l’image du volcan, longuement développée), mais s’assèche, se simplifie et s’appauvrit au fur et à mesure que les attentes sont satisfaites et que les questions trouvent de décevantes réponses. Reste que la réelle maîtrise de ses prémisses font de RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE un film à (re)voir. On souhaiterais même pouvoir le mélanger dans la même assiette avec LA GUERRE DES MONDES : pour un même climat d’inquiétude et d’insécurité, les personnages de RENCONTRES… sont autrement plus riches et attachants.
 
S comme… SUPERSTITION, de James W. Roberson (Canada, 1982)
Bien qu’il soit aujourd’hui tombé dans les oubliettes, SUPERSTITION a marqué les esprits et conserve une petite réputation chez les spectateurs qui ont eu l’occasion de le découvrir à l’époque. J’étais moi-même enchanté d’avoir l’occasion de revoir ce petit film vu à la fin des années 80 sur Canal + à l’époque lointaine où la chaîne faisait encore l’effort de proposer une programmation variée et en VO.
Non pas que le film soit une perle méconnue à ranger aux côtés d’un CERCLE INFERNAL ou d’un LONG WEEK-END, loin de là : la mise en scène est sans éclats, plutôt impersonnelle et cantonnée dans un mode fonctionnel, gentiment efficace ; et le scénario, histoire très classique de maison hantée par le fantôme meurtrier d’une sorcière brûlée quelques siècles plus tôt, ne sort jamais des sentiers battus. Mais le film dégage une atmosphère atypique, d’un pessimisme typique des petites productions du début des années 80 – le Mal y est suprême, invincible, et aucun personnage n’a l’once d’une chance de sortir vivant de cette aventure. Les influences oscillent entre le slasher à la VENDREDI 13 (avec cette bande d’adolescents décimés dès l’introduction et ces très nombreux plans en caméra subjective, régulièrement de fausses alertes d’ailleurs) et l’horreur à l’italienne, tant celle d’Argento (avec de très beaux emprunts à INFERNO notamment) que celle de Lucio Fulci, le film étant incroyablement « généreux » en gore et en mises à mort, d’une régularité de métronome, nettement plus fréquents que la moyenne – le film donne l’impression de tuer un de ses nombreux personnages (dont Lynn Carlin, la maman du MORT-VIVANT) toutes les cinq minutes (dont un fameux accident de scie circulaire).
James Roberson, qui n'a pas fait grand chose depuis en dehors de sa carrière de directeur de la photographie, ne fait pas dans la dentelle. Sa réalisation est marqué par une radicale absence de point de vue (meurtre à la fenêtre filmé indifféremment des deux côtés de la paroi en fonction de la photogénie des plans). Son rythme très vif rend le sujet, pourtant simpliste, relativement confus et le scénario, parfois involontairement comique, donne l’effet bizarre d’un ensemble incohérent, illogique et très permissif. Dépourvu de réelle maîtrise, SUPERSTITION bénéficie pourtant d’un charme indéniable, et sa très belle photographie, ainsi que quelques séquences originales (dont un rêve mêlant dans le même mouvement les atrocités du passé, celles que nous réserve la suite du métrage… et celle en train de se produire non loin de là), lui confèrent une réelle personnalité. Très agréable.
 
T comme… THÉORÈME, de Pier Paolo Pasolini (Italie, 1968)
THÉORÈME vient combler une petite lacune, d’autant plus que je ne connais presque pas le cinéma de Pasolini, dont je n’avais vu que L’ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, sans vraiment l’apprécier d’ailleurs. Voilà donc un classique abordé avec une certaine méfiance, mêlée d’une curiosité renforcée par la présence de l’intéressant Terence Stamp. Très beau sujet, montrant l’intrusion d’un étrange invité, dont on ne connaîtra jamais vraiment la nature ou les origines, au sein d’une famille bourgeoise dont il va séduire tous les membres, avant de disparaître, les plongeant dans un désarroi aux conséquences variées mais radicales, qu’elles soient de nature sexuelle (la mère, Silvana Mangano), artistique (le fils), dépressive (la fille), ou spirituelle (le père et la domestique). Terence Stamp est magistral : impassible, opaque, ni bienveillant ni vraiment inquiétant, il se pose dans ce microcosme comme un mystère incarné, d’une présence physique, charnelle, quasi magnétique ; il accepte les avances de chacun avec détachement, sans jamais chercher à les séduire lui-même.
Le film souffre sans doute d’un schématisme symboliste auquel il n’est pas certain que tout le monde puisse adhérer : bien plus porté sur la métaphysique que sur l’érotisme, le film adopte la forme d’une démonstration assez plaquée et guidée par une forme de logique qui justifie pleinement son titre. Ceci dit, aussi schématique soit-il, THÉORÈME n’est manifestement pas réalisé par François Ozon, et la beauté, la finesse de la mise en scène de Pasolini parvient à rendre cette démonstration extrêmement séduisante, mystérieuse et d’autant plus intelligente qu’elle ne se dispense pas d’humour et de distanciation – l’inconnu dort dans la chambre du fils (hum, cette soupe est un peu fade, passez-moi la palme d’or s’il vous plaît), et lorsque celui-ci, totalement fasciné, se décide enfin à enlever son pantalon, la bande son silencieuse et intimiste laisse brutalement place à un rock psychédélique totalement déconcertant. Très belle réalisation donc, marquée par une introduction chaotique aux textures visuelles et sonores mouvantes (réalisme et stylisation, échappées oniriques – superbe musique de Morricone, séquences muettes), avant de se poser lors de l’arrivée de Terence Stamp pour composer des saynètes fascinantes, souvent passionnantes, notamment dans l’exposition des dérives individuelles dans la seconde partie du métrage. Un film profondément singulier.
 
U comme… UNDER THE SKIN, de Carine Adler (GB, 1997)
Pour avoir l’envie de découvrir ce petit film anglais dont je n’avais pas entendu parler, il aura fallu un prix très réduit. Le film étant édité par MK2, dont les tarifs en DVD sont assez aberrants, c’est donc dans un bac d’occasions bradées que je suis allé pêcher ce UNDER THE SKIN, brève histoire du parcours de deux sœurs après le décès de leur mère, l’une d’entre elles (excellente Claire Rushbrook) étant enceinte, et l’autre, sur laquelle se focalise le scénario, étant très infantile, immature. La présentation du film nous promet d’ailleurs une « descente aux enfers » pour ce personnage, correctement interprété par Samantha Morton, le film ayant du reste pour principal (et seul ?) intérêt d’être un véhicule pour la comédienne.
Descente aux enfers ? Vraiment ? Les errances érotiques et introspectives de la jeune fille sont pourtant bien plates et inoffensives, petite fugue dépressive et nombriliste piètrement portée à l’écran par une réalisatrice empêtrée dans des afféteries de style d’un goût franchement douteux – photographie saturée, ralentis ineptes, penchant prononcé pour les plans basculés, petite voix off à la Jane Campion pour faire prendre la sauce et nous jeter à la figure la sensibilité et le cran d’une cinéaste au film pourtant affreusement dévitalisé et quelconque. Mal réalisé et empesé par un scénario filandreux et démonstratif, UNDER THE SKIN m’a surtout donné l’occasion de penser à DEUX FILLES D’AUJOURD’HUI, le très sous-estimé Mike Leigh, d’une toute autre trempe, et de me dire que, dans ce bac d’occasions, j’aurais probablement gagné à plutôt mettre la main sur DANS MA PEAU de Marina de Van.
 
V comme… VAMPIRES II, de Tommy Lee Wallace (USA, 2002)
Venons-en donc maintenant à cette nouvelle séquelle du « spécialiste » Tommy Lee Wallace, cantonné dans ce registre très limité (voir l’article sur HALLOWEEN IV dans la première partie de cet article), ce qui est un peu injuste : le réalisateur, sans faire vraiment preuve de talent, dispose d’un petit savoir-faire estimable qui surpasse les doigts dans le nez la franche médiocrité de certains succès récents (SAW, re-belote, je pense que je ne soulignerai jamais assez à quel point ce film m’a paru exécrable et mal fichu).
Tommy Lee Wallace accepte ici la commande de son ami John Carpenter en prolongeant son VAMPIRES, très bon film, plus proche que jamais chez Carpenter du genre western, et qui a déçu une partie de son public dont je ne fais pas partie (des déçus, pas de son public). Le film ayant déjà été largement pillé (on peut mentionner un plagiat d’assez belle facture, LES VAMPIRES DU DÉSERT de J.S.Cardone, qui n’est pas à mon sens le navet que certains ont torpillé aveuglément), VAMPIRES II est conçu pour le marché de la vidéo, ce qui ne l’empêche pas de disposer de moyens relativement confortables assurant un lien esthétique avec le premier opus, pour un résultat visuellement agréable, à quelques faux-pas près (dont une scène tentant maladroitement de faire la synthèse entre l’horripilant effet bullet-time et les ralentis à la DePalma). Bon, le scénario n’innove guère, et Jon Bon Jovi en tête de casting (avec son arsenal dissimulé dans une planche de surf !) livre une performance assez médiocre. Mais le reste du casting est soigné et compose une nouvelle galerie de personnages assez attachants. Le résultat, un peu cheap mais plutôt agréable, est clairement l’œuvre d’un modeste artisan, qui livre un honnête divertissement en mode mineur, sans plus.
 
W comme… WARLOCK III, LA REDEMPTION, d’Eric Freiser (USA, 1999)
Curieusement, et malgré la boulimie qui me caractérise, particulièrement dans le registre du fantastique, je n’ai encore jamais vu le premier WARLOCK, discrètement distribué en salles à sa sortie, une petite série B dont je n’ai donc jamais pu vérifier l’aimable réputation. J’avais par contre découvert sa suite, toujours avec Julian Sands, réalisée par Anthony Hickox, autre petit artisan intéressant (une tradition familiale chez les Hickox, voir le très beau THÉÂTRE DE SANG signé par son père Douglas), et le film s’était avéré être une assez bonne surprise, solidement rythmée, inventive, un très bon film de genre qui faisait des merveilles avec un budget manifestement restreint.
De quoi en tout cas me donner l’envie de pousser jusqu’à l’opus 3, dont le budget semble encore plus réduit (Julian Sands cède la place à un Bruce Payne pas très convaincu et pas très convaincant non plus), et dont la mise en scène est confiée à un quidam. Pour le coup, WARLOCK III sombre illico dans la banalité et dans la médiocrité du film de série produit à la chaîne, qui ressemble du reste bien davantage à un épisode de WISHMASTER qu’à ce que j’ai vu dans le film d’Anthony Hickox. Dans cet ensemble fade et conventionnel, on peut relever quelques idées sympathiques qui peinent à passer du papier à l’écran : la découverte des principaux protagonistes (une poignée de mauvais acteurs menés par Ashley Laurence en panne de HELLRAISER) dans un travelling sur le couloir d’un campus, un fondu nous révélant ce qu’il se passe derrière chaque porte passant dans le champ ; et le meilleur passage du film, la fuite de l’héroïne s’échappant de la maison dont elle a hérité (bien oui, quoi, elle est hantée) par un trou dans le mur, pour se retrouver enfermée dans une boucle filmique étrange. Pour le reste, c’est mou, c’est lent, ça n’a aucun caractère, et j’estimerai ma mission accomplie si, en ayant ainsi gâché 90 minutes de mon existence, je peux les préserver chez une majorité de lecteurs passant par là : ne perdez pas ce temps précieux, profitez-en plutôt pour téléphoner à votre grand-mère, pour lire un bon livre, pour ressortir votre vieille boîte de Mako Moulage et voir si vous n’avez pas perdu la main, n’importe quoi plutôt que d’ingérer cette ratatouille de poncifs et de clichés fatigués.
 
Et bien, c’est fait, l’épisode 8 est rédigé. 8, ça suffit ? Bien sûr que non, j’attaque dans la foulée la rédaction de l’épisode 9, dont vous trouverez en bas de page la bande-annonce. On se retourne un instant et on fait le point : quatre très bons films, possiblement cinq, ce n’est pas énorme, et Mario Bava vient généreusement relever le niveau avec, coup sur coup (c’est un peu gourmand, j’avoue), deux de ses films les plus réussis. Je retrouve avec un certain plaisir le bon vieux SUPERSTITION et l’amusant JUMPIN’ JACK FLASH, sans avoir l’impression de perdre mon temps. Le cinéma d’animation fait un retour modeste mais très valable avec l’intéressant PATLABOR. Spielberg ne me convainc qu’à moitié, mais la moitié qui me convainc me convainc totalement, ce qui n’est pas si mal. Au rayon Z, puisque ALLIGATOR tire plus vers l’estimable série B, seul BLOODGNOME peut valoir le détour. Je prête attention à mon appétit… Oui, il est toujours là. Alors, bon appétit.
 
Le Marquis
 
LISA ET LE DIABLE
OPÉRATION PEUR
CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE
THÉORÈME
PATLABOR
SUPERSTITION
NEW YORK, 2H DU MATIN
JUMPIN’ JACK FLASH
RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE
FOR THE CAUSE
EVIL CULT
ALLIGATOR
VAMPIRES II
MAMBA
UNDER THE SKIN
KISS KISS (BANG BANG)
BLOODGNOME
WARLOCK III
GARGOYLES
HALLOWEEN IV
L’INSPECTEUR GADGET
DAYDREAM BELIEVERS
 
Bande-annonce de l’épisode 9 : romancière Harlequin perdue dans la jungle, la plus longue grasse matinée du monde, une île flottante pas trop sucrée ; les nouvelles exactions du docteur et de monsieur, phallocrates, tendres et romantiques, et celles de la redoutable Comtesse Wandesa Darvula de Nadesky ; le premier long-métrage d’un philosophe bilingual, les larmes de Michael Myers, un trouble traité d’éducation pour jeunes filles, une partie de Taboo qui tourne mal, une armée de cyborgs battue par une blonde, un adultère mélomane, l’échoppe du premier garagiste-chirurgien, un Mad Massimo on the road again, l’introspection d’un pornographe, un braqueur kidnappé par sa victime, une manipulatrice qui rêve de zombies, la résistance sur les planches, un heureux événement qui se passera de faire-part, une cure de désintoxication fleur bleue, un flic adepte de philosophie amérindienne.
 
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Mister can you tell me where my man has gone, he's a Japanese Boy... (Le Marquis)

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Lundi 31 juillet 2006 1 31 /07 /2006 19:34

Partager     - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

Photo : "L'horreur est un luxe trop cher pour les désespérés" (Le Marquis)

Alors que je cavale pour rattraper mon retard dans la rédaction des Abécédaires, les visionnages se poursuivent avec entrain, complétés en cette période de vacances estivales par de plus fréquents à-côtés. Petite excursion en salles tout d’abord pour aller juger sur pièce, en compagnie focalienne de Tchoulkatourine, des très belles qualités de BUBBLE, le dernier film de Steven Soderbergh : épuré, sec, émouvant sans une once de sensiblerie et d’une redoutable acuité. Les visites ensuite. Celles notamment du Dr Devo et de Tchoulkatourine donc, qui viennent briser le rythme de l’Abécédaire pour la bonne cause et permettent de découvrir de redoutables navets comme AMOUR ET AMNÉSIE, quelques gourmandises assez faisandées comme LA FORCE D’AIMER, extrait de la collection Harlequin, mais aussi, l’honneur est sauf, de beaux morceaux de cinéma comme le singulier PREY de Norman J. Warren ou le FORBIDDEN ZONE de Richard Elfman. Une mention spéciale pour ma part et dans ce contexte pour le film KILLER COP, inédit fauché présenté dans une copie recadrée mais en VOST, qui aurait pu être un thriller social très sombre si le scénariste n’avait pas lâché les chiens en orientant incessamment le propos, et de manière parfois très inattendue, vers la comédie la plus absconse, en roue libre, cet aspect du métrage étant porté à bout de bras par l’acteur Wade Williams, qui livre ici une des performances les plus spectaculairement absurdes qu’il m’ait été donné de voir récemment. Mauvais film, peut-être, mais sur un versant hautement atypique qui en fait un objet assez hors-norme. À part ça, je viens enfin de recevoir le coffret « 50 Chilling Classics », qui me promet, sinon de belles découvertes, au moins de vraies perspectives de prospection, de quoi éveiller ma plus vive curiosité. Je souligne au profit de ceux qui peuvent être intéressés par l’objet que tous les films proposés sont en VO non sous-titrée, que le format est exclusivement en 1.33 y compris pour les films tournés en cinémascope, et que les copies accusent la rareté de métrages manifestement issus de vieilles VHS usées jusqu’à la corde. Il est donc déconseillé d’en faire l’acquisition si c’est pour s’offrir des copies de GOTHIC, des FRISSONS DE L’ANGOISSE ou du SPECTRE DU PROFESSEUR HITCHCOCK (elles sont recadrées et très laides), dites-vous bien que le rapport qualité-prix est explicite, et que c’est la grande rareté des titres qui doit vous motiver. Je précise enfin que l’éditeur a rectifié le tir concernant la bourde de THE BLOODY BROOD, thriller des années 50 avec Peter Falk qui avait été remplacé sur le disque par GOD TOLD ME TO de Larry Cohen ; et que l’éditeur en a profité pour supprimer trois films (problèmes de droits ?), à savoir THE CAPTURE OF BIGFOOT, CHRISTMAS EVIL et THE MILPITAS MONSTER, remplacés par THE LEGEND OF BIGFOOT (pour le coup, un documentaire !), WEREWOLF IN A GIRL’S DORMITORY (mieux inconnu sous le titre LYCANTHROPUS) et DEVIL TIMES FIVE, film jadis distribué en VHS sous le titre CINQ FOIS LA MORT. Vous voilà informés. Me voilà bien loti. Et si nous parlions de cinéma ? Disons, un film en A comme…

 

 

 

ALLIGATOR, de Sergio Martino (Italie, 1979)

Les sauriens sont décidément de vraies saloperies, toujours prêtes à venir dévorer les nôtres, et dans le cadre du film d’agression animale, où, il faut bien le dire, on croise plus rarement des hamsters, ils sont si nombreux qu’ils finiraient presque par former à eux seuls un sous-sous-genre. On aura ainsi évoqué sur ce site les exactions du CROCODILE DE LA MORT, et celles, nettement plus Z, d’un mémorable KILLER CROCODILE II.

Le film ALLIGATOR de Sergio Martino était une Arlésienne : j’en entendais beaucoup parler sans jamais avoir l’occasion de juger sur pièce. C’est chose faite avec la sortie d’un DVD de facture moyenne et en VF, laquelle nous annonce pour sa part que nous avons affaire en réalité à un caïman géant – mon oncle Hubert me souffle d’écrire que c’est caïman la même chose, mais je refuse de l’encourager.

Il est ici question du développement en pleine jungle d’une sorte de parc d’attractions à thème (le bien nommé pont du crocodile, ou un « radeau de Tarzan » qui va tenir le premier rôle dans la dernière partie du film). Bien sûr, cette construction implique une déforestation sauvage à visée touristique, qui se fait naturellement au détriment des indigènes locaux, les Kuma, dont l’histoire ne nous dit pas s’ils détiennent le totem symbole de leur immunité – et même si certains d’entre eux ont trouvé un emploi dans le parc. Alors qu’arrive le premier flot de touristes, ainsi qu’une équipe de photographes de mode parmi lesquels nos scénaristes vont piocher des héros pour l’intrigue (dont la jolie Barbara Bach), les tam-tams d’inquiétude et de contrariété résonnent perpétuellement en fond sonore : les Kuma sont mécontents de voir leur territoire ancestral souillé par l’homme blanc porteur de bob et mangeur de glace, et surtout ils craignent que cet affront à la nature suscite la colère de leur redoutable dieu-alligator, Kruna – et d’ailleurs, le moindre tronc d’arbre flottant provoque la panique chez les employés Kuma. Ces employés, payés avec des jeans, quelle condescendance, ont pourtant raison de se faire du mouron, et Thena, superbe mannequin noire, et son amant d’un soir, partis faire trempette en pleine nuit, sont les premières victimes de l’alligaïman.

ALLIGATOR dément rapidement sa réputation très Z en imposant un rythme étrange, de beaux efforts de montage, des cadrages soignés. Bien qu’il souffre parfois d’effets spéciaux un peu limites (rarement montré dans le détail et souvent sagement dissimulé par l’obscurité, Kruna l’alligator est assez grotesque en plein jour), le film tire moins vers le Z que vers la série B de bonne facture, et s’avère au final être un assez bon film d’aventures, preste et soigné. Quelques stock-shots animaliers tendance snuff, très à la mode dans le cinéma bis italien de l’époque (voir LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE du même Sergio Martino, ou CANNIBAL HOLOCAUST de Ruggero Deodato), semblent ici avoir été écourtés au montage (scène du singe jeté aux crocodiles), ce qui, pour être tout à fait honnête, ne me semble pas dommage. Le film connaît un petit tassement en cours de route lorsqu’il se prend les pieds dans les poncifs du film catastrophe, mais relance astucieusement l’intérêt en nous montrant la troupe de touristes partir en mini-croisière sur le lagon à bord du « radeau de Tarzan », bien vite pris d’assaut par le vilain caïgator : lorsqu’ils tentent de rejoindre la berge, ils réalisent que les Kuma, excédés, ont décidé de mettre le holà, ont massacré le personnel de l’hôtel et exécutent à vue tous ceux qui tentent de quitter le radeau – autant vous dire que la croisière ne s’amuse guère, et que cette portion du film est particulièrement réjouissante. ALLIGATOR se regarde plus qu’agréablement, et bénéficie autant de la présence de Barbara Bach, très sexy lorsqu’elle est entravée sur un radeau en offrande à l’alliman, que de celle de ce personnage de fillette mal embouchée, interprétée par Silvia Collatina (LA MAISON PRÈS DU CIMETIÈRE), répondant au prénom de Minou, et passablement salasse quand elle mate les mensurations du héros avant de faire un clin d’œil appuyé à Barbara Bach. Aux innocents les mains pleines…

 

 

 

 

B comme… BLOODGNOME, de John Lechago (USA, 2004)

Nous restons dans le domaine du scabreux avec ce tout petit film tourné pour le marché de la vidéo, se déroulant dans les milieux sado-masochistes, comme l’annoncent ouvertement un générique bondage et une première séquence nous montrant les ébats d’un couple cuirs et chaînes, soudain lacéré par des créatures invisibles – ils étaient branchés scarifications, ils sont servis ! Et ces meurtres se multiplient dans les milieux SM. La police est perplexe, mais pas autant que le journaliste chargé de filmer les investigations : après une vilaine chute, son caméscope parvient à capter sur les lieux l’image de gnomes invisibles et voraces. Doutant de sa fragile santé mentale, le journaliste contacte une adepte SM qui va l’assister dans son enquête – non sans l’initier à des pratiques diverses et variées. Ils vont découvrir qu’une maîtresse SM très en vue et accessoirement dealeuse d’une drogue étrange (Julie Strain, grrrr miaou) détient dans son arrière-boutique une créature monstrueuse, sorte d’énorme vagin denté crachant des bébés gnomes lorsqu’il a été nourri de chair humaine et répondant au nom de « Maman », et que la drogue qu’elle distribue dans le milieu est secrétée par Maman, rendant la chair des sado-masos consommable pour ses gnomes.

Oui, c’est un peu compliqué et un rien tordu. Les gnomes en question ne risquent pas de rivaliser avec le Golum de Peter Jackson (bien qu’il soit un peu trop cabotin pour mon goût – j’ai un peu regretté que sa conception ait changé en cours de route, sa première apparition reste la meilleure, fermons la parenthèse), mais leur animation, effectuée sur le plateau, est correcte dans les limites de cette petite production, du reste plutôt mal réalisée mais emballée avec enthousiasme, et nettement plus érotique que la moyenne. Dommage que l’éditeur, Antartic Video, dont le catalogue est assez varié, ne propose pas plus souvent de la VO.

 

 

 

 

C comme… CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, de Tim Burton (USA, 2005)

Alors que les adaptations de contes, qu’ils soient littéraires ou de tradition orale, laissent le plus souvent franchement à désirer (les relectures par Disney sont à vomir), il est intéressant de constater que l’œuvre passionnante de Roald Dahl est globalement plutôt bien servie par le cinéma : sans être parfaits, JAMES ET LA PÊCHE GÉANTE de Henry Selick (malgré une musique pas fameuse), MATILDA de Danny DeVito (malgré la pénible petite Mara Wilson qui en fait des caisses) ou le remarquable et malchanceux LES SORCIÈRES de Nicolas Roeg (et son happy-end stupide imposé par la production – ce qui n’a pour autant pas aidé le film à être distribué !) restent des adaptations fidèles à l’esprit généreux, sardonique et impertinent de l’auteur, et des films plus qu’estimables. Pour faire plus court, je n’ai encore pas vu d’adaptation de Roald Dahl piétinant le matériau pour n’en extirper que la guimauve, comme c’est si souvent le cas pour un Hans Christian Andersen bien maltraité par le 7e Art – si les petites fans d’Ariel, la sirène qui chante avec des crabes, passent par là : mes petites chéries, en vrai, votre héroïne se suicide à la fin ; bonne journée.

Venons-en maintenant à cette nouvelle adaptation de « Charlie et la Chocolaterie » par Tim Burton (avant d’aborder prochainement celle de Mel Stuart). Deux mots sur Tim Burton pour commencer. L’impact de son très beau ED WOOD semble plutôt lui avoir joué des tours, suscitant par la suite des déceptions chez ceux qui attendaient de lui qu’il enchaîne sur une carrière d’auteur (quoi que ça puisse bien vouloir dire). Les déçus de MARS ATTACKS, SLEEPY HOLLOW ou BIG FISH, leur reprochant souvent leur maniérisme, semblent oublier qu’avant ED WOOD, Burton avait aussi réalisé BEETLEJUICE ou PEE WEE’S BIG ADVENTURE : Tim Burton a toujours travaillé avant tout sur la forme, faisant naître l’émotion de figures graphiques et très épurées (VINCENT), teintées d’une amertume plus ou moins accentuée, mais toujours sur un plan formel, qu’il soit esthétique ou narratif. Les faveurs tendent plutôt vers ses œuvres les plus noires (ED WOOD, BATMAN RETURNS), œuvres admirables et fortes qui sont pourtant minoritaires dans sa carrière, plus portée vers un divertissement dissipé, vif et par dessus tout graphique. MARS ATTACKS ne me paraît absolument pas plus creux que BEETLEJUICE, SLEEPY HOLLOW ne me semble pas plus artificiel qu’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT – mais je n’ai personnellement jamais trouvé le cinéma de Tim Burton creux ou artificiel, même dans ses productions les plus récentes, déplorant simplement qu’il se soit perdu à deux reprises (BATMAN, LA PLANÈTE DES SINGES) dans de grosses productions dont la maîtrise lui a échappé. Je ne comprends donc pas vraiment en quoi son cinéma, qui a toujours été inégal, tant dans son inspiration que dans ses aboutissements, aurait régressé ou patiné dans la semoule ces dernières années, et je pense qu’il a sans doute été trop intellectualisé au début des années 90, ce qui le dessert aujourd’hui.

Mais puisqu’on parle de dessert, concentrons-nous maintenant sur l’adaptation en question. Tout d’abord, et contrairement au Dr Devo (voir son article), je ne suis pas convaincu par l’idée qu’il ait voulu « casser son jouet » en poussant jusqu’à ses dernières extrémités la laideur, le mauvais goût, l’artificialité, pour la simple et bonne raison que ces éléments sont en amont constitutifs de l’univers imaginé par Roald Dahl. Je pense au contraire qu’en jouant sur une esthétique saturée, bariolée et totalement irréaliste, Tim Burton est parvenu à transposer à l’écran les inventions totalement surréalistes du roman, abordant la direction artistique et la photographie comme de pures extensions des confiseries aux couleurs vives et aux saveurs fabriquées qui emplissent l’écran – qui est sucré quand on le lèche, j’en suis certain, même si je n’ai pas vérifié. En comparaison avec le développement de cet univers visuel improbable et constamment inventif, le générique d’ouverture en images de synthèse fait un peu triste figure – en contresens plastique avec ce qui s’ensuit.

La saturation jusqu’à l’écœurement oppose un contraste extraordinairement violent à la longue introduction, fondée sur une imagerie et une esthétique plus classiques, et bien entendu sur l’attente de la découverte du ticket d’or, sur laquelle Burton joue à merveille avec la déception et un suspense malheureux particulièrement efficace. Cette saturation visuelle a le grand mérite de ne pas se contenter de transposer fidèlement à l’écran l’intégralité des descriptions de Roald Dahl, Tim Burton faisant particulièrement preuve d’invention dans sa version très personnelle des oompas-loompas (qui a fait râler les intégristes du roman original) ; elle marque aussi le pas de la lassitude du personnage de Willy Wonka, dont Tim Burton a parfaitement bien compris la nature, et que Johnny Depp interprète à la perfection, sur un registre corrosif, profondément décalé et ostensiblement inspiré par la personnalité de Michael Jackson, option surprenante mais, il faut bien le reconnaître, franchement efficace.

Le traitement de ce personnage est sans doute ce qu’il y avait de plus difficile à développer, et c’est la plus grande qualité de cette excellente adaptation, qui parvient à conserver son ambiguïté (ses répliques cinglantes sont bien celles du roman) en la poussant complaisamment dans une direction cauchemardesque et hilarante, bizarrement pathétique et attachante. C’est aussi avec ce personnage que Tim Burton s’approprie véritablement le matériau d’origine : démarquant Edward aux Mains d’Argent dans sa première apparition en flash-back, Willy Wonka est l’objet d’un prolongement de l’intrigue imaginé par Tim Burton (son enfance auprès du sévère Christopher Lee, puis ses retrouvailles avec celui-ci), qui rejoint les thèmes déjà abordés dans BIG FISH et apporte au film un traitement et une résolution décentrées, moins focalisées sur Charlie lui-même, qui semble moins intéresser Burton. Cette relecture du personnage était un pari fort risqué, qui risquait de dénaturer le personnage et de faire sombrer le film en fin de course dans la guimauve qui, heureusement, ne s’étale que sur l’écran : par un savant dosage (voir la séquence assez brutale au cours de laquelle Charlie refuse le marché proposé par Wonka), Tim Burton et Johnny Depp ont su renforcer subtilement l’étrangeté un peu dérangeante du personnage, et plus encore la maintenir solidement dans la prolongation du récit qu’un autre cinéaste (ou un autre interprète) aurait tirée vers une émotion sucrée et moralisatrice. C’est assez prodigieux de voir le cinéaste insérer le personnage dans son propre univers sans jamais l’altérer ou le dénaturer, ce qui fait de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE un excellent film et une adaptation qui, une fois n’est pas coutume, donne véritablement le sentiment d’une rencontre artistique, harmonieuse et intelligente.

 

 

 

 

D comme… DAYDREAM BELIEVERS, de Neill Fearnley (Canana/USA, 2000)

Passons maintenant à cette biographie télévisuelle des Monkeys. Pour ceux qui ne les connaissent pas, les Monkeys est un groupe monté de toute pièce pour le développement d’une série TV mongoloïde (diffusée il y a quelques années sur Arte), dans une tentative de réponse américaine au phénomène des Beatles. Le film essaie d’ailleurs de temps à autres de faire aussi débile que la série en question (gags crétins à base de déguisements, accélérés à la Benny Hill), ce qui est humainement impossible. Le projet évoque irrésistiblement DANS LA GROTTE DE BATMAN, qui imaginait à la fois une aventure saugrenue mettant en action Adam West et Burt Ward à la recherche de la Batmobile dérobée dans une exposition, en parallèle avec la genèse de leur vieille série TV. Le résultat est loin d’être aussi sympathique.

On note quelques tentatives de mise en scène (l’introduction contemporaine glissant sans changement de plan dans le flash-back), et même une vague ébauche de propos social (Jimmy Hendrix sifflé, image des affiches des concerts collées par-dessus celles des militants de l’intégration), une poignée de scènes perdues dans un océan de stupidité – passe encore, et surtout d’ennui (interminables atermoiements des membres du groupe, en quête de reconnaissance artistique et de respectabilité). Superficiel, atrocement mal interprété (mention particulière pour le pauvre acteur chargé d’incarner Jack Nicholson, à pleurer de rire), le film ne se pose jamais les bonnes questions et s’embourbe peu à peu dans le « biopic » terne, linéaire, décérébré. Lassant, laid, pénible, le film ne nous prépare pourtant pas à l’ignominie de sa conclusion, nous montrant les Monkeys, amers, déçus, parachutés dans une visite d’enfants malades dans un hôpital qui les amène à relativiser très fort leurs propres déconvenues. C’est à vomir.

 

 

 

 

E comme… EVIL CULT, de Wong Jing (Hong-Kong, 1993)

Retour au cinéma hong-kongais après un VAMPIRE HUNTERS de sinistre mémoire. Ce n’est pas forcément la panacée, mais ça va déjà beaucoup mieux. Par contre (mais ça, c’est une composante de la production locale), ça va très, très vite, et il faut vite accepter de se laisser porter sans forcément chercher à comprendre les différentes implications d’un récit trop touffu, sans chercher non plus à mémoriser les noms des très nombreux personnages, au risque dans le cas contraire de vite baisser les bras et d’attraper une aspirine. Mais contrairement au mauvais film de Wellson Chin, EVIL CULT sait calmer le jeu et structurer, au sein de son chaos esthétique et narratif, de superbes séquences d’action ou de comédie.

Le film nous plonge dans l’univers des contes chinois, dans une intrigue construite autour d’une épée légendaire, objet de toutes les convoitises, et d’un orphelin (Jet Li) blessé à la mort de sa mère qui va suivre un parcours initiatique pour trouver la guérison et rompre enfin le vœu qui lui interdit de se battre. Pas toujours très maîtrisé, le film va puiser son inspiration dans le fameux ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE de Tsui Hark, parfois un peu complaisamment (il lui vole notamment le personnage de ce vieillard enchaîné à un rocher au fond d’un gouffre hanté). Il bénéficie par contre d’un sous-texte érotique malicieux qui permet de beaux passages de comédie, et de quelques morceaux de bravoure et de spectacle pur : les effets spéciaux, réalisés sur le plateau (pas d’affreuses images de synthèse comme dans VAMPIRE HUNTERS), sont parfois hallucinants, et quelques séquences superbes sortent vraiment du lot – dont une nous montrant Jet Li agressé par les cordes du luth d’une très belle renarde. Il faut probablement mieux être un peu client de ce type de cinéma pour pouvoir vraiment apprécier, d’autant plus qu’EVIL CULT n’est pas forcément ce qui s’est fait de mieux dans le genre, mais malgré une fin à l’emporte-pièce (après l’insuccès du film, la suite programmée n’a jamais été tournée), le spectacle est d’assez bonne tenue dans l’ensemble.

 

 

 

 

F comme… FOR THE CAUSE, de David & Tim Douglas (USA, 2000)

Retour à la série B avec ce FOR THE CAUSE qui ne paye pas de mine, mais s’avère de plutôt bonne facture, malgré un récit sans doute un peu trop inspiré par le scénario de l’intéressant PLANÈTE HURLANTE. Dans un futur indéterminé, notre monde est en guerre depuis près d’un siècle. Deux cités s’affrontent, très éloignées l’une de l’autre. L’ennemi est invisible et omniprésent, et l’une des deux cités livre le combat en envoyant des soldats au front et en utilisant la technologie des « sorcières », femmes livrant le combat à distance via des espèces de consoles générant à distance des créatures virtuelles et des barrières de protection – mais virtuelles ou pas, leurs armes peuvent aussi leur coûter la vie. Un groupe de soldats et de sorcières est chargé de traverser des contrées désertiques en direction de la cité adverse. En chemin, les traîtrises vont se dévoiler, et les enjeux, la cause en question, vont s’avérer de plus en plus dérisoires, ne servant que des intérêts d’état.

Malgré le manque de moyens évidents d’un film qui souffre un peu de son aspect cheap, les deux réalisateurs issus des effets spéciaux mettent le paquet sur une direction artistique ambitieuse, de plus en plus étrange au fur et à mesure que progressent les protagonistes : lorsqu’ils doivent enfin traverser la montagne qui sert d’enceinte à la cité ennemie, les décors deviennent totalement improbables, grottes obscures éclairées par des rochers aux couleurs vives et fluorescentes. Si les effets infographiques ne sont pas très beaux, la mise en scène, quoique très impersonnelle, reste soignée, et le film aborde son sujet avec sérieux et non sans une certaine finesse, ce qui est rarement le cas dans ce type de petites productions. Des ambitions louables qui font de FOR THE CAUSE une estimable petite série B, ni plus ni moins, et c’est déjà pas si mal, ce qui fait regretter une fois de plus l’absence de VO.

 

 

 

 

G comme… GARGOYLES, de Jim Wynorski (USA, 2004)

Jim Wynorski poursuit vaillamment sa petite carrière insignifiante, et après un Z sympathique (RAPTOR et son hilarant dinosaure-marionnette) et une série B à dormir debout (PRÉDATEURS MUTANTS et ses hideux lézards en images de synthèse), il enchaîne sans grande originalité avec des gargouilles sévissant en Roumanie, encore des images de synthèse pourries malheureusement. Emprisonnées grâce à une arbalète sacrée au XVIe siècle, les créatures ressurgissent lors d’un tremblement de terre, venant semer la mort, et accessoirement le trouble sur une affaire de trafic impliquant des agents du FBI.

Jim Wynorski soigne de plus en plus sa mise en scène (séquence du zoo très composée – sur le papier du moins), et parvient à se hisser péniblement au stade de la médiocrité, ce qui est sans doute un mauvais calcul, car son film perd totalement en caractère et n’a même plus le mérite de faire rire. Son film est donc d’une grande banalité, et il est du reste totalement dépourvu de mystère, ses créatures, pas très convaincantes pourtant, étant d’emblée et complaisamment dévoilées. Prêtre comploteur travaillant à l’avènement des créatures démoniaques, visite du repère sous-terrain des créatures plagiant ALIENS à deux sous de l’heure et grosse explosion finale – avant que les héros du FBI apprennent l’apparition d’OVNI en Sibérie (gag), le film se regarde à peine pour une séquence cocasse en roumain non traduit sur une grande roue, et pour sa direction artistique passable ; il s’oublie aussitôt après nous avoir ennuyé. Ça peut soigneusement s’éviter.

 

 

 

 

H comme… HALLOWEEN IV, de Dwight Little (USA, 1988)

Le Dr Devo a récemment éclusé les trois premiers films de la série des PSYCHOSE et l’étrange remake de Gus Van Sant, les deux suites imaginées respectivement par Richard Franklin et Anthony Perkins étant tout ce qu’il y a de plus honorable, et s’est arrêté à l’opus trois, faute d’avoir vu un quatrième volet de piètre réputation, signé, si ma mémoire est bonne, par Mick Garris. À défaut, je me propose de revenir sur une série nettement moins intéressante, celle qui s’est construite – à grands renforts de contresens et de pannes d’inspiration – autour de l’admirable HALLOWEEN de John Carpenter.

Nous glisserons brièvement sur les deux premières suites. HALLOWEEN II, réalisé par le tâcheron Rick Rosenthal (également aux commandes des OISEAUX II !), initie d’emblée la grossière erreur d’interprétation assimilant le croque-mitaine sublimé de la conclusion du Carpenter à un tueur masqué à la VENDREDI 13 en reprenant le récit à l’exact instant où le premier film trouvait sa superbe conclusion. Non, Michael Myers n’a pas disparu, il s’est juste relevé pour aller tuer les voisins, comme ça, pour faire joli. S’ensuit une traque ensommeillée dans les couloirs de l’hôpital, Myers poursuivant encore et toujours la pauvre Jamie Lee Curtis (brièvement confinée dans les slashers type LE BAL DE L’HORREUR ou LE MONSTRE DU TRAIN, dont elle aura par la suite su s’extirper avec un immense talent). Comble du comble, le scénario, écrit du bout des doigts par un Carpenter peu convaincu qui en a refusé la réalisation, se pique soudain de faire de Jamie Lee Curtis la sœur de Michael Myers, idée un peu stupide qui contribue encore davantage à affadir un sujet déjà bien ténu, qui ne fonctionnait (à merveille) dans HALLOWEEN que par la grâce du style de Carpenter, qui aura rarement été aussi épuré et percutant, et par la force de conviction qu’il avait su conférer au personnage de ce psychopathe échappé d’un asile, simple tueur masqué au début du film, littéralement transcendé dans une dernière demi-heure soufflante pour devenir le « boogeyman » des terreurs enfantines, immatériel, indestructible, irrationnel, doué d’ubiquité. Piètre prolongement.

Consterné par le résultat, Carpenter ne cède aux pressions pour rallonger la sauce qu’à la condition d’abandonner le personnage de Michael Myers. Il propose donc de poursuivre la série en imaginant pour chaque nouvel épisode une intrigue différente, la fête d’Halloween devant servir de simple fil conducteur, et confie la réalisation de HALLOWEEN III à son ami Tommy Lee Wallace (accessoirement spécialisé dans les suites casse-gueule, puisqu’il a également réalisé VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE II et un VAMPIRES II sur lequel nous reviendrons dès la deuxième partie de cet article, les choses sont quand même bien faites). Le film doit probablement sa réputation désastreuse à l’absence du tueur masqué et à la vive déception des fans du personnage, manifestement pas dégoûtés par la franche médiocrité de l’opus 2. Maladroit mais très original, singulier, très estimable, HALLOWEEN III reçoit une volée de bois vert à sa sortie, c’est un échec commercial cuisant, et Carpenter décide sagement de passer à autre chose. Le producteur Moustapha Akkad, détenteur des droits de la série, l’entend d’une autre oreille et compte bien raffler quelques billets verts de plus en prolongeant une série qui a fini par concurrencer en longévité celle des VENDREDI 13, pour ne devenir qu’une franchise sous respiration artificielle de plus.

Nous voilà donc arrivés à HALLOWEEN IV, qui marque naturellement le retour très dispensable de Michael Myers. Bon, bien sûr, c’est un peu difficile : il a tout de même fini dans les flammes, embrasé avec le brave Donald Pleasence dans l’incendie de l’hôpital. Qu’à cela ne tienne, sept ans ont passé à ne pas réfléchir, et les fans ont la mémoire courte. Michael Myers est donc bien vivant et interné, c’est comme ça, pas de questions, vous parlerez à mon avocat. À l’approche de la fête d’Halloween, comme c’est pratique, il doit être transféré dans un autre établissement. Dans l’ambulance, deux infirmiers évoquent l’existence d’une petite nièce du tueur fou vivant dans les environs, ce qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd : Myers sort tout à trac de sa somnolence, trucide les infirmiers et s’en va à la chasse à la nièce, à défaut de sœur, Jamie Lee Curtis ayant trouvé mieux à faire ailleurs, pas folle la guêpe. Entre donc en piste la petite Jamie (ha-ha), fille de Jamie Lee Curtis, elle-même balayée du récit d’un discret revers de la main gauche – on dirait qu’elle serait morte et que sa fille aurait été adoptée, d’accord ? (Bon, son grand retour dans le piètre HALLOWEEN, 20 ANS APRÈS, désastreuse tentative de rénovation d’une franchise mourante par un des réalisateurs de la série VENDREDI 13, tiens, tiens, nous apprendra qu’en réalité, elle vit plus loin, heureuse avec un grand fils, et qu’elle a en conséquence juste abandonné sa première fille, parce qu’elle était trop moche et ne sentait pas très bon). Jamie est une petite fille très malheureuse, car elle n’arrête pas de faire des cauchemars où elle est poursuivie par un Michael Myers qu’elle n’a pourtant jamais rencontré et dont elle redoute le retour, tout cela est très logique. Quant à Donald Pleasence, et bien, on dirait qu’il n’est pas mort non plus, oh, il est juste un peu brûlé sur la joue, mais le personnage était si cool, pourquoi s’en priver, coco ? Et il revient donc derechef prévenir la ville de la menace qui la menace, d’un ton sentencieux appuyé par de grands roulements d’yeux effarés.

Les bases de l’intrigue se voyant solidement (hem) posées, l’interminable et répétitif jeu de cache-cache peut commencer, long tunnel de « fuyons, il est ici ! » qui se caractérise par l’imbécillité d’un procédé consistant à nous montrer les personnages claquer des portes sur le tueur et cavaler comme des dératés, ce qui n’empêche jamais Myers de venir leur taper sur l’épaule dès qu’ils s’arrêtent pour souffler un peu. Le summum de la bêtise est d’ailleurs atteint dans la dernière partie, lorsqu’un groupe de personnages s’enfuit à bord d’une camionnette sans réaliser que Myers est à bord, le film appliquant avec la dernière des facilités le procédé facile et déjà usé jusqu’à la corde du surgissement – « fuyons, il est ici ! » – qui, par sa proximité avec les procédés cartoonesques d’un Chuck Jones période Vile Coyote, risque bien plus de faire rire que de susciter l’effroi.

Le médiocre Dwight Little tente bien d’utiliser son joli cinémascope pour placer des ponts stylistiques avec la mise en scène de Carpenter, mais il oublie l’essentiel : jouer de la profondeur de champ ! Sa réalisation s’assèche en deux temps, trois mouvements, coquille vide pompant certaines séquences de l’original (bavardages entre filles dans une voiture filmés à travers le pare-brise) et s’efforçant pitoyablement de reproduire de timides scènes filmées en caméra subjective qui évoquent bien davantage les rives de Crystal Lake par leur manque d’à propos et d’inspiration. Et après un climax foireux, le film tente une conclusion spectaculaire mais très tirée par les cheveux, en forme de boucle avec l’introduction du film de Carpenter. C’est ravissant, mais cette image choc sera prestement occultée dès l’amorce d’un HALLOWEEN V sur lequel je reviendrai une fois prochaine. En bref, un slasher de plus, et pas du meilleur cru, loin de là.

 

 

 

 

I comme… L'INSPECTEUR GADGET, de David Kellogg (USA, 1999)

Retour sur un film cordialement détesté à la première vision. Pourquoi perdre ainsi son temps, me direz-vous ? Et bien, le fait est que le Dr Devo apprécie ce film, pour des raisons qui, même à la revoyure, m’échappent totalement.

Adapté du célèbre dessin animé, le film démarre en fanfare avec un générique assez ignoble : passe encore sur l’animation en images de synthèse, d’une franche banalité, mais la reprise de la célèbre chanson du générique ici utilisée fait partie de ces rares assemblages de sons et de voix capables de me donner envie de me pendre ou de faire du mal à un animal. Passons, donc. Dès l’introduction, le film se lance dans ce qui me semble être une cause perdue d’avance : la restitution live de gags issus du cartoon. À l’exception notable de Joe Dante, qui est souvent parvenu à en tirer le meilleur parti du fait d’une mise en scène élaborée et bien plus fine qu’elle n’en donne l’air (voir LES BANLIEUSARDS), je trouve en général le résultat poussif et à ce point dénué de drôlerie qu’il en devient sinistre. L’espace d’un instant, alors que la première séquence s’achève sur la révélation fracassante qu’il s’agissait d’un rêve, je me dis : bon, fausse alerte, le réalisateur a balancé la sauce, maintenant il va affiner et faire partir le film dans une direction plus cinématographique. Eh ben non, il a trouvé son sac de café, et il mouline, il mouline.

Résultat, le film, déjà pas bien finaud (allo, finaud ?) – voir la scène du gourou, copieusement débile – en plus d’être ultra prévisible et convenu (double maléfique, lutte d’arrache-pied pour accéder à la reconnaissance de la communauté), s’enferre dans l’exploitation systématique d’effets visuels prenant le relais d’une mise en scène aux abonnés absents pour mieux générer des gags à la THE MASK qui feraient passer les SCOOBY DOO pour du Tarkovski. Bon, je concède au Dr Devo la présence effective d’un très vague sous-texte sexuel, bien qu’il ne soit en réalité pas très drôle et bien peu assumé, production Disney oblige (mais je pourrais faire le même reproche à l’ironie de surface du scénario, absolument sans relief). Mais rien n’y fait. Je trouve toujours le film laid à vomir, bête à manger du foin, empesé par une bande originale consternante et respirant le bâclage à plein nez. Allez, je vais faire un petit effort et faire un compliment au film : il a le mérite d’être court, une heure et dix petites minutes douloureuses.

 

 

 

 

J comme… JUMPIN’ JACK FLASH, de Penny Marshall (USA, 1986)

Excellente comédienne aux choix de carrière souvent consternants, Whoopi Goldberg a aujourd’hui quelque chose d’assez faisandé. C’est dommage, car quand on revoit certains petits classiques de ses débuts de carrière, son talent, manifeste dans des films plus sombres comme VOYAGEURS SANS PERMIS, paraît indéniable, ce qu’il est parfois difficile de se rappeler quand on a en tête des titres comme BOGUS, T-REX ou SISTER ACT.

Petite comédie d’espionnage, JUMPIN’ JACK FLASH fait partie du dessus de panier. Whoopi y interprète Terry, employée de banque cinéphile, chargée des transactions internationales profitant de son poste informatique, au grand dam de son patron, pour « chater » familièrement avec les clients – les premiers balbutiements de l’Internet étant à l’époque de la sortie du film d’une relative nouveauté. Elle tombe un jour sur un interlocuteur extérieur au réseau, surnommé « Jumpin’ Jack Flash », espion bloqué en Russie dans un pétrin sans nom qui lui demande de prévenir l’Ambassade. Inutile de préciser que Terry va vite se retrouver embarquée dans une affaire dangereuse.

La réalisation de Penny Marshall est assez moyenne, en rien remarquable, mais le film bénéficie énormément d’un scénario vif et bien construit, d’un rythme solide et d’interprètes attachants (Carol Kane, Annie Potts, Jonathan Pryce, Tracey Ullman). Et Whoopi Goldberg fournit une interprétation d’une réelle fraîcheur, d’une énergie dont elle n’a plus fait preuve depuis des lustres : prisonnière d’une cabine téléphonique, soumise à un sérum de vérité, interprétant « Can’t hurry love » pour se glisser dans une soirée mondaine, armée d’une brosse à dent géante pour se défendre d’un cambrioleur, aux prises avec un broyeur à papier qui a entrepris de dévorer sa robe, elle porte le film à bout de bras, parvenant à faire de cette petite comédie policière anodine sur le papier un moment extrêmement agréable et franchement sympathique.

 

 

 

 

K comme… KISS KISS (BANG BANG), de Stewart Sugg (GB, 2000)

À ne pas confondre avec le KISS KISS BANG BANG de Shane Black, déjà chroniqué par le Dr Devo en ces pages (notez la subtilité de la typographie), le film de Stewart Sugg tente un sujet casse-gueule ouvert à toutes les opportunités. Et se casse la gueule, malheureusement.

Stellan Skarsgaard interprète un tueur à gages lassé de sa profession, qui décide donc de raccrocher et, privé de ressources, accepte de baby-sitter / bodyguarder le fils sur-protégé d’un riche homme d’affaires de ses relations pendant son absence. Problème, Skarsgaard réalise que le fils en question frôle la quarantaine (feu Chris Penn !), et que celui-ci, préservé du monde extérieur puisqu’il n’a jamais mis un pied à l’extérieur de la demeure familiale, a conservé l’esprit d’un enfant de dix ans. Il décide de lui faire voir le monde réel, sans se douter que son ancien employeur, contrarié par sa démission, a chargé ses anciens collègues de l’exécuter.

Le sujet est un peu tiré par les cheveux, mais le film semble vouloir aborder de front plusieurs directions à la fois, et le spectateur patient tente vaillamment de prendre le train en marche, ce que facilitent quelques idées décalées et sympathiques (la tueuse à gages noire en fauteuil roulant) et un soin porté à une mise en scène très composée. Le film se construit principalement, et de façon beaucoup trop appuyée, sur le thème de la paternité : Skarsgaard est à la fois confronté à un homme-enfant, à un père mourant, à une relation amoureuse en plein tremblement de terre (la maîtresse vient de découvrir qu’elle était enceinte) et à une jeune recrue, tueur à gages qu’il a formé lui-même et pris sous son aile. Stewart Sugg aurait difficilement pu faire plus chargé.

J’ai décroché du projet au fur et à mesure que progressait le récit. Beaucoup trop de musique, d’une part, et la succession incessante de tubes finit franchement par taper sur le système. Mais le gros problème provient en toute bonne logique de l’écriture. Le film balance constamment entre la poésie très fabriquée (Chris Penn est d’une légèreté qui doit beaucoup au Robin Williams de JACK), la farce (trop appuyée, ou pas assez), le thriller, le mélodrame, la comédie, sans jamais vraiment trouver un équilibre. Le résultat est donc forcément très inégal, et le sentimentalisme vient en bout de course achever le métrage dans une conclusion cruelle gâchée par une écriture trop démonstrative et par une mise en scène poseuse (ralentis à la DePalma d’un ridicule achevé), empruntée et dépourvue de style. Difficile de vraiment détester une œuvre aussi risquée (et non pas ambitieuse), mais il est impossible de ne pas admettre qu’elle est tout aussi ratée.

 

 

 

 

Tiens, nous en sommes à la moitié de cet épisode 8 ! Je crois que vous avez largement de quoi lire pour le moment, nous allons donc faire une petite pause – la suite ne saurait tarder. D’ici là, voyez des films.

 

 

 

 

Le Marquis

 

 

 

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Photo : "C'est normal d'avoir peur" (Le Marquis)

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Samedi 29 juillet 2006 6 29 /07 /2006 18:12

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D'après l'affiche du film LEVRES DE SANG.

Suite et fin du début, qui n’était que le commencement, et l’on attaque très fort avec un très beau film fantastique français qui a coûté moins cher que le budget promo de PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS, comme quoi, finalement, on est bien peu de chose.
 
L comme… LÈVRES DE SANG, de Jean Rollin (France, 1975)
C’est peut-être la première fois sur Matière Focale que le cinéaste Jean Rollin a droit à un petit article, même s’il est fréquemment fait allusion à son cinéma étrange et très personnel, comme c’était le cas il y a quelques jours dans cet article du Dr Devo. Je saisis l’occasion pour dire tout le bien que je pense de ce réalisateur atypique, dont la filmographie passe trop souvent pour un amas de séries Z sur lesquelles il est de bon ton d’ironiser, et que l’on compare, pas vraiment à juste titre, à Jess Franco, dont la carrière compte bien quelques titres intéressants (LA COMTESSE NOIRE et L’HORRIBLE Dr ORLOFF ont été traités dans ces pages, comme le sera très prochainement le film EUGÉNIE DE SADE), mais qui est également l’auteur de films exécrables comme L’ABÎME DES MORTS-VIVANTS ou MONDO CANNIBALE. L’œuvre de Jean Rollin m’a toujours paru plus égale et plus cohérente, et certains de ces films (notamment LA ROSE DE FER et LA NUIT DES TRAQUÉES) sont à mes yeux assez remarquables. Bien sûr, comme je le dis souvent dans ce genre de comparaisons, il n’existe pas d’entité suprême exigeant de nous que nous choisissions l’un ou l’autre, et préférer Rollin ne me prive pas d’apprécier à sa juste valeur un beau film comme UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS (oui, je sais, le titre est idiot, Jess Franco voulait l’appeler LA NUIT DES ÉTOILES FILANTES !).
LÈVRES DE SANG est une très belle réussite, et nous prend par la main pour nous emmener, à pas mesurés dans un premier temps, dans un univers qui peut paraître banal (ou ridicule aux yeux des railleurs), mais le quotidien chez Jean Rollin est toujours d’un détachement irréaliste assez surprenant, où les intérieurs sont encombrés d’objets insolites, et où les êtres humains paraissent totalement désincarnés, réduits à des instincts primaires, sexuels notamment, un peu tristes – inanité des dialogues (atonaux, qui sonnent comme des enregistrements datés, usés, répétés à l’infini jusqu’à en perdre leur sens même), fréquente nudité, froide et peu engageante. Absents d’eux-mêmes en somme, à l’exception de ceux qui savent voir au-delà des apparences et ont conscience de l’existence des « Parallèles », ces créatures de la nuit qui peuplent l’imaginaire de Jean Rollin, que ce soit pour chercher à les rejoindre ou pour tenter de les cacher encore davantage, d’essayer de les exterminer.
C’est l’enjeu frontal de ce film, où un homme est hanté par le souvenir d’une jeune fille rencontrée dans les ruines d’un château alors qu’il était enfant, souvenir que sa mère cherche en vain à lui faire oublier, lui dissimulant la vérité : « le vampirisme est une terrible maladie » dit-elle, réplique qui pourra faire sourire – et pourquoi pas, rien ne l’interdit – mais qui montre bien à quel point le fantastique chez Jean Rollin n’est pas lié à un événement extraordinaire venant bousculer l’ordre du monde, mais cohabite dans une harmonie aux contours surréalistes avec une réalité d’emblée extrêmement fragile et illusoire. Un univers hybride et très personnel donc, qu’il serait inexact de qualifier d’onirisme, et qui culmine dans le point de basculement de LÈVRES DE SANG via la superbe séquence où le personnage principal se réfugie dans la salle d’un cinéma de quartier projetant LA VAMPIRE NUE de Jean Rollin. Loin de n’être qu’un clin d’œil facile et nombriliste, cette scène où l’étrangeté du film projeté déborde peu à peu sur la salle de cinéma illustre un thème récurrent chez Rollin, celui de la frontière sensible entre fiction et réalité – et c’est d’ailleurs dans LA VAMPIRE NUE que l’on découvre, avec pour ma part une certaine stupéfaction, un concept de pièce isolée du récit et de la fiction, sorte de salle d’attente, de carrefour au sol marqué de rayures noires et blanches et aux murs couverts par des rideaux de velours, qui constitue l’intersection entre les inventions de Cocteau et celles de David Lynch pour TWIN PEAKS.
À cette séquence de franchissement succède une plongée dans le cœur du fantastique de Jean Rollin, bien plus sombre et mélancolique que kitsch, une randonnée nocturne fantasmagorique qui se distingue par un soin maniaque porté sur les repérages et sur la photographie, et là encore, loin de sa réputation de faiseur fauché et ringard, Jean Rollin nous plonge dans un monde très composé et admirablement bien cadré, soutenu par une assez belle musique, ponctué d’idées un peu folles et mystérieuses – voir la rencontre de l’homme avec une vieille femme qui prétend être la jeune fille de son souvenir, sans qu’il soit réellement possible à ce stade du récit de savoir s’il s’agit d’imposture, d’ubiquité ou d’une cruelle désillusion.
Pour le coup, les quelques défauts du film, et plus généralement du cinéma de Jean Rollin (liés au manque de moyens et à une interprétation incertaine dont le décalage manque parfois de mesure, ou tout simplement de charisme), paraissent bien négligeables au regard de la forte personnalité qui s’en dégage, de ses réelles qualités plastiques, de son inépuisable originalité, de précieuses qualités hélas souvent balayées d’un revers dédaigneux de la main dans un pays où l’on peine pourtant à accoucher d’œuvres fantastiques le plus souvent poussives, américanisées jusqu’à la caricature. Quoi qu’il en soit, très beau film.
Deux mots pour conclure pour signaler l’édition de la quasi-totalité de la filmographie de Jean Rollin en DVD : service un peu minimum, avec une poignée de bandes-annonces, une galerie de photos et d’affiches et une seule et unique interview de Rollin, intéressante, mais commune hélas à l’ensemble des titres de la collection. Un gros reproche : la laideur des jaquettes, identiques à celles des DVD anglo-saxons, qui préfèrent illustrer, à l’exception de ce LÈVRES DE SANG, chaque film par une photographie vulgaire, d’un érotisme kitscho-morbide un peu débile : où sont les magnifiques affiches conçues pour le cinéaste, par Druillet notamment ???
 
M comme… LE MEXICAIN, de Gore Verbinski (USA/Mexique, 2001)
Retour aux Etats-Unis pour ce film réalisé par Gore Verbinski, cinéaste totalement impersonnel, mais au savoir-faire tout de même estimable, à qui l’on doit une SOURIS franchement sympathique et un remake de RING, LE CERCLE, qui n’est pas indigne de son modèle (malgré quelques défauts vraiment pesants, le psychologisme à deux balles et l’interprétation un peu maladroite de Naomi Watts qui en découle), est superbement photographié et fait même preuve parfois d’une belle inventivité – et vaut donc mieux, semble-t-il, que le CERCLE II réalisé par Hideo Nakata lui-même.
Des qualités que l’on retrouve dans ce MEXICAIN, dont l’affiche peut faire peur (comédie romantique avec Brad Pitt et Julia Roberts, le café et l’addition, merci), mais qui bénéficie pourtant d’un bon scénario, absolument pas centré sur la romance (si je veux) fleur bleue d’ailleurs. Les enjeux tournent autour d’un pistolet ancien dont la valeur inestimable est liée à l’histoire de sa création, histoire disséminée au cours du récit par des flash-back d’un lyrisme de western exacerbé, naturellement soutenu par une musique pastichant les compositions d’Ennio Morricone. Brad Pitt, qui rend régulièrement, contraint et forcé, des services pas tout à fait légaux à un malfrat, doit se rendre au Mexique et le récupérer pour lui ; c’est la goutte d’eau de trop pour Julia Roberts (en pleine imitation de Sandra Bullock), qui le plaque et fait ses valises, mais est enlevée par un tueur à gages à la solde d’un autre malfrat convoitant le même pistolet.
Le film est plutôt agréable, fort bien rythmé, et fait parfois un peu penser aux AVENTURES DE JACK BURTON de John Carpenter dans la manière dont Brad Pitt, anti-héros maladroit et un peu demeuré, se heurte à un univers un peu irréaliste où les clichés sud-américains sont systématiquement tournés en dérision. Vif, spirituel et assez enlevé, LE MEXICAIN n’est de plus pas si engoncé qu’il n’y paraît dans un moule conformiste américain, et surprend même beaucoup, avant une dernière demi-heure moins réussie, notamment dans le développement du personnage du kidnappeur de Julia Bullock, solidement campé par James Gandolfini, Verbinski prenant notamment le risque de profondément déplaire au grand public dans l’aboutissement inattendu du parcours de ce personnage : toute petite audace, mais qui, dans le contexte de ce film principalement structuré par des ressorts comiques, fait son petit effet.
Pas un grand film, loin de là, mais LE MEXICAIN vaut mieux que sa tiède réputation, et s’avère, dans les limites de ses ambitions et malgré une longueur excessive, aimablement visible.
 
N comme… NOTRE DAME DE PARIS, de Wallace Worsley (USA, 1923)
Attention, je vous enlève les couleurs et le son, gare aux syncopes et aux crises de rage de ceux pour qui le cinéma antérieur aux années 90 n’existe pas, nous allons faire un petit tour du côté du cinéma muet, rarement visité sur Matière Focale, pas par manque d’intérêt mais bien plus par manque de matière. Bon, le film en question ne sera pas pour moi l’occasion de vous rappeler à quel point le cinéma a régressé avec l’apparition du parlant en termes d’expressivité, dans la mesure où cette adaptation du roman de Victor Hugo est bien académique et décevante à plus d’un titre, tant sur le plan de la mise en scène que sur celui du scénario.
Par contre, je peux vous toucher un mot de ce que ce genre de projection peut avoir d’agréable, à cause de l’absence (rare) ou de la franche nullité (c’est beaucoup plus fréquent) de l’accompagnement musical proposé. Si la musique de classiques comme les Fritz Lang (METROPOLIS ou LES TROIS LUMIÈRES) bénéficient de compositions remarquables, la plupart des films muets se voient affligés sur ce plan de choix historiques rigoristes, ou tout simplement de choix aléatoires, aux effets désastreux – petites ritournelles hyper répétitives et profondément irritantes, mélodies naïves et désuètes censées souligner le grand âge des images qu’elles écrasent lourdement dans un élan pseudo nostalgique écœurant, tentatives ponctuelles et exécrables de sonorisation maison (avec ici l’emploi de cloches pour faire ding-dong en chœur avec Quasimodo). Bref, c’est l’occasion rêvée pour, tout simplement, couper le son et faire taire les besogneux anonymes, et sélectionner soi-même un accompagnement musical qui, de fait, a de fortes chances d’être bien plus adapté au film visionné (à moins que votre côté pervers ne vous pousse au décalage forcené, du genre NAISSANCE D’UNE NATION sur fond de Jean-Michel Jarre), et évitera surtout le synchronisme niais consistant à employer le thème pleurnichard (je dis bien « le » car en général il n’y en a qu’un seul, bien sûr) quand les images sont tristes, le thème guilleret quand les acteurs ont l’air content, etc. Croyez-moi sur parole, en considérant l’alternative avec la bande-son disponible dans les éditions proposées, il n’y a pas photo. Mon choix s’est donc porté, pour NOTRE-DAME DE PARIS, sur un disque d’Arvo Part aux tonalités abstraites et lyriques à la fois, qui a magnifié ce qu’il était possible de sauver dans cet assez mauvais film.
Car le film de Wallace Worlsey est mauvais. Empêtré dans une reconstitution historique luxueuse aux décors pharaoniques et assez impressionnants, le film fait (déjà !) preuve d’un académisme pachydermique. Certes, et dans le cadre du cinéma muet, il est appréciable de trouver des qualités de mise en scène, principalement de montage, dont la plupart des cinéastes contemporains seraient bien inspirés de s’inspirer puisqu’elles sont quasiment absentes d’une grande partie des métrages distribués en salles : multiplicité des cadrages et des plans dans quelques séquences, utilisation pondérée et toujours justifiée des gros plans. C’est tout, malheureusement, et c’est un peu court, le film, sans relever du théâtre filmé, mettant tout de même complaisamment en avant ses décors et ses costumes dans des séquences trop souvent filmées platement, en plan fixe et frontal, ce qui est vite lassant.
Pour ce qui est de l’adaptation elle-même, elle déçoit franchement. Hugo n’est pourtant pas le Marquis de Sade, mais rien n’y fait, les scénaristes ont décidé de dépouiller le film de tout élément susceptible de contrarier les sensibilités les plus conservatrices. Le prêtre Frollo devient ainsi un aimable paroissien qui ne regarde pas Esmeralda autrement que comme une créature du Bon Dieu, c’est un homme d’église tout de même, que diable ! C’est donc son frère Jehan qui devient le méchant identifié du récit, complotant fielleusement pour se mettre la gitane dans la poche, et d’ailleurs, indice, ce monstre a rompu ses vœux lorsque le film démarre, ce salaud. Quasimodo intervient logiquement pour la sauver des bras de cet impur, et y trouve la mort sous les yeux de l’éplorée confortablement calée au creux des bras de son Phoebus adoré, alors que le brave Frollo bénit sa dépouille dans un élan de gratitude post-mortem fort attendrissant. « Ben oui, c’est pas comme ça que ça finit, normalement Quasimodo y’ meurt pas ! », déclare le petit Jean-Benoît, 12 ans, Villeneuve-d’ascq, intimement persuadé que le roman de Victor Hugo s’intitule « Le Bossu de Notre-Dame », et qui ferait mieux de se taire et d’ouvrir un bouquin avant que je me fâche. Non, pas Harry Potter, je te les ai confisqués, petit morveux.
Bien plus que l’ampleur imposante de la production ou la neutralité piètre du récit, c’est bien évidemment la performance de l’acteur Lon Chaney qui retient l’attention et fait aujourd’hui le seul intérêt de ce film. La star, c’est lui, et il est d’ailleurs le seul acteur dont la première apparition s’accompagne dans le film d’un carton associant le nom de Quasimodo à celui, souligné, de son interprète. Du coup, le bossu nous est montré très tôt – trop tôt probablement, mais inutile de continuer à torpiller un aussi médiocre scénario. Et il faut bien reconnaître qu’en plus d’un maquillage saisissant comme Lon Chaney en avait le secret, sa performance d’acteur est vraiment admirable. Et ça vaut le coup d’œil, même si, très honnêtement, il est sans doute préférable de le voir évoluer dans un film digne de ce nom – au hasard, THE UNKNOWN de Tod Browning, par exemple.
 
O comme… OXYGEN, de Richard Shepard (USA, 1999)
Le thème de l’enterré vivant est toujours au moins un peu payant, comme on le constate dans ce petit thriller remarqué à sa sortie, principalement pour l’interprétation d’Adrien Brody (correcte mais pas vraiment renversante), dont le sujet, sur un versant nettement plus classique de film de serial killer dérivé du SILENCE DES AGNEAUX (agents du FBI, interrogatoires serrés, course contre la montre pour retrouver la prochaine victime et psychologisme forcené des dialogues), évoque le bien meilleur L’HOMME QUI VOULAIT SAVOIR de Georges Sluizer (ou son remake américain ripoliné avec Sandra Bullock et un happy end, LA DISPARUE).
Ceci dit, OXYGEN me paraît assez terne, plutôt mal écrit et pas très bien réalisé. La façon qu’a Richard Shepard de développer le personnage de la femme flic me semble par exemple assez tiré par les cheveux : après une longue séquence de poursuite urbaine au cours de laquelle elle procède à l’arrestation musclée d’une brute épaisse (je suis une femme forte), nous la découvrons totalement et honteusement soumise à un amant dans une séquence sado-masochiste soft (je cache en moi une fragilité), et l’instrumentalisation de ces deux séquences dans la progression du récit, notamment dans les échanges mi-pervers mi-intimistes avec le serial killer appréhendé, me semble pour le coup très artificielle, mécanique et dénuée d’une vraie finesse d’écriture – de ce point de vue, OXYGEN est vraiment un film de scénariste, pour le meilleur et pour le pire. La réalisation est d’une franche platitude, souffrant en son milieu d’un manque d’imagination désolant dans la mise en scène des séquences d’interrogatoire (interminables tunnels de champs/contrechamps), avec des choix esthétiques pour le moins curieux – la photographie aux teintes grisâtres et blafardes échoue totalement à suggérer la canicule, l’atmosphère de chaleur moite constamment évoquée dans les dialogues, qui reste donc lettre morte à l’écran.
Certains se laisseront peut-être porter par une dernière partie plus mouvementée au cours de laquelle Richard Shepard a soudain l’idée d’utiliser le montage à bon escient, mais le suspense fonctionne sans doute surtout grâce à ce que l’idée d’être enterré vivant peut avoir de dérangeant. On fermera les yeux sur la façon qu’a le film de détourner à son profit, mais sans aucun talent, le final ambigu du BLUE STEEL de Kathryn Bigelow, car au fond, OXYGEN, fonctionnel et fade, est surtout voué à l’oubli.
 
P comme… PETITS MEURTRES ENTRE AMIS, de Danny Boyle (Angleterre, 1994)
Je n’ai personnellement découvert Danny Boyle que très tardivement, à l’occasion de 28 JOURS PLUS TARD, film remarquable et brillant. Mon entourage m’assurait que je n’avais rien perdu et qu’il s’agissait sans doute de son premier bon film, mais des films, j’en vois des tonnes, et j’ai eu envie de visiter ses débuts de carrière très populaires. J’ai donc visionné le film UNE VIE MOINS ORDINAIRE, audacieux mais plutôt raté, avant de découvrir PETITS MEURTRES ENTRE AMIS – reste encore à voir TRANSPOTTING, qui ne me motive pas des masses, et LA PLAGE, pour lequel il me faudra surmonter mon aversion viscérale pour l’acteur Guillaume Canet (la présence de Tilda Swinton devrait aider).
Comme UNE VIE MOINS ORDINAIRE, ce film me laisse sur un sentiment très mitigé, douloureusement amorcé par un générique d’ouverture technoïde et branchouille, pas du meilleur goût, qui n’est heureusement pas trop représentatif de la suite du programme, suspense cynique soigné et très sophistiqué, pas toujours très bien mis en scène, mais qui recèle quelques très belles idées – tout particulièrement un flash-back, souvenir d’un des personnages terré dans le grenier avec sa lampe torche : il la recouvre de sa main à travers laquelle filtre une lumière rougeoyante qui va déteindre sur la photographie du plan en flash-back. L’effet est aussi séduisant qu’il est cohérent.
Pour le reste, le film, relativement efficace et intéressant, se regarde sans déplaisir. L’interprétation très inégale est dominée par l’excellente Kerry Fox (dont je me dis toujours qu’elle formerait un très beau duo avec Toni Collette), les cadrages sont encore incertains, les éclats de violence sont véritablement douloureux (très beau travail sur le son), le montage est vif et agité (trop, la recherche des effets est ostentatoire et finit par sembler assez superficielle). Le résultat est loin d’être à la hauteur de sa réputation et débouche à mon sens sur une impasse dans la dernière partie, mais l’ensemble est soigné et plutôt plaisant, le scénario bénéficiant dans son développement d’idées étranges (dont celle du co-locataire cloîtré dans le grenier, qui perce des trous dans les plafonds pour observer ses complices) qui donnent au film une certaine singularité lui permettant de sortir du lot, sans pour autant être très abouti – mieux vaut revoir l’excellent UN PLAN SIMPLE de Sam Raimi.
 
R comme… ROLLERBOYS, de Rick King (USA/Japon, 1991)
Allez hop, retour à la série B fauchée avec ce PRAYER OF THE ROLLERBOYS (en VO) qui imagine une énième mouture d’univers post-apocalyptique où l’humanité (comprendre les Etats-Unis) a sombré dans le chaos, d’où surgit un nouvel ordre représenté par un gang d’adolescents montés sur patins à roulettes, lancés dans une campagne d’extermination des races impures, avec pour slogan : « L’ère du Surhomme est toute prochaine ! » Bref, on aurait parfaitement pu intituler ce film « Rollerskating Nazis Must Die ».
Le film, mou et un peu assommant, traîne de toute façon un boulet en confiant le rôle principal du jeune héros tenté par le prestige du gang, mais qui décidera « in extrémiste » de se rebeller et de rester dans le droit chemin, à l’un des acteurs les plus grotesques de la planète. J’ai nommé l’affreux Corey Haim, vedette ado des années 80 (GÉNÉRATION PERDUE, PEUR BLEUE) qui aura vaillamment tenté de poursuivre une carrière dans les années 90, malgré la nullité de son jeu et le ridicule achevé de ses spectaculaires coupes de cheveux – le voir ici rouler des mécaniques en séduisant la débutante Patricia Arquette dans une séquence de flirte poussé serait d’un comique irrésistible s’il n’y avait cet élan de compassion pour la pauvre Patricia, tripotée par ce gringalet arrogant avec un renoncement tout simplement admirable : son succès, elle ne l’aura pas volé…
Que vous dire d’autre ? Si vous avez lu mon résumé, vous êtes aussi capables que moi de tracer le fil des événements fort prévisibles de ce scénario à dormir debout – allez, je vous aide, il a aussi un petit frère. Petite curiosité (pas spécialement plaisante en ce qui me concerne), une séquence est bizarrement illustrée par le tube « King Kong Five » de la Mano Negra – visualisez une bande d’ados faire du roller-skate synchronisé à grands coups de bras balancés gracieusement de gauche à droite avec ce fond sonore, et dites-vous bien que c’est au moins aussi ridicule que ça en a l’air. Ceci dit, le film lui-même n’est pas vraiment ridicule (si seulement !), il est surtout morne, fauché et d’une banalité à pleurer.
 
S comme… SATAN’S SLAVE, de Norman J. Warren (Angleterre, 1976)
Distribué en France dans les années 70 sous le titre bidon « Diaboliques passions », ce film est l’un des premiers titres d’une collection de films du cinéaste méconnu Norman J. Warren, collection proposée par l’excellent éditeur Néo Publishing (allez, pour ne pas faire de jaloux avec la Petite Boutique du Cinéma, je vous mets le lien vers le site de l’éditeur – désolé, je n’ai par contre pas pu localiser celui de Prism Leisure, c’est très bizarre !). Belle occasion de mettre enfin, non pas un visage sur un nom, mais une appréciation sur des titres à la fois familiers et invisibles pour le fantasticophile de longue date que je suis, comme, prochainement dans l’Abécédaire, LE ZOMBIE VENU D’AILLEURS (plus sobrement intitulé PREY en VO, quels poètes, ces distributeurs français) ou INSEMINOÏD.
On entame donc cette découverte avec le curieux SATAN’S SLAVE, film étrange et savoureux où le fantastique gothique anglais de facture classique (secrets de famille, demeure familiale labyrinthique, messes noires) est fortement contaminé par l’influence du giallo italien (fétichisme, gants noirs, érotisme morbide, obsession du verre brisé, violence très graphique). Le parallèle avec Dario Argento s’impose naturellement, d’autant plus qu’une très belle séquence dans un ascenseur préfigure totalement une scène jumelle du futur INFERNO.
Le cocktail n’est pas désagréable, d’autant plus que le film est fort bien réalisé. Le trop grand classicisme du sujet (une jeune fille se découvre un oncle caché et décide de lui rendre visite, réalisant trop tard qu’elle est l’objet d’un complot à base de magie noire et de sacrifice humain) empêche sans doute le film d’aboutir à un résultat vraiment original, mais ce mélange curieux entre esthétique raffinée et scènes choc (vraiment choc, parfois) n’hésitant pas à faire preuve d’un mauvais goût tapageur, entre le moderne et le suranné (typique des productions fantastiques les plus originales des années 70, comme TRAUMA ou LA RÉSIDENCE), adjoint à un dénouement foncièrement illogique et pervers, confère au film un charme indéniable. Je suis du coup impatient de découvrir PREY, d’autant plus qu’il développe semble-t-il un sujet nettement plus atypique.
 
T comme… LA TURBULENCE DES FLUIDES, de Manon Briand (Canada/France, 2002)
Une sismologue (Pascale Bussières) exilée au Japon suite à une déception amoureuse est contrainte de retourner dans sa petite ville natale sur la côte est du Canada pour observer et chercher à comprendre un phénomène mystérieux : la marée s’est stoppée net. Malgré de laborieuses recherches (autopsie d’une moule, recueil de témoignages qui révèle surtout des comportements décales depuis l’interruption de la marée – querelles de voisinage, dialogue avec un four micro-ondes, soudaine attirance d’un ouvrier pour la gent masculine…), le phénomène reste inexpliqué, mais au fur et à mesure que ce récit étrange progresse, il semble de plus en plus lié à la disparition en mer de l’épouse d’un homme dont Pascale Bussières est tombée amoureuse, au grand dam de sa meilleure amie lesbienne. Fichtre.
Bon, ouvrons le capot, j’ai pas que ça à faire. Alors, le film est produit par Luc Besson ; je dis ça, je ne dis rien. La mise en scène très stylisée s’attaque, non sans humour, à l’élaboration d’un climat étrange, en suspens, et ça marche doucement dans la première partie du film, durant laquelle il est bien difficile de définir ce vers quoi tout ça nous emmène, même si certaines séquences oniriques le sont à peu près autant qu’une publicité pour téléphone portable. On y croise une Geneviève Bujold impénétrable siégeant derrière le comptoir de son bar de nuit, une fillette asiatique somnambule, des références appuyées à l’esthétique d’Edward Hopper, et bien sûr une immersion dans l’accent kébékué qui, je sais, c’est consternant, me fait toujours plaisir.
C’est bien joli, tout ça, mais reste à savoir quels en sont les enjeux. Et c’est là que le bât blesse, car la mise en scène poseuse, qui peut intriguer pendant une petite demi-heure, finit franchement par fatiguer, reposant sur un propos d’une insondable vacuité. On a très envie de rentrer dans ce sujet intriguant, de s’attacher à des personnages qui ont plus que le temps de prendre de l’épaisseur, de trouver aux prétentions esthétiques et atmosphériques de la mise en scène une raison d’être, qu’elle soit narrative ou cinématographique. C’est peine perdue. Les effets prennent peu à peu le dessus, n’existant que pour eux mêmes, pour entretenir une étrangeté de surface, artificielle, manquant cruellement de spontanéité, et surtout de mystère. Car c’est au fond à une énigme que nous avons affaire, et l’explication, d’un fantastique forcément intimiste, qui nous est proposée dans la dernière partie cherche à susciter une émotion sur la base d’une mise en scène creuse comme une poire en plâtre, s’appuyant sur des révélations d’une consternante mièvrerie, renforcée par des séquences aussi imbuvables que ce montage sur fond de « Ave Maria » où chaque protagoniste fond en larmes dans le décors qui lui a été attribué au cours du récit. Élaborer un échafaudage aussi inutilement complexe et apprêté pour aboutir à un tel néant artistique a quand même de quoi faire sourire. Une grosse tranche de fantastique pseudo-poétique et auteurisant, totalement insipide, mais ce n’est pas la première fois qu’un cinéaste vient se casser les dents sur une approche aussi laborieuse qu’elle est vaine.
 
U comme… URBAN CANNIBALS, de Chad Ferrin (USA, 2003)
URBAN CANNIBALS (THE GHOULS) nous fait opérer un spectaculaire virage à 180° qui, soit dit entre nous, est le bienvenu. À cette mise en scène stylisée sur papier glacé, URBAN CANNIBALS oppose son semi-amateurisme, son tournage en DV, son grain âpre, sa redoutable crudité. À ce fantastique noble et guindé, Chad Ferrin oppose un univers gore, sordide, passablement vulgaire et d’une rare noirceur. Voilà exposés en deux films successifs l’Alpha et l’Oméga inconciliables d’une perception du fantastique.
Alors que la série B se fait de plus en plus rare, on voit émerger depuis ces dernières années de plus en plus de petits films indépendants tournés avec les moyens du bord sur support DV, et c’est sans doute ce qui se rapproche le plus aujourd’hui des séries Z et du cinéma Bis tels qu’on les a connus et qui ne se produisent plus. C’est, mine de rien, une petite révolution qui nous arrive sur la pointe des pieds, guère médiatisée ou même remarquée puisqu’elle concerne, il faut bien le reconnaître, une majorité de très mauvais films conçus pour le marché de la vidéo, le contexte et la nature de ces petites productions étant totalement éclipsés par les productions plus officielles du type Dogme et autres films indépendants au sens « festival de Sundance » du terme – si vous voyez ce que je veux dire. Le changement de support s’accompagne d’une profonde modification de la texture, et donc de l’esthétique, de la mise en scène des nanars modernes – comparez donc un film aussi grotesque que HOUSE IV (1992) à un film comme le très improbable LA MAISON HANTÉE (THE HOUSE THAT SCREAMED, 2000), pour me référer à des titres disponibles en DVD pour le prix d’un timbre – ce double programme devrait de toute façon vous divertir, croyez-moi sur parole. Le cinéma Z n’est pas mort, il a juste changé de visage, mais le fond reste le même, quel bonheur.
Cet URBAN CANNIBALS est tout aussi Z, mais d’une façon bien différente, qui n’a rien à voir avec un film comme le cocasse UN WEEK-END EN ENFER, la minceur des moyens s’accompagnant ici d’une véritable liberté de ton. Le film suit les pas d’un caméraman spécialisé dans les reportages sordides et les sujets les plus morbides, lancé dans une enquête sur des créatures nocturnes et cannibales, à mi-chemin entre le clochard, le mutant et le mort-vivant, qui évoquent, pour les plus nostalgiques d’entre nous, le film C.H.U.D. des années 80. Contexte inhabituel nous confrontant à une frange marginale de clochards, de SDF, de désaxés, un univers nocturne, glauque, urbain, qui n’est pas sans faire penser aux premiers films de Frank Henenlotter, dont le célèbre BASKET CASE – d’autant plus qu’on devine un tournage pas toujours très légal et des images volées, sur lesquelles joue d’ailleurs le générique de fin, où les passants remarquent la caméra et reviennent même sur leurs pas pour voir ce qui se passe.
Quelles que soient les qualités effectives du métrage, sur lesquelles je vais revenir, il faut bien admettre que ce film nous plonge dans un univers non pas inédit, mais qui se fait bien rare de nos jours. Le qualifier de « politiquement incorrect » serait un doux euphémisme, et Chad Ferrin use de l’indépendance dont il dispose pour nous balancer des séquences et des idées qu’il serait probablement impossible de faire passer dans le cadre d’une production classique : les effets gore sont très complaisants, mais dérangent moins que de voir un bébé recevoir une balle (fût-il fils de mutant !) ; le voyeurisme autour duquel le récit est structuré est d’une noirceur froide qui met parfois vraiment mal à l’aise. Mais le pompon, c’est l’apparition de ce personnage interprété par un acteur trisomique, qui nous livre une performance hilarante sur la base d’une idée d’un culot monstrueux qu’il m’est impossible de vous révéler, ce serait trop idiot de vous gâcher cette scène qui devrait provoquer moult évanouissements et dénonciations outragées chez les fans du HUITIÈME JOUR (mais pas chez ceux de la série TV « Corky, un adolescent pas comme les autres » manifestement, puisque j’en fais partie !).
Nanar ? Je ne le vois pas comme tel. Il faut cependant admettre que le film est dans l’ensemble très mal cadré, malgré, ou peut-être à cause des efforts constants que déploie Chad Ferrin à imiter une mise en scène classique et stylisée avec les outils peu adaptés dont il dispose, ce qui donne le plus souvent des résultats poussifs et maladroits, renforcés par plusieurs scènes d’un pur amateurisme qui, paradoxalement, passent mieux : Chad Ferrin oserait-il un cinéma aussi dur et expérimental s’il disposait d’un budget confortable ? Pas si sûr. Cette volonté de courir après les mouvements de caméra inaccessibles dans une apparente volonté de « faire comme au cinéma » est d’ailleurs le principal défaut d’URBAN CANNIBALS, et le film aurait nettement gagné à être mis en scène de façon plus sèche, plus spontanée. Le cinéaste fait pourtant preuve d’une belle énergie, et l’on devine constamment à l’image des impossibles (plan du pare-brise brisé par le tir d’une arme à feu) contournés vaille que vaille par le système D et par un recours peu maîtrisé mais valeureux au montage et au cadrage. Ce manque de maîtrise est le plus souvent évident, et handicape une volonté manifeste de soigner un montage un tant soit peu inventif, la composition de plans étudiés sur un support mal apprivoisé laissant parfois transparaître des idées audacieuses un peu gâchées par une exécution malhabile – et par l’absence de VO, soit dit en passant, la VF étant vraiment médiocre et parfois superposée au son original.
Ceci dit, j’ai tout de même envie de dire que ce semi-amateurisme provocateur qui se cherche vaut mieux que bien des films distribués (et hop, citons encore une fois le lamentable SAW, ça ne mange pas de pain). Qu’URBAN CANNIBALS soit mauvais ou pas, l’idée du personnage trisomique à elle seule, drôle, iconoclaste et intelligente, me contraint à avoir pour le film une certaine considération.
 
V comme… VAMPIRE HUNTERS, de Wellson Chin (Chine/Japon/Pays-Bas, 2002)
Je risque fort de glisser plus rapidement sur cette production de Tsui Hark sortie directement en vidéo dans notre beau pays pas champion du monde, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas grand chose à en dire, sinon que VAMPIRE HUNTERS est bien loin de renouveler la surprise du séduisant HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS.
La direction artistique est certes très soignée, l’humour candide des productions hong-kongaises répond présent, ainsi que la narration joyeusement enlevée et bordélique, mais malgré mon attachement à ce cinéma hyper expressif et acrobatique jusque dans sa narration, je n’ai pourtant éprouvé aucune sympathie pour ce métrage spectaculaire, mais totalement dénué de poésie, à la mise en scène hystérique tout simplement éreintante, empesée par un mixage sonore désastreux (notamment en ce qui concerne la musique, plutôt médiocre au demeurant). Les effets restent souvent très étonnants, mais ils sont un peu noyés par un abus lassant et laid d’images de synthèse. Le film souffre, en somme, des défauts inhérents aux productions de Tsui Hark lorsqu’elles ne sont pas cadrées, contenues par un cinéaste de talent : c’est un foutoir agité et lassant dont l’esbroufe dissimule mal le manque radical de personnalité. Lorsque le film se termine enfin, il est presque impossible d’en conserver le moindre souvenir, la moindre impression favorable – c’est le blanc, le silence, et à la rigueur une petite migraine.
 
W comme… WITCHBOARD III, de Peter Svatek (Canada/USA, 1995)
Après la tempête hermétique et la folie furieuse du titre précédent, cet Abécédaire s’achève dans le calme d’une petite série B d’assez bonne facture, plutôt sympathique, bien qu’elle soit tout de même un peu longuette et sans grande originalité.
Il y est question de Brian, au chômage mais affectueusement soutenu par son épouse. Il rencontre le propriétaire de son immeuble quelques jours avant le décès de celui-ci, qui lui propose d’utiliser une planche ouija pour boursicoter sans risques. Sceptique mais curieux, Brian fait une tentative qui s’avère très fructueuse, et devient vite accroc au ouija. Mais quand le propriétaire décède, Brian est victime d’un accident par électrocution. Et lorsqu’il revient à lui, ma foi, il n’est plus tout à fait lui-même, et si vous voulez savoir ce que j’en pense, moi je dis qu’il est possédé, et que tout ça va mal finir.
Pas grand chose à signaler dans cette routine confortable : une photographie décorative aux teintes très chaudes et vivement colorées de rouge, de noir et d’orangé, quelques scènes gore divertissantes, une poignée d’effets visuels vraiment nuls et quelques idées curieuses, dont la seule séquence un peu mémorable nous montre un homme d’affaire agressé et tué par sa collection de papillons épinglés aux murs. Un petit programme très anodin à réserver pour les soirs de grande flemme.
 
 
Pas de révélation avec un grand R pour cet Abécédaire opus 7, mais tout de même pas mal de vrais plaisirs de cinéma. Le BLUE HOLOCAUST que je tenais pour être un très mauvais film est la meilleure surprise de cette sélection, en partie parce que je n’en attendais strictement rien, mais aussi parce que le film m’a pour le coup vraiment touché. Quant à Jean Rollin, c’est avec un très beau film qu’il met pour la première fois officiellement les pieds dans Matière Focale, et je pense que ce ne sera pas la dernière. Vous trouverez ci-dessous le traditionnel classement – sans oublier la bande-annonce du prochain épisode ; classement auquel je n’attache personnellement pas une grande importance, mais qui met la sélection en perspective à un instant T. Si l’envie vous prend de faire une découverte, je vous recommande tout particulièrement, en plus de Jean Rollin et de Joe d’Amato, URBAN CANNIBALS et L’ÉVENTREUR DE NEW YORK, deux œuvres qui ne sont certainement pas les plus abouties de la sélection, mais dont la bizarrerie devrait, d’une façon ou d’une autre, vous faire réagir. Quoi qu’il en soit : bons films, et à bientôt !
 
AMERICAN WAY
LÈVRES DE SANG
BLUE HOLOCAUST
FULL FRONTAL
IN THE CUT
DES MONSTRES ET DES HOMMES
SATAN’S SLAVE
LE MEXICAIN
CAPITAINE SKY ET LE MONDE DE DEMAIN
L’ÉVENTREUR DE NEW YORK
URBAN CANNIBALS
PETITS MEURTRES ENTRE AMIS
HEDWIG AND THE ANGRY INCH
JAWBREAKER
OXYGEN
LA TURBULENCE DES FLUIDES
NOTRE DAME DE PARIS
WITCHBOARD III
VAMPIRE HUNTERS
ROLLERBOYS
KOLOBOS
GOLDDIGGER
 
Bande-annonce de l’épisode 8 : une croisière qui ne s’amuse pas du tout, des gnomes lubriques s’invitant à une soirée SM, un océan de confiseries, la biographie d’un groupe de primates aux velléités artistiques douteuses, deux épées légendaires, des sorcières jouant à la Playstation, un vol de gargouilles, le retour d’un tueur masqué, une avalanche de gadgets idiots, une espionne à l’essai, un tueur à gages baby-sitter, Tolède comme vous ne l’avez jamais vue, un loft hanté par un serpent, des strip-teaseuses en péril, un homme poursuivi par lui-même, des robots terroristes, une montagne de purée, une tête dans un micro-ondes, un visiteur sexuellement peu farouche, une anglaise dépressive, une réincarnation dispensable.
 
Le Marquis
 
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Photo: "Agnès est une planche." (Le Marquis)

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Samedi 15 juillet 2006 6 15 /07 /2006 19:20

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Les Soeurs Jacob célèbrent le retour du Marquis.

Je sais, je sais, ça faisait longtemps, la dernière ligne droite fut éreintante et mes articles se sont fait attendre, c’est très mal – je tiens à préciser que cette attente ne doit absolument rien à la croupe du monde de football, je n’ai pas vu le moindre ballon évoluer sur mon écran, et l’affaire du coup de boule franco-italien me laisse froid comme le cadavre d’une pute morte. Mais n’allez pas croire que, dans un haussement d’épaule, j’ai abandonné lâchement le principe et le système même de l’Abécédaire, qui a été maintenu dans mon salon avec la dernière des sévérités, et j’ai fait depuis l’épisode 6 de belles découvertes, quelques chaleureuses retrouvailles, sans parler d’heures de grande solitude appliquée devant quelques œuvrettes piteuses, riches ou moins riches. J’ai simplement quelques wagons de retard, et je profite des vacances estivales pour cravacher sauvagement et rattraper ainsi le retard qui s’est accumulé ces dernières semaines, ce à quoi je me suis attelé avec énergie et enthousiasme, car, je l’avoue, la rédaction de ces articles me manquait.
De l’eau a coulé sous les ponts, depuis, et je ne déroge pas à mes habitudes en vous faisant part en introduction des quelques visionnages et perspectives hors Abécédaire. Je suis allé au cinéma, messieurs dames, sonnez tambours et trompettes, d’abord pour aller voir le BUBBA HO-TEP de Coscarelli, arrivé très tardivement dans mes contrées, mais arrivé quand même, c’est le principal : son sujet a beau être totalement excentrique, le ton du film n’est jamais dominé par la parodie, c’est une ambiance profondément mélancolique qui imprègne le film, d’une belle personnalité, et son humour triste m’a fait forte impression. Forte impression également à la vision de TIDELAND, le dernier film de Terry Gilliam, qui risque fort de déplaire au plus grand nombre, mais que je compte parmi ses plus belles réussites. C’est sans doute l’une de ses œuvres les plus personnelles, et le film échappe aux grilles de lecture auxquelles nous sommes habitués pour nous livrer un projet chaotique, épuisant et profondément original. Dans un tout autre registre, les caprices des visiteurs m’ont permis de découvrir un double-programme Z assez sensationnel paru en DVD, formé par un SAKURA KILLERS confondant d’absurdité et par un BLACK NINJA plus désopilant encore – les amateurs de saloperies filmiques ne doivent surtout pas laisser passer ce double impact qui devrait susciter quelques bonnes crises d’hilarité, si je ne me trompe.
Signalons enfin la venue prochaine dans ma boîte aux lettres d’un coffret de 50 films (10 fois 5, cinquante, fifty, etc.), un programme extrêmement alléchant où l’on trouve presque exclusivement de vraies raretés, ce qui fait le prix d’une édition par ailleurs de piètre qualité (VO anglaise non sous-titrée, y compris pour les films italiens, mexicains ou autres, une grande majorité de films recadrés et un emballage en carton). TRACK OF THE MOON BEAST, THE MILPITAS MONSTER, UNE SI GENTILLE PETITE FILLE, LADY FRANKENSTEIN, CAPTURE OF BIGFOOT, SCREAM BLOODY MURDER (et je vous laisse des surprises), entre autres confiseries pelliculaires, composent un programme mystérieux qui va nourrir mon Abécédaire dans les temps prochains – et sur le nombre, je vais forcément faire des découvertes, oui, mes lesquelles ??? Quel suspense… J’en profite au passage pour faire de la publicité non rémunérée et non sollicitée pour un petit site de VPC découvert récemment, et dont j’apprécie autant le catalogue que le sérieux et la cordialité : si vous ne connaissez pas déjà, ça s’appelle La Petite Boutique Du Cinéma, et on y accède par exemple en cliquant ici. Mais revenons à nos moutons, et aux affaires, avec un film en A comme…
 
AMERICAN WAY, de Maurice Phillips (Angleterre/USA, 1986)
Très remarqué lors de son passage au défunt festival d’Avoriaz, bien qu’il ne relève pas véritablement du genre fantastique, AMERICAN WAY bénéficie depuis d’une petite réputation culte. La sortie fort discrète du DVD m’a fait plaisir, car j’étais un peu passé à côté à sa sortie et souhaitais vivement le revoir. Le film nous présente une bande de vétérans du Vietnam, vivant à bord de l’Uncle Slam, avion de guerre planant au-dessus des Etats-Unis. Le groupe de désaxés, soudé dans une veine contestataire, semi-anarchiste et totalement chaotique, s’adonne à une forme réjouissante de terrorisme intellectuel en piratant les chaînes de télévision américaines pour diffuser ses propres programmes (SM TV). Bête noire des autorités contraintes à la négociation, les baroudeurs sont en effet extrêmement populaires. Mais lorsque le film débute, le groupe est essoufflé, à bout de nerfs, au bord de la mutinerie, et le commandant de bord (Dennis Hopper, excellent) est sur le point d’accepter à contre-cœur et sous la pression de ses compagnons un contrat de diffusion officiel, qui risque fort de les amener à sagement rentrer dans le rang. Mais à la vision des prémisses de la campagne présidentielle d’une femme siégeant au Sénat, rigoriste et belligérante, Dennis Hopper décide d’assumer une dernière mission terroriste afin de ruiner la carrière de cette Dame de Fer.
Bien que le film ne soit pas toujours très bien réalisé, il reste étonnamment audacieux, iconoclaste et vivement original dans sa synthèse savoureuse entre Dr FOLAMOUR de Kubrick, le cinéma de Joe Dante et celui d’Alex Cox (REPO MAN, WALKER) auquel on pense fréquemment. Le registre dominant, très porté sur l’absurde, est bien celui de la comédie satirique, et la place laissée à des éléments plus noirs lui permet de dépasser la simple farce corrosive : très beau personnage muet du vietnamien recueilli à bord à la fin de la guerre (qui a peut-être été une désertion), qui médite en silence, installé sur la bombe que transporte toujours l’avion, tandis que des images sont projetées sur les parois autour de lui, images d’archives célèbres du conflit, et pas les plus anodines loin de là. Dommage que le film n’aille d’ailleurs pas plus loin, il souffre parfois un peu de tassements et de piétinements dans le rythme, notamment dans sa seconde partie. Mais l’enthousiasme ambiant et l’inventivité finissent par emporter notre adhésion, soutenus par une bande originale dynamique et insolente (excellent parasitage du journal télévisé par un clip d’Alice Cooper) dans laquelle manque curieusement à l’appel le groupe Devo, qui y aurait parfaitement trouvé sa place.
 
B comme… BLUE HOLOCAUST, de Joe D’Amato (Italie, 1979)
Comme je vous le dis régulièrement, revoir un film que l’on n’a pas aimé n’est jamais vraiment une perte de temps, pour peu qu’on fasse preuve d’un peu de bonne volonté. Il est souvent intéressant de mieux comprendre les raisons précises (pas exclusivement inscrites dans le scénario donc) pour lesquelles le film a déplu (SUPERMAN, E.T.), avec surtout l’éventualité d’un jugement à la hausse parfois spectaculaire (L’EMPRISE, L’ESPRIT DE CAÏN). Parce qu’il m’arrive parfois de passer totalement à côté d’un bon film : le regard critique s’affûte davantage à chaque film, et des écailles tombent parfois.
Je n’avais pas du tout aimé ce BLUE HOLOCAUST réalisé par Joe D’Amato, réalisateur bis italien surtout célèbre pour son ANTHROPOPHAGEOUS – qui m’a également paru exécrable, mais m’avait assez amusé par ses excès. Mal joué, mal réalisé, mal écrit, etc., la vision du film sur VHS recadrée et en VF m’avait vraiment fait une piètre impression. Je vais donc faire ici mon mea culpa, après avoir redonné sa chance au film de D’Amato à l’occasion de la sortie du film dans une belle copie chez l’excellent éditeur Néo Publishing.
Non pas que le film me paraisse soudain esthétiquement renversant : la mise en scène reste sommaire, la photographie inégale et frôlant parfois l’indigence pure et simple, les cadrages parfois douteux, le rythme général peu maîtrisé, l’acteur Kieran Canter toujours aussi nul et les scènes gore complaisantes et gratuites (bien que ces scènes soient bien moins nombreuses que dans mon souvenir). Mais ce qui m’a échappé lors de la première vision, c’est l’excellence d’un scénario original, audacieux et très évocateur, singulier au point de faire du film une expérience assez unique et personnelle. BLUE HOLOCAUST est une sorte de poème nécrophile, constamment guidé par des références au conte merveilleux. Frank (Kieran Canter, un film, une expression) est un jeune taxidermiste désespéré après le décès de sa fiancée Anna, morte après qu’Iris, la gouvernante de Frank (impressionnante Franca Stoppi), possessive et mortellement jalouse, soit allée voir une sorcière pour lui jeter un sort. Frank bascule dans la folie, et décide de déterrer puis d’embaumer Anna afin de la garder à ses côtés. Mais ce qui satisfait le cœur romantique ne soulage pas le désir charnel compulsif, et Frank, protégé par Iris, se met à assassiner des jeunes filles. Tout se fige dans la noirceur putride d’une lente descente aux enfers, jusqu’à l’irruption de Theodora, sœur d’Anna venue réconforter Frank.
Si les références au conte sont limpides (la méchante marâtre, la belle au bois dormant…), leur développement et leur incarnation à l’écran s’avèrent véritablement troublantes, mêlant les tonalités naïves et manichéennes à des séquences nettement plus démonstratives. Iris possède Frank, et écarte par magie les concurrentes, pesant de tout son poids pour préserver son statut de mère (incestueuse, qui donne le sein à un Frank âgé d’une trentaine d’années, et n’est sans doute pas étrangère au décès de sa mère naturelle, dont elle jalouse encore le portrait), de maîtresse (qui masturbe machinalement Frank devant le cadavre de sa fiancée), d’ogresse (répugnante scène du repas) se refusant à détourner Frank de sa psychose meurtrière aux manifestations infantiles (il arrache les ongles qui l’ont griffé, mord après avoir été mordu), la culpabilité de Frank étant peut-être le meilleur moyen de la détourner de la sienne.
Le film a beau être truffé de défauts de conception (combien de jours pour le tournage ?), il est pourtant admirablement bien construit, infiniment plus riche que le simplet ANTHROPOPHAGEOUS. Ses maladresses finissent même souvent par jouer en sa faveur, donnant à l’image une crudité, une sécheresse nourrissant un malaise tangible, renforcé par la musique monocorde, synthétique et hyper répétitive des Goblin, un aspect rugueux, bancal et spontané que l’intelligence du propos équilibre admirablement. Est-ce alors cette maladresse de la réalisation de D’Amato qui explique que le dénouement du film ne semble jamais avoir été compris par aucun des critiques l’ayant chroniqué ? Car ils font tous erreur « sur la personne », la même erreur que les personnages du film, lorsqu’ils évoquent un plan final qu’ils estiment « un peu forcé », « cédant à un fantastique plus convenu », « inutile, gratuit », etc. Je suis bien placé pour le savoir : peut-être influencé par mes lectures, j’avais moi-même fait la même erreur d’interprétation lors de la première vision ! La conclusion de BLUE HOLOCAUST m’est donc tombée sur le coin de la figure sans que je l’aie vue venir, et ça change tout ! Je préfère ne pas trop en dire, et simplement souligner que BLUE HOLOCAUST vaut très largement le détour.
 
C comme… CAPITAINE SKY ET LE MONDE DE DEMAIN, de Kerry Conran (USA/Angleterre/Italie, 2004)
Une fois n’est pas coutume, ayant remarqué la présence du court-métrage à l’origine du film dans la section des suppléments du DVD, j’y suis allé faire un tour avant de visionner le long-métrage : assez joli travail, qui pastiche les vieilles bandes annonces des années 30 et pourrait visuellement évoquer ce que ça donnerait si Guy Maddin se piquait de faire un blockbuster de science-fiction à la Roland Emmerich.
Le court-métrage est pratiquement refait à l’identique en guise d’introduction, même si Kerry Conran n’ose pas le noir et blanc pour cette version cinéma, ce qui est assez dommage, je trouve. Mais j’ai été nettement plus gêné par le déséquilibre créé entre la mise en scène issue d’un court-métrage travaillé sur une longue période (réalisation riche et assez audacieuse mêlant transparences faussement naïves, superpositions d’images et insertion dans le cadre de cartons à la EUROPA de Lars von Trier), et la suite du programme qui marque très nettement le pas d’un certain tassement visuel. Passées les très belles premières minutes (remake du court-métrage), la mise en scène s’assagit au point parfois de sombrer dans une certaine banalité – la disparition des belles superpositions d’images laissant la place à des techniques d’animation plus classiques et surtout à un découpage très sage et à vrai dire plutôt quelconque, certes un peu plus séduisant qu’IMMORTEL (AD VITAM) d’Enki Bilal (qui se prenait les pieds dans ses personnages en images de synthèse, hideux), mais l’ensemble souffre de la comparaison à des tentatives semblables plus convaincantes (AVALON, SIN CITY). La faute, en partie, à une mise en scène très inégale, qui n’est jamais meilleure que quand elle joue sur l’artificialité de l’univers développé, mais peut dans la foulée devenir plate et impersonnelle dans des séquences d’action proches de storyboards animés.
Voilà toujours de quoi réfléchir une fois de plus à la question de la texture, ici volontairement ripolinée et artificielle, en forme d’album d’images rétro, de roman-photo animé et d’ailleurs assez charmant. Hélas, l’intégration des acteurs à cet univers entièrement artificiel laisse vite pointer des limites : l’effet est parfois maladroit (première attaque des robots), moins pour des questions de transparences visibles (c’est le cas et ça ne m’a pas gêné) que pour des problèmes de mise en scène : le réalisateur alterne presque exclusivement les plans d’ensemble et les gros plans ou plans moyens, et de ce point de vue, les cadrages deviennent vite monotones et laissent par instants deviner l’étroitesse du plateau de tournage. Un trop plein d’images de synthèse, pas toujours à la hauteur et parfois vraiment envahissantes (séquence de poursuite en avion entre les buildings, spectaculaire, ça oui, mais tout aussi laide), aux textures lisses et peu incarnées (notez l’absence de figurants dans les plans d’ensemble), fait beaucoup regretter le jeu sur le grain et le flou, la texture plus brut, moins policée, du court-métrage, visuellement supérieur, même si une photographie soignée compense ici en partie les défauts.
Ceci dit, il ne faut pas non plus bouder son plaisir. Le récit, qui nous promène de la métropole au Tibet ou à une jungle de serial, est agréablement enlevé et spectaculaire, correctement interprété, attachant et très divertissant, curieusement truffé de références plus ou moins explicites au MAGICIEN D’OZ de 1939.
 
D comme… DES MONSTRES ET DES HOMMES, d’Aleksei Balabanov (Russie, 1998)
On reste, esthétiquement – mais sur un autre mode, dans des tonalités rétro avec ce film pour lequel j’ai joué les arbitres : alors que le Dr Devo aime assez DES MONSTRES ET DES HOMMES, Bernard RAPP le déteste. Et moi dans l’histoire ? Je crois que je vais faire pencher la balance plutôt du côté positif. Même si je ne trouve pas le film extraordinaire, il m’a semblé visuellement tenu, parfois très beau, drôle et intrigant.
DES MONSTRES ET DES HOMMES se déroule dans la Russie du début du XXe siècle, aux premiers balbutiements du cinématographe, ici utilisé pour tourner de petites saynètes érotiques au cours desquelles divers personnages sont fessés par une vieille gouvernante un peu folle, soigneusement « rangée » entre deux séances dans un placard dont elle surgit régulièrement pour faire son office, toujours en grommelant sur un ton de reproche : « Pourquoi tu as tout sali ? ». Les films tournés sont l’objet d’un trafic commercial au sein duquel s’embourbe une galerie de personnages singuliers, tous intéressés ou affectés à des degrés divers par la photographie et par l’émergence du cinéma. Et tous les moyens sont bons (chantage, séquestration, meurtre) pour parvenir à des fins perverses visant à exploiter une jeune fille innocente après le décès (provoqué) de son père, une veuve aveugle ou plus encore les « monstres » du titre, deux très jeunes jumeaux conjoints. Le tout, filmé dans des tonalités ocres et monochromes, accompagné par la musique de Prokofiev, finit par tisser un catalogue des petites et des grandes perversions au sein duquel les valeurs (familiales, sociales) se renversent (la domestique prenant l’ascendant sur la maison après le décès du maître) et les liens inaltérables se dissolvent dans un élan aussi comique que sordide (l’alcoolisme naissant d’un des frères siamois).
Malgré quelques lenteurs dues à un penchant un peu poseur pour les plans de transition contemplatifs parfois redondants (balades en barque dans le canal), DES MONSTRES ET DES HOMMES parvient peu à peu à nourrir une atmosphère atypique très forte, mélange d’humour absurde, caustique, de cruauté et de malaise. Une farce dramatique au dénouement assez dérangeant – par contre, les critiques qui y ont trouvé de l’onirisme ne doivent pas rêver souvent.
 
E comme… L’ÉVENTREUR DE NEW YORK, de Lucio Fulci (Italie, 1982)
Changement de style et d’horizons avec la découverte de ce film très étrange de Lucio Fulci, souvent considéré comme sa dernière œuvre importante, ce que je trouve discutable – j’aime énormément le très décrié MANHATTAN BABY, tourné la même année mais distribué tardivement et discrètement.
Film étrange, donc, qui semble vouloir faire le trait d’union un peu indécis entre le giallo italien alors en perte d’inspiration et le psychokiller urbain et réaliste à la MANIAC – avec des allusions assez ouvertes au PULSIONS de De Palma dans son traitement de l’érotisme. Film très inégal aussi, qui alterne réussites et maladresses, peinant parfois à assumer des choix narratifs et esthétiques pour le moins surprenants. Les séquences de meurtre sont d’une complaisance gore très appuyée, guère différente des excès de FRAYEURS ou de L’AU-DELÀ, mais elles se déroulent ici dans un contexte différent : alors que le gore trouvait sa place dans la grande période fantastique de Fulci dans des séquences ouvertement irréalistes et assez poétiques, il se manifeste ici dans des scènes d’une crudité copieusement vulgaire, la poésie, qui n’a pas été éradiquée, allant se percher dans des séquences plus atmosphériques et surréalistes qui sont ce que le film a de meilleur.
L’idée la plus absurde du film, et de loin, reste la voix de l’assassin. Il est fréquent dans le giallo que la voix du tueur soit légèrement trafiquée et déformée (murmures dans la pénombre, appels téléphoniques), et l’on retrouve cette idée exploitée ici sur un versant ahurissant d’absurdité : la voix du tueur est celle de Donald Duck (!?!), et le tueur agresse ses victimes ou nargue les inspecteurs de police à grands coups de « Coin ! Coin ! Coin ! Je vais la tuer ce soir, coin ! coin ! ». Inutile de préciser que l’effet provoquera immanquablement l’hilarité du spectateur égaré (j’avoue que, moi-même…), et sa justification par le scénario dans la séquence finale paraît bien faible et tirée par les cheveux si l’on considère le ridicule auquel le film s’expose pour pouvoir placer cette petite révélation saugrenue en fin de métrage.
On reconnaît là, et même si pour le coup le film risque fort de paraître stupide à un spectateur non averti, la personnalité de Fulci, le sens de la provocation d’un cinéaste qui se définissait souvent comme « le terroriste des genres », formule non usurpée dans la mesure où Fulci a souvent œuvré dans des genres qu’il poussait à leurs dernières extrémités, n’hésitant pas à les désosser et à livrer de leurs caractéristiques propres une relecture excessive, jusqu’au-boutiste – les titres cités plus haut, avec LA MAISON PRÈS DU CIMETIÈRE, étant ainsi des versions dégénérées du fantastique gothique italien, dont les codes sont l’ossature de cette part de sa filmographie. Un goût très prononcé pour les genres populaires associé à un réel talent de cinéaste, très différent d’un Argento ou d’un Bava, ce qui l’a considérablement singularisé, voire marginalisé, comme le rappelle cette anecdote – Visconti abordant Fulci dans un restaurant pour lui glisser : « Monsieur Fulci, vous n’imaginez pas à quel point vous m’avez déçu. » La grande classe.
Le talent de Fulci soutient admirablement bien ce film bancal et pas toujours très abouti, bien plus sophistiqué que ne le laisse entendre sa réputation, et qui vaut le détour, ne serait-ce que pour quelques séquences magnifiques – le peep show (superbe montage), ou cette agression dans le métro qui devient de plus en plus onirique lorsque la victime se réfugie dans une salle de cinéma avant de s’achever dans une chambre d’hôpital par un retour progressif, lent et oppressant à la réalité. De très beaux morceaux de cinéma
 
F comme… FULL FRONTAL, de Steven Soderbergh (USA, 2002)
La carrière de cinéaste de Soderbergh est pour le moins surprenante. Un peu à la manière de Terry Gilliam, qu’il n’égale pas, il semble vouloir enchaîner les films les plus populaires, pas toujours du meilleur cru (si HORS D’ATTEINTE vaut le coup d’œil, OCEAN’S 12 paraît bien frelaté), et les œuvres plus expérimentales et plus personnelles (SCHIZOPOLIS, BUBBLE), avec une réussite inégale. FULL FRONTAL, malgré son casting trois étoiles, se rattache à cette dernière catégorie, et s’avère plutôt intéressant.
Le projet est fondé sur une relecture très personnelle, plaquée sur le système hollywoodien (puisqu’elle est presque exclusivement axée sur le travail avec les comédiens, dont les caprices – chauffeur, cantine, loge personnelle et surtout travail d’acteur – sont tournés en dérision), du Dogme de Lars Von Trier. Soderbergh intègre ainsi à son récit, déjà très déconstruit, des séquences d’interview des acteurs, appelés à s’exprimer sur le personnage qu’ils interprètent, mais aussi à répondre à des questions surprises farfelues et parfois déconcertantes. Le récit lui-même propose une peinture acerbe du microcosme hollywoodien, alternant les séquences cocasses (où excelle Catherine Keener) et les passages plus sombres et plus âpres (rôle étonnant pour David Duchovny), le tout étant tourné en DV pour, semble-t-il, ménager un espace pour le film dans le film, tourné en pellicule (avec David Fincher, visage masqué, à la réalisation) – même si Soderbergh oriente peu à peu son propos pour suggérer que l’aspect pseudo-réaliste du tournage en DV est tout aussi illusoire et manipulateur. Le propos ici n’est peut-être pas d’une grande originalité, mais il faut bien reconnaître qu’il est admirablement bien mis en scène, et quand Soderbergh nous tire brutalement le tapis sous les pieds, il est souvent difficile de ne pas être véritablement saisi par le tour de passe-passe lentement amorcé par la variation constante des supports, des textures et du montage.
FULL FRONTAL parvient cependant à surpasser la simple mise en boîte d’un milieu confit d’absurdité et de suffisance, et, après le temps nécessaire au spectateur pour entrer dans ce projet mouvant et étrange, les saynètes se succèdent avec une belle vivacité – place des acteurs noirs dans le système, chien défoncé au space-cake, comment trouver son nom d’acteur porno, entretien d’embauche proche de la séance d’humiliation, coulisses d’une représentation théâtrale de la vie d’Adolf Hitler. Sans être franchement renversant, le film me semble très bon et nous rappelle que Soberbergh est très capable quand il s’en donne les moyens.
 
G comme… GOLDDIGGER, de Mike Richardson & Jack Shaoul (USA, 1994)
En sortant ce GOLDDIGGER (« Mon ami robot »), Prism Leisure se concentre très fort : c’est le bon titre, la bonne affiche, le résumé correspond grosso modo au récit effectif et il est rédigé presque sans fautes – l’attention se relâche hélas avec la dernière phrase (« Souhaitons que ses cicruits ne lâchent pas cette fois ! »). Bon, les crédits au dos de la jaquette sont totalement hors sujet (pas de Peter Weller au générique, non, ce n’est pas ROBOCOP), mais une jaquette Prism Leisure sans quelques aberrations ne serait pas une jaquette Prism Leisure.
Alors voilà. Un casque ancien, vénéré et précieux est dérobé dans une Grande Mosquée quelque part en Afrique. De son côté, Jack, antiquaire fauché et inventeur fantasque interprété par Joe Pantoliano (et qu’on croirait doublé en VF par Edouardo) déteste son voisin Eli (John Rhys-Davies), antiquaire aussi, mais malhonnête, dont on se dit qu’il serait mêlé au vol du Saint Casque que ça ne serait pas plus surprenant qu’autre chose, et d’ailleurs, c’est le cas. Ils se détestent tellement qu’ils s’insultent certainement dans une langue précise en VO, ce que révèlent les sous-titres anglais incrustés à l’image - puisqu'en VF, la dispute est, et bien, en VF, quoi ! Au bord de la ruine, Jack vient pourtant d’inventer Golddigger, un robot, donc, et notre ami, il faut croire (il a tout l’air de sortir d’un film de SF des années 50, cet acteur en train de transpirer dans un costume ridicule plein de bidules qui clignotent à qui mieux mieux). Et devinez quoi, Golddigger va l’aider à récupérer le Casque volé, à envoyer le méchant Eli en prison et à remettre les affaires à flot.
Si vous adorez les ambiances de film familial neuneu et profondément débile, ce film est pour vous, mais je suis davantage prêt à croire en l’existence d’extra-terrestres qu’en la vôtre. Le réalisateur Jack Shaoul, lui-même immigré, tente de truffer son film de personnages déracinés et de représentations « impertinentes » du Moyen Orient, mais l’humour vole à ce point au ras des pâquerettes que ces éléments sombrent vite dans les clichés racistes les plus désolants (salon de massage ching-chong, guerre au Moyen Orient filmée comme un passe-temps routinier de peuplades bébêtes – on se bat parce que le Casque Trucmuche a été volé sans chercher à savoir sur qui on tire, tandis qu’à New York, un pugilat éclate entre un bouddhiste, un rabbin et un aveugle). Vous pouvez vous taper sur les cuisses à trois. Un, deux, trois. Merci. Et dans la mesure où la mise en boîte foireuse du melting pot est à peu près tout ce qu’il y a à signaler dans cette comédie poussive aux effets spéciaux désolants, inutile de préciser que c’est là le genre de film interminable et vide qui vous laisse tout le loisir de plonger pendant 90 minutes dans une insondable introspection.
 
H comme… HEDWIG AND THE ANGRY INCH, de John Cameron Mitchell (USA, 2001)
À vue de nez, sur le point de visionner ce film acquis par curiosité, je me disais qu’il risquait très probablement de souffrir de la comparaison à une autre comédie musicale autour du glam-rock vue peu de temps auparavant, le sensationnel VELVET GOLDMINE de Todd Haynes. Et effectivement, il n’y a pas photo : le film de John Cameron Mitchell, adapté de sa comédie musicale, est infiniment moins riche et intéressant, tant sur un plan visuel que musical – d’autant plus que les apparats punk/rock du métrage cèdent très souvent la place à un registre nettement plus sage et conventionnel de pop/folk, les passages musicaux étant parfois à mes yeux d’une redoutable platitude.
Mais la comparaison à un film aussi abouti que VELVET GOLDMINE est peut-être injuste. La mise en scène de John Cameron Mitchell est d’ailleurs loin d’être indigente, et décolle même parfois, du moins dans ses meilleures séquences (la rencontre en Allemagne avec le soldat américain), pour venir frôler des expérimentations pas si éloignées des comédies musicales de Ken Russell – je suis nettement moins convaincu par les passages en animation. Il y a là une apparente envie de livrer un film énergique et visuellement attrayant et original, et ces velléités s’avèrent payantes de temps à autres, dans un ensemble tape-à-l’œil qui se met hélas vite à tourner en rond.
La faute sans doute à un récit pas très palpitant, qui démarre d’assez belle façon avec le parcours d’Hedwig, transsexuel à la carrière mouvementée mais un peu sur le retour, mais s’enlise trop rapidement dans le récit détaillé de sa relation passionnelle avec Tommy, un adolescent qui finira par lui voler ses chansons (ce qui s’appelle pomper), devenant la star qu’Hedwig rêvait d’être un jour. Les enjeux d’abord si amples et imprévisibles se recentrent alors de façon assez mesquine sur Tommy, personnage bien terne piètrement interprété par un Michael Pitt (CALCULS MEURTRIERS) absolument pas crédible en rock-star, et à vrai dire souvent ridicule. Profondément déséquilibré, le film finit par piétiner et se regarde avec un certain ennui. Manifestement, ce n’est pas demain la veille que le ROCKY HORROR PICTURE SHOW se verra surpassé…
 
I comme… IN THE CUT, de Jane Campion (Australie/USA/Angleterre, 2003)
Jane Campion signe ici un film étrange et assez atypique, surtout remarqué à l’époque de sa sortie pour la performance de Meg Ryan – performance consistant surtout en réalité à se montrer bonne actrice, ce qui ne lui était pas arrivé depuis belle lurette, puisqu’elle ne fait qu’égaler ici le talent d’Holly Hunter, à laquelle elle ressemble assez pour le coup, et qui du reste aurait elle-même parfaitement fait l’affaire.
L’intérêt – relatif, le film étant tout de même très loin de la réussite d’UN ANGE À MA TABLE – de IN THE CUT est de voir Jane Campion se fondre avec un certain talent dans le moule d’un genre a priori très éloigné de ses préoccupations, le thriller érotique, l’originalité de son approche consistant à se tenir finalement assez éloignée des éléments relevant du genre policier. Le film évite en effet la plupart des poncifs inhérents à ce genre de métrages, se focalisant sur un personnage (Meg Ryan) en marge de l’intrigue, et sur sa relation avec l’enquêteur (Mark Ruffallo), les meurtres et l’enquête elle-même étant relégués hors du récit filmé. Beau personnage d’ailleurs, autour duquel Jane Campion construit une mise en scène assez riche et atmosphérique, notamment par le biais d’une superbe photographie jouant habilement sur les zones floues, sur le regard, sur la perception – voyeurisme, bien sûr, puisque c’est la qualité qui fait de Meg Ryan un témoin, mais aussi fantasme, rêverie (très belles séquences oniriques) d’une femme obsédée par les mots, par les détails, incapable de faire les quelques pas en arrière qui lui permettraient de mettre ces éléments singuliers en perspective dans un ensemble cohérent et révélateur.
Le jeu sur les symboles est de ce point de vue assez ludique et discrètement ironique (image récurrente et vulgairement turgescente du phare rouge, qui transite de personnage en personnage), de même que l’approche de l’érotisme, révélé très tôt de façon totalement crue par la scène de fellation que surprend Meg Ryan dans les toilettes d’un bar : l’érotisme ne sera jamais aussi frontal que dans cette séquence placée dans les premières minutes du métrage, mais génère une attente et une véritable obsession chez le personnage principal, épaulé du reste par de remarquables seconds rôles (Jennifer Jason Leigh superbe, comme souvent, et Kevin Bacon étonnant en ex paumé). Sur un mode un peu ténu, en sourdine, IN THE CUT n’est en rien renversant, mais sa vision n’en est pas moins hypnotique et très séduisante.
 
J comme… JAWBREAKER, de Darren Stein (USA, 1999)
Basculons vers un autre genre typiquement américain avec le film de college, version noire, avec ce JAWBREAKER qu’on pourrait ranger à côté du FATAL GAMES (HEATHERS) de Michael Lehmann – même si le film de Darren Stein ne fait jamais preuve des mêmes audaces. Le propos tourne autour des affres de la popularité sur le campus, et de la jalousie d’un trio de bimbos pour la fille la plus apprécié du bahut, qui l’est curieusement pour son extraordinaire gentillesse. Elle est donc la victime d’une mauvaise blague de la part du trio, qui tourne mal et les laisse avec le cadavre sur les bras.
JAWBREAKER s’installe d’emblée sur un sentiment mitigé qui ne le quittera plus : la méchanceté gratuite du scénario et l’accumulation de détails et de scènes corrosives (dont une hilarante montrant Rose McGowan forçant un aspirant boyfriend à fellationner une glace avec la dernière des cruautés) est indéniablement drôle et parfois réjouissante, mais le cinéaste force le trait jusqu’à la caricature – effets sonores cartoonesques – sans assumer jusqu’au bout le versant irréaliste de son film, s’orientant au contraire dans sa dernière demi-heure vers un ton nettement plus conventionnel, marqué par un rassurant retour à l’ordre au cours duquel la méchante Rose McGowan sera punie et humiliée en public… lors de son couronnement au bal de fin d’année, naturellement. Et en parlant de bal de fin d’année, il serait dommage de ne pas signaler un détail cocasse : la jeune fille assassinée et sa famille sont exclusivement campées par des acteurs vus dans CARRIE ou sa suite – dont P.J.Soles et William Katt.
Dommage donc que le film se cantonne vite à un trash sucré et au bout du compte aussi inoffensif que quelconque, car le sujet et l’univers développé (où les « castes » distinctes du lycée sont les aveugles, les sourds-muets et les anorexiques !) avaient un potentiel autrement plus provocateur et iconoclaste. En l’état, le film se regarde gentiment et distrait agréablement, sans plus.
 
K comme… KOLOBOS, de Daniel Liatowitsch & David Todd Ocvrik (USA, 1999)
Peut-être n’avez-vous jamais entendu parler de ce film a la discrète petite réputation culte. En ce qui me concerne, c’est pour l’avoir (re)vu que cette réputation, appuyée sur la jaquette de l’éditeur par une citation enthousiaste de Dionnet, me semble totalement usurpée, au regard de la franche nullité de ce petit métrage plagiaire et atrocement mal réalisé.
Le principe en est simple, pour ne pas dire simpliste : dans le cadre d’un projet de télé-réalité bien mystérieux, une bande de jeunes accepte de se faire enfermer dans une maison qui va vite s’avérer abriter dans son sein un tueur masqué et une flopée de pièges mortels. Tina, seule rescapée mutilée, est-elle coupable ? Folle ? Manipulée ? A-t-elle tout rêvé ? Au terme de cette purge filandreuse, j’avoue très honnêtement que je m’en fous comme de ma première couche.
Ce qui m’a sans doute le plus énervé dans ce KOLOBOS fort pénible, ce sont les constants emprunts à Dario Argento, et ce dès le générique (avec en cours de métrage une scène volée à L’AU-DELÀ de Fulci). L’accumulation de larcins esthétiques et scénaristiques est incessante au point que le piètre BROCÉLIANDE en est presque battu à plates coutures, la différence se faisant sans conteste sur la stupéfiante médiocrité technique du film, et sur l’extrême bêtise de son script, qui place grassement un film dans le film pour ironiser sur les poncifs du genre, ce qui ne l’empêche pas d’y sombrer à la première occasion – le film dans le film en question s’intitule « L’antre de l’horreur sans fin » et est l’objet entre les personnages d’un échange remarquable de pertinence (« Bah, c’est comme VENDREDI 13 ! » « Rien à voir ! Là, c’est une femme qui tue ! » Ouaih. Comme dans VENDREDI 13, quoi.)
Pour le reste, le film présente une photographie hideuse et une inaptitude navrante dans le recours au montage, atrocement mauvais, notamment dans la longue séquence d’introduction en caméra subjective. Bref, voilà un projet bien antipathique, qui oscille entre gore (bonne idée des scies circulaires) et parodie (avec une écriture de sitcom d’une platitude assommante), tout en se prenant affreusement au sérieux dans sa conclusion. Inepte assemblage de CUBE et du cinéma d’Argento, film de suiveurs sans la moindre inspiration, KOLOBOS prépare déjà soigneusement le terrain, sur un registre plus Z, au pénible SAW.
 
La suite ? Pas dans un mois, tenez-vous-le pour dit !
 
Le Marquis
Mansuétude (Le Marquis)
 

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Vendredi 14 juillet 2006 5 14 /07 /2006 18:42

Partager     - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
Suite et fin de cet épisode 6 à rallonge, qui n’est au fond que la dernière ligne droite avant l’épisode 7, même si je ne dois pas pour autant négliger le fait que la balle est dans mon camp Stressos pour faire avancer le compte-rendu détaillé de la série SAN KU KAÏ – tant de choses à faire et si peu de temps. Bonne lecture !
 
T comme… TRICHEURS, de John Stockwell (USA, 2000)
Coiffé au poteau par le Dr Devo qui a consacré un article à cet excellent téléfilm lors de sa dernière visite, je procède comme d’habitude en complétant sa critique par quelques petites remarques annexes – en précisant, bien évidemment, que TRICHEURS a bien été vu dans le cadre de l’Abécédaire : je l’ai donc revu une seconde fois à la demande du Dr Devo, car, je le rappelle, l’invité fait loi. La première, qui s’est imposée à moi comme une évidence puisque je l’ai vu tout de suite après, c’est que TRICHEURS distille un suspense infiniment plus haletant que le très mauvais SAW. Le réalisateur John Stockwell (ancien acteur qui tenait le rôle principal de CHRISTINE de John Carpenter) n’est pourtant pas un esthète, mais sa mise en scène reste solide et parvient à maintenir un rythme particulièrement efficace, une tension soutenue sur toute la durée du métrage. Beaucoup de bonnes idées, comme celle de replacer la musique de ROCKY lors du triomphe des tricheurs, ce qui semble dans un premier temps un peu appuyé et caricatural… jusqu’à ce que le thème soit repris dans la foulée par la fanfare du lycée, dans une version cacophonique assez drôle et doucement ironique. Pour le reste, et comme le disait le Dr Devo, le propos est brillant, étonnant de maturité, et apporte au film une envergure que peuvent lui envier bien des films distribués en salles, loin des clichés attendus sur un sujet aussi risqué : ce qui motive le récit, c’est la lutte contre l’apathie environnante, l’amertume trop longtemps couvée, la cruauté d’un combat où tout le monde est perdant (le délateur par dépit tabassé par les mêmes élèves qui sifflaient les tricheurs), la balance entre le mensonge ouvert et l’hypocrisie silencieuse, équilibre sur lequel le film lui-même joue en prenant de petits arrangements avec les faits dans sa conclusion (Jena Malone va en fac et envisage de se tourner vers l’enseignement, alors que le personnage qu’elle interprète a en réalité trouvé sa voie dans la restauration). Très bon film.
 
U comme… UN JOUR SANS FIN, de Harold Ramis (USA, 1993)
La malédiction est enfin levée. Oui, j’étais jusqu’à présent victime d’une étrange malédiction visant à m’empêcher de voir ce film. À de nombreuses reprises, j’ai pourtant essayé, mais à chaque fois, passées les premières vingt minutes du film, un événement se produisait, me contraignant à interrompre la projection : coup de fil urgent et important, visite surprise d’invités ayant déjà vu le film, panne brutale du poste de télévision… J’avais fini par me faire une raison, en trouvant poétique l’idée de toujours voir en boucle les mêmes vingt premières minutes d’un film lui-même construit sur l’idée de la répétition – celle d’un homme cynique prisonnier d’une journée appelée à se répéter encore et encore, parcours au terme duquel, comme dans un conte de Dickens (Bill Murray fait exactement la même prestation dans le médiocre FANTÔMES EN FÊTE) ou plus encore un épisode de la QUATRIÈME DIMENSION, il va retrouver humilité et humanité. En glissant le DVD dans le lecteur, j’étais saisi de mille appréhensions : ma maison allait-elle imploser ? Mon chat allait-il me sauter à la gorge ? Allais-je être abducté par de belliqueux extra-terrestres ? Mais non, rien ne s’est passé : de deux choses l’une, soit une Entité Supérieure a décidé que j’étais enfin prêt à cette expérience, soit la malédiction était enfin levée.
Ah, oui, et le film dans tout ça ? Pas mauvais, même s’il est très nettement en-dessous des dithyrambes un peu grisées par l’enthousiasme qui allaient parfois jusqu’à me promettre une œuvre de la trempe de CITIZEN KANE, rien que ça. En réalité, le film d’Harold Ramis, porté par un casting parfait (quoique, Andie McDowell…) et par un scénario ingénieux qui, comme dans le meilleur de Joe Dante, parvient à explorer un sujet prometteur sous toutes ses coutures, n’est pas formidablement bien réalisé : la mise en scène est fonctionnelle, à la fois impersonnelle et efficace, illustre proprement mais sans imagination (visuellement parlant) un récit vraiment séduisant. C’est d’ailleurs plus sur le plateau que semblent s’être portés les efforts d’Harold Ramis : on devine un travail énorme dans la gestion des figurants, et bon nombre de séquences menées par un Bill Murray en grande forme relèvent presque de la chorégraphie, platement filmée mais franchement sympathique.
Harold Ramis persiste et signe dans le registre du cinéma dérivé de Frank Capra, souvent agrémenté d’une astuce d’ordre fantastique, mais il bénéficie ici d’un scénario plus solide, qui fait de UN JOUR SANS FIN son film le plus abouti – meilleur que MES DOUBLES, MA FEMME ET MOI, pas très convaincant, ou l’inégal ENDIABLÉ (dont les meilleurs segments ont été coupés au montage). Une bonne partie du charme de cette histoire réside du reste dans le mystère de cet argument fantastique, qui cette fois n’est jamais justifié ou explicité. Excellente comédie.
 
V comme… VELVET GOLDMINE, de Todd Haynes (Angleterre / USA, 1998)
Le meilleur film, et de très loin, de cette sélection dans l’ensemble assez faiblarde, est aussi le premier film de Todd Haynes qu’il m’a été donné l’occasion de voir – non pas par mauvaise volonté de ma part, mais simplement parce que ses films (POISON, SAFE) sont peu diffusés et assez difficiles à dépister. Et contrairement à LA BALLADE SAUVAGE qui, malgré sa rigueur – ou à cause d’elle ? – m’a assez déçu, l’effet piédestal ne joue pas ici en défaveur de ce film musical splendide, visuellement renversant et d’une densité assez folle.
Portrait d’une star du glam-rock de ses débuts à sa déchéance (pour faire simple et court, ce qui ne rend pas justice à la constante inventivité du scénario), VELVET GOLDMINE tourne résolument le dos aux clichés attendus sur un sujet pareil (vu quelques jours plus tard, HEDWIG AND THE ANGRY INCH a énormément souffert de la comparaison !), et ce dès son introduction fantastique, montrant un OVNI déposer un nourrisson devant la demeure des Wilde : Oscar Wilde, dont l’esprit et les mots vont constamment colorer le récit, vient donc d’une autre planète, idée saugrenue et poétique, pourtant très incarnée. Le médaillon accroché à sa layette va par la suite être perdu, retrouvé, volé, offert, passant de main en main, don ou malédiction marquant son possesseur d’une singularité qui le porte et le marginalise, lui procure célébrité et solitude.
Que le film s’inspire en partie de la carrière de David Bowie et de ses relations avec Iggy Pop n’a au fond pas la moindre importance. Dans sa construction complexe et déstructurée en saynètes crues, violentes, érotiques, drôles, touchantes, dans sa frénésie visuelle et thématique, VELVET GOLDMINE retrouve, pêle-mêle, l’originalité du cinéma de Spike Lee ou de Jane Campion, de même qu’il évoque souvent – en soutenant fièrement la comparaison – Brian de Palma (PHANTOM OF THE PARADISE) ou Ken Russell (TOMMY), notamment bien sûr dans son versant musical, passionnant, jamais monotone, où se succèdent concerts déliquescents ou scopitones contaminant la mise en scène par leur exubérance (pellicule brûlée, cadrages extravagants, cartons, direction artistique hallucinée). Le récit progresse toujours sur le fil du chaos, tenant miraculeusement debout en suivant la progression de l’enquête d’un journaliste (Christian Bale) lancé à la recherche du chanteur disparu après un revers de carrière spectaculaire, et qui va un à un interroger les membres de l’entourage personnel et professionnel de celui-ci (dont son ex-femme, excellente Toni Collette). Une structure narrative qui évoque sans doute CITIZEN KANE, mais plus encore un autre film d’Orson Welles, Mr ARKADIN, du fait de l’implication personnelle de l’enquêteur dans le cours des événements et dans l’aboutissement de son enquête, et parce que la figure recherchée, populaire et opaque, n’est pas morte. Juste invisible, introuvable, présente et absente à la fois. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un film musical aussi intense, original, troublant et fascinant depuis une éternité.
 
W comme… WATCHERS II, de Thierry Notz (USA, 1990)
Je n’ai jamais vu le premier WATCHERS, petite série B de réputation recevable, adaptée d’un roman de Dean Koontz (écrivain que je conspue, mais on s’en fout un peu). Facile cependant d’ouvrir le feu avec cette séquelle qui semble ne reprendre aucun récit en cours, et qui démarre par la visite impromptue de deux agents fédéraux s’introduisant dans une pièce confidentielle d’un laboratoire expérimentant comme une bête sur des animaux – d’ailleurs, les fédéraux sont fraîchement accueillis par une jeune scientifique (je crois que nous tenons une héroïne) occupée à apprendre à lire à un labrador (je crois que nous tenons un héros). Car Médor est un chien suprêmement intelligent (manifestement plus que vous et moi), mais là n’est pas le problème, l’enjeu du film n’étant pas de montrer un chien ayant appris non seulement à aller chercher le journal sur le perron chaque matin, mais aussi à en faire la lecture pendant que les tartines grillent. Non, le problème, c’est que ce chien savant n’est que l’étape précédant une autre expérience similaire, visant à gonfler le QI d’un monstre denté et griffu qui ne fait d’ailleurs qu’une bouchée des deux agents. Lorsqu’il découvre les corps, le directeur du laboratoire donne l’alerte, tout en savourant une glace à l’eau (je ne galège pas, c’est à l’image). L’affaire est étouffée, mais la créature doit être détruite. Ne pouvant s’y résoudre, le directeur organise son évasion en ouvrant ses portes à un commando anti-vivisection, espérant naïvement pouvoir en garder le contrôle. Pour des raisons un peu confuses, le monstre et le chien sont liés par un contact télépathique, et le monstre veut absolument tuer le chien (ce n’est pourtant pas un fox-terrier).
Voilà pour les premières minutes de cette série B idiote, mais correctement troussée. WATCHERS II n’échappe cependant pas au ridicule, qui prend vite le dessus et tire le métrage vers les rives de l’invraisemblable cocasse. Matt « V » Singer, militaire en fuite car il est soupçonné des meurtres commis par la créature, adopte Médor, et découvre que le chien est intellectuellement supérieur en commandant des pizzas. « Aboie une fois pour oui et deux fois pour non » (tu aimes ce film ?) : Singer réalise alors que Médor ne veut pas d’une pizza à la banane flambée. Quelques séquences hilarantes viennent ainsi épicer le récit. J’apprécie tout particulièrement les scènes où le chien tape des messages au clavier d’un ordinateur : le labrador tient un crayon entre ses dents, et un assistant dissimulé par un cadrage serré lui appuie sur la tête (mais pas trop fort !) au-dessus du clavier – mais le meilleur, c’est quand, une fois son message museaugraphié est saisi, Médor roule des yeux effarés vers la caméra avec son crayon coincé dans la gueule. Ceci dit, la scène où Médor grimpe une échelle vaut son pesant de cacahuètes – trucage classique du mur horizontal, hélas l’illusion s’effondre dès que le chien se redresse ! Mais dans son genre, le monstre, entiché d’un nounours (il peut se glisser pacifiquement au milieu de clochards pour boire un coup, mais massacre tout le monde si on touche à son Paddington), n’est pas mal non plus. Bref, en tant que film d’épouvante, WATCHERS II est vraiment désastreux, mais il y a par ailleurs largement de quoi s’esclaffer, c’est toujours ça de pris.
 
X comme… X FILES : LE FILM, de Rob Bowman (Canada / USA, 1998)
Retour sur le long-métrage inspiré de la très populaire série créée par Chris Carter (création pas bien originale du reste, très largement inspirée de la série « The Night Stalker » initiée par Dan Curtis au début des années 70 – et dont l’interprète, Darren McGavin, est récemment décédé), apogée d’un programme qui semble avoir périclité par la suite. Je dis bien « semble », car j’avoue ne pas m’être plongé dans cette série dont les quelques épisodes visionnés m’ont franchement déplu : c’est un avis qui n’engage que moi et va sans doute en vexer certains, mais j’ai trouvé ce que j’ai vu assez terne, pas très bien réalisé, souvent mal interprété et reposant sur des scénarios quelconques moulinant en boucle une paranoïa de surface un peu facile et systématique. La façon dont l’engouement pour cette série s’est à l’époque souvent accompagnée de discussions sur la véracité des faits évoqués (conversations sur les « vrais dossiers », « courage » de Chris Carter de dévoiler la vérité) a suffi pour me détourner de X-FILES, même si je dois préciser que d’une façon générale, la majorité des séries TV me laisse de marbre (j’ai détesté LES 4400, par exemple).
Pourquoi alors tenter une revoyure de ce film déjà aperçu à l’époque sur Canal + ? (Ou : « si t’aimes pas ça, n’en dégoûte pas les autres ! »). D’une part parce que les films en X sont une denrée rare et que X-TRO reste pour le moment introuvable. D’autre part parce que le réalisateur Rob Bowman (dont il a ici été question pour ELEKTRA, que je n’ai pas vu) ne me paraît pas totalement incapable : j’ai plutôt aimé son curieux LE RÈGNE DU FEU, film soigné, original et bien moins bourrin que ce que laissait présager l’affiche de sa sortie en salles, une œuvre imparfaite, mais qui optait pour des choix relativement courageux, dont le moindre n’est pas d’avoir réduit le nombre et la présence à l’écran des dragons (images de synthèse raisonnées et peu démonstratives, parfois très belles) là où je m’attendais à une version reptilienne d’INDEPENDANCE DAY – détail amusant, dans X-FILES : LE FILM, David Duchovny pisse dans une ruelle sur l’affiche du film de Roland Emmerich, une forme de déclaration d’intention pas tout à fait infondée, puisque l’univers de X-FILES, malgré ses propres travers, choisit effectivement une approche plus mature de la science-fiction. Bref, bien qu’il n’ait pas de style personnel très défini, Bowman cherchait moins à en mettre plein la vue qu’à élaborer une mise en scène véritablement structurée, une atmosphère singulière, pari à moitié tenu, ce qui est déjà énorme pour un film jouxtant la laideur d’un DONJONS ET DRAGONS de piètre réputation.
On retrouve cet indéniable savoir-faire dans la mise en scène soignée de ce long-métrage pourtant inégal, qui crée la surprise en s’ouvrant sur un prologue préhistorique amusant mais un peu bancal, un peu cheap et pas vraiment nécessaire à un film déjà trop long. La suite s’avère plus intéressante et par moments plus convaincante, le film bénéficiant de quelques séquences de suspense (ou plus rarement d’action) fort bien réalisées, qui viennent régulièrement relancer l’intérêt d’un scénario dense mais hautement inégal et déséquilibré. Cinématographiquement parlant, la première partie du film, au cours de laquelle un médecin tente de convaincre Mulder-Duchovny de la réalité du complot étatique visant à étouffer une sombre affaire de parasites extra-terrestres, est très bavarde, plate et laborieuse, occupant tout de même près de 45 longues minutes avant que l’agent du FBI ne se décide à y croire et à réagir. Par ailleurs, les fréquentes allusions à la sœur abductée de Mulder, révélant sans doute quelques éléments inédits aux fans de la série, n’a pas la moindre utilité dans cette intrigue et ne présente donc pas l’ombre d’un intérêt pour celui qui n’a pas suivi X-FILES sur le petit écran. Séquences peut-être nécessaires pour maintenir un lien thématique et formel avec la série portée à l’écran, mais c’est sans doute là que ça coince en ce qui me concerne : ce qui m’a ennuyé sur le poste de télévision m’ennuie tout autant dans le long-métrage. J’ai par ailleurs un problème avec cette abeille mutante piquant l’agent Scully (Gillian Anderson, que je trouve assez fade) des heures et des heures après une visite périlleuse dans un laboratoire expérimentant sur les chieuses de miel, et à point nommé, juste quand elle s’apprêtait (pour la première fois manifestement) à embrasser Mulder (suspense et piaffements dans la salle) : cette abeille ex machina serait restée cachée dans le col de chemise de Gillian A. pendant des heures avant de se décider à user de son dard empoisonné ? Un peu dur à avaler.
Ceci dit, les amateurs y ont probablement trouvé leur compte, je suppose, et le film a ses moments, pas trop mal réalisé dans l’ensemble. Mais très honnêtement, je m’y ennuie assez : pour ma part, ce n’est vraiment pas mon truc et le classement des dossiers X sera vertical.
 
Y comme… Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?, d’Allan A. Goldstein (Canada / Allemagne, 2000)
Emporté par la frénésie comique, l’éditeur minimaliste et fauché DVDY, partisan du moindre effort, se fend ici d’un petit gag pour faire passer sa page d’avertissements administratifs (qui a toujours le mérite d’être plus courte que cet insupportable clip « Pirater c’est du vol » qui contamine les DVD récents, et qui me donne une envie furieuse de passer à l’ADSL par simple esprit de contrariété). L’éditeur ne pousse pas l’enthousiasme jusqu’à proposer une piste sonore en version originale, ceci dit. Mais une VO ne relèverait pas un film pareil, de toute façon.
Le titre français de ce 2001 : A SPACE TRAVESTY en rajoute une couche dans la volonté des auteurs de cette comédie épouvantable de la faire passer pour un nouvel opus de la série des Zucker-Abrahams-Zucker, NAKED GUN (dont le premier long-métrage a été évoqué ici). Leslie Nielsen n’interprète plus le lieutenant Drebin, mais l’inspecteur Dix, et en dehors de la cruelle absence de drôlerie de cet étron filmique, c’est bien la seule différence tangible (les ZAZ n’ont pas porté plainte ?). Je ne vais pas m’étendre sur ce navet d’une indescriptible vulgarité, atrocement laid, monté avec les pieds et pas drôle du début à la fin (bruits de pets sur le générique, comme c’est impertinent). Ophélie Winter vient promener sa choucroute dans cette parodie poussive et nauséeuse, et pousse la chansonnette pop (popo, oui !) à l’occasion. À ce stade, le métrage est déjà devenu intolérable. Plus jamais ça, merci.
 
Z comme… ZONE PARALLÈLE, de Worth Keeter (USA, 1997)
Cet Abécédaire s’achève mollement avec une petite série B pas folichonne, interprétée par le never-been C. Thomas Howell (HITCHER), l’oublié Judge Reinhold (LE FLIC DE BEVERLY HILLS) et par Jennifer Rubin, bonne comédienne vue dans l’intéressant PLANÈTE HURLANTE, qui n’a jamais vraiment percé et s’est perdue dans les productions de seconde zone – elle n’est ici pas très à son avantage, et apparaît tristement bouffie et fatiguée.
Il est ici question d’un monde parallèle au nôtre, où un scientifique (Reinhold) cherche à entrer en contact avec nous. L’idée est que le passage peut être contrôlé par le biais d’une implication émotionnelle, ce qui est assez original, mais le développement tire d’emblée vers les rivages du film d’action pas très malin : le savant a l’idée brillante d’utiliser comme cobaye un dangereux criminel, sous prétexte qu’il est désespérément amoureux d’une morte dont le double (Jennifer Rubin) existe toujours dans notre dimension. Mais comme elle s’apprête à se marier, le tueur décide sans grande surprise d’échapper au contrôle du laboratoire, et surgit dans notre monde pour enlever la mariée en pleine église et en assassinant tous les invités et le marié (Howell) – heureusement qu’il ne débarque pas dans LE MARIAGE DE MA MEILLEURE AMIE, vous imaginez le boxon ? Bref, le savant se trouve soudain très con, et rejoint à son tour notre univers pour tenter de réparer les dégâts : il réanime le marié et, avant de trépasser, lui offre un bracelet d’immortalité qui lui permet de ressusciter sept fois. Et voilà notre marié lancé à la trousse du kidnappeur.
C’est donc du pur cinéma de série B, pas très inspiré cependant malgré quelques petits efforts, principalement portés sur les effets visuels. Montage, cadrage et musique transpirent la médiocrité. Le profil classique de ce genre de produit en somme. Le film s’enlise rapidement dans une interminable course poursuite en voiture (le record de William Friedkin est battu au chrono) avant de végéter dans sa dernière partie dans un huis clos mou du genou, le tout étant rythmé à coups de mort du marié / résurrection du marié. C’est un peu court (thématiquement parlant, hélas) et pas du tout mémorable.
 
C’est ainsi que s’achève une sélection un peu tiède, sensiblement plus faible que la moyenne. Beaucoup de mauvais films, plus encore de films plats, le menu n’aura pas été très affriolant cette fois-ci, et seul VELVET GOLDMINE aura vraiment suscité mon enthousiasme. C’est un très, très beau film, qui aurait de toute façon occupé le haut du classement, même s’il triomphe donc ici sans gloire. Je ne recommanderais au spectateur motivé que la vision des huit premiers titres du classement, le reste étant d’un intérêt bien plus modéré – même si, comme toujours et dans le registre du second degré, WATCHERS II ou L’ÎLE DE L’ANGOISSE peuvent vous faire passer un moment agréable, de préférence en groupe. Vous remarquerez par ailleurs la bonne place occupée ici par LA BALLADE SAUVAGE, envers lequel je n’ai pourtant pas été très tendre : j’ai beau ne pas vraiment aimer ce film, je ne peux pas lui enlever ses qualités formelles et l’intérêt de sa démarche. Même si j’ai pris infiniment plus de plaisir devant l’étrange HISTOIRE D’O ou le passionnant TRICHEURS, le film de Terrence Malick est tout simplement plus riche et maîtrisé.
Mais la bonne nouvelle dans tout ça, c’est que je vous promets un prochain Abécédaire – déjà visionné dans son intégralité, j’ai du pain sur la planche – nettement plus riche, une sélection de bonne qualité, qui aura démarré en fanfare avec six très bons films d’affilée, ce qui est rare.
 
VELVET GOLDMINE
LUNES DE FIEL
LA BALLADE SAUVAGE
L’EMPRISE
TRICHEURS
UN JOUR SANS FIN
HISTOIRE D’O
LE CROCODILE DE LA MORT
KAOS 2
LA MUTANTE II
X FILES
LE RIDEAU FINAL
THE GLADIATOR
DANTE’S VIEW
L’AUTRE ENFER
SAW
WATCHERS II
L’OUBLIÉ
ZONE PARALLÈLE
JOHNNY MNEMONIC
POWER RANGERS : LE FILM
L’ÎLE DE L’ANGOISSE
LA NUIT DU CHASSEUR
Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?
 
Et la traditionnelle bande-annonce du prochain épisode, de qualité donc, se doit de vous faire saliver. Qu’y croiserons-nous ? Terrorisme audiovisuel, nécrophile romantique, invasion de robots géants, fessées administrées devant le cinématographe, magret de serial-killer, Hollywood détraqué, androïde chercheur d’or, vedette transsexuelle, fellation dans les toilettes d’un bar, sordide bal de fin d’année, télé-réalité déviante, femme vampire sur une plage, pistolet légendaire, bossu éconduit, enterrée vivante, locataire démembré au fond du bois, nazisme sur patins à roulettes, atavisme surnaturel, panne de marée, trisomique cinéphile, vampires orientaux, ouija mortifère.
 
Et dans quelques heures, au moment où j’écris ces lignes, le verdict cannois : je me contrefous du palmarès, presque toujours sans intérêt, mais la cérémonie est souvent un très bon moment à passer.
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Mr President, who has won la première place de l'Abécédaire n°6 ?

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Mercredi 31 mai 2006 3 31 /05 /2006 18:44

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We are the winners (Lordi)
Elle se sera fait attendre, cette seconde partie : il faut dire qu’il m’a été donné de recevoir, ces derniers temps, ce qui a à la fois suspendu momentanément le visionnage alphabétique et en a ralenti la rédaction. Quinze jours de suspense pour un Abécédaire à vrai dire un peu terne dans l’ensemble, ce qui, je l’espère, n’en rendra pas la lecture de ce compte-rendu moins intéressante. Bien sûr, l’événement cinématographique (?), c’est l’achèvement du festival de Cannes. Mais la cérémonie de clôture n’a pas encore eu lieu à l’heure où je vous parle, et je reste donc sur le souvenir du concours de l’Eurovision diffusé la semaine dernière, l’une de mes rares entorses télévisuelles.
Je passe toujours un assez bon moment devant ce spectacle anachronique et aimablement ringard, et ce malgré les commentaires français en off, stupides et purement parasites. Froides salutations à Michel Drucker, incarnation de ce que la gentillesse peut avoir de sinistre, et à l’illustre inconnu qui lui renvoyait la balle – leur déconvenue lors du couronnement des hard-rockeurs finlandais (« Hard Rock Hallelujah » !!!) qu’ils voyaient bons perdants était du miel pour mes oreilles. Pour votre gouverne, ma préférence allait cette année aux Lithuaniens, brochette de mines masculines assez improbables entonnant avec une belle conviction un « We are the winners of Eurovision » délicieusement vulgaire. Mes favoris ne sont arrivés que cinquièmes, ce qui n’est pas si mal, mais je suis tout de même très satisfait : les finlandais, grimés comme des Klingons de l’Enfer, étaient mon second choix, et je garde à l’esprit l’image saugrenue de ce monstre patibulaire se voyant remettre par l’animatrice grecque un somptueux bouquet de fleurs. Pensée émue pour Virginie Pouchain, qui, avec un nom pareil, aurait pu taper dans la farce façon « Papa Pingouin », mais qui est arrivée avant-avant dernière, classement mérité pour une chanson plate, pas très bien interprétée et consternante de nullité, malgré tout vaillamment défendue par le père Drucker en plein élan, typiquement « eurovisionnien », de chauvinisme gras et forcené. Tout cela est copieusement artificiel, filandreux, naïf, grotesque et fort long, mais, allez savoir pourquoi, l’exégète du groupe ABBA que je suis passe toujours un très, très bon moment devant cette école des fans pubère et sans frontières. Mais revenons à nos moutons avec un film qui ne dépare pas trop avec le strass, les paillettes et le champagne, un film en I comme…
 
L’ÎLE DE L’ANGOISSE, de William Riead (USA, 2001)
Après les gosses de riches et leur week-end dans la demeure familiâââle de l’assommant PETIT MASSACRE ENTRE AMIS, voici le fruit de ce qui pourrait être l’accouplement de LIAISON FATALE et d’un roman Harlequin. Catherine Gaits (Olivia Hussey, à gifler) et son richissime époux Parker sont partis sur une île s’acheter un yacht, mais quelques heures avant la transaction, Parker est appelé d’urgence dans sa clinique de Santa Barbara. Catherine doit donc rester sur place et se charger de l’acquisition – mais qu’elle ne s’inquiète pas : « je vous laisse l’hélicoptère, ma chérie, vous serez rentrée à temps pour le gala de charité ! » Catherine fait connaissance avec le vendeur de yachts, un bel homme romantique qui lui sert une coupe de champagne qu’elle commet l’erreur fatale de boire : elle ne résiste pas longtemps à son charme, d’autant plus que, déloyal, il a mis en fond sonore une sirupeuse soupe à la Richard Clayderman (« C’est du David Benoît ? » - « Oui, son dernier album, c’est si beau ! » « Oh oui, c’est magnifique, ça donne à méditer… »). Extrait de dialogue avant la faute de Madame :
Lui : « Je peux vous poser une question personnelle ?
Elle : Oui, d’accord, à condition que ce soit très personnel.
Lui : D’accord. Ce sera tout ce qu’il y a de plus personnel. Entre vous deux, c’est comment ?
Elle : Ça, c’est un peu trop personnel. »
Elle perd son élégance, la duchesse, et accepte une petite saillie entre amis. Personnellement, je ne connais personne dans mon entourage qui puisse ainsi sauter de l’hélicoptère dans la décapotable pour se rendre au club faire du cheval, non sans avoir donné des instructions aux domestiques pour qu’ils n’oublient pas de joindre monsieur son mari au golf avant son départ : il faut absolument faire nettoyer la piscine. Leur vie est-elle à ce point inepte ? Ce thriller à l’eau de rose, où l’harmonie d’un couple friqué, épris et distingué est menacée par l’amant de madame, un vulgaire parvenu qui tire son apparat chic de l’assurance vie de son ex-femme, est d’une bêtise nunuche et arrogante à se pendre et ferait passer LES NUITS AVEC MON ENNEMI pour du Cassavetes, quoi qu’il puisse être assez drôle au 36e degré – personnellement, j’aurais choisi pour slogan sur l’affiche : « Pas besoin d’un yacht pour venir mouiller sur cette île ! »
 
J comme… JOHNNY MNEMONIC, de Robert Longo (Canada / USA, 1995)
L’univers cyber de William Gibson trouve ici une illustration assez désastreuse, malgré les promesses d’un récit au potentiel relativement intéressant – dans un avenir proche, et alors que la planète est ravagée par un virus mystérieux, l’information, le communication sont quasiment devenues une nouvelle forme de religion. Johnny Mnemonic travaille comme un livreur de pizza, à ceci près que ce sont des informations qu’il livre, stockées dans son cerveau et protégées par des codes qui lui bloquent l’accès à sa propre mémoire. Et, je vous le donne dans le mille, il est un jour chargé de transmettre une information capitale (qui concernerait un certain virus que je connais que ça ne m’étonnerais pas), et se retrouve poursuivi par des tueurs qui veulent sa tête (littéralement), alors que l’horloge tourne : son cerveau est saturé, et il risque la mort s’il ne met pas la main sur les codes lui permettant d’extraire les documents stockés. Cyber, donc, pour un film qui traîne une réputation plutôt tiède, et pour cause…
Le casting est probablement le meilleur (ou le seul) atout du métrage, bien qu’il soit mené par un Keanu Reeves exécrable, en pleine répétition avant la générale de MATRIX, qui m’a paru ici tout particulièrement mauvais. On croise ainsi Udo Kier (qui a parfois l’air d’être absolument partout) en patron de Keanu qui règne en grande follasse sur un night-club à thème (je dirais, Starmania, à tout hasard), Barbara Sukowa (EUROPA) en Ghost in the Shell, le sympathique Dolph Lundgren en roue libre dans le rôle d’une espèce de Prêtre Fanatique Serial Killer Raspoutine, conception totalement idiote qui a le mérite d’être spectaculaire, Ice-T en leader rebelle ou Takeshi Kitano en yakusa mélancolique, comme c’est original.
Pour le reste, en dehors de quelques idées cocasses (dont la découverte du pirate informatique le plus doué de la planète – un dauphin !), le film est résolument creux et superficiel dans son approche des thèmes (si peu) développés, mais il est tout aussi indigent en tant que divertissement pur : clinquant d’une direction artistique douteuse, apogée du récit sous forme de dernier quart d’heure indescriptiblement hideux qui donnerait la nostalgie des effets visuels du COBAYE (mais si la technique a évolué et n’a plus cet aspect cheap aujourd’hui, ce type de séquences n’a pourtant pas évolué d’un pouce en termes de non-mise en scène), incompétence d’une mise en scène médiocre ne parvenant jamais à générer une once de rythme ou d’atmosphère, avec une séquence dans un hôpital clandestin où Johnny découvre le pot aux roses, subitement saisie d’agitation, avec un dialogue filmé à grands coups de mouvements de caméra circulaires (Russell Mulcahy est venu faire un tour sur le plateau ?). Très, très mauvais film.
 
K comme… KAOS II, de Paolo et Vittorio Taviani (Italie, 1998)
Après mon premier Terrence Malick (LA BALLADE SAUVAGE), voici mon premier frères Taviani. Les grands noms n’ont décidément pas de chance, je ne peux pas dire que ce film m’aura vraiment bouleversé non plus. En VO intitulé TU RIDI, le film devient en France KAOS II, en référence au KAOS de 1984, déjà adapté de nouvelles de Pirandello. C’est donc un film scindé en deux segments différents, « Felice » et « Deux enlèvements », qui n’entretiennent aucun rapport mais sont d’un niveau égal.
Le premier segment est une farce cruelle, racontant les déboires d’un chanteur d’opéra raté passé dans les coulisses pour devenir comptable. Une vie amère, sinistre, face à un collègue et ami handicapé, martyrisé et humilié par ses supérieurs. Pourtant, quand la nuit tombe, le comptable est hilare dans son sommeil, ce qui trouble sa compagne au point qu’elle décide de le quitter. Il ne comprend absolument pas la cause de ce rire franc, jusqu’au jour où son collègue se suicide… Le second segment met en parallèle deux enlèvements : celui d’un enfant de nos jours, et un autre enlèvement un siècle auparavant : deux enlèvements aux motivations évasives et aux dénouements radicalement opposés.
Résultat inégal. Si quelques plans séquences complexes font parfois penser à Argento (notamment dans l’opéra), le film est dans l’ensemble cadré très sagement, avec une prédilection pour les plans larges et fixes, pour l’observation neutre, parfois teintée d’ironie. S’appuyant constamment sur un climat lourd et légèrement onirique, la mise en scène est plate, sèche et rectiligne, comme pour valoriser par effet de contraste le surgissement de plans soudain très démonstratifs (premier plan de la scène onirique sous l’arbre, plan effectuant une lente rotation à 360°) – ce qui ne fonctionne malheureusement pas toujours. J’ai bien peur que les qualités premières du film soient au fond très littéraires : malgré quelques belles séquences et un ton décalé souvent séduisant, la sobriété de l’ensemble frôlant de beaucoup trop près une afféterie assez poussiéreuse, un manque de point de vue qui se fait particulièrement ressentir dans les conclusions des deux segments (rêves d’opéra du comptable visualisés par un effet de montage alterné très conventionnel, ambiguïté creuse du plan final de « Felice », sérieux tassement visuel après la conclusion de l’enlèvement contemporain). À la fois sensible et formaliste, intelligent et vieillot, KAOS II vaut néanmoins le coup d’œil.
 
L comme… LUNES DE FIEL, de Roman Polanski (France / Angleterre, 1992)
Nouveau retour sur Polanski après son extraordinaire LOCATAIRE, pour un film reçu fraîchement par la critique lors de sa sortie en salles, adapté d’un roman de Pascal Bruckner – un auteur que je n’apprécie pas, mais qu’importe : un film est un film. Et celui-ci en rajoute une couche dans le registre du sado-masochisme, déjà abordé dans cet Abécédaire via l’intéressant HISTOIRE D’O, mais sur un registre narratif et esthétique radicalement différent, à la fois plus extrême dans ses enjeux et moins raffiné dans ses manifestations, Polanski ne cherchant jamais à composer de belles images type papier glacé (comme celles d’un BASIC INSTINCT résolument anti-érotique à mes yeux), et assumant pleinement les débordements grotesques et la vulgarité des jeux sexuels du couple au centre du récit (cuissardes et maquillage de pute morte, homme déguisé en cochon…). Une vulgarité également présente dans un dispositif de « placement produit » éhonté (Contrex, confiture Bonne Maman, et surtout 36 15 : Ulla !).
Le casting du film n’aurait pas pu être mieux conçu : c’est sur un cargo parti en croisière qu’un couple de jeunes mariés un peu naïfs (Hugh Grant et Christine Scott-Thomas) rencontre un autre couple aux relations opaques (Peter Coyote et Emmanuelle Seigner). Cloué à une chaise roulante, Peter Coyote entreprend de raconter à un Hugh Grant perplexe, qui ne cracherait manifestement pas sur un petit adultère « hygiénique », le récit de sa relation avec Emmanuelle Seigner, et le glissement progressif de la passion idéaliste à la lassitude, de la lassitude au mépris et à l’humiliation, brièvement oubliés dans l’intensification des jeux érotiques, de plus en plus pervers, jusqu’à ce que le point de non-retour ne soit franchi. Et alors que progresse le récit, les relations entre les deux couples deviennent de plus en plus complexes. Bref, la croisière s’abuse.
Le film est admirablement bien réalisé, s’engouffrant, dès son générique (la mer et la révélation du hublot derrière lequel elle s’agite), dans une reprise quasi permanente de l’image de la paroi, du reflet (fenêtres du studio parisien de Peter Coyote, vitres d’un bus, écran d’ordinateur, vitrine d’un magasin, jusqu’au premier rendez-vous du couple Coyote-Seigner durant lequel Emmanuelle se met à imiter les gestes de Peter comme face à un miroir). Avec, bien sûr, une progression narrative nous entraînant en cours de métrage à un renversement spectaculaire du point de vue, alors que le récit semble opter pour une lente et cruelle vengeance, qui n’est au fond qu’un nouveau jeu de l’humiliation où les rôles se sont inversés sans réellement rompre avec l’interdépendance mortifère. Vases communicants dont l’étape suivante semble avoir pour objet le couple en apparence uni et propre sur lui, mais avec des enjeux souterrains plus complexes, plus mystérieux que ceux auquel on a fréquemment été confronté dans la vogue éphémère des thrillers érotiques du début des années 90. Bien qu’ayant émergé dans cette veine, LUNES DE FIEL nage à contre-courant et s’impose, par son élégance, sa crudité et son énergie comme le meilleur film du lot, et comme l’un des derniers très grands films de son auteur.
 
M comme… LA MUTANTE II, de Peter Medak (USA, 1998)
Plutôt piteuse, cette série des MUTANTE. Petite série B inoffensive, moyennement distrayante et sans grand intérêt, le premier opus n’avait pour atout que les effets spéciaux conçus par H.R.Giger (pas très bien mis en valeur par la mise en scène strictement fonctionnelle de Roger Donaldson) et un vague alibi sexy, occasion d’admirer la plastique de la très belle Natasha Henstridge (GHOSTS OF MARS), comédienne sans doute pas fabuleuse, mais attachante et bénéficiant à l’image d’une belle présence qui n’est pas due qu’à ses mensurations. Et au regard de la médiocrité de LA MUTANTE III, si vous ne devez en voir qu’un, c’est cette première suite que je vous conseille, d’autant plus que, surprise, le film est réalisé par le bon Peter Medak (L’ENFANT DU DIABLE, ROMEO IS BLEEDING). Peter Medak avoue s’obliger régulièrement à accepter des films de commande « pour garder les pieds sur terre », et effectue ici un travail honnête, en imposant d’emblée le choix de lever le pied sur les effets en images de synthèse, option intéressante qui confère à son film un aspect plus viscéral (et moins laid !) que ce qu’on peut croiser dans les deux œuvrettes qui le prennent en sandwich.
L’argument de départ (de retour d’une mission sur Mars, un des cosmonautes ramène avec lui un organisme extra-terrestre qui va provoquer sa mutation) évoque beaucoup LE MONSTRE, premier film de la série anglaise des « Quatermass », ce qui permet, en faisant de l’homme contaminé le fils d’un influent sénateur, d’introduire un sous-texte social et politique amusant, bien qu’il ne soit jamais très approfondi. Natasha Henstridge revient quant à elle sous la forme d’Eve, clone de la Sil du premier film, isolée de toute présence masculine afin d’éviter qu’elle ne développe le même instinct de reproduction qui avait fait des ravages avec sa sœur génétique : résultat, elle ne devient pas lesbienne, mais juste moins agressive, plus en phase avec la partie humaine de sa psyché, dirait le magazine Femme Actuelle.
Un bon film de série B, sans plus, il faut bien l’avouer, mais réalisé avec un certain talent, et surtout dans une approche un peu moins formatée qui permet des séquences gore un peu plus généreuses et un traitement de l’érotisme nettement plus riche, où les audaces ne naissent pas de simples scènes de coucherie / métamorphose comme dans le premier épisode, très limité. Medak introduit même quelques éléments assez corrosifs (dont une scène où le jeune homme contaminé cède aux avances de deux sœurs, ou une rencontre impromptue de celui-ci avec un transsexuel, séquence coupée au montage), et une avalanche d’effets et de plans hautement suggestifs, l’aspect graphique extrême étant à peine atténué par les effets spéciaux qui leur servent de couvertures (langue fouineuse d’Eve, créature étouffée par une fellation mortelle), jusqu’à un dénouement a priori stupide, mais très bizarre et toujours inscrit dans un double langage visuel extrêmement allusif, vulgaire et assez drôle. Je ne cracherai pas le morceau, mais posez-vous tout de même la question : pourquoi Peter Medak nous fait-il le coup du chat qui surgit pour nous faire sursauter à l’intérieur d’une ambulance ? Malin.
 
N comme… LA NUIT DU CHASSEUR, de David Greene (USA, 1991)
Oui, alors, voyez-vous cette NUIT DU CHASSEUR est un très grand classique que tout un chacun se doit d’avoir vu au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour apprécier la performance stupéfiante, dans le rôle du pasteur meurtrier, de l’extraordinaire… Richard Chamberlain ???
Car c’est bien du remake télévisé qu’il est question aujourd’hui – oh, quelle bonne idée ! Ou peut-être devrait-on dire, pour être plus juste, qu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du roman de Davis Grubb, déjà adapté en 1955 par Charles Laughton, un merveilleux mélange de genres assez avant-gardiste dont l’insuccès a mis un terme à la carrière de réalisateur de Laughton, dont c’est malheureusement le seul long-métrage. Inutile de préciser que cette version de David Greene ne souffre pas la comparaison – elle a déjà bien du mal à supporter une seule vision, pour tout dire. On connaît déjà l’histoire (ou alors on stoppe tout de suite la lecture de cet article pour aller faire l’acquisition du film de Laughton) : pauvreté, papa braqueur condamné, enfants laissés sous la responsabilité de leur mère, à qui ils ne confient pas leur gros secret : papa leur a confié le pactole. Mais un pasteur meurtrier ayant croisé papa à la prison se met en tête de faire ce qu’il fait le mieux : séduire la veuve et la trucider pour filer avec sa fortune.
Le contexte est actualisé, pour le pire : « Dès que papa aura trouvé du travail, promet son jeune fils à sa petite sœur (atrocement doublée en VF, mais elle m’a l’air assez tarte de toute façon), il nous achètera des baskets et on ira au Mac Donald. » Youpi. Mais papa passe l’arme à gauche, non pas parce qu’il est condamné à la peine de mort (ce serait trop cruel), mais parce qu’il est assassiné par le vilain pasteur, campé en roue libre par le cardinal de Bricassard en personne, le bon Richard Chamberlain (LA DERNIERE VAGUE) ici mauvais comme un cochon et dont personne ne semble l’avoir prévenu qu’il ne jouait pas dans un Fu Manchu. Ce qui donne d’emblée du personnage une vision purement machiavélique, totalement simpliste, illustrant un anti-cléricalisme au tout premier degré assez crétin. Exit la sexualité réprimée, Harry Powell n’est ici qu’un fourbe tueur obsédé par l’argent. Quant à la pauvre maman, elle est interprétée par Diana Scarwid (excellente dans PSYCHOSE III et ici vraiment cruche), et travaille durement dans une usine de rembourrage de poupées, ce qui fera ricaner les amateurs du film de 1955.
La transposition de larges pans de dialogues extraits du film original est résolument désastreuse, et le film est d’une platitude que viennent relever, au 36e degré, des passages foncièrement ridicules (dont une hilarante séquence située dans une église pas très catholique où l’on chante et on danse en se brandissant des serpents) et une conclusion où Chamberlain se prend soudain pour Jason Voorhees et surgit du lac pour une grotesque dernière frayeur. Seule véritable initiative des scénaristes : le dernier acte du récit (la fuite en barque et la rencontre avec la sévère et bienveillante fermière autrefois superbement interprétée par Lillian Gish) est tout simplement escamoté, ce qui prive le récit de toute substance ou du moindre intérêt. On touche le fond…
 
O comme… L’OUBLIÉ, de Phillip Badger (USA, 1990)
… et ça donne du courage pour embrayer sur cette obscure série B, qui pourra difficilement faire pire. Je note que, comme BELIEVE, ce film est retitré dans son générique francisé « Fantômes d’amour », titre qui semble décidément frapper l’imagination des distributeurs, à défaut de la stimuler. Le sujet du film rappelle un peu celui de L’ENFANT DU DIABLE : Bob (Terry « Stepfather » O’Quinn) est un écrivain mortifié après le décès de son épouse ; il quitte sa région pour se changer les idées et s’installe dans une maison qui va vite s’avérer hantée par la présence d’une femme assassinée qui prend Bob pour son amant.
Film fauché mais qui fait de petits efforts de cadrage et de photographie dans un ensemble pas trop formaté, bénéficiant d’un ton insolite, où les manifestations du fantôme sont sèches, sobres, étranges, surgissant dans un quotidien très banal. Mais le film s’enlise vite dans une démarche d’un classicisme assez poussiéreux, et tout ça est plutôt mal écrit (pourquoi, quand il découvre derrière un mur le cadavre de la femme jadis assassinée, le héros s’empresse-t-il de l’enterrer en cachette ?). Non pas que les classiques histoires de fantômes soient trop galvaudées pour pouvoir encore séduire, mais il faut alors une mise en scène irréprochable et un scénario extrêmement rigoureux, ce qui est loin d’être le cas ici. Le film, générant bien plus souvent de l’indifférence que de l’amusement, de la peur ou une émotion pourtant très recherchée, est au bout du compte parfaitement oubliable, sans faire de mauvais jeu de mot (ce n’est pas mon genre).
 
P comme… POWER RANGERS : LE FILM, de Bryan Spicer (USA / Japon, 1995)
Je n’ai jamais vu un seul épisode de la série POWER RANGERS, dont je sais juste qu’il s’agit d’un produit bâtard visant à américaniser une série japonaise en remplaçant le casting japonais par des acteurs ricains, et en n’utilisant que les séquences d’action originales, insérées à la va que je te pousse dans le montage – mais avec le succès rencontré, les stock-shots se sont asséchés, et la production japonaise a fini par tourner spécialement des séquences pour la série américaine. Mouais. Tout ça ne vaut pas SAN KU KAÏ, à mon humble avis.
Ce premier long-métrage des Power Rangers est donc aussi leur première aventure à n’utiliser que du matériau « pur », ce qui n’empêche pas le métrage de baigner dans un foutoir relatif, hélas pas aussi chaotique que ce que les premières minutes (les Power Rangers sautent en parachute et atterrissent en roller, tiens, j’ai envie d’un chewing-gum) laissaient espérer. Le film est relativement luxueux, coloré, joyeux et débile, accumulant les effets spéciaux rétro volontairement kitsch et les méchants d’opérette. La direction artistique évoque souvent des perles du 7e Art comme LES MAÎTRES DE L’UNIVERS, dont ce film retrouve aussi le rythme un peu assommant et l’écriture foncièrement linéaire. Il ne reste à vrai dire plus grand chose des séries japonaises dont cet univers très formaté s’est inspiré : l’humour est davantage porté sur des effets pseudo-cartoonesques, la technique est nettement plus démonstrative, les acteurs sont nuls d’une façon différente, bien plus tiède, et le tout est noyé dans une musique orchestrale pompière et passablement futile. Bref, je n’en ferai pas mon quatre heures, même si je me prends à rêver à un cross-over intitulé Walker Texas Power Ranger.
 
R comme… LE RIDEAU FINAL, de Patrick Harkins (Angleterre / USA, 2002)
Nous passons maintenant à une petite comédie noire anglaise sur les milieux frelatés de la télévision, film qui n’a semble-t-il convaincu personne puisqu’il n’a pour finir pas été distribué. Peter O’Toole est l’animateur vedette d’un jeu genre « Une famille en or », personnage cynique et assez odieux qui décide d’embaucher un nègre (littéralement puisque son interprète, excellent Adrian Lester, est noir) pour écrire sa biographie après avoir appris qu’il était atteint d’un cancer incurable. En côtoyant Peter O’Toole, Adrian Lester découvre un univers vénal et assez malsain au sein duquel son employeur livre une guerre sans merci à un jeune loup sur le point de l’envoyer à la retraite, Aidan Gillen, lui-même animateur d’un jeu télévisé nettement plus trash.
Film platement réalisé, qui s’enferme un peu trop vite dans un imbroglio familial dissimulant une sombre histoire de vengeance. Un peu gratuit, très fabriqué, le film se regarde néanmoins avec un relatif plaisir, ne serait-ce que parce qu’il s’adonne complaisamment à une véritable méchanceté, d’une cruauté extrême, ce qui n’a certainement pas contribué à le rendre populaire : pas question d’adoucir le propos dans la dernière ligne droite ou d’aboutir à une morale instaurant un ordre dans ce chaos trempé dans l’amertume la plus noire. LE RIDEAU FINAL est plus cynique qu’ironique, c’est d’ailleurs sa limite (en plus de ses qualités plastiques très modestes), mais il a en tout cas le mérite d’aller au bout de sa démarche destructive, salissante et assez inconfortable, qui pousse parfois le bouchon assez loin. Et comme le casting est solide (avec notamment la sympathique Julia Sawalha, fille de Jennifer Saunders dans ABSOLUTELY FABULOUS), le moment passe aimablement. Sans plus.
 
S comme… SAW, de James Wan (USA, 2004)
La révélation, le renouveau de l’horreur, l’un des meilleurs films du genre en 2004… Ça ??? Je vais avoir du mal à prendre des gants avec une oeuvre aussi exécrable, et je pense qu’il faut vraiment avoir de la crotte dans les yeux pour apprécier un film aussi lamentable, tant sur le plan de l’écriture que sur celui de la mise en scène.
Bon, d’accord, le Dr Devo m’avait prévenu, mais je trouve toujours utile d’aller vérifier sur pièce, ne serait-ce que parce que je ne partage pas toujours son point de vue – CREEP, par exemple, me paraît plus quelconque que vraiment mauvais, et j’ai même assez apprécié LA MAISON DE CIRE dont je n’attendais rien, même s’il y a de sérieux bémols à émettre, nous sommes bien d’accord. Mais SAW, pour le coup, me semble relever de ce que j’ai vu de pire dans le genre ces dernières années – et sans commune mesure avec l’intéressant CURSED presque unanimement conspué à sa sortie en salles. J’en devine qui doivent sortir les armes en lisant ces lignes – je m’explique.
Elle est bien mignonne, cette situation de départ (et d’arrivée, mais je ne le savais pas encore), même si elle fleure le recyclage peu inspiré du CUBE de Vincenzo Natali. Huis clos infernal dont on imagine mal une porte de sortie, un petit challenge de mise en scène que James Wan va prestement esquiver. Très vite, le film révèle sa structure à tiroirs, où les questionnements des deux prisonniers, la découverte progressive de la nature du piège qui s’est refermé sur eux, vont être constamment saucissonnées de flash back, essentiellement organisés autour de l’enquête menée par Danny Glover sur le tueur en série dont les deux héros sont les prochaines victimes. Pas l’ombre d’une complexité narrative cependant, et ce fonctionnement on/off du huis clos, une fois amorcé, ne se risquera à aucun moment à quitter ce chemin tracé et rectiligne. Le problème étant que l’enquête en question est d’une affligeante banalité, que son morcellement ne parvient pas à dissimuler, empêtrant le récit dans un bout à bout de séquences souvent inutiles, guère mises en valeur par un montage maladroit et laborieux, qui finit par nourrir un ennui insondable. Le scénario est plus que bancal : il donne la très nette impression d’un court-métrage (à chute, naturellement) artificiellement gonflé d’à-côtés pour arriver en soufflant et en transpirant jusqu’à la durée d’un long-métrage, ce qui est perceptible dès le premier quart d’heure. Le résultat est filandreux, poussif et pénible, échouant à déstabiliser son spectateur, à le perdre. Un semblant de structure qui finit par n’être qu’un montage alterné d’une heure et demie. C’est long. À ce problème d’écriture, on peut ajouter d’autres défauts : la chute est affreusement prévisible, et le fameux compte à rebours auquel sont soumis les deux personnages principaux, annoncé en fanfare, est par la suite quasiment inexploité.
Autre problème majeur : l’interprétation. Si je suis très content de retrouver (dans un tout petit rôle) l’actrice Shawnee Smith (héroïne du BLOB !), je suis nettement plus perplexe face au manque d’envergure dont fait ici preuve Danny Glover, qui ne dégage rien et semble, comme moi, s’ennuyer ferme. Mais ce sont les rôles principaux qui pèchent, en particulier Cary Elwes. Je me demandais parfois ce qu’il était devenu après le joli PRINCESS BRIDE. Il suffit de voir la nullité de son interprétation dans SAW pour comprendre les raisons pour lesquelles il s’est vite fait rare sur les écrans. Extrêmement embarrassant pour un personnage central au sein d’un huis clos, vous en conviendrez.

Cerise sur l’étron, la mise en scène est d’une laideur soutenue. Plats tunnels de champs/contrechamps, gestion répétitive de l’espace dans la partie en huis clos, monocorde et pas claustrophobe pour un sou, travail sur le son quasi inexistant, cadrages souvent hideux, et pour parfaire le tableau, on essaie une fois de plus de faire style et de rompre avec la monotonie du storyboard studieusement transposé à l’écran en agitant sa caméra à peu près n’importe comment (poursuite en voiture) ou surtout, puisque l’effet, ringard au possible, est répété jusqu’à plus soif, en accélérant l’image – encore une idée brillante pour mettre en valeur le compte à rebours auquel sont soumises les victimes des flash back, en les faisant se déplacer comme dans un sketch de Benny Hill. Une cuillérée d’adrénaline dans un bol de verveine, tu parles d’un style !

Des difficultés techniques ont rendu la publication de cet article très laborieuse et m'obligent donc à scinder la seconde partie en deux : il y aura donc, exceptionnellement, une troisième partie, et cette fois-ci, elle ne se fera pas attendre 15 jours ! Pour accéder à la première partie, cliquez ici ; pour accéder à la troisième partie, cliquez ici !

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Mardi 30 mai 2006 2 30 /05 /2006 18:23

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